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Cette fiche vous est proposée par : Siegfried


Paradise Chapter

• Très joli coup, Dragon, constata Bélisiandre. Malheureusement, ton corps n’est pas aussi résistant que le mien.

• En effet, acquiesça Shiryu. Cependant, j’ai bon espoir que tout ton corps ne soit pas aussi solide que ton Armure.

• Je vois où tu veux en venir…

• Ta peau et ton Armure sont incroyablement résistantes pour avoir encaissé Excalibur. Elles t’offrent une protection virtuellement infranchissable. Mais je serais très étonné que tes organes soient également aussi solides que le diamant.

• Très intéressant. Tu possèdes, je le sais, un pouvoir de frappe et de destruction certainement assez proche du mien. Peut-être que si tu me frappais assez fort, tu pourrais produire d’importants dommages sur mon organisme.

• C’est mon pari.

• Stratégiquement excellent et bien pensé. J’espère simplement que tu ne seras pas pris à ton propre piège.

• Je ne comprends pas… commença le Dragon.

Shiryu porta sa main à sa bouche. Il cracha à nouveau du sang entre ses doigts tremblants, sentant une douleur perçante lui tordre le ventre. Il regarda sa protection céleste, là où Bélisiandre lui avait porté un coup de pied assez tranchant, et vit les fissures de l’Armure.

• Impossible… Comment as-tu pu à ce point endommager mon Armure Céleste en un seul coup de pied ?

• Un seul coup de pied ? Allons, Dragon… sourit Bélisiandre.

Il n’y avait qu’une seule hypothèse possible : Bélisiandre avait frappé plusieurs fois Shiryu avec son pied, exactement au même endroit. Deux fois de suite, ou peut-être trois. Les premiers coups avaient entamé la structure de l’Armure et l’avaient fragilisée, et un dernier, plus puissant que les précédents, avait brisé littéralement toutes les chaînes d’atomes. Cette technique de Sen no Sen (1) bien connue de Shiryu, était celle qu’il s’entraînait à produire avec Oko, son ami, lorsqu’ils étaient enfants.

Le Dragon Céleste se souvint du passé…

• Oko… J’y arrive pas, avoua le petit Shiryu.

• C’est pas possible ! Quel nul ! se moqua le garçon torse nu.

• Eh ! T’as vu l’état de ta botte ? Alors arrête de te moquer de moi ! renchérit le petit homme à la fine chevelure noire.

Oko regarda son pied droit, et vit deux orteils dépasser de la botte de fourrure usée par l’entraînement. Il regarda Shiryu à son tour, qui avait de la difficulté à ne pas éclater de rire.

La rivière qui coulait autour des deux enfants dans un bruit de cristal froissé, était transparente comme l’amitié qui les liait déjà. Les cheveux de Shiryu étaient déjà très longs, comme ceux de son nouvel ami. Oko était physiquement mieux bâti que Shiryu et le dépassait presque d’une tête. Il était torse nu, et vêtu d’un simple pantalon de coton et de bottes de fourrure mongoles. Shiryu, lui, portait son petit pantalon et ses chaussures japonaises, ainsi qu’un t-shirt violet bien sali. Le soleil était bas dans le ciel, et d’ici à ce que les deux compagnons soient rentrés à la Cascade de Rozan, il se serait totalement couché derrière les rizières en terrasses à flanc de colline. La verdure de la plaine en contrebas, comme percée de toutes ces petites piscines, conférait à l’endroit une certaine virginité malgré le travail quotidien des paysans.

L’énorme pierre sortant du centre de la rivière et sur laquelle Oko s’entraînait sans cesse portait déjà de belles traces d’impacts. Dans le soleil déclinant, Shiryu, n’y tenant plus, éclata de rire. Assise sur une souche fraîchement coupée, une petite fille plus jeune encore que Shunrei l’accompagna avec force, la bouche cachée derrière ses mains. Elle portait une robe chinoise traditionnelle, coupée sur la cuisse, par dessus un pantalon de la même couleur bleue. Ses cheveux coupés courts en bataille, étaient noirs comme ceux de Shiryu.

• Ne t’y mets pas aussi, Mei ! Notre Maître va me tuer… finit par rire Oko avec eux.

