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Cette fiche vous est proposée par : Aqualudo


Les ages mythologiques

Dans l’épisode précédent …

Tandis que Macubex dirige une mission secrète en Asgard et qu’Artholos prépare ses compagnons à lutter contre la Horde, les autres Guerriers Sacrés sont rentrés au Sanctuaire. Désirant se lancer sur les traces du mystérieux Yôô d’Hââ, Asturias, Shiro Frank et Mâa préparent le périple qui doit les mener en Egypte avec l’aide de leur ancien Maître, Yolos du Triangle. Mais bientôt, surgit des entrailles de la Dalmatie, un danger bien plus pressant bouleverse les plans des compagnons …



Chapitre V – La Bataille du Sanctuaire

***

Le siège


Sanctuaire, un mois après le départ de Macubex, Séléné, Nekkar et Nevali pour Hattousa

Un soleil timide chassait les ultimes lambeaux du brouillard matinal qui s’était emparé de la vallée du Sanctuaire. La nature elle-même semblait s’éveiller paisiblement, au son des corbeaux et du vent qui, doucement, jouait avec les branches des oliviers et courbait les blés. Depuis l’intérieur d’une petite chambre pourtant, montaient par intermittence des plaintes, qu’accompagnaient épisodiquement des jurons indistincts : l’ensemble, sans conteste, troublait la quiétude bucolique qui se dégageait de la scène.
« Allez, encore un petit effort Mâa … Tu y es presque ! » souffla Frank d’une voix rauque.
Avec force grognements, l’Egyptien se remit laborieusement debout : ses gestes, encore marqués par les plaies pansées et rougies par le sang, trahissaient sa maladresse tandis qu’il achevait de se vêtir. Il avait troqué son habit imbibé de sang contre une chlamyde de lin, découpée grossièrement dans une étoffe de basse qualité, et qui retombait négligemment par-dessus son attelle. Voilà quatre jours que tout avait commencé. Mâa avait été défait dès le premier combat. Il n’avait rien pu faire. La pluie de coups acérés avait déchiré ses chairs, se jouant de son Armure Sacrée avec une insolence terrifiante. Si Frank n’avait pas été là, il serait certainement mort. Dire qu’ils étaient en ballade champêtre, profitant de la quiétude du bois jouxtant le Sanctuaire … Tout s’était passé très vite ; en une fraction de seconde, les deux Guerriers Sacrés avaient ressenti le pouvoir hostile de nombreux adversaires. Ils avaient à peine eu le temps de revêtir leurs armures que, déjà, une dizaine de guerriers en arme bondissaient sur eux. Mâa n’avait même pas eu le temps de riposter … Les techniques de défense de Frank avaient fait des merveilles, fort heureusement pour lui. Son compagnon l’avait porté à bout de bras, parvenant par miracle à rejoindre l’enceinte du Sanctuaire. Puis, le vide, le noir. Quatre jours de coma, de fièvre, de cauchemars ; pour Frank, quatre jours interminables d’attente et de repos forcé durant lesquels il avait veillé sur son compagnon et récupéré de ses propres blessures. Incapable de supporter plus longtemps l’exiguïté de cette chambre obscure, Mâa prit son courage à deux mains, dépassant ses souffrances, et se décida à sortir coûte que coûte au grand air, bien que sa jambe le fît encore souffrir à chaque pas. Il boitilla rapidement à travers la pièce puis, longeant le couloir principal, rejoignit l’extérieur en compagnie de Frank.

Le soleil, enfin ! Depuis le pas de la porte de bronze, Mâa huma profondément l’air du matin, riche de la senteur humide de la brume disparaissant sous les assauts de l’astre du jour. Frank s’assit sur les marches un instant et regarda dans le vide. Le bruit de trois guerriers en arme, courant vers les remparts distants de quelques dizaines de mètres, le tirèrent de sa torpeur ; la réalité était bien moins paisible que ce paysage sacré. Par-delà les murailles, au cœur des bois qui étreignaient les montagnes voisines, des fumées s’échappaient en volutes subtiles.
« Ils sont tout autour du Sanctuaire Mâa, Shiro m’a expliqué que nous sommes encerclés.
- Ainsi les tumultes sont venus jusqu’aux portes du Territoire Sacré », répondit faiblement son compagnon.
L’Egyptien se leva et fit quelques pas. Il chemina pendant un temps vers le temple voisin, laissant son esprit vagabonder de même que son corps, insoucieux de la faim naissante et de la fatigue qui s’emparaient peu à peu de lui. Empli d’une sérénité nouvelle, il revint finalement sur ses pas ; une expression d’apaisement profond se lisait sur ses traits tandis qu’il marchait avec nonchalance en direction des marches où se tenait toujours Frank. Il s’assit à ses côtés et laissa le soleil s’emparer de son visage et irradier sa chevelure dorée.

***

Shiro n’avait pas dormi. Il revivait sans cesse cette scène. Depuis le début du siège, il défendait avec quelques guerriers un bastion de l’enceinte principale. Le jour précédent, il avait permis à quelques paysans de rejoindre la vallée : ces derniers fuyaient les troupes étrangères qui foulaient le sol jusqu’alors inviolé du Sanctuaire. Ils s’étaient réfugiés dans un sous-bois et l’un d‘entre eux avait pu rejoindre les fortifications à la recherche de secours. Les femmes, majoritaires, étaient restées cachées, de peur d’être vues et interceptées par les guerriers sombres. C’était Shiro qui avait recueilli le malheureux. Laissant la garde de son bastion à deux Guerriers de Bronze, Kleinas de l’Espadon et Dimuon de la Chouette Sacrée, le Guerrier d’Orion était parti sans perdre un instant précieux à la rescousse des femmes. Arrivé au taillis qui bordait le sous-bois, il marqua une pause : quasi imperceptible, une lente complainte, à peine plus qu’un murmure en vérité, lui parvenait, comme assourdie par la distance. Shiro utilisa son Kosmos pour repérer un éventuel danger. Rien. Il s’avança dans le sous-bois, se frayant non sans difficultés un chemin parmi les roseaux et autres fougères. Ce sous-bois était en fait une sorte de petit marécage. Shiro connaissait ce genre d’environnement : Imapacuit, son village natal, était lui-même proche d’un vaste marais qui se perdait dans la jungle. L’Inde, lointain souvenir. Un croassement rappela l’Hindou à sa mission, il reprit sa course tout en restant sur ses gardes. La tourbe traîtresse s’affaissait sous son poids et celui de son Armure, et Shiro, dont les jambes s’enfonçaient dans la vase puante jusqu’à mi-cuisse, s’agrippa à une souche à demi pourrie, avant de s’extirper à grand peine du piège, suant sous l’effet du soleil implacable et de fatigue tout à la fois. Tout Guerrier Sacré qu’il était devenu, il restait un homme soumis aux limites de son corps et à la tension des événements en cours. Enfin, il repoussa les ultimes pousses du bosquet, et, le souffle court, ressortit en rampant de celui-ci : une haute butte de terre se dressait à présent devant lui, qu’avait jusque-là dissimulée le taillis. Depuis son sommet, Shiro chercha un signe de vie. Ce sous-bois était plus vaste qu’il ne le croyait de prime abord. « Où sont-elles ? Elles devraient être ici, à proximité de cette butte … Serais-je arrivé trop tard ? » murmura-t-il en perdant son regard entre les branches nébuleuses des arbres.

Shiro descendit enfin de la butte, attiré par un bruit étrange. Une plainte, un murmure de femme. Le Guerrier d’Orion progressait lentement, et ses tempes bourdonnaient avec une intensité sans cesse croissante au fur et à mesure que son Kosmos lui indiquait une présence hostile, proche ; et ce fut alors seulement que, saisi d’une funeste impression de déjà vu, il les vit enfin. Il y en avait une douzaine au total, qui titubaient en contrebas ; en dépit de la boue qui recouvrait leurs vêtements, Shiro n’eut aucun mal à les reconnaître. Deux hommes au moins portaient toujours l’armure des soldats du Sanctuaire, et leurs tuniques en lambeaux se teintaient de l’écarlate brune du sang ; quant aux autres, femmes et enfants, ils avançaient d’un même pas traînant, dénué de toute volonté, tels des … morts. Morts ! Un vertige s’empara de Shiro tandis que les revenants poursuivaient leur parade grotesque au rythme du rire de Limgoth, Poing Noir du Massacre. «Non… Ce n’est pas vrai… » Ses mots se réduisirent à un souffle à peine audible.

***

« Maître Shiro, vous n’allez pas bien ?
- Ce n’est rien Pétokilidès, ce n’est rien.
- Qui sont ces monstres que nous allons affronter ?
- Nos érudits nous ont appris des choses importantes. Par Asturias, nous savons que les forces du Maître des Tumultes sont dirigées par des Poings Noirs, de fiers guerriers disposant de pouvoirs de sorciers. Krateros quant à lui a dit que les serviteurs d’Arès sont les Berserkers : cela signifie dans une langue étrangère les « guerriers furieux ». Il n’y a pas de mot dans notre langue pour les définir, nous ne savons même pas pourquoi Arès a nommé ainsi ses troupes.
- Alors nous risquons bien de mourir, Maître Shiro ».

Le Guerrier d’Orion prit le soldat par l’épaule et lui sourit. Il devait montrer l’exemple. Il avait eu peur de ce guerrier sombre. Il avait fui. Pour la dernière fois de sa vie. A présent, sur les murailles du Sanctuaire, il allait faire face, pour ces innocents, pour Athéna mais aussi et surtout pour Mérope et les quelques survivants qui l’avaient rejoint après la destruction récente de l’île de Chios.



