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La Nécropole du Nil

Par RoiLion.com

Achille essuya la sueur qui perlait sur son visage et lui troublait la vue du revers de la main. Sa respiration était vive et saccadée. L’air était lourd et pesant, encore plus qu’à l’accoutumée en ces lieux. L’homme, âgé d’une trentaine d’années pas encore bien tassée, se releva de toute sa hauteur pour respirer : il avait un physique à toute épreuve, du haut de son mètre quatre-vingt-quinze, mais pourtant, le sol à ses pieds était déjà bien teinté de rouge en raison du sang qui s’écoulait de plusieurs blessures de gravités variées éparses sur son corps.


Il contemplait le corps de l’homme étendu devant lui : la bouche sèche, les yeux vitreux, la poitrine immobile à jamais. Il s’était agi d’un combattant, tout comme lui, voué à une autre cause et, plus aucun doute ne subsistait dorénavant, moins fort que lui. Quelle avait été son étoile protectrice ? Achille n’aurait su le dire, mais il était certain qu’il avait été l’un des sept Généraux des Mers. Maintenant que leur affrontement était terminé, le grand guerrier put examiner de près la figure de feu son ennemi. C’était encore un gamin, tout au plus âgé de dix-sept ans, malgré les balafres et blessures qui lézardaient son corps. Celui-ci était apparent à bien des endroits, ensanglanté, inerte, froid. Les restes d’écaille que son adversaire exhibait ne permettaient plus aucune identification du totem et donc de l’Océan qu’il était en charge de défendre. De plus, dans le fracas de la mêlée, les cris d’incantation d’attaques n’étaient que peu compréhensibles.



De toute manière, Achille n’était pas là pour discuter et l’heure n’était certainement pas à la sensiblerie. Au cours de l’examen rapide du cadavre, le guerrier sacré se rendit compte que son arme, un trident d’or proportionnel à ses dimensions, était encore enfoncée dans le corps à terre. Il tendit la main droite, s’en saisit, et gémit lorsqu’il voulut tirer sur le manche pour l’enlever de sa proie : une douleur intense au niveau de l’épaule l’avait parcouru. Achille se souvint alors de la terrible attaque que son adversaire lui avait portée et qui avait réduit en miettes la massive épaulière couleur d’or éclatant, ne laissant qu’une épaule meurtrie, ensanglantée : le Choc de la Salamandre. L’homme prit alors conscience d’à quel point son armure sacrée l’avait protégé durant l’affrontement ; sans elle, son corps offert aux attaques de son ennemi, il ne serait désormais plus de ce monde, et leurs rôles seraient inversés.


Assurément, son adversaire avait dû être l’un des Généraux des Sept Mers sous l’ordre de Poséidon, plus précisément, Achille l’apprendrait par la suite, celui en charge habituellement de la protection du Pilier de l’Océan Antarctique ; ce pilier était tombé quelques heures avant le début de leur combat, quand Astyanax avait quitté son poste pour venir défendre la place centrale de l’Empire. Le Chevalier, toujours la main accrochée sur le manche du trident, sentit soudain toute l’ampleur de la fatigue accumulée depuis le début de cette Guerre Sainte qu’il menait ici, sous les océans, avec ses camarades chevaliers d’Athéna. Il releva les yeux pour regarder autour de lui. Habituellement, oui, les Généraux gardaient les Piliers des Sept Mers de l’empire de Poséidon, mais actuellement, l’esplanade du Pilier Central de l’Empire tenait plus de la foire d’empoigne que du lieu de culte qu’il était censé être.



Tout autour de lui, les chevaliers d’Athéna et les marinas de Poséidon se livraient une guerre sans merci. Les cosmos s’enflammaient à l’extrême et s’entrechoquaient avec les chakras, tout autant poussés à leurs maxima. L’atmosphère naturellement moite du fond des océans était devenue littéralement irrespirable suite aux combats finis ou en cours. Tous les combattants s’épuisaient en livrant toutes leurs forces dans cette lutte sans merci pour la domination du Péloponnèse entre l’oncle et la nièce divins. Au premier coup d’œil, les forces en présence avaient l’air équitables, mais en s’arrêtant un moment pour contempler les duels, Achille vit ses camarades chevaliers d’Or venus avec lui défendre les intérêts de leur déesse avancer à travers les rangs ennemis, suivis de leurs cohortes de chevaliers de Bronze et d’Argent. Les forces athéniennes gagnaient du terrain, et les océanides se regroupaient toujours plus autour du Pilier Central ou reculaient vers le temple du dieu. A l’entrée de celui-ci, l’attention d’Achille fut captée par la silhouette haute, noble et imposante d’un homme en écaille majestueuse, et surtout par les chakras qu’il dégageait : Poséidon, l’ennemi éternel de sa déesse dans la lutte pour la domination du territoire grec et la protection des Grecs.