Le Chevalier d’Or de la Balance n’en fit rien, mais il reprocha, comme souvent, aux deux enfants d’être arrivés en retard. Il était très rare qu’ils s’entraînent sans que Doko soit présent, ou à proximité, mais le Professeur leur laissait presque toute latitude lors de leurs petites pauses. Les deux apprentis partaient alors en courant dès l’aube, s’entraîner comme de petits diables en haut de la colline de Yang Bao (2). Doko les avait déjà vus faire. Ils s’entraînaient jusqu’à ne plus avoir de souffle, comme si les exercices imposés par leur Maître ne leur suffisaient pas, puis récupéraient, assis côte à côte, près de la Cascade de Yang Bao. De là, ils regardaient travailler les paysans sous le soleil de Chine, comme sous la pluie battante. « Ce sont de bons petits. Ils seront certainement amis pour la vie… » C’était ce que se disait Doko à l’époque…

• Il faut qu’on s’entraîne plus dur, déclara Oko après dîner.

• Oui, je sais, confirma Shiryu. Surtout moi. Je suis à la traîne.

• Non. Pour ce qui est physique, c’est vrai que je suis un peu meilleur que toi, mais dès qu’il s’agit de méditer, de garder son calme ou de réfléchir, tu es bien plus doué que moi.

• Merci…

• Je veux réussir à maîtriser la technique de notre Maître. Je ne me reposerai pas avant d’avoir réussi. J’abattrai cette grosse pierre !

• Ne dis pas de bêtises, Oko ! Il a dit que cela prendrait des années avant d’y arriver pour des enfants.

• Nos parents sont morts, Shiryu. Nous ne sommes plus des enfants.

Le futur Dragon n’eut rien à répondre à son ami…

Une semaine plus tard, les enfants gagnèrent une matinée de libre. Ils partirent comme à l’accoutumée pour la Cascade de Yang Bao. Ils repassèrent en revue les conseils techniques et théoriques du vieux Maître des Cinq Pics de Rozan. Cette technique n’avait pas de nom. Doko ne lui en avait jamais donné. Elle consistait à frapper à une très grande vitesse un objet très dur, plusieurs fois au même endroit, à une fréquence parfaite. Le coup final, toujours à la même fréquence, devait être beaucoup plus puissant, afin de faire exploser la matière ainsi fragilisée. Cela paraissait facile en théorie, mais aucun des deux enfants n’avait encore réussi à casser de pierre avec l’effet escompté. Shiryu s’entraînait avec les poings, mais Oko avait pris le parti d’y arriver avec les pieds. Plus petit que son ami, Shiryu avait un jeu de poings excellent, et Oko lui était supérieur en jeu de jambes. Le vieux Maître avait choisi de développer ces qualités respectives chez ses deux apprentis.

Ce jour-là, Oko jura à Shiryu qu’il arriverait à briser une pierre avec son pied de cette façon, avant la fin de la semaine. Il lui fallut une année complète.

De retour d’un de leurs entraînements faussement secrets, les deux garçons étaient passés par les rizières. Une bande de brigands s’en était prise au père de Mei, et l’avait jeté dans l’eau d’une petite piscine avant de le tuer. Il n’avait pourtant presque rien sur lui : quelques pièces et un reste de repas préparé par sa fille. Les brigands voulaient certainement simplement s’amuser un peu…

Les enfants arrivèrent sur les lieux par pur hasard. Les éclats de rire d’Oko cessèrent quand il posa ses yeux, au détour d’un petit chemin, sur le corps gisant dans l’eau du père de Mei. Les deux crapules riaient de bon cœur et étaient occupées à dépouiller le pauvre homme qui rentrait chez lui après une dure journée de travail. N’écoutant que sa colère, Oko se mit à courir lorsque le regard d’un des voleurs croisa le sien. À une vitesse incalculable pour le brigand, Oko lui sauta dessus et l’envoya au tapis de trois coups de poings successifs : un dans l’abdomen et deux dans le visage. Inconscient, l’homme tomba sur le sol alors que le second s’apprêtait déjà à sortir une arme. Shiryu lui cassa la main et l’homme tomba à genoux. Le regard vidé d’expression, Oko le frappa si fort que Shiryu entendit la mâchoire de l’homme se briser en plusieurs endroits.

Le jeune Shiryu, des larmes plein les yeux, descendit dans la petite piscine creusée à même le flanc de colline, et retourna le corps du père de Mei, comme s’il voulait le faire respirer. Il le tira sur la petite berge, mais n’était pas assez fort pour le remonter seul, entre les arbres.

