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La Nécropole du Nil

Par black dragounet


Dix ans plus tôt…


La première impression que lui laissa le Sanctuaire ne fut pas vraiment positive.
Elle s’attendait à trouver un endroit où les guerriers participaient à des combats amicaux afin de s’améliorer, où les jeunes apprentis s’entraînaient sous la direction des chevaliers accomplis, où les vétérans racontaient leurs anciennes batailles et leurs exploits, où l’on discutait stratégie et tactique sous le soleil… Un endroit où l’on étudiait et où l’on repoussait ses limites, une université de l’art de la guerre et du combat, ouverte à tous du moment où l’on jurait fidélité à la déesse Athéna.
Et c’était exactement ce qu’elle avait trouvé en arpentant les stades et les temples du domaine d’Athéna.
Le Sanctuaire n’était rien d’autre que ce qu’il était supposé être et Myrina aurait tout donné pour pouvoir tourner les talons et repartir chez elle, la cité de Pella.
Elle n’avait jamais voulu être une guerrière et si ça n’avait été pour son père jamais elle n’aurait effectué ce si long voyage. Néanmoins son géniteur avait très tôt deviné qu’elle possédait un potentiel extraordinaire et l’avait entraînée au combat comme si elle avait été un jeune garçon. L’ancien guerrier idéalisait le Sanctuaire, voyant en ce lieu quelque chose de plus grand que ce simple camp d’entraînement pour guerriers. Il pensait que c’était l’endroit où l’humanité pouvait changer pour quelque chose de meilleur, que c’était l’endroit où il fallait être.
Myrina n’avait jamais compris ce point de vue, pour elle le Sanctuaire n’était qu’une cité guerrière comme une autre, si ce n’était que sa puissance était presque sans égale. Pire même, car ceux qui avaient juré fidélité à Athéna étaient parfois amenés à lutter contre leur ancienne patrie, au gré des guerres de voisinage au cours desquelles les chevaliers intervenaient comme mercenaires ou en tant que supports des alliés de la déesse aux yeux pers.
S’il y avait quelque chose de réellement bon pour le genre humain en cet endroit, Myrina peinait vraiment à le voir.
Elle s’arrêta lorsqu’elle aperçut deux jeunes filles discuter avec un groupe de garçons. Ils étaient à l’ombre d’un temple pour se protéger du soleil, adossés aux colonnes, et riaient de bon cœur, semblant profiter d’une pause dans leur entraînement pour s’amuser.
Myrina ne pouvait détacher son regard des deux masques de métal qu’arboraient les deux apprenties. Ainsi ce n’était pas une simple rumeur, ces masques existaient réellement…
Elle ne voulait pas en mettre, elle n’en comprenait pas l’intérêt. Si Athéna n’acceptait les femmes qu’à cette condition, eh bien ! tant pis pour elle, elle devrait se passer de ces services !
Mais Myrina avait promis…
Elle reprit alors sa route, suivant les indications qu’on lui avait données lorsqu’elle avait pénétré dans le domaine, et arriva finalement à l’entrée de la grande arène qui semblait particulièrement animée.
Une quinzaine de jeunes gens se mesuraient en effet les uns aux autres sur l’aire de combat. Il fallut alors quelques secondes à Myrina pour comprendre que contrairement à ce qu’elle avait pensé de prime abord, les jeunes gens ne formaient pas deux équipes. Plus exactement, il y a avait bel et bien deux camps, mais l’un d’entre eux ne comptait qu’un seul membre : un jeune garçon blond à la beauté digne d’être immortalisée par une statue. Il se battait seul face à tous les autres et arrivait à les repousser apparemment sans effort, faisant montre d’une technique exquise qui alliait à la fois élégance et efficacité.
- Tu es Myrina n’est-ce pas ?
La jeune fille sursauta, surprise que quelqu’un l’interpelle par son nom en ce lieu. Elle se tourna pour découvrir un homme qui lui souriait amicalement et dont l’allure ne laissait aucun doute sur le fait qu’il était un combattant ayant vu de nombreuses batailles.
- Comment…
- Il n’y a pas beaucoup de jeunes filles sans masque par ici et nous t’attendions pour ces jours-ci. Je m’appelle Philista, on a dû te demander de venir me voir.
La jeune fille se contenta de hocher la tête.
- C’est moi qui m’occupe de l’accueil des nouveaux arrivants. J’imagine que tu t’es déjà un peu baladée dans le domaine sacré, mais nous allons refaire un tour du propriétaire, histoire que les lieux te paraissent moins étrangers et hostiles.
Elle rougit légèrement, espérant que l’homme n’était pas conscient qu’en effet elle trouvait l’endroit véritablement hostile.
- Nous nous rendrons ensuite auprès du chevalier du Bélier, afin qu’il prenne tes mensurations et te forge un masque.
- C’est vraiment obligatoire ?
- J’en ai bien peur, répondit Philista en lui mettant une main sur l’épaule. Ils sont constitués du même alliage que les armures sacrées et ont donc des propriétés similaires. Plusieurs amies m’ont assuré qu’ils n’étaient pas aussi désagréables à porter qu’ils en avaient l’air.
- Si vous le dites…
- Tu vas postuler pour l’armure du Cancer, n’est-ce pas ?
- Oui.
- Il faudra que nous te trouvions un maître qui s’occupera de toi jusqu’à l’épreuve.
- Ca sera quand ?
- Dans quelques semaines à priori. Depuis que la mort de l’ancien porteur a été annoncée voilà deux ans, beaucoup de jeunes gens se sont déclarés postulants. En fait, il y en a tellement que nous avons préféré repousser un peu le tournoi afin de l’organiser convenablement.
Myrina se contenta de hocher la tête et reporta son attention sur ce qui se passait dans l’arène. Le combat était presque fini, seuls trois garçons faisaient encore face au combattant solitaire. Celui-ci se lança à l’attaque et quelques enchaînements parfaitement exécutés plus tard, tout était terminé.
Le vainqueur aida ensuite ses adversaires à se relever, ceux-ci ne semblant pas trop lui tenir rigueur de la correction qu’il venait de leur infliger.
- Impressionnant, n’est-ce pas ? dit Philista.
- Comment s’appelle-t-il ?
- Léonidas.
- Les autres ont l’air de l’apprécier malgré la raclée qu’il leur a mise.
- Oui, tout le monde aime Léonidas. Sa mère est morte en le mettant au monde et son père, l’ancien chevalier d’or des Poissons, a été tué lors d’une bataille alors qu’il n’avait pas encore deux ans. Toutes les personnes vivant au Sanctuaire depuis un certain temps le considèrent soit comme un fils, soit comme un grand ou un petit frère. Athéna en a même fait son filleul.
- J’ai presque l’impression d’entendre parler d’un héros de légende.
- Beaucoup pensent qu’il va en devenir un. Je ne te le cacherai pas, il postule lui aussi pour l’armure du Cancer.
Myrina ne laissa paraître aucune surprise. En fait, c’était comme si elle l’avait su intuitivement dès le moment où elle l’avait vu.
- Pour être tout à fait franc, beaucoup pensent qu’il est inutile de dépenser tant d’énergie pour organiser le tournoi pour l’armure d’or, tellement il est évident qu’il en sortira vainqueur.
- Et vous ? Que pensez-vous ?
- Je pense que la seule vérité sera celle du combat et de l’arène. Léonidas est certes très fort, mais au final il devra démontrer avec ses poings que son destin peut être doré, comme les autres. Et comme toi.


