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Cette fiche vous est proposée par : Siegfried


Paradise Chapter

Hypnos avait senti que le Dragon était de retour et que Canon et Deimos étaient toujours de ce monde. Lorsque le coeur de Sigyn de Tortose lâcha pour de bon, il sentit également la présence du Cygne, qui avait dû faire machine arrière et retrouver ses amis. C'était mauvais. Très mauvais. Aucun des Chevaliers de Bronze n'était encore mort, le Chevalier d'Or pouvait toujours se battre et il ne restait que peu d'adversaires à affronter. À ce rythme là, le dieu du Sommeil allait arriver devant Baal de Syracuse avec une troupe au complet et il ne le permettrait pas. Il leva la tête pour regarder Athéna attendre ses amis, les mains jointes comme pour formuler une prière, au milieu des flammes dansantes. Shun arborait un sourire radieux et le Phénix serrait toujours les dents de douleur et de colère. Il allait finir par être le plus faible de tous. Il fallait qu'Hypnos s'en serve, à tout prix...

• Shiryu ! s'exclama Shun. Shiryu, tu es vivant !

• On ne se débarrasse pas de moi aussi facilement, sourit le Dragon.

• Et de moi non plus ! renchérit Hyoga en approchant à son tour de l'arche de roche.

• Hyoga ? s'étonna presque Ikki. Je pensais que tu nous avais abandonnés.

• Je... Je ne voulais plus tuer qui que...

À une vitesse que ses blessures n'auraient pas dû lui permettre d'atteindre, le Phénix frappa Hyoga au visage dans un tourbillon orangé. Le Chevalier du Cygne vola sur quelques mètres et déchira la roche noire avec son dos. Il tomba à genoux et porta une main à sa lèvre éclatée. Ikki avait un regard noir ; un regard chargé de colère. La question était de savoir contre qui elle était réellement dirigée... Contre Hyoga ou bien contre lui-même ?

• Ikki, mais enfin tu es devenu fou ! aboya Shiryu en glissant sur le côté pour s'interposer, poing serré.

• Tu dois comprendre une chose très importante, Chevalier, essaya Hyoga. Je n'ai jamais...

• Peu importe ! Tes raisons ne m'intéressent pas. Essaie seulement de ne pas t'enfuir comme un lâche lorsque les choses deviendront sérieuses.

• Qu'est-ce que tu dis ? s'énerva Hyoga.

• Ikki... murmura Shun.

• Parfaitement ! Tu as fui devant le danger et l'adversité ! Pire encore, devant ton devoir de Chevalier. Tu as, une fois de plus, laissé tes sentiments personnels passer avant ton rôle de Chevalier d'Athéna, désertant le champ de bataille sans ordre de ta déesse. Tu ne mérites même plus de porter une Armure !

• Ikki... marmonna Hyoga. Qu'est-ce qui t'arrive... Tu ne comprends pas.

• Je comprends très bien, Hyoga. Je comprends que ton Maître Camus avait raison ! Tu es trop faible et trop fragile pour que nous puissions compter sur toi. Il est en train de se passer la même chose que devant le pilier de l'Océan Antarctique : nous ne pouvons plus compter sur toi ! hurla Ikki en armant un nouveau coup de poing.

Hypnos se délectait. Jamais il n'aurait espéré que cela soit aussi facile. « Un animal blessé est capable de tout, alors un animal de légende... », sourit-il imperceptiblement. Saori sortit du couloir en courant et arrêta d'elle-même la main du Phénix. Ikki vit une main délicate habillée d'Or et de métal céleste se poser sur son poignet tendu, et comprit immédiatement. Son cosmos s'envola comme on souffle une petite flamme ténue et il afficha un visage si désolé à sa déesse qu'elle n'osa même pas le regarder en face. Elle ne dit mot. Elle desserra son étreinte et posa sa main douce sur celle du Chevalier du Phénix, puis la serra un peu, chaleureusement. Les larmes faillirent monter dans les yeux du Phénix, mais ce dernier ne leur en laissa pas le temps.

