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Cette fiche vous est proposée par : Aqualudo


Les ages mythologiques

Dans l’épisode précédent …

Après une lutte terrible qui voit Artholos perdre la raison et ses compagnons sombrer dans une violence dévastatrice, la Horde est terrassée. Hébétés, épuisés, les compagnons ne peuvent se douter qu’ils ont été secondés par Argéthuse de la Chimère Noire et par les maléfices de l’Indicible. En Asgard, c’est au tour des Ases de partir sur les traces de Kragden et de son terrible secret …



Chapitre VIII – La vengeance de Sotar

***

Le secret de Kragden



Asgard, le jour du naufrage des Einherjars sur la piste de la Horde

Les sapins enneigés avaient une beauté qui touchait l’âme d’Akurgal. Il y avait comme de la magie autour de la Forteresse Sacrée, ultime et fier rempart d’Asgard. Sous l’éclairage argenté de la lune, les monolithes torturés par les assauts glacés des tempêtes, ressemblaient à des gardiens éternels de ce lieu reculé. Le Mésopotamien aurait donné cher pour voir, ne serait-ce qu’une fois, la terre d’Asgard avant que l’hiver éternel ne la recouvre. Lors de son « éveil », alors que la mort lui tendait les bras, il avait senti l’Asu vibrer en lui ; alors, il avait cru discerner des champs de fleur et des prairies verdoyantes. Avait-il vu le passé d’Asgard ? Contemplait-il en ce moment son cadavre ? La vengeance de Gullveig avait été terrible ; le prix d’une offense divine sans nom. Les branches entremêlées du frêne qui trônait majestueusement dans la cour centrale de la Forteresse bruissaient sous une bise légère et douce qui accompagnait Akurgal vers ses appartements. Longeant les remparts enneigés mais humides, son regard se perdait dans cette nature qu’il avait appris à aimer.
Rahotep se réveilla juste au moment où son compagnon pénétrait dans la pièce. Ce dernier rajouta du bois dans le feu tandis qu’à travers une petite fenêtre, la lune diffusait une pâle lueur sur les Montagnes Blanches. Il s’étira et se leva de sa chaise, fourbu par quelques heures de sommeil sur une table de sapin. A ses côtés, Nibel était plongé dans la lecture d’un manuscrit rédigé sur une peau de buffle des neiges, reconnaissable à sa couleur ambrée si caractéristique. Rahotep frissonna. Aucun des compagnons ne parlait. Dans un coin, Inyan grognait dans son sommeil. Il s’était installé à même le sol, sur une peau d’ours. Depuis qu’ils avaient passé l’épreuve empoisonnée d’Isacivi, ils n’étaient plus les mêmes ; chez certains, les maux de tête commençaient à s’estomper et pour tous, le sommeil était peuplé d’hallucinations terribles qui empêchaient leurs esprits de se reposer. C’était le prix de l’Eveil ; une nouvelle naissance après avoir touché du doigt la Mort. L’Egyptien se décontracta et s’assit. Son regard se fixa machinalement sur le Mésopotamien qui se tenait à présent devant l’embrasure de pierre.
« Alors Akurgal ? fit-il les yeux embués de fatigue.
- Toujours pareil. Je dirais même que ça empire. La neige est humide et fond par endroit. Doucement mais sûrement cet air tiède s’attaque aux glaces qui recouvrent Asgard.
- Ce n’est pas normal. Erda et Thenséric n’ont jamais vu tel phénomène. Il se passe quelque chose.
- Il se passe toujours quelque chose, Rahotep.
L’Egyptien ne releva pas.
- Si la neige et les glaces fondent, Asgard risque d’être submergée par les eaux, dit Nibel en posant son manuscrit. Il en est ainsi des rivières qui se gonflent au printemps des neiges fondues.
- C’est impossible. C’est juste un petit radoucissement. D’ailleurs je vous ferais remarquer qu’il a neigé hier pendant toute la journée.
- Tu as peut-être raison, Inyan, mais je n’aime pas voir Erda si inquiète. Elle sait des choses ».
Akurgal se tut un instant. Il se retourna et posa sur la table un ensemble de rouleaux qu’il avait soigneusement rangés dans un baluchon.
« Bien, fit-il. Inyan a sans doute raison à propos de ce radoucissement, nous voyons le mal partout. Si Erda pense que la situation devient alarmante, elle saura nous trouver. Je doute que les Âmes des Ases laissent disparaître Asgard sous un tumulte de flots. Je vous propose donc de mettre en commun tout ce que nous avons appris lors de nos recherches sur Kragden qui est notre prochain objectif. Je vous rappelle que si nous récupérons la Main de Sotar nous pourrons espérer refermer Astragoth le moment venu. Grâce à Memnoch et Inyan, nous savons qu’il se trouve dans un repaire au cœur du Col des Tempêtes. Nous connaissons le chemin, il sera aisé de rejoindre son antre, guidé par nos compagnons.
- Aisé, je te trouve bien optimiste pour un rat de bibliothèque : nous en avons bavé avec Memnoch. Et tu oublies ces trois furies, ces Guerrières Noires. Tu oublies que Kragden est un démon, une sorte de spectre qui ne m’a pas paru enclin à bavarder paisiblement avec les premiers venus. Tu oublies ces corps suspendus, ces Fils de Fjalars découpés en morceaux. Franchement, ce ne sera pas une partie de plaisir !
- Nous le savons, Inyan, tempéra Rahotep. Mais les choses ont évolué : nous sommes porteurs des Armures des Ases. Leurs Âmes veillent sur nous à travers l’éclat de cristal qui brille autour de nos têtes. Mieux, nous savons à qui nous avons à faire.
- Là, j’ai raté quelque chose … Bien entendu que nous savons à qui nous avons à faire : Kragden !
- Oui, Inyan, mais nous savons qui est Kragden. Enfin, Akurgal a une théorie, que j’approuve », répondit l’Egyptien en faisant signe à son compagnon de prendre la suite.
Le Mésopotamien fouilla à travers ses notes et tendit un texte à Inyan qui le parcourut en écoutant les explications du scribe d’Ur.
« Kragden est un nom très ancien. Il évoque une langue aujourd’hui disparue, qui existait bien avant la Guerre de l’Âge d’Or. Après des recherches pointues, et grâce à un éclair de génie de Nibel, nous avons découvert que ce nom signifie « Fils à la Peau d’Or ».
- Hum, un seul mot pour une expression si longue ? [
- Oui, Inyan. Et ce n’est pas tout. Gullveig signifie « Ivresse d’Or ». C’est elle qui, comme nous l’avons appris des Ases en personne, a plongé Asgard dans l’hiver éternel. Nous avons discuté de nos découvertes avec Erda et Thenséric et nous sommes convenus qu’il y avait un lien entre Gullveig et Kragden.
- Attends un peu, fit Inyan en caressant sa barbe naissante. Tu n’es tout de même pas en train de me dire que Gullveig pourrait être la mère de Kragden ?
- C’est exactement ça. Et il y a mieux, poursuivit Rahotep. Nous sommes convaincus que Kragden a décidé de venger sa mère. Il s’est emparé de la Main de Sotar, le gardien d’Yggdrasil, pour pouvoir libérer les dieux morts. Il a ainsi pu déchaîner sa vengeance sur Asgard. Il n’avait cependant sans doute pas prévu que les dieux libérés s’attaqueraient au monde entier. Erda nous a également appris autre chose, de plus terrible.
- Allons donc ! Je t’écoute !
- Comme tu le sais, elle « voit » des choses.
- Des visions ? s’enquit Inyan.
- C’est cela oui, des visions.
Rahotep se leva.
- Elle voit que Loki, au bord d’une rage destructrice, est lié à Kragden.
- Il existe un poème très ancien qui dit que « Le Fourbe se cache derrière l’or qui corrompit les Dieux », intervint Nibel.
- D’accord. Loki est donc bien lié à Kragden comme nous le pensons depuis un moment. Laissez-moi deviner : c’est lui qui tire les ficelles ; c’est lui qui a décidé d’ouvrir Astragoth. En guerre contre Odin, il a su utiliser Kragden pour parvenir à ses fins. Sacré plan ! Et Erda ?
- Que veux-tu dire ? demanda Rahotep, soupçonneux.
- Et bien, la Grande Prêtresse a parlé de moi ? Je veux dire, avant de partir avec Isacivi pour le Col des Tempêtes, lors de son petit discours, j’ai bien vu qu’elle me mangeait des yeux ».
Akurgal et Rahotep se regardèrent, incrédules. Nibel parvenait difficilement à contenir un large sourire. «Tu lui demanderas la prochaine fois que nous la verrons, mais avant lave-toi. Tu es entré dans cette pièce puant et tu t’es affalé sur le sol sans même nous parler.
- Eh là ! Soyez heureux que je sois monté ! Les autres sont restés en bas, eux. Il faut dire qu’avec ce que nous avons vécu, difficile de revenir intacts.
- De quoi parles-tu ? s’inquiéta soudain Rahotep.
- Oh, rien de bien méchant. Vous avez trouvé la raison d’aller trucider Kragden et, en passant Loki. Et bien nous, sous la conduite d’Isacivi, nous avons été au Col des Tempêtes pour voir pourquoi il n’y avait plus de tempêtes justement. D’habitude elles naissent toutes là et comme vous le savez, il n’y a en plus depuis quelques semaines à présent, alors qu’elles étaient quotidiennes. Lorsque nous sommes arrivés, Yshba a juste eu le temps de crier : un immense pouvoir bloque tout passage. Mieux, à son contact, nous avons été dispersés aux quatre coins d’Asgard. Heureusement que l’Âme des Ases combinée à notre Asu nous permet à présent de traverser le temps et l’espace dans tout le Royaume, sinon nous y serions encore. Quand je pense que j’ai repris mes esprits dans la boue de la Forêt Ancestrale ! Nous nous sommes finalement retrouvés devant la Forteresse, épuisés, grâce aux consignes d’Isacivi qui sait utiliser les cristaux des couronnes pour communiquer avec nous.
- Vous étiez tous là en même temps ?
- Oui, à part Dimitre qui au départ a cru à un piège et s‘est énervé contre « la voix qui parle dans la tête ». Il s’est tapé le crâne contre la roche jusqu’à ce qu’il comprenne. Le pire c’est que je doute que son état mental s’en soit trouvé amélioré !
- Alors, poursuivit durement Rahotep, nous sommes face à trois questions : comment rejoindre Kragden si le Col des Tempêtes est infranchissable ? Qui est derrière ce phénomène ? Enfin, tout aussi inquiétant à mes yeux : comment Yshba, qui ne porte pas d’Armure d’Ase et qui n’est qu’un Einherjar, a pu vous retrouver aussi vite ? »