Le présent…


- C’est impossible !
Myrina, chevalier d’Or du Cancer, avait déjà assisté à des spectacles étonnants au cours de son existence. Elle avait rencontré des dieux, contemplé les miracles accomplis par des héros, visité des lieux dont les légendes parleraient encore dans trois mille ans.
Pourtant rien n’aurait pu la laisser aussi stupéfaite que le spectacle qui lui faisait face à présent.
- Salut Myrina.
- Léonidas ?
Le garçon qu’avait observé Myrina le jour de son arrivée au Sanctuaire tant d’années plus tôt se tenait en effet devant elle, simplement plus âgé et revêtu d’une armure identique à la sienne si l’on exceptait quelques adaptations morphologiques. Ses longs cheveux blonds bouclés tombaient sur ses épaules et ses yeux bleus débordant d’intelligence fixaient Myrina à qui il adressait un sourire à rendre jaloux Apollon.
- Comment peux-tu être ici ?
- Je crois que la question que tu devrais d’abord te poser c’est « où est ici ? ».
La jeune femme resta coite quelques secondes puis prit le temps de regarder autour d’elle, ce qu’elle n’avait pas encore fait depuis qu’elle s’était réveillée. 
Elle vit les étoiles mouvantes sur une voûte céleste semblable à une tenture sombre, elle vit les âmes flottant dans le néant et formant un fleuve sur lequel voguait la barque où ils se tenaient tous les deux.
- Cela doit être l’équivalent de la dimension de la Fontaine Jaune. L’endroit où les âmes égyptiennes transitent avant de rejoindre leur après vie. Je n’arrive pas à sentir de passage vers le monde réel, et je ne sens aucune ouverture vers les Cercles d’Hadès…
- Cela me semble correct.
- Tu serais donc un fantôme ?
Léonidas se contenta de la regarder pendant plusieurs secondes, la gratifiant toujours de ce sourire qui avait fait chaviré tant de cœurs.
- Non, je ne suis pas un fantôme. J’imagine que l’âme de Léonidas est tout simplement au royaume d’Hadès en ce moment. Ou en Elision, pourquoi pas, on peut toujours être optimiste ! Enfin c’est ce que j’espère, ça m’embêterait un peu si son âme était ailleurs, cela voudrait dire qu’il serait damné et condamné à être une âme en peine.
- J’ai du mal à te suivre…
- Excuse-moi. Tout n’est pas très clair pour moi non plus. Mais ce dont je suis à peu près sûr c’est que je ne suis pas Léonidas, enfin pas tout à fait en tout cas.
- C’était censé m’éclairer ? dit finalement Myrina quand elle vit que Léonidas ne continuait pas.
- Pardon ? Oh, excuse-moi à nouveau… Je pense que je ne suis guère plus qu’un souvenir du véritable Léonidas, une sorte de mémoire résiduelle attachée à l’armure du Cancer. Une réminiscence du passé qui se voit accorder un semblant d’existence à cause de quelque propriété mystique de cet endroit. Peut-être même suis-je une sorte de somme de tous les anciens porteurs et que je ne t’apparais sous ces traits que parce qu’ils te sont familiers. Par exemple, je suis presque sûr que ton adversaire ne me voyait ni ne m’entendait tout à l’heure.
Il fallut quelques secondes à Myrina pour intégrer totalement les paroles de son étrange interlocuteur. Ce Léonidas était tout à fait semblable à la dernière image qu’elle avait de lui, et elle avait du mal à savoir comment réagir.
- Quoi que tu sois, merci, en tout cas.
- En effet, ce que je suis ne change rien au fait que je peux t’aider…
- Si tu as des idées pour arriver à partir d’ici, je suis en effet preneuse, ajouta Myrina en tentant de détecter à nouveau un passage vers le monde des vivants.
- Je pense qu’il faudra d’abord régler le cas de ce type.
- Tu crois que…
- Pour être honnête, il avait l’air plutôt du genre très tenace, je serais surpris que cela ait suffit à l’étendre pour le compte.
- Tenace ? Il me surpasse totalement.
- Allons, tu es un chevalier d’Or, tu incarnes la quintessence de ce qu’un mortel peut espérer atteindre. Il existe forcément un moyen de le vaincre et tu le trouveras.
- Tu as toujours été débordant d’optimisme à mon sujet... Mais je pense que je vais avoir besoin d’autre chose que de formules toutes faites.


