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Cette fiche vous est proposée par : Aqualudo


Les ages mythologiques

Le pays entre les fleuves


 


Le soleil se levait depuis quelques minutes. Sa lumière se diffusait peu à peu sur les monts Taurus et inondait de sa chaleur bienfaisante les méandres de l'Euphrate qui s'enfonçait dans les terres mésopotamiennes. Sur les conseils d'Akurgal, le petit groupe avait établi sur ces contreforts arides un petit campement. Le Mésopotamien avait juste précisé « Demain matin vous comprendrez ». Darkhan, Dimitre, Ryusei et Nekkar mesuraient maintenant davantage la portée des paroles d'Akurgal. Le spectacle était fantastique. Les dieux avaient créé une Terre extraordinaire. La Mésopotamie qui s'étalait devant leur regard formait une plaine sans fin, au paysage aride. Le fleuve Euphrate s'y frayait un chemin verdoyant, apportant la vie au milieu du néant aride. « Nous sommes sur le mont Nemrut (1), le siège des dieux. C'est ici que la tradition aime situer Dumuzi lorsqu'il compose des poèmes pour son fleuve, l'Euphrate. Cet endroit est baigné par la sagesse divine. »

***


Après plusieurs journées harassantes de marche, les compagnons étaient arrivés dans une petite cité marchande nommée Kanesh (2). Là, ils purent se reposer et refaire leurs provisions pour le long périple qui les attendait. Akurgal connaissait de nombreuses langues et put saisir au vol quelques conversations en parcourant les petites ruelles de la modeste cité. « Enlil est en colère, Ereshkigal viendra tous nous prendre, le Sans Nom est revenu, des hommes aux armures étincelantes apportent la mort de leurs mains de feu céleste ». Autant de mystères qui montraient qu'une sombre période semblait poindre. L'enquête dans cette communauté n'avait pas apporté grand chose quant à la fille de Cybèle. Tout juste avait-on mentionné le passage d'une caravane chargée de biens précieux se rendant à Uruk, aux confins des terres mésopotamiennes. « C'est notre seule piste, nous savons que cette fille est une statuette précieuse, rendons nous là-bas. Je connais bien les lieux, je vous guiderai, » conclut Akurgal au moment de quitter Kanesh pour rejoindre le mont Nemrut.

***


- Merci pour ce moment extraordinaire, Akurgal. Mon cœur se remplit de joie, insista Darkhan émerveillé par le spectacle du soleil naissant.
- Comment allons-nous rejoindre ta cité d'Uruk, Akurgal, demanda Nekkar qui préparait déjà ses affaires.
Le Mésopotamien s'assit en tailleur et se mit à dessiner une carte de leur périple. Il était étonnant de constater la qualité de cette dernière, Akurgal semblait connaître les moindres recoins de ce pays.
- Nous allons piquer au sud et rejoindre le village de Mureybet. C'est un endroit sûr, composé de quelques familles de paysans. Là, nous prendrons une embarcation pour remonter le fleuve jusqu'à Uruk.
- Pourquoi ne pas prendre les routes, demanda Dimitre circonspect et visiblement peu enchanté par la perspective d'une croisière fluviale.
Akurgal prit un air grave : « Nous pénétrons dans le pays d'Enlil. Notre divinité est puissante, sa famille est redoutable. Dumuzi est un être sage qui nous accordera la paix sur son fleuve. Le désert est le domaine de Shamash ... vous êtes étrangers ici, ne provoquons pas la colère de mes dieux. »
- C'est une sage décision, affirma Ryusei visiblement impressionné par les paroles du Mésopotamien. En plus nous serons moins fatigués sur le fleuve.
« Et bien soit, nous te suivons ». Répondant à l'appel de Nekkar, le petit groupe se mit en route, sans pour autant négliger de jeter un dernier regard sur cet endroit fantastique. Après quelques nouvelles journées de marche, le petit village de Mureybet fut atteint par les aventuriers. Le spectacle qui les attendait devait les hanter pour de longues nuits toute leur vie. Les petits édifices de terre cuite étaient intacts. Aucune trace apparente de combat. Le blé mûrissait au soleil, les outils étaient encore en place ... En fait, ce fut Ryusei qui trouva la raison expliquant l'absence de vie de ce petit village. Il aperçut le premier des vautours cerclant au-dessus de l'oasis toute proche, et piquant parfois vers le sol. En s'approchant, les élus sentirent l'odeur de charogne qui commençait à s'élever et firent une macabre découverte. Les corps des modestes paysans et de leurs familles étaient là, dispersés dans l'oasis. Plusieurs flottaient dans le petit lac, dont l’eau avait été empoisonnée. D'autres étaient pendus aux arbres ou simplement étendus au sol. Presque tous portaient des blessures causées par des armes tranchantes et perforantes. Les seuls qui ne portaient pas de blessures étaient trois corps près d'un feu de camp un peu à l'écart. Ils étaient figés dans la pierre, le sable et l'herbe autour d'eux étant carbonisés sur une surface circulaire. Tous étaient dépouillés de leurs bijoux, ceinturons, bottes et autres possessions de valeur. Hommes, femmes, enfants, personne n'avait été épargné. Les cadavres offraient un spectacle de cauchemar, car tous avaient eu les mains tranchées à hauteur du poignet, les têtes sectionnées de la même façon. La mort remontait à deux ou trois jours, et les charognards avaient commencé leur œuvre.

- C'est monstrueux ! Qui a pu faire une telle chose ! gémit Akurgal en s'effondrant sur ses genoux. Les nomades Turuks se livrent parfois à des attaques sanglantes sur d'autres tribus, mais jamais un nomade ne laisserait un cadavre pourrir dans un point d'eau, car cela est contraire aux lois implicites du désert et risquerait d'offenser les dieux. De même, mutiler un corps est un sacrilège dans la culture nomade. Faut-il qu'ils ne craignent pas le courroux d'Enlil ?
- Ils ne le craignaient pas en effet. Mais leur crime a été expié.

D'un seul homme, les aventuriers se retournèrent en direction de la silhouette féminine qui venait de parler. Personne ne l'avait entendue arriver, même Nekkar qui avait un sixième sens très développé n'avait rien senti. La silhouette était couverte des pieds à la tête d'un long voile noir qui ne laissait rien entrevoir de son corps. Sa voix avait transpercé l'âme de chacun des élus. Le ton n'était pas menaçant ... il était simplement lugubre, surgi d'un autre monde, glacial.
- Cette femme n'est pas humaine, murmura Dimitre qui tentait de retirer son épée de son fourreau, sans pouvoir y parvenir cependant.
- Vous vous rendez à Uruk. Vous cherchez l'une des filles de Cybèle. Inutile de vous y rendre, en fouillant bien le village vous la trouverez. Mais avant, laissez-moi vous montrer quelque chose.

Les yeux de Darkhan s'écarquillèrent. Etait-ce un rêve ? Non, un cauchemar plutôt. Cette femme venait de lever sa main droite, qui était entièrement grise, recouverte de tatouages rouges et dont les ongles argentés luisaient au soleil. Ce dernier disparut brusquement sous l'effet d'un mugissement horrible qui arrachait des battements de plus en plus rapides de cœurs affolés. Le ciel s'assombrit, disparaissant sous une brume noirâtre. Les compagnons ne pouvaient maintenant ôter leur regard de la femme ténébreuse. En une fraction de seconde, ils se sentirent aspirés dans le sol, ne parvenant même pas à pousser un cri. Libérés de l'emprise visuelle de l'inconnue, ils purent alors découvrir ... « la maison où l'on entre sans espoir d'en sortir » murmura Akurgal épouvanté.

- De quoi parles-tu à la fin, qu'est ce que c'est que ce cirque ? C'est qui cette femme, et où sommes-nous et pourquoi ce type ... Dimitre porta une main à sa bouche pour ne pas vomir, « décomposé me regarde en mangeant de la boue !!!! » s'écria-t-il en réalisant petit à petit où ils étaient.
Darkhan se prosterna et se cacha le visage de ses deux mains tremblantes. « Nous sommes morts, nous sommes aux enfers. Qu'avons-nous fait pour le mériter ? Ô mon père, guide moi, je t'en conjure, ma quête n'est pas achevée. »
- Nous ne sommes pas morts, répondit Nekkar en tentant de réconforter Darkhan, « regarde, nous parlons encore, et la femme est toujours là. C'est une illusion, c'est une magicienne. »
- Mais dans ce cas, que nous veut cette magicienne ? demanda Ryusei à peine rassuré par les explications de Nekkar.

