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Cette fiche vous est proposée par : Aqualudo


Les ages mythologiques

C'était par une de ces journées chaudes de printemps. Le soleil, en ce début de matinée, était déjà haut dans le ciel et la chaleur était étouffante. Macubex marchait depuis des heures dans un dédale de vallées encaissées, où poussait une herbe haute et drue, à la couleur jaunie par le soleil ardent, dans laquelle l’éphèbe s'enfonçait jusqu'à la poitrine. Il n'y avait pas le moindre souffle de vent et l’Hindou commençait à montrer des signes de fatigue après cinq jours de marche ininterrompue. Un silence profond régnait sur la campagne, troublé uniquement par le cri lugubre des corbeaux noirs qui volaient parfois dans le ciel au-dessus du représentant d’Athéna. Comme pour rompre ce silence pesant qui l'oppressait, le vieux guerrier se retourna vers Macubex. C'était un ancien éphèbe, nommé Chalkios, qui avait échoué à conquérir l’Armure de la Meute que Macubex convoitait à présent et qui avait été désigné pour conduire l’éphèbe après son départ d’Eleusis. Ce dernier, dont le manteau noir se mariait avec la couleur mate de sa peau mais concentrait davantage les rayons du soleil, marchait sans un mot. Son visage fin, presque émacié, était presque entièrement dissimulé sous son capuchon. Il paraissait perdu dans ses pensées, comme isolé dans un monde fermé et inaccessible. Son regard semblait fixer non pas la plaine bleutée devant ses yeux, mais un point au-delà de l'horizon, un point que nul sinon lui-même ne pouvait percevoir.

***

Un nouveau jour se levait. Macubex savait que ce serait le dernier ici. Bientôt, il devrait partir. Il rassembla ses affaires, enfin le peu qu'on lui avait laissé après le drame, qui lui avait coûté si cher ... Sa femme et son jeune fils, sa réputation, ses titres ; de tout cela, il ne lui restait rien, il avait tout perdu. Tout ce qui lui restait c'était cet anneau qui pendait à son cou, cadeau du chef de village lors de son union, seul souvenir de sa femme. Macubex prit son anneau dans ses mains, le regarda longuement et replongea quelques instants dans ces jours anciens où il était heureux.
Fils du forgeron du seigneur Alvesh, Macubex vécut avec son père aisément et à l'abri des fortifications de Hastinapura, dans la vallée du Gange. Dès son plus jeune âge, il adorait regarder son père forger les armes de bronze et les objets de cuivre : les étincelles, les flammes, le bruit, ces masses informes qui prenaient vie le fascinaient. Il aidait d’ailleurs souvent son père, même si ce dernier avait demandé au seigneur Alvesh d'éduquer Macubex au tir à l'arc et au maniement du glaive, afin d'en faire un éclaireur et un chasseur avisé. A l'âge de 17ans, il était ainsi devenu le meilleur éclaireur de ces terres chaudes et humides ; il en connaissait le moindre recoin, la moindre parcelle, aimait à courir dans la jungle pourtant redoutable. Alvesh, convaincu par ses qualités, finit par le prendre dans sa garde et au fil du temps, plaça en Macubex une confiance digne de celle d’un père pour son fils. Macubex connut la consécration lorsque son maître lui accorda la main de sa fille, la douce Artémia.
Tout souriait à Macubex, la gloire, la fortune, la vie d'aventure dont il rêvait, une femme belle à mourir qui lui avait donné un fils, que pouvait-il demander de plus ?

Un bruit le tira de ses souvenirs heureux. On tapait à la porte.
« Il est l'heure !
- Bien », dit-il simplement en mettant son sac sur le dos.
Il ouvrit la porte, regarda son vieil ami, Inâh, qui l'accompagna jusqu'à la salle du conseil. « Courage, susurra-t-il, bientôt cela sera fini ». Macubex le regarda droit dans les yeux, et Inâh vit que son ami n'avait nullement peur. Tout ce qu'il pouvait voir dans ses yeux n'était que tristesse infinie.

