Altéa se tenait debout, les bras croisés dans le dos, en face du Cygne. Son immense queue de cheval descendait jusqu’à ses hanches dans des tons mauves rappelant la douce chevelure de Mû du Bélier. Les ongles longs et le soin apporté aux mains de la Gardienne contrastaient avec sa nature de Chevalier. Sa peau était à la fois claire et colorée, tout comme celle de la Princesse Saori. La cape bleue de son Armure Céleste tombait le long de son dos et de ses jambes, jusqu’au sol, immobile. La lumière chaleureuse qui filtrait au travers de la verrière du plafond faisait danser sur le doux visage de la Guerrière des tons d’argile orangés. Son Armure, sombre comme la nuit et profonde comme l’éther, faisait encore plus ressortir son superbe sourire. Hyoga éprouvait beaucoup de difficulté à regarder autre chose que les yeux d’Altéa et se sentit presque heureux lorsqu’elle les ferma, révélant ainsi ses magnifiques paupières maquillées de rouge. Il passa une main fatiguée dans ses cheveux blonds pour les remettre en place, l’air tracassé et songeur.
• Je dois bien avouer… que je ne sais toujours pas, répondit le Cygne Céleste.
• Tu es à un carrefour déterminant, Chevalier, répéta Altéa d’Oligol. Cela fait maintenant un moment que nous discutons, et mon avis n’a pas changé : je ne peux, ni ne veux, influencer ta décision.
• Merci… Pourtant… j’ai cruellement besoin de votre conseil.
• De quoi dois-je te parler, Hyoga ? De ce que tu sais déjà et ne veux pas admettre, ou bien de ce que tu ignores et ne voudras pas entendre ?
Hyoga médita quelques secondes sur la question. Il se refusait en effet à admettre certaines vérités et certains états de faits, et c’était même pour cela qu’il en arrivait à refuser son rang de Chevalier âprement gagné. Seuls le temps et la force des choses pourraient y changer quelque chose. Il se contenta d’une réponse neutre, qui obligerait Altéa à choisir ce qu’elle allait lui dire.
• Je vous en prie, soyez honnête.
• Shiryu est dans le coma. Il est catatonique et ne se réveillera peut-être plus…
La Gardienne de la Sphère Lunaire fit un état de l’art à Hyoga, lui décrivant Chevalier après Chevalier ce qui s’était passé et se passait toujours dans le Réseau Céleste. Elle mentionna les sérieuses blessures d’Ikki, physiques comme psychiques, le changement de personnalité de Shun et sa relation duelle avec Hadès, puis revint sur l’état de santé du Dragon et sur l’incroyable combat qu’il venait de terminer. Hyoga leva les yeux vers la Guerrière. Son regard était vague. Altéa se tourna sur le côté et prit sa cape dans sa main droite.
Elle répéta enfin ce qu’Hypnos avait laissé filtrer au sujet des 4 Vents gardant la Plaine d’Hersilie, et décrivit son réel niveau ainsi que son vrai visage. Elle expliqua au Cygne la stratégie de Canon et l’étendue du pouvoir qu’il devait garder en réserve, et termina son court récit par Deimos et le retournement de situation inattendu qui l’avait poussé à combattre son propre frère et à rallier Andromède et le Phénix.
• Shiryu… Je le savais. Je ne sais pas pourquoi, mais je l’avais senti… reprit le Cygne.
• Ton niveau a beaucoup augmenté, Hyoga. Même le Chevalier des Gémeaux ne peut encore sentir ce qui se passe d’une Sphère à une autre. Quant à la facilité déconcertante avec laquelle tu as découvert ton Arcane… Je dois bien avouer que j’ai été relativement surprise.
• Moi le premier… Je pense que j’avais sous-estimé les effets de mon entraînement et de mon retour sur les Terres d’Asgard.
• Certainement. Je t’ai vu frôler la mort dans la grotte de lave d’Hagen de Merak. J’ai même plusieurs fois ressenti ta peine et tes brûlures alors que j’observais la Princesse Flamme soigner tes blessures.
