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Cette fiche vous est proposée par : Siegfried


Paradise Chapter

• Avant que tu ne repartes, je dois t'avouer plusieurs choses, Chevalier du Dragon, déclara l'Esprit du Sagittaire. Tout d'abord, je dois bien reconnaître que jamais je ne me serais attendu à cette question, mais elle était incroyablement pertinente et fort à propos. Je comprends pourquoi Altéa t'a choisi. Enfin, et je t'en conjure au nom de la Justice du Sagittaire, choisis bien ton camp, Chevalier.

• J'ai déjà choisi mon camp, et ce choix est fait depuis longtemps, répondit Shiryu.

• Soit, sourit l'Esprit.

• Pourrais-je vous poser une dernière question ? osa Shiryu.

• Tu peux me poser une question Chevalier, et même autant que tu voudras, mais je ne pourrai probablement pas y répondre.

• Je vais quand même tenter ma chance... Pensez-vous que je pourrais... Je ne sais pas... Peut-être une autre fois... Rencontrer l'Esprit du Dragon ?

• J'ai le droit de répondre à cette question. Rencontrer ton propre Esprit est physiquement impossible, même pour le Chevalier d'Or de la Vierge, qui n'avait approché le sien que par la pensée. Voilà pourquoi, lorsque le dieu auquel tu crois n'est pas encore mort, c'est l'Esprit de ta constellation qui officie lors de la Cérémonie du Rêve, et scelle le sarcophage. Il est impossible de rencontrer son Esprit tout en étant en vie.

• C'est donc comme cela que cela s'appelle... La Cérémonie du Rêve...

• Oui, Chevalier.

• J'ai des milliers de questions, et si peu de temps. Je pense que je dois me remettre en marche. Je vous remercie, Esprit.

• Prends garde à toi, Chevalier. Que la Justice t'accompagne.

Altéa était adossée à un arbre recouvert de mousse, dans cette position qui lui était maintenant traditionnelle. Son regard brillait de fierté à l'égard du jeune Dragon. Elle souriait de si bon coeur que pour la première fois, Shiryu vit son réel sourire. Pas celui, narquois, qu'elle adressait quand elle connaissait la réponse à une question impossible, ou qu'un combat était gagné à l'avance. Non, un réel sourire. La blancheur de ses dents contrastait tellement avec le vert de ses yeux et le rouge vif de ses paupières, que Shiryu resta sur place, à la regarder. Des larmes montèrent dans les beaux yeux de la Gardienne, mais elle souriait toujours. Vierge d'aucune trace de lutte, son Armure était magnifique. La lune se reflétait sur les dangereuses lames qui finissaient ses épaulières et ornaient ses chevilles.

• Altéa, pourquoi pleures-tu ?

• Tu lui ressembles tellement... À part tes cheveux, bien entendu...

• À mon Maître ?

• Oui. Je suis si fière de toi, Chevalier.

• Pourquoi ? demanda un Shiryu gêné. Je ne comprends pas.

• La question que tu viens de poser à l'Esprit du Sagittaire. Elle me donne raison, et mon Amour n'aura pas sacrifié ses Chevaliers pour rien.

• Est-il déjà au courant ?

• Non, il ne l'est pas. Il s'en doute, probablement, tout comme... Canon.

Un pincement au coeur fit s'éteindre la douce voix d'Altéa. Elle repensa au Chevalier d'Or. Il était semblable à Baal de Syracuse dans sa jeunesse. Il y a plusieurs milliers d'années, ces deux hommes auraient formé la plus fidèle et puissante des équipes. Aujourd'hui, ils se battaient et elle en était responsable. Pour qu'il tienne la distance, ne serait-ce que quelques minutes face à Baal, Altéa avait dû utiliser le Rayon Satanique à son niveau de puissance, et non à celui du Chevalier d'Or. À un tel niveau, même si un sang divin mêlé coulait dans son Armure et qu'il paraissait capable de miracles, Canon ne pourrait probablement pas survivre, sauf si Baal l'épargnait. Dans ce cas, il ne serait plus jamais lui-même, l'âme brisée. La Guerrière serra les dents.

• Altéa ? redemanda le Dragon.

• Oui, Shiryu ?

• C'est la troisième fois que je t'appelle. Tout va bien ?

• Oui, je réfléchissais.

• Nous devrions y aller.

• Tu as raison.

Enlevant sa cape d'entre ses jambes d'un mouvement de bras, Altéa se mit à marcher en direction de Shiryu, puis à courir vers la grande clairière. La distance qui les séparait de leurs amis était impossible à évaluer, surtout à la vitesse à laquelle ils avaient couru, prenant virage sur virage et évitant obstacle sur obstacle. Sans atteindre la vitesse de la lumière, ils seraient de retour d'ici à environ cinq minutes. Shiryu pressa la cadence, et dépassa Altéa. Elle fronçait les sourcils, et semblait avoir laissé son joli sourire au pied du sarcophage de Seiya.