Veillée d’arme



Depuis plusieurs heures déjà, le soleil s’était retiré derrière les hautes falaises de calcaire et de marbre ceignant le Sanctuaire. L’activité fiévreuse qui régnait derrière les murailles ne semblait guère avoir faibli avec la venue de l’obscurité. Depuis quatre jours, d’interminables colonnes de réfugiés se formaient dans la vallée, et, tandis que certains amenaient avec eux des carrioles entières de leurs possessions, d’autres préféraient partir avec toute la célérité possible vers la Porte Sud de l’enceinte, n’emmenant que le strict nécessaire. Tous fuyaient les troupes sombres qui avaient déferlé en provenance du nord. Chose étrange, ces dernières laissaient les civils s’agglutiner dans les bras d’Athéna, quelques groupes isolés pouvant cependant faire les frais de la rage guerrière d’éléments incontrôlés. L’activité du campement principal qui abritait Arès et Caturix en personne n’avait rien à envier à la frénésie qui secouait le Sanctuaire. Derrière des palissades de bois montées avec une rare maîtrise, une centaine de guerriers en armes se tenaient en place sous les ordres de Grakgoth lui-même, à l’affût du moindre signe de l’ennemi. Le gros des troupes, constitué aussi bien de mercenaires grecs endurcis que des troupes sombres levées par le Maître des Tumultes dans les entrailles de la Dalmatie, avait été réparti en trois phalanges selon les directives d’Arès : celles-ci, placées en des points stratégiques de la vallée, se tenaient prêtes à lancer une contre-offensive si les guerriers d’Athéna tentaient une percée.
Indifférent à l’agitation trépidante qui régnait autour de lui, Térée, l’un des Berserker d’Airain d’Arès, remontait l’une des principales artères du camp, à rebours de la procession impeccable de ses Minotaures : ses troupes avaient fière allure et n’attendaient qu’un signe pour fondre sur le Sanctuaire. Il pénétra dans une large tente circulaire, éclairée seulement de la lueur vacillante d’une demi-douzaine de torches. D’un air absent, Térée inspecta la table centrale sur laquelle était posés des plans, des verres et des carafes de vin. Il ne prêta aucun regard à Fragoth, Poing Noir de la Guerre, pas plus qu’à Limgoth qui commentait une note qu’il venait de recevoir de ses espions. Térée fit quelques pas et rejoignit Phlégyas, Berserker d’Airain, chef des mercenaires grecs.
« Quelles sont les nouvelles ? demanda-t-il en s’asseyant à ses côtés.
- Bonnes. Les Poings Noirs sont prêts à passer à l’assaut. Les Troupes Sombres, la piétaille quoi, chargera en premier avec mes mercenaires.
- Ils n’ont aucune chance face aux Guerriers Sacrés, nota Térée avec circonspection.
- Ils n’ont qu’une mission : prendre pieds sur les remparts et en finir avec la piétaille adverse. Les Guerriers de Bronze devront alors entrer dans la bataille.
- Tu sembles bien sûr de toi …
- Les espions de Limgoth savent de source sûre que les Guerriers de Bronze interviendront en premier. C’est leur mission, le premier rempart d’Athéna.
- Ces espions sont-ils seulement crédibles ?
- Ils le sont d’après Enyo.
- Elle est là ? demanda Térée l’air surpris.
- Non, enfin elle est partie il y a quelques heures. Elle s’est assurée des sources des espions : un certain Gygès, qui servait autrefois le Sanctuaire et s’en est échappé avec des informations capitales qu’il vend au plus offrant. Penthésilée et ses Amazones l’ont intercepté naguère, avant de le relâcher. Heureusement que les espions de Limgoth l’ont retrouvé. Gygès a expliqué qu’il y a en ce moment, en dehors des soldats dont le nombre importe peu, six Guerriers de Bronze : Ariarathe d’Andromède, Aratos du Cygne, Vincoron de la Licorne, Kleinias de l’Espadon, Dimuon de la Chouette Sacrée, Leineides du Rameau. Pour en avoir déjà tué un lors de la bataille de l’Axios, je peux t’assurer qu’ils ne feront pas le poids, même face à tes Minotaures.
- Je doute qu’Athéna repose tous ses espoirs sur ces simples Guerriers de Bronze …
- Tu as raison.
Phlégyas sortit un parchemin usé de sa poche et le parcourut rapidement. Il reprit.
- Il y a aussi des Guerriers d’Argent. Ils sont plus redoutables. J’ai lutté contre l’un d’eux, Glokos du Cerbère, un sacré guerrier.
- Oui, celui qui a failli te tuer, rétorqua Térée d’un ton moqueur.
- Je maîtrisais le combat !
Phlégyas fixa durement son compagnon pendant quelques secondes avant de reprendre sèchement.
- Tu verras par toi-même que ces Guerriers d’Argent sont d’un autre calibre, il faudra faire attention, même toi si tu n’y prends gare, tu risques d’avoir des surprises. Il y a au Sanctuaire, en dehors de Glokos, Krateros de la Coupe, Yolos du Triangle, Shiro d’Orion que Limgoth a croisé hier, Frank du Lézard, Mâa du Lotus, Asturias d’Arachné, Calliclès de Persée, Philomène du Cocher, Pyrrhos de la Baleine, Keraunos de Céphée, Brasidas du Grand Chien et Galandros d’Héraklès.
- Hum, treize …
- Il semble que les autres Guerriers de Bronze soient en mission ailleurs. Ce qui expliquerait que ceux d’Argents soient plus nombreux.
- Grave erreur … je comprends mieux pourquoi Arès insistait pour que nous attaquions en masse, rapidement. La fin du Sanctuaire ne fait pas de doute à présent. Quand devons-nous attaquer ? Mes Minotaures trépignent d’impatience.
- Cette nuit même. L’éclat adamantin de la lune d’Artémis nous servira de guide ».



L’assaut


Sanctuaire

A l’abri de sa tour cyclopéenne, Asturias se retourna lentement ; il avait senti le tumulte se rapprocher. Les Kosmos hostiles ne se cachaient plus. Sûrs de leurs forces, la déferlante sombre allait s’abattre dans quelques instants sur le Sanctuaire. Se briserait-elle sur ses remparts ou parviendrait-elle à le submerger … Le sourd fracas du tonnerre le tira soudain de ses pensées, et il reporta son attention vers la vallée, lorsqu’un autre éclair crépita : une expression d’incrédulité mêlée d’effroi se figea brusquement sur le visage d’Asturias, tandis que son regard se perdait dans le lointain. Serait-ce possible… A nouveau, le grondement de la foudre déchira la quiétude de la nuit, et une implacable certitude tétanisa alors le Guerrier d’Arachné : la multitude des lances qu’il avait entraperçue à la faveur du soudain éclat s’avançait au cœur de son impénétrable manteau de brume. Houle cauchemardesque de Guerriers Sombres surgie des entrailles de sa terre natale, elle passait à l’assaut.
Sans perdre un instant de plus, Asturias se précipita à l’extérieur, sur le parapet qui bordait le sommet de la tour ; d’un geste vif, il empoigna le battant de la cloche sommairement enchaînée à la balustrade, dont il se mit à sonner frénétiquement. L’assourdissant écho se propagea à travers le Sanctuaire, repris en cœur par les autres tours de veille, et bientôt une irrépressible panique s’empara des réfugiés tandis que chacun fuyait pour sauver sa vie : en quelques secondes la place toute entière bascula dans le chaos le plus complet.
« A couvert ! Tous à l’abri, ils arrivent ! ILS ARRIVENT ! » Mâa qui, comme Asturias veillait à présent sur une tour de défense s’époumonait vainement au cœur de l’épouvantable cacophonie qui régnait sur le Sanctuaire, conscient de la futilité de ses efforts.

Le tocsin continuait de résonner et Asturias, à présent passablement sonné, risqua un nouveau regard vers la première vague adverse. La langue de brume progressait avec rapidité, et les innombrables silhouettes des Guerriers Sombres du Maître des Tumultes et des mercenaires d’Arès, toujours enveloppées par l’épais manteau du brouillard, se trouvaient désormais à quelques dizaines de mètres de la muraille seulement. Le ciel s’embrasa soudainement, tandis qu’une multitude de lourds projectiles enflammés gagnait le firmament avant de s’abattre sur le Sanctuaire: un chœur de cris de terreur pure s’éleva partout à travers la place principale, auquel venaient se mêler les râles d’agonies et les plaintes des blessés. Asturias contemplait d’un air désolé les multiples départs d’incendies qui, un peu partout, illuminaient les temples et édifices comme autant de funestes présages ; déjà plusieurs chaînes de volontaires s’activaient pour lutter contre les flammes, alors que la pluie de feu se tarissait, pour céder la place à une averse de formidables blocs de pierre projetés comme par enchantement du camp adverse ; « Caturix use de sa funeste magie guerrière », songea le Dalmate en serrant ses poings. Une nouvelle fois, son regard se porta en direction de la muraille où les soldats du Sanctuaire attendaient le choc sous la conduite des Guerriers de Bronze. Soudain, il regarda au-dessus de sa tête, juste à temps pour aviser du roc colossal qui, presque invisible dans la nuit, se précipitait droit dans sa direction ! Asturias, d’un geste assuré, bondit dans les airs et pulvérisa le roc d’un violent coup de poing. Sous l’impact titanesque, le Dalmate fut enseveli sous un tombereau de pierre et de poussières …

