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Cette fiche vous est proposée par : Aqualudo


Les ages mythologiques

Dans l’épisode précédent …

Résolus à retrouver suivre la trace du Serviteur du Maître des Tumultes dans les entrailles du Col des Tempêtes, les compagnons se lancent dans un périple dont ils n’avaient pas mesuré tous les dangers. C’est à l’approche des terribles montagnes, où les légendes disent que naissent les tempêtes balayant Asgard, qu’Yshba fait son retour et sauve ses amis d’un piège tendu par un Guerrier Noir. Poursuivant leur périple, les Elus s’enfoncent petit à petit dans un monde angoissant où ils perdent peu à peu toute notion du temps. C’est là qu’ils retrouvent la piste du Serviteur de Caturix, Hergoth, Poing Noir des Conflits qui périt sous les coups de Macubex et de Seth après un combat terrible. Les compagnons ne sont cependant pas au bout de leurs surprises ; Fils de Fjalar et dédale sans fin usent leurs nerfs, jours après jours. Finalement, alors qu’ils pensent retrouver enfin la trace d’Allani-Ettitu, c’est l’Avatar de l’Indicible qu’ils doivent affronter. Asturias, dans un accès de rage destructrice, parvient à en venir à bout mais y laisse une partie de son âme. Quant à l’inquiétante déesse-Araignée, c’est une Porte de Crystal qui scelle provisoirement le mystère qui l’entoure. De retour à Troudheim, les Elus décident de se séparer à nouveau afin de mieux affronter les dangers qui se multiplient. Alors que les serviteurs d’Odin se voient confier la tâche d’en finir avec Kragden et de faire face à la Horde d’Eluontios avec l’aide de quelques Guerriers Sacrés menés par Artholos, Yolos conduit ses anciens Ephèbes au Sanctuaire sur les traces du mystérieux Yôô d’Hââ …



Chapitre III – Une mission obscure

***

La Voix du bosquet

« Nous vivons une époque tourmentée. Le monde est ravagé par la guerre, une guerre épouvantable et sans fin. Des Dieux sombres et destructeurs règnent à nouveau, défiant la race dégénérée des vainqueurs de l’Âge d’Or. La haine pousse les peuples à s’entredéchirer en des massacres que le Monde n’a jamais connus. Des ruisseaux de sang se répandent sur la terre et la mer et le chaos s’étend sur un monde de Ténèbres. C’est alors que se sont levés les Elus. Ils ont suivi la voie des étoiles. Dans les lumières étincelantes de la voûte céleste, tu a vu, à ton tour, les Signes apparaître et murmurer à tes oreilles. Pendant ces années, tu as voyagé avec eux sur l’océan infini. Pendant ces années, vous avez erré perdus dans la brume, affrontant les tempêtes dévastatrices, les monstres hideux surgis du fond des abysses. Jusqu’à ce qu’à la fin, le désespoir vous menace et vous emporte. Alors, tu as vu la fin proche et les forces des tiens presque éteintes au fond des Enfers. Tu as été pris d’un violent chagrin. Dans un dernier souffle, tu as adressé ta prière à celle qui veille sur toi ; tu l’as supplié de les aider à trouver un lieu où ils ont pu échapper à cette fin ignoble. Et depuis son temple du fond des Montagnes Sacrées, Elle s’est éveillé et a entendu l’appel de son serviteur. Elle se dresse à présent de toute sa puissance et étend son voile sur le monde. Elle a pris pitié de ses serviteurs perdus dans l’immensité de l’océan de sang qui s’abat sur le monde. Elle a vu combien ils sont perdus et craintifs, voit que leurs vies n’ont pas encore trouvé de véritable sens. Alors, Elle les guide vers le Kosmos et leur offre l’arme pour connaître la liberté. Alors Elle se penche sur toi et te montre des terres fertiles et riches où les tiens pourront revivre enfin. »

« Etrange prière, Etranger. A qui t’adresses-tu les yeux emplis de larmes ? Quelle était cette voix féminine ?
- Quoi ? »
Macubex se retourna en une fraction de seconde et regarda fébrilement autour de lui, prêt à bondir sur l’inconnu. Nevali se détacha de la pénombre, les yeux brillants, traversa le cercle de frênes et s’appuya sur un imposant monolithe en plongeant son regard dans celui de son compagnon.
« Qu’est-ce que tu fais là ? Je te croyais parti avec Séléné et Nekkar, où sont-ils ? siffla nerveusement l’Hindou en se rapprochant de Nevali, qui, calme, ne le quittait pas des yeux, observant chacun de ses gestes, s’attendant au moindre instant à parer la moindre attaque.
- Calme-toi, Etranger, je suis seul. Personne ne saura que tu parlais il y a quelques instants à une femme au milieu d’un bosquet de frênes. Qui était-elle ? Une prêtresse égarée ? Une de ces druidesses que nous avons croisées hier matin ? Une nymphe ? A moins que tu ne t’adresses à notre déesse en cachette … et qu’elle daigne se présenter à toi …
- Je n’ai pas à te répondre.
- Je n’ai pas à me taire, Etranger.
- Maudit, tu me menaces ?
- Non. Nous servons la même cause. Tu as le droit de t’adresser à notre déesse protectrice. Voir ces larmes dans tes yeux habituellement si durs attise ma curiosité. Nous avons tous nos secrets. Savais-tu qu’Artholos pleure comme une femme tous les soirs où il se croit seul en invoquant sa sœur disparue ? Savais-tu que Seth parle seul, un peu comme si une voix s’adressait à lui sans que nous puissions l’entendre ?
- Ta curiosité risque de te coûter cher si tu ne prends pas garde à toi. Je puis lire dans son esprit comme dans un livre ouvert, je sais que ton passé est noir.
- Certes, sourit Nevali. Notre déesse ne semble pas s’en offusquer outre mesure. Je me tairais concernant cette petite histoire, mais sache que tu peux compter sur moi. »

Macubex posa son regard sur le Loup de Bronze. De tous les Guerriers Sacrés, il était le plus difficile à cerner. Il paraissait fade auprès des personnalités éclatantes de Mâa ou d’Asturias, froid au regard de la chaleur de Frank. Sa personnalité n’avait jusqu’ici pas intéressé la Meute d’Argent. Grave erreur ? Difficile de le dire. Une chose était cependant certaine : Nevali avait une façade qui cachait une personnalité complexe et capable de sonder les âmes les plus secrètes. L’Etranger n’eut pas le temps de poursuivre son interrogatoire. Séléné et Nekkar firent leur apparition derrière une énorme souche qui, même couchée, mesurait deux bons mètres.

« Cette terre est riche ! Un cerf, trois sangliers ! Et encore, Nekkar m’a arrêté sinon j’aurais ramené quelques animaux supplémentaires.
- Quelques tas de bouillie tu veux dire, ricana le Guerrier d’Hydra. Si je n’avais pas été là, tu aurais usé de tes attaques pour terrasser ces terrifiants animaux sauvages !
- Je te l’ai toujours dit, Séléné, tu devrais apprendre à te contrôler ».
L’Ours de Bronze se tourna vers Nevali en déchargeant les trois sangliers qu’il portait sur son dos tandis que Nekkar défaisait les liens qui lui avaient permis de tirer le jeune cerf. Séléné, débarrassé, s’assit et croisa ses bras.
« Je n’ai pourtant pas forcé. Je voulais faire vite, je croyais que nous étions pressés.
- Séléné, il y a une marge entre nous et ces animaux : ils ne représentent aucun danger mortel, inutile de gaspiller notre Kosmos.
- Il revient de toute façon, tempêta le Caucasien. Je ne sais pas pour toi Nekkar mais pour moi il revient toujours !
Nekkar sourit.
- Nos Kosmos reviennent toujours, mais tu auras remarqué que l’utiliser trop souvent nous fatigue.
- Mouais ».
La moue dubitative du Caucasien arracha un sourire à Macubex qui, d’un regard complice, tut son altercation avec Nevali. Les deux hommes auraient l’occasion de s’expliquer une prochaine fois. Pour le moment, seule la mission comptait.

