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Les ages mythologiques

Celle qui tisse

 

 

Les nuages noirs, ayant cess� leur course dans le ciel �toil�, demeuraient immobiles, interceptant les faibles rayons de la lumi�re lunaire. La neige commen�ait � tomber, les flocons se frayant un passage entre les branches difformes des arbres de l'antique for�t. L�, Yshba, Thrall et Meijuk restaient tapis dans l'ombre � l'abri d'une souche s�culaire. Les compagnons n'avaient pas tard� en chemin, courant la plupart du temps, ne s'accordant que peu de repos. Chacun rivalisait de r�sistance et il �tait difficile de savoir qui avait le plus souffert de ce p�riple. Apr�s deux jours de marche � travers les Montagnes Blanches, le petit groupe avait bifurqu� plein est afin de rejoindre la For�t Ancestrale, ainsi d�nomm�e par les habitants du royaume pour rendre hommage aux arbres mill�naires qui la composaient. C'est au moment d'y p�n�trer qu'ils firent leur macabre d�couverte : sept Odjurwigs, pulv�ris�s, d�mantibul�s, dont les restes avaient �t� soigneusement accroch�s � trois arbres qui portaient eux aussi les traces d'un terrible combat. Selon les l�gendes, les �tres mi-hommes, mi-araign�es avaient �t� cr��s par la D�esse-Araign�e. On disait qu'ils avaient une grande force et de nombreux pouvoirs magiques. D�apr�s certains textes, les Odjurwigs �taient tous des Elfes Noirs ayant �chou� � une �preuve destin�e � en faire des serviteurs d'�lite de la D�esse-Araign�e. Les informations �taient cependant confuses � ce sujet : de nombreuses sources mentionnaient la haine totale entre Odjurwigs et Elfes Noirs, ce qui rendait cette transformation peu probable ; de toute fa�on, tous ceux qui avaient �t� rencontr�s en Asgard �taient d'anciens humains. Le myst�re planait encore sur la cohabitation r�elle des deux esp�ces : le pacte entre la D�esse-Araign�e et le Roi de Nibelung devait �tre particulier. A quelques reprises, les guerriers d'Odin avaient d� se battre contre de jeunes Odjurwigs. Ces derniers devenaient plus puissants avec l'�ge, il fallait le temps que le corps humain � accepte � sa transformation en demi-araign�e. Les humains ainsi transform�s ne survivaient pas tous tr�s longtemps, les pr�tres de la D�esse-Araign�e qui accomplissaient le rituel de transformation envoyaient les jeunes cr�atures s'aguerrir contre les hommes d'Asgard. Celles qui revenaient vivantes �taient envoy�es dans de sombres cavernes o� elles achevaient de ma�triser leurs nouveaux pouvoirs, devenant des guerriers aux puissants sortil�ges. Les Odjurwigs que Thrall et ses amis avaient combattus �taient tous jeunes, les combats avaient �t� � ce point difficiles qu'ils les avaient combattus � chaque fois � trois contre un. Thrall �tait rest� longtemps concentr� sur les restes d'une des cr�atures. � Ces Odjurwigs �taient plus puissants que ceux que nous avons combattu. Ils portent une armure, des armes sombres au m�tal inconnu. Je ne sais pas qui �taient ceux qui les ont tu�s mais je ne reconnais pas l� une pratique de fiers Asgardiens ... �, conclut Thrall en rejoignant Meijuk et Yshba qui lui faisaient comprendre qu'il �tait temps de repartir.

 

Depuis deux jours, les trois hommes n'avaient pas chang� de cachette. La souche �tait imposante et offrait un bon abri face au vent qui soufflait de temps � autre en une sinistre complainte � travers les arbres tortueux. A tour de r�le, ils montaient la garde et espionnaient les va-et-vient d'Elfes Noirs, parfois accompagn�s d'un  Odjurwig en armure, tels ceux qu'ils avaient d�couverts � l'or�e de la sinistre for�t. Jusqu'alors la lune avait �t� trop claire et les patrouilles trop nombreuses pour pouvoir se d�placer sans �tre rep�rer. Les Elfes Noirs �taient de redoutables combattants et savaient parfaitement rep�rer les mouvements inhabituels en for�t. Suivant les conseils prodigu�s par Gunther lors de leurs s�jours � Troudheim, le trio avait d�cid� d'attendre une journ�e de grande brume ou, mieux encore, de temp�te, pour avancer plus avant � la recherche du repaire de la D�esse-Araign�e.

 

Le souffle coup�, l'ombre tr�bucha une nouvelle fois. L'inconnu se retourna rapidement pour voir s'il �tait suivi. Rien. Il fallait reprendre la course, quitter au plus vite cet endroit maudit. Relevant la t�te, l'inconnu se remit � courir le plus vite que ses jambes endolories par la fatigue et le froid pouvaient le lui permettre. Il ne vit pas le coup venir et s'effondra la t�te la premi�re dans une souche pourrie qui lui d�chira une partie du visage.

 

- Qui est-ce ? Ce n'est pas un Elfe Noir, on dirait un paysan, ou un b�cheron. Mais qu'est-ce qu'il fout l� ?

- Je n'en sais rien, Thrall, mais on ne peut pas le laisser ici. Emmenons-le dans notre cache, nous le questionnerons � l'abri des regards indiscrets.

Meijuk avait entendu la course de l'inconnu pendant qu'il faisait son tour de garde. Il avait d�cid� de se porter en avant du danger potentiel, r�veillant Thrall qui dormait � peine. Yshba quant � lui �tait parti avec son loup en reconnaissance en profitant de la p�nombre et de la neige qui tombait drue. L'eau glaciale qu'il re�ut sur le visage le retira de sa l�thargie en un instant. Deux hommes en armes se tenaient au-dessus de lui. La fuite n'�tait pas envisageable. Ce n'�taient pas des Elfes Noirs, leurs armures de cuir et de fourrure de loup des neiges, ce pendentif ... des guerriers d'Odin !

 

- Lou�e soit Idunn[i], elle a entendu ma pri�re ! Merci messeigneurs, merci de m'avoir sauv�, d'�tre venu � notre rescousse ! Mes compagnons et moi d�sesp�rions ! cria-t-il en relevant son buste p�niblement.

- Ferme-la et reste assis ! Tu vas nous attirer des ennuis avec tes cris de femmes. Ne te r�jouis pas trop vite, nous ne sommes pas l� pour toi. Qui es-tu ? questionna Thrall d'une voix mena�ante.

- Mais nous vous attendions depuis si longtemps, nous...

- R�ponds, coupa Thrall en faisant mine de d�gainer son glaive ce qui fit intervenir Meijuk d'un geste ferme de la main.

- Doucement, laisse-le parler. Tu vois bien qu'il est terroris�. Alors, reprit-il en se tournant vers l'inconnu, � raconte nous tout �.

