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Hades Glory

« Sans femme l’existence de l’homme est invivable, avec une femme elle ne l’est guère moins. Pandore est un si beau mal » (Hésiode, Théogonie).
 
Asakusa était sans doute un des quartiers les plus populaires de la ville de Tokyo. Les cadres japonais passaient souvent leur temps libre à flâner dans le grand parc d’Edo avant de se rendre à Asakusa en longeant la rivière Sumida. Chacun passait alors devant le temple de Senso-ji et souvent s’arrêtait pour faire une offrande à la déesse Kannon avant de se diriger à grands pas vers une station de métro surpeuplée. Il en était ainsi en temps normal. Mais depuis quelques jours, tout avait changé. Des flammes venues du ciel avaient réduit en poussière ces immeubles arrogants qui prétendaient atteindre les nuages. Des débris de béton gisaient ça et là, laissant parfois entrevoir le bras d’un malheureux qui n’avait pas eu le temps de se mettre à l’abri. Des 160.000 habitants de ce qui avait été le 23e arrondissement de la capitale impériale, il ne restait que quelques centaines de survivants hagards et désorientés. L’un pianotait un numéro sur son téléphone portable et s’étonnait de ne recevoir aucun signal en retour, l’autre regardait vers le ciel comme s’il en attendait le coup de grâce.
Pourtant ils les avaient vus et même entendus distinctement : les dieux qui s’étaient affrontés par delà les nuages se nommaient Hadès et Zeus. L’un deux les avait informés des enjeux de ce combat puis il s’était tu et ne s’était plus manifesté à eux que par une série de catastrophes : séismes, tonnerre, étoiles fracassées les unes contre les autres…
Abandonnant leur retenue traditionnelle, certains pleuraient de leur impuissance comme des enfants que l’on aurait forcés à s’éveiller à l’âge adulte. Les plus mystiques comparaient cet affrontement à la dispute qui avait opposé Susanoo, le dieu de la foudre à Amaterasu, la déesse du soleil et voulaient y voir un signe en faveur de la maison de l’empereur. Ils se démenaient beaucoup sans pourtant ne convaincre personne.
 
Cependant, même dans cet océan d’agitation stérile, il y avait un îlot de calme, de sérénité. C’était le Senso-Ji, le temple de la déesse Kannon.
Non loin du Kaminarimon, la porte du tonnerre, un vieillard agitait lentement un antique balai dont il se servait pour pousser devant lui les premiers pétales de cerisiers en fleurs. Mais bien loin de repousser les fleurs en dehors de son temple, le vieil homme traçait de longs sillons courbes autour d’une forme recroquevillée. Quelques heures plus tard, il avait terminé son ouvrage : les fleurs de cerisier formaient un lotus autour d’une déesse réincarnée.
Lentement, il s’agenouilla près de la jeune fille en fleur. Son teint était pâle et contrastait avec le mauve de ses lèvres et de ses cheveux, sa robe élimée comme si elle ne l’avait jamais quittée. Sa poitrine généreuse se soulevait à de brefs intervalles, arrachant quelques gémissements de douleur à la princesse endormie. Sous l’effet des prières du vieillard, ses paupières finirent par se soulever pour révéler deux émeraudes brillantes dans la nuit.
 
« Bienvenue dans ce monde, dit le vieil homme en s’inclinant profondément. »
 
Le premier temps de la surprise passé, la jeune femme détailla longuement son vis-à-vis, elle devinait une sagesse séculaire dans ses traits ridés.
 
« Où suis-je ?, demanda-telle enfin.
-         Vous êtes dans le Senso-Ji, le temple de Kanon de la ville d’Edo. »
 
La jeune femme scruta attentivement les murs du temple et la cour ovale. Elle ne se souvenait pas être venue ici et encore moins du nom de cette ville mais des images de son pays de naissance se bousculaient dans sa tête.
 
