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La Nécropole du Nil

Trame par black dragounet & rédaction par Lénou



Les deux hommes échangèrent en silence un regard chargé d’agressivité et de rancune. Autour d’eux, l’atmosphère se chargea imperceptiblement d’électricité, incitant les quelques passants qui traversaient les voies où les chevaliers du Nil s’étaient immobilisés à obliquer bien vite. Après de longues secondes d’évaluation mutuelle, le chevalier d’Horus prit enfin la parole :

- Eh bien ! Tu sembles avoir retrouvé un peu de courage depuis notre dernière rencontre. Tu oses cette fois laisser tes compagnons s’échapper et affronter seul le danger. Quelle bravoure !

- Comment peux-tu me juger, espèce de traître ? répondit Khemmis piqué par la réflexion de celui qu’il allait affronter.

- Traître à mon dieu, possible. Traître à ma patrie, certainement pas, répliqua Jibade avec un sourire carnassier.

- Certainement pas ? Aurais-tu l’obligeance avant que nous ne réglions enfin nos comptes de m’expliquer en quoi tu ne trompes pas l’Egypte par ton comportement abject ? lâcha le Nubien sur un ton où se mêlaient la curiosité et l’ironie.

- Disons que j’ai tout simplement rejoint celui qui sera le plus apte à protéger notre pays et à affirmer sa puissance.

- J’ai bien peur de ne pas te suivre…

- Il faut vraiment tout t’expliquer comme à un enfant, soupira son adversaire. Qui est parvenu à ensorceler le pharaon et à le plonger dans l’inconscience ? Qui a réussi à attirer ta déesse dans ses filets et à la neutraliser ? Qui a soumis en quelques jours le pays à sa volonté ? Seth. Il est alors, sans conteste, celui qui est le plus apte à protéger notre pays. La puissance qui est sienne, il en fera don à notre patrie, et l’Egypte deviendra sous sa coulpe une nation sans nulle autre pareille.

- Tu rêves les yeux grands ouverts, pauvre sot. Seth n’apportera que mort et désolation sur l’Egypte, comme il a déjà commencé à le faire. Regarde autour de toi ! Que vois-tu ? Des constructions saccagées, des corps abandonnés, des femmes éplorées. Partout où les sbires de Seth ont déjà eu le temps de faire leur œuvre règnent le chaos et la désolation. C’est tout ce que l’on peut attendre de ce dieu ignoble. Son règne ne peut être que celui de la terreur. La grande Egypte dont tu parles n’est qu’une douce utopie avec un monstre tel que lui au pouvoir.

- Peu m’importe ce que tu crois, infect Nubien. Je sais que j’ai fait le bon choix. C’est une évidence. A quoi penses-tu en voulant te dresser face à un dieu ? Un dieu ! Réfléchis trois petites secondes au grotesque de la situation. Un pseudo-Egyptien, accompagné de trois étrangers, tentant de s’opposer à une divinité pour en libérer une autre, elle-même incapable à son niveau de faire quoi que ce soit ! Ah, ah, ah !

Le jeune chevalier se plia en deux, se tenant les côtes laissées découvertes par une armure pas plus couvrante que celle du protecteur d’Isis. Son rire sonnait affreusement faux, songea ce dernier. Comme s’il se forçait à s’esclaffer de ses propres boutades, absolument pas drôles, afin de se rassurer lui-même qu’il avait fait le bon choix. Sa jeunesse avait dû être l’élément déterminant qui avait aidé Seth à s’attacher ses services, jugea-t-il en considérant les traits encore juvéniles de son adversaire. Ses grands yeux noisettes éclairaient un visage poupin aux joues rondes et au menton fin. Ses lèvres bien marquées arboraient quasi constamment une expression boudeuse qui augmentait encore son air enfantin. Pourquoi avoir fait appel à un si jeune guerrier pour protéger le souverain de l’Egypte, se demanda Khemmis. Peut-être parce qu’il ferait un compagnon agréable pour Horus qui devait être à peine plus jeune que lui. Mais plus probablement car il avait la carrure pour endosser ce rôle difficile. Si son visage était celui d’un jeune adolescent, son corps était déjà celui d’un combattant entraîné aux arts martiaux depuis des années. Ses larges épaules portaient avec avantage un pectoral aux arrêtes incurvées, que le Nubien trouvait du meilleur effet. Contrairement à la sienne, l’armure de Jibade n’était pas ornée de multiples pierres précieuses, seules quelques pièces bénéficiaient de sobres rehauts d’onyx. C’était le cas du magnifique heaume en forme de tête de faucon, symbole d’Horus, dont les pupilles étaient figurées par cette pierre. Les protège-bras et les protège-tibias de forme elliptique en étaient par contre dénués. Noir et argent se mariaient très bien, considéra-t-il en détaillant la large ceinture du métal précieux qui retenait une jupe de lin noir qui lui tombait au-dessus du genou.


