• Qu’est-ce que tu dis ? aboya Euros en faisant quelques pas en avant.
Le cosmos du Vent divin se renforça instantanément. Il avança dans la lumière et Hyoga put découvrir ses traits ainsi que son Armure. Euros avait des cheveux aussi verts que son Armure, qui couraient sur ses épaulières simples et tombaient en cascade dans son dos. Sa protection était assez minimaliste et ressemblait beaucoup aux Habits Divins des Guerriers d’Abel. De superbes feuilles émeraudes venaient ornementer les différentes pièces de l’Armure d’Euros, qui elles, étaient d’un vert beaucoup plus clair.
Des anses trônaient sur ses épaulières courbes, et Hyoga songea que l’Armure devait représenter une Urne recouverte de feuilles lorsqu’elle n’était pas portée. Des ailes figuraient sur ses bottes, et il portait le tissu d’une toge au niveau de l’abdomen. Le voile semblait passer sous la ceinture de l’Armure et se séparer comme un pagne qui descendait jusqu’au sol devant et derrière le Chevalier. « Celui-ci doit représenter le vent du Sud-Ouest, songea Hyoga. Si j’en crois la mythologie, ce sont moins des dieux que des puissances divinisées… Mais que font-ils ici ? Ils sont sensés être bienfaisants… »
• Ça suffit ! s’interposa Baal.
• Oui, Maître… répondirent de concert les deux Vents divins.
• Mon Amour… Vous ne devriez pas vous entourer de tels serviteurs. Ils n’ont pas d’âme.
• C’est vrai. Mais ils sont fidèles et loyaux. Ils ont toujours protégé le Réseau avec dévotion et il n’existe pas de meilleurs espions.
• Certainement… concéda Altéa.
• C’était donc vrai. Ils avaient raison. Vous leur avez livré les clés des Arcanes…
• Pas les clés. Juste la connaissance. Je leur en ai appris l’existence. C’est par leur courage et leur persévérance qu’ils les ont maîtrisés si vite. Ils ne sont pas ordinaires. Vous devriez vous en rendre compte.
• Je vois…
• Non, vous ne voyez pas, mon Amour ! s’emporta la Guerrière. Ils ne sont pas nos ennemis, et nous ne sommes pas les leurs !
• Blasphème ! vociféra Notos. Ils nous ont envahis et ont assassiné Fo, Vlad et Bélisiandre !
• Ils ne nous ont pas envahis, Notos. Je te rappelle que le Réseau est fait pour être traversé. Tout Chevalier assez courageux doit pouvoir aller contre son destin et accéder au Paradis, même de son vivant. Telle est la règle, précisa Altéa.
La Gardienne détestait profondément les 4 Vents divins, moins pour ce qu’ils étaient dans le passé que pour ce qu’ils étaient devenus aujourd’hui. Autrefois bienfaisants, protégeant les marins et gonflant leurs voiles, accompagnant les paysans dans leur labeur et leur apportant les pluies nécessaires à leurs récoltes, les Vents avaient vendu leur âme à Éris (1) en échange de plus de pouvoir. Et ils avaient obtenu ce qu’ils souhaitaient.
Ils étaient ensuite devenus des instruments divins arrachant les toits des habitations, coulant les bateaux de pêcheurs, rendant toute vie impossible dans les déserts… Certaines années, ils laissaient les cultures mourir de sécheresse et l’année suivante, ils apportaient tellement de pluie qu’elles en pourrissaient. Voilà qui les 4 Vents divins étaient devenus. Baal de Syracuse avait fait un marché avec Éris à la suite duquel la déesse s’était retrouvée emprisonnée dans une Pomme d’Or. Il avait ainsi récupéré toute autorité sur les Vents et leur avaient offert la Plaine d’Hersilie. Sous ses ordres, ils ne détruiraient plus la planète bleue…
• Je connais votre avis, et je connais vos projets concernant cette « intrusion », répondit Baal. Si je ne vous aimais pas plus que tout, j’aurais tué cette invasion dans l’œuf moi-même, en ce lieu. Je vous ai fait confiance. Mais tout ceci va trop loin…
• Je le sais bien, mon Amour ! Mais ces Chevaliers ne sont pas vos ennemis. Laissez-leur encore un peu de temps ! Ils doivent arriver jusqu’à la Sphère de Cristal par leurs propres moyens afin que votre adversaire réel se manifeste. Il est trop tôt ! Stoppez-les maintenant et rien ne sera jamais plus comme avant. Ils doivent se rendre compte par eux-mêmes !
