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La Nécropole du Nil

Par RoiLion.com


Sur le chemin de rocaille qui gravissait la montagne vers le Sanctuaire, Myrina avançait à bon rythme, suant sous le soleil de l’après-midi estival. Lourd également était le silence qui régnait entre elle et Khemmis, qui la suivait quelques pas en arrière. Depuis leur départ de la demeure de la jeune femme, ils n’avaient échangé que peu de mots. Régulièrement, Myrina devait jeter un regard en arrière pour s’assurer que l’homme la suivait toujours. De son côté, lui avançait les traits fermés, les lèvres serrées, en proie à une réflexion intense semblait-il. Il n’était que légèrement vêtu, de vêtements qu’ils avaient pu trouver dans le chalet, assez amples pour accueillir la musculature de l’homme. Myrina aussi était habillée en civil. Après s’être une nouvelle fois assurée de la présence de son invité et avoir ainsi noté à nouveau la tension qui l’habitait, elle fixa son regard vers son objectif au loin, commençant à craindre l’issue de cette confrontation.



A l’approche du lieu sacré, suffisamment loin pour être encore hors de vue, Myrina s’arrêta brusquement. Khemmis, surpris et encore concentré sur ses pensées, faillit la bousculer. Il la regarda d’un air curieux, mais elle ne lui rendit pas son regard. Elle se contentait de murmurer des mots incompréhensibles en fouillant dans les replis de son habit. Finalement, au moment où l’étranger allait ouvrir la bouche pour s’enquérir de ce qui lui prenait, elle sortit son masque de cérémonie et lui expliqua :


- Ceci est mon masque protocolaire, avant que tu ne le demandes. En effet, lorsque Athéna a créé le Sanctuaire afin de rassembler autour d’elle les meilleurs guerriers de toutes les cités grecques, il y a deux cents ans de cela, seuls les hommes étaient admis. Elle a par la suite modifié cette règle lorsqu'elle est revenue sur Terre en se réincarnant dans le corps d'une mortelle il y a trente ans. Néanmoins les rares femmes qui accèdent au rang de chevalier doivent porter un tel masque afin de cacher leur féminité.



- Mais… C’est ridicule, balbutia Khemmis. Cette coutume est indigne de…



- C’est une règle du Sanctuaire et d’Athéna elle-même, Khemmis, l’interrompit-elle en fixant l’objet. Cela ne saurait être discuté, et pourtant crois-moi que j’ai essayé, dit-elle en l’accrochant derrière sa tête. Allons, en route, nous y sommes presque.


Elle se remit immédiatement en marche. Le Nubien, quoique perplexe, l’imita. Tout son être vibrait pour les instants qui allaient arriver, et qui décideraient de son avenir et de celui de son pays.



A mesure qu’ils s’approchaient, la population se faisait plus nombreuse. D’abord quelques simples paysans, puis les maisons de l’entrée de la zone du Sanctuaire, enfin la voie principale menant à l’agora, pleine de monde comme toujours. Les personnes présentes s’arrêtèrent toutes dans leurs occupations pour voir avancer le duo, ou plus particulièrement l’homme à la peau de couleur noire, comme ils n’en avaient jamais vu en ces lieux pour la plupart. Tous, du garde au simple paysan, en passant par Philista dont ils croisèrent le chemin sur l’agora, les fixèrent cois. Un jeune chevalier, sans doute rendu plus hardi que les autres par sa nouvelle promotion, ouvrit la bouche pour les interpeller, mais Philista, à ses côtés, lui donna un coup de coude dans les côtes qui lui coupa le souffle. Khemmis, lui, collait au plus possible à Myrina, surveillant de tous côtés, comme un chat progressant dans un chenil. Quant à elle, elle avançait aussi droite et décidée qu’à l’accoutumée, comme si personne ne la regardait. Arrivée au pied de l’ultime dénivelé, celui qui menait au point culminant du domaine du Sanctuaire, elle jeta derrière elle pour Khemmis :


- La personne que nous sommes venus quérir se trouve dans le temple situé sur le point le plus haut du Sanctuaire. Allons, suis-moi, nous sommes presque fixés.



- A quelles divinités seront dédiés tous ces temples ? demanda l'Egyptien après un moment de marche en désignant une série d'édifices en construction situés à intervalles réguliers le long du chemin.