- S’opposer à un dieu ! reprit Jibade qui feignait de reprendre son sérieux et tira ainsi Khemmis de ses pensées. N’as-tu donc rien trouvé de plus utile à faire de ta vie ? Tout ce que tu obtiendras c’est la mort. Même si mon choix de m’allier à Seth te semble honteux, moi, vivant et dans le camp du vainqueur, j’aurai au moins l’opportunité de pouvoir faire quelque chose pour améliorer le sort des Egyptiens, s’il en était vraiment nécessaire. Alors que toi, mort que pourras-tu faire ?

- Espèce de lâche ! tonna Khemmis en guise de réponse. Abandonner son dieu pour se placer à la botte d’une brute comme Seth, et prétendre que l’on aura ainsi les moyens d’aider la population. N’as-tu pas honte des énormités que tu profères ? Imbécile ! Tout ce que tu mérites est de mourir. Sache que je n’aurai aucun remord à être celui qui t’éliminera.

- Des mots, toujours des mots, répliqua le chevalier d’Horus, les yeux brillant d’un éclat moqueur. Tout ce que j’ai vu de toi, c’est un faible qui prend ses jambes à son cou et répugne à se battre. Tu te doutes bien alors de l’effet qu’ont tes menaces sur moi. Je n’ai absolument rien à craindre d’un couard dans ton genre !

Le dernier mot s’était-il à peine échappé de ses lèvres que Jibade se rua sur celui qui aurait dû être sinon son ami, au moins un allié. Un violent coup de poing passa à une dizaine de centimètres de la joue gauche de Khemmis. Puis, se furent d’autres attaques du même type qui loupèrent successivement le foie, le bas-ventre, et le menton de l’agile Nubien. Le chevalier d’Horus n’était pas mauvais au corps à corps, les personnes qui avaient eu à l’affronter auparavant n’étaient d’ailleurs plus toutes là pour le confirmer. Néanmoins, son adversaire faisait montre d’une rapidité telle que ses coups semblaient bien patauds. Ses premières déconvenues ne découragèrent toutefois pas Jibade. Augmentant sa vitesse de frappe, il visa l’estomac de son opposant de son poing gauche, tandis que le tranchant de sa main droite s’abattit en direction de sa gorge. Le crochet loupa sa cible, et la frappe latérale fut arrêtée par le protège-bras en forme de losange de l’armure du protecteur d’Isis.

Constatant que ses mains seules n’étaient d’aucune efficacité contre Khemmis, le nouvel allié de Seth tenta alors d’utiliser les quelques techniques de pied qu’il maîtrisait. Il enchaîna d’abord plusieurs petits coups au niveau des mollets et des cuisses, que son adversaire se contenta de parer. Puis, accélérant la cadence, ses pieds atteignirent le haut de l’abdomen, alors qu’à nouveau ses poings ajustèrent le visage du Nubien. Malheureusement, chaque tentative rencontrait au mieux une pièce d’armure, mais bien plus souvent l’air.

- Je me disais bien qu’une telle verve devait cacher un manque de compétences, se moqua Khemmis en esquivant aisément un balayage du pied initialement voué à le faire chuter.

