Trame par black dragounet & rédaction par Lénou
Sur l’horizon, la voile blanche de la trirème qui les avait conduits sur les terres d’Osiris disparaissait lentement. Les quatre compagnons avaient débarqué dans une petite crique à l’abri des regards. Les rayons obliques du soleil, à cette heure matinale, ne pénétraient pas au fond du corridor de calcaire. Dans la pénombre, Khemmis et ses camarades goûtaient à ce qu’ils savaient être très certainement leurs derniers instants de répit avant la difficile bataille qui les attendait contre Seth. Dissimulés dans une anfractuosité de la haute falaise, ils se partageaient les quelques victuailles que leur avait laissées l’équipage.
A peine eut-il englouti sa dernière figue sèche que Yaga, montrant des signes d’impatience depuis leur débarquement, questionna l’Egyptien pour connaître ses plans pour la suite de leur aventure.
- Je suppose que le voyage d’agrément fini ici. Qu’est-il prévu pour la suite ? Khemmis, sais-tu où se trouve Seth actuellement ?
- Non, pas précisément, répondit le chevalier d’Isis en tendant une petite outre d’eau à Myrina. Tout ce dont je suis un peu près certain est qu’il se terre aux environs de Thèbes, notre capitale. Mais où, exactement, je ne le sais pas. C’est justement ce que nous allons tâcher de savoir en nous rendant sur place.
- Nous prenons donc la route de Thèbes ? s’enquit Philista qui se redressait déjà.
- La direction, seulement. Nous nous arrêterons quelques kilomètres au nord de la ville, au village de Médamoud. Un vieil ami y réside, et je pense qu’il pourra nous renseigner.
- Un ami ? reprit le vieux chevalier grec. Es-tu sûr de pouvoir lui faire totalement confiance ? Je… Enfin, tu as déjà été trahi par un de tes pairs. Nous ne pouvons nous permettre de tomber dans un nouveau piège. Crois-tu que cette personne soit parfaitement fiable ?
- J’ai en lui la même confiance que Myrina a en toi, cela te paraît-il suffisant ?
- C’est plus que je n’en demandais, sourit Philista en posant fermement sa main sur l’épaule de son nouveau compagnon de bataille. Il est temps, je suppose, que nous partions sans plus tarder vers le Sud.
Les quatre chevaliers profitaient de la relative fraîcheur qui émanait de la petite étendue d’eau et des quelques palmiers qui la bordaient. Alors que le soleil était à son zénith, ils s’étaient arrêtés un instant près de cette oasis, perdue au milieu du désert, pour se désaltérer. Bien qu’ils eussent délibérément adopté une allure somme toute fort modeste au vu de leurs capacités, la chaleur sèche de cette suffocante journée de juillet mettait à rude épreuve les corps des Grecs non protégés par leurs armures. Les fines étoffes de lin immaculé dont ils étaient chacun couverts ne les protégeaient que bien peu des rayons mordants, et le parcours qu’ils empruntaient n’était pas des plus abrités. Le Nubien, plus coutumier de ces ardentes journées, avait revêtu le long drapé bleu intense souvent porté par les hommes vivant dans le désert, qui non seulement l’isolait un peu de la chaleur ambiante mais surtout masquait l’armure qu’il portait. Afin de ne pas attirer plus l’attention sur leur petit groupe qui progressait à une vitesse peu commune, Khemmis avait choisi de longer les immensités désertiques qui bordaient le Nil sur sa rive droite. Loin des zones urbanisées et de leurs habitants, ils avaient pu évoluer sans trop de craintes d’être repérés. Après cinq heures de course, ils avaient parcouru environ la moitié de la distance qu’ils avaient décidée de couvrir en une journée. Si la suite du trajet s’effectuait sans plus de problèmes, ils pourraient profiter d’une dernière nuit de repos à Médamoud avant d’affronter Seth et ses sbires.
Myrina et Khemmis, pour qui l’effort était moins intense comparativement aux chevaliers de Bronze et d’Argent, s’étaient éloignés un peu, laissant quelques précieuses minutes de répit supplémentaires à leurs deux amis. Adossée contre le tronc rugueux d’un palmier dattier, Myrina jouait machinalement avec un bout d’écorce qu’elle avait ramassé, tout en jetant de temps en temps un regard à la dérobée au Nubien qui remplissait leurs deux outres à l’eau de l’oasis. Rompant le silence gêné qui s’était installé entre eux depuis de longues minutes, la jeune femme posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis leur départ, au matin, de la crique.
- Khemmis, quel est cet homme auprès de qui tu nous amènes et à qui tu sembles accorder une confiance aveugle ?
- Mon maître, répondit simplement le chevalier d’Isis sans se retourner.
