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Cette fiche vous est proposée par : black dragounet


L'émergence des géants


Note de lecture :
Cette Side Story n'est à lire qu'après avoir fini le chapitre 18 de la fic. Il s'agit d'un crossover avec la fanfiction "Les Ages Mythologiques", d'Aqualudo, dont la lecture n'est cependant pas nécessaire pour apprécier ce texte.


Le Passage



« Je t’avais pourtant bien dit de que tu n’avais strictement aucune chance face à moi » siffla l’inconnu. « Quelle reconnaissance, je te demande ! Bien gentil que j’ai été, de ne pas te laisser crever. Trop gentil, oui. Enfin, tu m’as apporté une distraction rare en cet endroit et, surtout, tu m’as ouvert la voie ! »

Une étrange sensation de vertige réveilla Praesepe. Il ne se rappelait plus comment il s’était retrouvé là, dans une crypte grossièrement creusée à même la roche adamantine ; allongé sur le sol, il s’était redressé pour faire face à l’inconnu, qui pour l’heure le toisait de toute sa hauteur. L’homme semblait âgé d’une quarantaine d’années ; son visage aux traits anguleux dégageait une certaine noblesse, rehaussée par une barbe soigneusement entretenue qu’il caressait doucement, une main posée sur les pattes saillantes de son Armure. Son Armure ! Praesepe se figea. Une Armure noire comme la nuit, comme celles que les Chevaliers Noirs portaient. Enfin non, pas tout à fait. Cette Armure était d’un style différent, visiblement beaucoup plus ancien. On pouvait deviner quelques gravures de scènes directement sorties de la mythologie, où des centaures combattaient des hommes en armures grecques. Le chevalier du Centaure Noir ? L’homme se concentra. Sonya. Elle était morte. Il était venu aux Portes des Enfers avec son assassin afin d’assouvir sa vengeance. L’espace d’un instant, il avait laissé libre court à sa colère et avait apaisé son ire dans un déferlement de puissance brute. Puis, le silence. Il était resté là, immobile au milieu de cette vallée terrifiante et froide. Rien du point de vue du serviteur d’Athéna ne semblait avoir de sens : pas plus sa propre situation actuelle que ce qui s’était passé après qu’il en eut fini avec l’assassin de sa femme.

***
Quelques heures plus tôt, vallée du Yosmotsu-hirasaka

Praesepe sentait son Cosmos de plus en plus pris dans la tourmente du chaos qui l’embrassait. Depuis quelques instants, une brume s’était levée et occultait l’ensemble du paysage funèbre qui l’entourait quelques instants auparavant. Le Chevalier du Cancer ne pouvait plus bouger, emprisonné dans cette barrière vaporeuse qui, au contact de son Cosmos, sifflait, dégageant une terrible puanteur cependant que des colonnes de vapeur toujours plus nombreuses tournoyaient autour de son corps.
« Que se passe-t-il ? Ai-je troublé l’équilibre naturel des choses en déclenchant le Seki Shi Ki Meikai Ha au cœur de la porte des Enfers ?
- Ne te donne pas trop d’importance, Chevalier du Cancer, tu n’es qu’un élément d’une logique plus complexe.
Praesepe tenta de se retourner, sans succès.
- Qui es-tu ? demanda-t-il en cherchant, en vain, à entrevoir son interlocuteur.
- Quelqu’un qui désire parler un peu. Savoir qui je suis ne t’avancera pas à grand-chose. Je pense même que la réponse pourrait provoquer ta colère, chose totalement inutile.
- Qui que tu sois, sache que tu n’es pas de taille à lutter contre moi. Comme tu sembles le savoir, je suis un Chevalier d’Or.
- Et tu es très puissant, oui je sais, coupa l’inconnu. J’ai pu assister à ton combat, si tant est que l’on puisse comparer une exécution à un combat. Tu es en effet très puissant. Un digne serviteur d’Athéna, assurément. J’ai appris à me méfier des Guerriers Sacrés d’Or depuis que l’un de tes ancêtres m’a tué.
Praesepe se crispa.
- Dans ce cas tu es un adversaire, mais …
Le Chevalier d’Or marqua un temps d’arrêt.
- Tu dis que tu as été tué ? »