Au bout de quelques minutes, les deux Chevaliers arrivèrent à proximité et se stoppèrent net, soulevant une tornade de feuilles qui n'avaient pas dû tournoyer dans les airs depuis des générations. Au fur et à mesure qu'elles retombaient en planant de manière erratique vers le sol, des éclairs de lumière orangée déchiraient la nuit, de plus en plus vite. Une gerbe écarlate partit dans trois directions vers le ciel, puis plus rien. Les dernières feuilles mortes retombèrent sur le sol, sans un bruit. La lumière finit de décliner, et un silence de mort s'installa. Shiryu reprit sa course et arriva à l'orée de la clairière. Il y trouva Saori, tremblante derrière son bouclier. Agenouillée au milieu d'une arène ravagée, elle sanglotait. Derrière elle, Canon était étendu, les cheveux toujours gris, son Armure réduite à néant. Ses épaulières n'étaient plus, son casque avait disparu, et son plastron était à moitié arraché. Le reste de l'Armure, de la protection ventrale aux bottes, en passant par la jupe, était criblé d'impacts causés par une attaque ressemblant à l' Aiguille Écarlate. Shiryu compta une trentaine de petits trous, tous gelés, au fond desquels brillait une minuscule lumière rouge. Il ne put s'empêcher de repenser à la blessure infligée à Hypnos, elle aussi gelée et brillante d'une lueur similaire. Il n'y avait pas de sang, certainement à cause de la glace.

Altéa approcha de Canon, et le retourna pour le mettre sur le ventre. Dans le dos de son Armure, le double visage des Gémeaux affichait une expression de terreur figée. Un sillon vertical le séparait en deux parties égales. Cette marque était elle aussi gelée, et au fond reposait cette étrange lumière rouge. Il avait été coupé en deux. Le corps de Canon était froid comme un bloc de glace, mais il respirait encore. Ses cheveux gris jonchaient le sol tout autour de sa tête, comme les rayons d'un soleil.

Saori voulut se lever mais ses jambes semblèrent l'en empêcher. Elle s'assit, se laissant tomber en arrière. Dans un bruit du Diable, le disque céleste qu'elle lâcha vint s'immobiliser sur le sol, non loin du Titan. Shiryu se releva et constata l'étendue des dégâts. Plusieurs arbres étaient criblés d'impacts gelés et brillants de cet étrange cosmos rouge, et d'autres couchés sur le sol, comme éventrés par une étoile. Les corps de Shun et d'Ikki reposaient plus loin, près d'un arbre détruit.

• Shun ! Ikki ! cria Shiryu en courant près de ses amis.

Les Armures d'Andromède et du Phénix étaient dans un état catastrophique, criblées d'impacts allant de la taille d'une piqûre à celle d'une noix. Shun n'avait plus d'épaulières ni de casque, et une de ses jambières était recouverte de sang. Ses chaînes avaient été atomisées, avec les protections de ses bras. Le plastron gardait sa forme d'origine, contrairement aux épaulières qui reposaient sur le sol. Elles semblaient avoir été tordues par une pression inimaginable et ne ressemblaient plus à rien. Le corps du jeune Chevalier était recouvert de coupures profondes laissant s'échapper sa vie. Il respirait toujours, mais très faiblement. Ikki portait les mêmes marques de piqûres que son frère, et son Armure était sensiblement dans le même état. Comment l'Armure du Phénix avait-elle pu être ainsi déchirée ? Un trou béant trônait sur sa hanche gauche. Il le tenait fermé avec sa main droite, recouverte d'une flamme bleue fantomatique. Il était en état de choc et sombra dans l'inconscience une fois sa cautérisation sauvage terminée. L'odeur de chair brûlée faillit faire vomir le Dragon qui vint s'agenouiller devant ses amis. À quelques pas de là, Hypnos paraissait toujours inconscient.

• Mon Dieu, murmura le Dragon. Altéa, c'est impensable. Les arbres de cette forêt sont sensés être indestructibles et éternels. La seule force d'Hypnos n'avait pas réussi à en entamer la surface d'un seul. Regarde ce carnage...

• Oui, je pense que le combat de Canon n'y est pas étranger.

• Shun... Ikki... murmura à nouveau Shiryu, pour lui-même. Comment tout ceci a-t-il pu arriver aussi vite... J'aurais tellement aimé être là pour vous protéger.

• Ils n'avaient nul besoin de toi, Shiryu, et tu le sais très bien. Ta tâche était ailleurs.

• Oui, je le sais. Où se trouve Baal de Syracuse ? Arrives-tu à sentir sa présence ?

• Non, il n'est pas ici, déclara Altéa d'une voix grave.

• Je suis... désolée, Shiryu, gémit Saori. J'ai tout essayé. Je n'ai pu protéger que Canon. Je n'avais pas la rapidité nécessaire pour faire quelque chose. J'avais peur !

• Calmez-vous, Princesse, dit Shiryu d'une voix douce. Je suis heureux que vous n'ayez rien. Je n'aurais pu me le pardonner. Pouvez-vous nous raconter ce qui s'est passé ?

Ravalant ses sanglots, la Princesse essaya de se lever, les jambes tremblantes. Elle dut s'appuyer sur le bouclier céleste qui avait roulé à quelques pas. Elle semblait épuisée et avait du mal à trouver ses mots.

• Le combat entre Baal et Canon a commencé très vite. Il a cassé son poignet... Baal l'a attaqué avec cette étrange technique. Canon l'a reçue de plein fouet plusieurs fois. Il s'est toujours relevé, comme s'il n'était plus vivant ! Ensuite, Baal a esquivé et esquivé, toutes les attaques du Chevalier d'Or. Baal s'est fatigué petit à petit, contrairement à Canon qui semblait ne plus rien ressentir. Voyant leur avantage, Shun et Ikki ont attaqué Baal par le côté. Il les a balayés d'un seul coup... déclara Saori en baissant le ton.

• Continuez, Princesse, demanda Altéa, penchée sur Canon.

