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Cette fiche vous est proposée par : Aqualudo


Les ages mythologiques

Dans l’épisode précédent …

Ayant conclus une alliance afin de faire face aux tumultes générés par l’ouverture d’Astragoth, les serviteurs d’Athéna et d’Odin doivent se retrouve en Asgard afin de suivre la piste des Guerriers Noirs de l’Indicible et de lutter contre la Horde d’Eluontios qui menace directement le Royaume d’Odin. Contre toute attente, ce sont les troupes de l’Ordre Noir du Maître des Tumultes et d’Arès qui se dressent alors sur leur chemin. Après une bataille victorieuse qui a vu les Ases démontrer toute leur puissance, les compagnons se lancent à la poursuite du seul survivant, puissant guerrier qui disparaît en levant une multitude de spectres. Suivant sa piste à travers la Forêt Ancestrale où se terrait jadis Allani-Ettitu, les compagnons multiplient leurs recherches dans tout Asgard, sans succès. Finalement, grâce à un groupe mené par Asturias et Rahotep, c’est de Bombadilos que vient la lumière : Allani-Ettitu est en vie, terrée dans le Col des Tempêtes et le mystérieux serviteur du Maître des Tumultes semble sur ses traces …


***

Les Montagnes Venteuses



Akurgal et Rahotep avaient travaillé toute la nuit pour préparer leur exposé. Ils venaient de rejoindre Nibel lorsqu’ils furent convoqués par Gunther dans le Temple d’Odin, lieu le mieux gardé de tout Troudheim, à l’écart des oreilles indiscrètes. Une escorte de quatre Einherjars conduite par Hanz vint les chercher pour les conduire devant leurs compagnons qui les attendaient depuis plusieurs minutes dans le froid glacial de l’édifice de pierre. Ils s’arrangèrent du mieux qu’ils le pouvaient en se rendant à la convocation.
Lorsqu’ils firent leur entrée, ils remarquèrent que tous leurs compagnons étaient présents, sauf Hanz et Ryusei qui dirigeaient les soldats de garde, les serviteurs d’Athéna se réunissant au même moment dans la bouge où ils séjournaient depuis leur arrivée en Asgard. Tous les yeux étaient rivés sur eux à leur entrée. Un long murmure s’éleva des guerriers. Akurgal et Rahotep se sentaient mal à l’aise à cause de leur apparence négligée. La nuit avait été courte et, depuis leur retour, ils n’avaient pas pris un instant pour se reposer et se laver. Nibel avait eu un peu plus de chance et arborait un large sourire et, tout en resserrant son manteau blanc finement brodé par les meilleures tisseuses d’Asgard, il avait suivi d’un bon pas Bjarnulf venu à leur rencontre quelques minutes plus tôt. L’Ase de Vidar regagna sa place après avoir fermé la porte d’entrée qui tremblait sous les assauts d’un vent glacial. Ils s’arrêtèrent devant Gunther, le saluant.
« Vous êtes venus faire une requête, maintenant nous vous écoutons, dit le guerrier roux en leur jetant un regard bienveillant.
- Bonjour Gunther et à vous tous ici présents. Mes compagnons et moi sommes venus vous présenter nos découvertes. En ce moment même, Asturias, l’Etranger et Mâa doivent dire les mêmes choses que moi. Mais ce que nous allons vous proposer ne peut être accepté sans le pourquoi précis et argumenté de cette requête. Alors laissez-moi vous faire le récit de nos aventures des dernières semaines.
- Nous sommes prêts à entendre ton récit, Akurgal ».
Suivant les recommandations de Gunther, Akurgal narra tout depuis le début. De la traversée de la Vaste Plaine à la rencontre de Bombadilos, du sort des malheureux habitants des villages dévastés, des murmures des combats entendus en Caucase, des caravanes affolées narrant les pires horreurs commises en Asie, en Anatolie ou en Egypte. Sur ce dernier point, Rahotep vint au secours d’Akurgal et multiplia les détails alarmants : le monde avait basculé dans une folie sans nom et la pire des tempêtes de glace semblait douce au regard de ce qui se passait partout dans les terres connues. Finalement ce fut Nibel qui conclut sous le regard attentif de ses compagnons :
« Le plus important demeure bien entendu ce que Bombadilos nous a appris à propos d’Allani-Ettitu et de la volonté de l’Ordre Noir de s’emparer de son savoir.
- Votre récit est troublant, s’inquiéta sans détour Gunther.
Inyan parut d’abord interdit et tapa finalement du poing sur la table, l’air déterminé :
- Il va falloir prendre une décision rapide. De notre côté, nous n’avons pas pu, ou pas su trouver la moindre trace du représentant de l’Ordre Noir ni des Guerriers Noirs. Vos nouvelles, pour inquiétantes qu’elles soient, nous donnent des perspectives. Le danger est clairement identifié, la voie de notre sécurité passera par le Col des Tempêtes !
- Vous n’avez rien pu apprendre de plus sur ce mystérieux sage ?
- Rien Meijuk, répliqua Rahotep.
- Qu’en pensent les Grecs ?
- Et bien, Thrall, pour en avoir discuté avec eux longuement sur le chemin du retour, ils semblent décidés à nous aider à retrouver Allani-Ettitu qui représente une menace pour l’ensemble des Hommes. Par la suite, nul doute qu’ils mèneront leur enquête sur Yôô d’Hââ et, comme Asturias l’a mentionné, que le Sanctuaire voudra mettre un terme aux agissements de l’Ordre Noir.
Thrall hésita longuement avant de répondre, et ce fut par une question :
- Et Eluontios ? Il ravage notre frontière avec la Germanie, avec ma Germanie. Nous devrons également nous en occuper !
- Allani-Ettitu est une plus grande menace pour le moment, d’autant qu’en rejoignant le Col des Tempête elle avance sur les pas de Kragden. Une alliance entre ces deux adversaires serait pire que tout ! », affirma Gunther en se grattant la barbe, perdu dans ses pensées. Il reprit après quelques secondes d’hésitation qui en dirent long sur les doutes qui l’assaillaient derrière son air assuré.
« Je pense que vous devriez partir pour le Col des Tempêtes, tous ensemble, pour y affronter et y détruire une bonne fois pour toute cette menace. Une fois de retour, nous nous tournerons vers Eluontios. Je ferai envoyer une missive à la Forteresse pour demander de plus amples instructions, à propos de ce Sage qui me trouble. »
- C’est une sage décision, Gunther, que je partage en tout point.
Memnoch ne réprima pas le rictus qui éclairait son visage d’une façon inquiétante.
- Je suis de ton avis, Nibel. Avec Inyan, nous connaissons parfaitement le chemin conduisant au Col des Tempêtes. Avec nos armures d’Ase et l’appoint des Grecs, nous pourrons triompher de tous les dangers de cet endroit maudit. La présence de quelques Einherjars ne sera pas de trop, ainsi nous pourrions même en finir avec le démon Kragden et ses filles qui nous ont donné tant de mal la dernière fois.
- Hanz, Ryusei, Canagan et Liu. Je garde Thendrik avec moi ici, à Troudheim. J’ai besoin de ses qualités de meneur d’hommes en cas de nouvelle attaque des Elfes Noirs.
- A ta guise Gunther ! Mes amis, poursuivit Inyan en se levant, un tumultueux périple nous attend. Les Grecs vont affronter des conditions terribles, nous aussi. Il va nous falloir de l’équipement, des vivres, des manteaux efficaces : les Montagnes Venteuses forment le pire espace qui existe en Asgard. Nous ne passerons pas par la Forteresse, sinon nous rallongerions notre voyage : il nous faudra tout préparer ici. Soyez assurés qu’avec Memnoch, nous vous mènerons là où peu d’hommes ont osé aller ! Astragoth pourrait même être comparée à un doux endroit au regard de ce qui nous attend ! Heureusement, nous serons là pour vous guider dans les entrailles fétides du domaine de Kragden, assura l’Ase de Bragi sous le regard approbateur de Memnoch.
- Ça va me plaire votre histoire. Nous allons enfin nous amuser, conclut Dimitre en accompagnant du regard une bourrasque qui venait d’ouvrir avec fracas la porte de bois du temple.
« Regardez, le Col des Tempêtes vient nous chercher jusqu’ici, ne le faisons pas trop attendre. »

***

Les Montagnes Venteuses, enfin … La destination finale de ce long périple qui les avait vu traverser les Montagnes Blanches secouées par les vents tempétueux de l’hiver polaire, passer à une journée de marche de la Forteresse Sacrée, évitée afin de ne pas la dévoiler aux yeux des Grecs. Le vent qui hurlait sa rage avait été un bon guide, autant qu’Inyan et que Memnoch qui avaient dû, voilà des mois, des années peut-être tant le temps passait étrangement depuis le cataclysme d’Astragoth, rejoindre cette terre perfide et désolée. Leurs yeux les brûlaient tant la morsure du blizzard était agressive. Le fantastique paysage disparaissait derrière une brume givrante qui ne se levait pas, vide de vie et de réconfort. Odin ne contrôlait pas tout son Royaume, ces Montagnes Venteuses étaient le dernier refuge des démons les plus anciens ; même le fourbe Loki ne pouvait espérer trouver refuge en ces terres … Pourtant, il fallait poursuivre. Bjarnulf regarda la lueur du soleil qui tentait désespérément de percer le couvercle nuageux ; il semblait froid, irradiant une faible lueur bleutée, totalement différente de ce qu’il était d’habitude … Loin de réchauffer les cœurs, ses reflets concouraient à rendre ce périple plus sinistre encore. « Odin, nous nous rapprochons du seuil de l’oubli, le Col des Tempêtes déverse sa colère sur nous par l’entremise de ses tempêtes : nous saurons passer outre et triompher, pour Asgard ! », s’encouragea l’Ase de Vidar en mâchonnant une des plantes distribuées par Inyan pour lutter contre le froid ambiant.
Tout à coup, une bourrasque plus menaçante que les autres fit courber l’échine à l’ensemble des compagnons. Le petit chemin escarpé qu’ils suivaient fut balayé pendant des secondes qui parurent une éternité et Darkhan ne dut qu’à Meijuk de ne pas tomber dans le précipice qui attendait paisiblement ses proies.
« Le vent va se lever dans quelques minutes, nous devons trouver un abri ! hurla Inyan pour se faire entendre, tout en protégeant son visage des assauts de morceaux de glaces qui cherchaient une faille dans les armures et les manteaux des aventuriers.
-Par Kröm ! Quel est ce pays de fous ! La peau de mon armure me protège mais vous, je vous plains ! Et regarde, là-bas Nevali, dit-il en levant son regard, les pierres volent au-dessus de nos têtes au rythme du vent ! Moi, je suis lourd, mais vous, vous allez être emportés !
- Séléné, je crois que si ces pierres volent, tu le seras tout autant, lâcha le Loup de Bronze qui lui, comme les autres Grecs, portait un lourd manteau de peau.
- Qu’est-ce qu’il raconte Inyan devant ? s’inquiéta Harald en se rapprochant des deux compères, tout en se collant à la paroi glacée pour parer à toute éventualité.
- Je ne sais pas, il doit avoir peur de ces pierres volantes, proposa Séléné en pointant son doigt vers le ciel. Je savais bien que les Asgardiens étaient des femmes, moi, je n’ai pas peur ! Je vais détourner ces vents avec mon Kosmos !
- En attendant ton exploit, reprends ta route, tu bouchonnes. Inyan a indiqué un endroit où nous pourrons nous protéger des tourments de ces vents. Suivons-le. Je sais que les tempêtes de glaces peuvent être terribles ».
Surpris par le ton inhabituellement inquisiteur de Pallas, Séléné obtempéra, suivi en ce sens par ses compagnons. L’Ase d’Heimdall, qui devançait de peu Inyan, jeta une pierre dans la caverne qu’il venait de trouver, Hache Divine au poing au cas où une bête sauvage ou pire encore, un monstre inconnu, sortirait à la rencontre de ces intrus. Seules les plaintes des vents semblaient habiter ces lieux maudits, ce qui ne rassura qu’à moitié Memnoch qui fit signe à Inyan que la voie était libre, tout en caressant son Cor comme s’il trouvait dans cet instrument d’Heimdall une source de réconfort. Un à un, les compagnons pénétrèrent dans la caverne. Si Canagan ne semblait pas très rassuré et murmurait une prière en demandant la protection des esprits de ses ancêtres, Hanz paraissait le plus troublé de tous.
« Les enfers … que faisons-nous dans cette caverne qui arrive juste au bon moment ? Odin, veille sur tes serviteurs … »

Le doute semblait avoir envahi l’esprit de l’Einherjar, à l’instar de son corps suant sous son Armure et son lourd manteau malgré le froid terrible qui sévissait également dans cette cavité. Pourquoi avait-il peur ? Avait-il peur pour lui, pour ses compagnons ou pour … Ginevra, son amour qu’il risquait de ne plus revoir ? Puis, se ressaisissant et dégainant son épée et sa rondache, Hanz s’engouffra dans les ténèbres qui l’enveloppèrent, avant de se refermer sur lui.

Au dehors, le vent se mit à redoubler de violence, accompagnant une ombre qui sautait de blocs en blocs, virevoltant et se jouant des éléments, brisant le cas échéant d’un seul regard ces pierres gelées qui osaient se mettre sur son chemin.

***

L’être à la chevelure blonde et aux mèches hirsutes escaladait lentement la falaise glacée, trouvant de minuscules fissures entre les pierres sur la surface apparemment lisse. Son compagnon ne le quittait pas et le suivait à quelques distances, en contrebas. Le blizzard redoublait d’intensité mais épargnait étrangement l’inconnu, nimbé d’un halo de lumière qui semblait aspirer la faible lumière ambiante. Il appréhendait de se retrouver en haut : serait-il à la hauteur ? Il arriva bientôt juste en-dessous de la caverne qui accueillait les compagnons et y grimpa, se retrouvant près de l’entrée qui ne semblait pas gardée. Non gardée par des humains du moins, il sentait la forte aura d’un pouvoir qui ne lui était pas inconnu, celui du Kosmos d’un Guerrier Sacré, en l’occurrence Mâa.
Il avait appris à se fondre dans n’importe quel environnement, jusqu’à disparaître de la vue des hommes. S’accroupissant, il amena son visage à la hauteur d’une pierre et, mettant sa main devant lui paume vers le haut, souffla dedans. L’haleine argentée tourbillonna et emplit l’espace, entourant Mâa d’un étrange carcan étoilé sans que ce dernier ne s’en aperçoive.
Il attendit mais personne ne vint. Personne parmi ces fiers guerriers n’avait ressenti sa présence, son compagnon l’attendait seul au-dehors, à l’abri d’une roche. Tel le néant qui porte les étoiles, l’ombre se glissa en silence. A la première intersection, il trouva Mâa qui avait été placé là de garde, des marques de fatigue sur le visage, paisiblement endormi par le souffle argenté. Il caressa doucement la ligne du menton du jeune homme aux traits presque féminins qui s’éveilla à moitié, aussitôt captivé par le ballet hypnotique des étoiles qui l’étreignaient.
L’être le sonda, mais ce qu’il apprit ne l’avança guère. Mâa avait appris à fermer son âme par la méditation et même lui ne pouvait pénétrer cette forteresse interne. Plus tard, peut-être.
Laissant le Guerrier du Lotus à un rêve agréable, il décida d’aller rendre visite aux autres afin de profiter de son effet de surprise : il était prêt, enfin, à affronter son destin.

