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Cette fiche vous est proposée par : Alwaïd


La Trilogie Gaïa

Année Sainte 2227 – 6 ans avant l’avènement d’Athéna


Lorsqu’il reconnut le trio en approche, son corps se mit à trembler et c’est d’une voix fauchée qu’il tenta de crier : « Ils arrivent ! » Bien vite relayé, ce frisson parcourut le village. Les habitants s’enfuirent dans une angoisse teintée de terreur.


Trois adolescents pénétrèrent le village abandonné d’un pas tranquille.


- Ça devient lassant de devoir leur courir après à chaque fois. Etre si réputé n’a pas que des avantages, il y a trop peu d’hommes qui tentent de nous affronter. A croire que ces gueux n’ont aucune fierté. Ils me navrent.

- Calme-toi, Fabian, rétorqua Arkès. Ils peuvent fuir dans la direction qu’ils veulent, la Guerre les rattrapera partout.

- Un regard, je ne veux qu’un regard qui me résiste ! poursuivit Fabian. C’est pas marrant sinon, je veux voir naître leur peur, je veux les voir trembler et perdre l’usage des mots, avant de broyer ces nuisibles d’un coup péremptoire. Oui, sentir ma lame glisser dans leurs chairs, voir leur crâne se fendre…


Pendant que Fabian continuait son énumération jubilatoire, Arkès parcourait les lieux. Il défonçait chaque porte et un regard rapide suffisait à le renseigner. Exaspéré de ne rien trouver qui le satisfasse, il fracassa avec rage le mur d’une grange.


La salle mise à jour contenait de nombreuses bouteilles de vins. L’exploration de l’endroit révéla une pièce en sous-sol recelant un nombre impressionnant de bouteilles étiquetées. Depuis plus de cinquante ans, année après année, les largesses de la Terre et le labeur des hommes se trouvaient ici exposés. Le travail de plusieurs vies empreintes de passion et de sueur. Arkès sourit. Il s’étonnait toujours que des gens puissent vouer une existence à de telles inutilités. Chaque témoignage de l’art et plus généralement de l’inspiration offerte aux hommes lui inspirait pitié. C’est pourtant à la vue des réalisations humaines qu’il trouvait le plus d’intérêt. Il pensait aux efforts dispensés, à l’imagination puisée, à la symbolique des œuvres, à leurs messages secrets, aux incroyables avancées technologiques, à la cristallisation de la folie humaine à travers des myriades de créations, et à la facilité de réduire tout cela à néant.


D’un coup d’épée dégainée avec violence Arkès explosa la collection vinicole, écroula la toiture, regagna la grange et brisa les murs puis enflamma les décombres par l’étincelle de sa colère. Transcendé par une hargne dont il se gavait, Arkès réduisit le village à l’état de ruine et l’incendia entièrement.


Au milieu des flammes, son épée levée en direction du ciel, Arkès hurla :


« Voici la véritable force, celle qui forge le monde, celle qui grave son empreinte dans la Terre. Imaginez, créez, bâtissez, aimez tant que ma lame ne vous en prive pas. Mais voyez comme tout est brisé avec aisance, comme toute parole est rompue d’un geste. Allez-y, savants et artistes, édifiez des monuments gigantesques et somptueux, éveillez vos peuples, ma joie n’en sera que plus grande lorsque vos merveilles tomberont sous mon assaut, lorsque le sang des hommes offert à la Guerre effacera leurs illusions, leurs rêves pathétiques et leur espoir. J’annihilerai en un jour vos civilisations millénaires. Pauvres fous, sacrifiez-moi votre vanité, je vous offrirai mon règne ! »


- Il ne lui manque plus qu’une armée ! s’amusa Fabian. Remarque à nous trois nous valons  bien une armée…

- Ris, Fabian, enchaîna Arkès, un doigt menaçant pointé vers son interlocuteur. Ris car le rire est un cadeau que je retire aux hommes. Sois leur plaisir car eux ne trouveront bientôt que larmes et déchirures. Je lèverai une armée et m’abreuverai de leur sang jusqu’à l’appel de mon Dieu. Tu verras qu’un jour, à force de souffrances et d’injustice, lorsque tuer nous deviendra plus naturel que le lever du soleil, lorsque mon nom fera trembler jusqu’aux piliers du Parthénon, Arès se manifestera et choisira mon corps pour l’incarner. Et ce jour venu, non content d’asservir les hommes, ce sont les dieux que je défierai.


Habitué à ces emphases, Fabian laissa Arkès à ses rêveries. Il cherchait son frère. A l’écart, Damien n’écoutait pas. Il venait de découvrir deux habitants délogés de leur cachette par les flammes. 