Nekkar se dirigea vers le foyer de fortune, et adressa un sourire complice à ses compagnons.
« Bon, c’est pas le tout, mais j’ai faim ! Nous pourrons discuter de cette mission tout en mangeant. Qu’est-ce que je vous sers ? Sanglier rôti, cerf aux champignons préparés par Nevali ? »
Séléné fouilla dans sa sacoche et sortit une fiole de vin.
« J’espère que ce vin grec ira avec la viande de sanglier »
Nekkar prit la fiole et l’examina d’un air intrigué. Il sentit le vin avec attention et le porta à sa bouche. D’un air précieux qui ne lui convenait guère, il laissa le vin s’emparer de son palais et ferma les yeux quelques instants.
« Aucun problème, ça devrait aller à merveille, conclut Nekkar en souriant. Ce vin de Corinthe a bien supporté le voyage et ta fiole est de qualité, il n’est même pas éventé.
- Tant mieux. Bon, j’ai quatre petits verres, tout le monde en prend ?
- Sers-nous, champion », proposa Macubex en préparant un couteau pour se tailler une part de sanglier.
Séléné hocha la tête, puis se dirigea vers le Guerrier d’Argent et le servit en premier.
Macubex le suivit du regard. « Etrange Caucasien », se dit-il. Sa chlamyde de bonne facture cachait difficilement les traits rustres du guerrier. Ses muscles puissants semblaient se sentir à l’étroit dans cette chape de lin. Séléné était assurément un puissant guerrier, mais jusqu’à quel point pouvait-on lui faire confiance ? Il semblait mu par la seule volonté de devenir encore plus fort. Le reste ne l’intéressait pas, ni les troubles générés par le retour de divinités enfermées dans les entrailles de la Terre, ni le danger représenté par les Guerriers Noirs. Au contraire, il se délectait de cette violence qui lui permettait de s’affirmer comme un grand guerrier … Quelque chose d’indéfinissable, à la fois attirant et inquiétant le guidait dans l’ombre.
« Bon, Etranger, quand vas-tu nous expliquer enfin ton plan pour trouver ces Guerriers Noirs.
- A présent, répliqua Macubex en se tournant vers Nevali et en faisant comme si rien ne s’était passé plus tôt.
- J’ai hâte qu’on y soit ! bredouilla Séléné en arrachant un morceau de chair.
- Tu devrais attendre de tout savoir avant de te réjouir mon ami. Là où je vous conduis, nous risquons de faire des rencontres plus terribles que celles que nous avons déjà vécues.
- Nous t’écoutons, indiqua Nekkar en reposant son verre ».

Macubex examina l’homme et ses deux autres compagnons. Nekkar était un guerrier de taille moyenne au corps musclé. Son regard franc et son visage ouvert étaient du genre à inspirer la sympathie. Il avait montré une véritable ardeur au combat et ses techniques faisaient du Guerrier d’Hydra un redoutable adversaire, qui ne posait pas trop de questions. Un bon choix. Séléné était une brute qu’il saurait contenir sans souci. Restait Nevali, le plus problématique. Il faudrait s’en méfier. Un jour, il avait surpris une conversation de Yolos et de Mâa à propos du jeune Loup de Bronze. Macubex n’avait pas tout saisi mais il était certain que les autorités du Sanctuaire l’avait à l’œil depuis le retour de sa quête. Il fallait l’utiliser avec prudence. Il sortit de son silence et exposa enfin son plan.

« J’ai mené de longues recherches dans la Bibliothèque du Sanctuaire. J’ai découvert des éléments assez intéressants dont j’ai fait part à Yolos. Lorsque nous étions en Asgard, dans la Crypte d’Allani-Ettitu, nous avons traversé un couloir aux murs parsemés de textes et de dessins. J’ai discuté avec Asturias et Akurgal et j’ai acquis la conviction qu’il s’agissait d’un ancien temple dédié à la déesse Idunn, grande divinité d’Asgard.
- Quel rapport avec les Guerriers Noirs ? s’enquit Nekkar, perplexe.
- Aucun.
- Hein ? Mais qu’est-ce qu’on fait ici ? Je croyais qu’on partait à la recherche de ces Guerriers noirs pour les éliminer ! C’est bien ce que Yolos a dit quand les autres sont rentrés !
- Tais-toi Séléné, mange et écoute, je sens que la suite devient très intéressante, sourit Nevali en s’appuyant sur la souche qui se tenait derrière lui.
- Nevali a raison, la suite est intéressante. Idunn, selon les légendes et les textes que j’ai travaillés, était une déesse gardienne des Pommes de Vie. Ces dernières étaient capables de guérir tous les maux, de ramener les morts à la vie, de donner un pouvoir incommensurable aux dieux. D’après les textes, Idunn gardait ses Pommes dans son temple jusqu’à ce qu’elle disparaisse pour de sombres raisons.
Nevali se rapprocha du feu, les yeux brillants.
- Tu penses que ces Pommes de Vie sont toujours dans cette Crypte n’est-ce pas, et c’est là que tu nous conduis …
- J’ai parlé de ma découverte à Yolos qui en a référé aux autorités suprêmes du Sanctuaire. Il se trouve que notre déesse pense que ces Pommes pourraient être dangereuses dans de mauvaises mains. Odin ne semble pas s’en soucier, du moins les Asgardiens n’en ont pas parlé et rien ne prouve qu’ils les ont en leur possession. J’en doute, Odin s’en serait sinon certainement servi et sa puissance aurait été remarquée des autres dieux. J’ai donc eu pour mission d’enquêter. Voilà pourquoi je vous ai choisis.
- Nous allons donc en Asgard …
- Oui, Nekkar. Mais nous y allons incognito. Nous allons traverser ces terres tels des ombres, retourner dans cette Crypte, enquêter, découvrir ce qui se cache derrière ce mythe et, je l’espère, ramener ces Pommes au Sanctuaire.
- Si on se fait prendre par nos alliés ? demanda Nekkar l’œil brillant.
- A nous de faire en sorte que ceci ne soit pas possible. Personne ne devra savoir ce que nous avons fait : ni les Asgardiens, ni les autres. Yolos a été très clair sur ce point. Cela vous pose problème ?
- Non, répliqua Nevali, visiblement satisfait.
- Bon, j’espère qu’il y aura de la bagarre : il doit bien rester des monstres à détruire dans cette Crypte !
- Je vous suis. Cette mission est intéressante et valorisante. Quel est ton plan Etranger ?
- Et bien, Nekkar, nous allons traverser la Germanie et entrer en Asgard par bateau. Il nous faudra nous emparer d’une embarcation. J’ai un plan d’Asgard, je serais capable de nous conduire à la Crypte. Le point essentiel est de ne pas se faire repérer des Asgardiens.
- Nous serons telles des ombres dans une nuit noire, ne t’en fais pas ».

Macubex fixa longuement Nevali et se rassura. Il semblait motivé par cette mission spéciale et désireux d’en apprendre davantage. L’Hindou savait qu’il faudrait le garder à l’œil mais son instinct lui soufflait que derrière son air imprévisible Nevali pourrait bien se montrer un inattendu et précieux allié.
Ils burent, puis dînèrent, puis burent encore. Le vin était bon, mais bien plus léger que les breuvages favoris de Nevali. Et ils parlèrent beaucoup. Ou plus exactement Macubex écouta les trois autres lui conter leurs aventures lors de leurs quêtes. Tard dans la nuit, ils s’endormirent, leurs sens en éveil autant que le vin put le permettre.

Nekkar fut tiré de son sommeil par un bruit si léger qu’il fallait son ouïe surhumaine pour l’entendre. Il ne dormait jamais que d’un œil, et retrouva instantanément toute sa vigilance. Immobile, veillant à contrôler sa respiration, il coula un regard entre ses paupières mi-closes. La clairière où s’étaient assoupis les compagnons était baignée par le clair de lune. Le feu se consumait doucement, ses trois amis dormaient à poing fermé ; Nevali ronflait étonnamment fort, Séléné s’étalait de tout son long, la bouche ouverte. Macubex, quant à lui, était recroquevillé et sa main gauche serrait le totem de son Armure Sacrée qui pendait à son cou. Lui aussi semblait totalement endormi. Nekkar fixa de ses yeux semi-ouverts le regard d’un hibou perché qui se perdait dans la brume. Il semblait observer quelque chose, ou quelqu’un, attendant le dénouement d’une situation imprévue. Doucement, Nekkar tourna la tête. Une silhouette lui tournait le dos, agenouillée devant la souche où il avait déposé ses affaires. L’intrus se retourna à demi, scrutant attentivement les lits de fortune où étaient allongés les représentants d’Athéna. Nekkar continua à simuler le sommeil. Apparemment rassuré, le voleur plongea les mains dans le sac ouvert, et en retira des vivres et des onguents. Il s’attarda sur un glaive, celui qui ne quittait jamais Nekkar depuis son retour en Grèce. La belle épée d’acier vert, qu’il leva devant lui pour la contempler dans la froide clarté lunaire, excitait l’inconnu. Nekkar sentit la rage l’envahir. Sa main se crispa doucement sous le couvert de son manteau. L’instant suivant, il bondissait sur le voleur, et lui plantait sa main droite de toutes ses forces entre les omoplates. Il poussa un cri étranglé, lâcha le glaive qui tomba à terre avec fracas, puis un flot de sang jaillit de sa bouche et il s’écroula, la main enfoncée dans son dos jusqu’au poignet.