« Edo est l’ancien nom de la capitale impériale… mais je ne reconnais rien de ce qui m’entoure. »
 
Le vieillard prit alors une sorte de louche puis la plongea dans un petit seau d’eau. D’un geste mécanique, il commença à en asperger la cour du temple.
 
« Il est possible que le nom de cette ville ait changé. Cependant que m’importe à moi qui ne quitte jamais le temple de Kannon ? Il est possible que le monde tel que je le connaissais n’existe plus comme il est probable que les feux du ciel ont anéanti le monde dont vos yeux vous renvoyaient l’image.
-         Vous voulez dire que le monde que je connais a été détruit ? »
 
Le vieillard se permit un petit rire à l’énoncé de cette dernière affirmation.
 
« L’homme sans visage qui vous amené ici avait bien dit que vous ne sauriez rien, que vous ne comprendriez rien. Mais si ce sont des réponses sur le monde que vous cherchez, ce n’est pas ici que vous les trouverez. Ce lieu est un sanctuaire hors du temps, nous ne demandons au monde que ce qui est nécessaire à notre subsistance et rien d’autre.
-         Un homme sans visage dites-vous, vieil homme ?
-         Oui. Son visage était caché, peut-être avait-il une blessure trop profonde en son âme pour montrer son visage, ou peut-être n’en avait-il point.
-         Mais alors vous ne savez pas qui je suis ?
-         Non effectivement, fit le vieillard en poursuivant son étrange manège. Je suppose qu’en dehors de ce sanctuaire, dans le monde ou ce qu’il en reste, vous trouverez la réponse à cette question. Si vous ne le souhaitez pas, le temple de Kannon vous donnera asile. »
 
La jeune femme croisa les mains sur son cœur en regardant les fleurs de cerisier s’envoler de la cour du temple vers l’Asakusa dévasté.
 
« Je ne pense pas que me cacher ici soit le meilleur choix que je puisse faire. Je ressens une sensation étrange, comme si chaque chose que je vois était nouvelle. J’ai l’impression de m’être toujours cachée dans l’ombre de quelqu’un, de ne jamais avoir vécu pour moi-même.
-         Alors votre place n’est pas ici, répondit simplement le vieil homme. »
 
Et alors que Saori Kido faisait une révérence gracieuse, le prêtre retournait à son travail monotone.
 
***
 
Très loin de là, un homme au teint d’opale et aux yeux d’or observait la jeune fille qui prenait enfin en main son destin. Bientôt elle se souviendrait de son nom et de sa place dans ce monde à reconstruire dont il était cependant le maître absolu.
 
Une main ferme se posa sur son épaule. Le dieu de la mort se retourna légèrement pour saluer son ami qui lui rendit son sourire à la manière un peu rude des scandinaves.
 
« Si elle te manque tant que cela, tu devrais aller la saluer.
-         Tu n’y es pas du tout, Odin. Athéna réside aux côtés de ma mère Rhéa, si je veux la voir, il me suffit de penser à elle. Mais Saori ne sait pas que j’existe et elle doit l’ignorer car maintenant est venu le temps pour elle de vivre sa propre vie, non pas en tant qu’Athéna mais comme Saori Kido. »
 
Le dieu de la Mort promena son regard autour de lui d’un air faussement distrait. Le Mont Orthys, autrefois la capitale de l’empire de Cronos, était un champ de ruines dans lequel des édifices jadis glorieux menaçaient de s’écrouler et où une fine pluie commençait seulement à dissiper l’odeur de la chair brûlée.
 
Les neuf rois étaient tous réunis, à genoux formant un demi-cercle devant lui. Leurs noms étaient Ilya, Némésis, Caliban, Baldur, Jézabel, Uriel, Oblivion et surtout Métatron, l’artiste méconnu de cette œuvre d’art qu’était la fin du monde.
 
Derrière lui, leur faisant face et prêts à bondir malgré leurs blessures, étaient Hypnos, Thanatos et Elysée qu’avaient rejoints les trois juges de l’Enfer : Minos, Eaque et Rhadamanthe. Le spectre du Papillon n’était pas présent mais ses fairys survolaient silencieusement la scène.
 
