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Cette fiche vous est proposée par : Siegfried


Paradise Chapter

Ikki fixait le soleil levant avec une incompréhensible nostalgie, le pied droit sur un rocher à la surface agressive. Une fine brume de chaleur alourdissait le ciel, annonçant traditionnellement un après-midi intenable. La plupart des failles autrefois remplies de magma étaient maintenant vides et asséchées. La terre ne grondait pas et l’odeur de souffre si caractéristique faisait cruellement défaut à l’endroit, lui retirant ainsi toute crédibilité. Ikki ne savait pas quelle île de Death Queen se tenait sous ses pieds, mais il était impossible que ce soit celle qu’il avait connue. Des fleurs avaient trouvé la force de pousser ça et là et l’air chaud animé par un vent violent ramenait sur Ikki des embruns provenant de l’océan.

Certes, il y avait beaucoup de points communs, comme cet alignement de pierres menant à une petite caverne partiellement inondée à marée haute, où le Phénix allait souvent lorsqu’il était encore un enfant pour écouter les vagues et laisser ses pieds meurtris se reposer dans l’eau. Par là-bas, le Chevalier reconnut le même chemin que celui qu’il avait emprunté des dizaines de fois avec Esméralda en se baladant au clair de lune, défiant ainsi les ordres de Guilty. Oui, il y avait des similitudes, mais l’endroit était globalement trop différent. C’était une question d’atmosphère et d’ambiance, appuyée par des détails qui ne trompaient pas. Quelques fines gouttes d’eau, apportées par le vent depuis une crête de vague furieuse, vinrent caresser la joue du Phénix.

• Je dois dire que je suis assez étonné, Gardien, commença Ikki. Ton illusion est très réaliste mais pourtant décalée sur certains points. Je te conseillerais, si toutefois tu cherchais encore à m’impressionner, de le faire avec un peu plus de rigueur.

• Oh… Je vois que tu savais parfaitement où je me trouvais, Chevalier, répondit Phobos.

Le Chevalier Céleste apparut comme un mirage à quelques mètres de la position d’Ikki, en contrebas. Ikki descendit les marches de fortune taillées dans le basalte qui menaient à la plage cendrée et contempla son adversaire. Phobos rayonnait dans son Armure écarlate, les bras croisés. Il regardait la mer avec insistance, comme s’il essayait de distinguer un invisible bateau à l’horizon.

• Seulement vois-tu, Chevalier, cet endroit n’a rien d’une illusion, reprit-il. Tu contemples le résultat d’Une Autre Réalité (1)…

• Une Autre Réalité ? demanda le Chevalier du Phénix.

• Exactement. J’ai le pouvoir de parcourir toutes les réalités de mon choix et d’y emmener avec moi mon adversaire.

• Tu veux dire… que nous sommes dans un présent alternatif ? Une réalité possible, parallèle à la nôtre ?

• Pas possible, Phénix. Existante. Une réalité différente de celle que tu connais, mais conservant des similitudes.

• Voilà pourquoi tout me semblait familier… Tu possèderais donc un pouvoir sensiblement identique à celui des Gémeaux…

• D’une certaine manière… Mais ce pouvoir n’est pas offensif contrairement à celui de Saga, qui laisse l’âme de ses adversaires dériver pour l’éternité. Le mien permet de mettre mes adversaires à l’épreuve et de mieux cerner leur psyché en environnement réel…

• Pour mieux y semer la Crainte, finit un Ikki amusé. Je ne pensais pas qu’un Guerrier tel que toi utiliserait des procédés aussi passifs. Je dois dire que je suis assez déçu.

• Moi aussi, je dois bien l’avouer…

• Que dis-tu ?

• Je pensais que le Chevalier qui terrassa Éaque du Garuda ferait preuve de plus d’intelligence, mais je dois me rendre à l’évidence : tu n’es qu’un enfant. Cela n’en sera que plus amusant.

Phobos se mit en garde et commença à brûler un cosmos plus écarlate encore que son Armure. Le vent le balayait dans d’étranges nuées qui s’étendaient du rouge clair au pourpre violacé. Ikki fit deux pas en arrière et contempla autour de lui le sol se fissurant et vomissant de la roche en fusion. De dangereux geysers apparurent tout autour des deux hommes, crachant du cosmos et de la lave brûlante. C’était comme si le cosmos de Phobos se mélangeait au magma dormant sous le manteau de l’île et le forçait à en percer la surface. Le Phénix avait rarement vu une telle démonstration de puissance et dut admettre que son adversaire savait passer aux choses sérieuses avec fracas.