Debout dans la salle du conseil, Macubex attendit son jugement. Alvesh y siégeait, ainsi que plusieurs nobles, et représentants religieux. Le seigneur prit la parole :
« Macubex, je ne te dis pas pourquoi tu es là, tu le sais. Nous allons te juger. Je vois que ton sac est déjà fait, désires-tu dire quelque chose à l'assemblée sur ce qui s'est passé?
Macubex le fixa, désabusé.
- Vous connaissez les faits, il n’y a rien à ajouter.
- Considérant l’avis des sages, tu ne peux mourir : le sceau que tu portes à ton cou est un signe divin, nous ne pouvons rajouter la colère des dieux au malheur que tu as semé. Tu es exilé. Quitte cette terre, ne reviens jamais. Ta femme et ton fils reposeront ici, avec leurs ancêtres. Oublie-les !

Macubex quitta son village natal et rejoignit la vallée de l’Indus et le royaume d’Harappa. Il y vécut trois ans, seul. Il s’y était endurci comme le montrait sa musculature, il s’y était fait une place : une cabane assez bien arrangée, de quoi vivre, ou plutôt survivre dans son cas. Car la vie n’était plus la même : Macubex avait découvert les tourments de la solitude. Pourtant, même s’il avait songé à la mort, une force irrésistible le poussait à vivre. Par les hasards de la vie, il croisa un vieux sage qui s’intéressa de près à son pendentif. « Celui qui veut trouver sa voie devra aller à Hattousa » lui dit-il. Macubex se mit en route le soir même, au crépuscule ...

***

« Tu sembles ailleurs », se risqua Chalkios.
Macubex répondit après une petite hésitation, comme si un court instant lui était nécessaire pour reprendre ses esprits et revenir dans le monde réel.
« Au-delà de ces montagnes se trouve la terre qui m’a vu naître, grandir, aimer. C’est là que j’étais.
- Ah, un poète. Tu devrais tout de même prendre garde à regarder où tu marches, on ne sait jamais.
- Toi aussi », répliqua Macubex en souriant lorsque Chalkios trébucha sur une pierre.
Et il se replongea dans sa méditation silencieuse.

Les deux hommes marchèrent jusqu’au coucher du soleil. La cité d’Orchomène était proche mais Macubex insista pour dormir à la belle étoile. Son compagnon se plia bon gré mal gré à sa supplique et les deux hommes s’endormirent autour d’un petit feu de camp. Lorsqu'ils s'éveillèrent, le soleil levant éclairait les montagnes d'une lumière diffuse, et pour la première fois, ils contemplèrent la cité. Des tours massives et crénelées se dressaient vers le ciel, tandis que les remparts colossaux s'élevaient devant eux, massifs, puissants, bâtis à une époque où les Olympiens avaient affronté les Titans. L’espace urbanisé s'étendait sur le flanc d'une montagne, non loin d'une vallée abrupte et encaissée. Mais au fil des âges, elle s'était développée, croissant jusqu'à ce que la place fît défaut. Alors, des bâtiments furent construits autour des murailles et même plus loin, dans la vallée. La place manquait cependant toujours pour abriter une population sans cesse croissante, d’autant que les troubles actuels poussaient les civils vers les cités les mieux fortifiées, aussi les maisons étaient entassées les unes sur les autres, formant un dédale inextricable.
«  Je ne pensais pas trouver un telle cité au milieu de cette campagne sauvage, fit Macubex admiratif.
- Si tu avais parlé un peu plus je t’aurais présenté Orchomène dans les moindres détails. La déesse Artémis veille sur cette cité prospère. C’est ici que tu suivras ta première formation. D’ici deux années, si tu es prêt bien entendu, tu partiras pour les Bois Sacrés à la recherche de ton armure.
- Un Maître m’attend-il ?
- Oui. Il s’agit de Brasidas du Grand Chien.
- Un Guerrier d’Argent je présume.
- Tout à fait. Il sera ton maître et si tu suis ses préceptes, tu réussiras. C’est un homme intègre, courageux, un vrai père pour nous tous qui servons Athéna dans cette cité.
- Cette cité Orchomène n’est donc pas sous la tutelle d’Artémis ? fit Macubex intrigué.
- Si mais, à l’instar de nombreuses cités grecques, chaque divinité y dispose de temples ou de sanctuaires. En fait, lorsque j’y pense, je ne vois qu’Argos qui échappe à cette règle. Là-bas tout respire Poséidon et uniquement lui !
- Je vois. En route, conduis-moi à Brasidas, j’ai hâte de le rencontrer et de commencer enfin ma formation.
- Etranger, juste entre nous : essaie de sourire un peu, j’ai l’impression de converser avec un mort.
- Mais je suis mort, Chalkios, je suis mort depuis longtemps déjà », répondit durement Macubex.

