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Cette fiche vous est proposée par : Alwaïd


La Trilogie Gaïa



Acte IV –
Mitakuye Oyasin
 



 



Neferia et
Sheliak se trouvaient au Cap Sounion selon les consignes de Poséidon. La mer
calme emplissait la cellule dans laquelle autrefois Kanon fut enfermé par son
frère Saga des Gémeaux. A chaque marée montante Athéna avait sauvé Kanon en le
protégeant de la noyade. Lui qui serait à l’origine de l’éveil de Poséidon puis
indirectement de l’envoûtement d’Hilda de Polaris, générant les guerres
d’Asgard et des Océans, Athéna ne l’avait pourtant pas condamné. Saori alla
jusqu’à accepter sa rédemption et l’accepter dans les rangs de la chevalerie
devant la menace d’Hadès. Tout avait commencé ici, au Cap Sounion, et
aujourd’hui Asae et Ki-lin s’y rendaient pour la première fois.



 



Sheliak
s’agenouilla. A la surprise des arrivants, Neferia resta dressée, parée d’un
pendentif ceignant un cristal d’orichalque dans lequel des vagues scintillaient
sous l’éclat du soleil. Elle soutenait avec fierté le trident des Mers. Avec la
voix de Poséidon, Neferia commença :



 



- Je te
salue, ma nièce.



- Bonjour
cher oncle, répondit Asae amusée. Dis-moi, depuis quand t’incarnes-tu en
femme ?



- Je te
rappelle que je sais apprécier la beauté féminine, Athéna… Et puis ça ne fait
pas de mal de changer un peu, Neferia n’est qu’un corps d’emprunt de toute façon.



- Comment
se porte ton royaume ?



- A
merveilles. On se croirait presque en Olympe. Mais j’imagine que tu ne m’as pas
convoqué pour conter fleurette. Tu as besoin d’aide n’est-ce pas ?



- En effet.
Hadès menace les Cieux. Il en veut à la vie de Zeus, je dois lever mon armée
pour lui fermer l’entrée du ciel ; cependant mes chevaliers sont trop peu
nombreux. Tes guerriers seraient d’un secours majeur.



- Et bien…
ce n’est pas si simple. Il n’y a plus de généraux. Les Ecailles des Mers
reviennent désormais à mes enfants, les six rois et la reine d’Atlantide. Mon
royaume repose sur leurs épaules, tu comprends donc que je ne peux te les
confier sans prendre de précautions.



- Cela
ressemble à un marché. Quelles sont tes conditions ?



- Chacun
des rois gouverne une fraction de l’Atlantide. Sans eux je perds l’assurance de
l’équilibre de mon peuple. Les placer entre tes mains inexpérimentées est donc
un risque qui a un prix. Si mes fils meurent pour ta guerre, tu me cèderas les
terres de l’ancienne ligue de Délos.



- Mais…
Poséidon ! s’exclama Asae. La majorité de ces terres se situent en
Turquie ! Et ce serait condamner le Sanctuaire.



- La Grèce
ne m’intéresse pas. Je me contenterai des Cyclades et des côtes turques. 



- Comment
pourrais-je menacer des pays innocents ? De quel droit puis-je placer sur leurs
têtes cette épée de Damoclès ?



- Du droit
divin, Athéna. Tu es la déesse des hommes, tu protèges la Terre. Les dieux
règnent et choisissent. Tant que tu ne l’auras pas compris ta faiblesse humaine
t’handicapera. 



 



Bien
naturellement, Asae doutait. Si ses chevaliers parvenaient à contenir l’assaut
des Enfers, les rois atlantes pourraient ne pas avoir à agir et ne rien
risquer. Ils n’interviendraient de toute manière qu’en ultime recours, si la
menace franchissait les portes du Sanctuaire.



 



Asae
regarda Ki-lin. D’un signe de tête il lui fit comprendre la nécessité de ce
pacte. La déesse observa ensuite Sheliak. Il la défendrait jusqu’à la mort,
elle n’en avait aucun doute, pourtant l’idée de le voir disparaître lui était
insupportable. Asae voulait presque l’éloigner des combats, lui dire de rester
avec elle au Parthénon afin d’assurer personnellement sa protection, cependant
ce rôle incombait au Grand Pope.



 



Sheliak
leva les yeux vers son inspiratrice. Son regard de jeune femme perdu en des
pensées indéchiffrables témoignait d’un esprit perturbé. Sa bouche muette
paraissait vouloir articuler quelques mots sans en trouver la force. Elle
voulait lui parler, à lui seul, mais son devoir de déesse lui interdisait de montrer
son attachement à cet homme qu’elle ne connaissait pourtant pas. Sheliak la
fascinait. Comment le découvrir, ce saint impénétrable dont seul une partie de
l’âme lui fut dévoilée lors du Parfum de l’Automne, ce héros constamment hors
de portée, voué à la protéger sans avoir le privilège de puiser en son
affection un courage sans limite.



 



Asae
détourna finalement les yeux et annonça :



 



-
C’est d’accord.



-
Tu prends une sage décision, Athéna. Que les rois atlantes se prosternent
devant toi ! J’en appelle à vous mes enfants, Atlas de Chrysaor, Ampheres
de Kraken, Elasippus de l’Hippocampe, Evaemon de Sirène, Gadeirus de Scylla,
Mestor des Lymnades et Mneseus du Dragon des Mers.



 



Des
eaux du Cap Sounion surgirent sept cosmos bleutés qui prirent forme devant la
déesse de la guerre. De rares nuages promenaient leurs ombres sur les Ecailles
humides des Atlantes. Chacun d’eux possédait une cape azurée merveilleusement
accordée aux teintes orangées de leurs armures et aux lueurs ocres de leurs
yeux. Prosternés devant Athéna, leur ascendance divine leur conférait un
charisme indubitable. Pas un sourire, pas une parole. Une mission les liait à
un sanctuaire étranger, ils l’accompliraient, certes, mais ne chercheraient
aucunement à se lier aux chevaliers.



 



Poséidon
informa qu’ils ne parlaient que le langage atlante, or jadis  les continents de Mû et de l’Atlantide
nourrissaient des relations amicales et connaissaient parfaitement leurs
langues respectives. Ce savoir fut transmis de génération en génération, ainsi
Ki-lin grâce à l’apprentissage de Mü se trouvait en mesure de communiquer avec
les rois.



 



Lorsque
l’esprit du souverain des Mers quitta le corps du Dauphin, Neferia s’évanouit.
Sheliak la hissa sur ses épaules, lançant un regard accusateur au Grand Pope
qui ignora la réprimande muette du chevalier. Ils regagnèrent le Sanctuaire
dans une ambiance morose.



 



 



***



 



L’aréopage.
Colline où des siècles auparavant, les chevaliers d’or armés des armes de la
Balance parvinrent à repousser Arès. Le sang du dieu de la guerre s’était
répandu sur la terre comme un poison, et depuis ce jour, plus une fleur ne
poussait sur ce sol maudit.



 



Myrddin
d’Avalon y avait convoqué les chevaliers d’argent. Devant les dangers à venir,
Altaïr fut sacré protecteur d’Athéna. Il faisait maintenant partie des saints
malgré le silence inexplicable de l’Aigle. Zeuxis n’approuvait que moyennement
cette décision. Etre chevalier ne relevait pas de la seule
motivation ; exceller dans l’art du combat demandait une foi parfaite en
soi-même et se trouvait donc réservé à une élite.



 



« Attaquez-moi
tous en même temps » ordonna Myrddin.