Pandora était assise à son côté. Tout le temps qu’avaient coulé les larmes du dieu, elle l’avait attiré contre elle et réconforté comme un enfant jusqu’à ce qu’enfin ses sanglots se fussent calmés. Alors, sans un mot, elle avait repris sa place, silencieuse. Odin remarquait cependant qu’elle tendait sa fine main vers Hadès, effleurant très légèrement sa peau de ses ongles. Et le dieu d’Asgard devinait à quel point il devait lui être difficile de contenir sa tendresse pour cet homme.
 
La voix claire du Régent s’éleva une nouvelle fois dans l’air humide de la cité, son aura multicolore avait quelque peu diminué comme s’il avait été affecté d’un mal soudain. Mais elle était encore assez forte pour dissuader qui que ce soit de le regarder dans les yeux.
 
            « Majesté, commença-t-il. La guerre de succession qui vous a opposé à votre frère est maintenant terminée. Elle a duré une année entière ou peut-être simplement une journée. Nous nous sommes endormis hier avec un souverain, son nom était Zeus. Aujourd’hui, il se nomme Hadès. »
 
Le Régent marqua une pause pour prévenir toute protestation dans les rangs des rois de l’Utopia. Mais il n’y eut pas un murmure, même le terrible Caliban ne dit mot tandis que la belle Jézabel faisait des efforts désespérés pour ne pas croiser le regard de son nouveau maître. Assuré contre une interruption, Métatron continua donc :
 
            « Votre père, le grand Cronos, avait prévu l’éventualité où un seul de ses enfants lui survivrait. Dans ce cas précis, il avait manifesté la volonté de voir cet enfant ceindre la neuvième couronne d’Utopia et devenir ainsi le neuvième roi, le roi de tous les rois. »
 
Quelques secondes de silence suivirent à nouveau. Tous comprirent le malaise du Régent qui attendait qu’Hadès daigne prendre la parole.
 
            « Vous n’avez qu’un seul mot à dire, majesté et votre règne commencera. »
 
Pour toute réponse, Hadès posa la main sur un des accoudoirs du siège qui lui avait été apporté. Il tenta de se soulever mais une douleur cinglante parcourut tout son bras droit, le faisant retomber sur son siège, la main encore tremblante. La terrible bataille qu’il venait de livrer l’avait laissé sans force avec un corps débile qui se dérobait à chaque instant. Pandora et Odin le saisirent en dessous de l’aisselle pour l’aider à se rassoir. Métatron allait formuler une réponse de politesse invoquant sa faiblesse présente pour excuser l’absence de réponse du monarque mais celui-ci le fait taire d’un regard.
 
« A quel point la Terre a-t-elle souffert de ce conflit entre Zeus et moi-même ?
-         Utopia n’a pas été touchée ou très peu. La majeure partie des contrées habitées ont été victimes d’incendies à grande échelle et plusieurs métropoles sont détruites. Mais les régions montagneuses ont été très peu touchées de même que les étendues désertiques.
-         Et qu’en est-il des pertes humaines ?
-         Environ un milliard d’individus ont disparu, essentiellement dans les grandes villes. Avec ceux que nous n’avons pas jugés dignes de vivre en Utopia, cela fait trois milliards d’êtres humains de moins qu’hier. Compte tenu de l’état de délabrement de la civilisation et de leur société, je pense que ce nombre diminuera à un milliard d’individus dans les prochaines années. »
 
Hadès ne répondit d’abord rien à ces chiffres porteurs d’une si grande désolation. Il contemplait l’Est où le soleil se levait dans sa gloire éclatante au milieu ciel privé de nuages.
 
« Un milliards d’hommes, de femmes et d’enfants désemparés. C’est donc cela le royaume dont j’hérite de mon père..."
 
