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L'émergence des géants

Transylvanie, juillet 1969


 


-Attention Jason, derrière toi ! , cria Diomède à son compagnon.


Le chevalier d’argent de la Carène était un vétéran habitué au combat et il réagit donc presque instantanément à l’avertissement. Mais cela se révéla malgré tout insuffisant... Leur adversaire venait de jaillir de l’ombre à une vitesse telle que Diomède ne voyait presque qu’une tache floue: il se jeta les deux pieds en avant sur Jason qui prit le coup de plein fouet. L’attaque avait été portée avec une force inhumaine: le chevalier d’argent fut projeté vers la nef de la petite église, percuta le mur et le transperça comme s’il était en papier.


-Jason ! , cria encore le chevalier Pégase.


L’homme qu’ils avaient poursuivi jusqu’à cette petite église isolée se tourna alors vers lui et Diomède se concentra sur le combat qui l’attendait : il serait toujours à temps de s’inquiéter de son ami plus tard. Son adversaire était vêtu d’habits en loque et était d’une crasse terrifiante. Ses cheveux hirsutes et son visage livide étaient couverts de terre, tandis que ses yeux luisaient d’un rouge malsain dans la pénombre. Les deux adversaires se jaugèrent dans un silence seulement troublé par le bruit de la pluie torrentielle qui s’abattait sur la toiture. Diomède avait pu juger la force de l’homme et en avait conclu qu’il risquait d’être en grande difficulté. Il décida donc d’attaquer directement avec son meilleur coup et jeta sa torche au loin en se mettant en garde.


-PAR LA CHARGE AILEE ! , hurla-t-il en faisant exploser son cosmos. Son aura prit la forme du mythique Pégase puis se concentra dans son poing avant de se libérer sous la forme d’un rayon d’énergie destructeur qui fendit l’air à une vitesse approchant Mach 1.5. L’homme ne bougea même pas de la trajectoire et se contenta de frapper de son poing la projection d’énergie. Le flux destructeur fut dévié vers le toit qui fut vaporisé au point d’impact, à la verticale de Diomède. Le plafond s’effondra en partie sur le chevalier de bronze qui fut obligé de s’écarter en toute hâte afin d’éviter d’être pris sous les débris.


La lumière blafarde de la Lune pénétra alors par l’ouverture, ses rayons filtrant à travers le nuage de poussière soulevé par les dégâts tandis que la pluie s’engouffrait par l’ouverture.


-Faible étranger… Maintenant tu vas mourir…


L’homme souriait, découvrant des dents limées en pointes.


-Tu devras d’abord te battre avec moi !, intervint une voix.


-Jason ! Ca va ?


Jason était en train de franchir le trou qu’il avait percé bien malgré lui.


Il était à présent presque aussi sale que leur adversaire : son armure, dont le plastron s’effritait légèrement au niveau des points d’impact, était couverte de boue ainsi que ses longs cheveux verts plaqués sur son front et ses épaules.


-Ca ira, répondit le chevalier d’argent en essuyant le sang qui avait coulé de sa bouche.


-Très bien… Tu mourras en premier… , dit l’homme en se tournant vers Jason.


-Pff… Le jour où je serai incapable d’abattre un assassin dans ton genre d’une seul coup sera le jour où il faudra que je raccroche définitivement mon armure. Mais ce jour n’est pas encore venu.


L’homme fonça sur le chevalier d’argent à une vitesse telle qu’il disparut un instant à la vue de Diomède. Il avait tenté de frapper le chevalier d’argent au visage mais celui-ci avait bloqué le coup en attrapant le poing de l’homme dans sa main.


-Hum, presque Mach 4 ! Pas mal. Un an en arrière, ce coup m’aurait sans doute atteint. Mais pour ton malheur, mon ami et moi avons pas mal progressé ces derniers temps.


Jason lâcha sa prise pour éviter un coup de pied d’un petit saut en arrière.


-Tu n’as rien d’intéressant à dire avant de mourir, j’imagine ?


L’homme poussa un cri presque animal en se jetant sur son adversaire.


-Tant pis pour la postérité alors ! SHIP OF HEROES ! , hurla Jason en faisant exploser son cosmos.


Le cosmos du chevalier de la carène prit la forme d’un navire de lumière et la force des héros légendaires du navire Argo se déversa en lui. Une vague d’énergie multicolore déchira alors l’air à plus de six fois la vitesse du son.


Le coup atteignit l’homme au niveau du bassin et le coupa littéralement en deux. Du sang et des viscères giclèrent sur les murs et dans presque toute l’église puis deux moitiés de chairs flasques tombèrent à dix mètres l’une de l’autre.


-Et bien tu n’y es pas allé avec le dos de la cuillère ! , commenta Diomède, un peu écœuré par le spectacle morbide qui s’offrait à lui.


-Je pensais qu’il était un peu plus robuste, s’excusa presque le chevalier d’argent devant le carnage. Bon et maintenant ? Je suis censé le brûler ou autre chose ?


 


* * * * * * * * * * * * * *


 


Le jour s’était levé sur le petit village isolé. S’il restait en plusieurs endroits des traces de la nuit plutôt agitée qui avait précédé, les habitants du village étaient ressorti de chez eux et venaient saluer brièvement, souvent d’un simple geste de la main, les quatre chevaliers d’Athéna qui patientait devant la maison du médecin, assis sur leurs boites de Pandore.


En effet, si Diomède et Jason avaient fait face à l’adversaire le plus redoutable, Bélial du Fourneau avait reçu un mauvais coup qui lui avait apparemment brisé trois côtes. En attendant que leur compagnon reçoive les meilleurs soins possibles dans un tel endroit coupé du monde, les chevaliers recevaient les marques de gratitudes sommaires des autochtones avec des sourires.


 


-Quand nous sommes arrivés c’est à peine s’ils ne nous jetaient pas des pierres… , commenta Bayer du Toucan.


-Et ils nous avaient dénoncé d’entrée de jeu à la Securitate… , compléta Diomède.


-Maintenant ils nous montrent leurs dents noircies et nous font des signes de la main, il y a donc du mieux. Mais bon, c’est vrai que tout cela manque un peu d’effusions… , observa Bayer.


-Apparemment ils n’ont pas prévu de nous faire la fête pendant une semaine… Ce village de Haïti avait su nous remercier avec… chaleur… du fait que nous nous étions occupé de ce sorcier et de ses non-morts… , dit Diomède d’un ton mélancolique.


-En effet, pas de natives dansant à demi nues cette fois-ci, coupa Jason. Tu ne vas pas pouvoir laisser de nouvelles conquêtes derrière toi…


-Pfff… , fit Diomède.


-Enfin c’est déjà mieux que lors de notre escapade dans ce patelin de fous furieux au Massachusetts… , observa Jacob de la Girafe qui était le cadet du groupe.


-J’essaie vraiment d’oublier cet épisode, dit Diomède. Déjà, on a manqué d’y laisser notre peau en combattant ces horreurs oubliées et on a failli se faire embrocher à coup de fourches…


-En tout cas toujours pas l’ombre d’un chevalier noir, ajouta Jacob qui venait de serrer la main à un villageois un peu plus chaleureux que les autres.


-Oui, voilà un an et demi qu’on est sur cette mission et j’ai l’impression que l’on ne l’a toujours pas commencé, maugréa Bayer. Toutes les pistes sur lesquelles on nous envoie débouchent toujours sur des histoires à dormir debout qui n’ont rien à voir…


-A croire que le Sanctuaire n’a pas la moindre idée de l’endroit où ils sont partis… Peut-être que le Pope profite juste d’avoir notre groupe à disposition pour nous envoyer régler tous les problèmes qui se présentent en attendant d’avoir une vraie piste, proposa Diomède.


-Personnellement je suis ravi de cette année et demi, dit Jason.


Les trois autres chevaliers regardèrent leur aîné avec surprise.


-Je suis devenu chevalier pour protéger les innocents et faire de ce monde un endroit meilleur. C’était ma vision idéaliste des choses quand j’étais gamin... Pendant des années je suis resté au domaine sacré à assurer l’entraînement des apprentis car nos rangs étaient trop clairsemé s et que l’on avait besoin de tout le monde pour préparer la future Guerre Sainte. Guerre Sainte à laquelle je ne participerai sûrement pas. Mon rêve d’enfant je le réalise enfin depuis que notre mission a commencé. Je suis un chevalier relativement âgé, je n’aurais sans doute plus d’autre occasion d’accomplir ma tâche. Si le Pope veut nous envoyer à travers le monde pendant encore deux ans pour combattre le mal sous toutes ses formes et bien… cela me conviendra parfaitement!


-C’est vrai, convint Diomède. Par rapport à toutes ces années au sanctuaire, je me sens vraiment utile. Et bon, si avant je pensais que tous les chevaliers d’argent étaient des êtres arrogants totalement imbus de leur personne, ce long voyage m’aura permis de relativiser cette opinion.


-Et moi je me suis rendu compte que certains chevaliers de bronze valaient un peu mieux que des vers de terre… , ajouta Jacob en faisant un clin d’œil au chevalier Pégase.


Belial sortit finalement de la demeure du médecin et alla s’asseoir à côté de ses amis. Ils discutèrent encore un moment, jusqu’à ce que le dernier membre de leur petit groupe, Mirfak de Persée, les rejoigne.


 


-Il y a du nouveau, annonça-t-il. Notre contact de Bucarest nous a fait parvenir un message.


-Qu’est-ce que ça raconte ? , demanda Diomède. Une nouvelle piste ? On a filmé des types en armure noire qui courraient sur la Lune ?


-Pas vraiment. Un problème en Norvège où un lunatique vient de se déclarer « grand prêtre du seigneur Loki » et a déclaré l’indépendance d’une région isolée. L’affaire a été couverte et le Grand Pope s’est arrangé pour que les forces armées conventionnelles n’interviennent pas. Bref c’est à nous de jouer, nous sommes mandatés pour régler le problème.


-Tout un programme ! , commenta Bayer d’un ton sarcastique.


 


Une dimension étrange, juillet 1969


 


-Je crois que c’est mon endroit préféré, dit Akiera à son fils. La Terre est riche de splendeurs, j’en ai vu une bonne partie, mais nulle part je n’ai observé de spectacle équivalent.


-C’est… pas réel, dit le gamin émerveillé.


La vision qui s’offrait à l’enfant et à l’adulte sortait en effet des sentiers battus. Ils étaient dans une dimension folklorique qu’Akiera avait découverte quelques années plus tôt. Plus précisément, ils étaient assis sur le dos d’une sorte de baleine translucide : la créature flottait dans l’espace, se déplaçant dans le vide cosmique séparant deux planètes jumelles. La matière qui la composait luisait d’une teinte légèrement orangée et l’on voyait ses organes internes et les étoiles par transparence. Tout autour d’eux des milliers de créatures semblables se déplaçaient dans la même direction. Akiera tenait son fils serré contre lui, afin d’éviter que ce dernier ne sorte de la bulle d’air que ses pouvoirs maintenaient autour d’eux.


-Je les entends… , murmura l’enfant. Elles chantent, c’est si beau ! Mais c’est bizarre, c’est comme si c’était dans ma tête.


-C’est le cas : ces créatures sont télépathes. Il n’y a pas d’air autour de nous et le son ne pourrait donc pas se propager si elles chantaient de façon ordinaire.


-S’il n’y a pas d’air… Qu’est-ce qu’elle brasse, demanda-t-il en désignant le mouvement des nageoires de la créature.


-Je me suis déjà posé la même question et je n’ai pas la réponse… Les photons, peut-être.


Aphrodite sembla réfléchir un moment en se concentrant sur les chants.


-J’ai l’impression qu’elles se répondent les unes aux autres, comme si elles se parlaient.


L’ancien chevalier d’or hocha la tête.


-Oui, je crois qu’elles sont intelligentes et que ces chants sont en fait leurs conversations.


-De quoi parlent-elles ?


-Peut-être de philosophie, du sens de la vie ou du fait que ces deux petites créatures roses sont enquiquinantes… Surtout le petit avec toutes ses questions !


Le garçon fit la moue et se contenta de regarder le spectacle.


-Où est-ce qu’elles vont ? , demanda-t-il finalement quand il estima que la taquinerie de son père était oubliée.


-Là encore, je ne sais pas vraiment… Elles volent de planétoïde en planétoïde sans raison apparente. Chaque fois qu’elles arrivent à proximité d’un corps céleste elles se laissent dériver en orbite pendant un certain temps puis elles repartent.


-Elles se déplacent pour chercher de quoi se nourrir ?


Akiera hocha de la tête.


-Je n’ai jamais vu d’autres formes de vie dans ce continuum. Enfin si, en fait on doit pouvoir trouver les quelques personnes qui m’avaient agacé et que j’ai envoyées réfléchir sur le sens de la vie ici. Elles doivent encore flotter, quelque part…


Le jeune garçon regarda son père avec de gros yeux.


-Attends, j’aurais pu être moins gentil, au moins il y a du spectacle ici !


Le garçon hésita un moment puis finalement il sourit avec un air de connivence.


-Tu me fais marcher, pas vrai ?


Akiera regarda son fils un moment puis éclata de rire.


-Tu grandis, ça devient difficile de t’avoir !


Le garçon prit un air satisfait, fier d’avoir percé à jour son père. Pendant ce temps ce dernier songeait que si jamais il venait à croiser un squelette dans le vide, cela pourrait faire désordre…


-Bref, elles ne cherchent pas de quoi manger, reprit-il. Je pense qu’elles se « nourrissent » de rayons cosmiques. Donc tout ce qu’elles ont à faire c’est à se balader dans l’espace en chantant. Je pense que cela doit être assez plaisant comme existence.


 


Leur « monture » commença à ralentir le mouvement de ses nageoires puis le cessa totalement, imité par le reste du ban. Aphrodite n’avait pas de repère, mais il avait l’impression qu’ils étaient à présent parfaitement immobiles.


-On s’est arrêté ?


-J’en ai l’impression…


-Pourquoi ?


Akiera sembla réfléchir un moment puis se concentra en fermant les yeux.


-Je crois que nous sommes au point de Lagrange…, finit-il par dire.


Le garçon le regarda sans comprendre.


-L’attraction de chacune des deux planètes se compensent parfaitement à l’endroit où nous sommes. Jusqu’à présent elles utilisaient leurs nageoires pour échapper à l’attraction de la première planète. Si elles donnent un nouveau coup vers l’avant elles seront attirées par la prochaine planète et n’auront plus qu’à se laisser porter. Elles sont suspendues à mi-chemin de leur périple.