En guise de réponse, le silence. Puis un grand remous, tourbillon de vagues de brume indécises. Enfin quelque chose apparut, rivant deux yeux noirs sur le Chevalier.
« Alors, es-tu prêt à me suivre ?
- Qui es-tu donc ?
- Je te l’ai dit, je suis celui que ton ancêtre, premier Chevalier d’Or du Cancer, tua voilà bien longtemps. Alors, veux-tu vivre, ou périr ? Sache que ce qui est sur le point de se déclencher ici ne t’épargnera qu’à la condition que je t’aide. Si tu n’es pas directement la cause de ce qui vient de se passer, disons que tu en as sans aucun doute démultiplié les conséquences ».
Praesepe fixa son regard sur l’inconnu. Son Armure Noire ne laissait que peu de doutes sur son origine.
« Je ne sais pas ce qu’un Chevalier Noir fait ici, mais sache que tu ne m’impressionnes pas ».
Le Cosmos en ébullition, Praesepe venait de se dégager de l’étreinte de sa prison de brume et, déjà, dardait son doigt doré vers son adversaire.
« C’est inutile, tu n’as aucune chance.
- Laisse-moi en juger s’il te plaît ».

***

« Suis-je mort ? »
Les pensées s’enchevêtraient dans l’esprit de Praesepe.
« Mort ? Disons que tout dépend la définition que tu donnes à la Mort ! s’esclaffa le guerrier sombre. Tu as failli mourir en t’attaquant à moi alors même que les Anciens Enfers s’ouvraient autour de nous, mais tu es bel et bien vivant, hors du temps, au fin fond du monde des Morts certes, mais vivant.
Puis, d’un ton solennel :
- Non, Chevalier. Ceux de la colline, eux, ils étaient morts. Aussi mort qu’on puisse espérer l’être, oui. Aussi morts que ta femme, Sonya. Ici, ce n’est pas la mort. C’est … Un passage. L’espace d’une réalité qui n’existe pas encore, mais qui fut et qui sera lorsque le temps aura repris sa course.
- Un simple passage ? Mais toi, tu m’as bien signifié que tu avais été tué ; quel autre lieu pourrait donc accueillir les Morts ? », fit Praesepe, la mine dubitative, se relevant doucement.

Le guerrier, les yeux perdus dans le vide, laissa passer un long silence.
« Oui, c’est ça. Bien que le terme exact ne soit pas celui-là, je n’en ai pas trouvé d’autre que tu puisses comprendre aisément. Un passage vers le monde des Morts, du moins tel qu’il existait avant, dans sa prime jeunesse. C’est bien ça, répondit-il enfin. Tu connais déjà le Yosmotsu-hirasaka, mais sache qu’il y a beaucoup plus de portes menant aux Enfers. Enfin, je me doute que tu n’as pas l’intention de vérifier de toute façon. La plupart de ces portails sont fermés … Et crois-moi, mon ami, ce n’est pas de notre côté que tu trouveras de quoi ouvrir, ça non. Il y a des choses que même un vieux comme moi peut craindre. Il y a pire sort que mourir, ça j’en suis sûr : j’en reviens.
- Mais vous avez été tué ? insista Praesepe.
- Et pas qu’un peu, c’est une certitude. Ton ancêtre m’a littéralement vaporisé. Un sacré spectacle quand j’y repense, une bien belle mort. Quoique, il y a mort, et mort … Il serait intéressant d’analyser l’origine même de ce mot suivant les civilisations. Qu’est-ce que la Mort, le sais-tu seulement ?
- Mais qui êtes-vous donc ? Vous n’êtes pas un Spectre d’Hadès, le temps n’est pas encore venu, et cette Armure est assurément l’une que portent les Renégats de l’Île de la Reine Morte. Je doute néanmoins que vous soyez un simple Chevalier Noir. Êtes-vous …»
Le vieux guerrier ne put retenir un nouvel éclat de rire. Du revers de la main, il essuya ses yeux baignés de larmes.
« Moi, un dieu ? Regarde-moi bien, mon ami ». Il esquissa un bref rictus, puis : « Si j’étais un dieu, la première chose que je ferais, ce serait de quitter ce coin avec mes compagnons, pas de doute. Non, je suis qu’un pauvre vieux Guerrier, qui a perdu le combat qu’il ne fallait pas. Pas de chance, hein ? Enfin, à côtoyer les morts, on finit par apprendre quelques trucs, je pourrais dire. Cette épreuve a été enrichissante et il faut toujours tirer des aspects positifs des pires expériences ».

