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Cette fiche vous est proposée par : Siegfried


Paradise Chapter

Après les splendides et interminables champs de fleurs des Sphères du Soleil et de Mars, Saori s’était dit qu’elle ne traverserait certainement plus d’endroit aussi beau et féerique. Des plaines recouvertes de variétés de fleurs et d’arbres inconnues, aux fontaines naturelles de nectar (1) jaillissant d’affleurements rocheux, en passant par toutes les étranges espèces d’oiseaux multicolores, les domaines des frères de Télamon contrastaient totalement avec leur caractère de Berserker. L’air y était doux et chargé de parfums tropicaux, et un vent humide semblait en permanence vous y caresser le visage. Les deux Sphères semblaient identiques, à la différence près qu’il faisait jour dans celle de Deimos, et nuit dans celle de son frère aîné. Oui, ces deux Sphères étaient réellement merveilleuses. Mais ce n’était encore rien à côté de celle de Jupiter…

La Princesse en resta bouche bée, tout comme Shiryu. Le début de la Sphère de Jupiter ne ressemblait à rien de connu jusqu’à lors. Elle n’était pas aérienne, spacieuse, remplie de fleurs ou peuplée de créatures fantastiques. Pas de colonnes de marbre blanc ou de grands escaliers. Aucun travail architectural et aucune trace de civilisation, tout du moins pour le moment. Hypnos et ses compagnons avaient débouché dans une gigantesque galerie creusée à même la roche, au cœur de ce qui ressemblait à une mine de diamant. La profonde gorge de pierres précieuses paraissait descendre vers les entrailles de la Terre, ou à tout le moins de l’endroit où ils se trouvaient. Le boyau était assez grand pour qu’Hypnos y marche debout et possède encore une bonne marge au-dessus de ses cheveux dorés, avant de frôler le plafond. Canon le suivait, et Saori et le Dragon fermaient la marche, côte à côte.

Saori s’arrêta pour toucher la surface du couloir étincelant. Par endroits, la roche irrégulière était simplement noire et brillante d’humidité, mais par d’autres, elle était recouverte de gigantesques veines de diamant multicolores. Certaines partaient du plafond pour courir autour du couloir et s’enfoncer dans le sol recouvert de mousse glissante, et d’autres lézardaient les murs à l’horizontale, suivant le boyau.

• C’est… incroyable, murmura Saori, les yeux ébahis derrière son masque d’Or.

• Oui… confirma Canon des Gémeaux, s’arrêtant lui aussi. Cet endroit n’est pas ordinaire. Aucune mine de diamant au monde ne peut posséder autant de minéraux naturels. C’est… proprement fascinant.

• En effet, Chevalier, intervint le dieu du Sommeil. La plupart des diamants sont légèrement colorés, mais ici, c’est un réel enchantement. Et, si j’osais ajouter un avis personnel, comme tout ce qui est enchanteur, cet endroit doit être très dangereux.

• Je suis d’accord, répondit Shiryu. Je ressens une drôle d’impression. La lumière émanant de toutes ces veines de pierres précieuses me rappelle…

• Oui, Shiryu ? demanda Saori.

• Albérich… répondit le Dragon sur un ton monocorde.

L’émerveillement provoqué par les lumières multicolores éclairant la galerie à la manière d’une infinité de prismes, ne faisait qu’augmenter avec la progression des quatre invités. Shiryu laissa sa main traîner sur la paroi du couloir allant désormais en s’élargissant et en remontant, et vit des lumières impensables danser sur le métal céleste de son Armure du Dragon. Les veines de diamant étaient de plus en plus fréquentes, et les zones de roche nue de moins en moins. La luminosité ambiante s’accrut tout au long du chemin, jusqu’à ce que Saori et ses Chevaliers débouchent dans une salle dont la beauté n’aurait même pas pu être imaginée par un dieu.

• Je… Je pensais pourtant avoir vu des endroits fantastiques… s’excusa presque Hypnos.