-Elles vont rester ici longtemps ?


Akiera ne répondit pas et regarda autour d’eux. Les chants s’étaient arrêtés.


-Il se passe quelque-chose, dit-il simplement.


Les baleines cosmiques bougèrent en effet dans un mouvement parfaitement coordonné et fluide afin de former une gigantesque sphère. Une créature occupait le centre de la structure géométrique vivante. Elle émettait une lueur orangée semblable à celle de leur monture, mais beaucoup plus faible que celle de ses congénères et paraissait faiblir à vue d’œil. Akiera et son fils comprirent ce que cela signifiait : la créature était soit malade soit trop âgée.


-Elle est en train de s’éteindre petit à petit, dit le garçon. Comme moi…


Akiera serra les dents. Quelle idée avait-il eu d’emmener son fils ici ?


La lueur de la créature disparut totalement. L’assemblée commença alors un chant funèbre aussi magnifique que poignant. Akiera sentit son fils enflammer son cosmos, une aura bleutée se formant autour de son corps.


-Qu’est-ce que tu fais ? , s’inquiéta l’ancien chevalier.


-Je participe, répondit simplement l’enfant.


Des centaines de roses rouges, blanches et noires se matérialisèrent autour du corps sans vie de l’extravagante créature, formant un linceul coloré.


-Aphrodite… , souffla son père inquiet d’une éventuelle réaction des baleines.


Mais le chant mortuaire se prolongea de longues minutes, sans que les créatures ne semblent remarquer quoi que ce soit. Finalement le silence se refit et les créatures se replacèrent dans leur formation initiale.


-Merci…


Akiera et Aphrodite sursautèrent lorsque cette pensée parfaitement claire et compréhensible les atteignit.


-Quand je disais qu’elles étaient sûrement intelligentes… , murmura l’adulte.


-Désolé je sais pas les faire durer plus longtemps, s’excusa l’enfant en utilisant la communication cosmique.


Les roses qu’il avait créés étaient en effet en train de se dissiper, devenant progressivement floues comme des mirages.


-Méfiez-vous… IL revient… Et avec Lui… La fin…


Akiera sursauta à nouveau quand ces pensées lui parvinrent. Il regarda son fils mais celui-ci n’avait pas réagi, comme s’il n’avait pas entendu.


-Qui IL ?, demanda l’ancien chevalier avec son cosmos. Mais les créatures avaient repris leurs chants et il n’eut aucune réponse. L’enfant s’aperçut néanmoins que quelque chose clochait en sentant la crispation de son père. Il lui lança un regard interrogateur.


-Il est temps de rentrer, notre réserve d’air s’épuise, dit simplement Akiera.


 


L’enfant et l’adulte restèrent silencieux le temps qu’Akiera ouvre le passage dimensionnel qui les ramènerait sur Terre. Ils en émergèrent sur une petite colline située à quelques centaines de mètres de leur chalet.


-Tu pourrais m’apprendre à faire ce genre de porte ? , demanda le garçon tandis que la faille du réel se résorbait.


-On pourrait essayer mais tu aurais certainement du mal à égaler ma maîtrise dans le domaine, et je dis cela sans la moindre prétention. Chaque chevalier naît avec un cosmos qui lui est propre et qui le prédispose à maîtriser les arcanes correspondant à sa constellation. Moi par exemple je serais certainement bien incapable de matérialiser une seule de tes roses, même si je m’entraînais pendant des années et des années pour le faire. La façon dont tu les crées à partir de rien en transformant ton cosmos immatériel en matière organique… La manière que tu as de modifier leur composition chimique pour les rendre mortelles… Cela dépasse totalement mes capacités et même ma compréhension. Je n’ai d’ailleurs jamais vu quiconque réaliser une prouesse comparable.


Le garçon regarda son père avec une certaine incrédulité.


-Non, je n’ai pas la moindre idée de la façon dont tu procèdes ! D’ailleurs si je n’avais pas les mémoires de tes prédécesseurs pour m’orienter dans ta formation… Tout ce que je fais, finalement, c’est t’aider à ressentir ton cosmos et à l’apprivoiser. Mais c’est un don exceptionnel que tu as là, celui de créer la vie…


-Oui mais elles s’en vont tout de suite ou presque…


-Il te manque encore l’ultime cosmos pour pouvoir plier à ta volonté les quelques dernières lois physiques qui t’empêchent d’aller au bout de ton pouvoir…


-J’en aurai pas le temps… , dit Aphrodite.


-Ne dis pas ça !


Akiera avait hurlé mais le garçon n’avait même pas bronché. Akiera s’était rendu compte depuis quelques semaines seulement que son fils était au courant de sa maladie. L’enfant n’avait pas voulu dire depuis quand il le savait mais Akiera soupçonnait que cela remontait à de nombreux mois. Sans doute dès qu’Aphrodite avait suffisamment bien maîtrisé son cosmos et ses nouvelles perceptions pour comprendre pourquoi son père passait plusieurs heures par jour à déployer son cosmos doré sur lui. Il avait ressenti le combat perdu d’avance que menait Akiera pour ralentir la progression du mal.


-Tu as la force nécessaire en toi, continua Akiera. Une force qui te distingue du reste de l’humanité, qui fait de toi un être exceptionnel.


-Mais ma maladie…


-Elle n’est rien par rapport à la puissance qui sommeille en toi et qui ne demande qu’à exploser. Ceci n’est qu’une épreuve du destin, j’en suis sûr. En ce bas monde, seuls les forts survivent : en battant la mort elle-même tu prouveras de façon indiscutable que tu es digne de faire partie de l’élite de la chevalerie d’Athéna.


Le garçon sembla ne pas comprendre les paroles de son père.


-Athéna, puisses-tu nous accorder le temps dont nous avons besoin…, pensa Akiera.


 


Athènes, août 1969


 


-Tu sembles songeur, mon fils, dit Patrocle à Aioros.


Ils étaient dans les rues de la capitale grecque et revenaient du marché où ils avaient fait des courses pour le déjeuner. Aioros avait troqué la tenue antique qu’il portait dans l’enceinte du Sanctuaire contre un ensemble sandale, short, t-shirt. Son père quant à lui portait un pantalon de toile et une chemise blanche largement ouverte.


-Fatigué plutôt, répondit le garçon.


-Toujours ces cauchemars ?


-Oui, les mêmes songes qui me hantent nuit après nuit depuis si longtemps déjà… Toujours ces mêmes images de guerres, de combats fratricides, d’amis tuant des amis… Toujours ce sentiment oppressant d’inéluctabilité, que le temps m’échappe…


-Personne au Sanctuaire n’a pu t’aider à comprendre ces rêves, leur raison et leur signification ?


-Praesepe a essayé d’analyser ce que je lui racontais, mais il ne leur a pas trouvé de sens.


-Il pense toujours que c’est une séquelle de ton combat à Babylone ?


-C’est ce que je pense moi, en fait. Et comme il n’a pas de meilleures explications…


-Je ne sais pas si tu le sais mais lorsque j’avais été blessé par ton oncle, voilà de ça de (si ) nombreuses années, je m’étais rendu sur l’île de Canon. Les chevaliers blessés vont régénérer leurs forces là-bas depuis les temps mythologiques. D’ailleurs quand j’y repense, cela avait été un bien grand honneur qui m’avait été fait, moi un apprenti raté, que de m’autoriser à me rendre en ce refuge sacré et béni par notre déesse. Alors, certes, les fumées du volcan sont censées guérir les blessures physiques… Mais après tout, qui, aujourd’hui, peut dire avec certitude quelle était la limite de la bénédiction d’Athéna ?


Le garçon réfléchit puis acquiesça d’un hochement de tête.


-Je ne risque en effet pas grand-chose à aller là-bas… Il faudra juste que je demande au Grand Pope l’autorisation de m’absenter du domaine sacré.


-Il te la donnera, je n’ai aucun doute là-dessus. Mais changeons de sujet et parlons de choses plus agréables… Ton frère attend cette journée depuis longtemps, tu sais. Il t’adore : tu devrais venir le voir plus souvent.


-Oui, je sais. Mais entre mes entraînements et ma charge de garde dans la maison du Sagittaire, je n’ai vraiment pas beaucoup de temps à moi. En outre, peut-être un jour le verrai-je trop souvent à votre goût, à toi et maman.


-Que veux-tu dire ?


Patrocle regardait son fils avec perplexité. Celui-ci, tout en continuant à marcher, se mordait la lèvre inférieure avec un air contrarié…


-Soit tu n’en a pas assez dit… , commença l’adulte.


-…soit j’en ai trop dit, finit le garçon.


-Tout à fait. Et maintenant il va falloir finir !


Aioros s’arrêta et se tourna vers son père.


-Je t’ai dit que je pouvais voir les cosmos des gens, les peser et les évaluer.


-Oui tu me l’as dit. Tu m’as dit que Praesepe trouvait cela except i onnel, mais je ne vois pas où tu veux en venir.


-Normalement, je vois le cosmos d’une personne tel qu’il est, mais parfois je perçois aussi des indices de ce qu’il pourrait devenir. Le Grand Pope a un apprenti, plus âgé qu’Aiolia de quelques mois…


-Tu es en train de me perdre !


-Ce jeune apprenti est destiné à devenir le chevalier d’or du Bélier, le Grand Pope en est persuadé. La première fois que je l’ai vu, il n’avait pas encore commencé à s’entraîner, son cosmos aurait donc dû être celui d’un garçon ordinaire. Mais j’avais perçu une… vibration inhabituelle chez lui. Une façon très spécifique qu’ont les astres de son microcosmos de rayonner. Je pense que cela est un ultime cosmos à l’état embryonnaire en quelque sorte.


-Et tu as vu la même chose chez Aiolia !


-Oui, fit le garçon en hochant la tête. Si je ne l’avais vu que chez lui, je n’aurais rien pu conclure. Mais en considérant le cas de Mû en parallèle…


-L’as-tu dit à quelqu’un d’autre ?


-Non, si je l’avais fait il serait déjà au Sanctuaire à s’entraîner. Mais je vous ai déjà été enlevé très jeune et je sais que maman en a souffert, même si vous dites le contraire…


-Mais tu pourrais être puni pour cela !


-Peut-être, mais quand le moment viendra et que je serais assez âgé, je m’occuperais moi-même de former Aiolia. Tout se passera bien… Mais en attendant je veux qu’il reste avec vous.


Patrocle était bouche bée, il n’en revenait pas : ses deux fils seront chevaliers d’or !


-En attendant, tu pourras lui apprendre les rudiments du combat à mains nues, comme au bon vieux temps.


 


Norvège, août 1969


 


-Donc, grosso modo, et vous me corrigez si je me trompe, on fonce dans le tas ?


-Les plans les plus simples sont souvent les meilleurs, avait dit Mirfak de Persée.


Personne n’avait songé à le contredire, d’autant plus que ses analyses étaient souvent très bonnes, et le plan d’action avait été accepté sans plus de palabres. Les chevaliers avaient donc vaguement espéré qu’en éliminant le chef de la secte qu’ils devaient démanteler, les sbires perdraient le moral, que leurs rangs se désorganiseraient tandis que certains fuiraient et qu’à eux six ils arriveraient donc à disperser les derniers irréductibles sans trop d’histoires.


Dans la pratique, l’application de ce plan effectivement plutôt simple avait été fort décevante. En attaquant par surprise et en mettant les grands moyens d’entrée de jeu, ils étaient parvenus à éliminer le fauteur de trouble en un minimum de temps. Mais au lieu de fuir les guerriers nordiques étaient entrés dans une furie incontrôlable.


Si ce grand prêtre n’était qu’un chef d’une secte mineure et si ses ambitions pouvaient prêter à sourire, il fallait lui reconnaître à titre posthume un certain talent dans l’art de fanatiser ses hommes. Ces derniers semblaient en effet bel et bien décidés à combattre jusqu’à la mort pour venger son assassinat.


Si individuellement leur maîtrise cosmique rudimentaire faisait qu’aucun d’entre eux ne représentait de véritable danger pour un chevalier Athéna sur ses gardes, le nombre changeait totalement les données du problème.


Et le problème paraissait de plus en plus insoluble à Diomède. Des renforts arrivaient sans cesse dans le camp d’en face et surtout ils lui semblaient de plus en plus fort.


-Ou alors c’est moi qui fatigue, pensa-t-il.


La bataille rangée prenait place dans une clairière d’une forêt dont les arbres millénaires montaient si haut que jamais la lumière n’atteignait le sol. Les chevaliers, submergés par leurs adversaires, avaient formé trois duos, un argent et un bronze combattant dos à dos à chaque fois, qui étaient dispersés sur le champ de bataille. Diomède s’étaient retrouvé à lutter avec Jacob. Il n’entendait plus que la respiration bruyante de son compagnon et ne pouvait qu’espérer que le chevalier de la Girafe ne faiblirait pas, laissant alors son dos totalement exposé.


Si au début le chevalier Pégase les battait en un ou deux coups, les derniers combattants étaient d’un niveau qui leur aurait permis de figurer très honnêtement dans un tournoi pour une armure de bronze. De plus, Diomède aurait été prêt à parier que ses adversaires étaient sous l’emprise d’une drogue qui les avait fait entrer dans une transe guerrière frénétique. Ils semblaient ne ressentir ni douleur ni fatigue et n’avaient aucune peine à manier les titanesques haches à double tranchant et les épée à deux mains grandes comme un homme avec lesquelles ils tentaient de le pourfendre.


De plus leurs lourdes armures de métal semblaient ne pas les gêner alors qu’elles paraissaient de plus en plus difficiles à transpercer pour Diomède.


Enfin, les guerriers obéissaient au doigt et à l’œil aux ordres hurlés par un homme vêtu d’une cape noire, au visage caché par une capuche et se tenant à l’extérieur de la zone de combat. Les chevaliers auraient bien voulu éliminer le stratège de leurs adversaires, mais celui-ci restait prudemment à distance.


Même Mirfak et Jason avaient à présent besoin de plusieurs coups pour les abattre, et Diomède ne pouvait se retourner pour vérifier l’efficacité de son tandem. Sans compter que le chevalier de Persée ne pouvait plus prendre le risque d’utiliser son bouclier de la Méduse dans la mêlée générale sous peine d’atteindre presque obligatoirement un de ses compagnons.