Praesepe laissa vagabonder son regard à travers la pièce d’un air pensif. Cette salle étrange semblait faire partie d’un temple extrêmement ancien ; à sa grande surprise, il crut reconnaître des motifs sumériens assez proches de ceux qu’il avait pu découvrir à Babylone, voilà bien longtemps à présent. Longtemps. Ce mot avait-il seulement un sens dans cet endroit ? Le Chevalier du Cancer s’attarda quelques secondes sur le dessin d’une déesse étrangement belle et terrifiante, représentée autour de sept portes. Il porta sa main à son front, ce qui dissipa passagèrement la douleur qui lui vrillait le crâne, et se tourna vers son interlocuteur.
« Pourquoi m’avoir sauvé ? »
C’était, à cet instant, l’unique question qui occupait son esprit.
- Je te l’ai dit, je voulais parler. Simplement parler.
- Oui, mais pourquoi moi ? répliqua Praesepe. Tant de morts rejoignent les Enfers, vous aviez le choix. Pourquoi m’avoir choisi, moi ? Et vous avez bien dit que vous aviez des « compagnons » ; les occasions de parler ne doivent donc pas manquer.
- Oh, tu suis ce que je dis, c’est une bonne chose. La suite n’en sera que plus savoureuse. Tu crois que tu as déjà assez souffert avec la mort de ta femme, pas vrai ? Tu te dis que tu ne méritais pas ça, après tout, pas plus que ta pauvre compagne, arrachée à la vie par cet assassin. »
Le guerrier passa négligemment sa main dans son collier de barbe, tandis que Praesepe consentait à un acquiescement fébrile. « Et bien laisse-moi te dire quelque chose, mon ami. D’abord, je ne t’ai pas choisi, c’est toi qui as ouvert un passage dans ce monde hors du temps en consumant une barrière qui était déjà bien entamée et qui, de toute façon, était sur le point de disparaître. Ensuite, ton histoire m’a intéressé : cette vengeance, cette colère dans laquelle je peux lire comme dans un livre ouvert. Tu vas vivre, par amour pour celle qui fut tienne et qui est morte. Voilà un véritable sacrifice. Cela faisait tellement longtemps que je n’avais pas pu ressentir de sentiments si forts. J’en ai des frissons de plaisir ! Tu ne peux imaginer ce que ça fait de revivre. Là d’où je viens … ».