• Hyoga... reprit-il. Je n'aurais pas dû te frapper et je m'en excuse. Cependant, ton geste ne pourra être oublié. Tu nous as tourné le dos. Jamais plus je ne pourrai t'accorder ma confiance.

• Cela suffit, Chevalier Céleste du Phénix.

Comme une ombre, une splendide femme enroulée dans sa cape était apparue derrière Hypnos. Sans ses talons, elle devait faire la taille de Shiryu. Les yeux fermés, laissant tout le rouge sang de son maquillage attirer l'attention du Phénix, elle posa sa main droite sur la taille d'Hypnos. Un sourire amusé sur le visage, elle approcha ses lèvres du cou du dieu du Sommeil, jusqu'à ce qu'il sente le parfum de son rouge à lèvres, de sa peau... La douceur des effluves sucrés caressèrent ses narines, mais il ne bougea pas. Il ne se retourna pas. Il ne la regarda même pas. « C'est impossible... Comment est-elle arrivée dans mon dos ? Je... Je n'arrive même pas à la regarder en face... C'est comme si je me trouvais au milieu d'un nid de serpents et que l'un deux grimpait le long de ma jambe... Cela n'a aucun sens... Mais qui est cette femme, à la fin... », pensa Hypnos en serrant les dents, une goutte de sueur perlant sur son front. Les lèvres maquillées de rose de la Guerrière étaient à quelques centimètres du cou d'Hypnos. Altéa releva sa main droite et la passa sur le torse fracturé du Surplis.

• Altéa ? demanda Ikki. Tu... Tu es venue toi aussi ?

• Oui... Je suis venue me joindre à vous, à moins bien entendu que tu ne sois pas d'accord. À moins, bien entendu, que tu ne te charges comme souvent de décider pour ta déesse et pour tes amis de ce qu'il convient de faire.

Ikki regarda Saori, puis posa ses yeux sur Hyoga, dont le visage était triste. Allait-il trop loin ? En agissant ainsi, n'aggravait-il pas la situation ? Il savait pourtant qu'il avait raison ! Hyoga méritait de payer et d'être humilié ! Il le méritait ! « Bon sang, mais qu'est-ce qui m'arrive... », se demanda Ikki.

• Non... Je ne veux pas décider pour tout le monde, mais je ne peux pas pardonner ce qu'il a fait.

• Alors qu'il a pardonné ce que toi, tu as fait ? Alors qu'après que tu aies presque déchiré son coeur, découvrant ainsi le médaillon de sa mère, il t'a accepté comme un frère ?

• Je... Non, ce n'est pas ce qui s'est passé. Je...

• Je sais que tu souffres, Chevalier. Je sais ce que tu viens de traverser à nouveau sur l'Île de la Mort.

• Non, tu ne sais pas ! Je...

• Si, je le sais parfaitement. Puisque tu m'obliges à en parler maintenant et à nous faire perdre du temps, alors soit. Tu as le coeur déchiré. Tu ne sais plus si tu es heureux d'avoir pu sauver Esméralda et d'avoir connu quelques mois de réel bonheur, ou haineux et résigné d'avoir vu le petit Seiya tomber sous tes yeux.

• Esméralda ? Seiya ? Je ne comprends plus... murmura Shiryu.

• Tu accuses Hyoga d'être un traître alors que toi aussi, tu as songé sérieusement à ne plus jamais revenir avec tes amis et à abandonner ton frère. Hyoga y a réfléchi quelques heures et toi des mois entiers. Au bout du compte, le Cygne Céleste a choisi de revenir aider ses amis. Quant à toi, tu avais choisi de ne plus les revoir et accepté l'idée d'abandonner ton frère, car tu avais retrouvé ton Amour de toujours... Je ne pense pas que Hyoga soit un traître... Qu'en dis-tu, Chevalier ?

• Non... Non ! Cela ne s'est pas passé comme ça ! Je n'ai jamais abandonné mon frère ni l'idée de revoir mes amis ! Je n'avais pas décidé... n'est-ce pas ?