• Oui… J’ai dépassé mes limites et failli mourir. C’est étrange, mais la mort de Jacob ne fut pas la seule raison qui me poussa à m’entraîner avec acharnement…
Hyoga se souvint de son retour au Palais d’Hilda de Polaris. Il se revit s’agenouiller devant la Princesse, et elle de le relever en lui tendant la main avec un sourire angélique. Il s’était empourpré lorsque Flamme s’était jetée à son cou, arrachant un petit rire étouffé à Hilda qui cacha sa bouche derrière sa main. Accueilli cette fois en ami sincère, il avait pu à nouveau mettre à l’épreuve sa résistance sur les Terres d’Asgard, après avoir obtenu la permission de l’autorité des lieux. Il avait bien entendu choisi la Grotte de Merak pour son entraînement, puisque la chaleur qui y régnait le pousserait à dépasser les limites de son corps et de sa volonté.
Sur sa petite île de basalte, l’Armure de Bêta le fixait avec défiance, ses yeux rouges attendant la moindre faute. Il fallut au Cygne une semaine complète pour réussir à quitter sa protection divine. À chaque fois qu’il intensifiait son cosmos, le lac de lave s’activait, et des bulles venaient en crever la surface épaisse dans des projections brûlantes. La température montait de plusieurs dizaines de degrés, et attaquait le corps de Hyoga jusqu’à l’emmener en Enfer. Pourtant, la Mort le déposa à chaque fois devant sa porte, sans le faire pénétrer dans sa demeure. Quand il acceptait enfin sa brûlante étreinte, le corps meurtri et l’esprit las, il s’évanouissait toujours pour revenir à lui et survivre malgré tout. Plusieurs fois, il avait senti autour de lui le cosmos d’Hagen de Merak en regagnant conscience. Les yeux rouges de la tête de cheval de l’Armure de Bêta semblaient le dévisager et lui ordonner : « Encore ! C’est tout ce que tu es capable de faire, Chevalier ? C’est avec cette volonté ridicule que tu vas protéger la Terre et la Princesse Flamme ? Debout ! Ou je te laisse mourir ici… »
Hyoga s’était toujours relevé, et avait repoussé les limites de son cosmos. Il portait sur son corps des marques de brûlures qu’il ne montrerait jamais à ses amis. Le début de son entraînement fut essentiellement méditatif. Durant cette courte période, il apprit à supporter la chaleur, à endurcir son corps et à développer son cosmos. Lorsqu’il put enfin retirer son Armure sans risquer de mourir immédiatement, il entraîna ses attaques jusqu’à réussir à chaque fois à geler la surface du lac de lave. Puis il s’entraîna encore, et encore, jusqu’à ce que toutes ses attaques soient portées au Zéro Absolu. Il ne dormait pas, ne mangeait presque rien, et ne prenait comme pauses que les courts instants où la Princesse aux cheveux blonds venait lui rendre visite et lui apporter un peu d’eau. Peu à peu, le cosmos hostile dégagé par l’Armure de Bêta disparut, pour devenir neutre. Hyoga réussit à atteindre dans cette fournaise un incroyable degré de communion avec son Armure du Cygne. Lorsqu’il quitta les lieux pour retrouver le froid et imposer à son corps de nouveaux exercices impossibles, un climat de sérénité régnait sur le lac de lave…
• Je suis sincèrement désolée de la mort de ton jeune ami.
Cela pouvait paraître étrange, mais la phrase d’Altéa toucha beaucoup Hyoga, et le laissa assez désemparé. Depuis qu’il était devenu Chevalier, des personnes qu’il aimait étaient mortes. Des personnes que ses amis aimaient étaient mortes. Des héros étaient morts. Des inconnus étaient morts. Hyoga ne pouvait plus compter le nombre de personnes chères à son cœur qui étaient parties, ni le nombre de celles qu’il avait tuées lui-même. Pourtant, malgré le nombre écœurant de morts qui étaient survenues dans la vie du Cygne, celui-ci n’avait jamais entendu de condoléances. Jamais il n’avait entendu « Je suis désolée, Chevalier. » Jamais personne n’avait fait attention, et encore moins au pauvre petit Jacob. Jamais, jusqu’à aujourd’hui.
• Merci… C’est la première fois que…
• Même si tu vivais deux mille ans, jamais tu ne prendrais autant de vie que j’en ai prises. Je sais ce que c’est que d’assassiner un inconnu, mais aussi de pleurer un être cher…
Une curiosité n’arrivant jamais seule, Hyoga dut se rendre avec émotion à l’évidence : celle qui paraissait la plus proche des dieux de tous les Chevaliers qu’il ait rencontrés, était également la plus humaine. L’ironie de ce constat n’échappa pas au Chevalier de Bronze, qui osa poser une difficile question.