• Impossible… ajouta Shiryu. On dirait… un palais de diamant…

La salle était un dôme gigantesque. Des veines de diamant jaune alternaient avec des veines de diamant doré, et partaient de la base de la salle pour rejoindre le sommet du dôme en son centre, en un gigantesque amas de cristaux faisant songer à une cascade gelée. Sous cette voûte de roche noire et de pierre précieuse, un palais, ou un temple de diamant, trônait avec majesté. Un escalier évasé de roche sombre et humide veinée de vert, partait des pieds de Shiryu pour monter jusqu’à un étage immensément large. Là, des colonnes visiblement taillées à la main dans le diamant pur et transparent, montaient dans les airs. Pourtant, elles ne supportaient aucune structure, et se finissaient à des hauteurs diverses et variées. Derrière, l’entrée d’une impressionnante Maison ressemblant à celle du Capricorne apparaissait dans des teintes magnifiques.

En s’approchant du commencement de l’escalier, Canon remarqua que chaque dalle de roche noire était scellée dans le sol par un filet de diamant qui en faisait le tour, comme un joint de cristal. La forme de l’escalier semblait volontairement irrégulière, tout comme celle du temple et de ses colonnes. Canon songea que ce palais incroyable était presque tordu, par endroits, comme s’il le regardait au travers d’un filtre qui en déformait l’image. C’était superbe… Tout bonnement superbe. Il posa un pied sur la première marche, avec précaution, comme s’il avait peur de casser quelque chose, puis le ridicule de la situation le frappa d’un seul coup. Le diamant était le minéral naturel le plus résistant du monde, et il n’était pas homme à se laisser émouvoir facilement. Il monta l’arrogant escalier de lumière.

• Suivons-le, proposa Hypnos plus qu’il ne l’ordonna, pour une fois.

• Je n’en reviens toujours pas… déclara Saori. Allons-nous trouver un ennemi dans un endroit aussi merveilleux ?

• Certainement, confirma Shiryu.

• Tu as l’air très sûr de toi, Chevalier, ajouta une Saori inquiète.

• Oui… Cette ambiance… Tout est somptueux, mais sentez-vous l’air ? Sentez-vous l’odeur qui règne en ce lieu ?

• Je n’avais pas fait attention, reprit Hypnos. C’est comme si ça sentait… la mort…

• Oui, confirma Shiryu, mais sans côté agressif. Une mort douce, comme un sommeil.

• Se pourrait-il alors que ce palais soit… commença Saori.

• Un mausolée, Athéna. Votre intuition était excellente, lança une voix assez douce du haut de l’escalier.

Canon fut le premier à voir le Chevalier qui venait de s’adresser à sa déesse. Au premier coup d’œil, il remarqua que l’Armure qu’il portait représentait une Gargouille assez particulière, car à forme humaine. Des ailes lugubres dans le dos et un heaume à cornes tordues, le Gardien portait une protection du type de celle de Fo de Tirynthe : intégrale, sauf au niveau du torse. Y avait-t-il un lien entre les deux hommes ? L’Armure bénéficiait d’un soin et d’un détail incroyables malgré son apparente noirceur. On aurait dit un Surplis de la Gargouille, dont toutes les griffes auraient été taillées dans du diamant d’une transparence et d’une pureté parfaites.

En effet, de dangereuses griffes minérales jaillissaient des articulations des genoux, des coudes et des épaulières, et d’autres, plus petites, se trouvaient sur le côté des jambières, le bord du thorax et sur les gants et les bottes. L’homme arborait une impressionnante queue de diable dans son dos, entièrement articulée, tout comme ses ailes sombres. Son visage angélique et assez masculin était très beau. Malgré ses cheveux châtains clairs et ses yeux gris, il ressemblait beaucoup à Aioros du Sagittaire.

• Bienvenue à vous, Athéna, ainsi qu’à vos Chevaliers, reprit le Gardien. Je suis Bélisiandre de Kargamis, Chevalier Céleste de la Sphère de Jupiter. Je ne vous attendais pas si tôt, je dois bien l’avouer et m’en excuser.

• Où sommes-nous, Chevalier ? demanda Shiryu. Je veux dire… Mis à part dans le Domaine de Jupiter…

• Si tu parles de ce mausolée, Chevalier Céleste du Dragon, il s’agît du repos éternel de la Princesse Myliana.