• Oko… Aide-moi, demanda Shiryu avec une voix sanglotante.

• Comment allons-nous apprendre ça à Mei… demanda Oko, ses cheveux devant les yeux.

• Oko… Aide-moi !

Oko songea à la petite Mei, son amie, celle qui comprenait son cœur quand même Shiryu et Shunrei n’y arrivaient pas. Il la vit préparer le repas du soir de son père avec un sourire capable d’illuminer le monde entier. Il vit Mei se trancher gentiment le doigt avec son couteau, et une goutte de sang tomber sur le chou qu’elle découpait en lamelles. Il la vit porter son doigt à sa bouche en contemplant son début de repas bouillonnant sur le feu, satisfaite. Il la vit sourire en disant « Dépêche-toi, papa, sinon personne à part Oko ne pourra manger cette horreur. » Il la vit fermer les yeux et éclater de rire devant sa cuisine fumante…

• Oko… J’y arrive pas ! J'suis pas assez fort ! pleura Shiryu.

Le visage plein d’eau mélangée au sang du père de son amie, le petit homme vit une étrange énergie rouge se dégager du corps d’Oko. Dans un accès de rage et de haine, ou bien de douleur, un feulement de Tigre retentit dans la forêt aux alentours. Oko lança sa jambe dans son dos, presque à hauteur de visage, et frappa plusieurs fois l’arbre le plus proche. Au dernier coup qu’il porta en hurlant de désespoir, le tronc de l’arbre explosa littéralement sous l’impact. Oko était normalement capable de faire ça, dans ses accès de colère. Mais là, l’arbre avait explosé comme s’il avait été mort, répandant sur le sol sa matière atomisée. Lorsque la cime du végétal centenaire heurta le sol en cachant le soleil au petit Shiryu, Oko n’était plus nulle part…

Shiryu rouvrit les yeux et regarda les jambes de Bélisiandre. « Il utilise la même technique que notre Maître. Il est très rapide. S’il me frappe à nouveau, je dois éviter les zones critiques et me protéger au maximum derrière mon bouclier. Quand je pense qu’il n’a encore montré aucune de ses attaques… », songea le Dragon Céleste.

Hypnos trônait avec étonnement devant ce qui devait être la sortie de la Sphère : un gigantesque mur de diamant rouge. Le dieu du Sommeil contemplait la chose avec perplexité, sa main droite posée sur la magnifique roche minérale. Saori, quant à elle, n’avait pas bougé. Elle contemplait Bélisiandre de Kargamis derrière son masque d’Or, ses yeux s’adaptant de mieux en mieux à la vitesse et à la stratégie technique des combats.

Shiryu, lui, avait un dangereux besoin : celui de voir au moins une fois l’attaque ou les attaques de Bélisiandre, afin de définir sa stratégie. Et ce qui l’inquiétait au plus haut point, c’était qu’avec la force de frappe de son adversaire, il ne pouvait pas se permettre de se laisser toucher comme lors de son combat contre le Masque de Mort. S’il était frappé sur un point vital, ou même ailleurs, les dommages seraient probablement irréparables. Il n’osa pas songer à un coup au cœur : il exploserait sans doute sous l’impact, et son ami ne serait pas là pour le sauver cette fois-ci.

Il décida d’attaquer afin de tester sa propre vitesse ainsi que celle du Gardien. S’il s’en sortait bien, sa mobilité l’aiderait peut-être à se rendre inaccessible ou plus difficile à toucher. Il pourrait alors harceler son adversaire et attendre la faille dans sa défense pour porter un coup qui devrait compter. Malheureusement, son expérience lui avait montré que contre des adversaires de valeur, la Fureur du Dragon n’avait aucun effet. Quant à la Colère du Dragon, il devait souvent être aux portes de la mort pour que son pouvoir de destruction soit total. Mais plus maintenant. Plus depuis Altéa.