« Courez ! Quittez cet endroit à l’instant ! C’est la mort qui vous attend ! » hurla l’inconnu en pénétrant soudain dans la cavité de roche qui accueillait les compagnons.

Pointé vers le ciel, le bras du Guerrier Noir du Cygne s’entoura d’une tornade de flocons et de glace entremêlés. Il observait les compagnons depuis leur entrée dans cette vaste pièce naturelle aux multiples stalactites de glace et attendait le bon moment pour passer à l’action. Le cri du nouvel arrivant l’avait obligé à changer ses plans : peu importait, il était assuré de sa victoire finale. Il ouvrit la main, laissant s’échapper la poussière glaciale qui s’empara de la cavité en une spirale immaculée. Le poing droit serré, l’inconnu qui avait fait irruption regardait la scène. Les Elus sortaient de leur torpeur et regardaient tour à tour le Guerrier Noir, qui les attendait depuis longtemps pour refermer sur eux le piège qu’il avait préparé, la roche qui se fissurait sous la puissance de la glace et cet inconnu qui terrorisait les plus valeureux. Ce dernier ne bougeait plus, regardant tour à tour les représentants d’Odin et d’Athéna dans les yeux. Ils avaient encore un rôle à jouer. Il fallait en finir au plus vite avec ce Guerrier Noir avant que tout ne soit perdu.
Finissant son œuvre glaciale, Galeon du Cygne Noir eut à peine le temps de voir l’inconnu se jeter sur lui. Il vit le guerrier à l’armure flamboyante approcher à une vitesse dépassant sa capacité de compréhension, et sortir une épée terrifiante qui semblait rire en pensant à ce qui allait se passer. Il ne vit pas ses yeux bleus virer au rouge comme pris de folie, ni son Kosmos fusionner avec son arme acérée. La dernière image qu’il perçut avant d’être totalement paralysé, fut celle d’une multitude de flammes le léchant et diffusant une terrible douleur tout au long de son armure d’ébène. Paralysé, le Guerrier Noir du Cygne sentit une décharge d’énergie canalisée dans un seul coup lui vriller le ventre. Il vit le poing de l’inconnu transpercer son abdomen. Il sentit l’épée rieuse percer ses organes, lacérer ses entrailles, se jouant de son armure. Le corps du Cygne Noir, enlevé par l’impact, éventra la roche de glace et atterrit en contrebas dans un fracas effroyable. Vomissant du sang et ses entrailles, presque totalement paralysé, le Cygne Noir se retourna avec difficulté sur le sol, et regarda son adversaire avec un regard horrifié.
« Ta vie s’achève ici. Tu as échoué dans ton entreprise, ils sont à moi », lança l’inconnu en brandissant son épée, le visage caché dans l’ombre.
Ravalant une gorgée de sang, le Cygne Noir accepta comme une délivrance le coup fatal qui le décapita : il perçut dans les derniers instants de sa vie le véritable sens des mots douleur et horreur.
« Je vous ai dit de fuir, cette caverne va s’effondrer, nous serons à l’abri dehors, le vent ne nous fera pas de mal. Vite, venez ! »

Un grondement sourd accompagna les paroles du guerrier qui, suivi de l’ensemble des compagnons, encore sous le choc de cette scène, s’échappèrent de justesse de la grotte qui s’effondra sur elle-même.

***

Le vent avait diminué sensiblement. Ses assauts demeuraient vigoureux mais il était possible de converser sans hurler. L’effondrement de la caverne avait généré une barrière protectrice constituée de blocs de pierres et de glace qui contenait pour un temps les flocons de neige qui tombaient en provenance du Nord. Là-bas, quelque part dans la brume givrante, le Col des Tempêtes vomissait son flot intarissable de fureur élémentaire. Ici, à l’abri de cette muraille de fortune, les Elus dévisageaient l’inconnu qui ne laissait rien transparaître.

Les représentants d’Odin étaient clairement les plus troublés. Ils reprenaient lentement leurs esprits tandis que les souvenirs se bousculaient dans leurs têtes. Ayant conclu qu’il était bel et bien vivant, ils réfléchissaient à sa situation présente : que faisait-il ici ? Pour les Guerriers Sacrés, les interrogations étaient toutes autres : aucun n’avait réussi à ressentir la présence du Cygne Noir, Mâa avait été endormi par un pouvoir inconnu et, surtout, ce guerrier flamboyant avait démontré une puissance surprenante, presque terrifiante. S’ils ne disaient mot, Seth et Macubex paraissaient les plus intrigués, les plus intéressés par ces derniers événements. Les choses évoluaient dans un sens nouveau.
« Te revoici revenu parmi nous, Yshba. »
Inyan crut discerner un sourire sur le visage presque animal de l’Hindou aux mèches blondes. Ce dernier ne répondit pas, se contentant de mettre un genou à terre et de caresser Ulv, fidèle compagnon qui l’avait suivi jusqu’ici.
« Nous te devons une fière chandelle, sans toi ce Guerrier Noir aurait blessé nombre d’entre nous. Comment nous-as-tu retrouvés ? Comment savais-tu pour cet agresseur ? »
Seth coupa la parole à Hanz et s’avança pour poser la question qui brûlait toutes les lèvres :
« Pourquoi n’es-tu pas mort ? Je connais la mort, l’Enfer. Tes compagnons nous ont narré ta mort. On ne revient de l’Au-delà que si une divinité a un plan pour nous. Quel est ton rôle ? Qui t’a sauvé ? »
L’Egyptien ne pouvait pas détourner son regard de son sauveur. Il n’arrivait pas à décider s’il faisait face à un compagnon d’arme ou s’il faisait face à un réel homme-animal, à un démon.
« J’ai pris le chemin que j’avais vu dans l’obscurité, répondit-il finalement en se forçant à sourire pour essayer de cacher son trouble.
- Nous avons vu Allani-Ettitu te détruire dans sa crypte maudite : comment as-tu pu survivre ? C’est impossible ! s’emporta soudain Inyan.
- Comment avez-vous pu vaincre le Roi de Nibelung ?
- Odin était à nos côtés ! assura Thrall les yeux brillants, devançant la réponse de son compagnon retrouvé.
- Alors, répliqua Yshba, vous avez la réponse à votre question. Je me suis réveillé dans une galerie sombre et humide. J’étais perdu dans les entrailles de la Terre. J’ai erré pendant des jours, des semaines, des années peut-être. Puis j’ai découvert cette armure et j’ai vu cette lumière, qui m’a guidé dans la pénombre de cet endroit maudit. Enfin, je quittai cet endroit, enfin j’entendis l’appel de notre Grande Prêtresse me guider jusqu’à la Forteresse Sacrée. La suite vous la devinez : avertie par Gunther de votre périple, notre Prêtresse m’a demandé de vous rejoindre dans les Montagnes Venteuses. Thendrik m’a donné de précieuses informations pour franchir sans encombre les cols de ces sommets maudits. J’ai ressenti la présence du Cygne Noir voilà quatre jours : je l’ai suivi, épié. Il était accompagné d’un autre Guerrier, puissant, portant une armure étrange, noire et argentée, drapée dans un manteau rouge sang. Le Cygne Noir vous pistait et a reçu pour mission de vous tuer : je n’ai eu qu’à attendre le bon moment pour vous retrouver et en finir avec lui. »
Sa voix était forte mais remplie d’une grande sérénité apparemment contradictoire avec son apparence presque sauvage. Une lueur passa dans les yeux de Macubex.
« Tu penses que nous allons te croire sur parole ? Tu sembles avoir croisé l’une des personnes que nous poursuivons, un serviteur de Caturix ; qui nous dit que tu n’es pas de mèche avec lui ?
-En effet. Mais, quelles que soient mes explications, il en restera parmi vous pour me croire et d’autres pour me soupçonner de traîtrise. J’ai toujours été mis en marge, surtout depuis l’épisode de la grotte maudite. Je porte Astragoth comme un fardeau. Je ne dirais rien de plus, c’est inutile : nous avons une mission à accomplir ».
Le ton de la voix d’Yshba était soudain devenu plus lugubre, teinté d’une tristesse non feinte. Meijuk se rapprocha de son compagnon et porta une main chaleureuse sur son épaule :
« Moi, je te crois. Je suis heureux de te revoir parmi nous. Les Grecs, nos compagnons d’Hattousa, sont des alliés qui vont nous permettre de mettre fin aux troubles générés par Allani-Ettitu et ses sbires. Nous sommes, j’en suis certain, tous heureux de vous compter comme compagnons, toi et Ulv, ton fier loup !
- Meijuk a raison, s’avança Thrall en serrant à son tour Yshba dans ses bras. Ce combat nous a éprouvés mais l’essentiel est que nous soyons tous sains et saufs. En route mes amis !
- Dis-moi, tu sembles devenu bien puissant : quelle est cette armure, et cette épée ? Tu sembles porter des ornements dignes de nos armures d’Ases !
- Cette armure est venue à moi dans la pénombre sans que je puisse l’expliquer, répliqua l’Hindou en caressant discrètement l’anneau qu’il portait toujours à son annulaire droit sous le regard inquisiteur de Macubex et de Seth. Nous comptons parmi nous un Guerrier Noir du nom de Canagan si les informations de Thendrik sont exactes ; et bien comme lui, Liu, Ryusei ou Hanz, je suis devenu un Einherjar. Mon armure et mon épée sont certainement d’essence magique, j’ai obtenu le droit de les porter comme tout Einherjar peut porter l’équipement qui lui convient.
- Et bien c’est du bon matériel. Allons donc éprouver sa résistance : tu m’as frustré Yshba, mon épée réclame sa part de sang, j’espère que la suite de ce voyage saura épancher sa soif ! grinça Dimitre sous les regards dépités d’Akurgal et de Nibel qui levèrent les yeux au ciel en guise d’exaspération. Assez tardé. En avant ! »

Memnoch et Inyan ouvrirent la marche à travers la neige qui s’amoncelait sur le petit chemin rocailleux. Le Col des Tempêtes n’était plus très éloigné. Les sens en éveil, les compagnons se rapprochaient de la caverne qui semblait faire trembler sur leurs bases toutes les montagnes d’Asgard.

***

Deux nouvelles journées de marche sans répit dans cet enfer. Comme Inyan et Memnoch l’avaient signalé, plus on se rapprochait du Col des Tempêtes, plus le vent devenait infernal, allant par endroit jusqu’à arracher des pans de falaise. « Maintenant accrochez-vous : nous devrions être emportés dans une tornade de glace : laissez-vous faire, ne luttez pas, c’est la porte d’entrée du Col », hurla Memnoch.
« Cet endroit doit être protégé par un puissant pouvoir, ou une magie ancestrale, s’inquiéta Asturias tout en noircissant comme il le pouvait son carnet de notes au moyen d’un stylet qu’il trempait dans un mélange noir de sa confection.
- Je ne sais pas comment tu fais pour écrire dans ce froid ! Ta mixture résiste à tout ! Je n’ai jamais connu tel enfer sur Terre, répliqua Shiro transi de froid.
- Inyan et Memnoch savent ce qu’ils font, j’ai confiance.
- Je sais que ton frère est digne de confiance Frank, mais avoue que cet endroit a de quoi réveiller nos peurs les plus primaires, énonça Mâa entre deux rafales, comme s’il cherchait une explication rationnelle à ces tourments.
- Lors de ma formation, continua Pallas, j’ai connu de telles tempêtes au milieu des glaces : croyez-moi mes amis, la nature est capable de déchaîner une puissance pire encore … »

Mâa poussa un hurlement qui stoppa net Pallas dans ses explications, bientôt imité par l’ensemble de ses compagnons, à l’exception de Memnoch qui fut pris d’un rire sardonique. Leurs corps volaient dans les airs, pris dans le tourbillon d’une tornade de glace. Après une chute d’une cinquantaine de mètres, les compagnons s’écrasèrent sur un tas de neige poudreuse. Secoués, le souffle coupé, ils gisaient à même le sol, les yeux perdus dans un ciel totalement étoilé. Bjarnulf se releva difficilement, aidé par Memnoch. Il regarda autour de lui et vit ses compagnons reprendre peu à peu leurs esprits. Ryusei et Liu étaient pris d’un rire nerveux, Macubex était à quatre pattes et semblaient avoir du mal à comprendre ce qui lu était arrivé. Il n’était pas blessé. Une faveur divine. Artholos rejoignit bientôt Harald et Frank qui se tenaient debout, bouche bée devant une immense caverne qui s’étendait devant eux. De gigantesques stalactites de cristal pendaient d’une voûte glacée, la neige fondante qui s’en égouttait peu à peu remplissant l’espace d’une étrange mélodie.
« C’est beau hein ! s’exclama Memnoch, admiratif.
- C’est … enfin il n’y a plus de vent, le ciel est clair, la neige semble réfléchir une lumière qui vient de cette caverne … quel endroit merveilleux, et si calme !
- Ne te fie pas aux apparences mon frère. Cette caverne est une toute petite partie d’un immense dédale bâti par un peuple inconnu, certains disent même que ce sont des dieux qui l’ont creusé ».
Rahotep s’avança à son tour et poursuivit la présentation, récitant des textes qu’il avait appris par cœur :
« Ces vastes tunnels, ces temples, ces salles ont abrité jadis un peuple pour qui la glace était un environnement naturel sain ; sous ces voûtes résonnent leurs pas et l’écho de leurs paroles inscrites dans la glace. Cet immense squelette qui contemple les étoiles renferme l’âme d’un Dragon, créature plus ancienne encore que les hommes, que les dieux : c’est le gardien de ce passage mythique.
- Fantastique ! Je ne savais pas qu’Asgard recelait des endroits si paisibles, s’émerveilla Mâa qui, comme l’ensemble de ses amis, avait rejoint le seuil de la caverne.
- Le calme avant la tempête, siffla Seth en ajustant son manteau autour de son armure.
- Ne sois pas si cynique Seth, profite donc un peu de cette merveille de la nature …
- … oui Mâa, avant de voir les horreurs de ces tunnels ! »
Inyan fit un pas en avant, la pointe de l’Epée de Bragi tendue vers le couloir glacé.
« Seth a raison. Ce qui nous attend à l’intérieur n’a rien à voir avec tout ce que nous avons connu jusqu’ici. Il faudra être sur nos gardes ».

