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Cette fiche vous est proposée par : Alwaïd


La Trilogie Gaïa



Acte V –
Le Ciel deviendra noir



 



Deux
heures après le déluge, la respiration de vagues baignaient les pieds d’Asae.
Le soleil parait le Cap Sounion d’un voile de chaleur dorant les bras de la
déesse. Lorsque le roulement des eaux se figea face elle, Athéna sut que
Poséidon l’écoutait.



 



La
voix empreinte d’une affliction profonde, Asae s’attrista :



 



- Pourquoi
Poséidon ? Tu m’as trahie…



- Mes
enfants sont morts, Athéna, ils ont sauvé ton Sanctuaire et tu n’as rien fait
pour les protéger. Ce fut ton choix, ton discours de justice. Accepte-en les
conséquences.



- Ce combat
fut une mascarade, s’écria Asae. Sont-ce là les rois Atlantes qui sans tenter
le moindre combat honorifique abandonnent dès le premier assaut et se suicident
de désespoir ? Tu le savais n’est-ce pas ? Tout était prévu. Ainsi tu
déterres de nouveau la hache de guerre, et avec la complicité d’Hadès tu
entraînes mon peuple à la mort. Tes enfants représentaient si peu pour toi
qu’ils ne furent que les pions de ton jeu ?



- Quand
bien même ce serait le cas, je te rappelle que tu es une déesse. Il t’incombait
de prévoir chaque éventualité, et pour commencer, tu aurais dû t’assurer que
tes chevaliers légendaires soient d’une plus grande efficacité. Ta route est
pavée d’erreurs, Asae. Reste effrayée par tes pouvoirs et bientôt d’autres
peuples rejoindront les Athéniens dans le royaume d’Hadès.



 



Asae ne
répondit pas. Elle baissa la tête, refusant de laisser apparaître sa lutte
contre ses larmes. Poséidon conclut :



 



- Tu as une
semaine avant que les eaux ne commencent à monter. Ne laisse pas les
populations menacées sombrer comme ton peuple. Au revoir ma nièce. Un jour
peut-être, tu me remercieras. 



 



 



***



 



Quand Asae approcha l’Acropole, elle se mordit les lèvres jusqu’au
sang. Lorsqu’elle croisa Shiryu dans le temple de la Balance, elle s’écroula
dans ses bras et ne retint plus sa douleur exutoire. Athéna pleurait. Ses
larmes brûlaient la peau du Dragon d’une peine inconsolable.



 



- Je me
hais, Shiryu. Comment est-ce que j’ose encore vivre ? J’ai mal, j’ai si
mal. Je m’en veux tellement. Je n’ai vécu que dans mes rêves, et les doutes de
l’adolescence me servaient d’excuse pour me cacher derrière mes chevaliers. Je
suis inutile. Mon peuple est mort, mes mains n’ont pas bougé. Ceux que je
devais protéger, je les ai perdus. Je croyais ma joie suffisante à leur
bonheur, mon insouciance me berçait d’une sérénité que je n’ai pas su
transmettre, je conservais égoïstement mes espoirs sans apprendre à voir ceux
qui en avaient le plus besoin.



- Tu leur
as donné ton amour, Asae. Ils le sentaient dans ta peur de les perdre. Depuis
les Panathénées, les poètes chantaient tes louanges sous les acclamations des
spectateurs, ils se rassuraient d’être les brebis guidées par ton cœur
altruiste. Le Sanctuaire a vécu ses derniers instants dans un respect total à
ton égard. Les hommes savent pardonner, et même dans leur dernier cri ils ne
condamnèrent que leur ignorance. Tu leur as offert ton amour sans en garder
pour toi-même.



- Mais quel
amour ? Je ne sais pas ce que veut dire ce mot. Est-ce ce lien qui me lie
à toi d’une présence éternelle, est-ce cette mort de l’âme que j’éprouve à la
perte de mon peuple ? Est-ce ton regard où chaque jour je devine les
reflets de Shunreï ? Ou est-ce cette curieuse sensation, ce désir incontrôlable
de voir Sheliak, de fermer les yeux pour entendre sa voix, sans rien dire,
juste qu’il soit là, et que les appels de mon cœur puissent enfin se lancer sur
une route fleurissante, un chemin sur lequel je me sentirais légère, portée
avec passion vers l’épanouissement de la découverte. Comment trouver son chemin
dans le flou de ces attirances ? Il y a tant de choses que je ne comprends
pas, et mes erreurs se comptent en vies humaines.



- Tu
confonds amour et attachement, mon enfant. L’amour est bien mystérieux c’est
vrai, il revêt des myriades de facettes dessinant les constellations de notre
vie, et il n’en existe ni carte ni limite. Tu dois aimer les hommes dans leur
ensemble, Asae, et même si cela implique des sacrifices, la quiétude d’une vie
de don sera ta récompense puis ton cadeau aux hommes.



- Que
dois-je faire, Shiryu ?



- Ne pas
perdre foi en tes ressources, et accepter la qualité nécessaire à tout
chevalier et indispensable à un dieu : le courage.



 



 



Aux
premiers pas du Grand Pope dans la demeure du Dragon, Asae sécha ses larmes et
se redressa. Ki-lin s’agenouilla. « Déesse Athéna. » Asae contenait
du mieux qu’elle le pouvait les sentiments mitigés éprouvés à l’égard de son
représentant. Son idée d’en appeler à Poséidon avait coûté la vie des Athéniens
et il n’en semblait pas perturbé. Pourtant elle devait reconnaître que sans les
Atlantes, elle-même serait peut-être déjà dans l’autre monde, entraînant dans
son sillage tous les peuples de la Terre. Il l’avait guidé lorsqu’elle le
réclamait, et lui aussi avait le droit de se tromper. Maintenant, de nouvelles
décisions s’imposaient.



 



- Ki-lin,
demanda Asae, autrefois ton maître Mü est parvenu à ramener Shaka et Ikki de la
dimension dans laquelle ils étaient prisonniers. Sais-tu où se trouve
Myrddin ? Peux-tu le rappeler au Sanctuaire ?



- Hélas,
Myrddin a été envoyé dans un lieu protégé. Il ne se trouve ni sur Terre, ni au
Ciel ni aux Enfers, et son cosmos y reste inaccessible.



- J’ai tant
entendu parler des chevaliers d’or, commença Asae presque contre son gré. Toi
dont Saori a fait le Grand Pope du Sanctuaire, toi qui es le dernier des saints
légendaires du Zodiaque, quand me montreras-tu enfin l’étendue de tes
pouvoirs ?



- Pardonnez
ma faiblesse, Athéna.



 



Asae s’en
voulait déjà d’avoir laissé cette remarque transpirer de sa rancœur. Devant la
gêne de la jeune femme, Ki-lin enchaîna :



 



-
Je comprends vos doutes à mon égard. Mon ignorance est d’ailleurs la raison de
ma visite. J’ai besoin de vos lumières.



 



Ki-lin
saisit des plis de sa robe un éclat de métal aux lueurs nocturnes.



 



- Les
chevaliers d’argent ont ramené de l’Averne un fragment du surplis de Morphée.
Son analyse apporte un résultat étonnant. Les surplis créés par Hadès sont
composés de diamants, d’eau du Styx et de cendres d’étoile.