• Tu veux dire… que l’Amour de Fo de Tirynthe… Enfin, son corps… repose dans cette structure ? Qu’elle est son tombeau ? demanda Hypnos.

• Oui, c’est exact, dieu du sommeil.

• Mais pourquoi… commença Hypnos.

• Pourquoi est-elle enterrée avec moi ? Ou plutôt pourquoi suis-je enterré avec elle ?

C’était exactement la formulation qu’Hypnos allait utiliser, mot pour mot. Le dieu du Sommeil ne manqua pas de le noter, et de regarder le Chevalier avec des yeux moins amicaux.

• Tout s’est passé il y a maintenant bien longtemps. À la fin de la Guerre Sainte, il y a presque deux mille ans, j’ai reçu une triste visite…

En méditation depuis plusieurs heures sur les marches de son palais de diamant, Bélisiandre était en nage. Son Armure de la Gargouille de Diamant reposait tout en haut du dôme de roche noire, au cœur de l’amas de cristaux à la pureté parfaite. Sentant une agitation et une tristesse accablantes pénétrer sa Sphère, il brisa sa concentration et se reposa sur le sol, levant une main vers son Armure Céleste. Elle se mit à scintiller, mais il ne l’appela pas encore. Lorsqu’il vit Fo de Tirynthe déboucher du Couloir de l’Esprit, portant le corps inanimé d’une jeune femme dans ses bras, Bélisiandre descendit en courant le gigantesque escalier.

• Que s’est-il passé, Fo ? demanda Bélisiandre.

• Je… Elle… C’est mon Armure… Cette création du Diable… Elle… tenta Fo avant d’abandonner son explication.

• L’Armure de la Chimère ?

• Oui, répondit-il, le regard noir. Elle a pris possession de moi. Elle a…

• Non… Dis-moi que c’est impossible ! Tu as…

Fo acquiesça en silence, regardant le visage souriant de la belle jeune femme, déjà pâli par l’étreinte de la mort. Puis il tourna la tête et pleura en fixant un côté de la salle, la vue floue, le visage totalement fermé. Il refusait de regarder plus encore son Amour perdu. Il finit par dévisager Bélisiandre, son ami, plongeant son regard dans ses yeux à la fois froids et compatissants. Il reprit la parole.

• Je pense que tu as compris pourquoi je suis venu ici, mon ami.

• Tu veux que je fasse un cercueil de diamant pour la Princesse, c’est bien ça ?

• Oui, en effet. Elle était douce, pure, et courageuse.

• Je le sais bien et je salue son courage. Je ferai le cercueil. Athéna est-elle… commença Bélisiandre.

• Oui, répondit Fo, l’âme vidée. Elle l’a totalement quittée.

• Je vois… Fo, je…

• Je sais…

• Je vais m’y mettre immédiatement.

Devant l’entrée du palais, Bélisiandre de Kargamis regarda son ami déposer le corps de sa bien-aimée sur le sol froid et humide. Elle était réellement d’une grande beauté. Le Gardien de la Sphère de Jupiter ferma les yeux, joignit ses mains comme pour une prière, et se concentra. Comme aurait pu le faire le Chevalier du Verseau, il leva un bras vers le ciel, et des rayons de lumière irisée balayèrent le corps de la jeune femme avec chaleur, dans des danses sinueuses.

Une écorce de diamant rouge commença à se former sur la robe tâchée de sang de la belle Myliana. Elle monta jusqu’à son visage, et Fo ne put s’empêcher d’être consolé en songeant que sa beauté serait préservée pour l’éternité. Une fois terminé, le cercueil de diamant avait la forme d’une superbe marquise (2). Bélisiandre regarda les quelques cristaux de diamant vert qu’il venait de faire pousser au creux de sa main, puis ferma son poing en les écrasant. Il le rouvrit et souffla sur la poussière nouvellement formée. Elle tomba en scintillant sur l’incroyable cercueil écarlate.

• Voilà… J’y ai apposé ma marque : le Sceau de l’Éternité. Rien ne pourra jamais briser ce cercueil. Pas même notre Prince, Fo.