- A personne, répondit Myrina. Ils serviront en réalité de demeures à mes onze confrères chevaliers d'Or et à moi-même, si bien que pour accéder au temple d'Athéna un envahisseur devra tous les combattre.



- Stratégiquement, reprit Khemmis après un autre moment de réflexion, n’est-ce pas osé de diviser la force de votre élite pour protéger le chemin ? Je veux dire, plutôt que de concentrer vos forces en un seul point ?



- Pour ne rien te cacher, je trouve même cela totalement stupide. Quoi qu'il en soit, nous pouvons encore passer outre pour le moment, donc cela n’est pas notre affaire."


Suite à ces paroles, ils terminèrent leur ascension en silence. C’est ainsi que le couple se retrouva face à Chiron, dans la salle d’audience d’Athéna. Le centaure était debout à côté du trône vide, au sommet de trois petites marches d’apparat, et les deux plaidants devaient légèrement lever la tête pour le voir. Si Khemmis ne cacha pas sa surprise de découvrir un être qui, pour lui, était mythologique et légendaire, Chiron au contraire ne laissa rien paraître des sentiments que la vue d’un homme noir pouvait avoir engendrés chez lui. Après quelques salutations rapides, pressées par l’urgence de la situation, Khemmis commença son récit.


- Noble Chiron, mon propos sera simple et réduit à sa plus stricte essence : l’Egypte, mon pays, de l’autre côté des eaux, est en très grand danger, le pire qu’elle ait eu à connaître depuis son existence. Seth, le dieu maléfique, est revenu sur les terres du Nil après des milliers d’années et réserve un destin tragique à Isis, ma déesse tutélaire, la plus douce des déesses, femme du très grand Osiris.



- Je connais vos dieux, Khemmis, répondit Chiron. Isis et Osiris, bien que frère et sœur, étaient unis et eurent un enfant, Horus. Ils se retirèrent du monde des humains après la tentative presque réussie de Seth pour prendre le pouvoir. Mais, pourtant, il me semblait que ce dieu néfaste avait été mis hors d’état de nuire ?



- C’est tout à fait exact. Je suis heureux que vous nous connaissiez si bien, cela m’épargnera du temps, qui m’est compté depuis le retour, en effet, de Seth. Aucun doute n’est possible à ce sujet, bien que nul ne sache comment cela s’est produit. C’est la raison de ma présence ici, en ce lieu sacré. En des temps normaux, mes confrères chevaliers du Nil et moi-même suffisons à régler les problèmes internes à notre pays, les divergences de vue entre les factions servant les différents dieux. Mais là, face à Seth, face à l’étendue de sa traîtrise et de ses pouvoirs, rien n’y fait. Nous avons besoin d’aide.


Khemmis mit un genou à terre et baissa la tête. Les sentiments remontaient à la surface de sa peau.


- Voilà pourquoi je me suis résolu à l’exil, à quitter ma patrie pour venir chercher de l’aide de l’autre côté de l’eau, vers les légendaires chevaliers d’Athéna, abandonnant mon ami sur la berge. Il a dû sacrifier sa vie pour pouvoir me laisser partir. Pour le salut de la mienne, il laissa sa peau dans la bataille.


Khemmis étouffa un sanglot. Il garda les yeux au niveau des sabots du centaure alors qu’il reprenait le récit de son parcours, du début. Il narra sa traversée, son semi-naufrage sur des terres totalement inconnues, sa traque par une troupe aux ordres de Seth qui avait suivi son embarcation depuis l’Egypte, jusqu’à sa perte de conscience sur les terres de Myrina.



Pour sa part, la jeune femme regardait le narrateur sans le quitter des yeux une seule seconde. Elle était comme subjuguée par ce récit dont, finalement, elle ne connaissait que très peu d’éléments, se rendit-elle compte. Bercée, comme à chaque fois que Khemmis parlait, par sa voix emplie de chaleur, bien que trempée de larmes actuellement, elle ressentit toutes les émotions qu’avait ressenties son camarade depuis le début de ses aventures. Il était homme voué corps et âme à sa déesse, plus que le plus fervent des chevaliers d’Or, peut-être. Et par-dessus tout il aimait son pays et se rendait malade de cette situation. La perte de son ami avait été une épreuve rude, de toute évidence. Puis un coup de la Fortune l’avait fait terminer son voyage dans ses bras à elle, qui jusqu’ici se sentait si vide, si inutile et creuse.



