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Cette fiche vous est proposée par : Aqualudo


Les ages mythologiques

Prologue


Ces évènements se passent entre les chapitres IX et XII

« Les textes suivant ont été rédigés par Yolos, Guerrier Sacré d'Argent du Triangle. Mâa du Lotus et Asturias d’Arachné ont quant à eux rédigé leurs propres récits ».

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« Nous étions purifiés. La déesse Démèter en personne nous l’avait demandé, et nous avions suivi son rite. Eleusis, terre des charmes de l’Esprit. Eleusis, terre qui ouvrit mon Âme aux Mystères. Avec le recul, je sais que c’est là que je suis vraiment né. Je devais attendre longtemps, souffrir, douter, parvenir aux portes de la mort avant de vraiment tout comprendre. Oui, c’est à Eleusis que tout commença vraiment ». - Asturias d’Arachné –

« Je retiens tant de choses de ces trois années. J’ai compris le sens du mot quiétude. Je suis devenu ce que je suis, le Guerrier Sacré du Lézard, capable de détruire et de porter la mort, par la voie de la beauté de la nature. Quelle ironie quand on y songe ! » - Frank du Lézard –

« Lorsque le Lotus s’ouvrit, je compris. Les douze fleurs s’épanouirent bientôt et je pus les guider sur la voie de l’Ordre. C’est à celui qui m’éclaira que je dois tout. » – Mâa du Lotus –

« Un Guerrier d’Argent doit être un modèle. Il n’est pas un simple soldat d’Athéna, il est une référence morale. On doit pouvoir compter sur lui, il est un guide dans la nuit. Athéna ne réclame qu’une chose : qu’on la serve sans défaillir. Elle est la Justice. Nous sommes ses exécutants ». – Shiro d’Orion –

« Il n’y avait rien. Rien que le vent et cette humidité froide. Ces bois me glaçaient d’effroi. Proie, j’étais. Nu, j’errais. J’attendais le signe. Les chiens de la déesse étaient à mes trousses, jour et nuit. C’est alors que je disparus. J’étais libéré de mon enveloppe charnelle, j’étais devenu le chasseur. C’est alors qu’elle vint à moi. Je l’attendais. Elle me libéra ». – Macubex de la Meute –

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Chapitre VIII – Le chemin de la Rédemption



« Quand je repense à tout ce qui s’est passé, je comprends mieux ce que je suis devenu. Je l’accepte. A l’époque, nous avions déjà vécu des choses dépassant l’entendement. Nous avions rencontré en Cybèle une déesse. Nous avions participé à la chute du Monde d’alors en Astragoth, même si nous n’avions alors été que des jouets entre les mains de pouvoirs supérieurs. Nous avions croisé le regard purificateur de la déesse Démèter, après avoir connu l’ombre des Enfers. Anatolie, Occident, Egypte, Asgard, Germanie, nous avions foulé tant de terres inconnues, fascinantes, amicales, hostiles … Je me croyais arrivé, j’avais tort. Ou plutôt, si, j’étais arrivé : mais pas au terme. Je n’étais qu’au seuil de ma propre existence. C’est avec joie que je partage ce passé si lointain. J’ai vécu bien des choses enivrantes et terrifiantes par la suite, mais ce voyage qui me révéla, qui me guida sur la voie de la Rédemption reste à jamais ancré dans ma mémoire. Arachné ne me quittera jamais. 

Note : j’ai décidé de ne pas corriger ces lettres de mon journal d’époque. J’ai compris certains mystères plus tard et cette matière brute est la plus proche de ce que je pensais alors. Pour simplifier la compréhension, sachez que je compte les jours à partir de ce que je considère être aujourd’hui ma naissance, ma purification à Eleusis. J’avais alors 22 ans, mais je refusais de savoir qui j’étais ».

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Centre d’entraînement de Cilicie – 73è jour.