Il concentra un cosmos émeraude qui émana de lui par vagues successives. Bélisiandre se campa fermement sur ses appuis, et vit le Dragon fermer les yeux et écarter les bras, comme en signe de bienvenue. Shiryu leva le visage vers le ciel et concentra son énergie de manière à ce qu’elle n’émane plus de lui, mais reste en lui. Il développa son cosmos jusqu’à ce qu’il remplisse tous les espaces vides de son corps entre les atomes, et même au-delà. Le Guerrier vit le cosmos de son adversaire évoluer du vert des diamants du Sri Lanka, à l’Or de ceux des Philippines, puis disparaître progressivement. Expirant avec un calme visible, Shiryu adopta une posture d’attaque que Bélisiandre n’avait jamais vue. « C’est mauvais…. Il maîtrise déjà le stade supérieur du septième sens… et avec une déconcertante facilité… Je vais être obligé de passer à la vitesse supérieure… », songea le Gardien.

Dérapant tout d’abord sur le premier mètre, Shiryu prit ensuite une vitesse terrifiante. Bélisiandre vit arriver sa jambe au niveau de son épaule droite, et la para avec son avant-bras idoine. Alors qu’il rabaissait sa jambe, Shiryu tourna sur lui-même et se lança dans une succession de coups de poings à une vitesse permettant seul à Hypnos de suivre le mouvement. Le Guerrier Céleste encaissa deux coups au foie, dévia un coup au cœur, et arrêta le dernier au niveau du visage, serrant le poing du Dragon de plus en plus fort.

Lorsque l’étreinte devint suffisante, Shiryu utilisa cet appui pour faire levier, et sauta de quelques centimètres avec le coude tendu, puis l’abattit sur le poignet de Bélisiandre qui tenait son poing. Le Chevalier dut lâcher prise et en profita pour mettre deux coups de genou dans les côtes de Shiryu, qui atténua les impacts en se courbant le plus possible, présentant alors volontairement son flanc gauche. Bélisiandre mordit à l’hameçon et voulut balayer Shiryu avec sa jambe droite. Le Dragon s’abaissa et laissa passer la jambe de Bélisiandre au-dessus de sa tête. Il l’attrapa lorsqu’elle eut dépassé son casque, et se releva si vite qu’il déséquilibra totalement le Chevalier Céleste.

Celui-ci dut relâcher les muscles de ses jambes et faire un magnifique grand écart, sa jambe gauche étant encore au sol, mais la droite se trouvant maintenant sur l’épaule du Dragon. Shiryu venait de l’y poser et avait levé sa main droite pour viser la cheville du Gardien. Finissant son grand écart, Bélisiandre arriva tout près du visage de Shiryu et lui asséna un double coup du tranchant des deux mains, visant chaque côté du cou du Dragon. Shiryu fut dans l’obligation de parer en prenant sa tête dans ses deux bras repliés, et encaissa un douloureux impact sur chaque avant-bras. Il laissa ainsi la jambe droite du Guerrier libre, qui frappa Shiryu dans son bouclier à bout portant. Shiryu vola sur une dizaine de mètres avant d’aller s’écraser contre un pilier de diamant incolore. Il rebondit presque dessus, et repartit à l’attaque en direction de Bélisiandre qui essuyait la sueur de son front dans une position rappelant celle du Cygne. Le corps légèrement tordu, une jambe relevée et les bras croisés sur son torse, mains tendues comme pour former un X, Bélisiandre préparait enfin une attaque…

Ne sachant pas à quoi s’attendre, Shiryu tenta le tout pour le tout : il fonça comme un missile sur son adversaire, caché derrière son bouclier du mieux possible, mais fixant toujours Bélisiandre. Le Chevalier Céleste de la Sphère de Jupiter était maintenant baigné par l’image spectrale d’une Gargouille de Diamant.

• Technique du Sabre à l’Infini ! lança-t-il en partant vers Shiryu.

Le Dragon vit toutes les griffes de l’Armure de la Gargouille de Diamant passer de l’incolore à un bleu lumineux. Bélisiandre était déjà sur lui. Il encaissa une succession de coups de pied donnés avec la pointe, et dévia le dernier d’un minuscule coup de bouclier pour en diminuer l’impact. Les deux poings de Bélisiandre étaient déjà sur les côtes de Shiryu, de chaque côté…

• Technique du Voile à Fendre l’Esprit ! renchérit Bélisiandre.