 



Malgré la
perplexité des chevaliers, Myrddin se mit en garde, les invitant à ne pas
hésiter. Sa confiance en lui convainquit les saints, qui tous lancèrent d’une
voix leurs attaques.



 



- La Danse du
Dauphin…



- Dreadlocks



- L’Etreinte
de Némée !



- Floraison
Spirituelle



- Velours
Tranchant !



- Par l’Aigle
Foudroyant !



- Requiem



- Les Griffes
du Tonnerre !



- Scrutation



 



Les
chevaliers reçurent de plein fouet leurs propres attaques ou celles de leurs
compagnons. Myrddin semblait ne pas avoir bougé. Les jeunes justiciers
restèrent déconcertés par cette défense parfaite. Tel était donc le véritable
pouvoir des chevaliers d’argent… décidément la maîtrise du cosmos demeurait encore
une notion lointaine.



 



« Vos
attaques sont faciles à détourner. D’une part elles sont imparfaites, d’autre
part vos vitesses sont différentes et oscillent entre Mach 3 et Mach 5. Dans
ces conditions il n’est pas dur de s’occuper de vos coups les uns après les
autres. Si vous voulez nourrir l’espoir de vaincre un dieu, il vous faudra
acquérir une célérité bien supérieure, celle des chevaliers d’or, la vitesse de
la lumière. »



 



C’était
donc ça, pensa Tito. Bien que Myrddin soit un saint d’argent, si les armures
d’or reposaient au Sanctuaire l’une d’elle aurait certainement déjà choisi le
druide.   



 



« Les
dieux ne se battent qu’à cette vitesse. Leur concentration ne se focalise donc
plus sur leurs déplacements mais sur leurs techniques de combat qu’ils
perfectionnent à chaque réincarnation. Votre rencontre avec Morphée vous a à
peine dévoilé la puissance d’une divinité.



 



« Vos
échecs viennent aussi de votre individualisme. Vous m’avez tous attaqué
séparément, conservant égoïstement votre cosmo-énergie de peur d’en manquer
pour vous-même. Sachez que donner n’est jamais perdre, car à même titre que
l’univers, le cosmos est infini. Vous êtes des saints au service la justice, ne
l’oubliez jamais. Si vous n’ouvrez pas votre cœur, vous resterez des hommes aveuglés
par le doute.



 



« Réfléchissez
à notre premier adversaire. Morphée est le dieu des rêves, le fils du Sommeil.
Comprenez-vous ce que cela implique ? Vous devez affronter votre torpeur
pour éveiller votre âme. Battez-vous pour faire de vos espoirs notre réalité.
L’impossible est ce en quoi on a cessé de croire ; ne vous encombrez plus
de ces limites, cherchez en vous-même la sérénité du septième sens, et ainsi
libérée des ombres de l’inconnu votre volonté deviendra vos ailes. »



 



Myrddin
traça au sol un large cercle au milieu duquel il déposa quelques pierres.



 



« Ceci
est le lac Averne, en Italie. La roche en son centre représente la caverne qui
mène aux Enfers. Les hommes d’Hadès emprunteront cette sortie. C’est ici que
vous les y attendrez pour leur couper la route. Les spectres seront
certainement accompagnés d’un juge ou d’un dieu. Si Hadès a mentionné les
juges, c’est qu’ils ont été ressuscités. Je ne serai pas surpris de trouver
Morphée à leur tête. L’un de nos rares avantages est que Morphée n’est pas un
combattant, et il nous sous-estime. Surprenez-le.



 



« Bayer,
Oisin, Tito, Maui, Neferia et Zeuxis, vous vous placerez dans les bois  autour de l’entrée. Un unique chemin traverse
le lac pour lier la grotte au rivage. Hipparque, Sheliak et Altaïr, vous y
resterez pour éviter toute évasion des spectres. Pour ma part je garderai les
portes du Sanctuaire au cas où certains adversaires parviendraient à percer
votre défense. Quant aux Atlantes, ils protégeront la maison du Bélier. Inutile
de dire que leur intervention n’est pas souhaitée. En protégeant le Sanctuaire
nous détenons indirectement dans nos mains l’avenir de territoires alliés.



 



- Et
Shiryu, demanda Neferia, n’interviendra-t-il pas ? Pourquoi Athéna
n’invoque-t-elle pas ses anges ?



- Les anges
gardiens constituent la force de dernier recours d’Athéna. Leur puissance égale
celle des dieux, ils n’interviendront que si la situation devient désespérée.
En attendant, Shiryu protège le temple de la Balance. Si vous êtes en première
ligne, c’est aussi pour vous aguerrir dans l’espoir que vous parveniez à
développer votre cosmos à un stade aussi élevé que les chevaliers d’or. Ce ne
sera pas facile, mais en cela résident les clés de la victoire. Unis à la
vitesse de la lumière, nous avons une chance de vaincre. 



 



 



***



 



Tous les
Italiens connaissaient la Campanie pour deux raisons. Ils parlaient sans cesse
de la première : le sol était si fertile que selon les poètes Dionysos et
Déméter y rivalisaient d’inspiration.



 



De la
seconde raison, personne n’osait ne serait-ce qu’en rappeler l’existence. Au
milieu de forêts malades stagnait le lac Averne, que certains imprudents
imaginaient reflux de l’Achéron. Protégé par les vapeurs étouffantes des eaux
fangeuses du lac, d’énormes rochers effondrés cernaient un antre ténébreux
entouré de piliers rappelant les crocs de Cerbère.



 



Endormie
sur l’Averne, une brume oubliée diffusait les reflets verdâtres des nuages.
Impossible de savoir si en dehors d’ici il faisait jour ou nuit. Depuis trois
jours que les chevaliers attendaient, pas une fois ils n’avaient aperçu les
rayons du soleil. Quant aux rares oiseaux aventureux qui survolaient le lac,
ils succombaient sous l’odeur pestilentielle exhalée par la bouche des Enfers.



 



- Comment
Enée a-t-il trouvé le courage de descendre au royaume des morts ? se
demanda Hipparque.



- Être le
fils d’Aphrodite apporte une aide certaine, répondit Sheliak. Et il avait la
protection des dieux : un rameau d’or à offrir à Perséphone.



- Je ne
savais pas que tu t’y connaissais en mythologie.



- N’oubliez
pas, intervint Altaïr, que les dieux ne sont pas les seuls à aider les hommes,
et je suis sûr que cet Enée a aussi reçu le soutien des esprits. Ils nous sont
bienveillants même s’ils nous restent invisibles. Pour peu qu’il accepte de le
voir, aucun homme n’est seul.



- Les
esprits dont tu parles, nota Hipparque, pourraient n’être qu’une lecture mal
comprise de notre inconscient. Je suis d’accord avec toi, nous ne sommes pas
seuls dans notre tête. Entre le persona, l’anima et leurs compères, où se trouve
notre soi ? 



- Où
veux-tu en venir, Hipparque ?



- Au fait
que tes esprits ne sont peut-être qu’une interprétation du cosmos, et leur
inspiration spirituelle une forme de cosmo-énergie.



- C’est plausible, admit Sheliak.



- J’y
pense, ajouta Hipparque, cette histoire de rameau d’or, de protection divine…
Enée aurait-il été un chevalier d’Athéna ?



- Quoiqu’il
en soit, répondit Altaïr, il nous accompagne, d’une manière ou d’une autre. Mon
peuple partageait la croyance que nature, hommes, animaux, esprits, ne forment
qu’un. Mon père aimait à dire Mitakuye
Oyasin
 : nous sommes tous liés.



 



 



Cachés dans
les bois asphyxiés autour de la bouche des Enfers, les autres chevaliers
s’impatientaient.