Nekkar ramassa son glaive, le remit avec soin dans son sac, tandis que ses compagnons, tirés de leur sommeil, se portèrent auprès de la scène du crime. Sans un mot, Macubex se pencha sur le corps maintenant inerte et le retourna pour voir son visage. Une série de jurons s’échappa des lèvres de Séléné.
« Un Germain, un de ses voleurs infects. Artholos m’en a parlé, ils se peignent le visage et tout le corps. Je me demande comment il a fait pour s’approcher sans que nous nous en rendions compte.
- Nous n’étions pas assez sur nos gardes. Nous devrons à l’avenir organiser des tours de garde.
- Tu as raison, Etranger. Son sort est scellé, il reste à espérer qu’il était seul.
- C’est peu probable, Nekkar, assura Nevali. Nous devrions partir d’ici au plus vite avant que ses compagnons ne viennent : notre couverture pourrait être affectée, il ne faudrait pas que les Guerriers d’Asgard apprennent que nous nous rapprochons. D’autant qu’Artholos ne sait pas que nous arrivons ! »

Les guerriers se rangèrent vite à l’avis du Loup de Bronze et quittèrent le bosquet avant que le soleil ne se lève. Dans un regard fugace, Macubex s’attarda un instant sur ce bois. Son destin était à présent en marche.



Macédoine, terre de sang

Macédoine, vallée de l’Axios, trois semaines après le départ de Macubex et de ses compagnons

Les dieux étaient venus jouer. Plus précisément, ils étaient venus tuer. La bataille faisait rage depuis plusieurs heures déjà. Les fiers guerriers du Sanctuaire tombaient les uns après les autres sous les coups des guerriers d’Arès et du Poing Noir qui observaient la bataille du haut d’une colline. Arès se tenait sur un char et était étrangement calme. Il regardait chaque duel, appréciait le bruit des lances qui s’entrechoquaient, lâchait des râles de plaisir en regardant une arme arracher la vie d’un guerrier. Peu importait le camp, tout ce qui comptait à ses yeux était d’assister à un beau spectacle. De l’autre côté de la plaine, installée à l’ombre d’un feuillage, il savait qu’elle était là. Elle observait le combat, tout comme lui. Il entendait Athéna exciter ses guerriers, les haranguer. « Quelle classe, ça c’est une femme », sourit-il sous le regard impassible du Poing Noir qui se tenait prêt à intervenir. Arès se concentra sur un de ses fils, l’un de ceux qui composait sa garde rapprochée. Outre ces guerriers que Caturix avec surnommé Berserkers d’Airain, en référence à leurs furie destructrice, le fougueux dieu de la guerre disposait d’une armée sacrée nommée Phalange Furieuse. Cette dernière était composée de quatre-vingt un Guerriers de Sang, dirigés par les enfants d’Arès. Ces derniers commandaient chacun un détachement de neuf Guerriers de Sang aux armures écarlates, aux lances et glaives forgés par Héphaïstos en personne, aux boucliers capables de repousser la furie des Géants comme ils l’avaient montré lors de la précédente guerre sacrée qui avait vu la fin de Chronos et des Titans. Jusqu’ici, Arès avait envoyé à Caturix des mercenaires, les meilleurs de toute la Grèce. Les derniers événements l’avaient convaincu de mettre en première ligne l’un de ses Lochoi Sacrés. En Asgard, ses mercenaires avaient été taillés en pièce par les Guerriers d’Athéna et leurs alliés, les Ases. Ces derniers avaient particulièrement impressionné Hergoth qui, avant de succombé à son tour, avait pu contacter Caturix et l’avait informé du danger qu’ils pouvaient représenter. Le Seigneur des Tumultes, quant à lui, avait ordonné à Grakgoth, Poing Noir du Carnage, de mener ses hommes au combat, sans toutefois prendre le risque d’une confrontation directe avec des Guerriers Sacrés : cette fois-ci, Arès devrait montrer sa loyauté en envoyant ses meilleurs guerriers affronter un ennemi qui s’avérait être redoutable.

Arès suivit la course de Phlégyas à travers les cadavres des simples soldats du Sanctuaire. Il fonçait à présent sur Doriès, Guerrier de Bronze du Lynx. Ce dernier s’était battu avec la rage du désespoir, voyant ses hommes tomber les uns après les autres sous les coups furieux du Berserker. Finalement, il ne put rien faire lorsque Phlégyas lui planta son arme dans son ventre, se jouant de son Armure Sacrée qui vola en éclat, lui arrachant les tripes avec la pointe barbelée, qu’il remua consciencieusement dans la plaie du malheureux pendant que sa victime hurlait sa douleur.
Athéna, d’un geste de la main, fit signe aux trois Guerriers d’Argent d’intervenir. Les survivants allaient être submergés par leurs adversaires. Phlégyas avait perdu trois de ses hommes les plus proches, de très nombreux mercenaires, les hommes de Grakgoth avait connu grand carnage, mais la situation des troupes du Sanctuaire n’était pas meilleure. Doriès était mort, les trois quart des soldats du Sanctuaire avait succombé, Vincoron de la Licorne était gravement blessé, tout comme Dimuon de la Chouette Sacrée et Leineides du Rameau. La furie de Phlégyas avait fait pencher la balance et il menaçait à présent de prendre la vie de trois nouveaux Guerriers de Bronze. Pire, perdre cette bataille signifiait ouvrir le nord de la Grèce aux Hordes de Caturix et d’Arès. Glokos du Cerbère, Pyrrhos de la Baleine et Calliclès de Persée s’avancèrent en silence. Leur déesse savait qu’elle jouait gros. Elle savait également que ses trois Guerriers d’Argent seraient à la hauteur.
Pyrrhos était calme en apparence mais son courage et sa fougue au combat n’était plus à démontrer. Il se chargea des troupes du Poing Noir. Il esquiva ou para les assauts coordonnés de vingt-trois guerriers aux armures noires et jaunes, qui les faisaient ressembler à des automates : entièrement recouverts de pointes saillantes, les guerriers du Poing Noir usaient d’une magie ancestrale qui s’abattait avec furie sur le Guerrier de la Baleine, lequel prenait le temps d’observer chaque attaque. Les premiers impacts déferlèrent sur son armure, mais Grakgoth sut quasiment instantanément que ses hommes ne pourraient pas suivre longtemps la cadence des coups portés par Pyrrhos. Il assista, inquiet, au massacre.
« FURIE DES MERS ! », hurla-t-il alors que son Kosmos prenait la forme d’une immense baleine crachant sa rage écumante sur ses adversaires.
Au moment précis où il dressait ses bras vers les cieux, Pyrrhos reçut un terrible impact en plein visage : dans un dernier espoir, le Poing Noir avait tenté de profiter de l’occasion pour jeter un sort offensif. Il constata avec désespoir que cette tentative n’endigua en rien la déferlante de Pyrrhos : elle renforça au contraire sa rage. Les rayons d’énergie pure quittèrent les poings et transpercèrent les guerriers, broyant armures, os, liquéfiant chair, diffusant dans l’air des gerbes de sang qui réjouirent Arès. En une fraction de seconde, les troupes de Grakgoth avaient été vaporisées.
Calliclès n’avait pas été en reste. Il passait pour l’un des plus puissants, sinon le plus puissant des Guerriers Sacrés. Il avait survécu à un terrible entraînement et disposait d’une arme redoutable : son bouclier portait en son sein le regard pétrifiant de Méduse, l’une des trois Gorgones mythologiques qui avaient combattu Athéna lors de la Guerre de l’Âge d’Or. Quarante-deux mercenaires grecs furent changés en pierre en une fraction de seconde, sous le regard froid et impassible du Guerrier Sacré. Comme Calliclès allait s’occuper des six derniers Guerriers de Sang de Phlégyas, le regard de son bouclier fut détourné par la main du Berserker.

