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Cette fiche vous est proposée par : Johnny


La Confession

Le soleil se levait sur le Sanctuaire, mais la nuit avait été courte pour la chevalerie d'Athéna. Les douze chevaliers d'or avaient veillé pendant longtemps, mais en vain, puisque les troupes envoyées par l'Empereur des Ténèbres n'étaient pas arrivées jusqu'à leurs maisons, alors que plusieurs chevaliers de bronze et d'argent avaient été exposés au danger, en particulier contre un mystérieux homme en noir maniant la foudre et un autre possédant une chaîne munie de boulets d'acier. Les serviteurs d'Athéna étaient à peu près dans la même situation que connaîtrait l'armée française près de deux cents ans plus tard, au début de la Seconde Guerre Mondiale, une "drôle de guerre" en somme, qui avait commencé sans avoir vraiment commencé. A l'heure actuelle, bon nombre de chevaliers, notamment les chevaliers d'or, se posaient des questions sur la nuit précédente et ses implications pour la suite de la Guerre Sainte. Mais celui qui s'interrogeait le plus sur les événements actuels était le Grand Pope. Après avoir congédié Omar et Thérava, il n'était pas parvenu à trouver le sommeil, plongé dans une longue réflexion, qu'il poursuivait encore au lever du soleil :


"Pourquoi...Pourquoi notre ennemi a-t-il agi de la sorte ? Ces soldats n'étaient pas de taille contre les chevaliers sacrés...Et cet homme maîtrisant la foudre...Cet autre personnage armé de boulets d'acier...J'ai un sombre pressentiment sur la tactique que veut adopter le Dieu des Enfers...Malheureusement, je ne sais pas comment agir dans une telle situation..."


"Grand Pope ? M'entendez-vous ?"


Le chef des chevaliers sacrés lâcha avec surprise :


"Athéna ? Que voulez-vous, ma déesse ?"


"Je veux savoir ce que vous avez prévu de faire après la nuit agitée qu'a connue le Sanctuaire..."


"Athéna, je...j'ai beau être le chef de votre chevalerie, je suis quelque peu désemparé...Cet aveu de faiblesse est difficile à révéler, mais c'est le sentiment qui m'envahit en ce moment..."


"Ne perdez pas espoir, Grand Pope. Moi non plus, je ne sais pas quelles sont les motivations et les objectifs actuels de l'Empereur des Ténèbres, mais je garde la tête froide ! Il nous faudra rester prudents si nous voulons avoir une chance de le vaincre, à présent que la Guerre Sainte a commencé !"


"S'il est possible de s'exprimer ainsi, ma déesse, précisa le Pope. Car nous ne sommes pas encore rentrés totalement dans la bataille, à l'inverse de ce qui s'était passé en l'an de grâce 1538..."


"Les Guerres Saintes se ressemblent et diffèrent à la fois, Grand Pope. Chaque fois, moi et les chevaliers de l'espoir avons fait face à un ennemi redoutable, mais à chaque fois les circonstances différaient ! C'est un point important que nous devons tous prendre en compte, Grand Pope !"


"Vous avez raison, ma déesse..."


"Bien. En attendant, restez vigilant, mais essayez quand même de prendre un peu de repos...Vous êtes fort âgé, Grand Pope, une veille permanente pourrait être fatale pour votre santé ! Je n'ai plus rien à vous dire pour le moment, Grand Pope, je communiquerai de nouveau avec vous lorsque les nécessités m'y pousseront !"


La présence de la déesse cessa alors de se manifester. Le Grand Pope inclina sa tête légèrement vers l'avant et commença à somnoler.


************


La maison du Verseau


Christian était sur le pied de guerre depuis près de vingt minutes. Après la nuit passée à veiller en vain la onzième maison du Zodiaque, il avait dormi brièvement, avant de reprendre sa garde. Il scrutait froidement l'horizon, comme il le faisait en permanence depuis qu'il avait gagné l'armure du Verseau, dix ans auparavant, c'était l'un des chevaliers d'or qui avaient le plus d'expérience. Tout à coup, il vit deux silhouettes avancer dans sa direction. L'air méfiant, il regarda devant lui avant de se rendre compte que les deux personnages n'étaient autres que Bosching et Felipe, deux de ses frères d'armes. Il les salua rapidement :


"Comment allez-vous ?"


"Plutôt bien, en tout cas, pour ma part, je vais mieux que l'un de mes disciples." lâcha Felipe.


"Que veux-tu dire ?"


"Hier soir, Arkantos a été blessé dans la bataille qui a opposé des chevaliers aux soldats de l'Empereur des Ténèbres. Des blessures sans gravité, certes, mais réelles. Pour ma part, j'ai monté la garde en permanence devant la maison du Capricorne, mais personne n'est venu l'attaquer."


"C'est la même chose pour moi, ajouta Bosching. Par contre, Omar a fait preuve d'un comportement exemplaire en pétrifiant cinq de nos ennemis !"


"Avec le Bouclier de Méduse ?" demanda le chevalier du Capricorne.


"Exactement ! C'est une arme redoutable, qui fait envie à bon nombre de chevaliers sacrés. Par contre, il a été quelque peu gêné par un de ces naufragés, qui nous quittera demain soir...Le précepteur du jeune homme qui m'avait dérangé dans mon entraînement, si j'ai bien suivi..."


Christian allait répondre, quand il sentit une présence derrière lui. Le chevalier du Verseau se retourna vivement et aperçut Eon des Poissons. Le gardien de la dernière maison du Zodiaque, vêtu de son armure d'or, semblait sombre. Christian haussa les épaules, puis le salua :


"Bonjour, Eon."


"Bonjour à vous tous..."répondit Eon d'un ton mélancolique.


Puis il s'en alla d'un pas nonchalant. Quand il fut hors du champ de vision des trois chevaliers d'or, Felipe souffla à ses deux autres camarades :


"Je l'ai encore entendu pleurer, cette nuit..."


"Comment ça ?"demanda Christian.


"Alors que le Grand Pope avait demandé à me parler après l'attaque du Sanctuaire, j'ai traversé ta maison et celle des Poissons, et j'ai entendu Eon sangloter nerveusement, comme si une douleur secrète le rongeait..."


Bosching soupira avec mépris :


"Pfff...Eh bien, ça va être du joli quand on le verra à l'oeuvre sur le champ de bataille ! Une vraie femmelette !"


"Sois un peu plus clément à son égard, Bosching, conseilla Felipe. Après tout, c'est un chevalier d'or, comme nous autres !"


Le chevalier des Gémeaux rétorqua :


"Il est chevalier d'or parce qu'il porte l'armure des Poissons ! Et c'est tout ! D'ailleurs, depuis qu'il l'a gagnée, voilà plus d'un an, il ne l'a jamais quittée ! Il est certainement conscient de sa faiblesse !"


"De toute façon, la sensibilité n'a jamais été une de tes qualités, Bosching..."reconnut Christian.


Bosching nia :


"Faux. Je sais me montrer sensible. Mais en ces temps-là, il n'en est plus question ! Bon, je vous laisse, je repars vers la maison des Gémeaux...Que les dieux vous soient favorables !"


"A toi aussi, Bosching."répondit simplement le chevalier du Verseau.


************


La demeure des Roligny


Les New Rochelais s'étaient levés tôt et s'étaient rapidement lavés et vêtus. Mais ils n'arboraient pas les mêmes visages. Si les époux Roligny semblaient bien se porter, preuve qu'ils avaient usé de leur nuit de sommeil à bon escient, John, lui, était encore marqué par le cauchemar qu'il avait eu, de sorte qu'il avait été incapable de se rendormir après. D'autant plus que la bataille qui avait eu lieu non loin entre les dix chevaliers affiliés à la protection des colons et les soldats de l'Empereur des Ténèbres n'avait pas arrangé les choses. Quant au révérend Valnoy, il avait encore en tête la vision d'Omar de Persée décapitant les ennemis qu'il avait pétrifiés avec le Bouclier de Méduse, et ne se privait pas de le faire savoir aux parents de John :


"...et, alors que je descendais les escaliers pour faire une leçon de charité chrétienne à ce malotru, j'ai été rembarqué sans ménagement par deux de ses camarades, qui m'ont enfermé dans ma propre chambre! Je savais déjà que les musulmans pratiquant le jihad ne ménageaient pas leurs ennemis, mais quand un des leurs est chevalier de cette déesse, c'est encore pire !"


"Révérend, répondit Etienne Roligny, si ces chevaliers n'avaient pas été là, nous aurions peut-être eu des problèmes et aurions pu risquer nos vies..."


"Peut-être aurait-il mieux valu ! Quand je pense qu'il va nous falloir encore attendre demain pour partir d'ici...D'ailleurs, ce chevalier, Omar de Persée, si ma mémoire est bonne, m'a confié qu'il regrettait que nous ne partions pas aujourd'hui ! Ces gens-là n'ont aucune mansuétude !"


"Ne généralisez pas trop hâtivement, révérend, suggéra Catherine. Certes, pour ce chevalier de Persée, l'on peut déplorer son caractère rustre, mais, pour d'autres, ce n'est pas forcément le cas...J'ai parlé quelques courts instants avec un chevalier...Une femme, je crois bien..."