***

L’Ase d’Hoenir venait de finir ses explications. Il avait su trouver les mots justes pour rassurer ses compagnons, Erda et Thenséric le secondant à l’occasion. Le mystère d’Yshba avait été résolu le premier : Erda avait signifié que l’Hindou n’était pas un Einherjar comme les autres et qu’il possédait beaucoup de pouvoirs similaires aux autres Ases ; c’était pour cette raison qu’il les accompagnait et qu’il n’avait pas rejoint l’expédition menée contre Eluontios. Erda avait sondé les Esprits et les signes célestes afin de savoir qui protégeait à présent l’entrée du Col des Tempêtes. Elle avait été incapable de trouver une réponse claire mais ce pouvoir agissait comme une prison : nul ne semblait capable d’y pénétrer ou d’en sortir. La source à l’origine de ce phénomène était puissante mais elle ne s’attarda pas sur la question. Isacivi se chargea de conduire les Ases et Yshba vers la troisième réponse : par-delà la Forteresse Sacrée, au bout d’un chemin oublié, l’Ase d’Hoenir s’arrêta devant l’entrée d’une énorme caverne.
« Voici la Passe de Bergelmir, le Père des Géants de Givre. Jadis, c’est ici qu’il trouva refuge et s’enfonça dans les entrailles de la Terre. Cet endroit est depuis interdit aux simples mortels par un sceau apposé par Odin en personne. En tant que porteurs d’Armures Divines, vous pouvez y pénétrer. Je ne serai pas des vôtres car je dois aller en aide à vos compagnons partis lutter contre Eluontios ; il s’est passé quelque chose de terrible et Erda s’inquiète de leur sort. C’est donc à vous qu’incombe la mission de retrouver Kragden et Loki. Sotar vous guidera : s’il a disparu, son âme elle, est toujours là. Suivez son murmure. Ramenez sa Main qui nous permettra de refermer Astragoth. Finissez-en avec Loki et libérez Asgard de ses maléfices. Dans notre malheur, nous avons une chance : les dieux sont affaiblis par le retour de celui qui trouva le moyen de les détruire, jadis. Dans sa furie l’Indicible pourrait bien nous servir ! C’est ainsi que Kratourn est mort de vos mains, confirmant que les dieux sont redevenus mortels. C’est ainsi que vous pourrez terrasser Loki et Kragden. Une dernière chose, avant de pénétrer une nouvelle fois dans les entrailles de la Terre : méfiez-vous du Gardien de ces lieux … »