• Il est possible que leur ennemi et le mien soient une seule et même personne, comme vous le pensez. Cependant…
• C’est même certain ! le coupa Altéa. Il a déjà commencé à se dévoiler. Je vous en prie. Laissez-leur un peu plus de temps. C’est leur combat plus que le nôtre.
Baal de Syracuse fit quelques pas et descendit une poignée de marches en direction du Cygne. Il s’immobilisa, la tête basse, et joignit ses mains dans son dos. Ses ailes descendirent imperceptiblement sous l’action de ce mouvement. Son regard était chargé de peine ; la peine que peut éprouver un Roi lorsque son Général vient lui rapporter la perte d’un bataillon tout entier. Un bataillon sacrifié pour le bien d’un plan à plus grande échelle, certes, mais cela ne rendait pas la chose plus facile à accepter.
• Je comprends votre point de vue, Altéa. Mais beaucoup trop de Chevaliers Célestes sont déjà tombés au combat, sans même connaître la vérité. Nous n’avons pas été justes avec eux.
• Non, nous ne l’avons pas été, et je m’en voudrai peut-être éternellement… Mais si j’avais raison ? Je suis certaine de moi, Baal. De plus, intervenir ne serait pas juste. Souvenez-vous de ce que vous disiez si souvent : « Nous sommes les derniers Titans (2). Nous ne devons jamais intervenir dans les affaires des hommes à la légère. Notre fonction est de nous opposer aux dieux, et non à leurs fidèles. »
• C’est pour cette raison que vous les avez laissés passer ?
• Oui, exactement. Ils suivent un dieu qui les manipule.
• Et c’est pour cette raison que vous leur avez appris l’existence des Arcanes ?
Gênée par cette question, Altéa ne répondit mot. Elle était effectivement intervenue dans les affaires des êtres humains, mais cela lui paraissait juste. Shiryu et ses amis n’étaient pas libres, et ne s’en rendaient pas compte. Elle avait dû leur donner les moyens d’avancer et de découvrir par eux-mêmes la vérité. Ce serait à eux et à eux seuls de rendre justice. Baal avait du mal à comprendre cela et à voir ses Chevaliers tomber les uns après les autres. C’était complètement normal. Baal était un grand chef, mais laisser ses hommes se faire massacrer sans bouger était à la limite de sa volonté et de ses forces. Contrairement à Altéa, il n’avait jamais été l’assassin des dieux.
• Répondez-moi, Altéa. Est-ce comme cela que vous n’intervenez pas dans la vie des hommes ?
• Leur cause n’est peut-être pas juste pour le moment, mais elle le sera bientôt. Je devais leur permettre d’avancer, de même qu’en autorisant la libre circulation d’Athéna, vous leur permettiez également de progresser avec moins de contraintes.
• Nous leurs avons offert la tête de mes Chevaliers…
• Non ! Vous savez bien que c’est faux ! s’énerva Altéa. Fo était mon ami ! Et Bélisiandre aussi ! Ayez foi en moi, je vous en prie ! Si vous m’aimez… ayez foi en moi…
Baal plongea ses yeux au fond de ceux du Cygne du haut de sa position. Il avait le même regard qu’Aiolia du Lion lorsque celui-ci s’apprêtait à frapper à la vitesse de la lumière. Le Prince était rempli de puissance, mais aussi de tristesse. Conquis, il ferma les yeux.
• Très bien… soupira-t-il. Nous les laisserons donc avancer sans intervenir. Mais j’emmène le Cygne avec moi.
• Où voulez-vous l’emmener ? s’inquiéta la Guerrière.
• Au Palais Céleste. Il ne peut rejoindre ses amis avec ce qu’il sait maintenant, même s’il n’a pas dû tout comprendre. Il observera le déroulement des évènements du Palais, où je lui expliquerai tout. Ainsi, il pourra juger à son tour.