« Nous pénétrons la mémoire de la Terre originelle : c’est autant inquiétant qu’excitant. Nabû, toi qui as veillé sur les miens, jette un regard protecteur sur mes amis. C’est pour la paix et la défense de la sagesse des Hommes et des Dieux que nous pénétrons cet endroit où se tapit dans l’ombre la terrible Allani-Ettitu qui désire si ardemment notre perte ! », murmura Akurgal, dernier à pénétrer dans la grotte. Celle-ci s’enfonçait assez rapidement dans le cœur de la terre, suivant un boyau assez étroit. L’air était chaud et piquait les poumons. Après quelques minutes, l’entrée de la grotte disparut totalement ; les compagnons s’enfonçaient inexorablement dans les entrailles de la terre.



Dans le ventre de la Montagne Hurlante



Inyan et Memnoch n’en revenaient pas. Tout était différent. La dernière fois, des ossements jonchaient le sol, l’humidité suintait à travers la moindre pierre et dégageait une certaine odeur de pourriture qui se mêlait à celle des animaux en état en décomposition. Le petit boyau avait rapidement fait place à une étrange cavité faite de pierre qu’on eût dite fondue sous l’effet d’une terrible chaleur. Les Armures des différents guerriers et les torches irradiaient une lueur qui se reflétait sur la pierre, poreuse en certains endroits, ornée de petites ampoules arrondies. Des cristaux de quartz étincelants semblaient s’allumer sur leur passage.
« Comment tout ceci a pu autant changer ? Je ne reconnais plus rien !
- Je ne sais pas Memnoch, mais ça ne me dit rien qui vaille. Méfions-nous des trois filles, elles nous attendent peut-être au détour d’un corridor, comme la dernière fois.
- Quelque chose ne va pas ? s’inquiéta Frank.
- Trop de choses ont changé depuis notre dernière visite : fais passer le message derrière, on nous attend peut-être ».

Après de longues heures de marche sans encombre dans un tunnel sinueux et étouffant qui descendait toujours plus, Inyan donna le signal d’arrêt. Hanz aussitôt s’assit ; les torches qui crépitaient furent accrochées à une saillie de pierre. L’air menaçait de les éteindre et pour parer à certains souffles, Canagan proposa de les mettre au sol, à l’abri de gros blocs de pierres polis. La faim et la fatigue commençaient leur travail de sape : cet endroit était difficile, même pour des êtres aussi exceptionnels. Cette descente ne se faisait pas sans une grande dépense de forces, Darkhan et Mâa semblaient les plus touchés par ces conditions extrêmes.
« Reposez-vous, je pars en avant avec Yshba et Thrall : Ulv est nerveux et Yshba pense qu’il a flairé quelque chose de pas normal, devant nous.
- Fais attention à toi, Frank. Yshba ne m’inspire pas une confiance sereine.
- Je serai sur mes gardes », répondit le Lézard d’Argent en donnant une tape amicale sur l’épaule de Shiro.
Les trois hommes s’enfoncèrent dans le corridor de pierre accompagnés de Ulv qui, après seulement quelques dizaines de pas, marqua un temps d’arrêt et se mit à grogner. Yshba, posant un genou à terre, sembla parler dans l’oreille gauche dressée de son animal puis, serrant son poing, lâcha une boule d’énergie qui vint frapper un bloc de pierre distant d’une dizaine de pas. Dans l’explosion, de multiples morceaux de pierres retombèrent au sol et l’un d’eux déclencha une trappe ouverte sur des pieux acérés.
« Des pièges. Il n’est pas certains que nous les aurions évité sans Ulv.
- Tu as raison Yshba, ton loup nous sauve la mise. Il doit y en avoir d’autres, je vais essayer de les trouver et de les détruire.
- Pas tout de suite », Thrall, s’opposa Frank en tendant un bras pour empêcher son compagnon de passer.
Frank fermait les yeux depuis quelques instants et se concentrait. Il avait appris à percevoir les moindres vibrations de son environnement et était capable de détecter le Kosmos comme la présence du moindre être vivant. D’un geste lent mais assuré, il tendit son bras gauche en avant et sa main se ferma en poing et se mit à irradier une clarté qui aveugla ses amis.
« PROJECTION DE MARBRE SACRE ! » clama-t-il en ouvrant soudain les yeux, tandis que des lettres étincelantes se dessinèrent sur ses avants bras. La roche alentour fut comme aspirée autour de sa main dressée et projetée sous forme étincelante dans un tourbillon qui déferla sur le corridor. Stupéfaits, Yshba et Thrall regardèrent quatre corps s’écraser au sol.
« Ils nous attendaient, j’ai ressenti leur présence.
- Vous êtes surprenants, Guerriers Sacrés. Je crois que nous avons autant de choses à apprendre de vous que vous en avez à apprendre de nous, assura l’Ase d’Ull en souriant et en regardant les mots de l’attaque du Lézard d’Argent s’estomper sur ses poings.
- Des Fils de Fjalar, des Nains Sombres. Que font-ils ici ?
- Ils nous attendent. Nous sommes attendus. Il s’agira de ne pas les décevoir », Yshba, conclut Thrall tandis que Frank se retournait vers Ryusei et Canagan qui, les premiers, arrivaient au secours de leurs compagnons.

***

Devant la barricade improvisée, les Nains étaient bien déterminés à se battre jusqu’au dernier. Alors qu’Yshba et Thrall désamorçaient les nombreux pièges qui défendaient le corridor sulfureux, Meijuk, Dimitre, Nekkar et Shiro faisaient face à leurs adversaires. Le reste de la troupe s’était divisé en plusieurs groupes afin de trouver lequel des corridors menait vers leur destination. Au final, chacun était tombé dans une embuscade.

Les guerriers se mirent en position de combat. Les Nains étaient secoués de rictus haineux et de tremblements nerveux qui suggéraient leur emprise sous l’effet d’un quelconque breuvage. Canagan avait déjà expliqué que les Druides de sa contrée avaient l’habitude d’abrutir leurs combattants pour qu’ils ne ressentent pas la douleur et, ce faisant, ils étaient capables des plus incroyables exploits. Meijuk se mit en position de défense. Le Nain l’attaqua sans attendre. Une suite de coups de hache s’abattit sur l’Ase de Vali qui, par une série de feintes et de parades, repoussa tous les assauts de son adversaire. La force de la rage du Nain décuplait sa puissance respective : le Nain Sombre mettait plus de violence dans ses assauts et, soudain, Meijuk ne put éviter certains coups. Son Armure divine était assez résistante pour ne pas souffrir de ses assauts, mais un coup bien placé pouvait le décapiter : il décida de passer à l’action. D’un geste ferme, il retourna la force de son adversaire contre lui en s’emparant de son poignet et le propulsa contre la paroi rocheuse d’où suintaient des jets de souffre. Meijuk planta sa Lance Sacrée dans le sol ; celle-ci se mit à vibrer et six lances analogues apparurent à l’endroit même où le Nain retombait. Son visage horrifié accompagna son corps qui s’empala sur ces armes surgies de nulle par.

De son côté, Shiro n’avait pas laissé respirer son ennemi. Le Guerrier d’Orion multipliait les feintes effectuées à une vitesse impressionnante. Ainsi, tandis que le Nain tentait une nouvelle fois de l’atteindre de sa hache, il lui flanqua une imparable droite à hauteur du visage. Le Fils de Fjalar fut instantanément propulsé vers la paroi et s’y encastra profondément, avant de retomber démembré sur le sol rocailleux.
« Nekkar, ne joue pas avec ton adversaire, termines-en !
- Laisse-moi tranquille Shiro, je sais ce que j’ai à faire !! »
« Il faut que je tente autre chose. Je dois apprendre à maîtriser une nouvelle attaque ou je risque d’y laisser ma peau face à un adversaire plus coriace », marmonna le Guerrier d’Hydra. « Ma technique a été dépassée la dernière fois, je ne peux me satisfaire de cette situation : nabot de malheur, tu seras le premier à éprouver ma nouvelle surprise ! »
Il intensifia son Kosmos et poussa un cri strident qui contrastait avec sa voix d’habitude si grave.
« LES MAUX D’HYDRA !!! »
Sur les protections qui recouvraient les avant-bras de Nekkar, des lettres émeraude se gravèrent pour former le nom de l’attaque du Guerrier Sacré, tandis que ses griffes se rétractaient et disparaissaient entre ses phalanges de bronze. Les pierres jonchant le sol se soulevèrent et explosèrent en fines particules qui saturèrent bientôt l’atmosphère déjà baignée dans le soufre. Ce nuage n’avait rien de naturel : parcouru de décharges électriques, les particules s’entrechoquaient et aspiraient l’air ambiant pour former des molécules mortelles, invisibles à l’œil nu. Nekkar se concentrait et rythmait à présent les mouvements de ses mains d’un chant étrange qui hypnotisait son adversaire.
« Cette fois personne ne pourra éviter mon attaque. Personne ne peut résister à mon chant funeste et personne ne pourra survivre aux maladies que je vais générer dans ce magma de poussière : cette attaque est parfaite ! » se réjouit le Guerrier d’Hydra en intensifiant son Kosmos qui emplit le corridor et dissipa le nuage de poussière. Shiro n’en revenait pas : en cet instant, Nekkar semblait capable de battre n’importe qui : il savait que le nuage avait fait son œuvre mais il n’avait pas vu l’instant où il avait frappé le Nain ! Ce dernier, incapable de se défendre, bercé par le cri d’Hydra qui s’était emparé de son esprit, fut pris de convulsions. Rongé de l’intérieur, en proie à une maladie inconnue, il s’affaissa en criant et tomba à terre, privé de ses forces. Shiro vit avec horreur des pustules couvrir ce corps qui ne fut bientôt plus qu’une masse informe de chair putréfiée.
« Ne me regarde pas ainsi, Shiro. Tu ne pensais tout de même pas que j’étais incapable de créer une nouvelle attaque suite à mon dernier échec ? s’étonna-t-il un sourire en coin.
- Tu es effectivement doué. Je n’ai pas vu de faiblesses dans ton attaque. Elle est d’une redoutable et terrifiante efficacité. Je te félicite. Allons aider nos compagnons, ils sont trois sur le dos de Dimitre ».

Shiro et Nekkar se tournèrent vers l’Ase de Tyr et écarquillèrent les yeux devant la scène qui se jouait à quelques mètres d’eux. Assis sur un bloc de roche, Dimitre applaudissait et encourageait deux de ses adversaires. Ces derniers, titubant, tentaient désespérément de ne pas vomir leurs entrailles déchiquetées. Les deux corps s’effondrèrent finalement aux pieds du troisième guerrier, sans porter la moindre trace de blessure.
« Ah ! Bravo !! se réjouit Dimitre en se relevant. Ils ont été résistants ces deux-là, les Nains sont robustes ! Ils apporteront deux jolis trophées à ma collection ! Allons, à toi maintenant. Je ne vais frapper que deux fois : tu devrais tenir encore un peu plus longtemps que tes compagnons.
- Idiot sanguinaire, tu ne mérites pas de porter l’Armure Sacre de Tyr.
- Et il parle le Nain ! Résiste donc à ça, je vais t’apprendre les bonnes manières ! »
Dimitre se lança à l’attaque et, par deux fois, l’Epée de Tyr découpa l’air en direction du Nain qui ne broncha pas un instant. Mieux, une fraction de seconde après le second coup de l’Ase, alors que ce dernier avait baissé sa garde, il riposta : « GRIFFES SANGUINAIRES » hurla-t-il sous le regard incrédule des quatre compagnons qui découvrirent sous la cape du Nain une armure noire et rouge, semblables aux Armures Sacrées du Sanctuaire. Son assaut réussit à percer l’Armure de Tyr et à blesser Dimitre en de multiples endroits. Ce Nain, de toute évidence, n’avait rien de commun avec les autres, ce que son Kosmos enragé ne tarda pas à confirmer.
« Je suis Thurm, Guerrier Noir du Lionnet. Prends garde à toi, je connais la légende des Ases et je connais aussi parfaitement les points faibles de ces Armures Divines : à la jonction de chaque pièce vous n’êtes protégés que par quelques mailles qui ne peuvent rien face à mes griffes acérées. Sache également qu’avec ta lenteur, tu ne risques pas de me toucher. Tu es bien loin de maîtriser ton Armure Divine ; elle n’est que métal sans vie car tu n’as pas éveillé ton Kosmos.
- C’est ce que nous allons voir », vitupéra Dimitre en portant à sa bouche le sang qui coulait sur son armure.
Il haleta quelques instants. Le doute s’emparait de lui pour la première fois. Il comptait sur son Epée de Tyr et n’avait pas envisagé qu’il puisse ne pas toucher un adversaire.
« Tu as évité mon premier assaut par chance, Nain : je vais t’abrutir de coups, même si un seul suffira à être fatal ! »
Dimitre se jeta sur Thurm et le couvrit de coups qui gagnaient en puissance. Chaque coup était cependant l’occasion pour Thurm de contre-attaquer et les griffes sanguinaires déchiraient Dimitre. Ses forces l’abandonnaient peu à peu, il perdait, il allait mourir. Contre toute attente l’Epée de Tyr semblait, elle aussi, désespérément inefficace. Avec la rage d’un condamné il se jeta sur son adversaire qui para le tranchant de l’Arme Divine d’un simple revers de la main. Dimitre était médusé ; ses trois compagnons décidèrent d’intervenir mais le Caucasien éructa.
« Laissez-moi tranquille, hurla-t-il en puisant dans ses dernières forces, je vais me le faire tout seul ! »
Alors que tout semblait joué, un puissant Kosmos inonda Dimitre qui fut projeté sur le côté, presque inconscient.
«  DEFENSE DE CALYDON !!»
D’une violence rare, l’attaque propulsa Thurm dans vers la voûte rocheuse, l’espace se vida de l’air ambiant, son armure s’effrita et, les yeux incrédules, il vit deux poings le percer de part en part. Thurm ne sut jamais qui le vainquit. Dimitre fut le premier surpris de voir un simple Einherjar, Canagan, être capable de le sauver là où lui, fier Ase, avait failli succomber. Revenu avec son groupe qui avait découvert une voie, il s’était jeté sans hésitation au secours de son compagnon et avait démontré à tous la vaillance du nouveau porteur du Sanglier de Calydon Noir. En aspirant l’air autour de son ennemi, il avait affaibli son armure qui, de fait, n’avait pas résisté au choc de ses deux poings.