A cette brève évocation, John trembla, et ce fut une chance pour lui que personne ne s'en rendît compte. Et la suite des propos de sa mère n'arrangea pas les choses:


"Oui, c'est bien ça...Je crois qu'elle s'appelait Emma..."


Le jeune homme trembla de plus belle, des idées noires tapies au fond de son cerveau :


"Emma...Mère, pourquoi me rappelez-vous ce souvenir...Chaque fois que j'entends ce nom, je vois immédiatement son corps nu près du lac...Ce corps que je veux posséder et...Je n'ose le dire à moi-même...Seigneur..."


Quand à Valnoy, il poussa un profond soupir :


"Pfff...Même une femme...Même une femme s'est fourvoyée dans le service de cette déesse païenne...C'est déplorable...Surtout quand je la compare à vous, Catherine, épouse, mère et chrétienne exemplaire !"


"Merci, révérend."sourit timidement la mère de John.


Ce fut alors que le pasteur se tourna vers John :


"Et vous, John, vous avez côtoyé certains de ces chevaliers, et je crois qu'ils ne vous ont pas laissé un bon souvenir..."


Le fils d'Etienne Roligny hésita avant de répondre car, bien qu'il eût vingt ans et fût sur le point de se marier, il ne voulait pas contrarier son précepteur, qu'il connaissait bien et qu'il savait sévère et intransigeant vis-à-vis du respect des Ecritures. Finalement, il prit sa respiration et répondit :


"Pas...Pas tous. Je vous avais parlé du chevalier des Gémeaux, qui fut brusque avec moi hier, mais d'autres furent plus aimables avec moi, comme les chevaliers du Lion et de la Balance...A ce sujet, je me rappelle qu'aujourd'hui, Dohko de Rozan a désormais dix-huit ans ce jour-ci, et j'en ai moi-même maintenant vingt..."


"C'est exact, John, sourit Etienne Roligny. Un grand avenir s'ouvre devant toi, tu le sais ! Tu seras un brillant négociant et un bon époux, je le sais !"


"Et surtout, il sera un élu de Dieu !"précisa Valnoy avec enthousiasme.


Les propos de son précepteur rendirent John morose, mais il s'efforça de ne pas le montrer :


"Un futur élu de Dieu...Si seulement vous saviez, révérend...Tout ce que je souffre depuis hier semble me démontrer qu'il n'en est rien..."


************


Plus bas, juste sous la fenêtre de la pièce où se trouvaient les Roligny et le révérend Valnoy, Omar et Thérava demeuraient debout, conformément aux ordres du Grand Pope. Mais leur discrète surveillance du fils Roligny semblait ne rien donner d'intéressant :


"Cela fait plusieurs minutes que nous demeurons sous cette fenêtre et il ne se passe rien ! J'ai bien du mal à comprendre l'intérêt de la mission que nous a confiée le Grand Pope !"


"Restons patients, Omar. Maître Gautama me disait parfois que les ennuis survenaient au moment le plus inattendu. Maître Gautama étant l'être le plus proche de Dieu, j'aurais bien du mal à douter de ses paroles..."répondit Thérava.


"Les faits sont pourtant là ! rétorqua le chevalier de Persée. Depuis que nous sommes ici, nous n'entendons que des choses banales au possible, pour ne pas dire inintéressantes ! Entre un père admiratif devant son couard de fils, une mère qui se veut discrète au possible, un révérend dont l'angélisme tourne au pathétique...et je ne parle même pas du fils !..."


"Parle moins fort, ils pourraient nous entendre, suggéra le chevalier du Paon. Le Grand Pope nous a recommandé la plus grande discrétion possible pour cette mission..."


"Si on peut appeler ça une mission ! Avec tout le respect que j'ai pour le Grand Pope, je doute fort que cette activité de surveillance nous soit utile pour lutter contre l'Empereur des Ténèbres !"


Omar poussa alors un profond soupir de lassitude, sous les yeux résignés de Thérava, qui ne lui répondit pas.


************


De leur côté, les Roligny parlaient entre eux, notamment de leur futur départ du Sanctuaire qui les mènerait à Istanbul, puis en Asie Mineure. Un sujet de conversation qui avait eu pour effet de ternir les pensées de John :


"Encore plus d'un jour et je perdrai Emma à jamais...Si j'ose m'exprimer ainsi, car je ne l'ai jamais eue...Pourtant, l'Eternel seul sait que je désire tant la posséder, la caresser, la...la..."


Le mot qu'il se refusait tant à penser finit pourtant par entrer dans son cerveau :


"...la...la pénétrer !...Seigneur...Il ne faut pas que j'aie ces pensées insidieuses...indignes de moi...Cette chair que je veux...Non, il...il faut que je l'oublie...que je ne pense plus qu'à Jeanne, ma promise, et alors..."


"John..."


"AAAAH !!!!!!!"


Le jeune homme poussa ce brutal cri de douleur en se tordant la tête et en tombant à genoux. Affolée, Catherine Roligny accourut vers son fils, qui semblait mal en point :


"John !?...Tu...Tu ne te sens pas bien ?"


Le jeune homme tourna le dos à sa mère l'espace de cinq secondes, avant de se retourner vers elle, puis de se relever lentement en lui disant :


"Ce...Ce n'est rien, mère...Cela va mieux maintenant..."


"John, il me semble que ce n'est pas la première fois que cela t'arrive...Oui...Tu avais déjà eu ce mal de tête hier au soir, alors que nous dînions ensemble..."


"C'est juste, mère...Mais ce mal est parti rapidement...Comme aujourd'hui...Je...Je vais mieux..."


"John, insista Etienne Roligny, si un mal secret te ronge, il faut nous le dire...Il serait fâcheux, et c'est un euphémisme que de dire une telle chose, que nous te perdions..."


"Je n'ai rien." répondit mollement John.


Parallèlement, le jeune homme songeait :


"Oh si, mon père, j'ai un mal secret...Mais je ne puis vous le dire...Je ne puis vous déshonorer, conformément au cinquième commandement divin..."


Puis, plus haut :


"Excusez-moi, mon père, mais...me serait-il possible de prendre l'air ? Cela m'aiderait vraiment..."


Etienne Roligny ne tarda pas à répondre :


"Je te l'accorde, John."


John remercia son père d'un geste de la tête, puis quitta la pièce, sous les regards soucieux de ses parents et du révérend Valnoy. Alors que le jeune homme venait de sortir dehors, il songea :


"Maintenant que j'y songe, cela fait la deuxième fois que cela se produit...Un mal de tête survenu après avoir entendu cette voix, comme je l'avais entendue hier au soir...C'est la même voix qui est venue me parler lors de mon cauchemar...La même voix qui m'a parlé juste avant le naufrage...De qui peut-il bien s'agir ?..."


Le jeune homme fit alors quelques pas, afin de réfléchir dehors sur tout ce qui lui arrivait depuis peu.


************


John regarda le révérend Trevor d'un air distrait, avant de lui dire :


"Je suis donc parti au coeur du Sanctuaire pour réfléchir à propos de toutes ces choses qui m'échappaient...J'étais loin de me douter que ce n'était que la première marche d'un escalier m'amenant vers cette funeste découverte...Le jour de mon vingtième anniversaire, en plus, quelle ironie..."


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Sous la fenêtre des Roligny, quelques instants avant le départ de John


Omar et Thérava écoutaient la conversation des Roligny avec une grande attention :


"Il...Il a dit que ce n'était pas la première fois que ce mal de tête arrivait à son fils..." lâcha Thérava.


Omar répliqua, l'air dubitatif :


"Et alors ? Ce n'est pas parce que ce jeune homme souffre de maux de tête répétés depuis peu qu'il faut se méfier de lui ! Il est de santé fragile, c'est tout ! Remarque, quand on connaît son caractère craintif, cela ne m'étonne guère ! Et quand bien même il succomberait à une quelconque méningite ou autre fièvre cérébrale, ce ne serait pas une perte !"


"Omar, je t'en prie, prends garde à ce que tu dis !" répliqua Thérava, indigné.


Nullement impressionné, le disciple de Bosching répliqua :


"Pour autant que je sache, ce n'est pas lui qui va nous apporter une quelconque aide pour lutter contre l'Empereur des Ténèbres ! Maître Bosching m'a dit qu'il ne fallait pas prendre attention à ceux qui ne nous seraient d'aucune utilité pour lutter contre le Mal ! Bon, je sais que nous devrons sauver le genre humain, et ce n'est pas rien, mais à quoi bon s'attendrir sur un peureux pareil...?"


Tout à coup, une porte s'ouvrit non loin d'eux et John sortit de la maison, l'air sombre, ce qui n'échappa pas au chevalier de Persée :


"Il n'a pas l'air d'aller bien...Ah, il me semble qu'il va faire une petite promenade dans les alentours du Sanctuaire...Suivons-le !"


"Oui, mais restons prudents, il ne faut pas qu'il se rende compte de notre présence."ajouta Thérava.


Aussi, dès que John s'aventura plus loin de la maison qu'il occupait, les deux chevaliers d'argent se hâtèrent de le suivre discrètement.