Il finit de compléter les outres, se redressa, puis tendit la sienne à Myrina. Plongeant son regard dans ses grands yeux verts, il reprit :
- Djefer, tel est son nom, est l’homme à qui je dois non seulement ma fonction actuelle, mais surtout la vie. Je ne crois pas t’avoir parlé des évènements qui m’ont conduit à entrer au service d’Isis.
- Non, en effet, tu ne l’as pas fait, lui confirma la Grecque avec un sourire encourageant.
Khemmis posa sa poche de cuir au pied d’un arbre et s’approcha un peu plus de la superbe jeune femme. Dégageant une mèche de sa longue chevelure châtain qui lui barrait le front, il l’invita à s’asseoir à même le sable chaud en même temps que lui. Une fois au sol, il releva un peu l’étoffe bleue dont il était vêtu et libéra son genou droit qui présentait une longue cicatrice partant de la mi-cuisse et finissant au milieu de son mollet.
- Je… J’ai déjà vu cette cicatrice, balbutia Myrina un peu gênée.
- Ah ! Oui, bien sûr, badina le Nubien les yeux pétillants de malice. Eh bien, voici maintenant plus de dix ans qu’elle orne ma jambe. Je la dois à un capitaine des troupes égyptiennes conduites par mon maître. Enfant, j’ai toujours connu la Nubie partagée en deux zones : une sous contrôle du souverain égyptien, l’autre gouvernée par un seigneur de notre peuple. Alors que mon pays et l’Egypte vivaient en paix depuis plusieurs décennies, le nouveau pharaon, un être assoiffé de pouvoir, s’est mis en tête d’étendre sa domination à l’ensemble du territoire nubien. J’avais à peine treize ans, et je fus enrôlé dans le corps des archers, pour protéger mon village natal quand les troupes du pharaon y pénétrèrent. L’arc est une arme dont je me servais depuis ma plus tendre enfance pour chasser des petits échassiers le long du Nil, je la maniais donc fort bien. Lorsque la partie de l’armée égyptienne chargée d’attaquer ma cité fut en vue, mon corps fut le premier à être engagé dans la bataille. Mes flèches emportèrent un grand nombre de soldats ennemis et l’une d’elles blessa même un capitaine de l’infanterie au bras. Malheureusement, la centaine d’habitants de mon village ne put résister longtemps face au millier de guerriers déployés par le pharaon. Lorsque les Egyptiens entrèrent dans l’enceinte du bourg, ce fût un véritable massacre. Les maisons furent pillées puis incendiées, les femmes regroupées pour être vendues comme esclaves, et les hommes capturés comme prisonniers. Ce fut le capitaine que j’avais blessé qui me traîna au milieu de la place centrale de mon village. Ivre de rage d’avoir été touché par un garçon de mon âge, il se saisit de son cimeterre et déchira les muscles de ma jambe droite sur la moitié de sa longueur.
- Oh… ne put s’empêcher de murmurer Myrina. Mais quel est le rapport avec Djefer ? Je ne vois pas.
- C’est à ce moment-là qu’il entre en scène, lança de façon grandiloquente le chevalier du Nil. Alors que le capitaine s’apprêtait à m’achever, prétextant que comme tous mes compagnons blessés et les vieillards du village, je ne pourrai plus être d’aucune utilité à l’Egypte, le général des troupes rassemblées pour cette campagne nubienne, qui venait d’entrer dans le village assailli, retint son bras. Une vive discussion entre les deux hommes s’ensuivit, dont le chef des armées me révéla la teneur quelques temps plus tard. Outré par la conduite de son subalterne, le haut-gradé le démit sur-le-champ de ses fonctions, et demanda à ce que tous les prisonniers soient relâchés, les femmes rendues à leurs maris et les richesses dérobées remises à leurs propriétaires. Il exigea ensuite que tous les blessés soient pris en charge par les prêtres et autres soigneurs qui accompagnaient les hommes. C’est ainsi que ma blessure fut refermée par les soins d’un prêtre d’Isis, aux pouvoirs de guérison extraordinaires. Tout au long de ma convalescence, je reçus à plusieurs reprises la visite du général à qui je devais la vie. Il avait appris par ses hommes les dégâts que j’avais causés à moi seul au sein de leurs rangs, et dès que je fus capable de marcher, il me proposa de rejoindre sa garde rapprochée, ce que j’accepta par gratitude envers lui.
- Et ce général, c’est ce Djefer chez qui nous nous rendons, et qui est devenu ton maître par la suite, n’est-ce pas ?