 

Lundrifr, qui se rendait compte � son plus grand d�sespoir que ces deux hommes n'�taient pas l� pour le sauver, narra son histoire la voix emplie de tristesse. Il �tait b�cheron dans un petit village au nord de la For�t Ancestrale. Plusieurs semaines auparavant, des Elfes Noirs men�s par un puissant Odjurwig avaient ras� leur hameau et enlev� tous les habitants. Les femmes, les enfants et les vieillards avaient �t� donn�s en p�ture � des vendeurs d'esclaves germains. Meijuk et Thrall savaient que cette pratique �tait courante : les farouches guerriers de Germanie louaient leurs services contre de l'argent ou des esclaves qui les rempla�aient comme force de travail dans leurs villages ;  ils pouvaient ainsi partir en campagne et d�vaster les contr�es voisines. Les hommes avaient tous �t� enr�l�s comme esclaves au profit des forces du Roi des Elfes Noirs : ils travaillaient pour la plupart dans des fourneaux qui fabriquaient des armes et des armures pour les troupes du sinistre souverain elfique. L'un d'entre eux avait r�ussi � s'�chapper quelques jours auparavant. Depuis les gardes �taient tr�s nerveux. On disait qu'un myst�rieux guerrier � l'armure sombre ravageait les rangs des meilleurs Odjurwigs. Il �tait clair que l'�vasion avait r�ussi et que les guerriers d'Odin pr�paraient une op�ration de sauvetage d'envergure. Ne voyant toujours rien venir, Lundrifr avait d�cid� de s'�chapper � son tour en profitant d'une pleine lune qui rendait les gardes moins attentifs (il semblait que les Elfes Noirs rendait un culte � cet astre et buvaient en l'occasion des breuvages qui les enivraient). Il avait fini sa course contre une souche, frapp� par-derri�re sans qu'il puisse r�agir.

 

- Ce campement, o� se trouve-t-il ? Il ne doit pas �tre trop �loign�, tu n'es pas homme � parcourir des distances fantastiques en si peu de temps, dans une for�t si sombre et dangereuse ..., questionna Meijuk en plissa son front tandis que Lundrifr regardait avec une curiosit� teint�e d'inqui�tude les tatouages du serviteur d'Odin.

- J'ai couru pendant un certain temps, deux, peut-�tre trois heures. Le campement se trouve � c�t� de la crypte des Odjurwigs. C'est de l� qu'ils sortent tous. C'est un endroit qui fait peur, croyez-moi. On entend des cris �pouvantables tous les soirs, on doit y torturer des gens.

Lundrifr regarda tour � tour Meijuk et Thrall. Leurs yeux brillaient de joie, une joie sinistre. Les deux guerriers semblaient heureux de pouvoir se rapprocher des portes de l'enfer. Non, ils n'�taient pas l� pour lui, ni pour ses pauvres cong�n�res.

- Tu pourrais nous y conduire ?

- Retourner l�-bas ? Vous �tes fous ! Vous ne pourrez rien � deux !

- A deux non, � trois si, l�cha Yshba qui avait silencieusement suivi la fin de l'histoire de Lundrifr tapi dans l'ombre aupr�s de Ulv.

- Lundrifr, si tu nous conduis l� bas je te jure que nous sauverons les tiens. Mais nous devons savoir r�ellement de quoi il retourne avant d'envoyer plus d'hommes. Nous sommes des �claireurs, assura Meijuk d'un ton bienveillant.

 

Ils suivirent le chemin emprunt� par le malheureux b�cheron sans rencontrer la moindre patrouille hostile. Les �l�ments jouaient pour eux, par une �trange ironie, les forces du Roi des Elfes Noirs ne semblaient pas supporter le froid trop intense. Par le pass�, Rahotep avait d�j� remarqu� ce fait et avait �mis l'hypoth�se que les Elfes Noirs voyaient leurs sens troubl�s par la neige, ce qui expliquait en partie leur attrait pour les for�ts les plus denses, � m�me de les prot�ger des trop grosses temp�tes glaciales si fr�quentes en Asgard. Akurgal, tr�s int�ress� par cette civilisation, comme par toute nouveaut� intellectuelle, avait �galement d�couvert dans les recueils de la Forteresse que ces �tres vivaient normalement sous terre, et n'�taient venus en Asgard qu'assez r�cemment : leurs terres natales se trouvaient �tre au c�ur de la lointaine Germanie. Pour l'heure, ces d�bats n'int�ressaient pas vraiment le trio, seuls les faits comptaient : ils pouvaient esp�rer accomplir leur mission sans �tre d�couverts.

 

C'est par un chemin �troit, bord� des deux c�t�s par des pierres m�galithiques, qu�ils virent enfin deux piliers de pierre brune surmont�s de sculptures repr�sentant des araign�es autour d'une lune, patin�s par le temps. Il n'y avait personne, aucun Elfe Noir, aucun Odjurwig. La vision du temple �tait-elle cens�e effrayer les aventuriers � ce point qu'il ne fall�t pas mettre de gardes ? Le temple, circulaire, �tait totalement recouvert d��paisses toiles d'araign�e. Il �tait certain que des arachnides communs n'avait pas �t� capables de produire un tel r�sultat : magie ou araign�e g�ante semblaient �tre les seules explications possibles, sans qu'aucune ne soit r�ellement r�confortante. Les murs de pierres noires �taient h�riss�s de pics de m�tal, sur lesquelles des formes �tranges et arrondies venaient att�nuer l'aspect mena�ant. En se rapprochant un peu, Yshba fut parcouru d'un frisson d'horreur ; les pics �taient effectivement moins pointus que d'ordinaires, des t�tes fra�chement empal�es et des cr�nes plus anciens venant orner l'ensemble des murs de l'�difice. Lundrifr reconnut tout de suite la t�te de celui qui s'�tait �chapp� avant lui : Meijuk pressa sa main contre sa bouche pour �touffer son cri d'horreur naissant. Thrall de son c�t� posa longuement son regard sur une statue d�figur�e : une femme, reconnaissable � sa poitrine g�n�reuse, la t�te arrach�e, les bras bris�s, jonchant le sol sous un lit de d�tritus divers. � C'est un temple transform� en place forte �, souffla-t-il � ses compagnons. � Les pics ont �t� rajout�s, cette statue a �t� visiblement saccag�e par les nouveaux occupants �.

 

Tandis qu'ils poursuivaient leurs observations en faisant bien attention de ne pas se faire rep�rer par une �ventuelle patrouille adverse, deux yeux suivaient la sc�ne avec attention. Cach� derri�re un arbre, � bonne distance, une ombre les avait suivis. L'inconnu portait un lourd manteau en peau d'ours qui trahissait mal les formes mena�antes de l'armure qu'il portait en dessous. A quelques centim�tres du sol, une boule aux pics ac�r�s et parcourus de lambeaux de chairs se balan�ait tranquillement au bout d'une cha�ne, suivant le rythme irr�gulier des bourrasques qui soulevaient au passage des petits tourbillons de neige. Son pied gauche, pos� sur la t�te d'un Odjurwig mort, d�chiquet�, dont seule la partie sup�rieure du tronc �tait encore intacte, effectua une br�ve pression vers le sol. Le cr�ne craqua sous l'impact, la t�te explosa dans un sinistre son �touff� par le mugissement du vent dans les arbres. � Vous l'avez donc trouv�. Mission accomplie. �. Sourire au coin, l'ombre disparut.

 

 

***

 

L'adversaire rompit la prise en d�gainant sa propre lame. Mais ses mouvements �taient lents et gauches. Il para, tenta de pointer, manqua devant l'esquive de Memnoch et le m�tal froid, irradi� de glace et d'�lectricit� lui transper�a la gorge. L'Elfe Noir mourut �touff� par son sang.

- Tu es de plus en plus redoutable Memnoch, dit Hanz en �tant son casque pour passer son gantelet sur ses cheveux bruns. Ses yeux clairs trahissaient une certaine admiration pour le chasseur � la petite barbichette noire. Memnoch aimait beaucoup les combats et progressait � chaque fois davantage. Son enfance, pass�e � la chasse sur les bords du grand fleuve germain[ii] qui symbolisait la fronti�re avec sa terre natale, l'avait conduit vers les plus hauts degr�s de ma�trise de toute sorte d'armes. Lors du p�riple vers Hattousa, il avait d�j� sauv� ses amis avec l'aide de Nekkar, affrontant seul plusieurs Sinanthropes. Snyderthur, son ma�tre � Hattousa l'avait initi� aux derniers secrets de la chasse et ses sept premi�res ann�es au service d'Odin avaient achev� d'en faire un guerrier accompli, respect� par ses amis, craint par ses adversaires.

