Trame par Ménélas et Matsya. & rédaction par black dragounet
La nécropole de Kharga était le théâtre de l’activité la plus intense qu’elle eut connue depuis sa récente création. Les adeptes de Seth grouillaient littéralement dans l’édifice millénaire, s’afférant dans ce qui ressemblait à une urgence organisée à diverses tâches plus ou moins complexes.
Tous mettaient du cœur à l’ouvrage, conscients que presque chacun de leurs gestes était épié et que les tir-au-flanc pouvaient très bien se faire exécuter pour l’exemple.
La rumeur du retour en Egypte du chevalier protecteur d’Isis accompagné d’alliés venant de l’autre rive de la mer avait atteint l’endroit et engendré une accélération soudaine des préparatifs. Les rumeurs commençaient également à parler de combats, et on chuchotait même que Jibade d’Horus eût été terrassé.
Néanmoins, nul n’aurait osé exprimer le moindre doute à voix haute sur la tournure qu’aurait pris la suite de la journée, de peur que ces paroles arrivassent aux oreilles de Khnemu de Ptah. Beaucoup parmi les adeptes craignaient en effet plus le chevalier du Nil que leur maître, le pourtant terrible Seth.
Le compagnon de Umn de Bastet avait en effet une apparence digne des pires cauchemars des Egyptiens. Dans un lieu tel que cette nécropole, son grand corps décharné et totalement enrubanné réveillait chez ceux qui le voyaient les vieilles craintes superstitieuses du peuple. La peur des revenants prenait en effet une telle part dans la tradition du pays que se retrouver face à un authentique mort-vivant pouvait paralyser même le plus fidèle des serviteurs du dieu du Mal.
Revêtu de son armure d’argent dont l’éclat avait été terni par la crasse et le sable, le non-mort arpentait les couloirs de l’édifice conscient que sa seule présence silencieuse suffisait à assurer la bonne marche des opérations.
S’il n’en laissait rien paraître pour ne pas perdre son aura de menace sourde, Khnemu était toutefois fort agacé de la tournure que prenaient les choses. Après avoir été averti par Bakhen de Râ du retour de Khemmis accompagné par trois chevaliers grecs, il avait décidé d’envoyer Jibade et Aswald les intercepter à Thèbes. La défaite de l’ancien serviteur d’Horus face à Khemmis qu’il avait ressentie à distance l’avait contrarié sans au fond réellement le surprendre. En revanche, il avait clairement pensé qu’Aswald mettrait fin à la tentative désespérée du Nubien et en avait été pour ses frais voilà quelques minutes plus tôt lorsque qu’il avait senti le cosmos du serviteur d’Anubis disparaître. Encore plus étonnant, Umn, qui n’était censée à l’origine qu’intercepter d’éventuels fuyards et finir le travail, était au même moment plongée dans un affrontement étonnamment long contre l’un des deux autres Grecs.
Tout à coup, l’impossible se produisit. Après une explosion des cosmos des deux adversaires, le cosmos d’Umn s’éteignit à son tour brusquement, comme si elle avait été fauchée par la mort en un instant. Comment sa compagne avait-elle pu être défaite par un chevalier d’Athéna au potentiel apparemment si faible ? La stupéfaction du mort-vivant se changea en colère lorsqu’il réalisa que le Grec avait survécu. Son cosmos, bien que faible et épuisé, était en effet toujours facilement perceptible.
Animé soudain par une fureur qui aurait fait douter même un dieu, Khnemu déploya son cosmos afin de contacter Seth.
*
* *
Le nuage de poussière soulevé par l’effondrement du tombeau de la famille d’Umn de Bastet commençait à se dissiper lorsqu’une main ensanglantée jaillit des décombres qui seraient la dernière demeure du chevalier du Nil.
Dans un long râle, Yaga parvint à s’extraire péniblement des ruines. Il rampa encore pour s’éloigner de quelques mètres avant de s’allonger sur le dos, à la limite de la conscience.
Malgré les foyers de douleur qui recouvraient presque intégralement son corps et l’état pitoyable de son armure dont presque toutes les protections du torse avaient été détruites, il ressentit un sentiment de fierté. Il n’avait jamais désespéré, mais au contraire persévéré jusqu’à finalement triompher d’un adversaire bien plus puissant que lui. Son maître et Myrina seraient bien obligés de le traiter comme leur égal à partir de maintenant.