Akurgal regardait alentours comme s'il reconnaissait cet endroit ... son érudition lui avait permis de croiser cet espace sinistre à travers quelques manuscrits. Au loin il aperçut, ou crut apercevoir, une silhouette familière. « Non, ce n'est pas possible ... Cléops ! Cléops marche avec des Morts vers ... » Le Mésopotamien n'eut pas le temps d'achever sa réflexion, l'inconnue s'avança vers eux d'un pas lent mais étrange, semblant flotter au dessus du sol maculé de boue et de pierres. La femme ne retira pas son manteau sombre. D'un doigt, elle fit un geste qui coupa la parole à chacun. Elle se retourna alors et fit disparaître entièrement la brume environnante. Le ciel avait cédé sa place à une voûte de pierres hérissées telles des stalactites géantes. Le sol était recouvert de petits cailloux plus coupants les uns que les autres. De nombreuses personnes étaient là, femmes, enfants, hommes .... À genoux, s'écorchant les jambes et les mains sur ces pierres anguleuses. Ils grattaient le sol à la recherche de boue qu'ils mangeaient en poussant des gémissements affreux. Ils semblaient tous parfaitement conscients de ce qu'ils enduraient. La femme se déplaça vers un gros rocher ressemblant à une porte qu'elle fit se retourner en murmurant une parole étrange qui stupéfia Akurgal. Le spectacle qu'elle venait de révéler était bien pire que tout ce que les élus avaient vu dans leurs jeunes vies. Quatorze hommes en armes se battaient contre quatorze spectres. Lorsqu'ils virent les cinq compagnons chacun de ces derniers pu ressentir ce qu'ils vivaient. Une atroce vague de lumière noire pénétra leurs yeux. Ils voyaient maintenant tout, comme s'ils étaient au cœur de cette improbable arène. Vibrant d'une frénésie destructrice, les spectres se ruaient une nouvelle fois à l'assaut « Non ! Laissez-moi » Trop tard, le bras était arraché, la douleur devenant vite insupportable. Le corps s'effondrait en arrière, s'empalant sur les petites pierres noires ... ce n'était pas assez, le spectre sautait au cou de son adversaire et ... jetant son arme se mettait à dévorer son visage ! Ce bruit, cette douleur, c'en était trop ! Pourtant c'était fini, enfin. L'âme quittait le corps, flottait au-dessus de la carcasse sanguinolente qui lui servait d'enveloppe charnelle. Une voix lugubre ... celle d'une femme ... encore elle ... « Non, je ne veux pas ! » hurlait le guerrier. « Tu as commis les pires crimes, tu ne mérites que d'expier ainsi à jamais ton dernier massacre ». L'enveloppe retrouvait son âme, le corps était pris de convulsion ... Il fallait se relever, déjà le spectre était en garde.


Le choc fut intense, retrouver aussi brusquement la lumière du soleil éblouit l'ensemble des compagnons. « Tout le monde va bien ? Ryusei ? Dimitre ? Darkhan ? Akurgal ? »
- Ne me dites pas que c'était vrai tout ça ! Répondit Dimitre en transpirant à pleine goutte.
- Mortels, vous venez de voir ce qui arrive aux vôtres : à ces paysans la récolte sans fin du limon régénérateur. Aux pillards grecs qui les ont assassinés le combat éternel contre mes spectres. Ayez une vie digne, vous pourrez ainsi espérer une éternité plus docile.

Personne ne put répondre à la femme qui disparut comme elle était apparue, dans un silence de mort. Seul Akurgal savait qui elle était, mais il ne dit mot. Ainsi quelle l'avait énoncé, la statuette se trouvait bien dans le village, égarée par les pillards. Les cinq compagnons décidèrent de se retirer au plus vite de ce village fantôme. Ils échangèrent à peine quelques mots sur ce qu'ils avaient vécu, comme s'ils voulaient conjurer ainsi le retour de ce cauchemar qui les hantait. Hattousa était encore lointaine, mais ils avaient accompli leur mission.


***

- Asturias ! Mâa ! Inyan ! Vous voilà tous enfin, quelle joie ! s'écria Darkhan en voyant les portes d'Hattousa s'ouvrir lentement.
- Darkhan, quelle joie de te revoir sain et sauf. Les autres sont là ? Avez-vous réussi ? demanda Mâa en serrant le jeune tibétain dans ses bras.
« Nous avons réussi en effet, nous avons trouvé une des filles de Cybèle. C'est une statuette pour tout dire ... nous l'avons trouvé avec Dimitre, Akurgal, Ryusei et Nekkar en Mésopotamie. Ce fut un voyage que nous ne pourrons oublier ... » Darkhan marqua une longue pause qui en disait beaucoup sur le traumatisme vécu récemment.
- Nous avons nous aussi libéré une des filles en Grèce, et nous avons libéré les esprits des Télépinous de la Forêt des Morts ... c'est une longue histoire. Nos amis vont bien, je ne les vois pas ?
- Akurgal ne quitte pas la bibliothèque depuis que nous « l »'avons rencontrée. Les autres se reposent ou sont auprès de leur maître. Qu'est-il arrivé à Cléops ? Demanda Darkhan en voyant apparaître les compagnons de l'Egyptien.
- Il nous a quittés, il a rejoint le royaume des ombres.

Les deux groupes se retrouvèrent au complet à l'exception de Macubex le soir même dans un salon d'Hattousa pour rendre hommage à Cléops. Ils partagèrent leurs expériences, chacun découvrant avec stupéfaction l'ampleur des faits étranges qu'ils avaient vécus. En fin de soirée, alors que les élus regagnaient leurs chambres pour un repos mérité, tous savaient que leur vie avait définitivement basculé. Ils étaient les pions de puissances supérieures ... les protégeant ou les menant à leur perte. Ils devaient maintenant attendre les deux derniers groupes pour espérer rejoindre enfin Cybèle. Des divinités les avaient choisi pour les servir, ils n'étaient déjà plus de simples mortels. Macubex avait quant à lui décliné l'offre de réunion et s'était rendu chez un ami, un fou vivant dans le Caucase ... c'est là qu'il devait rechercher ses propres réponses.


 


Le serviteur de Tarunda


 


Nibel, Liu et de Nevali avaient soigneusement préparé leur périple : il fallait enquêter dans l'auberge des voyageurs anatoliens et, de là, recouper les indices. Le problème principal résidait dans le fait qu'il ne fallait pas éveiller les soupçons, ce repaire de hors la loi étant particulièrement dangereux. Leurs têtes étaient mises à prix, il faudrait jouer serré. Nevali proposa que les trois compagnons se fassent passer pour des mercenaires cherchant un travail, un vol de préférence. Pour Nibel, la statuette devait avoir été volée par un groupe de brigands désireux de la revendre au prix fort auprès de temples occultes. Ils avaient certainement contacté un marchand quelconque spécialisé dans ce genre de transaction, il fallait trouver.
- Nibel, réveille-toi ! Oh Nibel !


Le jeune homme était avachi sur la table couverte de verres et de bouteilles, ne parvenant plus à parler, ni même à marmonner le moindre mot. Nevali se rapprocha de Liu et lui murmura quelques mots.
- On n’a pas le choix : il faut gagner ce concours sinon ils ne nous ferons pas confiance, ils ne nous engageront pas !
Un Sinanthrope de grande taille assis à la même table se leva et se mit à hurler.
- Et voilà, une nouvelle victoire pour Grenkak ! Descente-Rapide, champion d'Argos, prépare-toi je vais t'exploser le gosier !
- Tout doux, tas de muscles puant. Tu n'as pas gagné, il reste trois chopes à finir : une de bière naine, une de vin de Corinthe et une de liqueur asiatique.


Le Sinanthrope se pencha vers Nevali, lequel eut un mal fou à ne pas reculer en sentant l'haleine fétide et enivrée de Grenkak.
- Très bien, t'es pas une femme toi. Bon. Le marché tient toujours : si l'un de vous parvient à me battre et à finir ces trois chopes d'un litre AVANT moi, SANS vomir dans la minute et SANS tomber à la renverse, alors je vous recommande au patron.


Le tumulte se fit dans la grande salle, tout le monde se pressant pour suivre le défi. Grenkak, Liu et Nevali se mirent debout, Nibel étant incapable de quitter la table. La règle était simple, il fallait boire dans n'importe quelle ordre les trois chopes et les finir le premier. Une femme dénudée fit une petite danse sur la table et l'acheva par un cri strident « PARTIIIIIIIII », auquel elle rajouta, « mon corps pour une nuit au vainqueur ».