Dix ans plus tôt…


Myrina commençait à avoir du mal à bouger, ses muscles étaient tétanisés par la fatigue et un voile troublait sa vision. Elle respirait bruyamment, essayant vainement de trouver un second souffle, et aurait voulu arracher le morceau de métal qui lui recouvrait le visage pour aspirer l’air sans contrainte, mais elle savait que cela n’aurait rien changé.
Son visage était tuméfié sous son masque et son corps envoyait des messages douloureux à son cerveau de tellement d’endroits différents qu’elle avait l’impression que la douleur était devenue une sorte d’abstraction diffuse.
Elle avait repoussé depuis bien longtemps dans un recoin de son esprit le regard des spectateurs de l’affrontement tous autant qu’ils soient. Ils auraient aussi bien pu être dans une autre dimension, y compris la déesse Athéna qui était venue assister au combat de son protégé. Myrina était dans un état de semi-conscience, une situation critique comme elle n’en connaîtrait plus pendant dix ans, jusqu’à son face-à-face avec Aswald.
Léonidas semblait quant à lui encore capable de se battre pendant plusieurs jours s’il le fallait. Certes il avait encaissé quelques coups, une vilaine entaille barrait sa joue gauche et son œil gauche était mi-fermé, ce qui enlaidissait légèrement son si beau visage.
Néanmoins pour tous les spectateurs de ce quart de finale du tournoi attribuant l’armure du Cancer, l’issue ne faisait plus de doute. Et partant de là, l’issue du tournoi lui-même était à présent certaine. Très rapidement, après les premiers combats opposant les deux cent cinquante-six prétendants, il était apparu évident que seule une poignée avait un niveau suffisant pour prétendre sérieusement à une armure d’or. Et au bout de quelques tours supplémentaires, aux yeux de tous la victoire finale ne pouvait que revenir à Myrina ou Léonidas.
Qu’il y ait encore un doute à ce niveau-là était d’ailleurs une surprise pour beaucoup d’habitants du Sanctuaire, mais même les plus fervents admirateurs de Léonidas avaient dû admettre qu’il avait au moins un adversaire à sa mesure. Ce quart de finale était le dernier, et le fait d’assister à son déroulement avait définitivement anéanti les espoirs des trois premiers qualifiés pour le dernier carré.
D’entrée de jeu, les deux adversaires avaient dévoilé toutes les forces dont ils avaient pu faire l’économie jusqu’à présent et s’étaient livré un combat époustouflant.
Myrina avait combattu avec un talent qui avait forcé l’admiration, et avait même fait frissonner d’inquiétude les partisans de son adversaire à quelques reprises. Léonidas avait progressivement pris l’avantage, lentement mais sûrement. Méthodiquement et avec un respect total pour la force de son adversaire, il avait patiemment planté ses banderilles, sapant les forces de Myrina.
- Qu’attends-tu ? demanda la jeune fille entre deux respirations bruyantes.
- Pour quoi ?
- Pour en terminer. Tu me tournes autour depuis tout à l’heure alors que tu pourrais en avoir déjà fini. Est-ce que tu crois que c’est une façon de me rendre honneur ? Tout le monde ici sait que c’est joué.
- Oui, l’issue de ce combat a sans doute déjà été choisie par les dieux. Je vais gagner car c’est le sens de notre affrontement, mais si je n’en ai pas encore fini c’est parce que je voulais te laisser l’occasion de te lâcher totalement. Je voulais qu’avant la fin, tu te battes enfin sur ta vraie valeur.
- Quoi ?
- Tu n’as pas réellement envie de gagner. Moi excepté, tu es bien plus forte que tous les autres prétendants, pourtant tu es la moins motivée de nous tous. Je suis plus puissant que toi, certes, mais j’aurais encore dû avoir bien plus de mal à prendre l’avantage que j’en ai eu. Alors c’est pour ça que j’ai retenu mes coups depuis quelques minutes. Je voulais que tu aies encore l’occasion de donner le meilleur de toi-même afin que quand tu repenseras à ce jour dans le futur ton cœur ne soit pas habité par les regrets.
- Vraiment ? Je crois que tu as faux sur toute la ligne et que tu ferais mieux de t’occuper de tes affaires.
- Tu as un potentiel formidable et je trouve regrettable que tu n’essayes pas de l’exploiter totalement.
- Moi je trouve regrettable que tu ne respectes pas tes ennemis au point de prolonger un combat qui devrait être achevé. Tu es un guerrier, fais ce que tu as à faire.
Léonidas eut un air peiné et hocha la tête, résigné à donner à Myrina ce qu’elle lui réclamait.
Les deux adversaires se firent face quelques secondes pendant lesquelles la foule retint son souffle. Puis le garçon chargea, lançant son poing pour atteindre le visage de Myrina. Celle-ci voulut dévier le coup mais réalisa que c’était une erreur : le coup de poing était une feinte et Léonidas venait de lui faucher son pied d’appui. Déséquilibrée, la jeune fille tomba vers l’avant et fut reçue par un uppercut au menton qui l’assomma.
Elle s’écroula dans la poussière, inconsciente, ne pouvant entendre les hourras de la foule destinés à son vainqueur.