Combien en avaient-ils déjà mis hors de combat ? Trente, quarante ? Et combien en restait-il ? Le triple ?


-Comment peuvent-ils être aussi nombreux et aussi forts ? , cria Diomède à l’intention de ses compagnons. Nous les avons gravement sous-estimés !


Personne ne prit la peine de lui répondre : tout le monde avait bien conscience que leur mission tournait au désastre.


 


Deux hommes observaient la scène, assis sur une branche massive d’un arbre situé à l’orée de la clairière. Ils étaient presque invisibles et nul n’avait conscience de leur présence.


-Ils sont en train de plier, commenta le plus âgé des deux.


L’homme, qui devait approcher les soixante dix ans et parlait avec un léger accent germanique, portait une grande toge pourpre dont la capuche était rabaissée. Un talisman en forme de flèche pendait à son cou, d’une main il tenait un long bâton de bois sculpté sur lequel des signes runiques étaient gravés tandis que l’autre arborait une chevalière de cristal.


Son compagnon ne devait pas avoir passé la trentaine et portait une protection qui paraissait presque aussi anachronique que celle des adversaires des six chevaliers. C’était en effet une armure de plate faite d’un acier poli blanc telle qu’en portait les chevaliers chrétiens médiévaux.


L’armure était fonctionnelle, parfaitement lisse et sans la moindre ornementation, et semblait briller même dans la pénombre.


Le fourreau doré et serti de pierres précieuses d’une épée longue au manche fait d’or pendait à son côté ainsi qu’une épée courte et une dague d’apparence plus commune. Enfin ce qui semblait être une épée bâtarde était enveloppée dans un tissu pourpre et attachée dans son dos.


-La victoire sera leur. Ils sont à la fois talentueux et bien organisés… Si l’on omet le fait qu’ils se sont mis dans cette situation, évidemment ! Mais ils ont réagi avec à propos au début et essayent de se rassembler depuis tout à l’heure. S’ils vainquent, ils ne s’en sortiront néanmoins point sans pertes : deux des serviteurs d’Athéna vont laisser la vie dans cette clairière.


-Et je suppose que tu pourrais dire lesquels sans te tromper, n’est-ce pas ?


-Certes oui. J’ai arpenté suffisamment de champs de batailles et suis donc fort au fait des choses de la guerre…


-Très bien alors que fait-on ?


-Mardouk nous a expressément demandé d’éviter tout contact avec eux.


-Il nous a demandé d’essayer mais ne nous l’a pas formellement interdit.


L’homme en armure regarda son compagnon avec un air amusé.


-Voilà une fort étrange façon d’interpréter des propos qui m’avaient pourtant paru sans la moindre ambiguïté, Rudy.


-Ogier, mein freund, je connais Mardouk depuis plus longtemps que toi. Les sous-entendus de son discours doivent m’apparaître plus clairement, répondit le vieil homme en souriant également.


-Très bien, mais vous répondrez de cette interprétation des subtilités sémantiques de nos ordres.


-Bien sûr. Et puis ces hommes méritent qu’on les aide.


-J’en tombe d’accord. Ils sont vertueux et courageux.


-Et tu en meurs d’envie.


-Occire ces mécréants me comblerait d’aise, en effet… Et Joyeuse vibre contre mon flanc, ne demandant qu’à sortir de son fourreau…


-Et bien vas-y, fais quelque chose de terrible !


Le chevalier se leva sur la branche et d’une simple impulsion bondit en dégainant son épée dorée. La lame brilla alors d’un éclat tel que tous les combattants présents dans la clairière se tournèrent dans sa direction avant de détourner aussitôt le regard de la lumière insoutenable.


 


L’homme nommé Ogier atterrit souplement au milieu de l’aire de combat et commença sa sanglante besogne. Avant que quiconque n’ait eu le temps de comprendre ce qu’il se passait, l’épée dorée fendit deux fois l’air et deux têtes roulèrent au sol. L’homme à l’armure de plate eut encore le temps de couper un homme en deux au niveau de la taille avant que la stupeur qui avait paralysé les belligérants ne se dissipe sous l’effet des hurlements de leur stratège qui les sommait de reprendre le combat. Mais les six serviteurs d’Athéna avaient réagi plus rapidement que les guerriers de la secte et purent se débarrasser en quelques secondes de près d’une dizaine d’ennemis.


Un guerrier de près de deux mètres trente tenta d’atteindre le dénommé Ogier avec son épée à deux mains mais celui-ci trancha d’un revers de sa lame à la fois l’arme, le bras, l’armure et le buste de l’assaillant.


En quelques secondes le combat avait irrémédiablement changé d’âme et les six chevaliers d’Athéna parvinrent à se rejoindre.


-Ouvre-moi un passage, cria Belial du Fourneau à Mirfak en désignant l’homme qui commandait leurs adversaires. Le chevalier de Persée vérifia que leur mystérieux allié n’était pas sur dans la ligne de mire puis il tendit le bouclier de la Méduse dans la direction qui lui indiquait son compagnon. Les yeux de la Gorgone s’ouvrirent alors, transformant instantanément huit guerriers en statue de pierre. Mais l’homme à la cape noire avait réagi avec à propos en se détournant et avait évité l’attaque pétrifiante. Toutefois l’effet escompté était atteint et une brèche était faite dans les rangs adverses entre le chef et les chevaliers, brèche dans laquelle Belial s’engouffra.


L’homme vêtu de noir dut arriver à la conclusion que tout était perdu et prit la fuite vers la forêt, Belial le suivant de près.


Sans le soutien des ordres de leur stratège, les guerriers nordiques semblèrent fléchir moralement pour la première fois. Ils continuaient certes le combat, mais leurs assauts se firent moins féroces et ils parurent moins résistants aux coups. Soudain, leur flot ne sembla soudain plus intarissable.


Mais cela dura néanmoins encore plusieurs minutes.


Tandis que leur mystérieux sauveur à l’épée aveuglante continuait de trancher les membres et les chairs dans une danse sanglante, les cinq chevaliers restants lancèrent un assaut coordonné. Cinq noms de techniques secrètes retentirent simultanément ce qui eu pour résultat une explosion titanesque qui laissa sur le carreau la moitié des adversaires.


Les survivants semblèrent sur le point de fuir, mais leur conditionnement était apparemment si parfait qu’ils se lancèrent de nouveau à l’assaut.


 


* * * * * * * * * * * * * *


 


-HEPHAISTOS FORGES ! , cria Belial.


Le cosmos du chevalier de bronze se manifesta sous la forme de flammes qui déferlèrent sur le fuyard comme une pluie de napalm. Les arbres prirent feu comme s’ils étaient en papier, mais la cible du coup évita la plus grosse partie du déluge brûlant d’un bond surhumain. Les flammes léchèrent néanmoins sa cape qui s’embrasa instantanément mais il la détacha avant même d’avoir atterri de son saut.


-Enfin en voilà un ! , ne put s’empêcher de crier victorieusement le chevalier de bronze.


En se débarrassant de sa cape le fuyard avait en effet dévoilé une armure qui était la copie conforme de celle de Bayer du Toucan, exceptée qu’elle était entièrement noire.


-Cela fait un an et demi que je te cherche ! , dit Belial.


-Et bientôt tu vas regretter de m’avoir trouvé ! , répondit le Toucan Noir en se mettant en garde. Ce que tu viens de voir signifie ton arrêt de mort.


Le cosmos du chevalier maudit s’embrasa et une aura de ténèbres nimba bientôt son corps.


-C’est ce que nous allons voir ! Je n’ai aucune intention de m’incliner face à un chevalier maudit ! HEPHAISTOS FORGES !


Le déluge de flamme déferla de nouveau sur le chevalier noir, mais cette fois-ci au lieu d’esquiver il sauta de front dans le brasier. Le cosmos noir sembla faire office de combinaison ignifugée et il ressortit indemne de l’attaque juste devant Belial. Celui-ci parut décontenancé par la manœuvre de son adversaire et réagit avec un temps de latence. Le Toucan Noir attaqua en visant le cœur. La protection explosa comme du verre sous le choc, des éclats s’enfonçant même dans la poitrine du chevalier. Néanmoins l’armure avait fait son office et le coup du chevalier noir n’avait pu transpercé le cœur de son adversaire. Belial battit en retraite de quelque pas, en crachant du sang.


-Ne t’a-t-on jamais dit de ne jamais utiliser deux fois la même technique au combat, dit le Toucan Noir d’une voix condescendante. Ton armure t’a sauvé temporairement, mais tu dois avoir des éclats dans les poumons… Tu ne tiendras guère plus longtemps.


-Tu ne me vaincras pas aussi facilement, dit le chevalier de bronze avec rage. Que mon cosmos brûle et me prête la force de te tuer.


Oubliant la douleur qui lui déchirait la poitrine, Belial fit exploser son énergie comme jamais il ne l’avait fait jusqu’alors. Son armure brilla alors comme de la lave en fusion.


-INFERNO FISTS ! , hurla-t-il.


Le chevalier projeta avec son poing droit des centaines de petites boules de feu à une vitesse nettement supérieure à celle du son. Hélas, cela se révéla totalement inefficace : le Toucan Noir évitait sans difficulté les projections enflammées, qui ne firent qu’abattre des arbres, et parvenait même à avancer sur Belial.


-Impossible, un chevalier noir comme toi ne peut pas posséder une telle vitesse !, cria le chevalier de bronze.


-Crétin ! A ton avis qui a fait de ces abrutis des guerriers capables de vous mettre en difficulté ?


Un coup de poing d’une violence inouï frappa Belial au visage, faisant voler la couronne de l’armure du Fourneau et l’allongeant au sol. Le chevalier noir sauta sur son adversaire en lui enfonçant les deux genoux dans le ventre. Belial laissa échapper un râle de douleur et ne put rien faire quand son adversaire entreprit de lui marteler le visage de coups. Le chevalier noir frappa encore et encore, ses poings se couvrant petit à petit du sang de Belial dont le visage ressembla vite à une bouillie sanguinolente.


Au même moment, les cinq compagnons de Belial sentirent que son cosmos faiblissait dangereusement. Le guerrier médiéval et les trois chevaliers d’argent s’élancèrent vers la forêt tandis que les deux autres chevaliers de bronze finissaient le travail.


Mais déjà, le Toucan Noir levait le poing pour porter le coup final et transpercer le cœur de sa victime. Pourtant, avant qu’il ne pût porter son coup, il se releva vivement pour éviter un coup de bâton asséné par le vieil homme qui venait d’apparaître sans prévenir. Le nouvel arrivant porta un nouveau coup circulaire, maniant son instrument comme une masse, mais le chevalier noir esquiva d’un saut qui lui permit de s’éloigner de quelques mètres.


-Tu es le compagnon de ce maudit guerrier qui a exterminé mes hommes, n’est-ce pas ? Je vais te faire payer pour deux, et chèrement, de vous être mêlé de ce qui ne vous regardait pas !


-Ne faites pas de menace que vous seriez bien en mal de tenir, répondit tranquillement le vieil homme visiblement guère intimidé par son adversaire.


-Ceci ne vous protégera pas, dit l’homme en désignant du doigt le talisman en forme de flèche.


-Je n’avais pas l’intention de me cacher derrière…


 


Le chevalier noir se mit en garde, ses poings dégoulinants encore de sang, et enflamma alors véritablement son cosmos. Belial, qui luttait pour ne pas perdre connaissance, réalisa alors que son adversaire était encore bien plus redoutable qu’il ne l’avait imaginé. Mais l’aura noire se dissipa presque aussitôt.


-Une autre fois finalement, l’endroit va bientôt être un peu trop surpeuplé à mon goût !


Le Toucan Noir sembla s’envoler vers la cime des arbres puis sauta d’un arbre à l’autre, disparaissant dans la forêt en un souffle. Le vieil homme sembla vouloir le poursuivre mais il regarda Belial, hésita puis laissa filer à regret le chevalier noir. Il se baissa alors sur le corps meurtri et examina les blessures.


-Je suis désolé, mein jung freund, mais je ne peux rien faire… , dit-il au bout d’une vingtaine de secondes d’une voix réellement affectée.


-Dans ce cas, vous n’auriez pas dû le laisser filer, réussit à articuler à grande peine Belial.


-Je le crains en effet…


 


-Belial ! , cria une voix.


Il s’agissait de Jason qui arrivait en courant, accompagné de ses compagnons et de l’homme en armure de plate. Le vieil homme se leva pour s’écarter du chevalier à terre quand les trois chevaliers d’argent furent arrivés. Après l’avoir dévisagé un instant l’inconnu, Jason et Jacob firent mine de s’agenouiller près de leur ami mais Mirfak saisit l’allemand par le col et le souleva de terre.


-Maudit que lui as-tu… , commença-t-il mais il s’interrompit en constatant que la lame dorée de celui qui les avait aidé était à présent posée sur sa gorge.


-Veuillez le reposer, dit simplement le guerrier tandis que Jason et Jacob l’entourèrent en un éclair, parés à toute éventualité.


-Arrêtez, il m’a aidé ! , réussit à prononcer Belial suffisamment fort pour être entendu par tous.


Il y eut un moment très tendu puis Mirfak lâcha sa prise.


-Désolé, dit-il tandis que la lame dorée était rengainée d’un geste élégant.


Les trois chevaliers d’argent se penchèrent alors sur leur ami blessé.


-Par Athéna ! Belial ! On va te soigner ! , dit Jason.


-Non c’est la fin pour moi… , répondit le chevalier de bronze avant de cracher du sang.


-Ce type, c’était un chevalier noir… , parvint-il à poursuivre d’une voix de plus en plus faible. Mais il était tellement fort… Trop fort pour moi… Prenez garde et ne… argh !


Belial cracha de nouveau du sang, voulut dire encore quelque chose mais ses yeux se firent vitreux. Aucun des chevaliers ne parla pendant de longues secondes.


-Il est mort, constata finalement Mirfak d’une voix brisée.


Il se redressa pour demander des explications au vieil homme, mais les trois chevaliers d’argent étaient seuls.


Seuls avec leur compagnon tombé au combat.


 


Ile de Canon, août 1969


 


Le petit bateau de pêche qui avait permis au chevalier du Sagittaire de faire la traversée d’Athènes jusqu’à l’île de Canon avait été amarré dans une crique isolée et déserte.