Le temps est lourd, une nouvelle fois. Ces orages d’été sont assez rares selon Hasdrubal, mon Maître, Guerrier d’Argent de l’Olivier Sacré, symbole de paix. Lorsque je suis arrivé sur mon lieu d’entraînement, c’est lui qui m’a accueilli. Difficile de lui donner un âge, même s’il est de la même génération que Yolos. Le temps ne semble pas avoir de prise sur lui, il dégage une certaine noblesse, ses traits sont fins. Il vient de Canaan, ce que rappellent à la fois sa peau mate et sa coiffure faite de tresses élaborées. Il me rappelle un peu Akurgal, mon ami mésopotamien. Hasdrubal dirige la petite colonie de Korasios, sur les côtes ciliciennes. Cette petite cité se situe sur une presqu’île ayant les Monts Taurus au nord et la Grande Mer d’Egypte au Sud. C’est un endroit enchanteur, bercé par les vagues, où les oliviers tentent de se tailler une place au milieu des agrumes, figuiers et autres pêchers, arbre aux fruits exquis qui vient de Mésopotamie.
J’ai une nouvelle fois très mal dormi, revoyant sans cesse cette pauvre prêtresse. Il faut que je laisse une trace pour l’avenir. Je serais peut-être heureux de pouvoir me relire le jour où j’aurais trouvé des réponses, si je les trouve. Je me souviens de tout, chaque détail est resté gravé dans ma mémoire. Il me semble qu’il est plus aisé de l’écrire que d’en parler, ainsi Hasdrubal ne sait toujours rien …
Je suis parti d’Eleusis par une matinée calme. Le cartouche qui m’a été donné m’explique que je dois me rendre en Dalmatie, à la recherche d’un temple d’Athéna. J’ai d’abord été surpris puis rapidement heureux de retrouver ma terre natale. J’ai salué une dernière fois mes compagnons et suis parti donc une nouvelle fois à l’aventure, mais seul cette fois-ci. Je dois dire que j’ai appréhendé un peu de me séparer de mes frères d’arme mais Shiro a su trouver les mots justes pour me réconforter. Mon périple a été étrangement paisible. La Grèce profite de la protection d’Athéna et les troubles semblent l’épargner pour un temps. En route, je me suis arrêté à Larissa, cité prospère de Thessalie réputée pour ses chevaux. C’est là que, sur les berges du Pénée, j’ai rencontré un groupe d’aventuriers qui se rendent en Dalmatie à la recherche de quelque trésor. L’un d’eux m’a parlé d’un temple de divinité grecque qu’il compte visiter avec ses compagnons et qui « serait aujourd’hui abandonné mais renfermerait de nombreux trésors » m’a-t-il affirmé. Je l’entends encore, excité à l’idée de faire fortune. Les quatre hommes ont accepté que je fasse un bout de chemin avec eux et nous sommes partis. J’ai dans l’idée que ce temple peut être celui d’Athéna et, dans ce cas, je pourrais les empêcher de commettre leur vol le moment opportun. Cela n’a pas été nécessaire. Après une semaine et demi de marche éprouvante, alors que le temple est en vue, disparaissant et réapparaissant dans les bras d’un manteau de brume surnaturel, nous avons été attaqués par des membres de la secte de l’Indicible. Je les ai reconnus tout de suite : des tâches rouge vif sur le dos, la tête découverte et totalement rasée, le crâne recouvert de motifs religieux. Il s'agit de la marque du « Cruor de l'Indicible ». Mes pauvres compagnons ont succombé très vite. A présent que j’y repense, j’ai peur de ce qui m’est advenu. Ludoxandros a peut-être raison ; je ne me connais pas. Lorsque j’ai repris mes esprits, les cadavres des Cruors gisaient au sol, atrocement mutilés. Akurgal m’a fait part lors de notre précédente rencontre en Hattousa, du mal qui le prit : lors d’un combat, il succomba avec ses compagnons à une sorte de folie destructrice qui le poussa à commettre des actes d’une rare violence. Tout ceci ne me rassure guère : soit cette violence fait partie de moi et je la refoule, ce qu’a suggéré à demi-mot le Maître de Crystal. Soit, comme le pense Akurgal et ce qui n’est pas moins inquiétant, l’ouverture d’Astragoth a libéré des forces qui pousse les hommes à s’entretuer. Ce serait un peu comme si un carcan de sagesse et de retenue avait vacillé, un retour à un état de violence primaire. J’espère trouver des réponses. Donc, après ce moment pénible, j’ai rejoint le temple. Il ne porte plus de peintures chatoyantes comme au Sanctuaire ; seules des pierres grises sans vie soutiennent le fronton du temple qui représente Athéna terrassant ce que je pense être un Poing Noir du Maître des Tumultes. Il faudra que je fasse des recherches sur ce sujet, je ne comprends pas comment Athéna a pu croiser les serviteurs de ce dieu furieux, disparu depuis si longtemps. Mon père ne m’a pourtant jamais parlé d’une guerre entre lui et les dieux de l’Olympe … Ce passage méritera que je m’y attarde plus tard.
J’ai des souvenirs plus confus de la suite ; même si je revois bien la scène, un voile trouble ma pensée à chaque fois que revis cet épisode. A l’intérieur du temple abandonné, sur les restes d’une statue d’Athéna, une jeune femme nue, en sang, flotte dans les airs, debout. Elle pleure, gémit. Lorsqu’elle m’a vu, elle m’a supplié de l’aider, de la délivrer. Elle m’a expliqué qu’elle était une ancienne prêtresse d’Athéna. Elle et sa sœur, Arachné, avaient voué leurs vies à notre déesse. Mais Arachné avait un jour commis l’irréparable et trahi Athéna. La sentence divine fut terrible : elle fut changée en monstre, sa sœur qui se trouvait à présent devant moi, condamnée à souffrir ainsi le martyr, sans pouvoir mourir jusqu’à ce qu’Arachné rejoignît le Monde des Morts. Je n’ai pas su quoi faire. Je n’ai pas eu le temps de réfléchir à vrai dire ; l’onde de chaleur bienveillante qui s’est emparée de moi résonne encore dans ma tête : « C’est à toi, Asturias de Dagorlad, que je commande de châtier Arachné. Tue-là et tu libèreras cette femme ».
Hasdrubal me demande. L’entraînement va reprendre. Le Kosmos d’Athéna m’a guidé jusqu’ici, me secondant dans mon voyage à travers le nord de la Grèce puis l’Anatolie. J’espère bientôt trouver mes réponses.