***

Camp principal de l’Ordre Noir

Térée contemplait d’un air grave le brasier rugissant qui étendait peu à peu son ombre chatoyante sur le Sanctuaire. La progression syncopée de l’incendie semblait à présent hors de tout contrôle : les flammes avaient gagné un ensemble de temples, les bâtiments voisins s’embrasaient les uns après les autres. Seule l’acropole était pour le moment hors d’atteinte. Le Berserker eut un bref regard pour la première vague qui déferlait sur les remparts. Les mercenaires combattaient vigoureusement mais semblaient avoir du mal face aux Guerriers de Bronze. Les éclats de lumière se multipliaient, les corps volaient dans les airs, déchiquetés sous les pulsions des Kosmos des Guerriers Sacrés. Chose surprenante, les Guerriers Sombres du Maître des Tumultes semblaient beaucoup plus à l’aise. Ils maîtrisaient une magie rudimentaire mais efficace. Kleinias de l’Espadon, alors qu’il repoussait seul une vingtaine de mercenaires, fut frappé par un sort étrange qui aspira l’air autour de lui, le faisant littéralement imploser sous les yeux intéressés de Térée. Il hocha la tête en signe de satisfaction puis, se tournant vers ses camarades :
« C’est l’heure, mes compagnons. Il nous faut à présent agir. Rappelez-vous vos ordres, tuez, massacrez, déchiquetez, foncez sur les civils de préférence. Martyrisez les prêtresses de cette pucelle d’Athéna ! Il faut que les Guerriers d’Argent interviennent. Mes Minotaures, que la furie d’Arès gonfle vos museaux, que le sang pleuve ! Nous ne pouvons pas faire moins que d’éblouir les Guerriers Sombres ! Entonnez le Péan de Térée ! »
Une troupe forte d’une vingtaine de Minotaures émergea bientôt de l’obscurité : le Lochos Sacré de Térée. Il s’agissait du plus petit des Lochoi sous le commandement des Berserkers. C’était aussi un des plus redoutés de la Phalange d’Arès menée par les neuf Berserkers d’Airain.
Parmi les autres Berserkers il y avait Harmonie. Elle dirigeait une horde de Satyres qui devenaient redoutables lorsque leurs musiques et chants de guerre résonnaient sur le champ de bataille. Eros quant à lui dirigeait un lochos composé d’Androgynes, êtres qui terrorisaient les simples guerriers mais qui perdaient de leur valeur face aux guerriers aguerris par de longues années de bataille. En cette nuit, avec les Amazones de Penthésilée, ces Lochoi Sacrés étaient restés en Dalmatie pour garder la frontière nord. Les Voleurs de Cycnos et les Hoplites Sombres de Pathos étaient eux en Occident, quelque part dans les plaines méridionales ; à la tête de troupes nombreuses et aguerries, Cycnos et Pathos surveillaient de près les agissements de la Secte de l’Indicible, le grand ennemi occidental du Maître des Tumultes. Les Centaures de Diomède et les Géants d’Oenamos étaient en réserve, au cas où, chose cependant improbable, les forces d’Athéna parviendraient à repousser l’assaut.
Au cœur de la bataille, la foule des Mercenaires de Phlégyas faisait assez bonne figure. Mais en cet instant, l’œil brillant d’Arès se portait sur les Minotaures de Térée. Dissemblables les uns des autres aussi bien par la teinte de leurs peintures de guerre que par leur morphologie, ils arboraient pourtant la même gueule menaçante, au museau protubérant, au-dessus duquel luisait une paire de grands yeux noirs expressifs. Les humanoïdes, entièrement recouverts de plaques de cuir, étaient équipés de Kopis argentés qui scintillaient dans la nuit; d’autres étaient armés de courts javelots ; d’autres encore portaient des haches ; tous portaient un hoplon sur lesquels était dessinée une tête de taureau. Ils s’avançaient d’un même pas déterminé en direction de la muraille cyclopéenne, sans manifester la moindre trace d’appréhension : d’un mouvement parfaitement synchrone, ils s’élancèrent majestueusement dans les airs à la suite de Térée, sous le regard impressionné des mercenaires et des Guerriers Sombres qui montaient aux échelles ainsi que des soldats du Sanctuaire qui n’en revenaient pas de voir ces monstres musculeux voler aussi élégamment dans cette nuit ensanglantée.

En plein vol, Térée jeta un coup d’œil alentours. Tout autour de lui, il aperçut les silhouettes ridicules des soldats du Sanctuaire, la foule des civils qui frappait sur les portes menant à l’acropole, dernier refuge d’Athéna. Il sourit en suivant du regard le vol gracieux de ses camarades dont les armes scintillaient à la pâle lueur des étoiles ; cette bataille l’enivrait. Prenant une soudaine impulsion sur une des tours, il s’élança en direction d’un groupe de soldats du Sanctuaire menés pas deux Guerriers de Bronze, sentant son Kopis doré battre contre son flanc tandis qu’il fendait les airs. Au plus profond de son cœur, la résolution du Berserker se raffermit et il tourna un ultime regard en direction de ses compagnons Minotaures, lorsqu’enfin, il vit le premier Guerrier de Bronze lancer son attaque, un cône de glace dévastateur. Son cœur se mit à battre la chamade, ses yeux se dilatèrent, son souffle s’accéléra lorsque, sans tenter de l’éviter, il reçut l’impact lumineux en plein poitrine. Le choc le fit toucher terre. Il sourit. Il saignait, peu, mais il saignait. Il s’était mordu la lèvre sous le coup de l’attaque d’Aratos du Cygne.
« Voyez mon sang », exulta-t-il en se tournant vers ses Minotaures. « N’est-ce pas enivrant de savoir que l’on peut mourir ? Ne retenez pas vos coups mes compagnons, écrasez ces hommes et le Guerrier aux chaînes. L’Oiseau de glace est à moi ! »
Térée pirouetta avec grâce dans les airs avant d’atterrir sans un bruit derrière Aratos qui n’avait même pas esquissé le moindre geste : se saisissant de son Kopis en l’espace d’un battement de cœur, il embrocha proprement le Guerrier de Bronze avant que celui-ci n’eût pu esquisser le moindre geste. Près d’une cinquantaine de soldats se trouvaient aux côtés d’Ariarathe d’Andromède qui, sous le choc de l’attaque de Térée, tremblait de tout son être. Le Berserker jurait en déchiquetant le corps du Cygne de Bronze, furieux de ne pas avoir trouvé un adversaire à sa hauteur. Les soldats, mûs par la peur et une folie guerrière primitive, se mirent en rang serrés face aux Minotaures qui éructaient de rage. Poussant des cris capables de terroriser le plus courageux des hommes, ils dégainèrent leurs courtes épées et leurs lances à l’unisson, s’abritant derrière leurs Hoplons aux couleurs d’Athéna, avant de se lancer à l’attaque dans un concert de cris stridents. La confusion la plus totale s’empara rapidement de la scène : partout où les Minotaures avaient réussi à prendre pied, une féroce mêlée s’était rapidement engagée où les coups pleuvaient sans discernement. Les humanoïdes effectuaient un ballet de mort complexe, leurs corps musculeux couverts de tatouages tribaux ondulant plus vite que l’œil ne pouvait suivre ; leur force physique, leur allonge supérieure, plus grands d’une bonne quarantaine de centimètres que leurs adversaires, leur conférait un avantage précieux, si bien qu’une douzaine de soldats mutilés eurent tôt fait de rouler à terre dès le premier choc, imbibant de leur sang le sol sacré du Sanctuaire. Tout à sa furie, Térée se rua sur Ariarathe qui faisait tournoyer la Chaîne d’Andromède autour de lui dans un ballet flamboyant qui lui assurait, du moins l’espérait-il, une défense infranchissable. D’un ample revers de sa lame, Térée déchira en deux un soldat qui avait eu l’audace de l’attaquer par-derrière. Profitant de ce bref répit, Ariarathe bondit en arrière sur le toit d’un temple en ruine : d’épaisses fumerolles couleur ambre s’élevaient dans la nuit depuis l’ensemble du Sanctuaire, d’où montaient par intermittence les chants graves et mystérieux des prêtresses d’Athéna, tentant de regrouper les derniers civils encore en vie, appelant Athéna à l’aide. Reportant son attention sur les Minotaures et Térée qui lui faisaient face, il esquissa un sourire plein de morgue :
« Venez, maintenant... Oui, approchez, et recevez la mort pour laquelle vous avez parcouru tant de stades. En garde, chiens, et recommandez vos âmes à Arès, divinité maudite entre toutes ! »
Ariarathe tournoya soudainement pour éviter l’estoc d’un Minotaure, puis, en une fraction de seconde, le décapita au moyen de sa chaîne, la pointe électrifiée déchirant le cou de l’humanoïde dans une gerbe de sang à demi vaporisé sous l’effet de la chaleur ; d’autres déjà attaquaient avec fureur et il dut parer frénétiquement pour échapper aux assauts de ses ennemis : de sa main gauche, il usait de sa chaîne pour bloquer le bras d’un de ses adversaires avant de le transpercer de l’autre extrémité acérée de son arme légendaire. Il se fendit brusquement, envoyant un nouveau Minotaure au sol ; et, concentrant son Kosmos dans son poing, projeta un éclair d’énergie pure en direction d’un autre assaillant, qui bascula en arrière sous la violence de l’impact, s’écrasant dans une gerbe de chair et de sang mêlés contre un mur avec une ultime imprécation haineuse. Trois de ses Minotaures en quelques secondes. C’en était trop ! Aussitôt Térée s’élança en direction du Guerrier d’Andromède. Presque immédiatement, Ariarathe bondit à son tour dans les airs et déclencha une nouvelle attaque.
« VAGUE DE FOUDRE ! »
La Chaîne Nébulaire d’Andromède traversa l’espace, dans une course effrénée, avide du sang du Berserker qui, d’un revers de bouclier, dévia l’attaque. Bientôt les deux ennemis furent côte à côte, se rendant attaque sur attaque pendant que se poursuivait leur fulgurante ascension dans les airs ; échangeant des coups si rapides que seul un regard averti était capable de suivre cette chorégraphie sauvage. Le Kopis doré contra alors tant et plus les deux éléments de la Chaîne Nébulaire avec des gerbes d’étincelles éclatantes dans les ténèbres de la nuit. Enfin, Térée atteignit le mur du temple et, emporté par son élan, il pirouetta dans les airs avec vélocité :
« EXECUTION ! »
Une lame noire se matérialisa à la vitesse de la lumière devant Ariarathe qui ne comprit pas ce qui se passait ; la lame éventra le Guerrier d’Andromède qui entama une chute vertigineuse en direction du sol, s’écrasant lourdement dans une mare de sang. Tout à sa fureur, Térée déclencha une boule d’énergie qui pulvérisa le corps du malheureux Ariarathe, effacé à jamais de la surface de la Terre, tandis que son Armure Sacrée le quittait à demi-détruite, reformant le totem en médaillon. Andromède n’était plus.