- Merci mon ami. Ces Elfes Noirs ne sont pas si redoutables en d�finitive, s'ils ne peuvent attaquer par surprise, ils n'ont aucune chance face � nous : nos armes ensorcel�es par la gr�ce d'Odin, notre force, je ne vois qu'Akurgal ou Nibel pour �prouver des difficult�s face � eux.

- Tu as raison, convint Hanz, mais ta dext�rit� est bien au-dessus de la moyenne. Je compte plus sur ma force pour emporter la d�cision, je devrais davantage suivre ton exemple et m'exercer � �viter les coups et viser juste : mes forces seraient ...

Subitement, Hanz se tourna, sondant du regard l'obscure for�t. Les autres serviteurs d'Odin rejoignirent bient�t les deux hommes et purent � leur tour entendre les bruits �touff�s d'un combat qui s'achevait � quelques distances de l�.

- Ce sont les n�tres ?

- Ne dis pas de b�tises Liu, r�torqua Dimitre le regard inquisiteur. Nous sommes dans la For�t des Elfes Noirs, personne, mis � part nous, n'est autoris� � y p�n�trer, Gunther a �t� tr�s strict sur ce point, nos troupes sont trop peu nombreuses pour quitter la garde de Troudheim !

- Calme-toi Dimitre, il ne sert � rien de s'�nerver. Hanz remit son casque, surmont� du dragon d'Asgard, et scruta longuement les arbres qui se dressaient devant le groupe � la recherche d'un �ventuel mouvement.

- Ce sont peut-�tre des villageois ou des voyageurs qui ont �t� attaqu�s ? se risqua Nibel en serrant son �cu contre son c�t� gauche.

- Il n'y a pas � tergiverser. Fon�ons voir ce qui se passe. Apr�s tout, c'est peut-�tre le capitaine qui essaie de s'�chapper. Inutile de discuter davantage, nous avons une mission � remplir il me semble.

- Tu as raison Dimitre, allons-y, r�torqua Memnoch qui arborait un sourire carnassier en songeant aux possibles combats � venir.

 

Emmitoufl� dans des fourrures, un imposant guerrier attendait, assis sur un tas de cadavres d'Elfes Noirs. Il portait, par-dessus une armure de cuir clout� semblable � celles des guerriers d'Odin, une pelisse soyeuse et blanche, de la marte d'hiver, dont la large capuche recouvrait son casque � t�te draconienne. Il portait en sus des bottes et des gants en peau de b�uf � longs poils, fourr�s et brod�s, des sacoches et des fourreaux en cuir souple pour son arc, ses deux lances et sa hache de guerre rougie du sang de ses adversaires. Voyant les guerriers d'Odin se rapprocher il se mit debout, r�v�lant son imposante stature, plus haute que celle de Meijuk, d�couvrant un visage dur, mis en valeur par une barbe rousse taill�e avec soin.

� Vous voil� enfin �, l�cha-t-il � la vol�e. � Bjarnulf, guerrier d'Odin. Gunther m'a envoy� ici � votre rencontre d�s que j'ai eu achev� ma mission dans le nord �.

 

Tout d'abord surpris et m�fiants, les guerriers d'Odin reconnurent sans peine l'�quipement qui �tait aussi le leur. Seules les bottes et les gants divergeaient.

- Qui nous dit que tu dis vrai ? Tu aurais pu d�trousser l'un des n�tres et nous attendre ici, s'inqui�ta Hanz, tandis que ses compagnons se positionnaient autour de Bjarnulf, l'arme en main.

- Bien entendu. Et � qui aurais-je pu prendre cet �quipement ? Pourquoi aurais-je tu� ces Elfes Noirs, pourquoi ne pas vous avoir d�cim�s de mes fl�ches ?

- Tout ceci est effectivement surprenant, mais nous connaissons tous les guerriers d'Odin et tu n'en fais pas partie ..., r�torqua froidement Memnoch.

- Vous connaissez ceux qui sont arriv�s avec vous. Vous ne connaissiez pas le malheureux Siegard. Vous avez disparu cinq longues ann�es, Thens�ric et Gunther ont lev� de nouveaux volontaires, dont moi. Certains sont d�j� morts au combat, d'autres servent dans les endroits les plus recul�s de notre terre sacr�e. Comme j'�tais particuli�rement dou�, Gunther a jug� que je pouvais vous rejoindre, rejoindre les guerriers d'�lite que vous formez. C'est avec joie que j'ai accept�.

- Les endroits les plus recul�s d'Asgard ? Mais qui combattez-vous ? Et pourquoi ni Gunther, ni Thens�ric ne nous ont avertis ?

Les traits durs de Bjarnulf esquiss�rent une grimace espi�gle tandis qu'il r�pondit � Nibel, le fixant droit des les yeux.

- Tu sais, Asgard est une bien grande terre, ses ennemis sont nombreux. Loki, le Roi des Elfes Noirs, sans parler de tous les monstres qui sont apparus depuis ce que vous avez v�cu en Astragoth, le travail ne manque pas. Gunther m'a expliqu� que vous formiez une troupe d'�lite � laquelle on ne confiait que des missions sp�ciales. Nous autres devions nous battre contre les menaces quotidiennes. Ces huit derniers mois j'ai ainsi �t� en poste dans les montagnes du nord, o� des Trolls tentent d'�tablir un royaume. Une grande partie de nos m�taux sont dans ces montagnes, nous devions donc avec mes compagnons les combattre sous la conduite de notre chef Jorik, un puissant Seigneur de guerre comme Thens�ric que vous connaissez.

- Ton histoire se tient, admit Hanz. � Et ces cadavres, est-ce l� ton �uvre ? �

- Oui, r�pondit fi�rement Bjarnulf. � Je les ai massacr�s. Ces Elfes Noirs sont bien moins redoutables que les Trolls, ils ont une force de femme. Ils patrouillaient � proximit� d'une tour sombre qui se trouve � quelques dizaines de m�tres, par l� �, indiqua-t-il en montrant une vague direction � travers la brume givr�e qui flottait au-dessus du sol.

 

Le groupe de guerrier se dirigea vers la tour sous la conduite de Bjarnulf. Ryusei avait tout de suite fait le rapprochement entre cet �difice et une possible prison pour le chef de la garde qu'ils cherchaient. Les faits lui donn�rent raison lorsque Dimitre d�fon�a la porte d'entr�e du b�timent de pierre sombre. La tour �tait en fait un donjon �difi� par les Elfes Noirs au beau milieu de leur for�t. Il servait � la fois de retranchement � une petite garnison et de prison. Le syst�me d�fensif des Elfes Noirs reposait sur une multitude de petites fortifications semblables qui permettaient de totalement contr�ler le territoire de leur vaste for�t. Il reposait aussi sur la peur. A perte du vue s'�tendait cet inqui�tant manteau vert, napp� d'une brume constante, emplie de bruits �tranges, inqui�tants, o� les murmures d'Astragoth se perdaient parmi les mugissements des arbres aux formes disgracieuses.

� Odin veille sur nous, il nous a guid�s dans cette terre maudite : regardez donc ce spectacle ! �

Dimitre venait de p�n�trer dans la premi�re pi�ce dans un fracas tonitruant. Hache � la main, il s'�tait attendu � tomber sur des adversaires mais � sa grande surprise il ne rencontra aucune r�sistance. La b�tisse semblait vide. Lib�rant son passage en poussant sans m�nagement les quelques chaises qui se dressaient devant lui, il se dirigea tel un loup sur sa proie vers la seule porte int�rieure apparente, solidement cadenac�e, tandis que les autres inspectaient plus tranquillement les affaires laiss�es l� par une dizaine d'individus. Un seul coup de hache suffit � pulv�riser la porte. Dans la pi�ce sombre, rectangulaire, poisseuse et puante, un soldat se tenait assis contre la pierre froide, les mains encha�n�es en hauteur, le visage hagard. A c�t� de lui, quatre corps finissaient de se d�composer dans une exhalaison suffocante. Dimitre porta une main � son visage pour ne pas respirer davantage la puanteur de la mort.