***

Korasios – 178è jour.

Je suis heureux de retrouver mon journal. Hasdrubal m’a mené dans les montagnes voisines chaque jour depuis près de trois mois. Il est même arrivé que nous ne redescendions pas ! Je profite du repos qui m’a été accordé pour laisser ces quelques lignes. Ce soir, je vais participer à une fête locale organisée par les habitants de la petite cité. J’imagine que cela me fera du bien même si Hasdrubal m’a mis en garde contre le vin liquoreux qu’on ne manquera pas de m’offrir.
L’entraînement est très difficile. Hasdrubal, plus que Yolos, pense que nos corps sont capables de résister à tout. J’étais sceptique, je le suis un peu moins. Courses, escalade, combats répétés, repas frugaux, lorsqu’il y en a, nuits sans sommeil, exercices en tout genre pour développer ma musculature, rien ne m’est épargné. Dans mon enfance, comme le veut la tradition, mon père m’a donné une solide éducation martiale. Même si je préférais les livres, je me suis prêté de bonne grâce à ses consignes car tel était mon devoir. Je suis devenu alors un bon guerrier je crois, ce que ma victoire lors du tournoi du Sanctuaire m’a confirmé. Même si Ludoxandros m’a laissé comprendre que l’Etranger ou Seth ne se sont pas vraiment battus, j’ai vu que j’étais capable d’analyser un combat et de tirer parti des failles de mes adversaires. L’enseignement de mon père, que je trouvais dur à l’époque, n’est pourtant rien comparé à ce que je vis : Hasdrubal désire que mon corps soit capable de tout supporter. C’est pour lui le seul moyen de survivre face à un adversaire aguerri. Si je ne peux éviter un coup, je dois pouvoir l’encaisser. Aucun climat ne doit me faire peur. Il faut que je puisse à tout moment garder la « maîtrise de mon corps pour utiliser mon cerveau ». Tels sont les préceptes de mon Maître. Je m’y plie, j’espère néanmoins que la suite me permettra de varier un peu cet entraînement.

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Rocher des Tourments – 216è jour.

[… - le texte est en partie illisible -] nous avons donc rejoint à la nage le Rocher des Tourments. Perdu au milieu de la mer, cette dernière déverse un flot continu de vagues sur ses récifs. Les quelques petites grottes, où le vent s’engouffre dans un hurlement d’effroi a donné le nom à ce rocher. L’entraînement a changé. Loin de la population, Hasdrubal m’apprend maintenant à comprendre mon Kosmos et à l’utiliser correctement, sans me fatiguer. Nous échangeons plus qu’avant, ce qui me ravit. Hasdrubal est un sage guerrier. Son savoir est immense et j’apprends chaque jour davantage sur son pays, Canaan, domaine de Bhaal que nous avons libéré. Chose surprenante, Hasdrubal ne le considère pas comme un ennemi. Il m’a expliqué que Bhaal et Anat furent jetés dans les entrailles de la Terre suite à la guerre qui les opposa à Enlil : ce dernier désirait étendre son pouvoir sur Canaan. Cette perspective bouleverse ma vision des choses et nourrit davantage encore mes doutes sur ce que nous faisons. Je me rassure en me disant qu’Athéna, notre déesse protectrice, est guidée par la voix d’une sagesse que je ne peux comprendre.

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Korasios – 298è jour.