- De cendres
d’étoile ? répéta Asae. J’en ignorais jusqu’à l’existence.



- Celles
des surplis des dieux, juges et spectres ne sont liées à aucune constellation
et échappent donc au contrôle d’Athéna, néanmoins les répliques spectrales des
armures d’or me laissent perplexes. Athéna commande aux constellations ;
elle y puisa d’ailleurs la poussière d’étoile utilisée pour la confection de
ses armures. Comment Hadès a-t-il pu se procurer les cendres de ces
astres ?



- Elles
sont venues à lui, déclara Shiryu. Quand un chevalier meurt, une étoile
s’éteint. Où ailleurs qu’aux Enfers ses cendres se verraient destinées ?



- Mais si
Hadès conserve ces reliques depuis les temps mythologiques, il doit alors
pouvoir créer une réplique de n’importe laquelle des armures d’Athéna.



- Non,
rétorqua Shiryu. Une des armures échapperait à la règle. Elle n’a eu de tout
temps qu’un seul porteur, et cette constellation est éternelle car elle renaît
de ses cendres : le Phénix.



- J’imagine
aussi que si ces copies d’armures sont formées des restes d’astres célestes,
ces protections ne peuvent être portées que par de précédents saints d’Athéna.
Or jamais des chevaliers n’accepteraient une telle offre. Shion et les autres
ne le firent que pour tromper Hadès. Néanmoins le combat de Myrddin a révélé
l’appartenance passée de Minos à la chevalerie d’Athéna. S’il était le saint du
Taureau, il se pourrait qu’Eaque et Rhadamanthe aient eux aussi été des
chevaliers. Comment concevoir une trahison telle qu’ils devinrent les juges du
royaume des morts ?



- Les
réponses ne se trouvent qu’en la mémoire d’Athéna.



 



La jeune
déesse baissa les yeux. Elle ignorait tout de son passé divin.



 



- N’y
pensons plus pour l’instant, intima Shiryu. Thanatos est désormais maître des
spectres. La force des Enfers demeure une menace pour le Sanctuaire, il faut
agir avant son déploiement. 



 



Sourde au
silence qui suivit, Asae comprenait trop bien la nécessité d’une décision qui
lui coûterait. Il n’y avait plus de choix cette fois ; son devoir de
déesse se dessinait parmi les échos de sa mémoire.



 



« Reste
effrayée par tes pouvoirs et bientôt d’autres peuples rejoindront les Athéniens
dans le royaume d’Hadès. »



« Accepter
la qualité indispensable à un dieu : le courage. »



« Rends-toi
aux Enfers et tu auras la réponse. »



 



D’une voix
volontairement assurée, Athéna déclara :



 



- Trop de
morts pèsent déjà sur ma conscience, je refuse de voir d’autres vies brisées en
mon nom. Hadès désire me parler ? Soit, je répondrai à son appel. Nous
partons immédiatement pour son royaume souterrain. M’accompagnes-tu,
Shiryu ?



- C’est un
honneur.



- Bien.
Ki-lin, tu veilleras sur la montagne sacrée avec les saints de ton choix.
Envoie aussi sans attendre un messager prévenir les habitants des contrées
bientôt immergées par Poséidon. Ils sont tous les bienvenus en Attique, quel
que soit leur nombre. Nous reconstruirons sur les ruines d’Athènes, avec et
pour eux.



- A vos
ordres, ma déesse.



- Ce n’est
pas tout. L’absence du chevalier de l’Autel n’est plus tolérable. Qu’on le
trouve, où qu’il soit. Il est grand temps qu’il rejoigne nos rangs. Enfin,
votre silence concernant Phidias a assez duré. J’exige de connaître la raison
de son isolement. Et quelles que soient les activités du Sculpteur, qu’il les
abandonne. Une nouvelle mission lui incombe désormais.



 



 



***



 



Il
était difficile d’imaginer que quelques heures auparavant s’élevait encore sur
cette plaine déserte la splendide Athènes. Plus rien n’en restait sinon
quelques racines de piliers brisés. Le Sanctuaire n’avait pas résisté non plus.
Les temples du Zodiaque épargnés et la forêt d’oliviers se devinaient comme les
dernières lumières de la civilisation athénienne.



 



Assis
sur un rocher, Sheliak contemplait la montagne sacrée. Athéna y demeure ;
Asae est en vie.



 



Hipparque
courait d’un endroit à l’autre, les mains dans ses cheveux broussailleux, les
yeux désespérément avides de retrouver ne serait-ce que qu’un cahier ou un
livre. Il bredouillait frénétiquement les formules et les phrases qu’il avait
si longuement élaborées. Il hésitait à se jeter dans la mer et chercher sans
relâche ses anciennes notes, mais il savait cette peine inutile. Il lui fallait
réécrire, dès maintenant. Du plastron de son armure il délogea son dernier
carnet puis se mit à rédiger dans une écriture illisible.



 



Maui
n’avait plus parlé depuis sa défaite. Mais plus que sa fierté émiettée, sa
honte lui faisait pousser des gémissements inquiétants. Neferia essayait en
vain de le calmer, mais parcourant les lieux d’une marche aléatoire, le Maori
grattait ses tatouages jusqu’au sang comme s’il cherchait à les effacer. Il
frappait ses yeux rougis pour en chasser les images qui brûlaient sa raison.
Combien d’hommes avait-il tué ? Des centaines. Combien d’Athéniens
avait-il sauvé ? Aucun. Que demeurait-il de son statut de chevalier ?
Un corps nu couvert des poussières de son armure. La plaine ravagée lui
rappelait si parfaitement le cauchemar de Morphée qu’il en devenait aveugle.
Plus rien ne lui renvoyait les rayons du soleil. Des larmes ensanglantées
colorèrent les joues de Maui. Il se mit à rire sans raison, puis roula au sol
en frappant ses tempes. Son esprit apeuré s’échappait vers l’assurance de la
folie.



 



Bayer
et Tito écoutaient Oisin chanter une ode aux défunts. Le chant langoureux
prononcé par la voix vacillante de tristesse de l’Irlandais démontrait
douloureusement combien chaque homme, chaque femme, et tous ces enfants étaient
chers à Oisin. Ils furent pour lui autant de parents, d’amis, ou d’inconnus que
le temps aurait permis de connaître. Oisin puisait sa force dans les relations
humaines, c’était pour eux qu’il était devenu chevalier.



 



Adieu, Athéniens. A jamais vos sourires et
vos rires me rappelleront la nécessité de savourer la joie de la présence.
Puisse ma voix escorter vos âmes dans votre dernier voyage.



 



-
Tais-toi Oisin ! ordonna Zeuxis à peine arrivé. Tu brises le silence du
recueillement.



-
Laisse-le, dit Bayer. C’est sa façon de pleurer, il en a besoin.



-
Je n’ai pas de leçon à recevoir d’un rasta de ton genre, s’énerva le Peintre.



 



Tito
saisit le poignet de Zeuxis d’une étreinte impérieuse.



 



-
Ta gueule Zeuxis, somma-t-il. Si tu veux du silence commence par arrêter de
brailler. Va voir ailleurs.



 



Interloqué
par l’affront de celui qu’il croyait être son ami, Zeuxis s’éloigna après un
soupir de mépris. Il changea de direction quand il vit dans les parages
l’apprenti pitoyable qui n’avait pas arrêté les juges.