 



- Bon ils
arrivent, ils ont peur ou quoi ? gronda Maui.



- J’espère
que personne n’a oublié notre plan, lança Tito.



- Just relax, intervint Bayer. Profite
du calme.



- Eh,
Zeuxis ! appela Oisin. Tu boudes ou quoi ? Viens donc avec nous.



- Tu veux
un buzz ? demanda Bayer en espérant sincèrement que Zeuxis accepte, ça lui
aurait donné l’occasion d’en rouler un…



- Garde
cette merde pour toi, répondit le Peintre. L’éveil de l’esprit est ailleurs.
Laisse-moi maintenant, je pense…



- C’est
quoi ces pensées secrètes ? s’enquit Tito. Tu caches encore quelque chose,
j’aime pas ces mystères.



- Parle
Zeuxis, me fais pas me lever, prévint Maui.



- Allez,
implora Oisin, dis-nous, fais pas ton timide !



- Très
bien, céda Zeuxis. Puisque vous insistez… Les femmes sont comme les
arbres : une brise les fait frémir, leurs ondulations nous enchantent…



- Et d’un
souffle parfumé elles endorment les hommes, ajouta Neferia. Vous êtes si
aisément amadoués…



 



Bayer ne
put contenir son rire, vite suivi d’Oisin.



 



- Assez
rêvé, coupa Tito, il est temps de recevoir nos invités.



 



Chaque
chevalier fit silence. Dans cette forêt inerte, un souffle de fraîcheur annonça
l’arrivée d’un dieu. Morphée se détachait à peine de l’obscurité.



 



Puis
les ténèbres saisirent les saints. Une robe noire venait de couvrir leurs yeux
et dissimulait la moindre trace de lumière. Perdus dans ce monde sans repère,
ils s’égaraient dans les plis de la Nuit. Nyx régnait sur l’Averne, dans un
silence splendide.



 



Puis
des cris de nourrisson déchirèrent la quiétude. Ils se calmèrent vite au profit
d’une respiration haletante, comme celle d’un enfant inspirant en quelques
instants les plus douces des saveurs de la Terre et les plus grandes
connaissances des mortels. Son souffle devint calme, puis ralentit encore, et
dans cette obscurité impénétrable, on ne pouvait que deviner la maturation si
rapide de l’enfant de la Nuit.



 



Quand
la respiration cessa, des étoiles à peine visible percèrent la nuit ;
elles scintillaient comme les diamants oubliés du monde souterrain. Lorsque Nyx
relâcha son étreinte, la Mort se présenta : « Thanatos, aux services
de sa majesté Hadès. »



 



D’un
bond léger, Thanatos se plaça au sommet de la caverne. Morphée attendit trois
compagnons qui ne tardèrent pas à assombrir les lieux. Recouverts d’une cape
intégrale, même les yeux du Lynx n’en traversaient pas la noirceur. Dans ce
silence macabre, les chevaliers osaient à peine respirer. Les arbres morts
leurs semblaient soudain une bien misérable cachette.



 



Alors
que Maui s’apprêtait à lancer le signal pour l’attaque surprise, Zeuxis sortit
des buissons et avança vers l’antre.



 



-
Qu’est-ce qui lui prend ? chuchota Tito.



-
Il va tout faire rater ! s’exclama Maui.



-
L’inspiration… souffla Neferia.



-
Il veut agir en gentleman, s’amusa Bayer. Protocole, vous comprenez…



-
Taisez-vous un peu ! ordonna Oisin. Je suis sûr qu’il va nous
surprendre. 



 



Zeuxis
fixa un instant Morphée, puis déclara :



 



-
Votre place n’est ni ici ni dans les cieux bénis. Retournez aux Enfers ou ce
lieu sera votre tombe.



-
Notre tombe ? répéta Morphée, incrédule. Nous en sortons à peine, ne
gâchons pas le plaisir d’une nouvelle guerre sainte.



 



Sommeil
de Plomb !
lança Morphée à peine sa phrase
terminée. Les épaules des chevaliers ployèrent comme si la terre se voyait
déposée sur leurs épaules. Leurs pieds lacéraient les roches qui les portaient.
Ils s’enfonçaient progressivement dans la pierre, les muscles bandés dans
l’espoir de résister à cette pression insupportable. A ce rythme ils se
verraient bientôt assommés ou broyés, à moins que leurs corps ne déchirent la
terre jusqu’aux Enfers.



 



Les
trois hommes cagoulés dépassèrent Zeuxis et traversèrent le bois telle une
bourrasque glaciale. Les os des saints étaient sur le point de rompre. Ce fut
l’instant le plus grisant pour Maui. La gravité l’affrontait, lui Héraclès au
visage gravé de tatouages guerriers. Il hurla, ses veines gonflèrent, et il
parvint à se redresser. Aussitôt il s’élança vers Morphée, paré du cosmos de
Némée. Le dieu le regarda avec pitié. D’un geste du bras il l’envoya
s’encastrer dans une succession d’arbre.



 



Tito
sentit l’instant de relâchement du Rêve. Il se courba et de ses mains
jaillirent les milliers de griffes du
Velours
Tranchant
. Morphée les détourna d’un battement
d’aile. Visiblement exaspéré par cette résistance inutile, le dieu cessa son
offensive afin de s’attaquer personnellement à Tito.



 



« Bonne
nuit » déclara Morphée avant de tordre l’espace autour de Tito. « 
Rédemption
Cauchemardesque… 
» Tito sentit son esprit s’assoupir.
Le cercle dimensionnel le guidait vers ses songes. Avant que Tito ne sombre
dans l’onirisme, Oisin se précipita vers lui pour traverser à ses côtés les
frontières du sommeil.



 



-
Deux de moins, dit Morphée. Aux suivants.



 



 



Lorsque
les trois inconnus atteignirent les berges du lac, un trio de chevaliers les y
attendait. « Si seulement j’avais mon armure » pensait Altaïr,
fébrile à l’idée d’affronter les ombres infernales. L’une d’elles s’élança le
long du chemin en direction des saints. A peine arrivée à leur hauteur elle
déchargea une onde de choc digne d’un tremblement de terre aérien. « 
Greatest
Caution !
» Hipparque ne put résister au
souffle méphitique et fut projeté contre Sheliak qu’il emporta dans sa chute.
Les saints se retrouvèrent envoyés à plusieurs centaines de mètres à travers
les forêts noires de l’Averne.



 



Altaïr
avait sauté à temps pour esquiver l’attaque. Il planait dans les cieux,
observait ses adversaires afin de discerner le plus vulnérable. Mais le temps
lui manqua. L’une des ombres en retrait s’éleva au niveau d’Altaïr. Les bras
écartés telles des ailes, l’inconnu concentra un cosmos pourpre. Altaïr
tremblait. Sans protection son corps risquait d’être réduit en poussières. Il
tendit les mains dans l’espoir de contrer l’assaut mais
l’Envol
du Garuda
eut raison de sa concentration vacillante.
Une pluie de coups expédia Altaïr bien au-delà des bois.



 



Les
juges des Enfers ne s’attardèrent pas. La route du Sanctuaire leur était
ouverte. 



 



 



Thanatos
demeurait immobile au sommet de la grotte, spectateur des combats. Morphée
observait Neferia, Bayer et Zeuxis. Il se demandait comment les tuer d’un coup
unique. Ce ne serait certainement pas difficile mais tant qu’à faire, autant ne
pas perdre de temps avec des chevaliers de seconde classe.



 



-
Partez, dit Zeuxis à ses compagnons. Rattrapez les fuyards en direction du
Sanctuaire, je me charge de Morphée.



