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Les ages mythologiques

La Garde d’Enyo



Montant de l’horizon découpé par les hautes Montagnes Blanches, la lune irradiait sa pâle lueur au-dessus de la Plaine des Vents, comme un spectre se gorgeant du sang des morts et les accueillant dans l’oubli. Un silence étrange régnait sur ce tableau. Le blizzard s’était tu, les quelques oiseaux charognards qui pouvaient supporter un tel climat s’étaient repus et attendaient patiemment de nouvelles victimes. Çà et là, un léger grognement de plaisir ou le craquement d’un os signalait la présence de loups affamés en train de se repaître. Les morts attendaient de disparaître, rattrapés par la loi de la nature.

Le voyage avait été assez paisible finalement. Les longues semaines de navigation avaient permis aux Elus de se retrouver et d’échanger leurs expériences respectives. Tout n’était pas parfait, c’était peu de le dire. Certains serviteurs d’Odin se méfiaient des défenseurs du Sanctuaire, Thrall en tête. Il n’aimait pas à penser que ces étrangers, car il ne voyait en eux que des étrangers à sa terre d’adoption, puissent paisiblement traverser son Royaume. Asgard était puissante, Odin était une divinité fière et redoutée : pourquoi s’embarrasser de ces Grecs ? Chez ces derniers, Macubex, même s’il ne le disait pas clairement, Séléné et Nevali, eux plus directs, ne comprenaient pas non plus l’intérêt de se lier avec ceux qui ne restaient que de simples guerriers loin de maîtriser toutes les subtilités du Kosmos. Tout au plus, ils seraient des gêneurs au cœur de la bataille quand les Saints feraient déferler leur puissance sur leurs ennemis.
Une bonne partie des élus trouvait cependant grâce à ce rapprochement. Les érudits s’étaient vite retrouvés autour de discutions enflammées. Les découvertes à propos du Niflheim, d’Hel, la diversité des aventures vécues, autant de sujets qui émaillaient leurs soirées, les journées étant consacrées à la navigation et la chasse ou la pêche lors de brèves escales le long des côtes occidentales. Ce fut avec surprise que Mâa et ses compagnons découvrirent que ceux qui portaient le titre d’Ase n’étaient finalement pas si éloignés de leur propre statut de Guerriers Sacrés. Rangées dans de petites boîtes de mithrill, métal divin d’Asgard, qui tenaient dans la paume d’une main, les armures et les armes ayant appartenu aux Ases morts lors d’une très ancienne guerre qui avait décimé la famille d’Odin, sommeillaient en attendant d’être portées par leurs nouveaux propriétaires. Meijuk avait assuré que ces Armures étaient prodigieusement légères mais incroyablement résistantes. Elles couvraient l’ensemble du corps, à l’exception de la tête qui restait à nue. Les Armes Divines qui les accompagnaient semblaient en mesure de pourfendre les montagnes et, toujours selon Meijuk, pouvaient même terrasser un dieu. Lorsque Nibel fit le récit du combat qui les avait opposés à Allani-Ettitu et à Eljoudhilen, Roi des Elfes Noirs, il n’omit pas de préciser « qu’avec de tels atouts ces divinités n’auraient pas pu résister bien longtemps ».
Tout se précipita dès leur arrivée au port du Troudheim, enveloppé d’une épaisse et inquiétante brume que les serviteurs d’Athéna n’avaient pas l’habitude de voir. Gunther, qui savait l’arrivée du navire imminente, avait attendu depuis trois jours sans bouger, affrontant seul les éléments. Ses traits étaient tirés, signe d’une fatigue extrême. Il ne laissa pas le temps aux élus de se poser trop de questions, sautant directement dans le navire avant même que celui-ci ne fut solidement amarré.
« Nous avons été attaqués par des guerriers sombres. Ils ont ravagé tout le sud d’Asgard, pillé, violé, tué. Nous ne savons même pas de qui il s’agit, ils ne sont pas d’ici. Il y a quatre jours, j’ai fait envoyer des troupes menés par neuf Einherjars fraîchement formés et une centaine d’hommes. Je suis resté avec le reste des troupes dans Troudheim, en compagnie de Thenséric pour faire face aux assauts répétés des Elfes Noirs qui, ces dernières semaines, redoublent d’audace et semblent avoir regagné en puissance. Je n’ai plus de nouvelles des troupes que j’ai envoyées dans la Plaine des Vents où se trouvait le campement de nos envahisseurs.
- Est-ce possible que ce soient des troupes de la Horde d’Eluontios ? s’inquiéta Hanz tandis que les autres se pressaient autour de Gunther, les représentants du Sanctuaire demeurant cependant un peu en retrait.
- Non, assura le guerrier roux en essuyant ses yeux qui le piquaient de fatigue. Nous n’avons jamais vu de tels combattants. Ce ne sont pas non plus des Guerriers Noirs. Ils sont moins de vingt, portent des boucliers ronds, des lances et des casques au panache de crin de cheval.
- Cela ressemble fort à des guerriers grecs, murmura Mâa en se rapprochant de Seth.
Rahotep se retourna vers l’ensemble de ses compagnons, le regard déterminé.
- Nous devons porter secours à nos hommes et faire face à cette menace. Nous partons sur le champ.
- Nous serons des vôtres, si vous le permettez, s’enquit Asturias sous le regard approbateur de ses compagnons. Vos ennemis sont nos ennemis.
- Je n’en attendais pas moins de vous. En route ! »
L’Egyptien sauta le premier du navire, suivi par l’ensemble des élus. Il ne leur fallut pas plus d’une journée pour rejoindre la Plaine des Vents, revêtus de leurs Armures Sacrées. Maintenant, ils savaient.

Lentement, dans l’atmosphère limpide et glaciale de la nuit, les compagnons balayèrent du regard le spectacle macabre. Une bise légère mugissait entre les quelques touffes d’herbes qui luttaient pour leur survie en perçant difficilement le manteau neigeux. Elle portait des odeurs de chair massacrée et de sang. Le combat ne devait pas s’être achevé depuis longtemps, quelques heures tout au plus. C’était un champ de viande morte qui n’intéressait plus que les charognards. La plaine ressemblait à une plage ou la vague des combats avait charrié son lot de corps démembrés et arraché ses cris de douleurs et d’horreurs. La centaine de fiers guerriers d’Asgard regardait maintenant le ciel du Royaume et semblait implorer Odin de les accueillir au Walhalla, maigre récompense à leur sort funeste. Les Walkyries sauraient sans doute apaiser leurs souffrances de mortels … Les neufs Einherjars reposaient à part, en tas. Un pied lourd prenait un malin plaisir à martyriser ces corps méconnaissables sous le regard carnassier de dix-huit guerriers aux casques hoplitiques, porteurs d’une lourde armure cachée par des manteaux noirs maculés de sang et de chair humaine. Voyant les élus arriver, ils s’étaient mis à frapper leurs lances sur leurs boucliers circulaires peints de scènes guerrières, jusqu’à ce que leur chef leur commande de cesser. Ce dernier envoya un violent coup de pied dans le tas de corps qu’il martyrisait, arrachant au passage une tête qui vint mourir aux pieds de Rahotep. Le visage du guerrier, d’une beauté féminine, affichait un sourire triomphal. Son manteau rouge sang ondulait de façon impressionnante autour de son armure noire et argentée. Haut de deux bons mètres, il était doté d’une large carrure et ses membres épais contrastaient avec la grâce de ses mouvements.
« C’est un représentant du Maître des Tumultes !
- Caturix ? Qu’est-ce que tu racontes Asturias ? Qu’est-ce qu’il ferait ici ?
- Mâa, je reconnais le symbole tissé sur son manteau, les six bras du Fléau des Batailles.
- Et les autres, s’inquiéta Akurgal. Ils semblent bien Grecs, eux ».

Les Elus n’eurent pas le temps de se perdre en conjectures. Les dix-huit guerriers, sous l’injonction de l’inquiétant homme au manteau pourpre, se mirent en rang devant lui. L’un d’entre eux cria alors, tandis que ses compagnons entamaient un chant de guerre grec que les hommes du Sanctuaire ne tardèrent pas à reconnaître.
« Au nom d’Arès, nous vous défions guerriers d’Asgard et d’Athéna ! Pas de quartier, pas de prisonniers ! Seules comptent la soif du sang et l’ivresse de la bataille ! Au nom de la Phalange Sacrée d’Enyo, déesse des Batailles, A MORT !! »



La bataille de la Plaine des Vents



Un vent glacial soufflait sur la plaine, caressant les morts et mordant la peau des guerriers qui s’affrontaient. Les Guerriers Sacrés qui ne combattaient pas s’étaient regroupés autour de Mâa et observaient avec attention la bataille, se tenant prêts à intervenir au cas où les choses tourneraient mal. Les Einherjars, étaient un peu plus en retrait mais ne perdaient pas une miette de ce combat ; ceux qui étaient devenus des Ases multipliaient les exploits sous leurs yeux admiratifs et ils pouvaient à présent mesurer le fossé qui les séparait de leurs compagnons d’arme.

