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Cette fiche vous est proposée par : Aqualudo


Les ages mythologiques

Dans l’épisode précédent …


Lors d’une réunion décisive sur le Mont qui regarde les Etoiles, les Elus découvrent enfin l’ensemble des Guerriers Sacrés d’Argent menés par le Grand Prêtre Hantacore. Face à ces Guerriers, véritables légendes vivantes du Sanctuaire, les Elus, Asturias en tête, prennent peu à peu la mesure des secrets entourant Yôô d’Hââ et les tumultes à venir. Mais, plus que tout, c’est bien le rôle de Mâa et de son lien avec Isis qui mobilisent à présent leurs pensées …




Chapitre XIII – Le Songe d’Isis

***

Le Parfum



Egypte, plusieurs semaines après le départ de Yolos et de ses compagnons

Mâa dormait. Son esprit était emporté par les songes. Il rêvait. Il rêvait qu’il n’était pas seulement Mâa, Guerrier du Lotus mais qu’il était, comme ses compagnons, voué à quelque cause transcendante qu’il était incapable de définir. Son corps volait à présent au-dessus des flots du Fleuve Serpent. Le Fleuve Serpent ! Cette forêt ! Il connaissait cette terre … Yôô d’Hââ ! Une chimère ? Tout n’avait été que songe ? Le corridor qu’il avait emprunté avec ses amis dans les sous-sols morbides du temple de Sobek n’était-il qu’une illusion ? Il dériva plus lentement. Les rivages du fleuve changeaient peu à peu de forme ; l’atmosphère changeait. Nappés dans un brouillard voluptueux, les arbres se déformaient et l’appelaient. Ces essences ; des Acacias sacrés. Et il flottait. Il entendit soudain un murmure, étouffé par la brume ; il ne comprenait pas s’il s’agissait d’une mise en garde ou simplement d’un appel. Son cœur se mit à battre plus fort. Il transpirait, ses muscles se contractaient. Il était à présent allongé sur le dos et contemplait les étoiles, tandis que son corps était pris de convulsions agréables. Alors, avec un soupir, il se laissa aller et se détendit, fermant ses paupières, rien que le temps, se dit-il, de mettre de l’ordre dans ses pensées avant de se lever. Le sommeil défit peu à peu son étreinte. Mâa était à présent debout, nu et excité. Il regardait avec appréhension cette brume rosée qui l’entourait et stimulait ses sens jusqu’à le rendre fou. La caresse exquise de cette masse informe l’excitait de plus en plus, mais l’Egyptien était terrorisé. Il sonda l’espace autour de lui. Le vide sidéral. Une nuit sans lune et sans étoile, mais une obscurité dans laquelle il pouvait entrevoir la brume poursuivre sa danse envoûtante. Il était au bord de la jouissance. La brume disparut. Il tomba. Les images défilaient à présent au fur et à mesure qu’il s’enfonçait dans ce puits insondable. Il vit ses amis, ce qui le réconforta. Bientôt leurs visages se dissipèrent. Il voyait à présent la douleur d’Asgard matérialisée dans les yeux en pleurs d’une femme inconnue, belle. Son port altier laissait supposer qu’il s’agissait d’une princesse, ou d’une reine. Eclat de lumière. Le meurtre, la folie, la guerre, la mort et la destruction. Le monde disparaissait à présent devant lui. Une montagne, couverte de morts repoussant les assauts de guerriers sombres, sous les yeux rieurs de deux êtres qui ne pouvaient être que des dieux. Mâa poursuivait sa chute et la vitesse augmenta de plus en plus. Les images défilaient à présent à toute vitesse, impossible d’en discerner autre chose que des contours flous. Puis il y eut les assauts du froid. Puis un cri, déchirant, un cri de mort, une mort cataclysmique laissant la terre sans vie. Secousse. Mâa était à présent allongé sur une plage. Ses amis l’entouraient à nouveau sous une pluie fine. Il se releva et voulut les serrer dans ses bras, mais leurs fantômes s’estompèrent. Lumière. Forme. Le temps qui s’arrête. Mâa voyait à présent le monde sous un nouveau jour. Son corps était étincelant, ses sens ne faisaient qu’un avec l’univers. Il semblait comprendre le monde comme jamais. Il pouvait ressentir une présence à ses côtés. L’appeler. Ami ? Ennemi ? Savoir. Ses lèvres s’entrouvrirent sans qu’il pût parler. Une haleine chaude s’était emparée de son palais et un parfum enivrant le portait vers l’extase et s’emparait à nouveau de son membre viril.
« Tu es celui que nous avons choisi, Mâa, fils de Râ. Tu seras celui qui apportera notre voix dans le monde de lumière qui s’ouvrira, ou le monde disparaîtra. Mon Amour a été trahi par Seth. Retrouve les quatorze morceaux de son Divin Être. Porte-les moi au cœur des montagnes où Madjet entame sa course céleste ».
Le cœur de Mâa s’emballa à nouveau, jusqu’à le rendre sourd. Il ouvrit les yeux. Aâmet le chevauchait, vêtue d’un simple voile blanc collé contre sa peau en sueur. Le Guerrier Sacré ne put contrôler son corps et laissa ses sens prendre le dessus dans un râle de plaisir.