 



Altaïr
scrutait le ciel lumineux à la recherche d’une étoile égarée. « Myrddin,
où es-tu ? » L’Indien avait beau ouvrir son esprit aux bruissements
des âmes errantes, aucune ne lui souffla le nom du druide. A son tour, Altaïr
se sentit perdu. Sans l’aide de son maître, jamais il n’obtiendrait l’armure de
l’Aigle. Même si le Grand Pope l’avait sacré chevalier, lui ne se considérait
pas mieux qu’un apprenti, et son incapacité à localiser l’homme à qui il devait
la vie finissait de le convaincre de son inutilité. Etait-il vraiment destiné à
devenir chevalier ? Rien ne lui semblait plus incertain.



 



 



Les
premiers nuages firent leur apparition lorsque Athéna, Ki-lin et Shiryu
franchirent la gorge de l’Acropole. Les chevaliers se réunirent dans l’instant.



 



Maui
ne pouvait retenir des tressautements convulsifs. Il regardait autour de lui
avec crainte, prêt à recevoir à chaque seconde la prochaine apocalypse. La déesse
s’avança vers lui et plongea la main dans ses cheveux noirs. Le Maori cessa
d’haleter, cependant son regard restait vide. Il baissa la tête comme un
vieillard fatigué, puis ne bougea plus. Dans un mélange de tendresse et de
pitié, Neferia passa son bras autour de la solitude de Maui. Asae l’en remercia
d’un sourire difficile.



 



Le
calme retrouvé permit au Grand Pope d’annoncer ses ordres. Devant la compassion
de Neferia, Ki-lin la nomma messagère du Sanctuaire. Elle porterait
l’invitation d’Athéna aux peuples délogés, elle en profiterait pour retrouver
trace de Saon, mais avant, lorsque Ki-lin aurait réparé l’armure d’Héraclès,
elle devrait escorter Maui jusqu’à Olympie et l’y laisser. Si le saint
retrouvait la raison, il reviendrait.



 



Le
Grand Pope désigna ensuite les protecteurs du Sanctuaire. Naturellement, Oisin
défendrait l’entrée de la montagne précédant les temples du Zodiaque.
Altaïr surveillerait les alentours, dont la mer d’oliviers.



 



Lorsque
Ki-lin ordonna à Sheliak d’accompagner Oisin, les chairs d’Asae tremblèrent en
leur sein. Sheliak laissa percer sa surprise à travers un regard haineux envers
Ki-lin, néanmoins la caresse d’une corde de sa lyre suffit à l’apaiser.



 



« J’aimerais
vous accompagner » dit Sheliak, cachant à peine son espoir d’entendre
Athéna accéder à son souhait. Mais il n’en fut rien. Les lèvres d’Asae
s’entrouvrirent telle une brise hivernale, juste assez pour laisser pénétrer un
unique rayon de soleil au goût amer. Ses yeux et ses pensées portaient avec
émulation leur tourment au plus haut.



 



Sensible
aux doutes d’Asae, le Grand Pope déclara :



 



-
Je reconnais bien là ton courage, Sheliak. Tu veux suivre Athéna et ses
chevaliers sans même savoir où ils se rendent.



-
Aux Enfers j’imagine.



-
En effet, mais il en existe différentes entrées. Ils franchiront celle du
Péloponnèse, au Cap Ténare.



 



L’armure
de la Lyre fut secouée d’un frisson lointain. Le Cap Ténare… Sheliak ne l’avait
jamais vu, mais en ressentant la détresse de son armure, il comprit rapidement.
Ce gouffre fut celui par lequel Orphée s’était lancé à la recherche d’Eurydice.



 



-
Ta lyre porte encore aujourd’hui les plaies béantes de la disparition
d’Eurydice. Pour toi, je ne peux prendre le risque de t’y emmener. Tu
risquerais d’y découvrir une souffrance oubliée et inaliénable, et ton âme s’en
trouverait affectée à jamais.



-
La souffrance ne m’effraie pas, elle est depuis toujours ma plus fidèle
compagne. Les seules lumières réconfortantes s’illuminent dans ma vie aux côtés
d’Athéna. Qu’importe les élans délétères de mon cœur si j’y gagne la
satisfaction de protéger notre déesse.



-
Les sentiments ne se contrôlent pas comme un air de musique, Sheliak. Les
chemins du Ténare te mèneraient sur des sentiers déroutants. Tu resteras donc
au Sanctuaire, et si tu chéris la paix, tu chanteras ses louanges. La Victoire
a besoin de poètes.



 



Le
Grand Pope n’attendit plus de réponse. Il désigna Zeuxis, Tito, Hipparque et
Bayer comme les accompagnateurs d’Athéna et Shiryu. L’ange du Dragon n’était
pas intervenu, pourtant son regard discrètement tourné vers Asae laissait
deviner qu’il sondait les méandres hasardeux de l’esprit de sa protégée.



 



 



Il
était temps de partir. D’un sourire affectueux Asae salua Oisin et Altaïr. Elle
aurait aimé parler, leur souhaiter bon courage, mais chaque mot eut été
empreint d’une sonorité d’adieu, ainsi Asae se tut.



 



Face
à Sheliak, un silence invisible se colora d’éternité. Les yeux de l’Arabe rivés
sur le visage d’Asae s’aventuraient le long de ses mèches, glissaient sur ses
cils puis longeaient sa joue où se mariaient ombre et lumière. Vers les vallées
de ses lèvres, Sheliak implora silencieusement :



 



« Un
mot… Asae, s’il te plait. Ne me laisse pas orphelin de ta voix… juste un
souffle, un sourire. Je t’en prie… Athéna. »



 



La
déesse aux yeux clairs entoura la main libre de Sheliak de ses doigts légers
comme un nuage. Le contact de leurs mains nimbait de volupté l’apparente
tristesse d’Asae.



 



« Sans
lui, pensait-elle, comment tiendrai-je ? Combien de larmes verserai-je
avant l’arrêt de mon cœur ? Il éclaire mon imaginaire, il fleurit mes
pensées et dans mes chairs c’est la vie que je sens. L’espoir de ses mains
couvre mon corps d’une attente interdite, et cette force amoureuse devient le
lit de ma peine. Puissé-je m’y endormir d’un sommeil éternel, oublier les
combats, abandonner la douleur, ouvrir enfin mon cœur à l’élu de mon âme, être
sienne pour toujours. Hélas, je mesure mon amour aux entailles de mon cœur. Les
barreaux du devoir emprisonnent mes désirs, et pour notre déesse, mes
frissons amoureux sombrent dans le Léthé. Adieu Sheliak, j’aurai aimé
t’aimer. »



 



La déesse
s’en alla, immédiatement suivie du Dragon et de son escorte argentée.



 



 



***



 



Sur les
bords de l’Egée, Neferia attendait Maui. Son regard traversait la mer vers son
Egypte natale. Ce qu’elle craignait le plus au monde venait d’arriver à Asae.
Pour un souverain, la mort de son peuple concurrençait en douleur la perte d’un
enfant par une mère. Pauvre Asae. Comment se relever après une telle
perte ? Neferia serra les poings. Le visage du Grand Pope à son esprit,
elle rageait à la pensée qu’il savait certainement ce qui allait se passer. Lui
seul parlait atlante, et il avait envoyé tous les chevaliers en Averne car la
condamnation du Sanctuaire était programmée, peut-être bien par lui-même. Elle
le haïssait, et cette hargne exacerbait son impatience à tuer Ki-lin comme elle
se l’était juré.