- Comment oses-tu ? ragea le traître à son dieu. Tu te contentes de subir ce duel, et tu prétends que je suis un incompétent. Attaque, et nous verrons vraiment lequel de nous deux est le meilleur combattant, espèce de froussard !

- A ta guise !

Il s’exécuta aussitôt. D’abord sobrement, en assenant quelques rapides frappes à hauteur de torse. Ensuite plus énergiquement, en concentrant son cosmos blanc dans ses poings et produisant des attaques plus lourdes.

Si Jibade parvint à éviter les premiers coups sans trop de mal, les enchaînements de plus en plus véloces et puissants du Nubien le déstabilisèrent somme toute assez vite. Révélant une technique maîtrisée, il parait des jambes et bras de manière très académique, mais la vitesse de Khemmis conjuguée à sa relative inexpérience des combats eurent promptement raison de ses acquis. Un premier coup de pied porté à pleine puissance à hauteur d’estomac lui coupa le souffle, l’obligeant à se plier en deux. Le genou qui lui écrasa aussitôt la cage thoracique l’obligea à se redresser bien vite en se dégageant maladroitement. Trébuchant et évitant de peu la chute, le chevalier d’Horus ne put esquiver le violent crochet qui fit grincer sa mâchoire et perler quelques gouttes de sang à la commissure de ses lèvres.

Essuyant d’un revers de main rageur le liquide rouge qui coulait de sa bouche, Jibade fit un bond en arrière afin de se dégager des coups de son adversaire. Il ne pouvait se permettre de recevoir une leçon de la part de ce fuyard. Vexé, il arma un coup de poing dans lequel il mit toute la force qu’il était capable de déployer sans avoir recours à son cosmos. Rapide et puissante, sa droite ne rencontra cependant pas le menton de Khemmis. Cet échec augmenta sa colère, mais ne le découragea pas. Il se lança dans une série de frappes rapides et plus ou moins bien ajustées qui n’atteignirent pas plus leur cible. Le Nubien esquiva tout relativement facilement, l’énervement croissant de son jeune opposant lui simplifiant grandement la tâche. Plus qu’agacé, Jibade stoppa son enchaînement et recula de quelques pas afin de mettre de la distance entre lui et son ennemi.

- Impressionnant ! déclara-t-il en regardant son opposant dans le blanc des yeux.

Khemmis fronça légèrement les sourcils, surpris d’entendre un compliment dans la bouche de celui qu’il ne considérait que comme un scandaleux traître.

- Je ne plaisante pas, je t’assure, poursuivit le chevalier au heaume de faucon. Ton agilité et ta technique sont réellement stupéfiantes. C’est la première fois que j’ai à me battre avec un homme de ton niveau à ce point de vue.

- En même temps, je doute, vu ton jeune âge, que tu aies déjà eu à rencontrer beaucoup de combattants de valeur, répliqua le Nubien. Tu aurais eu cette occasion si tu n’avais pas lâchement abandonné Horus pour te soumettre à cet ignoble Seth. Je crains dorénavant que ton expérience de combats avec des guerriers de bon niveau ne se limite qu’à celui-ci.

- N’en sois pas si sûr. Si j’admire ta vivacité et tes compétences au corps à corps, je reste bien plus réservé quant à ta puissance. Certes, tu m’as touché à plusieurs reprises, mais tes coups n’ont fait que m’effleurer. Crois-tu vraiment que quelques ecchymoses suffiront à me vaincre ?

Pour toute réponse, le chevalier d’Isis se contenta d’arborer un sourire qui laissait transparaître tout son mépris et son assurance. Sourire qui ne découragea pas le moins du monde son adversaire qui continua :

- Je ne peux peut-être pas te toucher au corps à corps, Khemmis, mais j’ai quand même bien crainte que tu ne puisses éviter ce qui va suivre.

Jibade ramena alors les bras le long de son corps et joignit les pieds, passant d’une position défensive à ce qui paraissait être une position de cible parfaite.

- Reçois le Regard Accusateur, hurla-t-il.


De son corps droit comme un i émanait un dense cosmos oscillant entre des teintes bleues et vertes. Puis, aussi vite qu’elle était apparue, la manifestation énergétique s’évanouit. Ou presque, constata Khemmis.