Tous trois commencèrent par la chope de bière, qu'ils engloutirent sans mal apparent à une vitesse ahurissante. Déjà, Grenkak était en tête quand il entama la chope de vin. Liu put en boire la moitié avant de vomir des litres d'alcool et de tomber le visage contre le coin de la table, déclenchant l'hilarité générale. Grenkak attaqua la dernière chope, la plus redoutable, au moment où Nevali buvait lentement mais continuellement son vin. « La victoire est jouée ! Vive Grenkak ! » hurla-t-on de toute part. Le Sinanthrope avait maintenant quasiment fini, et voyant Nevali commencer toujours doucement sa liqueur il ne put s'empêcher de le railler.


- Pauv' zhellènes, que des femmeees ! Tu fais moins le malin mainte...


Le colosse s'arrêta net, son regard se figea. La choppe lui échappa des mains et s'écrasa au sol éclaboussant Liu, affalé face contre terre, de l'alcool qui y restait ... Le silence se fit. La femme dénudée prit la parole.
- Il n'a pas encore gagné  le champion d'Argos, il a à peine bu !
Nevali cessa de boire quelques instants, le temps de répondre en souriant à la femme qui le fixait du regard : « Tu peux monter chérie, je finis ça et je suis à toi » !
- OUAI BIEN PARLE ! VAS-Y BONHOMME !


Sous les encouragements généralisés, Nevali finit tranquillement sa liqueur. Il ne tomba pas, gardant la totalité de l'alcool ingurgité, et fut déclaré vainqueur. Porté en triomphe dans la chambre de la femme qui lui était promise, il s'endormit sans pouvoir profiter une seconde de son gain ... Le lendemain matin, Grenkak réveilla les trois amis à coup de sauts d'eau. « Bien, vous allez faire vos preuves : ramenez-moi pour ce soir une bourse pleine d'or. On se retrouve ici. Si vous réussissez je vous mènerai au chef. ».


C'est sans un mot que les trois élus quittèrent l'auberge, en quête d'un vol à commettre.
- Ma tête, gémit Liu en la serrant entre ses mains. Comment fais-tu Nevali, tu n'es pas humain !
- Je tiens la route, c'est tout. On est un homme ou on ne l'est pas ! répondit-il avec sourire moqueur.
- Homme ou pas, nous devons, si je comprends bien voler de pauvres gens... je n'aime pas ça. Mettons nos bourses en commun, répondit Nibel peu enclin à enfreindre la morale.
- Nous allons voler, sinon les deux Sinanthropes qui nous suivent depuis notre départ découvriront la supercherie.
- Comment sais-tu que nous sommes suivis, demanda Liu en voulant se retourner.
- Reste tranquille Liu. Je suis un chasseur, je sais ce que je dis.


Comme Nevali l'avait deviné, deux hommes de Grenkak suivirent le trio toute la journée. Ces derniers jetèrent leur dévolu sur un marchand qui rejoignait Hattousa. Ils lui laissèrent la vie sauve mais le pillèrent totalement. Rassuré par le rapport de ses hommes et le butin amassé, Grenkak conduisit les trois hommes au cœur des montagnes anatoliennes.
- La Tour Noire ! s'exclama Nibel en découvrant le repaire des Sinanthropes.
- Par les dieux, c'est bien elle que nous voyons d'Hattousa ...
- Dites donc, dit Grenkak en se retournant vers Liu, qu'est ce que vous complotez ?
- Rien du tout, ne t'en fais pas, ils sont impressionnés par le repaire du chef c'est tout. Il doit être très puissant.


Le Sinanthrope fixa longuement Nibel et Liu puis se retourna vers Nevali : « Tes deux copains sont des femmes. Toi t'es un véritable homme, alors garde un œil sur ces deux gugusses. Nous allons bientôt voir le grand chef, le guerrier suprême» !


- Qui est-il, Ô puissant Grenkak ?
Flatté par Nibel, le guerrier s'arrêta.
- C'est le serviteur loyal et dévoué de Tarunda, le plus puissant des dieux. C'est le plus grand de notre race, le plus puissant. Il règne en maître sur l'Anatolie, mis à part sur Hattousa. Mais ce n'est plus qu'une question de temps, j'ai découvert un artéfact sacré de cette maudite déesse, une de ses « filles ». Je vais la donner au maître, il fera de moi un chef très important !
- Tu es très puissant, Ô Grenkak, dit Nevali en se rapprochant du fier guerrier. Nibel, chante donc une chanson en l'honneur de Grenkak, le futur seigneur.


Alors que Nibel ne comprenait pas ce qui arrivait à Nevali mais sortait machinalement sa petite lyre, Liu s'approcha du Sinanthrope et se prosterna à ses pieds.
« Gloire à toi puissant guerrier ». Tout en s'agenouillant Liu avait glissé une petite pointe acérée dans sa manche, ce que Grenkak ne put apercevoir. Le guerrier était en effet surpris et honoré par tant d'attentions, la Tour noire n'était qu'à quelques dizaines de mètres, les deux autres Sinanthropes qui accompagnaient leur chef garantissaient sa sécurité. D'un geste vif, Liu enfonça le dard acéré dans le mollet de Grenkak. Il effectua une roulade sur le côté et jeta deux petites fioles sur les deux gardes du corps qui n'esquissèrent aucun geste. Nibel resta stupéfait, lyre à la main,  tandis que Nevali se tenait prêt au combat.


« Idiot », hurla-t-il, « tu aurais pu prévenir ! Je les aurai attaqués par-derrière dans quelques minutes, nous sommes dans de beaux draps ! »
Liu ne répondit pas, se contentant de fouiller tranquillement le sac de Grenkak qui fixait le vide. S'emparant de la statuette de la fille de Cybèle, il la mit dans son propre sac et, d'un air assuré s'adressa à ses compagnons. Les deux gardes du corps gesticulaient maintenant dans tous les sens en poussant des cris horribles.


- Les deux gros ont été atteints par un poison spécial nommé lotus blanc. Il brûle les vêtements et pénètre les chairs, consumant lentement les tissus de l'intérieur. Ça va durer plusieurs jours pour eux, ils seront vite pris de folie. J'ai injecté à Grenkak du Kumba, un poison de ma province. Il est paralysé pour une bonne heure. Avec tout le bruit que font les deux autres nous ne devrions pas rester dans le coin, les gardes de la Tour noire vont arriver d'un moment à l'autre.
- Tu as raison. Viens Nibel, fuyons ! Liu je ne te connaissais pas ainsi, tu m'impressionnes.


Nibel se rapprocha de Grenkak qu'il regarda dans les yeux : « Ton maître va te trouver ici, tu souffriras mille maux pour avoir échoué. Laisse-moi te délivrer ».


Le coup fut net et rapide. Rejoignant ses deux amis, Nibel essuyait le sang sur la lame de son épée. Liu et Nevali ne dirent mot, regardant la tête du colosse choir au sol après une bourrasque plus forte que les autres. Une nouvelle fille de Cybèle venait d'être retrouvée, ils ne se doutaient pas qu'il s'agissait de la troisième. Ils savaient par contre maintenant que leur épopée serait tâchée de sang. Tarunda demanderait certainement des comptes un jour ou l'autre à ces trois mortels ...


 


La Germanie


 


Meijuk ne s'était pas tout à fait remis de ses blessures et n'avait pu suivre les cinq élus partis vers la Germanie. Youbdino l'avait convié à rester en Hattousa et à retrouver Immungus, accompagné dans cette tâche par Shiro. Artholos, Hanz, Memnoch, Thrall et Yshba avaient suivi les conseils de Snyderthur quelques heures avant leur départ : « Rejoignez le nord de l'Anatolie en suivant le chemin des commerçants. Vous arriverez à un petit port et y trouverez une embarcation pour rallier le fleuve que les Germains nomment Donau (3). En remontant ce fleuve vous arriverez au cœur de la Germanie sans encourir trop de dangers ». Le maître chasseur ne s'était pas trompé, tout se passa comme prévu. Les cinq compagnons prirent place dans un bateau ralliant la côte occidentale du Pont-Euxin (4). La traversée dura quinze jours, quinze jours de tranquillité. L'embouchure du grand fleuve atteinte les aventuriers achetèrent une embarcation et commencèrent leur périple vers le cœur des terres occidentales. Artholos et Thrall étaient émus, ils allaient retrouver leurs terres natales.