 



Neferia
répondait à tous ses doutes par la culpabilité du Grand Pope. Lors de son
entraînement en Corse, le scribe Senmout devait lui enseigner six mois dans
l’année les connaissances et la sagesse nécessaires à la gouvernance d’un pays.
Pourtant les trois dernières années, Senmout ne s’était plus présenté, et
depuis Neferia avait perdu tout contact avec l’Egypte. La princesse était
tentée d’incriminer une nouvelle fois le Grand Pope : Ki-lin filtrait
probablement les communications entre Neferia et son vizir Rekhmirê. Que la
princesse soit écartée de son pays et Ki-lin gagnerait un autre chevalier dans
ses rangs, un autre saint sacrifiable au moment opportun.



 



Pour
parfaire ces actes déshonorants, le Grand Pope lui ordonnait d’abandonner Maui,
car c’était bien d’un abandon qu’il s’agissait. Voilà donc le destin des
chevaliers dans le besoin ? Eliminés car inutiles ? Ki-lin
s’arrangeait aussi pour éloigner le Dauphin, sa principale adversaire, en
l’envoyant en mission au-delà des mers. Enfin il séparait une nouvelle fois
sous des prétextes fallacieux Sheliak et Asae, alors que le légendaire
chevalier Pégase demeurait la preuve qu’un amour humain se gorgeait d’une force
divine. Oui, Seiya et Saori s’aimaient, et de cet amour Seiya était devenu
invincible. 247 ans auparavant, après s’être relevé plus qu’aucun mortel, Seiya
s’abandonnait finalement à la mort, le sourire aux lèvres car Saori était
définitivement sauvée. Pourquoi le Grand Pope refusait-il l’épanouissement de
Sheliak, pourquoi réfrénait-il à ce point les attractions inspiratrices des
deux adolescents amoureux ? 



 



« Maudit
sois-tu, chevalier indigne du Bélier. Chacune de tes bassesses nourrit mon
cosmos d’une aura vengeresse. Et toi Poséidon, toi dont mon corps a accueilli
l’esprit divin, n’as-tu été qu’un traître toi aussi ? Vous, dieux grecs,
vous savez si bien prendre des vies… êtes-vous donc incapables de donner sans
reprendre en retour ? »



 



A ces mots
le pendentif de Neferia scintilla. Les vagues du cristal d’orichalque
générèrent une goutte d’écume transportée par les vents au large de l’Egée.
Alors sortit des eaux un cheval magnifique. Sa silhouette lointaine se
rapprochait à une telle vitesse qu’elle semblait voler plus vite que le vent.
Neferia l’eut aisément pris pour Pégase mais son dos ne portait aucune aile. Il
galopait sur les flots avec une célérité prodigieuse. Sa robe rouanne était
pommelée de gris, sa crinière ivoire s’élançait jusqu’à la queue, et de ses
paturons balzanés naissaient de courtes ailettes accordant au cheval né des
flots la rapidité d’un songe.



 



Arrivé sur
la plage, il stoppa net sa course dans une gerbe de sable. Neferia distingua
alors sur son chanfrein une fine liste aux allures de trident. La princesse
sourit. Elle caressa le cheval et remercia Poséidon. Cette monture inattendue
n’était pas seulement un moyen d’accomplir rapidement ses missions, elle lui
permettait aussi de regagner l’Egypte à tout moment. Avec un tel coursier, la
Méditerranée ne parut jamais plus petite à Neferia. Cependant l’heure du retour
n’avait pas encore sonné.



 



 



***



 



Deux
ans d’entraînement en solitaire m’ont complètement détaché d’Elsighorn et Raja.
Je n’y repense que pour orner ma concentration d’une rancœur fortifiante. Ils
m’ont trahi. Mes parents se tuent, eux m’abandonnent, et mon maître me néglige.
Je ne peux avoir confiance qu’en moi. Qu’importe désormais. A partir
d’aujourd’hui je suis mon seul maître : j’ai franchi la dernière épreuve,
j’ai atteint la canopée du Lynx. Au pied des arbres doit donc se trouver
l’armure d’argent du Lynx, je suis un chevalier d’Athéna…



 



Mais
au pied des arbres, seules les feuilles cramoisies d’automne m’attendent. Dans
une incompréhension mêlée d’une profonde déception, je rentre au chalet où tout
s’éclaircit de sombres révélations. Elsighorn et Raja sont là, bras dans les
bras, et la main de mon ancien frère est posée sur l’urne sacrée du Lynx.
Perdus l’un pour l’autre, ils ne remarquent pas ma présence et murmurent des
mots lointains.



 



Traître…
tu voulais donc tout pour toi, Elsighorn, l’amour et la gloire ? Tu voles
mon armure et mon dernier espoir ? Vous riez de moi ? Je vous hais…
JE VOUS HAIS ! hurlé-je, et lorsque mon cri s’étouffe, mon bras se couvre
de sang, mes doigts pulsent des derniers battements du cœur d’Elsighorn. Ses
yeux terrifiés ne se ferment plus ; et Raja disparaît en hurlant. L’armure
du Lynx est mienne.      



 



 



Depuis
notre arrivée aux Enfers, je ne peux m’empêcher de réfléchir. La proximité de
la mort ne m’effraie pas, ma mère m’en a donné un avant-goût en fracassant sous
mes yeux le crâne de mon père. J’ai aussi goûté à la facilité de tuer mon seul
ami. La vie m’a toujours écœuré au point que seules les tragédies me semblent
naturelles.



 



Et
pourtant… je pense que j’ai changé. Je me croyais seul au monde, cerné de
traîtres opportunistes, mais je me trompais, et Oisin a su m’ouvrir les yeux.
Il s’est donné à moi, simplement, sans rien attendre, ne serait-ce qu’un
remerciement que je n’ai pas su lui donner. L’amitié… est-ce ce sentiment que
partagent Oisin, Sheliak et Altaïr ? Alors oui, ma force brute n’est rien
si elle en reste dénuée. J’ai cru jusqu’à maintenant que s’ouvrir aux autres
donnait à leurs épées accès aux fibres traumatisées de mon cœur. Or Oisin y a
versé une douceur oubliée depuis l’abandon d’Elsighorn. Je ne reviendrai pas en
arrière, je ne corrigerai pas mes erreurs, cependant je ne le conçois qu’après
seize ans d’une vie cruelle, je peux être pardonné. Est-ce là la vertu des
chevaliers ? Pardonner ?



 



Et
Asae, que pense-t-elle de moi ? Elle ne m’a fait aucun reproche, pas même
quand mes coups ont lacéré Altaïr jusqu’à l’agonie. Je me sens si inculte. Je
ne comprends plus la vie, mais ce que je vois désormais, c’est l’amour des
hommes dont Asae rayonne, et bien que je réalise difficilement comment une
mortelle puisse incarner une déesse, je sens enfin par la chaleur d’Oisin
combien je veux croire en elle, et à quel point ma souffrance est risible face
à la sienne. Sheliak, je t’envie presque d’avoir aimé Athéna depuis le début.
J’ai tellement de retard, mais mon apprentissage ne souffrira plus de délai.
Puisque les valeurs d’Athéna prônent la béatitude discernée chez Oisin, alors
oui, je ressens et j’accepte la naissance de la foi, et ma vie trouve enfin un
sens dans la protection d’Athéna. Je suis fier d’être chevalier, il est temps
que j’en sois digne. J’ignore ce qui nous attend, fragile Asae, mais je serai
là, pour toi.