« Doucement ! Je connais les ruses et le pouvoir des Gorgones : tu ne toucheras pas à un de mes hommes. Vous autres dégagez, il est à moi.
- Je vais m’occuper de lui mon ami, charge-toi de ces six statues en devenir.
- A ta guise, Glokos.
Le Guerrier de Persée se tourna vers le Berserker avant de bondir en arrière, fondant sur les six Guerriers de Sang comme un rapace sur une fragile proie affligée par un sort funeste qu’elle sait inéluctable.
- Tu regretteras certainement de ne pas m’avoir affronté, Glokos saura te faire regretter la mort de Doriès !
- Ne bouge pas saloperie ! »
Le temps sembla soudain se ralentir. Glokos alluma son Kosmos et chargea son bras gauche d’un feu vivace. En voyant le Guerrier du Cerbère irradier dans l’instant de ce temps figé, Arès quitta le rire qu’il arborait jusqu’ici : sentant le danger pour son Berserker, il se décida à intervenir en personne. Il matérialisa une javeline qu’il dirigea à plusieurs fois la vitesse de la lumière vers Glokos.
« Salopard ! Tu n’as pas le droit d’intervenir ! »
Ivre de rage, Athéna s’était interposée en déviant le projectile vers une colline qui disparut dans une explosion gigantesque.
« Poufiasse ! vociféra-t-il de toutes ses forces. Vierge effarouchée ! Viens donc ici, je vais te faire connaître le Mâle, je vais te faire crier. Tu me supplieras de te rendre grâce !
- Sombre crétin, je sais par Aphrodite combien tu es incapable d’apporter du plaisir à une femme, même mortelle, alors ne me fais pas rire ! Laisse ce duel avoir lieu dans les règles ou j’en informerais mon père !! s’empourpra Athéna en hurlant à son tour du haut de son promontoire.
- C’est aussi le mien, tempêta Arès en sautant de son char. Toi, Grakgoth, va porter main forte à Phlégyas ! Les Poings Noirs me doivent obéissance !
- Hors de question, Seigneur. Le Maître des Tumultes ne désire pas que je me batte en duel contre un Guerrier Sacré avant que je ne sois prêt à affronter les étoiles.
- Foutaise ! Ta gueule ! Tu y vas, un point c’est tout !
- Non.
- Par le sang sacré qui coule dans mes veines je vais tous vous étriper !!! TU Y VAS SUR LE CHAMP !!!!
- Sauf votre respect, vous êtes bien moins puissant que mon Maître.
- TA GUEULE !!! »

Alors qu’Arès tempêtait, Athéna focalisait son attention sur le combat qui faisait rage entre Glokos et Phlégyas. Elle ne retint pas un rire aux accents sardoniques. Elle jubilait. Ce n’était pas un duel, car pour un duel il fallait compter sur deux combattants de même valeur. Ce n’était même pas un combat, c’était une correction. L’excitation gagnait la déesse. Ses yeux brillaient de plaisir devant les gerbes de sang arrachées au Berserker. Glokos était éblouissant. Ses Guerriers Sacrés étaient éblouissants. En cet instant, Athéna sentait que personne ne pourrait se mettre sur sa route. Du moins, pas ce jour …

Nouvel uppercut en plein visage. Le casque résonna, le crâne s’écrasa contre le métal. Puis le silence. Un voile noir passa devant les yeux de Phlégyas qui chancela mais réussit à tenir debout de justesse. Cherchant à reprendre ses esprits, il tenta de se remettre en garde mais son agresseur ne lui laissa aucun répit et lui laboura alors les côtes et le bas ventre de plusieurs coups rapides. Phlégyas voulait contre-attaquer mais son adversaire dégageait une telle aura, une telle chaleur, qu’il ne pouvait se concentrer. Il était à présent abruti par les coups de butoir des boules aux pics acérées du Cerbère qui avaient succédé aux poings. Un feu d’enfer, des pics capables de mettre à mal son armure … Le Berserker se retrouva couché sur le dos tandis que Glokos bondissait dans les airs en faisant tournoyer ses boules mortelles autour de ses chaînes dans une danse et un sifflement assourdissants. Sentant le danger, Phlégyas se laissa totalement guider par son instinct de survie : il lança ses jambes en arrière et bondit en arrière, une fraction de seconde avant que les pics ne labourent le sol, réduisant à l’état de poussière les roches. Glokos jeta un regard satisfait sur le cratère qu’il avait formé puis regarda Calliclès qui brisait consciencieusement les statues de pierre de ses victimes. La victoire était à portée de main. Phlégyas était le dernier. Alors que son guerrier allait repartir à l’attaque pour la victoire, Athéna se tourna vers sa gauche et ne put rien contre cette vague venue de nulle part. L’impact fut accompagné d’un bruit de tonnerre assourdissant et les arbres et pierres environnants se vaporisèrent. Les derniers survivants de cette bataille furent balayés par l’onde de choc : ils volèrent dans les airs sur plusieurs dizaines de mètres avant de s’écraser lourdement. Seule Athéna n’avait pas bougé. Elle fixait la colline et voyait Arès disparaître, suivi du Poing Noir.
« Caturix, la prochaine fois, tu ne pourras sauver la mise aux tiens. Arès, tu ne perds rien pour attendre. »



Retour dans la Crypte

Asgard, au même moment

Le quatuor avait poursuivi sans encombre sa route à travers la Germanie ravagée par les hordes d’Eluontios. De ce dernier, seules les rumeurs les plus folles et les restes de villages calcinés donnaient une idée du fléau qu’il représentait pour les hommes de cette terre forestière. Si aucun témoin ne l’avait vu, tous ceux qui avaient pu réchapper à l’une des attaques de ses troupes allaient dans le même sens : des serviteurs d’une sauvagerie implacable, accompagnés d’êtres sortis des pires cauchemars, certainement capables de rivaliser en puissance avec les dieux eux-mêmes. Quel était son but ? Détruire, anéantir. La Germanie était un vaste territoire de chasse. Une fois totalement dévastée, le fléau s’attaquerait certainement à d’autres territoires … Grèce ? Asgard ? Personne ne semblait en mesure de s’opposer à sa folie destructrice, du moins pour le moment.

C’est Nekkar qui trouva les embarcations pleines de cadavres mutilés. Visiblement, ces malheureux avaient fuit un danger imminent, les hordes d’Eluontios certainement, et avaient tenté de rejoindre Asgard par la Germanie Glacée en traversant la Mer d’Ambre en profitant du brouillard qui la nappait. Par malheur, ces familles n’avaient pas été assez rapides et avaient été rattrapées au dernier moment. La mort les avait libérées des tourments infligés par leurs assassins. Macubex cacha son émotion lorsqu’il s’attarda sur le corps d’un jeune enfant mutilé et de sa mère. Nevali ne s’embarrassa pas de tant de sentiments et débarrassa l’une des embarcations des corps et convainquit ses compagnons de traverser le bras de mer tant qu’il en était encore temps. La traversée dura une journée entière. Le brouillard était tel qu’on n’y voyait pas à dix pieds, la houle jouait avec la barque, rendant ce petit périple particulièrement éprouvant. Enfin, dans le silence de la nuit, les quatre serviteurs d’Athéna touchèrent la terre ferme. Ils reprirent leur course effrénée, bien contents de quitter leur frêle esquif.
Neige, glace, blizzard incessant : retrouver cette terre stérile ne réjouissait aucun des compagnons. Emmitouflés dans leurs manteaux de peau, ils avançaient péniblement dans une neige qui atteignait leur taille, mis à part pour Séléné qui dépassait d’une large tête tous les amis. Le soleil n’apparaissait que moins de deux heures par jour selon un cycle qu’Akurgal avait expliqué être organisé par Odin lui-même. Déterminé, le quatuor traçait son chemin à travers la campagne d’Asgard, puis ses montagnes hostiles. Les flocons qui tombaient sans discontinuité effaçaient leurs traces. Quatre inconnus à l’assaut d’un secret d’essence divine, quatre points noirs disparaissant dans les entrailles de la Forêt Ancestrale : voilà tout ce qu’apercevait le corbeau noir, volant au-dessus d’eux depuis leur arrivée en Asgard.
La Forêt Ancestrale accueillit ses visiteurs à coup de mugissements et de murmures inquiétants : on aurait dit que la végétation signalait ainsi son hostilité.
« C’est là que nous allons, droit devant, à quelques heures de marche, dit Nekkar en pointant son doigt vers la foule étrange d’arbres tortueux.
- Comment peux-tu le savoir, tous ces foutus arbres se ressemblent ! s’esclaffa Séléné.
- Je peux voir les lieux aussi loin que mes sens devinent le pouvoir étrange qui émanait de cette crypte.
- Tes sens sont particulièrement affinés, Nekkar. Tu as raison, c’est bien dans cette direction, je ressens les même ondes.
- Ah oui, moi aussi ! s’arrêta Séléné en humectant l’atmosphère.
- Content que tes sens se réveillent enfin mon ami, mais n’oublie pas toutefois de regarder où tu mets les pieds … dit Nevali en riant. Tu risques de tomber sur une souche plus glissante que les autres ».