Phobos nageait maintenant dans une mer d’énergie haineuse. Ikki dut se résoudre à déployer un cosmos doré en se préparant au pire. Ses ailes se déplièrent dans son dos, cherchant à atteindre le soleil levant. La lumière déjà agressive du petit matin rebondissait sur son Armure Céleste et lui donnait des allures d’ange exterminateur. Il n’était pourtant pas encore arrivé au stade démesuré de rage de son ennemi. Il songea que son frère devait être en ce moment même en train de livrer bataille contre Deimos, probablement en grand danger. Son cosmos rayonna plus encore et il commença à tout voir en doré. Le pied gauche de Phobos s’enfonça dans le sable noir de la plage lorsqu’il leva son bras et le projeta en avant…

• La Lance d’Arès ! s’écria le Guerrier en pointant un doigt accusateur vers Ikki.

Une flèche d’énergie pure partit du bras de Phobos en direction du Phénix. Ikki la vit très distinctement arriver sur lui et s’envola littéralement au-dessus d’elle, battant des ailes comme un oiseau de légende.

• C’est inutile, Phobos ! lança Ikki dans un torrent de flammes qui sembla le dévorer. Les Ailes du Phénix !

Le poing d’Ikki disparut dans un rouleau de flammes. Il déchaîna toute la puissance dont il était capable vers son adversaire, les geysers de lave crachant leur liquide mortel partout autour de lui. Lorsqu’il vit Phobos sourire, en position neutre, il comprit que quelque chose n’allait pas. Il ne vit pas le rayon courbe remonter vers lui en accélérant au-dessus de la vitesse de la lumière. Phobos avait frappé volontairement avec lenteur afin qu’Ikki esquive et soit pris dans son mouvement de contre-attaque. Avant qu’une douleur aveuglante ne lui déchire la jambe, Ikki eut juste le temps de comprendre que Phobos devait avoir le pouvoir de courber la lumière ou de modifier sa densité.

Le rayon monta vers lui à la verticale du sol. Il fut aveuglé par une lumière l’approchant dangereusement par dessous et ne vit pas Phobos serrer le poing. Le rayon devint presque chirurgical et pénétra l’Armure du Phénix par le dessous du pied droit. Il traversa la voûte plantaire du Chevalier, détruisit sa cheville, puis fendit en deux son tibia avant de ressortir par son genou en fracturant sa rotule…

La douleur fut tellement fulgurante qu’Ikki ne sentit presque rien. Comme une abstraction de douleur, et il savait que ce n’était jamais un bon signe. Puis, lorsqu’il aperçut la piqûre ensanglantée au niveau de son genou, il hurla en tombant à la renverse. Phobos ne prit même pas la peine d’esquiver l’attaque du Phénix. Déséquilibré, Ikki ne put frapper avec grande précision. Les Ailes du Phénix passèrent à quelques mètres du visage de Phobos, l’éclairant dans un troublant mélange de ténèbres et de lumière. Elles frappèrent le sol une trentaine de mètres derrière le Chevalier Céleste et y creusèrent une incroyable tranchée qui vint finir sa course dans l’océan. Fendu en deux, ce dernier sembla figé dans le temps pendant plusieurs secondes, puis les tonnes d’eau soulevées reprirent leur place naturelle dans un fracas épouvantable. Phobos fut aspergé par les projections salées et sourit en voyant l’oiseau fauché en plein vol s’enfoncer dans le sol.

La tête d’Ikki entra en contact avec le sable au moment où son attaque laboura l’océan. Lorsque les flots retombèrent dans un bruit du Diable, son corps n’était déjà plus que douleur. Par chance, il n’avait pas atterri dans une des coulées de magma qui étaient en train de refroidir sous l’action de la fine pluie provoquée par son attaque manquée. Il essaya de se relever mais dut se rendre à l’évidence : sa jambe était complètement brisée.