C’est ainsi que Myrina perdit le tournoi attribuant l’armure du Cancer.
Suite à cela, elle décida de quitter le Sanctuaire. Elle avait tenté d’obtenir l’armure du Cancer et avait donc tenu la promesse faite à son père. En outre, les autres armures d’or lui étaient interdites et elle n’avait aucune intention de tenter d’obtenir une armure d’argent. Surtout, en plus du fait qu’elle n’avait aucune envie de continuer à porter le masque des femmes-chevaliers, jamais le Sanctuaire n’avait été pour elle le havre de paix et l’espoir de jours meilleurs pour l’humanité que son père pensait qu’il était.
Malgré une longue discussion avec Philista qui avait tenté de la faire changer d’avis, elle était partie sans se retourner, presque soulagée et sans le moindre regret. Elle pensait ne jamais revoir quiconque du Sanctuaire.
Toutefois l’avenir devait prouver qu’elle se trompait très largement sur ce point précis et, au demeurant, sur tout le reste.
Si elle ne voulait pas demeurer dans le domaine sacré de la déesse Athéna, elle ne désirait cependant pas pour autant rentrer chez elle, sachant pertinemment qu’elle serait aux yeux de tous celle qui avait échoué. Refaire sa vie ailleurs était la meilleure alternative, pensait-elle, surtout que cela constituait finalement le meilleur moyen qui lui restait pour essayer d’accomplir le rêve de son père.
Son père pensait que le Sanctuaire pouvait rendre le monde meilleur, or d’après ce que Myrina en avait vu cela n’était pas le cas. Néanmoins elle pensait que, grâce à sa force naturelle, elle pouvait tenter d’améliorer les choses à son échelle. Tenter de redresser les torts, utiliser ses dons au service des faibles, n’était-ce pas une façon juste de mener sa vie ?
Ses idées naïves se heurtèrent bien vite à la dure réalité et la légèreté de son raisonnement et de sa préparation la rattrapèrent.
Myrina avait été protégée du monde extérieur durant toute sa jeunesse et quand elle avait quitté son cocon familial cela avait été pour se rendre dans un lieu consacré au savoir de la Guerre. Elle n’avait jamais fréquenté que des hommes d’honneur et se rendit compte que même les meilleures intentions du monde palissaient face à la réalité.
Elle apprit à ses dépens que la différence entre une bonne et une mauvaise action était bien mince, et qu’accorder sa confiance était la plupart du temps une erreur. Enfin, si sa force la rendait capable d’accomplir des choses impossibles à la plupart des mortels, elle attirait surtout toutes les convoitises. Plusieurs fois elle fut manipulée et ne s’en rendit compte parfois que bien plus tard.
Au bout de trois ans de cette vie, elle arriva au terrible constat que les actions dont elle devait avoir honte étaient sans doute bien plus nombreuses que celles dont elle pouvait être fière.
Le sang qu’elle avait en abondance sur les mains était souvent celui d’innocents.
Elle décida de se retirer du monde, gagna les régions montagneuses et vécut en ermite pendant près d’un an et demi, se nourrissant des animaux qu’elle chassait et ne croisant âme qui vive parfois pendant plusieurs mois.
Ce fut alors qu’elle reçut la plus inattendue des visites : Léonidas, magnifique de beauté dans son armure d’or. Une image d’une telle perfection que c’est exactement sous cette apparence qu’il lui apparaîtrait bien des années plus tard en Egypte.
Après un moment d’hésitation et de défiance de la part de la jeune fille, ils commencèrent à parler.
- Après ton départ, Philista et moi avons suivi tes… pérégrinations à travers la Grèce, dit le chevalier d’Or. Bien sûr, il ne nous arrivait souvent que des rumeurs et des faits déformés, mais nous n’avons jamais cessé de nous intéresser à ce qui advenait de toi. Quelques mois après que les informations eurent cessé de nous parvenir, nous avons commencé à nous poser des questions. Si Philista pensait que tu avais fini par te poser quelque part, j’étais un peu plus inquiet. Il semblerait que nous avions un peu tous les deux raison.
- Que me veux-tu ?
- Dans l’idéal je voudrais te ramener avec moi au Sanctuaire, mais je doute que tu sois d’accord.
- Tu as raison de douter.
- J’ai cru comprendre que ta prise de contact avec le reste du monde n’avait pas été une franche réussite. En toute honnêteté, as-tu trouvé un meilleur endroit que la demeure d’Athéna ?
- En toute honnêteté, non. Mais je ne vois pas l’intérêt de vivre là-bas pour autant. Les guerres que livrent Athéna sont toutes aussi mesquines que les conflits auxquels j’ai été amenée à participer.
- Le monde est ce que les hommes en font, tout comme le Sanctuaire sera ce que nous en ferons. Si le domaine sacré n’est guère différent des autres cités grecques pour le moment, il a vocation à devenir plus, même si cela prendra peut-être plusieurs vies humaines.
- Mon père pensait la même chose… Je crois que c’est la seule chose sur laquelle il se soit jamais fourvoyé.
- Quoi qu’il en soit, tu ne peux rester ici à gâcher ton existence et les dons que t’ont donnés les dieux.
- Ha ? Et où veux-tu que j’aille ?
- Tu as sûrement accompli au moins une chose de bien pendant toutes ces années. Il existe forcément un endroit où des gens seraient heureux de t’accueillir. Tu as commis des erreurs, mais tu dois arrêter de les ressasser et te focaliser sur le positif. Sinon, inutile de perdre du temps : ôte-toi la vie et pars rejoindre tes semblables dans la Sixième Prison, cela t’évitera des années à choir encore plus bas.
Sur ces paroles, le chevalier d’Or partit sans se retourner. Ils ne s’étaient pas dit au revoir ni adieu, et ne devaient finalement jamais se revoir.
Au bout de quelques jours, Myrina finit par suivre le conseil de Léonidas et retraversa le pays jusqu’à un modeste village de pêcheurs qu’elle avait protégé d’une horde de pillards trois ans plus tôt. Elle devait vivre en ce lieu les deux années les plus heureuses de son existence. Cela prit fin le jour où elle reçut la visite de Philista et apprit que Léonidas était tombé au combat et qu’elle était le nouveau chevalier du Cancer.