Sur cette pensée, il perdit connaissance pour ne se réveiller que quelques minutes plus tard.
La satisfaction qu’il éprouvait à la suite de sa victoire était à présent secondaire. Le sang coulerait encore beaucoup avant que le soleil ne se couche et il lui fallait à présent retrouver ses compagnons, puis rejoindre la nécropole de Kharga où les attendait Seth.
Alors qu’il se relevait péniblement, il ressentit avec son cosmos que quelque chose d’anormal était en train de se passer. L’air semblait soudain chargé d’électricité et de sombres nuages étaient en train de s’agglutiner à la verticale de la nécropole des artisans. Même si Yaga n’avait pas ressenti un cosmos gigantesque se rapprochant, il n’aurait eu aucun doute sur le fait que ce phénomène n’était pas naturel.
Soudain un éclair rouge frappa le sol à une dizaine de mètres du chevalier d’argent. L’élève de Philista se couvrit les yeux pour se protéger du flash lumineux, mais hurla de douleur lorsque le tonnerre assourdissant l’atteint. Le bruit lui fit perdre l’équilibre et il mit un genou à terre. Lorsqu’il enleva ses bras de devant son visage, il constata qu’il n’était plus seul et qu’un nouveau chevalier du Nil se tenait là où la foudre avait frappé.
Les paroles d’Umn étaient encore fraîches dans l’esprit du jeune guerrier, et en observant le nouvel arrivant il n’eut aucun doute sur l’identité de celui-ci. Cette chose décharnée et recouverte de bandelettes ne pouvait être que Khnemu de Ptah, l’homme pour lequel la servante de Bastet s’était rangée à la cause de Seth.
Deux tâches noires ressortant du visage momifié se fixèrent sur Yaga qui eut un mouvement de recul. Ce fut alors qu’il prit la mesure du cosmos qui crépitait comme des éclairs autour du frêle corps du non-mort. Le chevalier d’Argent avait déjà eu l’occasion d’observer à plusieurs reprises les meilleurs combattants du monde, les chevaliers d’Or, que ce soit Myrina lors de cette aventure ou d’autres au Sanctuaire, et les chevaliers du Nil qu’il avait rencontré en cette journée étaient à des niveaux équivalents à ces héros… Mais cet homme était complètement différent, sa puissance paraissait tellement incommensurable qu’il aurait pu passer pour une divinité.
La momie sembla soudain ne plus vraiment faire attention à lui, son regard s’étant braqué sur les ruines du monument funéraire sous lequel gisait à présent Umn de Bastet pour l’éternité.
Le mort-vivant resta là pendant un long moment, ses bandelettes flottant doucement, agitées par la légère brise de sable environnante. Yaga entendait que la créature marmonnait des mots incompréhensibles pour lui.
Des rayons de lumière se mirent soudain à traverser les ruines, éblouissant le chevalier du Sanctuaire, alors que Khnemu ne bougeait toujours pas d’un pouce.
Une sphère lumineuse émergea alors des décombres et flotta lentement dans les airs, jusqu’à se poser finalement en face de l’homme momifié. Lorsque la sphère s’estompa finalement, le chevalier d’Orion découvrit qu’il s’agissait de l’armure d’Umn de Bastet sous son aspect originel, une chatte en argent orné de pierres précieuses.
- Ainsi mes sens ne m’avaient pas trompé. Vous ne vous relèverez pas, ma chère… dit la momie en posant doucement sa main sur le casque.
Yaga sentit que les choses n’allaient pas tarder à devenir difficiles pour lui et il se remit sur deux jambes tandis que le non-mort se tournait vers lui. Les yeux de l’être décharné étaient à présent rouges, injectés de sang, et chargés d’une sourde colère. Mal à l’aise, le jeune guerrier n’arriva pas à soutenir le regard de son nouvel ennemi.
- Ma chère, pourquoi a-t-il fallu que vous succombiez face à ça ? dit-il pour lui-même avant de poursuivre à l’intention de Yaga :
- Sache que je suis Khnemu, chevalier du Nil de Ptah el légitime souverain d’Egypte. Je reconnais qu’il t’a fallu une certain courage pour parcourir une si longue distance afin de livrer une guerre qui n’était pas la tienne, mais cela ne change rien au crime dont tu t’es rendu coupable en tuant ma bien-aimée. Tes forces sont dérisoires face aux miennes et je vais donc te vaincre, cependant je ne m’arrêterais pas là. J’ai bien peur que ton trépas soit très long et très douloureux...