Tandis que le tumulte du combat ne cessait d’enfler sur l’esplanade centrale, un cercle de prêtresses continuait de chanter à la gloire d’Athéna sans se soucier de la présence des Minotaures qui en avaient fini avec leurs adversaires et fondaient sur elles avec la férocité de bêtes enragées : d’étranges lueurs apparurent, certaines luisant ainsi que de pâles étoiles, alors que l’envoûtante psalmodie couvrait à présent le vacarme des épées. Térée s’avança d’un pas incertain, sa main fermement crispée sur la garde de son Kopis. Enfin, l’une des prêtresses, dont la tresse ondoyante se teintait de bleu et de mauve, tourna la tête dans sa direction un sourire carnassier aux lèvres : le Berserker se figea sur place par l’intensité des yeux éclatants qui semblaient scruter jusqu’aux tréfonds de son âme ; à peine esquissa-t-il une grimace lorsqu’il sentit ses membres se figer, son sang cesser de courir dans ses veines. Son cœur s’arrêta avant que Térée ne perdît la vie : son Kosmos le tint éveillé assez longtemps pour qu’il comprît ce qui lui arrivait.
« Je suis Calliclès de Persée, tu as commis assez de crimes innommables pour aujourd’hui, Térée : laisse-nous te rendre la pareille. Je veux que tu saches, avant que je pulvérise ta ridicule tête de pierre, que mon compagnon Pyrrhos de la Baleine vient de déclencher sa Furie des Mers. Ne t’inquiète pas, aucun de tes Minotaures n’a survécu, tu ne seras pas seul à rejoindre les Enfers ! »

Le poing de Calliclès fracassa l’arrière du crâne du Berserker avec un bruit horrible de craquement. Tout se passa comme si le temps avait arrêté un instant sa course. Térée sentit les flots de sang tiède, son propre sang, ruisseler depuis sa tête et cascader le long de son dos tandis que le processus d’empierrement poursuivait sa course mortelle. Ses yeux, avant de se fermer pour le dernier voyage, virent les prêtresses disparaître comme par enchantement : cela faisait plusieurs minutes qu’elles avaient pu rejoindre l’acropole fortifiée. Térée s’était laissé berner par une simple illusion … Son corps explosa finalement en millier de morceaux de pierre rougie : la bataille pouvait continuer…


Le dernier refuge



Les Minotaures se battirent jusqu’au dernier, en vain. Une brume étrange enveloppait le champ de bataille, dont les effluves humides s’infiltraient à travers les armures et les vêtements des morts, semblant chercher les derniers souffles de vie pour les emporter ; Pyrrhos de la Baleine, nimbé d’un Kosmos tout en nuances de gris opalins et de blancs atones se détendit. Calliclès lui jeta un regard complice avant d’avancer en direction de la muraille. Une bande de mercenaires de Phlégyas vomissait sa fureur ; ils s’apprêtèrent à bondir sur le Guerrier de Persée lorsque celui-ci leur proposa le regard de son bouclier. En une fraction de seconde, les mercenaires furent changés en pierre, que Calliclès s’employa à réduire méticuleusement en poussière, les unes après les autres. Il aimait cette sensation de toute puissance. L’espoir semblait changer de camp.
Depuis le sommet d’un temple à moitié en ruines, Tonlugal, l’un des quatre Astres Noir de Caturix, ses propres habits réduits à l’état de lambeaux poussiéreux, multipliait les attaques dévastatrices. Ses boules de feu, dans une chorégraphie éruptive, semblaient se répéter sans fin, une boule après l’autre, sans qu’il ne semble éprouver de lassitude ; sans même se soucier de la chaleur dégagée qui le faisait suer à grandes eaux, ou de la fatigue qui peu à peu brouillait sa vue. Une nouvelle détonation : loin en contrebas, là où la mêlée faisait rage, un des derniers soldats du Sanctuaire voleta brièvement avant de finalement s’écraser contre une imposante masure, dans une ultime explosion qui macula les pierres de flots de sang écarlate. Le Sanctuaire tout entier semblait succomber à l’interminable tumulte des combats : le feu, après avoir ravagé la partie basse, menaçait l’acropole, l’ultime bastion. Les innombrables cadavres de soldats indiquaient clairement que la victoire était acquise ; même les Guerriers de Bronze succombaient.
« Pour le Maître des Tumultes, pour l’Ordre Noir !! » La voix puissante de Tonlugal se perdait dans le vacarme des combats. « Allez, pour la gloire de notre Maître ! A l’attaque, et pas de quartier pour l’ennemi ! A mort ! A MORT ! »
L’Astre Noir brandissait toujours avec hargne ses poings enflammés. Avec un hurlement bestial, il s’élança à travers les ruines du temple, dont le squelette noirci disparaissait à demi dans les volutes d’une épaisse fumée aux relents âcres de moisissure et de chairs brulées ; et, à sa suite, une trentaine de Guerriers Sombres se ruèrent au cœur de la mêlée, leurs regards emplis d’une même détermination farouche. Soudainement, une nuée de traits lumineux apparut autour d’eux, que les fumées avaient dissimulés jusque-là : en un instant, les éclats de Kosmos les paraient d’une aura fantomatique, les faisant disparaître dans un tumulte d’éclats sanguins.
« Qui a osé ?
- Oui, qui es-tu pour avoir osé souiller le Sanctuaire ? »
Tonlugal sonda frénétiquement les alentours. A quelques pas, il voyait deux autres Astres Noirs, Tregal et Tirtogal engager le combat avec un Guerrier Sacré. Les Guerriers d’Argent étaient donc entrés dans la bataille, songea-t-il.
« Tu as donc peur au point de ne pas te montrer ? Ma magie aura tôt fait de te trouver !
- Ta magie ne te sera d’aucune utilité face aux Guerriers Sacrés d’Athéna ! PRISME LUMINEUX ! »
Tandis que les lettres de son attaque se gravaient dans un éclat lumineux sur ses avant-bras, Yolos frappa l’air avec son poing, générant des milliers d’ondes de choc qui, prenant la forme de triangles argentés, filèrent sur l’Astre Noir à une vitesse inimaginable. Tonlugal, médusé, encaissa le choc sans broncher … car Yolos le retint. Profitant de l’hébétude de son adversaire, il balaya le pied d’appui de son opposant. Celui-ci tomba sur le côté lorsqu’il se prit le genou du Guerrier du Triangle en pleine poitrine, ce qui l’envoya s’écraser contre une colonne de marbre. Tonlugal ne tenta pas de se relever ; les os brisés sous l’impact, il expira son dernier souffle. Yolos se tourna vers Asturias qui faisait face aux deux autres Astres Noirs. Une lutte féroce et chaotique s’était engagée, résonnant du fracas des armes enchantées des deux Astres Noirs et des râles des Guerriers Sombres mourants ; Yolos suivait avec difficulté le combat, le voile de fumée rendant les échanges de coups presque impossibles à distinguer. Soudain, Tregal s’élança, son épée de feu au clair : les deux mains suffirent à Asturias pour bloquer net le puissant coup de taille qui visait sa tête ; puis il éviscéra promptement l’Astre Noir du bassin jusqu’au sternum en se servant d’une patte d’araignée de sa ceinture qu’il avait détachée avec sa main droite, avant que celui-ci ne s’écroulât avec un gémissement pathétique. Prolongeant son mouvement, Asturias fendit le visage du second adversaire qu’il avait préalablement recouvert d’une toile d’araignée scintillante ; un nouveau geyser vermillon s’éleva, dont la puissante senteur cuivrée se répandit, capiteuse jusqu’à l’écœurement ; Tirtogal venait de rejoindre ses compagnons dans l’oubli. En quelques instants, l’Ordre Noir venait de perdre trois de ses quatre grands prêtres.
« Joli travail, Dagorlad ».
La voix, froide et assurée, ne tira pas Asturias de sa frénésie. Plongé au cœur des combats, il devenait une véritable machine de guerre, un monstre. Il n’était pas le seul dans ce cas-là, mais le Dalmate le supportait de moins en moins. Les pupilles dilatées, ce dernier remit en place la patte ensanglantée qui lui avait servit à éventrer Tregal. L’Araignée d’Argent reprenait peu à peu ses esprits et portait son regard par-dessus la brume environnante. Yolos se précipitait sur de nouveaux adversaires, tout semblait aller pour le mieux. Pourtant, Asturias doutait.
« Que m’as-tu fait faire, Arachné ? Voici donc le fardeau de ta rédemption ? Ou est-ce là ma véritable nature ? Hasdrubal, je t’en conjure, guide-moi !
- Oh, Dagorlad, je comprends mieux ta furie à présent, tu ne te contrôles pas … Intéressant ».
Asturias se retourna et se mit en garde en devinant les traits d’un nouvel adversaire à l’armure écarlate et sombre. Son regard resta figé sur les multiples visages mortuaires qui recouvraient l’ensemble de cette armure par ailleurs entièrement hérissée de pics argentés en chacune de ses extrémités. Sa voix ne cacha pas sa peur naissante.
« Qui es-tu donc ?
- Je suis Spritgoth, Poing Noir de l’Anéantissement. Le combat a pris une tournure plus difficile depuis l’arrivée des Guerriers de ta caste, mon seigneur m’a donc demandé de rétablir l’équilibre. C’est une joie de te croiser enfin, Dagorlad. Ta famille s’oppose à nous depuis des temps immémoriaux, barrant l’accès de la Marche Sombre. Ce temps est à présent révolu, l’Indicible a finalement achevé les tiens avant que nous puissions nous en occuper, ce que je déplore d’ailleurs, ton père devait être aussi valeureux que vos ancêtres. J’ai manqué un beau duel.
- Que racontes-tu, chien. Je vais t’envoyer en enfer ! LIMBES D’ARACHNE », hurla rageusement Asturias.
Spritgoth se contenta de sourire. Il regarda avec amusement les lettres d’argent se matérialiser en scintillant sur les avant-bras de son adversaire. Asturias semblait parfaitement maîtriser son attaque et ce qui allait suivre. Il avait déjà vaincu ainsi un Avatar de l’Indicible, son assurance était totale, il allait une nouvelle fois démontrer sa supériorité … Ce nouveau sentiment l’emportait dans un tourbillon d’excitation, Asturias était devenu un autre homme et commençait à s’en apercevoir. Spritgoth commença à marcher vers le Guerrier Sacré sans, semblait-il, accorder la moindre attention aux éclairs de Kosmos qui, irradiant le sol et son Armure, annonçaient l’imminence de l’attaque. Le Poing Noir s’immobilisa pour se préparer à ce qui allait suivre.
« Dagorlad, ta famille s’oppose à nous depuis si longtemps. C’est avec joie que je vais en finir avec son dernier représentant, dit-il d’une voix sereine. J’ai presque de la peine, je veux jouir pleinement de chacune de ces secondes.
- Tu racontes n’importe quoi, maudit ! Tu trembles en vérité devant la justice de la sentence d’Athéna !
- Trembler ? Mais pourquoi trembler ? Ton attaque sera inefficace, car je t’aurai frappé avant même que tu ne passes à l’offensive. Je connais la source de ton pouvoir, ton Kosmos. Je m’y suis éveillé, comme certains de mes compagnons. Les Olympiens sont bien présomptueux de croire détenir toutes les vérités, ils ont trop facilement occulté le fait que mon Maître soit devenu une divinité … bien avant Cronos qu’ils ont tant craint ! Tu ne comprends même pas le début du commencement d’une once de ce pouvoir. Tu ne sais rien. Tu es faible. Ton esprit s’encombre de questions. Les visages emprisonnés dans mon armure t’appellent, tu redoutes la mort. Tu tues, mais tu te détestes lorsque tu le fais. Tu ne connais même pas le fond de ton âme et tu espères pouvoir te mesurer à moi ? Laisse-moi rire ! Tu as terrassé Tirtogal et Tregal, deux simples prêtres qui ne représentaient rien. Je vais te faire ravaler ta morgue naissante et te donner une raison de douter !!! Que les Âmes défuntes posent leurs regards sur ton âme ! »