• Canon... Il a fait appel par deux fois à cette étrange technique... Il a projeté vers Baal une minuscule planète rouge. Baal a évité la première si vite que je n'ai rien vu, et en esquivant la seconde, alors que Canon n'avait pas bougé, il a été pris dans le Triangle d'Or. L'attaque était si forte... Elle a emporté plusieurs morceaux d'arbres avec Baal. L'ancien Titan a essayé une dernière attaque, pris dans la tourmente de Canon, et je l'ai protégé avec mon bouclier. Épuisé, Canon est tombé, tout simplement. J'espère qu'il n'est pas trop tard... J'espère qu'il n'est pas trop tard, pleura la Princesse.

Shiryu avait des larmes dans les yeux. Ce qu'il allait avoir à faire le révulsait, mais il y était résolu. C'était son devoir de Chevalier. Les révélations de l'Esprit du Sagittaire n'étaient pas discutables, Shiryu le sentait au fond de son coeur. S'il était resté là avec ses amis, il se serait fait battre, lui aussi. Maintenant, tout dépendait de lui et d'Altéa. De personne d'autre, à moins que Baal de Syracuse ne revienne de la dimension où Canon l'avait envoyé. La technique du Triangle d'Or est sensée être plus faible que celle d' Une Autre Dimension de Saga, mais au niveau de puissance de Canon, impossible de savoir dans quel type de prison éternelle Baal était tombé. Canon n'avait pas tenu, Hypnos non plus, ni Shun et Ikki. Y arriverait-il, lui ? Il en doutait mais il ne changea pas d'avis. C'était son devoir.

Il repensa à Sigyn de Tortose et espéra avoir autant de détermination que lui. Le Chevalier chargé d'arrêter Pégase ou le Dragon si l'un ou l'autre venait un jour à trahir l'ordre de la Chevalerie, n'était pas mort en héros. Il avait presque été exécuté par Canon, après avoir été affaibli par deux Chevaliers très puissants. Tout ceci n'avait rien de glorieux. Ce qui allait suivre non plus.

• Laissez-moi vous raconter ce qui s'est réellement passé, commença Shiryu. Le combat entre Canon et Baal s'est très certainement déroulé comme vous l'avez dit. Mais je pense que Shun et Ikki sont venus vous protéger de la puissance dégagée par ce combat. Canon ne voyait que Baal, et personne d'autre. Vous avez attaqué vos propres Chevaliers par derrière. Shun a dû être le premier car les impacts sur son Armure sont beaucoup plus nombreux dans le dos, contrairement à Ikki. Lorsque le Phénix s'est retourné, effaré, vous avez transpercé son flanc avec votre main. Il a dû tomber à genoux, et vous l'avez frappé à bout portant.

• Mais enfin, Shiryu, tu as perdu l'esprit ! s'écria Saori.

• Non, pas du tout... Votre main gauche est pleine de sang. Baal n'a pas attaqué Shun et Ikki. Altéa m'a expliqué comment il se battait. Sa technique ordinaire, Les Larmes de la Guerre , fait appel à une combinaison des attaques principales des Chevaliers d'Or. C'est pourquoi les marques sur les arbres et sur l'Armure de Canon sont si particulières. Baal envoie des piqûres comme celles de Milo, partant dans une volée semblable à l' Éclair Foudroyant d'Aiolia, et gelant l'Armure de son adversaire au Zéro Absolu. Probablement afin de l'handicaper alors qu'une hémorragie interne se propage puisque le sang ne peut plus couler. Le masque des Gémeaux a été tranché net comme par la technique de Shura, et est lui aussi gelé par la technique de Camus. Quant à Hypnos, il avait été frappé par la force d'Aldébaran. C'est pourquoi il a sombré dans l'inconscience...

• Shiryu ! hurla Saori.

• Laissez-moi terminer... Les marques criblant le corps de mes amis sont certes semblables à celles infligées sur Canon par Baal, mais ne portent pas cet étrange résidu d'énergie écarlate, celle de Milo. Ce n'est pas Baal de Syracuse qui a attaqué Shun et Ikki, mais vous ! Je ne pense pas que Baal ait pu se faire surprendre par Canon à son niveau de combat, même s'il est très possible que Le Triangle d'Or l'ait emporté... Alors, que s'est-il réellement passé ? L'avez-vous attaqué lui aussi, afin de le distraire pendant que Canon frappait ? Pourquoi avoir protégé Canon ?

Dans son Armure Céleste, blanche et dorée, Saori ne sanglotait ni ne tremblait plus. Elle se tenait droite, toute droite. Elle se mit à rire frénétiquement, comme Éris savait si bien le faire, puis se tut. Elle prit une profonde inspiration.

• Hypnos, tu peux te relever, déclara-t-elle avec une voix différente, plus aiguë.

Au loin, le dieu à l'Armure de Spectre s'exécuta, suintant à nouveau de cette énergie maléfique. Les yeux vides de toute vie, il marcha pas à pas vers la déesse. Son visage n'avait pas changé depuis son combat contre Baal de Syracuse. Il était toujours aussi inexpressif. Les plaintes et les cris de femmes et d'enfants remontèrent vers le ciel étoilé. Son Surplis, même fracturé par l'ancien Titan, se remit à irradier de chaleur et de puissance. Altéa se décala de profil et alla rejoindre Shiryu.

• C'est très mauvais, Shiryu. Je peux m'occuper d'Hypnos, mais...

• Tu ne peux lever la main sur moi, c'est bien ça ? finit la déesse.