Je ne sais pas pourquoi mais, la nuit dernière, j’ai rêvé à mon départ de Dalmatie. Je crois que cette femme qui s’occupe de ma chambre me rappelle Aglamara. Je me souviens de chaque détail. Il faisait chaud et le vent portait des senteurs que je garde en mémoire. La mer agitée avait laissé place aux remous habituels et nettement plus rassurant de la jetée de Selethpuric. Les marins s'affairaient çà et là sur le pont du puissant navire dans une manœuvre délicate pour accoster. Une proue saillante et une large coque taillée dans les chênes massifs de nos forêts rendait l'opération difficile. La peau luisante et les muscles rougissant sous le poids de l'effort, les marins avaient fort à faire. L'hyperstructure du gréement ne tarda pourtant pas à se plier à la volonté de ses hommes de l'eau, sous le regard curieux d'un port en pleine effervescence.
Au confluent des fleuves d'Argent et Sable Blanc, Selethpuric avait effectivement tout pour être le port commercial le plus actif de cette partie de la Dalmatie, rare lieu de métissage des cultures et d'exotisme lucratif dans cette contrée austère. De toutes parts on y venait pour commercer et louer ses services aux plus offrants.
Invisible chasseur germain, puissant guerrier grec jusqu'aux mystérieux caucasiens et asiatiques ... les rencontres dangereuses ne manquaient pas et gare à l'étranger à la langue trop bien pendu. Pourtant tous les natifs s'accordaient pour dire que le « Port franc doré » diffusait comme une attraction surnaturelle, sorte de charme attirant à lui les peuplades de tous horizons, sans doute aidé par l’existence de caravanes régulières menant au Sanctuaire de Zaria. Les galères et autres navires de pêche laissaient ainsi parfois place à de puissants navires de haut rang de la flotte royale.
Pourtant de mémoire de marin ont n'avaient encore jamais vu un navire aussi long que celui qui venait d'accoster. Et que dire des femmes qui le manœuvraient ? Elles étaient grandes avec une peau si pâle qu'un regard peu averti aurait pu les confondre avec les spectres des légendes. Leur beauté sauvage cependant ne laissait aucun doute quant à leur suave féminité, aux gestes fermes et souples. De la vergue de misaine au mât, ces maîtresses des eaux flottaient sur le pont comme la brume humide au lever du jour.
Au bord du titanesque quai, le navire finalement s'immobilisa, attirant à lui une foule de badauds venus des quatre coins du port. Rapidement, certains pointèrent du doigt une femme qui s'éloignait de la barre à roue. Son dos vouté et sa démarche légèrement boitillante n'enlevaient rien de la force et de la noblesse qu'elle dégageait. Son regard de braise balaya une dernière fois le pont nacré du navire, détaillant une à une les voilures désormais inertes et repliées. Bientôt encadrée d'une douzaine de guerrières solidement armées, l'étrange vielle femme descendit alors du pont supérieur par une vaste passerelle aux fines échancrures, pour aller se planter directement devant un homme de haute stature adossé à un des mâts.
« Et bien nous y voilà. Je ne sais pas quelle sottise ou quelle lubie vous aura fait choisir cet interminable voyage, mais il me tarde déjà de repartir ! me dit-elle.
- Vraiment ? Je pensais pourtant que vous m’accompagneriez jusque dans les dunes dame Aglamara, mon voyage n’est pas fini, vous savez », lui répondis-je dans un large sourire.
Retenant un rictus amusé, expression certainement la plus amicale que savait produire cette vielle femme, elle répondit cependant.
« Vous êtes au moins aussi têtu que votre père, Asturias, alors n’allez pas fourrer votre nez d’écervelé à la moindre entourloupe d’une donzelle en détresse !
- Dame Aglamara soyez bien certaine que nonobstant notre égard d’âge vous auriez été à n’en pas douter une mère rêvée, d’ailleurs si le cœur vous en dit…
- Arrr ! »
Faussement excédée, la vielle femme levait déjà les bras au ciel en signe de fin de la discussion. Les sveltes et gracieuses gardes d’élites reprenant alors une posture moins relâchée, tout en tachant de ne montrer aucun amusement aux propos qu’elles venaient d’entendre.
« Vous me manquerez Aglamara, puisse les Dieux veiller sur votre voilure. »
La vielle femme le regard un peu vague, resta plantée là quelques instants. Puis dans un mouvement s’éloigna à une vitesse insoupçonnée pour son âge.
« J’ai horreur des adieux, me fit-elle, dépêche-toi jeune homme de descendre de mon navire et n’oublie rien si tu ne veux pas que tes bagages apprennent le sens du mot humidité ! Et sois digne de ton rang, n’oublie pas les bonnes manières là où tu vas ! Tu représentes une antique noblesse ! »
Sans masquer mon large sourire, je ramassais les effets qu’on m’avait amenés ; et dans un dernier salut à l’équipage dont j’avais partagé la vie ces derniers jours, j’enjambais la passerelle pour me réceptionner cinq ou six coudées plus bas. Une nouvelle vie. J’étais loin de me douter alors de ce qui allait suivre. J’étais conscient de l’honneur qui pesait sur mes épaules et mes gestes accompagnèrent mon assurance d’alors. D’un regard dur, je balayais la place et les multiples rues qui s’engouffraient dans la cité. Désormais j’étais seul et devrais de ce fait ne plus relâcher mon attention. Héritier Dagorlad, une puissante famille noble de la cour de Dalmatie, je m’étais pourtant vu contraint de partir à regret. Bien malgré moi, je n’avais pu faire autrement. Ma raison mentale en dépendait. Tout avait commencé depuis plus de 6 mois déjà. De violent maux de tête m’avaient contraint peu à peu à ne plus trop m’éloigner du domaine. Estimant ces troubles passagers, personne n’en avait véritablement pris grand cas. Quelques jours de repos aurait du suffire, à faire cesser ce mal implacable, qui me rendait presque muet de douleur. Alarmée, ma famille avait convoqué les meilleurs hommes médecins de leur connaissance, allant même jusqu'à faire venir des spécialistes de pays exotiques dont les pratiques auraient été jugées hérétiques par la croyance locale.
Perdant espoir, m’abîmant dans des pensées morbides, la lumière revint pourtant un matin à la levée du jour. Mes pensées retrouvèrent clarté et la douleur s’estompa. C’est alors que j’entendis cette voix. Nullement comparable au phantasme que l’esprit sait créer dans nos rêves. Non, une voix inimitable m’appelant à faire un périple jusqu'à Hattousa. Plus troublant, baignant de sueur dans mon lit, je tenais dans ma main l’amulette que je possédais depuis ma naissance. Je n’avais jamais pu me résigner à jeter ce vieux bijou sans valeur, dont aucuns membres de sa famille ne semblaient connaître l’existence ou l’origine. Jugeant le sujet sans importance, je ne les avais jamais plus questionnés sur cet objet. Mais qui avait bien pu le placer dans ma main, sans même que je m’en aperçus ? Ce mystère laissa pourtant la place au questionnement sur l’étrange voix et sur Hattousa. Je n’avais jamais entendu parler d’un tel lieu. Je ne savais même pas si cette destination existait. Pourtant, chacune des semaines qui suivirent furent consacrées exclusivement à l’accomplissement de cette quête, cette recherche. Et il y eu cette entrevue avec mon père. Une partie de mon monde s'était écroulé. Je devais partir, tel était mon destin. Le voyage m’avait éprouvé, pourtant je ne m’étais jamais senti aussi vivant. Regardant une dernière fois le bateau de mes alliées, dernier vestige de rattachement à mon pays, je s’engouffrai rapidement dans une des artères principales de Selethpuric. Ma quête s’achèverait bientôt, il n’aurait pas pu en être autrement. Je rejoindrais Hattousa, aucun autre avenir ne m’intéressait à présent. Sur ma route, se dressait la Grèce, première étape de mon long périple. Artholos, Inyan, Frank, mes premiers compagnons. Et vous, revivez-vous notre rencontre ?