• Je vais paraître naïf, mais… est-ce que la douleur s’estompe avec le temps ? Est ce que… tous ces êtres à qui nous avons ôté la vie finissent par sortir de notre esprit ?
• Oh… oui, répondit Altéa… Tôt ou tard, ils disparaîtront de tes pensées… jusqu’à la prochaine fois où tu fermeras les yeux… ajouta-t-elle avec mélancolie.
La Guerrière éprouvait presque de la peine en lieu et place du Cygne. Quinze jeunes années d’existence et l’enfant était presque déjà brisé. Il ne pouvait se rendre compte de tout ce qu’il avait déjà accompli et ne le comprendrait peut-être jamais. Son Armure Céleste paraissait trop grande pour lui. Immensément grande. Comme s’il était nu, perdu au milieu de l’univers. La tristesse se lisait au fond de ses yeux, ainsi que l’inquiétude qu’il éprouvait quant au sort de ses amis et de sa Princesse. Altéa avait suivi depuis plusieurs années la progression du Dragon, certaine que l’élève de son propre apprenti jouerait un rôle cardinal au sein du cosmos. Elle avait également observé avec attachement la vie du Cygne. Le destin d’Ikki était peut-être le plus terrible, mais ceux de Shiryu et de Hyoga étaient les plus tristes.
Si elle n’avait pas réussi à rester à sa place, Altéa aurait rencontré un Chevalier d’Or de plus…
Lorsque Camus du Verseau fit sombrer vers les profondeurs de la mer le vaisseau renfermant le corps de la mère de Hyoga, Altéa avait eu du mal à se raisonner. À ce moment précis, elle avait voulu enfreindre toutes les règles du Réseau et descendre au Sanctuaire. Elle avait ardemment souhaité rendre visite à Camus dans sa Maison, et lui demander pourquoi il avait pleuré dans celle de la Balance. Elle aurait souhaité voir l’étonnement teinté d’arrogance du Maître offusqué qu’on ose lui donner une leçon. Altéa lui aurait dit qu’en effaçant l’image de la mère de Hyoga, il avait commis une monstruosité dont seul un dieu irresponsable et prétentieux était capable.
La Gardienne lui aurait montré ce que son geste stupide allait entraîner pour son protégé et comment il finirait sa vie. Elle lui aurait donné un avant-goût de la destinée du Cygne qu’il venait de changer. Altéa aurait tenté d’expliquer au Chevalier d’Or qu’en arrachant à son apprenti l’image de sa mère, il ne l’avait pas rendu plus fort mais au contraire plus faible, et qu’ôter l’amour du cœur d’un Chevalier afin de l’endurcir était une hérésie passible de mort. Camus aurait compris son erreur avec humilité, ou bien il aurait refusé d’admettre la vérité et aurait engagé le combat. Inconsciemment, c’est ce qu’elle aurait voulu. Ainsi, elle aurait pu le mettre à genoux, et lui prédire sa mort de la main de son propre élève…
Elle l’avait souhaité, mais s’était abstenue d’intervenir, car telle n’était pas sa place. Le Chevalier du Verseau n’était malgré tout qu’un homme, avec tout ce que cela pouvait comporter de faiblesses. Il était certainement la personne que Hyoga avait le plus admirée, et non sans une triste ironie, celle qui lui avait fait le plus de mal. Mais durant le combat de la Maison du Verseau, Altéa avait vu la vérité : Camus ne savait simplement pas comment aimer son élève… « Les hommes ne savent pas s’aimer… », avait alors conclu Altéa, en levant sa main vers l’image du Cygne gelé au Zéro Absolu.
• Et moi non plus… murmura la Gardienne comme un aveu.
• Pardon ? demanda Hyoga.
• Désolée. J’étais perdue dans mes pensées. Je suis une vieille femme, tu sais… répondit-elle avec un sourire à réchauffer n’importe quel cœur de glace.
Des bruits de pas résonnèrent au loin dans la Sphère de la Lune. Altéa arbora un sourire teinté de respect et d’inquiétude.
• Tu t’apprêtes à recevoir un honneur, Chevalier, dit-elle à l’intention du Cygne Céleste.