 

Les guerriers d'Odin lib�r�rent le soldat qui s'av�ra bien �tre Lueciek, le capitaine de la garde qu'ils recherchaient. Bjarnulf avait d�cid�ment fait grand carnage car il apparut qu'il avait d�cim� � lui seul l'ensemble de la garnison de la tour. Lueciek avait �t� envoy� en mission sp�ciale afin d'en savoir plus sur les agissements du Roi des Elfes Noirs. Il avait �t� fait prisonnier apr�s un terrible combat dans cette for�t et men� avec ses hommes survivants dans cette tour pour y �tre tortur�s sans qu'on leur pos�t la moindre question. Il avait pu d�couvrir certains �l�ments importants, qu'il avait compl�t� en suivant les conversations de ses ge�liers, peu m�fiants � son �gard, car il comprenait le langage elfique : la D�esse-Araign�e avait �t� r�veill�e par leur Roi mais s'�tait empar�e de son esprit. Tous deux pr�paraient maintenant une arm�e, dans une crypte. Pour rejoindre ce repaire, il fallait une cl� sp�ciale de m�tal noir que seuls les Odjurwigs, qui commandaient maintenant aux Elfes Noirs, avaient en leur possession.

 

� Voil� des informations d�cisives, Lueciek. Nous allons te ramener avec nous � Troudheim, tu n'as plus rien � craindre. Je pense d�j� savoir ce qu'est ce m�tal noir, du Mithrill des Nains Fils de Fjalar. Gunther et Thens�ric seront heureux d'apprendre tous ces faits. J'esp�re que nos autres compagnons ont �galement r�ussi dans leurs missions ... avec un peu de chance, ils ont d�couvert o� se terrent ces deux monstres �.

 

 

 

Rendez-vous � Hattousa

 

 

 

Bient�t le sentier sinueux qui les menait � travers le sous-bois fut jonch� de cadavres. Quatre hommes restaient debout quand il sembla leur passer quelque chose dans la t�te. Les membres de la secte de l'Indicible venaient d'�tre rattrap�s par la folie sanguinaire de leur ma�tre. Ils braqu�rent leurs yeux inject�s de sang sur Rahotep, Akurgal et Inyan. Les guerriers d'Odin pr�par�rent leurs glaives z�br�s de traits glac�s et d'�clairs mena�ants. La col�re enflait sous le cr�ne d'Inyan et lui secouait le corps tant elle �tait violente. C'�tait un soulagement de pouvoir laisser libre court � cette pulsion malsaine qu'il semblait appr�cier pour la premi�re fois. Poussant un hurlement � glacer le sang, il se jeta sur ces ennemis, sous le regard incr�dule de ses compagnons qui lui embo�t�rent finalement le pas. Un des attaquants fut abattu au premier coup de pointe d'Inyan. Ces hommes avaient le visage maigre, les traits tir�s par le mal qui les poss�dait. Normalement Akurgal aurait eu piti� d'eux, mais m�me lui ne pouvait � pr�sent retenir la fureur qui l'entra�nait � tuer pour survivre. Et ils furent bient�t tous morts. La terre en folie �tait couverte de sang et de d�bris humains qui n'exprimaient qu'avec trop de force la folie de ces temps obscurs.

 

Akurgal se dressa d'un bond, le visage en sueur. Encore un cauchemar, encore ce m�me cauchemar. Le voyage vers Hattousa avait �t� tr�s difficile. A peine avaient-ils rejoint la Germanie par voie maritime que les ennuis avaient commenc�. Le temps �tait ex�crable, une pluie vergla�ante rendait p�rilleuse la travers�e du moindre chemin pierreux. Le pire restait cependant � venir : tous les villages travers�s �taient au mieux d�sert�s, le plus souvent r�duits � l'�tat de cendres fumantes. Il n'�tait pas rare que des corps plus ou moins gel�s par les �l�ments soient d�couverts, fich�s sur des pieux ac�r�s, d�membr�s et suspendus � des arbres devenus troph�es mortuaires. Les trois hommes ne tard�rent pas � d�couvrir la source de ces malheurs : des hordes de guerriers germains, assoiff�s de carnages, parcouraient tout ce pays en qu�te de nouveaux pillages. A quatre reprises, ils durent se battre contre une de ces colonnes de la mort ; combats acharn�s, mais toujours victorieux gr�ce aux enseignements re�us en Asgard. Rahotep et Inyan surent aider Akurgal � mieux ma�triser les techniques de combat qu'ils avaient acquises lors de leurs formations, et le trio devenait � chaque rencontre plus puissant. Une seule fois, ils durent fuir le danger : par une nuit de pleine lune un monstre, mi-humain, mi-loup, s'attaqua � leur campement. Sa force colossale eut t�t fait de mettre en �chec les assauts des guerriers d'Odin qui ne durent leur salut qu'� l'attaque surprise d'une araign�e haute de pr�s de deux m�tres qui s'acharna contre le monstre humano�de alors qu'il poursuivait les trois malheureux. En Dalmatie, ce fut la rencontre avec les membres de la secte du Soleil Noir qui devait tant marquer Akurgal.

 

- Encore un mauvais r�ve ?

- Oui. Je repense toujours � ce combat, en Dalmatie. Cette violence, le visage d'Inyan, mon propre emportement, mon empressement � tuer ... je ne comprends pas ce qui m'arrive, ce qui nous arrive.

Rahotep tendit un verre d'eau � son compagnon et plissa son front, rendant son visage plus grave encore qu'il ne l'�tait avec son bandeau barrant son �il gauche.

- Nous n'avions pas le choix. Ces fous �taient poss�d�s. Tu es un guerrier d'Odin, nous vivons des temps troubles, tu devras encore tuer, apprends � vivre avec.

- Tu as certainement raison.

Akurgal accorda � Rahotep un bref et triste sourire de gratitude. Il redressa les �paules, les d�gageant de ses cheveux �b�ne soigneusement tress�s.

- Tu es d'un grand r�confort, je suis heureux de t'avoir � mes cot�s. Inyan est plus froid, il ne semble pas touch� par cette violence, c'est peut �tre une force. Je n'�tais pas pr�par� � tout ceci, mais qui aurait pu l'�tre. Ce qui s'est pass� � Astragoth a d�clench� un temps de malheur auquel nous devrons mettre un terme. J'apprendrais � vivre avec cette violence qui est en nous.

 

La porte de la chambre s'ouvrit dans un grand fracas. Inyan s'engouffra entre les lits, arborant un large sourire ; � Ils sont arriv�s, ils nous attendent dans une petit salle que Youbdino[iii] a am�nag�e � ma demande �. Sans attendre davantage, Rahotep et Akurgal suivirent leur compagnon dans une petite pi�ce circulaire. Une table ronde avait �t� dress�e, copieusement garnie de pains, fruits, miel et lait de ch�vre. Le Ma�tre des h�tes �tait fid�le � sa r�putation. Asturias �tait accompagn� de Macubex et de Shiro, et tous trois se lev�rent pour saluer leurs anciens compagnons d'arme. Inyan attendait son fr�re, mais comme l'avait indiqu� Shiro, � Il a �t� retenu au Sanctuaire par une affaire tr�s importante, il t'envoie ses salutations �. Les �lus s'assirent, les regards se crois�rent. Asturias d�cida d'entrer tout de suite dans le vif du sujet.