Les bras du Poing Noir exécutèrent une série de mouvements complexes. Lorsqu’il eut fini cette parade, il se mit à léviter au-dessus du sol et les visages de son armure prirent vie. Peu à peu, ces derniers se détachèrent et se mirent à tournoyer autour d’Asturias dans un sinistre hurlement de mort. Asturias ne put bientôt plus suivre leurs mouvements ; l’air fut bientôt rempli de plaintes et d’arcs coruscants qui se jouaient de l’Armure d’Arachné et pénétraient les chairs du Dalmate.
« Comment ? Mais c’est impossible ! Aucune force au monde ne peut se jouer ainsi d’une Armure Sacrée, c’est impossible, répéta-t-il affolé.
- On t’a menti, rétorqua Spritgoth en avançant. Ton Armure n’est qu’une protection matérielle, ton pouvoir est encore trop peu élaboré pour être capable de réveiller le pouvoir que ta déesse n’a pas manqué d’insérer dans ta protection sacrée. J’ai presque envie de te laisser partir, cela te permettrai de revenir me rencontrer quand tu serais prêt. Mais ce serait te manquer de respect et tu vas mourir ici, jeune et incompris. Personne ne se souviendra de tes hauts faits, car tu n’auras rien accompli dans ta vie, Dagorlad. Ici s’éteint la flamme des Gardiens de Dalmatie.
- Ne crie pas victoire trop tôt ! Je vais te montrer que je suis capable des plus grands exploits, au nom de ma déesse, tu …
- Tais-toi, coupa le Poing Noir. J’en ai assez de supporter les errements grotesques de ton âme, je n’entends même plus les cris et les râles des mourants, je rate tout le spectacle. Meurs ! »
Asturias n’eut pas le temps de riposter ou de se protéger. Les visages de mort qui le martyrisaient se regroupèrent pour ne former qu’un spectre terrifiant qui pénétra le Dalmate par ses yeux épouvantés. Dans un hurlement d’horreur et de douleur, le Guerrier Sacré se mit à genoux, se prenant la tête à deux mains. Puis, il s’effondra en avant, se mettant à ramper lamentablement tout en poussant des cris d’effroi.
« Où crois-tu aller ? demanda dédaigneusement Spritgoth, matérialisant une lance dans sa main droite.
- Non ! » hurla Frank qui arrivait en courant à la rescousse de son compagnon.
Spritgoth ne fit pas attention à cette tentative désespérée et transperça de part en part le Dalmate, le soulevant dans un geste irréel pour le propulser contre les restes d’une colonne qui s’effondra sur lui sous l’impact. Le corps désarticulé d’Asturias gisait ainsi, sous les étoiles qui peu à peu disparaissaient. Le Poing Noir, tout à sa joie, ne put éviter l’assaut de Frank :
« PROJECTION DE MARBRE SACRE ! »
Frank venait de former entre ses mains ouvertes une colonne de pierre blanche, qui s’élevait à deux hauteurs d’homme. Cette dernière disparut soudain pour réapparaître autour de Spritgoth qui s’éleva dans les airs. Surpris et abruti sous les impacts acérés de marbre, il disparut par-delà les murs ensanglantés du Sanctuaire. Frank ne perdit pas un instant et se jeta sur son compagnon.
« Asturias, ne meurs pas, pas maintenant. Nous avons encore tant de choses à accomplir. Vis, vis pour nous, vis pour toi, pour la mémoire des tiens ! »
Ses sanglots se perdirent dans les derniers tumultes des combats voisins.

A quelques mètres de là, un soldat d’Athéna qui attendait le coup de grâce se tenait recroquevillé aux pieds d’un Mercenaire de Phlégyas : ce dernier eut la poitrine fracassée lorsque les éclats de Kosmos de Frank le percutèrent. Se retournant en un battement de cil, le Guerrier du Lézard détourna l’estoc du dernier des Mercenaires encore en vie, et dont il sectionna le bras avec un féroce rugissement. Aussitôt Frank, qui portait Asturias par-dessus une épaule, se porta au secours de son camarade, qu’il releva de sa main libre :
« Debout, mon ami ! Debout, avant que d’autres n’arrivent! fit-il de sa voix réconfortante.
- On ne tiendra pas ! Il en vient de toutes parts ! Nous devons nous replier dans l’acropole, Maître Frank ! gémit l’autre, un jeune soldat, et qui semblait à présent en proie à une irrépressible hystérie. Nous devons nous replier !
- Pas question de fuir ! répliqua Frank, qui, de colère, asséna une gifle à son interlocuteur. Il n’y a aucune voie de repli : le sort du Sanctuaire et d’Athéna dépend de nous !
- Impossible ! On va tous y … » 

La phrase du soldat s’acheva dans un bref gargouillis, tandis qu’une main passait au travers de sa gorge ; et Frank, son propre visage désormais couvert de sang, laissa Asturias gisant sur le sol et bondit furieusement sur son adversaire. Deux haches noires sorties de nulle part s’abattirent simultanément sur le Guerrier Sacré, dont l’Armure lui sauva la vie. Sonné, Frank se releva pour repasser à l’attaque.
« Limgoth, Poing Noir du Massacre. J’aime savoir qui je vais tuer, qui es-tu ?
- Tu es bien sur de toi. Tu ne me surprendras pas deux fois. Je suis Frank du Lézard, je vais …
- Il est à moi, s’interposa Shiro, sors Asturias d’ici, il perd tout son sang ».