- C’est exactement cela ! Djefer, je le constatai par la suite, est, malgré son statut militaire, un philanthrope convaincu. Profondément attaché au culte d’Isis, il s’est fait une vocation d’essayer de rendre la guerre aussi supportable que possible pour chacun. C’est pourquoi il avait accepté de participer à la campagne nubienne, à laquelle il n’adhérait absolument pas. Avec sa position de chef des armées, il pouvait ainsi contrôler les agissements de chacun des membres des troupes et s’assurer que les Nubiens et même ses propres soldats se ressentiraient le moins possible de cette bataille. Pendant les quelques semaines durant lesquelles je fus à ses côtés, je ne pus que constater combien mon peuple lui était redevable des conditions décentes sous lesquelles l’annexion de notre territoire se faisait. Le dernier assaut gagné, il se retira de la vie militaire égyptienne pour se placer au service de la divinité qu’il vénérait. J’acceptai sans hésiter de continuer à le suivre, non seulement par reconnaissance, mais aussi parce que je me sentais inexplicablement proche de cette Isis dont il ne cessait de me parler. C’est ainsi que j’appris qu’une vingtaine d’années plus tôt, il avait été pressenti pour devenir chevalier du Nil d’Isis, mais qu’il avait préféré rester dans l’armée du pharaon afin d’adoucir autant qu’il le pouvait le sort des hommes qu’il serait amené à rencontrer. Il devint en quelque sorte l’administrateur des temples de la région thébaine dédiés à la déesse, se chargeant de toutes les décisions plus matérielles que spirituelles. Je constituais alors sa seule et unique garde personnelle, mais étais surtout son élève reconnaissant. Il m’enseigna tout ce qu’il savait des arts de la guerre, mais me fit aussi découvrir et aimer cette déesse qu’il chérissait tant. De son côté, le prêtre qui avait soigné ma blessure au genou me transmit ses techniques de guérison. Ainsi, lorsque le chevalier du Nil en fonction décida qu’il était temps de passer le relais, son choix pour sa succession se porta sur moi sans la moindre hésitation.
- Ton véritable maître est donc l’ancien chevalier du Nil ? demanda Myrina qui avait posé sa tête sur l’épaule du Nubien.
- Disons que c’est l’homme qui m’a transmis l’arcane spécifique au protecteur d’Isis et qu’il a parfait ma technique de combat rapproché, que je dois essentiellement à Djefer. Cependant, c’est ce dernier que je considère vraiment comme mon maître, dans le sens où il est l’ami et l’aîné qui m’a appris la plupart des choses que je connais et vers qui je peux me retourner sans hésitation en cas de problèmes. Un peu comme Philista pour toi, si je ne m’abuse.
- Arhem… Désolé de vous déranger, mais il serait peut-être temps de nous remettre en route si nous voulons coucher ailleurs qu’entre deux dunes ce soir.
La voix de Yaga surprit le couple qui se releva précipitamment en s’éloignant l’un de l’autre. Pour toute réponse, Khemmis fixa une des deux outres remplies d’eau dans son dos, pria Myrina d’en faire de même, et, tournant les talons, rejoignit Philista en lui indiquant d’un doigt pointé la direction à prendre. En un instant, la situation actuelle, de ce qu’il considérait comme son pays, lui revient à l’esprit. Le moment de complicité qu’il venait de passer avec la Grecque s’évanouit et laissa place à une farouche détermination de libérer sa déesse des griffes de Seth.
Aux dunes de sable blanc succédaient les plaines sans fin de graviers grossiers. Aux immensités rocheuses succédaient les hauts plateaux de calcaire immaculé. Myrina, qui avait pourtant parcouru la Grèce pendant de nombreuses années, n’avait jamais connu de tels paysages. Ces étendues désertiques la captivaient totalement. Le chaud contact du vent sur sa peau, le bleu aveuglant du ciel, l’odeur du sable chaud, tout lui plaisait dans ces lieux. Au loin, l’horizon se teintait de vert. Etait-ce le soleil déclinant qui produisait cette couleur si rare en ces lieux ou se rapprochaient-t-ils déjà de la fertile vallée du Nil ? En fixant avec un peu plus d’attention le lointain, le chevalier du Cancer distingua trois ombres noires se détacher progressivement. Celles-ci se muèrent rapidement en trois silhouettes de plus en plus distinctes.
Myrina fut rapidement renseignée sur leur nature quand elle vit Khemmis, à quelques pas devant elle, se raidir et se mettre en garde. Le groupe de trois personnes, qui venait sans aucun doute possible à leur rencontre, était constitué d’une jeune femme et de deux hommes portant chacun le même type d’armure que le chevalier du Nil d’Isis. La femme, dont les traits fermés trahissaient le souci, devait être guère plus âgée que Yaga et portait une protection en or blanc mêlé d’onyx surmontée par un casque en forme de tête d’ibis. Les deux hommes, qui l’accompagnaient, avaient une allure fort dissemblable l’un de l’autre. L’un était un véritable colosse, tout dans son attitude transpirait la placidité, alors que l’autre, de taille et corpulence plutôt moyennes, dissimulait très mal une colère bouillonnante. Ce fut lui qui prit la parole en premier, lorsque les trois Grecs se furent regroupés autour de Khemmis.
- Que viens-tu faire à nouveau en Egypte avec ces trois inconnus ? Je te croyais parti à jamais, et te revoici avec des étrangers.