Le voyage avait été fort plaisant : le temps était magnifique et la conversation du pêcheur des plus agréable. Le vieil homme à la peau burinée et aux cheveux blanchis par le sel et le soleil avait été un apprenti au Sanctuaire près de cinquante ans plus tôt. Après avoir servi un temps dans la garde, il avait quitté le domaine sacré pour fonder une famille mais était encore appelé régulièrement pour permettre au gens de l’île de venir sur le continent et inversement.


Même si l’existence du Sanctuaire et des chevaliers était censée être secrète, Aioros avait réalisé au fil des années qu’un nombre considérable de personnes vivant dans le monde « ordinaire » étaient dans la confidence. Et cela n’était pas uniquement vrai en Grèce à proximité du Sanctuaire : depuis qu’il avait lu les nombreuses lettres que son oncle Diomède envoyait sur son périple, Aioros avait l’impression qu’il n’existait pas un pays, presque pas une seule grande ville, sans présence de sympathisants des défenseurs d’Athéna. Anciens chevaliers, gardes ou apprentis s’étaient dispersés partout dans le monde au fil des siècles et, avec leurs descendants, tous formaient un réseau sur lequel pouvait compter un chevalier à n’importe quel moment.


Et Aioros savait de par son maître que cette toile d’araignée qui recouvrait le globe était très souvent mise à contribution par le Grand Pope Sion.


-Sion ne néglige aucune des ressources qui sont à sa disposition, avait dit un jour Praesepe. Si nous autres chevaliers d’or sommes à priori sa carte la plus puissante quand vient le temps de la guerre, nous ne sommes pas forcément la plus utile le reste du temps et vraiment très loin d’être la plus jouée.


Tandis qu’Aioros réfléchissait sur ces considérations, son passeur parlait de choses et d’autres avec l’homme qui les avait accueillis. Il se nommait Antios et était dans la force de l’âge mais encore solidement charpenté. Sans doute avait-il dû posséder un corps d’athlète dans sa jeunesse, un demi siècle plus tôt. Il arborait une barbe blanchie par les années et était vêtu d’habits archaïques qui n’étaient pas sans rappeler la mode vestimentaire du sanctuaire. Lui et le marin se connaissaient apparemment de très longue date, si bien qu’Aioros dut attendre patiemment qu’ils finissent de s’échanger anecdotes et autres nouvelles sur leurs familles respectives.


-Désolé de vous avoir fait attendre aussi longtemps, lui dit l’homme lorsque que le pêcheur fut finalement reparti et qu’ils s’attaquèrent à arpenter le petit chemin taillé dans la pierre qui menait vers l’intérieur de l’île.


-Pas de problème, répondit Aioros en ajustant la bretelle de sa boite de Pandore.


Si l’homme avait salué Aioros avec tout le respect qui était dû à son rang, l’énorme différence d’âge entre les deux faisait qu’il lui parlait sans déférence excessive. Cela convenait parfaitement au garçon qui était peu à l’aise quand des adultes lui rendaient des honneurs trop marqués.


-Cela faisait quelques années que nous n’avions pas eu la visite d’un chevalier… Nous commencions à nous demander si le Sanctuaire n’avait pas oublié notre existence.


-Cela doit vouloir dire que le monde a été calme lors de cette période, fit remarquer Aioros.


-En effet, c’est donc une bonne chose n’est-ce pas ? Même si cela rend la vie par ici un peu monotone… Mais j’imagine que les chevaliers n’ont pas vocation à se faire blesser à la guerre pour nous amener un peu d’animation.


Cette dernière phrase fut conclue par un petit rire auquel Aioros répondit d’un sourire.


-Je ne pense pas, en effet, convint-il.


-Et je ne parle même pas de la venue d’un chevalier d’or. Là cela doit remonter à…


L’homme s’arrêta un instant au milieu du chemin et prit le temps de réfléchir un instant.


-Dix ans si je ne me trompe pas… C’était le chevalier des Gémeaux.


-Je n’étais peut-être même pas encore né, commenta Aioros. Si le chevalier Akiera avait été suffisamment blessé pour être contraint de revenir récupérer ici… Je n’ose imaginer ce qu’il avait du faire à l’homme responsable...


-Si je me souviens bien, il n’était en effet pas vraiment commode comme personnage.


Il leur fallut, pour atteindre le village de l’homme, une petite demi-heure qu’ils passèrent à discuter de choses et d’autres. Aioros fit semblant d’être surpris lorsque le vieil homme lui raconta qu’il s’était entraîné au Sanctuaire à une époque.


 


* * * * * * * * * * * * * *


 


Le village où Aioros arriva semblait avoir un ou deux millénaires de retard. Ce n’était certes pas la première fois que le garçon visitait un lieu anachronique : il avait visité la Babylone mythique de Mardouk et vivait lui-même dans un tel endroit. Mais le garçon avait grandi à Athènes dans le monde « réel » et y retournait régulièrement. Si bien qu’il percevait toute l’étrangeté de l’existence même de ces poches d’antiquité, isolées dans un univers résolument moderne. Le temps ne s’était pas seulement ralenti en ce lieu : il s’était tout simplement stoppé. Même Rodorio serait passé pour une mégapole en comparaison.


-Bah, après tout je suis moi-même un être qui aurait plus sa place dans les recueils de légende que dans la réalité.


 


Aioros comptait une cinquantaine de constructions archaïques : le village ne devait abriter guère plus de deux cents âmes. Cela représentait bien peu de monde, mais quand Aioros vit que tout le monde était sorti à l’extérieur des demeures pour l’accueillir, du nouveau-né jusqu’au doyen, il s’en félicita. Le garçon réalisa alors pleinement que si les chevaliers étaient de véritables héros aux yeux de ces gens, lui qui portait une armure d’or faisait presque figure de demi-dieu.


Mais si tous les habitants avaient tenu à le voir, tout se passa dans une grande pudeur. Il ne fut pas assailli de toute part par les habitants et n’eut pas à serrer la main de chaque personne.


Cela n’avait rien à voir avec le véritable triomphe romain que Rodorio avait fait à Saga à son retour de Babylone quand le village avait fêté son jeune champion pendant deux jours.


Non, les chevaliers venaient sur cette île pour se reposer de leurs difficiles batailles. Le calme et la sérénité étaient les premières qualités requises pour l’endroit.


Aioros se contenta d’un petit signe de main timide vers la foule tandis qu’Antios le conduisait vers une maison isolée. Quand la porte de bois fut refermée derrière lui l’attroupement se dispersa. Pas un seul mot n’avait été prononcé.


 


* * * * * * * * * * * * * *


 


Bien qu’il fût arrivé au village en fin d’après-midi, Aioros voulut aller au volcan dans la foulée. Il expliqua à Antios que si les fumées bénites pouvaient guérir ses cauchemars, il ne voulait pas laisser passer une nouvelle nuit avant de s’y rendre. Le vieil homme avait simplement hoché la tête et ils étaient repartis après avoir laissé les affaires d’Aioros dans la maison qui lui était allouée, le garçon ne prenant que son armure avec lui.


Il leur fallut une bonne heure de marche relativement pénible sur un terrain aride et difficile pour atteindre l’entrée de la caverne sacrée. Antios lui expliqua qu’il n’avait pas le droit d’aller plus loin et qu’il allait l’attendre là. Le vieil homme avait en effet amené avec lui une couverture pour dormir à la belle étoile. Le garçon refusa, prétextant qu’il était jeune et pas blessé physiquement, il ferait le chemin jusqu’au village s’il avait besoin de quoi que ce soit. Au bout de quelques minutes de discussion, Antios se laissa convaincre et repartit vers le village sous un soleil couchant.


 


* * * * * * * * * * * * * *


 


Si la fumée du volcan ne fit pas disparaître les cauchemars du garçon, il constata que la légende entourant l’endroit n’était pas usurpée. Malgré sa nuit peuplée de songes anarchiques, il était en pleine forme, son sommeil avait été réparateur, ce dont il avait perdu l’habitude. Il ne s’était pas senti aussi bien depuis des années, peut-être de toute sa vie. Il était en symbiose parfaite avec son armure qu’il n’avait pas quittée depuis le moment où il avait passé le seuil de la caverne. L’habit sacré était devenu comme une seconde peau et leur harmonie était absolue.


-Blessés ou pas, tous les chevaliers devraient venir ici, songeait Aioros. Tout le monde pourrait en retirer un profit énorme.


C’était également la première fois qu’il sentait, même indirectement, les bienfaits du cosmos de la déesse à laquelle il avait décidé de dédier sa vie. Des millénaires plus tard, la bénédiction d’Athéna emplissait toujours le volcan. Aioros avait l’impression qu’il pouvait presque sentir la présence de la déesse aux yeux pers, il était en communion spirituelle avec elle.


Il passa ainsi trois jours complets et encore une matinée, assis sur un rocher à regarder les remous de la lave et les volutes de fumées qui semblaient parfois former dans l’air des motifs à la signification cryptée.


Puis au bout de trois nuits passées sur place, constatant que ses cauchemars ne disparaissaient toujours pas, il décida de lancer un appel. Son septième sens était déjà d’une acuité extraordinaire en temps normal, mais en ce lieu il semblait ne plus connaître de limite. La distance ne signifiait plus grand chose pour lui si bien qu’il lança son esprit vers une localisation dans le Moyen Orient. Sa projection astrale chercha alors quelqu’un qu’il trouva facilement, en à peine quelques minutes. Le garçon établit alors une communication cosmique. Après un moment de surprise chez la personne qui venait d’entendre une voix dans sa tête, la conversation s’établit. Aioros présenta ses motifs avec précision et termina en posant une question. La réponse fut positive et il fut convenu qu’ils se verraient d’ici quelques heures.


Aioros se leva alors et se dirigea vers la sortie de la caverne. Il avait envie de se laver (les fumées avaient peut-être des propriétés régénératrices mais cela ne changeait rien au fait qu’il empestait) et de passer une nuit dans un vrai lit.


 


* * * * * * * * * * * * * *


 


Dès qu’il arriva en vue du village, en milieu de journée, Aioros remarqua une activité qu’il jugea inhabituelle pour l’endroit. Apparemment une foule encore plus importante qu’à son arrivée se trouvait dispersée aux abords du village. Les populations des autres villages de l’île s’étaient-elles données rendez-vous ici ? Cela était curieux mais il décida de s’en préoccuper plus tard. Il se dirigea donc vers la demeure qui lui était prêtée. En approchant de la vétuste demeure il aperçut Antios qui venait dans sa direction.


Il s’arrêta le temps que le vieil homme le rejoigne.


-Heureux de vous revoir mon garçon ! Cela s’est-il bien passé ?


-Pas aussi bien que je l’aurais espéré… Mais je suppose que la réponse est oui quand même ! Enfin quoi qu’il en soit j’ai prévu d’y retourner mais pas avant au moins demain.


-Comme il vous plaira. Puis-je faire quelque-chose pour vous ?


Le garçon passa une main dans ses cheveux recouverts de cendres volcaniques.


-J’aurais besoin d’un peu d’eau pour faire ma toilette. Et… j’ai vraiment les crocs !


-Je vous apporte le nécessaire dans les plus brefs délais.


Antios fit mine de tourner les talons pour retourner vers le village mais Aioros le rappela.


-Que se passe-t-il ? , s’enquit-il en faisant un signe vers la foule.


-Et bien quand je vous disais que notre vie manquait d’animation je ne pensais que j’allais être autant démenti en si peu de temps. Le jour après votre entrée dans le volcan, le chevalier d’argent Stellio du Lézard est arrivé sur l’île. Il est là pour quelques jours afin de recruter quelques apprentis chevaliers. Tous les jeunes garçons de l’île et même presque toutes les jeunes filles ne parlent plus que de ça et tous sont venus ici participer aux épreuves de sélection.


Aioros hocha la tête. Il connaissait Stellio du Lézard de réputation et savait qu’il avait été, entre autre, le maître de Sérapis du Taureau. Le garçon croyait d’ailleurs savoir que l’homme n’était plus chevalier du fait de son âge mais qu’il continuait à former des jeunes gens avec efficacité.


Mais il serait temps de faire connaissance plus tard et Aioros reprit sa marche vers la maison.


Là il posa sa boite Pandore dans un coin et entreprit de chercher des habits propres dans son sac de voyage. Antios revint ensuite rapidement, aidé par un homme qu’Aioros n’avait jamais vu, avec de grands tonneaux d’eau et de la nourriture. Aioros mangea tandis que le vieil homme faisait chauffer l’eau dans le feu de la cheminée. Il fit ensuite sa toilette rapidement, mit des habits propres et décida d’aller voir de plus près ce qu’il se passait au village.


Lorsqu’il fut dans les rues peu de gens firent suffisamment attention à lui pour le reconnaître. On avait délimité plusieurs aires de combats où les jeunes gens s’affrontaient à la lutte par tranche d’âge. Le jeune chevalier constata d’ailleurs que la plupart des participants avaient de bonnes bases, même les jeunes. Ce genre d’activités devait être très populaire et pratiqué par ici. Les rencontres étaient arbitrées par de jeunes gens vêtu du même genre de tenue que les gardes du Sanctuaire, certainement des assistants de Stellio, tandis que les parents encourageaient leur progéniture avec une grande ferveur. Aioros comprit qu’être choisi comme apprenti chevalier était un grand honneur en un tel lieu ainsi qu’une chance d’échapper à une vie dure et monotone. Un honneur tellement grand que les familles acceptaient la possibilité de voir leurs cadets partir au loin pour ne plus jamais revenir.


Malgré l’aspect passionné des oppositions, tout se déroulait dans un très bon état d’esprit. Les vaincus acceptaient leur défaite avec humilité et les vainqueurs ne fanfaronnaient pas déraisonnablement. En effet, tout le monde avait conscience que seule une poignée des meilleurs serait sélectionnée et que même pour ceux-là le chemin serait encore très long pour atteindre ne serait-ce que le statut de garde du Sanctuaire. Aioros assista à quelques combats puis se dirigea vers le sud du village où d’autres épreuves étaient organisées.


Là on pratiquait le lancer de javelot, le saut en longueur et la course à pied sur différentes distances. Aioros se fit la réflexion que les jeux olympiques antiques devaient un peu ressembler à cela. Il aperçut alors un homme entre deux âges, qu’il devina être Stellio, assis sur un rocher le long de la piste de sprint. A côté du maître chevalier se trouvait un adolescent à peu près aussi âgé qu’Aioros que celui-ci identifia comme étant Taliradis, un ancien compagnon d’entraînement de Saga.