• Merci, Bélisiandre. Je dois… encore te demander un service colossal.

• Je t’écoute, mon ami.

• Je ne peux conserver ce cercueil dans ma Sphère… Pas auprès de cette Armure maudite par les dieux.

• Je comprends… Je construirai une salle dans ce palais de diamant pour qu’elle repose en paix.

• Penses-tu que notre Prince acceptera que le corps d’un… avatar d’Athéna demeure dans le Réseau ? demanda Fo à son ami.

• Il acceptera.

• Tu en es certain ?

• J’en fais mon affaire, promit-il.

Plus tard dans la journée, alors que Bélisiandre avait commencé les longs travaux de la pièce de diamant incolore, il se demanda pourquoi l’Armure de la Chimère avait pris possession de Fo pour lui faire tuer sa bien-aimée. Était-ce parce qu’elle était la réincarnation d’Athéna ? Cela n’avait pas de sens. Si c’était de la simple jalousie, en faisant ce qu’elle avait fait, l’Armure s’assurait que son porteur ne la revêtirait plus jamais. De plus, elle avait laissé passer Doko et Sion lors de la dernière Guerre, même si Altéa l'avait demandé à Fo, et n'était donc pas toujours agressive. Elle avait beaucoup changé depuis qu’elle avait reçu du sang de Pégase, mais les perceptions particulières de Bélisiandre le travaillaient. C’est alors qu’il reçut une vision si forte qu’il en tomba à la renverse, le crâne ouvert en deux par la douleur.

Il vit Vlad du Vampire sourire en caressant l’Armure de la Chimère, puis dessiner sur elle avec du sang plusieurs symboles. L’image suivante fut celle de Myliana tombant inerte sur le sol, la tête heurtant une pierre dans un fracas épouvantable. Puis le sourire de Vlad s’effaça et la vision se troubla. Bélisiandre ne vit qu’un oiseau de feu et un visage d’Or versant des larmes de vengeance. Puis il sut que Vlad allait payer. Pas aujourd’hui, ni demain. Mais il paierait.

Serrant les dents de douleur et de fureur, il se releva tant bien que mal. Il avait senti la détresse de l’Armure qui venait de lui envoyer cette vision. Il avait senti qu’elle était malade et violente. Mais il n’avait pas senti d’envie de tuer la Princesse. Oui, Vlad paierait. Bélisiandre regarda le cercueil de diamant.

• J’ai choisi le diamant rouge (3)… Il est très difficile à créer, même pour moi, Princesse. C’est le minerai le plus rare et le plus complexe de tous…

Il s’arrêta un moment, tourna la tête, puis reprit, le regard vague.

• Vous serez vengée, Princesse. C’est écrit…

Bélisiandre regardait le palais, derrière lui, lorsqu’il finit sa tragique histoire. Shiryu prit la parole, étonné qu’un Chevalier se confie autant à des étrangers, et a fortiori des ennemis.

• J’ai peur de ne pas tout comprendre… avoua Shiryu. Fo de Tirynthe est ce Chevalier que Hyoga a combattu, c’est bien ça ?

• Oui, Chevalier, confirma Saori. Hyoga a gagné le combat. Il est… parti. Je le sens très clairement, maintenant.

• Comment, Princesse ? Il aurait quitté le Réseau Céleste ? Mais pourquoi ? demanda le Dragon.

• Je ne sais pas s’il a quitté le Réseau, Shiryu, mais quand je suis arrivé avec Ikki, je l’ai croisé alors que nous quittions la Sphère de la Lune, précisa Canon. Il était blessé, et a déclaré qu’il n’avait plus rien à faire ici. Qu’il n’était plus le Chevalier du Cygne…

• C’est impossible ! s’écria Shiryu. Pourquoi dirait-il une chose pareille ? Il n’a pas pu nous abandonner ici ! Hyoga n’est pas comme ça ! Il n’a jamais baissé les bras ! Etait-il gravement blessé ?

• Tout le monde change, Dragon… sourit Canon.