Le dieu de la mort se permit alors un petit rire ironique. D'un air faussement nonchalant, il se tourna vers on compagnon.
 
« Dis-moi, Odin, te souviens-tu qui est Kannon ? Tu sais, la déesse à laquelle est dédiée le temple où nous avons vu Saori se réveiller.
-         Kannon est le nom que les Japonais donnent à une déesse qui le jour de sa mort, lorsqu’elle s’acheminait vers le paradis, baissa les yeux vers la Terre et vit toute la souffrance du monde. Elle décida alors d’y rester pour y sauver toutes les âmes en détresse. Enonça Odin en s’inclinant avec déférence.
-         C’est donc cela… je te remercie. »
 
Le dieu de la mort sentait l’épuisement le gagner, ses paupières étaient lourdes et ses yeux brûlés par l’aura incandescente du Régent. La sueur coulait sur ses tempes et se répandait sur ses plaies ouvertes, lui causant des frémissements de douleur. Inconsciemment, sa main chercha celle de Pandora puis se referma sur elle avec force. La jeune fille répondit à son étreinte et se pencha pour embrasser le dos de sa main.
Les dents du dieu se serrèrent tandis qu’il ne pouvait détacher son esprit de cette unique pensée : « Qu’aurait fait Athéna à sa place ? »
Des secondes qui parurent des siècles passèrent ainsi dans l’attente de la réponse du dieu suprême. Puis finalement sa mâchoire se desserra et ses yeux s’ouvrirent sur le monde.
 
« Rois d’Utopia, dit-il d’une voix posée, vous m’avez prédit que mon règne commencerait aux premiers mots que je prononcerais, les voici : je ne règnerai pas en Utopia. »
 
Tous les assistants manquèrent de s’étrangler de surprise. Certains en tombèrent même en arrière comme s’ils venaient d’être brusquement tirés d’une longue torpeur. Ilya et Caliban firent un pas en avant et il fallut tout le respect mêlé de crainte que leur inspirait l’aura de Métatron pour les empêcher d’aller plus loin. Celui-ci commença d’une voix blanche qui masquait mal son trouble.
 
            « Majesté, je vous invite à reconsidérer votre réponse. L’avènement d’Utopia sur Terre est la raison d’être de la lignée de Cronos, le monde est vôtre… »
 
Métatron allait continuer mais il croisa alors les yeux d’or du dieu. La profondeur insondable de ces pupilles le plongea dans la consternation et bientôt il ne sut plus que dire, lui qui avait détruit les Olympiens était comme une souris tremblant devant un lion. La voix du dieu s’éleva alors.
 
« J’ai bien réfléchi. Dans une telle situation… Athéna aurait suivi l’exemple de la déesse Kannon et renoncé à son bonheur pour ressentir toute la souffrance de l’humanité. Elle aurait régné alors pour le bien de ce peuple sans se soucier d’avoir mal au cœur à chaque instant. C’est ainsi qu’elle agirait, mais…
 
« Je ne suis pas Athéna ! Je n’ai pas l’intention de sacrifier mon bonheur à celui du monde ! Je ne mettrai aucune des chaînes que vous me tendez en leur donnant l’apparence d’une couronne ! Je ne serai jamais l’esclave de mon peuple ! »
 
Ces derniers mots tombèrent comme un couperet sur l’assemblée royale et chacun se demandait le cœur serré si cette condition qu’il venait de décrire n’était pas la sienne. Mais les ordres du dieu fusaient sur un ton impérieux malgré sa respiration courte.
 
« Je ne régnerai pas sur Utopia mais je reste le neuvième roi, l’héritier de Cronos. En tant que tel, j’ordonne ceci : ceux qui vivent en Utopia sont vos sujets mais ceux de la race humaine qui vivent sur Terre sont libres. Vous ne ferez rien contre eux ni pour eux. Ils ne vous rejoindront que s’ils le souhaitent. Si l’un d’entre vous transgresse cette règle, il en répondra devant moi ! »
 
Et alors qu’un frémissement de peur parcourait toutes les échines, il conclut ainsi :
 
« Réjouissez-vous car je serai votre prince et non votre maître. »
 
Un silence pesant s’installa alors tandis que chacun mesurait la portée de la décision du dieu suprême. Enfin, Métatron se décida à exprimer ce que tous pensaient à voix basse.
 