C’est à ce moment que le chevalier sentit une décharge d’énergie lui arriver dessus en provenance de sa gauche. Ses yeux n’eurent le temps que de voir une concentration de chakras fondre sur lui à toute vitesse, et, parant au plus pressé, il croisa les bras devant lui. La puissance était toutefois suffisante pour le faire décoller du sol, et le guerrier retomba plus loin, sur le dos, dans les coraux entourant le champ de bataille, loin de son trident encore planté dans le corps de sa précédente victime.



Le choc avait été rude pour ce corps déjà bien fatigué. Touché par surprise, Achille avait du mal à se remettre de cette attaque. Serrant les dents, il tenta de se redresser, mais sa tête retomba lourdement en arrière, son casque doré la quittant pour rouler de côté. Ainsi désarmé, maudissant sa maladresse de ne pas être resté sur ses gardes, le Chevalier entendait son nouvel adversaire arriver. Tout d’un coup, un pied en armure atterrit sur son poitrail, faisant naître un râle de douleur. Achille releva la tête sur le coup, mais fut contraint de la reposer encore plus brutalement par la force d’une lame pointée sur sa gorge. Sur le fond aveuglant autant qu’hypnotisant de l’eau servant de ciel, il peina à découvrir le visage de son ennemi, un grand homme basané aux longs cheveux d’ébène flottant autour de lui en raison de l’absence de casque. Les précédents combats avaient dû lui emporter, tout comme une partie de la prestance de son écaille. En revanche, la lance dorée qu’il avait placée sur la gorge du chevalier ne semblait rien avoir perdu de ses qualités.


- Sois maudit, chien d’Athénien, mille fois maudit, toi qui causas la mort de mon ami, mon frère, mon fils, Astyanax, de l’Océan Antarctique ! commença l’étranger d’un ton ferme et dur. Sache que j’ai déjà envoyé en Hadès plusieurs de tes semblables, mais ils n’auront rien vu comparé au sort que je te réserve, à toi qui as vilement tué un si jeune être, plutôt que de t’en prendre à quelqu’un de ta trempe, sale lâche !


Immobilisé, d’une part, par le lourd pied qui l’empêchait presque de respirer et, d’autre part, par la lance effilée dont il ne voyait pas mais sentait exactement l’extrémité, Achille grinçait des dents et pestait intérieurement.


- Blâme le moment où tu mis un terme à la vie d’Astyanax, chevalier, car ce moment même tu déclenchas le courroux d’Hector, Général de Chrysaor, gardien de l’Océan Indien. Moi, le plus puissant et le plus redoutable des marinas de Poséidon, je m’en vais racheter la vie de mon plus que fils céans !


Hector leva la lance du plus haut que le permettait sa très grande taille, mais ne la redescendit jamais. Une sphère de cosmos bleu horizon vint le frapper de plein fouet, de face, et l’envoya hors du champ de vision d’Achille. Encore sous le coup de la fatigue et de la crainte de la mort, celui-ci laissa retomber ses yeux, sans bouger, et le spectacle qu’il vit le rendit heureux.



Devant lui, bien qu’à l’envers, se tenait une femme altière et d’une grande prestance. Ses longs cheveux blonds étincelants, bouclés à leur extrémité, étaient, comme souvent, attachés en une queue de cheval qui lui tombait, il le savait, au niveau des omoplates. Ce faisant, rien ne cachait les petites rides que la femme arborait au coin de ses yeux pers. Bien loin de la défigurer, ces traits rehaussaient son visage déjà fin et délicat, celui d’une femme d’une quarantaine d’années, prête à tout pour sauver les Hommes dont elle avait la charge, supportant son destin avec une grâce et une élégance uniques. La femme se tenait à une dizaine de mètres du guerrier, appuyée sur son sceptre caractéristique. Elle avait revêtu son armure de bataille, qu’elle portait en réalité presque toujours, et il ne lui manquait que son casque, pour le moment sous son bras. La vue de cette femme fit oublier toute peine et toute souffrance à Achille.


- Athéna ! souffla-t-il.



- Relève-toi. Achille ne voyait même pas les lèvres de sa déesse bouger, mais entendait pourtant distinctement sa voix dans sa tête. Achille, toi en qui je place mes plus grands espoirs, toi le chevalier d’Or du signe du Taureau, le plus puissant et le plus brave de mes guerriers, je t’ordonne de te relever. Dans cette Guerre Sainte qui m’oppose à mon oncle Poséidon pour la domination des terres de Grèce méridionale, tu es mon meilleur allié. Tes camarades comptent sur toi, tout comme les milliers d’habitants du Péloponnèse, tout comme moi. Relève-toi, et porte-moi jusqu’à la victoire, comme tu l’as toujours promis.