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La maison du Taureau


Shad était devant le seuil de sa maison, les bras croisés. Il adoptait la même position que lors de l'attaque du Sanctuaire, attaque qui ne s'était toutefois pas propagée jusqu'à sa demeure, ce qui l'avait surpris. D'après les propos d'Hérodote, son disciple, tous les chevaliers concernés n'avaient combattu que des soldats de moindre importance, ainsi que deux adversaires mystérieux, dont l'un utilisait d'étranges boulets d'acier. Il réfléchissait encore à la suite des événements quand il sentit une présence derrière lui. Il se retourna vivement et aperçut Vittorio du Cancer et Bosching des Gémeaux, qui le saluèrent :


"Comment te portes-tu, Shad ?"


"Je vais bien, merci...Qu'est-ce qui vous a poussés à me rendre visite ?"


"Peu de chose, répondit le chevalier du Cancer. Est-ce que tes disciples ont été concernés par la bataille de la nuit dernière ?"


"Hérodote a combattu, mais pas Boniface. Et pour vous, qu'en a-t-il été ?"


"Eh bien, ce fut la même chose pour moi, avoua Vittorio ; Damien a lutté brièvement contre certains de ces ennemis, mais ni Nessos, ni Zacharius n'ont eu à combattre !"


"Seul Omar a lutté..." répondit Bosching à son tour.


Il y eut un silence, puis le chevalier des Gémeaux reprit, quelque peu agacé :


"Je ne comprends pas ce qui se trame ! La Guerre Sainte était censée débuter hier soir ! Si seulement tu n'avais pas joué aussi mal les devins, Vittorio, dit-il à son frère d'armes, nous n'en serions pas là !"


"Calme-toi, Bosching, dit Shad. Vittorio n'a eu qu'un mauvais pressentiment...Je m'inquiète autant que toi au sujet de la suite des évènements, mais je sais rester calme !"


"Comme si cela allait de soi ! En revenant de la maison du Verseau, j'ai senti une tension palpable dans toutes les maisons que j'ai traversées ! Tous les chevaliers d'or sont plus ou moins inquiets, des rumeurs prétendent déjà que le Grand Pope est soucieux, lui aussi..."


"Je comprends ton malaise, Bosching, fit Vittorio. Mais s'énerver ne mènera à rien de bon, au combat comme au temps des trêves !"


Le chevalier des Gémeaux soupira :


"Peut-être dis-tu vrai...Mais la situation est telle qu'il nous est difficile de rester calmes...Et pourtant, il nous faudra l'être ! Souvenez-vous d'hier soir, lorsque le Grand Pope a sermonné Daniel..."


"En effet, approuva le chevalier du Taureau. Sans parler de la réprimande infligée à Eon..."


"Parlons-en, justement ! répliqua Bosching avec un sourire narquois. D'après ce que Felipe m'a dit, il a encore pleuré hier soir dans sa chambre ! Vous dites de moi que je m'inquiète, mais je suis tout à fait détendu par rapport à lui !"


Les deux autres chevaliers d'or sourirent, puis Vittorio dit :


"Bon...excuse-moi, mais il me faut retourner à mon temple..."


"Très bien...Alors, à bientôt !"sourit Shad.


Bosching quitta également la maison du Taureau, mais salua ses frères d'armes de façon moins démonstrative.


************


John


Je ne suis pas au bout de mes peines...Vingt ans aujourd'hui et j'ai l'impression que ma vie est déjà gâchée...L'on m'a souvent dit dans mon enfance que la réussite professionnelle et un comportement moral exemplaire étaient des signes de l'élection divine...Et sur ce dernier point, je suis loin d'être irréprochable...Et cette souffrance que je ressens, ce cauchemar...ces maux de tête incompréhensibles...Seraient-ce là des signes de ma destinée ? Des signes m'indiquant que je ne suis pas voué à la vie éternelle ?...Tout contribue à me le faire croire...Mes pensées sont devenues plus directes...plus charnelles...plus crues...Jusque là, il m'était arrivé de penser que je voulais posséder Emma, mais je n'avais encore jamais songé que je voulais la...la...la pénétrer !...Et je viens de nouveau d'y penser...Le jour de mon vingtième anniversaire risque d'être l'un des plus mauvais jours qu'il me faudra vivre...


************


Quelques dizaines de mètres derrière John, Omar et Thérava marchaient discrètement, surveillant attentivement le fils d'Etienne Roligny. Le chevalier du Paon demanda à son camarade :


"Alors, que fait-il ?"


"Il me semble tourmenté, je ne sais pour quelle raison...Il erre comme une âme en peine !...Rien de bien intéressant..."


Le chevalier de Persée s'interrompit subitement, avant de reprendre :


"Attends, Thérava !...Il me semble que quelqu'un vient dans sa direction !...Je la reconnais !"


Au même moment, John venait de s'arrêter et était cloué sur place. C'étaient son tourment, son désir, sa douleur et son péché potentiel qui venaient vers lui. Quatre phénomènes regroupés en une seule personne : Emma, chevalier de bronze de la Colombe. La jeune fille portait son masque, comme d'habitude, mais le jeune homme ne voyait que son visage d'ange. La disciple de Cristobal passa le bonjour au fils d'Etienne Roligny :


"Bonjour, John. Allez-vous mieux depuis la nuit dernière ?"


Des rougeurs apparurent sur le visage du jeune homme, qui répondit d'une voix faible et balbutiante :


"Oui...Je...Je vais mieux...Emma...Je voudrais vous remercier pour votre réconfort de la nuit passée..."


"Ne me remerciez pas, John, lui dit-elle de sa voix la plus douce qui fût. Je n'ai fait que mon devoir de chevalier..."


 


Non loin de là, Omar et Thérava surveillaient attentivement la conversation entre les deux jeunes gens :


"Regarde ça, Thérava ! Regarde comment elle minaude ! Si j'avais eu l'honneur d'être son mentor, crois-moi que je lui aurais fait passer l'envie de se comporter de la sorte !"


"Omar, répliqua le chevalier du Paon, nous ne sommes pas là pour juger le comportement de ce chevalier de bronze, mais pour surveiller ce jeune homme...A propos, tu n'as rien remarqué chez lui ?"


"Quoi donc ?"


"Ce John semble mal à l'aise, je dirais même qu'il est troublé face à cette femme chevalier...J'ignore si c'est l'entraînement de maître Gautama qui me permet de tirer ces conclusions, mais je crois qu'il refoule un désir secret pour elle..."


"Et alors? Ce n'est pas parce qu'il est gêné face à Emma qu'il faut en déduire automatiquement qu'il va nous être nuisible, comme le Grand Pope semble le suggérer!"


 


Au même moment, John et le chevalier de la Colombe continuaient à parler. Ils le faisaient facilement, car Emma venait du royaume d'Angleterre, un pays que John connaissait bien et dont il habitait l'une des colonies. Le fils d'Etienne Roligny demanda à celle qu'il désirait en secret :


"Que s'est-il...s'est-il passé dans votre vie pour que vous deveniez chevalier sacré, Emma ?"


"Voyez-vous, dit-elle de sa douce voix, mes parents voyageaient avec moi en Grèce quand ils ont été agressés et mortellement blessés par des bandits. Par chance, des gardes du Sanctuaire passaient par là et ils les ont mis en fuite...Malheureusement, il ne pouvaient plus rien faire pour mes parents, qui m'ont alors confiée à eux...Je n'avais que quatre ans à l'époque (La jeune fille baissa la tête)...Les gardes qui étaient intervenus m'ont ensuite présentée au Grand Pope, qui a consenti à me garder au Sanctuaire, à conditon que je devienne chevalier sacré...J'ai accepté, et, à mon dixième anniversaire, Cristobal du Toucan, jeune chevalier d'argent, devint mon maître...Cela fait plusieurs mois que j'ai gagné mon armure..."


John sourit timidement, puis posa une main sur l'épaule de la jeune fille, qu'il fit mine de caresser :


"Je suis désolé pour vos parents, Emma (Que sa peau est douce...). J'espère que vous êtes fière d'être devenue chevalier sacré dans ce monde qui semble plus favorable aux hommes (Plus je touche sa peau et plus l'envie me prend de l'embrasser...)..."


"J'en suis fière en effet...Je suis fière de pouvoir servir une déesse aussi généreuse qu'Athéna et un homme aussi respectable que le Grand Pope. Chaque jour, cela me pousse à dépasser mes limites, pour être digne de mon statut de chevalier sacré, bien que je sois une femme et un simple chevalier de bronze !"


Le jeune homme répondit en souriant :


"Je sais que vous en serez digne, Emma...Vous êtes une jeune fille fort aimable et humaine(et au corps de rêve...)...Vous l'avez d'ailleurs démontré hier soir, en prenant soin de moi..."


"Je vous l'ai dit ; je n'ai fait que mon devoir...Un devoir d'autant plus appréciable que vous me semblez fort aimable, John...Vous êtes différent de bien des jeunes gens de votre âge..."


Rougissant de plaisir, John répondit :


"Vous avez raison. Je suis quelqu'un de plutôt réservé, je tâche en permanence de me montrer bon envers mon prochain et j'abhorre toute forme de violence, d'autant plus que mes ancêtres l'ont subie, que ce soit lors des Guerres de Religion, du Grand Siège de La Rochelle ou de la Révocation de l'Edit de Nantes...Mais désormais, ma famille et moi pouvons vivre selon notre foi à New Rochelle, ce qui ne nous empêche point d'apprécier l'hospitalité du Sanctuaire...bien que nous devrons le quitter dès demain..."