• C’est exact, s’immisça Bélisiandre. Votre ami a malheureusement tué le mien, mais en lui laissant le choix de sa mort et de sa rédemption… Il a en effet énormément changé, et traversé des évènements tragiques depuis quelques temps. Il ne souhaite plus se battre.

• Oui, continua Saori. Je le ressens presque encore… Hyoga ne comprend pas pourquoi il est venu ici, prendre la vie de quelqu’un qui aurait pu être son ami… Il ne veut plus tuer…

• Vos perceptions deviennent de plus en plus étendues, Athéna, reprit Bélisiandre. Arrivez-vous déjà à voir ce qui se passe dans les autres Sphères ?

• Je… Oui, je commence à y arriver, mais c'est assez flou. Je vois des indices plus que des images.

• Ne vous fatiguez pas, Athéna. Chaque chose en son temps, déclara Bélisiandre.

• Je vois… Fo… étendu sur le sol. Il sourit. Comme s’il était…

• Libéré, finit Bélisiandre avec un sourire triste.

• Oui, concéda Saori.

Canon n’avait rien contre un minimum de discussion de temps à autres, a fortiori si elle apportait des éléments de réflexion stratégique ou seulement des informations qui pouvaient se révéler précieuses. Rien dans tout ceci ne le concernait réellement, et il n’avait pas la sensation d’apprendre quoi que ce soit. Il avait croisé Hyoga, regardé Ikki essayer de le raisonner par la force, et tout ce que le Phénix avait gagné dans sa manœuvre d’intimidation avait été une main gelée et un regard noir. Il ne fallait plus prendre le Cygne à la légère. Souvent, la vie transforme un Chevalier, et à plus forte raison lorsque son destin s’avère tragique. Il avait conseillé à Ikki de laisser passer Hyoga, en précisant au Phénix qu’il avait déjà dû accomplir sa part du travail. Peut-être son destin de Chevalier s’arrêtait-il dans la Sphère de Mars…

Hypnos vit dans ce Chevalier Céleste visiblement ouvert et débordant de gentillesse, une belle opportunité d’en apprendre plus sur le Réseau que ce qu’il en savait déjà. Il comptait bien l’utiliser et laisser les autres faire le sale travail. Le sien viendrait bien plus tard… Le dieu du Sommeil voulut en savoir plus sur les règles qui régissaient l’endroit, et la porte qui menait à la Sphère de Cristal. Il souhaitait également voir le Chevalier Céleste brûler un cosmos afin d’observer comment celui-ci allait se manifester. Hypnos avait noté que chaque Gardien avait une approche différente du cosmos, s’en servait d’une manière particulière, certainement car ils venaient tous d'une époque différente… Celui d’Altéa était invisible, celui de Fo ruisselait de son Armure comme une plaie ouverte, celui de Vlad était un parasite et une substance vitale pour le Vampire, celui de Phobos semblait faire irruption par le sol comme le magma d’un volcan, et celui de Deimos se développer comme un brouillard infini… Oui, Athéna et les Gardiens n’étaient pas les seuls à avoir une perception étendue, et à savoir ce qui se passait dans les autres Sphères. Plus Hypnos serait sous-estimé, et plus cela arrangerait ses sombres desseins…

• Personne ne vous sous-estime en ces lieux, dieu du Sommeil, annonça Bélisiandre.

• J’en étais certain, répondit Hypnos. Tu peux lire dans les pensées…

• Oui, en effet.

• Impossible, déclara Shiryu. Mais alors, il connaîtra nos intentions avant même que nous ne portions la moindre attaque…

• Ceci seulement si vous comptez vous battre, répondit amicalement Bélisiandre. Pour ma part, je préfèrerais éviter tout affrontement.

• Tu as peur de défigurer ton beau palais ? s’amusa Canon.

• Bien sûr que non, Chevalier. Il est virtuellement difficile de l’abîmer. Même pour toi qui aurait la force de déchirer des étoiles, ce serait très improbable.

• De toutes façons, je te rassure, je ne compte pas concentrer mes coups sur tes précieuses colonnes, sourit Canon. Laisse-moi passer.