- Et toi, Bakhen, que fais-tu ici en plein désert ? demanda le chevalier d’Isis en retour. Comment nous as-tu trouvés ? Je suppose qu’Hérou, Khaba et toi n’avez pas erré depuis une semaine à ma recherche.
Philista hocha imperceptiblement la tête, suivant la même réflexion qui avait sûrement conduit le Nubien à poser cette question à l’homme coiffé d’un casque portant deux cornes de bélier. Si les trois chevaliers qui leur faisaient face avaient été capables de détecter leur présence et les localiser si précisément, alors qu’il n’était de retour sur le territoire égyptien que depuis une demi-journée, il y avait fort à parier qu’une divinité comme Seth devait les avoir repérés également.
- Ignorais-tu les pouvoirs dont dispose notre jeune amie ? railla celui qui semblait être le meneur du groupe. Hérou, en tant que chevalier du Nil de Thôt, a la capacité de prédictions. Elle a ainsi vu, le jour même où tu as fui ton pays d’adoption, quel jour tu reviendrais et quel chemin tu emprunterais.
Khemmis, à ces paroles, baissa sa garde et les Grecs se décontractèrent aussi. Les trois chevaliers qui leur faisaient face avaient bénéficié des dons de divination de la protectrice de Thôt, mais rien n’indiquait que Seth était au courant de leur présence.
- Néanmoins, reprit Bhakhen, elle ne nous avait pas indiqué que tu reviendrais accompagné de ces trois étrangers. Ce qui se passe dans notre pays ne concerne que les Egyptiens, ou assimilés. Ils n’ont rien à faire ici. Qu’ils retournent d’où ils viennent !
L’impassible colosse, qui n’avait jusqu’à présent pas esquissé le moindre geste, fronça ses sourcils broussailleux d’un air désapprobateur. Le visage soucieux de la jeune fille laissa lui aussi transparaître son désaccord. Toutefois, aucun des deux ne se risqua à contrarier leur compagnon.
- Oserai-je te rappeler que vous, chevaliers du Nil de Râ, Thôt et Anhour, n’avez rien fait pour protéger les habitants de ce pays des agissements sordides de Seth ? s’emporta Khemmis. Les trois amis qui m’accompagnent sont Grecs, n’ont rien à gagner dans cette bataille, et ne viennent que pour m’aider à rétablir l’ordre et la paix dans un pays qui leur est totalement inconnu. Puisque ceux qui sont censés défendre notre terre ne m’ont pas prêté main forte contre Seth, j’ai dû faire appel à des inconnus, qui ont accepté de venir combattre à mes côtés, pour une cause qui leur est finalement bien moins chère qu’à vous. Si vous êtes venus pour nous arrêter, moi et mes amis, je considérerai, et le peuple égyptien avec moi, que vous avez délibérément pris parti pour Seth. Est-ce ce que vous souhaitez ?
Il était évident à l’expression de Bakhen que celui-ci ne désirait en aucun cas laisser le Nubien et les Grecs qui l’accompagnaient continuer leur chemin. Cependant, les deux autres chevaliers du Nil semblaient horrifiés à l’idée d’être assimilés à des suppôts du dieu qui avait enlevé Isis. Le géant, qui répondait au nom de Khaba, confirma cette impression.
- Anhour, le dieu de la Guerre que je sers, juge que la querelle entre nos divinités principales n’a que trop duré. Voilà déjà près de deux millénaires que la lutte entre Isis et son fils Horus, d’un côté, et Seth, de l’autre, fait rage. Chaque épisode de ce conflit a été ponctué par l’intervention d’autres dieux. Il est tant que cela cesse, et que l’Egypte connaisse la paix qu’elle mérite maintenant. Je crois qu’il serait bon que les chevaliers du Nil dont la divinité n’est pas présente dans ce conflit ne participassent pas à la bataille qui s’annonce. Lorsque celle-ci sera terminée, il sera toujours temps d’aviser en fonction de son issue. Pour une fois, laissons cette opposition séculaire se régler d’elle-même.
- Tu n’y… commença Bakhen, mais un regard noir du colosse le coupa net dans sa protestation.
Sans ajouter un mot, Khaba tourna le dos aux quatre compagnons, et suivi de Hérou, qui semblait agréer totalement à sa proposition, et du chevalier du Nil de Râ, qui lui ne faisait rien pour cacher sa frustration, partit en direction du couchant. Plusieurs minutes s’écoulèrent avant que Yaga, qui paraissait le plus irrité des trois Grecs, demanda des explications au Nubien.
- Ce Bakhen pourquoi avait-il l’air de tenir tant à nous barrer le passage ? Serait-ce un allié de Seth ?