***

« C’est Nibel et Akurgal qui ont découvert cette fresque : selon eux, les runes indiquent l’existence d’un palais ou d’un royaume, ils ne sont pas certains de la traduction, plus bas, en suivant les marches de grès noir. »
Plusieurs longues minutes s’étaient écoulées. Asturias finit de noter ce nouvel indice livré par Bjarnulf et porta un regard amical vers Dimitre qui était bandé par Frank tandis que Mâa usait de son Kosmos pour faire disparaître la douleur.
- Ça ira ? s’inquiéta le Dalmate.
- Oui. Je ne comprends pas. Ce Nain aurait pu me tuer si Canagan n’était pas intervenu. Saloperie d’Armure ! Les Ases pourraient au moins nous donner plus de vitesse !
- En déployant ton Kosmos tu y parviendras, assura Mâa en se relevant.
- Il a raison, compléta Frank. « Quand tu découvriras le Kosmos, tu verras que tout ira beaucoup mieux. »
- Nous allons devoir apprendre à ne pas nous reposer sur nos seules formidables armes et armures. Notre chemin est encore long, rejoignons les autres.

Meijuk releva Dimitre et ouvrit la marche. Les compagnons retrouvèrent leurs amis devant le mur aux runes et la descente se poursuivit dans une galerie où la température se rafraîchissait de plus en plus.



La Main Froide



Ni les torches vacillantes ni les Armures dégageant de faibles halos de lumière ne parvenaient à repousser les ténèbres qui semblaient vouloir accompagner silencieusement les compagnons dans ce nouveau corridor froid. Les sens en alerte, les guerriers avançaient en silence, avec précaution, scrutant le sol de peur de tomber dans quelque gouffre ou piège. C’est alors qu’ils entendirent distinctement les sanglots pitoyables d’une femme. « Il y a quelqu’un de perdu ! Que fait une femelle ici ? » s’étonna Séléné en déclenchant le rire étouffé de Nekkar et de Nevali qui le suivaient. « La ferme Séléné ! Allons voir de quoi il retourne et méfiez-vous, c’est peut-être un piège » s’inquiéta Inyan.
Les pleurs allaient en s’amplifiant au fur et à mesure qu’ils avançaient dans le couloir humide et glacé. Levant un peu sa torche, Inyan aperçut une vague forme qui disparut presqu’aussitôt.
« Elle a dû avoir peur, suivons-la !
- Le pouvoir du pantalon, ironisa Seth. Frank, ton frère nous mène tout droit dans un piège, mes ailes du Phénix à couper. »

Après quelques instants de course, les guerriers entendirent un rire démoniaque qui leur glaça le sang, transperçant l’air telle une dague effilée qui s’enfonçait dans le cœur incrédule d’un enfant aux abois. Le timbre indubitablement humain de ce cri de femme fit vaciller la raison d’Artholos qui crut reconnaître sa sœur. Il courut en avant, disparaissant dans l’obscurité. Sa claustrophobie, qu’il avait jusqu’ici réussi à contenir refaisait surface : oppressé, suant, le Germain était victime de ses peurs les plus refoulées.
« Artholos ! Reviens !
- Inutile Pallas, rejoignons-le. Seth a raison, c’est certainement un piège, on cherche à nous séparer », assura Frank.
Artholos continua à s’enfoncer dans le corridor, ne sentant nulle présence étrangère, visible ou invisible. Comme il poursuivait sa course, il entendait de tous côtés, en provenance directe des entrailles de la Terre, des couinements, des rires sardoniques, des ricanements aux accents de joie diaboliques. Il entendit enfin le pas feutré d’une créature qui se dirigeait à présent vers lui. Il se trouvait dans une vaste salle, semblable à un temple très ancien qui s’illumina d’une lumière rouge sang quelques instants après que ses compagnons l’eurent rejoint. Dans l’air immobile, l’odeur de fumée se mêlait à celle d’une humidité mordante. Sur leurs supports de cristal, les torches de sang projetaient une lumière vacillante le long des parois et de la voûte en pierre noire du temple. Le sol était en pierre polie grise et était totalement recouvert d’inscriptions et de dessins. Dans un antique langage, les dalles recensaient tous les hauts faits d’un peuple disparus et oublié d’Asgard. Dès son arrivée, Akurgal fut fasciné par ce spectacle et se mit à genoux, laissant ses doigts fins courir sur les inscriptions. Artholos pointa son doigt dans la direction des pas :
« C’est là, droit devant, murmura-t-il en frémissant.
- Monstre. Ainsi c’est toi !
- Qu’est-ce que vous racontez ? Oh, Artholos, Asturias, vous avez perdu la tête ? demanda, incrédule, Bjarnulf.
- Ainsi te revoilà, Dagorlad ! Une fois de plus l’un des restes infects de la progéniture des Gardiens des Morts se dresse devant moi ! Et te voilà bien accompagné !
- C’est l’Indicible », murmura Mâa dans un soupir où l’horreur le disputait à la peur.

L’ombre s’avança dans la lumière jusqu’à une vingtaine de pas des compagnons qui s’étaient mis en garde. Le visage vert pâle de la créature était vide d’expression, comme gelé par les neiges d’Asgard. Ses yeux, verts pâles étaient froids comme la mort.
« Tu n’es pas l’Indicible en personne, tu n‘es que son Avatar, une projection mentale de ce monstre.
- Tes connaissances sont remarquables, Dagorlad. Tu peux constater que mon pouvoir grandit de jour en jour. Je retrouve peu à peu le statut qui fut mien et le temps se rapproche du jour où je retrouverai mon dû !
- Ce jour n’arrivera jamais, pas tant que je vivrai.
- Il arrivera donc bientôt, murmura d’une voix inaudible le spectre qui, d’un geste de la main, enveloppa Asturias d’un nuage noir.
Le Dalmate se sentit soudain glacé jusqu’aux os, totalement ankylosé. Ses yeux se voilaient sous les effets du froid intense mais, comme ses compagnons s’apprêtaient à venir à son aide, il déclencha son Kosmos et balaya ce voile funeste.
- Je vous demande de ne pas intervenir. Je dois combattre pour les miens.
- Pour ton père oui, que j’ai pris plaisir à torturer, pour ta mère, que j’ai pris plaisir à posséder, nuit après nuit, jusqu’à que son corps soit incapable de recevoir le moindre mâle …
- ASSEZ ! »
De rage, Asturias arracha son manteau et son Armure se mit à dégager une force brute sous forme d’éclairs violacés

La noblesse du Dalmate s’était éteinte. Il n’était plus que tourment. Ses yeux trahissaient une violence interne, mue par une peur insondable que la présence de cet être de mort avait réveillée. Asturias se mit à parler dans un langage incompréhensible, regardant dans sa main une petite lueur filamenteuse. Il referma ses doigts et se mit à caresser son Armure en fermant les yeux, récitant des paroles occultes. L’Armure d’Arachné était particulière : elle recouvrait presque entièrement le corps d’Asturias d’une sorte de toile géante. Bras et jambes étaient protégés par des pièces recouvertes de toiles d’araignée finement ciselées. Quatre puissantes mandibules dépassaient de part et d’autre le casque à panache du Guerrier Sacré ce qui, combiné aux yeux multiples qui luisaient sur le couvre-chef menaçant, n’était pas sans rappeler les heaumes des Odjurwigs. L’Armure vibrait à présent à l’unisson du violent Kosmos qui émanait du Dalmate, les pattes rattachées à sa ceinture et ses épaulières se mettaient à perler des gouttes verdâtres qui s’évaporaient au contact du sol dans des relents vaporeux nauséabonds.
« Il est en train de craquer votre héros intellectuel, lâcha Dimitre.
- Non, coupa Seth. Asturias est en train de découvrir qui il est, et le choc va être terrible ».

Asturias rouvrit les yeux et se mit en garde.
« Indicible, dit-il en serrant les dents, ou que tu sois, regarde bien ce combat. Apprends que je porte en moi la rédemption d’Arachné et que personne ne pourra s’opposer à ma volonté de te détruire, toi, ainsi que tous ceux qui portent la souffrance contre les innocents. Pour vous, je vais laisser la fureur d’Arachné vibrer dans tout mon être. Ma fureur sera telle que tu vas saisir, pour la première fois peut-être, le sens du mot peur. Je suis le rédempteur des Morts !»
Machinalement ses compagnons firent un pas en arrière. Séléné était particulièrement impressionné par la force brutale qui se dégageait d’Asturias, fureur qui attisait la curiosité de Macubex.
« Son lien avec l’Indicible doit être très fort. Je ne savais pas Asturias capable d’une telle violence : ce combat sera intéressant.
- Asturias souffre, coupa Mâa, tu ne devrais pas t’en réjouir. Il devra retrouver la paix.
- En attendant, tenons-nous prêts à lui porter secours, proposa Nibel, on ne sait jamais.
- Ce sera inutile. Asturias va balayer l’Avatar de l’Indicible, cela ne fait aucun doute. Il pourrait même tous nous balayer en ce moment. Je ne suis même pas certain qu’il comprenne vraiment ce qui lui arrive. Il craint la mort plus que tout, l’Indicible est pour lui sa personnification. C’est sa quête. S’il le détruit un jour, il ne lui restera plus rien ! »
Seth ne croyait si bien dire. Le Kosmos d’Asturias changeait sans cesse de couleur et des arcs électriques se formaient autour de ses poings serrés le long de son corps. En une fraction de seconde, le Dalmate frappa le sol de ses deux poings.
« LE LINCEUL D’ARACHNE ! »

Une onde se propagea vers le spectre qui fut soudain pris dans les mailles d’une immense toile d’araignée recouvrant ses jambes et l’empêchant de se mouvoir.
« Arachné fut punie par Athéna pour avoir osé la blasphémer. Notre déesse la changea alors en Monstre hideux. J’ai libéré l’âme de cette prêtresse et acquis des siècles de son savoir : voici le premier, une prison dont tu ne pourras t’échapper ».
D’un revers de la main, Asturias fit jaillir une partie de son Kosmos à l’état brut et le dirigea vers l’Avatar de l’Indicible qui à force de sorts inconnus tentait de s’échapper de l’emprise de la toile qui l’immobilisait. Une multitude de traits de lumière illuminèrent la crypte et foncèrent vers le spectre. La majeure partie des rayons de lumière fut dévié par la grâce d’un puissant sort de protection qui, sous forme d’un bouclier invisible, dérouta la course mortelle des rayons vers les parois de la pièce dans un tumulte qui propulsa les compagnons d’Asturias au sol. Certains cependant réussirent à continuer leur route et frappèrent de plein fouet le spectre, le transperçant de part en part.
Le Soleil Noir, caché dans son antre, voyait le combat lui échapper. Il se décida à déployer toute sa puissance pour annihiler d’un seul coup les Elus réunis miraculeusement en un même endroit. Il parvint à libérer son Avatar au moyen d’un sort qui consuma les toiles qui le retenaient prisonniers. Ce dernier était à présent libre de ses mouvements, libre de fondre sur ses adversaires.
L’Avatar se mit à accélérer brutalement, dépassant la capacité de discernement de nombreux compagnons. Seuls les plus doués pouvaient suivre la suite du combat. Le corps immatériel se tendit comme aucun être humain n’aurait été capable de le faire et sauta sur les restes des murs détruits par l’attaque d’Asturias. De blocs en blocs, il augmenta sa vélocité. Tordu par la vitesse, le corps de l’Avatar était allongé vers l’avant, presque parallèle au sol qui se trouvait à hauteur d’homme en-dessous de lui. De son antre, l’Indicible préparait les incantations d’un sort qui devait en finir avec cet impudent. Regardant à travers son Avatar Asturias lancer de nouveaux traits de lumière, il fit soudain prendre appui sur le sol à son spectre et profita de sa vitesse ainsi générée pour le projeter en avant au moment où les coups d’Asturias semblaient l’atteindre. Quand il sortit du nuage de poussière généré par l’impact de l’attaque du Guerrier d’Argent, il avait atteint une vitesse telle que personne, mis à part Asturias, ne pouvait suivre sa course dans les airs.
« Voilà pourquoi tu ne pourras jamais nous vaincre, Indicible. Nous autres, Guerriers d’Athéna, avons appris à maîtriser l’essence même de l’univers, le Kosmos ».
Asturias joignit ses deux poings l’un contre l’autre et les serra contre son front. Les protections qui couvraient ses avant-bras se mirent à scintiller d’une lumière argentée tandis que des lettres grecques s’y dessinaient petit à petit.
« LIMBES d’ARACHNE » cria le Guerrier Sacré au moment où l’arcane de son attaque avait achevé d’apparaître à travers les pièces de métal.
Le Kosmos d’Asturias explosa en plusieurs vagues tout autour de lui, s’emparant de l’espace de la salle. Lorsque que le Guerrier Sacré referma ses yeux, les ondes fondirent sur le spectre qui disparut dans un éclat de lumière. Au même moment, à des milliers de kilomètres, l’Indicible fut tiré de sa concentration. Son esprit, pour la première fois de sa vie, venait d’être touché par cette attaque qui avait la particularité de se nourrir des âmes assassinées par la cible de l’attaque. Ces âmes, pendant quelques instants, dans une masse d’énergie brute, tentaient de s’emparer de l’esprit de leur assassin afin de la détruire. Cette attaque était destinée aux plus grands assassins et il fallait une grande force mentale pour y résister. L’Indicible sourit ; il venait de comprendre que ce fameux Kosmos pouvait entraver sa magie et mais qu’il pourrait lui servir. Il décida de se focaliser quelques infimes instants sur ces adversaires inattendus pour en finir avec eux. Après, il pourrait reprendre paisiblement son œuvre.