Hyoga fit un pas en arrière pour se heurter à quelque chose. Un homme se tenait là, dans une Armure identique à celle d’Euros, à la différence près qu’elle était orangée et qu’à la place des feuilles couleur émeraude, figuraient des flammes rouges comme un feu d’Enfer. Ses cheveux étaient également couleur de lave, et sa coiffure rappelait celle de Rhadamanthe. Son voile n’avait pas la forme d’un pagne mais d’une cape en deux parties, chacune rattachée à une épaulière écarlate. L’Armure devait avoir la forme d’une Urne rouge lorsqu’elle n’était pas portée. Notos attrapa le Cygne par la gorge et passa son bras gauche sous celui de Hyoga pour l’immobiliser.
• Altéa ? demanda Hyoga avec difficulté. Si tu veux que j’y aille, alors j’irai.
• Tu n’as pas le choix ! aboya Notos en relâchant sa prise.
Le Vent divin frappa Hyoga au ventre d’une série de coups de poings, puis il s’acharna sur le visage du Cygne. Le Chevalier de Bronze se laissa faire. Lorsqu’il tomba à genoux, la vue troublée et le ventre en feu, il releva la tête vers la Gardienne qui serrait les dents et son poing droit de rage.
• Altéa ? reprit le Cygne en toussant un peu de sang. Je n’irai… que si tu le veux…
• Tu iras avec nous que tu le veuilles ou non, Chevalier ! cracha Notos dans un cosmos rouge. Tu n’as pas besoin d'être conscient pour cela !
Une Urne rouge apparut dans le dos du Vent divin, maintenant léché par des flammes de cosmos écarlates. Il écarta les mains comme Atlas aurait pu le faire, et une sphère de flammes tourbillonnantes apparut devant lui. Toutes les flammes des flambeaux de la Sphère convergèrent vers les mains de Notos. Altéa eut incroyablement froid, et comprit que le Vent devait aspirer la chaleur partout où elle se trouvait, même dans les êtres vivants. Elle estima la température de la sphère de feu de Notos en concentrant son cosmos.
• C’est impossible, déclara-t-elle à Baal. Comment un demi-dieu peut-il développer une chaleur pareille ?
• Lorsqu’ils ont vendu leur âme à Éris de la Discorde, leurs pouvoirs ont beaucoup augmenté, répondit Baal.
• Dites-lui d’arrêter, Baal ! Vous voyez bien que Hyoga ne se défendra pas ! Il va se faire tuer !
Baal la regarda fixement, le regard vide. Il ne répondit rien. Hyoga sentit la chaleur quitter son corps, et il eut réellement froid pour la première fois depuis des années. Sa peau devint bleue, et il sentit également la chaleur quitter son Armure Céleste. Notos était noyé dans des flammes magnifiques de cosmos pur qui dansaient vers le ciel. La sphère faisait maintenant la taille de la Terre Obscure. Hyoga le sentait : Notos ne voulait pas le rendre inconscient, mais le tuer. Il fit un pas en arrière et regarda Altéa, attendant une parole de sa part. Il ne bougerait pas. Plus jamais il ne se battrait. Altéa tourna la tête vers le Chevalier de Bronze.
• Bats-toi, Hyoga ! Ne reste pas immobile, espèce d’imbécile !
• J’ai fait le vœu de ne plus me battre et de ne plus prendre de vies, Altéa, sourit le Cygne. Peu importe si je disparais…
Lorsqu’Altéa vit le sourire de Hyoga et les larmes gelées sur ses joues, ses yeux devinrent humides. Elle porta un doigt incrédule à son œil gauche, et en retira une petite goutte de cristal. Elle repensa instantanément à Camus du Verseau et à son geste affreux. Elle revit le bateau de la mère de Hyoga s’enfoncer dans les profondeurs glaciales de la mer, et le jeune Chevalier tomber à genoux, le cœur déchiré, face à un Chevalier d’Or insensible. Un cosmos blanc comme la neige apparut autour d’elle. Hyoga sentit une puissance qui lui rappela celle qu’il avait fallu pour ouvrir une brèche dans le Mur des Lamentations : la puissance de douze Chevaliers d’Or réunis et fondus dans le cosmos.