 



- A quoi tu
penses ? demanda Bayer.



- A Oisin,
répondit Tito dans un sourire. Il est surprenant.



- En
parlant de surprise, intervint Zeuxis, j’espère qu’il sera vigilant cette fois.
Les spectres sont d’une autre trempe que les revenants du lac, et s’il s’amuse
à les guider dans l’enceinte sacrée sous prétexte d’hospitalité…



- Tu ne
devrais pas le sous-estimer, coupa Hipparque. Ce n’est pas un hasard si Shina
qui portait la même armure qu’Oisin fut un redoutable chevalier d’argent. En
effet, la constellation d’Ophiuchus a la particularité de traverser
l’écliptique. Une partie de ses étoiles y baigne, trop peu pour l’inclure dans
l’écliptique, mais assez pour qu’elle reçoive les traits de lumière dont se
gorgent les constellations du Zodiaque. D’un certain point de vue, Ophiuchus
est bigarrée d’or et d’argent. L’inspiration chevaleresque qui en découle ne
doit donc aucunement être négligée. Ajoute à cela le cœur altruiste d’Oisin et
tu auras une idée de l’énergie que dissimule le saint d’Ophiuchus.



- Bien,
bien, acquiesça vaguement Zeuxis. Le temps n’est plus discours, nous arrivons.



 



 



Asae et
Shiryu stoppèrent devant la Porte des Enfers. Gravée dans la pierre, une
inscription prévenait : « Vous qui entrez ici, laissez toute
espérance. » La déesse se tourna vers ses chevaliers et leur déclara, le sceptre
de la Victoire à la main :



 



- Ne
franchissez pas ce porche. Désormais, c’est à moi de vous protéger.



 



Sur la
berge de l’Achéron, devant la barque du nocher, une femme vêtue d’une robe de
deuil attendait Athéna. Sa chevelure noire tombait jusqu’à ses mains gantées,
ses bas nus transportaient les odeurs des moissons, des fleurs ceignaient ses
chevilles.



 



Perséphone
ne gratifia l’arrivée d’Asae d’aucun sourire. Lorsque Shiryu tendit l’obole au
nocher, Perséphone leva la main en signe de refus sans quitter la déesse des
yeux.



 



- J’ai payé
pour toi, Athéna.



 



La déesse
embarqua sans un mot. La barque s’éloigna lentement, manipulée avec soin par
Charon responsable des deux divinités. Avant de disparaître parmi les brumes du
fleuve, Asae se retourna vers Shiryu. Elle semblait vouloir dire « Ne
t’inquiète pas, tout ira bien », mais sa bouche resta fermée.



 



 



Après une
attente déjà trop longue, Charon réapparut au large, de retour pour assurer le
transport des mortels choisis par les Moires. 



 



-
Shiryu ! appela Tito en franchissant la porte de l’Enfer. Charon revient,
il est temps. Nous ne resterons pas en arrière, partez en avant et nous vous
suivrons.



- Tito,
puisses-tu un jour apprendre la modération. Athéna vous a ordonné de ne pas
franchir la porte des Enfers. Retourne sur tes pas et prie pour un miracle.



- Un
miracle ? s’inquiéta Zeuxis. Allez-vous laisser Athéna seule face à la
mort ? 



- Nous
n’avons pas notre place dans le royaume souterrain.



- Ah
non ? s’emporta Tito. Voyons ouvrez les yeux, ange du Dragon, nous avons
enfin l’opportunité de terminer cette guerre. Nous mènerons notre déesse à la
victoire en lui tendant l’urne d’où Hadès n’aurait jamais dû sortir.



- Une âme,
une urne, et c’est la fin d’une guerre sainte ? Ta vision des choses est
bien simpliste, chevalier du Lynx. Je m’attendais à plus de jugement de ta
part. Toi qui désires tellement mettre un terme à cette guerre, tiens-tu à ce
qu’une autre se déclare dans 250 ans ? Crois-moi, les voies de la victoire
restent obscures au plus sage d’entre nous.



-
Qu’importe la sagesse ! Je ne resterai pas les bras croisés alors qu’il y
a tant à faire ! Asae a besoin de nous, sur notre chemin nous ramènerons
des Enfers les armures d’or et grâce à elles Thanatos n’aura que les corps des
spectres à emporter.



- Ton
affolement est inutile. Nous attendrons ici le retour d’Athéna.



- Dans tes
rêves ! fulmina Tito en pointant Shiryu du doigt. Je n’ai plus confiance
en toi, ange déchu. Tu livres notre protégée en pâture à Hadès et tu nous
voudrais dociles comme des agneaux ? J’ignore ce qui a pu te corrompre,
mais ton masque vient de tomber. Laisse-nous passer ou je tu franchiras
l’Achéron pour ton dernier voyage.



- Calm
down… intervint Bayer, le seul des saints à n’avoir pas franchi l’arche.



- Quoi,
t’as peur Bayer ?



- Non. Mais
je n’ai jamais senti le moindre cosmos mensonger émanant de Shiryu. Son attente
a certainement un sens. J’ai besoin de réfléchir.



- Libre à
toi d’ignorer ton instinct, à moins que tu ne t’écartes par lâcheté. 



 



Bayer
ouvrit l’urne du Caméléon pour y sortir son djembé, fidèle compagnon de son
armure. Il s’assit ensuite dans l’encadrement de la porte et détacha de ses
dreadlocks sa dernière tête de cannabis. L’Anglais alluma le joint confectionné
puis renversa sa tête en arrière dans un soupir de satisfaction. L’effet
euphorisant ne tarderait pas à l’envahir.



 



-
Hipparque, t’es avec moi ? demanda Tito.



 



Hipparque
hésitait. D’après tout ce qu’il avait lu de Saint Seiya lorsqu’il croyait
encore consulter des légendes, le comportement de Shiryu l’étonnait. Lors de la
dernière guerre sainte, le Dragon avait brillé par ses innombrables exploits.
Il avait aussi brisé l’interdiction de Saori en se rendant au Sanctuaire
attaqué par les spectres d’Hadès car il refusait l’idée de laisser le danger
approcher Athéna. Or depuis le règne d’Asae, Shiryu n’avait rien fait sinon
sauvé Maui. Décidément quelque chose clochait. Dans le doute, mieux valait
prévenir que guérir. Il hocha la tête en signe d’accord à Tito.



 



- Et toi
Zeuxis, tu nous accompagnes sauver Athéna ?



- Avant de
répondre, dit le Peintre, j’aimerais savoir Shiryu, risquons-nous de perdre
Athéna ? Hadès pourrait-il profiter de sa visite pour l’assassiner et
sceller sa première victoire depuis l’aube des temps ?



- Oui.