• Elle me connaît. Ce n'est plus la Princesse Saori, Shiryu.

• Je ne le sais que trop bien, Altéa, déclara le Dragon en fermant les yeux et en baissant la tête vers le sol.

• Quand l'as-tu compris, Shiryu ? demanda la déesse.

• Ne m'appelez pas par mon prénom. Vous n'en avez pas le droit.

• Allons, Shiryu, sourit Athéna derrière son masque. Je suis ta déesse, tu te souviens ?

• Je ne me souviens que d'une chose.

• Ah oui, quelle est donc cette chose, Chevalier ? s'amusa-t-elle.

• Des mensonges... Des tromperies... Des erreurs de jugement...

• Tu m'as pourtant toujours servie avec valeur et détermination.

• Bien sûr que non. N'essayez pas de me manipuler. Vous n'êtes Athéna que depuis peu de temps. L'Esprit du Sagittaire me l'a dit.

• Athéna ? Mais non, voyons, Shiryu, dit la déesse avec une voix de miel. Je suis ta Princesse. Je l'ai toujours été.

• Arrêtez de mentir, s'interposa Altéa. Vous n'êtes plus Saori.

• Et qu'est-ce qui te fait dire ça, Servante ?

Altéa se bloqua sur ce dernier mot. Elle serra les poings et Shiryu reconnut dans ses yeux le regard qui mettrait un dieu à genoux.

• Je ne suis pas votre Servante, déclara la Gardienne.

• Bien sûr que si, Servante. C'est comme cela que je t'appelais, tu te rappelles ?

• Je me rappelle très bien, Athéna !

Avant même que Shiryu ou Hypnos n'aient le temps de réagir, Altéa s'était téléportée devant Athéna, avait levé puis abaissé son bras droit à la vitesse de la lumière, puis était revenue à sa place par le même procédé. Elle était en garde, jambes écartées, un bras le long de sa cuisse droite et l'autre contre sa poitrine. Sa cape bleutée flottait dans la brise légère, mais aucun cosmos ne venait l'entourer.

• Allons, allons, Servante. Tu sais bien que tu ne peux lever la main sur moi.

• Oui, je le sais, mais rien ne m'empêche de lever la main contre votre Armure, sourit Altéa d'un air de défiance.

• Comment ? répondit Athéna.

Parfaitement coupé en deux, son casque tomba sur le sol, de chaque côté de son corps. Seul le masque d'Or restait posé sur son visage. Coupé lui aussi en son centre sur une parfaite ligne verticale, il se sépara, révélant le nouveau visage de Saori. Elle n'avait pas du tout changé. Ses traits étaient les mêmes. Pourtant, deux différences de taille venaient contraster avec la douceur du visage de la Princesse. Tout d'abord, sa peau était grise, comme les cheveux de Canon. Ensuite, ses yeux étaient d'un rouge rosé rempli d'éclats dorés. Ils étaient magnifiques, presque hypnotiques. Elle porta une main gantée à son visage, et passa un doigt sur ses lèvres en souriant. Ce sourire avait quelque chose d'inquiétant. Il était celui de Saori, tout en étant bien différent, plus adulte.

• Félicitations, Servante... J'avais presque oublié à quel point nous t'avions faite trop puissante.

• Vous ne m'avez pas faite ! Nyx et l'Érèbe (1) m'ont faite ! Vous n'avez fait que me récupérer avec Zeus et tous les dieux fantasques de l'Olympe !

• Fantasques ? Les appelais-tu ainsi lorsque tu partageais leur couche ? se moqua Athéna. Les trouvais-tu vraiment immondes lorsque tu passais la nuit dans leurs bras ? Shiryu ne le sait peut-être pas, mais c'est aussi à cela que tu servais, n'est-ce pas, Servante ?

Altéa enfonça ses ongles bleus dans la paume de sa main, jusqu'au sang. Elle serrait les dents de rage à s'en briser la mâchoire, les yeux rivés sur le sol. Des feuilles se soulevèrent doucement, puis s'enflammèrent instantanément une fois arrivées à une dizaine de centimètres du sol. Au bout de quelques secondes, Altéa resta seule au milieu d'un cercle de flammes bleues, rappelant celles du Phénix. Sa respiration était bruyante et haletante, comme si elle venait de courir à travers toute la galaxie.

• C'est fatiguant, n'est-ce pas, Servante ? Tu ne peux nourrir contre moi des intentions de meurtre. Je suis l'une des douze de l'Olympe. Tu ne peux me désobéir, ni te rebeller contre moi, de même que tu ne pouvais le faire contre Apollon, contre Poséidon, contre Hermès...

• Altéa... murmura Shiryu.

• Mais revenons-en au Dragon ! ironisa-t-elle. Comment le faible Shiryu, le si faible Shiryu, a-t-il pu comprendre tout ceci ? L'Esprit du Sagittaire lui a-t-il mâché tout le travail, comme ses amis avaient l'habitude de le faire ?

• Je... J'avais déjà des doutes. C'est pourquoi je n'ai pas demandé à l'Esprit comment ramener Seiya parmi nous.

• Quelle question lui as-tu posée ?

• Je n'en ai pas posé qu'une... sourit Shiryu.

• Impossible ! s'écria Athéna. Il ne t'en devait qu'une seule. Telle est la règle.

• C'est exact. C'est pourquoi je lui ai posé la question suivante : « Si Athéna est bien notre réelle ennemie, quel est le secret de sa défaite ? »

Athéna recula d'un pas et serra les dents d'inquiétude plutôt que de rage. Elle tourna légèrement le visage vers Hypnos mais ne quitta pas Shiryu des yeux.