Le combat durait depuis plusieurs minutes à présent et Séléné souffrait. Son adversaire le dominait très nettement. Il parait ou esquivait facilement les attaques du Guerrier de l’Ours et l’étourdissait de coups de bouclier à chaque fois qu’il le voulait. C’était un chat qui jouait avec la souris, attendant que la lassitude ne le pousse à porter le coup fatal à l’aide de sa lance d’airain. Nevali se battait aux côtés de son ami et semblait lui prendre la mesure du guerrier qui lui faisait face. Agile et rapide, il évitait les coups du serviteur d’Arès et étudiait ses mouvements pour trouver la faille dans sa redoutable défense.
« Séléné, concentre-toi, bouge, évite ses coups, il va finir par t’assommer et te tuer ! Tu es aussi lent qu’un ivrogne au sortir d’une beuverie, tu gaspilles tes forces à frapper dans le vide ! Est-ce là tout ce que tu as appris ?
- LA FERME NEVALI, JE CONTROLE LA SITUATION ! » hurla l’Ours de Bronze au moment de recevoir un nouveau coup de bouclier qui lui arracha une gerbe de sang, semblant laisser le colosse KO debout, à demi-inconscient.
Le guerrier d’Arès éructa de plaisir et se mit à chanter un air de mise à mort, frappant brutalement son bouclier avec sa lance. Séléné ne bougeait plus. « Cet idiot de Nevali a raison, je suis beaucoup trop lent. Je ne vais pas pouvoir encaisser encore longtemps, il faut que je trouve une solution ; Kröm, donne-moi une idée ! » murmura le Cimmérien tandis que l’Hoplite Sacré achevait sa dense et s’apprêtait à se jeter sur lui.
« Séléné va mourir s’il ne réagit pas.
- Tu veux que j’intervienne Mâa ? Ce guerrier est rapide mais je suis assuré de le battre.
- Laisse notre géant se débrouiller seul pour le moment Harald. Nous interviendrons le moment opportun.
- Il est tout de même KO debout là, il risque d’y laisser sa peau, s’inquiéta le Guerrier du Bouclier.
- Il n’est pas KO, il se concentre ».
Mâa et Harald se tournèrent vers Seth qui venait de les rejoindre, laissant son adversaire debout, figé, les yeux révulsés de terreur. Campé sur ses positions, même le vent ne le faisait pas tomber. Tout au plus, le souffle glacé solidifiait le sang qui s’écoulait depuis la blessure qu’il portait au milieu du front. L’Egyptien, étonné, fixa son compagnon, cherchant une explication qui ne tarda pas à venir de la bouche même du Phénix.
« Ne me regarde pas comme ça. Il est mort. Son âme se bat avec ses propres démons avant de quitter cette terre et de rejoindre le Royaume des Morts.
- « L’Illusion du Phénix », murmura Mâa en voyant ces mots disparaître petit à petit de l’avant-bras de son ami.
- C’est cela. Je ne comprends pas encore pourquoi j’ai nommé cette attaque ainsi mais, une chose est certaine, elle est à présent gravée dans mon Armure.
- C’est aussi vrai pour moi Seth, mes avant-bras portent les noms de mes attaques. Ces lettres brillent à chaque fois que je les utilise. C’est la première fois que je remarque ce phénomène chez quelqu’un d’autre.
- C’est la première fois que nous combattons réellement tous ensemble, Harald ».

« HURLEMENT DE LA MORT ! » En une fraction de seconde, l’Hoplite se figea et lâcha son hoplon et sa lance. Secouant sa tête dans tous les sens, hurlant de douleur, il serra ses deux mains contre ses oreilles pour échapper au cri qui venait de lui percer les tympans et qui résonnait à présent à travers les moindres de ses muscles tétanisés par la douleur et la peur. D’un bond, Nevali se positionna derrière lui et, du bras gauche enserra la tête casquée. Par deux coups de genou rapides, il agenouilla sa victime, avant de lui enfoncer sa main droite terminée de griffes acérées à la jonction du cou et de l’épaule. Nevali laissa choir sa victime dans son sang qui giclait à grands flots et se retourna vers son ami. Il était trop tard. L’Hoplite Sacré venait de charger, lance en avant, bien décidé à en finir avec ce colosse à demi-inconscient.
Au dernier moment, Séléné fit un geste rapide du revers de sa main gauche qui dévia la lance de sa trajectoire mortelle. Elle perça de part en part la cuisse de l’ours de Bronze, sans que celui-ci ne laisse paraître le moindre rictus de douleur. Au contraire, il se mit à rire, un rire sardonique qui, le temps d’un instant, attira l’attention de tous les combattants.
« Tu es devenu fou, Guerrier d’Athéna. La douleur te fait perdre la raison.
- Par Kröm tu vas voir si je suis devenu fou. Tu es trop rapide pour moi, mais maintenant je te tiens ! »
Les deux regards se figèrent. Séléné adressa un petit sourire au serviteur d’Arès qui essayait de retirer sa lance, sans résultats. L’Ours de Bronze serra ses dents et fit exploser son Kosmos. Son sourire s’effaça, remplacé par une expression de fureur presque inhumaine. Séléné jaillit soudain en portant un coup de poing sur l’hoplon qui explosa en milliers de morceaux, le choc brisant le bras gauche du guerrier qui, hébété, ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il vit les deux mains de Séléné s’emparer de sa tête casquée, puis ce fut le craquement. Le casque se fissura et explosa à son tour. Prise dans la Poigne de l’Ours, la tête ne résista pas longtemps. Séléné éructa lorsque cette dernière explosa entre ses mains, sous le regard abasourdi de ses compagnons. Mâa plissa les yeux devant l’assaut d’une nouvelle bourrasque. «  C’est une bête folle, souffla-t-il, je doute qu’Athéna accepte une telle violence en son sein ».

Si Harald semblait aussi choqué que son compagnon, Seth et Artholos suivaient attentivement les autres combats qui, un à un, touchaient à leur terme. Leurs regards se portèrent dans un premier temps sur Darkhan. Ce dernier avait utilisé de multiples attaques au corps à corps, sans succès. Il décida donc de faire appel à ses arcanes dévastatrices.
« Tu ne m’échapperas pas longtemps. PAR LA COLERE DU DRAGON ! », cria le jeune homme.
Darkhan sauta en l’air et sembla léviter tandis qu’un immense Dragon se dessinait au-dessus de sa tête au fur et à mesure que son Kosmos grandissait. Harald suivait avec attention les moindres mouvements de celui qui étais devenu un véritable ami depuis leur périple qui les avait conduit à travers les Monts Zagros, la Gédrosie, puis la Bactriane, jusqu’au marches de l’Hindu Kusch. L’attaque, que Darkhan avait gardée en réserve pour mieux prendre la mesure de son adversaire, prit ce dernier au dépourvu. Une vague d’énergie aveuglante prenant la forme d’un Dragon furieux déferla sur lui et seul son hoplon lui permit d’encaisser le choc. Son armure était fissurée en de multiples endroits et son bouclier n’offrait plus de réelle protection. L’Hoplite Sacré venait d’être écrasé par la force d’un jeune homme chétif qui semblait renfermer au plus profond de son être la puissance des dragons ancestraux.
« Je ne mourrai pas seul Dragon, je vais t’embrocher sur ma lance ! Viens, allez viens si tu l’oses ! Ta technique ne fonctionnera pas une seconde fois sur moi, je sais bien que ce Dragon qui apparaît derrière toi n’est qu’une illusion ! Tu ne m’échapperas pas, pesta-il son armure déchiquetée et son torse marqué de profondes cicatrices sanglantes, comme s’il avait été piété par une horde furieuse de Dragons. Je vais parer ton attaque comme j’ai fait échec à tes ridicules tentatives précédentes !
Le visage serein, Darkhan se remit en garde.
- A ta guise, et merci du conseil, je saurai en faire bon usage. Sache que je n’éprouve aucun sentiment de haine à ton égard ; ta mort sera le dernier acte d’une violence dans laquelle tu t’es complains toute ta vie. PAR LA FUREUR DU DRAGON ! », hurla-t-il enfin, tandis que son aura scintillait de mille feux.
Cette fois-ci, Darkhan donna un puissant coup de poing à ses pieds sous le regard incrédule de son adversaire. Ce dernier ne comprit que trop tard ce qui se passait : la vague d’énergie générée se dirigea à toute vitesse vers ses pieds avant de le propulser dans les airs, tel un pantin désarticulé. Pris dans la gueule du Dragon, écrasé sous les coups, son corps retomba, sans vie, à quelques mètres du Guerrier de Caturix qui n’esquissa aucun mouvement. Son regard se porta simplement sur Artholos qui, de son côté, venait de pourfendre de part en part son ennemi après l’avoir saoulé de coups.
« Artholos est beaucoup plus puissant que son attitude renfermée ne laisse entrevoir de prime abord. A aucun moment le Guerrier d’Arès ne l’a mis en danger.
- Darkhan s’est aussi bien battu Harald, sa technique est parfaite. Nos compagnons sont de valeureux guerriers », compléta Mâa en cherchant du regard Seth qui, lui, regardait les Guerriers d’Argent en finir avec les Hoplites Sacrés.

Aucun, ni Macubex, ni Asturias, ni Frank, ni Shiro, aucun d’entre eux n’avaient utilisé d’attaques spéciales. Plus rapides, plus puissants, il ne leur avait fallu que quelques passes pour prendre la mesure de leurs adversaires respectifs. Finalement, seule la mort apportée donnait un indice de la personnalité de chacun. Frank avait brisé la nuque de son opposant avec assez de contrôle pour lui épargner trop de souffrances. Shiro et Asturias avaient fait parler leur maîtrise du corps à corps et leurs sens tactiques pour simplement retourner les lances contre leurs propriétaires. En fait, Seth était surtout intéressé par Macubex. Ce dernier disparaissait de son champ de vision à chaque attaque du représentant d’Arès qui, ce faisant, s’épuisait à combattre une ombre. Macubex ne faisait pas briller son Kosmos et, pourtant, ces disparitions n’avaient rien de naturel. Soit l’Hindou se mouvait à une vitesse bien supérieure aux autres, soit il possédait un pouvoir extraordinaire qui lui permettait de se dissimuler au regard des autres. Le combat s’acheva lorsque, visiblement heureux d’avoir éprouvé avec succès sa technique, Macubex décapita le guerrier d’un revers de la main.

