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Cette fiche vous est proposée par : Siegfried


Paradise Chapter

Les ailes d'Ikki semblaient onduler dans le tumulte de la bataille. Il avait frappé à deux reprises la sphère de protection irisée qui enveloppait Borée, dont la seconde avec Les Ailes du Phénix. La barrière semblait imprenable avec la force brute. Le Phénix avait réussi à ne pas se faire frapper par Borée les deux fois où il était allé au contact, ce qui n'avait pas été chose facile car le Vent divin n'avait même pas cherché à se protéger des attaques d'Ikki, les jugeant insignifiantes... ou ayant une confiance absolue en la protection générée par Zéphyre. La bulle protectrice avait un rayon suffisamment important pour permettre à Borée de venir au corps à corps tout en restant protégé jusqu'au dernier moment. Lorsqu'il attaquait, la sphère disparaissait presque totalement, ne laissant plus courir autour du corps de Borée que de fins serpents de cosmos évanescents. Dès qu'Ikki essayait ne serait-ce que de songer à contre-attaquer à son tour, la bulle redevenait visible et impénétrable. « C'est fascinant... On dirait que Zéphyre arrive à sentir mes intentions au moment même où mon esprit les formalise. Ou bien peut-être est-ce Borée. Cette barrière sera difficile à franchir sans l'aide de Canon et d'Altéa... », songea Ikki.

• Regarde, Canon, dit le Titan au Chevalier d'Or. Tu as vu cette sphère irisée qui apparaît et disparaît au cours de la bataille ?

• Oui.

• C'est La Voile d'Ulysse. Cette protection ne sera peut-être pas plus difficile à percer que l'Habit des Dieux, avec un peu de chance.

• Pourquoi ? Cette barrière est bien sensée être intermédiaire et L'Armure d'Éole la plus infranchissable de toutes, non ?

• Oui, mais elle sera moins effective dans la Plaine d'Hersilie. La Voile d'Ulysse est à l'origine une technique inventée par Zéphyre après le passage d'Ulysse aux îles Éoliennes. Il avait emporté les quatre Vents divins avec lui avec l'accord d'Éole, mais son équipage les avaient libérés en pleine mer par inadvertance. Zéphyre a lutté contre Ulysse et ses hommes en protégeant ses trois frères, au large des îles Éoliennes (1). C'est à ce moment, au cours de cette bataille, qu'il a acquéri la technique de la Voile d'Ulysse.

• Je ne comprends pas très bien le rapport, Altéa.

• C'est très simple. La Voile d'Ulysse utilise l'eau de l'océan et l'humidité de l'air marin de la Grèce pour créer cette barrière. C'est une sorte de sphère constituée de molécules d'eau ultra-solides, reliées par le cosmos de Zéphyre.

• Je vois. Tu maîtrises donc cette technique.

• Non, pas réellement. Je n'ai jamais essayé de la mimer.

• Mais alors, comment sais-tu...

• Je connais simplement la légende, et j'observe...

Canon ressentait un sentiment très paradoxal. Pour rien au monde il n'aurait voulu combattre Altéa d'Oligol, et pourtant, il avait une envie irrésistible de l'affronter un jour. Il regarda Ikki esquiver les coups de Borée à la vitesse de la lumière, et la protection du Vent vaciller puis se reconstruire instantanément. Ce qui inquiétait le plus le Chevalier d'Or, était que Borée se contentait d'épuiser le Phénix. Il n'avait encore utilisé aucune technique spéciale, et arrivait pourtant à tenir la cadence d'Ikki. Lorsqu'il frapperait pour de bon... Canon s'apprêta à s'élancer vers Zéphyre, afin d'aider le Phénix, lorsqu'il remarqua qu'Altéa fixait Ikki. Elle devait converser avec lui.

• Ikki... lança Altéa à l'esprit du Phénix.

• Désolé, mais je n'ai pas trop le temps de discuter, Altéa.

• Prends-le tout de même. La protection de Zéphyre utilise l'humidité de l'air marin pour créer une sphère de molécules d'eau d'une densité apparemment équivalente à celle du diamant, reliées par son cosmos divin.

• L'air marin ? demanda Ikki en esquivant un coup de pied et en reculant de plusieurs mètres.

• Oui. C'est ce que raconte la légende. Vu l'endroit où nous nous trouvons, la sphère d'interdiction doit être beaucoup plus faible qu'à l'accoutumée.

• Crois-moi bien, Altéa, elle n'est pas faible du tout. Les Ailes du Phénix n'ont même pas réussi à lui arracher un peu de vapeur d'eau.

• C'est étrange.

• Peut-être pas... répondit le Phénix en tournant la tête vers Hyoga.