« L’expansion d’Utopia a déjà commencé. Chaque roi a entrepris d’étendre son domaine sur Terre. Comment votre majesté souhaite-t-elle que nous nous répartissions cette partie du monde qui est déjà tombée en notre pouvoir ? »
 
La réponse d’Hadès fut rapide, peut-être trop.
 
« Au diable le monde ! Je vous le laisse ! »
 
Et quelques secondes plus tard, l’assemblée des rois se dispersait tandis que chacun envisageait la loi de ce nouveau règne comme celle du plus fort.
 
***
 
Une fois Utopia partie, Pandora avait entrepris de panser les blessures du maître de la mort. Elle plongeait une éponge dans seau d’eau et l’appliquait suavement sur sa peau à intervalles réguliers.
Odin eut préféré attendre qu’il fût remis pour exiger une explication de son ami mais selon toute vraisemblance, sa présence auprès du couple en serait devenue inopportune. Aussi se décida-t-il à passer outre ses principes et répondit enfin au regard interrogateur de son compagnon.
 
 « Hadès… je ne te comprends pas, commença-t-il. Tu es maintenant le maître du monde et tu le laisses aux factions des rois d’Utopia. N’est-ce pas condamner les hommes à l’Enfer ?
-         Mais est-ce que le véritable enfer ce n’est pas la Terre, Odin ? Ton peuple qui souffre du froid et de la misère le sait bien.
-         Certes, mais laisser la Terre à ces fous dangereux…
-         C’est justement parce qu’ils sont fous que je la leur laisse et c’est parce qu’ils sont dangereux que l’humanité leur survivra.
-         Je ne comprends pas ton raisonnement.
-         C’est assez complexe j’en conviens. Mais qu’est-ce qu’Utopia sinon un empire composite ? Les habitants de cet empire font le même rêve que leur roi mais chaque roi fait un rêve différent. La luxure pour Jézabel, la bestialité pour Caliban, l’unicité pour Ilya…  Leurs rêves ne convergent pas. De ce fait chaque roi est une menace pour l’autre et ils se neutralisent mutuellement.
-         Je te trouve bien léger. Tu fais reposer la survie de l’espèce humaine sur l’absence d’alliances entre eux. Que se passerait-il s’ils s’unissaient ? Ce serait la fin du monde ! »
 
Hadès se laissa tomber nonchalamment sur le dos, sa longue chevelure s’étalant sur le sable.
 
« Et si tu disais ça à quelqu’un que ça intéresse ? »
 
Odin fusilla son ami du regard. Celui-ci se contenta de croiser ses jambes allongées.
 
« Que devrais-je faire selon toi ? Prendre la tête de l’empire de mon père, sauver l’humanité et attendre que les choses pourrissent à nouveau ? Un jour ou l’autre, l’un des rois voudra purifier à nouveau cette planète et que feront les humains alors ? Ils me supplieront et se cacheront derrière mon pouvoir ! »
 
Hadès saisit une poignée de sable dans sa main puis s’amusa à regarder couler la fine matière de sa paume, formant un petit monticule sur son torse, comme un sablier.
 
« C’est ce rôle qu’a tenu Athéna pendant plus de trois mille ans. A chaque guerre sainte les hommes ont supplié un dieu différent de les aider. Jamais ils n’ont compris que leur souffrance était la rançon de leur propre faiblesse ! Toujours à se cacher dans les jupes de la déesse de la guerre et de ses chevaliers ! »
 
Le denier grain de sable tomba sur le torse du dieu. Le monticule resta quelques secondes immobile puis s’écroula.
 