Le vent cessait peu à peu de souffler. Spectateur de la bataille en cours, il préférait sans doute regarder les combats. Il aurait le temps de reprendre, plus tard, son office. Les Ases, jusqu’ici, s’étaient contentés de courir, d’éviter, de parer. Leurs adversaires se fatiguaient mais gardaient courage. Contrairement aux Guerriers d’Athéna, ces représentants d’Odin semblaient bien moins dangereux ; Nekkar venait de planter ses griffes acérées dans les yeux d’un Hoplite qui hurlait sa douleur en brassant de l’air autour de lui de la pointe de sa lance, à la recherche de son adversaire. Le poison ne tarda pas à faire effet et, lamentablement, il rejoignit ses compagnons dans l’oubli. Oui, pour les neuf derniers, il semblait que les Ases fussent de bien moins terribles adversaires jusqu’à ce sifflement. Rahotep, voyant que les Guerriers d’Athéna avaient fini leur œuvre, siffla entre ses doigts. Suivant un plan prévu longtemps à l’avance, les huit autres Ases se mirent en garde à ses côtés.
« Il est temps maintenant. Ne les décevons pas ». Comme un seul homme, les Ases se ruèrent à l’assaut.

L’Hoplite Sacré pointa sa lance vers le visage de Nibel qui esquiva prestement d’un pas sur le côté. Le guerrier tenta alors de donner un violent coup de bouclier mais l’Ase de Balder prit ses distances d’un bond gracieux. Il enchaîna deux coups de l’Epée de Balder : le premier toucha simplement le bouclier, propageant une onde sonore qui fit voler en éclat l’ensemble de l’armure, le second découpa le Grec au niveau de la taille.
Meneas, jeune Hoplite Sacré d’Arès n’en revenait pas. Son adversaire s’était tout simplement évaporé. Comment pouvait-il seulement se mouvoir si aisément ? Son Armure massive, ce Cor qu’il portait autour du Cou devaient l’entraver dans ses mouvements et pourtant … Il regarda frénétiquement autour de lui pour le retrouver. Dans un réflexe de survie, il leva les yeux : Memnoch était déjà derrière lui. Il se retourna d’un bond et dans un réflexe surhumain mit son hoplon en opposition face à la hache de l’Ase d’Heimdall. Dans un premier temps, Meneas fut soulagé d’avoir évité le pire, son bras gauche ne portant qu’une légère entaille. Le soulagement fit rapidement place à l’horreur lorsqu’il sentit ses chairs se consumer de l’intérieur au fut et à mesure que l’air entrait par la blessure infligée par la Hache d’Heimdall. Memnoch abrégea les souffrances du malheureux en le décapitant sous le regard d’Inyan et d’un Hoplite enragé.
« Tu n’es pas un mauvais combattant, soldat d’Arès, lâcha Inyan en fixant son adversaire.
- Hoplite Sacré ! Toi, tu ne m’impressionnes pas Asgardien, tu sais courir, mais sais-tu seulement te battre ?, railla le représentant du tumultueux Seigneur des batailles grecques.
- On peut le dire. Ecoute donc le chant de la Lame de Bragi !
- Je t’attends ».

Ce qui suivit glaça d’effroi Frank. Il n’avait jamais vu son frère dans un tel état d’excitation. Chaque mouvement qu’il faisait dans les airs avec son épée semblait déclencher chez son adversaire des douleurs insupportables. Ils étaient distants de plusieurs pas, l’Hoplite Sacré ne saignait pas et, pourtant, il souffrait le martyr à chaque mouvement de l’Epée de Bragi. Au bord de la folie, le guerrier s’empala volontairement sur sa lance sous le rire inhumain d’Inyan qui jubilait de disposer d’un tel pouvoir. Pour la première fois de sa vie, il se rapprochait du statut divin que son ambition avait toujours nourri. A quelques pas de là, Rahotep et Meijuk s’élançaient à leur tour dans la bataille.
« Puisque vous avez souillé notre terre, puisque tu as participé au massacre des nôtres, tu dois en payer le châtiment », assura l’Egyptien d’une voix ferme. Son regard se voila tandis que son épée se mit à scintiller d’une lueur indéfinissable qui inquiéta le guerrier qui lui faisait face. « Il est temps que tu subisses le châtiment de Forseti ! » annonça Rahotep avant de disparaître pour réapparaître devant l’Hoplite Sacré, la pointe de son épée fichée entre ses côtes.
« Cette blessure n’est pas mortelle. Je voulais qu’auparavant, tu médites sur le mal que tu as fait. Tu vas mourir, mais seulement après avoir pris conscience de tes crimes. Je te plains. Le jugement de Forseti est terrible. Tu ne trouveras jamais le repos, les fantômes de tes crimes te pourchasseront à jamais. »
Déjà, le jeune Mikonéon voyait défiler devant lui les vingt-quatre victimes qu’il avait sur sa conscience. Ces spectres n’attendaient plus que lui. Le charme de Forseti dura de longues minutes avant de, finalement, faire voler en éclat son âme.

A quelques pas de là, un autre drame se nouait. L’Hoplite Sacré se mit en position défensive, conscient que son adversaire était doté d’une arme extraordinaire. Par deux fois déjà, la Lance de Vali l’avait frappé et était retournée dans les mains de Meijuk. Son hoplon avait volé en éclat dès le premier assaut, son arme avait subit le même sort lors de la seconde attaque. Il ne lui restait plus que son kopis et son courage. « Arès, murmura-t-il, montre-moi la voie pour que je puisse terrasser ce géant ».

« La Lance Sacrée de Vali ne rate jamais sa cible. Tu es déjà un homme mort. C’est le moment de prier ton dieu.
- Je ne mourrai pas si facilement, Asgardien ! Mon kopis saura te faire ravaler ton assurance !
- Je n’ai pas de temps à perdre contre toi. Adieu ».
Meijuk prononça quelques paroles en serrant sa lance contre son front et la lança vers le ciel chargé de nuages. Ce ne furent pas des flocons qui tombèrent de ces derniers, mais des dizaines de lances qui transpercèrent l’Hoplite avant de disparaître, laissant le corps mutilé baigner dans son sang.

Plus loin, selon une logique tout aussi implacable, la mort venait de s’emparer des derniers hommes d’Enyo sans que ceux-ci pussent espérer simplement résister. Akurgal avait foudroyé son ennemi lorsque le Marteau de Thor avait touché l’hoplon du Grec, tel le courroux de Zeus s’abattant sur les Titans. L’Arc d’Ull avait été le premier à décimer les rangs des derniers Hoplites, Thrall lâchant en une fraction de seconde une volée de flèches qui avaient transformé le malheureux Ferandou en statue de glace. Bjarnulf avait terrassé son ennemi d’un seul coup de hache. Shiro fut le seul à remarquer que l’Ase de Vidar avait porté au moins trois coups et que le second semblait avoir rendu le guerrier aveugle bien qu’il avait simplement touché son avant-bras.

Dimitre avait pris soin d’être le dernier. Il tournait autour de son adversaire sans discontinuer, se contentant de l’insulter et de le provoquer dans une langue que le Grec ne comprenait pas. L’attaque l’atteignit en plein visage, Dimitre agrippant son adversaire par le col.
« Tâche de durer un peu. Crie, laisse-toi aller. Il faut que le spectacle soit à la hauteur. Nous ne sommes pas seuls, tes frères Grecs doivent en avoir pour leur compte ! Je t’achèverai proprement si tu me donnes du plaisir ».
L’Ase de Tyr enchaîna par une dizaine de coups précis de son épée. Satisfait, il recula et s’assit dans la neige sous le regard incrédule de ses compagnons. L’Hoplite était pris de convulsion. Il ne portait aucune trace de blessure, son armure, son hoplon, tout semblait normal. Et, pourtant, c’était bien des cris de douleur qui montaient vers le ciel. Dans une dernière convulsion, l’ultime soldat d’Enyo cracha du sang mêlé de chairs et de lambeaux d’organes. Satisfait, Dimitre se releva et se dirigea vers sa victime pour lui porter le coup de grâce. Attention inutile, la mort était déjà venue chercher son dû. Il sortit une petite dague et découpa un doigt de sa victime, cachant cette mutilation aux yeux de ses compagnons.