Emma lui demanda à ce sujet :


"Cela ne vous chagrine-t-il pas ?"


Cette fois-ci, le jeune homme sentit le trouble monter en lui :


"Non...Nullement...Je...Je suis heureux de...de partir suivre...les...les traces de...de mon père et...épouser ma promise (Cruelle réalité...)..."


"Votre promise ?"fit Emma, étonnée.


"Oui...Je...Je dois épouser...Jeanne...Jeanne Guilbret (Si seulement vous saviez...), fille d'un négociant en meubles de...New Rochelle..."


Emma demanda alors au jeune homme :


"John, vous n'allez pas bien ?...Et...Et pourquoi caressez-vous de plus en plus frénétiquement mon épaule ?"


Le fils d'Etienne Roligny, dans son désarroi, ne s'était pas aperçu qu'il touchait de plus en plus vite la peau du chevalier de la Colombe. Mais la question qu'Emma lui posa ne fit que rendre son trouble encore plus grand, ce qui le poussa à se défiler :


"Pour rien...Excusez-moi, Emma, mais...mais je dois prendre congé de vous !...Que Dieu vous protège ! Au revoir !"


"John ! Mais attendez !..."


Mais les supplications de la jeune Anglaise furent vaines ; le jeune homme s'était enfui loin d'elle tout en songeant :


"Mon Dieu, il me semble que je suis en train de perdre la raison !...Il me faut m'éloigner d'Emma, sinon, je...je crois que je vais devenir complètement fou!"


John courut alors de plus belle, se prenant la tête entre les mains, tant ses sens semblaient échapper à son propre contrôle.


************


S'efforçant de soutenir le regard sévère du révérend Trevor, John lui dit :


"Je...Je ne savais plus ce que je faisais, révérend...Si...Si elle ne m'avait pas posé cette question, il aurait été fort possible que je l'eusse embrassée, puis possédée au beau milieu du Sanctuaire !!"


Le pasteur fronça les sourcils, ce à quoi le jeune homme répondit :


"Je comprends votre mécontentement, révérend...Mais je préfère vous avertir : tout cela n'était rien comparé à ce qui m'attendait à la fin de cette journée..."


************


Alors qu'Emma se posait des questions sur le comportement de John, plus loin, Omar et Thérava restaient perplexes :


"Mais qu'est-il donc passé par la tête de ce jeune homme ?"


"Ce que je te suggérais tout à l'heure, Omar, il me semble complètement perdu et refoule fort probablement des désirs inavouables !"


"Mais quels genres de désirs ? Si cela concerne Emma, autant te le dire : si jamais il éprouvait quelque chose pour elle, il ferait mieux d'y renoncer, étant donné qu'il va débarrasser le plancher demain soir !"


"En effet..."


Puis le chevalier du Paon poursuivit :


"Si l'on ajoute à ça qu'il est fort croyant, l'on peut comprendre pourquoi il semble si perturbé...En attendant, continuons à le surveiller, pour y voir plus clair..."


Les deux chevaliers d'argent partirent alors à la recherche de John, tout en s'efforçant de ne pas croiser le chevalier de la Colombe.


************


La Giudecca


L'homme en noir venait de pénétrer dans la grande salle sombre, juste en face de l'escalier menant aux tentures rouges derrière lesquelles se dissimulait l'Empereur des Ténèbres. Il s'agenouilla devant son supérieur invisible et s'annonça :


"Me voici à votre disposition, votre majesté. Que puis-je pour vous ?"


"Mes ordres ont-ils été appliqués comme je le souhaitais ?"


"Ils l'ont été à la lettre, majesté. Cependant, le retour dans le Royaume des Ténèbres a suscité bon nombre de questions de la part des trois Juges des Enfers..."


"Que t'ont-ils demandé ?"


"Eh bien, les questions les plus nombreuses sont venues de Minos du Griffon, qui m'a demandé pourquoi j'étais parti au Sanctuaire accompagné du spectre de l'étoile terrestre tricéphale et d'une centaine de sentinelles, et non pas de plusieurs spectres, comme plus de deux siècles auparavant, d'autant qu'il n'y eut guère de survivants à cette offensive..."


"Je conçois fort bien que les Juges des Enfers se posent tant de questions...Mais, qu'ils n'aient crainte, le sacrifice de ces simples sentinelles n'a pas été vain !"


Il y eut un bref silence dans la Giudecca, puis l'âme damnée de l'Empereur des Ténèbres demanda à son supérieur :


"Votre majesté, veuillez me pardonner cette question osée, mais que voulez-vous dire par là ?"


"Ma nature divine me permet de percevoir ce qui se passe au Sanctuaire...Les chevaliers d'Athéna sont plus ou moins nerveux, le Grand Pope, leur maître, est déboussolé, ils ne savent quoi faire...L'avantage qu'ils ont remporté sur le terrain s'est avéré illusoire...Je continue à mener le jeu, et demain sera l'occasion de maintenir l'avantage sur le Sanctuaire et de leur porter un coup fatidique, sans pour autant l'attaquer !"


"Sans attaquer le Sanctuaire ? Votre majesté, je...veuillez encore excuser mon audace, mais que voulez-vous dire ?"


"Tu seras fixé demain, ne t'en fais pas..."


L'Empereur des Ténèbres se tut de nouveau, puis reprit :


"Je voudrais te parler d'une dernière chose...Tu as bien appris qu'"il" se trouvait là-bas ?"


"C'est la vérité, votre majesté. J'ai été quelque peu surpris par cette nouvelle, y décelant une certaine pointe d'ironie, mais les faits sont bien là !"


"L'ironie du sort est souvent une pièce maîtresse dans la stratégie à mener contre l'adversaire..."


"Sûrement...Votre majesté, si vraiment il se trouve là-bas, pourquoi ne pas aller l'y chercher ?"


"Tu n'auras guère à faire d'efforts...Je sens qu'il est fort perturbé, qu'il ne sait plus où il en est...Son déboussolement nous sera profitable : il viendra à nous, de lui-même, qu'il le veuille ou non !"


Sous son manteau, l'homme en noir esquissa un haussement de sourcils, avant de demander à l'Empereur des Ténèbres :


"Qu'est-ce qui vous rend si sûr de cela, votre majesté ?"


La réponse ne se fit guère attendre :


"Je te l'ai dit la veille :  nul n'échappe à son destin, surtout s'il est décidé par Dieu lui-même !"


************


Le royaume de Skygard


Harald observait sa patrie enneigée, l'air soucieux. La veille au soir, il avait entendu les devins royaux, qui semblaient en transe. Certes, peu avant, le roi Norst lui avait montré l'étoile polaire qui bougeait devant eux, jusqu'à atteindre un angle zéro par rapport à l'axe terrestre, avant de lui dire :


"Voilà, Harald. Maintenant que l'angle de l'étoile polaire est de zéro, le Mal va se réveiller et les jours de Skygard seront comptés..."


Puis, il était rentré dans son palais, l'air résigné. Mais le plus fidèle serviteur du souverain de Skygard refusait toujours d'admettre la destruction de sa patrie, malgré le ton résolu de Norst, malgré l'histoire de la malédiction lancée par l'Empereur des Ténèbres sur Skygard, 205 ans auparavant...La jeunesse du guerrier devait y être pour quelque chose.


Ce fut alors qu'un homme âgé d'environ quarante ans, aux longs cheveux châtains, parvint dehors. C'était Rasling, le chancelier du roi, qui venait à la rencontre d'Harald :


"Harald ?"


Le jeune guerrier se retourna, puis s'agenouilla devant le chancelier en lui demandant :


"Que puis-je faire pour vous, votre Excellence ?"


"Le roi demande à vous voir. Suivez-moi..."


Sans se poser la moindre question, Harald suivit le chancelier jusqu'à la salle du trône où siégeait Norst 1er. Les deux hommes se prosternèrent presque immédiatement devant le vieux souverain de Skygard, puis Harald lui demanda :


"Votre majesté, pourquoi m'avoir demandé ?"


Le roi lui répondit tout de go :


"L'heure est grave, Harald. Les devins royaux me l'ont dit hier soir..."


"Pourriez-vous être plus précis, Altesse ?"


Il y eut un silence long de plusieurs dizaines de secondes, marqué par le regard tendu de Norst, la mine inquiète de Rasling et les yeux intrigués d'Harald, silence qui fut finalement rompu par la voix du roi :


"Demain, Skygard sera attaqué."


Le guerrier leva la tête, comme s'il avait été frappé dans le bas du dos :


"Que...Que venez-vous de dire, Altesse ?"


"Tu m'as bien compris, insista Norst d'un ton solennel. Demain, à une heure indéterminée, les forces de l'Empereur des Ténèbres viendront assaillir le royaume de Skygard, conformément à la malédiction lancée il y a 205 ans..."


Norst se tut de nouveau, avant de s'adresser cette fois-ci à son chancelier :


"Rasling, relève-toi et viens à mes côtés, s'il te plaît..."


Une fois que le chancelier se fut installé à la droite de son souverain, celui-ci lui laissa la parole :


"Harald, tu l'as entendu, Skygard touche à sa fin. La contrée, les hommes, les femmes, les enfants, les bêtes...L'Empereur des Ténèbres ne fera preuve d'aucune mansuétude envers ce peuple dont l'un des souverains a commis l'erreur de maudire un dieu."