A mesure que l’homme racontait son aventure, la rêverie de Myrina embellissait à ses yeux les traits de l’homme, charmant de nature. Chiron, lui, restait aussi impassible que le roc, comme il l’était toujours, en toutes circonstances. De temps à autre, un raclement de sabot arrière rappelait à l’assistance qu’il était bien réel. Le vieux sage pointait de temps à autre son regard vers la jeune femme, et alors ses orbites se teintaient d’une lueur bleue intensément profonde, subrepticement.


Après de longs moments, Khemmis finit par approcher de la fin de son récit.


- Voilà, Chiron, noble centaure. Vous savez maintenant à peu près autant de choses que moi concernant cette affaire, et si…



- C’est à mon tour désormais, et si tu le permets, jeune Khemmis, de prendre la parole, intervint brutalement Chiron. Avant d’aller plus loin, laisse-moi te parler de la situation du Sanctuaire actuellement : nous sommes en guerre, nous aussi. Athéna est confrontée à Poséidon, son oncle, le dieu des Mers. Aujourd’hui même, afin de déterminer le sort du Péloponnèse, une partie du territoire grec, précisa-t-il pour l’étranger, Athéna est descendue en personne avec quelques-uns de ses plus braves guerriers au Temple Sous-Marin. L’enjeu est également le sort de milliers d’habitants, mais sur notre continent, dans notre pays.


Il tapa de la pointe de son arc colossal par terre à deux reprises, pour marquer un temps dans son discours. Khemmis avait relevé la tête mais était resté genou au sol. Myrina également fixait l’orateur, le visage caché derrière son masque.


- Bref, je ne gloserai pas plus. Il tourna la tête pour marcher un peu en continuant : tu comprendras aisément qu’en l’état, malgré l’urgence, toute relative, de la situation que tu décris, je ne peux prendre de décision seul, sans en parler à la déesse. Et puis, comme tu le sais sans nul doute, ces terres qui forment ton pays d’Egypte ne sont pas sous la protection de la déesse aux yeux pers.


Il fit face à nouveau à l’étranger et n’eut pas à patienter ; il attendait que Khemmis se jette sur lui, ce qu’il commença de faire en se relevant à moitié, ouvrant la bouche, mais fut interrompu. Myrina avait fait un pas en avant et explosé :


- Mais enfin ! Est-ce là la réponse du Sanctuaire ? Ce fameux Sanctuaire, cette terre d’asile dont tout le monde parle et qui se targue à qui veut l’entendre et même plus d’être le défenseur des opprimés, des faibles, des justes, et de tous les habitants de l’Attique ? Celui-là même qui déblatère sans cesse sur l’importance de Gè et de sa protection refuse maintenant d’apporter aide en une pareille situation, d’une dangerosité des plus grandes ?



Elle finit par cracher littéralement :



- Mais qu’est-ce donc que cet humanisme hautain et pédant ?


Khemmis était resté bouche bée à voir la jeune femme hurler ainsi en bougeant les bras dans tous les sens. Toute son animosité s’était envolée d’un coup, comme si cette dernière avait été captée par Myrina pour se rajouter à la sienne. Il ne voyait plus maintenant qu’un chevalier en train d’outrepasser une nouvelle fois les règles édictées par sa déesse tutélaire Athéna, pour lui, pour sa cause. Elle était à l’extrême limite, il s’en doutait, de perdre toute sa considération en ces lieux, peut-être plus, ou peut-être était-ce déjà fait, et tout cela dans le but de le soutenir ; il s’en rendait compte maintenant.



Lorsqu’elle eut fini de crier sa colère, l’homme lui embraya le pas pour supplier le centaure, mais celui-ci resta sourd à toutes leurs demandes.


- Ecoutez, calmez-vous un instant, lança-t-il pour tenter de réfréner les ardeurs. Je comprends ton désespoir, Khemmis, mais vois la situation à laquelle je suis réduit : je suis incompétent pour régler ton problème. Il ressort beaucoup trop d’enjeux dans toute cette histoire, et je n’ai pas les pouvoirs et les responsabilités suffisantes pour t’apporter secours. Je comprends ta déception, mais à l’heure actuelle, le Sanctuaire ne peut pas t’aider officiellement, ne peut pas lancer d’offensive en règle contre Seth.