Le présent…


Tout en se remettant du choc de la présence de ce fantôme du passé, Myrina tentait de reprendre des forces, le simple fait de ne plus subir les assauts mentaux d’Aswald étant une véritable bénédiction
- Il y a une question que j’avais toujours rêvé de te poser, dit-elle finalement. Et je n’aurais sans doute jamais de meilleure occasion, quel que soit le point auquel tu es Léonidas… Lorsque tu étais venu me trouver… Avais-tu déjà décidé de me confier ton armure ?
- Pour cela, il aurait surtout fallu que je prévisse déjà de me faire tuer… Disons que j’étais à peu près sûr que ton destin n’était pas de rester dans tes montagnes à réfléchir sur l’échec qu’était ta vie. Je sentais que le fait que tu deviennes chevalier du Cancer était comme une évidence, ce qui était troublant car… Eh bien, le chevalier du Cancer c’était moi, et que j’étais totalement certain que c’était aussi ma destinée. Evidemment quand je me suis retrouvé sur mon lit de mort, tout a dû devenir plus limpide. Mais je n’en ai aucun souvenir, car je… enfin… Léonidas ne portait plus l’armure à ce moment-là.
- Tu as demandé à ce je prenne ta succession. Ce qui a beaucoup fait jaser, car d’une part cela créait un précédent et d’autre part j’avais tourné le dos au Sanctuaire. Sans compter que mon parcours n’avait pas été vraiment exemplaire par la suite. L’affection d’Athéna pour toi a dû beaucoup jouer dans sa décision de respecter ta dernière volonté. Tu as eu des funérailles de héros, à ce qu’il paraît.
- Oh merci, voilà qui va sûrement remonter de beaucoup mon moral d’ectoplasme !
- Après tant d’années, je ne suis toujours pas claire avec moi-même sur la question de savoir si je dois t’être reconnaissante ou pas…
- Pense que sans moi, tu n’aurais jamais rencontré ce bel Egyptien et que tu ne serais jamais retrouvé dans une situation aussi stimulante. Mais trêve de bavardage, j’ai l’impression que les choses sérieuses recommencent.


Aswald le Noir venait en effet de bondir du fleuve des âmes et d’atterrir sur la barque. Si son visage était toujours recouvert par son sang, il ne laissait de nouveau plus paraître la moindre expression.
Sans perdre de temps inutilement, et visiblement totalement ignorant de la présence de Léonidas, l’Egyptien leva le bras et pointa son adversaire du doigt. Sentant le cosmos de son ennemi se réveiller, Myrina se mit en garde, prête à toute éventualité.
La scène resta figée quelques instants, jusqu’à ce que le chevalier du Cancer note des mouvements dans le ciel étoilé. Elle ne les avait pas remarqués plus tôt car ils se confondaient avec les étoiles, mais à présent il était clair qu’une demi-douzaine d’objets lumineux se rapprochaient d’eux.
Si au début Myrina ne distingua que des formes vaguement sphériques et floues, plus la distance se réduisait plus les objets semblaient évoluer et devenir des formes distinctes. Quand ils ne furent plus qu’à quelques dizaines de mètres des deux combattants, ils avaient pris l’apparence de six chiens spectraux, blancs comme la neige et dont les pelages et les chairs translucides laissaient apparaître les organes internes. Les bêtes se posèrent sur la barque puis marchèrent jusqu’au côté d’Aswald qui passa sa main gauche sur le dos de l’un des chiens.


- Voilà autre chose… dit Myrina.
- Les chiens des morts, commenta Léonidas.
- Pardon ?
-A l’origine, les chiens sauvages et les chacals déterraient les corps des morts et étaient craints par les Egyptiens. C’est pour cela que ceux-ci ont commencé à vénérer les dieux des Morts à visage de canidés, si bien que les chiens emmènent les âmes égarées vers le monde des morts, commenta Léonidas.
- Comment sais-tu ça ?
- J’imagine que Léonidas, ou un précédent porteur de l’armure du Cancer, devait se dire que se cultiver peut se révéler parfois utile…
- Soit. Donc ils vont m’être hostiles ?
- Ton adversaire n’aurait sans doute pas pris la peine de les invoquer sinon. Pourtant si tu es ici sans avoir reçu les sacrements sacrés égyptiens, tu ne réponds malgré tout pas à la définition d’âme égarée. Je pense que cet Aswald a dû leur faire quelque chose avec son cosmos.
- Pfff… Chiens fantômes ou pas, il en faudra plus pour m’abattre.