L’homme se tut. Praesepe fut pris d’un soudain vertige, tandis qu’à nouveau l’écheveau de ses pensées se brouillait. Indifférent à son trouble, le guerrier arpentait la pièce de long en large, animé d’un pas ferme et décidé. Son visage arborait une expression chagrinée, lorsque finalement, il reprit :
« Mais tu sais déjà tout ça, pas vrai ? » Il marqua une brève pause. « Pourquoi je t’ai sauvé, c’est ce qui te turlupine ? Je vais te le dire, même si ce qui va suivre risque de ne pas te plaire. Si je t’ai sauvé la peau, c’est parce que, dans le fond, tu savais que tu faisais une erreur. Pas de doute là-dessus. Tu savais que tu t’écartais de la voie tracée par celle que tu dois servir, du moins selon la règle que l’on t’a enseignée. Il faut bien avouer que ta déesse est bien plus complexe que ce qu’elle veut bien vous montrer ».
Les yeux de l’homme ne quittaient pas le visage du Chevalier du Cancer, à l’affût de la moindre réaction. Praesepe, de toute évidence passablement décontenancé, déglutit péniblement avant de répondre dans un murmure :
« Oui… Je pense que je comprends, oui.
- Sûr que tu comprends, mon ami. Mais ce n’est pas de ça qu’il s’agit, pas plus que de penser. Non, la seule vraie question n’est pas de savoir si tu comprends. L’important, c’est de savoir si tu y crois. » répondit le guerrier, en appuyant chacune de ses paroles, comme pour les river dans le cœur de son interlocuteur. Puis, pointant du doigt la poitrine de ce dernier : « Et c’est maintenant que tu dois choisir. Je ne vais pas le faire à ta place. Oui, tu dois choisir. Tu y crois, ou non. Crois-tu pouvoir servir Athéna après ce que tu viens de faire ? Crois-tu que tu sois encore digne d’être un Guerrier Sacré ? A toi de voir. »

Il y eut un long silence, pesant des paroles du vieillard, lorsque soudain la vérité, limpide, se fit jour dans l’esprit du Cancer.
« Tu as dû faire ce choix n’est-ce pas ? » murmura Praesepe, qui peu à peu se sentait plonger dans une profonde léthargie.
- Exact. Je suis heureux que tu me tutoies à nouveau. Tu souffres, n’est-ce pas ? Une saleté de migraine, qui te vrille le cerveau. Je dois avoir un peu perdu la main avec le temps, excuse-moi. Là où j’ai séjourné depuis ma disparition, je n’ai pas eu l’occasion de rencontrer de vivants. Cette technique ne fonctionne pas sur ceux qui sont passés de l’autre côté. N’oublie pas, mon ami. C’est l’heure du choix. »



Le Songe



Un paysage désormais familier attendait Praesepe à son réveil : aussi dévastée et stérile que dans son souvenir, la vallée s’étendait d’un horizon à l’autre. Le Chevalier du Cancer se releva péniblement, et, quoique la notion de temps eût quelque chose de déplacée en ces lieux lugubres, se mit en route sans perdre un instant. Bien qu’il ignorât tout de sa destination, il ne désirait pour rien au monde s’attarder plus que de raison, aussi s’élança-t-il d’un bon pas, incertain, malgré tout, de la distance à parcourir. Son Cosmos semblait l’avoir abandonné et il était incapable de revenir dans la Maison du Cancer. Nulle piste à suivre, non plus que de repères ; le Chevalier cheminait au cœur du relief torturé et de rocs déchiquetés, cherchant du regard la Montagne des Âmes en guise de maigre point de repère, de réconfort morbide. La plaine offrait au premier abord un paysage propice à la marche, mais rapidement Praesepe s’avisa des nombreux escarpements de moindre importance qui parsemaient sa route comme autant de chausse-trappes : des rochers instables que la pâle lueur infernale rendait malaisés à repérer, ainsi que de larges plaques de terrain prêtes à s’effondrer sous son poids. A plusieurs reprises il fut ainsi contraint de rebrousser chemin, afin de trouver un itinéraire praticable, si bien que, en fin de compte, il perdit toute notion d’orientation dans ce paysage de cauchemar. Bientôt fatigué du silence oppressant qui régnait sur la plaine, et que seul venait troubler le mugissement lugubre d’un vent irréel en cet endroit, il se mit à parler à voix haute, tant dans l’espoir d’y puiser quelque réconfort que pour mettre au clair ses pensées :
« Sonya. Aide-moi, je t’en prie. J’ai cru bon trouver dans la vengeance un apaisement à ma souffrance, mais je ne sais pas à présent si j’ai emprunté le bon chemin. L’heure des choix, disait le Guerrier Noir. »
Il laissa passer un silence, comme dans l’espoir d’obtenir une réponse ; et, lorsque même le faible écho se fut évanoui dans l'immensité, il reprit avec cette fois plus de conviction :
« Depuis combien de temps es-tu contraint de patienter, dans l’espoir de la délivrance ? Depuis combien de temps… » Praesepe, la bouche desséchée, laissa les mots en suspens. «… Depuis combien de temps as-tu été arraché à la vie ? Trop longtemps déjà, j’imagine. Et j’ai ouvert une porte qui t’a permis de revenir dans ce monde ... Mais d’où venais-tu ? Y-a-t-il autre chose que ce monde de Mort dans les tréfonds de l’Hadès ? » Les pensées s’enchaînaient dans l’esprit du Chevalier sans qu’il trouve de réponse satisfaisante à son tourment.