Dans un silence de mort, Asturias s’effondra à genoux, exténué par ce combat. Il se mit à pleurer. Frank se précipita à ses côtés, suivi de Mâa et de Shiro.
« Quel combat ! Tu l’as sérieusement dérouillé ! A la fin, j’étais incapable de suivre tes attaques ! Tu te rends compte, l’Indicible, le pire des démons ! S’il vit encore, il doit être dans un sale état.
- Je ne sais pas Frank, répliqua le Dalmate en reprenant son souffle. Je me suis emporté, il a réussi à générer en moi une colère que je n’avais jamais ressentie. Je ne comprends pas, je ne suis pas comme ça.
- Il faut te reposer mon ami. Nous en reparlerons plus tard.
Asturias hocha à peine sa tête le regard perdu.
- Une chose est certaine, il n’était pas là pour toi ou pour nous. Il a envoyé cet Avatar pour chercher quelque chose », assura Shiro en relevant son compagnon.
Soudain, alors que les Elus se pressaient autour d’Asturias, un bruit sourd se propagea dans toute la salle. Une onde de choc le suivit de quelques secondes. Semblable à une immense vague, un souffle glacial balaya bientôt le temple, détruisant tout sur son passage.
« MORTELS, PERISSEZ SOUS LE FROID FATAL DE LA MAIN DU SOLEIL NOIR ! »

Le murmure accompagna le fracas des blocs de pierres qui s’abattirent sur les compagnons. Lorsque le calme revint enfin, après quelques minutes de tumulte, Harald et Darkhan se tenaient debout et s’échangèrent un regard complice. Ils avaient vécu beaucoup de chose ensemble lors de leur formation, c’était la pourtant la première fois qu’ils se tenaient côte à côte au combat. Ils avaient protégé leurs amis en déviant chaque pierre, de la plus grosse à la plus infime. Dans une danse où la grâce contrastait avec la violence des fracas des pierres pulvérisées sur les Boucliers Sacrés, Darkhan s’était épuisé à dévier la trajectoire mortelle de chaque pierre, son Kosmos grandissant au fur et à mesure que sa silhouette disparaissait sous les effets de la vitesse. Harald, quant à lui, n’avait pas été en reste. Une aura impressionnante avait nimbé le Guerrier du Bouclier de Bronze. Des vagues ambre s’étaient alors matérialisées autour de son Bouclier, se diffusant à toute vitesse vers le haut. Puis, il avait pointé ses mains vers le plafond, et la sphère ainsi générée prit des proportions monumentales et engloba ses compagnons. A cet instant, Darkhan avait reposé pied à terre : ses assauts étaient devenus inutiles : les serviteurs d’Odin avaient pu voir, émerveillés, les blocs de pierre se vaporiser et simplement se disperser au rythme du souffle qui balayait l’espace.

Il ne restait presque plus rien du temple, mis à part un mur en Mithrill qui avait été mis à jour : Akurgal, dans un bond frénétique, se jeta en avant et se mit à caresser la dalle froide. Des dessins, que le Mésopotamien identifia tout de suite comme étant ceux de l’Arbre de Vie Yggdrasil, étaient accompagnés de runes qui confirmèrent cette hypothèse. Cette découverte dépassait les espoirs les plus fous des érudits. Nibel, Macubex, mais aussi Asturias, rejoignirent Akurgal et partagèrent son enthousiasme. Rahotep, qui n’était pas en reste, ne tarda pas à découvrir qu’un puits s’enfonçait dans les entrailles de la Terre, puits où s’allongeait une racine de cet arbre fabuleux. Cette trouvaille intéressait davantage les autres compagnons. Hanz lança une des rares pierres qu’Harald n’avait pas vaporisées dans son attaque. Les érudits se partagèrent le travail en recopiant chacun un morceau des runes et des dessins, utilisant pour ce faire le matériel qu’Akurgal avait pris soin de préparer avant le périple. Puis, après de longues minutes, les guerriers s’agrippèrent à la Racine Ancestrale et s’engagèrent dans la pénombre, prêts à faire face aux dangers que ne devaient pas manquer de les attendre.



Le Poing Noir



Le souffle qui remontait la racine, s’il n’entravait pas véritablement la descente des compagnons, représentait une gêne réelle. Les mugissements qui l’accompagnaient n’avaient rien de naturel et troublaient la concentration des Elus. Akurgal, tout en descendant, expliqua sa théorie, complété en cela par les commentaires avisés de Nibel et de Rahotep qui avaient eu, eux aussi, l’occasion de lire de nombreux textes sur cet arbre fabuleux. Pour le Mésopotamien, cette racine était directement reliée aux anciens mondes, comme Nibel le confirma en récitant l’un des textes qu’il avait appris par cœur : « A la base de l’Arbre du Monde Yggdrasil, se trouve Nidhogg, un énorme et très ancien dragon rouge entouré par d’innombrables rejetons. Nidhogg est occupé à ronger les racines de l’Arbre du Monde et éventuellement à couper le lien de Niflheim jusqu’en Asgard. Mais l’Arbre crée de nouvelles racines au fur et à mesure que Nidhogg les détruit. Le dragon Nidhogg peut être vaincu, mais en moins d’une année révolue, un de ses rejetons grossit en taille et en pouvoir et vient alors remplacer Nidhogg pour perpétuer sa tâche. »

« Donc, poursuivit Akurgal en prenant soin de ne pas glisser dans un faux mouvement, je pense que si nous suivons cette racine jusqu’au bout nous devrions déboucher sur les Terres du Niflheim, dans l’Antre de Hel. Je pense, bien entendu, que ce voyage serait trop périlleux aujourd’hui, nous ne sommes pas encore prêts et nous devons nous concentrer sur Allani-Ettitu. Cependant, et j’en suis presque certain, ceci signifie que le chemin inverse doit être possible.
- Tu penses que des démons ou des dieux bannis peuvent remonter cette racine ? s’inquiéta Mâa qui, accompagné de Shiro et d’Asturias restait à proximité des sages d’Odin.
- Oui, c’est cela.
- C’est une possibilité qui mérite qu’on s’y penche de plus près mais qui soulève une autre question : si tel est le cas, pourquoi ces démons auraient attendu l’ouverture d’Astragoth pour déferler sur le monde ?
- Asturias marque un point !
Dans un mouvement rapide, Akurgal sauta sur une nouvelle liane qui s’enroulait autour de la racine et poursuivit son exposé.
- J’y ai pensé. Je pense qu’Allani-Ettitu n’est pas ici par hasard : nous savons deux choses sur le Col des Tempêtes : c’est le repaire d’un démon, Kragden, et que cette déesse ancestrale semble s’y terrer. Inyan et Memnoch ont été clairs : les galeries ont changé depuis leur dernière visite. Je pense que soit Kragden, soit la Dame-Araignée est à la base de la mise à jour de cette nouvelle porte sur les Enfers primitifs.
- A moins que cela ne soit tout simplement la raison de la visite de l’Indicible dans ces lieux : c’est lui qui a fait apparaître ce passage en déclenchant son attaque.
- Cette explication semble logique mais elle ne va pas dans le sens de ce que je connais de l’Indicible, précisa Asturias en se suspendant d’une main à une branche qui basculait au gré du souffle hurlant. « L’Indicible est un Etre qui désire le pouvoir pour lui, il déteste les divinités. Les libérer de leur antique prison risquerait de lui poser des problèmes le moment venu de son accession au trône universel. »
- A moins, rétorqua Rahotep, qu’il ne compte les utiliser contre les dieux existant sur Terre : une lutte à mort s’est déjà engagée, dont nous sommes les soldats. L’Indicible pourrait bien profiter du chaos final pour s’imposer sur les décombres d’un monde agonisant sous les ruines de la guerre.

Cette dernière remarque provoqua le silence. Cette perspective semblait tout à fait possible et glaçait le sang des érudits qui confrontaient leurs théories. Leurs réflexions trouvèrent un terme provisoire lorsque Frank et Inyan signifièrent qu’ils étaient arrivés dans une nouvelle cavité. Une chaleur moite y régnait, générant une odeur putride dûe aux multiples champignons qui recouvraient les parois de pierre poreuse. La racine poursuivait sa route à travers elle mais il était impossible de poursuivre la descente à moins de percer la roche. La galerie, par contre, ne présentait aucune difficulté : mieux, en guise de plafond, des armées de stalactites fluorescentes guidaient les pas des Elus. La faible inclinaison indiquait que le chemin s’enfonçait toujours plus profondément dans la Terre. Où étaient-ils ? Avaient-ils dépassé les Enfers ? Combien d’heures s’étaient écoulées ? Personne ne le savait et, de toute façon, personne n’y réfléchissait. Tous ressentaient le même pouvoir menaçant, quelque part devant eux. Un pouvoir qui diffusait une haine froide, violente. Ils connaissaient ce pouvoir. Ils connaissaient celui qui les attendait. Ils ne tardèrent pas à discerner enfin ses formes avant que la brume noire ne les submerge.

***

Le combat s’engagea avec une violence redoublée. Chaque guerrier faisait face à un spectre qui avait les mêmes atours, les mêmes traits. Les attaques ne portaient pas. Chaque coup était esquivé, chaque feinte imitée. Les compagnons se battaient contre leur double et ce combat pouvait durer des années. Le Guerrier au manteau pourpre fronça les sourcils et, en une fraction de seconde, se jeta sur le côté pour éviter la projection de Kosmos qui pulvérisa la roche qui se trouvait l’instant précédent à sa place. Il se releva promptement, serra ses poings et sonda le champ de bataille. Ses spectres se battaient encore, personne n’avait pu prendre le dessus parmi ses adversaires. Il y avait donc quelqu’un d’autre, à moins que …
« Je ne pensais pas que l’un de vous puisse éviter mes illusions. Vos pouvoirs sont surprenants, lança-t-il au jugé, attendant de voir son adversaire apparaître au détour d’un bloc de roche détaché par les combats qui faisaient rage devant lui.
- Qui t’a dit que j’étais seul ?
Machinalement, le Guerrier au manteau de sang ouvrit ses deux mains et, en y concentrant ses arcanes, fit apparaître un fléau d’arme écarlate et un marteau coruscant. Comme Seth l’indiquait, Macubex n’avait pas été touché par l’illusion du serviteur du Maître des Tumultes. Il arbora un sourire narquois qui en disait long sur son assurance.
- Vous semblez heureux d’avoir échappé à mes spectres, c’est une erreur. Je suis bien plus redoutable et moins efficace qu’eux quand il s’agit de tuer proprement. Je ne sais que faire souffrir, ce que vous constaterez assez vite.
- Tu sembles bien assuré …
- Hergoth, Poing Noir du Conflit, l’un des six généraux du Maître des Tumultes.
- Tu sers donc Caturix, Asturias avait vu juste.
- Je laisse ce nom aux impies de votre espèce. Je saurais vous faire ravaler votre blasphème, Phénix et Meute d’Argent ».
Seth et Macubex se regardèrent. Le premier menait la conversation et tentait d’en apprendre davantage sur leur adversaire. Pour le moment, les deux Guerriers Sacrés pouvaient constater que ce dernier en savait bien plus sur eux, ce qui les inquiétait clairement.
« Ne soyez pas surpris, reprit Hergoth, Arès, notre allié, nous a appris de nombreuses choses sur votre ordre de Guerriers. Vous n’avez aucun secret pour moi, nous avons appris à reconnaître vos Armures depuis que vous les avez gagnées, nos espions vous ont suivis, nous savons tout de vous. Vos techniques, si élaborées soient-elles, ne pourront fonctionner face à moi. Vous auriez dû laisser mon illusion agir et périr paisiblement comme vos amis.
- Pourquoi nous dis-tu tout cela, si ce n’est pour te rassurer toi-même ? objecta Macubex en s’éloignant de quelques pas sur le côté pour ne pas offrir une seule cible au Poing Noir.
- Mais parce que vous allez mourir et que je ne risque pas grand-chose à épancher votre curiosité ! »
Baigné dans une aura de sang, Hergoth déploya ses bras dans une geste étrange, regardant tour à tour les deux Guerriers. Derrière eux, le combat faisait rage. Le Poing Noir éliminé, il semblait clair que l’illusion disparaîtrait comme elle l’avait déjà fait après la Bataille de la Plaine des Vents. Il s’agissait donc de faire vite.
« Etranger, je doute que mon Illusion du Phénix puisse fonctionner face à lui. Je vais devoir déployer autre chose, une technique que je ne maîtrise pas encore.
- Moi aussi Seth. Tâchons de rester assez éloignés l’un de l’autre pour lui compliquer la tâche : le moment opportun, nous passerons à l’action ».
La salle de pierre crépita d’une lumière écarlate, comme si une étoile venait d’exploser dans les entrailles de la terre. Le phénomène obligea les deux Guerriers Sacrés à porter les mains vers leurs yeux l’espace de quelques instants. Ils remarquèrent très vite que la lumière les avait entouré et avait disparu, sans laisser de traces apparentes.
« Lors de l’époque glorieuse de la Guerre de l’Âge d’Or, nous autres les Généraux du Maître des Tumultes avons affronté des dieux et des démons défiants votre imagination : je vais vous montrer une partie de ma puissance réelle ! » tonna Hergoth en frappant ses armes l’une contre l’autre dans un crissement angoissant. Des pierres incandescentes semblèrent jaillir sous leurs pieds. On eût dit que la fureur des étoiles éclatait en une explosion cataclysmique dans les entrailles de la Terre. Les Elus furent jetés à terre en une masse terrifiée de chair abasourdie et saignante. Les spectres s’acharnaient à présent sur les compagnons, tous blessés plus ou moins gravement, tandis que Seth et Macubex se relevaient pour passer à l’assaut. Une éternité durant, il sembla pleuvoir des pierres de sang cherchant à se gorger de la rivière de vie des mortels qui prenait source dans des cœurs au bord de l’implosion. Puis un moment de calme absolu, avant que les tympans n’entendent les rires infernaux du Poing Noir qui se préparait à passer à l’assaut. Le corps à corps, l’acte de bravoure par excellence pour les serviteurs de Caturix, le moment où l‘excitation permettait de transcender toutes les peurs. D’un bond, Hergoth passait de Seth à Macubex. Sa vitesse dépassait celle des deux Guerriers qui, pourtant, faisaient brûler leur Kosmos à leur paroxysme. Un jet de sang se répandit sur le marteau de guerre tandis que le fléau aux pics acérés était dévié d’un revers de bras par Seth. Les côtes lacérées, l’Egyptien bondit en arrière tandis que le Poing Noir se jetait sur Macubex. Hurlant de douleur, ce dernier frappa une nouvelle fois son adversaire au visage. La riposte se produisit en silence et sous le regard joyeux d’Hergoth qui jubilait : une dizaines de pics acérés lui râpèrent la chair de ses cuisses tandis que le marteau arrachait son casque. De l’écarlate emplit le visage de la Meute d’Argent qui, en un instant, sentit son âme se déchirer. Il poussa un hurlement inhumain. Avec un beuglement de puissance, Seth profita de l’occasion pour déclencher sa première véritable attaque :
« PHENIX FLAMBOYANT »
Lorsque Seth joignit ses deux poings une aura ardente prit la forme d’un Phénix et fila vers Hergoth qui explosa dans un tumulte de flammes infernales. Haletant, il se releva et, les yeux brûlants de rage, maudit l’Egyptien.
« Personne parmi les Mortels ne m’avait jamais touché ainsi. Tu ne t’es jamais servi de cette attaque ! Arès a donc raison, ce fou nous avait prévenus que vous étiez capables de déployer une puissante magie. Sans mon armure, je serais mort !
- Mon Kosmos va t’envoyer en enfer !
- Pas si vite, répliqua Hergoth en se relevant et en inspectant ses armes de sang. « Je sais des choses sur toi que tu ne sais même pas. Alors, tu ne l’entends pas ? Elle ne te parle plus ? Je vais te la rappeler si tu le désires, je suis capable de lire dans vos pensées comme dans un livre ouvert, vous puez l’émotion à plein nez, tous autant que vous êtes. Je sais ce qui te tourmente, tout comme je sais ce que la Meute pense, fait. Je sais pourquoi il est là ; peut-être voudrais-tu le savoir ? Crois-tu réellement que …
- Tu parles trop, tu as eu ta chance : HALLALI FATAL ! »