Borée réussit à frapper Ikki au visage et ouvrit sa pommette. Le corps du Phénix recula d'une vingtaine de mètres et roula sur le sol. Il se releva de justesse pour voir Borée enfoncer son genou droit dans le sol, créant un cratère dans la Plaine. Ikki s'envola jusqu'au corps de Hyoga, qu'il ramassa et jeta immédiatement vers Canon. Le Chevalier d'Or ouvrit les bras et réceptionna doucement le Cygne Céleste. Canon pensa qu'Ikki ne voulait pas être gêné par le corps de son ami ou qu'il l'écartait afin de ne pas troubler son repos éternel avec son combat. Lorsque le Phénix croisa les bras devant son front, jambes écartées et ailes montant vers le ciel étoilé, il comprit enfin.

Le cosmos d'Ikki brûla comme un volcan au beau milieu de la neige fondante. Des flammes orangées remplirent l'arène de combat où le Cygne avait perdu la vie, s'étirant vers le ciel dans un fracas incroyable. De l'orangé, la puissance du Phénix passa au rouge vif puis au jaune clair. La vision de Canon, Hyoga dans ses bras, était déformée comme par un mirage. La chaleur devint vite suffocante et difficilement tenable, même protégé par une Armure d'Or Divine. Borée ne pouvait approcher. Il cachait son visage derrière l'avant-bras bleuté de son Armure de Septentrio. Des flammes presque invisibles léchaient la protection érigée par Zéphyre, qui demeurait à bonne distance, dans le ciel. Au sol, la neige avait complètement disparu et seuls quelques morceaux de glace éternelle ne fondraient jamais. La protection de Borée scintilla et devint presque totalement transparente. Zéphyre semblait faiblir.

• Il a fait s'évaporer toute la neige de Hyoga... Zéphyre n'utilisait pas l'air marin, bien sûr ! Il utilisait une source d'eau toute proche : la neige et la glace créées par le Cygne ! s'exclama Altéa.

• Oui, confirma Canon. C'était une ruse très intelligente, mais Ikki l'a comprise bien avant nous...

• Il est enfin redevenu lui-même, et bien plus encore, sourit Altéa.

• Bien plus encore ?

• Oui. Regarde ses flammes. Sens son cosmos. Il se développe à l'infini.

Maintenant à genoux, Borée n'était presque pas capable, avec ce qui lui restait de conscience, de distinguer le Phénix perdu au milieu de ses flammes multicolores. Il n'arrivait plus à respirer, et la Voile d'Ulysse avait complètement disparu. Il était à la merci du Phénix, dont le cosmos finit par s'éteindre totalement après avoir envahi presque un quart de la Plaine. Il avait couru jusqu'aux ruines Maya, puis avait disparu dans la nuit éternelle. Altéa fixait Borée et Zéphyre, sentant leur fin proche. Si Zéphyre n'avait pas le temps ou la force d'ériger l'Armure d'Éole, le combat serait vite terminé, et aucune perte ne serait plus à déplorer du côté d'Athéna et de ses Chevaliers. C'est à ce moment, lorsque le Phénix eut atteint le stade supérieur au septième sens, qu'Altéa sentit un corps brûler. Quelqu'un, dans la Plaine d'Hersilie, ressentait tellement de douleur et de terreur que le Titan partagea une partie de sa souffrance.

Hypnos ne perdait pas une miette du combat qui se déroulait, et l'avait trouvé fort pitoyable jusqu'à cet instant, où le corps du Phénix s'était enflammé comme une torche bleutée. Le dieu regarda Ikki hurler à la mort et se rouler sur le sol. Il vit Shiryu et Shun accourir vers leur ami, rejoignant ainsi Canon et le Titan. Athéna voulut les rejoindre, mais Hypnos lui barra le passage en tendant le bras. Le masque d'Or de la déesse en devenir se tourna vers le dieu, qui lui sourit de son visage défiguré. La sueur coulait sur son front et ses tempes, tellement la chaleur était insupportable. Ce combat devenait enfin intéressant...

• Qu'est-ce qui m'arrive ! hurla Ikki à la mort. Je brûle ! Je suis en train de brûler !

• Ikki ! aboya Shiryu en arrivant aussi près que la chaleur le lui permettait.

• Ikki ! cria Shun en écho au Dragon.