Le terrain se faisait à cet endroit plus traître encore : le roc saillant cédait progressivement la place à une tourbe noire comme la nuit, et Praesepe dut redoubler de prudence tandis qu’il cheminait à pas lents. De petites dépressions ça et là, remplies d’un fluide – pas de l’eau du moins, le Cancer aurait pu le jurer même si sa raison s’y opposait, mais pouvait-il y avoir une Raison en cet endroit ? – dont la teinte cristalline rappelait celle du métal, miroitaient à la lueur changeante des étranges tourbillons de pourpre et d’orange flamboyant qui zébraient le ciel. Praesepe continuait de marcher, sans répit ; et de même que ses pensées poursuivaient leur errance, il les sentait toutefois plus proches d’atteindre, les unes comme les autres, leur but. Comme pour faire écho à ses réflexions confuses, la surface des mares se troubla subrepticement ; une rumeur sourde enfla soudainement pour aussitôt s’éteindre, et bientôt la pâle clarté de chaque bassin refléta le visage délicat de Sonya. Innombrables, les effigies de sa femme fixaient Praesepe où qu’il put tourner son regard : les grands yeux exprimaient pour certains l’innocence, pour d’autres la compassion ; dans d’autres encore se lisait l’amour, ou, plus rares, la rancœur. Praesepe s’agenouilla brusquement, tremblant d’émotion ; incapable, de fait, d’avancer plus longtemps. Ses joues étaient baignées de larmes lorsqu’il tendit une main hésitante vers la silhouette de son aimée, qui, tandis qu’il la caressait doucement, sembla s’évanouir dans le néant.
« Tu dois apporter une réponse, Chevalier. C’est le seul moyen d’échapper à l’emprise de cette Plaine des Larmes où le Centaure Noir t’a mené. Nombreux sont ceux qui ont perdu dans la contemplation de leurs êtres chers le peu de santé mentale qui leur restait ». La voix, grave et sonore, résonnait douloureusement dans le crâne de l’aventurier. « Qui es-tu donc ? » Praesepe se retourna prestement, pour contempler le spectre, qui, sans surprise, se dressait à quelques mètres de là. Nulle menace dans ce regard sans vie. Nulle parole, rien que le glacial silence de la tombe. Impassible, Praesepe soutenait sans broncher le regard du spectre aux formes confuses.
« Qui es-tu ? répéta le Chevalier d’Or d’une voix à peine audible.
- C’est plutôt à moi de te le demander, Praesepe. Qui es-tu pour avoir osé utiliser ton pouvoir pour une cause personnelle ? Qui es-tu pour avoir trahi le sang versé par tes ancêtres ?
Praesepe devinait à présent mieux son interlocuteur et ce qu’il voyait le stupéfiait. L’homme, enfin le spectre à visage humain, portait une version fantomatique de l’Armure d’Or du Cancer. Cette dernière ressemblait à celle qu’il avait portée tant de fois, mais d’un style bien plus ancien. Il se risqua à haute voix à une hypothèse qu’il avait du mal à appréhender.
- Tu es le premier Chevalier du Cancer ?
- J’ai versé mon sang, avec mes compagnons, pour que tu vives. J’ai traversé les Mondes obscurs pour que tu serves Athéna. J’ai été là où les Mortels n’auraient jamais dû mettre les pieds. J’ai croisé le regard de démons, de monstres et de dieux qui, jadis, régnèrent sur cette Terre. Tout ce que j’ai accompli avec mes compagnons, je l’ai fait, pour TOI ! dit-il en pointant un doigt inquisiteur.
- Tu n’es qu’une illusion.
- Tu n’es qu’un homme mort, répliqua l’ombre. Tu as trahi le serment qui te liait à Athéna. Tu dois faire un choix ou mourir. En es-tu seulement capable, Praesepe du Cancer ?
- L’heure du choix… Et bien mon choix, je l’ai fait ! » rugit soudain le Chevalier du Cancer nimbé d’un Cosmos doré renaissant.