Hyoga sentit un cosmos relativement familier. Il fit quelques pas sur le marbre blanc pour avoir un meilleur angle de vue, et vit une silhouette approcher au loin, baignée dans un halo qui ne pouvait appartenir qu’à un Chevalier d’Or. Visiblement, il s’agissait d’un homme de grande taille. Lorsqu’il passa dans une veine de lumière entre deux colonnes de marbre blanc, Hyoga eut le temps de croiser son regard et de voir une partie de son Armure. Elle ressemblait à celle d’Altéa en termes de couleurs, tout comme celle de Fo de Tirynthe. Le Cygne sentit une légère brise lui caresser la nuque. Instantanément, Altéa serra le poing droit et fronça les sourcils.
• Ils sont là… dit-elle à Hyoga.
• Qui ça ? Qui est là, Altéa ?
• Les 4 Vents… Ou plus exactement deux d’entre eux… Méfie-toi de leur fourberie…
• Ceux dont parlait Hypnos et qui gardent la plaine qui mène au Palais Céleste ? Mais alors, cet homme qui approche…
• Oui, tu as compris, Hyoga. Je te présente notre Prince, Baal de Syracuse (1), Chevalier Céleste d’Érinyes (2).
• Les Érinyes… Les ministres de la vengeance des dieux grecs ? Celui qui commande au Paradis des Chevaliers aurait pour emblème… des divinités infernales ?
Hyoga en resta bouche bée. Il vit deux silhouettes apparaître dans l’ombre et se cacher chacune derrière une colonne, de chaque côté de la majestueuse allée menant à la porte de la Sphère. Il ne distinguait que leurs yeux. L’un des deux Vents divins dégageait un cosmos rouge comme celui du Phénix, et l’autre un cosmos vert rappelant celui de Shiryu. Dépassant les dernières colonnes de marbre indien, Baal de Syracuse s’immobilisa dans la lumière, dominant la salle de toute sa hauteur. Il éteignit le cosmos doré qui contrastait avec les couleurs sombres de son Armure. Hyoga en aurait presque mis sa main à couper : ce cosmos était celui d’un Chevalier d’Or.
• Bonsoir, mon Amour, commença Baal.
• Bonsoir ? Mais il est très tôt le matin, mon Prince, sourit Altéa en s’agenouillant.
• Certes. Mais il fait presque nuit dans le pays de votre cœur, sourit Baal en retour.
• C’est vrai… répondit la Guerrière en fixant le sol.
Le Prince du Réseau tout entier. Le dernier Chevalier Céleste. Celui qui gardait les portes du Paradis des Chevaliers. Il était enfin là, sous les yeux de Hyoga. Le Chevalier de Bronze ne fut pas surpris d’apprendre que cet homme était épris de la belle Altéa, et vit au sourire de cette dernière que les sentiments étaient réciproques. Comme le racontait la légende, l’Armure d’Érinyes semblait née de l’union entre la Nuit (3) et le fleuve Achéron (4). Sa protection était intégrale. Ses jambières arboraient au niveau des cuisses une découpe en demi-lune d’Or blanc, tout comme l’extrémité de la protection de ses avant-bras. La même matière se retrouvait sur sa poitrine et sur ses biceps, ainsi que sur le contour de ses triples épaulières et sur ses tibias. La partie de l’Armure d’Érinyes qui protégeait l’abdomen de Baal semblait articulée pour plus de facilité de mouvement, tout comme la double jupe qui descendait le long de ses cuisses.
La plupart des jointures étaient faites d’un Or gris poli et assez mat. Toutes les autres parties étaient sculptées dans le même métal étrange qui constituait toutes les Armures du Réseau, à l’exception de celles de Deimos et de Phobos qui avaient gardé les leurs. Le casque arborait deux yeux rouges tout en longueur au niveau du front, et était assez dépouillé, presque comme une couronne. Trois têtes de serpent aux yeux écarlates figuraient sur le dessus de chacune des gigantesques épaulières tombantes, et un joyau de la même couleur rouge trônait sur la ceinture du Prince. Une triple paire d’ailes repliées vers le ciel dépassait dans le dos de Baal de Syracuse, faisant songer à celles d’Éaque du Garuda. Sa peau était claire, et ses cheveux courts aussi noirs que ses yeux. Il dégageait une incroyable aura qui imposait le respect : l’aura d’un Roi.