En effet, l’énergie de son adversaire semblait s’être concentrée au niveau de ses yeux. Ceux-ci d’habitude couleur noisette avaient pris pour le droit une coloration émeraude, tandis que le gauche avait viré au bleu ciel. Ils luirent d’une étrange lueur, la pupille disparaissant complètement pour prendre la couleur de l’iris. Les yeux en amande du heaume, ou plutôt l’onyx qui figurait les globes oculaires se teinta également des mêmes nuances.

Le Nubien songea un instant en découvrant cette attaque inédite pour lui que bien lui aurait pris de faire du protecteur d’Horus son compagnon d’entraînement, quand tous deux fréquentaient encore le palais du pharaon. Le coup que préparait son adversaire le déstabilisait quelque peu. S’il était coutumier des manipulations d’éléments naturels, maîtrisait lui-même les frappes utilisant son énergie cosmique, et même avait connaissance d’attaques purement spirituelles, il demeurait étranger aux techniques basées sur l’usage exclusif du cosmos. Et s’était ce à quoi il devait se préparer immédiatement. Il n’eut pas le temps d’analyser plus longtemps la situation : des yeux de Jibade partirent de fins rayons lumineux que Khemmis comprit être de cosmos pur. Bleus et verts comme ses pupilles, les rais d’énergie lézardèrent l’espace situé entre les deux chevaliers du Nil.

Malgré sa méconnaissance de ce type d’attaque, l’ami de Myrina parvint, par pur réflexe de protection, à éviter les premiers traits. Se contorsionnant à une vitesse proche de celle de la lumière, pour égaler celle de la technique employée par Jibade, il vit filer à quelques millimètres de son oreille gauche un premier rayon, puis glissant sur le côté il en évita un second qui aurait pu lui exploser la rotule. Il enchaîna ainsi plusieurs déplacements extrêmement rapides qui lui permirent de n’être touché par aucun des rais mortels, pendant ce qu’il pensa être la première salve de l’attaque, qui venait de cesser.

Le répit ne dura que le temps d’un battement de paupières.

Le chevalier d’Horus le fixa à nouveau de son étrange regard, et, à nouveau, des centaines de traits lumineux fondirent sur leur victime. Cette fois, Khemmis, déjà plus qu’essoufflé par les efforts que lui avaient demandés les premières esquives, ne put se déplacer assez rapidement pour ne pas être touché. Le nombre de coups avait considérablement augmenté depuis la première salve, et il se trouva vite submergé par les dangereux rayons.

L’attaque, à première vue, lui avait semblé devoir toucher différents points de son corps de manière chirurgicale. Il fut donc relativement agréablement surpris, en sentant les impacts de cosmos frapper son armure et sa peau laissée nue, de ne pas être transpercé de part en part pour ne plus ressembler qu’à une vulgaire passoire, mais d’être uniquement balayé comme un simple fétu de paille. Contrairement aux deux rayons concentrés qui avaient transpercé Raia de part en part quelques jours plus tôt, l’attaque n’était pas meurtrière par sa capacité à vriller des tissus humains, mais par la puissance combinée des centaines de traits de cosmos.

Les pieds du protecteur d’Isis décollèrent alors du sol, et son corps s’envola sur une dizaine de mètres jusqu’à ce qu’il rencontre le mur de briques crues d’une maison donnant sur la ruelle où les deux chevaliers avaient engagé leur duel. Un bruit sourd se fit entendre : le mur au pied duquel Khemmis apparemment inconscient avait glissé se lézardait. Une large fissure apparut sur la surface rougeâtre, puis dans un craquement lugubre la paroi s’effondra en un seul bloc, ensevelissant le Nubien.


- Ah ! Ah ! Ah ! Voilà pour cet imbécile ! ricana Jibade. Guerrier de bon niveau… Ah ! Ah ! Ah ! Laissez-moi rire !