• Ton Armure est très impressionnante, Chevalier du Phénix, reprit Phobos. Si elle avait été une simple Armure de Bronze, elle n’aurait jamais pu éviter à ta jambe d’exploser. On dirait qu’elle a limité les dégâts.

Ikki contempla sa blessure. Il eut l’impression que l’Aiguille Écarlate lui avait emporté un membre. Il grimaça en serrant les dents et prit sur lui de se relever sur sa jambe valide. Une fois rétabli, il commit l’erreur d’essayer de reposer totalement son pied droit sur le sol. La douleur lui déchira les tempes et faillit lui faire perdre l’équilibre. Il tituba un peu en fusillant Phobos du regard. La main droite sur sa jambe meurtrie, il se demanda comment il pourrait éviter une nouvelle attaque. Phobos avait pris soin de toujours attaquer de manière rectiligne avec son frère, cachant ainsi sa maîtrise totale de la lumière. C’était stratégiquement excellent et n’arrangeait pas du tout Ikki.

• Je suis assez déçu, Chevalier. Je m’attendais à tout autre chose venant de toi. Quelque chose de plus… percutant, je dirais, se moqua le Gardien. Où se cache donc le célèbre chef des Chevaliers Noirs ?

• Navré de te décevoir, Phobos, mais cet homme est mort avec eux.

Ikki pointa son artère fémorale du doigt et Phobos put très distinctement voir un petit rayon jaune traverser la cuisse du Phénix. Un autre traversa son pied et un dernier son ventre, juste au-dessous du cœur. Ikki reposa avec précaution sa jambe droite sur le sol, grimaçant toujours de douleur et regarda le Gardien.

• Impressionnant… Très impressionnant. Tu as utilisé une variante de ta technique de l’Illusion du Phénix pour stopper l’hémorragie. Je ne savais pas que tu pouvais faire ça, Chevalier.

• Moi non plus, avoua ikki. Appelons ça de l’instinct.

• De la créativité ! C’est parfait, apprécia Phobos dans un sourire carnassier.

Le Gardien recommença à dégager un cosmos débordant d'agressivité. Ikki ruisselait sous son Armure. L’eau à la surface de la plage frémissait et des coulées de lave lézardaient le sable depuis les trous forés dans le sol par le premier assaut. À leur contact avec les vagues échouées, une vapeur d’eau assez dense se forma dans un bruit de crépitements. Ikki se concentra pour finir par distinguer Phobos au milieu de cette vapeur qui filtrait le cosmos rouge du Guerrier Céleste. Il trouva la force de brûler un cosmos à la limite du convenable face à la menace qui irradiait de puissance devant lui. Il se sentit pour la première fois, depuis bien longtemps, petit et trop faible. Il se mordit la lèvre jusqu’au sang et décida de tout donner dans cette attaque. Pour abattre un Chevalier de cet ordre, il devrait certainement en arriver à des choix définitifs. Il y était préparé, comme à chaque fois qu’il commençait un combat. S’il fallait se sacrifier pour emmener ce Chevalier Céleste, Ikki le ferait…

Phobos leva une main menaçante vers le ciel et une lance d’Or apparut dans son dos. Elle bascula lentement vers Ikki comme aurait pu le faire l’urne du Verseau. Le Phénix laissa son cosmos l’envahir et le submerger totalement. Son aura dorée se développa hors de toute mesure alors qu’il serrait son poing gauche, la main droite toujours posée sur sa cuisse blessée. Elle finit par submerger presque complètement celle du Chevalier Céleste dans un tourbillon orangé. Ikki sentit son corps brûler et devenir à la fois douleur et puissance. Il invoqua à lui la puissance légendaire de son emblème et déchaîna l’Enfer…

• La Lance d’Arès… murmura Phobos, les yeux fermés et visiblement très concentré.

• Que Les Ailes du Phénix t’emportent ! hurla Ikki en concentrant la dangereuse énergie dans sa main droite.