Le visage d’Achille était maintenant traversé par un large sourire béat d’admiration mêlée d’amour, qui contrastait avec le sang qui s’écoulait de son corps vers l’extérieur. Le cosmos doré de l’homme brûla encore plus vivement qu’au début de son affrontement avec Astyanax et il se remit sur ses jambes de géant. Entouré de flammes brûlantes, le chevalier se baissa pour ramasser le casque à deux cornes dont il s’équipa à nouveau, cachant ses courts cheveux verts. Cela fait, il se tourna en direction de son ennemi Hector, qui se relevait également, encore plus à bout que précédemment. Sa lance d’or gisait à son côté. Achille se mit en marche, d’une marche que rien ni personne ne semblait pouvoir arrêter. Son cosmos croissait encore de manière exponentielle, atteignant un niveau qu’il n’avait jamais encore atteint durant cette Guerre Sainte. Hector, de son côté, ne perdit pas un instant, ramassa sa lance et partit au contact de son ennemi au moment où celui-ci accéléra sa marche en une course légère. Au moment de passer par-dessus le corps d’Astyanax, les deux hommes se précipitaient l’un vers l’autre à une vitesse très élevée. Achille en profita pour extirper au passage le trident doré, arme de la Balance qui lui était échue pour mener cette bataille. Au moment de se rencontrer, les deux guerriers légendaires étaient mus par une vitesse proche de celle de la lumière. Le choc des deux armes mythologiques, portées par deux des plus grands adversaires de l’Histoire, provoqua une lumière aveuglante et un bruit sourd, témoins d’un combat se réalisant à la vitesse de la lumière même. Un moment, le Pilier Central trembla.


Athéna, toujours tendue par la gravité de la situation, n’avait pas bougé de place depuis qu’Achille s’était relevé et continuait d’observer le champ de bataille dans son intégralité : la place du Pilier Central de l’Empire était un réel charnier. De nombreux chevaliers mouraient, malgré son soutien moral aux plus mal-en-point, mais ses forces prenaient le dessus et encore plus de marinas étaient allongés à terre. Au loin, un grondement étouffé vint lui annoncer l’effondrement de l’avant-dernier Pilier des Océans restant. Un cri attira son attention et elle vit le corps d’un marina être emporté dans les airs tel un météore dans le ciel de mer, laissant une traînée d’écume derrière lui lorsqu’il glissa à la surface inversée. Elle se surprit à faire le vœu de voir cette guerre s’achever le plus rapidement possible.


*
* *


Au même instant, quelque part à la surface de la Terre, une étoile fila à travers d’autres dans l’immensité du ciel, troublant pour un instant la douce torpeur de la nuit, avant de se fondre dans les ténèbres. Quelques insectes et oiseaux nocturnes, tenant leurs rôles habituels dans la chaîne alimentaire, fournissaient un fond sonore à la ville presque endormie. Au niveau des toits, les lueurs vacillaient et s’éteignaient les unes après les autres, au rythme des minutes. Dans la rue pourtant on vivait toujours. Il était cette heure si particulière où les commerçants de jour remisent leurs corbeilles pour laisser place aux acteurs des nuits des grandes cités.


Au milieu de l’agitation de la foule, une petite forme, emmitouflée dans un drap poisseux, tentait désespérément de ne pas se faire bousculer. Elle faisait des efforts désastreux pour éviter d’être tout bonnement écrasée par les habitants tous semblant affairés à avoir l’allure de leurs ambitions. Elle poussa un petit couinement lorsque, pour éviter un gros citoyen, elle s’affala de tout son long dans une mare de boue urbaine, cloacale. Malgré tout, le petit fantôme se remit debout et vint s’appuyer sur l’étal voisin. Celui-ci présentait aussi ostensiblement que possible pommes, poires et autres fruits plus juteux les uns que les autres. L’ensemble des vivres proposé exhalait un arôme pénétrant, et la forme encapuchonnée ne put réprimer un borborygme. Celle-ci tendit ce qui semblait lui servir de tête pour conclure que le marchand, arborant la bonhomie tout insultante de celui qui a fait sa recette pour la journée, totalement absorbé qu’il était à ranger ses paniers, ne montrait pas le moindre intérêt pour le reste de son étal.



Le geste fut vif et rapide. Quand on vit dans de telles conditions, on développe vite des compétences précises et affûtées souvent oubliées des humains trop pédants pour se rappeler qu’ils sont avant tout des animaux. Des replis obscurs et indéterminés de la couverture, une main menue et effilée, sous la peau de laquelle saillaient les os de celui qui ne mange pas à sa faim, vint se refermer sur une pomme des plus rouges, à la limite de l’authentique, pour disparaître aussi prestement qu’elle était apparue.



Du moins, c’était ce que son possesseur avait en tête de faire, quand au dernier moment, alors que ne restaient plus que les bouts du majeur et de l’annulaire apparents du couvert providentiel qu’était le drap, le geste fut interrompu. Perdant tout contrôle sur le cours des choses, le bras chétif fut intercepté par une poigne de fer qui le tira fortement et sans ménagement hors de sa cachette, amenant à la lumière des flambeaux le reste du corps. Tenue pas le poignet, les pieds décollés du sol avant même que son vêtement n’eut touché sol, la fillette qui s’était fait prendre en flagrant délit de vol était secouée de cris et de douleur. La poigne qui lui serrait le poignet était telle que la pomme lui échappa et finit son parcours au milieu des dallages de la rue, sur un lit de dépôts douteux. Tout au plus s’agissait-il d’une enfant, toute jeune encore, que la faim et la misère avaient amenée à un état de précarité complète, qui pendait maintenant dans les airs, soutenue par un bras terriblement musclé.