• C'est très ingénieux de ta part, Shiryu, mais ma défaite est impossible. J'ai tout verrouillé, depuis le départ.

• C'est faux. Je peux même vous dire que ce secret est multiple.

• Je t'écoute.

• Ne me prenez pas pour un imbécile.

• C'est difficile, mais je vais essayer d'aller contre ma nature, sourit la triste déesse. Tu m'as si bien servie que je te dois bien ça.

• Non, je ne vous ai jamais servie.

• Que dis-tu ?

• Nous avons cru servir Athéna, Seiya, Ikki, Hyoga, Shun et moi-même, sans oublier les Chevaliers d'Or et d'Argent, ni nos amis restés au Sanctuaire. Nous avons même pensé qu'Athéna s'était réveillée lors de notre combat contre Hilda de Polaris et ses sept Guerriers Divins, tout comme Poséidon ou Hadès. Mais c'était faux. Ce cosmos doux et bienveillant, cette chaleur... Ils n'étaient pas vôtres.

• En es-tu bien certain, Chevalier ?

• Oui, j'en suis certain. Nous avons passé notre temps à croire que nous servions Athéna, mais en fait nous servions la Princesse Saori Kido, et personne d'autre. Nous étions loin de nous imaginer qu'une fois totalement réveillée, une odieuse déesse remplacerait la douce et tendre Saori.

• Odieuse ? sourit Athéna en cachant sa bouche derrière sa main, jouant avec le Dragon. Tu me flattes. Mais n'oublie pas que je ne suis pas seulement la déesse de la Justice, mais aussi celle de la Guerre.

• Je ne l'oublie pas, Athéna. Maintenant, il y a une chose que je voudrais savoir. Quand avez-vous définitivement pris possession de Saori ?

• Je te répondrai si tu réponds à ceci : comment as-tu eu l'intuition que j'étais redevenue moi-même ?

• J'étais certain que quelqu'un tirait les ficelles, dans l'ombre. Hypnos était un choix trop simple. Il y a eu votre regard lorsque vous avez échangé avec lui la Promesse de Sang.

• Mon regard ? Comment as-tu pu le voir à travers mon masque d'Or ?

• Je l'ai senti. Ce qui m'amène à votre Armure intégrale. Il est impossible de voir votre peau ou vos yeux. Après la Sphère de Sigyn, j'en avais presque oublié l'éclat de vos mains, et la transparence de votre regard. Je vous regardais, et n'arrivais pourtant plus à me souvenir. Cela m'a beaucoup troublé, et Canon également.

• Le Chevalier d'Or ?

• Oui... Tout d'abord, lors de la question d'Ikki, le Sagittaire a répondu : « Oui, sur ce point, Hypnos ne vous a pas menti. » Cela voulait à la fois dire qu'Hypnos mentait sur autre chose, mais aussi que le cycle des Guerres Saintes serait interrompu si on ramenait Seiya à la vie. Or, je ne voyais pas l'intérêt pour Hypnos d'être « enfin libre », comme il le disait. Sorti de la boîte de Pandore, il l'était déjà. C'est un dieu. Il devait donc y avoir une autre raison, plus importante. C'est cette raison qu'il nous cachait. Ensuite, lorsque Canon a posé sa question à l'Esprit du Sagittaire, il a demandé : « La personne à laquelle je pense en ce moment est-elle bien notre réel ennemi ? » Et on lui a répondu : « Oui, elle est bien votre ennemi. Vous aurez à l'affronter au terme de votre parcours. »

• Et alors, Chevalier ? demanda une Athéna visiblement passionnée.

• Et alors, je commence à connaître le Chevalier des Gémeaux. Il n'aurait eu aucune peine à citer Hypnos devant lui s'il avait pensé que notre réel ennemi avait été le dieu du Sommeil. Canon pensait à quelqu'un d'autre. Ensuite, même si Canon avait employé le terme « personne » pour désigner notre ennemi dans sa question, le fait que le Sagittaire réponde : « Elle est bien votre ennemie », m'a troublé. J'ai de suite été convaincu que c'était un indice volontaire, provenant de quelqu'un qui ne pouvait pas parler plus. Je me suis dit que notre ennemi était une ennemie...

Athéna fit le tour d'Hypnos, passant un index langoureux sous le menton du dieu, toujours absent. La déesse avait le visage des petites filles cruelles de certaines légendes. Elle paraissait très intéressée et très impressionnée, autant qu'amusée. Quant à lui, Shiryu ressentait un bien indescriptible à remettre tous les éléments dans le bon ordre et à le faire à haute voix, comme s'il s'exorcisait lui-même. Il gagnait un peu de temps et essayait au même moment de réfléchir à la situation peu enviable dans laquelle il se trouvait. Altéa ne pourrait rien contre Athéna, et cette dernière avait massacré Shun et Ikki comme s'ils n'étaient rien. Peut-être avait-elle même tué Baal de Syracuse...

• Et pourquoi ne pas avoir pensé à Altéa ? reprit-elle.