Les deux hommes rejoignirent donc Orchomène en se mêlant aux commerçants et aux voyageurs venus y trouver refuge ou tout simplement profiter de la grande fête dédiée à Artémis qui précédait l’été. Le dédale présenté par Chalkios était pire que ce que Macubex avait imaginé. Maintes fois, il eut l’occasion de se perdre dans ce labyrinthe inextricable de ruelles poussiéreuses dépourvues de la moindre organisation logique. L’éphèbe aima tout de suite cet endroit. Même Argos ou Tanis qu’il avait visitées n’avaient rien à voir. Tout n’était que couleurs, parfums, bruits, tumulte dans lequel il pouvait se fondre, disparaître. Sur chaque place de la cité se dressait un marché où se pressait une foule bigarrée. On trouvait des étals et des boutiques improvisées partout : au pied des tours centenaires en pierre calcaire, le long des ruelles étroites, autour des statues d’olympiens – en fait surtout d’Artémis -, n’importe où, pourvu qu’il y eût suffisamment de place pour étaler les marchandises. On trouvait de tout : armes de bronze, chèvres, ânes, parures, nourriture, fourrures d’occident, étoffes de la lointaine Asie, vins en grandes quantités, bière égyptienne, esclaves ; tout était disponible, tout pouvait s’acheter ou s’échanger. On se livrait à des marchandages implacables. Et Macubex ne fut pas en reste pour négocier des parchemins vierges et des rouleaux de papyrus lors de sa formation.
Les gardes de la cité patrouillaient régulièrement pour assurer un semblant de sécurité mais personne n’était dupe : le vieux souverain, Leonaos, était malade et ne pouvait plus vraiment tout surveiller. En conséquence, il était aisé de corrompre les gardes et Macubex apprit à en jouer. Des mendiants déguenillés en provenance des régions dévastées par la guerre, principalement du nord de la Grèce, et des prostitués s’agglutinaient autour des marchés. Macubex rejoignit le bâtiment des serviteurs d’Athéna dans le Quartier des Potiers. C’était un ancien temple aménagé avec soin qui accueillait une dizaine de personnes. Macubex appréciait l’endroit, comme il aimait flâner dans les ruelles voisines et admirer l’ouvrage magnifique des artisans les plus talentueux d’Orchomène. Potiers, orfèvres, forgerons et autres artisans rivalisaient de talent et de travail. En un sens, il redécouvrait avec joie le travail de son père. Des artistes se livraient également à leur art, et on pouvait entendre des musiques variées et magnifiques résonner dans la Cité, ou admirer les dernières œuvres des peintres sur les frontons et les murs des temples et des sculpteurs autour des sanctuaires. La foule grouillait dans la Cité pluriséculaire, s’éparpillant comme des insectes parmi les monolithes qui avaient connu l’Âge des Titans.

La nuit, la même agitation régnait. Les auberges étaient souvent complètes depuis longtemps et de nombreux voyageurs installaient leur campement à même le sol, sur les places ou dans les ruelles étroites et sinueuses de la Cité. Brasidas et Macubex aimaient s’enfoncer toujours plus loin au cœur de la cité, là où les ruelles obscures étaient désertes et silencieuses. Ils sortaient alors de la cité par la porte sud et s’enfonçaient vers les ruines d’un antique quartier abandonné. Ce dernier était désormais désaffecté, laissé à l'abandon, et un silence inquiétant régnait dans ces bâtiments de pierre désertés, que seul venait troubler le murmure du vent, emportant avec lui les derniers soupirs des spectres qui hantaient encore ces lieux. Les habitants d’Orchomène évitaient ces ruines qui offraient des abris précaires aux quelques créatures ne craignant pas le murmure des fantômes dans la nuit. C’est là que Macubex apprit à maîtriser l’art de l’illusion sous les indications de son Maître devenu un second père pour lui. Macubex, pour la première fois depuis le drame qui l’avait frappé, revivait.