• Chevalier, tu es blessé. Je préférerais ne pas avoir à me battre contre toi. Je n’ai aucune envie de te tuer…

• Pfffttt… lança Canon en brûlant un cosmos doré, et en ouvrant ses ailes.

Shiryu, Hypnos et Saori regardèrent la scène depuis le bas de l’escalier. Les ailes de Canon se déployèrent dans des tons bleutés et orangés. Le cosmos du Chevalier d’Or, sans commune mesure avec celui qu’il était capable de développer avant son séjour en Hadès et sous la Grande Cascade de Sang, illumina toute la pièce. Les couleurs ainsi créées et filtrées par les colonnes et les veines de diamant, étaient parfaitement surréalistes. Plusieurs planètes fantomatiques vinrent se concentrer dans le poing droit de Canon, les jambes écartées et le bras gauche tendu. Ses yeux rayonnaient d’une puissance contenue, et ses blessures semblaient ne pas du tout l’handicaper. Le Chevalier Céleste ne bougeant pas d’un pouce, Canon en profita pour concentrer encore la force de plusieurs étoiles dans sa main…

• Par l’Explosion Galactique ! lança-t-il à l’intention de Bélisiandre.

Un déluge d’énergie cosmique se déversa du poing du Chevalier d’Or. Il déchaîna son attaque en direction du thorax de Bélisiandre, qui ne bougeait toujours pas. Le Gardien prit l’attaque de plein fouet dans le ventre et s’envola comme une brindille de bois soufflée par la tempête. Il vola sur une vingtaine de mètres et heurta à une vitesse folle la paroi du palais de diamant. Il retomba lentement, un genou à terre, et se releva. Le mur était intact, tout comme le Chevalier ou son Armure. Bélisiandre approcha de nouveau, avec calme. Son visage n’était ni amusé, ni en colère. Il arborait simplement de la déception.

• Voilà… Tu es satisfait, Chevalier ? Tu as frappé celui qui était sur ta route ?

• Impossible ! Ton Armure n’a aucune marque d’impact… Et ton corps non plus…

• Bien entendu. Sache que mon Armure est aussi solide que le diamant rouge, tout comme mon corps.

• Même ton corps ? Mais comment est-ce possible ?

• J’ai été… Je suis né comme cela, répondit Bélisiandre. Arrête, Chevalier. Ce combat n’a pas de sens. Je ne veux pas à avoir à te frapper.

• Pfffttt… Et tu penses que cela va suffire à m’empêcher de passer ? Que je vais te dire « Oui, tu as raison, Chevalier. Nous n’avons rien à faire ici. Nous allons retourner en arrière… » Es-tu devenu fou, comme ton ami ? s’amusa le Chevalier des Gémeaux.

• Très bien… Je vais essayer de ne pas te tuer. Ton parcours est trop unique pour que le Monde puisse déjà se passer d’un Chevalier comme toi…

• Trêve de beaux discours…

Canon recommença à brûler un cosmos assez inquiétant, encore plus visible et ardent que le précédent. Il appela à lui toute la puissance dont il se sentait capable, désireux de faire mordre la poussière au gamin qui se tenait en face de lui, gamin qui avait en réalité certainement des milliers d’années… mais peu importait ! Canon n’avait jamais reculé et encore moins en face d’un Chevalier arrogant. À ce petit jeu, il avait quelques cartes dans sa manche. Lorsqu’il eut emmagasiné suffisamment de puissance pour raser une Maison du Sanctuaire, il la déchaîna sur le Gardien.

• À moi… l’Explosion Galactique ! hurla Canon avec plus de rage que la première fois.

• C’est inutile ! aboya Shiryu. Canon ! Attention !

Bélisiandre se jeta en avant, un sourire sur le visage. À une vitesse dépassant visiblement celle de l’attaque de Canon, il esquiva bon nombre de coups et dévia les autres du revers de la main droite, se rapprochant de son adversaire. Arrivé devant Canon comme s’il s’était téléporté, il ne restait plus rien de l’attaque du Chevalier d’Or. Canon avait vu le Gardien commencer à courir, puis son image disparaître pour réapparaître entre ses projections. Il avait vu des images de planètes ne heurter personne, et d’autres se faire atomiser par un tranchant de main brillant comme le diamant. Quand Bélisiandre apparut devant Canon, ce dernier n’eut pas le temps de se protéger. Il sentit un simple coup de poing lui déchirer l’abdomen à travers son Armure, déformée sous l’impact. Il tomba à genoux, les yeux brisés, incapable de trouver son souffle. Sa vue se brouilla, et il eut simplement le temps d’entendre une phrase avant de sombrer dans l’inconscience.