- Alors, qu’avons-nous là ? Un petit chapardeur en mal d’argent ?



- Lâchez-moi ! Vous me faites mal !



- Je t’y reprends encore ! rit l’homme.


Le jeune fille, bringuebalée tel un vulgaire sac par une montagne de muscles qu’elle parvenait à peine à distinguer au travers de ses larmes naissantes, était à peine vêtue de haillons en état déplorable. Son corps était tâché en de nombreux endroits de terre et autres souillures. En face d’elle, un homme en pleine force de l’âge se targuait fièrement de sa prise et riait aux éclats de la situation dans laquelle elle se trouvait. Comme un chat jouant avec une souris dont la queue est prise dans une souricière, il la secouait au gré de ses éclats de rires. Lui était entièrement couvert d’or, non pas de ces habits d’un jaune criard, mais il paraissait bien que l’intégralité de son corps était fait de ce métal onéreux, comme un golem aux formes pointues et austères plus brillant que Phœbus Apollon lui-même. Impressionnant de force brute et de prestance, il n’avait de cesse de grandir, encore et toujours, sans lâcher la fillette de son étreinte. La jeune fille était maintenant la proie d’un géant de plusieurs mètres de haut qui faisait disparaître tout le décor autour d’eux dans le noir. Elle se débattait tant qu’elle pouvait, mais plus elle faisait d’efforts, plus le géant doré riait et resserrait son poing. Enveloppés tous deux dans une nuit profonde maintenant, la jeune fille criait de peur. Par l’énergie du désespoir, elle donnait de furieux coups de pied dans le vide, rendue folle par le rire malsain qui se réfléchissait en échos partout autour d’elle.



Puis, doucement, le géant se fondit lui aussi dans l’obscurité avant de disparaître totalement, ne laissant que son rire ininterrompu comme trace de son passage. Il libéra ainsi la main de la mendiante ; celle-ci entama une chute qui parut sans fin, tournant sans cesse sur elle-même, pour finir en position couchée, les jambes recroquevillées. Elle trouva la force de se relever sur ses mains et découvrit avec horreur que, dans l’immensité obscure, le géant avait laissé place à une vision d’apocalypse : un crabe doré à l’identique et d’une taille titanesque lui faisait maintenant face. Il claquait de ses pinces mortelles devant son nez, d’un air menaçant. Prise de panique, la jeune fille hoqueta plusieurs fois avant de partir d’un hurlement démentiel en se cachant le visage de ses bras frêles.


Myrina se réveilla en sursaut, d’un cri sec qui traversa la chambre et rebondit en échos sur les parois de pierre dans le vide austère de la pièce ; elle s’était redressée d’un bloc, comme un cadavre pris de convulsions. Ses cheveux châtains bouclés se balançaient rythmiquement le long de ses douces joues rougies, en accord avec sa respiration saccadée. Elle resta ainsi en position assise, prenant le temps de chasser pour un moment ces visions récurrentes. Son front luisait à la clarté de la lune qui filtrait par l’ouverture de l’unique fenêtre de la chambre. Une goutte de sueur perla le long de sa mâchoire et tomba sur le drap avant d’avoir atteint le menton de la jeune femme.



Lorsqu’elle eut à peu près repris son souffle et son calme, Myrina rejeta la couverture et mit les pieds à terre. Son couchage était trempé de sueur ; impossible de se rendormir correctement dans ces conditions. Elle se leva et, après avoir couvert son corps musclé quoique pourtant svelte de sa couverture, elle s’avança jusqu’à sa fenêtre. La peau claire de la jeune femme, haute d’environ un mètre soixante, contrastait avec les reflets verts de ses yeux, à la lumière de l’astre d’Artémis.



Dehors, la Nuit suivait son chemin, traversant le ciel sur son char d’argent. Myrina passa dans la pièce à côté et sortit sur la terrasse de son chalet de pierre et de bois pour profiter pleinement de l’air frais des nuits estivales. La brise calme et apaisante de la montagne, loin de la ville, de sa folie et de son rythme effréné, lui apporta le réconfort qu’elle cherchait et qu’elle n’arrivait à trouver nulle part ailleurs. Situé à quelque distance de la capitale de la démocratie grecque, le chalet était orienté de manière à recevoir les dons d’Euros, le vent de l’est.



Les yeux verts en amande de la silhouette fantomatique s’embuèrent au souvenir de l’homme de son cauchemar. Elle frissonna. Au loin, en contrebas de la montagne sur le versant de laquelle elle avait fait bâtir son chalet, la mer Egée ronronnait et soufflait un vent chargé d’arômes iodés ; un vent chargé de présages de jours meilleurs. En levant la tête, Myrina découvrit, là-haut, parmi la pléiade de constellations, celle du Cancer qui, fidèle à elle-même, restait à moitié masquée par son obscure clarté. La nuit était claire et aucun son ne se faisait entendre qu’une cigale quelque part dans la végétation ; c’est une belle nuit, pensa-t-elle.