Cela faisait déjà trois semaines que nos amis se dirigeaient en direction de la Germanie, plus ils se rapprochaient et plus le climat se dégradaient. Le ciel avait des allures sombres et les cinq compagnons aiguisaient leurs sens comme s'ils savaient au fond d’eux qu’ils devraient affronter de lourds tourments.


Le fleuve devenant de plus en plus difficile à remonter, ils décidèrent au bout de quelques jours de poursuivre leur périple à pied,  longeant la rive gauche. Comme le soleil s’apprêtait à se coucher ils estimèrent plus judicieux d’installer un camp autour d'un feu que Hanz prit soin de préparer. Au loin se dessinait la frondaison d'une immense forêt de sapins, à l’aspect inquiétant. Artholos ne la connaissait que trop bien….


- Je suis persuadé qu’on aurait pu marcher encore une heure ou deux, la forêt est visible d’ici, au moins nous aurions pu nous abriter sous les arbres en cas de pluie !!!!! Je connais ces lieux, nous y serions plus en sécurité, assura le Germain.
- Je ne suis pas sûr que ce soit une excellente idée Artholos, à moins bien sûr que tu puisses voir la nuit et que tu puisses faire face à toutes les créatures qui habitent cette forêt.
- Tu sais, deux trois coups de haches et on n’en parlera plus, intervint Memnoch en riant.
- Vu ta finesse sur un champ de bataille, je ne suis pas rassuré à l’idée de combattre à tes côtés en pleine nuit !!! plaisanta Hanz qui venait de s'asseoir auprès de ses amis après avoir réuni quelques morceaux de bois.


Memnoch ne put s’empêcher d’émettre un petit grognement tandis que ses compagnons riaient franchement. La nuit était maintenant tombée. Les quelques animaux capturés pendant la journée de marche par Yshba cuisaient doucement au-dessus du feu de camp, dégageant une odeur appétissante. Thrall et Artholos, confortablement installés, ne tardèrent pas tendre leurs auges vers Yshba
- Vous ne pouvez pas attendre deux minutes, vous deux !! Ce n’est même pas cuit, regardez Memnoch il reste bien sagement assit à méditer, lui !
- Il ne médite pas, il boude depuis bientôt une heure, rétorqua Hanz
- Arrête de te moquer des autres Hanz, fit Thrall en prenant un air plus sérieux, « la moquerie ne sert pas pendant le combat. »


Cette remarque coupa court à toutes les discussions, et nos compagnons se mirent à table, pour la plus grande joie de Thrall et Artholos. Le repas achevé, tous s’allongèrent sur l’herbe humide, se recouvrant d’une mince couverture et écoutèrent encore une fois Artholos leur conter des histoires, pour certaines vécues et quelques peu enjolivées, ou encore celles que son maître conteur Hashart, lui avait enseignées. Son maître à penser l'avait profondément changé, sa timidité avait fait place à un réel talent de conteur.


Au bout de quelques temps, et comme la plupart des nuits de ce périple, ses compagnons lui firent finalement comprendre qu’il parlait trop, et qu’il était temps de dormir. Ce fut Memnoch qui coupa court à ce moment de poésie, peut-être encore un peu vexé par les moqueries de ses compagnons. Artholos s’interrompit vexé, et se blottit dans sa couverture. Cela faisait maintenant quelques minutes que le silence s'était installé autour du campement de nos compagnons quand ce que redoutait Artholos arriva : une averse de la pluie glacée !! Ce dernier bougonna en sortant sa tête de sa couverture « Je vous avais prévenus, nous aurions mieux fait de poursuivre directement jusqu'à la forêt !!! ».
L’aube. Le chant de quelques oiseaux résonnait sur les berges du fleuve. Comme à l’accoutumée, Artholos fut le seul à parler au réveil. On pouvait comprendre, au visage d’Yshba qui rangeait sa couverture dans son sac, qu’il n’est pas très matinal et encore moins enclin à écouter le Germain.


En quelques minutes, le campement fut levé et la troupe se dirigea vers l'immense forêt. Le soleil perçait à peine les nuages dans le ciel, une pluie fine et glaciale tombait sur les vêtements usés des élus.  Dans la forêt, les aventuriers se rendirent vite compte que peu de lumière traverserait les lourds feuillages, rendant l'endroit naturellement très sombre. Une sensation de malaise s’emparait d’eux au fur et à mesure qu'ils avançaient, peut-être accentuée par l'étrange odeur de pourriture qui baignait l’atmosphère. La terre était étrangement molle,  recouverte de feuilles pourries et de mousse. Après quelques minutes de marche, le groupe se retrouva nez à nez avec une sorte de loup pendu par les pattes à un arbre. Son corps était éventré sur tout son long et un liquide encore visqueux coulait le long de son museau. En s’approchant un peu plus, Yshba se rendit compte que l’animal grouillait de vers.
- Celui-ci est mort depuis quelques temps, affirma l'Hindou.
Son regard se dirigea vers la tête de l’animal et, à ce moment précis et contre toute attente, ses yeux s’ouvrirent laissant une pupille rouge écarlate apparaître. Ce phénomène révulsa Yshba qui sauta en arrière et fut rattrapé par Hanz.
- Alors Yshba, on a peur de tous petits asticots ! 
-Les yeux de ce loup nous suivent du regard, c’est de la magie noire, ça ne présage rien de bon !! cafouilla-t-il en se dégageant de Hanz.


Ses compagnons se rendirent effectivement compte du phénomène, partageant la même gêne. Memnoch se rapprocha et regarda longuement la bête : «C’est un Loup Rouge à dent longue, comme nous l’a décrit Snyderthur, regardez des canines très longues, une robe tachetée et enfin ses pattes antérieures sont plus longues que ses postérieures.» Les autres le regardèrent avec autant de surprise que de dégoût.
« Oui », confirma Yshba avec nervosité, « mais cela n'explique ni ses yeux rouges ni le fait qu'il nous regarde ! »
Thrall considéra ses amis avec assurance : « Allez en route, mes amis, il faut nous hâter si nous voulons traversez cette forêt dans la journée!! Suivez-moi ! Laissons ce mystère derrière nous ! »


Ils marchèrent pendant quelques heures en suivant Thrall et Artholos sans rencontrer d’embûches mis à part une espèce de sanglier dont le crâne ne résista pas à la hache de Memnoch. Les bruits aux alentours, la nette distinction de cris bizarrement humains accentua le malaise chez tous les élus. Personne ne parlait, chacun s’attendant à voir surgir des créatures étranges. Ce fut finalement une sorte d’oiseau géant qui ouvrit les hostilités en volant au dessus d’eux et en laissant ses déjections salir la tunique de Hanz.


« Évidemment, ma tunique neuve d’Hattousa est salie maintenant, si encore c’était de la terre mais non, ça pue », pesta-t-il.
Dans la seconde qui suivit, il fut violemment poussé sur le côté droit par Thrall et sentit une légère douleur au niveau de l’épaule, comprenant que son camarade lui avait évité de recevoir de plein fouet la lance, qui, maintenant, était plantée dans un arbre quelques mètres plus loin.
- Voilà comme ça, la tunique est définitivement fichue, montrez vos têtes que je les décore de flèches !!!!


Personne ne répondit à l'Asgardien. Ses compagnons se tenaient prêts au combat, craignant simplement d’avoir à faire à des monstres et non des humains. Quatre silhouettes émergèrent de face, ainsi que deux autres petits groupes venant des côtés. A mesure que leurs ennemis approchaient, les élus se rendirent compte qu’ils ne ressemblaient guère à des gens « civilisés ». Ils étaient de grande taille, bien bâtis et recouverts de peinture de couleurs ocres qui dessinaient des flammes tout le long de leurs torses, leurs avant bras étaient couverts de bracelets de cuirs, recouverts pour certains de plaques d’un métal assez foncé, ils étaient pour la plupart rasés, ne portant qu’une sorte de robe courte en guise de cache-sexe, le groupe attaquant par-devant couraient à vive allure, tenant des gourdins parsemés d’éclats de métal.
Yshba sauta sur une petite bute, banda son arc en y insérant deux flèches, et fit les deux premières victimes de ce qui allait être un combat sanguinaire.
- Votre nombre ne vous sera d'aucun secours !
Memnoch se rua sur le groupe arrivant de la gauche, tandis qu’Artholos et Thrall faisaient face aux premiers attaquants. Hanz s’était positionné à côté d’Yshba et attendait de pied ferme les assaillants.
- Alors Yshba, tu ne t’es pas encore débarrassé de ceux-là, tu n’arrives pas à tirer quatre flèches d’un coup ? fit Hanz avec ironie, comme s'il voulait dédramatiser la situation pour se donner un peu plus de courage.
- Prépare-toi au lieu de jacasser répliqua sèchement son compagnon.
- C’est dommage, si je les insulte ils ne comprendront pas, reprit Hanz en regardant ses adversaires.