Abandonnant sa position figée, digne des fresques ornant les palais et autres temples de la capitale, il s’approcha lentement du tas de gravats qu’était devenue la maison qu’avait percutée le Nubien. Du bout du pied, il fit rouler un morceau de brique cassée en balayant les décombres du regard. Il constata avec plaisir qu’aucune parcelle de peau noire ne dépassait des ruines.

- Une bonne chose de faite ! Cet arrogant ne viendra plus entraver les plans de Seth. Espérons que mes nouveaux compagnons viendront aussi vite que moi à bout des trois Grecs.


Alors qu’il s’apprêtait à tourner le dos à la maison effondrée, le chevalier d’Horus entendit des bruits de pierres heurtées. Son visage, jusque là éclairé d’un large sourire, se rembrunit immédiatement. Ses grands yeux noisette écarquillés laissaient transparaître tout son étonnement, tandis que sa mâchoire crispée permettait de deviner la colère sourde qui montait en lui.

Le bruit se fit plus franc, et une main couleur de jais apparut écartant les gravats. Puis, se furent un bras, la tête, le buste, et finalement le corps entier de Khemmis qui sortirent de l’amas de débris. Le chevalier d’Isis s’épousseta avec la plus grande désinvolture devant le regard médusé de Jibade, qui ne pipa mot. Lorsque l’éclat de l’argent de son armure fut ravivé, le guerrier d’ébène tourna le dos à son adversaire sans lui adresser la parole. S’élançant rapidement vers le soleil levant, il constata avec plaisir qu’il ne se ressentait qu’à peine de l’attaque du traître. Peut-être avait-il une côte fêlée, mais celle-ci ne le gênait pas réellement pour respirer. Son épaule gauche le faisait légèrement souffrir, toutefois rien d’handicapant jugea-t-il.

Revenu de sa surprise, le chevalier au heaume de faucon se lança à la poursuite de celui qu’il considérait comme le plus grand des lâches :

- Tu fuis à nouveau, pauvre peureux ! hurla-t-il en se mettant à courir derrière l’ami des Grecs. Quand auras-tu le courage de faire vraiment face au danger ? Ne sais-tu donc que prendre tes jambes à ton cou ?

Ivre de rage d’avoir vu non seulement son attaque ne produire quasi aucun effet sur Khemmis, mais aussi son adversaire prendre la fuite, il chercha à toucher à nouveau le fuyard. Pointant son index droit en direction de son ennemi, il utilisa une dérivée moins puissante du Regard Accusateur. De son doigt partit un unique rayon de couleur turquoise. Celui-ci fila en direction du Nubien à une vitesse bien moins élevée que les traits bleus et verts de la technique originelle. Le chevalier d’Isis n’eut aucun mal à éviter l’attaque, qui passa à un bon mètre de lui, faisant exploser une petite échoppe en bois et rouler à terre les fruits qui y étaient vendus.


Les deux hommes traversaient Thèbes à très vive allure, permettant à peine aux passants de distinguer leurs silhouettes. Autour d’eux les traces des récents affrontements et exactions étaient partout visibles. Les hauts palais royaux présentaient des trous béants dans leurs épaisses enceintes. Les temples à la gloire des dieux qui s’étaient depuis toujours opposés à Seth finissaient de brûler. Même de simples habitations de Thébains sans relation directe avec le pharaon ou les cultes d’Isis ou Osiris étaient éventrées ou ravagées par le feu.

Filant en direction des portes orientales de la capitale, Khemmis ne pouvait s’empêcher de contempler avec désolation les conséquences des rixes des dernières nuits. Hors de question de donner la moindre occasion à Jibade de détruire un peu plus cette ville où il avait fait ses premières armes en compagnie de Djefer, cette ville où il avait appris à servir Isis. Il fallait qu’il l’empêche d’atteindre autre chose que lui-même avec ses rais destructeurs. La démolition de l’échoppe et l’effondrement de la maison de briques devaient être ses premiers et derniers méfaits de la sorte.