Le Phénix tendait la main vers son frère, son visage brûlé au dernier degré, allongé sur le sol. Les flammes bleues et noires dévoraient sa chair et couraient partout sur son Armure. Shun vit le corps de son frère se décomposer lentement, dans des bruits intolérables, puis s'embraser comme une torche et tomber en cendres. Seuls, sur le sol carbonisé, demeuraient les morceaux éparpillés de l'Armure du Phénix, à l'endroit où se trouvait quelques secondes plus tôt le corps d'Ikki. La dernière flammèche qui courait sur l'Armure du Phénix disparut avec la brise. L'odeur était insupportable. Shiryu approcha de Shun, incrédule, et posa la main sur son épaulière droite. Il se brûla et la retira immédiatement. Shun tourna lentement vers le Dragon un visage sans larmes, refusant la réalité. Shiryu s'attendait à tout instant à ce que son jeune ami, fort de ses nouveaux pouvoirs, explose de rage et de haine et l'envoie à l'autre bout de la Plaine comme un fétu de paille. Il n'en fit rien. Il restait stoïque, de marbre, contrairement au Dragon qui n'arrivait pas à retenir ses larmes.

• Shun, je... commença Shiryu.

• Non, Shiryu. Ikki n'est pas mort. Je sens encore son étincelle de vie.

• Shun, tu as vu ce qui s'est passé... Je suis désolé.

• Non ! hurla Andromède. Je te dis qu'il n'est pas mort.

Canon serrait le poing tellement fort en regardant l'Armure vide du Phénix, qu'il faillit se casser une phalange. Ses dents grinçaient alors qu'il se retournait vers Zéphyre. Le Vent divin avait rejoint le sol et les côtés de son frère. Très étrangement, Hypnos n'avait pas sauté sur l'occasion pour attaquer son ennemi. Il était plutôt absorbé par la disparition du Phénix qu'il jugeait... étrange. Reportant quelques secondes son attention sur Borée, il vit le corps de Zéphyre devenir immatériel. Borée était debout, droit et hautain. Il regardait fixement Shiryu et Shun. Il sentit la main de Zéphyre rentrer dans son dos, à la recherche de son cosmos, mais ne détourna même pas le regard. Il fallait en finir et en finir vite.

Le Chevalier d'Or vit Zéphyre disparaître entièrement dans le corps de son frère, comme s'ils se superposaient tous les deux. Rien d'autre.

• C'est ça, L'Armure Éole ? Pas très impressionnant, glissa-t-il à Altéa d'un air dégoûté.

• Détrompe-toi. Toute technique incroyable n'apparaît pas forcément dans un déluge d'énergie et de cosmos, de flammes ou d'apparitions féeriques. Ils ne font maintenant plus qu'un. Leurs deux forces se sont alliées. Regarde comme l'Armure de Septentrio brille. Elle est baignée d'une énergie nouvelle, comme une fine pellicule de protection.

• Et j'imagine que si Borée ne dégage aucun cosmos...

• C'est que les deux frères sont au stade supérieur du cosmos, oui.

• Dans un seul corps, aussi puissant que les deux Vents divins réunis.

• Peut-être même plus encore.

• Excellent.

• Excellent ? s'inquiéta Altéa.

• Oui, répondit Canon d'un air grave. Cela ne fait plus qu'une seule personne à abattre...

Au moment où Canon allait s'élancer vers Borée, une explosion de flammes noires et bleutées l'arrêta net. Il dut fermer les yeux et se cacher pour ne pas être aveuglé. La chaleur suffocante d'un Enfer lui brûla à nouveau la peau, et porta son Armure à une température dangereuse, même pour lui.

• Qu'est-ce que... commença Canon.

Perdu au centre d'un tourbillon de flammes immensément grandes, Ikki était revenu dans son Armure, se tenant la tête, vomissant des flammes qui le dévoraient de l'intérieur. Il hurla tant qu'il avait des poumons et des cordes vocales, puis plus aucun son ne sortit de sa bouche. Shun vit un liquide atroce sortir de la bouche de son frère, qui était tombé à genoux. La peau d'Ikki était déjà brûlée si gravement qu'il devait être mort une nouvelle fois. Seuls les derniers spasmes nerveux animaient encore son corps calciné. Encore une fois, il tomba en poussière. Tout le monde était médusé, la bouche ouverte, sauf Saori qui cachait son visage avec ses mains gantées d'Or. Un silence de mort régnait sur la Plaine d'Hersilie.