• Quant à toi, tu dois être le Chevalier du Cygne Céleste, n’est-ce pas ? reprit Baal de Syracuse.
• Je… Oui, répondit Hyoga.
• Je suis heureux de faire ta connaissance, même si d’autres circonstances auraient été préférables.
• Agenouille-toi, Chevalier ! ordonna la voix d’un des deux Vents en laissant exploser un cosmos brûlant comme une fournaise.
• Laisse-le, Notos (5). Je ne suis pas son Prince. Il n’a pas à s’agenouiller et vous encore moins, mon Amour, ajouta le Chevalier Céleste.
• Bien, Maître, répondit Notos en éteignant son cosmos et en disparaissant à nouveau.
Hyoga n’avait eu le temps de voir que les reflets d’une Armure rouge. Altéa se releva et marcha jusqu’à Baal. Dans l’ombre, Notos fit un pas en avant. Son Prince leva une main pour lui faire signe de rester à sa place et il s’exécuta immédiatement. La belle Guerrière gravit les marches de sa demeure en direction de Baal de Syracuse, puis arriva à sa hauteur. Ils faisaient exactement la même taille. Le Prince prit les mains d’Altéa dans les siennes et plongea les yeux dans son regard. Il remit en place une des mèches de cheveux de la Gardienne, puis regarda le Cygne en s’adressant à sa bien-aimée en grec ancien.
• Il a tué Fo de Tirynthe. Est-ce celui que vous avez choisi ? demanda le Prince.
• Non, répondit Altéa.
• Alors vous avez choisi le Dragon… Il est aux portes de la Mort. Mais rien ne vous a échappé, je suppose.
• Non… admit la Guerrière.
• Je vois… J’ai été très étonné de voir que le Cygne et le Dragon ont maîtrisé l’Arcane de l’Esprit de leur constellation avec une déconcertante facilité. Je présume que vous y êtes pour quelque chose.
• Oui.
• J’en étais certain, Maître, murmura la voix de l’autre Vent.
Si le premier Vent, Notos, semblait posséder une Armure rouge comme les flammes, le second était discrètement baigné dans des tons plus doux. Une légère aura verte émanait de lui. Comme pour Notos, son corps était caché dans l’ombre. Seule une silhouette baignée de lumière dépassait des colonnes derrière lesquelles les deux serviteurs étaient cachés. Dès qu’elle eut entendu le murmure du Chevalier encore inconnu pour Hyoga, elle fronça les sourcils et son attitude changea du tout au tout.
• Euros (6)… répondit Altéa en tournant la tête. Tu veux peut-être que j’aille te chercher derrière ta colonne et te traîne jusqu’ici par la gorge ? Cela t’apprendrait à connaître ta place.
Le Vent divin ne répondit mot, et un malaise aussi palpable que l’était la menace d’Altéa parcourut la Sphère.
• C’est bien ce que je pensais, continua la Guerrière, le regard noir. Vous n’êtes pas les bienvenus en ces lieux, contrairement à votre Maître. Vous feriez mieux de retourner souffler votre médiocrité sur la plaine stérile que vous défendez…
Notes de l'auteur :
(1) La guerre en Sicile, menée au cours du grand conflit qui vit s'affronter Rome et Carthage pour la seconde fois, donna lieu à l'un des sièges les plus célèbres de l'Antiquité, celui de Syracuse, resté fameux en raison de la perfection de la défense de la ville, et du génie de son défenseur, le mathématicien Archimède.
(2) Déesses de la Vengeance chez les Grecs, identifiées avec les Furies des Romains. Instruments de la vengeance des dieux, les trois Érinyes, Alecto, Tisiphone et Mégère, sont les filles de la Nuit et de Cronos, nées dans l'Achéron, fleuve des Enfers. Elles pourchassent sans relâche les criminels. Leur aspect est repoussant : leurs cheveux sont hérissés de serpents et leurs yeux pleurent des larmes de sang.
(3) et (4) : Voir (2).
(5) Notos est un des 4 Vents divins : le Chevalier d'Auster. Fils d'Éos et d'Astraeos, c'est le vent chaud et humide qui souffle du Sud et qui répond aux ordres d'Éole.
(6) Euros est également un des 4 Vents divins : le Chevalier de Volturnus. Lui aussi fils d'Éos et d'Astraeos, c'est le vent humide qui souffle du Sud-Ouest et qui répond aussi aux ordres d'Éole.