- Pas exactement, non. Il s’agit du chevalier du Nil de Râ. Râ fait partie des dieux majeurs dans notre pays, c’est le dieu du Soleil, et probablement la divinité qui a toujours été la plus proche de Seth. Originellement, chaque nuit, tandis qu’il parcourait le monde souterrain dans sa barque, entraînant avec lui l’astre du jour, Apophis, le dieu-serpent, n’avait de cesse de faire chavirer son embarcation. Heureusement, Seth a toujours été là pour repousser les attaques du reptile, permettant à Râ d’accomplir sereinement son devoir. Plus tard, quand Seth fut envoyé dans le désert suite à sa tentative de prise de pouvoir après l’assassinat d’Osiris, seul Râ le défendit. Je suppose alors que Bakhen, reproduisant le comportement du dieu qu’il sert, cherche à soutenir le dieu du Chaos.
- Penses-tu qu’il se rangera à l’opinion du chevalier d’Anhour ? s’enquit à son tour Philista.
- J’avoue que j’en doute. Néanmoins, il est pratiquement certain qu’il ne tentera rien contre nous directement. Et ce dont je suis complètement sûr, c’est qu’il n’aura rien à faire si nous ne bougeons pas d’ici, tenta de plaisanter Khemmis. Reprenons notre chemin mes amis, d’ici deux heures nous devrions trouver gîte et couvert.
Seule la lumière blafarde de la lune éclairait les rues étroites de Médamoud quand les quatre chevaliers pénétrèrent dans la cité. Celle-ci paraissait déserte. Pas une lueur ne filtrait derrière les fenêtres ou sous les lourdes portes des habitations. Pas un bruit de pas ne venait troubler le lourd silence qui régnait sur les lieux. Les seules traces d’activité humaine parfaitement visibles étaient les fumerolles qui s’échappaient encore des ruines fumantes de tous les bâtiments civils ou religieux du village et les nombreuses traces de combats récents. Des bris de bois d’armes, des pierres arrachées des constructions, des morceaux d’étoffes carbonisées jonchaient le sol des ruelles et des places.
Remontant un petit canal qui acheminait l’eau du Nil à travers le bourg, Khemmis et les Grecs débouchèrent sur la place centrale du village où gisaient les ruines de ce qui avait dû être un temple de la taille de celui de Chiron au Sanctuaire. En voyant les deux grandes statues décapitées, renversées sur le sol, représentant une femme tenant un ankh, Myrina comprit qu’ils se trouvaient devant ce qui devait être le palais dédié à la déesse que servait le Nubien. Du temple d’Isis, il ne restait plus que d’imposants blocs de calcaire empilés de façon anarchique et seules deux grandes colonnes trônaient grotesquement au milieu des gravats. Alors que la jeune femme s’apprêtait à réconforter Khemmis, elle fut étonnée de ne lire aucune trace de tristesse sur son visage. Tout au plus exprimait-il une forte résolution teintée d’une motivation palpable, mais il ne laissait aucunement transparaître le chagrin auquel on aurait pu s’attendre devant une telle scène. Comme pour confirmer son impression, le jeune homme prit la parole d’un ton léger.
- Finalement, je crois que vous ne pourrez profiter du luxe du palais d’Isis cette nuit, il vous faudra vous contenter de plus modeste.
Sur ces mots, il se remit à marcher et contourna la place pour s’enfoncer à nouveau dans les ruelles de Médamoud. Ce ne fut que lorsqu’ils atteignirent les dernières maisons de la cité que Khemmis s’arrêta devant l’une d’elles. L’édifice était une petite habitation, que les années ou peut-être les combats récents n’avaient pas épargné et qui paraissait totalement déserte. De longues et profondes fissures parcouraient les murs anciennement blanchis à la chaux et toutes les ouvertures avaient été barricadées. Cependant, l’Egyptien ne parut pas hésiter une seconde et s’approcha de la porte, elle aussi fermée sur toute sa hauteur par des planches clouées. Il frappa trois coups étrangement rythmés qu’il ponctua d’un énigmatique murmure, dont les chevaliers d’Athéna ne percèrent pas le sens.
Les planches s’évaporèrent en une blanche poussière évanescente, telle une illusion disparaissant, et la porte s’ouvrit. Khemmis s’effaça, laissa passer ses trois compagnons, avant de refermer derrière eux en murmurant à nouveau de mystérieuses paroles. Les Grecs, surpris par ce qu’ils découvraient, s’arrêtèrent juste après avoir franchi le seuil. Alors qu’ils s’attendaient à pénétrer dans une minuscule pièce centrale sale et empoussiérée, à l’image des murs extérieurs de l’habitation dans laquelle ils venaient d’entrer, ils se trouvaient en surplomb d’une immense salle dont les parois et le plafond étaient ornés de fresques aux couleurs chatoyantes. Toutefois, l’aspect d’apparat du bâtiment tranchait avec sa fonction actuelle. Il avait en effet été transformé en ce qui semblait être une infirmerie de fortune. Sous leurs yeux, une dizaine d’hommes vêtus de longs pagnes blancs, qu’ils identifièrent comme des prêtres d’Isis, s’activaient autour de paillasses sur lesquelles étaient allongés une soixantaine de blessés.