 



Le
bosquet se mit à luire d’une lumière perçante. Entouré d’un cosmos rouge sang,
Maui apparut, le regard empli d’une haine débordante.



 



-
Personne ne s’occupe de Morphée à part moi. Dégagez vous trois, vous êtes déjà
en retard.



 



Bayer,
Neferia et Zeuxis obéirent. Ils s’élancèrent sur le chemin du lac, mais à peine
en eurent-ils parcouru la moitié que Thanatos brandit son bras spectral.
Necros !
Des eaux fumantes du lac surgirent des dizaines de mains cadavériques, puis des
centaines de tête privées de toute autre expression que l’oubli et la peur,
puis des milliers de corps squelettiques. Leurs gémissements glaçaient le sang,
leurs complaintes attristaient inéluctablement, et ils ne semblaient avoir
qu’un but, se nourrir de l’énergie des chevaliers en présence.



 



Le
Peintre, le Caméléon et le Dauphin étaient encerclés.
Floraison
Spirituelle…
clama Zeuxis dont les doigts
libérèrent les couleurs de l’arc-en-ciel. Des fontaines de cosmos s’écoulaient
des doigts du Peintre telles des rivières olympiennes. Fleurs printanières,
bouquets de saveurs, fraîcheur apaisante des eaux de montagne, lavande. Tel
était le cadeau de Zeuxis aux mort-vivants. Ceux touchés par les scintillements
s’effondraient sans un son, poussières informes d’esprits dupes. Une infinité
d’ombres avançaient et sombraient dans une continuité pendulaire. 



 



Neferia
et Bayer ne quittaient pas la lumière de l’arc-en-ciel protecteur. Néanmoins
ils ne pouvaient pas attaquer si proches de Zeuxis. Une montagne de corps
amoncelés contre les couleurs du Peintre se désagrégeait sur eux en pluie
putride. 



 



 



-
Tito !



-
Qui m’appelle ?



-
Tito…



-
Est-ce toi… Raja ?



-
Tito.



 



Elsighorn
me dépassait dans tous les domaines. Plus charmant, plus diplomate, mené par
une volonté inébranlable et une maîtrise exemplaire de son cosmos, il détenait
dès notre arrivée au Canada les faveurs de notre maître. Compagnons
d’entraînement, six années nous séparaient de l’obtention de l’armure du Lynx,
cependant je ne me faisais aucune illusion à voir la vitesse d’apprentissage de
mon rival.



 



Sa
certitude d’obtenir l’armure et mon fatalisme nous lièrent d’une amitié
fraternelle, et Elsighorn décida de m’aider autant qu’il le pouvait. Motivés
par une saine émulation, nos temps libres se passaient à développer nos techniques
ou à discuter sur l’oubli des bienfaits du cosmos dans nos sociétés actuelles.
Oui, Elsighorn était comme un frère pour moi, probablement le premier
adolescent envers qui mes paroles ne suintaient pas de défiance. J’en venais
même à oublier l’espoir de devenir chevalier. Si je m’entraînais encore avec
une ardeur chaque jour renouvelée, c’était pour offrir à Elsighorn un
adversaire digne de lui.



 



Mais
tout bascula un jour d’été indien. Après quatre années d’études en France, la
fille de notre maître revint chez elle, chez nous. Raja… Au premier regard nous
en tombèrent tous deux amoureux, et mes chairs se serrèrent lorsque je compris
qu’une nouvelle rivalité prendrait forme sous les traits de cette fille aux
rires aisés. Mais pouvais-je parler de rivalité ? Le charme d’Elsighorn
face à mon visage rude ne me laisserait que les miettes des sourires de Raja.



 



Après
un mois d’une triade relationnelle ambiguë, mon compagnon vint me trouver pour
me confier son trouble. Un chevalier d’Athéna se devait de dévouer pleinement
sa vie au combat contre le mal, et un cœur trop amoureux détournait la
concentration nécessaire à un combattant. De plus la mort suivait avec
attention les faux pas des guerriers. Elsighorn venait de choisir : il
sacrifiait son titre de chevalier pour l’amour de Raja.



 



Je
n’avais pas mon mot à dire, et cette décision unilatérale me parut presque
injuste. Je ne voulais plus de cette armure, mais que me restait-il d’autre
maintenant ? Elsighorn et Raja ne se quittaient plus, ils m’oubliaient peu
à peu. J’ignorais à qui en vouloir le plus : Raja pour sa beauté
inaccessible et pour m’avoir volé un frère, ou Elsighorn et son amour aveugle
où je ne figurais plus. Les deux dernières années de mon entraînement se
nourrirent d’une haine farouche envers les hommes et leurs relations fourbes,
envers cette illusion éphémère qu’on appelle amitié.
 



 



 



Les
cheveux roux de Raja étaient seuls à colorer la plaine morbide des Enfers où
Tito s’éveilla. Ses yeux couleurs d’été indien semaient des graines de vie au
milieu de cette grisaille omniprésente.



 



-
Ra… Raja, bégaya Tito, je… je ne voulais pas… 



-
Tito ! appela une troisième voix.



 



Un
adolescent filiforme apparu du néant avança vers eux.



 



-
Elsighorn ! s’exclama Tito.



-
Pourquoi… pourquoi m’as-tu tué ?



-
Tu m’as trahi, Elsighorn… tu ne m’as rien laissé…



 



Raja
se mit à pleurer. Tout allait trop vite pour Tito. Un amour impossible, un ami
assassiné, et maintenant Altaïr qui approchait. Du sang s’écoulait en flots
continus de son dos. Il arriva à peine qu’il s’effondra aux pieds de Tito,
secoué de spasmes d’agonie.



 



« Est-ce
que je perds la raison ? Elsighorn, Raja, Altaïr… excusez-moi.  Maintenant, partez. PARTEZ ! Je suis
dans un cauchemar, vous n'êtes pas là ! »



 



Un
éclair illumina les trois véritables visages qui entouraient Tito :
Alecto, Tisiphone et Mégère. Dès leur identité dévoilée elles poussèrent un
hurlement d’effroi qui figea instantanément les muscles de Tito. Perdu à la
fureur des Erynnies, le Lynx n’espérait plus qu’une mort rapide. Mais les
Euménides détenaient la vertu de patience et comptaient bien savourer leur
proie dans un nectar de souffrance.



 



 



Oisin scrutait l’horizon pour percevoir Tito à
travers l’obscurité. La nue immaculée couvrant les cieux ne permettait qu’à la
désolation de se montrer dans toute sa gloire. Quelque part pourtant, Oisin
devinait son compagnon en danger.



 



- Griffes du
Tonnerre !



 



Un
éclair illumina la plaine. Quatre silhouettes étaient apparues dans les flous
du lointain, et maintenant provenaient d’elles des hurlements infernaux. Le
chevalier d’Ophiuchus s’y précipita. Tito gisait dans un bain de sang entre les
crocs des Erynnies. Elles se jetèrent sur Oisin mais malgré toute la rage
déployée, elles ne parvenaient pas à le toucher. Elles stoppaient irrépressiblement
leurs coups avant d’atteindre l’Irlandais. Oisin rejoignit Tito et le prit dans
les bras sans s’intéresser aux Furies. Il intensifia son cosmos pour y protéger
son ami, puis récita à voix basse une oraison druidique.



 



Les
Erynnies se posèrent plus loin, attendant que le saint s’épuise. Elles ne
pouvaient rien contre un homme au cœur pur.



 



Tito
ouvrit les yeux avec peine.



 



-
Oisin… gémit-il. Pourquoi m’as-tu suivi ?