Caché dans sa fourrure, Nekkar ouvrait à présent la marche et avançait sans dire un traître mot. Des flocons continuaient de tomber, tentant désespérément de pénétrer le couvert végétal de la Forêt, mais échouant dans leur entreprise et créant de ce fait un amas de neige qui semblait flotter au-dessus de la frondaison des arbres millénaires. Ils atteignirent enfin le seuil de la Crypte. C’est alors que, sans un mot, Nevali se mit à courir. Ses compagnons entendirent un, puis deux cris brefs. Deux sinistres craquements les tirèrent de leur stupeur première et ils accoururent à leur tour. A genoux, Nevali, large couteau à la main, s’acharnait sur les corps de deux malheureux guerriers d’Odin.
« Tu as perdu la raison ! Qu’est-ce que tu fais !!
- Silence, Etranger, répliqua-t-il calmement en découpant la tête d’un des guerriers. Serviteurs d’Odin, ils auraient pu nous poser problème.
- Mais t’es dingue ! Pourquoi tu les charcutes ainsi ! Tu es complètement fou !
- Allons Nekkar, tu ne vas pas t’y mettre. Je vais les mettre en charpie et pendre leurs restes aux branches, selon ce que font les Elfes Noirs. Les hommes d’Odin croiront à une simple attaque. Je doute cependant qu’ils soient seuls, deux, c’est peu. Les autres vont certainement vite revenir, nous devrions faire notre affaire. Pénétrez dans la Crypte, je me charge de cette besogne et de ceux qui pourraient nous embêter.
- Je reste avec toi, fit Séléné. S’ils sont nombreux, tu auras besoin de moi.
- Très bien, souffla Macubex en reprenant un calme apparent. Nekkar, viens. Le passage se trouve derrière, je l’avais remarqué lorsque nous sommes venus. Les Asgardiens se sont bien gardés de nous en parler, je pense que ce que nous cherchons se trouve dans cette ouverture ».

Une paire d’yeux jaunes luminescents s’ouvrit lorsque l’odeur humaine vint chatouiller les narines assoupies du divin animal. Il attendait patiemment depuis ce jour où ces inconnus avaient tenté de traverser son antre. Suite à un combat terrible, il avait dû rebrousser chemin. Cette fois-ci, il n’était pas question de laisser filer l’occasion : ces deux intrus allaient payer pour les autres.

Nekkar arriva près de Macubex, portant son regard dans la pénombre du passage. Il le sonda avec inquiétude, s’attachant à percevoir le moindre mouvement hostile.
« Il y a quelque chose dans ce couloir. Je ressens un souffle, une hostilité grandissante. Ce n’est pas humain, c’est quelque chose d’indéfinissable. »
Nekkar porta sa main au visage pour ne plus sentir les effluves pestilentielles et poursuivit :
« Je sais que tu sais de quoi il s’agit, tu savais où aller et je me doute bien que tu sais exactement ce qui nous attend : je dois savoir.
- Les textes que j’ai lus traitent de créatures divines chargées de surveiller les trésors sacrés en Asgard, des Dragons. Je pense qu’il s’agit d’une de ces créatures. Cela confirme aussi ce que je pensais : il y a bien quelque chose de très important dans cette crypte qui n’est autre qu’un ancien temple d’Idunn.
- Je vois, répliqua Nekkar en sondant à nouveau l’obscurité. Comment allons-nous faire ? Il nous attend.
- Oui. Ces créatures passent pour être capables de souffler de puissants feux. Ce couloir est trop étroit, s’il attaque, nous ne pourrons pas échapper au souffle, du moins je ne pense pas. Il risque surtout de détruire l’édifice … je vais m’en charger, je vais réveiller la peur en lui ».

Perché on ne savait comment sur le dos du dragonnet après avoir subi plusieurs coups de griffes aiguisées comme des rasoirs, le guerrier faisait de son mieux pour ne pas se faire désarçonner par son étrange monture, gênant de ses jambes le déploiement des ailes tandis que l’animal essayait avec des sifflements rageurs de prendre assez d’élan pour heurter son échine au plafond. Sentant l’approche des alliés de son tourmenteur, il racla de son dos l’un des murs avec suffisamment de violence pour le faire trembler et déclencher une nouvelle chute de débris, laissant le guerrier sonné derrière lui et se retournant juste le temps de bloquer le passage avec une nouvelle nuée d’acide avant de prendre la poudre d’escampette. L’animal se retourna : rien n’avait bougé. Point de guerrier, point de nouveaux débris. Son corps lui-même ne souffrait pas. Seul son esprit semblait affecté. Que se passait-il ? Il avait bien cru se battre, revivre ce combat horrible et puis le noir, le vide. Il n’avait pas bougé. Les inconnus n’étaient même pas là. La folie ? Le dragonnet ne chercha pas à comprendre et disparut dans la pénombre sans comprendre vraiment ce qui lui était arrivé. A aucun moment, il ne remarqua Macubex poser sa main sur son crâne. A aucun moment, il ne comprit qu’il était victime d’une illusion de la Meute d’Argent.

***

Le soir même, dans une petite caverne découverte au sortir de la Forêt Ancestrale, Nevali fut le premier à aborder la question.
« Donc les Pommes d’Or ont été volées, n’est-ce pas ?
- Oui, admit Macubex en relisant les notes qu’il avait prises dans la salle écarlate.
- Et donc vous avez vu un dragon qui s’est échappé ! Vous auriez pu nous prévenir, je n’en ai jamais vu !
- Désolé Séléné, vous aviez trop à faire à massacrer les dix-sept gardes. Nous ne voulions pas vous priver du plaisir de les dépecer.
- Tu fais de l’ironie, ou est-ce une critique Nekkar ? Nous avons fait ce qu’il fallait pour protéger la mission.
- Ça, Nevali, c’est certain. Personne ne pourrait croire que ce que vous avez fait à ces corps puisse être l’œuvre d’humains.
- Je comprends tes scrupules. Je ne les ai pas. Nous avons agi comme il convenait. Notre mission est une réussite, répliqua le Loup de Bronze. Nous avons une piste, nous n’avons pas été découverts, c’est là l’essentiel.
- Pour le moment, coupa Macubex l’air sombre. Nous nous réjouirons une fois Asgard loin de nous ».
Nevali s’allongea sur le dos, bras croisés en guise de repose-tête, et ferma les yeux.
« Reprenons. Vous avez découvert une salle écarlate dont les murs étaient tapissés de symboles et d’écrits runiques. En fouillant un peu, vous avez découvert une petite stèle qui narrait les exploits d’un dénommé Nergal. Tu as pu, Etranger, lire ce texte car il était composé en vers d’origine mésopotamienne ».
Machinalement, Macubex récita la phrase qu’il avait recopiée sur ses notes :


« Je suis Nergal et en ce jour glorieux je m’empare de la vie d’Idunn, que Bragi fut incapable de protéger. Que ce Koudourrou célèbre à jamais ma gloire et illumine d’espoir mon cœur et celle qui […]»


« Le texte était en partie effacé, regretta Macubex, il manque toute la fin.
- C’est déjà un début. Ce texte mentionne clairement un personnage inconnu qui, selon toute vraisemblance, s’est emparé des Pommes d’Or. Nous pouvons avec certitude conclure que ce Nergal est mésopotamien du fait de la langue employée et de la forme de la stèle : nous savons ainsi où poursuivre notre enquête.
- Non, Nevali, nous ne savons rien. Nous allons rentrer au Sanctuaire. Je dois en apprendre davantage sur ce Nergal, ce nom ne m’est pas inconnu, je l’ai déjà entendu. Inutile de partir à l’abordage sans savoir où nous mettons les pieds.
Nekkar se prit les mains entre la tête.
- Nergal, Nergal … je suis certain qu’Asturias en a déjà parlé au détour d’une de ses explications incompréhensibles.
- Il en a parlé à propos de l’Indicible : c’était son maître il me semble.
- Il aurait volé les Pommes pour son élève ? s’aventura Nevali en réfléchissant à voix haute.
- C’est peu probable. Le texte dont je me souviens expliquait que l’Indicible l’a trahi. Non, je pense que cette histoire est antérieure, beaucoup plus ancienne. Je dois enquêter.
- Et si les Asgardiens les avaient déjà, ces Pommes d’Or ?
- C’est peu probable. Je le saurais, Séléné.
Nekkar se tourna vers son compagnon, l’air méfiant.
- Et comment le saurais-tu ?
- Les autorités du Sanctuaire le sauraient, et l’Etranger n’a pas été mis au courant. Cette mission consiste à retrouver ces Pommes d’Or, les Asgardiens ne les ont pas, coupa Nevali en échangeant un regard complice avec Macubex qui ne souffla mot.
- Sans doute, admit Nekkar. Nous en saurons davantage au Sanctuaire.
- Oui. Et en attendant, gardez tout ceci pour vous : je vous ai choisis pour votre capacité à garder votre langue. Nous sommes en mission secrète, c’est un honneur que le Sanctuaire nous a fait : ne décevons pas Yolos et Ludoxandros ».