***

Deux années passèrent. Macubex vécut heureux. Il s’ouvrait davantage à son Maître et semblait peu à peu laisser de côté son obscur passé. S’il ne lui avait pas raconté le drame qui l’avait frappé, il n’avait pu cacher ses angoisses, ses cauchemars. Brasidas se montra attentionné pour ces choses, mais aussi dur lorsque son enseignement reprenait le dessus. L’Hindou apprenait peu à peu à maîtriser son Kosmos. Il n’avait pas encore abordé la question de son Armure car il trouvait dans cet enseignement une source de vitalité qu’il n’aurait jamais soupçonnée auparavant. Son destin se rappela cependant à lui un jour d’automne.
« Etranger, nous allons partir pour le petit village de Tegaia, à côté du lac de Phégée. C’est un minuscule petit hameau somnolant situé à la lisière d’un grand bois consacré à Artémis. Il est composé de modestes familles de fermiers et de bûcherons ; cette communauté a été fondée voilà deux générations à présent et depuis sa création les habitants n'ont connu que paix et prospérité. Mais, à l'instar des douces brises de fin d’été qui peuvent rapidement tourner en un sinistre orage automnal, les troubles qui ont frappé le monde n’ont pas épargné cette communauté. Tu devras te montrer digne de la confiance d’Artémis en terrassant les êtres d’outre-tombe qui viennent troubler la quiétude de ces gardiens sylvestres. Si tu parviens à satisfaire les désirs d’Artémis, elle te laissera pénétrer dans son Bois Sacré où se trouve cachée l’Armure que tu convoites.
- Quel est donc le lien entre le Sanctuaire et Artémis pour que cette dernière ait en sa possession l’une des Armures Sacrées ? dit Macubex intrigué.
- Lorsque, comme je te l’ai narré, Athéna dispersa les Armures de part le monde, celle de la Meute se retrouva ici, en Arcadie. Il se trouve qu’Artémis s’en est emparé et a décidé de la monnayer contre des « services » que notre déesse pourrait lui rendre. Il y a plusieurs mois, l’un des nôtres a commis l’irréparable en massacrant des guerriers d’Artémis, de farouches Amazones.
- Vraiment ?
- Oui. C’est Nevali du Loup qui a dû, selon les dires de Philomène du Cocher, un de mes vieux amis, tuer des Amazones pour avoir la vie sauve. Les détails sont encore obscurs mais les faits sont là : Artémis réclame vengeance et n’est pas prête à restituer l’Armure de la Meute sans contrepartie. C’est pourquoi une de ses gardiennes m’a confié cette mission pour toi.
- Très bien. Ce sera l’occasion de voir si ton enseignement a été aussi bon que je le crois.
- Méfie-toi des Amazones, mon ami. A Tegaia tu seras seul. Je ne pourrai rester avec toi. Il te faudra contenter ces villageois, sous la surveillance de farouches guerrières. Ce sont elles seules qui te permettront de pénétrer dans le Bois Sacré. Artémis aime jouer avec les mortels, prends garde.
Macubex sourit.
- Je suis naturellement méfiant et la seule personne à qui je fasse totalement confiance, c’est moi. Merci pour ce que tu m’as apporté Brasidas. Tu es honnête, courageux, simple et sage. Je suis heureux d’avoir eu la chance de connaître un second père.
- Me diras-tu un jour ton nom ? demanda le vieux guerrier en serrant son éphèbe contre lui.
- Lorsque nous nous reverrons au Sanctuaire, je te le promets.
- Alors j’attendrai, Macubex.
L’Hindou recula d’un pas, l’air décontenancé.
- Sois telle une ombre dans la nuit mon ami, fais le deuil de ton passé et ne fais plus qu’un avec ta conscience. Tes émotions refoulées te trahissent, ta femme et ton fils, errant dans l’autre-monde, ne cessent de t’appeler à leur secours parce que tu entretiens un lien trop fort avec eux : laisse-les en paix. Celui qui découvrirait cette faille pourrait te détruire, Macubex.
- Brasidas, tu ne m’as jamais dit que tu savais, pourquoi ?
- C’est la dernière leçon : ne crois pas pouvoir tromper le Kosmos : le tien, comme le mien, dit tout de nous pour celui qui sait l’écouter. Je ne dirais rien, sois rassuré. Tes compagnons t’apprécient, apprends à les accepter et à leur faire confiance. Comme je te l’ai dit, seuls, nous sommes peu de choses ».