***
Les habitants de cette région désertique, à cheval entre les localités d’Abydos et de Thèbes, l’appelaient la plaine de la désolation. Ce matin-là, Frank, qui accompagnait Pallas et Seth à la chasse, en comprenait tout le sens. Il n’y avait aucune trace de vie : ni marque de gazelle, ni lézard, ni trou de rat ni même d’oiseau. Le Guerrier Sacré y sentait sa petitesse, mais il aimait cet endroit. Seth était habitué des lieux et la chaleur ne semblait pas lui poser de problèmes. Il en était autrement pour ses deux amis, Frank en tête. Ils avaient beau se presser de revenir sur leurs pas afin de rejoindre l’auberge du Sphinx, ainsi nommée à cause des ruines d’un ancien temple voisin, leurs efforts n’aboutissaient qu’au silence de l’immobilité. Seuls parvenaient à leurs oreilles les échos sourds et stridents du sable sous leurs sandales. Le vent venait de se lever et Frank regarda avec stupeur les grains de sable s’attaquer à une pierre et la transformer en un être liquéfié, vidé de toute substance. Il fallait faire vite car le désert semblait être affamé. Haletant, le vent prit le goût de la fournaise. D’instant en instant, comme le soleil s’élevait dans le ciel, il prenait de la force, il se chargeait davantage de la poussière de la Mer de Sable occidentale, toute proche mais invisible derrière le voile de brume. Passés quelques instants, il souffla presque en tempête. Il desséchait à présent la peau des visages, les paupières devenaient granuleuses et les yeux se rétrécissaient.
« Serrez vos linges sur vos visages. Ne laissez qu’une étroite fente.
- Seth, il fait si chaud, nous allons étouffer !
L’Egyptien se retourna un instant.
- Pallas, je sais ce que je dis. Il nous reste un petit bout de chemin à parcourir. Il faut protéger ta peau contre les assauts du vent. Le sable pourrait te labourer le visage et te dévorer. Le vent est méthodique, il se plaît à lutter contre ceux qui osent défier son territoire. Faites ce que je dis. Tout ira mieux lorsque nous aurons retrouvé les berges du Nil.
- Tu as certainement raison, concéda le Grec. En tout cas je comprends pourquoi Seth et Anubis ne s’intéressent pas à cette région stérile : c’est assurément une des marches des Enfers !
- Les Enfers sont bien pires, crois-moi », dit simplement Frank en arrangeant son morceau de tissu autour de son visage.
Le trio dut batailler encore de longues heures avant de rejoindre le village qu’ils avaient rejoint selon les directives d’Aâmet après l’épisode étrange du temple de Sobek. Depuis leur arrivée, Mâa et la Magicienne s’étaient enfermés dans une petite demeure d’où Aâmet sortait deux fois par jour pour chercher de quoi se restaurer. Sans un mot, Frank fut le premier à pénétrer dans l’auberge. Le bâtiment n’avait rien d’une auberge traditionnelle ; de forme ovale, creusé en partie dans le sol, le mur de pisé qui entourait la fosse centrale supportait les bords du toit. Celui-ci, conique, reposait sur un pilier central. C’était sa grande taille qui lui valait son nom car, ainsi que l’avait signalé Hellios, propriétaire des lieux, « ce bâtiment offre un abri pour une bonne dizaine de personnes et n’est ouvert qu’aux étrangers de passage ».  Le Grec, ancien compagnon de Yolos, ressemblait assez à son ami. Son corps alerte était certes plus fin, mais il portait dans son regard une sorte de sagesse et dégageait un charisme qui n’avait rien à envier à celui du Guerrier du Triangle. Ancien Guerrier de Bronze de Cadmos laissé pour mort, l’homme avait adopté les coutumes égyptiennes dans les moindres détails et rien ne le différenciait à présent de ses nouveaux compatriotes.
Comme Frank se débarrassait du sable qui avait envahi ses vêtements, il ne remarqua pas tout de suite la présence de Mâa et d’Aâmet auprès de leur hôte. Ces derniers discutaient autour de quelques fruits depuis de longues minutes et tournaient le dos à l’entrée, de sorte qu’ils ne virent pas Seth et Pallas suivre les pas de leur compagnon.
« Mâa ! Quelle surprise, je pensais que tu resterais dans ta tour d’ivoire encore quelques années ».
L’Egyptien se retourna et se leva, se pressant vers ses amis.
« Seth, dit-il en lui prenant les bras, quel plaisir de te revoir ! Et vous aussi, Frank et Pallas ! Elle m’a parlé !
- Tu ne changes décidément pas. Oui, merci, nous allons bien. Maintenant nous pouvons parler de toi.
Mâa esquissa à peine un sourire gêné.
- Excuse-moi Seth, mais le signe que nous attendions est enfin arrivé. Isis m’a visité en rêve. A présent, je sais pourquoi je devais attendre son signe.
- Tu veux dire que cette déesse est venue te voir ? En rêve ? » fit Pallas incrédule.
Aâmet s’invita alors dans la conversation sur un ton agressif.
« Mâa a eu une révélation. Voilà ce que vous devez savoir pour le moment.
- Excuse-moi Aâmet, mais ta déesse ne te protégera pas de ma colère, aussi baisse d’un ton. Nous sommes les compagnons de Mâa, nous partageons tout, nous avons le droit de savoir.
Le Lotus d’Argent s’interposa entre la magicienne et le Phénix au moment où ce dernier pointa un doigt menaçant vers la jeune femme.
- Il est inutile de vous énerver, mes amis. Le destin est en marche et vous avez tous le droit de savoir. Avec l’aide d’Aâmet et de Hellios, j’ai pris la mesure des paroles divines d’Isis. La Déesse-Mère a perdu son époux, Osiris, assassiné par Seth. Ce dernier a découpé le corps divin d’Osiris en quatorze morceaux qu’Isis m’a chargé de retrouver.
- Ce n’est pas nos affaires. Quel est l’échange qu’elle t’a proposé ? Il doit bien y avoir quelque chose, je présume.
Mâa teinta sa voix d’une excitation à peine voilée :
- Je suis le représentant de la volonté de Râ. Je suis une pièce d’un destin qui nous dépasse. En accomplissant la volonté d’Isis, je dévoilerai une nouvelle route pour le sort du Monde.
- Rien que ça ! »
Seth s’assit, dépité. Il croisa un instant le regard d’Hellios mais n’y trouva aucun réconfort.
« Je sers Athéna, Mâa. Elle est ma raison de vivre. Je ne comprends pas tes paroles. Je me plierai uniquement à la volonté de ma déesse, pas à celle d’Isis ou de qui que ce soit d’autre.
Seth eut un sourire amer.
- Tu es bien le dernier que j’aurais pensé pouvoir succomber aux charmes d’une femme. Mâa, ressaisis-toi ; Aâmet n’est qu’une catin de luxe, dévouée à sa déesse, Mère des femmes de son espèce. Qu’a-t-elle pu te faire pour te rendre si aveugle ?
- Seth, ta langue fourchue est digne de ce nom souillé que tu portes ! Je t’interdis de parler de ma Maîtresse de la sorte ! Présente tes excuses sur-le-champ !
Le Phénix fixa durement Aâmet qui, déjà, se préparait à passer à l’attaque.
- Sinon quoi ? Tu comptes te battre contre moi ? Crois-tu que je retiendrais mes coups parce que tu es une femme ?
- Et toi, crois-tu seulement être en mesure de te battre contre moi ?
Frank s’interposa entre les deux.
- Arrêtez. Cela n’a pas de sens. Nous sommes amis, réservons nos forces pour nos ennemis.
- Frank parle justement, intervint Hellios. Seth, tu devrais sortir un moment. Je t’accompagne. Quant à vous, quant à toi, Mâa, sache que je partage son opinion. Tu es un serviteur d’Athéna. J’ai beau avoir quitté le Sanctuaire depuis longtemps, je n’ai jamais rejoint d’autre cause. Tu ne peux prendre seul la décision de suivre les recommandations d’Isis, fusse-t-elle une déesse ».
L’ancien Guerrier Sacré accompagna Seth au-dehors dans un silence de mort. Après un instant, Frank s’assit auprès de son compagnon, laissant Pallas seul, adossé contre le mur pourpre.
« Notre mission était d’attendre ton songe. Les instructions de Yolos étaient très claires. Nous devons à présent rejoindre le Sanctuaire et faire part de ta découverte.
Mâa feignit d’ignorer les paroles du Lézard d’Argent et chercha du réconfort dans les yeux de sa compagne.
- Frank a raison, fit-elle soudain. Le songe de ma déesse indique que tu as un rôle éminent à jouer. Mais il est tout aussi limpide que tu ne pourras rien accomplir seul. Le Sanctuaire est mêlé à cette histoire. Nous devons quitter l’Egypte et commencer nos recherches. Le corps d’Osiris, compagnon d’Isis, doit être à présent éparpillé aux quatre coins de ce monde, selon la volonté morbide du Fléau des dieux. Tu dois demander de l’aide à tes amis, en Grèce.
Pallas s’avança.
- Nous ne pouvons partir sans Darkhan et Harald. Ils devraient rentrer dans les prochaines heures. Peut-être auront-ils appris quelques nouvelles sur cette histoire ?
- C’est peu probable.
- Tu ne peux présager de rien, Aâmet. Je n’adhère pas aux propos et aux gestes de Seth, mais je suis d’accord sur un point avec lui : tu devrais te montrer moins incisive envers nous. Si tu sais quelque chose, dis-le nous.
- Je n’ai pas à me justifier auprès de vous, cingla-t-elle froidement.
- Et nous n’avons pas à te supporter, dit Pallas en le pointant du doigt. Mâa, garde ta compagne et fais-lui entendre raison. Frank et moi ne serons pas toujours là pour nous mettre entre elle et Seth. Je sais ce qu’il peut faire aux femmes. Je sais surtout qu’il est bien plus puissant lorsqu’il se laisse aller à la violence qui sommeille en lui.
Frank sonda son ami qui restait désespérément muet.
- Mâa, dis quelque chose, implora le Lézard d’Argent.
- Un Oracle.
Frank sursauta.
- Hein ?
- Nous devrons consulter un Oracle. C’est une partie du message que j’ai eu en songe. J’en suis convaincu. Isis ne sait pas où se trouvent les différents morceaux d’Osiris, mais un Oracle peut nous aider.
- Tu n’as rien écouté de ce que nous venons de te dire, n’est-ce pas ?
- Le silence est une forme d’attention, Pallas, répliqua le Lotus.
Il se leva.
- Je vais aller parler à Seth. Lorsque nos amis seront de retour, nous rentrerons au Sanctuaire, comme convenu avec Yolos. Je demanderai à rencontrer l’Homme au Masque dont tu nous as parlé, Frank, la plus haute autorité du Sanctuaire. Je saurai le convaincre de nous laisser nous rendre en Hattousa, auprès de Cybèle. Elle saura nous montrer la voie ».