Les représentants d’Athéna s’étaient réunis pour assister à cette mise à mort en règle des derniers serviteurs du Maître des Carnages et tous partageaient des émotions contradictoires ; fallait-il se réjouir de cette démonstration de force de leurs alliés ou, au contraire, la redouter ?
« Le message est clair, s’inquiéta Mâa. Les Ases sont extrêmement puissants, peut-être plus que nous. Il vaut mieux que les représentants d’Odin restent nos amis.
- Ouais, enfin bon, nous aussi, nous avons écrasé ces mouches d’Arès !
Frank regarda quelques instants son compagnon, comme s’il cherchait une once d’humour dans les paroles assurées de l’Ours de Bronze, puis haussa les épaules.
- On ne peut pas dire que tu as fait preuve d’un brio extrême Séléné, tu devrais te taire et te rendre à l’évidence : ces Ases sont, comme Mâa l’a dit, très puissants.
- C’est une certitude. Tout comme il est assuré que nous connaissons à présent leur potentiel et qu’ils ne connaissent rien du nôtre.
Shiro fronça les sourcils et ses doigts se crispèrent imperceptiblement.
- Etranger, tes paroles sont ambigües, je te rappelle que nous sommes liés par un pacte.
- Le Sanctuaire est en effet lié par un pacte, rétorqua Macubex en se mettant en garde, mais ce n’est pas le sujet. Il en reste un qui, je le ressens, ne va pas rester là sans rien faire. Il n’est pas du même acabit que les sbires d’Arès ! »

Macubex eut à peine le temps de finir sa phrase qu’un hurlement funeste envahit la vallée et prit la forme d’une multitude de spectres armés qui fondirent sur les Elus. La brume noire qui les entourait tourbillonna et se dissocia encore et encore pour former de nouvelles silhouettes spectrales écumantes de rage. Sur leurs visages noirs comme l’abîme des enfers, des yeux rouges brillaient de haine. Les compagnons se mirent en cercle et se préparèrent à repousser cet assaut venu de nulle part.


La Porte d’Or



Evitant de regarder les cadavres qui gisaient un peu partout, Darkhan sonda l’horizon embrumé.
« Etrange contrée n’est-ce pas ?
- Oui, Seth. Je n’ai jamais vu autant de neige de toute ma vie. Chez moi c’était différent, elle revenait uniquement avec l’hiver. L’été, nos montagnes sont belles et verdoyantes. Nibel m’a expliqué que cette terre est toujours couverte de ce manteau immaculé.
- Je dois dire que j’aime assez le calme qui s’en dégage.
- Comment avez-vous su, toi et l’Etranger ?
- Pour les spectres ? Je crois que nous sommes devenus des maîtres dans le domaine de l’illusion. Pour être franc, je pensais être le seul, l’Etranger m’a fait mentir. Cette armée n’était là que pour masquer la fuite du serviteur de Caturix.
- Il doit être très puissant pour générer de telles illusions, s’inquiéta ouvertement le jeune Asiatique.
Seth s’agenouilla et prit une poignée de neige qu’il porta à son visage.
- Sans doute, répondit-il en se caressant ses joues avec ses mains engourdies.
- Seth, Darkhan ! En route ! Canagan et Thrall ont retrouvé ses traces ! »

Les deux Guerriers Sacrés ne s’attardèrent pas plus avant et rejoignirent le groupe sous la conduite de Pallas. C’était un véritable conseil de guerre qui se tenait. Le serviteur de Caturix avait disparu depuis une heure tout au plus et il ne prenait pas le temps de cacher ses traces.
« Il se dirige vers le Nord, assura Thrall en dessinant dans la neige un rapide plan de la région.
- Qu’y-a-t-il dans cette direction ?
- La Forteresse Sacrée.
Thrall, ivre de colère, saisit Nibel et se mit à le secouer violemment.
- Tais-toi, ils ne doivent pas savoir !
- Si nous ne nous faisons pas confiance, inutile de poursuivre cette coopération. Votre démonstration de force a suffi tout à l’heure. A l’heure des tourments, nul besoin d’attiser la crainte et la suspicion entre nous. Nous nous battons pour les mêmes idéaux, vous n’avez rien à craindre de nous. Je me porte garant de chacun de mes compagnons.
- Tes paroles sont celles d’un sage, Asturias. Thrall, tu devrais tourner sept fois ta langue dans ta bouche avant de t’en prendre à nos compagnons d’arme. J’ai confiance en vous, Guerriers d’Athéna.
- Akurgal, fais attention à ce que ta confiance ne se transforme pas en aveuglement.
- Merci de ta sollicitude Thrall, mais je suis à même de discerner le faux du vrai.
S’agenouillant à son tour, le Mésopotamien poursuivit.
- Au nord se trouve la Forteresse Sacrée. Elle est imprenable et terriblement bien gardée. Je doute que le serviteur de Caturix s’y rende, du moins seul.
Rahotep se saisit de quelques petits cailloux qu’il plaça soigneusement sur la carte improvisée, tout en commentant ses gestes.
- Avant la Forteresse se trouvent trois lieux singuliers : la Forêt de Elfes Noirs, que vous connaissez déjà pour certain, c’est là que se trouve Astragoth. A mi-chemin de la Forteresse se trouvent les Montagnes Blanches : ces dernières regorgent de vieilles caches des Fils de Fjalar et de grottes obscures. Enfin, plus à l’est, se trouve la Forêt Ancestrale.
- On peut déjà oublier cette piste, assura Inyan en regardant avec intérêt Macubex noter les moindres détails des paroles échangées, nous en avons chassé Allani-Ettitu et le Roi des Elfes Noirs. Il ne reste plus que des cadavres d’Odjurwigs entre les racines noires de ces arbres ancestraux.
- Donc, si je reprends vos conclusions, cet envoyé a fui vers une grotte secrète des Montagnes Blanches ou vers Astragoth.
- C’est cela Asturias. Et je pencherais pour la seconde solution. Il est trop aisé de se perdre dans les Montagnes Blanches et à notre connaissance il n’y a rien de bien important dans …
Akurgal marqua une pause. Il se plissa les yeux et regarda dans le vide. « Mais si, le Col des Tempêtes ! Ce passage mène tout droit au centre de terres inconnues.
- C’est l’Antre de Kragden, compléta Inyan. Avec Memnoch nous y sommes descendus. Il y a des mystères à éclaircir là-bas, des trésors à trouver. C’est une bonne piste !
- Nous ne serons fixés qu’une fois sur ses traces. Chaque minute perdue risque d’être capitale. Ne tardons pas. Séléné, ça ira ? demanda Rahotep tandis qu’il se relevait et regardait avec attention le bandage qui étreignait la cuisse du Cimmérien.
- Je suis solide et Frank est un sacré bon guérisseur. En route. Col des Elfes Noirs ou Forêt Sacrée des Tempêtes, je vous suis ! »

Personne ne put se retenir de rire à l’écoute du géant qui ne comprit pas ce qu’il y avait d’amusant. L’atmosphère s’était enfin détendue et le groupe se mit en chasse, sûr de sa force et de sa cohésion en apparence retrouvée.

***

Tel celui qui ne craint pas ses adversaires, le serviteur de Caturix ne prenait pas la peine de masquer ses traces. Il semblait conserver une certaine avance mais le groupe n’avait aucune difficulté à le suivre ; Thrall et Memnoch se montraient d’excellents pisteurs et, au bout d’une journée de course folle, alors que la nuit s’était emparée depuis plusieurs heures des terres asgardiennes, Elle fut en vue. Les serviteurs d’Odin avaient du mal à y croire. Leurs sentiments oscillaient de l’étonnement à la crainte. Pourquoi ce sombre guerrier s’était-il dirigé vers cet endroit ? Que venait-il faire dans la Forêt Ancestrale ? Y trouver refuge ? Allani-Ettitu et le Roi de Nibelung y avaient laissé la vie. Il n’y avait plus rien en cette contrée désormais abandonné aux essences millénaires. Et pourtant. Comment expliquer cette lueur qui illuminait l’ensemble de la Forêt ? Comment expliquer que les troncs et les feuillages puissent générer cette lumière émeraude qui faisait qu’on y voyait autant qu’une journée de pleine lune ? Et ce ciel, si étrange. La neige tombait sans discontinuer et, pourtant, les flocons restaient littéralement en suspension au-dessus de la frondaison des arbres. L’inconnu s’était bien enfoncé dans cette Forêt morbide et sa destination semblait évidente : la Crypte d’Allani-Ettitu, seul vestige qui pouvait accueillir quelque curieux parmi ces arbres inquiétants. Les serviteurs d’Odin avaient assez rapidement fait le rapprochement avec les paroles de la Grande Prêtresse qui laissait supposer que la Déesse-Araignée n’était pas tout à fait morte. Pour le moment, ils n’en avaient rien dit à leurs compagnons grecs. Cependant, Akurgal avait beaucoup de mal à cacher son anxiété. Il ne cessait d’essuyer la sueur de son front, sous le regard attentif de Macubex et de Mâa qui marchaient à ses côtés.
« Tu es malade ? demanda l’Egyptien en cherchant un linge propre pour son compagnon.
- Non, enfin si, je ne me sens pas très bien. C’est cet endroit qui me rappelle de mauvais souvenirs.
- Qu’est-ce qui se trouve dans cette forêt qui t’effraie autant ? Ces lueurs ne sont pas naturelles, tu sais ce qui se trame ici n’est-ce pas ?
Nibel, qui marchait juste derrière aux côté de Rahotep, sentait que Macubex se doutait de quelque chose. Il échangea un regard complice avec l’Ase de Forseti et vint au secours du Mésopotamien.
- Nous sommes dans la Forêt Ancestrale. C’est ici qu’Allani-Ettitu et le Roi de Nibelung avaient trouvé refuge comme nous vous l’avons narré sur le navire nous menant en Asgard.
- Je vois, quelque part ici se trouve donc la Crypte secrète où vous les avez terrassés.
- A ton regard je devine que cet endroit t’intéresse, Etranger.
- Tout ce qui peut me nuire m’intéresse, Rahotep. Vous savez depuis longtemps que nous nous rapprochons de cet endroit. Vous ne nous avez rien dit.
- Nous avions du mal à le croire, répliqua doucement Nibel en regardant les flocons s’amonceler au-dessus des arbres. Il se trouve que quelques faits étranges nous conduisent à penser que la Dame-Araignée n’est pas totalement morte. Il semblerait qu’elle tente de revenir à la vie. Cette forêt, vous le voyez vous-mêmes, est sous l’effet d’un charme puissant en ce moment.
- Vous pensez qu’elle est ici ? Dans sa crypte ? Et que le Guerrier Sombre pourrait ...
- La rejoindre, oui, coupa Akurgal en rendant le linge à Mâa.
- Comprenez notre trouble : nous pensions nous être débarrassés de cette menace et voilà qu’une puissance étrangère semble s’intéresser à celle que nous avons eu tant de mal à détruire.
- Nous serons avec vous cette fois-ci, vous pourrez compter sur nous. Allani-Ettitu représente une menace pour l’ensemble du monde.
- Merci, Mâa. Nous serons bientôt fixés, la Crypte n’est plus très loin. Rejoignons le groupe de tête et restons sur nos gardes : les Guerriers Noirs ont été aperçus à de nombreuses reprises rôdant dans cette sinistre forêt ».