Un des assaillants se rua sur Hanz, une lance tenue avec les deux mains. Cette dernière avait la particularité d’être munie de deux lames arrondies à chaque bout. Hanz évita de justesse le tranchant de la seconde qui menaçait son visage, mais c’était déjà une erreur de trop de la part de son assaillant ; il se tint la gorge en essayant de retenir le flot de sang jaillissant de la plaie béante qu’avait ouvert la lame de l’épée de Hanz. Une flèche siffla à côté de l’oreille droite de Hanz, celui-ci se retourna et vit un corps tomber à ses pieds. Un guerrier avait tenté de le prendre à revers, mais c’était sans compter sur l’adresse d’Yshba qui avait réussi à trouver un angle improbable pour décocher sa flèche en plein cœur de sa victime. Celui-ci comprit le regard de Hanz qui le remerciait de sa précision.


Encore deux guerriers. Le premier, armé d’un gourdin, se rua en poussant un cri de rage vers Hanz qui se préparait au choc. Il l’esquiva en lui donnant un léger coup dans les fesses, et le fit tomber avant de lui planter son épée dans le dos. Le second n’eut pas le temps de crier, il ne put que pousser un léger cri au moment où une flèche se logea entre ses deux yeux. Le dernier encore en vie, se releva en criant, crachant, et en proférant ce qui devait être des insultes dans sa langue natale. Il fit signe à Hanz d’avancer, agitant nerveusement ses doigts. Les deux hommes se jaugèrent du regard, restant chacun en appui sur leur position. Brusquement, le guerrier germain se projeta en avant, faisant tournoyer sa lance devant lui avec frénésie. La violence de l'assaut surprit Hanz qui fut légèrement déstabilisé. Il feignit une attaque sur le côté droit et son assaillant commença à parer son mouvement mais au dernier moment, prenant appui sur son pied gauche, il fit un léger bond sur le côté, se retrouvant derrière son ennemi. La lame de son épée avait emporté une partie de l’abdomen de son ennemi qui s’effondra sur place.
 
De leur côté Memnoch, Artholos et Thrall bataillaient durement contre leurs adversaires respectifs.
- Ça va pour toi Artholos ? s'écria Thrall en esquivant du mieux qu'il pouvait les coups de hache d'un petit guerrier trapu faisant tournoyer avec célérité une double hache de bronze au dessus de sa tête.
- Ne t'occupe pas de moi, tout va bien, prends plutôt garde à toi, dans ton dos !


Artholos n'avait pas tort, un guerrier bariolé de peintures de guerre chargeait maintenant furieusement Thrall avec une lance acérée. Ce dernier fit un bond sur le côté et parvint à éviter de justesse cette attaque en traître .... la lance vint se figer dans le plexus du petit trapu. « Un de moins, à nous deux mon gaillard », murmura Thrall en se remettant en garde. Son adversaire tentait de retirer à grand peine sa lance fichée dans son compagnon lorsque Thrall abattit un lourd marteau de guerre ramassé un peu plus tôt sur un adversaire mort. Le coup atteignit directement la tête. Le Germain ne portait pas de casque et le marteau écrasa littéralement le crâne. La cervelle mêlée d'ossements éclata au visage de Thrall, lui-même surpris par la violence du coup porté. Le petit trapu n'avait presque plus de tête et il s'effondra sur son compagnon sans pousser un seul cri, la rapidité du coup ne lui ayant même pas laissé le temps de comprendre ce qui s'était passé.


Pour Memnoch, les choses allaient un peu plus mal. Il avait reçu dès le début un coup de pique au mollet droit et il pouvait difficilement se déplacer. Sa technique était cependant suffisante pour parer les coups et, dans une contre-attaque, il enfonçait une petite dague au niveau de la jugulaire de ses adversaires. A chaque fois, le coup marchait, trois guerriers tombèrent ainsi face à lui, trop certains de leur victoire face à un homme blessé.


Un peu plus loin, Artholos faisait face à quatre adversaires. Ce dernier s'adressa à eux dans leur langue natale, ce qui les surprit.
- Pourquoi nous attaquer, que voulez vous guerriers ? Je suis un des défenseurs de mon village, fils des Kymris. Vous n'avez aucune chance, regardez vos compagnons tomber les uns après les autres.
Le plus grand prit la parole en premier, suivi des trois autres proférant milles jurons.
- Fils des Kymris ? Nous irons dans ton village, nous tuerons tout le monde, nous violerons vos femmes et les offrirons en sacrifice au Seigneur de Guerre, pour l'Ordre Noir !


Artholos baissa son regard. Il serra de toutes ses forces son arme et poussa un cri de rage qui retentit dans la forêt toute entière. Tous fixèrent alors Artholos, tous regardèrent son visage déformé par la rage. Le combat fut bref. Non, en fait il n'y eut pas de combat. Artholos se jeta sur les quatre guerriers, les engloutissant sous une pluie de coups mortels et dévastateurs. Leurs membres tombaient à même le sol, ici une tête était coupée en deux, là un corps était coupé de la même sorte, le tronc se détachant des jambes sous la violence d'un nouveau coup. Il n'y eut aucun survivant parmi les guerriers germains, Thrall, Memnoch, Yshba et Hanz eurent le plus grand mal à calmer Artholos.


L’atmosphère après ce combat sanglant était beaucoup plus pesante et nos compagnons attendaient avec impatience de trouver un point d’eau pour se laver et ôter cette odeur de mort qui les entourait. Le temps n’était guère rassurant, et le ciel se voulait menaçant, dictant aux aventuriers de presser le pas. Ceux-ci atterrirent dans une immense clairière, lugubre et sombre en dépit de son exposition. Par réflexe, chacun d’eux gardaient dorénavant une main sur son arme. Au milieu de cette clairière gisait une sorte de temple vieux et délabré, maintenant presque recouvert entièrement d’une végétation étrange. En se rapprochant, les élus purent apercevoir de multiples lumières rouges provenant de l’édifice.

- C’est bizarre, cette situation me rappelle quelque chose, lança Yshba l’air inquiet.
- Vous avez vu ces sauvages arrivent à éclairer leur temple avec des lucioles.
- Je ne pense pas que des lucioles se déplacent ainsi Hanz …. Regardez les points rouges se rapprochent de la sortie, dit Artholos en se tenant près à répondre à toute agression.
Thrall, qui était légèrement avancé se retourna alors vers Yshba : « Tu vas être ravi Yshba, des amis à poil pour toi !!!!! »
- Des Loups Rouges, c’est ça Memnoch ?
- Oui Yshba, et ils sont une dizaine, ça fait beaucoup, même pour nous.

Les loups à dents de sabre foncèrent brusquement vers leurs proies. Ce n’était pas la faim ou la colère qui les guidait mais la folie, un sortilège puissant les contrôlait et ceux-ci n’avaient qu’un seul et unique but : tuer.

Le premier sauta sur Memnoch qui s’était préparé à cette attaque en portant sa rondache devant son visage, il lança en l’air l’animal en direction d’Artholos qui se servit de sa hache pour éventrer sa victime. Au même moment, une gerbe de sang l’aveugla quelques secondes, temps suffisant pour qu’un des loups lui plante ses crocs dans le dos. Artholos hurla sur le coup et Thrall vint à son secours en perforant le crâne de l’animal. Yshba avait pu éliminer deux loups pendant leur course, du moins c’est ce qu’il croyait ; il vit avec inquiétude les deux animaux se relever et repartir à l’assaut à son grand désespoir.

« Il faut leur couper la tête sans quoi ils se relèvent, dit Memnoch d’une voix emprunte de colère et de peur. » Memnoch avait pu en abattre quatre, le premier n’avait pas même émis un hurlement quand il lui avait coupé une patte, et c’était par surprise qu’il avait réussi à le mordre à la cuisse. La plaie n’était pas trop profonde, moins que celle qui avait séparé le loup en deux morceaux.
- Ce sont des monstres, rien ne les arrête, qui peut diriger ainsi de si puissantes créatures, s’écria Yshba en portant un nouveau coup fatal à l’une des bêtes enragées.