Shiryu esquiva le poing droit de son ennemi en tournant sur lui-même, présentant ainsi un dos sans défense à l’autre main de diamant qui irradiait maintenant d’une lumière verte. Il se crispa sur l’instant, s’attendant à une douleur qui ne lui permettrait peut-être pas de contre-attaquer immédiatement. Lorsque le poing de Bélisiandre rencontra l’Armure Céleste du Dragon entre les ailes de cette dernière, il en massacra la surface. Shiryu eut la chance d’avoir la protection supplémentaire du support des ailes entre Bélisiandre et son corps. Le Dragon se concentra tout en essayant d’oublier la douleur et la colère. Il essaya de trouver cet état de communion avec le cosmos, que Bélisiandre ne lui laisserait plus atteindre.

• Technique de l’Arbre Céleste à 5 Branches !

La jambe droite de Bélisiandre, enveloppée d’une énergie bleutée, partit du sol pour décrire un arc de cercle devant le visage du Chevalier Céleste. Lorsqu’il la reposa sur le sol de l’autre côté, après un majestueux mouvement d’une souplesse à en faire pâlir Shiryu lui-même, il restait dans l’air la trace couleur de saphir, comme une empreinte s’évanouissant progressivement dans l’air. Lorsque Shiryu avança, sachant bien que l’attaque de son adversaire n’avait pas encore commencé, il fixait Bélisiandre dans le fond des yeux mais gardait la pointe de son pied dans un coin de son champ de vision.

La jambe de Bélisiandre monta vers le visage de Shiryu à une vitesse qu’il n’avait pas anticipée. Il fut réduit à une esquive arrière qui cassa son élan et le déséquilibra. Il vit le pied enveloppé de cette lueur bleue passer devant ses yeux avant de redescendre vers le sol, puis de s’immobiliser en l’air, avant de repartir dans l’autre sens pour faucher la tête du Dragon avec le talon. Shiryu compta deux coups portés, et s’attendit au troisième en encaissant encore un dangereux impact dans son bouclier. Il se félicita du fait que Bélisiandre n’ait utilisé qu’une fois la technique de son Maître et d’Oko. Cette joie fut de courte durée.

Avant même que la jambe droite du Gardien ait retouché le sol, la gauche était déjà en l’air, dirigée elle aussi vers la tête du Dragon. Toujours en osmose avec le cosmos, mais moins calme qu’au début du combat, Shiryu se demanda inconsciemment si c’était lui qui était moins rapide, ou l’attaque de Bélisiandre qui gagnait en vitesse à chaque coup de son mouvement. Le pied gauche du Gardien passa au-dessus de la tête du Dragon qui avait cherché le sol, agenouillé avec une jambe tendue. Celle de Bélisiandre décrivit une courbe élégante avant de revenir pour faucher la tête de Shiryu avec le talon, exactement comme au coup précédent. Il se releva à la vitesse de la lumière et campa fermement ses appuis sur le sol en présentant son bouclier céleste au talon de Bélisiandre.

Il porta sa main libre à son bouclier, et serra son poignet afin d’augmenter la résistance et d’éviter que son bras ne soit brisé sur le coup. La force de l’impact le fit déraper sur quelques pas, et il sentit une bonne douleur lui parcourir l’avant-bras. Bélisiandre se jeta sur lui, genou tendu. « Ce doit être le dernier coup… », songea Shiryu.

La violence avec laquelle Bélisiandre se jetait sur le Dragon, bras tendus en arrière, genou droit pointé vers la gorge de son adversaire et jambe gauche tendue vers l’arrière, sans même toucher le sol, n’augurait rien de bon pour le Chevalier de Bronze. S’il esquivait, à la distance qui le séparait du Gardien, ce dernier se retournerait et le faucherait au passage avec son autre jambe, ou bien il se ferait accrocher au cou par un des bras libres du Guerrier Céleste. Il n’y avait plus qu’une solution, et elle allait coûter très cher.

Bélisiandre se rapprochait à une vitesse vertigineuse. Shiryu ferma les yeux et chercha l’image de Shunrei. Il la vit puiser de l’eau et tremper sa tunique traditionnelle avec maladresse, puis éclater de rire. Il se laissa submerger par le calme des rizières de Chine, le sourire de Shunrei, le bruit de la chute d’eau et l’odeur de l’herbe mouillée. Lorsqu’il rouvrit les yeux, Bélisiandre fondait toujours sur lui, mais presque au ralenti. Il rapprocha ses deux bras de son corps et en appela à la puissance du Dragon. Ses longs cheveux noirs cherchèrent le ciel, et l’emblème bien connu apparut dans le dos de Shiryu.