• Avec son niveau de pouvoir, elle aurait pu prendre le contrôle du Sanctuaire quand elle le voulait, depuis des millénaires. Contrairement à vous, elle ne se réincarne pas. Elle a toujours été elle-même depuis le départ. Elle n'avait pas besoin de nous pour prendre le contrôle du Réseau Céleste et aucune raison de le faire maintenant. Pour beaucoup d'autres raisons, cela ne pouvait pas être elle. Elle a agi comme l'avait fait Mû, dès le départ. Elle n'avait aucun intérêt à nous livrer la clé de plus de puissance en nous enseignant les Arcanes, comme Mû n'aurait eu aucun intérêt à réparer nos Armures en sachant qu'il devrait nous affronter plus tard. Enfin, le fait que les Chevaliers Célestes de cette génération aient été choisis pour s'opposer à Athéna était un facteur de taille... Maintenant que j'ai répondu à votre question, répondez à la mienne.

Shiryu vit au regard de la déesse que ces derniers mots, formulés comme un ordre, allaient peut-être lui coûter la vie. Elle pouvait le décapiter sur place. Il le sentait. Son cosmos n'était pas visible mais Shiryu le sentait, comme il pouvait sentir celui d'Altéa.

• Très bien... Je ne suis moi même que depuis peu de temps, en effet. J'ai commencé à recouvrer des périodes de contrôle sur Saori peu après mon retour du Royaume d'Hadès. Plus le temps passait, plus l'espace entre ces périodes se réduisait. Une semaine avant notre départ de la Fondation, Hypnos est venu voir Saori. Il m'a réveillée et m'a exposé son plan. Nous avons donc décidé de faire route ensemble vers le Réseau Céleste.

• Pourquoi la Promesse de Sang ? Hypnos n'avait pas l'air au courant.

• Il ne l'était pas ! J'ai passé ce pacte après avoir puisé dans mes souvenirs et les avoir transmis à la jeune Princesse. Je l'ai influencée pour qu'elle pactise avec Hypnos. C'est cette influence que tu as dû sentir lorsque tu disais tout à l'heure avoir perçu mon regard au travers de mon masque d'Or. La Promesse de Sang ordonnait à Hypnos de protéger ce corps et moi-même, coûte que coûte, le temps que je sois totalement réincarnée.

• Je comprends mieux... Nous avons pensé durant tout ce temps, depuis la visite d'Aiolia à la clinique, que vous vous étiez déjà réincarnée dans la Princesse Saori, alors que vous ne l'avez vraiment fait que depuis quelques heures...

• C'est exact, Chevalier. Et sais-tu pourquoi ?

La vérité explosa dans la tête de Shiryu dans un pic de douleur indescriptible. Il faillit tomber à genoux...

• Non... murmura-t-il...

• Si, Chevalier. Je vois que tu as compris, sourit la déesse.

• Le Sanctuaire... Odin... Poséidon... Hadès... Nous tuions tous vos adversaires traditionnels...

• Et vous le faisiez à la perfection, ironisa Athéna. Par contre, vous n'avez jamais été très intelligents. Pensiez-vous réellement que j'allais laisser mon avatar se faire capturer à chaque fois par un dieu différent ? J'ai agi au moment propice, tel Poséidon prenant le contrôle de Julian Solo lorsque cela l'arrangeait, pour qu'à chaque fois elle soit en péril. J'ai agi au moment propice, pour qu'au bord de l'épuisement, elle ne cède jamais. Jamais la flèche d'Or n'aurait pris sa vie au Sanctuaire, tu peux me croire. Un miracle se serait produit, et vous auriez tous pleuré de joie comme des enfants...

• C'est impossible...

• Bien sûr que si, Shiryu. Penses-tu sincèrement que Pégase soit rentré tout seul dans le pilier central du Royaume de Poséidon ? Il aurait dû mourir sous l'impact ! Tu le sais très bien.

• Mais alors, lors de votre combat contre Hadès...

• Est-ce que j'ai laissé mourir Seiya ? Bien entendu. Il me fallait un prétexte pour venir ici.

• Vous auriez pu le sauver, et vous n'avez rien fait ? Après tout ce qu'il a fait pour vous ? enragea Shiryu.

• Il ne l'a jamais fait pour moi, tu l'as dit toi-même, Shiryu. Il l'a fait pour Saori, pas pour moi, sourit-elle.

• Vous êtes... pire que dans mes souvenirs... lâcha Altéa, toujours tendue.

• Peut-être... mais pas pire que lorsque je me suis réincarnée en la Princesse Myliana...

• Myliana ? Que lui avez-vous fait ?

• Rien du tout, Shiryu, rassure-toi, déclara Athéna avec cynisme. Mais il a été simple de faire accuser ce pauvre Vlad d'avoir manipulé l'Armure de la Chimère...

• C'est vous qui avez réveillé l'Armure ? Cela n'a aucun sens ! Fo a tué votre avatar ! Il a tué Myliana ! cria Shiryu.

• Bien entendu. C'est ce que je voulais. Je m'étais lassé de ses bras, et je savais depuis la fin de la Guerre que Myliana n'était pas l'avatar qui me permettrait de revenir à mes pleins pouvoirs. Il m'a fallu beaucoup de temps avant de trouver la bonne, celle dont le grand-père avait récupéré l'Armure du Sagittaire. Je ne devais pas me réincarner totalement avant qu'un de mes avatars n'ait trouvé l'Armure d'Or de la Justice. C'est ainsi qu'ont été écrites les prophéties des oracles il y a deux mille ans de cela. Myliana ne me servait plus à rien.

La rage de Shiryu n'était presque plus possible à contrôler. Il se retrouva vite dans le même état qu'Altéa.

• Je vois que le Sagittaire ne t'avait pas tout dit, se moqua la déesse.

