Bienvenue sur Saint Seiya Animecdz
  




Cette fiche vous est proposée par : Alwaïd


La Trilogie Gaïa

Epilogue – Gaïa


Neuf ans après l’Oubli


 


Grèce - Zeuxis


La foule se tenait en masse compacte devant un vaste rideau haut comme cinq hommes. Devant le tissu, Zeuxis sur une estrade dévisageait les visiteurs. Il y reconnaissait les personnes importantes d’Athènes comme les simples habitants, et bien sûr, ses amis venus l’encourager.


Hommes, femmes et enfants contenaient difficilement leur impatience à découvrir la création de l’artiste. La renommée de sa peinture et de ses sculptures se propageait au rythme des récits des voyageurs, et plus d’un curieux étaient prêts à parcourir une longue distance pour observer cet art et l’homme emprunt d’une telle inspiration.


Au geste de Zeuxis, chacun fit silence. L’artiste parcourut la foule du regard, entraînant ses cheveux en un doux mouvement duquel naquirent d’éphémères couleurs. Dans un sourire mystérieux, Zeuxis déclara, le bras tendu vers le rideau :


- Avant de découvrir les fruits de mon travail, vous devez être prêts. Que les mères et les pères s’assurent que leurs enfants ne soient pas emportés par le choc de cette œuvre. Tenez-les contre vous, ne…


Un grondement en approche coupa le discours de Zeuxis. Derrière le rideau, le son d’un sol martelé se faisait de plus en plus intense, comme si de la plaine dissimulée par le tissu arrivaient d’innombrables cavaliers. Zeuxis semblait surpris, et son regard interrogateur porté vers la foule instilla en celle-ci la peur de l’inconnu. A l’approche d’une cavalcade effrénée, le rideau vibra avant de voir ses tringles sectionnées par autant de flèches qui fusèrent au-dessus des spectateurs. Le rideau tomba.


La foule prise de panique s’enfuit alors dans des cris terrifiés. Une dizaine de guerrières à cheval brandissaient leurs épées ou bandaient leurs arcs. Leurs visages déformés par la colère appelaient à la guerre. Leurs destriers aux sabots cernés de dagues, aux selles bardées de pointes, allaient dans leur lancée écraser les spectateurs.


La frayeur mit longtemps à se dissiper. Certains au premier rang rouvrirent les yeux, surpris de n’être pas morts. Et pour cause : les chevaux ni les femmes n’avaient bougé. Figés dans leurs postures guerrières et leur élan si naturel, ils n’étaient que sculptures. Les derniers cris se firent entendre, les pleurs s’asséchèrent, et à la frayeur succéda la contemplation.


Les plus téméraires osèrent toucher la pierre, comme pour se convaincre que non, il ne s’agissait ni de poils ni de tuniques féminines. Et pourtant leurs douceurs, leurs teintes… tout paraissait si vrai. A tel point que tous crurent voir en ces pierres et parmi ces couleurs les élans de la vie.


Zeuxis pencha la tête par-dessus l’épaule d’un jeune homme qui tenait dans ses mains un stylo et un calepin ouvert sur une page vide. Lorsque l’écrivain vit Zeuxis derrière lui, il resta un temps figé, impressionné par la dignité et la beauté de Zeuxis, et honteux de son mutisme épistolaire l’empêchant de trouver les mots pour décrire l’œuvre du peintre-sculpteur.  


- Le silence aussi est source d’inspiration, dit Zeuxis. Ne craint pas son emprise.

- Vous… commença le jeune homme, trouvant enfin devant Zeuxis la phrase qu’il recherchait : Vous donnez vie aux natures mortes !


 


~---~


Amérique du Nord - Altaïr


Comme chaque nuit depuis plus d’une semaine, Altaïr se réveilla. Il repoussa sa couverture, se leva, savoura un instant le silence du chalet avant que ce même silence ne le pousse à sortir.


La lune nimbait de sa clarté le paysage nocturne. Altaïr rejoignit la rivière dans laquelle il plongea ses mains. La fraîcheur de l’eau faisait écho à la chaleur de la nuit. L’Indien but de minces gorgées tout en fermant les yeux afin de ressentir pleinement l’eau envahir ses chairs. Puis il se releva et traversa les bois jusqu’aux premiers plis de la montagne. S’interdisant d’aller plus loin, il tournait en larges cercles, contournait les arbres et regardait tour à tour la montagne et la forêt.