Yaga se mit en garde pendant que le corps de Khnemu s’élevait dans les airs, jusqu’à ce que ses pieds flottent à une cinquantaine de centimètres du sol. Le mort-vivant croisa les mains sur son torse et prononça deux mots.
- Heqa Nekhekh.
Un énorme bloc de pierre apparut soudain à quelques mètres de Yaga et le percuta en plein torse sans que le chevalier n’ait le temps de réagir. Il fut projeté violemment sur les gravats du tombeau, se relevant toutefois presque instantanément, alors que la dernière épaulette de son armure chutait au sol, brisée. Il vit que le projectile qui l’avait frappé s’était fendu en deux à l’impact et gisait au sol. Ce n’était pas une projection cosmique, mais un objet bien réel que le chevalier du Nil avait fait surgir du néant.
Yaga savait que s’il ne tentait pas sa chance maintenant il n’aurait aucun espoir de vaincre, si bien qu’il décida de jouer d’entrée de jeu sa meilleure carte. Son cosmos explosa et il bondit dans les airs en tournoyant sur lui-même.
- Le Choc du Météore ! hurla-t-il en s’abattant sur son adversaire à une vitesse dépassant de loin les limites habituelles des chevaliers d’Argent.
Néanmoins, alors que l’attaque avait été déclenchée avec une intensité cosmique équivalente à celle qui avait terrassé Umn, le coup fut totalement inefficace et n’atteignit même pas Khnemu. Le pied de Yaga percuta en effet un bouclier d’acier matérialisé ex nihilo un mètre devant la momie sur lequel il rebondit. Le chevalier d’Orion se réceptionna avec agilité, la protection de Khnemu retournant au néant. Là encore, le jeune guerrier fut persuadé qu’il s’agissait d’un objet véritable. En outre, pour avoir été capable de stopper son attaque, le bouclier devait être fait d’un alliage comparable aux plus résistantes des armures du Sanctuaire.
- Heqa Nekhekh, dit alors le mort-vivant.
Yaga se prépara à esquiver, mais l’attaque prit une forme très différente de la première fois. Des milliers de fouets surgirent de nulle part autour de lui et le frappèrent simultanément. S’il lui aurait été facile d’esquiver un nombre plus réduit d’armes du fait de leur relative lenteur, le chevalier d’Orion fut néanmoins submergé et n’eut d’autre choix que de se rouler en boule afin de protéger ses points vitaux. Les fouets s’acharnèrent sur lui de longues secondes, pulvérisant presque totalement ce qui lui restait d’armure, si bien que lorsque son calvaire s’acheva, son corps était zébré d’innombrables plaies sanglantes.
- Comme je te l’ai dit, tes capacités ne pèsent rien à la face des miennes. Ptah est le dieu créateur, et c’est ainsi qu’en invoquant les symboles des pharaons, Heqa, la crosse, et Nekhekh, le fléau, je peux matérialiser à volonté tout objet me permettant de t’atteindre ou de me protéger. Il me serait facile de t’achever dès à présent, cependant je t’ai promis tout à l’heure une mort lente et je n’ai qu’une parole, malheureusement pour toi.
Yaga sentit alors le cosmos de son adversaire se concentrer et tenta de se relever, sans succès. Ce fut couché dans la poussière qu’il entendit son ennemi invoquer une nouvelle technique.
- Le Hurlement de l’Oubli !
Le non-mort poussa alors un cri horrible qui transperça le cerveau du chevalier d’Argent. Celui-ci hurla à son tour, mais de douleur, et tenta de se boucher les oreilles. Malgré tous ses efforts, le cri vrillait sa volonté et tétanisait son corps. Comprenant que tout était fini, Yaga perdit finalement connaissance en confiant son sort à la grâce d’Athéna.
- Oh ma bien-aimée, comment est-il possible que vous ayez succombé face à un adversaire aussi faible ? dit la momie d’un ton déçu à cause de la faiblesse de celui qu’il venait d’écraser.
Le mort-vivant commença à marcher vers les décombres du tombeau puis s’arrêta presque aussitôt.