Il se tourna pour faire face à Myrina et termina ainsi :



- Et toi, Myrina, avant de dépasser les limites du rôle qui t’a été assigné, comprends aussi que moi-même, en temps que responsable du Sanctuaire en l’absence de la déesse, je ne peux lancer d’action claire et forte dans cette histoire. Le Sanctuaire ne donnera pas de mission spéciale à qui que ce soit pour agir en Egypte en son nom. Suis-je bien clair ?


Myrina resta debout en fixant le centaure. Son discours résonnait bizarrement dans sa tête. Alors qu’elle hésitait sur la marche à suivre, elle crut voir les yeux de Chiron s’illuminer d’une teinte bleutée vive et profonde. Elle hocha doucement la tête, et souffla :


- Oui… Oui, tout est clair. Très clair, même…


Elle tourna la tête et croisa le regard de Khemmis, cramoisi de colère et de haine.


- Alors c’est comme ça ? cria-t-il à l’adresse du monde entier. Ca y est, c’est réglé, tout le monde rentre chez soi et le Sanctuaire continuera de se faire passer pour le sauveur ? Vous me dégoûtez, tous, tous ici !


Il quitta la grande salle à pas rapides et commença à dévaler les escaliers en courant. Myrina voulut le rattraper, l’atteindre, accrocher son bras, mais l’homme n’écoutait pas. Sur le perron de la salle, elle se retourna une ultime fois vers Chiron, tentant de trouver des mots, mais le sage était toujours fidèle à lui-même, dans la même position immobile au possible. Elle préféra courir dans l’escalier en hélant le Nubien, en vain.



Khemmis était taillé pour la course, pour les épreuves physiques en général. Arrivée sur l’agora, elle comprit qu’il avait déjà accumulé une forte avance. Troublée intérieurement, gênée par la foule qui ne s’écartait pas instinctivement devant elle au contraire de devant un homme noir comme la nuit et en furie, elle finit par perdre sa trace. Elle cria plusieurs fois, mais ne parvint qu’à s’attirer les regards de toutes les personnes à la ronde.



Dépitée et lasse, elle cessa la lutte et ses épaules s’effondrèrent au moment même où quelqu’un vint mettre sa main dessus. Elle se tourna et découvrit le sourire élargi de Philista, le chevalier de Bronze. Ce dernier changea vite d’expression en découvrant l’allure de son amie, en sueur, décoiffée, le souffle court et la voix tremblotante.


- Excuse-moi, dit-il, je ne voulais pas t’importuner. Je voulais juste t’annoncer la bonne nouvelle.



- Ha… toussa-t-elle. La bonne nouvelle, hein ?



- Oui, Yaga a réussi, il a été promu chevalier ce matin. Devant l’absence de réaction, il ajouta : je voulais t’associer à cet événement avec nous…



- Mmm, mmm, glissa-t-elle en retournant la tête. Pardonne-moi, mais je préfère m’en aller, j’ai besoin d’être seule.


Bien que soucieux de l’état de forme de son amie, Philista n’ajouta rien. Son système de pensée lui était encore étranger, mais l’homme commençait à connaître la jeune femme et savait quand s’effacer. De plus, son disciple l’attendait pour une journée de liesse.



Sur le chemin, une nouvelle fois, de son chalet, Myrina titubait, manquant à chaque instant de chuter en percutant un caillou. Tout dans sa tête était flou. Elle ne savait que penser, ni à qui en vouloir. De nombreux sentiments différents se partageaient son cerveau tandis que passaient des images de Khemmis, de Chiron, du Sanctuaire entier.



Elle marcha ainsi sans se rendre compte qu’elle portait encore son masque de cérémonie.


*
* *


Le soir commençait à apporter sa fraîcheur désaltérante sur les flancs de la montagne. Myrina était allongée sur sa couche. Son masque reposait sur une table et ses vêtements par terre, négligés. Fixant le plafond, elle était restée ainsi depuis son retour, à réfléchir aux événements des derniers jours. Elle cligna des yeux quand quelque chose attira son attention. Un son qui n’était pas là auparavant, qui n’avait jamais été là. Elle tourna la tête et capta une espèce de mélopée, un chant mélodieux et pourtant très mélancolique. Il s’agissait d’une ode totalement inconnue de la jeune femme. Elle resta ainsi un instant pour s’assurer de la réalité de la chose, puis se redressa. Elle alla vers la porte du chalet en prenant au passage un drap ample dont elle se couvrit.