-Aioros du Sagittaire, je suppose ? , demanda Stellio en le voyant approcher.


-Stellio du Lézard, je présume, répondit Aioros.


-Nos réputations nous précèdent, rit l’ancien chevalier. C’est un grand honneur de rencontrer l’un des chevaliers d’or qui combattra lors de la future Guerre Sainte.


-L’honneur est pour moi. Sans des hommes comme vous, la déesse n’aurait pas d’armée pour combattre.


Après avoir adressé un petit signe de tête à Taliradis, le jeune chevalier s’assit à côté de Stellio sur le rocher.


-Votre convalescence se passe bien ?


-Relativement. Et vous, avez-vous trouvé de bonnes recrues ?


-Ce genre de village, placés sous la tutelle du Sanctuaire, regorge de bons candidats. Et contrairement à ceux que nous recrutons dans les orphelinats, ils rêvent souvent d’être chevaliers depuis toujours. Bien évidemment, la plupart ne réussiront pas mais je suis presque sûr que dans le lot nous en aurons au moins un avec le niveau nécessaire pour prétendre avec de bonnes chances à une armure de bronze.


-Pas à plus ?


-A une armure d’argent ou d’or ? Peut-être on ne sait jamais, après tout. Mais ce n’est clairement pas pour trouver ce genre d’individu exceptionnel que de telles épreuves sont organisées. Ce genre d’apprentis tombe littéralement du ciel sans que l’on ait à les chercher vraiment.


Ses paroles firent raisonner quelque chose chez Aioros qui se concentra pour ressentir les cosmos des personnes qui l’entouraient. Son septième sens lui fit percevoir chaque individu sous la forme symbolique d’astres dont le nombre et la taille le renseignait sur la conscience cosmique de la personne en question. Taliradis se révélait comme un système solaire pourvu de quelques planètes tandis que Stellio était symbolisé par un système à étoiles doubles gigantesques et escortées d’une myriade de planétoïdes. Enfin, les habitants de l’île lui apparaissaient comme des poignées de planètes isolées. Rien d’extraordinaire sauf dans un cas en particulier : un très jeune garçon aux cheveux violets, collé à la jambe de sa mère, qui devait avoir dans les trois ans et n’était donc pas assez vieux pour participer aux épreuves. Le cosmos de l’enfant pulsait de cette façon si particulière qu’Aioros n’avait observée que chez son frère et Mû.


Aioros eut alors un cas de conscience : il avait caché ce qu’il savait de son frère car il ne voulait pas qu’il soit enlevé à sa famille trop tôt.


-Mais les gens de cette île ne rêvent que de ça… , pensa-t-il. Et si je me tais peut-être que ni Stellio ni quiconque ne repassera jamais sur cette île pour chercher des apprentis… Non, s’il est réellement destiné à être chevalier, il le deviendra quoi que je fasse…


Il hésita encore une seconde puis désigna le gamin du doigt.


-Vous devriez faire passer des tests à ce gamin, dit-il à Stellio.


L’ancien chevalier d’argent ne put caché une certaine surprise.


-Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?


-L’instinct, mentit légèrement Aioros.


Le regard de Stellio alla d’Aioros à l’enfant, puis il se leva.


-On m’a toujours conseillé d’accorder le plus grand crédit aux intuitions des chevaliers d’or…


Le jeune chevalier d’or observa le vieux maître s’approcher de l’enfant et de sa mère. Les deux adultes discutèrent un moment tandis que le gamin se cachait de Stellio derrière les jambes de sa génitrice. Celle-ci, qui avait d’abord été surprise, finit par acquiescer aux paroles de Stellio.


Tandis que le vieux maître s’agenouillait pour ramasser une petite pierre dans la poussière, la mère parlait au jeune garçon. Il sembla rétif au début, mais consentit finalement à laisser sa mère le placer devant elle, face à Stellio qui s’était assis par terre.


-Comment t’appelles-tu mon garçon ?


-Milo, répondit-il d’une petite voix.


-Très bien Milo, on va jouer à un petit jeu.


Il lui montra alors la petite pierre qu’il avait ramassée, puis referma ses doigts dessus. Il passa alors ses mains dans son dos avant de représenter ses deux poings fermés au garçon qui semblait intrigué.


-Dans quelle main est-elle ? , demanda-t-il. Tu peux réfléchir…


Mais le garçon indiqua la main droite de Stellio sans hésiter. Celui-ci ouvrit la main qui contenait bel et bien la pierre.


-Recommençons, veux-tu ?


Le garçon hocha la tête et ils rejouèrent une deuxième fois puis une troisième… Après avoir deviné quinze fois de suite la bonne main, le garçon commença à se lasser du jeu de façon perceptible. Et plus le jeu l’indifférait, plus son attention devenait volatile, plus son regard était attiré par des choses et d’autres malgré les paroles de sa mère, plus son taux de bonne réponse revenait dans la normale.


-Veux-tu aller voir les lanceurs pendant que je parle avec ta mère ? , dit finalement Stellio.


Le garçon hocha la tête et s’éloigna de quelques pas.


-Quelle chance au début, c’est incroyable ! , s’exclama la mère.


-Plus que du hasard madame…, répondit Stellio. Oh oui, bien plus que de la simple chance… Il faudrait que je le revoie plus longuement évidemment mais je pense que votre fils n’est pas appelé à avoir un destin ordinaire.


Les deux adultes convinrent de se revoir plus tard dans l’après-midi, quand toutes les épreuves seraient terminées. Stellio revint alors vers Aioros qui n’avait pas bougé.


-Voulez-vous que je vous présente à ce garçon et à sa mère ? Le jeune Milo vous devra peut-être beaucoup si ce que je pense se confirme.


-Non, c’est inutile. Je ne suis qu’un artifice du destin pour ce garçon rien de plus : si je n’avais pas été là, quelqu’un d’autre aurait joué mon rôle.


Le jeune chevalier d’or vit alors une ombre passer rapidement sur la foule, comme si un gigantesque oiseau avait survolé le village. Il ne fut d’ailleurs pas le seul à le remarquer, de nombreuses têtes se levèrent vers le ciel puis, ne voyant que des cieux azurs parfaitement vides, se rabaissèrent.


-Désolé mais je dois vous laisser, dit Aioros en se levant. On m’attend.


 


* * * * * * * * * * * * * *


 


-Je constate que ton armure a été restaurée, dit Aioros.


-En effet. Ton Infinity Break n’en avait pas laissé grand-chose mais le savoir nécessaire pour la reconstruire n’a heureusement pas encore disparu de Babylone.


L’ancestrale armure d’Ea, propriété des descendants d’Ereshkigal, recouvrait en effet de nouveau le corps d’Inanna de son métal sombre comme la nuit. Les ailes de l’armure battaient dans l’air, maintenant la guerrière quelque mètres au dessus du niveau du sol et du chevalier d’Athéna.


La jeune fille avait fort changé depuis le jour où Aioros l’avait affronté dans le cadre du défi lancé par Mardouk, chef du conseil de Mésopotamie, au Sanctuaire. Elle était entré de plein pied dans l’adolescence et la petite fille à l’allure fragile et timide n’était plus qu’un vieux souvenir, remplacé par une créature à la beauté ravageuse et aux formes très féminines.


Le jeune chevalier tentait d’ailleurs de cacher le trouble qu’elle causait en lui. Et il avait beaucoup de mal à soutenir le regard sombre et perçant de celle qui avait été son adversaire.


La jeune fille se posa alors en douceur et ses ailes se plièrent dans son dos. Ils étaient tous les deux hors de vue du village, à mi-chemin du volcan. Elle était légèrement plus grande que lui et lui adressait un sourire sincère.


-Mon poignet s’est parfaitement remis, dit-elle. Grâce à tes soins et je t’en remercie encore.


-C’est inutile, ce que j’ai fait était normal. Nous n’étions pas de véritables ennemis.


-D’autres n’auraient pas pris cette peine. En tout cas je te suis redevable… et me voici donc !


-Je ne savais pas si tu accepterais après tout ce temps..


-Bah, je serais bien ingrate d’ignorer ta requête… Même si je ne suis absolument pas certaine de pouvoir t’aider.


-Mes cauchemars sont apparus après mon séjour à Babylone. Ton attaque, le Hell Seven Gates, était une illusion qui affectait mes sept sens en altérant ma perception de la réalité. Cette allégorie était très complexe et le cosmos que tu avais déployé pour l’élaborer très puissant. Même si j’ai réussi à reprendre le contrôle de mes sens et à percer le voile noir que tu avais mis devant mes yeux, je pense que ton attaque ne s’est pas dissipée totalement et que j’en subis toujours l’influence, même des années après.


Comme la jeune fille réfléchissait aux paroles du chevalier, elle se mit à enrouler autour de ses doigts les longues boucles brunes de sa chevelure ondoyante.


-Mon attaque requiert en effet une explosion de cosmos très puissante qui pourrait permettre à son effet de se prolonger un certain temps. Mais je dois dire que c’est très théorique pour moi : tu es la seule personne sur laquelle je l’ai vraiment portée à fond. Et tu es le seul à avoir survécu à ce coup en quatre millénaires, à ma connaissance tout du moins. Je n’ai donc pas le recul nécessaire pour juger si tu as raison ou pas.


Elle ôta alors son diadème et se passa la main dans ses cheveux, un geste qu’Aioros trouva extrêmement sensuel. Les yeux de la jeune fille brillaient d’intelligence tandis qu’elle réfléchissait au problème.


-Ce que tu dis est possible à mon sens. Mais je ne crois pas que cela soit possible dans ton cas.


Aioros la regarda d’un air neutre, attendant qu’elle précise sa pensée, ce qu’elle fit sans tarder.


-Je t’ai vu à l’œuvre, j’ai ressenti ton cosmos, sa puissance et sa plénitude… Même si ma technique remodèle mon cosmos en un concept suffisamment fort pour lui permettre de perdurer dans l’esprit de la cible de l’attaque, au point de faire effet des années après… Et bien je pense que ton cosmos est simplement trop puissant pour ne pas annihiler ce « vestige » d’attaque, un peu comme un système immunitaire qui éliminerait un virus. Dis-moi, que vois-tu dans tes rêves exactement ?


Le garçon lui raconta alors les bribes de songes dont il se souvenait quand il se réveillait. Des images chaotiques de combats dont il sentait confusément qu’ils opposaient des alliés et des amis. Des sensations de grands malheurs qui s’abattaient sur le monde, de choix aux conséquences désastreuses, de trahisons impensables et de massacres inutiles. L’image confuse d’un mal rampant et suintant qui rongeait petit à petit le monde, comme un ver dévorant un fruit de l’intérieur.


-Tu comprends sur le moment, quand je rêve, tout est structuré et clair. Mais quand je me réveille, seul les grandes idées, les grands sentiments perdurent. Comme si je lisais un livre et que je n’en retenais que le thème général.


Inanna réfléchit un long moment avant de reprendre la parole.


-Ses cauchemars ne ressemblent en rien à l’allégorie créée par le Hell seven Gates. Ce que tu me racontes est beaucoup trop chaotique, bruyant, alors que mon attaque doit amener l’esprit vers le néant et le calme de la mort. Mais nous pouvons en avoir le cœur net. Si tu veux, je peux regarder en toi s’il reste des résidus de mon cosmos dans ton essence vitale. Mais pour cela tu devras t’ouvrir totalement à moi, abaisser toutes tes défenses. Je percevrais des choses de toi que tu pourrais vouloir garder cachées… et l’inverse sera vrai.


Le chevalier hésita un instant : lui faisait-il suffisamment confiance pour faire ce qu’elle lui demandait ? Il réalisa que la réponse était oui, mais il était conscient que cela n’était pas du tout raisonnable.


-D’accord, dit-il simplement.


Elle s’assit en tailleur et l’invita du geste à faire du même. Elle posa alors une main sur son front et déploya son cosmos. Il se laissa faire totalement, permettant au cosmos d’Inanna de s’infiltrer dans le sien. La conscience de l’héritière d’Ereshkigal parcourut l’essence vitale du chevalier, s’infiltrant derrière toutes les portes de son esprit, même les plus intimes. Le cosmos d’Inanna était amical et rassurant et son intrusion aussi attentionnée et délicate que possible. Cela dura plusieurs minutes, une sensation finalement étonnamment agréable, puis Inanna rompit le contact entre eux.


Ils restèrent silencieux un long moment, encore troublés par l’intimité très particulière qu’ils venaient de partager et surtout déçus que cela soit terminé. Ce fut la jeune adolescente qui rompit le moment.


-J’avais raison, il ne restait aucune trace de mon attaque.


-Alors, je n’ai toujours aucune idée de la raison de ses rêves.


-Ecoute… Je peux te proposer une idée, dit-elle d’une voix hésitante.


Il lui fit signe de continuer.


-Ce jour-là à Babylone, tu as non seulement survécu à mon attaque mais également au South Tempest de Hanpa. Deux attaques particulièrement complexes qui t’ont obligé à repousser tes limites, à faire exploser ton cosmos et à en exploiter des ressources dont tu ne soupçonnais même pas l’existence. Et que tu ne soupçonnes peut-être toujours pas…


-Que veux-tu dire ?


Elle hésita très longtemps avant de poursuivre son idée. Elle se mordilla les lèvres, détourna son regard plusieurs fois, puis finit par continuer.


-En repoussant tes limites tu as peut-être ouvert une porte qui ne s’est pas refermée. Et que ses rêves ne sont qu’une expression de quelque chose qui était en toi et qui s’est éveillé. Et pour comprendre cette chose tu ne dois pas chercher ailleurs les explications mais en toi-même uniquement.


Elle se leva alors, l’air neutre.


-Je dois partir.


-Attends ! Pourquoi ?


-Tu m’as demandé de t’aider et je l’ai fait. Mais je ne sais pas même pas si j’ai bien fait de venir.


-Pourquoi ?


-Nous avons des devoirs tous les deux.


Elle voulut se détourner mais il la saisit par le bras.


-Tout à l’heure, quand nos consciences se sont touchées de si près… C’était un moment agréable mais j’ai senti une crainte en toi, la peur d’un gâchis… Comme si tu redoutais que nous soyons encore amené à nous affronter dans le futur.


-Finalement, c’est moi qui aurais dû redouter cet échange.


Elle s’approcha alors de lui et lui posa un baiser sur le front. Cela le prit tellement par surprise qu’il la lâcha et eut un pas de recul.