« Mais nul ne peut arrêter le cycle du destin. Athéna avait bâti l’édifice de la paix du monde sur du sable et comme un château de sable, son sanctuaire a fini par s’écrouler.
- Le Destin exige peut-être que tu prennes sa place, fit durement remarquer le dieu nordique.
- Je ne suis pas comme… je ne suis pas Athéna ! Je ne suis qu’un homme qui recherche la paix et le bonheur… depuis très longtemps. »
 
Le visage d’Odin se radoucit progressivement. Il rabattit la touffe de cheveux qui cachait son œil gauche que les guerriers divins avaient repris dans l’enfer du Niffleheim. Curieusement, cet œil luisait comme un rubis tout en ayant la consistance d’une pupille.
Le dieu passa un bras amical autour des épaules de son ami.
 
« Tu as raison. Si quelqu’un mérite d’être libre, c’est bien toi.
-         Merci, mon ami. Je suis content que tu aies retrouvé la sagesse en même temps que ton œil. »
 
Et pour la première fois, Hadès sourit. Il plissait les yeux tandis que ses lèvres s’ouvraient difficilement. Son menton tremblait même légèrement. C’était un sourire un peu gêné mais ce n’était plus cette grimace ironique et cruelle qui déformait parfois son visage si impassible.
 
Et en voyant ce sourire sur ces lèvres, le premier qu’il fît jamais, Odin se prit à espérer. Silencieusement, il fit un vœu dont il espérait voir l’accomplissement.
Ils restèrent quelques minutes à regarder le soleil couchant sans mot dire comme les compagnons de route qu’ils étaient. Leurs chemins n’avaient pourtant fait que se croiser, à aucun moment l’un n’avait totalement épousé les convictions de l’autre.
 Et pourtant, au terme de cette guerre atroce dont ils étaient les artisans, ils ressentaient un sentiment vague qu’ils auraient eu du mal à nommer. Ils auraient voulu donner un nom à ce tressaillement au cœur qu’ils ressentaient en cet instant mais ce moment était celui des adieux et non celui des retrouvailles, ils le savaient tous deux. Odin fut le premier à se lever, s’attirant une question où il devinait une légère anxiété.
 
« Que vas-tu faire maintenant ?
-         Ce que j’ai toujours souhaité, maintenant que l’équilibre du monde ne dépend plus de nous. Je vais emmener mon peuple vers des contrées plus clémentes. 
-         Hilda a prêté vœu d’allégeance en ton nom à Utopia, tu le sais. Elle est maintenant dans le pouvoir de Caliban.
-         Je le sais. Je la reprendrai des mains de ce monstre.
-         Je ne t’aiderai pas, tu en es conscient ? Je ne ferai rien contre Utopia ni pour elle. »
 
Odin ne répondit pas car dans son œil de rubis, il voyait se refléter un avenir dans lequel chacun serait laissé à lui-même, totalement libre. Mais la question qui l’intéressait était autre.
 
« Où irez-vous à présent ? Finit-il par demander.
-         Ailleurs, répondit simplement son ami. »
 
Et alors qu’il souriait à cette réponse, Hadès tendit silencieusement son bras vers lui, le poing fermé. Comprenant son intention, Odin l’imita et leurs poings s’entrechoquèrent brièvement avant de se séparer, la seule marque de familiarité qu'ils avaient apprise depuis leur rencontre. A ce moment, ils avaient tous deux trouvé un nom au sentiment qu’ils partageaient :
« fraternité ».
 
Et tandis qu’il s’éloignait, le dieu d’Asgard vit distinctement son ami attirer Pandora vers lui et tandis que la jeune fille répondait à cet élan, Odin lançait un clin d’œil complice à Elysée et ses frères pour les inciter à laisser à leur père un peu d’intimité.
 