Nergal, la clé


Sanctuaire, Grande Bibliothèque, plusieurs semaines plus tard

La salle où travaillait Macubex était isolée, seulement éclairée par une petite lampe à huile et la faible luminosité du soleil qui tardait à se frayer un chemin à travers les nuages. La Grande Bibliothèque regroupait tant d’écrits que des savants de toute la Grèce venaient y travailler : en ces temps de trouble, de nombreux temples et sanctuaires avaient légué leurs recueils au Sanctuaire qui pouvait, seul, en assurer la protection. En échange de ce don extraordinaire, les érudits helléniques pouvaient séjourner dans le village voisin et consulter à loisir leurs anciens ouvrages ou ceux de la riche collection du Sanctuaire, sous les yeux de Ménandre, le chef copiste en charge d’accueillir les érudits de passage. Macubex avait demandé à pouvoir travailler seul et, grâce à son titre de Guerrier Sacré d’Argent avait hérité de la meilleur salle de travail disponible et de l’accès total à tous les écrits, même les plus rares. Certaines tablettes d’argile qu’il consultait n’avaient pas d’âge : Ménandre précisa que la plus ancienne avait été rédigée à l’époque où Zeus n’était encore qu’un enfant réfugié en Crête pour échapper au courroux de son père … Le regard ténébreux de l’Hindou se perdait sur cette nouvelle stèle qu’il avait fait venir. Posant la main sur de fines arabesques, parcourant d’un mouvement les circonvolutions et les gravures, l’homme ne put retenir une respiration proche du soupir. Ce texte, très ancien, le transportait à travers les âges. La langue, bien que difficile, était compréhensible et narrait les exploits de Nergal. C’était le seul texte étranger qui traitait directement de cet inconnu. Macubex, dans un nouveau soupir, relut à voix haute ces lignes qui l’obsédaient depuis des heures.

« Nergal était un dieu terrible ! Noir était son Âme, noirs étaient ses desseins !
Après avoir massacré des habitants de notre glorieuse Cité il rejoignit les rangs d’une entité maléfique, Hadès le Grec connu sous le terme du Riche. C’est au cœur des berges de l’Achéron qu’il aurait enfermé l’Essence de Vie dérobée à la lueur du soleil qui ne se lève jamais ! Une autre version raconte qu’un personnage encore plus sombre prit le nom d’Hadès pour le corrompre … l’Indicible ! Mais ceci est fort peu probable en vérité, l’histoire de l’Indicible est un conte !
Mais nul ne peut s’opposer durablement à Cybèle.
En combat singulier il fut vaincu par les serviteurs de Râ et livré en jugement à Cybèle. Aujourd’hui il est emprisonné à jamais dans les profondeurs d’Hattousa.
C’est par le chemin de Môt que se trouve la voie ! »


Lorsque Macubex avait obtenu son titre de Guerrier Sacré, il avait commencé à rédiger un livre, un peu comme Asturias noircissait les pages de son éternel carnet. Il avait appris à tout apprécier, à tout noter, y retirant un plaisir rare. Lorsqu’il étudiait, Macubex était un autre homme. Plongé dans ses pensées, il ne ressentit pas la présence d’une ombre qui l’observait depuis quelques minutes, en silence.
« Toujours plongé dans tes recherches, mon ami, dit une voix familière.
- Tu m’espionnes, Asturias ? Je n’aurais pas imaginé ceci de ta part …
- Rassure-toi, je travaillais à côté. Je savais que tu étais là, aussi je me suis permis de venir te saluer.
- Bien entendu, tu as bien fait. Viens à mes côtés, il me reste du vin au miel et un peu de pain. J’espérais te voir demain, j’ai besoin de tes lumières.
- J’accepte ton invitation. Nergal est un sujet passionnant, je ne savais pas que tu travaillais dessus.
- Nous avons tous nos préoccupations mon ami, fit Macubex en libérant le tabouret qui se trouvait à ses côté, encombré de papyrii.
- J’ai fini mes recherches sur Caturix et je travaille en ce moment sur l’Egypte. Mâa est convaincu du lien entre l’Egypte et le fameux Yôô d’Hââ. Nous allons, avec Shiro et Frank nous rendre auprès d’Anaximandre et enquêter dans cette terre sacrée. Je suis pour ma part convaincu que Bombadilos nous a donné une piste plus que prometteuse : nous allons bientôt comprendre tout ce qui s’est passé depuis l’ouverture d’Astragoth. Ce sage sera, j’en suis convaincu, capable de nous donner un moyen de refermer cette faille. Tu pourras te joindre à nous, si du moins la mission que Yolos t’a confiée te le permet.
- Nevali a pris ma suite. Il dirige Séléné et Nekkar dans la suite de cette enquête, du moins pour le moment.
- Nevali ? reprit Asturias intrigué.  Je ne le pensais pas capable de telles initiatives.
- Il m’a convaincu, coupa simplement Macubex.
Ne désirant pas laisser son compagnon s’interroger plus que nécessaire, il changea de conversation.
- Qu’as-tu appris de nouveau sur Caturix ?
- Et bien, disons que j’ai surtout complété mes informations ».
Le Dalmate tendit un rouleau de parchemin soigneusement emballé dans un cartouche de cuir.

« Notes sur Caturix
Nom : Caturix, le Héraut des Enfers, le Fléau des Batailles, le Maître des Tumultes
Attributions : la guerre éternelle

Représentations : Un géant à six bras, voici sous quelle forme les dévots de Caturix représentent leur dieu. Le géant apparaît aussi sur le médaillon des prêtres. Il se bat avec six armes différentes.

Philosophie : A la fin des temps, seul un petit nombre d’Elus survivront au cataclysme qui détruira le monde, protégés qu’ils seront sous l’égide du dieu. Ce dernier aura besoin d’une armée puissante et disciplinée, d’hommes fiables, forts et obéissants qui l’aideront dans sa guerre contre les dieux de la dernière génération (comme Zeus par exemple), qui décidera du sort de l’univers. Seuls des êtres de cette trempe sont dignes de survivre, car eux seuls seront assez forts et assez unis pour vaincre les divinités qui ont mis un terme à la vie des dieux originels en les enfermant dans le Niflheim à la fin de la Guerre de l’Âge d’Or. Ecraser les faibles sous le joug permet de conforter sa position, mais aussi de faire sortir de la masse bêlante les quelques individus d’exception qui auront l’honneur de rejoindre le Géant à six bras. Caturix sait châtier ses ennemis, mais il sait aussi récompenser ceux qui le servent bien. A ceux qui suivent ses enseignements, obéissent et se comportent avec honneur, il offre gloire, puissance et domination, avec générosité.

Actions : Le fidèle de Caturix doit avoir une détermination sans faille. Il ne doit allégeance qu’à ses supérieurs dans l’Ordre Noir. Si ces derniers font preuve de faiblesse ou de compassion, c’est qu’ils sont indignes de leur charge, il faut donc les éliminer, le Géant le veut. Qui veut progresser dans l’Ordre Noir doit s’attirer les faveurs du Géant par des actions d’éclat, par une obéissance sans faille à la loi de l’Ordre, et s’il le faut, en défiant en duel son supérieur direct et en le terrassant. C’est une noble et honorable coutume qui plaît au dieu, et inspire le respect, pour peu que le supérieur défié soit réputé de force égale. Mais attention ! Les anciens de l’Ordre sont sacrés, malheur à qui les défie pour profiter de leur force défaillante. De tels actes sont vils et n’attirent que le mépris, d’autant que l’ancien en question pourrait bien faire appel à un champion pour le remplacer. Etre un tel champion et terrasser un opportuniste, voici une excellente façon de se faire un nom. Le prêtre de Caturix aura à cœur de recruter de nouveaux adeptes parmi les jeunes les plus prometteurs, il les convaincra en leur expliquant la promesse de Caturix, le pouvoir pour les forts. Caturix est un des dieux originels, mais depuis que la civilisation est devenue complexe, d’autres formes de pouvoir sont apparues que la force physique. L’argent, la politique, voici des champs d’action où les fidèles de Caturix avanceront masqués, pour le plus grand profit de l’Ordre.

Sentences : C’est par le combat et le duel que toute justice doit être rendue.

Culte : Les offices magiques servent à attirer l’attention du dieu. Le prêtre pourra aménager un temple souterrain à la gloire de Caturix, où son effigie sera présente, et faire quelques sacrifices d’animaux, rarement d’humains. Citer ses actions d’éclat devant la statue du Guerrier, arborer ses cicatrices, porter à l’autel les crânes de ses ennemis morts ou les reliques des dieux rivaux, ce sont de bons moyens de faire sourire le terrifiant dieu.