L’étreinte des Montagnes Noires



Yshba caressa un long moment Ulv, assis à ses côtés.
« Nous sommes semblables, mon fidèle compagnon. Les autres animaux te craignent et tu es solitaire. Je suis seul et mes compagnons se méfient de moi. Est-ce ma faute si j’ai survécu à Allani-Ettitu ? M’en veulent-ils encore pour Astragoth ? Erda, notre Prêtresse, m’a pourtant toujours rassuré : je suis l’un des leurs, je n’ai pas trahi. Oui, Ulv, nous sommes les pareils. Heureusement je peux compter sur toi. Sache que je ne t’abandonnerai jamais mon ami, mon seul véritable ami. Je pensais trouver ici une famille, ma famille. C’est toi que j’ai trouvé, et cela vaut tous les trésors du monde. Ah, voilà Dimitre. Je reconnaîtrais son pas lourd dans une foule de guerriers en furie. Cette brute vient nous chercher ».
Dimitre sortit de la caverne en pestant contre l’odeur âcre qui y régnait.
«  Bon, Yshba, tu viens ou quoi ? Qu’est-ce que t’as bu pour pisser autant ?
- Et toi qui t’as élevé pour manquer autant de finesse ?
- Personne, sourit Dimitre, fier de sa réponse. Je me suis fait tout seul. Allez, fais pas cette tête. Les autres sont prêts. Je te préviens, ça pue. J’espère que ton loup aime le noir car on y voit rien. Heureusement nos Armures diffusent une légère lueur qui éclaire à quelques pas.
- Un halo.
- Hein ?
- Rien. Ulv sera nos yeux.
- Hum, pas faux, répliqua Dimitre en crachant sur le côté. Saleté de bidoche, ça reste coincé entre les dents. Bon, en route mon vieux. Au moins, il y a de la place : c’est que c’est large et haut, un Géant ! »
Dimitre n’avait pas tort : l’entrée de la cavité était large comme trois hommes, haute de cinq ou six. Pas de doute, seul un Géant avait pu élire domicile ici.
« J’espère qu’on va croiser un Géant, ou un Dragon. Non, pas un Dragon, j’en ai déjà vu et affronté. Tu te souviens, dans la Crypte d’Allani-Ettitu.
- Et tu crois que ton petit bouclier à pic te sera suffisant pour parer les coups d’un Géant ?
- Je ne compte pas parer les coups mais esquiver. Mon bouclier est une arme : avec le pic je m’accroche dans le corps, avec mon épée, je finis le travail. Si ça sens le roussi, j’utilise le pouvoir de l’épée de Tyr. Si vraiment ça ne va pas, je réveillerai mon Asu. Grâce à Isacivi, nous en avons appris des choses, nous les Ases. Et toi ? Tu comptes sur ton loup ?
- Tu es beaucoup moins sot que tu veux bien le laisser croire, Dimitre. Tu essaies de savoir, comme les autres, comment je peux rivaliser avec vous sans être un Ase. En réalité, vous n’avez pas vraiment confiance dans ce que Thenséric ou Erda ont pu dire sur moi. Peu m’importe. Je vais te contenter un peu cependant. Mon Armure est capable de changer de consistance. Attaque-moi avec des flammes, elle deviendra givre. Attaque moi avec du givre, elle deviendra flamme. Ecrase-moi entre tes mains, elle absorbera tes mains dans d’infinies douleurs. Lance-moi un sort, tu verras ton cœur se déchirer. Mon épée est capable de brûler tout ce qui existe en ce monde. Mon épée peut même brûler les âmes. Vous vous méfiez de moi, mais vous serez bientôt heureux de me compter parmi vous.
- Nous verrons ; si tu permets, je jugerai sur pièce. Tiens, voilà les autres. Nous allons pouvoir enfin avancer. »
Au complet, le groupe chemina dans une obscurité si épaisse qu’elle semblait se nourrir des halos qui émanaient des Armures Divines, leur donnant le sentiment de s’enfoncer dans le néant. Memnoch et Meijuk ouvraient la marche, Thrall et Inyan assurant l’arrière-garde.
« On n’y voit presque rien, pesta Memnoch en tapotant nerveusement sur son Cor.
- Il faudra faire avec ; les torches s’éteignent dès qu’on les allume », répliqua Meijuk.
A mesure qu’ils progressaient le sol s’inclinait et l’air devenait de plus en plus froid. Bientôt, le blizzard qui balayait la banquise d’Asgard devint un lointain et paisible souvenir.
« Nous sommes bien dans l’Antre de Belgemir !
- Oui Nibel, aucun doute. J’espère simplement que nous ne le croiserons pas en chemin. Nous aurons assez à faire avec Kragden puis Loki.
- D’ailleurs, Akurgal, tu as bien noté toutes les recommandations d’Erda à propos de Kragden ?
- Oui : d’après ses visions, la main de Sotar est prise dans « le tumulte écarlate où siège la vie de tout être » ; donc cette main est dans son cœur.
- C’est impossible, dit Bjarnulf en se rapprochant. Inyan a dit que c’était un spectre ! Et comment voulez-vous qu’on puisse vivre avec une main dans le cœur ?
- C’est peut être une image, rectifia Nibel, une parabole.
L’Ase de Vidar gratta sa barbe.
- C’est quoi encore ? Une arme ?
- Non, c’est un chemin détourné pour faire passer une idée. On l’utilise en poésie, fit le Skald.
- Houlà ! Encore quelque chose de compliqué. Bon, le moment venu, vous nous dites juste où frapper.
- Ne t’inquiète pas, Bjarnulf, nous n’y manquerons pas ! »
Le colosse roux se rapprocha de la tête de groupe, laissant les trois érudits poursuivre leurs échanges. Nibel s’aventura vers une question qui le tourmentait depuis quelques jours.
« Que pensez-vous de cette faiblesse des dieux. Comment est-il possible de les rendre mortels ?
Akurgal ne laissa aucune part au doute et insista lourdement sur chacun de ses mots.
- C’est là tout le pouvoir de la Magie de l’Indicible. Oui, celui-là même qui s’est opposé jadis à Asgard comme Isacivi nous l’a appris, celui-là même qui se mit en travers de notre chemin face aux Télépinous. Il faudra que nous consultions celui qui le connaît mieux pour en apprendre davantage.
- Asturias, dit Rahotep. Ce sera une joie de le revoir. Je n’aime pas tous les serviteurs d’Athéna mais lui reste un ami précieux. J’espère que nos amis vont bien et qu’ils parviennent à faire face aux dangers qui nous menacent, tous.
- Et ça discute ! Et ben, avancez donc, vous referez le monde plus tard ».
Dimitre, suivi d’Yshba et d’Ulv, dépassa le trio et se porta aux avant-postes. De lisse, les parois devenaient plus rugueuses ; la cavité devenait de moins en moins large, de moins en moins haute. Après deux heures de progression, Meijuk et Bjarnulf furent les premiers à devoir baisser la tête : le gigantisme avait cédé la place à un boyau de plus en plus étroit.
« Ce n’est pas normal, assura Bjarnulf, un Géant ne peut pas passer ici ! » L’obscurité les suivait, les entourait, déposait un linceul humide et âcre sur les Armures divines qui semblaient lutter pour pouvoir diffuser une pâle lueur. Dans un silence devenu absolu et profond, les compagnons poursuivaient leur chemin, de plus en plus oppressés par les lieux. Bientôt, le corridor déboucha sur des boyaux étroits où les Guerriers durent se faufiler avec de plus en plus de mal. Les Armures gênaient la progression, les parois se resserraient de plus en plus. La voûte les forçait à présent à se courber en deux, première étape avant de se mettre à quatre pattes. Puis ils se mirent à ramper, en silence, sur des pierres froides, glissantes ; le souffle qui s’engouffrait dans le boyau laissait croire que la montagne respirait.