Elle s’arrêta sur le seuil de la porte pour embrasser son domaine du regard. D’un coup d’œil panoramique, elle découvrit devant le box de sa jument une silhouette en train de la caresser. Le chant provenait de la même personne, assurément. Chose étrange, la jument était docile comme rarement, et se laissait caresser par l’inconnu, en piaffant. Myrina, subjuguée par la scène, reconnut tout de suite Khemmis, le fugitif. Elle resta sur place et s’appuya sur le chambranle, les bras croisés. Elle contemplait l’homme, de pied en cap, et écoutait sa mélodie qu’il avait continué à chanter. Elle ferma les yeux inconsciemment. Contrairement à son caractère fort, l’homme possédait une voix suave et douce qui caressait les oreilles de la jeune femme.



Myrina ouvrit les yeux quand la chanson fut terminée. Khemmis était toujours devant la jument Thémis qui remua la tête en direction du chalet. Suivant le geste, il se tourna et fit face au chevalier. Il s’essuya les lèvres dans un geste de gêne puis marcha pour se retrouver face à elle. La jeune femme baissa les yeux. Ni l’un ni l’autre n’osaient se regarder droit en face, ni prendre la parole.



Comme souvent dans ces cas-là, les deux se lancèrent en même temps :


- Ecoute, je…



- J’espère que…


Les deux êtres se regardèrent dans un nouveau silence gêné. Puis un sourire bilatéral détendit un peu l’atmosphère.


- Vas-y, toi d’abord, dit Myrina en lui caressant le bras.



- Très bien. Khemmis prit son inspiration et dit d’une seul traite : j’ai bien réfléchi, j’ai pesé tous les tenants et les aboutissants, et ma décision est prise, je rentre en Egypte.



Il se mordit la lèvre inférieure rapidement et reprit :



- Je rentre chez moi, dès ce soir. J’irai seul, puisque je n’ai pas d’autre choix, et j’affronterai Seth de mes mains. De toute manière, pouffa-t-il pour dédramatiser ses dires, si je reste ici, Seth parviendra à ses fins nous serons tous condamnés, moi y compris. Ce n’est donc qu’une question de temps.


Myrina avait les yeux écarquillés. Sa bouche s’ouvrait et se fermait sans qu’aucun son n’en sorte. Le discours du Nubien était l’évidence même, mais elle s’était prise à rêver d’en entendre un autre.


- Voilà Myrina, je pars, immédiatement. Cependant, je n’ai pas pu me résoudre à quitter ces terres sans te dire adieu. Ni te remercier. Il sourit, et son sourire fendit l’obscurité naissante. C’est grâce à toi que je suis en vie, c’est toi qui m’as remis sur pied et m’as offert cette chance de reprendre ma lutte, après tout !



- Tais-toi ! lui ordonna le jeune femme.


Elle hochait la tête. Elle était submergée par des sentiments inconnus et contraires. En face d’elle, sans la moindre chance de réussir, se dressait un homme qui était l’allégorie de l’énergie du désespoir. Elle porta ses doigts à ses tempes et entra dans la salle pour se calmer.


- Ecoute, reprit-elle en faisant face à la porte, que Khemmis n’avait pas franchie, voici ce que je te propose. Non, voici ce qui va se passer. Ecoute-moi bien car rien de ce que je dirai ne sera sujet à compromis.



Elle tendait un doigt accusateur vers lui.



- Demain soir, avant le coucher du soleil, nous nous retrouverons à la sortie d’Athènes, sur la route qui mène au Pirée, son port. Cela me laissera une journée de plus pour trouver Chiron et tenter de le convaincre d’agir de manière intelligente. Je t’apporterai la réponse au rendez-vous. Quelle que sera cette décision du Sanctuaire, tu seras définitivement libre d’agir à ta guise et de faire comme bon te semblera.



Elle s’arrêta, le souffle court. Lui ne bougeait pas d’un cil après ce sermon. Elle ajouta, doucement :



- Alors, me laisseras-tu cette journée ? Une seule journée, en échange des services que je t’ai rendus…


Khemmis resta un instant silencieux, cherchant ses mots. Il reprit en se tapant les mains sur les cuisses :


- Eh bien, après tout, je suppose qu’il ne serait pas prudent de partir ainsi de nuit, sans préparatifs, n’est-ce pas ?