- Dans ce
cas, je regrette de le dire, mais je me lève aussi contre toi, Dragon. La
sécurité d’Athéna est ma priorité. Je serai d’ailleurs ton premier adversaire.
Tes pensées ambiguës ont assez durées.



 



Shiryu
logea sa canne d’olivier au sein de sa chemise. Dans la main de Zeuxis glissa
le pinceau encore terni de l’ichor de Morphée. Sa palette-bouclier lui présenta
une infinité de variantes colorées dont il choisit les plus lumineuses, puis il
lança 
« Kaléïdo… »



 



Une spirale
chatoyante traversa les airs en direction de Shiryu. D’un bond en arrière d’une
souplesse étonnante pour son corps de vieillard, l’ange s’envola au-dessus de
l’Achéron. Sa main levée souleva les eaux noires jusqu’à former un mur opaque
le séparant de l’attaque. La peinture de Zeuxis instantanément dissoute ne
parvint pas à illuminer la moindre goutte du fleuve des morts.



 



A la
retombée des eaux, Shiryu rejoignait à peine le sol ferme qu’Hipparque lui
faisait face, le regard si profondément plongé dans les yeux du Dragon qu’il
semblait pouvoir y lire les faiblesses secrètes cachées derrière l’assurance
angélique.



 



-
Scrutation !



 



Si
le faible nombre de coups portés par Hipparque n’impressionnait nullement,
l’intensité mise en chacun avait plus de quoi inquiéter. Avec une dextérité
parfaite le Turque tournait sur lui-même jusqu’à rendre les contours de son
corps flous et imprévisibles. Tel un maître en art martial il propulsait
presque simultanément ses poings, ses coudes, ses genoux et ses pieds. Shiryu
parait les coups sans reculer, cependant il comprit vite qu’il lui faudrait
agir. Hipparque analysait chaque mouvement de son adversaire, si bien qu’il
découvrait la moindre des failles défensives et y précipitait immédiatement un
poing acéré comme un dard. 



 



Shiryu
rechignait à frapper des serviteurs d’Athéna, mais la détermination d’Hipparque
ne lui laissait plus le choix. Il laissa volontairement une brèche apparaître
dans sa défense, et alors que le pied du Sextant plongeait dans le piège,
Shiryu saisit d’une main la jambe du chevalier et de l’autre lui brisa le genou
avant d’envoyer le saint s’encastrer contre un montant de l’arche.



 



L’assaut
terminé, le dos de Shiryu se courba de nouveau tel un vieil homme alourdi de
deux centenaires. Depuis sa barque, Charon se délectait du spectacle. Il se
demandait lequel des chevaliers d’argent lui serait envoyé en premier.



 



- Nous
n’arriverons à rien si nous combattons séparément, déclara Tito. Unis, nous
avons vaincu un dieu ; il en sera de même pour cet ange parjure. Joignez
votre cosmos au mien.



- Attends
Tito, dit Hipparque dans un râle. Morphée nous sous-estimait, ce qui n’est
certainement pas le cas de Shiryu. Crois-moi, le Dragon est un adversaire bien
plus redoutable que le Rêve. Mais je connais son point faible, et c’est là
notre seule chance : lorsque Shiryu invoque la Colère du Dragon, il baisse
inconsciemment sa garde durant une fraction de seconde et son cœur est
découvert. Cette faiblesse lui aurait coûté la vie sans l’intervention de Seiya
lors de leur premier combat. Touche le cœur du Dragon, et la route vers Athéna
nous sera ouverte.



-
Excellent, Hipparque, dit Shiryu. Tes connaissances sont remarquables.
Cependant il vous reste à m’atteindre, et sans l’éveil au septième sens, je
crains que vos efforts restent inutiles. Oui Tito, tu as entrevu cette force
contre Morphée, mais ton Velours Tranchant, à la vitesse de la lumière ou non,
ne me surprendra pas.



 



Tito fut
pétrifié par cette déclaration. Il comptait justement sur cette technique pour
vaincre le Dragon. Il en existait bien une autre, mais…



 



- Oui Tito,
dit Zeuxis, utilise cette attaque.



 



Le Lynx
regarda Zeuxis avec étonnement.



 



- Tu
déchiffres les pensées des gens même sans peinture, Zeuxis ?



- Disons
que je suis sensible au psychisme cérébral de certaines personnes.



- Toi et
les grands mots… Très bien. Tes dons de divination arrivent à point. J’ai été
témoin d’une attaque d’Elsighorn portée sous le signe du Lynx, mais je ne la
comprends pas. Lis dans mon cosmos et tu m’aideras à clarifier ma mémoire. Toi
Hipparque, donne-moi ta précision millimétrique. Mes griffes trouveront alors
le cœur du Dragon.



- Une
dernière fois, prévint Shiryu, retournez sur vos pas. Si je désirais vous tuer
vous flotteriez déjà sur l’Achéron. Je ne vous demande pas de comprendre,
simplement d’accepter.



 



Tito mit genou
à terre et brûla une cosmo-énergie brune ondoyant telle une ramure d’automne.
Des feuilles de cosmos s’envolaient, éphémères, puis fanaient en silence.
Zeuxis enlaça de son aura bleutée le Lynx en attente. Il ouvrit son esprit aux
pensées de Tito, mais le Suisse hissait devant les ondes du Peintre des
barrières d’inconscience. 



 



- Tito, ta
mémoire est voilée. Je ne peux pas m’accorder à toi si tu refuses certains
souvenirs. Essaie de ne chasser aucune pensée ; laisse-moi te parcourir
librement.



 



Le Lynx
ferma les yeux et fronça les sourcils, intensifiant son aura brûlante comme
pour compenser sa douleur à venir. Les barrières de Tito s’écartèrent
lentement, et Zeuxis pénétra sa conscience.



 



 



Elsighorn
et Raja sont là, bras dans les bras, et la main de mon ancien frère est posée
sur l’urne sacrée du Lynx. Perdus l’un pour l’autre, ils ne remarquent pas ma
présence et murmurent des mots lointains. Des mots lointains… lointains… des
mots… traître… non… ces mots, tu les as vus Tito, résonna Zeuxis, mais tu ne
les as pas écoutés.



 



Elsighorn
et Raja sont là, bras dans les bras, et sur leurs lèvres je lis leur
chuchotement : « Je suis si heureuse de retrouver Tito, et que père
nous ai demandé de lui remettre son armure. Je suis sûre qu’il la mérite
amplement. Il va être tellement surpris de nous revoir, je suis
impatiente ! »



 



ELSIGHORN !
hurla Tito sous les yeux ébahis d’Hipparque. Pardonne-moi !!



 



Tito revit
alors clairement Elsighorn lancer son attaque lors d’un entraînement, et
retrouva en sa mémoire la clé manquante. Cette technique de combat ne
commençait pas par une incantation mais par un cri de ralliement.



 



Tito poussa
un feulement répercuté jusqu’aux entrées des Enfers, en hommage et adieu à
Elsighorn. Hipparque et Zeuxis enrobèrent Tito de leur aura. Des centaines de
lynx descendirent dans les ténèbres de la mort prêter main forte à Tito. Le
poil hérissé, ils entourèrent Shiryu.



 



- Pro
Natura !