• Je suis désolé, Chevalier. J’espère sincèrement ne pas t’avoir blessé à mort. Mais sache que si mon corps et mon Armure ont la puissance du diamant rouge, il en va de même pour mes attaques. Tu n’es pas le seul à pouvoir déchirer des étoiles…

Hypnos serrait le poing si fort qu’il faillit se casser les doigts. Il avait vu toute l’action et avait noté qu’il serait simple pour Bélisiandre de prédire où tous les coups de Canon seraient portés. Mais il n’en avait rien fait. Il l’avait affronté à la loyale et avait esquivé toutes ses attaques sans profiter de ses dons de télépathie. Canon était à genoux, et Bélisiandre l’avait fauché avec un coup de poing. Pas une attaque tonitruante capable de réduire en poussière une Maison. Un simple coup de poing. Franchir cette Sphère serait rude, et Hypnos le savait mieux que qui que ce soit. Il était un dieu, et savait lui aussi quelques choses que les autres ignoraient.

Par exemple, il avait remarqué que Bélisiandre avait scellé la porte de sortie de sa Sphère avec un mur de diamant rouge que lui seul pourrait abattre. Il n’était même pas capable d’étendre son champ de perceptions au-delà de cette muraille infranchissable, et cela ne l’enchantait guère. Il fallait trouver le moyen d’en finir au plus vite. Peut-être allait-il finalement être obligé de se salir les mains plus vite que prévu. Il sourit, au moment où Shiryu commença à gravir les marches du grand escalier de roche noire et de diamant.

• Bélisiandre, je dois bien avouer que ta force semble terrifiante, commença le Dragon. Mais je viens de me souvenir des paroles d’Altéa d’Oligol. Je ne pense pas que tu sois réellement un télépathe.

• Ah oui ? répondit un Bélisiandre très intéressé.

• Non… Je ne pense pas que tu lises à proprement parler dans les pensées des gens. Tu lis dans le cosmos, n’est-ce pas ?

• Dans… le cosmos ? répéta Hypnos sans trop y croire.

• Tu es très intelligent, Chevalier, répondit Bélisiandre. Je comprends qu’Altéa t’ai choisi…

• Choisi ?

• Peu importe… reprit le Guerrier. Je n’aime pas me battre, et préférerais que tout ceci se règle différemment, mais je connais ta volonté, Dragon. Je sais que tu franchiras cette Sphère, ou que tu mourras dedans. Je sens bien que tu ne feras pas machine arrière. Tout du moins pas encore…

• Alors, Bélisiandre ? Ton Armure de Diamant et ta force prodigieuse contre mon bouclier du Dragon et Excalibur ? Qui de nous deux cèdera le premier ?

• Je ne sais pas, Chevalier, sourit Bélisiandre comme aurait pu le faire Shun. Mais n’oublie pas que je lis dans le cosmos…

Arborant un sourire confiant, Shiryu songea aux rizières de Rozan et au son du cours d’eau se terminant par l’impressionnante Cascade. Il pensa aux traits fins du visage de Shunrei et à son sourire capable de guérir tous les maux. Il pensa à son prochain retour auprès d’elle et à ce qu’il ferait de l’endroit. Poursuivre la voie de son Maître… Peut-être fonder une famille… Peut-être tout autre chose, mais Shunrei serait à ses côtés. Bélisiandre ne comprit pas tout de suite ce qui se passait. Jamais il n’aurait cru le Dragon capable d’atteindre le niveau supérieur du cosmos aussi facilement. Les yeux de Shiryu débordaient de calme et de sérénité, sans parler d’une puissance contenue difficile à apprécier. Mais il était absent du cosmos. Bélisiandre décida de le tester. Il se jeta en avant de toute sa vitesse et attaqua le Dragon au corps à corps.