-
J’ai pensé que tu t’ennuierais tout seul, mon ami. Et puis, j’étais curieux de
connaître ce que vous appelez cauchemar…



 



A
ces paroles, Tito se mit à sangloter. Etait-ce le souvenir de ses amitiés
détruites ou ces larmes venaient-elles d’un confort oublié depuis trop
d’années ? Oisin… un ami ? Ce mot résonnait d’outre tombe, chargé de
peurs, couvert de déception.



 



« Je
n’ai jamais compris les tourments des hommes, continua Oisin. Chaque âme
contient le savoir éteint de sa propre guérison. Nous sommes les enfants des
étoiles, des chevaliers d’Athéna, mais avant tout, des hommes et donc des
frères. Il est tant d’amour à puiser du bien-être des autres. C’est vrai,
parfois la vie se fait pesante, des nuages l’assombrissent et en dissimulent la
magnificence, cependant les portes infinies de l’âme de nos amis sont là pour
nous sauver. Leurs différentes conceptions du monde nous permettent de
discerner dans chaque endroit la beauté des éclaircies. Cette amitié, je te
l’offre, Tito, n’en sois pas effrayé. Partage mon cosmos, et tu comprendras que
seule notre âme est en ces lieux. Envolons-nous vers notre éveil. »



 



 



Maui
ne craignait plus Morphée. Une fois déjà il avait subi l’illusion de sa
culpabilité. Cette attaque ne le surprendrait plus. Les sourcils froncés, les
yeux exorbités, grisé d’une fierté giflée, Maui frappa ses bras, tambourina sur
ses cuisses, avança un bras en avant en signe de défi, puis tira une langue
menaçante comme pour dire ‘je vais dévorer ton cœur’.
Les
Colonnes d’Héraclès !!



 



Des
eaux stagnantes surgit un pic rocheux derrière Morphée. Maui se jeta sur le
dieu et l’étreignit avec la force d’un lion sauvage pour l’entraîner vers les
roches déchirées du pic. Sans chercher à parer l’assaut, Morphée reçut de plein
fouet le choc des colonnes. Aucunement perturbé, il saisit le cou de Maui et le
souleva de terre.



 



-
Tu comptes me tuer d’une caresse ? se dépita Morphée.



-
Qui a dit que c’est toi que je visais ! rétorqua le Maori.



 



Dans
un crissement commun, l’armure d’Héraclès craquela de part en part et le
plastron du surplis se fendit légèrement.



 



-
Impossible ! souffla Morphée, tu as sacrifié ton armure pour
affaiblir la mienne… Même si tu es loin de l’avoir détruite, tu vas payer cet
affront par ton dernier souffle.



 



Des
yeux de Morphée s’envolèrent des flocons de cosmos. Toujours suspendu, Maui
somnolait, et sa volonté endormie ne laissait place qu’à la douleur. Les éclats
de son armure mourante pénétraient les chairs de son cou. Etouffé par la main
des Songes, Maui n’avait même plus la force de geindre.  



 



Soudain
un violent mal de tête fit crier Morphée. Il lâcha sa victime et saisit son
crâne, genoux courbés. Son casque explosa et des poussières naquirent deux
papillons dirigés vers les corps d’Oisin et Tito. Les saints s’éveillèrent. Un
regard suffit aux deux chevaliers pour s’entendre : Oisin s’élança sur le
chemin du lac tandis que Tito se mettait en garde face à Morphée.



 



Le
Lynx ne bougeait pas. Il ne comprenait pas. Quelle était cette sensation
nouvelle qui l’habitait ; ou plutôt, celle qui l’avait enfin quitté ?



 



Les
chairs de Tito se mirent à vibrer en chœur. Chanson du corps, éveil de l’âme,
pour une fois, n’ayons plus peur. Cette force qui m’attire comme une étoile,
qui me nourrit comme la pluie, sa puissance m’effraie, je ne la comprends pas.
Vais-je brûler avec elle, va-t-elle m’embraser en un feu mortuaire ?
Oisin, tu m’as ouvert les yeux. Je suis prêt, je veux vivre, et j’accepte ce
cosmos dont la sérénité m’éblouit. La volonté…



 



Lorsque
Tito se courba, un liseré brun tissa un pelage autour de lui. Quelques roches
alentours se soulevèrent sous le tremblement du sol. Le Suisse plissa les yeux,
et dans un bond soudain il hurla :
VELOURS
TRANCHANT !
  



 



Des
milliers de griffes explosèrent dans un chaos mortel proche du surplis de
Morphée. Le dieu parait chacune des attaques, néanmoins il lui fallait
concentrer tous ses efforts tant l’assaut était cette fois fulgurant. Tito
hurlait sa colère, exultait son dégoût, extrayait une bonne fois cette hargne
qui l’enserrait depuis tant d’années. Les griffes du Lynx arrivaient maintenant
de toutes les directions, s’abattaient du ciel, sortaient de la terre, et leur
puissance épanouie par le chevalier en transe ne cessait de croître. La
constellation du Lynx apparut et à sa lumière s’unirent les lacérations de
Tito. Le surplis du Rêve vola en éclats.



 



 



Les
morts du lac convergeaient en direction d’Oisin. L’Irlandais leva les yeux vers
les nuages sombres du lac. Derrière cette nue se trouvaient les étoiles
d’Ophiuchus, ses Muses inséparables. Oisin en appela aux éclairs et la foudre
plongea du ciel vers son corps. La puissance de la détonation déchira
l’atmosphère. Les mort-vivants disparurent comme des flocons au soleil.
Neferia, Zeuxis et Bayer étaient libres.



 



-
Dépêchez-vous, appela Oisin, Tito vous attend pour finir Morphée et Thanatos.
Je m’occupe des revenants.



 



Ils
acceptèrent d’autant plus vite que déjà de nouveaux morts perçaient les eaux du
lac. Ils rejoignirent Tito quand le surplis de Morphée explosait.



 



- A vous de jouer ! cria le
Lynx à ses compagnons.



 



Neferia
s’envola en une danse improvisée devant les yeux du dieu.
La
Danse du Dauphin…
Elle glissait dans les airs comme
elle jouait dans l’eau, gracieuse et envoûtante.



 



- De l’art d’hypnotiser les Songes…
commenta Zeuxis.



 



Profitant
de l’inattention de Morphée, Bayer invoqua « 
Dreadlocks ! »
Ses cheveux s’élancèrent tels des fouets et vinrent encercler le dieu.
Paralysé, Morphée ne put contenir les assauts du Dauphin. Il crachait du sang
et maudissait les chevaliers, sous le regard imperturbable de Thanatos. La Mort
surveillait le combat du haut de l’antre, impassible.



 



Morphée
fulminait. Quelques instants d’inattention lui avaient coûté cher. Son armure
brisée, les coups du Dauphin et l’étreinte du Caméléon lui rappelaient
cruellement combien sous-estimer ses adversaires se révélait dangereux. Lui, un
dieu, mis à mal par de simples mortels. Surpris par la volonté et l’unité
inattendue des chevaliers, Morphée refusait sa défaite, pourtant sa
concentration troublée ne lui permettait pas de rassembler ses esprits.



 



Les
dreadlocks de Bayer enserrèrent le Rêve jusqu’à lui couper le souffle, Neferia
termina sa danse pour rompre les dernières résistances de Morphée, enfin Zeuxis
fit tournoyer un long pinceau bleu ciel entre ses doigts et se présenta devant
le corps nu du dieu. Le Peintre esquissa un sourire victorieux, et après s’être
assuré que Thanatos l’observait, il enfonça son pinceau dans le cœur de
Morphée.