 

- Nous sommes heureux de vous retrouver. Nous tenons ici notre engagement pris voil� 200 jours en Asgard. Nous avons parcouru des milliers de stades[iv] pour honorer ce rendez-vous. Notre entra�nement a d�cupl� nos capacit�s physiques et nous avons pu courir des jours entiers.

Shiro posa une petite sacoche sur la table et sortit un bout de parchemin qu�il fit passer entre les mains des guerriers d'Odin.

- Voici un message des autorit�s du Sanctuaire prouvant que nous parlons en leur nom. C'�tait une de vos demandes les plus vives.

- C'est tr�s bien ainsi, r�pondit Rahotep en passant le parchemin � Inyan qui se contenta de le poser � c�t� de son verre rempli de lait de ch�vre.

- Si nous sommes venus � vous c'est dans l'espoir de partager des informations, de nouer des liens nous permettant de faire face aux dangers qui nous menacent. Nos destins, j'en suis certain, sont li�s depuis Astragoth, et bien avant depuis notre appel � rejoindre Hattousa.

- C'est aussi ce que je pense, Asturias. Je crois pouvoir parler au nom de Rahotep et d'Inyan.

Akurgal regarda tour � tour ses compagnons qui hoch�rent de la t�te. Il poursuivit en pesant chaque mot.

- Nous avons travers� des terres soumises � la folie de la mort. Notre propre terre, Asgard, est menac�e par des dangers d�passant notre imagination la plus noire. Votre Sanctuaire est aussi en proie � de tels tourments. Notre offre est simple : nous vous aiderons � la hauteur de votre propre aide. Nous sommes pr�s � �changer des informations, le cas �ch�ant � nous battre � vos c�t�s contre des ennemis communs.

Inyan but son verre tranquillement comme Akurgal parlait. Il fixait Macubex qui n'avait pas parl� depuis leur rencontre. Il tentait de le jauger mais ses yeux noirs et son air sombre ne laissaient rien transpara�tre.

- Nous avons d�j� identifi� un ennemi commun, s'avan�a-t-il en coupant Akurgal. Soleil Noir, ou ce que tu appelles � l'Indicible � Asturias, nous avons rencontr� des membres de sa secte en Dalmatie. Ces sauvages nous ont attaqu�s, je pense qu'ils en veulent � la Terre enti�re, voil� d�j� un combat commun que nous pourrons mener.

- L'Indicible est une menace pour l'humanit� toute enti�re, m�me pour les dieux. Nous nous battrons � vos c�t�s contre ce mal le moment venu, lorsque nous serons pr�ts. Ce mal absolu est bien trop puissant pour que nous nous y attaquions sans avoir pr�alablement bien pr�par� notre offensive.

- Certes, Asturias, certes. Mais vous pourrez compter sur nous. Alors, qu�avez-vous � nous offrir ?

Macubex croisa furtivement le regard de Shiro tandis qu'Asturias fouillait dans la sacoche � la recherche d'un second parchemin. L'Etranger prit la parole en fixant Inyan.

- Nous allons vous apprendre des choses tr�s importantes, j'esp�re que vos renseignements seront � la hauteur, dit-il froidement.

- Voil�, tout est l�, dit Asturias en tendant le parchemin � Akurgal qui s'empressa de le lire. Voici tout ce que nous savons sur Maiegeiam.

Le texte relatait tout ce que les serviteurs d'Ath�na avaient pu apprendre � propos du Mage des mages. Rien n'avait �t� occult�. Akurgal bl�mit en lisant les derni�res phrases. Il passa le texte � Rahotep et Inyan. Tous lisaient le grec, Inyan avec plus de difficult�s mais Rahotep lui soufflait les mots qu'il ne comprenait pas. Une fois fini les deux compagnons regard�rent Akurgal et prirent � leur tour un air constern�. Le M�sopotamien prit la parole.

- C'est grave, tr�s grave. Comment ce mage peut esp�rer d�truire les dieux ? Ce sacril�ge le m�nera vers sa perte, le monde ne peut exister sans les divinit�s !

- Il a l'air bien d�cid� � mener son projet � bien : qu'esp�re-t-il trouver en Niflheim, dans l�antre infernale de Hel ? s'inqui�ta Rahotep. � Existerait-il un moyen d�y d�truire les divinit�s ? �

- Nous ne savons pas, r�pondit Shiro. � Mais cette menace est aussi importante pour le Sanctuaire que pour Asgard. Voici donc une premi�re base d'entraide possible, n�cessaire je dirais m�me. �

- C'est certain. Notre pr�tresse vous sera reconnaissante, voici un danger que nous ne soup�onnions pas, un de plus, le plus grand � n'en pas douter, fit Inyan en se grattant le front, les yeux perdus dans ses pens�es.

- Et vous, qu'avez-vous � nous apprendre ?

- Voici quatre textes : deux ont �t� traduits par Rahotep. Les deux autres ont �t� recopi�s par mes soins, ils sont �crits en runes. Vous saurez les traduire, j'ai compos� une aide explicative qui permettra � vos �rudits d'appr�hender cette langue sacr�e d'Asgard. Tous ces textes proviennent de notre biblioth�que, immense lieu d'�rudition.

Akurgal tendit aux Grecs cinq rouleaux de parchemin. Macubex prit le premier et le d�roula. Il le lut d'une traite. Il �tait compos� en grec, d�licate attention de Rahotep appr�ci�e � sa juste valeur.

 

 

� Yggdrasil, l'Arbre du Monde

 

A la base de l'Arbre du Monde Yggdrasil, se trouve Nidhogg, un �norme et tr�s ancien dragon rouge entour� par d'innombrables rejetons. Nidhogg est occup� � ronger les racines de l'Arbre du Monde et �ventuellement � couper le lien de Niflheim jusqu'en Asgard. Mais l'Arbre cr�e de nouvelles racines au fur et � mesure que Nidhogg les d�truit. Le dragon Nidhogg peut �tre vaincu, mais en moins d'une ann�e r�volue, un de ses rejetons grossit en taille et en pouvoir et vient alors remplacer Nidhogg pour perp�tuer sa t�che. �

 

 

� Je ne sais pas encore � quoi pourra nous servir ce texte mais merci, c'est un recueil de qualit� �, fit Macubex en enroulant le parchemin. Asturias s�empressa de ranger soigneusement ce dernier dans sa sacoche, tout annotant son carnet de nouvelles notes. A son tour, Shiro lut son parchemin. Lui aussi �tait en grec et semblait compl�ter le premier texte.

 

� L'Arbre du Malheur, Histoire et Grandeur du Royaume d'Asgard

 

L'Arbre du Malheur, peu nombreux sont ceux qui le connaissent. Peut-�tre quelques v�n�rables skalds pourraient encore en dire quelques mots si leurs m�moires ne leur font d�faut. L'existence de cet Arbre remonte aux sources m�me de la cr�ation du monde. On dit que la d�esse Hel le fa�onna de ses propres mains dans une glaise putride et naus�abonde, elle y enserra le Mal dans son �tat pur et le planta dans le royaume gris de Niflheim. On peut penser que cet arbre maudit a �t� cr�� pour offrir un reflet ignoble � l'Arbre du Monde, le fr�ne Yggdrasil. En effet, cette monstruosit� se r�v�le en �tre sa caricature grotesque. On dit que la fille de Loki, alors ivre de col�re et de haine, aurait cr�� l'arbre lorsqu'elle s'est aper�ue que les racines du Fr�ne du Monde per�aient son royaume maudit. Sans doute esp�rait-elle que les branches immondes de son arbre p�n�treraient les couches sup�rieures du Monde. Encore aujourd'hui, les racines putrides de cet arbre de malheur existeraient dans la for�t maudite des Elfes Noirs, dans une caverne maudite ... On dit m�me que quiconque suivrait ces racines dans les entrailles de la Terre trouverait le rep�re de la d�esse au double visage ... �

 

 

- C'est un texte extraordinaire ! Je vois que vos informations sont de premi�re qualit�, vous �tes des hommes de parole.