Shiryu para cinq ou six coups de poings en reculant un peu, sachant que ce n’était pas une bonne chose. Il se força à avancer et dut pour ce faire encaisser deux dangereux coups de poing dans son bouclier. Mais les coups de Bélisiandre de Kargamis étaient clairs et limpides… Cela n’enlevait rien à leur puissance, mais Shiryu les voyait arriver ! Il se protégea d’un dangereux coup de genou porté au ventre, mais ne put éviter le coup de pied suivant, qui l’envoya voler au travers de la pièce, les yeux fermés par réflexe à cause de la vitesse. Au tout début de son vol, même les yeux fermés, Shiryu voyait encore son adversaire dans des teintes dorées d’énergie iridescente. En communion parfaite avec le cosmos, il revit le visage de Shura, puis celui de son Maître redevenu jeune.

Hypnos vit le Dragon parer une douzaine de coups à une vitesse dépassant celle de la lumière, et se faire plier en deux par le tranchant du pied de Bélisiandre. Il crut apercevoir le Dragon sourire en plein vol, puis ouvrir les yeux et déployer ses ailes à une vitesse difficile à appréhender, même pour lui. Il vit le bras droit de Shiryu tendu vers le sommet du dôme, et un arc de cercle de lumière dorée déchirer l’espace. Il vint trancher le sol, devant les pieds d’Hypnos, puis lacéra l’endroit jusqu’au sommet de la voûte. Le Tranchant d’Excalibur faucha Bélisiandre à la moitié du mouvement, au niveau du thorax. Il recula de plusieurs mètres, dans une explosion d’étincelles, et manqua de tomber sur le sol. Il se rattrapa, posant un genou à terre, en se tenant la poitrine. Son Armure n’avait aucune marque apparente, et sa peau n’était pas entaillée. Mais il semblait souffrir. L’arc de lumière dégagé par Excalibur mourut en s’éteignant dans la pièce, ayant lacéré la roche noire sur plus de soixante mètres.

Shiryu retomba sur le sol en repliant ses ailes et posa lui aussi un genou au sol. Se tenant le ventre, il vomit du sang. Déployer ses ailes et s’arrêter sur place à la vitesse à laquelle il avançait alors, n’avait pas été sa meilleure idée, mais il avait une chance. Oui, une petite chance…

Plus loin, Hypnos regarda le sol tranché net devant son pied gauche. Il remonta des yeux la veine taillée par Excalibur sur le sol, puis sur le palais, et enfin sur le plafond. Le Dragon ne l’avait peut-être pas remarqué, mais il avait tranché certaines couleurs de diamant. Pas le vert, ni le doré, et à la vue de l’Armure Céleste de Bélisiandre, pas le rouge non plus. Mais le diamant incolore avait subi des dégâts, ainsi que le bleu… Hypnos sourit de satisfaction. « Montre-nous ton réel niveau, Dragon… Montre-nous qui tu es devenu, et épuise-toi… Entretuez-vous, cela me facilitera grandement la tâche… »


Notes de l'auteur :

(1) L'ambroisie et le nectar sont les deux types de nourriture des dieux de l'Olympe, le nectar étant liquide et l'ambroisie, contrairement à ce qu'on pourrait croire, solide. C'est un plat. L'ambroisie est source d'immortalité alors que le nectar enchante simplement les sens.

(2) La navette, ou marquise, est une forme de diamant sculpté assez rare. Elle ressemble à la pupille d'un chat, est plate sur le dessus et le dessous, et possède de multiples facettes tout autour, taillées en biseau. La forme "baguette" aurait été encore plus adaptée à un cercueil car rectangulaire, mais possède moins ce côté de pierre travaillée, comme si Myliana était prisonnière d'un joyau...

(3) Le diamant rouge est réellement le plus rare du monde. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, la majorité des diamants sont en effet colorés, et assez peu sont incolores. Les couleurs existantes sont le blanc (ou incolore), le rose, le bleu, le rose-bleu, le brun, le vert, le jaune (canari ou jonquille) et le rouge.

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