Lorsqu’il entendit des pas derrière lui, il reconnut immédiatement la douceur de la démarche. Agenouillé et les bras ouverts, Altaïr accueillit une fillette de trois ans.


- Que fais-tu là, Pamuy ?

- Je t’ai entendu sortir, répondit-elle de sa voix d’enfant ensommeillée. Tu as peur pour maman ?

- Il n’y a pas de raison d’avoir peur, ma belle. Tu vois cette mousse sous tes pieds, touche-la, tu sentiras sa douceur. Amitola repose sur une telle mousse, les vents sont chauds, la lune pleine lui offre ses rayons. La montagne veille sur maman, Amitola reviendra bientôt.

- Elle me manque.


Altaïr prit sa fille dans les bras et se releva. Pamuy se lova contre son épaule et s’endormit aussitôt. Ce câlin fut la goutte qui déborda sur la joue d’Altaïr. Larme d’amour née du bonheur d’avoir dans le cœur et dans l’âme une si belle famille. Le calme de Pamuy rendit le sien à Altaïr. Sa joie cristallisée en larme épargnait maintenant les remous de son corps. Il prit de grandes inspirations et soupira chaque fois un plaisir débordant.


Avant de retourner au chalet, Altaïr tourna son regard vers la montagne. Il y devinait sa femme allongée sur le dos, les mains posées sur son ventre. Comme pour Pamuy, Amitola avait tenu à respecter la tradition et à s’isoler peu de temps avant son accouchement.


Silence, amour, respect, telles étaient les leçons qu’en solitaire Amitola transmettait à leur enfant à naître. Pour l’avoir si souvent vue bercer Pamuy, Altaïr imaginait sa femme murmurer à son gros ventre les chants de la nature inspirés des oiseaux et du vent, de l’eau et des forêts, du ciel et de la terre.


Altaïr fit quelques pas à travers la forêt lorsqu’un cri l’arrêta. Répercuté par la montagne, un pleur venait d’atteindre l’Indien qui se figea dans l’instant. Un second cri parcourut les reliefs et son jeu dans les roches le mena jusqu’à lui. Le cri d’un nourrisson. Le souffle d’un garçon.


 


~---~


Grèce – Neferia


Deux jours à Athènes, c’était bien trop court. Mais le timing de Neferia était serré. En un mois elle avait parcouru la Grèce afin de photographier chaque temple, et elle terminait son séjour par Athènes, ce qui lui permettait notamment d’assister au vernissage de l’exposition de Zeuxis. Le nom de ce peintre-sculpteur avait franchi la Méditerranée jusqu’à Deir el-Bahari, et sa curiosité ne fut pas déçue. La surprise des guerrières fut merveilleusement mise en scène avec les percussions simulant une cavalcade effrénée. Neferia adorait découvrir les talents étrangers au cours de ses voyages. Les temples qu’elle étudiait recélaient aux aussi une inspiration artistique dont la grâce émouvait Neferia. 


Son avion vers l’Egypte décollait à minuit. L’aube à peine annoncée ouvrait son dernier jour en Grèce. Pour l’occasion Neferia avait profité de la nuit pour gravir l’Acropole. Elle désirait photographier le Parthénon aux premiers rayons du jour, dans une solitude propice à la rêverie.


En errance entre les colonnes, Neferia cherchait un bon point de vue. Elle s’arrêta net lorsqu’au tournant du temple elle distingua, assis sur un rocher, un homme tourné vers le soleil levant.


Elle approcha sans bruit mais l’homme se retourna. Leurs regards se croisèrent en silence. Neferia intriguée ne trouvait mot à dire. L’homme demanda dans un sourire :


- Amoureuse des ruines ?

- Je m’appelle Neferia, je suis archéologue… et oui, amoureuse des ruines. Je les prends en photo à travers la Grèce. D’ailleurs si vous le permettez, j’aimerais prendre quelques photos de vous en contre-jour à côté de ce temple. Votre allure et ces ruines illustrent parfaitement ma perception des temples.

- Faites je vous prie.


Neferia se déplaçait d’un lieu à l’autre pour trouver les meilleurs angles. L’homme, dont la rousseur des cheveux apparut au soleil, demanda :


- Puis-je connaître votre perception des temples ?

- Pas avant que je ne connaisse votre prénom.

- Ki-lin.