Les messagers de Seth



Sanctuaire, quelques jours après le conseil du Mont aux étoiles

Hantacore avait été clair : selon la vision de Mâa qu’il avait partagé dans son sommeil, il fallait retrouver les quatorze reliques divines d’Osiris pour obtenir le soutien d’Isis dans la quête de Mü. Ainsi les recherches allaient s'engager un peu partout dans les régions connues voire inconnues. Asturias était finalement très excité par cette tâche, même s’il avait dans un premier temps voulu en apprendre davantage sur cette terre de Mü. Humly avait reçu pour tâche de rassembler toutes les informations à ce sujet et le Dalmate convint qu’il ne pouvait seul tout mener de front ; il attendait donc avec impatience le retour de ses compagnons d’Egypte, afin d’en apprendre peut-être plus de la bouche de Mâa et d’Aâmet.

A présent, le Guerrier d’Arachné revivait pleinement. Shiro avait trouvé une femme qu’il aimait de tout son être. Ce dernier, en secret, avait décidé de l’initier aux mystères du Kosmos. Asturias était dans le secret et, pendant son absence, veillait sur Mérope pour son compagnon. Il s’accomplissait pleinement dans cette tâche : lire, enquêter, découvrir, tout en préservant la vie de ses amis. Il ne quittait pas ses appartements dans la journée si ce n’était pour prendre des nouvelles de la princesse, s’attelant à ses recherches dans un capharnaüm incroyable où les cartes jouaient des coudes avec les recueils et les piles de notes.
L’homme était emprisonné dans ses pensées, la main posée sous le menton. Il avait décidé, avec son Maître et ami Hasdrubal, d’entamer ses recherches par la Grèce. Ce n'était pourtant pas un choix de prime abord très cohérent, car si les restes sacrés du défunt Dieu étaient détenus en Grèce, cela ne pouvait signifier qu'une chose : Seth, le dieu guerrier, semblait décidé de mêler les dieux de l’Olympe à sa guerre. La perspective d’un chaos généralisé devait soutenir ses plans et entretenir l’espoir d’une déflagration incommensurable que Caturix ne manquerait certainement pas d’attiser le moment opportun. Hantacore avait signifié qu’Osiris avait été découpé afin qu’il ne puisse plus jamais recouvrer son corps et représenter un danger pour Seth et Anubis. Le Maître du Sanctuaire avait parlé de quatorze lieux différents. Le Dalmate en avait conclu, avec ses compagnons, que des émissaires, des guerriers par exemple, devaient avoir choisi des régions très éloignées les unes des autres. Pourquoi se cantonner à l’Egypte dès lors que le Monde était si vaste ? Les gardiens et alliés de Seth devaient ainsi avoir choisi un lieu des plus secrets, afin de rendre toutes recherches impossibles. Asturias réfléchissait à différentes possibilités. Hasdrubal travaillait quant à lui seul dans une salle reculée de la Bibliothèque, les deux hommes ayant convenu de se retrouver comme chaque soir pour faire un bilan.
Il finit par rejoindre le Chef de la Garde du Sanctuaire qu'il avait fini par bien connaître, le frère de Minosandre, Cassios. Ce dernier reçut ainsi pour directives de s'enquérir de toutes traces d'activités suspectes des régions de Grèce dont il pourrait avoir information grâce à son réseau de connaissances sans commune mesure. D’Argos à la Thessalie, des îles d’Egée au Péloponnèse, le fier guerrier semblait avoir des amis dans le moindre recoin de la terre olympienne. Des disparitions mystérieuses, des monts ou collines qui seraient devenus des lieux de non-retour : voilà ce qui intéressait le Dalmate.
Les régions reculées et peu fréquentées étaient cependant devenues nombreuses dans les campagnes de Grèce. L’érudit savait pertinemment qu'il y avait peu de chance de succès. Mais il ne fallait omettre aucune piste, c'était la seule façon crédible de procéder à ce genre d'enquête.
Qui pouvaient être les gardiens placés pour surveiller les membres divins ? Y avait-il seulement des gardiens ? Rien n'était moins sûr, mais il avait forcément dû y avoir des porteurs chargés d'aller cacher leur précieux butin. A moins que le divin Seth ait pu user de quelques procédés cosmiques ? Asturias avait pu éprouver, il y avait peu, la capacité des dieux à imposer leur volonté par-delà les barrières de distance. N'était-ce pas le propre des dieux que de réussir l'impensable ? Il fallait procéder par étapes. Si des mains humaines avaient déposé les objets en Grèce, il ne restait plus qu'a enquêter pour retrouver des pistes sérieuses. Si, en revanche, une volonté divine s'était imposée par-delà les mers pour déposer de tels « objets », il restait possible que l'intrusion fut remarquée.
« Cassios, il me revient en tête certaines paroles de Kamènes. Il est envisageable que les parties que nous recherchons aient été délibérément déposées dans des lieux surprenants. Des lieux où nous ne penserions pas aller voir. Où irait-on déposer les membres d'un mort en temps ordinaire ?
Le guerrier fronça les yeux puis esquissa un léger sourire.
- Je vois que tu comprends où je veux en venir. Quelle cachette plus adaptée que celle d'un cimetière, n'est-ce pas ? Le protecteur des morts répandu dans les cimetières du monde, ce serait une ironie que certains dieux apprécieraient j'imagine ... Quoi qu'il en soit, Cassios, concentre d'abord tes efforts sur ces lieux où Hadès règne en maître, qu'ils soient connus ou non. Il suffit juste qu'un caractère funèbre caractérise ces lieux. Recherche tout ce qui sort de l’ordinaire.
- A ta guise. Je vais tâcher de trouver des indices, en espérant que ces Egyptiens aient bien eu l’idée de s’installer ici.
- C’est un fait auquel je crois beaucoup, mon ami. De toute façon, d’autres Guerriers Sacrés enquêtent déjà sur les Marches de la Grèce, Kamènes est en Anatolie. Nous finirons bien par trouver une piste. Je ne doute pas que le retour de Mâa et de nos compagnons nous apporte de nouvelles pistes ».
Cassios et Asturias continuèrent à aborder certains points, puis se séparèrent. Ils convinrent de se prévenir mutuellement en cas de découverte.
La discussion finie, l’homme prit la direction du Temple Sacré d’Athéna Protectrice des Hommes et gagna l'autel de prière. Il y rencontra l’homme qu'il cherchait en la personne d’Hantacore qui, depuis quelques jours, s’était installé dans les parties communes de l’acropole.
Le jeune homme inclina la tête puis, après un silence respectueux, s'adressa au Maître des lieux :
« Hantacore, pardonnez ma présence, je suis à vos côtés pour demander conseil. Avez-vous ressenti des perturbations importantes dans le Kosmos ? Un être divin aurait-il cherché à s'immiscer sur le territoire proche du Sanctuaire ?
- Je n’ai rien à te pardonner, Arachné : tu me sers et il est dans tes obligations de me tenir au courant des avancées de ta mission. J’attendais d’ailleurs cette question plus tôt, Asturias. Glokos est déjà sur les traces de ces faits. Ce n'était pas une divinité en vérité, pas plus qu’une entité commune. Non vivante, mais non morte non plus. Un être que l'on a identifié à une créature connue sous le nom de Momie. Glokos a remonté cette piste ; depuis, il est aux soins. Il a suivi cette créature jusqu'au domaine de Poséidon, face à la mer. Quel meilleur endroit pour passer l'éternité que le Cap Sounion, sous la protection du Kosmos de Poséidon ?
- Je ne savais pas que Glokos avait été blessé et que cette piste avait été mise à jour.
- Tu devrais être à plus à l’écoute de tes semblables ; tu fais partie de notre élite et tu dois savoir ce genre de choses. Tu es peut-être encore jeune dans ta fonction mais cela ne doit pas te servir d’excuse.
En guise de réponse, le Guerrier Sacré baissa son regard et serra les dents.
- Laisse ton intuition te guider ; laisse-toi aller sur les chemins des arcanes du Kosmos. Conçois cette quête comme l’occasion d’apprendre, encore et toujours et, par-dessus tout, justifie ton statut.
- Je ne vous décevrai pas. Soyez remercié Grand Prêtre pour votre réponse. Sauf si vous aviez d'autres informations ou d'autres objectifs à me confier, je vais allez de ce pas rejoindre Glokos.
- Glokos est en salle de repos. Ses blessures sont assez sérieuses, preuve que le Kosmos ne peut pas tout face aux démons ».
L’Homme au Masque se retira en silence. La salle de repos n'était pas loin ; elle donnait sur le Mont aux Etoiles, endroit qu’il espérait retrouver bientôt.