• Mon Amour… retenta Altéa. Arrêtez Notos, ou je le ferai moi-même…
Altéa ne regardait pas Baal mais Notos. Son poing droit était serré et son bras tremblait. Le Prince ne lui répondit pas. Elle sut immédiatement ce que cela signifiait. Il la poussait à choisir son camp. Elle avait espéré ne jamais en arriver là, mais c’était trop tard. Son cœur appartenait peut-être à Baal de Syracuse, mais aujourd’hui, il battait au même rythme que les Chevaliers d’Athéna. Notos déchaîna l’Enfer.
• Le Souffle d’Auster ! s’écria Notos en relâchant toute son énergie sur Hyoga.
Paralysé par le cosmos d’Altéa, Hyoga n’aurait même pas pu bouger s’il l’avait voulu. Il vit la boule de feu exploser en une spirale de flammes brûlante et se diriger vers lui à plusieurs fois la vitesse de la lumière. Lorsque son Armure fut presque aussitôt portée à incandescence, il comprit que la résistance à la chaleur qu’il avait acquise sur les Terres d’Asgard était proprement dérisoire. La douleur fut tellement insupportable et sa vue tellement déformée par la chaleur, que Hyoga ne vit pas le Mur de Diamant se dresser devant lui pour le protéger.
La température de son Armure baissa immédiatement, et il retrouva entièrement son sens de la vue. Il posa sa main sur le magnifique Mur constellé de reflets et à la surface irrégulière si caractéristique. Des flocons de cosmos étaient prisonniers à l’intérieur du Mur de Diamant, en assurant la structure et l’imperméabilité. Hyoga put les voir danser à l’intérieur du minéral. De l’autre côté du Mur, juste devant le jeune Chevalier, Altéa était noyée dans les flammes, la main elle-aussi posée sur le résultat de son Arcane, comme pour le renforcer. Elle se retourna au ralenti. Hyoga la perdit de vue, puis elle réapparut, les flammes rebondissant contre le Mur et obstruant presque toute vision. Il vit le Titan marcher lentement vers Notos, noyé au milieu de spirales de flammes jaunes, rouges et orangées.
Altéa s’était interposée entre le Cygne et l’attaque de Notos, et avait créé un Mur de Diamant à l’aide de l’Arcane suprême du Bélier, se condamnant à recevoir le Souffle d’Auster. Elle avait été au début irritée par l’indécision et la bêtise de Hyoga. Il ne comprenait pas dans quelle situation il la mettait, et ne démontrait aucune envie de comprendre. Puis, devant la mort imminente du jeune homme qui n’était pour elle qu’un enfant, elle avait écouté ses instincts longtemps refoulés. Elle comprenait parfaitement le Cygne. Elle non plus ne voulait plus donner la mort. Prendre Doko comme élève avait été le début de sa nouvelle vie et le moyen de transmettre à un enfant la partie de son héritage qui ne concernait pas l’assassinat ou le meurtre.
Élevée dans le Tartare (3) par l’Éther (4) et Héméra (5), à l’époque où même les Olympiens n’existaient pas mais où les Titans étaient multiples, Altéa avait été un instrument divin la plus grande partie de sa vie. Elle avait été l’exécutrice de la Nuit jusqu’à la naissance de Zeus, puis l’avait servi durant la Révolte des Titans et la Guerre des Géants (6) sur ordre de ses créateurs. Immortelle, éternelle, la belle Altéa était demeurée dans l’ombre durant des éons, servant de Main aux dieux et déesses qui voulaient châtier leurs pairs. Les Célestes qui l’avaient enfantée ne lui avaient pas donné de libre-arbitre, alors elle avait tué et assassiné sans aucun remord ou sentiment, de la Grèce aux frontières de Babylone. Immobile au milieu des flammes divines de Notos, Altéa ferma les yeux.