***
Korasios – 417è jour.

Je maîtrise à présent parfaitement mon Kosmos. C’est extraordinaire. J’ai l’impression de naître à une nouvelle vie. Mes sens sont plus affinés, les combats m’opposant à Hasdrubal plus acharnés. Pourtant, je commence à me poser des questions. Ma sensibilité semble elle aussi exacerbée, mes doutes se sont réveillés. Hasdrubal m’a expliqué que c’était là le contrecoup de mon initiation aux rites d’Eleusis. Selon lui, nous ne sommes pas sortis intacts d’Astragoth et des Enfers, le rituel d’Eleusis avait pour simple but de préparer nos âmes à ce qui allait suivre. Oui, mais à quoi ? Mon Âme se tourmente, je revois mes parents comme des cadavres errants dans les limbes infernaux, les visages des Cruors de l’Indicible me tourmentent. « En vérité, tu fuis. Tu fuis ce que tu es vraiment. Tu es une belle statue de cristal, aussi fragile. Tu attires les regards, mais au moindre choc violent, tu te briseras si tu n’évolues pas. Découvre qui tu es vraiment », me disait Ludoxandros. Je ne comprends pas. Que fuis-je ? Je sers une noble cause, et pourtant je doute ! Je sais qui je suis, alors pourquoi Ludoxandros semblait si assuré ? Hasdrubal m’a dit de ne pas m’en faire et que je finirai par trouver ma voie. Il m’a aussi rassuré en m’expliquant que Ludoxandros n’était sans doute pas le mieux placé pour insinuer ce genre de doutes dans les esprits des éphèbes, étant lui-même « instable » -ce sont ses mots-. Nous verrons.