 



Le
lac était redevenu silencieux. Mais pour la première fois depuis leur arrivée,
ce silence rassurait. La Mort descendit de l’antre et avança jusqu’au corps de
Morphée. Elle en retira le pinceau et le jeta aux pieds de Zeuxis. « Tu en
auras besoin » dit Thanatos d’un ton glacial. Le Rêve dans les bras, il
tourna le dos aux saints et disparut dans les ténèbres des Enfers. 



 



 



***



 



Un mur de
végétation cernait le Sanctuaire. Lianes, lierre, roses, oliviers, chênes,
habillaient les murailles d’une tunique infranchissable. Seule l’intuition des
juges leur dictait que l’enceinte sacrée d’Athéna se cachait derrière cette
forêt grouillante de vie. Ainsi dissimulées, les propylées demeuraient
invisibles. Impossible de deviner l’entrée des lieux.



 



Dans la
pénombre de sa cape, la Vouivre grimaça.
Greatest
Caution !
Une onde suffit à ternir toute vie
alentours. Arbres, fleurs, n’étaient plus qu’un tas de cendres parsemant les
remparts découverts du Sanctuaire.



 



Dans
l’encadrement des propylées, l’armure de la Coupe revêtue par Myrddin d’Avalon
se gorgeait du soleil matinal. Lorsque le druide pointa son bâton de chêne vers
les arrivants, un vent violent purifia les murailles puis s’abattit tel un
cyclone sur les hommes dont les capes s’envolèrent. Les surplis de Minos du
Griffon, Eaque de Garuda et Rhadamanthe de la Vouivre étouffaient les rayons
solaires assez aventureux pour les approcher.



 



La tornade
s’intensifia. Eole semblait en rage, il changeait subitement d’orientation pour
déséquilibrer et repousser les juges qui tentaient en vain de poursuivre leur
avancée. Leurs pieds traçaient dans la terre des sillons désordonnés.



 



Eaque
comprit comment répondre à l’attaque. Les ailes de son surplis se déployèrent
et il s’éleva hors du cœur des vents déchaînés. Dans le ciel comme sur terre la
tempête rendait tout mouvement difficile, mais Eaque connaissait bien les
sentiers aériens.
L’envol du Garuda.



 



Le cosmos
d’Eaque fendit les airs en direction de Myrddin. La tempête cessa, le druide
épousa l’approche de la cosmo-énergie du Garuda, tourna un instant avec elle
puis la réexpédia à son auteur. Déconcerté, Eaque reçut ses propres coups de
plein fouet.



 



Rhadamanthe
prit le relais.



 



- Greatest
Caution !



-
Imprudent, susurra Myrddin, j’ai déjà vu cette attaque…



 



Myrddin se
courba, bassin en arrière, genoux et bras en avant, le regard fixé sur l’onde
infernale dirigée vers lui à la vitesse de la lumière. Il ne se décala pas d’un
pas. Quand l’attaque et son armure vibrèrent d’un éclat antagoniste, Myrddin
s’inclina légèrement. Le cosmos de Rhadamanthe glissa sur les jambes du saint,
sur son torse, puis s’élança le long de son bras pour prendre un élan mortel le
long du bâton. Le Greatest Caution détourné déchira les airs et vint frapper
Minos.



 



Ebranlé,
Minos du Griffon rageait. Un chevalier d’argent tenait tête aux trois juges des
Enfers. Néanmoins la technique de Minos n’était pas encore dévoilée, et ce
n’était pas le genre d’attaque aisément maîtrisable.
Danse
Cosmique…



 



Pas la
moindre salve énergétique ne s’échappa de Minos. L’assaut était plus
subtil : les brumes cosmiques autour de Myrddin entraînèrent le druide en
une danse incontrôlable. Ses membres s’agitaient de plus en plus violemment,
tels un pantin agité par un enfant sadique. Myrddin ferma les yeux et détendit
ses muscles. Peu à peu sa chorégraphie anarchique devenait plus fluide. En paix
avec son environnement, Myrddin parvenait à comprendre la danse cosmique et à
l’apprivoiser, ou plutôt, se laisser apprivoiser par elle. Malgré son âge,
Myrddin dansait avec la souplesse d’un adolescent. 



 



Lorsque le
chevalier lénifia les vibrations délétères du Griffon, il put enfin regagner sa
position habituelle : droit comme un arbre, les yeux scindés par des
cheveux aux allures de canopée enneigée, la main sur son bâton appuyé sur le
sol.



 



- La
connaissance de l’ennemi favorise la victoire, dit Myrddin. Si tu savais qui
est mon maître, tu n’aurais certainement pas gaspillé ainsi ton énergie.



 



Minos
serrait les dents. La défense du druide était parfaite, et l’anxiété des juges
croissait en réalisant que le saint n’avait pas encore porté la moindre
attaque.



 



- Aucun de
vous n’a assez de courage pour m’affronter en duel à mort ? demanda
Myrddin. Il est encore temps pour vous de rebrousser chemin. Mais si vous
voulez m’attaquer tous les trois, autant joindre vos efforts. Montrez-moi
l’osmose des Enfers.



-
Parle-t-il de… commença Eaque.



- Non,
coupa Minos. Il ne peut pas en connaître l’existence. Il essaie juste de nous
intimider.



- Il y a de
quoi, nous sommes en difficulté. Si un seul d’entre nous périt maintenant,
notre mission échoue.



- Dans ce
cas, comment percer la défense du druide ? interrogea Rhadamanthe.



- Nous
n’avons pas le choix, dit Minos. Utilisons nos anciennes attaques.



 



Les juges
partagèrent un silence lourd de sens.



 



- Nous
avons juré de ne plus les utiliser, rappela Eaque.



- Avec la
force que nous avons acquise depuis les temps mythologiques, pensa Rhadamanthe,
je me demande quelle puissance pourrait détenir ces attaques depuis trop
longtemps oubliées. Je te suis, Minos.



- Je prends
Myrddin en duel, objecta Minos. N’intervenez que si je vous en donne l’ordre.



- Attends,
s’affola Eaque.



- Laisse
faire, coupa Rhadamanthe. Après tout, il est normal d’honorer le savoir
transmis par la Guerre lorsque nous étions encore vivants.



 



Le
cosmos mauve du Griffon s’écoulait de son surplis comme la vase d’un marécage.
Il suscitait un dégoût amer, pourtant de minuscules astres venaient percer
l’obscurité du juge. Une cosmo-énergie dorée voletait en désordre autour de
Minos. Son torse gonfla, ses coudes reculèrent, et lorsque les Hyades
apparurent sous les yeux ébahis de Myrddin, Minos attaqua.



 



- Par les Cornes du Taureau !!



 



Impossible
de contenir ou même dévier une telle charge. Myrddin se projeta hors
d’atteinte. Ravageant le sol dans un tremblement infernal, brisant les roches
sur son passage, un taureau sauvage vint réduire en poussières les propylées et
les murailles alentour. Myrddin resta interloqué. Minos… un ancien chevalier
d’or ?



 



L’assaut
de Minos ouvrait la vue sur l’enceinte sacrée. Le Sanctuaire paraissait désert,
et pour cause, tous les résidents se trouvaient dans la ville d’Athènes sous la
protection d’Algernon et Siroe. Athéna, le Grand Pope, Shiryu et les Atlantes
demeuraient seuls au Sanctuaire en attente de la bataille.