Le Guerrier d’Orion venait de sortir du tumulte des combats voisins. Accompagné de Keraunos de Céphée, Shiro venait d’en finir avec les derniers Guerriers Sombres. Lorsqu’il reconnut Limgoth, qu’il avait croisé le jour précédent dans les marais, jouant de ses pouvoirs pour arracher la vie à quelques malheureux réfugiés, il était entré dans une rage irrationnelle. Les actes de Limgoth l’avaient révulsé. Pire, il avait eut, pour la première fois, peur. C’était cette peur qu’il décidait en cet instant de combattre.
« A ta guise, Shiro. Méfie-toi, il est rapide et...
- Il est déjà mort. Occupe-toi des Mercenaires de Phlégyas qui accablent Leineides. Il est blessé. Mâa a craqué et n’est pas en mesure de se battre. Hâte-toi.
- Bien », souffla Frank.
Le Guerrier du Lézard disparut dans les volutes de fumée ocre. Shiro se mit en position de combat, les yeux fermés. Limgoth se prépara avec délectation à la confrontation.
« Le Kosmos que vous utilisez est une puissante magie. Elle n’est cependant pas de taille face à moi. J’ai déjà ôté la vie de Galandros d’Héraklès il y a quelques minutes. Pourquoi désires-tu mourir de ma main ?
- Je vais venger ceux que tu as tués dans les marais et Galandros qui était un Guerrier honorable et bon. Je n’ai pas l’intention de te laisser la moindre chance : PLUIE CELESTE ! »
Shiro leva ses cinq doigts vers le ciel sans jeter le moindre regard à son adversaire. Son attaque avait déjà imprimé ses lettres d’argent sur ses avant-bras, il était prêt à déchaîner la colère du ciel. Limgoth ne sut pas quand Shiro passa à l’attaque : cinq traits de lumières foncèrent vers le ciel, explosant en une multitude d’éclats incandescents. Alors que la nuit achevait son cycle, la voûte céleste vit ses étoiles disparaître dans un magma écarlate et brûlant, rendant l’incendie qui ravageait le Sanctuaire ridicule. Une, dix, cinquante, puis des milliers de boules incandescentes s’abattirent et pulvérisèrent Limgoth sous les yeux effarés de Phlégyas qui, du haut de la muraille, faisait face à Philomène du Cocher.
Limgoth fut littéralement volatilisé sous la violence du choc ; atterré, Phlégyas se tourna vers le camp de son Maître.
« Oh Arès, je sais que tu m’entends. Le sort des armes se retourne contre nous, ces Guerriers sont redoutables, je t’en conjure, jette toutes nos forces dans la bataille !
- Tu as peur. Arès ne pourra rien pour toi. Moi, Philomène du Cocher, je vais en finir avec toi ! »
Phlégyas se mit en garde. Son visage, dont les traits étaient tirés à l’extrême par la fatigue, brillait d’une lueur de sauvagerie à peine contenue. En contrebas, Frank aidait Keraunos de Céphée à venir à bout des dernières troupes sombres. Le massacre de ses compagnons attisait davantage sa haine. Il laissa tomber ses armes dorées et se jeta, poings en avant, sur le Guerrier du Cocher. Le choc fut terrible. Les Kosmos s’entremêlèrent. Philomène était un Guerrier redoutable, dont la force était largement reconnue par ses pairs. Il comprit rapidement que Phlégyas n’avait rien à lui envier, ce n’était plus le même Berserker qui avait failli mourir face à Glokos sur les rives de l’Axios. Le Guerrier du Cocher ne ressentit pas tout de suite la douleur, une expression de stupéfaction se dessinant brièvement sur son visage ; le Berserker avait enfoncé ses doigts dans l’orbite de son ennemi, ses ongles saillants crevant l’œil de Philomène avec un léger bruit de succion. Un violent coup de pied s’en suivit, fracassant le nez du malheureux qui, déjà, se tenait docilement à genoux dans l’attente de sa mort.
« Debout ! » asséna le Berserker, ivre de rage.
Machinalement, au bord de l’évanouissement, le Cocher se releva et se mit en garde. A nouveau, Phlégyas trouva une faille dans la garde de son ennemi : un revers féroce de sa main taillada le flanc du Cocher, que son Armure Sacrée ne suffit pas à protéger ; d’un de ses bras valides, il bloqua l’arme que le Berserker venait de faire apparaître au-dessus de sa tête, avant de déclencher son courroux dans une ultime pulsion de Kosmos.
« DISQUES ECLATANTS » hurla-t-il à perdre haleine. Ivre de fatigue et de haine, le Cocher se mit à tournoyer au ralenti autour de Phlégyas, multipliant les jets de disques acérés ; chacun de ses coups ne trouva que le vide. Finalement une lance immatérielle le frappa à l’estomac, lui arrachant un bref cri de douleur. Une pluie de coups, inlassable, s’abattit bientôt sur la forme recroquevillée du Guerrier Sacré. Oublieux de la douleur et de la peine, il esquissa un sourire sanglant, voyant Frank se porter à son secours. Il était trop tard. La vie le quittait.

A une centaine de pas de là, un autre duel touchait à son terme. Brasidas du Grand Chien, en sang, s’apprêtait à lancer ses dernières forces dans la bataille tandis que son adversaire, Fragoth, Poing Noir de la Guerre, se relevait péniblement des décombres qui s’étaient abattus sur lui lors de sa chute. L’atmosphère était à présent chargée d’électricité, et soudain les restes du Sanctuaire tout entier parurent voler en éclats : les dernières colonnes encore debout se disloquèrent dans un formidable tumulte, tandis qu’une incroyable créature, surgie des abysses martiaux du Maître des Tumultes, haute de vingt coudées au moins, s’élevait du sol sous les incantations de Fragoth ; des dizaines de corps furent engloutis par la terre, tandis que bien d’autres encore, dont ceux de Galandros et de Limgoth, étaient broyés par les montagnes de débris que brassait l’épouvantable déferlement. Un chœur de hurlements terrifiés s’éleva pour aussitôt se taire, le vacarme engendré par la créature recouvrait tout ; et finalement, seule à l’épicentre du chaos, la silhouette massive du Golem émergea de l’épaisse brume. Le monstre était une sorte de géant à deux têtes, constitué de pierre et de terre. On distinguait par endroits les impacts d’anciens combats, ainsi que ce qui semblait être les crânes blanchis d’anciennes victimes, incrustés tel des ornements macabres sur le torse de la créature. Deux poings titanesques s’abattirent de concert sur Brasidas. Fragoth exultait en ululements féroces, s’abandonnant à l’ivresse sauvage du carnage. Même Arès jouissait comme jamais, sous le regard impassible du Maître des Tumultes.
« Ce Géant va tout détruire, les Guerriers Sacrés sont finis ! Ah !! Tes Poings Noirs sont pleins de ressources !
- Ne te réjouis pas trop vite, le Guerrier Sacré vit encore … », murmura Caturix.
Le Golem progressait rapidement à l’intérieur des décombres fumants, avalant une demi-douzaine de mètres à chacun de ses pas ; et partout où il se trouvait, le courage des derniers défenseurs semblait les abandonner : beaucoup restaient comme paralysés par la terreur et l’impuissance, incapables de réagir à l’imminence de leur propre mort. Les Guerriers d’Argent convergeaient vers la porte de l’acropole pour stopper la créature, Frank laissant Phlégyas à moitié sonné sous ses coups de butoir, lorsque le temps s’arrêta.

Fragoth ne vit rien venir. Il se débattit dans tous les sens sans effet. Brasidas, qu’il pensait mort, se tenait derrière lui, solidement agrippé de ses bras endoloris. Personne ne sut ce qu’il dit à son ennemi avant de déclencher l’ire suprême de son Kosmos et de filer avec lui vers les étoiles. Seule Athéna entendit son ultime prière. Le Golem explosa lorsque les deux adversaires disparurent dans la voûte céleste, retombant en milliers de morceaux, venant se rajouter au chaos ambiant. La bataille touchait à sa fin, les derniers combattants s’apprêtaient à livrer l’ultime assaut …

***

Le regard d’Athéna brilla de détermination et d’une pointe de colère divine qui contrastait avec son calme habituel.
« Il est temps que j’intervienne »
Les mots de la déesse venaient enfin de briser le silence. Elle avait assisté à l’ensemble de la bataille depuis la Salle des Etoiles, accompagnée par le Grand Prêtre. Ce dernier, drapé dans une chlamyde or et rouge, ne laissait transparaître aucune émotion derrière son masque d’airain. Sans doute souffrait-il de voir ses Guerriers Sacrés être blessés ou pire, mourir les uns après les autres. Sans doute, les émotions se bousculaient dans son esprit. Un pas en retrait de la déesse, il se taisait. De toute façon, cette dernière pouvait lire à livre ouvert dans son esprit, il était inutile de faire part de son inquiétude.

Le Kosmos d’Athéna s'accrut, ses yeux s’écarquillèrent, leur couleur sombre laissant penser à deux trous noirs qui allaient emporter cette bataille, ces combattants, la Grèce tout entière. D’un pas décidé, elle sortit sur le balcon et brandit sa lance vers le ciel rougi des flammes de son Sanctuaire.
« La voilà enfin qui sort de sa réserve.
- Elle va attaquer, mon ami, grogna avidement Arès. Nous allons devoir engager le combat à notre tour sinon elle en aura vite fini avec tes Poings Noirs et mes Berserkers. La bataille va enfin commencer !
- Inutile. Tu vas rappeler ceux qui sont encore en vie. Nous partons. Nous avons gagné ».

Arès parut tout d’abord surpris. S’il n’avait pas été terrassé par le regard du Maître des Tumultes, il aurait certainement insulté son interlocuteur. Mais comment penser une seconde pouvoir insulter ce dieu que même Zeus, son père tout puissant, redoutait. Il se contenta de montrer son étonnement en maîtrisant le son de sa voix, choisissant pour une fois chacun de ses mots.