Il sourit timidement, tandis que Myrina oscillait entre le sourire et les larmes.


Sous l’astre d’Artémis qui était maintenant levé, dans le silence relatif de la montagne hellène en été, la porte du chalet se referma sur Khemmis.


*
* *


Le lendemain matin, les rayons du soleil matinal filtrèrent par les fentes des planches de bois servant à protéger la fenêtre et vinrent réchauffer le visage de Khemmis. L’Egyptien se réveilla, ébloui par la lumière. Il était allongé sur la couche de Myrina, dans sa chambre, mais la jeune femme demeurait introuvable. Comme il s’y attendait, elle avait dû partir avant l’aube, tout comme la veille. Une fois levé, il s’habilla et prépara ses maigres affaires pour son voyage du retour. Malgré la nuit passée, sa décision n’avait pas changé, il souhaitait, non, il allait rentrer dans son pays et défier Seth. Son seul souhait à présent était que Myrina l’accompagnerait, parviendrait à convaincre le vieux baudet. Une fois prêt, il sortit du chalet, fit un dernier signe de la main à Thémis, puis emprunta le chemin rocailleux qui descendait vers Athènes et, derrière, le Pirée.



De son côté, Myrina était bloquée par un groupe de gardes du Sanctuaire. Oh il ne s’agissait que de simples gardes, des humains qui n’avaient même pas idée de la puissance potentielle résidant dans le cosmos, mais ils représentaient le Sanctuaire. Elle avait déjà fait assez de vagues, tuer des gardes dans l’exercice de leur fonction ne serait sans doute pas la solution. Masque sur le visage, comme de juste, et boîte de Pandore dorée contenant son armure sur le dos, elle devait lutter pour se contenir.


- N’insistez pas, Maîtresse Myrina, nous ne vous laisserons pas passer ! vociféra l’un d’entre eux. Nous vous avons dit les ordres de Chiron : en pleine concentration pour communiquer avec Athéna, il ne doit surtout pas être dérangé ! Le sort de la guerre en dépend !



- Eh oui, il faut bien que quelques-uns parmi les chevaliers méritent les privilèges qu’on leur donne, hein ? lança un autre en avançant sa lance d’un air sarcastique.


Après avoir fixé stoïquement l’homme et sa lance, Myrina tenta :


- Ecoutez…



- Vous connaissez déjà la réponse, madame, la coupa un troisième. Peu importe l’importance de la demande, le Sanctuaire pourrait brûler d’un incendie, Chiron ne veut pas être dérangé.



- A-t-il au moins dit pour combien de temps il en a ?



- Non, madame. Cela dépendra des informations qu’aura à lui transmettre la déesse.


Myrina baissa la tête vers le sol. Très bien, puisqu’il en était ainsi, elle prendrait la décision unilatéralement. C’était peut-être mieux après tout. Elle se détourna sans mot dire des gardes et du chemin qui passait entre les chantiers de construction. Derrière elle, les gardes ricanaient de fierté.



Elle marcha dans les rues du cœur du Sanctuaire, cherchant son ami Philista, et finit par le trouver tout simplement assis sur un banc devant sa maison. La voyant devant lui, la boîte de Pandore sur le dos, le chevalier de Bronze comprit la gravité de la situation et se leva.


- Je suis venue te dire adieu, Philista, lança-t-elle. Comme celui-ci restait silencieux en hochant la tête, elle embraya : il y a deux jours, j’ai recueilli un homme mourant, l’homme d’ébène que tu as vu à mes côtés hier. Il est un chevalier tout comme nous, protecteur du panthéon grec d’Egypte. Son pays court le plus grave danger qu’il n’ait jamais subi. En l’absence de réaction du centaure, je pars avec lui tenter d’empêcher le massacre. Elle s’interrompit pour observer la réaction de son vis-à-vis, qui fit la moue mais ne broncha pas. Martyre, rebelle ou traîtresse, je ne sais l’étiquette qui me sera réservée pour l’avenir dans les archives du Sanctuaire, mais peu me chaut : ma décision est irrévocable, dit-elle alors que son cosmos brûla aussi intensément que subitement.



- Eh bien ! échappa Philista de surprise, tu en as tout l’air en tout cas. Mais dis-moi, si j’ai tout bien compris, Chiron, et donc le Sanctuaire t’ont interdit d’intervenir, c’est bien ça ? Et tu décides malgré tout de tout braver ? Es-tu réellement prête à tout risquer, à revenir au point de départ pour une croisade insensée ?