 



 



Myrddin
avait profité de l’observation de son adversaire pour réagir. Sans s’en rendre
compte, Minos laissait ses pensées dévier vers une réminiscence indéchiffrable.
Il venait d’utiliser l’attaque de sa jeunesse, lui qui fut le premier saint
d’or du Taureau. Ses sens grisés de souvenirs mythologiques, Minos sentait pour
la première fois depuis des millénaires une senteur ô combien familière.
Transmises par Gaïa sous la prière de Myrddin, les odeurs de la Crète
s’exhalaient de la terre, portées par la chaleur du soleil levant. La Crète…
Minos ne voyait plus que les paysages de son royaume, les temples de son
domaine épanoui et vivant.



 



Myrddin
s’élança vers Minos, le bâton tendu vers la tête du juge. Il allait lui fendre
le crâne.



 



-
Réveille-toi ! hurla Eaque.



-
Inutile, assura Rhadamanthe un rictus aux lèvres. Myrddin a perdu.



 



Alors
qu’il atteignait Minos, le druide fut envahi d’une intuition oppressante.
Lorsqu’il se retourna, il distingua le crachin d’une cosmo-énergie océane.



 



-
Triangle du Diable !



 



 



***



 



Deux mois
plus tôt, Myrddin atteignait l’Hélicon. Les étoiles de la Lyre scintillaient
sur le manteau de la nuit. Le chalet en hauteur de Sheliak était d’autant plus
facile à trouver que dès les ruines de Delphes s’entendaient les accords du
poète.



 



Myrddin
frappa à la porte. Pas de réponse. Le chevalier entra, laissant s’échapper une
fumée dense et grisante. Le désordre dans le chalet était affligeant : des
mégots et du pain rassis parsemaient la table, les toiles d’araignées étaient
légion. Au plafond séchaient de massifs bouquets de cannabis en hommage aux
Muses.



 



Depuis
l’exil de Sheliak quatre ans auparavant, le maître et l’élève ne s’étaient plus
revus. L’Arabe se contenta de le regarder sans arrêter de jouer. Le druide fit
chauffer de l’eau, prépara un thé qu’il disposa près de Sheliak puis s’assit à
ses côtés.



 



Il n’y
avait qu’à lever la main pour saisir du cannabis. Myrddin arracha les feuilles
de son bâton qu’il s’amusa à entrelacer, à plier, pour finalement former une
tulipe chargée de l’ambroisie des hommes.



 



Sheliak
observait son maître avec curiosité, d’autant que le druide semblait vraiment
savourer les bouffées de fumée qu’il inspirait.



 



« Il y
avait bien longtemps depuis ma dernière tulipe… mais ses effets ne changent
pas. La musique y devient toujours différente, même si on la connaît par cœur.
On y entend des détails jusqu’alors ignorés, des voix nouvelles dont la
discrétion est la beauté. Cette note isolée de piano et ce souffle impalpable
de flûte deviennent alors les hérauts de la mélodie, cependant à force de les
idolâtrer, leur attente réduit la chanson à un porteur diaphane. Là réside bien
le piège de la découverte, car à trop vouloir déshabiller nos passions on
oublie de revenir à la base, à cet essentiel dont les définitions semblent trop
souvent perdues.



 



« Depuis
combien de temps n’es-tu plus sorti, Sheliak ? Ta musique dont même Nyx ne
calme les ardeurs, as-tu aussi appris à l’oublier ?



 



« Suis-moi,
nous allons prendre l’air. Et laisse ta lyre ici. »



 



Sheliak
suivit son maître jusqu’aux ruines de Delphes. Ils s’installèrent sur les
marches du théâtre, devant l’étendue noire où sommeillait la mer d’oliviers,
celle-là même qui avait inspiré à Saori la plantation d’une forêt similaire sur
les collines d’Attique.



 



Habituellement,
le musicien bougeait peu car il rechignait à quitter son extase musicale et ses
méditations incessantes au profit d’un espace sans accord. Altaïr et Oisin
étaient les seuls à lui rendre visite, mais leur entraînement de chevalier
réduisait sévèrement les occasions d’une conversation sur l’Hélicon.



 



- Pourquoi
fumes-tu, Sheliak ?



- Pour
comprendre… qui je suis. Quels sont ces sentiments qui m’étreignent d’une main
étrangère, d’une inspiration perdue. Je ne l’ai jamais vue, pourtant je le
sens, ma vie n’a de raison que la vie d’Athéna. Les Muses me la dessinent en
volutes de fumées, et je cherche dans l’abandon la source de cet amour. Je
l’imagine heureuse, femme et fille à la fois, déesse aux yeux clairs seule
capable de maintenir les battements de mon cœur. Myrddin, comment peut-on aimer
si aveuglément, pourquoi ne puis-je oublier Athéna sans en appeler aux
Moires ? Je suis amoureux d’un concept, et mes rêves sont ma tombe.



- Il faut
habiller tes pensées du visage d’Athéna. Je te promets qu’une fois chevalier tu
rencontreras notre déesse.



- J’en
mourrais.



-
Uniquement si tu ignores la cause de ton combat. Tu sacrifieras les sentiers
infinis de tes réflexions au profit d’une femme à protéger. Tu seras le saint
de ton aimée et pour elle tu traverseras les cieux. Ton voyage dans la pénombre
prend fin ce matin, Sheliak. Il est temps que tu connaisses la vérité.



 



Peu à peu,
la constellation de la Lyre s’effaçait sous l’arrivée d’Eos. A la place de la
mer d’oliviers se révéla un lac de brumes animé de vagues ailées. Océan d’air,
beauté intouchable, que ne puis-je me jeter dans tes bras.



 



- De quoi
te rappelles-tu du désert ? questionna Myrddin.



- De
l’arche de la mort ; à son seuil, soulagé d’enfin trouver le repos. Mais
précédant mon pas, un flocon de ton cosmos s’est posé dans ma main. J’ai
recouvré la vue et te vis, main tendue. Tu m’as ouvert les yeux, pourtant je me
sens aveugle.



- Ce
n’était pas moi, Sheliak.



 



Surpris,
l’Arabe dévisagea son maître.



 



- Si ma
main t’a ramené au jour, je ne fus pas ton salut. Le flocon de cosmos fut une
bénédiction, un cadeau d’Athéna. Avant de te connaître, elle t’a choisi, et
sauvé. Jamais depuis ce jour les vœux de la déesse n’ont quitté ta main bénie.
Tu es son chevalier, et Athéna a besoin de toi.



 



Sheliak fut
bouleversé. Une fois encore, il renaissait.



 



Les
premiers rayons de soleil firent leur apparition, teintant la nue d’une
crinière orangée. Des vapeurs de l’aurore s’éleva alors une silhouette
féminine. Sheliak se leva, émerveillé, envoûté.



 



Plusieurs
nuages se regroupèrent entre les mains de la Dame, puis se condensèrent en
lyre. D’un souffle elle vola vers le poète, et celui-ci y reconnut l’agencement
d’une armure. Sheliak, saint béni de la Lyre.



 



 



***



 



Aux
frontières de l’Attique, Hipparque, Altaïr et Sheliak stoppèrent leur course.



 



- Le cosmos
de Myrddin a… disparu, dit l’Indien dans un souffle. Est-il…



- Il n’est
pas mort, affirma Sheliak en scrutant les dernières étoiles qui résistaient aux
assauts de l’Aube.



- Les
astres brillent étrangement ce matin, nota Hipparque. Elles sont troublées.
Myrddin a été envoyé dans une dimension parallèle.



- Une autre
dimension, répéta Altaïr, le chevalier des Gémeaux serait-il revenu d’entre les
morts ?



- Il a
existé un autre homme capable de maîtriser les dimensions, à travers le
triangle des Bermudes. Il portait l’armure des Gémeaux à la suite de son frère.
Pourtant avant cela, il était l’un des élus de Poséidon, le gardien du pilier
de l’Atlantique Nord, le général Kanon du Dragon des Mers.