***

Le sous-bois entourant le village de Tegaia était principalement constitué de chênes-verts avec peu de broussailles. L’automne était bien entamé à présent et le temps commençait à devenir plus instable ; les orages étaient violents et fréquents, comme en cette soirée où une terrible tempête se préparait derrière les collines. Macubex, une fois admis au sein de la petite communauté, n’avait pas tardé à partir en quête de l’origine du trouble qui bouleversait la quiétude de cette vallée si paisible. Les quelques fermiers et bûcherons avaient tous parlé des mêmes phénomènes macabres et Macubex n’avait pas attendu l’arrivée des Amazones pour partir en chasse. Comme ailleurs de par le monde, sur un ancien champ de bataille, des morts revenaient à la vie sous l’injonction d’un Dard de l’Indicible, un sorcier identique à celui qui s’était attaqué aux élus à Didymes des années auparavant. Tel un chasseur, l’éphèbe traqua sa proie pendant plusieurs jours et finit par découvrir sa tanière : une petite crypte aménagée dans les ruines d’un vieux temple.
Ayant beaucoup échangé avec Asturias sur ce sujet, le Dalmate vouant une véritable obsession pour l’Indicible et ses secrets, Macubex savait ce qu’il allait devoir affronter. Un seul de ces êtres, anciennement humain, pouvait décimer une armée, désintégrant les hommes, les transformant en poussière, les tuant sur le coup d'un seul mot. Leurs connaissances des anciennes magies leur conférait un avantage terrible, mais Macubex comptait bien sur son Kosmos pour vaincre. Il savait que grâce à Brasidas, il maîtrisait à présent de nouveaux pouvoirs et que, malgré tout leur savoir, ces serviteurs écarlates restaient mortels. Les sens tendus, le Kosmos courant dans tout son être, Macubex pénétra dans la crypte prêt à faire face. Une ombre menaçante entourée d’un halo rouge fit son apparition à l'extrémité d’un couloir. Le sorcier sombre attaqua le premier, déclenchant de ses doigts des éclairs coruscants que Macubex évita sans souci d’un simple bond. Profitant de son élan, l’éphèbe se projeta dans les airs pour ensevelir son adversaire sous les coups mais le sorcier disparut dans un nuage acide. Macubex, les yeux rougis de ses pleurs, déchaîna une onde de Kosmos pur à travers la cavité rocheuse, qui obligea le Dard de l’Indicible à se protéger derrière un bouclier invisible.
« Ta magie est puissante, mais pas aussi puissance que la mienne, rugit-il.
- Ce n’est pas de la magie, tu vas vite t’en apercevoir, sourit Macubex en écartant ses bras vers le plafond. Regarde donc qui je suis réellement : ATTAQUE FANTÔME ».
Sous le regard terrifié du sorcier, Macubex se dédoubla en deux, puis trois, puis des dizaines de spectres. Impossible de savoir où était le véritable éphèbe. Macubex jubilait. Il fonça sur son adversaire et ses dizaines de clones épousèrent ses mouvements : il attaquait sans cesser de se déplacer, chaque bond déchirait la robe sombre et pourpre du Dard et, finalement, il le projeta violemment contre la paroi de pierre froide. « C’est fantastique, murmura-t-il, il ne voit même pas mes mouvements, il ne peut rien contre moi ». Macubex ne prolongea pas ce combat plus que de raison : d’un revers de main enveloppée de son Kosmos éclatant il transperça son adversaire qui expira en quelques secondes. « Brasidas, je suis prêt à recevoir ce pourquoi tu m’as formé ! »