La précision chirurgicale de la lance de Phobos avait disparu. Une mortelle comète ressemblant à celle de Pégase partit en direction d’Ikki en déchirant la vapeur d’eau. Le Phénix relâcha de toutes ses forces la puissance concentrée en direction du cœur de la comète de Phobos. Elle était assez lente et frôlait à peine la vitesse de la lumière. « Je dois la perforer en concentrant mon attaque sur un très faible faisceau, sinon, je ne pourrai pas atteindre Phobos derrière cette masse d’énergie », songea Ikki. Il ferma les yeux et focalisa toute sa concentration sur son poing droit. Les Ailes du Phénix convergèrent vers le centre de l’étrange comète pourpre et commencèrent à ouvrir un chemin en son cœur. Le déluge d’énergie déployé par la rencontre des deux attaques fit penser à l’affrontement entre Hyoga et Camus du Verseau…

La puissance de l’attaque de Phobos commença à décliner dangereusement et l’énergie dorée du Phénix redoubla d’intensité lorsqu’Ikki rouvrit les yeux. Le Chevalier n’avait presque plus de forces et savait que cette attaque devrait compter s’il voulait que son adversaire soit au moins dans le même état que lui. Il déchaîna son septième sens en un éclair de conscience et annihila La Lance d’Arès avec une force gigantesque.

• Que mon septième sens explose ! C’est maintenant ou jamais ! Phénix… Donne la mort !

• Trop lent… déclara Phobos avec regret dans le dos d’Ikki…

La comète de Phobos se dispersa totalement, atomisée par la puissance du Phénix. Ikki put alors constater avec terreur que son attaque n’allait toucher personne. Phobos était dans son dos, l’index posé entre ses ailes, sur sa colonne vertébrale. Une goutte de sueur perla le long de la tempe d’Ikki et pour la première fois depuis longtemps, il ressentit de la peur. Une peur peu commune mêlée à de la résignation. La peur que l’on ressent quand on a tout donné dans une dernière tentative et que celle-ci échoue inexorablement. La peur que l’on ressent quand tout espoir a volé en éclats. La peur que l’on ressent quand la mort vient vous chercher. Ikki allait mourir sans même pouvoir regarder son adversaire en face. Il était comme catatonique, incapable de trembler car incapable de bouger. Il ferma les yeux et revit l’image de son petit frère à l’orphelinat, pleurant parce qu’il avait reçu un ballon dans le visage. Il ne dit aucun adieu et chercha le visage de Pandore.

• La Lance d’Arès, annonça Phobos comme une triste sentence.

Le rayon chirurgical traversa l’Armure Céleste du Phénix un peu à gauche de la colonne vertébrale de son hôte. Un rayon de lumière fin comme une tête d’épingle traversa sa plaque thoracique dorée en déchirant son cœur. La douleur fut semblable à celle provoquée par une crise cardiaque. Les yeux d’Ikki s’ouvrirent en grand en même temps que sa bouche, mais aucun son n’en sortit. Il tomba à genoux et sombra dans l’inconscience sans entendre les paroles de Phobos.

• Ton attaque était dévastatrice, Chevalier. J’ai caché mon image avec une Lance d’Arès volontairement large afin de pouvoir te surprendre. Si j’étais resté sur place, je me demande ce qui se serait passé. Tu ne mourras pas, Phénix. Pas maintenant. La blessure de ton cœur va être soignée, très bientôt. Je ne souhaite pas abattre ce simulacre de Phénix. Je veux affronter le vrai : le Ikki d’autrefois. L’assassin plein de haine et de cruauté, sans aucun sentiment. Pour cela, je vais laisser ton cœur guérir, avant de le déchirer à tout jamais. Je reviendrai dans quelques jours, ou dans quelques semaines, lorsque tu ne t’y attendras plus. Et là, le Phénix renaîtra réellement de ses cendres, je te le garantis.

Phobos tira sa cape de la main droite et s’enveloppa dedans. Il s’avança vers l’océan d’un pas mesuré, la tête droite et le regard vide. Il marcha sur l’eau pendant quelques mètres et finit par disparaître sans aucun spectacle, graduellement, tel un spectre.

• Bientôt, Chevalier du Phénix… Très bientôt, tu comprendras pourquoi j’incarne la Crainte et mon frère la Terreur.