- Khemmis, nous nous retrouvons enfin, dit-il avant de se tourner vers le serviteur d’Isis et une jeune femme à l’armure dorée qu’il identifia comme le chevalier grec qui avait vaincu Aswald.
Cette dernière se précipita vers le corps du vaincu, tandis que Khemmis s’interposait en se plaçant face à la momie.
- Yaga, réponds-moi ! fit-elle en se penchant sur lui pour prendre son pouls.
- Oh, il s’appelait donc Yaga ? releva Khnemu. Ne vous inquiétez pas, il n’est pas encore mort. Même s’il est vrai que cela serait faire preuve de bonté et d’amitié de l’achever tout de suite.
- Tu es… Tu es Khnemu ? interrogea Khemmis qui était troublé par l’apparence de leur ennemi ainsi que par l’intensité phénoménale de son cosmos.
Jamais le chevalier du Nil n’avait senti une telle puissance, à part en présence de sa déesse. Or, un seul mortel à sa connaissance avait un jour disposé de tels pouvoirs…
- Il est vrai que nous n’avions pas été présentés la dernière fois… Je suis bel et bien Khnemu de Ptah, légitime pharaon d’Egypte, assassiné par ta déesse voilà une décennie. Désolé de ne pas me présenter à vos yeux sous un jour plus présentable.
- Tu es donc bel et bien revenu d’entre les morts… Mais comment ?
La momie se contenta de répondre par une parodie de sourire.
Myrina perçut tout d’abord le trouble de son compagnon, puis sentit l’instant d’après que celui-ci était en train de concentrer son énergie à son paroxysme. Un vent violent et chargé de sable se leva soudain et commença à tourbillonner autour de Khnemu.
- Myrina, emmène Yaga ! Maintenant ! cria le serviteur d’Isis en faisant exploser son cosmos.
Comprenant que l’heure n’était visiblement pas à la discussion mais à l’action, le chevalier du Cancer invoqua un passage dimensionnel vers les Cercles d’Hadès. L’ouverture vers la colline des morts se dilata jusqu’à englober les deux chevaliers d’Athéna puis se referma en les emportant.
- La Fureur du Désert ! cria Khemmis en libérant son énergie, déchaînant ainsi sa plus puissante arcane sur son adversaire.
Le vent surnaturel capable d’arracher la chair des os s’abattit sur le mort-vivant qui n’avait pas fait le moindre geste. Khnemu de Ptah fut englouti dans un tourbillon de sable si dense qu’il en était parfaitement opaque.
Khemmis ne put retenir un hoquet de surprise lorsqu’il vit la momie s’extirper le plus facilement du monde du véritable mur de sable généré par la Fureur du Désert.
- Intéressant… « La Fureur du Désert »… J’imagine que ce sont les derniers mots que ce pauvre diable de Jibade a entendu avant de périr, commenta Khnemu comme s’il parlait du beau temps. Malheureusement pour toi, il semblerait que ma peau desséchée de créature du désert n’offre guère de prise à ton attaque. Le sort peu enviable auquel m’a condamné ta déesse se révèle avoir quelques avantages à la pratique.
Le mort-vivant s’approcha nonchalamment de son adversaire, entouré d’une aura d’invincibilité.
- Allons, Khemmis, ne me dit pas que tu n’as pas d’autres cordes à ton arc ! J’espère tout de même que tu vas m’offrir plus de résistance que cet avorton grec…
Les Cercles d’Hadès se formèrent alors à la droite du serviteur d’Isis, et Myrina en émergea en portant le corps de Yaga.
- Que lui as-tu fait ? cria la guerrière à l’intention du non-mort en posant précautionneusement le corps du chevalier d’Argent.
- Ho, j’ai simplement déchiré sa volonté, il a oublié tout ce qu’il est et même jusqu’à la notion de la vie. Pour le moment son corps est simplement paralysé, mais bientôt il va se décharner et pourrir jusqu’à se transformer en momie vivante, à l’image de ma condition actuelle. Je vais alors m’imprégner de son flux vital, ce qui me permettra d’apaiser les souffrances qu’Isis m’a infligées en ramenant pour quelques temps un semblant de vie dans mes chairs.
- Espèce de monstre !