Le Poing Noir avait totalement délaissé Macubex qui se tenait derrière lui, une main vers le sol tandis que l’autre, jointe, les doigts écartés, semblait indiquer la direction des étoiles. Hergoth entendit simplement cette dernière phrase, surpris. Le silence se fit. Puis vint un gémissement, un râle. Seth vit le Poing Noir agiter ses membres de manière incohérente dans des paroxysmes effrayants. Le sang coula bientôt de toutes les parties de son armure et le corps s’effondra, sans vie, lacéré par les crocs de dizaines de chiens d’une meute imaginaire … ou réelle, tant le résultat semblait parfait.
« Ton attaque est efficace par derrière, l’est-elle autant par devant ?
- Il est mort et, si tu regardes bien, nos compagnons sont sauvés, les spectres s’évaporent et rejoignent l’âme d’Hergoth.
- Il allait parler. Est-ce pour ça que tu as hâté sa mort ? Je pouvais le vaincre seul, tu le sais comme moi. Il ne connaissait pas le Kosmos et pensait avoir à faire à des magiciens.
- Seth, tu parles trop. Il est mort, point final. Je ne m’occupe pas de celle qui te parle, je te serais reconnaissant de ne pas te mêler de mes affaires. Ne me regarde pas ainsi, je sais également lire dans les esprits les plus tourmentés ».

L’Egyptien ne répondit pas. Il se contenta de rejoindre en silence ses compagnons, tous blessés plus ou moins gravement. Frank et Mâa s’occupèrent des premiers secours et Seth exposa sa vision du combat qui s’était déroulé. Macubex n’intervint pas, se contentant de surveiller ce qui se disait. L’Egyptien passa sous silence le dernier échange et les Elus félicitèrent chaleureusement leurs sauveurs, même si Bjarnulf pesta contre « Notre incapacité à résister à des attaques mentales ! II nous reste du chemin à parcourir, sans pouvoirs, nous ne sommes que les porteurs d’Armures Divines trop lourdes pour nos épaules ! ». Comme ils allaient repartir, après de longues minutes de repos, Ryusei et Liu, partis en éclaireurs, revinrent avec un prisonnier. Un druide au manteau noir et rouge s’était caché dans une anfractuosité pendant tout le combat. Les deux Einherjars se chargèrent de questionner le malheureux totalement paniqué.
« Ton nom ou je t’égorge ! tonna Liu sur un ton qui tranchait avec son retrait habituel.
- Je suis Felangh, je suis un druide du Bois du Chêne Ombrageux, répondit le malheureux en sueur.
- Méfie-toi, druide, je viens d’un contrée où nous avions des Druides : je saurais si tu mens, précisa Canagan en se rapprochant.
- C’est lui, il m’a forcé ! Il voulait que je traduise le texte de la Porte de Crystal, qui se trouve en bas de cette maudite caverne.
- Et pourquoi ?
- Il ne savait pas le traduire, répondit le druide en se retournant vers Ryusei qui jouait avec une dague effilée. Ces textes sont très anciens et seuls quelques érudits peuvent les comprendre. Moi-même, j’ai eu du mal à tout traduire. Elle est arrivée très vite et nous avons dû partir avant que le rituel ne commence !
- Sois plus clair, ma dague se fera un plaisir d’élargir ton sourire si tu nous mènes en bateau.
- C’est « Celle-qui-Tisse-entre-les-Etoiles » qui venait. Elle vient rejoindre son Refuge pour retrouver son sarcophage ! C’est ce que disent les runes sacrés du Temple de nos pères ! Nous savions qu’un jour elle reviendrait, nous attendions son retour !
- Tu es un adorateur de la Dame-Araignée ? questionna Akurgal qui n’avait pas tardé à faire le rapprochement.
- Non, mais les étoiles et les runes disent que le jour de son retour marquera la fin des temps ! Nous nous préparons donc à rejoindre nos morts dans un nouveau monde !
- Et que vient faire le Poing Noir dans cette histoire ?
Le druide se retourna vers Ryusei qui tapotait la lame de sa dague sur son menton.
- Il m’a fait prisonnier voilà quelques semaines. Comme il me l’a demandé, je lui ai traduit une partie du texte inscrit sur la porte. Si vous me laissez partir, je vous dirais de quoi il s’agit, tenta le druide en serrant ses poings pour se donner du courage.
- Si ça nous intéresse, je ne te tue pas. Sinon, je te crève.
- Liu, laisse-le parler.
Rahotep se tourna alors vers le druide :
- Parle, et tu pourras partir ».

***

Le druide disparut dans la pénombre. Son sort était quasiment scellé : même si les Elus lui avaient laissé la vie sauve, cette dernière ne risquait pas de valoir grand-chose dans le dédale angoissant de la Montagne Hurlante. Perplexe, Asturias souligna chacun des mots comme pour en discerner le sens caché.

« Le très grand sage est quelque part dans le domaine de l’Homme-Crocodile. Un passage s’ouvrira le jour où Kragden, le démon qui viola le corps sacré de la Déesse de Vie sera mené au trépas et que son corps baignera dans les rayons du soleil : alors, le père martyrisé sera libéré de sa prison dans laquelle il prépare sa vengeance … »

« L’Homme-Crocodile peut désigner une divinité de mon pays, indiqua Mâa.
- Sebek, celui qui apporte la fertilité au Nil !
- C’est cela Rahotep, se réjouit le Lotus d’Argent en repensant à sa terre natale, les yeux perdus dans le vague.
- Quel est le lien entre cette divinité et Asgard ?
Le silence fut la seule réponse à Rahotep. Finissant d’écrire quelques mots sur cette nouvelle divinité, Asturias poursuivit son analyse de texte.
- Le très grand sage est certainement ce Yôô d’Hââ dont Bombadilos a fait mention, il avait laissé entendre qu’il pouvait se trouver dans une terre «baignée de soleil où le fleuve sacré est source de toute vie». Nous connaissons Kragden par vos explications, Inyan et Memnoch, ainsi que par vos textes. Il a semble-t-il martyrisé une déesse, crime ignoble entre tous. «Que son corps baignera dans les rayons du soleil» pourrait signifier qu’il faille conduire le corps du démon jusqu’en Egypte où, comme Mâa nous l’a souvent narré, le culte du soleil est important. Tout concorde.
- Et pourquoi faire ? Libérer «le père martyrisé» ? Pour qu’il se venge ? C’est qui ce père ? Et de qui veut-il se venger ? Vos textes me donnent mal à la tête ! Fonçons vers cette Porte de Crystal : le druide a bien dit que celle que nous sommes venus chercher s’y trouvait ! Par Odin, vous jacasserez tant que vous voudrez après ! s’irrita Dimitre.
- Bien parlé ! Plein le dos des bavardages ! Regardez-nous : on est couvert de sang et d‘éraflures alors qu’on a même pas connu un vrai combat ! Des pièges, des attaques mentales, des fantômes ! Par Kröm, cette femme-araignée a l’air d’être à mon niveau : je vais pouvoir enfin me défouler, sentir le sang gicler entre les mains. On fonce ! »
Nevali tapa sur le dos de son compagnon et son visage se réjouit.
« L’Ours a parlé : finissons-en », souffla-t-il.



La Porte de Crystal



Nibel était là, pétrifié, observant le reflet de son désarroi dans les yeux de Hanz. Canagan qui les accompagnait avait disparu et ils pouvaient ressentir le pouvoir agressif de la créature tapie dans l’ombre, quelque part au fond du boyau tortueux. D’une main mal assurée et quelque peu tremblotante, Nibel et Hanz postèrent leurs lames divines devant eux, défiant l’obscurité et, imperceptiblement, firent quelques pas en arrière.

Un terrible rugissement, d’une puissance démoniaque, envahit à nouveau le couloir. Le cri était si intense que Meijuk manqua de lâcher sa Lance pour se couvrir les oreilles. La créature était à quelques pas, il sentait son souffle chaud et fétide. Un frissonnement parcourut son échine. L’Ase de Vali se retourna et chercha ses compagnons : personne : il était seul. « Par Odin, où sont-ils donc ? Que vais-je devenir, seul face à Allani-Ettitu ? » Soudain, Shiro se rapprocha, sortant en titubant de la pénombre. Meijuk chercha dans son regard une flamme qui saurait peut-être lui redonner le courage qui lui manquait en cet instant. Lui saurait peut-être insuffler la force de contenir et ravaler cette peur. Mais Shiro semblait aussi effrayé que l’Ase de Vali, sinon davantage.
Alors l’Être lança son cri de mort, qui était celui de sa charge. Dimitre hurla en retour, comme pour conjurer le sort. Memnoch et Rahotep l’imitèrent. Tout se passa très vite, si vite. Ils fermèrent leurs yeux, croyant leur dernière heure venue. C’est alors que les trois guerriers entendirent distinctement un cri qui répondit à celui de la bête. Un cri moins puissant certes, mais ô combien plus rassurant. Un cri de guerre, qu’ils connaissaient fort bien. Le cri de Liu.
« Prenez cette plante, mâchez-la. Restez ici, je vais m’occuper des autres. »
Puis plus rien. Le silence. Plus de cri, plus de course. Pas de bruit d’armes, ni de combat. Rien. Harald et Darkhan se relevèrent lentement, ramassant au passage la torche qui scintillait dans la pénombre, puis avancèrent prudemment. Quelques secondes plus tard, Darkhan crut distinguer une respiration profonde, comme celle de quelqu’un qui reprenait son souffle, puis une silhouette.
« Frank ? » lança-t-il à l’obscurité.
Harald approcha la torche. Planté au milieu du couloir, le Lézard d’Argent, les mains sur les hanches, regarda ses deux amis de ses yeux marrons emplis de compassion.
« Où est la créature ? demanda Darkhan.
- Il n’y a rien ici, répondit-il. Tout n’était qu’illusion. L’atmosphère est emplie de la putréfaction de plantes hallucinogènes. Mâchez ces racines que Liu m’a données, cela vous permettra d’aller mieux. Je vais m’occuper d’Asturias et de Nekkar, ce sont les deux derniers qui errent ».

* * *

Quelques minutes plus tard, le groupe reprit ses esprits et sa progression dans le boyau vaporeux qui s’inclinait de plus en plus. Bientôt, un souffle léger et froid se fit sentir, ce qui était étonnant, étant donné que l’air restait extrêmement chaud et humide. Les compagnons progressèrent encore et la brise devint vent. Puis le vent se fit bourrasque, émettant à son passage dans le goulet pierreux une langoureuse plainte. C’est ainsi que les Elus débouchèrent sur une nouvelle vaste caverne. La voûte se perdait dans l’obscurité, tout comme le sol. En vérité, ce dernier semblait ne pas exister. Cette caverne était un immense puits, un gouffre inquiétant, un vide insondable. De furieuses rafales de vent, glaciales et mordantes, remontaient ses parois, fouettaient les visages et créaient de gigantesques maelström de poussières noires, d’où émanait une étrange lumière blanche et phosphorescente. Il y avait en ce lieu de terribles relents qui étaient pires que ceux de la mort. C’étaient ceux de l’oubli. C’était la porte du Néant.

Défiant l’abîme, une précaire et ancestrale arche de pierre joignait les deux extrémités du puits : de l’autre côté, un éclat lumineux laissait entrevoir la Porte de Crystal. L’ancien peuple qui avait creusé la Montagne Hurlante devait être particulièrement évolué, personne n’avait jamais vu tel ouvrage. De toute façon, personne n’était venu si loin dans les entrailles de la Terre. Asturias se nourrit de ce spectacle et imprima ses images pour pouvoir noircir, plus tard, son carnet de dessins fantastiques. Le premier, Yshba s’engagea en silence, suivi de Ulv. Il parlait peu. Lors de la précédente confrontation, personne n’avait fait attention à lui, d’ailleurs personne ne l’avait vu se battre. Il était sorti de l’obscurité, blessé comme ses amis, mais nul ne savait comment. Les événements se précipitaient et le temps n’était de toute façon pas aux interrogations. Avec circonspection, il s’engagea sur le ridicule chemin de pierre qui dominait le vide et traversa la corniche sans difficulté. Rassurés, ses compagnons lui emboîtèrent le pas, deux par deux. Le premier groupe, constitué de Darkhan et de Pallas avança avec prudence jusqu’à la moitié du chemin. A cet instant, comme animé d’une volonté assassine, un souffle puissant émergea du gouffre, qui fit chanceler les deux Guerriers Sacrés. Ils se rattrapèrent de justesse et les autres durent affronter la même hostilé élémentaire : le gouffre attendait ses victimes et le vent était son bras armé.