 



Le corps de
Tito se contracta, il posa mains à terre, se mit à haleter, puis ses habits se
scindèrent pour révéler un pelage de Lynx. Le Suisse devint félin. Un nouveau
feulement donna le signal d’assaut. La meute aux crocs luisants se jeta sur
Shiryu, et Tito indiscernable parmi elle abattait sur l’ange une pluie de
griffes argentées. La parfaite concentration de Shiryu lui permettait de
discerner clairement les mouvements adverses et de se déplacer en sécurité.
Cependant la rapidité et la violence de Tito ne faisaient que s’accroître grâce
à l’appui des chevaliers.



 



Shiryu
irradia un cosmos vert de jade dont l’éclat soudain aveugla l’armée féline.
Lorsqu’il entama de lents mouvements de bras pour canaliser son énergie, les
flots de l’Achéron tremblèrent ; des filets d’eau défiant l’apesanteur
s’élevèrent ci et là, prodromes de la naissance d’un Dragon parfumé de mort.
Charon chuta de sa barque, assailli par des vagues déchirées.



 



- La Colère du
Dragon !



 



« Maintenant ! »
inspira Hipparque à Tito qui vit clairement apparaître la griffe droite du
dragon à l’instant où il s’éveillait au septième sens.



 



- Velours
Tranchant !



 



Le Dragon
des ténèbres lacéra les félins puis fendit leurs rangs avant de refermer crocs
et griffes sur Tito, Zeuxis et Hipparque. Les chevaliers projetés contre la
voûte des Enfers s’écroulèrent dans un fracas de roches de l’autre côté de
l’arche. 



 



Shiryu mit
genou à terre. Sa chemise portait la marque d’une griffure brûlante au niveau
du cœur. Quand il se releva, de la sciure d’olivier s’écoula de ses habits. La
canne de l’ange désintégrée sous la griffe du Lynx avait absorbé l’attaque.



 



- Je refuse
de vous tuer, dit Shiryu, mais si vous persistez, je crains que le prochain
assaut vous soit fatal. Ne franchissez plus la Porte des Enfers.



- Pour qui
tu nous prends, vieillard, gémit Tito. Ton cœur n’a plus de bouclier
maintenant, et je jure que ma prochaine attaque te touchera, et la suivante
s’il le faut, car notre cause est juste.



- J’aurai
agi comme vous à votre âge. Si jeunesse savait…



 



Tito se
releva avec peine, imité par Zeuxis et Hipparque. Tous trois s’avançaient vers
l’arche dans le but évident de la franchir à nouveau.



 



Bayer s’y
trouvait. Assis contre un montant, la bouche mi-ouverte, il balançait sa tête.
Dès les premiers sons du djembé, son visage s’orna d’un sourire discret, et il
ne put retenir le « yeah… » extatique de ceux qui pénètrent soudain
un domaine enchanteur.



 



Quand il
ouvrit les yeux, cette scène ironique le fit rire. Le cosmos vert du Dragon se
mariait en reggae aux auras jaune et rougeoyante du Sextant et du Lynx. Il y
avait même Zeuxis qui embellissait cette singulière communion d’un ciel bleu
estival. Ah, mes amis, comment ne voyez-vous pas que nous sommes tous
frères ?



 



Malgré les
couleurs différentes des saints, Bayer n’y lisait qu’un même frisson, et cette
sensation les liait tous d’un sentiment partagé. Le faire éclore était la clé
pour dévoiler leur bannière commune.



 



D’une voix
continue, Bayer entama un chant caverneux, une complainte inspirée de Dead Can
Dance. Les percussions habillaient ses lamentations d’un confort tragique, et
ensemble ils emplissaient la froideur des Enfers. Omniprésents, inévitables,
les rythmes et la voix s’infiltraient en les chevaliers. Bayer ne se contentait
pas de s’adapter à ses pairs, il matérialisait leur émotion étouffée.



 



Le cœur de
chaque saint s’alourdit ; ils reconnurent en ces accords l’expression de
leur chagrin, peine indicible incarnée en musique. Mis à nus, émus aux larmes,
les chevaliers s’abandonnèrent à ce désespoir aussi présent en les yeux de
Shiryu. Ils s’assirent, aveulis, pour attendre en silence l’issue de l’entrevue
divine.



 



 



***



 



Sur le toit
du Bélier coloré des derniers feux solaires, Oisin et Sheliak contemplaient les
prémisses de cette nuit sans rêve.



 



-
Détends-toi Sheliak, pour l’instant on ne peut rien faire qu’attendre.



- Et après
ces secondes interminables, que nous restera-t-il si Asae ne nous revient
pas ?



-
Nous ! Et ensemble, je te promets que si Asae est capturée, nous prenons
Altaïr au passage et direction les Enfers ! Athéna n’a pas dit son dernier
mot, j’en suis certain.



- D’où
puises-tu ton optimisme inébranlable, mon ami ?



- De
l’espoir de voir tes yeux s’éclairer… Asae est bouleversante de charme, c’est
vrai, mais la vie mérite aussi célébration, et il n’y a qu’à ouvrir les yeux
pour trouver sujet à réjouissance. D’ailleurs, ça fait longtemps Sheliak… le
son de ta lyre me manque, et chanter les louanges d’Athéna te rapprocherait
peut-être d’elle.



- Tu le
sais mieux que personne, Oisin, je ne sais pas chanter.



 



Oisin se
mit à rire.



 



- Tu crois
que je suis musicien ? Tu es une lyre sans voix, je suis un Irlandais sans
instrument. On ne te demande pas d’être parfait, juste d’essayer. Si tu revêts
cette armure c’est que tu aimes la lyre. Seulement tu la portes toujours à ton
bras, sa beauté s’est peut-être fanée à tes yeux, pourtant elle est comme au
premier jour. Elle reflète les étoiles, ses cordes sont douces comme une
chevelure, et les sons qu’elle fait naître apaiseraient la plus troublée des
âmes.



- Quand
elle n’est pas un instrument de mort, se rembrunit Sheliak.



- Tu penses
à ton combat contre Bayer ? Il ne t’en a jamais voulu, tu le sais bien.
S’il en avait eu l’occasion, je suis sûr qu’il t’aurait roulé un joint !



 



Oisin
détenait ce don, il faisait sourire Sheliak.



 



Mais
l’Irlandais perdit le sien. Il se leva et fronça les sourcils, inquiet. La
lumière faiblissait bien trop rapidement. Au Parthénon, le Grand Pope fixait la
chute du char solaire. L’attelage fuyait la Terre dans une cavalcade
effrénée ; la Vérité s’exilait de Grèce pour ne laisser de son sillage que
l’ombre sépulcrale d’une nuit décédée. D’invisibles nuages se réunirent
au-dessus de l’Attique, devinés par la disparition progressive des étoiles à
peine nées.



 



Et le Ciel
devint noir. La Nuit régnait en maîtresse, et ses chairs vibraient en éclairs
de cosmos. Le Ciel se réveillait en colère. Lorsque les nuages se heurtèrent en
dissimulant la dernière étoile, le bras du Ciel justicier fendit les airs et
vint briser en myriades de fragments l’or et l’ivoire de la Victoire. Nikè fut
dévêtue, et ses chairs de dryade s’enflammèrent sous le foudre de Zeus.