L'air, lourd et froid, semblait avoir de plus en plus de mal à s’installer au cœur de la Forêt Ancestrale. Pour la première fois depuis des siècles, elle semblait reprendre petit à petit vie. Quelque chose l’avait tirée de son sommeil éternel, quelque chose ou quelqu’un. Au beau milieu de cette terre meurtrie par la rigueur de l’hiver sans fin, elle était une source de chaleur surnaturelle qui attirait les regards des dieux. Le ciel, chargé de lourds nuages, tentait désespérément de reprendre possession de cette parcelle végétale, mais rien n’y faisait. Encore et toujours, les flocons s’amoncelaient de manière surnaturelle sur la cime des arbres, de telle sorte que l’on pouvait croire de loin qu’une montagne était en train de naître à la place de la Forêt. Il n'y avait pas un bruit hormis celui des pas des Elus qui se frayaient un passage vers la Crypte abandonnée. Mais l’était-elle encore ? Sous cette chape blanche d'une pureté absolue, la température remontait petit à petit et, chose extraordinaire, la vie semblait vouloir reprendre ses droits au détour de fleurs qui se frayaient un passage entre les souches pourries. Le vent s'était levé au-dehors, faisant vibrer ce manteau si blanc, si pur … Le brouillard s'installait à présent et faisait petit à petit disparaître cette improbable montagne de neige. Maintenant, la neige tourbillonnait violemment et, le givre, pareil à la colère de Thrym, décourageait les curieux de rejoindre l’Ancestrale Forêt. Le souffle de la tempête naissante hurlait au dehors mais, à aucun moment, ne parvenait à pénétrer au cœur de l’Emeraude.

Séléné et Nevali s’étaient rapprochés de Dimitre, Liu et Ryusei qui avançaient juste derrière Memnoch et Thrall qui ouvraient la marche. Le Cimmérien avait été impressionné par la démonstration de force des Ases et désirait en apprendre davantage. Dans sa quête de puissance, il semblait avoir trouvé des êtres à sa mesure.
« Donc vos Armures sont celles de Dieux ? Et vos Armes aussi ?
- C’est cela. Nous sommes presque les égaux des Dieux, répliqua fièrement Dimitre.
- Et vous deux, Liu et Ryusei, vous êtes des Einherjars, sorte de soldats sans armures divines ?
- C’est à peut près ça oui, répondit Liu et se baissant pour éviter une branche que Séléné arracha lorsqu’elle se mit en tête de le gêner.
- Ça ne vous embête pas d’être moins forts ?
- Qui a dit que nous étions moins forts, Séléné ? Nous sommes différents, nuance. Comme Einherjars, nous avons le choix de nos armures, de nos armes, de nos techniques de combat. Canagan, par exemple, utilise une Armure Noire, celle du Sanglier de Calydon, qu’il a dérobée lors d’un combat. Il se bat avec des techniques magiques, comme vous. Il est donc puissant. Moi, je développe mes propres techniques, je ne me sens pas faible.
- Peut-être Ryusei, mais les Ases ont vraiment l’air très redoutables.
- C’est un peu comme vous avec vos Argents et vos Bronzes : les Argents ont l’air plus fort que vous deux !
- N’importe quoi ! Bon Ryusei, c’est normal que tu sois moins instruit que nous, au Sanctuaire nous avons reçu une grande formation intellectuelle. La seule différence entre Nevali et moi face aux Argents comme Mâa ou Frank, c’est la solidité de l’armure et les missions. Eux, ils discutent, nous on tape et on règle les problèmes. Tu as bien vu comme les mouches d’Arès, Nevali et moi on a écrasé nos adversaires, moi j’en avais même plein les mains de sa tête !
- J’ai surtout vu que ton armure ne te servait pas à grand-chose et que ta cuisse avait été transpercée de part en part. J’ai également constaté que les Bronzes ont dû utiliser leur magie et que les Argents se sont contentés de se battre à main nue : il y a une réelle différence entre vous.
- Non non non !, objecta Séléné en secouant son index. Nous avons fait exploser notre Kosmos, c’est un mot technique, c’est notre pouvoir et le mien est très grand ! Pour vous impressionner : les Argents avaient des guerriers plus faibles devant eux, c’est tout. Tiens, regarde Asturias par exemple : il lit tout le temps. Il n’arrive donc pas à s’entraîner, donc on lui a laissé un guerrier plus faible, normal. Maintenant, c’est vrai, vos Armures d’Ases ont l’air correctes, elles vous couvrent beaucoup. Les nôtres sont plus légères, mais lorsque nous ne les portons pas elles forment une statuette qui se transforme en pendentif : ça prend moins de place ! Et elles sont solides ! Et pour la cuisse, ça faisait partie de mon plan.
Ryusei tapota amicalement le dos de son compagnon.
- Bien entendu, Séléné. Un conseil cependant : si nous rencontrons des Odjurwigs, évite de te laisser transpercer de la sorte, leurs armes sont empoisonnées. Maintenant silence, nous sommes arrivés ».

Ce fut par le même chemin étroit que trois ans auparavant, une éternité pour certains, bordé des deux côtés par des pierres mégalithiques qui irradiaient des ondes menaçantes et attirantes à la fois, qu’ils virent enfin deux piliers de pierre brune surmontés de sculptures représentant des araignées autour d'une lune, patinés par le temps. Il n'y avait personne. Les traces du Guerrier Sombre finissaient ici. Il avait pénétré dans la Crypte, cela ne faisait aucun doute. Le temple circulaire était à présent recouvert d’une étrange flore qui semblait prendre racine dans ses pierres. Macubex s’intéressa de près aux murs et se mit à gratter frénétiquement à proximité de l’entrée qui menait au cœur de la Crypte.
« Tu cherches quelque chose, l’Etranger ?
- Je connais cet endroit, répondit-il à Asturias tout en continuant à gratter la pierre. Voilà, c’est là : une Pomme de Vie : c’est un Temple d’Idunn.
- C’est exact. Je ne te savais pas intéressés par l’histoire d’Asgard.
Macubex se releva et croisa le regard amical d’Akurgal. Il lui sourit à son tour.
- Je suis, comme toi, un érudit, Akurgal. Je sais certaines choses et j’aime m’intéresser aux contrées que je visite, rien de plus.
- Comment savais-tu où gratter ?
- Ce temple a été décrit dans un des recueils du Sanctuaire. Un ancien Guerrier Sacré y est venu et a laissé la description « d’un temple perdu dans une Forêt aux arbres plus anciens que les Dieux ». J’ai simplement fait le rapprochement en voyant la forme de cet édifice.
- Tu es perspicace, bravo mon ami, se réjouit Asturias tandis qu’il dessinait scrupuleusement la gravure sur son calepin.
- Notre homme est descendu, nous devrions l’imiter.
- Certes Etranger, mais attendons que tout le monde soit là, le groupe de Mâa arrive. Soyons aussi sur nos gardes, cet endroit est entretenu, débarrassé de ses toiles d’araignées et de ses défenses hérissées de pics noirs : pour autant, je ressens beaucoup de mauvaises choses à travers ces pierres.
- Les restes du pouvoir d’Allani-Ettitu ? proposa Asturias en se relevant.
- Ou les traces d’un nouveau pouvoir », murmura le Mésopotamien en plissant son front.