« On ne passera pas. Mon Armure s’accroche à la roche, on peut à peine respirer.
- Calme-toi, Meijuk. Il y a forcément un passage quelque part. Cette fissure va disparaître, c’est obligé.
- Foutaise Memnoch !
Rampant jusqu’à leur hauteur, Bjarnulf s’immisça entre Memnoch et Meijuk.
- Bordel vous voyez bien que c’est un foutu piège. Il n’y a rien ici, c’est un cul de sac ! On va crever écrasés dans cette montagne si on ne s’arrête pas tout de suite. Regardez, on ne peut presque plus bouger : il faut faire marche arrière, et vite !
- Bjarnulf a raison, il faut reculer.
- Non, vous paniquez. Regardez, fit Memnoch en tendant difficilement un bras devant lui, il y a de la lumière, là-bas. Avançons encore un peu ! »
Derrière le trio, les autres compagnons s’étaient arrêtés et attendaient avec une impatience de plus en plus grande. Tandis qu’Ulv émettait des grognements de panique, Dimitre explosa de rage.
« Oh, devant ! Qu’est-ce que vous foutez ! On ne peut plus respirer ! Avancez ou reculez, mais faites quelque chose ! »
Faire quelque chose. Prendre une décision. Meijuk était de plus en plus terrorisé par la pression de la roche contre son ventre et son dos. Enserré dans ce carcan, l’habit protecteur de Vali était devenu une prison, sa Lance Sacrée un poids de plus en plus difficile à traîner. Le trio se remit à ramper. Meijuk se comprima et avança en se tortillant sur quelques pas.
« Que je sois pendu par mes couilles ! Je suis coincé. Bordel, JE SUIS COINCE !
- Calme-toi Bjarnulf, bouge tes pieds doucement tu verras que ça ira mieux.
- TA GUEULE MEMNOCH ! JE SUIS COINCE ! ON VA CREUVER ICI, COMME DES RATS !
- Je suis aussi coincé, maugréa Meijuk.
- Et ho ! Devant ! N’avancez plus, nous sommes coincés ! »
Les paroles de Thrall furent plus glaciales que l’étreinte de la mort. La montagne venait de se refermer sur ses hôtes, les incarcérant dans une prison de pierre. Ici, alors que le souffle venait petit à petit à manquer, que l’air brûlait leurs poumons et arrachait quelques larmes à des yeux saisis par la panique, les fiers Ases n’étaient que des jouets misérables. Ulv sentant la mort venir doucement, hurlait, en dépit des caresses maladroites d’Yshba qui avait réussi, par un effort surnaturel, à tordre son bras pour toucher son animal. Une sueur froide ruissela sur le visage de Meijuk. Il ne l’avait jamais dit mais, dans son enfance, il s’était perdu dans une grotte de sa Bactriane natale et en avait gardé une peur latente. Jusqu’ici, il avait réussi à l’apprivoiser et à vivre avec. A présent, ses émotions le submergeaient et le plongeaient dans un état d’affolement. « Respirez profondément, insista Rahotep, c’est le seul moyen de nous calmer ». La montagne voulait les broyer. Ils allaient périr ici, oubliés de tous. Non. Ils ne pouvaient pas mourir ; ils ne voulaient pas mourir. Pour la première fois, il sentait à quel point il aimait la vie. Thrall enrageait, Akurgal s’était mis à réciter une prière ; Dimitre, au bord de l’explosion, tentait de bouger, contractant ses muscles jusqu’à la limite de ses forces.
« Memnoch, peux-tu bouger ?
- Non Meijuk. Je crois que nous sommes tous coincés.
- Je peux encore bouger ma main droite. Je vais essayer d’utiliser ma Lance. Elle est capable de percer la roche, elle peut nous aider. Fais attention à toi.
- De toute façon, fit l’Ase d’Heimdall, je préfère que tu me perces plutôt que de finir écrasé. Fais ce que tu as à faire ».
Meijuk se focalisa sur sa Lance et, petit à petit son Asu se mit à vibrer dans son être, comme Isacivi le lui avait enseigné. Avec la rage du désespoir, il imprima un mouvement de poignet et enfonça sa Lance dans la roche. L’onde de choc se répercuta dans la faille, l’air s’emplit d’une poussière humide qui vint s’attaquer aux poumons des malheureux.
« C’est quoi encore que cette merde ! fulmina Dimitre en crachant ses entrailles.
- Ça vient de devant ! C’est Meijuk, il a enfoncé sa Lance et … »
Un craquement sourd coupa Nibel. Comme blessée, la montagne se mit à vibrer et enserra davantage encore les serviteurs d’Odin. Désormais, seule la magie qui coulait dans les Armures des Ases leur permettait de résister à la pression.
« Cette fois-ci, c’est la fin ».
Les paroles de désespoir d’Akurgal s’accompagnèrent de larmes. La rage autant que la peur s’emparait de chacun ; impossible de bouger, impossible de fuir.
« Ça ne se passera pas ainsi. JE NE MOURRAI PAS ICI ! ». Meijuk n’en pouvait plus. Il ne s’appartenait plus. Le métal des Armures commençaient à présent à émettre des sons inquiétants. L’Ase de Vali concentra sa peur et le cristal de son diadème se mit à scintiller d’un éclat écarlate. Isacivi les avait prévenus : ces éclats représentaient une part de l’âme des Ases disparus. Haine, amour, joie, peur, tous ces sentiments restaient enfermés dans ce carcan cristallin. Celui qui portait une Armure d’Ase, lorsqu’il réveillait son Asu et qu’il commençait à dépasser les limites des simples hommes, ne faisait plus qu’un avec cette âme perdue au fond d’Idavöllr. Alors le cristal prenait la couleur des sentiments du guerrier. En cet instant, c’était la rage qui dominait Meijuk et la montagne put le voir dans l’éclat écarlate qui illuminait la faille. L’Asu se déversait en lui comme un torrent. Jamais, il n’avait ressenti un tel sentiment. Jamais, le monde ne lui avait semblé si faible. Il hurla un cri terrifiant, possédé par une forme de démence. Plus rien ne pouvait l’arrêter. L’impact fut bref, suivi par un son terrifiant, un hurlement de rage mêlé d’un craquement de roche. Dans un vortex de poussière et de pierre, les guerriers d’Odin furent projetés dans les airs. Meijuk, armé de sa lance, se mit à tournoyer sur lui-même, éventrant, déchirant les entrailles de cette montagne, vaporisant les moindres particules de pierre. En cet instant, reclus dans leurs domaines, les dieux pouvaient mesurer la rage destructrice des hommes.
Sonné, Thrall mit un moment à reprendre ses esprits. Avec stupéfaction il promena son regard autour de lui, le long des parois lisses comme la glace de cette cavité. Plus qu’une cavité, il s’agissait d’une salle, avec ses gravures et, au loin, sa porte éclairée par deux braséros immatériels. Le Germain se releva et se rapprocha d’Yshba qui, agenouillé, réconfortait Ulv.
« Meijuk ?
- Il a réveillé son Asu. Il a terrassé le gardien, enfin la gardienne. Cette montagne aurait dû nous broyer. Thrall, j’ai vu en Meijuk la rage d’Allani-Ettitu.
- Ainsi, voici donc l’Asu. Isacivi ne nous avait pas prévenus de ce fait. Nous sommes terrifiants.
- Je ne sais pas, répliqua Yshba en se levant. Je ne crois pas qu’il ait vraiment compris ce qui lui est arrivé. Sa rage, sa peur : il était comme possédé. Si nous sommes terrifiants, c’est parce que nous ne contrôlons pas cette force qui nous dépasse.
- Pas encore, Yshba, pas encore … »