• Il me reste... une dernière question, insista Shiryu.

• Je t'écoute, sourit à nouveau Athéna.

• Pourquoi avoir voulu venir ici ? Et avec Hypnos ?

• C'est très simple... Afin de prendre le contrôle du Réseau Céleste, bien entendu. Te rends-tu comptes de l'ironie ? Un dieu du Royaume d'Hadès régnant sur le Paradis ?

• Vous auriez laissé Hypnos régner ?

• Bien sûr que non, s'exclama celle qui fut Saori. Mais il n'avait pas besoin de le savoir. Je pense qu'il espérait récupérer le Royaume d'Hadès et me laisser le Réseau, afin que nous puissions régner sur le monde, ensemble. Cet imbécile a toujours eu des sentiments pour moi, n'est-ce pas, Hypnos ?

Athéna embrassa le dieu du Sommeil d'un baiser passionné. Il ne réagit nullement.

• Hum... Je ne sais pas si tu m'es encore très utile dans cet état...

Elle éclata de rire. Sa déesse... Il allait avoir à affronter sa propre déesse. Une partie de Shiryu avait accepté la vérité dès sa conversation avec le Sagittaire. Une autre ne comprenait toujours pas, tellement tout ceci lui paraissait surréaliste. Les dieux de l'ancien temps se battaient tous pour le pouvoir. Shiryu connaissait beaucoup de légendes... Pourquoi aurait-ce dû être différent pour sa déesse ? Elle avait autrefois affronté Arès, Poséidon... Toujours pour des luttes de pouvoirs, des domaines, des fidèles, des amants... Comment avait-il pu être aussi aveugle ? Poséidon l'avait attaquée et Shiryu l'avait défendue. Hadès l'avait attaquée et Shiryu l'avait défendue. Abel l'avait attaquée et Shiryu l'avait défendue. Elle attaquait maintenant le Paradis des Chevaliers, après en avoir détruit l'Enfer avec l'aide des Chevaliers d'Or. Quelle ironie. Shiryu avait été stupide de ne pas comprendre plus tôt. Jamais il n'avait été question de ramener Seiya à la vie, puisqu'elle l'avait sacrifié afin de monter jusqu'ici. Il s'agissait simplement d'arriver à Baal de Syracuse et de le renverser...

Un étrange cosmos brûlait maintenant autour d'Athéna. L'ultime déesse à abattre pour Shiryu et ses amis : la leur... En avaient-ils le pouvoir ? Athéna avait l'air confiante. Même pris par surprise, Ikki et Shun n'avaient rien pu faire, alors que le Chevalier d'Andromède était probablement devenu le plus puissant d'entre tous. Pourtant, Shiryu n'avait pas peur. Son destin était en train de se réaliser, comme celui de Seiya avant lui. Seule Altéa semblait le savoir depuis le début. Elle devait avoir attendu la fin pour confondre Athéna. Pourquoi, Shiryu ne le saurait sans doute jamais. Peut-être n'avait-elle pas le droit de le faire d'elle-même. Ce n'était plus important. Il fallait vaincre, et racheter son honneur. Rien d'autre. Shiryu se remémora les enseignements d'Altéa, et sentit la présence de son Maître à ses côtés. Peut-être ne combattrait-il pas seul, finalement. En tant qu'héritier de la Balance, peut-être se devait-il de rétablir l'équilibre. Peut-être, seulement...

Athéna fit deux pas d'élan en avant et lança son bouclier de toutes ses forces, comme un disque. Surpris par tant de rapidité, Shiryu esquiva tardivement de côté. Le bouclier céleste le frôla et entailla sa joue, avant d'aller couper trois arbres éternels en deux, et s'encastrer dans un quatrième. Le craquement du bois heurtant le sol de tout son poids donna le départ du pire des combats. Hypnos se jeta dans la bataille, avec le même effort que contre Baal de Syracuse.

• Je vais m'occuper d'Hypnos, Shiryu, lança Altéa. Mais je ne pourrai rien faire contre Athéna ! Tu seras seul !

• J'ai compris ! cria Shiryu en se lançant en avant vers Hypnos.

Altéa le suivait, masquée par le corps et les ailes du Dragon. Shiryu se dégagea au dernier moment, arrachant des tonnes de terre et de roche en glissant sur le côté dans une explosion d'énergie. Derrière lui, Hypnos vit arriver Altéa, le poing tendu, baignée par l'image spectrale de Fafnir, le dragon bicéphale qui protégeait l'étoile d'Alpha (2). Le poing d'Altéa rencontra la plaque thoracique d'Hypnos alors qu'elle criait à pleins poumons, comme enragée, le nom de l'attaque la plus puissante de Siegfried de Dubhe. Le Surplis noir explosa sous l'impact, dispersant dans toute la clairière des échardes de métal mat. Hypnos ne cria pas lorsque son corps tordu partit en arrière et rencontra un arbre théoriquement indestructible. L'arbre se brisa en deux, laissant passer le corps presque inconscient du dieu, qui perdit sur le coup encore une partie de ce qui restait de son Armure. Il alla s'immobiliser dans un deuxième arbre, qui arrêta son vol. Ensanglanté, Hypnos retomba au sol, s'étouffant dans son sang. La force de Siegfried utilisée par Altéa ne lui avait laissé aucune chance. Shiryu n'avait pas encore atteint Athéna, alors qu'il se déplaçait à deux fois la vitesse de la lumière.

Souriant comme un démon, Athéna bloqua les deux coups de poing de Shiryu avec ses avant-bras, puis recula sur une dizaine de mètres.