Les six animaux commencèrent à se déplacer sur la barque, cherchant visiblement à encercler la femme-chevalier. Bien décidée à ne pas laisser cela se produire, Myrina prit l’initiative et courut à la rencontre de la bête la plus proche d’elle, tentant de la frapper du pied. Le coup passa à travers la créature spectrale, sans lui faire le moindre dommage visible. Profitant du léger déséquilibre de Myrina, le chien lui sauta au visage tous crocs dehors. Myrina parvint à s’écarter légèrement et à préserver son visage, mais la mâchoire se referma en silence sur le biceps du chevalier.
Si Myrina laissa échapper un hurlement de douleur, la gueule de l’animal avait traversé son bras sans laisser la moindre marque ou blessure.


- Mon âme, elle s’est attaquée directement à mon âme !
Au moment précis où les cinq autres chiens chargèrent dans le même mouvement, l’esprit de Myrina fut de nouveau agressé par un flot d’images envoyées par Aswald. Le temps que Myrina prit pour bloquer l’assaut mental fut très bien mis à profit par les bêtes : d’impitoyables coups de crocs et de griffes s’abattirent sur le chevalier du Cancer, chacun semblant arracher une parcelle de son souffle vital.
Ne pouvant frapper les chiens, Myrina n’avait d’autre solution que l’esquive. Elle se ressaisit et parvint à se dégager d’une roulade sur le côté, mais les animaux spectraux ne lui laissèrent pas le moindre répit. Semblant parfaitement adaptés à l’environnement de cette dimension spirituelle, les chiens se déplaçaient à une vitesse presque égale à celle de Myrina, et si elle parvenait malgré tout à esquiver le plus gros des attaques, il y avait toujours une griffe ou une dent pour l’atteindre et continuer à saper un peu plus ses forces.
- Si ça continue, tu vas y rester ! pensa-t-elle.
Réfléchissant à toute allure, Myrina passait en revue les possibilités qui s’offraient à elle, et malheureusement le choix était des plus restreints.
Attaquer Aswald ne la mènerait sans doute nulle part, son cosmos avait décru et les chiens agissaient apparemment de façon indépendante depuis qu’il les avait appelés. Au demeurant elle pouvait même s’estimer heureuse que le chevalier du Nil ne prenne pas part au combat.
Il fallait qu’elle trouve un moyen de toucher les chiens malgré leurs natures immatérielles… Contrairement au monde de la Fontaine Jaune où l’on pouvait se combattre sans restriction que l’on ait un corps ou pas, dans cette dimension il semblait que les âmes pouvaient affecter les objets physiques sans que la réciproque ne soit vraie.
Un déclic se produisit alors dans l’esprit du chevalier, elle se dégagea d’un nouveau saut et se mit en position d’appeler les Cercles d’Hadès. Cependant, au lieu d’ouvrir un passage entre les mondes, elle attira vers elle les âmes du fleuve. Une vingtaine d’entre elles vinrent se concentrer sur l’index du chevalier du Cancer, s’agglutinant en une grande sphère laiteuse.
Surprises, les six bêtes spectrales s’écartèrent craintivement de leur proie tandis que Myrina fragmentait la sphère en six groupes d’âmes. Même si les essences spirituelles étaient capables d’interagir avec la matière en ce lieu, elles n’en restaient pas moins immatérielles et sans consistance par nature et donc malléables pour quelqu’un disposant des pouvoirs appropriés. Myrina déforma donc avec l’aide de son cosmos la forme des âmes jusqu’à obtenir six lances faites de matière spirituelle.
- Prenez ça ! cria-t-elle en lançant les projectiles.
Tous les six volèrent jusqu’à leur cible et, malgré la fuite désespérée des chiens, ceux-ci furent empalés et se désagrégèrent presque instantanément, disparaissant finalement dans le néant.
Myrina pointa alors son index sur Aswald et les six lances fondirent sur lui.
Le chevalier du Nil tendit ses bras devant lui, paumes dressées, ce qui arrêta net les projectiles. Il activa ensuite légèrement son cosmos et les âmes qui constituaient les lances se désolidarisèrent et se mirent à flotter dans les airs autour de l’Egyptien.
- Attends voir… murmura Myrina.
Elle se remit en position et enflamma son cosmos à son paroxysme. Cette fois-ci ce ne furent pas qu’une dizaine d’âmes qui furent attirées : le fleuve se brisa et son flot s’éleva dans les cieux telle une gigantesque lame de fond. Myrina baissa le bras et les âmes s’abattirent sur le chevalier du Nil Noir.
Celui-ci voulut à nouveau bloquer l’offensive, en poussant pareillement son énergie à la limite : le flot d’essences spirituelles se brisa en deux et passa autour de l’Egyptien sans l’atteindre.
Myrina, qui suait déjà à grosses gouttes à cause de l’effort de l’assaut et du fait de devoir bloquer simultanément les attaques mentales persistantes d’Aswald, dut entrer dans un état de quasi-transe pour reporter une partie de sa concentration sur les âmes qu’elle avait utilisées plus tôt et dont Aswald semblait à présent ne plus se soucier, les ayant laissé dériver autour de lui.
Myrina ne s’intéressa qu’à celles qui se trouvaient dans le dos de son adversaire et les assembla cette fois-ci en une unique arme spirituelle.
- Adieu…
La lance transperça Aswald de part en part et Myrina put presque voir une partie de l’essence vitale de son adversaire être arrachée, une blessure analogue à celles que les morsures des chiens lui avaient infligée.
Le chevalier du Nil laissa échapper un râle de douleur tandis que simultanément Myrina intensifia le flot des âmes jusqu’à ce que celui-ci transperce finalement la défense affaiblie par la déconcentration d’Aswald.
La stratégie du chevalier se révéla aussi payante que celle-ci l’avait espéré et l’armure d’Aswald fut presque instantanément pulvérisée par l’impact. Le chevalier du Nil ne fut toutefois pas emporté par la déferlante et parvint à rester debout dans la tourmente, ne reculant que de quelques dizaines de centimètres.
Myrina sentit une vague d’énergie monter en son adversaire et soudain le cosmos d’Aswald le Noir explosa avec une violence inouïe, telle qu’elle n’en avait jamais connue de toute sa vie. Les âmes furent projetées dans toutes les directions, le fleuve se disloqua de part et d’autre de la barque et la femme-chevalier dut utiliser toutes ses forces pour ne pas être emportée elle aussi.
- C’est impossible… Il est invincible ! cria Myrina, absolument stupéfaite.
- Personne n’est invincible, dit Léonidas qui avait quant à lui été totalement inaffecté par les conséquences du combat. Mais je t’accorde que ce type est vraiment un dur à cuir… Dommage, utiliser les âmes comme armes était une bonne idée, même si moralement discutable...
- Tu ne m’aides vraiment pas, là !
Cette fois-ci, le chevalier d’Or commençait à vraiment perdre tout espoir. Chaque fois qu’elle arrivait à prendre un avantage, son adversaire se contentait de simplement hausser son niveau et utiliser davantage de ses ressources. C’était sans issue, le seul point positif étant qu’elle parvenait à présent à bloquer les images et sensations parasites qu’il lui envoyait presque sans avoir à y penser. Il lui avait fallu plusieurs essais pour trouver une parade totalement efficace, mais à l’avenir cela ne la gênerait plus.