De l’index de Jibade partit un nouveau rayon de cosmos un peu plus rapide que le précédent. Cette fois, le Nubien ne s’écarta pas de sa trajectoire, à peine se décala-t-il pour que la protection de son avant-bras droit vienne à la rencontre de l’attaque. Le trait s’écrasa sur l’argent de l’armure en produisant un son strident. Le chevalier d’Horus, qui avait perçu l’écart de son adversaire pour placer son bras en opposition au trait d’énergie mais n’en avait pas saisi la raison, intensifia le rythme de ses projections de cosmos. De nouveaux rayons lézardèrent les artères de Thèbes au travers desquelles Khemmis entraînait l’ancien protecteur d’Horus. Cependant, aucun ne toucha ne serait-ce qu’un fragment de pierre d’une seule construction ; tous s’écrasèrent sur les protège-bras ou le large pectoral du chevalier d’Isis.

Jibade finit par comprendre la manœuvre de son opposant.

- Décidément, je ne peux pas dire que tu sois un adversaire banal, ironisa-t-il. Quand il s’agit d’affronter un ennemi de ta déesse, tu te sauves à grandes enjambées. Mais quand il faut éviter la destruction de quelques vieilles pierres, tu fais de ton corps un véritable rempart… Original !

- Cesse tes sarcasmes, et profite plutôt des quelques minutes qu’il te reste à vivre pour songer à tous les méfaits dont tu es responsable. Tâche de t’en rependre auprès d’Horus temps que tu en es encore capable, si tu veux avoir une infime chance que l’épreuve de la pesée de l’âme t’amène ailleurs que dans le pire des enfers du royaume d’Osiris.

Alors qu’il achevait sa tirade, Khemmis franchit la porte orientale de la ville marquée par deux lourds piliers en granit noir aussi lisse que du verre. Devant lui s’ouvraient maintenant de petites parcelles verdoyantes qui n’étaient autres que les jardins et vergers des artisans et autres commerçants de la capitale. Cet espace cultivé était la dernière oasis de verdure avant l’immensité désertique qui s’étendait ensuite à perte de vue vers l’est. Le Nubien, suivi de près par Jibade, la traversa rapidement, et se trouva vite dans les dunes qui bordaient un désert après beaucoup plus plat et caillouteux. Une fois arrivé au milieu du paysage de dunes, il s’arrêta, se retourna, et fit enfin face à son adversaire. Pas essoufflé du tout, ce dernier le railla une énième fois.

- Ne me dis pas que tu as enfin compris que la fuite est inutile ?

- Elle ne l’était pas, répliqua Khemmis sur un ton glacial.

- Alors tu aurais trouvé le courage de m’affronter dans un vrai face à face ? Je n’ose y croire…

- Disons, plutôt que le courage, l’endroit idéal. Tu avais raison lorsque tu clamais que mes coups ne pouvaient t’abattre…

Jibade ne savait trop comment interpréter cette déclaration, et ses traits laissèrent transparaître clairement cette incertitude. Le Nubien ne lui laissa pas l’occasion de se pencher plus sur le sujet, et conclut :

- Je n’ai plus de temps à perdre avec toi, j’en ai déjà que trop laissé filer en t’entraînant là où je pourrais te tuer facilement et sans mettre en danger qui que ce soit.

Joignant le geste à la parole, il commença à concentrer son cosmos. Légèrement fléchi sur ses jambes, les bras décollés du corps et les paumes tournées vers le sol, il transpirait la puissance maîtrisée, songea à regret le chevalier d’Horus. D’une blancheur pure, son énergie cosmique irradiait de tout son corps, se répandant en vagues régulières autour de lui. Progressivement, la force concentrée se transformait en un vent chaud qui se mit à tournoyer autour des deux adversaires. Le tourbillon d’énergie soulevait dans son souffle le sable des dunes, voilant progressivement le soleil.