- Tu en doutais Shiro ? r�pliqua Inyan l'air narquois.

- Non, bien entendu. Nous avons partag� assez de choses pour ne pas mettre en doute votre bonne volont�. En tout cas je renouvelle les remerciements de l'Etranger : ces informations nous seront pr�cieuses, ne serait-ce que par l'�vocation du Niflheim o� Maiegeiam s'est rendu ...

- Et ce n'est pas tout. Les deux autres textes traitent d'Hel et du Niflheim. Vous en apprendrez beaucoup.

Asturias restait les yeux riv�s sur son parchemin. Il avait rapidement ouvert les deux premiers qui, �crits en alphabet runique, demeuraient obscurs. Le troisi�me parchemin �tait une notice explicative permettant de d�chiffrer ces deux textes. A c�t� de notes, un m�me texte �tait copi� en trois langues : en �criture cun�iforme m�sopotamienne, en runique et enfin en grec.

- C'est bien le texte que nous avons recopi� de la statue en flamme en sortant des Enfers n'est-ce pas Akurgal ?

- C'est cela, cela provient du Koudourrou[v]. J'ai cru bon de vous aider � mieux comprendre l'�criture runique en traduisant ce texte dans les deux langues, grec et runique.

- C'est un cadeau extraordinaire Akurgal. Nous te sommes redevables de beaucoup. Je te jure de te rendre la pareille.

Le Dalmate leva les yeux et lut le texte � voix haute, lentement, posant chaque mot.

 

 

� �coutez les paroles du Sombre Dieu,

Je suis l'ombre qui laisse place � la lumi�re du jour,

Je suis le messager de la Mort � l'apog�e de la vie.

Je suis le voile sans fin de la Nuit avec lequel dansent les �toiles.

Je suis la Mort qui doit �tre admise afin que la Vie puisse continuer,

La Vie est cycle infini parce que tout ce qui a une �me doit mourir.

Je suis la force qui prot�ge, qui pose les limites,

Je suis le pouvoir qui dit Non, Arr�tez, C'est Assez.

Je suis les mots qui ne peuvent �tre prononc�s,

Je suis le Riche qui s'enrichit des �mes et des pleurs des humains,

Et je suis le rire sur les l�vres de la Mort.

 

Devenez mes serviteurs, rejoignez le Monde Souterrain,

Mais n'attendez aucune cl�mence des autres hommes en retour,

Car vous deviendrez mes Spectres, des �tres sans vie et si terrifiants ! �

 

 

Les �lus poursuivirent leurs �changes pendant de longues heures. La confiance r�gnant, les �ph�bes apprirent que Pallas et Seth �taient revenus d'un long entra�nement avec le titre de Guerriers Sacr�s de Bronze. Ils portaient respectivement les armures de la Croix du Sud et du Ph�nix, armures disposant de pouvoirs extraordinaires qu'ils n'avaient cependant pas encore pu voir. Ils ne dirent rien � propos du Souffle Divin, gardant pour eux la d�couverte de cette nouvelle force : les Asgardiens gardaient certainement des secrets pour eux m�me s'ils avaient pr�cis� que leur royaume subissait les assauts des forces du Roi des Elfes Noirs. D'un commun accord, ils d�cid�rent de garder contact et de transmettre � leurs autorit�s respectives les bases de cette collaboration fructueuse. Les �ph�bes quitt�rent Hattousa d�s le lendemain, Yolos leur ayant command� de rentrer au plus vite : le temps de leur d�part vers leurs qu�tes respectives approchait. Bient�t eux aussi deviendraient des Guerriers Sacr�s d�Argent !

 

***

 

La fum�e se dissipa peu � peu derri�re le rideau de lin. Les formes de Cyb�le se dessinaient clairement maintenant ; elle se tenait debout, les bras lev�s vers le plafond du temple qui scintillait de mille feux. Il s'�tait empli d'�toiles apr�s que la d�esse e�t prononc� des paroles inaudibles pour les serviteurs d'Odin. Ces derniers demeuraient agenouill�s, les yeux riv�s au sol comme la pr�tresse le leur avait demand� avant de les laisser p�n�trer dans le temple des oracles. Ils n'avaient pas eu besoin de poser la moindre question : Cyb�le savait pourquoi ils venaient et, une nouvelle fois, allait les aider en pronon�ant son oracle.

 

� La d�esse araign�e attend dans son antre,

Le roi de Nibelung y forge son arm�e dans la terre sombre,

Dans cet antre Asgard sera vou� aux tumultes des maux,

Lorsque le doigt croisera l'�il la col�re vengeresse s'accomplira �

 

Trois jeunes pr�tresses se rapproch�rent des guerriers et les relev�rent, faisant bien attention qu'aucun ne regarde la d�esse. Elles les conduisirent au dehors o� la grande pr�tresse les attendait. Le ciel �tait charg� de lourds nuages, l'orage grondait d�j� au loin dans les montagnes anatoliennes.

- Le temps est aussi inqui�tant que cette proph�tie, fit Inyan en voyant un �clair z�brer le ciel par-del� la porte du sanctuaire.

- Akurgal, tu as bien tout not� ?

- Oui, c'est fait Rahotep. Je dois dire que je suis autant inquiet que soulag�. Je m'attendais presque � pire.

 

Le M�sopotamien avait attendu ce voyage avec anxi�t�. Il se souvenait que Thens�ric avait parl� d'Ereshkigal, la d�esse infernale qui semblait veiller sur lui depuis le bref passage dans son domaine[vi]. Bien qu'elle f�t consid�r�e comme une d�esse infernale et donc redout�e, voire d�test�e par les hommes, elle s'�tait montr�e �trangement bienveillante avec Akurgal. C'est elle qui, quelques mois auparavant, les avait guid� � travers Akurgal en-dehors des Enfers. Le scribe qui avait longuement �tudi� la geste des dieux � Uruk avait appris � la respecter et craignait � pr�sent qu'elle ne fut m�l�e aux troubles qui secouaient Asgard. Cyb�le n'en avait souffl� mot, il devait donc s'agir d'une manipulation, d'une rumeur colport�e par des forces voulant impliquer les divinit�s m�sopotamiennes dans les affaires asgardiennes. Il faudrait certainement r�soudre ce myst�re un jour ou l'autre, mais pour l'heure Akurgal �tait soulag�.

 

- C�est r�confortant ! Je ne sais pas ce qu'il te faut mon vieux ! l�cha Inyan en s'�nervant. � Nous avons la preuve absolue que le Roi des Elfes Noirs et la D�esse-Araign�e se sont alli�s pour nous d�truire. Charmant ! Mais quel r�confort de le savoir, vraiment ! � conclut-il en levant les bras au ciel.

- Je voulais dire que nous n'apprenons pas grand chose de nouveau : Thens�ric nous avait d�j� parl� d'un possible lien entre la D�esse-Araign�e et le Roi des Elfes Noirs. Thrall, Meijuk et Yshba sont partis en qu�te de cette antre avant notre d�part, � l'heure qu'il est, ils doivent l'avoir d�couverte. Au moins, un nouvel adversaire ne semble pas se dresser devant nous.

- C'est une juste remarque, r�torqua Rahotep en essuyant une goutte qui venait de tomber sur son visage. Nous aurons obtenu ici cette confirmation et nous aurons appris aupr�s de nos amis grecs que Maiegeiam complote aussi contre nous, voulant la fin des dieux et donc d'Odin.