- Monstre ? Je suis tel qu’Isis m’a fait, rien d’autre, répondit Khnemu d’une voix posée.
- Tu étais un monstre bien avant ça, toute l’Egypte se souvient encore de ton règne de terreur qui a contraint Isis à revenir sur Terre après des siècles d’absence.
- « Mon règne de terreur » ? J’étais le pharaon légitime de toute l’Egypte quand la déesse magicienne a décidé de s’immiscer de nouveau dans la vie des hommes. Alors que je m’apprêtais à mener le pays vers une ère de prospérité telle qu’il n’en avait jamais connue, elle m’a renversé et envoyé aux tréfonds des enfers.
- Mensonges ! s’emporta Khemmis. Le pays était plongé dans la barbarie et écrasé sous votre joug !
- Ce n’était qu’une période transitoire. En mettant fin à mon règne par la force, Isis a empêché mes projets d’aboutir et au monde d’avoir le recul et la perspective nécessaires pour juger mes actions. L’histoire est toujours écrite par les vainqueurs et le conflit qui nous oppose aujourd’hui est l’occasion de restaurer mon nom.
- En vous alliant à Seth ? Comment croyez-vous que l’Histoire vous verra sinon comme un traître ? répliqua le serviteur d’Isis.
- Encore une fois, vous manquez de perspective… Amener l’Egypte vers un âge d’or est ma destinée, c’est pour cela que j’ai été doté d’une puissance surpassant celle de tout autre mortel.
- Tu n’aurais pas dû revenir, dit alors Khemmis à la Grecque. Il est à peine moins dangereux que Seth et presque invincible pour des mortels. Seule Isis avait été capable de le vaincre, puis elle lui avait infligé le plus terrible châtiment imaginable en l’enfermant dans la Fresque des Châtiés. Qu’il ait pu en revenir est impossible !
Myrina semblait n’avoir pas réellement porté attention aux paroles de son compagnon et de la momie et examinait le corps paralysé du jeune chevalier. Etaient-ce les premiers signes de la nécrose qu’elles voyaient dans les plaies du garçon ? Elle adressa alors un regard dur à Khemmis. Ils n’échangèrent pas un mot, mais le chevalier d’Athéna réussit à lui faire comprendre que l’heure n’était pas au renoncement. L’abattement presque perceptible un instant plus tôt du chevalier du Nil laissa la place à une nouvelle concentration tandis qu’il remettait ses idées en place. Il hocha la tête avec gratitude : il n’avait pas accompli tout ce qu’il avait accompli jusqu’à présent pour abandonner maintenant.
- Le battre est sans doute le seul moyen de sauver Yaga, dit Myrina en enflammant son cosmos. Je ne renoncerai sans avoir au moins essayé !
- Voici donc la force des plus puissants serviteurs d’Athéna, les chevaliers d’Or. J’avoue ma déception… persifla Khnemu en observant l’aura dorée du chevalier du Cancer.
Myrina répondit à la provocation d’un simple sourire.
- Par les Vagues d’Hadès ! fit-elle en pointant son index chargé d’énergie sur la momie.
Le coup atteint Khnemu et arracha son âme de son corps, mais celle-ci ne fut pas emportée dans le passage dimensionnel menant à la colline des morts. Sous le regard éberlué de Myrina, l’essence spirituelle de l’ancien pharaon réintégra son enveloppe de chair décrépie sans la moindre difficulté apparente. Le rire inhumain du non-mort résonna alors dans la nécropole.
- Malgré ton titre de chevalier d’Or, tu n’es qu’une sotte, finit-il par dire lorsque son hilarité fut calmée. M’enlever mon âme pour l’envoyer en enfer ? Quelle plaisanterie pour moi qui revient déjà de l’enfer, et qui maîtrise parfaitement les connections entre ce monde et l’au-delà ! Faire réintégrer mon corps à mon âme a été la première chose que j’ai dû faire lorsque ma bien aimée m’a libéré de la Fresque des Châtiés.
Il éclata de nouveau de rire tandis que Khemmis et Myrina échangeaient un regard afin de déterminer la marche à suivre et concevoir un plan d’action.