« Si je puis me permettre, nous avons l’avantage. Athéna mérite une belle fessée ! Nous pouvons en finir avec son ordre de Guerriers Sacrés, avec son Sanctuaire mielleux, nous pouvons la renvoyer chez son père adoré !
- Nous ne sommes pas venus en finir avec ta sœur.
- Mais cette attaque ? Nous avons quasiment anéanti le Sanctuaire, que racontes-tu ? Aurais-tu peur de perdre alors que la victoire totale nous tend les bras ?
- Ton père, en enfermant son propre père et les Titans dans le Tartare a prouvé sa valeur. Il interviendrait à coup sûr pour sauver sa fille préférée, le combat serait terrible. Je gagnerai, mais l’équilibre serait rompu, je perdrai aussi beaucoup trop de troupes ».
Arès dévisagea l’ancienne divinité. Il le redoutait. En cet instant où lui-même était gonflé du désir de se battre, désir mû par sa passion insondable pour la bataille, il admirait sa lucidité, sa clairvoyance. Oui, en cet instant, Arès admira le Maître des Tumultes ; ce moment resta à jamais gravé dans sa mémoire. D’un air assuré, Caturix fit signe à Tarekgal, son ultime Astre Noir, de rappeler les derniers combattants qui affrontaient les Guerriers Sacrés dans une chorégraphie mortelle.
« Je mûris ce plan depuis longtemps, Arès. Nous voulons dominer le monde, le placer sous le joug salvateur de la guerre, loi universelle qui permet d’éliminer les faibles. Pour cela, j’aurais besoin d’adversaires perpétuels dignes de moi. Ta famille, celle d’Enlil, celle d’Egypte … vous êtes des dieux jeunes, très jeune pour toi, vous méritez de connaître ce monde. Il est des forces obscures, terriblement dangereuses, qui aspirent à notre fin, que nous devons éliminer : Allani-Ettitu était de celles-là, elle préparait depuis des ères lointaines une obscure vengeance qui aurait mené le monde au chaos originel. Elle a à présent disparu dans les entrailles d’Asgard. Soleil Noir est un autre de ces dangers ; le plus grand sans doute. Celui que les Mortels nomment « Indicible » désire se débarrasser de tous les dieux, de nous tous, Arès. Il connaît une magie qui pourrait bien y parvenir, nous devons nous en débarrasser. Je te promets une guerre cruelle et terrible comme tu les affectionnes, mais pas contre Athéna. Ta jeune sœur lutte pour le pouvoir avec son Ordre de Guerriers Sacrés. Ils se battent bien, ils font partie de l’Equilibre des Combats. Comme elle menaçait nos bases arrières du fait de sa volonté de se mêler de tous les combats, j’ai décidé d’attaquer son sanctuaire. Regarde le résultat : il est sans appel. Dorénavant, elle ne sera plus un obstacle. Elle aura assez à faire avec le courroux d’Enlil et les troubles d’Egypte seront suffisants pour épancher sa soif de justice. Nous aurons les mains libres pour nettoyer l’Occident des sbires de Soleil Noir. Eluontios y mène déjà une difficile campagne avec sa Horde, il aura besoin de nous. Oui, tu auras tes combats.
- Donc nous laissons Athéna, grommela Arès. A ta convenance, j’aurais ma revanche plus tard. J’espère que ton Ahrîma vaut le coup.
- J’espère que tu sais vraiment te battre, Arès », cingla Caturix en se tournant vers le fougueux guerrier.
Le Maître des Tumultes marqua une pause. D’une voix à peine audible, il conclut :
« Oui, j’espère vraiment que tu sais te battre. Ahrîma attend son heure depuis une éternité. Son esprit, ses maléfices, tous ses sens, ses connaissances ont été tendues vers cet instant : la confrontation finale ! »

Un pli soucieux barrait le front du Seigneur de la Guerre Eternelle, rendant son divin visage plus humain. Son regard se perdait dans l’horizon embrumé où le soleil s’apprêtait reprendre sa course éclatante. Il possédait une détermination inquiétante. En cet instant, ses pensées étaient emplies des images d’Ahrîma, qu’il se rappelait avoir croisé deux fois par le passé. Un intolérable souvenir, dont il portait encore les marques dans ses chairs …



« C’est après la guerre que l’on pleure les morts »



Yolos baissa les yeux sur les morts, ou de ce qu’il en restait. Ils avaient été rassemblés dans une grande pièce du palais creusé au cœur de l’acropole du Sanctuaire. Ariarathe d’Andromède, Aratos du Cygne, Kleinias de l’Espadon, Galandros d’Héraklès … Brasidas du Grand Chien qui s’était suicidé, emportant dans un tumulte indescriptible son adversaire … Même Philomène du Cocher, l’ami de tous, n’avait pas survécu. Une seule bataille avait réussi à décimer les meilleurs défenseurs du Sanctuaire, sans compter les valeureux soldats qui avaient disparus dans ce maelstrom terrifiant. Et dire que l’Ordre Noir n’avait pas attaqué avec toutes ses forces ! Que se passerait-il s’ils revenaient ?
« Ils ne reviendront pas, pas tout de suite du moins, Yolos ».
Le Guerrier du Triangle se retourna et prit Kamènes dans ses bras. Le plus ancien des Guerriers Sacrés avait rejoint le Sanctuaire en ce lendemain de bataille funeste. Le vieil homme prit son ami par les épaules. Yolos portait toujours son Armure, maculée de sang.
« Tu devrais aller te reposer. Glokos, Pyrrhos et Calliclès sont formels : ils font route avec leur armée vers le nord.
- Ils rentrent en Dalmatie ?
- Peu probable. Ludoxandros pense qu’ils rejoignent les Terres Occidentales, où les attendent d’autres troupes. Le Maître des Tumultes et Arès vont tourner leur courroux vers l’Indicible. Ils vont reprendre un combat qui a commencé bien avant la naissance d’Athéna.
- Alors ils sont simplement venus assurer leurs arrières …
- Oui.
- Nous avons été pulvérisés, Kamènes. Regarde autour de toi.
Yolos conduisit son compagnon vers une fenêtre.
- Regarde : il ne reste presque plus rien. Les temples, les murailles, les habitations des pauvres innocents qui se pensaient à l’abri. Il ne reste plus rien ! Et je ne parle pas de nos troupes : Cassios, le chef de la Garde du Sanctuaire, peut à peine compter sur une vingtaine de soldats valides. Quant à nous Guerriers Sacrés, ce n’est pas mieux. Nous avons perdu des hommes de valeur.
- Il en reste. Pense aux Elus.
- Une partie d’entre eux est en Germanie avec nos alliés d’Asgard, à la poursuite de la Horde. Qui sait combien rentreront ? Macubex est quelque part à la recherche des Guerriers Noirs. Seth du Phénix, Harald du Bouclier, Darkhan du Dragon et Pallas de la Croix du Sud pourchassent Gygès. Personne ne sait quand ils seront là, encore moins dans quel état. Quant à ceux qui sont restés, ils sont durement éprouvés. Asturias est dans un sale état, Mâa ne s’est même pas battu … Restent Shiro et Frank, c’est peu malgré leur courage.
- Tu peux compter sur Frank, c’est un brave gars. Je voulais justement te voir à propos de notre faiblesse : nous devons former de nouveaux Guerriers Sacrés.
- Nous n’avons pas le temps, il faut des années.
- Raison de plus pour commencer au plus tôt.
Kamènes secoua vigoureusement son compagnon.
- Reprends-toi Yolos ! Allez, viens avec moi. Ils ont besoin d’aide pour soigner les blessés ».
Le Guerrier du Triangle hocha la tête et, conduit par Kamènes, descendit dans l’espace réservé aux blessés. Yolos entreprit de les examiner avec son ami. Il examina un jeune soldat qui s’efforçait de respirer malgré le sang qui emplissait sa bouche, et lâcha un grognement sinistre. Le torse du malheureux était déchiqueté et on voyait ses côtes pointer sous la chair en lambeaux. Yolos apposa ses mains sur les blessures et diffusa des ondes de son Kosmos. Autour de lui des femmes et des hommes s’affairaient autour des autres blessés, sans se plaindre et trouvant les mots justes pour réconforter les victimes. Alors, il reprit espoir.