Suivant les recommandations des Guerriers d’Odin, les serviteurs d’Athéna s’équipèrent tous d’une torche. La porte de la Crypte était restée ouverte et les sens éveillés des compagnons ne signalaient pas de danger immédiat. Les torches illuminaient faiblement le couloir qui exhalait une odeur étrange entremêlée de moisissure et de pollen.
« Idunn est une divinité associée à la vie, à la renaissance de la nature dans certains de nos poèmes, commenta Nibel, on dirait que son esprit tente de reprendre possession de son ancien temple.
- C’est tout à fait possible, en effet », marmonna Macubex sans que personne ne puisse l’entendre.
Le plafond, voûté et assez bas, ne semblait pas avoir d'autre issue que ce long couloir. A la lueur de la torche de Meijuk qui ouvrait maintenant la marche, comme naguère lors de leur première visite, les Grecs découvraient des murs clairs de pierre brute, et un sol de même facture quoique plus lisse, qui rappelait un peu ceux du Sanctuaire. Soudain, Meijuk s’arrêta.
« Il va falloir sauter dans le vide. Cette fois-ci nous ne serons pas surpris. Êtes-vous capables de le faire Guerriers Sacrés ? Le sol est bien plus bas, à une dizaine de mètres.
- Tu nous prends pour qui homme des montagnes ! En avant !!!
- Séléné, NON !!!!
Trop tard, Nevali ne parvint pas à stopper son camarade qui plongea tête baissée dans le gouffre.
- La prochaine fois, retiens-le, pesta Inyan. On ne sait pas ce qui nous attend en bas. La dernière fois, Odin lui-même a rasé cet endroit : regardez autour de vous, le temple est reconstruit, semble vivre. Ses pierres vibrent, des fleurs jaillissent de nulle part. Si un danger nous attend, maintenant, grâce à Séléné, nous n’avons plus l’effet de surprise.
- Ce qui est fait est fait et …
Hanz ne put finir sa phrase. Du fond du gouffre, Séléné se mit à hurler.
- OH OH ! Vous venez ou quoi ? C’est très bizarre ici, on dirait une prairie !
- Il est tombé sur le crâne votre gaillard, ricana Bjarnulf. Une prairie, la Crypte des épreuves d’Allani-Ettitu ! »

Les Elus sautèrent un à un. Une grande lueur verte éclairait maintenant le couloir, des mousses phosphorescentes ayant visiblement absorbé une partie de la lueur des torches comme la fois précédente, secondées en ce jour par le rayonnement doré et chaleureux d’une porte en or. La pièce faisait dix mètres sur dix avec, en guise de plafond, un trou béant inondé de noirceur. L’endroit ne ressemblait plus aux pièces aménagées pour les Odjurwigs et les Elfes Noirs : il y avait simplement de l’herbe, des fleurs multicolores, des mousses et de l’eau qui suintait des murs parcourus des fresques dédiées à Allani-Ettitu. Les élus, dans un silence total, se dirigèrent machinalement vers l’immense porte qui scellait la pièce. Ils restèrent là, éblouis par ce spectacle qu’aucun d’entre eux n’avait jamais vu : la porte, totalement recouverte de dessins et d’inscriptions étranges, chantaient un air qui réconfortait les cœurs. Elle les fascinait autant par son métal précieux que par sa mélodie enchanteresse. C’est Darkhan qui, le premier, remarqua qu’à sa base, une petite porte grande comme la main était ouverte. La porte disposait visiblement là d’un petit coffre. Hélas, on était passé bien avant eux. Ils étaient face à un doux mais total mystère.



Lorsque le Mystère s’épaissit



Assis en tailleur, le pêcheur se fondait dans les reflets de l’horizon. Il était pratiquement indissociable des rochers et de la neige qui l'entouraient. Prestement, il releva sa canne et saisit un beau poisson qui vint rejoindre les autres prises de la journée.
Les rayons du soleil, d’habitude si rares, plombaient sur les cadavres. L'odeur des poissons mélangeait avec celle des embruns ce qui donna la nausée à Nekkar. Il s’éloigna de Canagan qui se préparait à lancer une nouvelle fois sa canne en quête de poissons tandis que Bjarnulf nettoyait les poissons et jetait, avec un certain plaisir, les entrailles à proximité de la nouvelle place de Nekkar.
« Ça pue ces poissons ! Jette ça ailleurs !
- Tu apprécieras leur chair ce soir, au coin du feu.
- En attendant, jette ces boyaux loin de moi. Tiens, donne-les à ces oiseaux, ils tournent autour de nous comme s’ils n’attendaient que cela ! »

Frank, assis un peu plus loin aux côtés de Pallas, Harald et Hanz, n’avait pas voulu s’initier aux joies de la pêche. Il était un excellent pêcheur mais préférait se reposer un peu et échanger avec ses compagnons. Ils étaient revenus à Troudheim depuis trois jours. Les pistes n’avaient mené à rien : aucune trace du Guerrier de Caturix dans tout Asgard. Après la découverte de la Porte d’Or, il était parti avec quelques compagnons en quête de cette ombre. Rien, aucune piste convaincante. Ils avaient interrompu soudainement leurs recherches. Contacté par un messager de Gunther, Bjarnulf, qui menait le groupe, avait décidé de stopper cette quête infructueuse pour rentrer à Troudheim. On avait besoin de défenseurs dans la Cité du Sud face aux attaques répétées des Elfes Noirs, de retour et de plus en plus menaçants. Les Guerriers Sacrés et les serviteurs d’Odin n’avaient eu aucun mal à repousser leurs assauts. Blotti dans son manteau, Frank regardait à présent la mer et profitait de cette belle journée d’été et de la fraîcheur clémente.
« Me voici de retour sur cette terre où j’ai passé tant d’années. Finalement, je crois qu’elle me manquait.
- C’est normal, Harald, on ne peut oublier son passé. Moi, Asgard me rappelle les terres gelées où j’ai conquis mon Armure de la Croix du Sud.
- Asgard doit être plus belle, non ?
- Oui, répondit en souriant le Bouclier de Bronze.
- Moi, je n’ai jamais connu que mon Royaume que j’ai l’honneur de servir aujourd’hui. J’espère que nous saurons le préserver, lui et ceux qui l’habitent.
- Depuis combien de temps es-tu avec ? demanda Frank.
Hanz, incrédule, cacha mal son malaise.
- De quoi parles-tu ?
- De cette fille, que tu vois tous les soirs depuis notre retour à Troudheim.
Les traits de l’Einherjar se détendirent.
- Je ne savais pas que vous m’aviez vu. Et bien, pour ne rien vous cacher, lors d’une de nos missions, nous avons sauvé les habitants d’un village en Germanie. Nous avons conduit ces derniers jusqu’ici, et ils se sont installés à Troudheim. Je me suis fiancé avec une des jeunes femmes de ce village, voilà toute l’histoire.
- Félicitation ! s’enthousiasma Frank. Je suis content pour toi, Hanz ! Ce soir, tu nous la présentes et nous danserons pour vous ! Maintenant que ceux qui recherchaient les Guerriers Noirs sont aussi de retour, nous pourrons organiser une grande fête ! »

Nekkar se joignit au groupe qui riait à gorge déployé, tandis que Canagan et Bjarnulf poursuivaient leur pêche fructueuse.

***

Un être sortit des bois et entra dans un charnier jonché de corps d’Elfes Noirs. Son manteau de peau qui recouvrait ses vêtements sombres semblaient indiquer qu'il n’était pas d’Asgard. Ses traits étaient fins et jeunes. Jamais Seth n'avait remarqué à quel point Darkhan dégageait un tel charisme. Malgré sa jeunesse apparente, le Dragon de Bronze dégageait une aura de très grande sagesse, ce qui était peut-être le résultat de sa formation dans la lointaine terre du Wullao-Fang connue pour la sagesse de sa divine gardienne Tien-Mou.
« Bonjour Seth ! Que fais-tu ici, seul parmi ces morts ?
- Je réfléchis. J’aime être tranquille et je savais que les morts ne me dérangeraient pas.
- Nous te dérangeons ? demanda Artholos en sortant à son tour du bois.
L’Egyptien, sourit furtivement.
- Non. Darkhan, puisque tu es là, réponds-moi franchement : pourquoi as-tu pleuré après avoir tué le guerrier d’Arès ?
- C’est la première fois que je tuais un homme et je n’ai pas aimé cela. Je veux dire que j’étais certain de lui ôter la vie. Ce pouvoir m’a autant fasciné qu’il m’a dégoûté par la suite.
- Tu es très puissant, reprit le Phénix, tu ne devrais pas te poser ce genre de question. Il a eu ce qu’il méritait.
- Oui, mais je ne sais pas que j’étais capable d’ôter la vie si froidement, soupira le jeune Asiatique.
Artholos se mit à jouer avec une petite pierre, la faisant rouler entre ses doigts.
- Et toi, Seth, qu’as-tu ressenti en affrontant ton adversaire ?
- Rien. Je l’ai mis devant ses propres démons, c’est tout.
L’Egyptien coupa court à la conversation et se retourna vers le Germain.
- Vous n’avez pas trouvé les Guerriers Noirs, mais avez-vous trouvé une trace, une piste ?
- Rien. C’est à se demander si les Asgardiens n’ont pas inventé toute cette histoire. Pourtant, poursuivit-il en se grattant la barbe, Thrall et Dimitre n’ont pas ménagé leurs efforts. Ces Guerriers Noirs se sont volatilisés.
- Pas de Guerriers Noirs, pas de Guerrier de Caturix, une Crypte vide : c’est un échec sur toute la ligne. J’espère que les autres auront été plus chanceux », conclut Seth.