-Aioros du Sagittaire, j’ai vu tant de noblesse en toi… Puisse le futur être clément avec nous.


Puis sans un autre mot elle s’envola tel un ange sombre, le soleil de fin d’après-midi faisant briller son armure d’éclats orangés.


Aioros resta immobile à fixer le ciel bien longtemps après qu’elle n’ait disparu à l’horizon.


 


Sanctuaire, septembre 1969


 


-Vous êtes nuls et je commence à m’ennuyer carrément !


Ce constat sans concession venait d’être lancé par le jeune garçon qui se faisait appeler The Thief. Il se tenait, altier et arrogant, au centre de la grande arène du Sanctuaire. Une quinzaine de jeunes apprentis étaient étendu sur la zone de combat, comme si un ouragan était passé et les avait envoyés en tout sens. Ils gémissaient, certains pleuraient. Les corps étaient couverts de bleus, de profondes entailles saignaient abondamment, les membres brisés étaient tordus en des angles improbables, des dents cassées traînaient ça et là. Seules quelques gouttes de sueur coulant sur le torse nu et bronzé du jeune italien auraient trahi qu’il avait quelque chose à voir avec la situation s’il n’y avait eu les regards à la fois craintifs et furieux que lui lançaient les apprentis, les gardes et les serviteurs disposés dans les gradins.


-Franchement c’est la honte les gars. Y’paraît que pour certains z’êtes là depuis des années. Ca fait à peine deux mois que je suis dans le coin et j’vous mets déjà la misère.


Un jeune garçon d’une dizaine d’année descendit des gradins et s’avança vers l’italien qui le regarda venir avec un sourire mauvais. Si le futur chevalier d’or était relativement grand pour son âge, il rendait presque 50 centimètres au nouveau venu. Celui-ci, plutôt mince et élancé, avait un visage d’une grande douceur et de longs cheveux noirs attaché par un catogan. Il s’adressa à l’italien dans sa langue et d’une voix neutre.


-Normalement les apprentis chevalier d’or ne viennent pas combattre dans l’arène les autres apprentis. Ou alors ils retiennent leurs coups afin que cela soit constructif.


-C’est naze. A quoi ça sert alors ?


-L’écart de force est trop grand et cela ne mène à rien si vous ne vous mettez pas au niveau de nous autres.


-Allons j’vous fait une faveur ! Si j’étais pas là, vous vous battriez entre mauvais et vous auriez l’illusion d’être bons. Grâce à moi, vous vous faites plus d’idées : vous réalisez enfin que vous n’êtes qu’un tas de ratés. Devriez me remercier !


-Vous êtes bien différent du précédent disciple du seigneur Praesepe. Lui n’aurait pas parlé ainsi.


-Aioros, ce grand niais ? Bah, j’dis qu’la vérité pourtant…


-Je ne pense pas. Certains de ceux que vous avez violentés seront un jour chevalier. Or, à cause de vous, normalement ils ne pourraient plus s’entraîner pendant de longues semaines.


-« Normalement » ?


-Je m’entraîne pour revêtir l’armure d’argent de la coupe. La guérison est mon domaine.


-Bah, qu’est-ce que ça change ? Même s’ils peuvent s’entraîner ça changera pas un truc : vous servez à rien. Même si vous devenez chevaliers…


-Tous les chevaliers servent à quelque chose. Les chevaliers d’or sont certes les plus puissants serviteurs de la déesse, mais ils ne doivent pas perdre de vue que même le plus faible des chevaliers de bronze peut grâce à sa volonté accomplir des miracles et servir Athéna sa déesse.


-Si tu le dis. Moi j’crois pas aux miracles ! Ce que peuvent accomplir tous les chevaliers de bronze et d’argent ensemble, moi j’le fais avec mon petit doigt. Mais dis-moi, comment tu t’appelles ?


-Arimathy.


-Un apprenti chevalier d’argent, hein ? Si j’me mets à ton « niveau », tu crois qu’on pourrait essayer de faire quelque chose de « constructif » ?


Arimathy parut hésiter un instant.


-Mes pouvoirs sont basés sur le soutien des autres. Je ne suis guère spécialiste du corps à corps.


-Raison de plus. On sait jamais, un jour tu pourrais te retrouver à devoir bastonner. Puis bon, toi tu m’expliques comment se passent les choses dans le coin. Pour te remercier, j’serais ravi de t’aider à progresser…


Le jeune italien avait susurré ces paroles. Il regarda son vis-à-vis avec un sourire qui dévoilait ses dents blanches.


-J’utiliserai seulement mon cosmos, sans aller au-de-là, continua l’italien.


Arimathy réfléchit encore quelques secondes puis décida qu’il ne pouvait pas refuser la proposition d’un apprenti chevalier d’or.


-Très bien.


 


Les deux jeunes gens se mirent en garde (si la posture grossière de The Thief, que Praesepe tentait tant bien que mal d’améliorer, pouvait être qualifié de garde).


-Après toi, dit l’apprenti chevalier d’or.


Arimathy se mit à tourner autour de son adversaire en portant des attaques prudentes afin de tester la défense de l’italien. Celui-ci se contenta d’abord d’esquiver, puis tenta quelque contre-attaque qui ne firent que brasser de l’air. Les mouvements fluides de l’apprenti chevalier d’argent témoignaient d’une maîtrise des choses du combat bien supérieure à ce qu’il avait modestement laissé entendre. Sa technique était même incontestablement bien plus maîtrisée et fine que celle de The Thief. En effet ce dernier, qui s’était jusqu’alors uniquement reposé sur son agilité et la vitesse hors du commun que lui conférait le fait d’effleurer le septième sens, semblait même en sérieuse difficulté, ayant du mal à lire les complexes feintes et attaques en contre-temps de son adversaire.


Et finalement, quand Arimathy eut suffisamment pris la mesure de l’italien, il porta à fond un enchaînement qui transperça la défense rudimentaire de l’apprenti chevalier d’or comme du papier. Ce dernier vit le coup arriver et voulut utiliser l’ultime cosmos pour l’éviter mais ne fut pas assez rapide et le crochet d’Arimathy la frappa donc violemment au menton.


The Thief fut presque assommé sur le coup bien que qu’Arimathy avait considérablement retenu la force de son coup. En effet, Arimathy pensait que son adversaire non seulement ne savait sans doute pas encaisser les coups par manque d’habitude mais surtout qu’il n’avait sans doute pas encore effectué de gros travaux musculaires depuis sa récente arrivée. En portant un coup à force réelle, il aurait donc pu lui briser le cou.


Une clameur joyeuse et féroce monta de l’arène tandis que The Thief mordait la poussière. Arimathy était déjà populaire au Sanctuaire pour sa gentillesse, sa modestie et sa chaleur humaine mais le fait de donner une leçon à une brute arrogante comme ce jeune apprenti chevalier d’or fit que son nom fut scandé spontanément par tous.


Mais l’objet des acclamations n’y prêtait pas la moindre attention. Arimathy restait concentré sur son adversaire qui se relevait péniblement. De la sueur froide lui coula dans le dos quand il vit le cosmos de l’italien se déployer.


Un cosmos furieux, presque animal, rempli d’une haine que l’on aurait pu confondre avec de la folie. Un cosmos doré et flamboyant.


A ce moment-là, alors que les exclamations de joies des tribunes se changeaient en exclamations de surprise, Arimathy comprit que le fait d’avoir retenu son coup avait été une erreur. Il en oubliait presque le serment qu’il s’était fait de ne jamais prendre la vie de qui que ce soit. Lui, le paradoxal guerrier pacifiste, venait de commettre une terrible faute de jugement.


Et cette erreur allait sans doute lui coûter la vie.


Il ne vit aucun des coups que lui porta le jeune italien à la vitesse de la lumière. Il n’essaya même pas vraiment de se défendre, sachant que tous les efforts qu’ils pourraient faire n’auraient qu’une incidence négligeable sur la suite des événements.


Alors que son corps était martyrisé, emporté dans une tornade de violence, Arimathy voyait défiler les grands moments de son existence devant ses yeux. Il revit le jour où il avait quitté le demeure de ses parents à Rodorio, le jour où son maître lui avait appris qu’il avait les prédispositions requises pour devenir un chevalier d’argent, le jour où il avait soigné son premier blessé, le jour où il avait sauvé sa première vie. Lorsque enfin le déluge de coups cessa et que son corps meurtris chuta mollement, il ne ressentit presque aucune douleur comme si son corps était anesthésié.


The Thief contempla un instant son œuvre : le corps d’Arimathy n’était plus qu’une masse sanguinolente, ses membres souffraient de plusieurs plais ouvertes et le bas de son corps faisait avec le haut un angle qui suggérait que sa colonne vertébrale était brisée en au moins un endroit.


 


 


-Tiens, j’ai plus à lever la tête pour voir ta sale tronche… , dit l’apprenti chevalier du Cancer avec une pointe de mépris dans la voix.


Un silence de mort régnait dans l’aire de combat, même les apprentis blessés dans leur chair avaient cessés de gémir.


-J’aurai quand même eu le temps de sauver et d’aider pas mal de gens, songeait Arimathy qui était déjà très loin de l’arène par la pensée.


Il n’était même que très vaguement concerné par ses blessures, comme si cette enveloppe charnelle qui avait été la sienne était déjà quelque chose d’oublié.


-Ce fut une existence courte mais je crois que je peux en être fier…


Les yeux de celui qui s’était baptisé The Thief étaient aussi froids que la pierre. C’est d’une voix dénuée d’émotion qu’il s’adressa à Arimathy.


-Tu fais de la guérison hein ? Guéris ça.


Il lui écrasa alors la gorge d’un violent coup de talon. Le lugubre bruit de craquement s’entendit jusqu’en haut de l’arène.


 


-Bon sang qu’est-ce que tu as fait ! , dit alors Aioros qui venait d’apparaître à l’entrée de l’arène.


Il était vêtu de sa tenue habituelle et regardait la scène avec une colère qu’il avait du mal à contenir.


The Thief, toujours enveloppé par son cosmos, s’éloigna de sa victime sans porter la moindre attention au chevalier du Sagittaire. Le jeune apprenti semblait fasciné par son propre pouvoir et portait des coups dans le vide, comme pour tester ses nouvelles capacités.


D’un bond prodigieux, Aioros arriva au centre de l’arène et se pencha sur Arimathy. Il lui prit le pouls au poignet et au cou, puis colla son oreille à niveau de son cœur. Il se releva alors, ses yeux emplis d’une fureur froide.


-Il est mort, dit-il simplement.


Un frisson d’horreur parcourut l’assistance et une soixantaine d’yeux vengeurs se tournèrent vers le même endroit. Néanmoins, l’objet de l’attention générale semblait ne même plus être conscient de ce qui l’entourait. On aurait même pu croire qu’il avait totalement oublié les derniers événements.


Se déplaçant à la vitesse de la lumière, Aioros fondit sur The Thief et, l’attrapant d’une main par le cou, le souleva du sol comme s’il ne pesait rien.


-Tu entends ce que je te dis : il est mort, tu l’as tué !


L’italien porta un coup de pied qui força Aioros à lâcher sa prise pour l’éviter.


-Il est mort vraiment ? , dit The Thief d’une voix innocente. Ben dis donc, il était vraiment pas solide.


-Pourquoi as-tu fait ça ?


-C’était un entraînement. Ce genre d’accident peuvent arriver, non ?


-Accident ? Tu oses appeler ça un accident ? Tu l’as assassiné de sang froid !


L’italien haussa les épaules.


-S’il pouvait pas encaisser quelques coups, ça lui pendait au nez un jour ou l’autre. Au moins, il aura pas déshonoré la chevalerie en se faisant écraser à la guerre par le premier faiblard venu !


-« Déshonoré » ? C’est toi qui déshonores la chevalerie ! Tu déshonores ton propre cosmos ! Arimathy était quelqu’un de bien plus honorable que tu ne le seras jamais.


-Pff… Lui c’est plus qu’un tas de viande. Alors que moi je suis le chevalier d’or du Cancer !


-Tais-toi ! Tu ne mérites pas un tel titre !


-Ah ouais ? Pourtant j’ai la force ! Regarde, j’ai le septième sens !


The Thief enflamma encore plus son cosmos qui sembla redoubler d’intensité !


-Si je le voulais, je pourrais te mettre la patté ! Là maintenant !


Aioros regarda son congénère avec un regard empli de mépris.


-Ha oui, vraiment ? Je serais très curieux de voir ça.


La voix du chevalier du Sagittaire avait été glaciale mais en même temps emplie de défi. The Thief sourit et se mit en garde.


-Aujourd’hui c’est ma journée ! Je deviens chevalier d’or et en plus je montre à tout le monde que je suis le meilleur !


Sans perdre une seconde de plus The Thief se jeta sur Aioros. Evidemment, aucune des personnes présentes ne comprit quoi que ce soit à ce qu’il se passa. Personne ne vit Aioros, qui ne s’était pas mis en garde et n’avait même pas enflammé son cosmos, lever simplement la main pour envoyer plusieurs millions d’ondes de chocs à la vitesse de la lumière.


Mais tout le monde vit le résultat. Le très jeune chevalier d’or du Cancer autoproclamé venait de s’écraser comme un missile dans les gradins, inconscient. Son corps était couvert de bleus et fumait même à cause de l’impact des coups.


-Crétin, dit simplement Aioros.


 


* * * * * * * * * * * * * *


 


Lorsque l’apprenti de Praesepe revint à lui, il constata qu’on l’avait ramené à la maison du Cancer. Il se trouvait allongé sur le lit de sa chambre et Sonya était en train de s’occuper de ses multiples blessures. Il frémit lorsqu’elle nettoya une entaille à l’alcool si bien qu’elle remarqua qu’il était éveillé. Ils se regardèrent un instant dans les yeux (c’était peu dire que Sonya avait l’air contrariée) puis elle se concentra à nouveau sur sa tâche.


Le jeune garçon voulut dire quelque chose mais ne trouva pas de mots. Il se rendait compte que la femme de son maître était absolument furieuse et cela le peinait. Car de toute la vie de l’ancien pickpocket, elle était sans doute la seule personne à s’être comportée gentiment à son égard. Le garçon n’était pas habitué à la compagnie humaine si bien que vivre avec Praesepe et sa femme au cours des deux derniers mois était une expérience totalement nouvelle. Une expérience qui s’était révélée, à sa grande surprise, plutôt agréable en grande partie grâce à Sonya.