L’un était un homme vigoureux aux muscles forgés par la terre brassée mille fois. La fille à son côté atteignait à peine le buste de son père. Affolée, elle lui tirait la main afin de l’entraîner loin d’ici, en vain. L’homme s’était immobilisé à la vue de Damien. Il plaça sa fille derrière lui.


Damien approchait à pas lents. Son regard scrutateur se tournait tour à tour vers le père et la fille. Connaissant assez la lenteur d’entrée en matière de son frère, Fabian accourut, se plaça entre les deux hommes et saisit le villageois par le cou. Lorsqu’une gorge se trouvait entre ses doigts, elle ne se voyait libérée qu’une fois broyée.


D’une voix étouffée, le père cria :


- Cours, Libelia ! Cours, cours !! 

- Regarde-moi et implore ma clémence ! lança Fabian. Allez !! Regarde-moi !

- Va au Diable, prononça l’homme dans son dernier souffle, les yeux tournés vers le soleil.

- Quelle banalité, se plaignit Fabian en jetant le corps au sol.


Libelia avait bien tenté de fuir, mais la main de Damien lui tenait le bras d’une pression assez faible pour ne pas lui faire mal. Néanmoins Libelia se débattait et hurlait, terrorisée.


- Mon frère, dit Damien, tu vas toujours trop vite en besogne. Je ne comprendrai jamais cette ferveur à condamner si rapidement une vie si riche en émotions, en sensations.

- Lorsqu’au lieu d’une bande de bouseux ou de bourgeois dodus on se battra contre une armée, tu feras moins la fine bouche. Mais va, cette répartition me convient bien. Je m’occupe du gros œuvre et tu gères les finitions.


Acharnée, Libelia forçait et criait de plus belle. Damien rapprocha alors l’enfant d’une étreinte plus impérieuse, glissa deux doigts dans sa bouche pour la lui ouvrir, saisit sa langue et la coupa de son ongle taillé en scalpel. Horrifiée, Libelia déchaîna toutes ses forces afin de se libérer. Son poignet rougissait des brûlures de l'enlacement. Paré d’un sourire satisfait, Damien tint la tête de la demoiselle, enfonça ses ongles dans les yeux de l’enfant puis relâcha sa proie. Libelia se mit à courir, les mains sur son visage brûlant de douleur. Aveugle, elle manqua plusieurs fois de se jeter dans les flammes avant de heurter de plein fouet les restes d’un mur. Libelia chuta, gémit tel un animal paniqué, se releva et courut dans une autre direction. Fabian s’amusait de ce spectacle.


Après un autre choc, le corps partiellement brûlé de Libelia titubait, visiblement faible. Elle finit par s’écrouler, et d’elle ne jaillissait que les spasmes des pleurs et les borborygmes d’une enfant mutilée. 


« Libelia, voyons jusqu’à quel point tu vas régresser. » chuchota Damien.

                        


***


 


Année Nocturne 2234, Sparte


Après avoir gonflé les rangs de son armée, le trio meurtrier ne craignait plus de s’attaquer à des villes fortifiées pour immanquablement finir par exposer la tête des dirigeants sur les marches de leur palais pillé. Dans ces combats sanguinaires, la pitié n’était accordée qu’aux hommes jurant fidélité à Arkès. Ce dernier effectuait une dernière sélection sur des critères tout à fait subjectifs, éliminait l’excédent puis choisissait sa nouvelle destination dont les flammes futures animaient déjà son regard.


Puis vint le jour tant attendu. Aux abords d’une forteresse, Arkès rattrapa une femme enceinte trop appesantie pour courir. Il devina cette femme spéciale, unique. Il y avait quelque chose en elle d’anormal. Arkès retint un instant son geste, intrigué, mais il n’avait pas pour habitude de se laisser engourdir par un sentiment indéfinissable. Il planta donc sa lance dans le ventre de la mère et sentit le fœtus se contracter contre son arme. Arkès fut envahit d’une plénitude soudaine. En plus de la saveur d’avoir détruit la vie avant même sa naissance, il sentit germer en lui l’inspiration divine nourrie de force et de colère qu’il avait tant espérée.


L’esprit d’Arès resta silencieux en investissant le corps d’Arkès. La soumission et l’extase de ce dernier à recevoir la Guerre suffirent à satisfaire le dieu. 


Epanoui par l’infrangible sensation d’être invincible, Arès se gavait de carnages toujours plus ambitieux. Quant à Fabian et Damien éveillés en Phobos et Deimos, ils savaient chacun à leur manière démontrer aux soldats l’intérêt et la jubilation de vaincre, ou même, pour les plus réceptifs à la philosophie de la Guerre, de détruire pour le plaisir.