***

Bois à proximité de Troudheim, deux jours auparavant

Meijuk fixait, immobile, l’endroit où l’Elfe Noir avait disparu. Entre ses mains, la Lance de Vali vibrait, comme une chose vivante. Il restait seul avec ses doutes et ses questions. Il ne put s’empêcher de sentir un certain découragement l’envahir. Il entendit alors un autre craquement dans les bois, puis sentit la Lance réagir. Elle vibrait d’une énergie intense, et il ressentait sa joie et son impatience, attisant ses propres émotions. Un mouvement capta son regard. Quelque chose avait bougé sous les arbres, à la lisière de la clairière engourdie par la brume givrante. Poussé par son instinct autant que par la volonté de son arme sacrée, Meijuk se leva et marcha vers le couvert du bois. La forêt était sombre, et il fallut qu’il laisse sa vision s’adapter. Il vit alors clairement la silhouette qui avait attiré son attention.
Elle était grande, de la taille d’un homme, mais bien plus gracieuse et élancée que le plus noble des guerriers. C’était une femme. Sa robe était d’un blanc pur presque bleuté, et son regard d’argent rayonnait de sagesse et de bonté. Cependant Meijuk crut y lire aussi une infinie tristesse. L’inconnue le regardait sans bouger. Fasciné, l’Ase de Vali s’était pétrifié sur place. Dans ses mains, sa Lance vibra, et il vit naître à la pointe de son arme une lueur bleutée qui s’intensifia, gagnant peu à peu jusqu’à irradier la Lance toute entière. Meijuk se sentait exalté, empli d’une sensation intense de bonheur et de paix, sous-tendue par une aura de puissance immense. Alors la Lance chanta. Une note pure, cristalline, irréelle. Puis une mélodie élégante et nostalgique, dont les accents poignants étreignirent le cœur du guerrier et lui firent monter les larmes aux yeux. Le chant résonnait au plus profond de la mémoire ancestrale de son Armure, il savait qu’autrefois ce chant avait eu des paroles, et qu’aux tréfonds de son être, il les connaissait. Elles chantaient un royaume de paix et de lumière, de culture et de beauté, d’arts et de vie ... Mais la conscience actuelle du guerrier avait oublié ces mots, comme il avait oublié le pays qu’ils évoquaient. Et Meijuk qui ne faisait en cet instant plus qu’un avec l’âme de Vali pleura doublement, pour cette terre de légende, et pour son passé enfoui hors de sa portée...
La femme écoutait, son divin visage rayonnant tandis que ses yeux embrassaient l’Ase qui se tenait devant elle. Puis elle ouvrit la bouche, et Meijuk pensa qu’elle allait crier ou parler, mais au lieu de cela un chant sortit de sa gorge. Sa voix était grave et profonde, contrepoint parfait aux notes aériennes de celle de son arme. Pendant un moment magique, les deux voix surnaturelles se mêlèrent, et l’esprit de Meijuk fut traversé d’images fugitives, visions d’un passé glorieux depuis longtemps disparu, avant que ses sens ne le poussent dans une extase grandissante.
Puis le silence revint. La lueur disparut, et la Lance redevint pesante et inerte dans les mains de Meijuk. Le regard émerveillé et voilé de larmes du guerrier chercha celui de la femme, et il y lut espoir, encouragement et volupté. Puis l’émotion le terrassa et il s’évanouit.
Lorsqu’il se réveilla, ses doutes s’étaient envolés, et sa détermination était plus forte que jamais. Idunn l’avait choisi pour accomplir sa volonté. Il ne savait pas encore pourquoi. Tout ce qu’il savait c’était qu’à quelques centaines de mètres, un combat faisait rage : il entendait le tumulte de la bataille, porté par le vent, et se porta à leur rencontre.

À bout de souffle, les pieds endoloris par sa course dans la neige qui recouvrait le sous-bois, Nekkar arriva enfin près du feu. « Mais malheur où sont-ils ces enfoirés ? » s’étonna-t-il en cherchant autour de lui. Pas très loin derrière, les Elfes Noirs virent aussi le feu. Ils virent également le Guerrier d’Hydra qui était à regarder le feu. Les quatre guerriers elfiques sortirent leurs épées courbes pour en finir avec Nekkar avant que ses compagnons ne le rejoignent. Les quatre guerriers s'avancèrent vers le Guerrier Sacré qui, en un instant, se mit en garde et laissa son Kosmos s’emparer de ses sens.
« Bonjour mes amis, que me vaut l'honneur de cette petite visite à mon feu ? Une visite amicale, j'espère ?
- Comment connais-tu notre langue ? s’inquiéta l’Elfe le plus âgé, tandis que Nekkar reconnaissait en souriant les traits de Gunther, chef de la cité de Troudheim qui les accueillait lui et ses compagnons depuis leur retour de la forêt Ancestrale.
- Content de te voir, Gunther. Je ne sais pas ce que tu leur as dit, mais ils sont à moi.
- Avec joie, Nekkar d’Hydra. Je vais me contenter de regarder votre combat. Je suis impatient d’évaluer le niveau des guerriers d’Athéna.
- Asgardien, tu périras dès que nous en aurons fini avec cet étranger.
- Ne me menacez pas, c'est un conseil. Je vous souhaite de périr sous les coups de mon ami, je serai certainement bien moins chevaleresque que ce Grec ».
Nekkar se mit à prononcer des mots incompréhensibles, tout en décrivant de ses poings hérissés de cinq griffes acérées les formes de sa constellation. Cette danse mortelle et ce chant rituel lui donnait un air effrayant, d’autant plus que les griffes semblaient à présent transpirer un liquide verdâtre et que ses cheveux châtains ondulaient au rythme de son Kosmos qui crépitait tout au long de son armure. L'air suffisant des Elfes Noirs se retira de leurs visages. Ils avaient complètement arrêté leurs mouvements. Ils ne portaient plus aucunement attention à Gunther, lui-même fasciné par ce spectacle. Il observait attentivement les rapides et agiles mouvements que Nekkar multipliait en même temps qu’il poussait des cris aigus inquiétants.
« Fantastiques manœuvres, mais je me demande combien de temps il pourrait tenir dans un combat avec autant de failles défensives... » songea le guerrier roux.
« Vous n’avez aucune chance contre moi, Elfes Noirs. Votre magie ne pourra m’atteindre tant que je porterai cette armure sacrée et, très bientôt, vous ressentirez les effets dévastateurs de mon poison. En réalité, vous êtes déjà morts. »  Pour appuyer ses propos, Nekkar augmenta la vitesse de ses manœuvres. Ses griffes virevoltaient en tous sens. Les acrobaties du serviteur d’Athéna semblaient avoir impressionné Gunther, qui étudiait chaque mouvement avec l’œil avisé du guerrier émérite qu’il était.
D'un seul élan, Nekkar lança son attaque en direction des quatre Elfes Noirs : « SOUFFLE EMPOISONNE d’HYDRA ».
Un cône verdâtre se forma autour de ses deux poings marqués par des lettres émeraudes ; lorsque Nekkar les joignit, ces cônes prirent la forme d’un tourbillon qui fonça en direction des ses adversaires, bientôt totalement recouverts d’un nuage nauséabond qui se collait sur l’ensemble de leur corps.
« Et voilà, Gunther, ils sont morts. Ils vont agoniser sous les effets de mon poison dévastateur. Ces idiots n’ont même pas esquissé le moindre mouvement pour sortir de la trajectoire de mon attaque !
- Elle était trop rapide, répondit l’Einherjar, avant de rajouter d’une voix plus inquiète, sache que les Elfes Noirs ne craignent aucun poison : j’espère que tu as autre chose à leur proposer, sinon je vais devoir venir à ta rescousse.
- Comment ??? Nekkar était abasourdi. Il avait lutté pendant des années pour acquérir cette technique. Il était capable de générer un poison d’une violence telle que seuls les corps les plus aguerris pouvaient espérer y résister plus de quelques secondes. Pendant quelques secondes, tout s’effondra autour du jeune guerrier. « Enfoirés, pesta-t-il, ce combat n’aura pas été inutile : je vais devoir créer une nouvelle attaque. Tant pis, je vais leur faire tâter de mes griffes : je doute qu’ils puissent résister, je vais les déchirer !!! »

Nekkar bondit en avant au moment où les Elfes Noirs se préparaient à le charger à leur tour. Le premier coup de griffe atteignit le plus avancé à la gorge. Celui-ci s'effondra, les deux mains sur la plaie béante. Le Guerrier Sacré subit alors l'attaque du chef du quatuor. Pour chaque attaque que le chef portait, il lui infligeait une blessure. Malgré sa bonne taille, Nekkar déployait une agilité surprenante. Il réussissait à esquiver chaque attaque et à utiliser la force de son adversaire contre lui. Le chef glissa finalement sur une pierre lors d'une nouvelle attaque et le Guerrier d’Hydra lui transperça le ventre de ses griffes, déchirant littéralement son armure sombre. Gagné par une rage croissante, Nekkar décapita les deux derniers adversaires avant de s’effondrer à son tour, foudroyé par un éclair venu de nulle part. Gémissant, il gisait impuissant sur le sol, sous le regard stupéfait de Gunther qui s’était saisi de sa lourde hache et cherchait dans la brume qui flottait au-dessus du sol, emprisonnant les troncs des arbres dans un écrin de givre en formation, celui qui avait attaqué Nekkar.
« Il arrive. Ce n’est pas un être humain, il se déplace vite. Il a lancé son attaque à plusieurs centaines de mètres de distance, Nekkar ne l’a même pas ressenti, moi oui, je suis son approche depuis quelques minutes. Il est puissant. Gunther, rejoins Meijuk, il se trouve derrière nous, je sens que son Kosmos faibli, il lui arrive quelque chose.
- Que racontes-tu Shiro ?
- Laisse-moi m’occuper de ce nouvel arrivant, de ce …
- Par la colère d’Odin ! pesta le guerrier roux. Un Odjurwig, un sorcier qui plus est !
- Laisse-nous, je vais m’en occuper. Dépêche-toi, Meijuk doit avoir besoin d’aide. Nous vous rejoindrons quand j’en aurais terminé », assura le Guerrier d’Orion en déposant son manteau, laissant apparaître son armure aux couleurs violacées, scintiller au rythme de son Kosmos.