- Et
aujourd’hui son successeur se trouve aux pieds de la montagne sacrée. Mneseus…



 



Les
saints se lancèrent un regard entendu. Ils n’avaient que trop parlé, le
Sanctuaire avait besoin d’eux immédiatement.



 



 



***



 



Minos,
Eaque et Rhadamanthe s’arrêtèrent au milieu du Sanctuaire. La suite était déjà
écrite, dictée par Hadès, ainsi sans parler ils surent quel acte s’imposait.
Maintenant qu’ils se trouvaient dans l’enceinte sacrée d’Athéna, les juges
s’apprêtaient à énoncer leur verdict.



 



Dissimulée
sur le toit d’une habitation, Evaemon de Sirène, reine de l'Atlantique Sud,
surveillait les silhouettes spectrales.



 



Eaque et
Rhadamanthe se mirent dos à dos et firent un cercle de leurs bras. Minos sauta
sur leurs épaules. D’une naissance commune, la cosmo-énergie infernale des
juges explosa telle une étoile lassée de vivre.



 



Sentence !  crièrent-ils
d’une seule voix.



 



Un large
anneau de feu prit forme devant les juges. L’air agité y céda la place au chaos
de vibrations aériennes ouvrant un passage vers le royaume des morts.



 



Evaemon
joua de sa flûte quelques notes envolées en direction de la maison du Bélier.
Les Atlantes sortirent du temple et franchirent la gorge de l’Acropole. Aucun
vent ne venait secouer les capes azurées des rois. Ils attendaient le retour
d’Evaemon, car le moment était venu d’exécuter les ordres de Poséidon.



 



 



Les
tréfonds du portail dimensionnel vomirent les grondements terrifiants des Enfers.
Cerbère fut le premier à apparaître. Sa queue de dragon brisait chaque pierre
heurtée, et ses trois têtes reniflaient l’atmosphère à la recherche de proies.



 



Dans
l’ombre de Cerbère se glissa Eurynomos. Prince de la mort, il s’acharnait sur
les os moisis de charognes quelconques. Lorsqu’il sentit le sel des chairs
atlantes, son menton proéminent se couvrit de salive.



 



A peine
sortie des ténèbres, Echidna au buste de femme et à la queue de serpent rampa à
toute vitesse entre les maisons du Sanctuaire à la recherche d’humains perdus.
Depuis trop longtemps sa mâchoire reptilienne n’avait plus fait couler un sang
chaud et nutritif. Elle siffla entre ses dents, réjouie par avance de son
prochain forfait maléfique.



 



A la suite
d’Echidna rugirent les neuf têtes de l’Hydre de Lerne. Ses souffles et l’odeur
pestilentielle de son passage recelaient suffisamment de venin pour tuer tout
imprudent. Son sang avait même coûté la vie à l’invincible Héraclès.



 



Insensible
aux vapeurs putrides de l’Hydre, Chimère bondit à sa suite. Sa tête de lion
crachait du feu, et malgré l’aspect inoffensif de son corps de chèvre, sa queue
de dragon n’inspirait aucune confiance.



 



Minos,
Rhadamanthe et Eaque ne relâchèrent pas leur concentration. Le pire restait à
venir et il s’agissait de bien lui faire entendre quelles étaient ses victimes.
Un tel monstre représentait une menace sérieuse, même pour les juges réunis.



 



L’Hydre de
Lerne et Chimère s’écartèrent afin de laisser place à leur père dont l’arrivée
fit s’effondrer les habitations alentour. Sa tête atteignait les étoiles, ses
bras assombrissaient l’Orient et l’Occident. Ses yeux lançaient des flammes. Le
bas de son corps s’entortillait en deux gigantesques queues de vipères. Typhon,
fils du Tartare, déploya ses ailes dans un froissement funèbre.



 



 



L’attention
des juges et des monstres fut attirée par le cosmos d’un roi. Au pied de la
montagne sacrée, Atlas de Chrysaor brandissait sa lance d’or en défi aux
Enfers. Ses yeux n’exprimaient aucune peur. Derrière lui se trouvaient Gadeirus
et Evaemon. Parfaisant la confirmation d’un triangle dont ils étaient la base,
Mneseus, Elasippus, Mestor et Ampheres furent les premiers à fermer les yeux.



 



L’Akh-Ba-Ka (11)
invoquée au nom de Poséidon leur serait fatale, pourtant leurs gestes restaient
épurés de toute hésitation. Ils ondoyaient leurs bras comme le mouvement des
vagues et quand Mestor, Elasippus, Mneseus et Ampheres prononcèrent « 
Ka »,
les vagues du Pacifique Nord, de l’Antarctique, de l’Arctique et de
l’Atlantique Nord vinrent léviter au dessus des Atlantes. Gadeirus et Evaemon
levèrent les bras pour porter à leur tour le poids des océans. En une transe
provoquée par leur « 
Ba »,
ils y ajoutèrent leurs royaumes, le Pacifique Sud et l’Atlantique Sud, avant de
transmettre les flots à Atlas. Au même instant ces océans stoppèrent autour de
la terre. Pour la première fois de mémoire d’homme aucune vague ne balayait les
côtes, et un silence de mort s’abattit comme une enclume sur le cœur des
Athéniens.



 



Seul
l’océan Indien vibrait encore du reflux de ses marées, mais il ralentissait lui
aussi à mesure que Chrysaor en appelait la puissance. La Terre sembla un
instant figée dans l’univers. L’énergie de la rivière Océan dans la main
d’Atlas, les cheveux du roi devinrent bleus et sa lance prit la forme d’un
trident. Lorsqu’il le pointa vers l’armée des Enfers, ses frères disparurent
dans les vagues. « 
Akh »
termina Atlas, qui devint océan à son tour.



 



 



Minos,
Eaque et Rhadamanthe se lancèrent un regard d’adieu. Personne ne survivrait à
cet assaut. Même un dieu pâlirait devant l’
Akh-Ba-Ka.



 



Les
flots déchaînés déversés avec une pression abyssale déchiquetèrent les monstres
venus de l’Hadès. Typhon l’inébranlable explosa sous la renaissance des Eaux.
Les juges furent emportés tels des poussières dans un cyclone. Les édifices du
Sanctuaire s’émiettèrent comme des châteaux de sable, et les pavés des rues
fracassées armaient les rouleaux des vagues d’autant de béliers dévastateurs.



 



A
l’approche de ce déluge, Algernon et Siroe eurent la gorge nouée. Des cris
s’élevèrent de la ville qu’ils protégeaient, mais ces hurlements de désespoir
leur parurent bien vains devant le châtiment divin dont ils ne comprenaient pas
la cause.



 



Athènes
fut engloutie à son tour, brisée jusqu’aux racines de ses temples. L’effroi des
habitants se dissipait à mesure que les flots arrachaient la vie de ces
insignifiants mortels.



 



Agenouillée
sur la terrasse du Parthénon, Asae en larmes vit les ruines de sa cité et les
corps de son peuple projetés sur les bateaux grecs condamnés. Rien ne
subsistait du domaine d’Athéna sinon la mer d’oliviers et la montagne sacrée.
Les milliers d’âmes libérées du poids de leurs corps s’envolaient en papillons
multicolores jusqu’au royaume de l’oubli.



 



 



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Note :



 



(11) Akh-Ba-Ka :
En ancienne Egypte, Akh, Ba et Ka forment la trinité spirituelle qui fait
l’homme et les autres sujets de la Nature.



 



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