La même scène se déroula à nouveau, puis encore, et encore... Elle durait à chaque fois plus longtemps, sans que personne n'eut le courage de prendre la moindre initiative. Le Phénix restait en vie à chaque fois un peu plus longtemps, luttant contre les flammes en hurlant comme le Diable. La dose de souffrance qu'il endurait n'était pas descriptible. Même Altéa était médusée. « Il n'arrive pas à maîtriser ses nouvelles flammes. Il ressucite à chaque fois mais meurt à nouveau, consummé par elles. La chaleur est intenable... Courage, Chevalier ! », songea le Titan. À sa septième résurrection, le Phénix leva les bras au ciel en criant de toutes ses forces. Les flammes montèrent vers la constellation immobile du Sagittaire et abandonnèrent son corps. Seules des flammèches d'un noir bleuté restaient encore accrochées à ses mains, dans une danse étrange. L'air était irrespirable. Shiryu et Shun étaient à genoux, cherchant de l'air pour pouvoir respirer à nouveau. Dans une Armure Céleste portée à incandescence, les pupilles noires comme du charbon, Ikki retrouva son souffle et murmura en regardant ses mains enflammées :

• Voici donc... L'arcane suprême... du Phénix...

Théia et Hypérion n'arrivaient plus à rattraper Deimos de Télamon. Il n'existait pas encore de concept pour décrire la vitesse qu'il avait atteint. À cette allure, la moindre erreur pouvait être fatale. En une fraction de seconde si petite qu'elle en était presque conceptuelle, Deimos venait de traverser tout l'Océan Atlantique, poursuivi par les deux chevaux d'Or de la légende. Revenu aux abords de la Grèce, le Berserker perdit le contrôle de ses jambes, sa pensée, pourtant hyperluminique, n'arrivant plus à coordonner ses mouvements. Il chuta à la surface de la Mer Méditerranée, et roula sur des dizaines de kilomètres, son corps prenant des positions impossibles, brisant ses os un par un en soulevant des murs d'eau et d'écume. Il passa sans s'en rendre compte entre les îles de Céphallénia et de Zakynthos, et finit sa course sur la côte de Cylléné (2), déchirant des dizaines d'arbres et s'enfonçant profondément dans la roche. Aux portes de l'inconscience et de la mort, il sentit toutes les blessures irréparables. Irréparables, sauf pour Éos de Séléné.

La déesse de première génération se pencha sur le corps de Deimos, et soigna ses blessures avec son cosmos doré. Théia se coucha près d'elle et du Berserker.

• Il a fait des progrès fantastiques... dit l'animal féerique.

• Oui, acquiesça Éos. En quelques jours seulement, il a atteint la Vitesse Stellaire.

• Je ne suis pas certaine qu'il ait encore réussi cet exploit, Maîtresse.

• En effet, il est aux portes de la vitesse absolue. Mais quand il le faudra, il les franchira.

• Je... tenta Deimos.

• Taisez-vous et laissez-moi vous soigner, Chevalier. Je vais finir par croire que vous prenez un malin plaisir à me voir m'agenouiller à côté de vous, sourit Éos.

• Oui... dit Deimos avant de perdre connaissance.

• Hypérion, depuis combien de temps ce Chevalier est-il ici ?

• Cela va bientôt faire six jours, Maîtresse.

• Six jours... En si peu de temps, il a tellement accru sa vitesse...

• C'est vrai, mais il partait déjà avec une base exceptionnelle.

• Tu as raison. Cependant, il doit aimer ma soeur de tout son coeur pour vouloir autant lui être utile.

• Je ne comprends pas, Maîtresse.

• Quoi donc, Hypérion ?

• Altéa d'Oligol... Celle de sa réalité. Si c'est un être céleste, voire stellaire, elle ne doit avoir besoin de personne pour mener ses combats. Pourquoi cet homme veut-il devenir plus fort ?

• Je me suis posée cette question. Contrairement à ces Chevaliers de Bronze dont il nous a parlé, Deimos ne possède pas de constellation. Il n'a donc pas d'Arcane et se juge trop faible pour pouvoir être utile. Je ne crois pas qu'il cherche à devenir plus puissant pour le simple fait de faire jeu égal avec les meilleurs Chevaliers du Zodiaque.

• Mais alors...

• Je pense que quand le temps sera venu, il veut avoir le niveau de se sacrifier pour elle.

• Le niveau... de se sacrifier pour votre soeur ?

• Oui, pour celle qu'il aime. Lorsqu'elle affrontera Baal de Syracuse, elle sera certainement en difficulté. Il veut pouvoir l'aider à ce moment précis. C'est ce que je pense.

• Qui est Baal de Syracuse, Maîtresse ? demanda Théia.

• Le premier Chevalier d'Or de l'Histoire. C'est lui qui a fondé l'ordre des Chevaliers d'Or à l'époque où ils ne servaient pas encore seulement Athéna mais l'Olympe tout entier.

• N'est-il pas un être céleste, tout comme Altéa ?

• Si. Un Titan qui a choisi de vivre parmi les hommes, et refusé d'être Roi pour servir l'Olympe.

• Est-il plus puissant que votre soeur ?

• Dans la réalité de Deimos, Altéa d'Oligol a l'air d'être beaucoup plus puissante que ma défunte soeur. Elle a vécu des milliers d'années de plus. Ils sont probablement de niveau équivalent.