Ses relations avec Praesepe étaient en effet polies mais distantes. L’un comme l’autre savait qu’ils n’avaient rien et n’auraient jamais rien en commun. On pouvait même difficilement imaginer que deux personnalités aussi antagonistes avaient été choisie par le destin pour occuper la même charge. Dans d’autres circonstances, il ne fait guère de doute que l’un et l’autre auraient fait tout leur possible pour éviter d’être ne serait-ce que dans la même pièce. Mais Praesepe accomplissait son devoir en formant le garçon et le chevalier à la peau d’ébène était toujours appliqué en tout ce qu’il faisait. De son côté le garçon avait vite compris qu’il avait énormément de choses à apprendre de son maître et qu’il avait tout intérêt à ce que leurs relations soient les meilleures possibles.


En revanche avec Sonya leurs relations étaient beaucoup plus sincères.


La jeune femme n’avait jamais eu d’enfant, une blessure reçue lors de son entraînement lui ayant retiré cette possibilité. The Thief était un enfant terrible, mais elle reportait sur lui son instinct maternel.


Certes elle avait déjà en partie élevé Aioros, mais le chevalier du Sagittaire n’avait trouvé dans la maison du Cancer qu’une famille d’accueil.


Si Aioros pouvait visiter sa véritable famille quand il le voulait ou presque, The Thief n’avait nulle part d’autre où aller. Et surtout Aioros était un garçon adorable et parfaitement équilibré à qui elle n’avait finalement pas grand-chose à apporter, alors que le jeune italien était un terrain en friche. Sa vie n’avait été qu’une longue épreuve d’où l’amour le plus élémentaire avait été absent. Elle pouvait et voulait lui changer cela.


Le garçon avait rapidement senti la chaleur humaine que cette femme, qui lui faisait office de mère adoptive, avait voulu lui transmettre. Il savait qu’elle était la première à ne pas voir en lui un danger ou une opportunité à exploiter.


Se l’était-il définitivement aliénée ? Cette pensée le faisait frémir…


 


-Depuis quand j’suis là ? , demanda-t-il finalement.


-Cela fait trois heures qu’Aioros t’a amené ici.


-Où il est maintenant ?


Il avait voulu utiliser un ton neutre mais sa voix contenait une pointe d’agressivité que Sonya ne put que remarquer.


-Il ne t’a pas raté mais tu l’as bien cherché. Pour te répondre, il se trouve avec ton maître et Saga dans la salle du Pope. Ils doivent discuter de ce qu’il convient de faire de toi.


Ses paroles lui donnèrent un coup au moral même si elles ne faisaient que confirmer ses craintes : il était bel et bien allé trop loin. Que faire à présent ? Mettre les voiles ? Certes il n’avait pas appris tout ce qu’il pouvait tirer de cet endroit mais il pourrait faire avec.


Sonya sembla lire sur les traits du garçon ses pensées car elle décida de mettre les choses au point.


-Je n’ai pas tout compris mais le chevalier Saga a fait quelque chose au temple. Tu ne pourrais pas en trouver la sortie.


Il hocha la tête. Son expression n’était pas vraiment déçue, il prenait simplement acte de la situation.


-Le destin choisit encore pour moi, pensa-t-il. Tant mieux, prendre la tangente, j’l’ai déjà fait y’a pas si longtemps.


Il se détendit alors : il n’avait plus aucun contrôle sur les événements alors autant attendre la tournure des choses tranquillement. De nouveau maître de ses émotions, il regarda alors Sonya avec curiosité.


-Il se ressaisit vite, pensa-t-elle en soutenant le regard de l’enfant.


-T’es enfermé avec moi alors… T’as pas peur ?, lui demanda-t-il.


-Je devrais ?


-J’sais pas… J’viens de broyer un gars.


Elle sembla peser ses mots puis rompit le contact visuel en se remettant à nettoyer les blessures de l’enfant.


-J’ai réalisé aujourd’hui que je ne te connaissais vraiment pas. Je pensais le contraire, je pensais que mon mari se trompait sur ton compte, mais c’est ainsi. Mais malgré tout… je ne pense pas que tu me ferais de mal, quelles que soient les circonstances. Et tu ne ferais pas de mal non plus à Praesepe. Je me trompe ?


Ce fut au tour de l’enfant de réfléchir longuement à ce qu’il allait répondre.


-Non, j’crois pas, dit-il finalement du bout des lèvres.


Ils savaient tous les deux que c’était la plus pure vérité.


-Tu as été choisi pour défendre la déesse Athéna. Pour cela, tu as été doté de pouvoirs qui dépassent de très loin mon entendement. Mais ce que je peux comprendre c’est qu’avec cette force immense viennent des devoirs immenses. Tu as un côté sombre en toi… Terrible et violent… Ni moi, ni Praesepe, ni rien au monde, ne pourra changer cela. Tu ne pourras pas le changer et je ne pense pas que tu le voudrais pour commencer. Mais tu es face à un choix que toi seul peux faire.


Tout en parlant, elle serra un bandage, ce qui arracha une courte grimace sur le visage grave de l‘enfant.


-Tu ne peux chasser cette violence de ta nature profonde. Mais tu peux la canaliser afin de ne la libérer qu’au service d’une cause juste. Soit tu choisis la voie respectable d’assumer le rôle qui t’a été donné… Soit tu choisis la facilité de te laisser consumer par tes démons. C’est ce choix qui fera de toi un homme finalement respectable ou un fou, un maniaque hors de contrôle. Et c’est un choix que tu devras avoir la volonté de refaire encore et encore. Car tu seras à jamais sur la corde raide…


 


Ils ne parlèrent plus tout le temps qu’elle s’occupa des multiples blessures du garçon.


 


* * * * * * * * * * * * * *


 


Le Grand Pope Sion, Praesepe, Aioros et Saga étaient dans la grande chambre du premier serviteur d’Athéna. Les visages des trois chevaliers d’or étaient graves. Si l’expression de Sion était dissimulée dans l’ombre de son casque, on pouvait deviner sa colère à la tension inhabituelle présente dans ses gestes et ses paroles.


-C’est de ma faute, je n’aurais pas dû le laisser seul… , disait Praesepe.


-Je ne veux plus entendre de telles sornettes !


La voix du Pope avait claqué comme un coup de fouet. Saga et Aioros essayaient de se faire discrets, impressionnés par la virulence de l’échange qui opposaient les deux adultes qu’ils savaient être des amis proches.


-Je ne supporterai pas ce genre d’apitoiement et de culpabilité mal placée une seule seconde de plus, poursuivit Sion. De plus, si tu étais à blâmer dans cette affaire, je le serais tout autant puisque c’est à ma demande, pour accomplir une mission que je t’avais confiée, que tu avais laissé ton élève lors de cet… incident. Je le redis encore : je n’envisage pas une seule seconde de te sanctionner et je refuse ta démission.


-Pourtant c’est moi qui l’ai amené ici. Je l’ai entraîné alors que je savais parfaitement qu’il était un garçon dangereux. Je suis directement responsable de la mort de cet apprenti.


-Tu n’as fait que ton devoir. Ce garçon est ton successeur, désigné par la déesse Athéna. Il s’est éveillé au septième sens, techniquement il est le nouveau chevalier d’or du signe du Cancer.


-Mais c’est un assassin !


-Je le sais. Mais le fait est que selon toute vraisemblance il a été choisi par le destin pour servir la déesse.


-Si je puis me permettre d’intervenir…


Les visages de Sion, Praesepe et Saga se tournèrent vers Aioros.


-J’étais présent quand il a tué Arimathy. C’est une bête sauvage, je ne peux pas croire qu’il soit appelé à devenir chevalier d’or.


-Ce n’est pas à toi, ni à moi au demeurant, de juger mais à Athéna, répondit le Grand Pope. En outre, ne crois pas que je t’ai oublié. Je suis l’autorité dans ce Sanctuaire et je ne saurais tolérer que quiconque s’improvise justicier. Tu as participé en toute connaissance de cause à une véritable rixe t’opposant à un de tes futurs frères d’arme sur le sol même du Sanctuaire. As-tu idée de l’impact que pourrait avoir sur les soldats et les apprentis d’avoir assister au spectacle déplorable de deux chevaliers d’or se livrant à un vulgaire combat de rue ? Cela est presque un crime aussi important!


Aioros posa un genou à terre et s’inclina en baissant la tête en signe de soumission.


-Je reconnais avoir agi sous le coup de l’impulsivité. Mais Arimathy était un modèle au Sanctuaire pour tous les autres apprentis. Sa mort, inutile et absurde, est une perte tellement énorme que j’ai perdu mon sang-froid. Etant un des aînés de la nouvelle génération de chevaliers d’or, cette attitude est inexcusable par rapport à l’exemple que je devrais donner. J’accepterai toute punition que vous jugerez utile de m’infliger. Mais ma conscience me force à vous donner le fond de ma pensée : nommer cet assassin chevalier d’or serait une erreur. Je ne pourrai jamais lui faire confiance, pas plus que tous ceux qui étaient présent à l’arène aujourd’hui. J’insiste encore une fois : c’est un psychopathe. Tant qu’il sera au Sanctuaire, surtout entouré d’une aura d’impunité, personne ne se sentira plus en sécurité. Tout le monde va dormir avec un couteau sous son oreiller !


-Je vais le sanctionner et le mettre à l’épreuve, n’en doute pas. Nous allons également procéder le plus vite possible à la cérémonie de remise de son armure, ceci afin d’être définitivement sûr qu’il est l’un des nôtres, même s’il n’existe presque plus aucun doute.


 


-Si je puis me permettre, je voudrais également donner mon avis.


Les regards se tournèrent vers Saga qui s’avança d’un pas.


-Je vais peut-être te paraître cynique Aioros, mon cher ami, mais je ne pense pas que nous puissions chasser un des douze chevaliers d’or ainsi. Surtout qu’il faut reconnaître qu’un individu tel que lui sera fort utile quand l’heure des combats sera venue. En tant de paix, The Thief pourrait être considéré comme une nuisance inutile. Mais en tant de guerre, quand il s’agira d’éliminer les centaines d’ennemis de notre déesse, un tueur né se révélera… approprié à la situation.


-J’ai du mal à croire ce que j’entends, dit Aioros à voix basse.


-Pour le moment, The Thief est un bloc de métal grossier, informe et impur, continua Saga sans prêter attention à son ami. Mais il est possible à partir de ce matériau de forger une arme d’un acier acéré et mortel. Et en donnant une cause juste à cette lame, nous aurons un allié précieux.


-Et alors, nous sommes censés oublier qu’il a tué Arimathy ?


-Un apprenti est mort lors d’un entraînement, intervint Sion. Ce n’est pas la première fois que cela arrive au Sanctuaire et ce ne sera certainement pas la dernière.


-C’était un meurtre !


-Sans doute. Mais je vais lui donner l’occasion de nous montrer son meilleur côté. Et quand à cet incident… Je vais passer l’éponge… dans une certaine mesure.


Aioros releva la tête et fixa le visage caché dans l’ombre de Sion.


-Veuillez pardonner mon impertinence… Mais si The Thief n’était pas un futur chevalier d’or, auriez-vous la même analyse de la situation ?


-Aioros, tu oublies à qui tu t’adresses ! , intervint Praesepe stupéfait par l’audace de son élève.


Mais Sion fit un signe au chevalier à la peau d’ébène de ne pas interrompre son élève.


-Chacun peut faire entendre son opinion ici, ajouta Sion à l’intention de son ami. Sans compter que je reconnais en Aioros ton idéalisme : tu ne devrais donc pas lui reprocher de dire tout haut ce que tu penses également sur la question.


Praesepe détourna le regard tandis que Sion désignait à présent Aioros du doigt.


-Quant à toi, la réponse à ta question est évidente : bien sûr que non. N’oublie pas, jeune chevalier d’or du Sagittaire, que contrairement à vous tous ici j’ai déjà livré une Guerre Sainte. Et, surtout, que j’en ai déjà gagné une. Je sais ce dont on a besoin et ce qu’il est nécessaire d’accepter comme compromis pour arriver à une issue positive lors d’un conflit. Et je ferai tout ce qu’il est en mon pouvoir pour que les épreuves qui attendent notre déesse débouchent à nouveau sur une victoire.


Le Pope regarda alors Saga.


-Le chevalier Saga a donné une bonne analyse de la situation. Je regrette que vous deviez découvrir à vos jeunes âges ce qu’implique réellement de devoir mener une guerre ! Les chevaliers d’Athéna sont reconnus pour leur noblesse mais cela n’exclut pas de faire preuve de réalisme. J’aimerais vraiment ne pas avoir besoin d’hommes comme The Thief, mais tel n’est pas le cas. Alors effectivement, si un apprenti pour une simple armure de bronze s’était rendu coupable d’un tel crime, je l’aurais chassé du domaine sacré sans la moindre hésitation. Mais tel n’est pas le cas.


Sion reporta alors de nouveau son regard sur Praesepe.


-Mon ami, je n’ai d’autre choix que de te demander de continuer la formation de ton élève. Et d’essayer de lui inculquer autant de valeurs que possible.


Aioros sentit alors le cosmos du Grand Pope bouillonner de rage. L’aura dorée du premier serviteur de la Déesse Athéna se déploya autour du corps du vieil homme. Une puissance que l’on aurait pu croire divine s’était éveillée et Sion reprit alors la parole d’une voix glaciale.


-Mais si jamais il tue encore un seul de mes chevaliers… un seul de mes apprentis… Je lui briserai moi-même la colonne vertébrale... Et peu importeront alors les considérations stratégiques.


 


* * * * * * * * * * * * * *


 


D’ordinaire les cérémonies de sacre des chevaliers étaient des moments de joie, d’autant plus dans le cas des chevaliers d’or. L’arrivée d’un nouveau membre de l’élite des chevaliers d’Athéna était en effet chargée de symbolique et d’espoirs. Par tradition cela se passait dans la grande arène, devant presque la totalité des habitants du Sanctuaire : le nouveau chevalier recevait sa boite de Pandore et revêtait alors sa tenue sacrée sous les vivats de la foule.


Mais dans le cas présent le cadre était beaucoup plus austère, l’assistance bien plus réduite et le jeune chevalier guère rayonnant de fierté.


The Thief, qui portait encore sur son corps des séquelles visibles de la leçon infligée par Aioros, reçut son armure dans la froideur du temple du Cancer, avec pour seule assistance le Grand Pope, son maître Praesepe et Sonya.