Dès lors Arès entreprit de dénicher les quarante quatre berserkers qui formeraient son armée d’élite. Bien que rares, ils se repéraient facilement parmi les ennemis. D’une force généralement colossale, ils ravageaient sans mal les hommes d’Arès. Si certains de ses meilleurs guerriers venaient à tomber contre eux, Arès s’interposait, immobilisait le combattant et goûtait sa sueur. Aux toxines contenues dans celles-ci le dieu savait si l’homme méritait son enseignement et quel vice il incarnerait.


Aujourd’hui, l’armée d’Arès au complet animait le campement d’une impatience partagée à se jeter en guerre. Les hommes imaginaient par avance la nourriture humaine qu’ils y trouveraient, et à cette pensée leur maigre salive coulait sur leurs dents rongées. Depuis presque un an d’obscurité, il apparaissait normal de dévorer les hommes devenus trop faibles. Privés de nourriture, il fallait bien survivre. Les villes pillées ne pouvaient nourrir les milliers d’hommes en errance, ainsi les ressources alimentaires étaient-elles réservées aux dieux et berserkers. Bien qu’ouvertement méprisés par leurs maîtres, les hommes se savaient condamnés sans la guidance d’Arès. Tout déserteur ou réprobateur se voyait d’ailleurs immédiatement mit sur le feu et dégusté. La loi d’Arès imposait pour seule limite de ne pas manger des hommes soumis en état de se battre, auquel cas le coupable serait lui-même offert en repas.


L’espèce humaine ici représentée faisait figure de meute. Il ne parlaient plus et se regardaient tous avec méfiance. Le seul lien demeurait en les ordres d’Arès qu’ils attendaient comme la parole du messie.


Aux berserkers, les émotions délétères étaient depuis longtemps familières. Elles constituaient pour eux le fondement, l’état au repos, la source. L’armée humaine palissait devant l’armée d’élite d’Arès. A côté de ces guerriers imposants et impitoyables, les hommes prenaient vaguement conscience qu’ils n’étaient que des chiens.


 


Sous une tente, Arès, Deimos, Phobos et quatre berserkers discutaient, penchés sur une carte. Un garde entra, affolé :


- Seigneur Arès !

- Plus tard ! répondit Arès sans se retourner. 

- Un étranger…

- Qu’ai-je dis ! cria Arès, toujours penché sur la carte. Qu’il attende !

- Il est derrière vous !


D’un mouvement invisible pour le commun des mortels, Arès saisit sa lance pour en placer la lame sur la gorge de l’intrus. Il resta un moment le regard rivé dans celui de l’inconnu, puis ordonna qu’on les laisse seuls. Tous s’exécutèrent.


- Tout autre que toi serait mort à ce petit jeu, dit Arès.

- Il est bon de faire partie des VIP ! répliqua Saon, un sourire malicieux aux lèvres.


Le saint de l’Autel ne portait qu’une tunique blanche et un chapeau. Il écarta d’un doigt la lance d’Arès, s’assit sur le fauteuil de son hôte et reposa ses pieds sur l’urne sacrée de son armure.


- Quel accueil chaleureux ! Venir te voir a les saveurs d’une douche froide.  

- M’apportes-tu ce que j’attends ? s’impatienta Arès.

- Tu en rêves depuis longtemps n’est-ce pas ? répondit Saon en tendant un parchemin. Et Zeus sait que peu de choses nourrissent chez toi l’espoir. Mais une lettre de sa maman, qui n’en rêverait pas ?


Arès saisit vivement le parchemin. Le sceau se disloqua et Arès reconnut l’écriture d’Héra. « Enfin ! » s’exclama-t-il dans un sifflement qui ne présageait rien de pacifique.


- Hadès a envoyé des saints au Ciel. Il est assez stupide pour nous offrir la légitimation de la guerre. Bien ! Le bal est ouvert. Une danse avec Athéna chatouille ma lance depuis longtemps. Vas-tu te joindre à nous ?

- J’aurais donc quelque intérêt à tes yeux ?

- Ne t’imagine pas utile pour moi. Tu es dangereux et imprévisible, je tiens à garder un œil sur toi.

- Si c’est l’œil qui ne m’a pas vu entrer, essaie plutôt l’autre.

- Dis-moi, me hais-tu autant que je hais ?

- Il est difficile d’être plus haïssable que toi, Arès, mais je connais ta propension à développer les sentiments les plus sombres. Nous ne le saurons donc jamais.


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