Enfin, ils atteignirent le seuil de l’antre qui renfermait la fameuse Porte de Crystal. Les Elus furent alors frappés par un éclat de lumière qui les éblouit quelques instants. Lorsqu’ils rouvrirent les yeux, leurs visages se masquèrent d’effroi. Les Ases et les Einherjars brandirent leurs armes, les Guerriers Sacrés se mirent en garde : dans la voûte éclairée de la caverne, comme surgissant de nulle part, une créature apparut. Un corps de femme, parfait, d’une beauté irréelle, divine. Cette silhouette féminine et diaphane, aux reflets bleus et argent s’avança à la rencontre des Elus. Une myriade de poussières argentées semblait danser dans sa chevelure blanche qui, comme les voiles fins et légers qui flottaient autour de son corps parfait, contrastaient étrangement avec la violence des bourrasques. Sa silhouette était admirable, son allure éthérée. Sa peau grise semblait douce comme la neige la plus pure d’Asgard, ses hanches larges et la rondeur admirable de sa poitrine, l’élevaient au rang des divinités. Pourtant, son visage glaça les compagnons d’effroi. C’est la Mort qui habitait ce visage sans âge et sans vie. Elle chercha du regard parmi les compagnons et fixa longuement Yshba qui, accablé, recula d’un pas tandis que son animal grognait à ses pieds. Rahotep s’avança alors d’un pas déterminé.
« Odin t’avait tuée, Allani-Ettitu. Tu ne pourras échapper à la sentence divine cette fois.
- Vraiment ? Est-ce parce que tu portes cette Armure Divine que tu penses pouvoir m’atteindre ? Est-ce simplement pour me tuer que vous êtes venus jusqu’ici ?
Séléné bondit à son tour vers la créature.
- Oui femme, et c’est exactement ce que nous allons faire ! En garde ! Je vais t’immobiliser et t’écraser entre mes mains ! PAR LA POIGNE DE L’OURS !!!! »

L’attaque du Cimmérien traversa la déesse sans sembler l’atteindre. Désarçonnés par cette attaque imprévue, Canagan, Bjarnulf et Memnoch se lancèrent à leur tour sur l’être immatériel qui recula et évita chaque charge sans difficulté apparente. Elle se contenta de rire en voyant cette débauche d’énergie et son regard de mort se porta une nouvelle fois sur Yshba qui se mit à trembler de tout son être. Alors que les Elus s’organisaient pour passer tous à l’attaque en même temps, afin de devancer la contre-attaque furieuse qui ne manquerait pas d’arriver, Allani-Ettitu lança une incantation et son corps immatériel disparut dans la Porte de Crystal.
« Mortels, vous osez porter la main sur moi, sans éprouver la moindre peur ou la moindre gêne. Votre race dégénérée connaîtra des tourments pires que la mort, ma vengeance sera éclatante. Vous souffrirez mille maux, vous irez jusqu’à détruire les pères de vos pères, les mères de vos mères. En réalité, vous n’existez déjà plus, votre race agonise déjà. Le temps n’a pas d’importance, ma vengeance est accomplie. Je saurais regarder avec délectation ce qui va suivre et que j’ai ourdi pendant des milliers d’hivers !»

La voix disparut dans la caverne, s’effaçant dans un mugissement lugubre du vent qui, un bref instant, redoubla d’intensité. Alors qu’il voulut frapper la Porte de Crystal pour la briser et rattraper le spectre diaphane qui s’éloignait derrière cette transparence, Artholos poussa un cri d’effroi en voyant le visage de sa sœur recevoir l’impact de son attaque. Asturias, dans son élan, frappa le visage de son propre père et éprouva la même panique.
« C’est inutile, commenta Nibel. Allani-Ettitu s’en est allée dans un espace qui dépasse nos pouvoirs. Nous ne pourrons jamais briser cette porte. Elle nous a attendus pour nous livrer sa dernière et funeste prophétie » conclut-il en tombant à genoux, désespéré.
- Tout ça pour ça. Et en plus nous voilà prisonniers dans cette caverne venteuse.
- Ce n’est pas certain Dimitre, regarde, un couloir semble nous offrir une sortie bienvenue, indiqua Meijuk en pointant du doigt un boyau caché derrière un angle mort.
- Tâchons de recopier ce que nous pouvons des runes de la porte. Ensuite quittons cet endroit sinistre ».

Asturias, l’air sombre, se rapprocha du mur de Crystal et recopia consencieusement les runes, bientôt aidé par ses compagnons érudits.



La caresse du soleil



Sanctuaire, sept mois plus tard

La campagne grecque était balayée par un vent doux venu de l’est. Les champs fraîchement travaillés, et les herbes de fourrage dernièrement fauchées, amenaient leurs senteurs jusqu’aux narines du sombre Egyptien. Celui-ci était assis sur les rebords d’une falaise surplombant les terres cultivées du Sanctuaire. Tel un enfant qui vient de réussir sa première fugue, il laissait ses jambes pendre dans le vide, les balançant au rythme du vent, et exposant sa peau au soleil brûlant. Il se mit à penser qu’il pourrait être heureux de cette vie. Pourquoi avait-il choisi les travaux de la ferme en arrivant dans le village du Sanctuaire ? … Peut-être avait il pensé y trouver le calme, et la possibilité de laisser son âme se complaire dans un travail monotone et tranquille. Oui, en ce temps révolu, il était heureux. Cette constatation le fit se laisser basculer en arrière et un rire béat sortit de sa gorge. Pour la première fois depuis longtemps son rire résonnait sur terre.

Mais, soudain, il ressentit un pincement au cœur. Il ne devait pas se laisser leurrer. Le Sanctuaire était un havre de paix, où il était facile d’oublier le monde extérieur et ses dangers. Il n’était plus un paysan mais le Guerrier Sacré du Phénix ! Il était capable à présent de tuer de mille façons, il savait lire et tourmenter les âmes. Mais lui avait senti, lui avait « vu » la menace qui se levait au nord avant que le Gouffre d’Astragoth ne s’ouvre. Le « contact » avec le message avait été doux, les voix avaient été réconfortantes, et pourtant il avait senti leur inquiétude. Le volcan n’avait cessé de cracher ses torrents de lave ce jour-là, échos au trouble qui grandissait en lui.
Elles lui avaient « montré », le dieu désespéré, cherchant son salut et semant le chaos sur son passage …
Elles lui avaient « montré », la divinité obscure, à moitié femme, à moitié morte, qui le manipulait …
Elles lui avaient « montré », l’ombre menaçante derrière cela, qui seule manipulait tout, se jouant de cette déesse comme un enfant jouant d’un insecte.
Que voulait l’ombre ? Sans doute, son geste avait pour seul but de faire se révéler les forces et faiblesses des dieux et de leurs servants. Peut-être a-t-elle seulement voulu se faire dévoiler les Elus ? Mais une chose était sûre, elle jouait avec les dieux, les inquiétait, les menaçait …

Seth ne put s’empêcher de tourner son regard vers le grand nord. Il avait tenté de les prévenir, mais peu l’avaient vraiment entendu. Pourtant, la nuit, il leur parlait ! Cette chose cherchait à dominer, et à détruire ce qu’elle ne pourrait dominer … Et les dieux étaient inquiets, et les voix se faisaient complaintes. Oui, ils avaient appris, qu’ils étaient vulnérables et mortels … Kröm en était le témoin pathétique, réduit au rang de simple statue vénérée par des Mortels à demi-civilisés. Quel choc cela avait dû être pour eux. « Nous autres mortels naissons avec la conscience de notre mortalité, et nous pouvons l’accepter. Mais eux … » songea-t-il en fermant les yeux. Ils avaient peur, une peur sauvage et déraisonnée. Et bientôt la colère remplacerait la peur, la colère d’avoir eu peur … Et la haine arriverait. Il ne savait que trop bien cela. Peut-être était-ce cela le message d’Allani-Ettitu ?
Le monde allait changer, une nouvelle fois, et peut-être qu’ils disparaîtraient cette fois-ci dans ce changement, et tout serait fini … Tout cela, pour rien ?
« J’ai tout enduré dans l’espoir qu’un jour, il y aurait quelque chose qui méritait que l’on se batte pour ce monde … Mais si tout disparaissait ?
- Tu ne sais pas. Pas encore.
- Mais lui, Hergoth, savait-il ?
- Il savait ce qu’on voulait bien lui montrer.
- Et l’Etranger ? »

La voix se tut. Pour autant, des lueurs d’espoir surgirent dans son esprit. L’Etranger était fort, en un sens, ils se ressemblaient … Il pourrait compter sur lui, du moins autant que l’on peut compter sur les hommes. Et puis il y avait eu les combats avec Mâa. Il sourit en repensant a leur initiation à la lutte grecque … Il y avait eu quelque chose de familier dans ces combats. Il repensa a son adversaire dansant devant lui, cherchant la faille dans sa défense … Il repensa à ses tatouages, louanges à Râ, symboles de Pharao, le souverain disparu … Il se surprit à regarder le soleil les yeux mi-clos, et à sentir le sommeil venir …
Alors la voix revint :
« Les temps approchent, tu seras bientôt prêt … Bientôt … Hergoth le savait»

Et pour la première fois depuis des années il dormit d’un sommeil paisible.

***

Le soleil ardent terminait peu à peu sa course dans le ciel. Bientôt, il disparaîtrait derrière les Montagnes du Sanctuaire, laissant un peu de repos à la végétation et aux hommes accablés par sa chaleur estivale. A leur retour, les Guerriers Sacrés avaient eu la joie de découvrir leurs nouveaux appartements situés à quelques minutes du Temple de Niké, en contrebas du Sanctuaire. La bouge d’Asturias, un solide bâtiment en pierre recouvert de chaux blanche pour refléter les rayons du soleil, se dressait au bout du chemin principal, entourée de quelques oliviers argentés qui offraient un peu d’ombre lorsque la chaleur se faisait trop pressante. Le toit de bois se dilatait et prenait des formes étranges, les tuiles d’argile stockées contre le mur Est laissait supposer que ces planches allaient être bientôt remplacées. Le chemin, partout ombragé par des essences diverses, serpentait au rythme des rochers et le faible vent soulevait à peine la poussière. Frank, allongé sur une étoffe de tissu au pied du principal olivier terminait paisiblement sa sieste en compagnie d’Harald et de Pallas. Darkhan, quant à lui, regardait les yeux perdus dans le vague les colonnes et les murs de marbre des temples, caressés par le soleil couchant et qui émettait une lueur froide presque surnaturelle. A l’intérieur de la bouge, Shiro, Mâa et Asturias conversaient au milieu des dizaines de notes et de papyrii rassemblés par le Dalmate.
« Je suis navré pour les tiens, dit Shiro, une main posée sur son bras. L’Indicible paiera pour ce crime, et tous les autres qu’il a pu commettre.
- Merci …, répondit Asturias en rangeant la table remplie de textes et de croquis. Ne parlons plus de cela, faisons plutôt le point sur ce qui nous attend ».
Totalement absorbé par sa quête de la sagesse intérieure, Mâa baissa ostensiblement les yeux et se concentra. Après un moment de recueillement, il inspira profondément.
« Tu fais toujours cela avant de parler ? demanda Shiro d’un air taquin.
- J’ai besoin de ressentir ce qui se passe autour de moi, cela m’aide.
- Ah ! Tu ressembles de plus en plus aux sages de mon Inde natale !
- Je prends cette remarque comme un compliment, Shiro.
L’Hindou lui sourit.
- Vous avez faim ? demanda le Dalmate à présent que la table était débarrassée.
- Si tu as un peu de pain et de mile, je ne dirais pas non.
- Pour moi, de l’eau suffira, répondit l’Egyptien.
Asturias apporta quelques poteries sur la table. Miel, fruits, pain de seigle, volaille froide de la veille, fromage de chèvre, eau et vin de Corinthe aiguisèrent les appétits des compagnons.
- Reprenons. Artholos est chargé d’aider nos alliés en Germanie. A l’heure qu’il est, il doit être en train de mener campagne contre le suivant de Caturix. J’ai confiance en lui, il mènera cette mission à bien. Il connaît mieux que personne cette terre forestière.
- Il pourra aussi peut-être retrouver sa sœur, coupa Mâa. Elle lui manque et trouble parfois ses jugements, il serait bon qu’il trouve réponse à sa disparition.
Shiro finit son premier morceau de pain au miel et s’immisça dans la conversation.
- L’Etranger est parti avant-hier pour une mission spéciale. Il s’est enfermé une semaine dans une des chambres d’étude de la Bibliothèque Sacrée et a longuement discuté avec Yolos avant de partir. Cette mission doit être de la plus haute importance.
Asturias se resservit un verre de vin.
Séléné, Nekkar et Nevali l’accompagnent. J’ai croisé Yolos hier qui m’a expliqué que l’Etranger avait peut-être une piste à propos des Guerriers Noirs, dit le Dalmate en posant la cruche aux dessins géométriques. Il poursuivit :
Ils sont partis précipitamment, visiblement l’Etranger était assez sûr de sa découverte. Ce serait une bonne chose s’il pouvait nous en apprendre davantage sur cet Ordre car, au demeurant, nous n’avons rien appris de plus sur eux en Asgard.
Mâa passa un doigt sur une mèche rebelle et se leva pour regarder par la petite fenêtre.
Il ne reste donc plus que nous ici. Seth va partir dans quelques jours avec Darkhan, Pallas et Harald pour le Caucase. Keraunos de Céphée et Ariarathe d’Andromède ont remonté une piste qui semblerait indiquer que Gygès, celui qui a volé le Sanctuaire, s’y cache. Nos compagnons vont donc nous quitter.
Il ne restera donc bientôt plus que Frank avec nous, parmi nos amis les plus proches.
Oui Shiro, c’est exactement cela, se retourna l’Egyptien.
Il serait bon, dans ce cas, de préparer notre propre enquête. Je pense passer encore quelques temps au Sanctuaire afin de compiler le plus d’informations possibles sur ce que nous avons découvert en Asgard. Je ne comprends pas les runes, mais je vais poursuivre mes recherches sur Allani-Ettitu, son message, Kragden et Caturix.
Shiro regarda le Dalmate en se grattant le menton.
Moi, dit-il enfin, je vais aller avec Frank à Eleusis. Je sais que notre compagnon y a gardé des attaches particulières : j’aimerai bien essayer de savoir ce qui se dit dans ce Sanctuaire où beaucoup de monde passe. Qui sait, peut-être y apprendrons-nous davantage sur les derniers agissements de l’Ordre Noir ?
C’est une bonne idée ! s’enthousiasma Asturias les yeux brillants.
Je vais de mon côté rester avec toi, Asturias. Je compte en en effet découvrir quelle est la relation entre Sebek et Asgard. Je vais parler avec Yolos et les Sages du Sanctuaire. Je pense qu’il serait bon d’aller en Egypte lorsque nous serons tous réunis pour résoudre ce mystère qui me tourmente chaque jour davantage ».