Malgré cela, le garçon avait été parcouru d’un frisson lorsqu’il avait tiré sur la chaîne de la boite de Pandore. Cet instant était son moment et le fait qu’il est lieu en coulisse ne changeait rien à son importance.


Il regarda un moment le totem en forme de crabe, fasciné par la beauté de l’objet.


-On va en faire des choses ensemble… T’as pas idée ! , dit le garçon à la protection sous le regard des adultes.


Il passa la main sur l’alliage d’orichalque et de poussière d’étoiles : l’armure semblait vibrer, ce qui rappela au garçon la respiration d’un être vivant. Alors que The Thief caressait son armure comme s’il s’était agi d’un animal, les vibrations augmentèrent alors d’intensité tandis qu’une intense lumière dorée apparut. Le totem explosa alors et les éléments d’armure se mirent à tournoyer dans le temple autour de The Thief avant de venir le recouvrir. Quand la lumière dorée se dissipa, le jeune italien avait fait place à un chevalier d’or. Sonya prit alors la main de son mari et la serra fort.


-C’est incroyable, ça a pas d’poids, c’est comme une deuxième peau !


L’enfant se sentait investi d’une nouvelle puissance, un sentiment d’invincibilité l’habitait.


-Avec cette armure, j’pourrais rendre la monnaie de sa pièce à cet enfoiré d’Aioros… , songeait-il.


Mais il décida de chasser cette pensée de son esprit. L’instant était magique, mieux valait ne pas le gâcher en pensant à des choses fâcheuses…


Il réalisa alors avec un certain étonnement qu’il avait l’impression de ressentir le cosmos de son maître. Il le regarda mais celui-ci n’avait pas bougé et le regardait toujours, son cosmos éteint ou presque. Il se rendit alors compte que cette sensation venait de l’armure, comme si elle gardait une trace de son ancien propriétaire. Une sorte de réminiscence du passé, diffuse, immatérielle comme un fantôme, qui resterait liée au métal doré.


-J’espère qu’ça passera avec le temps ! , pensa le garçon. J’aimerais pas avoir l’impression de l’avoir toujours à côté de moi, à me surveiller.


Le moment de la découverte passée, le nouveau chevalier d’or fit face à Sion et posa genoux à terre en signe d’allégeance.


-The Thief, chevalier d’or du… , commença le Grand Pope.


-Non, coupa le jeune garçon.


-Comment ça, non ? , demanda le Grand Pope d’une voix agacée.


-J’suis plus The Thief, c’est plus mon nom. J’suis plus ce gamin qui vivait en chapardant dans les rues d’Rome mais un autre gars. Nouvelle vie, nouveau nom.


-Comment devrons-nous donc t’appeler, alors ?


-J’sais pas encore…


-Il n’est guère agréable de parler à une personne anonyme, remarqua Sion.


-Et ben m’parlez pas ! C’est pas comme vous en aviez envie, en plus…


Praesepe et Sion se regardèrent en coin.


-Là le gamin n’a pas vraiment tort… , pensaient-ils.


-Attendez j’viens d’avoir une idée… J’serais Deathmask. Le chevalier d’or Deathmask du Cancer.


-Voilà un nom bien morbide… , commenta Praesepe. Puis-je savoir pourquoi tu l’as choisi ?


-J’crois pas qu’vous en ayez vraiment envie, maître.


Le gamin avait ce regard qui signifiait qu’il n’en dirait pas plus.


-Très bien, je vais pouvoir reprendre, dit Sion. Deathmask, chevalier d’or du signe du Cancer, aujourd’hui tu reçois ton armure d’or sacrée, la preuve que tu fais partie de l’élite de la chevalerie d’Athéna. Depuis les temps mythologique, cette armure n’a été revêtue que pour défendre la justice sous la bannière de la déesse Athéna. Tu ne devras jamais l’utiliser à des fins personnelles ou maléfiques, sous peine de t’exposer au jugement implacable de tes pairs.


-J’me fais des idées, ou alors il a particulièrement appuyé cette dernière phrase ? , pensa Deathmask.


 


Plus tard, quand le Grand Pope fut reparti vers son palais accompagné par Praesepe, (« ces deux-là vont parler de moi dans mon dos », avait pensé le garçon) et que l’armure eut été remise dans sa boite, Sonya vint s’asseoir sur les marches de l’entrée du temple du cancer à côté de l’enfant. Ils regardèrent un moment le soleil de fin d’après-midi en silence


-Alors, comment vois-tu ton avenir de chevalier ?


-J’me battrais pour la justice du Sanctuaire. J’tuerais les gars qu’on m’dira, et j’le ferai bien.


Elle hocha la tête, se disant qu’elle devrait se satisfaire de cette réponse.


-Maintenant que le chevalier d’or c’est moi, vous allez rester ici quand même ?, demanda le garçon.


Visiblement, il souhaitait une réponse positive.


- Nous n’y avons pas encore réfléchi, répondit Sonya. J’imagine que nous resterons ici le temps que Praesepe t’apprenne toutes ses techniques et qu’il soit satisfait de ton niveau.


-Bien, commenta sobrement le garçon. Mais maintenant que j’suis un peu chez moi ici, l’une des premières choses qu’on va devoir s’occuper c’est refaire la déco de cette baraque !


 


Sanctuaire, maison du Sagittaire, décembre 1969


 


-Je crois qu’il sait que tu es là.


-Non…


 


Aioros était en train d’effectuer une série de tractions sur une barre d’acier qu’il avait installé entre deux piliers de son temple. Son entraînement physique matinal avait commencé depuis une bonne heure et il était couvert de sueur.


Il s’était lui-même imposé ces exercices fastidieux, allant bien au-delà de ce que Praesepe lui avait conseillé de faire lorsque le chevalier du Cancer avait cessé d’être son maître. Aioros savait en effet que n’importe quel apprenti chevalier de bronze devait faire face à un entraînement physique bien plus exigeant que ce à quoi lui-même avait été contraint. Certes son cosmos était développé à un point dont ne pourrait jamais rêver la plupart des habitants du Sanctuaire, mais il savait que bon nombre de jeunes garçons qui ne seraient jamais chevalier étaient bien plus affûtés que lui d’un point de vue musculaire. Il mettait donc un point d’honneur à se forger un corps à la hauteur de son cosmos, refusant de tomber dans la facilité en se contentant de ses dons naturels.


 


Alors qu’Aioros venait de se laisser tomber au sol et faisait de grands moulinets avec ses bras pour détendre ses muscles, une petite pierre ronde se matérialisa soudain à l’ombre d’une colonne, lévitant à environ dix centimètres du sol. Comme si le morceau de roche était doté d’une intelligence, il se déplaça dans l’ombre en se rapprochant du jeune chevalier d’or, s’immobilisant chaque fois que le garçon regardait plus ou moins dans sa direction. Le garçon se dirigea alors vers la sortie de son temple, dans l’intention de faire un footing sur les escaliers menant à la maison du Capricorne. La pierre se déplaça alors au centre de l’allée du temple, dans le dos du chevalier, et se mit à le suivre en accélérant de plus en plus. La pierre se souleva au fur et à mesure qu’elle le rattrapait, puis elle accéléra encore plus violemment, jusqu’à atteindre la vitesse d’un homme en train de sprinter, semblant viser l’arrière du crâne du garçon. Celui-ci attrapa la pierre au vol entre deux doigts, sans même se retourner ni s’arrêter de marcher. Le garçon ramena sa main devant lui et regarda en souriant la pierre bouger, essayant de se dégager de sa prise. Ses yeux brillèrent un instant comme il utilisait son cosmos, et les mouvements cessèrent. Il soupesa la pierre, la lançant deux fois en l’air. Il la fit passer d’une main à l’autre quelque fois, optant finalement pour la gauche afin de rajouter un peu de challenge. Arrivé à la sortie de sa demeure, il prit deux pas d’élan et lança son projectile vers le haut de la vallée.


Le lancer, d’une force et d’une précision inimaginable pour quiconque ne maîtrisait pas le septième sens, suivit une trajectoire en cloche parfaite, montant à presque cent mètre de haut avant de commencer à redescendre en prenant de la vitesse tel un oiseau de proie fondant sur la statue de la déesse Athéna. Mais Aioros n’avait pas visé la statue mais le jeune garçon qui se tenait assis en tailleur quelques mètres devant.


Le jeune Mû sentit le projectile lui arriver dessus, leva la tête pour le voir mais dut plisser les yeux à cause du soleil. Sion, qui se tenait à quelque mètre de là, fit un geste de la main et le projectile disparut dans un flash de lumière quelques mètres avant d’avoir atteint sa cible. Etonné par le phénomène, Mû ne pensa même pas à remercier Sion de l’avoir « sauvé ».


-Ouah ! Comment vous avez fait ?, demanda le jeune garçon à son maître.


-Je me suis servi de la Starligth Extinction, de façon très localisée.


Constatant que son élève le regardait sans comprendre, le maître se sentit obligé de préciser.


-C’est une des techniques que tu maîtriseras plus tard mais je ne pourrais pas te l’enseigner dans l’immédiat.


-Vous l’avez téréportée ?


-Téléportée. Non, pas exactement. En fait si, d’un certain point de vue, je l’ai téléportée mais en dehors des quatre dimensions, si bien que cela s’apparente presque à de la désintégration.


L’enfant regardait son maître avec un air de plus en plus perplexe.


-Peu importe, abrégea le Grand Pope. Disons qu’elle a disparu de ce monde avant de pouvoir t’atteindre.


Le garçon se leva d’un coup, enthousiaste.


-Je veux le faire !


-Non, je t’ai dit que cela n’est pas encore pour tout de suite : il faut que tu découvres ton ultime cosmos avant cela.


Le garçon croisa les bras et prit un air déçu.


-En tout cas, cet exercice-ci est une réussite. La téléportation était parfaite et la télékinésie à distance bien maîtrisée. A l’avenir il faudra que l’on essaye avec des objets plus gros et plus nombreux, ainsi que sur de plus grandes distances.


-Pourtant il m’a senti !


- Je crois qu’il nous avait percés à jour tous les deux. Le chevalier du Sagittaire n’est pas quelqu’un d’ordinaire. Il t’avait sans doute détecté avant même que ta conscience projetée n’ait atteint son temple.


-Il est fort comme ça ?


-Comme ça et encore un peu plus. Je ne pense pas qu’il réalise lui-même tout à fait le niveau de pouvoir qu’il a atteint. Cela lui est venu si naturellement qu’il ne peut en mesurer le caractère exceptionnel.


Le gamin prit un air surpris : c’était la première fois qu’il entendait son maître faire l’éloge de qui que ce soit en de tels termes. Mais cette surprise passa bien vite et le garçon revint à des considérations plus personnelles.


-Je veux me té…léporter moi !


-Non, pas tout de suite. Tu es déjà bon à ce jeu, je te le concède, mais tu ne maîtrises pas encore assez tes perceptions extrasensorielles. Je ne veux pas que tu te trompes d’un mètre et que tu te matérialises dans le sol ou dans une colonne. Surtout que ce n’est pas ça qui manque par ici…


-Mais je fais tous les autres exercices ! Je suis sûr que c’est facile !


-Chaque chose en son temps. Tu sur-estimes encore un peu tes réelles capacités…


-C’est pas vrai !


-…mais tu peux essayer de m’impressionner et alors je pourrai revoir mon opinion. Fais tes exercices de maîtrise cosmique.


 


Tandis que Mû se remettait en tailleur, Sion songeait qu’il était tout à fait possible que son jeune élève ait raison. Mû était presque aussi précoce que lui-même l’avait été quelques deux cents cinquante ans plus tôt.


-Si cette facilité naturelle n’évolue pas en suffisance, Mû deviendra un chevalier d’or redoutable, pensa-t-il. Mon armure est en de bonnes mains, aucun doute.


Constatant que son élève menait parfaitement son exercice et dilatait ses sens à la perfection, Sion s’autorisa à digresser mentalement. Il n’était plus vraiment l’ancien chevalier d’or du Bélier, maître de Mû mais reprenait son rôle et ses préoccupations de Grand Pope. Il songeait qu’il avait déjà rassemblé trois chevaliers d’or.


-En fait quatre, en comptant mon vieil ami… Déesse, qu’est-ce que j’aimerai le revoir !


Aioros et Saga avaient déjà démontré qu’ils disposaient de pouvoirs hors du commun ainsi que de grandes valeurs morales. En choisissant son successeur au poste de Pope parmi ces deux-là, il serait certain de faire un bon choix. A cela s’ajoutait Mû et ce jeune espagnol qui viendraient presque assurément compléter la liste des douze. Si les destinées dorées de ce jeune garçon que Stellio avait découvert sur l’île de Canon et du fils d’Akiera se confirmaient, il ne resterait plus que quatre maisons vides. Mais on pouvait considérer que sur ce point-là, plus de la moitié du chemin était déjà accompli.


-Sans compter que le nombre d’apprentis est en constante augmentation. Les places de chevalier de bronze et d’argent vont commencer à se remplir aussi. Je suis dans les temps, tout se passe à merveille.


Laissant son élève à sa concentration, Sion se tourna vers la statue de sa Déesse.


-Mais alors pourquoi suis-je aussi inquiet ? Pourquoi ai-je l’impression que quelque chose m’échappe depuis plus d’un an ? Quelle est cette frustration que je ressens perpétuellement ? C’est comme si j’avais placé une pièce importante d’un puzzle… et quelqu’un l’avait retirée puis dissimulée. Et qu’à cause de cet élément manquant, ma vision de l’ensemble du puzzle était définitivement altérée.


-Et les six chevaliers que j‘avais envoyé accomplir une mission que je pensais de routine… Il se passe tellement d’événements paranormaux dans le monde qu’ils ont dû enchaîner des combats sans rapport avec leur mission originelle pendant des mois. Et quand enfin ils trouvent une piste, l’un d’entre eux meurt et la soi-disant piste s’avère déboucher sur davantage de questions…


Il se retourna à nouveau vers son élève qui à présent lévitait un mètre au-dessus du sol. Bien que les sensations de son élève aient été augmentées à leur maximum, Sion était presque invisible pour son élève qui ressentait à présent son environnement à une échelle globale. Sion ne pouvait que constater que son élève n’était qu’à quelques encablures du septième sens, déjà.


-Que s’était-il vraiment passé sur cette île maudite ?, se demanda-t-il finalement.

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