Le regard d'Ikki était chargé de larmes, ce qui n'arrivait pas communément. Il ne savait plus, ne comprenait plus, et sentait que son crâne allait éclater. Il porta ses deux mains à sa tête et son regard devint flou. La douleur était insupportable, mais ce n'était rien à côté de l'envie de fermer les yeux et de ne jamais plus se réveiller. Hypnos songea un moment à resserrer son étreinte sur le jeune homme à la cicatrice, mais décida que c'était trop risqué. Si Altéa ou Canon s'apercevaient qu'il agissait psychologiquement sur le Phénix depuis un moment, un affrontement éclaterait maintenant et le dieu n'aurait aucune chance de survie. Il était peut-être déjà trop tard, à en juger par l'attitude d'Altéa. Avait-elle compris ? Accablait-elle le Phénix de remords afin de briser le charme ? « Plus tard, Phénix... Tu ne perds rien pour attendre. Je vais en revenir un moment au Cygne, puis je m'occuperai définitivement de toi... », songea Hypnos avec rage.

Altéa relâcha son étreinte immédiatement, sans un regard pour le dieu du Sommeil. Hypnos pouvait voir ce que les autres ne soupçonnaient même pas. Sur le dos du Phénix, une trace de main noire, comme la brûlure imposée à Bélisiandre sur son torse, recouvrait son omoplate gauche. Juste avant de remettre en place l'épaule déboîtée de Canon des Gémeaux, il avait posé sa marque sur le Phénix, la maquillant en signe d'amitié. Bien avant cela, inquiété par la puissance du Cygne et sa communion avec son Armure, il avait fait la même chose dans la demeure de Fo de Tirynthe, en passant à côté du jeune Chevalier aux cheveux blonds. « Stupides... Ils sont tous stupides... Personne ne se demande pourquoi le Cygne qui a réussi à geler mon Surplis d'une seule main et qui était aussi véhément, comme parti en Croisade, s'est arrêté en chemin et ressemble dorénavant à un enfant. Aucun d'entre eux n'est surpris du fait qu'il était le plus déterminé en pénétrant le Réseau et qu'il est maintenant redevenu le jeune garçon du Sanctuaire... »

Hypnos avait posé sur les deux Chevaliers la Marque de Morphée. Cette technique à l'origine très offensive, semblable à Une Autre Dimension de Saga des Gémeaux, pouvait être également utilisée pour suggérer des choses à celui qui la recevait. La Marque de Morphée agissait comme le venin d'un serpent, mais avait cette double particularité de ne pas se répandre et de rester sur la peau, et de s'attaquer au cosmos du Chevalier touché. Comme une infection, une mort de la volonté, cette technique ancestrale affaiblissait le cosmos de la proie d'Hypnos et la rendait perméable à toute suggestion. Il ne pouvait imposer d'ordres, mais certaines fois en intimer quelques uns, si la volonté du Chevalier était naturellement faible. Dans les temps anciens, c'est avec cette technique qu'il faisait de ses amantes des esclaves dociles qui le serviraient jusqu'à ce que leur beauté flétrisse. « Oui... Les humains sont pathétiques... », en conclut-il.

Une chose était certaine : le Phénix était étrangement plus facile à berner que le Cygne, car il n'attendait qu'une excuse pour s'adonner à la violence. Hyoga, lui, s'y refusait de plus en plus. Hypnos s'était contenté d'affaiblir sa volonté, de lui faire se remémorer de douloureuses images, de le pousser vers la sortie ou le suicide. Quant au Phénix, il l'avait suivi en pensée dans son long voyage avec Phobos de Télamon. Son pouvoir ne connaissait pas les limites de cette dimension. Il avait affaibli le Phénix durant des semaines, entravant sa guérison en attaquant son mental, l'avait fait douter de vouloir revenir un jour, avait entretenu ses peurs et ses délires. La puissance nouvelle de son frère avait fait le reste : Ikki n'était plus que l'ombre de l'oiseau de légende qu'il fut autrefois... « Tant que mes marques seront là, je pourrai influencer ces deux Chevaliers et les diriger tranquillement vers la douce étreinte de la mort... », songea Hypnos avec délectation.