L’Hindou n’obtint aucune réponse. Le combat, encore plus violent, continua tandis qu’une mer de sang se dessinait à l’endroit même où les corps déchiquetés des loups reposaient. Des signes de fatigue commençaient à apparaître du côté des aventuriers, rien en revanche ne semblait montrer un signe de faiblesse de la part des féroces créatures. Memnoch, pour sa part, continuait à courir de tous les côtés, et la plupart de ses coups ne permettaient pas même à des loups envoûtés de se relever. Le combat semblait toucher à sa fin ; quelques loups étaient encore debout la bave aux lèvres, se préparant à un ultime assaut. Ils se dirigèrent tous vers la même personne, Thrall, comme s’ils espéraient pouvoir au moins tuer une personne. Ce fut sans compter sur la rapidité de Memnoch et d’Artholos ainsi que la dextérité d’Yshba à l’arc.
Les corps tremblotants des derniers loups retombèrent sur le sol, dans un bruit sourd. Les valeureux guerriers laissèrent tomber leurs armes et s’écroulèrent sur leurs genoux en posant pour quelques-uns la main sur leur blessure. Ils se regardèrent les uns les autres en soufflant à grands bruits.
Après s'être remis de leurs émotions, les cinq compagnons se remirent en avant au plus vite. Ils avaient en effet peur de tomber sur un autre groupe de guerriers. Trois nouvelles journées de marche forcée. Trois nuits glaciales. Au milieu du jour suivant Artholos put laisser éclater sa joie, joie tranchant avec la folie destructrice qui l'avait habité quelques jours auparavant.


- C'est mon village ! C'est mon village ! Ma sœur Alesia doit m'attendre ! Nous sommes sauvés mes amis !
- C'est pas trop tôt, on va enfin pouvoir dormir dans de vraies couches, commenta Thrall l'air épuisé.
Poussant les portes fermant la petite palissade de bois, Artholos fut accueilli en héros. Le grand sage qui l'avait poussé au départ l'attendait, une boîte de bronze entre les mains. Il s'avança en inclinant respectueusement la tête devant les aventuriers.
- Te revoici parmi les tiens. J'ai ce que vous êtes venus chercher, la fille de Cybèle. Elle vous attendait depuis ton départ. C'est un signe divin qui nous l'a envoyée. Cybèle m'a parlé en songe, je devais attendre ton retour, voici chose faite.
Artholos ne fut pas le seul surpris. Tout semblait écrit d'avance, les élus s'avançant vers un chemin tracé par une entité divine.
- Ma sœur, où est Alesia ? J'espérais la voir et ...
- Oublie ta sœur mon fils, elle n'est plus du monde des hommes.


Le choc fut terrible pour Artholos. Le vieux sage ne voulut pas en dire plus. Alesia n'était plus de ce monde. La réussite de la mission avait pour tous un goût amer et les quatre compagnons tentèrent de réconforter leur ami comme ils le purent. Les élus passèrent quelques jours dans le village, profitant de l'hospitalité du clan d'Artholos pour reprendre des forces et soigner les blessures. Artholos se mura dans un long silence qui devait durer des années. Plus personne ne put profiter de ses histoires fantastiques.


- Allez viens. Nous avons assez tardé. Un long chemin de retour nous attend, insista calmement Hanz en réconfortant son compagnon d'un geste de la main.
- Tu as raison, admit Artholos. Mais je jure de revenir. Un jour je saurai ce qui s'est passé, ce qu'il est advenu d'Alesia.


 


 


Retrouvailles


 


Meijuk et Shiro avaient eu le plus grand mal à retrouver Immungus. En fait, c'est ce dernier qui alla au devant des élus. Ces derniers dormaient une nouvelle fois à la belle étoile après une journée passée à pister le prêtre fou. Les indices convergeaient vers le sud de l'Anatolie, vers une petite cité commerçante nommée  Kanesh. « Plus qu'une journée de marche et nous y serons, Immungus tu ne pourras nous échapper éternellement », pensa Shiro au moment de s'endormir.


- Hep, réveille-toi ! Allez, dépêche-toi, nous devons rejoindre Hattousa, somma un homme portant une long tissu blanc et un foulard autour de la tête que secouait vigoureusement le montagnard. Ce dernier ne mit pas longtemps à reconnaître l'inconnu.
- Immungus ! Que  ... je te cherche et tu me trouves ? Tu as disparu avec tes filles de joie, tu as mis notre tête à prix, et te voilà sorti de nulle part !
- Tes compagnons ont retrouvé les filles de Cybèle. Les esprits des Télépinous ont rejoint notre Déesse, vous êtes dignes de la rencontrer. Il ne vous restera que la porte à franchir. Allez dépêche-toi, nous n'avons que trop tardé, insista le prêtre en s'éloignant.
- Attends un peu, pourquoi je te croirai ? Je suis venu te chercher, c'est à toi de me suivre !
- Alors ... attrape-moi !
- Viens Meijuk, intervint Shiro qui venait d'apparaître à son tour. « Nous ne craignons rien, il est seul, j'en suis certain je viens d'aller faire un tour au cas où. De toute façon c'est lui que nous voulions. »
- Oh là je t'avais presque oublié, le sommeil ne me réussit pas. Oh eh ! Mais qu'est-ce qu'il fait encore ce vieux fou !
 
Le prêtre se mit à courir en direction du nord, en direction d'Hattousa. Meijuk et Shiro eurent le plus grand mal à suivre la cadence du vieil homme. Ce dernier ne paraissait jamais se fatiguer. C'est éreintés par trois jours de marche forcée que les élus franchirent les portes d'Hattousa. Immungus pénétra seul dans le grand édifice dont les piliers rouges supportaient seuls le poids d'une imposante ziggourat.
 
- Meijuk, Shiro, mes amis, content de vous revoir en un morceau. Vous avez réussi à retrouver Immungus, je savais que nous pouvions compter sur vous, s'enthousiasma Asturias qui sortait de l'échoppe d'Hattousa avec plusieurs rouleaux de parchemins vierges.
- Non, c'est lui qui nous a trouvé, expliqua Shiro avec une grimace. Trois journées de marche harassante et nous voici. Je puis te dire que cet homme n'est pas commun, il n'a pas paru fatigué, jamais. Moi, je n'en peux plus. Il m'a dit que vous aviez réussi, tous. Que nous avions toutes les filles de Cybèle, que vous aviez sauvé les Télépinous ... est-ce vrai ?
Asturias fut surpris par les déclarations de Shiro mais confirma l'ensemble des faits. Le dernier groupe était revenu depuis cinq jours après un terrible périple en Germanie. Le Dalmate conduisit ses compagnons dans les appartements qu'ils occupaient depuis plusieurs mois maintenant.
- Nous devrions nous rassembler, tous, ce soir. Nous pourrons discuter. Youbdino passera, il me l'a dit tout à l'heure, dit Nibel qui déambulait dans les couloirs lorsqu'il croisa ses deux amis. Je me charge de prévenir tout le monde si vous voulez.
- C'est une bonne idée. Meijuk, Shiro, je vais vous conduire à Mâa et Frank, ils sauront vous remettre d'aplomb, ce sont de remarquables médecins.


Comme prévu, la grande salle de réunion accueillit tous les élus le soir même. Pour la première fois depuis très longtemps, tous étaient réunis à une même table. Un festin avait été dressé sur une grande table ronde. La pièce était chaude et le repas dégageait une odeur qui détendit l'atmosphère. Certains avaient noué de forts liens avec d'autres compagnons, des petits groupes s'étaient créés au fil des vicissitudes de leurs aventures. Une chose les réunissait cependant tous, un destin qu'ils avaient en commun. Aidé de Séléné pour les détails des scènes de combats, Rahotep se fit le conteur de la libération des Télépinous. Tout le monde était affecté par la mort de Cléops, même si les visages pouvaient parfois apparaître impassibles à l'instar de celui de Macubex qui ne disait mot, et d'Artholos qui restait muré dans son silence.


- Reste donc ces chères filles. Nous avons les quatre statuettes, intervint finalement Inyan.
- Oui, elles luisent fortement lorsqu'elles sont proches l'une de l'autre, fit remarquer Akurgal ...
- Et certaines lettres apparaissent à cet instant, coupa Pallas. Je dis ceci car je connais ces lettres, ce sont des lettres grecques : alpha, omega, sigma, upsilon, rho, omega, et nu.