• Excellent, sourit-elle. Excellent...

Shiryu préparait déjà une autre attaque, au milieu de l'emblème du Dragon. Il arma son bras droit en hurlant, alors que son cosmos disparaissait presque totalement. Quand il déclencha son attaque, son cosmos vert émeraude n'était plus.

• Les Cent Dragons de Rozan !

La nuit fut constellée par les images de dizaines de dragons aux crocs acérés plongeant vers leur proie. On aurait dit qu'eux aussi avaient soif de vengeance. Athéna voulut les parer à mains nues, mais vit qu'ils étaient trop rapides, trop puissants, trop... brillants. Comme s'ils avaient été de métal céleste trempé dans un bain d'émeraude. Elle appela son bouclier. Il réapparut entre ses mains au dernier moment, dans un nuage de poussière d'étoiles. Le choc fut terrible. La déesse se protégea derrière le précieux métal, sachant pertinemment que même pour une déesse de l'Olympe, esquiver cent dragons dans cette clairière, ou même dans cette forêt, serait virtuellement impossible. Elle campa fermement ses appuis au sol et tenta de ne pas reculer. Les impacts étaient de plus en plus violents. Shiryu criait d'une voix grave, qui montait vers les aigus à mesure que les dragons percutaient le bouclier, de plus en plus vite, de plus en plus fort. Lorsque le dernier vint s'écraser contre la protection d'Athéna, elle avait reculé de plus de vingt mètres malgré elle, et son dos se trouvait à une distance de bras d'un arbre noir.

Les bras endoloris, elle rouvrit les yeux et goûta avec délice le sang dans sa bouche. Ce qu'elle n'avait pas prévu, c'est que son bouclier céleste tomberait sur le sol, taillé en centaines de morceaux. Lorsque le bruit des pièces de métal rebondissant sur le sol se stoppa, elle n'avait plus qu'un morceau de poignée dans les mains. Ses avant-bras étaient couverts de coupures. Le métal de son Armure était entaillé, et elle saignait un peu. Son visage passa du sourire excité à la colère. Face à elle, à une trentaine de mètres, Shiryu se tenait debout, le pied sur un morceau d'arbre éternel. Un sabre d'Or ciselé reposait dans une de ses mains, et remontait derrière son dos jusqu'à plus de quarante centimètres au-dessus de sa tête. La lame constituée des écailles du Dragon brillait de mille feux.

• Comment as-tu pu détruire mon bouclier céleste ? Tu as mélangé Excalibur aux Cent Dragons ? Comment as-tu pu réussir une chose pareille ?

• Je ne survivrai certainement pas à ce combat, mais si tu en sors victorieuse et que je suis le seul à périr, tu te souviendras de ce combat pour l'éternité, Athéna.

• Comment oses-tu ! aboya la déesse, offusquée de ce soudain tutoiement et de cette arrogance.

• Je vais répondre à ta première question, Athéna. Je ne sais pas comment j'ai réussi à associer Excalibur aux Dragons de Rozan. De même que je ne sais pas comment j'ai réussi à mimer l'attaque de mon Maître en Hadès, comme me l'a fait remarquer Altéa. Ce que je sais, c'est pourquoi j'ai réussi.

Athéna serrait les dents. Altéa se tenait debout sur le côté, ne quittant pas Hypnos des yeux. Le dieu ne semblait plus capable de se battre.

• J'ai réussi parce qu'à part le corps de mes deux amis mourants, derrière moi, je n'ai plus rien à perdre. Je ne me bats plus pour vous, ni pour la Princesse Saori Kido. Pour la première fois de toute ma vie...

• Je me bats pour moi... finit Altéa d'Oligol, avec le sourire d'une grande soeur.


Notes de l'auteur :

(1) La Nuit, ou Nyx, représente l'obscurité primordiale, angoissante, pleine d'une sombre incertitude. Fille de Chaos, elle s'unit à son frère Érèbe et devint mère de l'Éther (Air) et d'Héméra (Lumière). Elle enfanta aussi des abstractions divinisées peu favorables aux humains : la Mort, les Parques, la Vieillesse, Némésis et les Hespérides. Sa demeure se trouve au-delà des colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar), en Hespérie, là où nul n'a encore osé s'aventurer.
L'Érèbe est l'endroit le plus sombre et inaccessible des Enfers. Par la suite, il fut personnifié et devint frère de la Nuit et fils de Chaos. Il commit la faute de secourir les Titans lors de leur lutte contre l'Olympe, et fut précipité dans les Enfers.

(2) Fafnir était un géant transformé en dragon afin de veiller sur le trésor d'Andvari, un autre nain, qui avait été volé par Loki et Hreidmar. À la mort de Hreidmar, Fafnir et son frère Régin volèrent le trésor. Certaines versions disent à tort que c'était le nain Albérich. Siegfried (Sigurd) tua le dragon sur conseil de Régin qui voulait le trésor dérobé pour lui seul. Siegfried fit rôtir le coeur de Fafnir et but quelques gouttes de son sang. Il apprit ainsi le langage des oiseaux, un des pouvoirs de Fafnir, ainsi que celui des animaux, qui lui annoncèrent que Régin allait le trahir. Il tua donc Régin et se baigna dans le sang du dragon afin de devenir immortel (invulnérable, en fait), et la fameuse feuille de tilleul qui vint se coller dans son dos annoncerait plus tard la mort du héros, fauché par une flèche de Hagen.

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