Pendant ce temps, bien qu’il venait d’exploser, le cosmos d’Aswald continuait d’augmenter d’intensité. Il leva alors ses bras au-dessus de sa tête et l’air se troubla autour du chevalier du Nil jusqu’à ce que des failles s’ouvrent autour de lui, des brèches entre cette réalité et le monde des vivants. La quantité d’énergie qu’utilisait Aswald pour accomplir cela laissa le chevalier d’or estomaquée : ouvrir un passage entre la Terre et ce lieu était infiniment plus difficile que de le faire avec le monde de la Fontaine Jaune. Un véritable exploit qu’il lui serait totalement impossible d’imiter.
Des dizaines d’âmes franchirent alors les ouvertures, mais si celles qui entouraient les deux combattants depuis le début de leur affrontement étaient des fumerolles d’une blancheur pure, celles-ci avaient l’apparence d’ombres déformées des êtres qu’elles avaient été, sombres comme la nuit. Tandis qu’elles se rassemblaient entre les paumes des mains d’Aswald, Myrina sentait que ces essences vitales étaient corrompues, perverties.
- Des âmes… Des âmes en peine… dit Myrina.
- Sans doute les âmes de ceux qu’il a tués et à qui il n’a pas offert de sépultures ou les derniers sacrements, compléta Léonidas. Des âmes rendues folles par leur errance sur Terre…
- Il n’y a pas que ça…
Effectivement, la barque semblait se rapprocher d’une structure flottant dans le vide (ou alors la structure se rapprochait, la différence étant dure à dire dans un tel environnement, sans repère fixe). Quand la structure fut assez proche, Myrina comprit qu’il s’agissait d’une sorte de gigantesque nécropole spectrale. Elle eut à peine le temps de se demander quel genre de créatures pouvait sommeiller en un endroit pareil, qu’elle s’aperçut que ce lieu de repos éternel était fort agité. Les tombeaux étaient en train de s’ouvrir révélant des sarcophages et des momies qui n’avaient rien d’humains en apparence. Tous se mirent à bouger et des centaines, sinon des milliers, de chiens et chacals fantômes se levèrent et commencèrent à voler vers la barque.
- Ce coup-ci, cela risque de poser un sérieux problème !
Myrina enflamma son cosmos, pour tenter de rassembler autour d’elle les âmes qui avaient été dispersées au loin afin de pouvoir se défendre, mais Aswald ne lui en laissa pas le temps et lâcha les âmes en peine sur elle. Le chevalier du Cancer sentait la colère sourde qui émanait de celles-ci : une haine presque irrationnelle envers la vie. Si jamais elle se laissait toucher, il ne faisait aucun doute que les effets seraient encore bien plus néfastes que les morsures des chiens.
Myrina savait qu’elle devrait se contenter d’esquiver le temps de rassembler suffisamment d’essences vitales de son côté pour pouvoir contre-attaquer, pourtant cela risquait de se révéler compliqué. Les âmes en peine se déplaçaient avec une grande rapidité et revenaient sans relâche à l’assaut, tels des projectiles intelligents et infiniment tenaces.
La situation devint encore plus précaires quand les chiens spectraux arrivèrent sur la barque et attaquèrent à leur tour. Ainsi acculée en défense, Myrina savait parfaitement qu’elle ne pourrait pas tenir plus de quelques secondes.
Elle se fit d’abord atteindre par les morsures et les griffes des chiens qui lui volèrent encore un peu d’énergie vitale, mais continua à se préserver des âmes en peine. Néanmoins les chiens étaient de plus en nombreux, elle se faisait toucher de plus en plus souvent, chaque coup la rendant moins rapide et moins lucide.
Puis, finalement, une âme en peine parvint à l’atteindre, et, si elle ne l’effleura pourtant qu’à peine, cet éphémère contact lui suffit à s’engouffrer purement et simplement à l’intérieur du corps de la femme-chevalier. Le corps de Myrina se glaça et elle hurla sous l’effet de l’intrusion, sentant sa raison défaillir alors que la présence étrangère agressait directement son esprit, tentant de le dévorer.
Sans réfléchir, elle fit appel à la solution qui avait jusque-là toujours résolu ses problèmes : utiliser les Cercles d’Hadès. C’était un pur réflexe, et si Myrina avait pensé à ce qu’elle faisait jamais sans doute elle n’aurait opté pour cette option. Dès qu’elle s’était réveillée, elle avait senti que le monde des vivants et la dimension de la Fontaine Jaune étaient apparemment hors d’atteinte, et ensuite voir Aswald invoquer les âmes noires lui avait confirmé que son pouvoir ne pouvait briser les portes de cette dimension étrangère.
Cet acte irréfléchi eut un effet auquel elle n’aurait jamais pensé.
La réalité où ils se trouvaient réagit en effet instantanément à sa tentative d’ouvrir un passage dimensionnel avec son attaque. Les Cercles d’Hadès imposaient un stress à la structure du lieu qui s’adaptait afin de contrecarrer le pouvoir de Myrina. La barque et les cieux se mirent à onduler, comme s’ils étaient vus à travers un miroir déformant fluide.