Asturias se redressa après le départ du Maître du Sanctuaire, salua une prêtresse qui venait de faire son apparition et prit la direction de la salle des soins. A peine quelque pas plus loin, il fut pris d'un vertige fulgurant. Son Kosmos bouillait comme un magma, lui permettant de résister aux invisibles appels. Il ne quittait plus son Armure, pour être prêt à réagir le moment venu et aussi pour garder un lien charnel avec Arachné. Mais cet effort finissait par lui coûter cher, il en avait conscience.
Un fin sourire naquit sur ses lèvres. « Et bien il faut croire que j'aurais besoin d'un peu de repos... » Pourtant ce fut d'un pas ferme et résolu qu'il poursuivit sa route.
Les ombres s'abattraient bientôt, et tout portait à croire qu'il ne pourrait en réchapper. Mais qu'importait sa survie. La foi en Athéna lui réchauffait le cœur, il était fier d'être un de ses Guerriers, fier de pouvoir combattre les forces du Chaos. Les tyrans et les brigands qui, de par leurs forces personnelles, se donnaient le droit de régir la vie des autres. D'imposer leur volonté aux faibles et aux innocents. Son Kosmos commença à pulser de plus en plus fort. Il s'imposa une respiration plus lente et chercha à reprendre le contrôle de lui-même. S'il perdait la capacité de se contenir, il savait que peu ou prou il finirait par se perdre lui-même. Auprès des morts qui le hantaient chaque nuit, au fil de lectures tardives, il avait pu, ces derniers mois, s'éveiller à plus de réflexion et à plus de modération. Mais les Morts lui rappelaient sans cesse ce qu'il était : une machine à tuer qui devait encore mûrir.
Changeant de direction, il s'aventura dans un coin plus reculé du Sanctuaire. Il ne retenait plus son énergie et avait besoin de se sentir plus proche de la bienveillante chaleur de sa déesse. Il sortit par un passage peu emprunté et se retrouva à l'air libre d'une nuit sans lune. Il leva la tête au ciel et s'absorba totalement dans la contemplation des étoiles naissantes.
Ces puissances d'outre-monde qui veillaient sur les hommes. Elles perçaient l'obscurité de leur puissante et inaltérable lumière, tels les phares orientant les marins perdus en mer. Des larmes ruisselaient sur son visage imprégné de tristesse, et dans un léger murmure il s'exprima :
« Oh Athéna ma déesse, ne m'abandonne pas, guide-moi dans les ténèbres que j’affronte. Que l'idéal de justice guide toujours ma volonté. Que je ne sombre pas dans la rancœur de la guerre et la folie de la tristesse ... ma déesse. »
Comme un écho à sa prière, une araignée filandreuse se matérialisa dans la paume de sa main ouverte.
« Je sais, Arachné, Athéna n’aura aucune pitié de moi. Je dois accepter ce que je suis et trouver seul ma voie. Laisse-moi encore un peu de temps ; je ne suis pas encore prêt ».
Et il s’assoupit.

***

Asturias se réveilla au beau milieu de la matinée. « Hasdrubal ! Il doit se demander où je suis encore resté traîner … », songea-t-il en s’étirant.  « Tant pis, je le verrai plus tard ».
Le soleil planait déjà haut dans le ciel, plaçant cette partie du Sanctuaire dans l'ombre. Il se sentait régénéré comme rarement une nuit de sommeil ne le lui avait permis. Il n'arrivait pas à s’en souvenir, pourtant il avait rêvé de quelque chose d'important. Qu'importe, il avait plusieurs tâches à effectuer en cette belle journée.
Il décida tout d'abord de passer prendre une corbeille de fruits au réfectoire de la cantine. Croquant à belle dent, pomme et grappe de raisin, il prit la direction de la salle de repos, afin de retrouver Glokos. Il n'eu aucun mal à repérer cette force de la nature, dont les muscles imposants ne devaient pas faire oublier son statut de Guerrier d’Argent, véritable source de son pouvoir.
S'approchant, il lui dit dans un sourire :
« Alors Glokos, te sens-tu prêt à affronter l'attaque de la pomme du matin ? »
Sur ces mots, il lui lança dans une trajectoire en cloche une belle pomme fraîche. Glokos réceptionna sans mal le fruit. Asturias s'approcha alors de son chevet.
« Comment te sens-tu ?
Glokos ne connaissait pas encore très bien Asturias, mais il était heureux de sa visite. Le Guerrier du Cerbère n'était pas homme que l'on mettait aisément à terre, mais cette fois-ci il avait eu du mal à survivre à son combat.
- Je vais mieux, Asturias. Je vais mieux.
Il marqua une pause.
- J'étais sur la trace d'une créature égyptienne que j'ai perdue à proximité du Cap Sounion. Elle portait un paquet que je n'ai pas pu identifier. J'ai croisé des corps de serviteurs de Poséidon atrocement mutilés ... J'ai poursuivi mon enquête et c'est là que je l'ai rencontrée ; elle m'attendait.
Glokos fit une grimace. Il se remémorait ce combat qui avait failli lui ôter la vie.
- Pour une fois que je n’étais pas avec Calliclès et Pyrrhos ! Il faut dire que cette information a été déroutante et que mes compagnons n’étaient pas disponibles lorsque Hantacore m’a chargé de suivre cette piste. Il venait d’avoir une vision qui soulevait un épineux problème. Cette terre nous est interdite, et les représentants de Poséidon ne plaisantent pas avec ce sujet. Je suis donc passé par le Ploutonion afin de me purifier et de préparer mon expédition.
Glokos croqua dans la pomme à pleine dent et s’assit plus confortablement.