 
***
 
 
Hadès se laissa entraîner par la douceur de sa sœur, sa main passa sur ses cheveux soyeux tandis que le visage de Pandore disparaissait de plus en plus dans la chevelure abondante de son frère.
Ses petites mains s’agrippaient aux replis du vêtement cherchant ses épaules, glissant contre sa peau frémissante.
Le dieu saisit la fine main de sa sœur dont il admirait la blancheur, il la laissa glisser le long de sa paume.
 
« C… c’est agréable… te sentir si proche de moi… »
 
Les mains de Pandore glissèrent doucement jusqu’à la taille du dieu puis s’enroulèrent derrière son dos. Hadès émit un petit soupir au contact des formes généreuses de sa petite sœur. Celle-ci se pelotonna encore davantage contre lui, cherchant à attirer vers elle toute cette douceur trop longtemps réprimée.
Mais Hadès refusait de se laisser aller complètement, il se déroba lorsqu’elle voulut porter un regard amoureux sur lui.
 
« Qu’y a t-il ?
-         Pandore…
-         Oui ?
-         Non ce n’est rien, c’est juste qu’en te sentant si proche de moi agissant avec moi comme une grande sœur, je pense à tes parents… Je t’ai arraché à leur affection. »
 
Le seigneur des ombres détourna pudiquement les yeux. Mais Pandore passa une main d’une finesse extrême sur sa joue. Son regard exprimait autant de tristesse que celui d’Hadès.
 
« Ce que tu peux être égoïste…
-         …
-         Moi aussi je suis responsable de la mort de mes parents. C’est moi qui t’ai libéré et depuis que je suis revenue à la vie je t’ai suivi de mon plein gré. Je suis aussi responsable que toi. Ma mère me prenait contre elle et m’apportait du réconfort mais aujourd’hui c’est toi la seule personne qui m’apporte du réconfort… mais aussi du souci et de l’angoisse.
-         Pardonne-moi, je…
-         Non, ne t’excuse pas. Ce que je veux dire… c’est que tu es la seule personne avec qui je me sens bien. »
 
Hadès la laissa passer sa main sur sa joue, quand elle l’en retira, il la saisit puis l’embrassa tendrement.
 
« Dans ce cas nous sommes destinés à être tout l’un pour l’autre.
-         Oui désormais nous serons tout l’un pour l’autre, inséparables… »
 
Pandore enfouit littéralement sa tête brune dans le creux du cou de son amant. Il passa son bras autour de sa taille et inclina son menton vers son visage. Ils restèrent ainsi quelques minutes avant qu’Hadès ne sente la sensation que quelque chose de soyeux lui glissait entre les mains, il crut durant une seconde de désespoir qu’elle lui échappait mais c’était le contraire : Pandore s’élançait de plus en plus vers lui, faisant glisser sa fine robe le long de ses épaules dévoilant celles-ci d’une grande blancheur.
 
De ses doigts fins elle atteignit le visage du dieu.
Celui-ci se laissait caresser sans résistance.
 
« Tu sais… moi aussi je me souviens de cette époque lointaine où j’étais l’épouse du dieu des morts. »
 
« Je ne comprenais pas pourquoi il avait toujours l’air triste en me regardant. Tout ce que je savais faire c’était le regarder sans rien dire.
Quand il était près de moi je me contentais de sourire, quand il était loin, je regardais les arbres et les fleurs s’épanouir en pensant à son retour. »
 
La fine robe de Pandore glissa encore plus le long de ses bras tandis que son visage se rapprochait encore de celui d’Hadès. Elle paraissait en proie à une subite fièvre car sa respiration était haletante.
 
« Oui je restais là à le regarder sans rien dire. C’est pour cela qu’il est parti conquérir le monde. Il ne comprenait pas à quel point j’étais heureuse. Alors il est parti par amour pour moi mais il aurait suffi qu’il reste pour me rendre heureuse. »
 
Hadès paraissait triste.
 