A quelques pas devant eux, Memnoch et Bjarnulf inspectaient la porte, tandis que les érudits s’étaient pressés vers les gravures. « Kragden. Il est là. Nous sommes au seuil de son domaine », assura Nibel en laissant glisser ses doigts sur la roche froide.
« Nous te devons la vie, Meijuk.
- Nous sommes des frères, Inyan.
- N’empêche, fit Dimitre admirateur, ce que tu as fait était grandiose ».

La porte s’ouvrit, laissant pénétrer dans la salle une odeur de mort. Memnoch et Bjarnulf se figèrent devant ces yeux révulsés qui les dévisageaient. Rien ne les avait préparés à cela.



Le chagrin d’un fils



Les lumières de la salle étaient d’une pâle blancheur à travers la brume qui flottait au-dessus du sol de givre. La respiration de la montagne emportait en volutes tourbillonnantes la nappe de brouillard mais ne parvenait pas à la disperser. Alignés, les compagnons contemplaient un spectacle de désolation. Ulv, aux pieds d’Yshba, grognait, sans que l’on pût dire si c’était de rage ou de peur. Akurgal s’attarda sur le visage de la femme qui était la plus proche. Elle était belle, belle à se damner. Les traits fins de son visage avaient gardé un sourire aguichant, incompréhensible. Nue, sous une armure noire en partie pulvérisée, son corps parfait avait été coupé en deux au niveau de la taille. Son adversaire l’avait littéralement découpée mais avait épargné son visage. Et elle souriait.
« C’est Wanda. Elle était aux côtés de Kragden lorsque nous sommes venus la première fois. Toujours aussi belle », dit Inyan en s’approchant.
Il lui caressa le visage et sa main parcourut sa poitrine, s’arrêtant sur son nombril. Sa main caressait un corps glacial, figé dans le temps.
« Comment peut-on faire ça à une si belle femme ? Quel gâchis, coupée en deux. Nous nous retrouverons bientôt, mon cœur. Celui qui t’a fait subir ce traitement le paiera ».