Gunther disparut dans la brume sans demander plus d’explications. Shiro se mit en garde et observa quelques secondes cet être étrange, au corps d’araignée et au buste d’homme, les bras levés vers le ciel sur le point d’invoquer une nouvelle attaque.
« Ecoute ce qui va te mener à la mort étranger, INCANDESCENCE ! » Etonné d’entendre l’Odjurwig parler en Grec, Shiro vit une gerbe de flammes bleues s'échapper des mains de son adversaire pour percuter son bras droit avec un bruit de vapeur puis de chair brûlée. Le jet de flamme dura le temps que Shiro serre les dents pour étouffer sa souffrance et concentre son Kosmos pour éteindre cette attaque surnaturelle. « POUSSIERE DE METEORES », hurla le serviteur de la Dame-Araignée en constatant l’inefficacité de son premier sort. Des missiles magiques fusèrent des ses mains pour s'abattre sur Shiro qui disparut dans un nuage de neige et de poussière.
« Je comprends. Cette magie n’est qu’une forme de Kosmos à peine évoluée. Ces êtres utilisent ce dernier sans véritablement le maîtriser. Je sais ce que je voulais savoir, Yolos sera satisfait », pensa Shiro en se concentrant avant de passer à l’attaque. D’une détente féline, il s’éleva dans les airs tout en imprimant un mouvement rotatif à sa jambe afin de viser la tête de son adversaire. Celui-ci, aveuglé par la lumière générée par les poings du Guerrier d’Orion ne put esquiver le coup et s’écrasa contre un arbre proche. Shiro enchaîna immédiatement par une série de coups de poing qui, tel un déluge, submergèrent l’Odjurwig. Ce dernier parvint, dans un réflexe de survie, à se saisir de ses deux épées baignées de poison et commença par un enchaînement rapide de bottes secrètes. Shiro évita la première épée et détruisit la seconde d’une pulsion de Kosmos, tout droit jaillie de la paume de sa main. L’Hindou recula d’un bond, sous le regard inquiet de Meijuk et de Gunther qui venaient d’arriver et de dégager Nekkar de la zone de combat. Shiro leva ses cinq doigts vers le ciel en fixant son adversaire droit dans les yeux. Il regardait celui qui allait périr, ressentait la crainte de celui qui vivait les derniers instants de sa vie. Son attaque avait déjà imprimé ses lettres d’argent sur ses avant-bras, il était prêt à déchainer les enfers. Seul un léger froncement de sourcils trahit le moment où il passa à l’attaque : cinq traits de lumières foncèrent vers le ciel tandis que le Guerrier d’Orion s’adressa une ultime fois à l’Odjurwig terrorisé.
«  Tu t’es battu pour ton maître avec courage, créature de la nuit. Je vais t’offrir une mort digne. Sois le premier à recevoir la foudre d’Orion, PLUIE CELESTE !!! ».
Du ciel, qui prit des couleurs rouge et orange, comme s’il s’embrasait, cinq, puis dix, puis cent, puis des milliers de boules incandescentes s’abattirent et pulvérisèrent l’Odjurwig et les arbres au alentours, tandis que le souffle de l’explosion se dissipait autour du Kosmos protecteur généré par Shiro autour de ses compagnons.
« Si l’on tient compte de cette neige qui ne cesse de tomber, l’incendie s’éteindra de lui-même, signifia l’Hindou en ramassant son manteau et en rejoignant ses compagnons. Alors Meijuk, qui as-tu croisé ? Je pouvais ressentir son Kosmos qui se diffusait dans tout le bois.
- Une belle rencontre, Shiro, rien de grave. Tu ...
- Ne dis rien. Vous avez cru bon de démontrer toute votre puissance lorsque nous avons rencontré les Hoplites sacrés d’Arès ; il m’a semblé opportun de vous rendre la pareille.
Nekkar prit Shiro par l’épaule et le secoua virilement.
- Tu es sacrément doué !
- Toi aussi, mais tu devrais garder ton sang-froid, tu aurais ainsi évité d’être surpris par cette créature.
- Bon, rentrons chez nous. C’étaient les derniers. Troudheim ne craint plus rien, jusqu’à la prochaine fois. Vous allez pouvoir vous reposer dans l’attente du retour des six derniers Elus. Ils ne devraient plus tarder à présent, cela fait déjà trois lunes, la Route des Grandes Plaines est bien plus courte que la voie maritime.
- Plus courte, c’est une certitude, Bjarnulf. Plus dangereuse aussi, si l’on en croit les marchands.
- Ils reviendront, commenta simplement le guerrier roux, j’en suis certain ».


***

L'habitude fut plus forte que la fatigue de la longue marche de la veille et les efforts dépensés depuis des jours pour traverser les vastes plaines du nord du Caucase ; le groupe se réveilla à peu près une demi-heure avant l'aube. Macubex fut le premier à se préparer, suivi de près par ses cinq autres compagnons. Mâa s’était renseigné la veille auprès d’un groupe de paysans qui lui avaient décrit la région et lui avaient également indiqué plusieurs endroits particulièrement appropriés pour ses dévotions matinales. L'un d'entre eux était assez proche de leur village, un bosquet laissé intact au milieu des étendues de champs cultivés qui entouraient le village.
Marchant sur le bord de la route en direction du modeste sanctuaire, les compagnons furent assez surpris de constater que les récoltes avaient tout compte fait subi assez peu de destructions, comme si les attaquants qui ravageaient cette région avaient eu une seule obsession : le village et ses habitants.
Ils quittèrent bientôt la route et suivant un chemin envahi d'herbes folles, entrèrent dans un bosquet de chênes de tous âges qui dérobaient à la vue un petite étendue d'eau murmurante et ombragée. Mâa s’arrêta le premier. Ses sourcils se froncèrent lorsqu'il constata que l'herbe semblait piétinée et même calcinée par endroits. Les agresseurs avaient dû passer par là. S'efforçant d'écarter toute pensée des répugnants monstres de son esprit, il se prépara à accueillir l'aube, se dévêtant et attendant en silence que les premiers rayons de l'astre solaire frappent les eaux.
Le soleil vint, mais pas l'exaltation qui accompagnait habituellement ce moment. Les yeux étrécis en deux minces fentes il tenta une nouvelle fois de chasser les horreurs qui avaient émaillé leur périple de son esprit mais le malaise persistait... Il s'approcha du bord et recula d'un pas lorsqu'un rayon rasant traversa les arbres et l'eau, éclairant un visage submergé à une faible profondeur, qui fixait d'un regard vide le ciel incendié par l'aurore.
« Tu as bientôt fini ?
- Oui, merci Etranger. Nous allons pouvoir nous remettre en route.
- Je me demande comment nos compagnons vont prendre ce que Bombadilos nous a expliqué ».

Asturias regarda longuement Nibel sans apporter de réponse. Les six hommes, groupe complété d’Akurgal et de Rahotep, avaient été désigné pour rejoindre Hattousa afin de décrypter les textes recopiés de la Porte d’Or. En chemin, Macubex avait proposé de passer par la bouge de Bombadilos, devin qui avait par le passé su les guider. Comme ils empruntaient la route terrestre, ce détour ne les ralentiraient pas beaucoup. Bombadilos les accueillit avec joie et cette rencontre fut beaucoup plus intense que prévue. A dire vrai, elle le fut tellement qu’ils renoncèrent à se rendre à Hattousa et regagnèrent directement Asgard. Le vieux Fou du Caucase, comme il aimait à se faire appeler, leur apprit que cette Porte d’Or était liée à la résurrection d’Allani-Ettitu. A l’abri de ce rempart, la Dame-Araignée avait pu reprendre des forces, revenir du Royaume des Morts. Elle avait depuis trouvé refuge dans la « Montagne où le vent hurle », qu’Akurgal identifia comme étant le Col des Tempêtes. Bombadilos ne savait pas exactement ce que le Guerrier de Caturix avait bien pu trouver dans le coffre de la Porte d’Or, mais il était sur les traces d’Allani-Ettitu pour s’emparer de son pouvoir. Bombadilos affirma que Caturix devait certainement rechercher en elle un secret ancestral qui pourrait lui permettre de triompher de ses adversaires. Allani-Ettitu était physiquement faible, mais son savoir dépassait l’imagination. En fait, seul un être pouvait lui tenir la dragée haute en terme d’érudition : Yôô d’Hââ, mystérieux sage qui était, selon Bombadilos, « le détenteur de tous les mystères déclenchés depuis l’ouverture d’Astragoth ». Les compagnons s’étaient mis d’accord pour rejoindre Asgard au plus vite et convaincre leurs compagnons de se lancer à la poursuite d’Allani-Ettitu à travers le Col des Tempêtes. Par la suite, Asturias en était convaincu, Anaximandre pourrait être la clé pour en apprendre davantage à propos de l’énigmatique Yôô d’Hââ.

Chaque journée semblait apporter son lot de nouveaux mystères. Cependant, les compagnons en étaient à présent persuadés, ils se rapprochaient du moment où toute leur ténacité dénouerait les fils du destin qui les avaient réuni. Jusqu’ici, ils couraient derrière lui : il était temps d’inverser les rôles.







































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