Au-delà : Les âmes de ceux qui auront bien servi iront dans la Marche de Caturix, lieu où ils pourront s’entraîner inlassablement jusqu’au jour du combat final. C’est un lieu spartiate, où l’on cultive ses muscles et ses talents de guerrier. Ceux qui se sont montrés indignes de Caturix n’auront que le mépris du dieu, que d’autres déités moins regardantes se chargent de leurs âmes avortonnes. Par contre, ceux qui auront trahi la parole donnée, vendu leurs frères d’armes, dévoilé les secrets de l’Ordre, menti ou désobéi à leurs supérieurs pour leur seul intérêt, ceux-là serviront de couche à Caturix, il passera et repassera sur eux éternellement avec ses écailles tranchantes enduites de poison ardent.

Temples et clergé : La plupart des temples sont clandestins, donc souterrains. Il peut arriver toutefois qu’un temple de Caturix soit camouflé dans une maison, un commerce, un temple factice d’une autre divinité. Il est rare que les prêtres de Caturix soient connus comme tels. Pris jeunes parmi des orphelins vigoureux, ils sont élevés par plusieurs mentors successifs avant d’être jugés dignes de foi, et partent alors, sous la direction de leur hiérarchie, prêcher la Guerre Eternelle  et repérer les sujets prometteurs. L’Ordre Noir, divisé en Poing Noir (les guerriers) et Soleil Noir (le clergé est très hiérarchisé et dirigé par un concile permanent de huit hauts dignitaires, quatre de chaque branche. Ils sont sous la direction directe du Géant à six bras, qui ne se prive pas de leur donner personnellement ses directives.

Aspect bénéfiques : Les guerriers du Poing Noir sont de rudes combattants aptes à défendre un royaume, ils respectent l’autorité imposée par la force. Ils aiment tellement la guerre que l’on peut s’en servir, ce que visiblement le grec Arès aurait récemment fait.

Aspects néfastes : Inutile de dire que la charité, la pitié ou le pardon sont des concepts inconnus de Caturix. La secte est peu connue du public, et parmi les gouvernants conscients du problème, l’attitude la plus couramment adoptée consiste à traquer les adeptes de Caturix pour les exterminer jusqu’au dernier.

Fidèles : Seuls les êtres attirés par le pouvoir peuvent rendre grâce à cette déité vindicative. Des guerriers en quête de gloire, des nobles cherchant la domination, des fils cadets s’estimant injustement lésés, voici les fidèles de Caturix. On prétend que des mages ambitieux se sont joints à cette dangereuse coterie. Rares sont toutefois les fidèles de Caturix qui assument leur foi au grand jour, l’Ordre préfère avancer masqué.

Notes récentes : des Guerriers Sacrés auraient rencontré des Êtres d’une puissance colossale au service de Caturix : les Poings Noirs sont sans doute aussi puissants que les meilleurs d’entre nous. »


« Tu travailles toujours aussi bien, passionnante étude.
- Merci, Etranger.
- Tu pourras certainement m’aider ».
Il tendit une pièce d’argile sur laquelle il notait ses réflexions. Ces textes, aisément effaçables, lui permettait de travailler au brouillon avant de rédiger les longues synthèses qu’il couchait sur son recueil. Il poursuivit :
« Ce texte est, je le sens, la clé qui entoure Nergal. J’aimerais ton avis. Certains éléments sont clairs : Nergal est un dieu, très ancien. Comme tu le sais, il vient de Mésopotamie et a eu maille à partir avec l’Indicible, qu’il forma en son temps avant que ce dernier ne le trahisse. Le texte suivant explique qu’il se trouverait clairement en Hattousa, enfin plutôt sous cette dernière.
- Il est probable que ce Sanctuaire dispose de vieilles fondations ou d’anciens temples sur lesquels la cité actuelle a été bâtie.
- C’est aussi ce que je pense. La dernière phrase, par contre, reste totalement obscure : « C’est par le chemin de Môt que se trouve la voie ». Qui est Môt ?
- Ce nom semble d’origine cananéenne. Je suis certain que nous pourrions en apprendre davantage à Hattousa. Laisse-moi te donner un sentiment personnel : il n’est pas rare que le terme de chemin désigne une voie, un cheminement sacré dans les religions traditionnelles. En discutant avec Mâa et Shiro, je me suis rendu compte que certaines religions orientales utilisaient ce terme pour traiter de prière ou de rite à accomplir. Il se peut qu’il faille rendre un hommage à Môt pour trouver Nergal. Mon Maître Hasdrubal pourrait nous apprendre des choses : c’est un Cananéen !
- Ce qui signifierait que Môt serait une entité divine, souffla Macubex en tapotant son stylet d’os sur le coin de la table.
- Ce qui m’intrigue le plus c’est cette référence à Hadès … Et à cette « Essence de Vie dérobée à la lueur du soleil qui ne se lève jamais ».
Macubex servit un peu de vin au miel à son compagnon. Ne pas répondre attirerait les soupçons d’un esprit aussi brillant. Macubex décida donc une nouvelle fois de couper court en espérant qu’Asturias ne chercherait pas à en savoir davantage.
« C’est l’objet de la mission du groupe de Nevali : il s’agit des Pommes d’Idunn que Nergal déroba, selon un texte que j’ai trouvé dans la bibliothèque, en Asgard lors des temps immémoriaux. Ludoxandros et Yolos m’ont chargé d’enquêter sur ce fait afin de vérifier que cet artéfact ne tombe pas en de mauvaises mains.
- Tu veux dire que Nevali, Nekkar et Séléné sont …
- Partis pour les Enfers, c’est exactement cela. Nous allons traverser la Mésopotamie et rejoindre les berges de l’Achéron. J’ai préféré poursuivre mes recherches ici avant de les rejoindre à Hattousa. De là, nous partirons ensemble pour le Monde des Morts et nous chercherons des traces de Nergal ou de ce Chemin ».

Asturias laissa s’installer un silence, tandis qu’il se replongeait dans les souvenirs du périple infernal qui avait suivi l’ouverture d’Astragoth. Il déroula les manches de sa tunique et parla sans lever les yeux de ses mains.
« Et bien que voilà une mission périlleuse, les légendaires pommes d’Idunn sont au cœur de la convoitise. Depuis des siècles, suite à leur disparition, de nombreux ordres se sont attachés à les redécouvrir, mon père m’en a parlé jadis. Mais je suis en revanche surpris que les Asgardiens ne nous en aient point parlé, alors qu’ils les recherchent aussi certainement. Compte tenu des nombreux dangers qui menacent leur pays, sans doute ont-ils occulté cette quête pour le moment. Nous avons pu voir récemment à quel point la plupart des tensions et des enjeux se déroulaient sur ces terres glacées. »
Asturias s’interrompit un certain moment, regardant la table, perdu dans ses pensées.
«  C’est une mission difficile, très difficile, mais si tu as besoin de mon aide pour cette expédition, elle t’est acquise mon ami, du moins en attendant que nous ne partions pour l’Egypte à la recherche de Yôô d’Hââ. En dehors de la protection du Sanctuaire Sacré et de la sauvegarde des Hommes, l’une de mes priorités est de mettre des bâtons dans les roues à ce diable d’Indicible. Il n’aura pas oublié ses anciennes traques et ses anciens combats. Il a toujours convoité les sources de pouvoirs, les Pommes ont déjà fait partie de ses plans, nul doute qu’il les traque encore, spécialement dans son état fragilisé. S’il semble qu’il faille bien pénétrer à nouveaux les Enfers … pour réaliser un tel voyage, il faudra une expédition solide ! »
Macubex avait écouté attentivement les sages paroles du Guerrier d’Argent. Il prit le temps de la réflexion et répondit :
« C’est effectivement une mission périlleuse, si comme tu le dis l’Indicible s’intéresse également à ces pommes, cela fait une raison de plus de former une expédition pour les ramener au Sanctuaire. Reste ici, je m’occuperai de cette mission avec Séléné, Nekkar et Nevali. Moins nombreux nous serons, plus efficaces nous serons. Nous n’attirerons pas les regards.
- A ta guise. Cette mission est terriblement dangereuse. Je prierai Athéna de vous prendre sous sa garde ».
Le visage plissé comme un vieux parchemin à force de détermination, Macubex se pencha à son tour en avant.
« Nos Kosmos nous guideront. Toutes nos missions sont importantes. Nous serons à la hauteur. J’espère que vos recherches seront fructueuses en Egypte, je doute que votre voyage soit moins périlleux que le nôtre : nous savons ce qui nous attend dans les entrailles de la Terre, pas vous. L’Egypte est tourmentée par Anubis et Seth, vous risquez de ne pas gagner au change. »
Asturias se pencha en arrière et referma ses mains. Il posa un regard amical sur son compagnon d’arme.
« Nos routes vont se séparer bientôt, mon ami. Laisse un moment tes recherches et viens avec moi. Frank et Shiro m’ont convié à une ballade en forêt. J’aimerais partager ce moment avec toi. Nous rejoindrons assez tôt le tumulte de nos destinées.
- Pourquoi pas, Asturias. Seth sera des nôtres ?
- Il est parti avec Harald, Darkhan et Pallas, en Caucase. Yolos m’a expliqué que diverses sources concordantes indiquaient que Gygès, le traître, s’y trouverait. Il semble vendre au plus offrant des informations capitales sur la sécurité du Sanctuaire.
- Je vois. Ils réussiront à le retrouver, j’en ai la certitude.
- Athéna t’entende, mon ami ».