- Eh bien, Ki-lin, observez les remparts d’Athènes. Pensez-vous sincèrement que des hommes soient parvenus par une technologie inconnue à soulever de tels blocs de pierres, à ériger des murailles de telles hauteur et épaisseur ?

- L’union des hommes en un projet commun peut engendrer des merveilles. Pourquoi douter de leurs capacités ?

- A cause du mystère qui entoure cette ville. Selon les datations Athènes est très récente, et de nombreux ouvrages lui confèrent une toute autre architecture. Nulle trace écrite ou orale ne témoigne de la transformation d’Athènes, et pourtant nous avons sous les yeux ce résultat incroyable.

- C’est le cas pour nombre de temples dont les origines semblent avoir été perdues.

- C’est exact, mais là où les scientifiques s’arrêtent à dire qu’il n’existe nulle explication plausible, pour ma part je cherche ailleurs et trouve des hypothèses dans les écrits anciens, dans la mythologie. 

- Vous voulez dire… que vous croyez à ces fables ? Je ne nie pas qu’elles détiennent certainement une réalité historique derrière leurs métaphores, mais de là à les prendre au premier degré… Sincèrement, vous pensez qu’il existait des héros tueurs de monstres, des dieux aux pouvoirs surnaturels ? 

- Je suis sensible à ces récits. Disons que le fait de ne pas savoir assurément qu’ils sont pure invention m’oblige à garder l’hypothèse de leur existence. 

- Alors, dit Ki-lin avec malice, si mon allure illustre parfaitement votre perception des temples, j’en conclus être un dieu à vos yeux.


L’Egyptienne rangea son appareil en riant puis rejoignit Ki-lin.


- Il faudrait pour cela que votre âme ait la grâce et la dignité de votre silhouette, or je ne connais rien de vous. Et je me méfie des préjugés, aussi plaisants soient-ils. Peut-être en saurais-je plus si vous me disiez à votre tour ce que ces temples vous inspirent.

- Ma vue diverge de la vôtre. Sans appeler au divin, je crois en une forme d’inconscient collectif dans lequel les artistes éclairés parviendraient à puiser l’inspiration d’une beauté rare dont ces merveilles architecturales seraient l’une des expressions. Des hommes et des femmes dont la vie eut été consacrée à l’approfondissement de leur art, des êtres si perdus en leur univers qu’ils parviendraient à livrer la quintessence des formes, des textes, de tout ouvrage réalisé avec une passion ceinte d’amour. Nous seuls délimitons notre imagination, notre inspiration, mais certains parviennent à les transcender et à offrir, par exemple, la magnificence de ces temples. Et quand je regarde ces édifices érigés par tant de travail, couverts de tant de sueurs, j’y vois l’union des hommes.

- Ou le fouet des bourreaux.

- Ou la foi en une œuvre commune de laquelle émanerait une force insoupçonnée.

- La foi… vous y êtes donc aussi sujet. Avec ou sans dieux, nos philosophies semblent bien tributaires de nos croyances, de nos espoirs peut-être.

- Certes, approuva Ki-lin dans un sourire.


Après un court silence, Neferia tendit la main en signe d’au revoir.


- Le temps me fait défaut, je dois partir. Ravie de vous avoir rencontré. Je garde votre théorie à l’esprit, peut-être de nouvelles découvertes me convaincront de votre intéressante vision des hommes. 

- Reviendrez-vous ?

- Probablement. Athènes reste une énigme. De plus c’est une belle ville. D’elle émane une aura où l’on se sent en paix.

- N’est-ce pas le cas chez vous ?

- Si. Deir el-Bahari est un havre propice à la contemplation et aux études. Nos temples vous plairaient, je pense. Ils se prêtent aisément aux rêveries éveillées.

- Ainsi seule nous sépare la Méditerranée.


A ce nom Neferia plongea son regard dans celui de Ki-lin. La simple évocation de cette mer aimée l’emplissait de bien-être.


Dans un dernier sourire, Neferia s’en alla. Ki-lin resta figé. Ce regard, juste avant de partir… Ki-lin aurait juré, ne serait-ce qu’une seconde, voir la mer en ses yeux. 

Commencer







Recopier le nombre avant d'envoyer votre formulaire.




© 2002-2018 Animecdz. Tous droits réservés. Saint Seiya © Toei Animation, Bandai et Masami Kurumada