Khemmis n’eut pas le temps d’expliquer à ses amis quel était ce lieu. Un homme aux courts cheveux blancs grimpa les marches à la volée et tomba dans ses bras. Ses yeux d’un bleu-gris tranchant fortement avec le teint foncé de sa peau pétillaient de joie. La même expression teintée de soulagement imprégnait le visage du Nubien. Les deux hommes s’écartèrent enfin l’un de l’autre, et le plus vieux s’exclama :
- J’étais certain que tu n’étais pas mort ! Je suis si heureux de te revoir. Mais, dis-moi, tu n’es pas revenu seul, ajouta-t-il en lançant un regard curieux en direction des Grecs qui étaient restés un peu en retrait. Me présenterais-tu à ces personnes qui t’accompagnent ?
- Avec plaisir Djefer, et encore plus devant quelques pains aux légumes et un peu de bière, lui répondit-il d’un air complice.
Les reliques de leur repas constellaient la table autour de laquelle ils avaient pris place. Après avoir présenté ses amis, Khemmis avait résumé dans les grandes lignes son combat dans le désert, sa fuite vers la Grèce, sa rencontre avec Myrina et les deux hommes, et leur retour sur ses terres. Yaga dégustait une dernière galette de blé aux dattes quand le Nubien demanda à son maître de leur exposer la situation actuelle de l’Egypte. Le sourire confiant qu’arborait Djefer, depuis qu’ils s’étaient retrouvés, s’effaça.
- Notre pays est sens dessus dessous, j’en ai bien peur. Chaque jour, des batailles opposant des clans rivaux éclatent aux quatre coins de l’Egypte. Notre village en a fait les frais ce matin même. Depuis qu’Horus est inconscient et qu’Isis a été enlevée, le pouvoir est vacant. Aucune régence n’a été mise en place, et tous les êtres imbus de gloire que compte cette terre se disputent le trône. En bref, l’Egypte est en proie à une guerre civile que seule l’émergence d’un dirigeant pourra stopper.
- Ce qui fait bien le jeu de Seth, observa Philista. Laisser la situation dégénérer doit tout à fait faire partie de sa tactique. Ainsi, lorsqu’il prendra le pouvoir et restaurera l’ordre, il apparaîtra comme un sauveur aux yeux du peuple égyptien.
- Stratégie ô combien habile, acquiesça l’ancien général en soupirant.
- Es-tu parvenu à obtenir des informations sur l’endroit où se trouve Isis ? le questionna Khemmis, alors qu’une jeune servante débarrassait ce que lui et ses compagnons avaient laissé du substantiel repas.
- Malheureusement, de ce côté là, les nouvelles ne sont guère meilleures, je le crains. J’ai interrogé les grands prêtres de la région thébaine, envoyé des hommes questionner les dirigeants dans la capitale, tenté de soudoyer des mercenaires visiblement à la solde de Seth, en vain. La seule indication un peu près fiable que j’ai pu recueillir est que notre déesse serait retenue quelque part sur l’autre rive du Nil.
- En effet, c’est encore fort vague, admit son élève. Toutefois, c’est déjà une première piste, et je te remercie pour ton aide, et ton accueil aussi.
- Tu es toujours le bienvenu ici, tu le sais, et tes amis également. D’ailleurs, si vous voulez bien me suivre, je vais vous indiquer une petite pièce où vous pourrez vous reposer. Je suppose que tu as prévu de commencer des investigations plus musclées, si j’ose dire, dès demain.
- C’est en effet ce que je compte faire, approuva Khemmis. Nous n’avons pas de temps à perdre si nous voulons arrêter Seth et délivrer Isis. Je te laisse néanmoins le soin d’accompagner seul mes amis, de mon côté je vais aller prêter main forte aux prêtres-soigneurs.
Myrina n’était pas restée bien longtemps dans la petite pièce qui comportait quatre paillasses et une petite table sur laquelle était posée une grande bassine en olivier contenant de l’eau claire. Elle avait juste pris le temps de se rafraîchir, et aussitôt était retournée dans la grande salle par où elle et ses amis étaient entrés une heure plus tôt. Assise sur la première marche de l’escalier qui reliait l’étrange bâtiment à l’extérieur, elle observait Khemmis accomplir de véritables miracles. Si elle savait, comme tous les chevaliers d’Athéna, utiliser son cosmos pour soulager ses propres blessures, elle était totalement incapable de ressouder un os fracturé ou arrêter une hémorragie mortelle d’une personne tierce. Et c’était pourtant ce que le Nubien accomplissait apparemment sans aucun effort sous ses yeux. La main tendue, enrobée d’un nébuleux cosmos blanc, l’homme qu’elle avait elle-même sauvé quelques jours auparavant refermait les blessures les plus profondes et guérissait les plaies les plus infectées.