***

La pluie, glaciale. Une nouvelle fois cette pluie qui rendait ce Bois Sacré encore plus sinistre et terrible et lui offrait pourtant un peu de répit. Et que dire de ce vent qui pouvait presque rendre fou ? Macubex errait, nu, depuis près d’un mois à présent. Lorsqu’il était revenu à Tegaia encore sous le coup de l’excitation d’une victoire aisément acquise, les Amazones l’attendaient. Enfin il allait savoir. Enfin il allait pouvoir rejoindre le Bois Sacré et devenir un Guerrier d’Argent. Enfin il touchait au but. Enfin … Non, tout n’était plus que désespoir. Les Amazones l’avaient bien conduit dans l’un des Bois Sacrés d’Artémis, mais Macubex sut très vite que le chemin serait encore long : mis à nu sans qu’il puisse véritablement se défendre, celui qui pensait maîtriser un pouvoir incommensurable quelques heures auparavant n’avait plus été qu’un jouet entre les mains de ces farouches guerrières. Se vengeaient-elles des actes de Nevali ? Certainement en partie. Mais cela n’avait plus d’importance. Le Bois était une cellule : il avait été conduit dans une prison à ciel ouvert où une barrière invisible rendait toute évasion impossible. Chaque jour, des meutes de chiens enragés partaient à sa recherche. Il avait échappé à la mort à de nombreuses reprises : les Chiens d’Artémis n’avaient rien de commun, ils étaient capables d’absorber les coups les plus violents et seule la fuite offrait une issue. Il fallait être une « ombre dans la nuit » … Le conseil de Brasidas prenait tout son sens à présent. La pluie apportait du répit car les chiens ne pouvaient plus pister l’éphèbe. La nuit offrait un repos précaire car les chiens dormaient. Surtout, l’Hindou avait découvert un ancien temple abandonné, « Tauropolos » si on pouvait se fier aux inscriptions presque effacées par le temps, qui lui permettait de dormir au sec. Que faisait-il là ? Il n’y avait rien, pas d’Armure, pas d’Amazones, juste cette nature hostile. Devait-il mourir ici, seul, sans avoir achevé sa quête ? Non. C’était la seule chose qui le maintenait en vie. Macubex devait réussir, pour elle, pour lui. L’Hindou errait sous la pluie. Et puis, soudain, un bosquet se mit à frémir. Macubex savait qu’il ne s’agissait pas de chien. Une proie pour se nourrir et reprendre quelques forces ? L’éphèbe se lança à sa poursuite aussi vite qu’il lui était possible, en dépit de l’effet d’étourdissement que produisait sur lui ce bois enchanté. Un rire, un rire de femme. Inquiétude. Macubex crut discerner un bruit derrière lui, il se tourna. Choc. Il se retrouva à terre. Ce rire, toujours ce rire. Une femme venait de le frapper. Une Amazone ? La pluie avait cessé. Macubex décelait pourtant l’odeur de l’eau, cette brume si particulière ; il perçut le murmure d’une cascade et décida de suivre son instinct qui lui commandait de rejoindre cet endroit improbable. Il se retrouva bientôt devant un vaste bassin au pied d’une haute falaise d’où l’eau cristalline chutait bruyamment. Au centre de ce plan d’eau, il y avait une île où quelques arbres cachaient un mystère latent. Macubex se blottit sur la rive et attendit un signe. Rien ne vint si ce n’est le crépuscule qui déploya ses voiles sombres autour de l’éphèbe au corps endolori. La lune apparut en silence, miroitant dans le flot de la cascade dont le son accompagna l’Hindou dans un sommeil profond.