- Sais-tu le plus étrange, Asturias ? Elle n'a même pas cherché à parer mes coups. J'étais ô combien plus rapide qu'elle. D'ailleurs elle voulait que je la touche, j'ai assez vite compris pourquoi : le premier coup de ma chaîne portant à son extrémité une boule de pointe lui a ouvert le bras. Du sang a jailli, j'en ai reçu et là ... Mon Armure s’est mise à me brûler comme si elle voulait me quitter ! Puis son sang est entré en contact avec ma peau, me paralysant le bras. Elle a alors dit un mot et un nuage marron s'est formé autour de moi, explosant soudainement. J'ai cru que mon cœur allait sortir de ma cage thoracique. J'ai déclenché ma plus puissante attaque et elle a explosé dans un rire terrifiant. Ce sont Calliclès et Pyrrhos qui m'ont retrouvé. Ils m'ont ramené ici. Mon armure doit être réparée, et j'ai contracté une maladie inconnue qui m'épuise. Cela va mieux, mais j'ai eu chaud ...
Glokos n'était pas Guerrier à se plaindre. Cependant, les rictus qui déformaient son visage et son front perlé de sueur indiquaient qu'il souffrait encore.
- Asturias, je suis certain que cette créature a caché une relique d’Osiris au Cap Sounion, face à la mer. Lorsque nous nous sommes battus, elle n'avait plus son paquet ... Or Hantacore avait été formel : elle portait quelque chose lorsqu’elle est entrée sur cette terre sacrée.
Asturias baissa la tête.
- Je suis désolé de n’avoir pas été là. Nous avons nous aussi croisé la route de serviteurs deux-fois nées. Ces momies n'avaient sûrement rien à voir avec le terrible serviteur que tu as affronté, et pourtant déjà, nous avons eu toutes les peines du monde à nous en sortir. Leur corps mort semblait ne pas ressentir l'impact des coups. Nulle fatigue, nul handicap n'étaient là pour les ralentir ou diminuer leur performance. Toute ma jeunesse, on m'a appris à combattre les morts et les spectres. Mais il y a une différence entre les étudier et les affronter réellement.
- Tu devrais perdre cette manie d’être désolé ; nous avons tous nos tâches. Tu dois trouver des pistes dans nos recueils, c’est tout aussi important. Tu dois aussi être là pour accueillir Mâa, Frank et les autres, c’est la volonté d’Hantacore. D’ailleurs, qu’as-tu découvert ?
- Des suppositions, rien de réellement tangible. Je suis persuadé qu’il y a toujours eu un lien assez fort entre Athéna et Isis. Il y a des signes d’une relation ancienne et amicale.
- C’est un fait établi, en effet. Où veux-tu en venir ?
- Une divinité comme Seth ne peut occulter ce fait. Athéna et Isis ont des intérêts communs. Si Isis est en difficulté, nul doute que le Sanctuaire lui portera assistance. Dans ce cas, autant mettre tous les atouts de son côté : les ennemis de mes ennemis sont mes amis.
Le regard de Glokos se mit à briller.
- Poséidon a toujours été un farouche concurrent d’Athéna, du moins avons-nous toujours eu des relations tendues. Nous n’avons pas le droit de pénétrer ses terres sacrées : y cacher un des morceaux d’Osiris est donc un acte parfaitement réfléchi.
- C’est aussi ma conclusion : je pense que les morceaux d’Osiris se trouvent dans des endroits soit difficiles d’accès, soit chez des adversaires potentiels.
- Il ne sera pas aisé de rejoindre le Cap Sounion. Je doute que mon combat soit passé inaperçu du gardien des lieux … C’est un domaine Sacré et nul ne peut l’emprunter sans en payer le prix.
- Je trouve d’ailleurs étonnant que cet être ait pu traverser si aisément ce territoire consacré. Il faudra tirer cette affaire au clair.
- Et ces rumeurs autour des dernières découvertes d’Anaximandre ; cette piste qui évoque un dieu qui serait derrière tout ce qui se trame ?
- Je n’en sais pas plus que toi, mon ami. Il est évident que nous n’avons eu qu’une version incomplète de la traduction. Il serait question d’une prophétie, rien de très clair.
Le Dalmate se leva.
« Il y a de cela quatre jours, nous avons reçu un important émissaire du royaume d'Asgard portant un pli d'une haute portée. Je n'ai pas lu le message, mais Yolos a fait de moi et de Shiro des hérauts officiels du Sanctuaire. Une délégation d’Odin est en route, nous devons l’attendre. Ce matin, Shiro est parti à leur rencontre afin de les guider jusqu’ici ».
Glokos commençait à fatiguer. Des gouttes de sueur perlaient sur son front. Une femme entra dans la pièce accompagnée d'un médecin. Il portait en effet des plantes dans une petite vasque.
« Asturias. Glokos doit se reposer. Nous allons lui administrer un nouveau traitement à base de plantes achetées au Ploutonion. Vous devriez rejoindre vos amis.
- Merci de ta visite Asturias. Tu es bon. Je saurai m'en souvenir. Je reviendrai bientôt à vos côtés, et crois-moi, l'attaque de la pomme matinale fera des ravages dans les rangs des momies !
Les quatre personnes rirent aux éclats. Cela faisait du bien.
Asturias posa sa main sur l’épaule de son compagnon. Dans un sourire franc, il lui répondit :
- Elles n'auront qu’à bien se tenir alors. Mais pour l'heure remets-toi de tes blessures. Tu es entre de bonnes mains, je te raconterai la suite à mon retour ».
Puis d'un hochement de tête pleine de gratitude à l'homme de médecine, le jeune homme prit la direction de la sortie.