***

Les mots de Ludoxandros, durs, résonnaient encore dans l’esprit affecté de Mâa. « C’est après la guerre que l’on pleure les morts ». Après la guerre ? Dans combien de temps ? Combien faudrait-il encore de morts ? A aucun moment le Guerrier du Lotus n’avait été en mesure de lutter convenablement. Ce n’était pas une technique défaillante, une question de faiblesse physique. Non. Mâa ne voulait pas lutter, il ne voulait pas se souiller, participer à ce massacre. Le Sanctuaire était pourtant réduit en cendres, les morts jonchaient le sol des moindres temples, rien, exceptée l’acropole, avait été épargné. Même Asturias avait été terrassé et n’avait dû sa vie qu’au courage de Frank. Asturias, qui passait pour être le meilleur d’entre tous les anciens Elus … Que se passait-il ? Alors qu’il errait sans but au milieu des décombres, l’Egyptien fut tiré de ses sombres pensées par une voix familière.
« Mâa, enfin nous te trouvons. Il faut que tu viennes avec nous !
- Frank, Shiro, mes amis couverts de gloire, en quoi pourrais-je vous être utile moi, Mâa du Lotus, incapable de trouver la Voie que je pensais acquise. Je ne peux affronter cette violence je …
- Cesse de t’apitoyer sur ton sort ou celui des morts, Mâa, c’est après …
- … la guerre que l’on pleure les morts, oui, merci Shiro, je sais. Ludoxandros me l’a déjà dit, répliqua Mâa les larmes aux yeux. Ludoxandros, grand Guerrier Sacré bien caché dans l’acropole tout au long de la bataille ! »
Le vent emporta ses dernières paroles aux accents d’une colère inhabituelle chez l’Egyptien. Mâa s'écarta d'un pas ou deux. Il croisa les bras. Il ferma les yeux. Shiro se rapprocha et posa sa main sur son épaule.
« Ludoxandros avait pour mission de veiller sur l’acropole où se trouvait Athéna et les enfants qui nous aiderons à reconstruire le Sanctuaire, ne sois pas trop dur avec lui. Je suis certain qu’il brûlait d’envie de venir nous porter main forte et puis, après tout, Caturix et Arès s’en sont allés.
- Shiro a raison : je suis certain que Ludoxandros aurait aimé se battre à nos côtés.
- Mais il ne l’a pas fait, cingla Mâa. De toute façon je n’ai pas confiance en lui. Il ne respecte rien ni personne. Il traite Yolos de la pire des façons, nous prend pour des moins que rien alors qu’il ne nous a jamais rien prouvé !
- Tes paroles dépassent tes pensées mon ami ».
Frank redressa la tête et prit une grande inspiration.
« Je sais des choses, commença-t-il. Lors de ma formation mon Maître Kamènes m’a souvent parlé du passé. Parfois, lorsque la boisson prenait possession de ses sens et qu’il se laissait aller, il en disait un peu plus qu’il n’aurait dû le faire. C’est ainsi qu’il m’a narré la vie de Ludoxandros. Laissez-moi vous montrer que ce personnage n’est pas celui que tu crois, Mâa ».
Frank jeta un coup d’œil alentours afin de vérifier que personne ne les épiait.
« Voilà ce que je sais. Ludoxandros est arrivé quelques temps après Yolos et les premiers Guerriers Sacrés, en compagnie de Krateros. A l’époque ils étaient tous des Ephèbes, comme nous l’avons été. C’était un être déterminé, énergique, un modèle pour ses compagnons. Il n’était pas spécialement fort mais avait une science du duel hors du commun. Il savait exploiter les failles de ses adversaires, attendre, accélérer au bon moment. Comme il était l’un des meilleurs, il se porta volontaire pour rejoindre un pays de Glace très rude où l’attendait un Maître un peu spécial. C’était une femme, une divinité ralliée à Athéna, Borée. Elle forma Ludoxandros dans les arts du froid éternel et en fit le Guerrier des Glaces que nous connaissons : déterminé, froid, sans cœur. C’est du moins ce qu’il laissait apparaître. En réalité, sa formation l’a profondément bouleversé. Il s’est épris de son Maître et Borée en fit son compagnon. Ivre de rage, Athéna poussa Ludoxandros à tuer celle qu’il aimait tant. Ceci se passa lors de son épreuve finale : Ludoxandros affronta un génie qu’il terrassa en maîtrisant des savoirs inconnus. En fait, Athéna s’était emparé de son esprit et l’avait poussé, sans qu’il le sache, à tuer Borée. Lorsque l’Armure de Borée le recouvrit, il comprit son acte et désira mourir. Il maudit Athéna de l’avoir trompé. Notre déesse lui apparut alors et lui infligea les pires souffrances. Elle lui accorda le droit de voir Borée une fois par an, aux portes de la Mort, dans un endroit tenu secret. En échange, Ludoxandros jura de servir Athéna de toutes ses forces et devint le serviteur le plus redouté de notre déesse. Il utilisa la glace de Borée comme d’une protection, son cœur se figea pour l’éternité, jusqu’au moment où il pourrait rejoindre sa douce. Car ainsi était son vœux : acquérir la puissance suffisante pour la rejoindre dans l’au-delà et ne plus être séparé de celle qu’il avait arraché à la vie.
- Mais il n’a pu tuer une déesse !
- Kamènes m’a laissé entendre, en effet Mâa, que c’est Athéna qui l’a guidé vers un seuil de connaissance capable de tuer les dieux les plus faibles.
- Si cette histoire est exacte, nous devons reconnaître que nous ne connaissons ni Ludoxandros, ni Athéna. En tout cas cela conforterait le fait que le Maître de Crystal soit l’un des plus proches de notre déesse, et expliquerait qu’il déteste autant les dieux, conclut Shiro accablé.
- Est-ce là l’exemple d‘une déesse qui veut protéger les Hommes ? »
Mâa, affligé redressa la tête, son regard vacilla, émergeant de son profond abattement. Après quelques minutes de silence, il s'attarda un instant sur Shiro.
« Rien n’a de sens. Pas plus l’attitude d’Athéna envers Ludoxandros que le départ bien opportun de l’Ordre Noir ; ils avaient la victoire au bout de leurs lances. Tous ces morts, pour rien ! Même pas pour une victoire décisive, cela n’a pas de sens ! martela-t-il l’Egyptien.
- Ne cherche pas à comprendre les dieux, c’est inutile ; Nous sommes là pour les servir. Athéna est le meilleur rempart à toute cette folie, j’en suis convaincu ».
Mâa fixa Shiro. Le Guerrier d’Orion avait prouvé sa valeur au combat et dégageait une assurance nouvelle, emprunte de force et de sérénité. Il poursuivit avec la force de conviction de celui qui a trouvé le sens de son engagement.
« Les dieux ont des objectifs qui nous dépassent. Athéna désire que nous défendions les Hommes, sa Justice. Caturix et Arès sont venus délivrer un message : « Nous sommes bien trop puissants pour vous, laissez-nous ». Je crois que nous l’avons tous compris. Mâa, nous avons besoin de toi. Yolos a fait parvenir une missive de l’acropole, signée de la main de la plus haute autorité, le conseiller spécial de notre Déesse. Nous abandonnons, pour le moment, la Dalmatie et l’Occident. Nous devons nous concentrer sur la reconstruction du Sanctuaire et sur la formation de nouveaux Guerriers Sacrés. Nous quatre, avec ceux qui sont en mission seront les seuls à quitter le Sanctuaire. Yolos a envoyé un messager aux autres pour les prévenir de la situation. Nous espérons que le groupe de Seth mettra bientôt la main sur Gygès : c’est certainement lui qui a permis cette attaque surprise en dévoilant les secrets de nos défenses. Tu vas nous guider en Egypte, Mâa. Nous devons découvrir ce que sait le mystérieux Yôô d’Hââ ; peut-être, c’est l’avis d’Asturias et j’y souscris, que nous pourrions apprendre de lui des secrets autour des dieux revenus des entrailles de la Terre, tels Caturix, qui nous permettraient de mieux les combattre.
- Mâa, je sais que tu doutes, mais nous aussi, crois-moi ! Nous ne pouvons rien tenter contre Arès et le maître des Tumultes, seuls. Nous aurons besoin du concours de mon frère et de nos alliés d’Asgard. Ensemble, nous réussirons mon ami », assura Frank plein de compassion à l’égard de son compagnon.

Un moment passa, bercé par le souffle léger de la brise matinale en provenance de l’Egée. Shiro s’adressa finalement à Mâa ; il le regarda droit dans les yeux, relevant fermement son menton.
« Tu n’as pas le droit de douter de toi. Nous avons été choisis par les dieux, par Athéna. Nous devons nous servir de cet honneur pour sauver ce qui peut encore l’être. Nous avons besoin de toi. Athéna a besoin de toi.
- Oui, souffla le Guerrier du Lotus d’une voix à peine audible. Je viendrais parce que je crois en la Justice, parce que je crois que nous pouvons poser les bases d’un monde nouveau sur les ruines de cette folie. Nous irons en Egypte. Nous trouverons la clé qui nous manque pour comprendre, nous trouverons ce Yôô d’Hââ. Ces crimes ne resteront pas impunis. Ensemble, nous pourrons dépasser ces funestes instants pour construire un avenir meilleur, ce monde le mérite », conclut-il en suivant du regard le vol d’un papillon jaune qui tournoyait autour d’une fleur miraculeusement épargnée par le tumulte des combats. Cette vie fragile semblait lui redonner espoir.
Shiro pensa un instant fugace à Mérope. Il l’aimait plus que tout. Il avait failli la perdre lorsque Chios avait été ravagée par ces monstres surgis de nulle part. Il l’avait crue à l’abri au Sanctuaire, à présent en ruine. En guise de rempart, il savait qu’il était le seul sur lequel il pouvait compter, avec l’aide de ses amis.
« C’est cela, ensemble, conclut Shiro, le regard plus déterminé que jamais.
- J’espère qu’Asturias se remettra de ses blessures et qu’il sera des nôtres. Il est encore faible et, même s’il a repris connaissance, il ne parle plus. Il semble avoir changé, ce n’est plus le même.
- Nous avons tous changé, Frank, tous. Nous avons commis l’erreur de croire que nous pourrions survivre à l’épreuve d’Astragoth et des Enfers sans en subir les conséquences. En réalité, nous ne sommes que des hommes. Le chaos qui s’est étendu sur le monde ne pouvait que nous affecter, nous changer. Nous devons faire avec et partir de l’avant. C’est le destin qui a été choisi pour nous ».

Les dernières fumées avaient été chassées par le vent matinal. Le soleil montait lentement derrière les Montagnes Sacrées. Le Sanctuaire avait été durement touché. Mais Athéna le savait, en regardant du haut de l’acropole les trois Guerriers Sacrés, tout ne faisait que commencer.

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