La jeune femme rentra terminer son repos. Elle ne fit pas de cauchemar.


*
* *


L’astre solaire n’était pas encore levé que Myrina était déjà debout. Elle se trouvait dans une annexe de son chalet, qui servait d’écurie. Dans celle-ci vivait une jument élégante et sportive, de robe isabelle, que la jeune femme était occupée à soigner. Pour le moment, elle passait le bouchon sur l’animal. Celui-ci représentait à ses yeux ce qui s’approchait le plus d’un meilleur ami. Il partageait la vie d’ermite du chevalier, ses peines, mais surtout ses joies. Bien que Myrina ne fut pas une âme en peine, ses sourires étaient toutefois rares, et bien souvent, ils apparaissaient lorsque sa monture et elle partaient dans de grandes escapades.



Après avoir fini de brosser sa jument, elle sortit de l’écurie pour se retrouver baignée de la lueur naissante d’un nouveau jour, sur les flancs de la montagne. Ce sentiment de chaleur timide, de vie renouvelée apportée quotidiennement par le soleil lui était des plus galvanisant. Jamais jusqu’à présent Myrina n’avait vu plus beau spectacle que le jour se levant sur l’orient, tel un cycle immuable de victoire de la beauté et la joie de vivre sur l’obscurité et la froideur. Elle n’en ratait aucun, sitôt qu’elle avait le loisir de résider dans son chalet, ce que le Sanctuaire lui autorisait quasiment tout le temps. En effet, la chaude lumière du ciel était pour elle l’assurance d’une protection contre les visions nocturnes récurrentes et la morosité qui les accompagnait.



Elle se prit alors à penser à ses camarades chevaliers d’Or, mais aussi d’Argent et de Bronze, qui actuellement étaient privés du spectacle du ciel ensoleillé, quelque part au fond du fond des mers, dans l’empire sous-marin de Poséidon. Un ébrouement attira l’attention de la jeune femme hors de sa rêverie : Thémis, la jument, était sortie à la suite de sa maîtresse et se tenait maintenant à côté d’elle, comme pour partager ensemble le rituel du lever du jour. Myrina la regarda et, tandis qu’un sourire se dessinait sur son visage légèrement tiré en raison d’une courte nuit, elle entreprit de bondir sur son dos, afin de partir fêter avec le reste de la montagne ce jour nouveau.


La matinée était déjà bien avancée lorsque les deux amies rejoignirent le chalet. Encore une fois, Myrina passa le temps nécessaire et même plus à s’occuper de l’équidé. C’était une bête particulièrement belle et impressionnante, pour qui s’intéressait aux chevaux, de par sa carrure et ses capacités physiques d’une part, mais également de par l’intelligence et la connivence dont elle semblait faire preuve lors des longs entretiens en tête-à-tête qui se déroulaient entre elle et sa maîtresse. Ce n’était pas le goût de la solitude qui avait poussé Myrina à s’installer loin des autres humains ; c’est pourquoi la présence d’une compagnie telle que Thémis lui était très chère et, du reste, la jument lui rendait tout aussi bien son affection. Ce matin-là pourtant, un événement imprévu vint troubler la quiétude habituelle des lieux. Lâchant l’étrille, Myrina arrêta son geste en pleine course, au milieu des soins qu’elle était occupée à prodiguer à sa monture. Thémis tourna la tête pour essayer de comprendre ce qui arrivait à sa maîtresse : celle-ci resta ainsi immobile quelques courts instants, à la grande surprise de sa jument.



Toujours immobile, dans son écurie, Myrina se concentrait, l’œil sévère. Elle finit par découvrir les raisons de son malaise passager : l’atmosphère montagneuse, d’ordinaire si calme et reposante, était en ce moment vérolée par des cris lointains. Des humains étaient entrés sur son territoire, apparemment avec des velléités agressives. Une petite décharge secoua l’air ambiant ; la jeune femme sursauta quand elle comprit que ces intrus, non contents d’avoir des comportements violents, usaient du pouvoir du cosmos à leur avancée. Des cris, des armes, des explosions de cosmos… Exactement le genre de choses qu’elle détestait et loin desquels elle était venue s’installer. Elle se retourna, laissant sa brosse par terre, et avança vers le rebord de la falaise d’où venaient ces horreurs. Thémis regarda sa maîtresse s’éloigner, mais, comme mue par son instinct, préféra rester à l’abri de l’écurie.


A mesure que la jeune femme s’approchait d’un surplomb rocheux, les cris, les fracas métalliques ainsi que les émanations de cosmos se faisaient plus présents. Il ne s’agissait pas de cosmos très puissants, bien au contraire ; elle avait cependant du mal à en définir le nombre exact tant ils étaient mêlés en un seul but. Lorsqu’elle fut arrivée à son point d’observation, Myrina découvrit un spectacle totalement décalé avec le reste de son univers.