Elle se revit plonger ses ongles dans la gorge d’Orion (7) et rester impassible devant son regard horrifié. Elle repensa à son intrusion dans la chambre des enfants de Thalassa (8) à la Cour du Royaume de Poséidon et à la couleur de leur sang. Elle sentit à nouveau le doux parfum d’Hermès (9) lui ordonnant d’aller exécuter la descendance de Pélops (10), puis revécu la scène de la mort d’Arès. C’était seulement au dernier moment, un trou béant dans son incroyable cuirasse, qu’il avait vu les paupières rouges d’Altéa avant de s’endormir à jamais. Elle avait tué tellement de dieux et de héros…
Heureusement, grâce à Zeus, son triste destin finit par changer. Fier de l’aide apportée par son assassin, la Main Céleste devenue Exécutrice de l’Olympe, il lui accorda le libre-arbitre. Elle découvrit alors l’amitié de Thémis (11), Titan tout comme elle, et s’ouvrit aux sentiments. Elle continua pourtant à tuer, ne sachant rien faire d’autre. Mais la tâche lui devint de plus en plus impensable.
Elle tua avec plaisir Rhoecos et Hylaeos, qui avaient essayé de faire violence à Atalante (12). Ce fut le début de la longue prise de conscience sur laquelle elle s’appuierait plus tard pour conseiller Deimos de Télamon. Jamais elle n’avait éprouvé de plaisir auparavant. Elle avait abattu les deux Centaures (13) comme des bêtes, après avoir découvert le visage terrifié de la jeune femme. Pour la première fois, elle avait rendu justice de sa propre initiative. Elle apprit vite à ressentir l’excitation de la chasse aux côtés d’Artémis (14), la peur que le gibier ne s’enfuie, et la joie de le voir y parvenir.
Le jour le plus déterminant fut celui où elle dut exécuter Éole, qui avait utilisé ses 4 Vents afin de détruire le Royaume d’un ami très proche d’Héra (15). Utilisant une portion seulement du pouvoir qu’elle avait accumulé durant ses millénaires d’entraînement dans le Tartare aux côtés des dieux emprisonnés et des anciens Titans, elle le tua avec une facilité qui lui fit presque peur. Ce jour-là, elle se rendit compte de l’étendue de son pouvoir et comprit que personne, pas même Zeus, ne serait en mesure de s’opposer à elle ou de la vaincre.
Lorsque Zeus ordonna à Altéa d’aller tuer Pélée (16), le héros des Argonautes (17), elle refusa. Elle rapporta à Zeus que le vieil homme était déjà sur son lit de mort, ayant même survécu à son célèbre fils, Achille (18), et ne méritait pas de mourir de cette manière. Pour la première fois, la colère de Zeus ne fut pas terrible. Ce jour-là, lui aussi comprit quelque chose : les Célestes avaient créé Altéa d’Oligol trop puissante, et il avait été un fou de l’avoir récupérée à son service. Il se contenta de la chasser de Grèce. Le cœur lourd, elle partit à la découverte du monde accompagnée de son amie, Artémis.
Remuer le passé n’avait rien de bon. Le temps des décisions était venu. Les enjeux étaient trop importants pour qu’elle hésite plus encore. Elle joignit ses mains en avant comme pour exécuter une Athéna Exclamation et développa un doux cosmos blanc écartant les flammes de Notos. Elle songea à son Amour, Baal de Syracuse, qui considèrerait son geste comme une trahison. Il ne reviendrait pas sur sa parole de laisser les Chevaliers d’Athéna progresser. De cela, au moins, Altéa était certaine. Par contre, dès qu’ils arriveraient aux portes du Palais, s’ils y parvenaient, ils les exécuteraient certainement de sa propre main pour avoir réussi à dresser sa bien-aimée contre lui. Si ce moment devait arriver, elle serait là pour l’en empêcher : les Chevaliers de Bronze devaient à tout prix arriver jusqu’au corps de leur ami !
• Pardonnez-moi, mon Amour, mais je sais que j’ai raison, murmura Altéa en rouvrant les yeux. La Terrible Providence !