- Le dernier des mystères ! s'écria Youbdino qui venait de rentrer dans la salle. « Restez assis. Je vous félicite, vous avez passé ces épreuves avec brio ... je suis désolé pour votre ami, mais il fallait conserver le talisman quoiqu'il advienne, je vous avais prévenu. Demain vous rencontrerez peut-être Cybèle. Au lever du jour, vous rejoindrez Immungus devant la plus grande des ziggourats, temple de la déesse. Il procédera au rituel et vous tenterez de pénétrer dans le temple. Si vous réussissez, Cybèle vous accueillera en personne. Vous devez tous savoir maintenant de par vos amis que vous êtes tous destinés à servir une divinité. Je puis vous dire lesquelles. Après je vous laisserai finir votre repas, le dernier que vous prendrez ici, du moins si vous réussissez à voir notre Déesse ! »
Le silence se fit. Qui étaient ces dieux ? Pourquoi ? Youbdino livra une partie de la réponse avant de quitter la salle médusée.
- Odin, Eris et Athéna vous ont choisis. A demain !
Il se passa un long, très long moment avant qu'il y ait une première réaction. Ce fut Thrall qui brisa le pesant silence : « Je connais Odin, c'est le dieu d'Asgard, le grand royaume du nord. Pourquoi m'aurait il fait venir ici pour le servir alors que j'habite juste à côté de ses terres, cela n'a pas de sens. »
- Pour nous tester, répondit Macubex sûr de lui. Depuis le début on nous teste, c'est une certitude.
- Je suis au service de Râ. Je refuse de servir une autre divinité ! s'écria Mâa en se levant brusquement.
« Je connais Eris et Athéna. » Tous les regards se tournèrent vers Pallas. Prenant la place de Mâa qui s'était rassis le Grec s'expliqua. « Athéna vit dans un sanctuaire. C'est une déesse farouche, guerrière, qui défend les humains et une certaine morale. C'est une adversaire de Poséidon, le maître d'Argos, ma cité. Eris est une déesse qui a été chassée de l'Olympe par Zeus. On raconte beaucoup de choses sur elle. Elle veut se venger, elle est la déesse de la discorde, du malheur des hommes. Par contre je ne comprends pas pourquoi les statuettes portent des lettres grecques : Cybèle n'est pas une Olympienne !»


« J'ai pris quelques notes dans notre bibliothèque et je puis compléter les dire de Pallas, j'ai déjà entendu parler de ces dieux. » Asturias avait attendu quelques instants avant de prendre à son tour la parole, mais ne voyant personne intervenir il avait sorti un manuscrit rempli de notes qu'il lut à voix haute :


« Athéna : elle garde un sanctuaire et ses serviteurs portent des armures magiques. Ils sont féroces et très imbus de leur personne. Surtout, il ne faut pas les contrarier, sinon ils déchaînent des forces cosmiques qui font que même les montagnes tremblent ! On dit que leurs armures sont cachées un peu partout et que dès leur plus jeune âge ils envoient des enfants à leur recherche, au prix de la mort de centaines d'entre eux ! »


« Eris : cette divinité vit dans les montagnes. Elle ne vit pas, on dit que c'est un fantôme, une illusion maléfique d'Ereshkigal ! Des êtres mauvais et sans pitié la servent, parfois même des morts ! On dit aussi qu'elle vivrait en fait dans les profondeurs du gouffre d'Ereshkigal. »


Akurgal, outré,  intervint à son tour.
- Je viens de Mésopotamie. Ereshkigal est notre déesse des enfers. Tes textes sont cousus de légendes populaires, méfions-nous. Jamais je n'ai entendu parler de cette Eris, or je connais parfaitement la Dame Noire. Ereshkigal est une déesse terrifiante, horrible. Elle règne sur un domaine infernal qui contient un secret ancestral. On dit que pour la rejoindre, il faut traverser un gouffre. De nombreux mortels ont tenté de rejoindre son Antre car elle recèle bien des trésors, et surtout un pouvoir incommensurable : on y trouverait des monstres qui attendrait qu'un homme les dirige ! Cette divinité ne sort jamais de son Antre car elle est gardienne d'une des portes des Enfers ...


Le Mésopotamien se ravisa au moment d'en dire plus. Il se tut et baissa les yeux, se plongeant dans un long moment de réflexion.
- Et bien moi je dis que nous verrons demain. Vous avez vu vos têtes ? Buvons ! Mangeons ! Trouvons des femmes ! Profitons de nos derniers instants normaux !
- Un conseil, ne suivez pas Nevali à l'alcool, il est imbattable, dit Liu en souriant. Nibel chante-nous une de tes chansons. Conteurs, racontez-nous des histoires !


Même si personne ne pouvait oublier ce qui les attendait, chacun fit un effort pour profiter de ces moments, acceptant pour un temps de rejoindre Nevali dans son insouciance. Ce dernier parvint à trouver une compagne pour la nuit, tout comme Inyan. Personne ne dormit réellement.


 


Le destin révélé


 


- Ô puissances de la nature, acceptez ce don de vos serviteurs ! Protégez Cybèle, gardienne des savoirs ancestraux, Oracle des Oracles !
Immungus acheva ainsi sa cérémonie en levant les bras au ciel pendant que de la nourriture finissait de se consumer dans une grande vasque. Il se retourna vers les élus qui étaient alignés depuis une heure sous le soleil naissant.


- Cybèle notre déesse va vous accueillir si vous franchissez cette porte. Elle vous révélera vos destins respectifs. Lorsque vous sortirez de ce temple, trois groupes auront été formés. Vous suivrez les trois représentants des divinités qui vous ont choisis et vous quitterez Hattousa. Nous vous y accueillerons toujours avec plaisir.


Séléné s'avança le premier vers la porte en bougonnant « Pas trop tôt, attendre comme ça sans rien dire devant l'autre fou qui brûle de la nourriture, on aura tout fait ici ! ». Montant les quelques marches à vive allure, le géant prit entre ses mains les deux poignées de la porte de bronze. Il tenta de les tirer vers lui, rien n'y fit. Il tenta alors de les tourner sans plus de réussite. « Très bien la porte, on veut jouer ? Alors là je suis ton homme ! » Séléné donna de violents coups d'épaules avant que Nevali n'intervienne enfin.
- Je crois que ce n'est pas la peine, elle est scellée cette porte. C'est la dernière épreuve, hein vieux fou ? Les statuettes sont les clés ! dit-il en se retournant vers Immungus qui avait du mal à cacher un petit rictus moqueur.
- Il faut effectivement savoir lire ce qui est marqué sur la porte.


Les quatre érudits s'avancèrent donc, Séléné et Nevali cédant leur place.  Asturias, Akurgal, Macubex et Rahotep mirent en commun leurs connaissances et l'Egyptien lut à voix haute la traduction.
« Il est le fils et le mari de la Terre, celui qui regarde les étoiles ! »
- Une énigme, murmura Seth à Mâa qui se trouvait une fois de plus à ses côtés.
- Oui, lui rétorqua ce dernier. Une parabole divine, il s'agit d'une divinité à n'en pas douter.
- Il faut certainement prononcer un mot pour ouvrir la porte. Qui a une idée ? sonda Inyan en regardant l'ensemble de ses compagnons.
- Héhéhé, ricana Immungus, attention mes amis, attention. Il faut bien un mot. Mais un seul ! Vous n'avez le droit qu'à une tentative, si le mot est faux à jamais fermée cette porte restera !
- Et toi tu le connais le mot ? demanda Séléné qui avait du mal à cacher l'idée qui venait de germer dans son esprit.
- Allons, rétorqua Immungus en faisant un geste équivoque de la tête, faire du mal à un prêtre de Cybèle ... déesse qui est juste derrière ... mauvaise idée !


Les élus se mirent en cercle pour échanger leurs idées. L'angoisse de l'échec, le souvenir pour quelques uns de l'épisode des Télépinous étaient autant de freins. Les érudits proposèrent d'aller chercher dans les textes de la bibliothèque quand Pallas cria.
- JE SAIS !  Alpha, omega, sigma, upsilon, rho, omega, et nu !
- Et ? Demanda Shiro intrigué.
- Ces lettres forment un mot ... plutôt le nom d'un dieu qui contemple les étoiles, fils et mari de la Terre dans notre religion ... Ouranos, compagnon de Gaia !
- Mais Cybèle n'est pas grecque, cela n'a pas de sens, s'inquiéta Asturias.
- OURANOS, s'écria alors Séléné devant les regards déconfis de ses compagnons.
- Séléné, si tu as tort on est mort ! Tu aurais pu attendre ! pesta Frank qui sortait de sa réserve habituelle.