A quelques mètres de ses pieds, un homme, vêtu d’une très légère protection, semblant porter une jupe et arborant une peau de couleur peu fréquente dans ces régions, luttait pour rester sur ses pieds et avancer. Il semblait blessé, physiquement comme moralement, et paraissait ne plus avoir de forces en réserve. Il titubait de toute évidence pour échapper à trois autres hommes portant des protections similaires à la sienne, encore à une distance qui s’amenuisait à vue d’œil.



Ces trois hommes étaient la source des explosions de cosmos qui avaient troublé Myrina : de temps à autre, l’un d’eux faisait partir une attaque vers l’homme traqué. C’était une petite attaque, peu violente pour un chevalier, preuve d’une faible maîtrise du cosmos, mais chacune venait frapper le sol tout près de leur cible qui semblait n’en plus pouvoir de cet acharnement.



Autre source de discorde, les trois chasseurs étaient accompagnés de quelques phalanges armées de lances et portant casque et bouclier, comme une minuscule armée en marche, devant lesquels jappaient à qui mieux mieux une petite meute de chiens dont la race était inconnue à Myrina, plus fine et svelte que celles auxquelles elle était habituée. Les chiens aboyaient, les phalanges frappaient leurs boucliers de leurs lances, les chasseurs faisaient éclater leurs cosmos régulièrement, et tout cela créait une agitation et un vacarme que la jeune femme ne pouvait supporter. Dans le même temps, l’homme traqué venait de s’effondrer une nouvelle fois et mit un peu plus de temps à se relever que les fois précédentes. C’en fut trop pour le chevalier, qui se détourna du spectacle.


Remis sur pied plus par la force de sa volonté que par ses restes d’énergie, le fugitif boita vers un rocher assez imposant et se laissa tomber contre lui. Une attaque cosmique vint frapper la roche à proximité de son flanc droit. L’homme sursauta et trouva la force de se hisser avec ses bras. Passé le sommet du roc, le corps tomba aux pieds de celui-ci. Derrière le rocher, le terrain dévalait une pente assez forte. L’homme roula et tomba au long de la dépression pour finir sa course dans un buisson au pied de la colline, inconscient, vaincu par la fatigue.



Entre-temps, ses poursuivants étaient arrivés au rocher marquant le col et le premier était juché dessus. Il chercha sa cible un moment, mais ne put la localiser car un rayon énergétique vint frapper le rocher sur lequel il était monté entre ses pieds ; par réflexe, l’homme sauta en arrière au moment où le roc explosa en morceaux. Tous tournèrent les yeux dans la direction d’où était venue cette attaque, et ce qu’ils y découvrirent les laissa perplexes. Au sommet d’un éboulement, quelques mètres sur leur gauche, se dressait une jeune et belle femme, d’allure complètement différente d’eux, mais particulièrement attirante toutefois. Ce détail passait pourtant au second plan, derrière le fait que la femme inconnue était vêtue d’une armure qui la protégeait complètement, des pieds à la tête ; cette armure inconnue pour eux était très charismatique, et pas seulement en raison du fait qu’elle semblait constituée d’or pur.



Le visage doux, partagé par des yeux coléreux, en partie cachés sous un casque présentant de nombreuses pointes dorées dans tous les sens, prit la parole d’une voix ferme et définitive :


- Je ne sais pas qui vous êtes, ni d’où vous venez, ou encore qui vous envoie, mais sachez qu’ici, vous êtes chez moi. Je me nomme Myrina et je suis le chevalier d’Or du signe du Cancer, au service de la déesse Athéna ; ces terres que vous bafouez sont miennes, j’y réside dans mon chalet. En vertu des règles de l’hospitalité, cet homme qui gît inanimé et que vous semblez rechercher est sous ma juridiction.



- De quoi ? l’un des trois chasseurs fit un pas en avant, éberlué par ce discours. Qu’est-ce que tu dis ?



- En d’autres termes, continua Myrina, la voix haussée d’un ton, mécontente d’avoir été interrompue, si vous tenez à la vie, je vous somme de décamper immédiatement, et je ne tenterai rien contre vous. L’homme restera ici avec moi, et moi seule décidera de ce qu’il adviendra de lui.



- Non mais dis donc, beugla un autre chasseur, tu nous as bien regardés petite mère ? Nous sommes une dizaine, sans compter les chiens, et tu es seule ! Tu ferais mieux de retourner à tes travaux ménagers, si tu ne veux pas qu’il t’arrive quoi que ce soit… Je ne connais pas ton homme, mais il doit être peu viril pour te laisser ainsi parler !


Myrina sentit le sang bouillir dans son corps en entendant tel discours. Encore plus remontée, elle ajouta :


- Il n’y aura pas d’autre avertissement.



- Comme tu dis, ma jolie, allez, descends ici que l’on s’occupe de toi, si tu ne veux pas regagner sagement tes pénates !