"Et...qu'allons-nous faire ?" demanda Harald.


"Rien."


Le guerrier trembla sur ses genoux, avant de balbutier :


"Mais...Mais votre Altesse, avec tout le respect qui vous est dû, c'est...c'est insensé...!"


"Harald !"


La voix forte de Norst contraignit le jeune homme à baisser la tête. Le souverain reprit la parole :


"Nous sommes condamnés, Harald. L'on ne peut rien contre la volonté d'un dieu, aussi maléfique soit-il. Demain, à l'aube, nous ferons la seule chose qui nous reste à faire devant une telle fatalité..."


La gorge serrée, Harald voulut de nouveau protester, mais Rasling l'enjoignit de se taire :


"Je vous conseille de vous taire, Harald. Vous savez ce qu'il en coûte de s'opposer à la volonté royale..."


"Votre Altesse, n'y a-t-il rien qui vous retienne à la vie ?"


Contre toute attente, la question posée à Norst suscita un grand émoi chez le roi, qui se mit à trembler sur son trône, bien que la température ambiante du palais fût plus chaleureuse que celle du dehors. La voix tremblante, le souverain de Skygard donna l'ordre suivant à son guerrier :


"Re...Retire-toi, Harald. Ma décision est prise, il faudra t'y conformer..."


Ne voulant plus discuter, Harald se retira en saluant brièvement Norst et Rasling de la tête, avant de quitter la salle du trône. Quand les deux hommes furent seuls, Rasling regarda le visage de son roi, sur lequel coulaient des larmes, et soupira :


"Il aurait peut-être mieux valu qu'Harald se taise...Si seulement il savait quels démons il a réveillés en vous, votre Altesse..."


Norst voulut approuver verbalement les propos de son chancelier, mais son émotion trop grande l'en empêcha.


************


Complètement désemparé, John avait couru pendant plusieurs minutes avant de s'arrêter au coeur du Sanctuaire, non loin des arènes. Il ne s'y était toutefois pas aventuré, de crainte de tomber sur Bosching, dont il craignait la colère.Après s'être assis non loin d'une colonne dorique, il regarda droit devant lui, les yeux dans le flou, et murmura :


"Je dois me faire une raison ; je glisse sur la pente de la folie ! Une voix qui me parle dans mon sommeil, des maux de tête, Emma devenue mon obsession...Les présents que j'ai reçus pour mon vingtième anniversaire sont des présents dont je me serais fort bien passé ! dit-il entre ironie et amertume. Bon, tout compte fait, peut-être serait-il préférable de rentrer, mon père et ma mère doivent sûrement s'inquiéter..."


"As-tu des soucis ?"


Le jeune homme avait entendu cette douce voix en même temps qu'une main s'était posée sur son épaule. Commençant à rougir, il se retourna et se retrouva en face d'un chevalier dont le physique l'avait fortement troublé la veille ; Eon de la constellation des Poissons. Le gardien de la dernière maison du Zodiaque portait son armure et souriait à John, qui commençait à avoir des bouffées de chaleur devant le visage fort féminin du chevalier d'or, ce qui amusa ce dernier :


"Ma beauté te trouble-t-elle toujours autant ?"


"Nullement..."nia fort mal le jeune homme.


"L'on voit bien que tu es né dans une famille fort pieuse, jeune homme ; tu ne sais pas mentir ! Pourtant, tu ne devrais pas en avoir honte, tu n'es pas le seul qui ait été troublé par mon apparence ! Mon mentor l'a été, certains apprentis et même quelques chevaliers l'ont été, alors un de plus...Mais au fait, jeune homme, il me semble que nous nous étions parlés la veille, et tu ne t'étais pas présenté à moi..."


John rougit encore plus fort en entendant ces paroles ; la beauté d'Eon l'avait effectivement empêché de se présenter.


"Mais, poursuivit le chevalier des Poissons, comme il n'est jamais trop tard pour bien faire, peux-tu me dire ton nom ?"


"Avec plaisir, chevalier, répondit le fils d'Etienne Roligny. Je me nomme John Roligny, fils d'Etienne Roligny, et descendant d'une famille de négociants protestants ayant vécu à La Rochelle jusqu'à ce que l'édit de Fontainebleau la poussât à émigrer vers le Nouveau Monde. La famille Roligny faisait partie des chrétiens réformés qui ont fondé la colonie de New Rochelle, qui existe depuis cinquante-cinq ans..."


"Ta famille a donc eu une histoire mouvementée...Il me semble que, toi aussi, tu as des ennuis..."


"Non, je...je vais bien..."nia John.


"Tu es un mauvais menteur, dit gentiment Eon. Ton coeur et tes sens semblent perturbés...Ne veux-tu pas te confier ?"


Le jeune homme dut se rendre à l'évidence ; le chevalier d'or l'avait pratiquement percé à jour. Mais il lui répondit :


"Eon...Je serais incapable de confier le moindre de mes tourments à mon père ou ma mère...Par conséquent, je ne vois pas comment je pourrais me confier à vous, que je connais si peu..."


"Tu n'y es pas obligé, fit Eon avec un sourire qui fit rougir de plus belle le fils d'Etienne Roligny. Nous avons tous le droit de garder nos secrets, si tel est notre souhait..."


"Qu'entendez-vous par là ?"demanda John sans bien s'en rendre compte.


A ces mots, le visage du chevalier des Poissons se rembrunit, ce qui embarrassa le jeune calviniste :


"Oh ! Excusez-moi, Eon, je ne voulais pas vous vexer..."


Eon sourit tristement :


"Je ne t'en veux point, John...L'erreur est humaine." acheva-t-il en posant sa douce main sur l'épaule du jeune homme, dont le visage virait au cramoisi.


"Mer...Merci à vous, Eon, balbutia John...Veuillez m'excuser, mais...mais il me faut prendre congé de vous ! Au revoir, et que Dieu soit avec vous !"


"Au revoir, John. Qu'Athéna te garde..."


Le jeune homme partit en courant, tandis qu'Eon s'éloignait, le visage sombre. Dans sa course, John songeait :


"Je suis bien maudit ! Non seulement le chevalier des Poissons continue à me troubler, mais je l'ai en plus froissé malgré moi ! Que le Seigneur me le pardonne !"


************


Omar et Thérava restaient encore sous le coup de la surprise que le spectacle du dialogue entre John et Eon leur avait inspiré :


"Eh bien, je ne m'attendais pas à ce que le physique d'Eon trouble autant ce couard ! Après ça, je ne m'étonne pas qu'il soit perturbé !"lâcha le chevalier de Persée.


"Personnellement, c'est surtout le comportement du chevalier des Poissons qui m'a intrigué...Lorsque John lui a demandé ce qu'il entendait par "garder ses secrets", il est subitement devenu triste..."fit le chevalier du Paon, l'air perplexe.


"Et alors ? Ce n'est pas la première fois ! Maître Bosching m'a raconté hier soir qu'il pleurait parfois dans sa chambre, et que cela l'a encore repris cette nuit, juste après que l'ennemi soit parti !"


"Justement...Si on ajoute à ça son trouble devant la question de John, il y a de quoi se poser des questions..."


"Il n'y a pas à se poser de questions ! Nous avons un chevalier des Poissons qui ressemble à une fille, qui pleurniche comme une fille, et c'est tout ! De toute façon, ce n'est pas notre problème ! Notre priorité, c'est de surveiller ce jeune colon, même si je n'ai toujours pas compris pourquoi !"


Thérava se tut et suivit son camarade, afin de retrouver John Roligny.


************


Quelques heures plus tard, à l'approche du coucher de soleil


Shion


Cela doit faire plusieurs heures que je reste debout devant la maison du Bélier et il ne se passe toujours rien...Hier soir, le Grand Pope nous avait ordonné de garder nos maisons comme si elles étaient l'entrée du royaume de Dieu, mais cela n'avait guère été probant, bien que j'aie entendu des bruits de combats non loin de ma demeure, juste après avoir vu passer Thérava qui courait...Après quatre à cinq heures de sommeil, nous avons ensuite repris la garde de nos maisons, mais l'ennemi n'est pas encore revenu, de sorte que certains chevaliers ont profité de ce répit pour quitter leurs maisons et saluer leurs camarades. Moi-même, j'ai eu l'idée de passer le bonjour à Dohko, qui vient d'avoir dix-huit ans, mais ma conscience intérieure m'en a empêché ; si jamais l'ennemi débarquait sans prévenir, la maison du Bélier serait franchie sans difficulté. Ce n'est pas toujours facile de garder la première maison du Zodiaque, surtout quand on est l'un des plus jeunes chevaliers d'or, à peine plus âgé que certains des chevaliers d'argent, tous entraînés par les chevaliers d'or les plus expérimentés...


Justement, je vois passer devant moi deux des plus brillants représentants de la classe intermédiaire de la chevalerie d'Athéna : Omar de Persée et Thérava du Paon, respectivement disciples de Bosching et Gautama. Omar est réputé pour son caractère impitoyable, qu'il a acquis sous la férule du chevalier des Gémeaux, mais il sera un atout fort utile pour la Guerre Sainte ! Quant à Thérava, l'on ne sait pas grand-chose de lui, tant il est discret, tout comme son maître, mais il paraît que son potentiel est remarquable pour un chevalier de sa catégorie !...Ils approchent tous les deux...Je les salue aussitôt :


"Bonjour, chevaliers !"