Quelques poignées d’heures passèrent, durant lesquelles toutes les improbables failles ouvertes dans la plage se refermèrent. La vapeur se dissipa rapidement, et l’eau retrouva le calme relatif de cette partie inhospitalière du Pacifique. Observant le corps inanimé du Phénix depuis dix bonnes minutes depuis l’océan, un enfant vint s’agenouiller avec prudence à côté d’Ikki. Encore tout mouillé de sa baignade forcée, il toucha l’épaule droite de l’Armure Céleste très rapidement, comme s’il avait peur de recevoir une décharge électrique. Il ne se passa rien, alors il renouvela l’opération. Toujours aucune réaction. L’enfant à peine âgé de sept ans gratta une petite tête brune aux cheveux courts et les remit en place. Son petit pantalon serré et lacé aux chevilles était tout sale et sa chemise trempée arborait fièrement de grands trous où on aurait pu passer la main d’un adulte. Le nez gouttant sur l’épaule blanche et dorée du Chevalier, le petit homme rassembla ses esprits. Son Armure était la plus belle chose du monde et il était difficile d’arrêter de la fixer.

• Est-ce que t’es un ange tombé du ciel ? demanda l’enfant avec une assurance totalement simulée.

Le petit remarqua alors que le Phénix saignait dangereusement entre les ailes de son Armure. Il tomba à la renverse en étouffant un râle de peur avec ses mains et se mit du sable noir plein le visage. Il vit quelques fractures sur l’étrange Armure mais n’osa pas faire le tour du corps afin d’examiner le visage de l’homme étendu. Si son visage était tout blessé, il détalerait à toute vitesse, il le savait bien, et telle n’était pas l’attitude d’un futur Chevalier du Zodiaque.

• Bon… Il a l’air blessé cet ange… Il a dû tomber du ciel. Si j’fais rien, ce sera encore pire. Allez ! T’es pas un trouillard, Seiya !

Le petit Seiya fit le tour du corps d’Ikki à pas de loup, comme si sa vie en dépendait, les yeux fermés. Il heurta la tête du Chevalier inconscient avec son pied droit et s’immobilisa, paralysé par la peur, grimaçant les yeux fermés, le visage tourné vers le ciel. Rien ne se produisit. Alors il finit de contourner le corps et prit sur lui de rouvrir les yeux.

• Oh… Il a une grosse cicatrice, mais il fait pas trop peur.

Le petit Seiya posa sa minuscule main sur la tête de l’inconnu et essaya de la bouger comme un ballon.

• Monsieur l’ange ? Monsieur l’ange ? Réveillez-vous Monsieur… J’commence à avoir la frousse.

• Seiya ! Où es-tu ? Reviens vite ici ou tu ne mangeras rien ce soir ! lança une voix de femme loin derrière le petit homme.

• Maître Esméralda ! Je suis ici ! J’ai trouvé un ange qui dort sur la plage, mais il a l’air blessé…

En trois sauts, Esméralda dépassa les marches de basalte et couvrit plus de vingt mètres. Elle fut vite sur les lieux de l’incident. Son chemisier en lin sali par les années n’avait plus fière allure malgré les broderies dorées, tout comme les vêtements de son jeune apprenti. Ses jambes étaient recouvertes par une Armure brillante comme l’acier et son visage caché derrière un masque traditionnel du même type. Ses longs cheveux blonds bouclés tombaient en cascade sur ses fines épaules. Elle rappelait beaucoup June du Caméléon de par sa silhouette parfaite, mais sa peau était salie et ses mains usées par le travail.

• Je te demande de faire dix fois le tour de l’île à la nage et tu me ramènes un Chevalier inconscient… Tu n’es pas un enfant commun, Seiya, déclara Esméralda avec un minuscule sourire invisible.

• Hi hi hi hi… s’amusa Seiya en se frottant la tête, un peu gêné. Maître, j’ai un peu peur. Comment va Monsieur l’ange ?

Esméralda se baissa avec précaution, reconnaissant la constellation de l’impossible Armure recouvrant l’inconnu. « On dirait l’Armure du Phénix… Mais ce n’est pas possible. Elle est ici, et reviendra un jour à Seiya », songea-t-elle. Elle tourna le Chevalier comme s’il ne pesait rien et l’installa sur le dos. La moitié du visage couverte de sable noir, du sang séché sur les lèvres, Ikki avait l’air dans un état critique. Esméralda contempla son beau visage carré marqué par sa célèbre cicatrice. Elle vit tout de suite la perforation cardiaque qui aurait alarmé n’importe qui, ainsi que la jambe déchirée. Mais Esméralda n’était pas n’importe qui.