La jeune femme toisa d’un regard noir comme une nuit sans lune l’impudent qui l’avait haranguée. N’étant pas du genre à décliner ce genre d’invitation, elle prit l’inconnu au mot et se laissa tomber avec grâce et facilité à l’endroit qu’occupait précédemment le rocher réduit en graviers. C’est alors qu’elle comprit son erreur : elle n’avait désormais plus le choix.


- Non mais je rêve ? Qu’est-ce que c’est que cette femme ? cria l’un des étrangers.



- Comme comité d’accueil, on a vu mieux ! répondit un second.



- Très bien, inconsciente, dit l’homme qui avait failli périr dans l’explosion du rocher en faisant un pas, tu auras choisi toi-même ta fin. En avant, poursuivons et achevons notre mission !


Tous, hommes et chiens, se ruèrent simultanément vers Myrina qui ne put retenir un soupir de déception. Dépitée, la jeune femme ferma les yeux et pointa le doigt vers les envahisseurs.


*
* *


On frappa un coup, puis un second, contre la porte en bois du chalet ; il s’agissait de coups sourds, maladroits, comme quelqu’un qui se cogne contre la porte plus qu’il ne toque. Finalement, dans un fracas de planches gémissantes, la porte s’ouvrit brutalement et alla frapper le mur de l’habitation en tournant sur ses gonds, avant de revenir légèrement en grinçant. La lumière filtra à travers l’ouverture, occupée en grande partie par une silhouette à contre-jour comportant beaucoup plus de membres que la moyenne. Gauchement, Myrina entra dans la demeure et tâtonna jusqu’à sa couche. En chemin, elle heurta plusieurs fois les meubles pourtant peu nombreux et les murs, et le broc d’eau vint s’éclater à terre. Finalement, elle réussit à poser l’étranger sur le lit, avant d’aller tirer les planches de la fenêtre de la chambre qui protégeaient celle-ci de la chaleur du jour. De retour au chevet du lit afin de panser les blessures de son hôte, la jeune femme put enfin le découvrir pleinement.


L’homme qui était allongé sur le dos paraissait d’un âge proche du sien et arborait une peau noire, telle que Myrina n’en avait jamais vue. Il ne s’agissait pas d’un bronzage important, mais bien d’une peau de couleur noire naturellement. Ce trait particulier rajoutait à la prestance de l’inconnu, déjà alimentée par sa grande taille, environ un mètre quatre-vingt, et son corps athlétique à la musculature bien dessinée. L’homme devait, à n’en pas douter, être doté d’une force physique peu commune. Outre cet aspect physique, Myrina s’interrogeait sur la protection qui recouvrait le corps allongé. L’étranger portait une espèce d’armure complètement différente de celles du Sanctuaire. En effet, celle-ci était très légère et était constituée d’un plastron circulaire d’argent uni sur le haut du torse, de deux protections d’avant-bras d’argent également, en forme de losanges incurvés réunis par leur extrémité et liées aux bras par des lanières de cuir, ainsi que d’une jupe d’un seul tenant s’arrêtant à mi-cuisse, en argent de la même manière. Les protections de tibias étaient similaires à celles des avant-bras et les mains et les pieds étaient similairement protégés par des prolongements des losanges de l’armure. Les chaussures que Myrina avait retirées du blessé n’étaient que de simples sandales lacées de cuir. L’armure paraissait peu utile, en comparaison de celles du Sanctuaire, même d’une simple armure de bronze.



La jeune femme secoua la tête et se frappa le front de la paume. Même en une telle occasion, elle ne pouvait s’empêcher de réfléchir comme un chevalier, comme une machine à combattre. Instinctivement, ses investigations s’étaient tournées vers l’aspect pragmatique de l’armure, sans même remarquer les détails et finitions bien plus importantes que présentait la protection inconnue. Ainsi le plastron était bordé d’un liseré d’amazonite et décoré par des cornalines taillées sphériquement alignées en son centre en un arc de cercle parallèle aux bords de la protection. De même, les losanges des protections de bras et jambes étaient ornés en leur centre de grosses amazonites de même forme. Même la jupe était une pièce d’art : une deuxième pièce de métal en forme de triangle, pointe tournée vers le bas, la recouvrait en son centre, en partant de dessous la ceinture, elle-même bordée de deux ourlets plus épais d’argent et ornée en son centre d’une cornaline sphérique, pour s’arrêter au-dessus des genoux. Cette deuxième pièce métallique était pareillement constituée d’argent brossé et aux bords travaillés d’un liseré d’amazonite. Myrina avait eu le temps de détailler les pièces sous toutes les coutures à mesure qu’elle les avait ôtées du corps inanimé de son hôte pour les poser sur une table, dans la chambre.