• Je vois... Et pour ce qui est de sa question, Maîtresse, allez-vous y répondre ?

• Comment tuer Baal de Syracuse ? Oui, je pense que je vais le lui dire.

• Pourquoi, Maîtresse ? Vous ne connaissez presque pas cet homme.

• La vraie question est plutôt celle-ci : depuis quand te permets-tu de juger de mes choix, Hypérion ? demanda la déesse d'un air sec.

• Toutes... Toutes mes excuses, Maîtresse.

• Ce n'est rien, sourit Éos. Je pense que je vais lui répondre simplement car il le mérite. Il veut découvrir la vérité sur ce qui se passe dans ce qu'il appelle le Réseau Céleste, tout en forgeant son propre destin. Il n'est animé que par ces simples choses, et par le désir de donner sa vie pour celle qu'il aime, et qui ne l'aimera jamais en retour. Oui, il le mérite...

Éos passa une main douce dans les mèches salies de Deimos et le regarda reprendre des couleurs. Théia fixait le sillage creusé par le corps du Berserker. À l'horizon, sur la plage, l'eau s'engouffrait dans le sillon en une succession de vagues pleines d'écume blanche.

Les flammes passaient du noir au bleu, sans faire aucun bruit autour des mains du Phénix. Contrairement aux flammes orangées, celles-ci paraissaient presque vivantes. Ikki transpirait beaucoup et cherchait toujours son souffle. Il respirait lentement et profondément, produisant le son aigu d'un objet métallique raclant sur le sol. On aurait dit que la vie allait l'abandonner une huitième fois, mais il s'y accrocha de toutes ses forces, portant une main enflammée à son coeur et essayant de l'agripper comme s'il faisait une crise cardiaque.

• Ikki ! s'écria Shun en approchant de son frère qui leva une main pour l'arrêter.

• Shun, arrête. Ne t'approche pas. Je ne suis pas certain... de bien maîtriser ce qui m'arrive.

• Est-ce que tu vas bien ? demanda le jeune Andromède en s'exécutant.

• Pour quelqu'un qui vient de mourir brûlé plusieurs fois de suite, oui, je vais bien.

• Ton coeur...

• Je vais bien, Shun. Mes anciennes blessures ont disparu. J'ai juste du mal à récupérer mes sensations.

• Ikki... murmura Shiryu. Je suis heureux...

• Moi aussi, Chevalier ! s'écria Saori avec joie.

Borée avança lentement vers Ikki qui regardait encore ses mains baignées de lumière. « Qu'est-ce que c'est que ce pouvoir... Shaka de Vyâsa semblait étonné que je ne maîtrise pas encore les flammes noires. Il me l'avait dit. Il m'avait expliqué qu'à partir d'une certaine chaleur les flammes devenaient bleues, puis noires lorsqu'elles avaient atteint la température maximale (3). Quand ces flammes m'ont consumé, j'étais déjà mort alors que mon corps continuait de crier. Jamais je n'avais ressenti une telle chaleur. Et pourtant, mes mains sont enflammées, et je ne ressens aucune douleur. Juste une douce chaleur. Est-ce là ce que Shaka appelait les flammes noires ? Ai-je atteint la température maximale ? », se demanda le Phénix.

• Ta démonstration était très impressionnante, Chevalier du Phénix. J'espère que c'était aussi désagréable que ça en avait l'air, sourit Borée.

• Plus encore, sourit Ikki en retour.

• Allons, Chevalier, je dois maintenant mettre fin à ta vie.

Une ombre s'interposa à la vitesse de l'éclair. Une Armure rouge et orange fit son apparition, protégeant un Chevalier blessé et presque aveugle.

• Arrête, Borée ! hurla Notos en se jetant devant le Phénix. Arrête, cessez de vous battre, tous les deux !

• Notos ? demanda Altéa.

• Notos... C'est impossible ! hurla Borée. Euros t'a vu mourir ! Il a vu Altéa te tuer dans la Sphère Lunaire. Il me l'a dit ! Je l'ai senti !

• Non, elle ne m'a pas tué, imbécile, sinon je ne serais pas là. Vous n'avez rien compris du tout, toi et Zéphyre.

Notos se retourna vers Ikki et leva une main pour lui faire signe de se calmer. Ce qu'il fit à contrecoeur. Puis, passant une main brûlée dans ses cheveux tâchés de cendre, il avança vers Borée. Arrivé en face de lui, il posa une main tremblante sur son épaule et faillit perdre l'équilibre. Borée le rattrapa de justesse de ses bras puissants. Notos avait quelques traces de brûlures sur le visage, et une main très sévèrement blessée. Ses yeux étaient plus clairs que d'ordinaire, et il semblait regarder son frère sans le voir. Sa peau était salie par la poussière.