• La Colère du Dragon ! hurla-t-il en tendant le poing gauche vers Bélisiandre.

Bélisiandre donna l’impression de ne rien avoir vu venir. Lorsque son genou heurta l’épaule droite du Dragon, il fractura l’Armure Céleste et brisa plusieurs os. Désarticulée, l’épaule droite de Shiryu ne servirait plus à grand chose. Sa clavicule explosa sous la pression, ainsi que trois côtes qui dispersèrent de dangereuses échardes dans les poumons du Chevalier. Avant même que Shiryu ne sente la douleur provoquée par l’impact, la Colère du Dragon rencontra le visage de Bélisiandre…

Le Chevalier Céleste fut propulsé en arrière, tout comme son adversaire, et roula sur le sol sur plus de vingt mètres avant d’aller s’écraser contre son Palais de Diamant. L’énergie bleutée entourant ses bras et ses jambes disparut. Shiryu vola au-dessus du magnifique escalier, et termina en position christique contre le mur de la Sphère, la tête heurtant une veine de diamant rose. La violence du double choc résonna dans la tête d’Hypnos, le seul à avoir pu voir ce qui s’était passé. « Tu as opposé une résistance farouche et n’a montré aucune de tes réelles attaques, Dragon. C’est excellent. Cependant, tu as été bien plus touché que tu ne le penses… », songea le dieu du Sommeil.

Le Dragon Céleste atterrit sur le sol sans ouvrir ses ailes, par peur de se déchirer le dos ou d’aggraver ses blessures. Il se releva en titubant, son épaule lui faisant un mal à lui fendre le crâne en deux. Du sang s’écoulait de la commissure de ses lèvres, et ses jambes tremblaient un peu. Un œil à moitié fermé, il avança vers l’escalier en se tenant le bras droit. Bélisiandre se releva à son tour, sans aucune difficulté, et se tourna vers l’escalier du palais. Il vit la tête de son adversaire apparaître, puis ses épaules, son thorax, sa ceinture et enfin ses jambes. Shiryu avait l’air mal en point. Beaucoup plus que le Chevalier Céleste.

• Tu es un combattant d’une incroyable valeur, Chevalier, commença Bélisiandre. Cependant, cela ne sera pas suffisant…

• Ne sois pas arrogant, Bélisiandre, cela ne te va pas du tout, répondit le Dragon.

• Ta résistance défie la raison, Chevalier, mais tu as été gravement blessé par l’Arbre Céleste, contrairement à moi. Penses-tu pouvoir maintenir ce niveau de combat avec ton corps blessé ?

• Et toi ?

• Que veux-tu dire ?

• Je te pensais plus intelligent, Bélisiandre… À bout portant, La Colère du Dragon n’a pu te laisser intact…

Shiryu tendit un doigt vers le visage de Bélisiandre. Celui-ci porta sa main à son visage, puis l’examina avec incrédulité. Il saignait abondamment du nez, et sa vue se troublait progressivement.

• Incroyable… C’est la première fois depuis bien longtemps qu’un Chevalier réussit à me blesser aussi gravement.

• La blessure n’est malheureusement pas mortelle. Je n’ai pas frappé assez fort…

• Dans ce cas, je suis désolé, Chevalier, mais je vais devoir terminer le combat maintenant. Je ne peux prendre le risque d’être plus grièvement blessé avant de m’occuper du dieu du Sommeil…

• Qu’est-ce que tu dis ?

Bélisiandre ouvrit la main droite, et Shiryu vit des cristaux rouges y apparaître, poussant comme des stalagmites. Le Guerrier ferma son poing en les écrasant, et Shiryu repensa à la scène décrite par son adversaire quelques minutes plus tôt. Il repensa au cercueil éternel que le Gardien avait sculpté pour la Princesse Myliana, et comprit ce qui l’attendait s’il ne réagissait pas très vite.

• Écarte-toi de là ! hurla Hypnos à l’intention de Shiryu.