- N’y pense même pas, répondit sèchement Myrina. Je te connais, je sais par cœur tes remontrances et tes belles paroles de noble chevalier aux moult décorations. Mais je ne suis pas comme toi.



Elle hocha la tête et glissa, les yeux embués :



- J’ai enfin trouvé le but de mon existence, tu comprends cela ?



- Ha, soupira l’homme en secouant la tête, je me fais vraiment trop vieux pour ce genre d’histoires ! Cependant, tu sembles en effet animée d’une volonté que je ne t’ai jamais connue. Il réfléchit un instant puis termina : très bien, c’est d’accord.



- D’accord ? s’étonna la jeune femme. D’accord pour quoi ? Je ne t’ai même rien demandé.



- C’est bon, tu peux arrêter, tu sais ? Je t’ai dit d’accord, sourit Philista. Je suis d’accord pour t’accompagner. Je n’ai jamais eu à faire de combat sur la côte sud de la Méditerranée ; j’aimerais bien découvrir ces paysages exotiques. Et puis, maintenant que mon rôle d’instructeur est échu, je n’ai pas trop envie de me coltiner un nouveau jeune paltoquet, tu sais, dit-il en clignant de l’œil.



- Philista…



- Attention, jeune fille, pas d’incompréhension, n’est-ce pas ? il pointa un doigt en l’air. Je t’accompagne uniquement pour te surveiller et m’assurer que tu reviendras vivante à bon port, compris ?


Myrina renifla et hocha la tête avec cœur en échappant un petit rire. Elle se recoiffa en soufflant :


- Compris !



- Parfait, répondit le vétéran. Laisse-moi un moment, que je rassemble mes affaires.


Quelques instants après, Philista vint poser la boîte de Pandore de l’armure de bronze de Cassiopée à côté de celle de l’armure d’or du Cancer que Myrina avait posée. Il se recula d’un pas alors que le chevalier d’Or tendit le doigt vers les artefacts. Un cercle ouvrant une porte vers la dimension d’Hadès se forma et engloba les deux boîtes. Lorsque le cercle se referma, les boîtes avaient disparu. Le duo se mit ensuite en route, d’abord doucement, sans éveiller les soupçons, puis au pas de course une fois sorti de l’enceinte du Sanctuaire. Le temps pressait doublement : d’un côté par rapport à la vitesse de réaction du Sanctuaire, qui n’était pas connu pour aimer les déserteurs, et de l’autre par rapport à la réalisation du plan de Seth.



Descendant à toute allure les pentes couvertes d’oliveraies qui les mèneraient vers le Pirée, ils passèrent un col entre deux petites falaises. Myrina se jeta alors brusquement sur son ami et le plaqua au sol derrière l’une d’elles. Elle lui intima l’ordre de rester silencieux malgré la surprise et lui fit signe qu’ils étaient suivis. Pour cause, une poignée de secondes après ces événements, le bruit de course d’une personne seule se fit entendre. Au moment où elle passa le col, le chevalier d’Or tomba sur le dos de la personne et l’écrasa à terre. Après une lutte très brève, Myrina l’avait immobilisée sur le ventre, les bras dans le dos, aidée par le fait que l’inconnu portait un lourd fardeau qui n’était autre qu’une boîte de Pandore. Philista s’approcha, la bouche bée, du visage de la personne.


- Yaga ? dit-il incrédule



- Aaah, maître, parvint à articuler le jeune garçon qui se débattait encore malgré les circonstances, haa, je suis heureux de vous avoir retrouvé – haaaaaaa !



- Mais, bougre de Spartiate, que fais-tu là ?! enragea l’instructeur


Après avoir été libéré par Myrina, Yaga leur raconta qu’il les avait découverts au moment où ils avaient fait disparaître leurs boîtes de Pandore par il ne savait quel stratagème. Cet élément lui avait fait comprendre que le duo s’apprêtait à partir. Refusant de laisser son maître, dont il était très proche, s’assurer les lauriers d’une mission épique sans lui, le jeune chevalier d’Argent s’était décidé à les suivre. Le temps d’aller chercher sa nouvelle armure, et il était maintenant face à eux.