L'Egyptien prit un air plus s�v�re en r�p�tant int�rieurement la fin de phrase prononc�e par Cyb�le.

- Je m'inqui�te cependant de comprendre ce que signifie cette histoire d'�il et de doigt. Je n'aime pas �a.

- Je vous rappelle, r�pliqua Inyan en resserrant autour de lui son manteau pour se prot�ger de l'averse orageuse naissante, que l'un des symboles de l'Indicible c'est le Soleil Noir, tel qu'Asturias nous l'a indiqu� et comme le prouve les tatouages que portaient les fous que nous avons crois�s en Dalmatie. Il y avait aussi sur ces derniers des doigts cachant le Soleil ... une simple co�ncidence ? Et si l'�il �tait une image pour signifier le Soleil Noir ?

Akurgal fron�a ses sourcils. Tout � sa joie de d�couvrir qu'Ereshkigal n'avait pas �t� cit�e par Cyb�le, il n'avait pas repens� � cette derni�re phrase. Inyan avait vu juste, tout concordait. �  Tu as raison Inyan, j'aurais d� �tre plus attentif. Nous aurons de sombres nouvelles � ramener aux n�tres �.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les cl�s noires

 

 

 

De longues semaines s'�coul�rent avant que les guerriers d'Odin ne puissent enfin tous se retrouver � Troudheim. Ils y disposaient � pr�sent d'une b�tisse � part enti�re dans laquelle chacun avait sa pi�ce. L'�difice de bois avait fi�re allure, le toit �tant surmont� d'un majestueux dragon offert par des habitants de Troudheim trop heureux d'�tre sous la protection des guerriers d'�lite d'Odin. Gunther avait �t� convi� � la grande r�union organis�e pour mettre � plat ce qui avait �t� d�couvert. Ce fut l'occasion pour lui de pr�senter Bjarnulf � ceux qui ne le connaissaient pas encore. Lueciek, bien que ramen� � Troudheim, n'�tait pas l�. Il se remettait doucement de ses �preuves dans la grande auberge de la grande cit� du sud. Il lui faudrait du temps pour retrouver le go�t de vivre, lui unique survivant de son village. Les choses �taient limpides : Maiegeiam repr�sentait un danger tr�s inqui�tant et la Grande Pr�tresse devrait prendre des mesures dans les semaines � venir pour monter une exp�dition � sa recherche. Il faudrait certainement l'appoint des forces du Sanctuaire et vivre avec cette menace jusqu'� l'�limination de ce probl�me. Gunther semblait moins inquiet que ses compagnons : il savait que Niflheim �tait un endroit terrifiant et pour y aller Maiegeiam devrait traverser les enfers. Tout magicien qu'il fut, il �tait peu probable qu'il r�ussisse. En outre sa gardienne, Hel, la d�esse aux deux visages, ne laisserait personne fouler son domaine impun�ment, surtout pas un �tre venant d�truire les dieux. Le plus pressant restait donc la menace que faisaient peser le Roi des Elfes Noirs, aussi connu sous le titre de Roi de Nibelung, Roi des Terres Sombres et la D�esse-Araign�e, ma�tresse des Odjurwigs. Ces deux �tres redoutables faisaient cohabiter deux races antagonistes, ce qui les rendaient encore plus dangereux : inutile d'esp�rer des dissensions dans le camp adverse. Ils se pr�paraient dans une crypte de la For�t Ancestrale comme Meijuk, Yshba et Thrall l'avaient d�couvert. La proph�tie de Cyb�le indiquait que le temps pressait et qu'il faudrait agir avant que l'Indicible n'entre en contact avec eux, � c'est l� la plus vraisemblable des explications � cette phrase �, avait conclut Inyan dans une brillante d�monstration qui avait emport� l'assentiment de tous.

� Voici mes ordres. En l'absence de Thens�ric, c'est moi qui ai obtenu le commandement des op�rations �, dit Gunther en d�voilant sur la table une carte de la r�gion.

Caressant sa barbe soigneusement entretenue, il poursuivit de sa voix grave. � Meijuk, Hanz, Memnoch, Inyan et Dimitre : vous allez rejoindre les Collines Grises � cinq jours de marche : vous y trouverez des grottes de Nains Fils de Fjalar. Ces derniers extraient du Mithrill dans ces sombres cavernes, et si nos informations sont exactes nous aurons besoin de ce m�tal pour forger les cl�s noires. Ces cl�s sont toutes identiques : une demi-lune de cette taille, dit-il en montrant un dessin assez ancien. La porte s'ouvre lorsque le Mithrill entre en contact avec l'emplacement de la cl� taill� dans la porte de pierre : c'est une r�action magique que Thens�ric a d�couverte voil� des ann�es dans un vieux temple elfique abandonn� dans l'ouest du pays. Les autres vous resterez ici avec moi : nous allons fortifier Troudheim : la muraille de bois doit �tre renforc�e : elle sera remplac�e par une muraille de pierre grise. Vous aiderez � son �dification et � l'�tablissement d'un syst�me d�fensif digne de ce nom : les attaques de l'arm�e de la D�esse-Araign�e et du Roi de Nibelung ne doivent pas faire tomber Troudheim sinon nous perdrons notre seul port encore en activit�. Asgard ne tiendrait alors plus longtemps sans l'apport de nourriture ext�rieure et de bi�re ! �.

 

Ceux qui restaient sur place n'�taient pas tous ravis de devoir simplement travailler au lieu de pouvoir se battre, mais personne n'objecta face au grand chef de guerre. Les cinq hommes d�sign�s pr�par�rent leur paquetage et partirent le soir m�me.

 

***

 

Le froid �tait intense depuis leur d�part. La neige s'�tait vite transform�e en blizzard et les compagnons avan�aient p�niblement emmitoufl�s dans leurs manteaux. Les Collines Grises n'�taient qu'� cinq journ�es de marche en temps normal, il faudrait certainement plus de temps � travers cette temp�te. Le quatri�me jour fut marqu� par un �v�nement inqui�tant ; alors qu'ils se reposaient au coin d'un feu en profitant d'une accalmie, trois boules de feu jaillirent de nulle part. La premi�re fut d�vi�e de justesse par Hanz du revers de son �p�e, les deux autres atteignirent de plein fouet le paquetage de la petite troupe. Ce dernier s'enflamma irr�m�diablement, laissant les guerriers sans provisions pour les jours � venir.

- Mais qui a fait �a ? ALLEZ SORTEZ DE VOTRE TROU, VENEZ DONC VOUS BATTRE D'HOMME A HOMME ! hurla Dimitre dans une rage folle.

Memnoch et Inyan qui s'�taient jet�s � terre se relev�rent. Le premier, tout en secouant la neige qui le recouvrait, se rapprocha d'Hanz.

- Tu nous as sauv� la mise.

- J'ai entendu un sifflement et j'ai fait ce que je pouvais, r�pondit humblement l'Asgardien de naissance. Mes sens sont de plus en plus affin�s, je per�ois de nouvelles choses. Mais j'ai en partie �chou�, les deux autres projectiles ont atteint leur but. Il fron�a ses gros sourcils et prit un air s�v�re. � Nous sommes d�couverts �, souffla-t-il.

- Il faudra faire attention, rebondit Meijuk. � Gunther nous avait pr�venu, les Fils de Fjalar ne sont pas de simples guerriers, ils ont des sorciers. La bonne nouvelle c'est que nous sommes sur la bonne voie. �

- Si, comme tu le penses, ce sont bien des Fils de Fjalar qui ont fait le coup, riposta Inyan en abordant la question sous un nouvel angle. � Pour ma part je n'ai pas vu nos agresseurs, nous ne pouvons �tre s�rs de rien. �

Les serviteurs d'Odin d�cid�rent de se remettre en route sans tarder, laissant pour un moment leurs interrogations derri�re eux.