"Bonjour, chevalier du Bélier."me dit Thérava.


"Qu'êtes-vous venus faire ici ?"


Omar me répond :


"Nous venons voir le Grand Pope, il nous a confié une mission fort importante et nous venons lui faire part de notre rapport..."


"Et quelle est cette mission ?"


"Nous devons rester discrets sur les détails de cette mission, lâche le disciple de Gautama. Excuse-nous, chevalier, mais il nous faut faire vite !"


"J'ai compris. Bonne chance à vous !"


Les deux chevaliers d'argent me saluent d'un signe de la tête et partent en courant vers le palais du Pope.


************


Le temple d'Athéna


Debout devant une imposante statue à son effigie, Athéna regardait l'horizon. Le soleil commençait à sombrer peu à peu, pour être tout à fait couché dans une heure ou deux. La jeune fille avait les yeux rivés sur la Mer Egée, qui n'était perturbée par aucune vague, ni aucune tempête. La déesse de la Guerre parla alors à voix basse :


"Alors que cette mer et ce paysage semblent empreints de la sérénité la plus absolue, le Sanctuaire semble être en proie à une inquiétude latente...La nuit passée y est pour quelque chose...Le Grand Pope m'a confié ses doutes en début de matinée, des doutes que je comprends, mais qui ne doivent pas me gagner ! Ma tâche est plus lourde que celle des chevaliers sacrés ; tandis qu'ils n'ont que moi à protéger, je dois préserver le genre humain de la folie destructrice de l'Empereur des Ténèbres ! J'ai dû livrer bataille à huit reprises durant les temps antiques pour que l'humanité puisse vivre en paix, à l'abri de l'ambition de certains dieux de l'Olympe, dont je fais pourtant partie ! Mais il y a cependant quelque chose en l'humanité qui me pousse à croire en elle : même chez le plus vil des hommes, il subsiste toujours un peu d'amour ! Et, ne fût-ce que pour l'amour, je dois me battre !"


La jeune fille s'agenouilla alors, les mains jointes et émit un flux de chaleur intense autour du Sanctuaire, pour apporter le soutien dont pouvaient avoir besoin ses soixante dix-neuf chevaliers sacrés.


************


Le palais du Grand Pope


Le chef des chevaliers sacrés ne s'était guère reposé durant la matinée. Le sommeil ne l'avait gagné que peu de temps, pour le laisser de nouveau dans le commandement des soixante dix-neuf chevaliers sacrés. Il demeurait impassible sur son trône, songeant aux consignes qu'il avait données à Omar et Thérava :


"Après mon court repos, j'ai informé la déesse Athéna de la mission confiée à ces deux chevaliers d'argent. Elle était déjà au courant en raison de sa nature divine et m'a fait savoir qu'elle estimait que j'avais pris une bonne décision...Pourtant...Pourtant, j'ai beau avoir la plus grande estime pour ma déesse, je sens qu'elle perçoit mal le bien-fondé de cette initiative...Ou peut-être l'estime-t-elle futile au vu de la situation..."


Ce fut alors que le vieil homme fut interrompu dans ses pensées par de violents coups à la porte.


"Entrez !"dit-il tout en se levant de son trône.


Deux sentinelles parurent sur le seuil de la porte. L'une d'elles livra les informations suivantes :


"Deux chevaliers d'argent demandent à vous voir, Grand Pope, ils disent que vous leur aviez confié une mission de la plus haute importance !"


Le Grand Pope laissa s'écouler quelques secondes avant de répondre simplement :


"Qu'ils entrent."


Aussitôt, le garde s'écarta et laissa passer Omar et Thérava. Les deux chevaliers d'argent firent quelques pas dans la salle du trône, puis s'agenouillèrent devant le représentant terrestre d'Athéna. Ce fut le chevalier de Persée qui prit la parole :


"Grand Pope, nous sommes venus vous faire part de notre rapport sur ce jeune homme du nom de John Roligny."


"L'avez-vous surveillé discrètement, comme je vous l'avais ordonné ?"


"En permanence, Grand Pope. Nous l'avons surveillé depuis la matinée, jusqu'au milieu de l'après-midi, après quoi, nous avons décidé de vous faire part de ce que nous avons vu et entendu."


"Que vous en a-t-il semblé ?"


Thérava poursuivit le récit d'Omar :


"Ce jeune homme semble perturbé depuis hier, il est d'humeur taciturne, morose, et parfois souffrant..."


"Parfois souffrant, dis-tu ?"


"Oui, alors que moi et Omar nous trouvions non loin de la maison où vous l'avez hébergé avec sa famille, il a subitement été frappé de curieux maux de tête...Et à l'entendre, il semblerait qu'il ait déjà été frappé de la sorte la veille..."


Le Grand Pope fronça ses sourcils sous son casque d'or, avant de demander :


"Et connaissez-vous les raisons de ses tourments ?"


"Eh bien, Grand Pope, dit Omar, les raisons doivent résider dans une...comment m'exprimer correctement...une sexualité des plus instables ! Nous l'avons vu perturbé par une femme chevalier, Emma de la Colombe, qui a combattu à mes côtés la nuit dernière et, et ce n'est pas la moindre chose, il a éprouvé un violent trouble devant un chevalier d'or, Eon de la constellation des Poissons !"


Le Grand Pope demeura impassible à l'écoute des propos tenus par le chevalier d'argent, avant de reprendre :


"Hmm...Ce sont surtout ces maux de tête qui me préoccupent, bien plus que le désir apparent que ce jeune homme aurait éprouvé face à une des deux femmes chevaliers du Sanctuaire ou le membre le plus efféminé de la chevalerie d'Athéna !"


"Pourquoi donc, Grand Pope ? Il doit probablement souffrir d'un début de méningite quelconque, comme d'autres personnes y succombant parfois sur cette Terre !"


"Il se peut que ce ne soit pas une simple méningite...Plus exactement, il se pourrait que les souffrances de John Roligny ne soient pas dues à une maladie quelconque!"


Omar lâcha :


"Grand Pope, avec tout mon respect, j'ai du mal à comprendre votre inquiétude. Ce jeune homme a une sexualité déséquilibrée et il est sujet à de violents maux de tête ! C'est tout ! Et par-dessus le marché, il est horrifié par la violence et est d'une gentillesse que l'on peut facilement confondre avec la faiblesse ! Je ne vois pas où se trouve le problème !"


La réponse du Pope fut sans appel :


"C'est justement qu'est le problème..."


"Que voulez-vous dire, Grand Pope ?"demanda Thérava, qui s'était tu durant quelques instants.


Le chef des chevaliers sacrés secoua la tête, l'air navré :


"Malheureusement, je ne puis rien vous dire...Mes impressions ne sont fondées que sur des doutes, pas sur des certitudes. Par conséquent, je ne puis véritablement agir...Vous pouvez disposer, chevaliers...Continuez à surveiller ce jeune homme et venez me livrer vos nouvelles impressions dès ce soir !"


"Oui, Grand Pope !!"


Alors que le vieil homme reprenait place sur son trône, les deux chevaliers d'argent repartirent surveiller John Roligny.


************


Après avoir descendu les marches des douze maisons du Zodiaque, Omar et Thérava reprirent leur surveillance discrète de John Roligny. Ils marchèrent aux alentours du Sanctuaire pendant cinq minutes sans trouver la moindre trace du fils d'Etienne Roligny, jusqu'à ce qu'ils le découvrirent assis au beau milieu de l'arène du Sanctuaire, là où il avait été pris à partie par Bosching des Gémeaux, le propre maître d'Omar. John regardait en l'air, comme s'il voulait parler à Dieu :


"Seigneur, pourquoi ai-je droit à tant de souffrances le jour de mon vingtième anniversaire ? Pourquoi me faites-vous me troubler face à cette jeune fille aussi belle qu'Eve et cet homme aussi beau qu'une femme ?Pourquoi dois-je cauchemarder si souvent ?..."


Ce fut alors que le jeune homme poussa de nouveau un violent cri de douleur, l'obligeant à se prendre la tête entre les mains. Un spectacle qui intrigua de plus belle Omar et Thérava :


"Voilà que ça le reprend !"


"Personnellement, Omar, je me demande si le Grand Pope ne disait pas vrai...Ce jeune homme cache quelque chose de peu rassurant..."


"Eh bien, moi, je continue à penser que la seule chose qu'il cache, c'est une maladie cérébrale quelconque ! Sans parler de sa sexualité contestable...!"


"Que faites-vous ici ?"


Dans son emportement, Omar n'avait pas songé à rester hors de vue de John Roligny. Ce dernier, dans sa douleur, avait tourné sur lui-même et aperçu le chevalier de Persée, ainsi que le disciple de Gautama, qui se tenait un peu en retrait. Omar fut d'abord confus par son manque de prudence, mais il ne le montra pas et rétorqua au jeune calviniste :


"En quoi cela te regarde-t-il ?"


"Cela me regarde dans la mesure où j'ai droit à mon intimité, vous n'avez pas le droit de me surveiller en permanence ! Je n'accepte cette surveillance que la part de mes parents ou du révérend Valnoy !"