Les deux adversaires se jaugeaient patiemment et, si le visage irréel du spectre exprimait une colère à peine maîtrisée, Praesepe, lui, semblait parfaitement concentré ; ses traits impassibles trahissaient toutefois la tension qui l’animait, et son regard d’acier faisait écho aux yeux vermillons de son ennemi. Aussi véloce que le Chevalier du Cancer, le spectre s’élança soudain, droit dans sa direction : une onde de lumière fila irrésistiblement, accompagnée d’un sourd vrombissement ; incapable de parer la puissance phénoménale du coup, Praesepe dévia d’extrême justesse l’arc étincelant qui visait sa poitrine. Il pivota instantanément et, profitant d’une faille dans la garde de son adversaire, l’embrocha proprement : son poing transperça l’Armure fantomatique de l’antique Cancer et s’enfonça de toute sa longueur avec un raclement strident. Un sang aussi sombre que le jais s’écoula bientôt à gros bouillons depuis la plaie béante. Une fois qu’il eut retiré son avant-bras de la blessure, Praesepe contourna lentement son adversaire qui s’évaporait peu à peu :
« Oui, j’ai fait mon choix. Ma vie appartient à Athéna et je servirai le Sanctuaire de toutes mes forces, pour laver mon acte et honorer la mémoire de ma douce Sonya » murmura-t-il, tandis qu’à nouveau sa vue était brouillée par les larmes.
Le spectre fit un pas en arrière, tandis que sa plaie se couvrait petit à petit de filaments lumineux.
« Je n’en attendais pas moins de toi, Praesepe du Cancer. N’oublie jamais que tu te bats pour notre déesse et non pour toi. Tu es un Chevalier d’Or comme je fus un Guerrier Sacré. Nous devons être des exemples pour tous ceux qui servent notre déesse, même si les doutes peuvent nous assaillir. J’ai connu ces moments, mes amis m’aidèrent à les surmonter. Je serai toujours à tes côtés, mon ami. LIMBES D’OUTREMONDE, OUVREZ-VOUS ! » hurla-t-il.
Des cercles d'énergie dorés entourèrent Praesepe, le soulevant de terre. Alors, il disparut.


***
« Ichiuton, Argéthuse. Heureux de vous revoir.
- Pas autant que moi ! Sans rire, une éternité dans ce monde sordide à errer comme de simples zombis, le tout en restant vivant et conscient. Saloperie ! Comment as-tu fait pour nous sortir delà ?
- Je n’ai fait que suivre la lumière, Ichiuton, tout comme vous. Le temps est venu. Le sceau sera bientôt brisé. Ils vont le faire, après tout.
Argéthuse s’avança et porta son regard vers l’horizon.
- Elle avait finalement raison, tout devait trouver une réponse finale avec les Hommes. Une éternité à attendre. Je suis heureux d’être convié à son retour à vos côtés. Bientôt, tout redeviendra possible…»