Les paroles d’Inyan se perdirent dans le froid glacial de la pièce. Comme coupé du monde, Akurgal ne quittait pas ce visage du regard. Elle ressemblait à Nin-Dingir, l’élue de son cœur. Les même cheveux longs, le même visage qui … Akurgal fit un pas en arrière. Il avait vu clairement les paupières du cadavre bouger. Il se tourna vers ses compagnons qui, eux, restaient immobiles.
« Eh ! Vous avez vu ? Elle n’est pas morte ! »
Aucune réponse. D’ailleurs, il n’y avait plus un bruit alentours. La brume elle-même semblait figée, interrompue dans sa danse macabre. Akurgal avança. Il prit Rahotep par les épaules, le secoua : rien. Son ami n’était qu’une statue de pierre, figée.
« Allons, Akurgal, reprends-toi ».
D’un bond, l’Ase de Thor se retourna. Le cadavre était debout à présent.
« Alors, est-ce que je te plais ainsi ?
- Qui … quel est-ce maléfice ? Qu’as-tu fait à mes amis ?
- Je t’ai posé une question, Akurgal. Peut-être me trouveras-tu plus à ton goût sous mon vrai visage. Je sais que je plais aux hommes ».
Comme elle achevait sa phrase, l’inconnue fit un pas vers Akurgal. Dans un mouvement réflexe, ce dernier abattit Mjöllnir de toutes ses forces et arracha la tête de Wanda.
« Tsst tsst. Akurgal. Je t’ai dit que j’allais te montrer mon véritable corps, mon véritable visage. Lorsque tu l’auras vu, plus rien ne comptera. Je pourrais d’ailleurs m’offrir à toi si tu me satisfais. Et toi ? Cette rage pathétique. Voyons, comment un scribe peut espérer m’impressionner. Tu portes les armes de Thor, mais même lui ne m’a jamais impressionnée ».
La tête, qui avait fini sa course contre le corps d’une seconde femme, continuait à parler. Au bord de la folie, Akurgal recula, le front en sueur. « Des hallucinations. Il faut que je réfléchisse. Kragden nous a tendu un piège. Et cette voix, je connais cette voix.
- Kragden est mort, mon petit homme ».
La reculade d’Akurgal s’arrêta contre le corps d’une femme. Le Mésopotamien se figea au moment même où il comprit. Il n’osa pas se retourner dans un premier temps, mais son hôte le prit par les épaules et lui fit faire un demi-tour. Elle était là. La première fois qu’il l’avait vue, elle portait un large manteau sombre qui la cachait aux yeux des simples Mortels qu’ils étaient alors. A présent, elle faisait tournoyer un voile transparent autour de son corps grisâtre, jouant avec les plumes qui constituaient des ailes attachées dans son dos. Sept clés en métal brillant et doré scintillaient derrière sa tête et étaient attachées à un anneau de métal finement gravé. Ses cheveux soyeux dansaient au rythme des pulsions d’un pouvoir que l’on sentait incommensurable, tandis que les trois joyaux de son diadème illuminaient la pièce. Lorsqu’elle plongea ses yeux blancs aux fines pupilles ébène dans le regard d’Akurgal, le Mésopotamien sut qu’il ne pourrait plus oublier cette femme. Non, il ne pourrait plus oublier cette déesse.
« Qui suis-je ? susurra-t-elle satisfaite.
- Celle qui occupe certaines de mes nuits. Vous êtes Ereshkigal, Gardienne des Enfers.
- Et que suis-je venue faire ici ?
- Nous tuer.
- Faux. Pourquoi ?
- Vous ne vous seriez pas abaissée à nous tuer, vous avez des démons pour ces tâches.
- Alors, Akurgal, que suis-je venue faire ici, dans ce pays sordide ?
- Me parler.
- C’est mieux. Tu vois, quand tu veux, tu peux réfléchir. D’abord, je vais te montrer ce qu’il s’est passé.
- Mes amis sont-ils morts ?
- En ce moment le temps s’est arrêté pour eux. Et puis, pourquoi tuer ceux qui vont me servir ? »
La déesse ricana quelques instants en voyant les traits déconfis d’Akurgal. Puis, elle se tourna vers l’Ase de Thor, les bras tendus. Un éclair bleu jaillit dans un sifflement étourdissant et pénétra l’esprit du Mésopotamien.
« A présent, regarde »

***
Quelques mois plus tôt

« Ils arrivent. Ils ont terrassé les Géants de Givre. Maître, je vous en prie, fuyez ! Vous ne pouvez tomber entre leurs mains.
- Entre les mains de qui ? Ce n’est pas deux Guerriers Sacrés qui vont me faire fuir ! Je ne crains pas Odin et ses serviteurs, je n’ai pas à craindre ses alliés ! Cette Athéna n’est qu’une pucelle comparée à moi. Ne sous-estime pas mon pouvoir, Gudrun.
- Tu es certaine que ce sont des Guerriers Sacrés ? demanda la seconde guerrière qui portait également une Armure Noire, entourée dans une robe de soie rouge laissant dépasser des plumes de métal en guise de traîne.
- Ulka, je sais ce que j’ai vu. Deux hommes, aux Armures dorées. Ils portent des Armures Sacrées, je sais les reconnaître. L’un a des ailes, l’autre se jouait du givre de nos géants. Tu sais comme moi qu’Athéna peut compter sur des Guerriers des Glaces, Ludoxandros en tête.
- Dans ce cas, Wanda n’a aucune chance seule. Dis-lui de revenir, vite !
Gudrun se retourna vers Kragden et se mit à genoux.
- Il se passe quelque chose. Nous ne pouvons ressentir leurs Kosmos, pourtant ils sont là. Je vous en conjure …
- Qu’ils viennent, coupa le démon en souriant. Si cette Athéna croit me dérober mon bien si facilement, elle se trompe. Elle n’aurait jamais dû s’allier à Odin, à présent, elle va comprendre le véritable sens du mot désespoir. »