• Notos... Tu es dans un sale état, sourit Borée.

• Oui, mais c'est ma faute.

• Comment ça ? Que veux-tu dire ?

• Je n'aurais pas dû m'opposer à Altéa et la défier. Elle m'a donné la leçon que je méritais.

• Quoi ? Mais non, tu es devenu fou !

Un éclair de feu traversa le visage dément de Notos lorsqu'il plongea la main dans le ventre de son frère. Un rire sadique résonna dans la Plaine. Borée avait les yeux de celui qui ne comprend pas alors qu'il a la solution sous ses yeux : un regard absent, incrédule, les yeux grands ouverts. Notos riait tout en s'étouffant. Chaque larme qui coulait sur son visage le brûlait comme de l'acide, révélant les chairs dans des vapeurs de souffre. Il fut vite défiguré.

• Notos ! Qu'est-ce que... cracha Borée en même temps que du sang.

• Regarde ! c'est ta vie qui s'échappe de ton ventre ! Elle te quitte à tout jamais. Comme moi ! Nous ne reviendrons jamais, Borée. Tu es une telle déception. Personne ne voudrait de toi pour frère, s'amusa un Notos sans visage.

• C'est faux ! hurla Borée en essayant de retirer la main de Notos qui déchirait son corps.

• Des litres de sang recouvrent déjà le sol ! Tes jambes en sont couvertes ! C'est fini, Borée. Tu vas mourir, et tu iras en Enfer, seul. Zéphyre ne sera pas là pour t'accueillir avec un sourire. Je ne serai pas là pour t'accueillir avec un rire. Euros ne sera pas là pour t'accueillir avec des chants. Personne ne sera là. Il n'y aura que des larmes !

• Non ! hurla Borée en sentant sa vie le quitter.

Les mains tâchées de son propre sang, Borée avait la vue trouble. Il tomba à genoux, dans une mare de sang qui était absente, tout comme sa blessure.

• « Allons, Chevalier, je dois maintenant mettre fin à ta vie. » C'est bien ce que tu as dit, n'est-ce pas ? demanda Ikki.

• Qu'est-ce que ? Que s'est-il passé ?

• Tu n'as pas besoin de le savoir.

• C'était ton Illusion, c'est bien ça ?

• Peut-être... sourit le Phénix.

• Comment as-tu osé... Personne ne m'a jamais insulté de la sorte... Tu vas mourir, Chevalier ! hurla Borée en se jetant vers Ikki, le visage transformé par la rage.

• Je ne comprends pas ce qui se passe, remarqua Canon. Je ne sais pas ce que Borée a vu, mais il semble dans un état second.

• Oui, mais ne t'inquiète pas. Bien au contraire, c'est très intéressant...

C'est à ce moment précis, cherchant ce qu'Altéa voulait dire par là, que Canon remarqua que Saori était prisonnière du bras d'Hypnos. Pendant qu'il marchait vers le dieu qui commande au Sommeil, le Chevalier d'Or se demanda si Hypnos accepterait de relâcher sa Princesse à la première demande. S'il refusait, il perdrait ce bras à tout jamais...

Ikki reçut un coup de poing au ventre d'une force phénoménale. Son corps se tordit sous l'impact et il vola en arrière. Il retrouva vite son équilibre et se reposa sur le sol. Il dérapa en tournant d'un quart de tour sur lui-même. Borée se tenait dans la même position que Zéphyre quelques temps plus tôt, les bras en croix. Le Vent divin semblait plongé dans un état de transe tellement il bouillonnait de colère et de mépris à l'encontre du Phénix. L'image spectrale d'un bateau en train de couler au milieu d'une tempête du Diable apparut dans son dos. Il était presque possible d'entendre les cris de l'équipage, le fracas des rouleaux et les craquements du bois du navire. Les bras de Borée furent vite enveloppés d'une énergie bleutée, comme son Armure.

• Contemple la fureur d'un Vent divin, Phénix ! La Malédiction de Poséidon (4) !