***

Abords de l’acropole, au même moment

« Gardes ! Où puis-je trouver Maître Asturias ? J'ai découvert quelque chose ! Ou un autre Guerrier d’Argent !
- Ben euh ... en fait ils sont tous partis chef ! »
Cassios s'assit. Il devait au plus vite faire parvenir les résultats de ses recherches à une autorité, ainsi qu'Asturias l'avait demandé. Il partit donc rapidement à la bibliothèque pour faire rédiger une lettre. Cette lettre partit en plusieurs exemplaires à destination des Guerriers Sacrés disponibles.

« De Cassios.

J'ai retrouvé la trace d’un marchand égyptien. Il a vendu une relique très importante, portant les marques solaires d’Osiris, voilà plusieurs jours au Ploutonion. Ce temple reçoit souvent des offrandes mortuaires qui sont par la suite placées sous la garde stricte de Démèter. Impossible de parler aux prêtresses consacrées, elles ne parlent qu'à des représentants officiels des divinités. Je suis certain que ce marchand a laissé dans ce Ploutonion un des morceaux que vous cherchez ».

Plusieurs jours plus tard, dans le Nord de la Grèce, la missive de Cassios arriva dans un petit village abandonné où elle fut lue et soigneusement entreposée dans un étui de cuir prévu à cet effet, avant que le porteur ne s’en retourne. Ainsi les recherches avançaient. Asturias et Hasdrubal semblaient avoir vu juste, les morceaux d’Osiris allaient se retrouver un peu partout, y compris en Grèce ! Autant chercher une aiguille dans une botte de foin. Quelques débris d’os minuscules parvinrent à se glisser dans l’accessoire de voyage, entraînant un juron de son propriétaire qui, absorbé par ses pensées, n’avait même pas pris le temps de prendre la mesure du spectacle lugubre qui l’entourait.

***

Shiro avait quitté Asturias depuis quelques jours lorsqu’il pénétra en Thessalie afin d’aller à la rencontre d’un mystérieux émissaire. Ici, la terre marquée sous l’impact des coups, témoignait de la violence des affrontements qui avaient pu avoir lieu. Des débris de squelettes et d’os humains étaient désormais malmenés et balayés par le vent sec et entêtant. Des cadavres pourrissant abreuvaient la terre d’un sang noir et séché, telle une sève acre et acide. L’air déplaçait une odeur de viande avariée propre à couper le souffle. Aucun charognard n’était pourtant visible. Une fois son étui de voyage correctement épousseté, l’individu se drapa d’une large cape blanche à col haut. Des dizaines de filaments d’araignées de la taille d’une brindille barraient la scène dans toutes les directions. Ecrasant sous son pas d’innombrables cadavres et squelettes répandus sur le sol, Shiro s’éloigna de la zone rocailleuse mais pourtant dévastée, non sans avoir une dernière pensée pour le Dalmate : « Asturias, ce sont aujourd’hui tes protégées qui nettoient les restes de l’humanité. J’espère qu’au final elle ne seront pas les seules à réchapper à cette folie ».