Lorsqu’il ouvrit les yeux, des mains humides et douces caressaient son visage. Macubex fixa un instant les yeux sombres de cette femme mince, désirable mais d’allure féroce. Il jeta un coup d’œil autour de lui : il était sur l’île. Plutôt ils étaient sur cet îlot. Elle le dévisageait des pieds à la tête. Macubex ne cachait pas son trouble de se trouver là, nu devant une femme, chose qu’il n’avait plus connu depuis des années.
« Tu n’es pas le premier homme que je vois, inutile de rougir.
- Je ne rougis pas.
- Mais je te fais un effet certain, répondit-elle sans baisser son regard.
Macubex croisa les jambes comme il put et s’assit en tailleur mais l’Amazone le poussa en arrière. Fasciné ou impuissant, l’Ephèbe se laissa faire tandis qu’elle s’asseyait sur son bas-ventre, les genoux contre la terre humide. Elle se mit à caresser son torse et se pencha.
« Tu sens mauvais, jeune Ephèbe. Viens dans l’eau avec moi.
- Je ne suis pas là pour ça ! répliqua sèchement Macubex.
- Oui, je sais. Tu es là pour l’Armure. Je suis celle qui pourra t’y mener.
- Pourquoi te croire ? Vous m’avez bien trompé à Tegaia en me laissant dans ce bois maudit alors que j’ai sauvé ce village des griffes du Dard de l’Indicible !
- Deux choses : rien ne dit que je sois une Amazone. Ensuite sache que les guerrières d’Artémis auraient pu, seules, se débarrasser de ce sorcier. Athéna doit beaucoup à Artémis, nous avons joué avec toi.
- Tu es donc une Amazone, répliqua Macubex, le « nous » vient de te trahir.
- Je la sers, mais il n’y a pas que les Amazones qui la servent. Viens à présent ».

L’inconnue retira sa parure verte et plongea, nue, dans l’étang. Elle nagea en direction de la cascade alors que le soleil annonçait son retour dans le ciel en poussant la lune derrière la frondaison des arbres. Macubex rejoignit la femme sous la cascade. Il laissa l’inconnue passer ses mains sur l’ensemble de son corps et le débarrasser de ces semaines de crasse. Il redevenait un homme et elle en était heureuse.
« Et maintenant ?demanda-t-il enfin.
- Tu vas être à moi. Je te veux.
- Tu es superbe et enivrante, mais je ne pourrais pas.
- Ton corps dit le contraire, lui souffla-t-elle à l’oreille en laissant descendre ses mains.
Dans un réflexe instinctif Macubex serra les poignets de la femme et la repoussa.
- J’ai une femme et je suis ici pour mon Armure.
- Ta femme est morte et je suis celle qui te donnera ton Armure. Je te veux.
- Non.
- Tu n’as pas d’autre choix si ce n’est de mourir ici.
- Alors je te tuerai, cingla Macubex en serrant ses poings tandis que son Kosmos commençait à troubler l’écoulement de la cascade.
- Tu ne m’impressionnes pas, Ephèbe d’Athéna. Je peux obtenir de toi tout ce que je veux. Je vais te le montrer. Je vais te posséder alors que tu aurais pu me posséder. La nuance ? Je vais te montrer l’image de ta femme pendant toute cette journée où tu seras à moi, où je jouerai avec ton corps. Lorsque j’en aurai fini avec toi, je te donnerai ton Armure Sacrée. Tu t’es fait la promesse ridicule de ne pas trahir le souvenir de ta femme tant aimée : tu vas la trahir contre ta volonté et cela te brisera le cœur. Si tu t’étais montré coopératif, nous aurions eu du bon temps tous les deux, tu aurais pu faire le deuil de ton Artémia qui gémit au fin fond des enfers.
- Tu ne devrais pas me sous-estimer, répliqua Macubex en se mettant en garde.
- Tu ne devrais pas te surestimer », rétorqua l’inconnue.

Macubex ne put rien faire. Il fut à elle toute cette journée. Contre sa volonté, il prit du plaisir, sous les yeux de sa femme et de son fils sans qu’il sût s’ils voyaient effectivement cette scène. Une nouvelle fois, Macubex eut le cœur brisé. Une dernière fois.

***
Orchomène, Quartier des Potiers

« Tout va bien, Etranger ?
- Oui, Chalkios.
- Ça fait bizarre de se dire que tu es devenu une Guerrier d’Argent. Tu es un Maître à présent.
- Je le suis, oui.
- Tu vas rejoindre Brasidas au Sanctuaire ?
- Oui, mais je vais marcher un peu avant.
- Où comptes-tu aller ?
- Je vais passer un peu de temps à Eleusis, je dois me purifier.
- Oui, je vois, répondit Chalkios en se grattant la tempe, tu as dû affronter tant de dangers, sans doute tuer des ennemis, tu dois soulager ta conscience !
- C’est cela, je dois soulager ma conscience ».


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