Yaga et Philista ne tardèrent pas à la rejoindre et se montrèrent aussi surpris qu’elle des formidables capacités de leur ami. Le chevalier d’Orion manifesta l’envie de marcher dans le village déserté, afin de faire le point. Après avoir demandé à Khemmis l’incantation à prononcer pour lever l’illusion qui barrait la porte d’entrée, la jeune femme suivit le maître et l’élève à l’extérieur. Leurs pas les conduisirent à nouveau sur les ruines du temple dédié à Isis. Ils s’y arrêtèrent, et passèrent en revue les informations que leur avaient fournies le chevalier du Nil et Djefer. Finalement, bien peu d’éléments. Myrina sentait l’abattement et le doute la gagner et en fit part à ses deux camarades. Ce fut Philista, une nouvelle fois, qui trouva les mots pour la rassurer.
- Ne te blâme pas, au contraire. Tu as bien fait de suivre ton instinct et d’accompagner Khemmis en Egypte. Et je te suis reconnaissant de me permettre de participer à cette aventure.
- Je ne te suis pas vraiment, avoua le chevalier du Cancer.
- C’est pourtant évident. Toi qui as toujours cherché à utiliser tes pouvoirs pour le bien d’autrui, et pas forcément pour complaire aux décisions du Sanctuaire, tu as fait le bon choix. Regarde ces ruines, pense aux nombreux blessés qu’est en train de soigner ton ami. Que de dégâts commis et d’innocents touchés à cause d’une ambition divine démesurée ! Nous allons nous battre pour une noble cause : ramener la paix dans un pays meurtri par ses propres dieux. Qu’elle que soit l’issue de cette bataille, je serai heureux d’avoir pu utiliser mes forces pour un motif si juste.
Alors qu’elle s’apprêtait à répondre, la jeune femme se tut et indiqua du doigt à ses compagnons une ombre qui approchait d’eux dans la nuit. D’abord inquiets, les Grecs eurent tôt fait de se détendre lorsqu’ils distinguèrent la silhouette d’Hérou, dont le caractéristique casque en tête d’ibis était reconnaissable aisément. La jeune fille s’approcha timidement du groupe, et, dans un sourire où se mêlaient la gratitude et la mélancolie, remercia les étrangers d’aider Khemmis dans son combat contre Seth.
- Sachez que plusieurs chevaliers du Nil comme moi auraient aimé se ranger au côté du protecteur d’Isis. Cependant, nous respectons la décision d’Anhour et n’interviendrons pas. Je ne saurais exprimer clairement toute la reconnaissance que j’éprouve envers vous, qui nous remplacez dans cette bataille.
- Nous tâcherons d’être dignes de votre confiance, lança pompeusement Yaga, ce qui ne manqua pas de faire pouffer ses deux amis. Toutefois, il nous serait plus simple d’agir si nous savions où se trouve Isis.
- C’est justement pour cela que je suis venue vous trouver, répondit Hérou. Mes dons de prescience m’ont permis de voir, bien avant que Seth enlève Isis, qu’une nouvelle Nécropole allait être élevée avec des pouvoirs autres qu’humains. Je n’ai maintenant plus aucun doute, il s’agit de l’immense palais, qu’a fait construire Seth dans le désert, où est retenue la déesse. Il se situe à l’extrême ouest de la Vallée des Rois, non loin de l’oasis de Kharga.
- Oh ! Merci. Merci mille fois, s’exclama Myrina qui semblait totalement avoir retrouvé la confiance qui lui faisait défaut quelques minutes plus tôt.
Pour toute réponse, la jeune gardienne de Thôt les engloba tous d’un regard où perçait une immense tristesse. Puis, aussi discrètement qu’elle était apparue, elle s’enfonça dans les ténèbres nocturnes, non sans s’être excusée une dernière fois de ne pas pouvoir en faire plus.
Impatients de rapporter la révélation que venait de leur faire Hérou, les trois chevaliers d’Athéna regagnèrent sans tarder le bâtiment où ils avaient laissé Khemmis auprès des siens. Le Nubien et l’ancien général se montrèrent enthousiastes à l’annonce de la nouvelle. De concert, il fut décidé que les quatre compagnons se rendraient à Kharga dès le lendemain, pour tâcher de rendre la liberté à Isis. L’élève s’enquit néanmoins auprès de son maître s’il connaissait une solution pour traverser le Nil le plus discrètement possible. Après quelques secondes de réflexion, Djefer s’éclipsa, traversa l’immense hall, et s’arrêta auprès d’un jeune prêtre qui bandait un blessé. Une conversation animée s’engagea entre les deux hommes, puis ils revinrent aux côtés des quatre camarades.
- Je vous présente Améni, dit le vieil Egyptien. C’est lui qui vous mènera jusqu’à la capitale et vous indiquera la felouque sur laquelle vous franchirez le fleuve demain.