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Korasios – 800è jour.

J’ai pu sauver quelques pages uniquement de mon journal après l’incendie. L’attaque a été brève mais violente, les Guerriers Noirs ont mis le feu à tout ce qu’ils ont pu avant d’être défaits par Hasdrubal. Je ne connais même pas le nom de celui qui est entré dans ma pièce alors que je dormais. Tout a été très vite, je l’ai tué. C’était lui ou moi, je n’ai pas hésité. Je n’ai rien ressenti lorsque ma main a traversé son armure et s’est emparée de son cœur. Je change. Le feu n’a pas tardé à se nourrir de ma chambre et même si les habitants ont pu éteindre l’incendie avec les récipients qu’ils ont trouvés, seules quelques-unes de mes affaires ont été épargnées. Hasdrubal m’avait expliqué qu’il attendait qu’Arachné se réveille, quelque part dans l’arrière-pays, pour m’y mener. C’est chose faite. Elle a auprès d’elle des Guerriers Noirs et menace à présent la cité. Je pars dans quelques heures pour les ruines antiques. C’est là que se trouve ma voie. Elle m’appelle. Je ne la décevrais pas !

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Ruines – 801è jour.

L’atmosphère est étrange et oppressante. La mort vit ici. Je suis seul, je le regrette déjà. Les ombres que je croise me demandent tour à tour de l’aide ou m’attaquent en vain. Ces tourments ravagent mon esprit et ma raison à défaut de martyriser mon corps. Beaucoup de monde est mort ici. L’architecture indique un style oriental, mésopotamien ou cananéen. Je ne peux revenir en arrière, Elle m’attend.

***
Temple - 802è jour.

Je suis épuisé moralement. La destruction de ces Deux-fois-Nés m’a laissé vide. C’est donc eux qui martyrisaient les pauvres âmes des morts de cette cité. Je suis soulagé de les avoir libérées. Lorsque je suis entré dans les restes de ce temple et que les quatre Esprits se sont matérialisés devant moi, j’ai ressenti leur haine et la peur des autres morts. Alors j’ai agi, sans réfléchir. Ils étaient guidés par autre chose. Elle. C’est sûrement Elle. Je pense que l’artéfact qu’ils ont laissé pourra me guider à Elle. Grâce à Akurgal, j’ai appris à traduire l’écriture cunéiforme qui compose la seule inscription de cette statuette : « Êa ». Je ne sais pas de qui il s’agit, sans doute une divinité ? Je vais me reposer un peu avant de la laisser me mener à Elle.

Je me suis reposé une heure environ et, avant de partir, j’ai décidé de m’attarder un peu sur les fresques murales que j’avais délaissées. Cette cité était auparavant bordée par une mer primitive. Il semblerait qu’elle ait été détruite par des entités mauvaises, des esprits je présume, nommés « Outoukous ». Je ne sais pas de quoi il s’agit, mais il est signifié que leur sanctuaire se trouve au nord, à la « source de vie ». C’est là qu’Elle m’appelle. Arachné serai-t-elle liée à ces esprits ?

Je suis devant la porte d’un temple colossal de forme pyramidale. Il ressemble à un immense escalier montant aux cieux. Je n’ai jamais rien vu de semblable. J’ai pris soin d’en faire une gravure. Je vais y pénétrer. Je ressens son appel, de plus en plus pressant. Athéna, je vais porter ta colère !

***
Korasios – 913è jour.

« Mauvais Alou, détourne ta poitrine pour t’en aller
Ô habitant des ruines, va-t’en à tes ruines ;
Car le grand seigneur, Êa m’a envoyé :
Il a bien arrangé son incantation pour ma bouche,
Il a confié à ma main le réchaud pour les Sept,
Suivant les saintes ordonnances. »