Myrina détailla ce jeune garçon de tout juste quatorze ans dont Philista n’avait cessé de lui vanter les mérites ces dernières années, sans qu’elle ne s’y intéresse vraiment. Il était une véritable colonne dorique, taillée pour toute activité physique, l’apparence grecque jusqu’au bout des yeux et des cheveux noirs. Encore enjoué par son succès à l’épreuve de chevalerie, le garçon était intarissable et vouait, à en juger, un culte envers son maître, mais semblait encore plus que tout animé par une envie presque malsaine de le dépasser, en tout. Les deux compères étaient d’ailleurs en train d’échanger des mots, Philista voulant absolument que son élève rentre au Sanctuaire, ce dernier s’y refusant, voulant absolument se tailler sa part de gloire. Elle ne put réprimer un sourire de voir son ami ainsi empêtré ; Yaga n’était plus un enfant, mais un de leurs semblables, un supérieur au chevalier de Bronze, même. Elle fit un pas en avant et les sépara pour couper leur argumentation.


- Bon, il suffit, Yaga. Calme-toi un peu, il ne sert à rien de brûler ton cosmos pour une discussion.



Elle se tourna vers Philista et dit :



- Ecoute, je crois comprendre ce que tu ressens, mais visiblement, tu n’arriveras pas à le faire changer d’avis…



- Alors ça, aucune chance ! cria Yaga



- Tu n’arriveras pas à le faire changer d’avis, continua la jeune femme en repoussant le garçon du bras, et tu le sais car tu le connais. D’autre part, la tâche qui nous attend risque d’être des plus ardues, et le moindre secours qui nous est apporté réduit nos chances d’y laisser nos plumes, tu ne crois pas ?



- Hmmmm… grommela Philista, peu joyeux à l’idée d’envoyer à la mort un chevalier digne des plus grandes destinées. J’en suis navré, mais tu as raison…



- Génial ! bondit Yaga. Super ! Merci Maître !


Après avoir un peu contraint Yaga à se calmer pour gagner du temps, et déposé la boîte de pandore d’Orion, sa constellation, dans les dimensions d’Hadès, le trio reprit son chemin en courant, emmené par le jeune chevalier d’Argent, plus enthousiaste que jamais.


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Ils arrivèrent sans encombre au Pirée, le port de la capitale grecque, au grand étonnement de Philista qui n’aurait jamais cru la désertion si aisée. Ils arpentèrent les quais, cherchant Khemmis parmi la foule présente ; durant un long temps il ne le trouvèrent pas et commencèrent à s’inquiéter. Soudain une voix interpella Myrina et le trio fit face unanimement à ce qui s’avéra être une grande trirème. Juché au sommet de la poupe, l’Egyptien, emmitouflé dans une grande toge, leur fit signe d’embarquer. Bien que stupéfaits, les trois chevaliers obtempérèrent.



A peine à bord, Philista s’enquit auprès de l’inconnu de la méthode qui lui avait permis d’ainsi monter équipage en si peu de temps.


- Je suis aussi étonné que vous, répondit Khemmis à Myrina plus particulièrement ; alors que j’errai sur les quais, cherchant une embarcation, le capitaine de cette trirème est venu me trouver et me désigner ce navire. D’après lui, il m’attendait et était prêt à prendre la mer à mon signal.



- Comment cela peut-il être possible ? demanda Yaga au comble de l’excitation.



- Je ne sais… Apparemment, enfin d’après le capitaine, en tout cas, cette trirème nous a été spécialement affrétée ce matin même par une décision directe de votre… parlement, ou quelque chose du genre.



- Tu veux dire que c’est la Boulè qui aurait gréé ce navire pour nous permettre de fuir ? chercha à comprendre Myrina.



- A en croire le capitaine, c’est exactement ça.


Les quatre fuyards restèrent cois un moment, réfléchissant à cette nouvelle imprévue, tandis que la trirème larguait ses amarres pour s’aventurer sur la mer. Alors qu’elle passait le cap du port, pour se lancer sur une mer d’huile, Myrina n’écoutait plus ses compagnons faire connaissance et tenter de comprendre un sens à tout cela. Au loin, s’éloignant doucement vers l’horizon, les rivages de Grèce emportaient son passé et le Sanctuaire, à l’intérieur duquel, elle n’en doutait pas, le vieux Chiron souriait, son œil luisant d’un bleu intemporel.

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