Le chevalier de Persée fronça les sourcils :


"Pour ta gouverne, sache que nous avons le droit de te surveiller à partir du moment où nous avons reçu un ordre d'une autorité légitime !"


"Comment ça ? De qui parlez-vous ?"


"Cela ne te regarde point...Il n'empêche, je suis plutôt ravi de te voir aussi indigné, tu es bien plus combatif que tu ne le laissais paraître la veille, quand maître Bosching t'a congédié d'ici comme il se devait !"


"Je n'avais rien fait de mal, protesta faiblement le fils d'Etienne Roligny. Je ne suis qu'un humble chrétien, je déteste la violence !"


Omar afficha un sourire narquois :


"Tant d'angélisme me navre...Tu as bien de la chance que je sois fidèle aux idéaux de la chevalerie d'Athéna, faute de quoi, je me serais chargé de te faire taire avec le Bouclier de Méduse, qui pétrifie le Mal !...Mais, comme tu ne représentes pas le Mal, je ne ferai pas ce que j'ai fait à certains jeunes apprentis du Sanctuaire, qui avaient tenté de fuir ce lieu sacré !"


Les révélations du chevalier d'argent révulsèrent le jeune homme :


"Comment ?! Comment...Vous êtes un monstre, Omar ! Comment pouvez-vous être un membre à part entière de la chevalerie d'Athéna ?"


Le disciple de Bosching éclata de rire :


"Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Que tu peux être stupide ! Sache que celui qui déserte le Sanctuaire est puni de mort ! C'est une consigne qui existe depuis toujours au Sanctuaire d'Athéna ! Je n'ai fait qu'exécuter les ordres, l'on ne peut me reprocher d'être cruel ! A part bien sûr des couards de ton espèce, rebutés par toute forme de violence, et...QUOI !?"


Omar s'était subitement arrêté dans son élan et demeurait désormais cloué sur place. Les traits de son visage, empreints d'assurance, avaient cédé la place à une curieuse stupeur, ainsi qu'à une crainte dont la taille augmentait avec les secondes qui s'écoulaient. Le chevalier de Persée n'était pas le seul à ressentir ces émotions ; derrière lui, Thérava contemplait John avec une inquiétude lisible dans ses yeux. Omar se mit subitement à trembler sur ses jambes, avant de reculer lentement, puis de tourner sur lui-même et de décamper, suivi en cela par le chevalier du Paon. John resta seul, immobile. Dix secondes après le départ des deux chevaliers d'argent, il sursauta sur place, comme s'il avait été tiré d'un sommeil léthargique :


"Hein ?! Mais...Mais que s'est-il donc passé ?"


Le fils d'Etienne Roligny regarda tout autour de lui avant de constater que les deux chevaliers qui l'épiaient avaient pris la poudre d'escampette. Il était désormais seul au milieu de l'arène du Sanctuaire. Poussant un profond soupir, il songea :


"Bon...Je crois que je n'ai plus rien à faire ici...Autant rentrer !"


Le visage sombre, John quitta l'arène pour regagner la demeure où lui et son entourage étaient hébergés.


************


"Je n'ai mis guère de temps à revenir dans ma chambre, révérend, dit le jeune homme à Trevor. Je croyais être arrivé au bout de mes peines...Mais le Christ seul sait combien je suis naïf..."


************


En ouvrant la porte de la maison accordée par le Grand Pope, John lâcha :


"Père ? Mère ? Etes-vous présents ?"


Personne ne lui répondit. Il était possible que ses parents fussent sortis prendre un peu l'air avant la tombée de la nuit. Quant au révérend Valnoy, le jeune homme savait qu'il se trouvait non loin de lui, tant la seule perspective d'être en contact avec l'un des chevaliers d'Athéna le rebutait. Mais il était impossible pour John de se confier à son précepteur, tant il craignait sa colère, une colère qu'il n'avait plus eu à affronter depuis longtemps, mais qui serait sans doute pire que celles endurées durant l'enfance du jeune homme si jamais Valnoy apprenait les tentations auxquelles le fils d'Etienne Roligny était confronté. Le jeune homme s'assit sur son lit, prit sa croix huguenote entre ses mains et murmura :


"C'est un geste vain que je fais là...Alors qu'hier soir, je parvenais à oublier mes peines en contemplant ma croix huguenote, je n'y arrive plus (Il poussa un profond soupir)...C'est finalement arrivé...Je glisse vers la folie...Mon Dieu, que puis-je faire ?..."


Soudain, le jeune homme s'immobilisa sur son lit. Ses yeux venaient de rencontrer la vitre de la fenêtre de sa chambre et y avaient découvert quelque chose de terrifiant. John regardait fixement son image dans la vitre, n'y voyant qu'une chose sortie de l'ordinaire : ses yeux, d'ordinaire marrons, avaient viré au bleu vitreux et ses pupilles avaient totalement disparu. Le fils d'Etienne Roligny, à la fois fasciné et terrifié, contempla ce regard froid et mélancolique durant quelques instants, jusqu'à ce que ses yeux redevinrent tout à fait comme avant. John trembla nerveusement, comme s'il avait froid, il semblait être revenu au point où il se trouvait après son étrange cauchemar de la nuit dernière. Il murmura, tout en claquant des dents :


"Je...Je perds la tête...Je...Je suis bien fou..."


Désormais, il n'y avait plus que ce regard dans la tête de John. Le fils d'Etienne Roligny avait eu l'impression de voir dans la vitre un étranger qui le regardait tristement et gravement. Le jeune homme se leva lentement, mais avait désormais beaucoup de mal à tenir debout sur ses jambes, tant elles tremblaient. Il fit quelques pas hésitants, puis s'accrocha nerveusement à la commode qui se trouvait dans sa chambre. Il ne savait quoi faire, il lui était toujours impossible de se confier à ses parents ou son précepteur et il ne connaissait pas suffisamment de gens au Sanctuaire.


************


John observa attentivement le visage du révérend Trevor, envahi par la stupeur et l'effarement, et lui répondit d'un ton amer :


"A partir de ce moment-là, le processus m'amenant à cette nouvelle fatidique s'accélérait...Et non loin de là, d'autres commençaient à s'en rendre compte..."


************


A une vingtaine de mètres de la maison du Bélier


Après avoir couru quelques minutes, Omar et Thérava avaient fini par s'arrêter non loin de la première maison du Zodiaque. Ils prirent quelques secondes pour reprendre leur souffle, puis commencèrent à parler de ce qu'ils avaient vu et qui les avait poussés à fuir John Roligny :


"Tu...Tu as vu ce regard, Thérava ?"


Le chevalier de Persée évoquait le regard vitreux et sombre qui s'était affiché dans les globes oculaires du jeune protestant. Il avait regardé étrangement les deux chevaliers d'argent, d'un air à la fois triste et menaçant, ce qui avait failli faire perdre aux deux chevaliers leur sang-froid. Thérava, qui s'était tenu en retrait, mais qui n'avait rien manqué de la scène, approuva d'une voix hésitante :


"Oui...Oui...C'était...C'était terrible...On...On aurait dit quelqu'un d'autre...L'espace de quelques secondes, John...John Roligny semblait avoir disparu et laissé place à quelqu'un...quelqu'un d'autre..."


Omar avait beau partager les sentiments de son compagnon, entendre de tels propos le poussa à se taire momentanément, avant de reprendre, d'un ton anxieux :


"Je...Je commence à me demander si le Grand Pope n'aurait pas raison...Ce jeune homme n'est pas normal et il commence à m'inquiéter !"


"Il...Il faut que nous allions prévenir le Grand Pope, pour qu'il prenne les dispositions nécessaires à l'égard de ce jeune homme !...Faute de quoi, j'ai l'impression que cela nous coûtera très cher !"


Omar ne comprenait pas très bien ce que le chevalier du Paon insinuait. Mais, comme il se posait de plus en plus de questions au sujet de John Roligny, il acquiesça rapidement :


"Tu as raison, Thérava ! Dépêchons-nous !"


Les deux chevaliers d'argent partirent rapidement vers la maison du Bélier, qui n'était pas loin d'eux.


************


Au même moment, dans la chambre de John


Alors que le fils d'Etienne Roligny se lamentait intérieurement sur son sort, il finit par penser à quelqu'un qui pourrait l'aider :


"Athéna...Cette jeune fille est autant pleine d'amour pour les hommes que le Christ, je l'ai senti avant-hier, ainsi que mes parents et le révérend Valnoy, même s'il n'a pas voulu le reconnaître ! Je suis sûr qu'elle pourrait m'aider !..."


Une autre réflexion survint alors dans ses pensées :


"D'un autre côté...Je...Je ne sais pas si je devrais lui demander de l'aide...Je ne puis faire ça, moi qui ne crois qu'en Dieu, le seul et unique ! Le révérend Valnoy ne l'approuverait certainement pas et je ne sais ce que diraient mes parents, bien qu'ils aient reconnu la grandeur d'âme de cette jeune fille...Non, je ne peux pas !"