Je ne sais toujours pas pourquoi ni comment j’ai pu énoncer ces vers en pénétrant dans le temple. J’étais un autre à ce moment-là. J'étais là, pétrifié, observant le reflet de mon désarroi dans les flaques d’eau qui se développaient aux pieds des colonnes antiques. Je pouvais les entendre. Ils étaient là, quelque part. Leur souffle inhumain, rauque, grandissait au fur et à mesure que je me rapprochais. Un terrible rugissement, d'une puissance démoniaque, envahit à nouveau le couloir. Le cri était si intense que je me couvris les oreilles. Les créatures étaient à quelques pas, je sentais leur souffle chaud et fétide. Un frissonnement me parcourut l'échine. Par Athéna, était-ce ces Outoukous ? Etait-ce Arachné sous sa forme monstrueuse ? Que devais-je faire ? J'essayais de respirer lentement afin de ne pas céder à la panique, concentrant mon esprit sur mon Kosmos. Je regardais l’artéfact d’Êa briller dans le noir insondable ; lui saurait peut-être me donner le courage qui me manquait en cet instant. Lui saurait peut-être m'insuffler la force de contenir et ravaler ma peur. Sans avoir pu esquisser le moindre mouvement, une ombre surgit de par derrière moi et me bouscula sans ménagement. Puis plus rien. Le silence. Plus de cri, plus de course. Rien. Je ne vis l’attaque qu’au dernier moment et je fus surpris de ma propre réaction : comme j’évitais les traits de lumière écarlate qui fondaient sur moi, je déclenchais une explosion de Kosmos que je dirigeai vers celui qui m’avait attaqué. Le souffle de l’explosion se propagea jusqu’à moi, apportant son lot d’ossements épars. Un Outoukou, je venais de terrasser un Outoukou ! Ces êtres étaient en fait des sortes de squelettes géants, à quatre bras et deux têtes. Ils utilisaient une magie aujourd’hui oubliée des hommes. Peu importe, je me jetais dans la mêlée, excité par le combat et par ma propre force. Ils ne purent rien faire face au Kosmos. J’étais plus rapide, plus fort, dominant … et j’aimais cette sensation. Tout me semblait étrangement aisé. Le combat achevé, je poursuivis ma route sans me retourner, totalement obnubilé par mon objectif : terrasser Arachné qui devait, j’en étais alors certain, se terrer quelque part. Bientôt, un souffle léger et froid se fit sentir. Je progressais encore et la brise devint vent. Je continuai et le vent se fit bourrasque, émettant à son passage dans le couloir une langoureuse plainte. Cette protection magique ne pouvait rien pour toi, Arachné. C'est ainsi que je débouchais sur un vaste espace baigné d’un pouvoir sombre et angoissant.
Au cœur de la galerie principale, le sol ailleurs brillant était ici maculé d'une substance sombre et visqueuse. Je devinais vite de quoi il s’agissait. Allumant une torche que j’avais pris soin de prendre avec moi, je découvrais bientôt le sordide spectacle. Une mare de sang. Ici et là, disposés pêle-mêle dans des attitudes obscènes et macabres, plusieurs corps simulaient des actes sexuels et des scènes religieuses. Les muscles tendus des bras et des jambes, les corps portaient des traces de griffes qui correspondaient en taille aux doigts des Outoukous. Monstres ! Je regrettais alors de les avoir menés si vite au seuil de l’enfer. Avec un sang-froid morbide, une haine farouche, une volonté destructrice et macabre que seule la folie et la haine peuvent provoquer, on avait pénétré ce temple antique, violé les lois les plus sacrées, torturé et massacré ces innocents. Quel maudit avait pu perpétrer un tel crime ? Qui pouvait être à l'origine d'un tel fléau ? Mes pensées convergèrent sans détour vers Arachné. Une soif intarissable de vengeance me prit à la gorge.
Froidement, j'analysais la disposition des cadavres, qui étaient encore chauds, et découvris que des traces de sang s'enfonçaient dans l'une des pièces adjacentes à la grande salle. Je décidais donc de les suivre. Je descendis ainsi une vingtaine de marches qui me menèrent à un vaste couloir, creusé directement dans la roche. Au bout de quelques minutes, un nouvel escalier me permit de remonter à la surface. C'est ainsi que je débouchais au cœur d'un bâtiment qui ressemblait fort à l’un de ces temples dont Akurgal m’avait parlé. A son entrée, un portail en pierre marbrée lui donnait une majesté extraordinaire ; sa largeur était de deux plèthres, et sa hauteur de quarante-cinq coudées environs. Après l'avoir traversé, j’entrai dans un péristyle de pierre carré ; au lieu de colonnes, il était soutenu par des animaux monolithes sculptés à la façon orientale ; tout le plafond était d'une