- Je vous félicite, malgré vos forces limitées vous nous aurez causé beaucoup de tracas aujourd’hui. Néanmoins, vous n’êtes que des enfants face à moi, des enfants que je vais sacrifier en l’honneur de l’avènement de Seth, de ma résurrection prochaine et d’Umn que je ramènerai bientôt à la vie à son tour. J’ai bien peur qu’à ce moment-là il ne reste plus grand-chose de vos exploits d’aujourd’hui ! Voici le Hurlement de l’Oubli !
Khemmis se jeta alors devant Myrina tandis que le cosmos du non-mort entrait en action et que ce dernier fixait ses adversaires de son regard sadique.
- Attention, il va… commença Khemmis, mais ses paroles furent couvertes par le hurlement de celui qui avait été le serviteur de Ptah.
La tentative dérisoire du serviteur d’Isis se révéla inutile et il hurla en même temps que sa compagne lorsque l’attaque les frappa. Par réflexe ils portèrent leurs mains à leurs oreilles, néanmoins très vite leurs muscles ne répondirent plus et leur volonté se délita.
- Khem… commença à articuler Myrina cependant les effets du Hurlement de l’Oubli ne lui permirent pas de terminer.
Leurs corps tombèrent lentement, la chute leur semblant même durer une éternité, et lorsqu’ils touchèrent le sol ils avaient déjà perdu connaissance.
Khnemu regarda autour le lui : les chevaliers envoyés par Athéna étaient tous morts, ou proches de l’être. Bientôt leurs cadavres putréfiés nourriraient les hyènes du désert tandis leurs essences vitales le sustenteraient lui. Certes, les armures sacrées qui recouvraient leurs corps allaient quelque peu ralentir le processus, mais au fond cela ne ferait que prolonger leurs souffrances.
- Pauvres sots…
Sa colère en partie apaisée, la momie se détourna des corps inanimés de ses adversaires qui ne présentaient plus le moindre intérêt à ses yeux. Il n’avait en outre guère de temps à perdre, la cérémonie qui allait sacrer Seth étant prévue pour dans quelques heures. Néanmoins, toute menace étant à présent écartée, l’urgence n’était plus la même. Se maudissant pour ne pas avoir pris d’entrée de jeu les choses en main et géré le problème lui-même, le non-mort se dirigea vers le tas de gravats qui recouvrait le corps de son aimée.
Il allait devoir récupérer le corps afin de pouvoir la ramener à la vie plus tard. Malgré les tonnes de roches, cela ne serait guère difficile, puisque l’armure de Bastet avait ouvert un passage dans les décombres.
Il n’atteignit cependant jamais les ruines du tombeau. Après à peine cinq mètres parcourus, il sentit tout à coup un cosmos, et dans le même instant un coup violent le frappa à la nuque.
- Comment ? articulèrent ses lèvres, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Sa tête s’était en effet détachée de ses épaules et ce ne fut que lorsqu’elle roula dans le sable que ses yeux entraperçurent l’homme qui l’avait attaquée.
- Qui est sot, maintenant ? dit Philista de Cassiopée en plongeant son regard dans celui de la créature momifiée.
Le chevalier de Bronze avait utilisé le tranchant de sa main droite afin de couper la tête de l’ancien pharaon et ce fut de la paume de la gauche qu’il fit tomber le corps décapité d’une simple poussée entre les omoplates.
En se dirigeant vers la nécropole des artisans, le vétéran avait d’abord senti la fin du combat opposant Yaga à Umn, puis l’affrontement entre son élève et un ennemi au cosmos incommensurable. Il avait alors pratiqué la technique de dissimulation du cosmos qu’Athéna elle-même lui avait enseignée afin d’approcher furtivement des lieux, et avait ainsi assisté de visu à la défaite de Myrina et Khemmis. Son expérience lui avait dicté de ne pas se montrer : face à un tel adversaire ses forces étaient dérisoires et presque inutiles. Il n’aurait rien pu faire pour aider ses amis et éviter de partager leur sort.
S’il n’était pas particulièrement fier d’avoir abattu un homme dans le dos, les années de combats de citées en citées qu’il avait livrés au service de la déesse aux yeux pers lui avaient appris que ce genre de considérations n’avait guère de poids lorsque les vies de compagnons (et même le sort de toute une nation en ce jour) étaient en jeu. Se détournant de leur ennemi, il se dirigea vers le corps de son élève.
- Heqa Nekhekh, prononça alors une bouche d’où aucun son n’aurait plus jamais dû sortir.