Notos vit une explosion de lumière irisée souffler ses flammes divines comme si elles n’étaient rien, sentit son corps se cribler d’impacts, puis plus rien. Son Armure Divine réduite en miettes, il tomba inerte sur le sol de la Sphère de la Lune. La puissance de l’attaque empruntée à Thanatos fractura le Mur de Diamant derrière lequel Hyoga se trouvait. La peau couverte de sueur, la Guerrière regarda Baal de Syracuse qui s’apprêtait déjà à quitter les lieux. Ses yeux étaient humides. Une larme teintée du rouge de ses paupières roula sur sa joue jusqu’à son menton, puis tomba sur la poitrine de son Armure portée à incandescence. Elle disparut instantanément, transformée en vapeur d’eau.
• Voici donc votre choix, mon Amour, constata le Prince. Je vous ai donné ma parole de ne pas intervenir, et je la respecterai. Je permettrai aux Chevaliers d’Athéna de progresser librement dans le Réseau. S’ils continuent de se battre avec vaillance, ils arriveront jusqu’à moi.
• Merci… répondit Altéa avec une voix inexistante.
• Ne me remerciez pas. C’est à moi de vous remercier. Jamais il ne m’avait été donné de rencontrer une femme telle que vous. Je souhaite de tout mon cœur que vous ne vous soyiez pas trompée.
• J’en suis certaine.
• Tant mieux. S’il s’avérait que le Chevalier du Dragon ne prenne pas la bonne décision, vous savez bien ce qui se passera.
• Oui…
• Aidez-les, puisque vous avez choisi d’intervenir dans la vie et les choix des hommes. Je ne suis plus votre Prince et vous n’êtes plus la Gardienne de la Sphère Lunaire. Elle sera remodelée. Je vous retire toute autorité au sein du Réseau Céleste. Vous êtes maintenant un envahisseur, tout comme les Chevaliers d’Athéna…
La gorge serrée, Baal de Syracuse baissa la tête et se remit en marche, les ailes baissées. Euros lança un regard assassin à la triste Altéa et suivit son Maître. Le bruit des pas s’éloignant résonnait dans la Sphère comme les aiguilles d’une horloge. Une autre larme courut sur la joue d’Altéa. Hyoga s’approcha lentement. Beaucoup d’aspects de ce qui venait de se passer lui avaient échappé, mais il était certain d’une chose : c’était en grande partie sa faute. Il avait été faible, égoïste, et immature. Il n’avait pas réagi en Chevalier. En fait, il n’avait pas réagi du tout.
• Altéa… Je suis désolé.
• Je sais, mais peu importe. Nous devons nous mettre en marche.
Elle ne se retourna pas vers le Cygne, ni ne le regarda. Lorsqu’elle commença à gravir les marches de sa Sphère, le cœur lourd et l’âme en peine, Hyoga se sentit à son tour prisonnier d’une Armure trop grande pour lui.
Notes de l'auteur :
(1) Éris est la déesse grecque de la Discorde, fille de la Nuit, considérée comme la sœur et la compagne d'Arès. C'est la moins aimée des dieux. Elle interviendra dans la légende des noces de Pélée et de Thétis en jetant une Pomme d'Or au milieu des invités, dont elle ne faisait pas partie, qui portait la mention "à la plus belle". Héra, Athéna et Aphrodite, qui revendiqueront le bien, s'en remettront, à la demande de Zeus, au jugement de Pâris. Ici, on apprend que cette histoire est fausse et que Baal a emprisonné Éris dans la Pomme d'Or.
(2) Les Titans sont les enfants gigantesques d'Ouranos (le Ciel) et de Gaea (la Terre), parmi lesquels Cronos, Rhéa, Océan, Téthys, Japet, Hypérion, Coéos, Crios, Phoebé, Thémis, Mnémosyne et Théia, régnèrent sur le monde au commencement des temps. D'autres Titans sont consacrés : Hélios, Prométhée, Epiméthée, Atlas... seront également considérés comme des Titans.
(3) Le Tartare est ce lieu souterrain, fond des Enfers, que sépare de la surface du sol une distance égale à celle qui sépare le Ciel de la Terre. Abîme insondable, obscur, il est la prison des dieux de première génération vaincus par Zeus, des Titans et des Géants, puis par extension de toutes les divinités qui ont enfreint les lois de l'Olympe. C'est un lieu étouffant, fin de toute chose, où les dieux subissent des châtiments éternels.