• Quelque chose te fait sourire, Hypnos ? demanda Canon.

• Oui... Maintenant, nous ne pouvons plus perdre. Seul avec deux Chevaliers de Bronze, j'aurais eu du mal à arriver au terme de ce voyage tout en protégeant Athéna. Mais maintenant que vous êtes tous là, l'issue ne fait plus aucun doute.

« C'est tellement facile. Continue de me surveiller, Canon, continue bien, et ne relâche jamais ta vigilance... », se dit Hypnos intérieurement.

• Il a raison, confirma Andromède. Nous n'avons encore perdu personne... Enfin, je veux dire, essaya-t-il de poursuivre d'un air embarrassé.

• Non, tu as raison, continua Deimos. Les chances sont de notre côté.

Deimos n'en voulait pas du tout aux Chevaliers de Bronze d'essayer de se réjouir avec ce qu'ils avaient, et remercia même intérieurement le jeune Andromède de la gêne qu'il avait affichée en prononçant sa dernière phrase. Eux n'avaient subi aucune perte, c'est vrai, à part le petit Seiya. Mais lui avait déjà perdu plusieurs camarades. Fo lui manquerait beaucoup, ainsi que Bélisiandre. Peut-être, un jour, son frère lui manquerait-il aussi, mais pour le moment il se sentait presque libre. Ses camarades étaient tombés, comme dans toute guerre, comme dans tout conflit, comme dans toute bataille. Il était à présent un traître aidant les envahisseurs à marcher sur le Palais de Cristal de son Prince... Vraiment, ces jeunes Chevaliers étaient très intéressants. Ils l'avaient aidé à choisir la nouvelle route qu'emprunterait son destin, et il n'y avait rien à faire, il ne voyait en ces lieux aucun envahisseur mais juste de jeunes héros. Il en avait été un, lui aussi, il y a très longtemps.

• Merci de votre présence, Altéa d'Oligol, dit Saori avec révérence. Votre aide et vos conseils nous seront précieux. Savez-vous si nous devons absolument poursuivre par ce chemin ?

• Oui, c'est la route normale, confirma l'ancien Titan.

• Il semble que je puisse continuer ma route, mais pas mes Chevaliers...

• C'est normal. Le Prince Baal vous a permis de poursuivre votre chemin afin d'arriver jusqu'à lui et d'essayer de parlementer.

• Parlementer ? demanda Saori.

• Oui, il avait émis le souhait de vous parler et d'essayer de vous faire comprendre pourquoi vous n'aviez pas le droit d'entreprendre ce voyage.

• Mais alors, je ne comprends plus. Je croyais que tout Chevalier avait le droit, s'il était assez fort, de tenter cette ascension afin de gagner le repos des braves. Mais ce que nous faisons ici est réellement... interdit ?

• Princesse, je pourrais répondre à vos questions, mais telle n'est pas ma place. Poursuivons notre route, et vous pourrez demander ce que vous souhaitez à la personne que vous allez bientôt rencontrer.

D'un signe de la main, Altéa fit signe à Saori d'ouvrir la marche. La jeune Princesse s'exécuta. Puis, la Guerrière invita les autres Chevaliers et ferma la marche. Encadrés par les deux femmes, personne ne se risqua à tenter de toucher une des flammes violettes qui s'écartaient sur leur passage. Les murs semblaient secs malgré une fine pellicule de mousse, comme de la pierre chauffée au soleil. Hyoga nota qu'il faisait très bon dans cet étrange endroit : il n'avait ni froid, ni chaud : il était juste bien. La progression de Saori et de ses Chevaliers ne fut pas très longue et ils finirent tous par déboucher dans un lieu insolite...

• Incroyable... commença Shiryu.

• C'est... fantastique, poursuivit Hyoga.