Le Livre



Le Chevalier du Cancer se réveilla lorsqu’un timide rayon de soleil parvint, miraculeusement, à pénétrer le temple. Allongé sur le dos, Praesepe jeta un regard étonné autour de lui. Il était presque soulagé de retrouver l’ambiance oppressante de la maison du Cancer. Les visages torturés de douleur lui apportait un réconfort malsain mais contemplaient un être vivant. Vivant ? Que s’était-il passé ? L’assassin de Sonya … la Fontaine jaune, la solitude de la vengeance, le brouillard et … Le Centaure Noir ? Cette ombre ? Il venait de se réveiller ; un rêve, un simple rêve, ou un cauchemar. D’un bond, Praesepe sortit du temple. Le soleil caressait sa peau et le vent frais du Sanctuaire interrompit sa course. Il n’était pas certain de pouvoir donner un jour une réponse cohérente à ce qu’il avait, ou croyait avoir vécu. Le Chevalier s’assit sur les marches de sa Maison. Le Centaure Noir. Sion. Le Livre. Les pensées se bousculèrent dans son esprit tandis que les souvenirs refaisaient surface.

***

Sanctuaire, grande bibliothèque, décembre 1945

Sion reposa son verre délicatement.
« Les Français excellent dans l’art du vin, c’est une bataille que nos ancêtres ont perdu depuis longtemps.
- J’aurais bien du mal à te donner tort. Pourrais-je te demander une dernière chose avant que tu prennes congé ?
- Je t’écoute, fit le Pope d’un air détendu.
- J’ai trouvé dans les archives des Chevaliers du Cancer un livre, très abîmé et incomplet. Il semble qu’il s’agisse du plus vieux récit du Sanctuaire. Le texte est quasiment illisible.
Sion ne broncha pas, tandis que Praesepe lui tendait un recueil hors d’âge, à demi terrassé par les mites.
- Je ne savais pas qu’il restait un autre exemplaire dans la bibliothèque, fit le Maître du Sanctuaire.
Praesepe ne cacha pas son intérêt et servit un dernier verre au Grand Pope, espérant sans doute dissiper les réticences de ce dernier vis-à-vis de ce texte.
- Ainsi donc tu connais cet ouvrage. J’aimerais le découvrir. Le texte d’Acubens m’a beaucoup apporté, mais je dois dire que ces mémoires m’intriguent. Les premières pages, les plus lisibles, parlent d’un groupe de Guerriers Noirs, mené par un certain Tiralon, du Centaure Noir. Je me demande ce que ce texte faisait avec les mémoires des Chevaliers du Cancer. Je suis d’autant plus frustré que la quasi-totalité de l’ouvrage est totalement illisible.
Sion se leva et fit quelques pas, le verre à la main.
- Ce sont les mémoires du premier Chevalier du Cancer. C’est un texte qui nous vient de la nuit des temps, lorsque le Sanctuaire balbutiait. L’un de mes prédécesseurs a fait faire une copie de ce texte et l’a conservé dans la bibliothèque des Popes. Un texte rare, mythique pour certains, farfelu pour d’autres, mais assurément …
Sion se retourna.
- Lorsque viendra le temps, je te le donnerai à lire. En attendant, concentre-toi sur l’élève d’Amalthée… »
Le Grand Pope échangea un sourire complice avec Praesepe. Pour ce dernier, l’image furtive de Tiralon cédait déjà la place à celle de Sonya, objet de son amour naissant.

***

Rêve ou réalité ? Praesepe laissa son regard vagabonder vers l’horizon embrasé. Peut-être n’était ce que l’imagination du Chevalier du Cancer qui le peignait d’un rouge si profond, tout comme elle avait pu lui jouer des tours aux abords du Yosmotsu-hirasaka. La journée avait avancé et, au loin, ses compagnons devaient se battre. Il se releva. Athéna l’appelait. Il avait fait le serment de la servir de toute son âme. Après, lorsque tout serait fini, il serait temps de songer à trouver une réponse. Après, il serait temps de se plonger dans ce livre … Praesepe se releva et s’avança, déterminé : il allait se battre, pour Athéna.



FIN



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