Myrina continuait à concentrer son énergie dans son doigt, ce qui d’ordinaire créait un ersatz de trou noir qui débouchait sur la brèche à travers les mondes par laquelle Myrina expédiait les âmes de ses ennemis. C’était à la formation de cette singularité aspirante que leur environnement réagissait en se distordant et en essayant de se dilater au maximum.
Myrina comprit soudain ce qui était en train de se passer, et intensifia son pouvoir, aggravant autant qu’elle le pouvait le stress sur la structure de la dimension. Puis au pic de son attaque, elle relâcha son effort : brusquement sans contrepartie, la force qui contrait les Cercles d’Hadès se rétracta comme un ressort dont on retirait tout à coup un point d’attache.
La structure de la dimension faillit se déchirer et une gigantesque explosion survint au moment où elle tentait de revenir à un point d’équilibre.
La barque explosa, les âmes en peine et les chiens furent balayés comme des fétus de paille et même la nécropole spectrale sembla s’écrouler à cause du cataclysme. Si Myrina n’avait pas été protégée par une armure d’or, son corps aurait sans aucun doute été également pulvérisé.
Le chevalier d’Athéna flotta pendant quelques secondes dans le vide, à la limite de la conscience, puis elle vit la barque se reformer à partir de rien un peu en dessous d’elle et les âmes commencer à se rassembler pour reformer le fleuve. Myrina inclina légèrement son corps de façon à dériver jusqu’à la barque. Lorsqu’elle atteint enfin son objectif au bout de quelques minutes, toutes les conséquences de son affrontement avec Aswald semblaient avoir été totalement effacées. Elle s’allongea alors de tout son long, à bout de forces, mais son repos fut de très courte durée.
Les images agressives qui lui envoyait Aswald lui parvinrent à nouveau, ce qui ne pouvait avoir d’autre signification que son adversaire avait également survécu. Bloquant machinalement l’assaut mental, elle se releva au moment où son adversaire se posait à l’avant de la barque. Si son armure n’était plus qu’un lointain souvenir et si de nombreuses blessures déversait son sang, l’Egyptien ne laissait pas paraître le moindre signe de faiblesse, tout au plus pouvait-on lire un léger agacement dans son attitude corporelle.
Avec horreur, elle constata que les âmes en peine se concentraient à nouveau autour du chevalier du Nil et que les chiens spectraux étaient en train de revenir de toutes les directions.
- Cette fois, c’est la fin… murmura-t-elle avec désespoir.
- Pas encore, répondit Léonidas qui venait de réapparaître juste à côté d’elle.
- Ton optimisme confine à l’aveuglement ! Je n’ai plus aucune solution…
- Alors je te propose de changer de méthode…
- Que veux-tu dire ?
- Ecoute ce que ton adversaire a à te dire.
- Je ne te suis pas.
- Depuis le début, tu bloques les images et pensées qu’il t’envoie, assumant que cela t’est hostile. Mais s’il essayait en fait de te dire quelque chose ?
- Ce sont des pensées totalement anarchiques, il n’y a aucun sens caché.
- De toute façon, tu n’as pas de meilleure idée…
Myrina hésita de longues secondes, le conseil de Léonidas lui paraissait à première vue totalement stupide. Même si Aswald tentait réellement de lui dire quelque chose, que pourrait-elle en tirer ? C’était son ennemi et il mettait beaucoup de zèle à tenter de la tuer. Si d’un côté elle n’avait effectivement plus le moindre plan d’action… D’un autre côté était-il raisonnable d’accorder foi à ce qui n’était après tout qu’un souvenir de son ancien rival ?
Comme lorsqu’elle avait utilisé les Vagues d’Hadès quelques minutes plus tôt, Myrina prit sa décision à l’instinct.
Elle baissa son bouclier mental et se laissa submerger. Son nez se remit à saigner et elle eut l’impression que sa tête allait exploser à cause des sensations étrangères et dénuées de sens.
Mais elle réalisa bien vite que derrière les images les plus oppressantes, celles qui cachaient presque le reste par leur violence, d’autres, beaucoup d’autres en fait, semblaient plus calmes.
Elle vit des images de personnes, de lieux, sans pouvoir pour autant leur donner un sens car tout était désordonné.
Pourtant en se laissant encore plus submerger, Myrina commença à voir une logique émerger de l’anarchie. Elle put remettre les images dans ce qui semblait être un ordre cohérent, puis même les images les plus agressives commencèrent à trouver leur place et une signification.
Et, finalement, lorsqu’elle eut placé au bon endroit la dernière pièce de ce puzzle mental, Myrina eut sous ses yeux toute la vie d’Aswald.
Non, pas seulement ça…


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