Impressionnant, vraiment, ne put s’empêcher de penser Jibade, une nouvelle fois abasourdi par la maîtrise dont faisait preuve son adversaire. Une fois la première surprise passée, il se ressaisit et réfléchit rapidement à la meilleure tactique possible pour éviter le coup probablement ravageur que préparait son ennemi. Esquiver une technique qu’il n’avait jamais vue lui sembla impossible. Il écarta aussi la possibilité d’essayer d’absorber la frappe et de la retourner, qu’il jugea trop risquée au vu de la puissance déployée. L’unique alternative qu’il jugea pertinente fut de devancer l’attaque du Nubien en lançant la sienne. Comme pour s’encourager, il lança à l’adresse de Khemmis :

- Tu ne me fais pas peur ! Cette fois-ci mon attaque te balayera ! Reçois Le Regard Accusateur !

Jibade ne prit pas le temps de déployer son cosmos comme il l’avait fait lorsqu’il avait utilisé la première fois son attaque. Directement ses yeux se mirent à luire des caractéristiques lueurs vertes et bleues du Regard Accusateur, et pratiquement aussitôt les premiers rayons jaillirent de ses iris. Si le nombre des traits était proche de celui atteint lors de la seconde salve qu’il avait lancée dans Thèbes, leur précision et leur rapidité étaient bien moindres. Et leur puissance aussi, constata le chevalier d’Isis. Utilisant sa propre cosmo-énergie, il n’eut quasiment aucune difficulté à absorber les rais d’énergie. Ceux-ci en arrivant à hauteur de Khemmis étaient d’abord ralentis par le vent qui s’était levé. Puis, en entrant en contact avec les vagues blanches qui rayonnaient autour de lui, s’évaporaient, mêlant leur énergie à la sienne.

- Impossible ! lâcha le chevalier d’Horus, alors que ses yeux reprenaient leur couleur noisette ordinaire et qu’il constatait que son attaque n’avait eu comme effet que d’augmenter le cosmos de son ennemi.

- Rien d’impossible, répondit Khemmis d’une voix empreinte de sérénité. Comment peux-tu espérer utiliser à sa puissance réelle ton attaque alors que tu as trahi ton dieu et tout ce en quoi tu croyais ? Bien que tu n’en sembles pas encore conscient, la culpabilité te ronge et empêche ton cosmos de s’exprimer à sa pleine puissance. Le regard d’Horus n’est pas braqué sur moi, mais sur toi. Il t’accuse et te déclare coupable !

- Tu m…

- Non, je ne fabule pas, malheureusement pour toi, le coupa le Nubien. Et j’ai bien crainte que ce soit moi qui vais faire office de bourreau. Par la Fureur du Désert !


L’énergie blanche, qui jusque là émanait en vagues du corps du chevalier d’Isis, se figea et se densifia. Consécutivement, le tourbillon de vent chargé de sable qui entourait les deux hommes s’intensifia. Les vents s’accélérèrent et un véritable mur de sable circulaire engloba les adversaires. La colonne d’air et de sable se désolidarisa alors du sol et s’éleva au-dessus des deux chevaliers du Nil, son mouvement de rotation accélérant toujours plus. Se faisant, elle absorba le cosmos déployé par Khemmis. La fusion des deux énergies humaines et éoliennes provoqua un rétrécissement du phénomène de tornade. Cette dernière diminua de diamètre et de hauteur, et sa vitesse augmenta encore, atteignant presque celle de la lumière. Puis, en une fraction de seconde, le cylindre de vent, sable et cosmos mêlés se déplaça au dessus de Jibade et l’engloba.

Un cri strident couvrit un instant la fureur de la tempête. Ce fut la dernière manifestation de vie du chevalier qui avait trahi son dieu. Au centre de la tornade, il vécut un court moment l’enfer. Le vent mâtiné de sable arracha d’abord les pièces de son armure comme de minces bouts de papier, et se furent ensuite sa peau et ses tissus qui subirent le même sort. Son ultime sensation fut celle d’une brûlure extrême.

Khemmis ne chercha même pas à constater les effets de son attaque. Il ne les connaissait que trop bien, et le temps pressait. A nouveau, il se dirigeait vers les deux piliers de granit noir poli marquant l’entrée orientale de la capitale. Il laissait derrière lui, au milieu du paysage remodelé par la Fureur du Désert, un squelette blanchi d’un jeune homme qui avait fait l’erreur de ne pas protéger le dieu auquel il avait voué sa vie.

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