Ikki n'eut pas le temps de sentir que la puissance du dieu des Océans allait s'abattre sur lui. Il vit deux colonnes gigantesques arriver vers lui et essaya de bouger au dernier moment. Il n'en fut pas capable. Au sol, sous les pieds du Phénix, une rune de trois mètres de diamètre était dessinée. Elle brillait d'un bleu profond. Borée vit le Phénix essayer de dégager ses jambes, mais savait qu'il n'y arriverait pas. Il vit son jeune frère, recouvert de son Armure d'Andromède, jeter une chaîne protectrice en direction des deux colonnes de La Malédiction de Poséidon. Il savait également que cela ne servirait à rien. La Malédiction était celle que Poséidon avait abattue sur Ulysse et son équipage après qu'il ait réussi à crever l'oeil unique de Polyphème. La force de cette attaque pouvait atteindre celle d'une mer déchaînée tout entière, et Borée n'avait pas décidé de se retenir. Elle pouvait détruire des navires de plusieurs centaines de tonnes en une seconde, et le Phénix allait enfin goûter à la réelle souffrance.

Ikki hurla au même moment que Shun, lorsque la chaîne explosa à la surface de la première colonne, comme si elle avait été de cristal. Le Phénix déchaîna ses flammes noires afin de détruire l'attaque de Borée, mais elles furent soufflées par le vent cosmique produit par le Chevalier. L'Armure Céleste du Phénix trembla, puis se fissura. Canon, qui avait arrêté sa progression vers Hypnos, se retourna pour regarder d'où venait cette tempête. Il vit les avant-bras d'Ikki se fissurer, ainsi que ses jambières. Son corps aurait dû être arraché du sol comme une vulgaire feuille de papier, mais la rune empêchait cela. Elle était là pour empêcher toute fuite, toute retraite, et pour que le Chevalier de Bronze subisse de plein fouet la fureur de Poséidon.

Le courant dans lequel était pris Ikki devint aveuglant et Borée ne put même pas admirer sa fin, ni entendre ses cris. Shiryu et Shun furent entraînés dans les airs à des kilomètres de là. Hypnos se cacha avec Athéna derrière le gigantesque bouclier céleste de celle-ci, mais Canon n'eut pas cette chance. Jetant un dernier coup d'oeil à Hypnos, comme une promesse, il s'envola lui aussi, ses ailes ne suffisant pas à le maintenir sur place. Seule Altéa restait debout, imperturbable, au milieu de la tourmente. La tempête commença à se calmer et l'image du navire d'Ulysse sombrant dans la mer de Sicile s'évanouit comme elle était apparue, emportant avec elle les cris et les bruits du bois brisé. La Plaine était ravagée. Borée avait défiguré l'endroit où il avait été accueilli par Baal de Syracuse. Une crevasse gigantesque ouvrait la Plaine en deux en direction de la falaise en haut de laquelle reposait le Cimetière des Arbres du Temps. Des restes de l'Armure Céleste du Phénix brillaient ça et là. Borée en ramassa un et vit son sourire satisfait se refléter dessus.

Défiant maintenant Altéa d'Oligol, la seule personne encore présente pour le moment, il lui jeta le morceau de plastron du Phénix, comme s'il partageait un butin. Plutôt que de s'en offusquer, Altéa sourit en tendant la main pour attraper le morceau de métal céleste. Comme au ralenti, Borée vit la pièce d'Armure morte traverser les doigts du Titan, dans un mirage. Elle disparut avant de toucher le sol. Le Vent divin se retourna pour regarder la Plaine, qui était intacte. Shun et Shiryu fixaient Borée sans comprendre, et Canon marchait toujours vers Hypnos, qui retenait Saori derrière son bras. Un frisson gelé traversa l'épine dorsale de Borée et de Zéphyre lorsqu'ils sentirent des mains brûlantes se poser dans leur dos.

• Adieu... murmura Ikki.

Borée commença à armer son coude droit pour frapper le Phénix au visage, dans un instinct de survie. Il sentit son dos commencer à brûler et n'atteignit jamais le visage d'Ikki. Un majestueux oiseau de flammes noires à la queue multiple le déchira à bout portant. Il ne sentit pas son corps se séparer en deux avant d'être réduit en cendres avec son Armure de Septentrio. Le Phénix Noir emporta sa proie dans son bec et monta vers la nuit. Une pluie d'étincelles orangées s'abattit sur cette partie de la Plaine d'Hersilie. Shiryu et Shun regardèrent l'oiseau de légende partir dans le ciel et Ikki éteignit les flammes de ses mains en les regardant. Il tomba à genoux, épuisé, le front baigné de sueur.

• Les Flammes de l'Enfer Bleu, là ou naît le Phénix, murmura Ikki pour lui-même.

• Ikki ! s'écria Shun en accourant vers son frère. Que s'est-il passé ?

• Je n'ai pas bien compris, avoua Shiryu. Le comportement de Borée n'avait aucun sens. Il parlait tout seul, puis est tombé à genoux en hurlant. J'imagine que tu l'as frappé de ton Illusion. Ensuite, il t'a frappé et a préparé son attaque dévastatrice, mais sans remarquer que tu n'étais plus face à lui. Il l'a déchaînée dans le vide alors que tu étais derrière lui. Je ne comprends pas...