Le regard Macubex se teinta d’une leur fugace. Asturias semblait avoir été ébranlé par ces révélations. Ce retour en Enfer l’inquiétait. Les Pommes d’Or semblaient avoir totalement disparu de son esprit. Sa droiture et son amitié sincère faisaient qu’il s’inquiétait plus du sort de ses compagnons que des détails de cette quête obscure. L’essentiel était assuré.

***

Marche du Maître des Tumultes, au même moment

Phlégyas regardait avec intérêt la concentration martiale de guerriers et d’êtres étranges qui se pressaient devant l’autel du Maître des Tumultes : il estimait que celle-ci devait être constituée de plusieurs centaines, de milliers de guerriers avides de rage. Cette foule attendait de recevoir la bénédiction du prêtre de Caturix, l’un des quatre Astre Noir, en l’occurrence une marque rouge sang à six branches apposée sur le front, dans une excitation non feinte.
« Le sceau de la victoire, commenta Grakgoth en s’approchant du Berserker d’Airain.
- J’espère que cela sera suffisant, même si j’en doute. Là où nous allons, il faudra plus qu’une simple marque aux pouvoirs prétendus magiques.
- Je désespère de ton ignorance, Phlégyas. Tu découvriras bientôt que votre « Kosmos » n’est rien comparé à la force des Mots ».
Plus le Berserker regardait la scène, plus il se posait de questions. Cette foule éparse semblait redoutable : ces mercenaires étaient de haut niveau, ces monstres à la musculature imposante étaient certainement capables de rivaliser en force avec les neufs minotaures sacrés d’Arès qui se tenaient en rang serrés derrière Térée, leur chef de guerre … mais cela serait-il suffisant pour affronter le Sanctuaire et ses Guerriers Sacrés ? Phlégyas fut sorti de ses pensées par le Poing Noir du Carnage qui le convia à le suivre. Ils arrivèrent bientôt au portail qui marquait l’entrée du temple hors d’âge de Caturix. Ce dernier était en train d’être retapé, pierre après pierre. Bientôt, il redeviendrait un lieu de culte pour toute la Dalmatie. Ses six tours se dresseraient une nouvelle fois dans les cieux dalmates. Plus tard, il serait un phare éclairant la nuit guerrière qui allait se déverser sur le monde. Un chemin de pierre bordé d’arbres torturés menait au temple lui-même, longeant la Rivière Noire qui se jetait dans le gouffre qui menait au sanctuaire caché de Caturix. Ce dernier était légèrement surélevé, bâti sur une plateforme de pierre à laquelle on accédait par un court escalier.
« Nous allons nous battre bientôt. Tu seras à mes côtés. Je suis heureux de cela.
- Je m’en doute bien, tu ne risques pas grand-chose à mes côtés, ricana Phlégyas, sûr de lui, comme à son habitude, comme pouvaient l’être tous les Berserkers.
- Ton dernier combat ne m’a pas laissé cette impression. Mon Maître t’a sauvé de la mort en intervenant.
- J’avais ce Guerrier Sacré à ma main ! protesta le Berserker en tapant du poing dans sa main.
- Ta défaite était certaine. Il ne m’était guère difficile de le voir.
- Tu te prends pour qui ? L’un des vôtres, Hergoth, a été pulvérisé par un pauvre Asgardien, ou un Guerrier Sacré. Ne te raconte pas d’histoire, nous autres, Fils du Fléau des Hommes, en maîtrisant le Kosmos, dépassons votre seuil de compétence. Votre magie, toute ancienne qu’elle soit, n’est rien.
- C’est ce que pensent la plupart d’entre vous, effectivement », répondit Grakgoth.
Le Poing Noir ouvrit la paume de sa main et, à la vitesse de la lumière, distilla un mot qui, dans un souffle, pénétra l’esprit de Phlégyas. Terrassé par la peur, son sang s’acharnant à courir dans ses veines tel un torrent furieux et irrésistible, le Berserker tenta désespérément de résister.

« C’est inutile. Je pourrais te tuer si je voulais. Un seul autre mot et ton sang jaillirait de tes veines, tu ne souffrirais pas longtemps. Ecoute donc mon histoire. Il existe une magie puissante, très ancienne, très dangereuse … elle prend source dans la vie elle-même, dans la terre qui nourrit les arbres. Cette magie est restée endormie pendant des milliers d’années. Elle s’est éteinte lorsque mon Maître et les siens furent jetés dans les entrailles de la Terre, à la merci du froid mordant d’Hel. Hergoth n’a pas eu le temps d’être initié à nouveau, il s’est éteint face à nos ennemis. A côté de mes compagnons, j’ai pu redécouvrir la magie des Mots. Chaque Mot est capable de générer la vie, de donner la mort. Mis ensemble, selon certaines règles, formules, tu les appelleras comme tu voudras, ces mots sont capables de surpasser ce que tu nommes Kosmos et qui m’est inconnu. Ton pouvoir réside au fond de toi : le mien prend source dans le microcosme qui compose ce monde. Je n’ai pas de doute sur la supériorité de mon savoir. J’ai observé les Guerriers Sacrés, je t’ai observé au combat. J’ai pu suivre vos mouvements, le déclenchement de vos attaques, vos parades. Je n’ai pas de doute sur vos limites. Je vais te faire partager quelques instants de ce pouvoir, laisse-toi faire. »
Peu rassuré, Phlégyas ne parvint pas à se détendre. Il ne se contrôlait plus. Tout juste son sang commençait à se calmer petit à petit, laissant un peu de répit à son corps endolori. Le Berserker s’abandonna finalement à cette délicieuse sensation qui s’empara de son être. Il inclina la tête et prit une profonde respiration et, finalement, ferma les yeux. Il se sentait fort. Il semblait dériver dans une onde de pouvoir pur, comme s’il faisait corps avec la lumière du soleil ardent qui terrassait les plaines de son Argolide natale, une journée d’été. Il ne faisait plus qu’un avec les minotaures, les insectes, les prédateurs du mode entier. Il n’était plus un être isolé, il était une part harmonieuse de tout ce qui faisait la puissance et la violence de cette Terre. Il était soudain à la fois insignifiant et omnipotent. Il tendit les mains et de la poussière se matérialisa. Elle se mit à tourbillonner autour de son corps et fit de lui le cœur d’un vortex étincelant qui fit vibrer son armure écarlate. Jamais, jamais cette dernière n’avait connu tel phénomène depuis qu’Héphaïstos l’avait forgée, en personne.
« Pourquoi te bats-tu, Phlégyas ?
- Pour Arès, mon père ! s’enthousiasma le Berserker en regardant la poussière multicolore s’évaporer petit à petit, tandis que les chants des guerriers résonnaient au loin, rappelant que la cérémonie suivait son court en contrebas.
- Tu te bats pour ton dieu, Arès, qui se bat par plaisir des combats. Le Maître des Tumultes est différent : il se bat car le monde doit avoir des règles. La Règle est que le combat est la base de tout. C’est l’essence même de l’ordre de l’univers. Nous allons nous battre pour imposer notre ordre. Je serais heureux de me battre à tes côtés, car je serais heureux de te faire partager mon idéal. Nous allons écraser le Sanctuaire, puis nous écraserons tous les dieux. Le Maître des Tumultes aura sa revanche. Alors nous dominerons le monde, ensemble, un monde purifié, où l’ordre et la justice des combats régiront à jamais les Mortels et les dieux. En un sens, ces Guerriers du Sanctuaire méritent mon respect : ils vont mourir pour leur idéal, pour leur déesse. C’est dans l’ordre des choses d’être jugé sur le champ d’honneur. Seuls les plus forts subsisteront. C’est pour cette raison que nous triompherons.
- Ton pouvoir est extraordinaire. Je ne doute plus de notre victoire. Tes Mots et mon Kosmos renverseront tous les obstacles qui se mettront sur notre chemin ! »












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