Le Guerrier d’Orion sonda l’horizon : une silhouette se détachait. Il esquissa un sourire. L’émissaire tant attendu arrivait, enfin. Alors qu’il s’avançait à sa rencontre, le Guerrier Sacré marqua un temps d’arrêt : dix guerriers l’accompagnaient. Le cœur de Shiro se mit à oppresser sa cage thoracique ; le premier d’entre eux venait de brandir fièrement une tête en poussant un cri de rage qu’il reconnut sans peine. Dimitre, couvert de sang de la tête aux pieds, entonna alors un chant guerrier qui lui glaça le sang.



Destins croisés



Egypte. Demeure d’Hellios, quelques jours plus tôt.

« Nos destins sont donc irrémédiablement liés, fit Akurgal en desserrant son étreinte autour de Mâa.
- Il faut le croire, mon ami, en dépit du temps qui est passé, je nous revois encore quitter les neiges d’Asgard comme si c’était hier. Je n’aurais jamais pensé vous retrouver ici, si loin de votre Terre. C’est une chance que Darkhan et Harald vous ait croisés à Thèbes !
- Pour être tout à fait exact, c’est Rahotep qui nous a trouvés, indiqua Darkhan.
L’Ase suspendit son manteau sur une poutre apparente.
- Nous avions ressenti depuis quelques jours votre présence. Il m’a suffi de suivre mon instinct.
- Senti ? s’étonna Frank. Tu veux dire que vous avez appris à maîtriser le Pneuma ?
Seth eut un sourire moqueur.
- Mais non, c’est la magie de leurs armes et armures. N’oublie pas qu’ils portent des objets divins.
- En vérité, beaucoup de choses ont évolué depuis notre dernière rencontre. Nous avons effectivement appris à maîtriser ce que vous nommez « Pneuma ».
- Akurgal, tu es toujours trop bavard, fit Rahotep en s’avançant. Je crois que nous avons beaucoup à nous dire, de plus important. N’embêtons pas nos amis avec nos enseignements, comme ils savent s’abstenir de le faire à propos de leurs propres pouvoirs. Alors, Mâa, te voilà marié ? Je n’aurais jamais pensé te voir en si belle compagnie.
- Je ne suis pas sa femme mais sa protectrice, cingla Aâmet.
- Isis s’intéresse donc à présent au Sanctuaire ?
La réponse de l’Egyptien stupéfia Aâmet.
- Tu sembles en savoir long sur l’Egypte, pour un homme du nord.
- C’est un ami, Aâmet, ne t’inquiète pas. Rahotep est un Egyptien, tout comme nous. Je suppose qu’il a reconnu les symboles de la déesse-mère.
Seth se rapprocha de Rahotep.
- Tu as raison sur un point : personne ne s’attendait à ce que notre vertueux Mâa soit si aisément ensorcelé par cette beauté fatale. Méfie-toi d’elle, outre ses atours, elle dispose des charmes d’une magicienne ».
Alors que ces retrouvailles inattendues réchauffaient les cœurs, Akurgal croisa un bref instant le regard de Rahotep et de Nibel. Les serviteurs d’Odin n’avaient pas mis longtemps à comprendre les tensions qui existaient au sein de leurs amis. Hellios décida de couper court et fit dresser un repas sur un tapis de sol. De son côté, Seth ne poussa pas plus avant ses remarques assassines, désireux de ne pas trop affaiblir la position du Sanctuaire. Pour le Phénix, les représentants d’Asgard étaient des amis, des partenaires, mais aussi de potentiels adversaires.
Darkhan et Harald avaient quitté Thèbes quelques heures avant le coucher du soleil en compagnie des guerriers d’Odin. Ces derniers portaient des vêtements qui en faisaient de véritables Egyptiens, même si la blancheur de Nibel, à peine voilée par une étoffe noire, indiquait clairement qu’il n’était pas originaire du désert. Compte tenu des tensions accumulées entre les Egyptiens et les Mésopotamiens, Akurgal évitait de parler et d’afficher ses origines, laissant de fait Rahotep mener les débats. Une fois arrivés en Egypte, les trois hommes s’étaient lancés en quête de la fameuse porte à travers toute la vallée du Nil. Très vite, la disparition d’Osiris ayant été confirmée, ils comprirent que leur tâche risquait de tourner court. Les Guerriers d’outre-monde d’Anubis qu’ils croisaient, les Mercenaires avides de carnages, une population oscillant entre folie et terreur ; tout indiquait que l’Egypte sombrait peu à peu dans un chaos dont elle risquait de ne pas se relever. Leurs parcours les avaient finalement menés à Thèbes. C’est là que se trouvait l’ancien plus grand temple dédié à Osiris et que leur meilleure piste s’effaçait dans les sables du désert. Le temple n’était plus que ruine, depuis la disparition du dieu solaire. Tout portait à croire que là, jadis, se trouvait la Porte qu’ils convoitaient. Osiris l’avait-elle détruite avant de disparaître ? Etait-ce le fait insensé d’Anubis qui avait déchaîné, voilà une année, ses hordes de démons sur la cité ? Le temps apporterait ses réponses, mais en l’état, la mission des trois hommes était un échec.
« Je ne saisis pas une chose, fit l’ancien Guerrier Sacré. Pourquoi cette volonté de rejoindre ce Continent inconnu ?
- Je te l’ai dit Hellios, ceci ne regarde que notre Prêtresse, nous sommes de simples exécutants.
- Vous ne savez donc pas ce que représente cette terre ?
Rahotep resta de marbre.
- Non. Nous étions ici pour trouver une porte, nous avons échoué. Voilà tout.
Nibel, qui se tenait un peu en retrait, avait observé Hellios pendant le long exposé de ses compagnons. Il était convaincu que pour l’ancien Guerrier Sacré, cette requête n’était pas innocente : il en savait beaucoup sur la question. L’Ase de Balder bondit sur l’occasion.
- Toi qui es un ami de nos amis, peut-être pourrais-tu nous aider ? Il est aisé de lire entre les mots et de percevoir une forme de crainte à l’évocation de cette terre mystérieuse.
- Je sais peu de chose, fit Hellios visiblement gêné par la question. Quelqu’un désire encore un peu de bière, ou d’eau fraîche ?
- Tu peux parler sans crainte, ce sont nos amis ».
Hellios fit mine de ne pas entendre Mâa. Il souffla et se servit un peu de bière, comme s’il voulait se donner du courage.
« A ta guise, Mâa. Je sais peu de choses, mais assez pour savoir que cette terre n’a rien d’amical. La porte que vous convoitiez se trouvait bien dans le temple d’Osiris, du moins c’est ce que disent les érudits. Personne ne sait vraiment qui l’a détruite, mais tous les sages savent que c’était pour notre bien. Là-bas, sur ce continent oublié des hommes, règne à présent Poséidon.
Rahotep serra les dents, ce que Frank et Seth remarquèrent tout de suite. Hellios poursuivit après une nouvelle gorgée.
- Les dieux craignent les forces que renferme cette terre. Poséidon est le gardien farouche d’un pouvoir que notre imagination ne peut approcher. Vous voyez, je sais peu de choses.
- Merci pour ton aide, fit Akurgal. Tu confirmes notre enquête ; nous n’avons pas fait tout ceci pour rien et nous sommes sur la bonne piste ».
La conversation reprit. L’air frais de la nuit s’était emparé de la bourgade, mais, grâce à la pierre cuite qui constituait la pièce centrale, il faisait bon à l’intérieur de l’auberge improvisée. Petit à petit les langues se déliaient, chacun se détendait. Nibel exposa une version romancée de la fin de Kragden, sans toutefois souffler mot du sort d’Odin et de Loki. Tout juste expliqua-t-il que ce dernier avait disparu et ne représentait plus de danger pour Asgard. Bien qu’au départ ils eurent du mal à le croire, l’intervention des représentants de Poséidon contre Kragden consterna les Guerriers Sacrés. Pourquoi ? Au nom de quoi le Maître des Océans semblait désireux d’entrer en guerre contre Asgard ? Y-avait-il un lien avec cette recherche du Continent de Mü ? Il paraissait clair que les Asgardiens ne disaient pas tout ; c’était de bonne guerre, ni Mâa ni aucun de ses compagnons n’était disposé à trop en dire non plus.
Akurgal exposa le nouveau danger qui menaçait Asgard et le Monde. La fonte des glaces semblait directement liée à la volonté d’Enlil d’en finir avec l’humanité. Face à ce danger, il apparaissait clair que le Sanctuaire allait devoir joindre ses forces pour affronter Shamash avec une chance de succès. Shamash. Un dieu. Ils en riaient presque. Eux, simples guerriers, parlaient librement d’affronter des dieux ! Pour le reste, Mâa et Frank se firent les échos des faits liés au Sanctuaire ; la Bataille qui avait ravagé ce dernier, la toute puissance de l’Ordre Noir, l’enquête qui leur avait permis de trouver trace d’un texte de Yôô d’Hââ. Très vite, Rahotep fit le rapprochement entre Aâmet et la disparition d’Osiris ; il évoqua sans détour son intime conviction : Isis comptait sur le Sanctuaire pour l’aider à retrouver l’Être Aimé. Personne n’osa le contredire, pas même Aâmet trahie par son regard inquiet.
« Très clairement, nous sommes à présent également liés à cette histoire. Nous avons conclu un pacte, nous vous aiderons. En retour nous pourrons ainsi peut-être espérer apprendre d’Osiris en personne le moyen de rejoindre Mü ».
Rahotep se garda bien de dire qu’il connaissait l’existence d’une seconde porte, dont il ne connaissait de toute façon pas la localisation. Les compagnons convinrent ainsi de rejoindre le Sanctuaire, afin de discuter avec l’Homme au Masque de ces faits et de mettre au point la meilleure stratégie.
Avant de terminer la soirée par des chants et des rires, Darkhan ne manqua pas de présenter la terrible situation qui frappait l’Anatolie. Les compagnons partagèrent son inquiétude pour Hattousa. Il faudrait certainement lui porter secours ; là encore, seul le Sanctuaire semblait à même de débloquer les choses.