Altéa était la seule à ne pas être étonnée par le spectacle qui se déroulait sous les yeux de ses nouveaux compagnons. Ils étaient sortis à flanc de montagne, sur un petit plateau recouvert de neige, assez plat, qui devait faire une centaine de mètres de largeur et environ quatre fois plus de longueur. Plusieurs arbres millénaires, presque fossilisés dans la glace ou le cristal, donnaient des fruits minéraux de toutes les couleurs. Des nuées de petits êtres féeriques rappelant ceux qui accompagnaient Myu du Papillon s'activaient pour les récolter, sous les branches fragiles et fantomatiques. Une délicate averse de flocons de cosmos dorés tombait du ciel étoilé, éclairant la scène d'une clarté blafarde. Une pleine lune rousse immensément grande trônait au-dessus de l'endroit. Il n'y avait pas de vent et il ne faisait pas du tout froid. Chaque pas fait dans la neige immaculée faisait ce bruit si caractéristique qu'aiment tant les enfants.

Shun s'approcha d'un arbre au tronc gigantesque et noueux. Il leva une main vers un fruit de cristal rouge et constata qu'une lumière émanait de lui. Passant sa main ouverte autour de celui-ci, il vit des rayons de lumière pourpres danser sur son Armure. Les petites fées de lumière, nullement troublées par la présence du Chevalier, tournoyaient autour de lui en vaquant à leurs occupations, lâchant derrière elles une traînée de poussière d'étoiles. Ikki pensa être arrivé dans un cimetière nocturne rempli de trésors, et Hyoga ne put décrocher ses yeux du spectacle qui s'étendait sous la plateforme naturelle. À perte de vue, des centaines de mètres plus bas, dormait une plaine paisible coupée en deux par une rivière de cosmos pur. La végétation semblait dense par endroits et des ruines d'anciens temples de toutes les civilisations s'éparpillaient ça et là. Le Cygne pouvait voir devant un bosquet lugubre les restes d'un magnifique totem indien, et non loin des rives de la fantastique rivière, un étrange enchevêtrement de colonnes babyloniennes.

Les bras ouverts et les paumes dirigées vers le ciel, Saori regardait les flocons d'énergie se poser sur son Armure puis disparaître de sa surface. Shiryu et Canon furent les premiers à progresser plus en avant, vers le bout de l'étage de roche. Le Chevalier d'Or nota que si la lune ne bougeait pas le moins du monde, le ciel étoilé tournait à une vitesse incroyable, révélant ainsi à l'horizon de nouvelles constellations. Il estima la longueur probable d'un cycle complet à seulement une trentaine de minutes. Hypnos n'avait dit mot, jusqu'à ce qu'il s'approche d'Andromède et examine un fruit lumineux avec lui.

• Je connais cet endroit, commença-t-il.

• C'est vrai ? demanda Shun.

• Oui, j'en ai entendu parler, et pour cause. Nous sommes dans le Cimetière des Arbres du Temps... Ce lieu doit réguler le temps qui passe dans le Réseau Céleste.

• C'est exact, dieu du Sommeil, répondit une voix un peu lointaine.

• Qui est là ? demanda Shiryu.

• Celui que vous devez rencontrer, murmura Altéa en guise de réponse.

Assis sur un banc de glace ou de cristal à la couleur polaire, jambes croisées, un Chevalier Céleste attendait Altéa et les Chevaliers d'Athéna. Tout comme la Guerrière, son Armure était forgée de ce métal céleste d'un bleu très sombre, et aussi de parties plus claires rappelant un argent légèrement bleuté. Son casque faisait penser à celui du Sagittaire et portait une magnifique pierre rouge sur le front, lumineuse comme le fruit qu'avait observé Andromède un peu plus tôt. Une longue cape nouée sur l'épaule du Gardien descendait jusqu'au sol, où reposaient deux chaînes presque identiques à celles de Shun. L'une avait une extrémité circulaire et l'autre taillée en biseau, comme une flèche, mais elles n'étaient pas constituées de maillons : on aurait plutôt dit une corde de métal articulée.

Deux grandes épaulières rappelaient toujours l'Armure Céleste d'Andromède, et les jambières du Chevalier, articulées sur toute leur hauteur, présentaient des ailettes aux chevilles. Son plastron descendait comme une flèche de ses épaules à sa ceinture et les protections des bras, relativement classiques, rappelaient celles du Verseau. Le Gardien, s'il était juste de l'appeler ainsi, avait un visage assez carré malgré une apparente douceur. Ses cheveux étaient châtains, courts, et ses yeux d'un rouge profond.