• C'est l'Illusion du Phénix, Shiryu. Je l'ai utilisée deux fois.

• Deux fois ? demanda Shun.

• Oui, la première fois pour le mettre hors de lui, et la seconde juste après. Il ne pouvait pas se douter que j'allais y recourir une seconde fois en aussi peu de temps. La rage l'aveuglait, et il a cru ce qu'il voulait croire.

• C'est une excellente stratégie, Chevalier, reconnut Altéa. J'ai senti que tu utilisais une seconde fois ta technique, mais je ne t'ai pas vu la lancer. Quand as-tu...

• Au moment où il m'a frappé avec son poing, à bout portant.

• Excellent, sourit Altéa. Tu as éliminé Borée et Zéphyre à toi tout seul.

• Oui, sourit Ikki à son tour.

Canon n'avait qu'une seule envie : tuer Hypnos, sur l'instant, à cet endroit précis. Le dieu écarta son bras pour laisser Saori se dégager. Il fixa Canon et se força à lui sourire. Ce fut aussi pénible que de se couper sa propre jambe.

• Princesse, comment allez-vous ? Êtes-vous blessée ? demanda le Chevalier d'Or.

• Bien sûr que non, Chevalier, affirma Hypnos. C'est pour cela que je l'ai protégée.

• C'est vrai, Princesse ? questionna un Canon incrédule.

• Oui, Canon, je crois... murmura Saori.

• Ne la touche plus jamais, Hypnos.

• Ou sinon ?
Altéa n'entendit pas la réponse que murmura Canon car il avait volontairement baissé le ton de sa voix. Hypnos parut perdu entre la haine et la crainte. Il se retourna et se mit en marche, avec un bref regard pour l'endroit du ciel où la dépouille de Zéphyre avait été emmenée. Il étouffa un début de rire, puis s'immobilisa sur place. Au loin, au bout de la Plaine, au pied d'un magnifique escalier de cristal, Hypnos sentit le cosmos d'un Chevalier d'Or. Ou plutôt, un cosmos similaire. Il sentit la présence repartir lentement vers les hauteurs du Palais, calme, détendue, sûre d'elle. « Nous voilà arrivés au terme de notre parcours. Dans quelques heures, tout sera terminé... », sourit le dieu qui commande au Sommeil.


Notes de l'auteur :

(1) Lors de son voyage, Ulysse fut accueilli au nord de la Sicile par le Roi Éole, qui lui confia 4 outres contenant les 4 vents dont il avait la charge, une d'entre elles contenant le vent qui porterait son bateau à bon port. Les compagnons d'Ulysse pensèrent qu'elles contenaient du vin et des trésors, et les ouvrirent en pleine mer, déchaînant ainsi la plus formidable des tempêtes qu'on ait jamais vues. Le navire échoua près de l'île des Lestrygons. La technique de Zéphyre fait référence à la voile qu'Ulysse a tenté de protéger de toutes ses forces.

(2) Dans la mer Ionienne, au large d'Ithaque, figurent trois îles : Leucas, Céphallénia et Zakynthos. Cylléné est une ville portuaire située entre ces deux dernières, à côté du mont Erymanthe.

(3) Ce phénomène physique est réel. L'examen de l'émission d'atomes (ou plutôt d'ions) analogues au fer déshabillé de 13 de ses électrons, conclut à une température d'environ 1 000 000 de degrés Celsius pour la couronne et de 30 000 degrés Celsius pour la chromosphère du Soleil. Le soleil est beaucoup trop chaud pour être composé d'autre chose que de gaz. Cette chaleur entraîne des collisions entre atomes si brutales qu'elles leur arrachent souvent un ou plusieurs électrons, créant un plasma : un gaz dont une grande partie se compose d'électrons libres, ce qui implique une gamme de comportements tout à fait originaux. Dans un gaz chaud raréfié, l'émission de lumière ne suit plus un modèle simple dépendant de la température, comme c'est le cas pour le fer chauffé au rouge ou pour une flamme provenant d'un solide qui brûle (bois, carburant...). Des couleurs étranges peuvent donc apparaître, jusqu'à l'absence de couleur totale : le noir.

(4) Toujours dans la mer de Sicile, Ulysse est arrivé au pays des Cyclopes. L'un d'entre eux, Polyphème, dévora la moitié de ses compagnons. Ulysse réussit à s'échapper en lui crevant son oeil unique, avec le reste de ses amis. Poséidon, qui était le père de Polyphème, déclencha des tempêtes horribles pour détruire les navires d'Ulysse afin de se venger et de tuer le héros. C'est de là que vient la technique de Borée.

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