Le Dragon voulut écouter le conseil du dieu du Sommeil, mais ne le put. Il croisa le regard de Bélisiandre, et vit que son visage était triste. Il prenait tout son temps pour lever son bras, le regard vague. Shiryu sentit une vague de douleur indescriptible lui brûler les avant-bras, le dos et le thorax. Il tomba à genoux, foudroyé sur place. Il vit apparaître sur son Armure Céleste, à chaque endroit où il avait encaissé un coup de Bélisiandre, une double entaille en forme de croix, dont chaque segment devait faire environ vingt centimètres. Il vomit du sang et sentit plusieurs petites hémorragies internes. Cela ne le tuerait pas, mais il n’avait plus la force de bouger.

Le souffle court, le Dragon Céleste, fauché en plein vol, regardait le filet de sang qui reliait sa bouche à la roche noire du sol. Il sentit la structure de son Armure fragilisée, ainsi que la poussière d’étoiles se déposer sur le sol en-dessous des impacts. Son bouclier arborait une dizaine de coupures en forme de croix.

• Im… Impossible… Je n’ai pas arrêté autant de coups… avec mon bouclier… cracha Shiryu en s’étouffant presque.

• Je suis navré, Chevalier. Lorsque j’ai employé les techniques du Voile à Fendre l’Esprit et de l’Arbre Céleste à 5 Branches, j’étais toujours dans celle du Sabre à l’Infini…

• Je n’ai… rien vu...Tu as pourtant employé la technique de mon Maître… à chaque fois…

• Ne t’en veux pas, Dragon. Personne ne m’avait jamais résisté comme tu viens de le faire… Je regrette… La Mort Rouge…

Pointé vers le ciel, le bras de Bélisiandre devint incandescent. Il ouvrit la main, laissant s’échapper la poussière minérale qui s’enroula autour du corps de Shiryu dans une spirale colorée. Le poing droit serré, Hypnos regardait la scène. Le Dragon pouvait encore lui être utile, et a fortiori pour sortir de la Sphère. Si Bélisiandre l’enfermait pour toujours dans un cercueil de diamant rouge, il devrait alors mettre la main à la pâte beaucoup plus tôt que prévu. Le dieu savait ce qui l’attendait derrière cette Sphère, et qui il allait retrouver dans la Sphère de Cristal. Lorsqu’il les retrouverait enfin, il devrait être au sommet de sa forme pour avoir une chance de vaincre. Non, le Dragon ne devait pas disparaître maintenant.

Le corps à moitié pris dans un minéral d’une beauté indescriptible, Shiryu était en train de s’endormir en admirant malgré lui les méandres de lumière dansant sur la surface du diamant. Il avait sommeil… Très sommeil. Ses yeux se fermèrent. Il ne luta même pas. C’est à ce moment précis qu’un cosmos noir comme les Prisons du Tartare (3) s’enflamma à proximité. Il ne savait pas où, ni de qui il pouvait bien provenir. Il voulait simplement dormir et ne jamais plus se réveiller…

Finissant son cercueil de diamant rouge, Bélisiandre de Kargamis eut à peine le temps de voir Hypnos se jeter sur lui. Il vit le dieu au Surplis constellé approcher à une vitesse dépassant sa capacité de compréhension, et prendre appui sur le haut des marches du Palais de Diamant. Il vit la chevelure dorée d’Hypnos tirée en arrière par la vitesse et le poing du dieu ramené près de son corps. Rien d’autre. Il ne vit pas ses yeux d’Or jaune briller comme deux étoiles, ni son cosmos noir fusionner avec son poing. La dernière image qu’il perçut avant d’être totalement paralysé, fut celle d’une multitude d’yeux de femmes gigantesques le fixant dans toute la pièce, leurs paupières parfaitement maquillées d’un jaune safran. Leur pupille était bleue comme le saphir le plus pur, et des éclats émeraudes les rendaient encore plus perçants.

• Les Yeux de Circé (4)… murmura Hypnos, préparant déjà la suite de son attaque.

Toutes les paupières spectrales se fermèrent, cachant ainsi l’hypnotique beauté de leur pupille. Puis, comme autant de miroirs de cristal, elles volèrent en éclat en répandant sur le sol une poussière incolore et cristalline. Saori vit cette pluie s’abattre lentement sur la salle, comme autant de magnifiques flocons de lumière. Elle tendit la main pour en récupérer quelques uns qui pénétrèrent sa peau et son Armure, et s’endormit profondément, tout comme le Dragon à-demi pris dans le diamant. Son bouclier céleste heurta le sol.