• Bienvenue, Athéna. Bienvenue à vous également, Chevaliers. Je suis l'Esprit du Sagittaire, Gardien de la Sphère du Zodiaque.

• L'Esprit du Sagittaire dont Altéa et Vlad nous avaient parlé, remarqua Ikki.

• Vous avez l'air... si jeune ! déclara Shun.

• Oui... Aucun des porteurs de l'Armure d'Or du Sagittaire n'a vécu très vieux, constata l'Esprit avec tristesse.

• Êtes-vous un adversaire ? demanda Hyoga en s'excusant presque. Nous devons progresser et...

• Non, je ne suis pas votre ennemi. Le Sagittaire a toujours protégé Athéna.

• Bien, déclara Canon. Nous allons donc...

• Attendre ici, finit l'Esprit.

• Comment ? demanda Ikki. Mais je croyais...

• Ne soyez pas si pressés. Le temps n'a pas cours ici. Profitez-en pour réparer vos Armures.

• Réparer nos Armures ? Je ne comprends pas très bien, avoua Shun.

Le Gardien leva la main droite et tendit l'index vers la douce averse de flocons de cosmos. Shiryu remarqua vite que chaque flocon qui pénétrait les Armures de ses compagnons en réparait les dégâts comme par magie.

• C'est incroyable ! constata Shiryu. Nos Armures se réparent aussi vite que lorsque nous atteignons le stade supérieur au septième sens !

• Oui, c'est vrai. Mais cette averse est moins dangereuse...

• Se battre au stade supérieur est dangereux, si je comprends bien, dit le Chevalier d'Or des Gémeaux en regardant ses mains.

• Oui. Vous n'êtes pas comme Altéa, notre Prince ou moi-même. Vous ne possédez ni le don d'éternité ni celui d'immortalité.

• Vous voulez dire... que le stade supérieur raccourcit la vie ?

• Exact, Chevalier d'Or.

Inquiet mais faiblement étonné, Ikki constata que pour la première fois, Canon ne tutoyait pas son interlocuteur. Il se demanda ce que signifiait exactement « raccourcit la vie », et comment ce principe pouvait bien s'appliquer à lui et à son emblème légendaire. Shun regarda son frère, alors que Hyoga laissa ses yeux dériver vers le contrebas, absent et triste à la fois. Absolument pas concerné, Hypnos se moquait bien de ces révélations. Saori quant à elle, regardait ses Chevaliers sans mot dire, songeant à leur terrible destinée : à chaque fois qu'ils la contrariaient, elle revenait toujours vers eux pour les inquiéter.

• Faire appel au stade supérieur au septième sens raccourcit la vie... de beaucoup ? demanda le Dragon.

• Ne le sentez-vous pas ? demanda le Gardien aux yeux écarlates.

• Si... Peut-être, avoua Shiryu.

• Le temps ne passe pas à la même vitesse dans le Réseau qu'à l'extérieur, afin qu'il soit vide à chaque nouvelle apparition de la Tour de Babel. Ici, dans ce Cimetière éternel, il n'a pas cours du tout. Mais en dehors, lorsque vous retournerez dans votre monde, si vous y arrivez...

• Peu importe, déclara Ikki. Nous risquons de mourir à chaque minute, de toute manière. Cela ne change pas grand chose.

• Pour le moment, non, Chevalier. Mais si tu sors d'ici vivant, que tu retournes vivre avec ta bien-aimée ou dans ta dimension natale, tes heures seront comptées.

• Comptées comment ?

• Si vous arrêtez d'utiliser le stade supérieur, vous atteindrez peut-être trente ans. Moins si vous continuez.

• Une dizaine d'années seulement ? demanda Hyoga. Je vois.

Ikki sembla méditer longuement ces quelques phrases. Souhaiterait-il rentrer avec son frère, ou se battrait-il pour trouver un moyen de repartir vers Esméralda ? Cette question le perturba d'autant plus qu'il ne se l'était pas posée une seule fois depuis son retour dans le Réseau Céleste...