(4) Au commencement était le Chaos, une crevasse ténébreuse, vide, d'où émergèrent Gaea (la Terre), et Éros (l'Amour). Du Chaos naquirent successivement les "éléments premiers" : la Nuit (Nyx), l'obscurité de l'Enfer (Érèbe), puis le Jour (Héméra), la Lumière (Éther). Gaea enfanta le Ciel étoilé (Ouranos), les montagnes et Pontos (la Mer stérile et harmonieuse).
(5) Héméra : voir (4).
(6) La Révolte des Titans et la Guerre des Géants : Zeus chassa son père Cronos, qui avait précédemment détrôné son père Ouranos pour sa tyrannie, du trône de l'Univers au cours de la bataille qui opposa les Olympiens aux Titans. Prométhée et certains enfants de Gaea, les Hécatonchires (Géants-aux-cent-bras) et les Cyclopes, s'allièrent à Zeus tandis que nombre de Titans, parmi lesquels Océan et Hélios, ainsi que l'ensemble des Titanides, ne prirent pas part au combat. Zeus obtint la victoire, au bout de dix ans, grâce à l'aide des Hécatonchires qu'il délivra du Tartare. Ses ennemis furent envoyés dans ce monde souterrain à une profondeur aussi grande que la distance qui sépare le ciel de la terre.
(7) Orion, fils de Poséidon, était un grand chasseur. Ayant eu connaissance de ses talents, le roi de l'île de Chios le fit venir pour lui demander de débarrasser l'île de tous les animaux sauvages. Orion, avec ses deux chiens Sirius et Procyon, accepta cette tâche et s'en acquitta à merveille. Ceci ne fut pas du tout du goût d'Artémis, déesse de la chasse et protectrice de la faune sauvage. Elle implora son frère Apollon d'intervenir. Ce dernier fit surgir du sol un Scorpion géant. Une lutte terrible s'engagea alors entre Orion et le Scorpion qui tua Sirius et Procyon. Enfin, Orion et le Scorpion s'entretuèrent. Ou bien peut-être est-ce qu'Altéa est responsable.
(8) Thalassa est fille d'Éther et d'Héméra, tout comme Altéa. Thalassa signifie "la Mer" en grec.
(9) D'après la légende arcadienne, Hermès était né sur le Cyllène. A peine né, il inventa la lyre avec une carapace de tortue. Puis il déroba 50 boeufs du troupeau d'Apollon. Ce dernier le traina devant son père mais il réussit à lui dérober son arc et ses flèches. Le dieu des voleurs était né. Il sut se rendre utile auprès des dieux. Il aida Zeus en tuant le bouvier Argos, chargé par Héra de garder Io. Il délivra Arès enfermé dans l'urne des Aloades. Il guida Héraclès vers les Enfers ; il en ramena Orphée et Alceste...
(10) Héros éponyme du Péloponnèse, Pélops est fils de Tantale, roi de Phrygie. Devenu roi, Pélops, à la mémoire d'Oenomaos, fonda les premiers Jeux Olympiques et, en l'honneur d'Hippodamie qu'il épousa, institua une fête tous les quatre ans consacrée à Héra, déesse du mariage.
(11) Personnification de la justice, Thémis était la fille d'Ouranos et de Gaea. Elle épousa Zeus et fut sa conseillère. C'est elle qui l'invita à revêtir la peau de la chèvre Amalthée pour s'en faire une cuirasse dans sa lutte contre les Titans. Sur l'Olympe, elle siégeait près de Zeus et présidait à l'ordre universel, aux serments et à la justice. Elle avait des pouvoirs oraculaires et passe pour avoir fondé le site de l'oracle de Delphes. C'est elle qui enseigna à Apollon l'art de la divination.