seule pierre et parsemé d'étoiles sur un fond bleu. A la suite de ce péristyle venait une seconde entrée et un portail semblable au premier, mais orné de sculptures variées d'un travail plus parfait. A côté de la seconde entrée je pus découvrir trois statues, toutes faites d'une seule pierre. Toutes trois semblaient représenter des divinités que je ne connaissais pas. Il y avait aussi une autre statue, représentant une femme, haute de vingt coudées, d'une seule pierre, portant trois diadèmes sur la tête. Après le second portail, se trouvait un autre péristyle plus remarquable que le premier ; il était orné de diverses sculptures figurant des guerres et des morts. J’étais au beau milieu d’une Nécropole. La lumière qui se diffusait à l’intérieur de l’édifice n’avait rien de naturel. Elle paraissait plus pâle, plus diffuse que la clarté d’une pleine lune de ma terre natale. Des sépultures de toutes sortes émergeaient à peine d’un voile de fumée qui reposait à quelques pouces au-dessus du sol tel un linceul. Ce lieu était réservé aux morts. Soudain, un hurlement terrible déchira le silence. C'était un cri d'horreur, de frayeur, un cri humain. Cela venait d'un peu plus haut, sur la droite. En scrutant avec attention la pénombre, il me sembla apercevoir une silhouette humaine s'en extraire, avec des gestes saccadés et désordonnés. « Regarde ce que ta déesse fit de moi ! REGARDE ! » hurla-t-elle. C’est alors qu’elle se changea en araignée géante, noire, brillante, terrifiante. Ma gorge était serrée par l'angoisse et le froid, ma respiration était haletante. J'étais presque sûr que ce monstre enfanté des ténèbres et du cauchemar pouvait entendre les battements sourds qui résonnaient dans ma poitrine. Tétanisé par une peur indicible et nauséeuse, j'étais incapable de détourner mon regard de ces yeux, rouges et maléfiques, qui semblaient juger mon être.
Soudain un hurlement terrible et surnaturel déchira la nuit, me transperçant l'âme. Profitant de ma stupeur, la créature se rua droit sur moi. En un battement de cœur, elle avait déjà franchi dans un tourbillonnement de brume la moitié de la distance qui nous séparait, et le martèlement lourd de ses pattes sur le sol résonnait au creux de mon estomac. Alors je fuis. Alors elle me traqua. Les pâles reflets de lumière soulignaient les courbes de son corps, oscillant entre la forme d’une femme superbe et d’une créature monstrueuse. Alors je sentis la chaleur d’Athéna me guider. Je me retournai et fis face. Mon Kosmos irradia la pièce, je me déchaînais contre cet être. Je fondis sur elle avec une vitesse surnaturelle. Je la frappais de toutes mes forces, esquivant dans le même mouvement ses crocs venimeux. Puis je vis la faille. Un assaut, terrible. Hasdrubal m’avait prévenu de la puissance du Kosmos, je le compris seulement alors : lorsque le sang gicla par saccades de la plaie béante, je pus apercevoir ma main irradiant mon Kosmos à travers son être. Elle cria. Elle hurla. C'était une plainte qui semblait provenir de milliers de gorges, où se mêlaient souffrance, douleur et désespoir. C'était une plainte terriblement humaine.
« Retrouve le chemin d’Athéna et je t’épargnerai, lui dis-je.
- Elle ne peut pardonner mes actes insensés, j’ai osé la défier, moi, une de ses prêtresses. Tue-moi, délivre-moi, Guerrier Sacré !
- Reprends-toi et je t’aiderai, je plaiderai ta cause ! lui dis-je en accompagnant les larmes qui coulaient de ses yeux monstrueux. »
La suite, je la garde pour moi. Je ne sais qui lira ces lignes. Arachné accepta finalement ma requête et rejoignit mon âme. En disparaissant, elle sourit. Je me rendis compte plus tard que tout le combat, je l’avais fait recouvert de mon Armure Sacrée. Je ne comprends toujours pas comment et quand elle m’a recouvert. Aujourd’hui, Arachné est avec moi. C’est un guide. Elle veille sur moi comme je veille sur son âme. Je plaiderai sa cause auprès du Sanctuaire, mais je sais au fond de moi qu’Athéna accepte que je sois son rédempteur.
Je vais rester encore un peu ici, à Korasios, auprès de mon Maître. Je vais parfaire ma technique avant de rentrer au Sanctuaire. Je vais aussi reposer mon esprit. Je débute une nouvelle vie, j’emprunte une nouvelle voie. J’espère simplement que je serais à la hauteur de la tâche qui m’attend. Ludoxandros désirait que je sache vraiment qui je suis. Je crois avoir trouvé ici quelques réponses : je dois accepter la peur et la mort. Je dois simplement comprendre que je ne suis qu’un homme.





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