• Très bien, coupa court Canon. Y a-t-il encore des nouvelles de ce type, ou pouvons-nous franchir cette Sphère ?

• Je vous ai demandé... d'attendre, déclara calmement l'Esprit en faisant scintiller son regard.

• Très bien... se calma immédiatement le Chevalier.

• Vous avez chacun droit à une question. J'y répondrai de manière absolue, ne connaissant ni le mensonge, ni la tromperie. Vous ne pouvez pas poser une question dont la réponse serait subjective. Vous ne pouvez pas poser une question qui vous concerne uniquement. Vous ne pouvez pas poser une question qui ne concerne pas le Réseau. Je vous répondrai en arrêtant ma réponse où bon me semblera. Vous ne pouvez pas poser d'autre question. M'avez-vous bien compris ?

• Oui, répondit Hypnos. Je connais cette légende... Dans l'Antiquité, on parlait de l'existence d'un Esprit, une sorte de Génie (1), qui apparaissait aux héros en difficulté ou ayant perdu la foi, afin de les éclairer avec la lumière de la vérité... C'est à partir de ce Génie que le folklore traditionnel a créé le mythe de la lampe. Les questions se seraient transformées en voeux dans la tradition populaire... Jamais je n'aurais pensé qu'il existait réellement.

• Cette histoire est aussi vieille que moi, en effet, confirma le Gardien. Le Sagittaire n'est pas qu'un protecteur ou un gardien. C'est aussi un guide.

Aucun Chevalier n'osa prendre la parole et Hypnos non plus. Arrogant comme il l'était, Hyoga s'était attendu à ce qu'il tente de briller ou de se « mesurer » à l'Esprit du Sagittaire, mais il n'en fit rien. Le respect, la peur presque, démontré par Canon en laissait présager long sur le niveau du Gardien. Il était tout de même la somme incarnée de tous les porteurs de l'Armure d'Or du Sagittaire. L'Esprit se leva lentement et dégagea un cosmos doré. Son Armure explosa dans un déluge d'énergie bien connu, pour former un arc de métal céleste. Toutes les pièces articulées s'imbriquaient les unes dans les autres à la perfection.

Très courbe, l'arc fantastique irradiait de puissance. La chaîne à bout circulaire se rigidifia pour former la corde et celle à bout biseauté pour donner une longue flèche argentée. Le casque finissait l'autre extrémité de la flèche. L'arc se tenait debout sur le sol, en appui sur un socle créé par les deux épaulières de l'Armure. Les ailettes des chevilles figuraient sur le haut de l'arme et le symbole de la ceinture du Gardien trônait sur le centre de la poignée. Des centaines de petites fées dansaient autour de l'arme merveilleuse. « C'est l'Armure entière qui est son arc contrairement à celle d'Aioros... Incroyable... », songea Canon. L'Esprit, habillé à la manière qu'Aioros affectionnait particulièrement, mais dans des tons plus sombres, empoigna son arme céleste.

• Princesse, je vous écoute, déclara-t-il.

• Seiya doit... peut-il réellement être ramené à la vie ? se corrigea Saori.

• Oui, il peut être ramené et ressuscité.

Visiblement satisfaite et heureuse, Saori s'écarta sur le côté.

• Hypnos, je vous écoute.

• Quels sont les points faibles de Zéphyre, le Maître des Vents de la Plaine d'Hersilie ?

• Il ne possède aucune attaque. Toutes ses techniques sont défensives et virtuellement infranchissables, même pour un dieu. Il agit en tant que support aux attaques de ses trois compagnons.

Un sourire lisible sur son visage, Hypnos ne bougea pas.

• Andromède, je vous écoute.

• Si... Si Deimos venait à périr... Comment pourrais-je aider mon frère... à retourner auprès d'Esméralda afin... qu'il soit heureux ?

• Shun... murmura Ikki, des larmes dans les yeux.

• Forte de sa capacité à mimer toutes les techniques, Altéa d'Oligol serait la dernière personne du Réseau Céleste à pouvoir ramener le Phénix dans la dimension en question.