Frank et ses amis n'eurent pas vraiment le temps d'avoir peur. La porte s'ouvrit sans faire un bruit, laissant échapper une fumée étrange. « Je vous attendais », lança une voix féminine douce, semblable à celle qu'ils avaient entendue dans leur tête à de si nombreuses reprises. Les élus entrèrent sans trop réfléchir dans le temple. La pénombre était totale, jusqu'à ce que trois Télépinous se mettent à virevolter autour d'eux et à apporter un léger voile de lumière. Cybèle était là, devant eux. Elle n'était pas belle, elle n'était pas laide. Personne n'aurait pu la décrire. C'était une déesse à la beauté éthérée, un être que nul n'avait encore pu voir.
- Vous êtes ici car j'ai mené vos existences vers ce moment où votre destin vous sera révélé. Je vous ai protégé jusqu'alors, maintenant ce seront vos nouvelles divinités qui s'en chargeront.
Les médaillons se détachèrent de chaque cou, convergents vers la voûte du temple et disparaissant dans un éclat de lumière aveuglante. Cybèle fit un geste de la main et les trois Télépinous se placèrent à trois endroits opposés du temple.
- Je vais rendre mon Oracle. Vous allez servir des dieux que vous ne connaissez pas. Vos vies en seront bouleversées. Avez-vous le choix ? Non, lorsque des dieux se penchent sur le destin de mortels ces derniers doivent l'accepter ou disparaître. Thrall, Memnoch, Rahotep, Akurgal, Inyan, Dimitre, Liu, Yshba, Ryusei et Nibel : rejoignez cet esprit de la nature.


Le premier groupe se forma et rejoignit un des Télépinous, sans un mot. Cybèle n'avait pas l'air hostile, certes, elle n'en restait pas moins une déesse qui imposait un respect profond, une forme de crainte même.
- Macubex, Meijuk, Séléné et Hanz, rejoignez cet esprit.


Macubex fut surpris, il n'avait révélé son nom à personne. Mais pour tous, il demeurait l'Etranger, car à vrai dire personne ne prêta attention à ce détail.
- Nekkar, Shiro, Artholos, Asturias, Frank, Harald, Seth, Mâa, Nevali, Darkhan et Pallas, rejoignez à votre tour l'esprit.


Trois personnages apparurent, sortant de la pénombre. Trois hommes. Deux d'entre eux portaient des armures grecques. Le troisième portait un manteau de fourrure de très grande qualité, finement brodé de motifs runiques. Chacun se présenta devant un groupe. L'homme au manteau fut le premier à parler.


- Je suis Thendrik. Odin vous a choisis. Vous allez me suivre vers le royaume d'Asgard. Vous êtes maintenant des serviteurs d'Odin. Montrez-vous en digne.
Akurgal était incrédule. Servir Odin, lui ? Comme il voulait poser une question, le guerrier grec qui s'était avancé devant le groupe de Nekkar prit à son tour la parole.


- Je suis Gaudamonos, serviteur d'Athéna. Je vais vous conduire au village de son Sanctuaire sacré. Vous voici les serviteurs de notre puissante et sage déesse.


Le dernier des trois hommes fixa les quatre derniers élus qui avaient compris qui ils allaient servir.
- Je sers Eris car je l'ai choisi. Vous, vous vous en remettez à l'oracle d'une divinité inconnue ? Servir Eris c'est servir la liberté, la liberté des hommes, la liberté de choix, d'action. Je ne vois ici qu'un troupeau. Il reste deux bergers, ils sauront s'occuper de vous !
Le serviteur d'Eris quitta la salle en refermant bruyamment la porte. Cybèle ne semblait pas comprendre elle-même ce qui se passait, Macubex, Séléné, Meijuk et Hanz se regardaient, perplexes.


- Mon Oracle a été mal interprété. Que Macubex et Séléné rejoignent Athéna, que Meijuk et Hanz rejoignent Odin. Telle est la vérité révélée !
- Tu t'égares Cybèle, contesta Macubex. Nos destins étaient de suivre Eris. Pourquoi servirions-nous des divinités étrangères ?
- Non, le destin est écrit, Athéna et Odin ont choisi, Eris n'est que la discorde, elle l'a encore prouvé. Vous ne pouvez refuser vos destinées .....


Sans dire un mot de plus les quatre élus rejoignirent leurs compagnons respectifs. Suivant leurs guides ils sortirent du temple. Immungus les attendait, accompagné de deux hommes qu'Yshba et Harald reconnurent.


- Bien, deux groupes, deux voyages. Bonne chance à vous. Cybèle veillera toujours sur vous. Adieu, revenez ici à loisir! déclara Immungus en levant les bras au ciel comme s'il voulait en faire le témoin de cet instant solennel.


Yshba courut vers le premier des inconnus.
- Maître Soluna, que faites-vous ici ? Pourquoi avoir quitté la jungle, vos terres ?
« Mon petit, je suis venu pour t'apprendre certaines choses avant ton départ. Je connais Hattousa depuis longtemps, j'y ai fait plusieurs séjours. Je vais m'y installer maintenant, auprès de  Snyderthur, mon ami. Ecoute-moi attentivement maintenant. Tu es né en Asgard, ta famille a en été chassée juste après ta naissance. Ceci est le blason de ta famille. Les dieux ont voulu que tu retournes sur la terre de tes ancêtres, Odin l'a lui-même voulu. Retrouve tes racines, prends soin de toi, tu es un bon petit. N'oublie pas mes conseils sur la nature quand je te guidais à proximité de ton village. » Yshba prit la petite étoffe de cuir. Un loup y était représenté. Il fondit en larmes et serra son maître dans ses bras.


Pendant ce temps, Harald s'était approché du second inconnu. Ce dernier était assez grand, bien moins que Séléné, mais tout le monde était moins grand que Séléné. Il dégageait une certaine force, ses cicatrices apparentes sur ses bras en disaient long sur ses combats passés.
- Que faites-vous là ?
- Surpris ... c'est normal. Je suis venu te dire bonne chance. Je sais que tu rejoindras un jour ou l'autre la terre qui t’a vue grandir. N'oublie pas ce que je t'ai appris en Asgard. Sois digne de ma confiance.
- Je le serai, maître, je le serai, bafouilla Harald.


L'ensemble des élus forma un grand cercle. Pour la dernière fois ils étaient ensemble. Durant ces mois de vie commune, ils avaient partagé douleurs et peines, joies aussi. Ils étaient tous liés, même si l'Oracle de Cybèle venait de les séparer. Ils restèrent ainsi quelques minutes, le silence en disant beaucoup sur l'émotion qui les prenait à la gorge. Nibel entonna une chanson d'adieu. Le soleil était radieux, la brume ayant disparu des cieux depuis le retour des Télépinous auprès de leur protectrice. « On se reverra, vous verrez ! Nous sommes comme des frères maintenant », lança Ryusei d'un ton empli d'émotion. Frères, Frank et Inyan l'étaient, pourtant le destin les séparait ...


« Bon ! Nous devons partir. Préparez vos affaires, un navire nous attend à deux jours de marche. Nous en avons pour quelques mois de traversée, vous aurez le temps de discuter », s'écria Thendrik en invectivant les nouveaux serviteurs d'Odin.


« Nous allons aussi nous mettre en route. Le voyage sera assez long, il ne faut pas tarder », commanda l'autre guerrier.


Les nouveaux serviteurs d'Athéna regardèrent Gaudamonos puis baissèrent les yeux. Le cercle se rompit, en silence. Une nouvelle vie commençait pour ces jeunes hommes. Depuis leur naissance, une divinité étrangère, Cybèle, les avait guidés. Maintenant, Odin et Athéna embrassaient leurs vies. Le destin était  en marche, un nouveau chapitre de l'histoire des dieux et des hommes allait enfin pouvoir s’ouvrir.


FIN DU PRELUDE


Notes :

(1) Turquie actuelle. Cette montagne est célèbre aujourd'hui pour ses colossales statues gréco-perses.
(2) Au sud de la Turquie, à proximité du mont Nemrut. Très ancien carrefour commercial entre la Mésopotamie et l'Anatolie.
(3) Danube.
(4) Mer Noire.

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