• Eh bien, Seiya, je pense que tu avais raison. On dirait bien un ange, déclara-t-elle, visiblement séduite. Bonjour, Chevalier. Je suis Esméralda, Chevalier d’Argent du Triangle Austral, et je vais m’occuper de toi un moment. Tes blessures semblent très profondes, mais rien que je ne puisse réparer. Bienvenue sur l’Île de la Mort.


Note de l'auteur :

(1) Un peu de mécanique des quantas et de cosmologie (simplifiée, bien entendu) : Loi N°1 : Indéterminisme, ce qui veut dire que la même cause pourra avoir une infinité d'effets différents. Exemple de l'électron ou du photon (et c'est vrai) ; dans certains cas, il pourra "décider" d'aller à droite ou à gauche. Même si les conditions sont rigoureusement identiques à chaque fois, la particule pourra aller tantôt à droite, et tantôt à gauche. Conclusion N°1 : à conditions égales, le futur n'est pas condamné à se répéter. Cela dépend (des fois seulement) du hasard. Et c'est là que ça devient intéressant.

Le hasard n'aide pas beaucoup les physiciens, qui ont donc cherché à le nier. Pour les classiques, le hasard n'existe pas, c'est la résultante de notre bêtise. C'est parce que l'on n'est pas assez intelligents pour mesurer avec précision toutes les variables d'un système que le hasard existe. Il n'existe pas réellement ; c'est juste que nous ne sommes pas encore assez fins pour tout maîtriser. C'est du déterminisme à la fois intelligent et à la fois un peu gentil.

Là-dessus vient se greffer la "Théorie du Chaos" que vous connaissez tous, qui dit qu'un système, même bien maîtrisé, peut se comporter de manière complètement inattendue à cause d'un minuscule grain de sable. Ce minuscule grain de sable qui peut tout faire capoter par jeu de dominos, peut même venir d'un autre système à des milliers de kilomètres de là, et donc n'est pas prévisible, à moins d'être Dieu... C'est le fameux "Effet Papillon", où un battement d'ailes de papillon au Japon peut créer un ouragan dans le Golfe du Mexique.

Bref, la Théorie du Chaos dicte que dans un système, on ne peut pas tout maîtriser et qu'une différence à la milliardième décimale ne donne pas le même résultat. Maintenant, sur le plan physique, tout ceci nous fait revenir à "une cause peut avoir une infinité d'effets différents". Certains scientifiques considèrent que la réalité est assez étrangement une surface infinie mais totalement plane, comme un arbre généalogique avec de multiples croisements. À chaque croisement, les nouvelles réalités qui naîssent deviennent de plus en plus éloignées de la première.

Je retourne dans le futur pour empêcher un ami de braquer une banque et de se faire tuer par la police en sortant. Je réussis à le dissuader. Au moment où il va changer d'avis, et donc réécrire le futur, une nouvelle branche se crée. La réalité où il va aller braquer la banque continue à côté, comme un autre chemin, où il va aller se faire tuer : c'est inéluctable, car on ne peut pas réécrire ce qui a été fait, juste écrire autre chose.

Maintenant pour nos Chevaliers, il n'est pas question de voyage dans le temps, mais juste de sauter d'une réalité à une autre. Il y a les réalités créées par action sur le temps, comme je viens de vous le dire, mais aussi toutes celles qui existent d'elles-mêmes. Sur cette feuille de papier plane où est écrite notre réalité, l'espace et le temps (qui tournent sur une spirale plane), écrivent une nouvelle réalité à chaque seconde, sur un étage différent, à plat, à l'infini.

C'est pour cela que l'on parle de "mondes parallèles", car ils sont soit parallèles sur le même étage (voyages dans le temps), soit parallèles sur des étages différents (autres réalités infinies). Il y aura donc un monde où Esméralda aura 350 ans et aura reçu le Misopethamenos, et où Seiya sera une fille, Chevalier d'Or du Poisson... Les possibilités sont infinies, mais Phobos ne voyage que dans celles qui sont à côté : ce n'est pas un dieu. Il saute juste de quelques cases histoire de voir comment se battent les Chevaliers à côté... Imaginez votre niveau si vous aviez déjà regardé combattre 56 Chevaliers des Gémeaux différents.


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