• L’Assassin de l’Ombre ! cria Hypnos devant Bélisiandre, les ailes déployées.

Paralysé, le Chevalier Céleste sentit une décharge d’énergie canalisée dans un seul coup de poing lui vriller le ventre. Il vit le poing cuirassé du Surplis d’Hypnos tordre son abdomen, et laisser sur lui une marque noire. Il sentit un organe se rompre ; probablement sa rate. Ne montrant aucun sentiment, Hypnos venait de relâcher un fragment de sa puissance réelle, sous la forme d’un coup de poing pourpre faisant penser au Poing du Titan.

Le corps de Bélisiandre, enlevé par l’impact, éventra une colonne de diamant et atterrit en contrebas dans un fracas effroyable. Vomissant du sang à son tour, presque totalement paralysé, le Gardien se retourna avec difficulté sur le sol, et regarda la marque de poing noire laissée sur sa peau. Sentant la brûlure, il chercha le regard du dieu du Sommeil avec des yeux pleins d’incompréhension, se demandant s’il venait de rêver. Dans la Sphère de Jupiter, on pouvait entendre des plaintes et des pleurs, comme dans la Maison du Cancer, mais en bien plus terrifiant. Une odeur de mort et de cadavre remplit les narines du Gardien, qui eut un haut-le-cœur.

• Bien, Gardien… lança Hypnos de toute sa hauteur, le visage caché dans l’ombre. Je vois que j’ai toute ton attention. Tu m’obliges à révéler une partie de ma vraie nature, mais peu importe. Maintenant que tout le monde a été endormi par Les Yeux de Circé, toi et moi devons avoir une petite discussion…

Ravalant une gorgée de sang, Bélisiandre ne savait pas quelle était la vraie nature du dieu du Sommeil, mais n’avait aucune envie de la découvrir. Sa Sphère semblait plus terne et avait perdu une bonne partie de sa lumière. Dans certains coins, le Gardien crut apercevoir des ombres étranges, peut-être vivantes. L’odeur devint presque insoutenable, et des cris d’enfants horrifiants lui percèrent les tympans. Du sang s’écoula de ses oreilles et il porta ses mains à sa tête.

• J’ai dit que nous devions parler tous les deux, Chevalier… M’as-tu entendu ? demanda Hypnos comme une menace, avec une voix d’outre-tombe.

• Oui… répondit Bélisiandre. Oui, j’ai entendu…

• Bien…

Hypnos satisfait, la douleur s’arrêta comme elle était venue.


Notes de l'auteur :

(1) Le "Sen no Sen" est une technique, ou plus exactement une tactique d'arts martiaux japonais. Cela signifie "Initiative dans l'Initiative", ou bien "Action dans l'Action". Cette technique basée sur la rapidité consiste à laisser l'autre commencer à attaquer pour profiter de son mouvement et contre-attaquer à l'intérieur de celui-ci, pourquoi pas en utilisant sa force ou sa vitesse. Exemple : attendre que son adversaire abatte son sabre afin de pouvoir le détourner et remonter vers sa gorge. Le "Sen no Sen" recherche le moment parfait où la contre-attaque est imparable.

(2) Yang Bao n'existe pas en Chine. C'est simplement une chanson du dernier album de Faye Wong : Jiang Ai. Très difficile à traduire en français, Yang Bao signifie "My Dearest Sunshine" en anglais, non pas dans le sens du lever de soleil, mais plutôt "Mon Trésor Adoré" ou "Mon Rayon de Soleil"...

(3) Bref rappel : le Tartare est ce lieu souterrain, fond des Enfers, que sépare de la surface du sol une distance égale à celle qui sépare le Ciel de la Terre. Abîme insondable, obscur, il est la prison des dieux de première génération vaincus par Zeus, des Titans et des Géants, puis par extension de toutes les divinités qui ont enfreint les lois de l'Olympe. C'est un lieu étouffant, fin de toute chose, où les dieux subissent des châtiments éternels.

(4) Circé est la plus célèbre magicienne de la mythologie grecque. Fille d'une Océanide, elle était douée de pouvoirs extraordinaires, capable entre autres de faire descendre les étoiles du ciel. Elle excellait dans la préparation de filtres, de poisons et de breuvages altérant les hommes, ce qui est tout à fait approprié pour un pouvoir d'Hypnos.

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