« Alors c’est pour cela que tu ne me disais rien, que tu ne me reprochais jamais rien ? Sans le savoir j’avais tout simplement réussi à te rendre heureuse… Peut-être est-ce pour cela que je suis parti ? Je ne pensais pas mériter un tel amour. »
 
Pandore saisit le visage de son amant de ses deux fines mains blanches, ses cheveux s’étalaient de chaque côté de ses épaules nues renforçant encore plus le contraste de ses yeux écarlates.
 
« Oh… Hadès… C’est grâce à toi que j’ai réalisé que le bonheur ne se perd jamais. C’est tellement beau que ce soit la personne qui m’a pris mon bonheur qui ait été celui qui me l’a rendu. »
 
Hadès approcha son visage de celui de sa sœur révélant par sa douce pression sur sa taille la naissance de ses seins nus. Lentement, doucement, ses mains repoussèrent le tissu jusqu’à ses hanches.
 
« Cette fois je ne m’enfuirai pas. Aucun monde ne pourra me détourner de toi. Ou peut-être que le monde que je cherchais, c’était toi finalement. »
 
Pandore approcha son visage plus fiévreux que jamais du sien. Elle ressentait la chaleur de son corps tremblant contre le sien, la caresse de ses cheveux tombant sur ses épaules, la force de son étreinte sur sa taille. Ils n’avaient plus qu’un obstacle à franchir pour que tout cela leur appartienne pour l’éternité.
 
« Hadès, le destin nous a faits frères et sœurs à cette époque mais je m’en moque. Je n’ai jamais vécu pour un autre que toi. Cette fois je ne te laisserai pas partir. »
 
La robe de Pandore glissa jusqu’à ses pieds tandis que ces deux êtres qui s’étaient tellement cherchés sans se voir s’embrassaient passionnément et laissaient enfin libre cours à leur amour, leurs mains enlacées l’une dans l’autre maintenant inséparables même pour le destin.
 
Emportés dans le torrent de leur passion, ils ne sentaient plus la froideur de la pluie se mélanger à la sueur. Leurs lèvres se cherchaient constamment et quand ils relâchaient leur étreinte l’un sur l’autre ce n’était que pour reprendre leur souffle. Leurs langues s’entremêlaient avec une volupté insoutenable qui leur arrachait des cris de jouissance. Et tout le temps que l’orage gronda, leur désir ne fit qu’augmenter jusqu’à les laisser sans force aucune.
Alors ils s’endormirent, chacun dans les bras de l’autre, le sourire aux lèvres tandis qu’un timide clair de lune illuminait le divin couple. Ils ne le savaient pas encore mais leur passion avait donné naissance à une nouvelle vie. Ainsi, lors de leur première nuit ensemble fut conçue Makaria, l’enfant du désir.
 
***
 
Assis sur la terrasse d’un pub partiellement détruit, les trois juges de l’Enfer regardaient le retour du soleil. Un employé de bar hagard leur avait servi leurs consommations, trois bloody mary, prenant machinalement les quelques livres sterling qu’ils lui avaient laissé en paiement.
 
Lorsqu’ils eurent épuisé tous les autres sujets de conversation, Minos finit par prendre la parole alors que Eaque cherchait du regard un édifice familier.
 
« Rhadamanthe… Je ne peux m’empêcher d’y penser. Mais que dirons-nous au pauvre bougre qui nous demandera la raison de toutes ces batailles et souffrances ? Que répondrons-nous lorsqu’une foule de miséreux se pressera à nos portes pour nous demander la raison de tout cela ? 
-         Eh bien je suppose que… nous répondrons que… c’était pour la gloire d’Hadès. »
 
A ces mots, Eaque eut un rire franc qui contrastait avec l’état dramatique du pays dans lequel il se trouvait.
            « Eh bien trinquons à la santé de notre maître, messieurs ! En espérant le revoir bientôt ! »
 
Et les trois juges levèrent leurs verres laissant à Rhadamanthe l’honneur d’ajouter dans sa propre langue le nom qu’ils allaient reprendre en les entrechoquant.
 
« Hades Glory »
 
 
A SUIVRE…

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