Les dernières étoiles s’éteignaient et le ciel se teintait de lueurs roses lorsque la porte de l’étrange bâtisse se referma derrière les quatre chevaliers accompagnés du jeune prêtre. Aucun mot ne fut échangé durant le court trajet qui les mena aux portes de Thèbes. Sur les visages de chacun pouvait se lire une intense concentration mâtinée d’une certaine appréhension. Ils allaient se confronter à une divinité. Eux, humains certes dotés de pouvoirs peu communs, allaient s’élever contre un être divin. S’ils n’avaient aucune idée de comment ils allaient s’y prendre pour tenter de défaire le dieu, ils avaient au moins la certitude d’agir pour le bien du peuple égyptien. Cette seule conviction suffisait à les entraîner vers un combat où leurs chances de victoire étaient plus qu’infimes.
La capitale n’avait pas plus fière allure que le petit village de Médamoud. Partout la guerre civile qui s’était emparée du pays avait laissé ses traces. Quand ils arrivèrent à une intersection encombrée de débris divers, alors qu’Améni progressait en tête du groupe, une douzaine d’hommes, vêtus d’un simple pagne de lin teinté en noir et portant chacun un bracelet de biceps incrusté d’une tête de lévrier rouge, les entourèrent. Sans hésiter, Yaga envoya son poing à la rencontre de trois assaillants qui se jetèrent sur lui. Ceux-ci tombèrent au sol sans plus de résistance. Myrina et Khemmis se débarrassèrent tout aussi facilement de huit agresseurs à eux seuls. Seul Philista, qui était resté auprès du jeune prêtre pour le protéger, eut un peu plus de difficultés à venir à bout des trois hommes qui lui tombèrent dessus. Il dut faire appel à son cosmos pour achever le dernier, qui se montrait particulièrement tenace.
Quelque peu effrayé par cette attaque surprise, Améni balbutia à l’intention du chevalier du Nil :
- Qu’est-ce que ces hommes ?
- Des sbires de Seth, sans aucun doute possible. As-tu remarqué l’effigie de leur dieu sur leurs bras ?
- Oui, en effet, approuva le jeune homme qui reprenait peu à peu consistance. Mais comment ont-ils pu s’apercevoir aussi rapidement de notre présence dans les murs de la capitale ?
- Je suppose que Bakhen, le chevalier du Nil de Râ que nous avons rencontré hier, n’y est certainement pas étranger, lâcha Khemmis désabusé.
Si l’embuscade dans laquelle ils étaient tombés ressemblait plus à une mascarade qu’à un véritable assaut, elle allait sûrement les faire repérer très rapidement. Philista avait été obligé de déployer son cosmos pour protéger leur guide, et il y avait fort à parier qu’un homme, lui aussi capable de maîtriser cette énergie, pourrait aisément les localiser. En se concentrant sur ses perceptions, le Nubien confirma pratiquement immédiatement ses craintes. Plusieurs présences hostiles convergeaient en ce moment-même vers eux. Il fallait agir vite sous peine de perdre un temps précieux par la suite. Sans hésitation, Khemmis prit sa décision.
- Améni, s’il te plaît, conduit mes trois amis vers le port où vous embarquerez en direction de Kharga. Je vous rejoindrai dès que possible.
- Mais… commença Myrina.
- Tu as très bien senti comme moi la dizaine d’ennemis qui fondent sur nous en ce moment-même, répliqua l’Egyptien sur un ton où se mêlaient la douceur et la fermeté. Parmi eux se trouve une vieille connaissance que je tiens absolument à affronter seul.
- A quatre nous serions quand même bien plus efficaces, tenta-t-elle sans réelle conviction.
- Ce combat ne concerne personne d’autre que moi. Je t’en prie, laisse-moi m’en charger seul. Fais-moi confiance.
- Je te fais confiance, acheva la jeune femme en plantant ses yeux dans le regard de son compagnon. Améni, nous te suivons.
A peine les Grecs et leur jeune guide eurent-ils disparu à l’angle d’une rue, qu’une dizaine d’hommes, menés par un onzième en armure, se présentèrent face à Khemmis. Celui qui était leur chef eut juste le temps de les retenir, tandis qu’ils s’apprêtaient à bondir sur le Nubien.
- Laissez-moi celui-là, cracha-t-il dédaigneusement. Occupez-vous plutôt des quatre autres qui ont pris la fuite.
Sans une objection, ses acolytes stoppèrent leur attaque, et partirent en direction de la rue que venaient d’emprunter les chevaliers d’Athéna et le prêtre d’Isis. Khemmis n’esquissa pas le moindre geste pour essayer de les arrêter. Au contraire, il se planta fermement en face de l’homme au casque de faucon. Après l’avoir longuement dévisagé, il lâcha :
- On se retrouve enfin Jibade d’Horus.