Le soleil disparut enfin derrière les cimes grises des Montagnes du Sanctuaire. Déjà, la première étoile tentait de se frayer un passage à travers la lumière du jour dans le ciel qui prenait des teintes rougeâtres. Le voile de la nuit allait bientôt tomber.

***

Asgard, sept mois plus tôt

Les compagnons avaient mis plusieurs jours à sortir des entrailles de la Montagne Hurlante, escaladant péniblement un chemin de pierre qui montait à pic à travers des vapeurs nauséabondes de champignons en décomposition. Enfin, le soleil accueillit les guerriers au sortir d’un flanc de montagne perdu dans l’immensité d’Asgard. Le piton rocheux surmontait la mer et les icebergs s’étendaient à perte de vue. Bravant le froid, la fatigue et la faim, à peine atténuée par le fruit de la chasse d’Yshba, Memnoch et Nekkar, les Elus parvinrent finalement à rejoindre le village des pêcheurs qui, jadis, avait déjà sauvé une première fois les serviteurs d’Odin. De là, après une semaine de repos, ils rejoignirent Troudheim où les Grecs eurent la bonne surprise de retrouver Yolos, accompagné de Xantipolapoulos de la Grue, Bamos de Cassiopée, Minosandre du Lionnet et Asham de Pégase. Le Guerrier d’Argent du Kosmos expliqua que ces Guerriers de Bronze étaient là en guise de la bonne volonté du Sanctuaire de soutenir le Royaume d’Asgard : il fut convenu que, menés par Artholos, ils soutiendraient les serviteurs d’Odin dans leur combat contre Eluontios, jusqu’au cœur de la Germanie. Quelques jours avant de partir, Akurgal organisa une réunion afin de mettre au clair tous les éléments qu’ils avaient découverts. Assis autour d’une grande table circulaire, les compagnons écoutèrent avec attention le Mésopotamien. Il ferma les yeux et prit une grande inspiration, préparant chacun des mots qu’il allait énoncer. Il entrouvrit finalement ses yeux, où brillait une certaine fébrilité.
« Mes amis. Au moment où nous allons nous séparer, je crois qu’il est important de faire un bilan de nos découvertes. Je me suis permis de préparer un petit texte.
- C’est une excellente initiative, commenta Asturias, nous t’écoutons.
- Voici ainsi ce que nous savons. Allani-Ettitu, qui menaçait l’ensemble de l’humanité, semble avoir disparu pour longtemps, si ce n’est à jamais. Son état de faiblesse l’a poussée à se murer dans un autre monde. C’est notre première victoire, nous pouvons nous en réjouir ! Seconde chose : nous savons que des Guerriers Noirs, servant une puissance inconnue, cherchent quelque chose. Du moins s’attachent-ils à semer le trouble en Asgard et en Grèce. Nous ne savons encore rien de plus sur eux, mais je ne pense pas qu’ils représentent la principale menace. Cette dernière, et c’est la troisième certitude, réside en Astragoth. Tant que cette faille sera ouverte, le monde souffrira des maléfices engendrés par les dieux qui s’en sont échappés. Nous savons qu’il existe un lien entre Astragoth et Niflheim. Il est probable qu’une des clés de la fermeture d’Astragoth s’y trouve : c’est ce qui explique que Maiegeiam s’y soit rendu, n’est-ce pas Asturias ?
- Oui. Je suis arrivé à cette conclusion avec Mâa, Akurgal et Rahotep. Nous pensons que le Mage des Mages désire fermer Astragoth et y envoyer tous les dieux, pour les détruire à jamais. Il déteste les divinités et désire sans doute établir son hégémonie sur un monde qu’il aura façonné.
- Ce n’est pas réjouissant, murmura Shiro à Seth qui se trouvait à ses côtés.
- Tu as raison, je doute que les hommes soient capables de se passer des dieux : ce serait l’anarchie !
Akurgal se détourna de ses pensées et reprit la parole.
- Nous savons donc que nous devrons, un jour ou l’autre, nous rendre en Niflheim soit pour y retrouver ce Mage et l’empêcher de tuer tous les dieux, même si cette perspective est peu plausible. Il ne peut faire le poids face à Hel, il est probable qu’il soit d’ailleurs déjà mort. La seconde raison qui nous poussera à y aller de toute façon sera d’y trouver le moyen de refermer Astragoth avec les divinités qui s’en sont échappées. La quatrième chose que nous savons concerne Caturix. Ses serviteurs en avaient après Allani-Ettitu, ils cherchaient quelque chose, sans doute l’ont-ils trouvés. Cette divinité désire répandre la guerre dans le monde comme Asturias va vous le montrer en lisant un texte que nous avons fini de traduire ensemble, et qu’il avait emprunté au Sanctuaire avant de partir, bien lui en a fait !
- En vérité je l’ai recopié d’un recueil d’Hattousa, lors d’un précédent voyage. Je désirais en apprendre davantage sur Caturix dès lors qu’il est apparu qu’il représentait une menace potentielle ».
Asturias se leva et déroula soigneusement un parchemin. Le Dalmate se concentra et lut à voix haute.

***

« Le Maître des Tumultes

Écoute la complainte du Fléau de la Guerre Eternelle. Écoute le tumulte engendré par le Héraut des Enfers.
Le Maître des Tumultes est un des premiers dieux qui ait jamais existé. Un des premiers à avoir découvert seul la voie du sens divin. Le Maître des Tumultes connut la nuit originelle, connut même la disparition des premiers dieux, des premiers hommes «parfaits» de l’Âge d’Or. Il ne souhaite qu’une seule chose : le chaos, le chaos originel. Il faut en effet pour lui retrouver la pureté de la conception initiale, sans les hommes actuels, bien trop faibles. Il rêve d’un monde de combat éternel, entre des champions et des dieux. Aucune autre divinité de la guerre ne lui est comparable dans sa soif de combat. En ce sens il aime voir les mortels qui affrontent la mort au combat, quitte à y perdre la vie.
Les serviteurs du Maître des Tumultes sont légion : ils sont au service d’autres dieux, provoquant guerres et troubles, afin qu’il puisse intervenir sur les champs de bataille. Aucun dieu connu n’ose prendre le Maître des Tumultes pour un simple dieu archaïque : tous le craignent. Une de ses particularités en effet est d’être connu de tous. Personne n’a jamais vaincu ce puissant dieu en combat : ses armes déchirent le ciel, pourfendent la terre. Un dieu l’a combattu il y a plusieurs siècles, autre adorateur des combats : Sotar d’Asgard. Après un combat de 1204 années, Sotar fut transpercé par une lance, une épée lui tranchant le bras, une masse d’arme lui fracassant le crâne, une hache lui coupant les jarrets, un marteau de guerre lui écrasant l’épaule, seule son glaive étant détruit sous les coups de Sotar. En effet, le Maître des Tumultes est capable de brandir ses six bras pour combattre. Le terrifiant héraut des enfers mena lui-même Sotar dans les entrailles de la Terre. Là, d’un titanesque coup de sa masse d’arme il créa un trou béant dans lequel il jeta la dépouille de Sotar. Depuis, ce trou subsiste. Un maître chinois traduit un poème contant la mort de Sotar, et nomma «puits des âmes» cette fracture béante dans le monde des enfers : ce qui reste plus connu sous le terme de Seisishiki.
Une seule divinité est représentée avec le Maître des Tumultes : Le Faucheur. Ce dernier est un homme qui a échoué dans la connaissance de la puissance divine, mais qui a juré fidélité à au Fléau de la Guerre Eternelle. Contre l’immortalité il doit lui apporter des morts, en pagaille, afin de satisfaire la soif de combat du dieu tumultueux. Pourquoi des morts ? Tout simplement pour pouvoir fournir des combats sans fin au Maître ! Le Faucheur est un cadavre squelettique, armé de sa faux «Fauchevie». Ceux qui servent Le Faucheur, et il y en a, accèdent à l’immortalité sous la forme de cadavres chargés de recruter des combattants pour les combats que les Mortels ont nommé Caturix.

Scribe d’Hattousa »


***

« Ce texte, une fois totalement traduit, nous a conduit vers une nouvelle piste, la cinquième donc : Sotar, que nous connaissions par ailleurs depuis longtemps. Grâce à Thenséric, nous avons appris que ce dernier était un puissant dieu primitif qui fut sauvé de la mort grâce aux Pommes d’Idunn : en échange, il jura fidélité à Odin et Asgard et fut désigné pour garder … Astragoth ! Sotar était donc le garant de la non ouverture d’Astragoth !
- Mais il n’était pas là lorsque nous avons brisé le sceau, objecta Mâa, inquiet.
- Effectivement, répliqua Rahotep. Il a été assassiné en Dalmatie par Kratourn, serviteur de Caturix. Bjarnulf, Thrall et Dimitre l’on vengé, c’était là l’objet d’une de nos missions.
- Ça n’a pas de sens, Caturix n’est sorti d’Astragoth qu’après la mort de Sotar, comment aurait-il pu…
Akurgal coupa Mâa. Il se releva et marcha calmement autour de la table.
- En croisant les informations d’Inyan et de Memnoch qui se sont aventurés les premiers dans les entrailles du Gouffre des Tempêtes, avec celles de Bjarnulf, Thrall et Dimitre, nous avons appris que Kratourn avait vraisemblablement été libéré de Niflheim par trois Guerrières Noires au service de Kragden, un démon. Ce dernier convoitait la Main de Sotar, seule capable d’ouvrir Astragoth : selon les textes runiques que nous avons recopiés sur la Porte de Crystal et que nous avons commencé à traduire, Astragoth était fermée par un sceau, que nous avons brisé. Mais en amont, une racine d’Yggdrasil empêchait les dieux ancestraux de remonter à la surface : par un sortilège inconnu, seule la main de Sotar pouvait faire disparaître cette barrière.
- Donc l’ouverture d’Astragoth a été prévue de longue date. Nous avons été utilisé pour ouvrir le sceau qui ne pouvait certainement pas l’être par nos ennemis … Pourquoi ce Kragden a fait cela ?
- Rien ne dit que c’est lui Mâa, tempéra Rahotep.
- Qui alors ? Je ne comprends plus rien à votre histoire ! C’est qui qu’il faut tuer ?
La petite intervention de Séléné fut accompagnée de quelques hochements de têtes. En vérité, plus les découvertes avançaient, plus la trame générale semblait confuse.
- Pour compléter le tableau, il reste les troubles générés par Enlil en Mésopotamie. Je crois que nous pouvons résumer assez simplement ce qui nous attend. Quelqu’un tire les ficelles depuis longtemps. Inutile de perdre du temps à savoir de qui il s’agit pour le moment. Nous serons en mesure de le découvrir en temps voulu. Voici ce que nous avons défini comme étant les priorités :
Premièrement Kragden. Nous savons où il se terre, nous allons donc pouvoir monter une expédition pour reprendre la Main de Sotar : nous aurons alors une arme essentielle pour la fermeture future d’Astragoth. Nous autres, Ases, nous chargerons de cette tâche.
Secondement : grâce à Bombadilos du Caucase et aux recherches d’Asturias, de l’Etranger et de Mâa, nous savons qu’un très grand sage nommé Yôô d’Hââ détient toutes les clés du mystère qui entoure Astragoth. Le Sanctuaire me semble tout désigné pour enquêter en Egypte où il semble se cacher. Le retrouver pourrait bien nous permettre d’apprendre des éléments capitaux. En outre cette mission pourrait nous permettre de savoir ce que Seth et Anubis trament dans leur coin …
Troisièmement, ce que je nommerais les malheurs des hommes : l’Indicible, Eluontios, les Guerriers Noirs, Caturix, Arès, Loki en ce qui nous concerne, autant de dangers que nous devrons combattre au coup par coup. Là, nos autorités respectives nous indiqueront quand frapper, comme la Grande Prêtresse l’a confirmé à Thenséric et Yolos l’a indiqué au nom du Sanctuaire.
Quatrièmement, Enlil : pour le moment nous ne pouvons rien faire. Cette puissante divinité semble accablée et furieuse depuis l’ouverture d’Astragoth. Si nous parvenons à refermer cet endroit maudit et à y reconduire les dieux ancestraux, nous pourrons espérer qu’elle se calme. Je crains qu’une guerre contre ma terre natale ne plonge le monde dans un chaos sans fin …
- Tes paroles sont sages et j’y souscris, ainsi que j’en suis certain, tous mes compagnons, commenta Asturias et faisant le tour de la table d’un regard approbateur.
- Vous, Kragden. Nous, Yôô d’Hââ. En route on tape sur tout ce qui nous menace et on laisse Enlil tranquille. Il suffisait de le dire d’emblée, j’ai rien compris à vos premières explications !
- Séléné a raison, compléta Bjarnulf. Laissez aux érudits les grands discours. Je ne suis pas versé dans ces mystères, je sais par contre me battre. La prochaine fois, Akurgal, Asturias, Mâa, Rahotep : faites simple ! »
Bjarnulf éclata de rire, bientôt suivi de l’ensemble de la tablée. Le reste de la soirée, en dehors des érudits qui poursuivirent leurs échanges, les compagnons partagèrent un copieux repas et écoutèrent Nibel leur jouer des airs festifs qui finirent de détendre l’atmosphère.

Deux jours plus tard, les serviteurs d’Athéna, menés par Yolos, rentrèrent au Sanctuaire, laissant le soin à Thenséric, d’organiser le retour des siens à la Forteresse Sacrée. Les derniers événements soulevaient de nouveaux problèmes, qui se rajoutaient à ceux qui accablaient déjà le Royaume d’Odin. Une chose paraissait cependant certaine : Allani-Ettitu avait disparu du monde des Mortels et représentait une menace directe de moins, même si son désir de vengeance planait encore au-dessus du destin des Hommes.


  



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