***

Sanctuaire, plusieurs semaines plus tard.

Le soleil n’avait pas jeté ses derniers rayons que sa sœur se levait et reprenait le flambeau de la lutte contre l’obscurité. Des milliers de torches scintillaient dans la nuit, éclairant les arcanes du Sanctuaire régénéré. Les nouveaux bâtiments trônaient fièrement sur les Montagnes Sacrées du domaine d’Athéna et offraient à nouveau un refuge aux habitants de l’Attique et à leurs nouveaux hôtes. Après un long périple, Ases et Einherjars avaient rejoint l’Attique, conduits depuis la Thessalie par Shiro. Ils honoraient ainsi leur promesse ; l’alliance entre Asgard et le Sanctuaire semblait pour l’heure devoir résister aux tourments qui emportaient le Monde. Ainsi Asturias, accompagné de Shiro et de Mérope, faisait découvrir avec fierté ces nouvelles fortifications et cette architecture, symbole du génie des Hellènes. Thenséric et ses compagnons appréciaient ce spectacle à sa juste valeur et même Dimitre semblait impressionné. Les Guerriers d’Odin avaient été installés dans une grande bâtisse qu’ils avaient eu le temps d’aménager à leur goût. Dimitre avait dû cacher son dernier trophée macabre, mais il avait réussi à le conserver, ce qui lui importait le plus. Inyan de son côté, attendait avec le retour de son frère et il cachait de plus en plus difficilement son impatience. Pour Canagan, Liu, Ryusei et Hanz, conviés à un repas auprès d’Artholos, Bamos, Minosandre, Asham et Xantipolapoulos, les retrouvailles avaient été chaleureuses. Seul manquait Thendrik, resté en Asgard pour diriger de jeunes Einherjars et protéger le Royaume.

Quelques jours auparavant, c’était Macubex qui était rentré, accompagné de Nevali, Nekkar et Séléné. Les quatre hommes étaient littéralement exténués et n’avaient pas eu le temps de se mêler aux autres, préférant reprendre des forces et soigner leurs blessures, tant morales que physiques. Leur échec avait été total, mais les informations que Macubex exposait ce soir-là à Yolos sous les colonnes de marbre d’un petit temple restauré étaient précieuses.

***

Quelques jours plus tard

Un navire en provenance d’Egypte était annoncé pour le lendemain. La rumeur le précédait et certains pêcheurs d’Araphen avaient certifié que le lourd navire marchand qui arrivait de Tanis transportait bien Frank et ses amis, mais aussi une femme, égyptienne, et trois hommes. Bientôt, tous allaient enfin être réunis.

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