***

Dans la salle qui menait au repaire de Kragden, Wanda avait revêtu son Armure de l’Hydre Noire et attendait avec anxiété ses adversaires. Elle s’était préparée à mourir, mais désirait plus que tout vivre. Les deux inconnus avaient terrassé les Géants de Kragden en un instant, sans même esquisser le moindre mouvement. Elle avait été incapable de ressentir l’étendue de leurs pouvoirs, incapable de prendre la mesure de leurs Kosmos. Le premier fit enfin son apparition. Bel homme, assez fin, il portait une Armure qui le recouvrait de la tête aux pieds. C’était surprenant, aucun Guerrier Sacré ne portait à sa connaissance de telles protections. Elle fouilla rapidement dans sa mémoire et tenta d’accorder ce qu’elle voyait avec ses connaissances. L’Armure représentait un monstre horrible, terrifiant. Aucune constellation d’Athéna ne représentait une telle chose. Il lui sourit. Ses charmes agissaient-ils ? Ses pupilles se dilatèrent soudain, son Souffle Divin, qu’elle avait appris à maîtriser au fil des âges, lui accorda le droit de voir cette vague terrifiante : une mer en furie, rugissant, la submergea.
Wanda s’aperçut qu’elle gisait sur le dos, les yeux tournés vers le plafond aux multiples runes narrant les exploits de Kragden. Elle tenta en vain de respirer. Etrangement, elle ne se souvenait de rien. Transie de froid, elle voulut se relever en entendant les pas lents des deux hommes. Ses jambes ne bougeaient pas. Elle tourna la tête vers ses adversaires et, horrifiée, vit son bassin et ses jambes sanguinolents. Impossible. Elle n’avait rien vu. Son pouls s’accéléra et la douleur s’empara de son être. Elle cria. Elle voulut hurler mais une main se posa sur sa bouche.
« Tu ne souffriras plus longtemps. Je me nomme Maxendre, Scylla d’Amphérès, l’un des dix Rois des Mers de Poséidon. Mon compagnon se nomme Leandros. Tu avais le droit de savoir ».
Un craquement accompagna le dernier râle de Wanda qui accepta cette mort en souriant.
« Je l’ai achevée. Une belle femme, un beau sourire. Pourras-tu le conserver, Leandros ?
- Je vais geler cet endroit pour la nuit des temps. Elle ne perdra pas son sourire ».

***

Les deux morceaux du corps de Wanda volèrent à travers la pièce et achevèrent leur course aux pieds de Kragden, impassible. Gudrun fut la première à passer à l’assaut, se jetant frénétiquement sur Maxendre. Pendant une fraction de seconde, la Guerrière Noire de Bellérophon crut avoir touché son adversaire avec son arcane la plus puissante. Maxendre ne prit même pas la peine d’éviter l’attaque et d’un revers de main enfonça ses doigts à travers l’Armure, lacérant les côtes et les entrailles de la jeune femme. La main sanguinolente de Maxendre tira Gudrun par les cheveux et le Roi des Mers la fixa. Nul ne sut ce qu’elle vit mais la vie quitta son corps comme si elle avait voulu fuir le pire des cauchemars.
« Je ne serai pas aussi facile à vaincre, Rois des Mers. Je savais bien que vous n’étiez pas des Guerriers Sacrés. Je les connais trop bien. Que nous voulez-vous ? Que viennent faire des serviteurs de Poséidon dans l’Antre de Kragden ?
- Ton nom ?
- Pourquoi ?
- Si tu veux que je te réponde, je veux ton nom. Je suis Leandros, Telchine de Mestor qui préside aux tumultes des mers. Tu vois, d’une part je suis chez moi partout où s’étendent les flots tourmentés, et d’autre part je suis civilisé, je me présente avant de tuer.
- Je vais te faire ravaler ton assurance, Leandros. Je suis Ulka, le Paon Noir.
- Et bien, fit le Roi des Mers d’un air détaché, nous sommes ici pour ouvrir une porte. Alors je vais commencer par te tuer, puis je me chargerai de Kragden, le démon que tu sers.
- Tu ne sais pas à qui tu t’attaques ! rugit Ulka en préparant son attaque. DANSE DU PAON !
- Non, murmura Maxendre en regardant la scène, c’est toi qui ne sais pas à qui tu as à faire … »
Les tourbillons générés par Ulka auraient en temps normal été capables d’arracher les membres de n’importe quel adversaire. Dans le cas présent, Leandros sembla s’en amuser et se contenta d’ouvrir la main au ralenti pour dévier les tornades qui charriait les pierres de la pièce, allant jusqu’à arracher un rictus nerveux à Kragden. Le démon était impressionné par tant de puissance ; surtout, il était de plus en plus perturbé par la nonchalance de ces adversaires sortis des abysses.
« CARESSES DU PAON ! »
Leandros regarda les plumes noires s’écraser contre une barrière invisible qui semblait l’entourer.
« Voilà. Je t’ai laissé nous montrer tes deux attaques. Ton maître peut être fier, il avait de courageuses guerrières à son service. A présent, adieu ».
Lorsque le givre se matérialisa autour d’elle, Ulka sut immédiatement que la mort venait la prendre. Incapable de voir l’amorce de l’attaque, son cœur ne résista pas au choc thermique imposé et s’effondra, figé dans la glace.
Kragden se leva et murmura quelques mots qui suffirent à générer des squelettes en arme.
« Je suis capable de lancer contre vous tous les sorts que votre imagination de mortels peut craindre. Que me voulez-vous ? Etes-vous alliés d’Odin, comme Athéna ? Je connais Poséidon, il n’a aucun intérêt ici ! Il est le Gardien de la Terre Oubliée ! Il n’a rien à faire ici !
- Tu sais parfaitement que tes sorts seront inefficaces contre nous. Tu le sais d’autant mieux que tu n’as rien compris au pouvoir qui a terrassé tes gardiennes. Nous sommes venus prendre ta vie car tu es le Gardien du Passage des Elivagar. Là-bas, se trouve ce que nous convoitons. Dans un éclat de lumière, tu vas rejoindre ta mère, Kragden, derrière la Porte de Crystal ».