L’homme était maintenant presque nu, uniquement vêtu d’un pagne de tissu, et laissait exposer toute la beauté de son corps noir musclé. Seule sa tête portait encore sa protection. Il s’agissait d’un casque très peu couvrant dont la femme douta une nouvelle fois de l’efficacité. Au centre d’une espèce de diadème était serti un symbole en forme de croix surmontée d’une boucle dont la pointe inférieure finissait juste au-dessus du début de l’arrête du nez du porteur, qu’il avait épaté. L’espace à l’intérieur de la boucle de la croix était occupé par une grosse cornaline qui dominait le grand front de l’homme. Ce diadème descendait de part et d’autre du visage en une bande d’argent bordée d’amazonite se terminant en pointe le long de l’arrête des mâchoires, saillantes sur le menton plutôt pointu de l’étranger. Lorsque Myrina retira le casque, ce dernier laissa apparaître une épaisse chevelure d’un noir intense, rangée en une douzaine de tresses parallèles plaquées sur le crâne descendant jusqu’au commencement de la nuque. La jeune femme resta ainsi un long moment, plongée dans la contemplation de ce visage aux lèvres épaisses et aux yeux ronds sous des sourcils peu marqués, qui lui paraissait particulièrement harmonieux. Elle n’avait jusqu’alors jamais vu d’être humain lui ressemblant, ne serait-ce qu’ayant une morphologie identique à lui. Ce point perturba le chevalier, qui approcha une chaise de la tête de lit. Plongée dans la contemplation de ce visage, devant lequel elle penchait parfois la tête, Myrina était traversée de nombreuses interrogations sur son hôte mystère ; quelles étaient ses origines, quelles étaient les motivations qui l’avaient amené céans, qui étaient ses poursuivants ?


La jeune femme passa le restant de la journée à imaginer des dizaines de scénarii différents tournant autour de l’étranger à la peau noire, et dans chacun, elle tenait un rôle principal. Durant tout ce temps, l’homme était resté inconscient, ne laissant que parfois échapper un geignement ou un soupir de douleur. Il suait, aussi. De nombreuses gouttes s’épandaient de son front, large, mais aussi de son torse, et ses mains étaient constamment moites, bien que la chaleur de ce jour estival fut plus que supportable. A chaque tremblement de souffrance qui parcourait le corps de l’étranger, Myrina ressentait un frisson elle aussi. Elle avait soigné ses plaies ouvertes, et l’homme était maintenant hors de danger, mais dans un état de fatigue profonde nécessitant le repos le plus complet. Le chevalier veillait sur lui, au cas où quelque chose d’impromptu viendrait troubler son sommeil.



Au bout d’une durée qu’elle n’aurait pu chiffrer, passée à être perdue dans ses rêves, Myrina se rappela l’armure de son hôte. Elle se leva et alla l’inspecter une nouvelle fois. Le manque évident de protection la choquait profondément et, qui plus est, elle ne ressentait aucun cosmos en émaner. Cette protection n’était donc bien que fanfreluches, comparée aux armures du Sanctuaire. Elle se rendit alors compte que le symbole ornant le casque, la croix, était répété dans la cornaline centrale du plastron de l’armure, selon un motif en argent en surépaisseur par rapport au plastron. Ce symbole lui paraissait connu. Un reste de cours de théologie lui revint mémoire pour lui fournir le nom recherché : le diadème de l’étranger tout comme son plastron étaient ornés d’une ankh. Myrina se souvint en effet de l’existence de ce symbole mystique, mais n’eut pas souvenir de sa signification. Cet élément inconnu supplémentaire donna nouvelle matière à son imagination pour penser à d’autres cas de figure…



C’est alors que le cerveau de Myrina reprit le contrôle. Rejetant la protection sur la table où elle l’avait prise, le chevalier recula et se tourna vers la fenêtre, une main sur la tête. Elle ne savait pourquoi, mais elle trouvait la situation particulièrement bizarre et, sans qu’elle ne sache pourquoi, celle-ci commençait à lui échapper. Sentant qu’elle avait besoin d’air pour se changer les idées, la jeune femme partit rejoindre Thémis pour une nouvelle excursion dans les environs. Las, celle-ci ne lui apporta pas la délivrance voulue. Au contraire, durant toute la cavalcade, Myrina n’eut de cesse de penser au visage de l’étranger, et malgré les prouesses de sa monture qui se démena pour raviver la flamme dans le cœur de sa maîtresse, cette dernière resta comme hypnotisée, plongée dans ses pensées : et s’il se réveillait alors que je ne suis pas là ? Et si ses ennemis revenaient ?



Finalement, elle tira la jument vers le chalet et l’attacha à l’écurie, sans autre traitement, trop pressée qu’elle était de voir si ses présomptions étaient justes. Bien entendu, l’homme était toujours allongé de la même manière qu’il l’était lorsqu’elle l’avait quitté. Myrina soupira profondément en se prenant le front d’une main. Cette situation ne pouvait plus durer, et en l’absence de réponses à ses questions, elle décida d’aller trouver le seul être humain en qui elle avait totalement confiance, un être suffisamment érudit pour pouvoir peut-être l’éclairer dans ces ténèbres.



Sur le pas de la porte de la chambre, elle se retourna une ultime fois, ayant cru voir une main bouger. Hochant la tête, elle chassa ses doutes de son esprit et commença d’arpenter le chemin qui menait au Sanctuaire.

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