 



La Victoire
s’évapora telle une offrande au maître des Olympiens. La statue d’Athéna
tendait sa main vide et figée, elle n’y portait plus rien, et sa paume ouverte
et nue devant les cieux semblait mendier une faveur paternelle. Pour toute
réponse, le tonnerre de Zeus secoua l’Acropole. Des centaines de foudres aussi
brûlantes que celle ayant enlevé Nikè se rejoignaient d’un nuage à l’autre
au-dessus de la montagne sacrée.



 



Sheliak et
Oisin partagèrent un court regard. Ils n’avaient pas besoin d’au revoir, à
jamais ils seraient ensemble.



 



Oisin se
précipita au cœur de la mer d’oliviers. Comme il s’y attendait, Altaïr s’y
trouvait.



 



- Quitte la
forêt sans attendre, Altaïr.



- Que se
passe-t-il ? s’affola l’Indien. Le soleil a fui, les étoiles sont voilées
et la forêt soupire d’agonie.



- La
victoire nous a quittés. Zeus concentre les feux de son courroux et les abattra
bientôt sur la statue d’Athéna. Si nous ne faisons rien, le Sanctuaire
s’envolera lui aussi en sacrifice au Ciel. J’ignore ce qui a provoqué cette
ire, mais il n’existe qu’un moyen de la détourner, et tel est mon devoir.



 



Altaïr
regarda son ami avec peine. Oisin ne pouvait être plus clair. La soumission du
regard d’Athéna l’abandonnait en victime à la colère de son père. Elle
s’offrait en sacrifice, et seule une offrande plus lumineuse pouvait espérer
détourner le regard du grand Zeus.



 



- Alors tu
auras besoin de moi ! s’exclama l’Indien.



- Altaïr,
dit Oisin en le gratifiant d’un sourire amical, j’ai besoin de toi vivant. La
véritable guerre sainte va bientôt commencer. Asae a demandé notre assistance
jusqu’à la naissance de son assurance. Athéna s’éveille à peine, je veux lui
offrir la chance de vivre, et tu prendras soin d’elle comme de la plus délicate
des femmes.



- Mais
Oisin, je me sens si vulnérable sans armure.



- Je sais.
C’est pourquoi tu dois vivre, pour grandir, et accepter de te battre avec les
armes dont tu disposes. Tu n’as pas d’armure ? C’est un signe : tu
deviendras un grand chevalier par la nécessité de faire de ton cœur ton unique
protection.



 



La gorge
d’Altaïr se noua. 



 



- Le temps
presse, dit Oisin. Je t’en prie, quitte cette forêt et ne brûle aucune
cosmo-énergie depuis l’Acropole. Au contraire, inspirez ses vibrations pour le
dissimuler aux Cieux.



 



Altaïr
acquiesça. Avant de quitter les lieux il souffla à son ami : 



 



- Mitakuye
Oyasin. 



 



Oisin ferma
les yeux pour mieux discerner son aura aux scintillements dorés. Comme le lui
avait appris Myrddin, il s’harmonisa avec la nature. Les oliviers sensibles aux
caresses d’Oisin s’éveillèrent de leur somnolence et leurs branchages animés
d’une nouvelle énergie s’illuminèrent. Chaque arbre envoyait ses ondes
cosmiques vers le corps transcendé d’Oisin.



 



Aux côtés de l’Irlandais apparut la silhouette spirituelle du Grand Pope.
D’une voix douce, Ki-lin lui parla.



 



- Je ne peux hélas pas me lever contre ton destin, mais je peux t’aider à
réaliser ton ultime volonté. Grâce à toi, la montagne sacrée sera
épargnée. Reçois mon cosmos, chevalier d’Athéna. Adieu, Oisin, et merci.



 



A l’aura
d’Ophiuchus se joignirent les volutes zodiacales du Bélier. Une rivière dorée
s’éleva alors au-dessus de l’Irlandais, et lorsque les éclairs chargés de
l’électricité fatale du Ciel s’unirent en une épée prête à trancher le fil de
vie de l’Acropole, l’osmose pacifique d’Oisin éclaira la terre tel un
sanctuaire végétal couronné d’un feu céleste. Le foudre de Zeus en fut trompé :
il détourna sa course et vint s’abattre tel une pluie de météores sur la mer
d’oliviers.



 



Pas un arbre
ne demeura. Derrière le drapé des nuages, une étoile filante traversa
Ophiuchus.



 



 



« Zeus,
maître des dieux, je t’en prie, reçois l’âme d’Oisin et couvre-le d’honneurs
dans le palais de Mnémosyne. »



 



Je
respecterai ton souhait, mon ami. Ma lyre adoucira ton vol par l’inspiration
d’Athéna.



 



 



Sur la main
de Sheliak dormait la fragrance d’Asae. Eole l’éveilla et la porta en spirale
invisible jusqu’à l’âme de Sheliak. Les larmes du ciel vinrent alors adoucir la
Terre. Elles recouvrirent l’effigie divine d’un manteau de pluie, et
répandirent sur l’Acropole les suaves exhalaisons du souvenir d’Athéna.



 



Le Parfum
d’Asae



 



Tu n’es plus, Asae. Je comprends
seulement



Combien j’aurais pu mieux devenir ton
amant.



L’eau salée de mes joues comme toi
m’abandonne



Pour atteindre ces flots d’où encore
résonnent



Le dernier de tes souffles, et mes
pérennes larmes.



Je t’ai perdue, aimée, en glorifiant tes
charmes.



 



Je te savais magique, je t’en ai cru
divine.



L’univers de tes yeux, ta silhouette
féline,



Les senteurs printanières, envolées de
ton corps,



Ton visage radieux en éternel décor…



Comment ne pas te voir entourée d’une
flamme



Aux lumières célestes, tétanisant mon
âme ?



 



Lentement, avec soin, et sans me
reconnaître,



Je chante tes couleurs sur les blancs de
mon être.



Et je vois aujourd’hui ce qui depuis
toujours



A forgé mes espoirs et scellé mon
amour :



Tu n’étais pas étoile, ni déesse ni
reine,



En mes chairs s’écoulait le sang chaud
de tes veines.



 



Ephémère et fragile, accessible et
ouverte,



La plus inespérée, féconde découverte,



Je chérissais ton âme autant que ces
soupirs



Soufflant sur les reliefs de ton corps à
pâlir.



En toi seule, Asae, résidaient les
richesses



Intouchables depuis mes sombres
forteresses.



 



Si je n’ai su t’aimer, mes chants
sauront te peindre,



Dans l’espoir immortel de venir t’y
rejoindre.



 



 



***



 



Asae revint
seule, dénuée du sceptre de Victoire. Aucune expression n’animait son visage
livide. Ses yeux pâles semblaient vides. La robe noire d’Asae concurrençait en
morosité ses cheveux couleur de lune.



 



Les lèvres
figées, elle appela ses chevaliers, et chacun entendit son appel. D’Athènes au
mont Olympe, les saints écoutèrent la voix divine, et leur cœur frissonna.



 



« Au
nom de la paix, je cède pendant un an la gouvernance du Sanctuaire au souverain
des Enfers. Durant mon absence, chevaliers d’Athéna, les souhaits d’Hadès
seront vos ordres. »



Asae sombra
dans les bras de Shiryu. Elle ne respirait plus.



 



 



 



Fin
du Livre 1 – L’Agonie du Sanctuaire



 



 



 



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