 

Deux jours pass�rent. Affaiblis par leur p�riple et par le manque de nourriture et de boisson, les cinq compagnons �taient incapables de maintenir une course soutenue � travers le blizzard qui s'intensifiait davantage chaque heure. Le froid p�n�trait partout, se faufilant � travers chaque espace disponible pour mordre la peau. Finalement ils arriv�rent un peu par hasard devant l'entr�e d'une caverne. Il leur fallut avancer � quatre pattes pendant un certain temps dans un �troit boyau glissant. Cette caverne �tait occup�e, des torches �clairaient � intervalle r�gulier le chemin, mais il n'y avait pas de gardes. Il faut dire que les Fils de Fjalar �taient connus pour leur sauvagerie au combat et que personne en Asgard n'osait plus s'aventurer dans les Collines Grises depuis des ann�es. Le Mithrill �tait un m�tal tr�s int�ressant, � la fois r�sistant et l�ger, id�al pour les armes et les armures, mais les guerriers d'Asgard lui pr�f�raient volontiers leur alliage de fer et d�Argent extraits des Montagnes Blanches pour les armes, le cuir renforc� pour les armures. Le m�tal noir �tait en effet tr�s difficile � extraire et surtout tr�s difficile � travailler : il fallait provoquer des chaleurs importantes et poss�der de puissants fourneaux ; depuis le d�but des hostilit�s avec Loki et surtout les �v�nements d'Astragoth le seul qui subsistait se trouvait dans la Forteresse, bien loin des r�serves de Mithrill. Finalement Memnoch, qui ouvrait la marche, d�boucha sur une grande salle. Comme ils le craignaient depuis quelques jours, les Fils de Fjalar �taient sur leurs gardes et avaient suivi la course des serviteurs d'Odin ; ils les avaient laiss� p�n�trer dans cette grotte pour mieux leur tendre une embuscade. Il �tait impossible de fuir et de toute fa�on il n'en �tait pas question : la pi�ce regorgeait de caisses du pr�cieux m�tal. Lorsque Dimitre, qui fermait la marche, sortit � son tour du boyau un m�canisme se d�clencha, fermant une lourde porte de pierre derri�re eux. Six Fils de Fjalar en arme attendaient la confrontation, poussant des cris rauques, agitant leurs haches de guerre, tandis que quatre molosses portant des cuirasses � pics et un sanglier laineux bavaient d'impatience d'en d�coudre.

- Bon, au moins nous aurons de quoi manger apr�s la bataille, moi j'ai faim depuis deux jours, lan�a Dimitre en sortant d�licatement sa hache qui d�gageait un froid intense, bien plus mordant que le blizzard ext�rieur.

- Avant de manger nous devrons nous occuper de ces gaillards, nota Hanz avec inqui�tude. Ce ne sera pas chose ais�e, ces Fils de Fjalar ont l'air solidement prot�g�s dans leurs armures sombres. Et, fit-il en pointant son �p�e � deux mains qui r�sonnait comme si elle s'impatientait d'en d�coudre, ce sanglier et ces chiens enrag�s ne vont pas rendre la t�che plus facile.

- Je me charge des b�tes, occupez-vous des Nains. Je sais comment m'y prendre avec ces bestioles.

Meijuk ajusta sa rondache � proximit� de son coude, laissant volontairement son poing gauche d�gag�. Sa main droite serrait la garde de son glaive dont les �tincelles �lectriques attiraient le regard carnassier des b�tes de combat.

 

Un premier Fils de Fjalar l�cha le sanglier sur Meijuk qui s'�tait avanc� d'un pas. Avec une vitesse surprenante, ce dernier se jeta en avant, son poing d�gag� venant s'enfoncer dans le groin de la cr�ature et y restant englu�. D'un geste plus rapide encore Meijuk d�capita la b�te sous les yeux inquiets des Nains. Ils ne s'attendaient pas � rencontrer si forte opposition : les guerriers d'Odin n'�taient plus de simples combattants. Ils se d�pla�aient vite, bien plus vite que la normale, d�gageaient une aura inqui�tante qui ne cessait de grandir au fur et � mesure que le combat avan�ait. Pire, certains comme Memnoch et Inyan, parvenaient � d�gager des charges d'�nergie de leurs mains, d�charges impossibles � �viter, irradiant de douleur leurs victimes. Il �tait trop tard pour reculer, les Fils de Fjalar devaient se battre de toutes leurs forces pour esp�rer en r�chapper. L'un d'entre eux bondit sur Dimitre. Ses compagnons avaient tous un adversaire et s'en sortaient tr�s bien. Inyan s'amusait avec ses ennemis, se contentant d'�viter les coups de hache, Meijuk embrochait le dernier molosse, tandis que sa main gauche tenait encore par sa gorge broy�e le cadavre ridicule d'un cong�n�re. Hanz et Memnoch n'�taient pas en reste, ils avaient �t� plus exp�ditifs, le premier se d�barrassant tour � tour de deux adversaires, le second jouant avec le sien, lui d�coupant chaque main, avant de lui briser les genoux et finalement de lui planter son glaive � la base du cou. Dimitre attendit le dernier moment pour frapper. Il ferma les yeux tout au long de l'engagement, d�sirant sentir le moment opportun pour frapper. Sa hache s'abattit sur le cr�ne du Fils de Fjalar, le fendant en deux. Des traits de givre se m�laient au sang qui d�goulinait du tranchant de sa hache. Lorsqu'il rouvrit les yeux, il put voir avec satisfaction que les combats �taient achev�s. Les cris avaient cess�, certains r�les de douleurs quittant les lieux dans un �cho qui se propageait jusqu'aux tr�fonds de la Terre.

 

- Une vraie boucherie. Ces Nains ne sont pas si terribles lorsqu'ils se battent au corps � corps.

- Tu sembles d��u, Dimitre. Pour ma part, je suis bien heureux que nous n'ayions pas crois� celui qui nous a envoy� ses boules de feu. Qui sait quel sort il aurait pu nous r�server.

- Hanz a raison, compl�ta Meijuk en essuyant sa lame. � Je suis certain que nous aurons fort � faire dans l'avenir. Je constate simplement que nos techniques de combat sont �prouv�es. Memnoch, Inyan, il faudra r�ellement que vous nous expliquiez comment vous parvenez � d�clencher ces vagues d'�nergie �, conclut-il en se retournant vers ses compagnons.

- Le talent, tout simplement le talent, r�torqua Inyan avec un sourire narquois.

 

Le groupe offrit un petit tombeau aux restes de leurs adversaires, signant leur crime en gravant un dragon d'Asgard sur une petite st�le de pierre. Le sanglier fut d�coup�, une partie fut conserv�e dans une sacoche Naine pour le retour, le reste fit un excellent repas qu'ils partag�rent au coin du feu. Apr�s un moment de repos, les guerriers se mirent en route, rapportant � Troudheim trois caisses de m�tal noir.

 
_______________________________________________________________________________________________________________________
[i] Epouse du dieu de la po�sie Bragi, Idunn est la d�esse nordique associ�e � la jeunesse �ternelle des dieux d�Asgard.

[ii] Identifi� ici comme le Rhin.

[iii] Voir le Pr�lude, premier livre de la s�rie.

[iv] Mesure grecque �quivalent � 180 m�tres.

[v] St�le de pierre couverte de textes et de symboles associ�s aux divinit�s. Terme babylonien.

[vi] Voir dans le Pr�lude, premier livre de la s�rie, l'�pisode en M�sopotamie.

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