Souriant tristement, Shun baissa les yeux et fit quelques pas en arrière.

• Hyoga, je vous écoute.

• Je suis le seul à l'avoir rencontré et à avoir senti son cosmos... Je me demandais... Baal de Syracuse était-il un Chevalier d'Or ?

• Oui. Notre Prince était le premier Chevalier d'Or de l'Histoire. Il fut le premier à revêtir l'Armure d'Or du Lion.

Aussi étonné que ses amis, Hyoga rejoignit Shun.

• Ikki, je vous écoute.

• Si nous faisons le choix de ramener le Chevalier de Pégase, le cycle de l'Histoire sera-t-il bel et bien interrompu, empêchant par là tout retour d'Hadès ?

• Oui. Sur ce point, Hypnos ne vous a pas menti. Théoriquement, ressusciter Seiya vous libérerait de votre funeste destin, ainsi que les générations futures.

« Sur ce point... », nota Ikki en s'écartant.

• Chevalier d'Or des Gémeaux, je vous écoute.

• Je pense avoir une idée de vos facultés, alors je vais formuler ma question de cette manière : la personne à laquelle je pense en ce moment est-elle bien notre réel ennemi ?

• Oui, elle est bien votre ennemi. Vous aurez à l'affronter au terme de votre parcours.

Satisfait de cette réponse, mais visiblement très inquiet, Canon rejoignit sa Princesse, évitant de regarder Hypnos.

• Altéa d'Oligol, je vous écoute.

• Je ne m'attendais pas à avoir droit à une question à mon tour. Soit. Je pourrais le décider de moi-même, mais je désire faire les choses selon le protocole. M'autoriserez-vous, en tant que Gardien de ce savoir, à expliquer en temps voulu à ces Chevaliers la vraie raison de l'invention de l'Athéna Exclamation ?

• Oui, je vous y autorise.

• Merci.

Pendant que Saori et ses compagnons étaient perdus dans toutes les nouvelles questions suscitées par ces étranges réponses, l'Esprit du Sagittaire banda son arc céleste dans un cosmos doré virant par endroits au rouge vif. Il pointa sa terrible flèche vers la lune rousse, ferma les yeux, puis décocha un incroyable rayon lumineux qui disparut dans le firmament. Instantanément, la flèche réapparut dans son encoche, faisant tomber de la poussière d'étoiles sur les doigts du Gardien. Petit à petit, le ciel nocturne arrêta de tourner et se figea sur place. Shiryu, toujours aussi respectueux et sage, n'osa pas demander pourquoi il avait été le seul à ne pas pouvoir poser de question. Il devait y avoir une raison, qu'il apprendrait certainement plus tard. Il laissa ses yeux se perdre dans le lointain.
Au-dessus de la Plaine d'Hersilie, on pouvait très clairement observer la constellation du Sagittaire. Un pont de lumière se forma depuis le manteau neigeux qui recouvrait la terrasse du Cimetière des Arbres du Temps. Comme un arc-en-ciel, le petit pont descendait à perte de vue vers le bas de la triste montagne. Lorsque Canon posa un pied sur le chemin de lumière, l'Esprit du Sagittaire, tel un Génie de légende, avait déjà disparu.


Note de l'auteur :

(1) Le Génie a déjà été défini lorsque nous parlions d'Hypnos au début du Paradise Chapter©. Cette référence s'apparente ici à la figure du Génie en tant que personnage de la mythologie. Le Génie était un serpent, animal spécifique du monde souterrain, qui symbolisait chez les Romains la force spirituelle et vivante des hommes, des empereurs et des dieux. Tout être vivant est accompagné de son Génie, divinité individuelle qui le suit depuis sa naissance jusqu'à la fin de sa vie, protège tous ses actes et bénit en particulier les phénomènes de régénération et de la mort. Cet aspect collait parfaitement avec l'Esprit du Sagittaire, qui protège les Chevaliers d'Athéna. L'idée de la régénération m'a parue intéressante : c'est pourquoi j'ai conféré à la pluie de cosmos les pouvoirs de Mû.

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