***

Akurgal se figea lorsqu’il vit la suite. Kragden prit de plein fouet les attaques des deux Rois et disparut dans un maelström éclatant de magie brute. Les deux assassins furent projetés en arrière mais, au final, se relevèrent sans dommage et rejoignirent la porte qui venait de s’ouvrir : devant eux, une plaine vaporeuse, où les Elivagar, les Flots Tourbillonnants, traçaient leur route depuis la création du Monde. Au loin, il entraperçut une forteresse grise, illuminée de lueurs émeraude empreintes de magie. Alors, les images se dissipèrent et le Mésopotamien reprit ses esprits.
« Ce n’était pas réel, n’est-ce pas ?
- Tu as vu la vérité.
- Cela n’a pas de sens.
- Peut-être ne faut-il pas chercher de sens aux choses divines, Akurgal. Tu restes un Mortel.
- Kragden, ses derniers mots furent mésopotamiens. La Porte de Crystal … C’est le fils d’Allani-Ettitu !
- Je vais devoir bientôt te laisser, coupa Ereshkigal. Je t’apprécie. Tu as le droit à trois questions.
- Comment ça ? Je peux vous poser n’importe quelle question ? répliqua Akurgal totalement incrédule.
- Plus que deux, tu viens d’en gaspiller une. Une divinité ne parle jamais à la légère ».
Akurgal se décomposa. Il conversait avec cette femme en oubliant qu’il avait à faire à une déesse. Il se maudit et chercha du réconfort dans les yeux de ses compagnons, figés dans le temps. Il s’attarda un moment sur Rahotep. « Mon ami de toujours. Aide-moi. Comment savoir si mes questions seront les bonnes ? »
« En réfléchissant, Akurgal ».
Interrompu dans ses pensées, le Mésopotamien ragea de plus belle. Une déesse ! Comment espérait-il pouvoir garder ses pensées inviolées ! Il inspira profondément. Il fallait trouver deux questions dont les réponses ne pourraient être trouvées aisément ailleurs. La première lui vint vite à l’esprit et il se lança.
« Allani-Ettitu est notre ennemie ; elle projette de détruire le monde pour se venger. Je sais qu’elle a souffert ici même, dans cette terre, lorsqu’elle vivait sous le nom de Gullveig. Est-elle morte derrière cette Porte de Crystal où nous l’avons vu disparaître ?
L’espace de quelques instants la divinité se crispa sans qu’Akurgal y prête réellement attention.
- Non, cingla-t-elle. Elle doit encore assouvir sa juste vengeance. Inutile de dire que la mort de son fils ne l’a pas apaisée ».
Vivante. Akurgal s’en doutait depuis le début mais cette confirmation le glaça d’effroi. Il inspira à nouveau, se concentra et se focalisa sur la Forteresse Sacrée.
« Pourquoi la neige et la glace fondent en Asgard ? »
La question surprit la Gardienne infernale. Elle prit le cou du Mésopotamien entre ses doigts et colla son visage contre sa poitrine.
« Tu es brillant. Je pensais que tu me questionnerais à propos de Poséidon.
- Je n’en ai pas besoin, fit Akurgal autant gêné que ravit de la situation. Mes amis du Sanctuaire pourront m’aider. Je gardais ma troisième question pour la prophétie qui était inscrite sur la Porte de Crystal ; je ne comprends pas qui sont ces Gardiens du Chemin du Soleil.
- Je vois. Les liens entre les dieux Grecs et Odin semblent très forts. C’est inattendu, mais intéressant.
La déesse relâcha la pression et fixa son interlocuteur.
- Enlil a décidé d’en finir avec Asgard. Cette région dégénérée qui n’a conduit qu’aux pires tumultes depuis l’ouverture d’Astragoth. Le Maître des Tumultes ravage le monde, l’Indicible regagne en puissance … Notre Maître à tous a sagement décidé d’en finir. Il faut détruire Astragoth et toute cette dégénérescence qui a envahi le monde. En ce moment, Shamash se sert de son pouvoir pour faire fondre les glaces de cette terre. Une immense vague submergera Asgard et Enlil la conduira jusqu’aux confins de la Terre.
- Mais des innocents vont périr !
- Et alors ? Crois-tu que le sort des Mortels ait une quelconque importance ? cingla-t-elle froidement. Les terres sans dieux seront balayées. Les autres seront épargnées jusqu’à ce que les troupes de Mardouk les ravagent à son tour. Il ne restera plus rien de ce monde. Je crois que les Enfers vont manquer de place ! finit-elle en souriant.
- Mais Odin ne laissera jamais faire cet acte ! Il protégera Asgard !
- Je te l’ai dit, Akurgal : l’infâme Asgard, cette terre souillée par le pire des crimes n’existe déjà plus. Cette terre sera la première à être submergée, comme toutes les terres sans dieux. Oui, ils paieront, tous, sans exception. Quant à ces Gardiens que tu convoites, sache simplement que leur réveil marquera le début de la fin. »

***

La claque projeta Akurgal au sol.
« Tu y as été un peu fort Dimitre. Ça va mon vieux ?
- Euh … Nibel ? Vous êtes vivants ?
- Punaise Dimitre, tu lui as fait perdre la tête !
- Ta gueule Bjarnulf. Rien à faire ! Non mais, ce dingue, il rentre dans la pièce et se met à bouger dans tous les sens, à parler tout seul, il nous raconte comment cette boucherie a eu lieu et là, voilà que Monsieur joue les innocents ! Mousse sur la bière, on me prive de mes combats ! Il n’y a que des mortes ici ! Des Géants éventrés, des morceaux de squelettes ! FOUTRE, OÙ SONT MES COMBATS !!!!
- J’ai eu une vision, fit Akurgal en se relevant.
- Nous avions compris, mon ami. Si tout ce que tu as dit est vrai …
- Qu’ai-je dit Rahotep ?
- Et bien tu nous as expliqué pour les serviteurs de Poséidon, pour la mort des Guerrières Noires et de Kragden. Tu as trouvé la Main de Sotar et tu es le seul à pouvoir la porter. Elle est trop lourde pour nous, même Bjarnulf n’a pu la faire bouger.
- Je n’ai pas trop forcé, coupa le colosse à la barbe rousse en croisant les bras, c’est tout !
Akurgal regarda sa main droite et y vit un artéfact étrange.
- C’est certainement grâce à Megingiord et à tes gantelets magiques, remarqua Nibel.
- Tout ça n’a pas de sens. Que vient faire Poséidon dans cette histoire ? »

Tandis que les mots de Thrall se perdaient dans le tumulte de la conversation, Yshba, seul, fixait la Plaine des Elivagar. Son regard semblait se perdre dans l’horizon brumeux, quelque part aux pieds de la Forteresse émeraude qui de dessinait petit à petit. Soudain, il se mit à léviter sous le regard incrédule de ses compagnons.
« Mais c’est pas bientôt fini ce bordel ! »
La colère de Dimitre accompagna l’éclat de lumière qui, venu de la Forteresse, entoura les guerriers d’Odin. En une fraction de seconde, le visage de Wanda reposa à nouveau seul, aux côtés d’Ulka et de Gudrun, ses deux sœurs fauchées par la mort.

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