(12) Les thébains font d'Atalante une fille du roi de Scyros. Ne voulant épouser que celui qui l'aurait vaincue à la course, elle dépassait ses concurrents et les tuait. Sur le conseil d'Aphrodite, Hippoménès laissa tomber trois Pommes d'Or et tandis qu'elle les ramassait, il atteignit le but. Il osa l'étreindre dans le temple de Déméter, qui, indignée, fit d'eux un couple de lions pour traîner son char. Dans la légende arcadienne, exposée après sa naissance, elle fut nourrie par une ourse, puis devint une chasseresse célèbre et épousa Méléagre. Rhoecos et Hylaeos tentèrent de la violer.
(13) Peuple sauvage d'aspect monstrueux -chevaux à torse et tête d'homme- qui habitait, selon la légende, en Thessalie et en Arcadie. Nés de l'union illusoire d'Ixion et de Néphélé, ils étaient redoutables pour leur brutalité, à l'exception de Chiron et de Pholos.
(14) L'Artémis hellénique était une déesse lunaire ; fille de Zeus et de Lètô, sœur jumelle d'Apollon, dont elle était l'équivalent féminin, elle était souvent associée à ses exploits. Ils naquirent à Délos. Elle aussi présidait au chant, sous le nom de Hymnia, escortée par les Muses, les Charites ou les Nymphes. C'est la déesse des femmes, surtout des vierges. Elle se plaisait dans les champs, dans les bois et près des sources ; elle aimait la chasse, et poursuivait les bêtes fauves.
(15) Héra est la reine de l'Olympe, femme et sœur de Zeus avec qui elle partage la domination de la nature entière. On l'a identifiée avec Junon des Romains. La légende la donnait pour fille de Cronos et de Rhéa. Elle était née dans l'île de Samos, ou, selon certains, à Argos, puis fut élevée en Arcadie par Téménos, fils de Pélasgos. C'est la protectrice par excellence de la femme et la déesse du mariage légitime, la protectrice de la fécondité du couple.
(16) Pélée était un héros des Argonautes au destin tragique, roi légendaire d'Iolcos, fils d'Eaque, roi d'Egine, et de la nymphe Endéis, fille de Chiron. Avec son frère Télamon, il tua son autre frère Phokos, fut chassé d'Egine, et se réfugia à Phthie, auprès du roi Eurytion, dont il épousa la fille, Antigone. Pendant la chasse du sanglier de Calydon, il tua involontairement son beau-frère, et se réfugia alors à Iolcos, auprès du roi Acaste, qui le purifia.
La femme de ce dernier, Astydamie devint amoureuse de Pélée. Repoussée par lui, elle envoya une lettre à Antigone en affirmant que Pélée la trompait et celle-ci se pendit, puis elle l'accusa auprès de son mari d'avoir voulu la séduire. Il fut chassé d'Iolcos et abandonné sur le mont Pélion où il fut sauvé par Chiron. Plus tard il revint à Iolcos pour tuer Acaste et dépecer Astydamie.
Pélée épousa en secondes noces la néréide Thétis ; les dieux assistèrent au mariage et apportèrent leurs présents : en particulier une armure invincible et deux chevaux immortels, Balios et Xanthos, qui servirent par la suite à Achille. Eris (ou Discorde), qu'on avait négligé d'inviter, y apparut tout coup et y jeta la fameuse pomme d'or, avec l'inscription : "à la plus belle" qui devait indirectement lancer la guerre de Troie.
(17) Les Argonautes sont le nom du groupe qui partit chercher la Toison d'Or du Bélier en Colchide, mené par Jason sur ordre du roi Pélas. beaucoup de héros vinrent se greffer sur cette quête comme Ulysse, Pélée, Argos...
(18) Fils de Thétis et de Pélée, roi des Myrmidons, Achille est le plus fameux des héros grecs. Suivant la tradition, sa mère le plongea dans le Styx, ce qui le rendit invulnérable, excepté au talon par lequel elle le tenait. Instruit par Phénix, roi des Dolopes sur la diplomatie et sur l'art de gouverner ainsi que par le Centaure Chiron, il apprit à tirer de l'arc, à guérir les blessures, et fut nourri de moëlle de lions. Il se lia d'amitié avec Patrocle qui devint son ami inséparable jusqu'à la mort. Ulysse alla le chercher pour prendre Troie.