John regarda en l'air de nouveau, comme s'il voulait poser des questions à Dieu. C'était d'ailleurs probablement ce qu'il voulait faire, mais les mots ne sortaient pas. Dans son enfance, ses parents avaient eu beau lui parler à maintes reprises du caractère miséricordieux du Seigneur, cette fois-ci, il ne savait pas comment il pourrait se raccrocher à cette idée. D'ailleurs, Dieu ne lui avait-il pas fait savoir qu'il ne serait pas l'un de ses élus en l'éprouvant avec les tentations de la chair et les douleurs cérébrales ? Une question à laquelle John finit par répondre :


"Oui, pensa-t-il, il est fort probable que Dieu ne m'a pas choisi puisque j'ai subi toutes ces souffrances...Et je n'y puis rien !...Autant demander conseil à la déesse Athéna, vu ma situation..."


 


Presque la mort dans l'âme, le jeune homme quitta sa chambre, puis la maison accordée par le Grand Pope, en prenant soin d'éviter son précepteur. Il arriva rapidement en face de la maison du Bélier. Après avoir salué rapidement Shion, il monta les marches menant à chaque nouvelle maison du Zodiaque, saluant au passage leurs gardiens, à l'exception de Bosching, dont il redoutait les foudres depuis la veille, et de Gautama, le chevalier de la Vierge étant en pleine méditation. Il passa juste à côté du gardien de la sixième maison du Zodiaque, mais ce dernier ne réagit nullement. Finalement, après une longue montée des marches, il arriva en face de la maison de la Balance où se trouvait Dohko, qui le salua chaleureusement :


"Bonsoir, John !"


"Bonsoir, Dohko...Comment te portes-tu ?"


"Relativement bien, malgré les interrogations qui me traversent l'esprit depuis la nuit dernière, étant donné que la Guerre Sainte n'a pas véritablement commencé...Cela dit, je ne suis pas le seul à penser cela..."


"Dis-moi, Dohko, j'aimerais savoir une chose...ton cousin a-t-il réussi son épreuve ?"


"Tout à fait...Il faisait d'ailleurs partie des chevaliers chargés de vous protéger et a parfaitement accompli son devoir !"


"Tant mieux pour lui...Excuse-moi, Dohko, mais il me faut y aller..."


"Que vas-tu faire ?"


"Voir la déesse Athéna...J'ai grand besoin de me confier à quelqu'un en qui il est possible de faire confiance..."


Le chevalier de la Balance fronça les sourcils :


"J'ai bien peur que tu n'aies fait ce chemin en vain...Pour voir la déesse Athéna, il faut passer par le Grand Pope...Ne veux-tu pas te confier à moi ?"


John sourit timidement :


"Merci, Dohko...Mais je ne te connais pas suffisamment...Déjà qu'il m'est impossible de me confier à mon entourage, alors à toi...Excuse-moi, mais je n'ai guère de temps à perdre..."


"Soit...Tu peux traverser ma maison...Tu n'es que la quatrième personne à la traverser en cinq minutes !"


"Que veux-tu dire ?"


"J'ai vu passer les chevaliers de Persée et du Paon, ils allaient voir le Grand Pope pour je ne sais quelle raison obscure...J'ai aussi vu passer le chevalier de la Colombe..."


A cette simple évocation, le coeur de John se mit à bondir dans sa poitrine :


"Emma ?"


"Oui, c'est bien ça...Elle m'a dit qu'elle se rendait dans la maison des Poissons pour parler à Eon de...Mais ? John, que fais-tu ?"


Le rouge aux joues, le jeune homme répondit au gardien de la septième maison du Zodiaque :


"Je dois me...me hâter ! Au revoir, Dohko ! Que Dieu te garde !"


Et le fils d'Etienne Roligny de quitter presque au galop la maison de la Balance, laissant son gardien seul avec ses interrogations :


"John me semble étrange aujourd'hui, jour de son vingtième anniversaire...Le chevalier de la Colombe m'avait confié qu'elle venait voir Eon pour lui parler de ce jeune homme qu'elle semblait troubler malgré elle...John...Que peux-tu dissimuler ?"


************


Sous les yeux perplexes du révérend Trevor, John avoua :


"Je...J'avais complètement perdu la raison...Je...Je voulais rejoindre le plus rapidement possible celle que je désirais secrètement...Si j'avais su ce que je découvrirais sur place, je ne me serais pas autant hâté..."acheva-t-il d'une voix sombre, laissant encore sans réponse les interrogations de plus en plus nombreuses du pasteur.


************


La salle du Grand Pope


"Grand Pope !"


Le chef des chevaliers sacrés se leva de son trône en entendant la voix qui venait de l'interpeller par télépathie :


"Déesse Athéna ? Que puis-je faire pour vous ?"


"Grand Pope, un mauvais pressentiment vient de gagner mes pensées...La nuit tombe et je crains que, tôt ou tard, l'âme de l'Empereur des Ténèbres ne décide de se manifester au grand jour ! Mais, pour en être certaine, il me faut consulter les étoiles depuis Star Hill ! Aussi, Grand Pope, je vous ordonne de m'accompagner là-haut !"


Le vieil homme répondit, un peu gêné :


"Athéna...Il y a un problème...J'ai demandé aux chevaliers d'argent du Paon et de Persée de revenir me voir dès qu'il y aurait du nouveau sur les troubles dont semble être victime John Roligny et je sens qu'ils vont bientôt venir m'en parler..."


"Grand Pope...Quoi que ces deux chevaliers puissent vous dire, vous ne pourrez toujours vous fonder que sur des doutes, jamais sur des certitudes...Les Guerres saintes sont imprévisibles et ne se ressemblent pas d'une époque à l'autre...Tant que ce que vous craignez ne se manifestera pas sous vos yeux, il vous sera impossible d'agir concrètement ! Je comprends vos peurs, mais il est préférable d'agir en connaissance de cause ! Agir à partir de peurs est un remède souvent pire que le mal !"


Le chef des chevaliers sacrés médita brièvement les paroles de la jeune fille puis, un peu à regret, répondit :


"Très bien, déesse Athéna...Je vais immédiatement vous rejoindre dans votre temple."


"Je n'en attendais pas moins de vous, Grand Pope ! Allez, et ne tardez pas !"


Quand il sentit que la présence de la déesse de la Guerre avait cessé de se manifester autour de lui, le Pope appela deux des sentinelles qui gardaient le palais. Après qu'elles eurent accouru vers lui, le vieux survivant de la Guerre sainte de 1538 leur donna les consignes suivantes :


"Il me faut me rendre auprès de la déesse Athéna. Jusqu'à mon retour, empêchez n'importe qui d'entrer dans cette salle, sous peine de mort !"


"A vos ordres, Grand Pope !"


Les deux gardes firent rapidement demi-tour et repartirent d'où ils venaient. Ce fut juste à ce moment qu'Omar et Thérava arrivèrent devant eux. Obéissant scrupuleusement aux ordres de leur supérieur, les deux hommes bloquèrent les deux chevaliers d'argent de leurs lances :


"Il est interdit d'entrer !"


"Que nous chantez-vous là ? fit Omar. Le Grand Pope nous a confié une mission et nous a ordonné de lui rapporter ce que nous avions vu sur quelqu'un qu'il juge peu digne de confiance !"


L'une des sentinelles ne se laissa pas troubler par les explications du chevalier de Persée et répliqua :


Nous venons de recevoir de nouveaux ordres du Grand Pope lui-même ! Il doit se rendre dans le temple de la déesse Athéna, jusqu'à son retour, nul ne peut entrer dans la salle du trône !"


"Quoi !? Mais...Mais c'est impossible, protesta Thérava, nous devons lui transmettre des informations qui sont probablement de la plus haute importance !"


L'autre sentinelle rétorqua :


"Quiconque désobéit au Grand Pope désobéit à Athéna ! Celui qui voudra passer outre les ordres sera puni de mort ! Nous l'avons entendu nous-même de la part du Grand Pope !"


"Mais..."commença Omar.


"N'insiste pas, jugea Thérava. Il vaut mieux ne pas être indocile...Nous avons compris, nous allons nous retirer..."


"Très bien, chevalier du Paon. Qu'Athéna vous garde."


 


A contrecoeur, les deux chevaliers d'argent rebroussèrent chemin. Alors qu'ils approchaient de la maison des Poissons, ils parlèrent entre eux des consignes données par le représentant terrestre d'Athéna :


"Pourquoi le Grand Pope a-t-il agi alors qu'il a de plus en plus de doutes sur la nature de ce John Roligny ?"


"Je l'ignore, Omar...Apparemment, il n'a fait qu'obéir à un ordre de la déesse Athéna...La sagesse de notre déesse n'est plus à démontrer, mais je ne sais pas si cet ordre sera utile pour les évènements à venir...D'un autre côté, je ne saurais mettre en doute la parole d'Athéna, ni celle du Grand Pope..."


"Peut-être, mais après avoir vu le regard que John nous a adressé (Le chevalier de Persée marqua une pause)...J'en tremble encore...Je me demande si, sous son apparence conventionnelle, il ne cacherait pas quelque chose de terrible...Peut-être n'en a-t-il pas conscience, d'ailleurs..."


"Je ne sais pas, Omar, soupira le chevalier du Paon. Mais je pense que, même si nous avions fait part au Grand Pope de nos pressentiments, cela n'aurait rien changé...Le Grand Pope, en tant que serviteur direct d'Athéna, ne peut se permettre d'agir sur des doutes !"


Omar répondit à son camarade par un long soupir. Les deux chevaliers d'argent traversèrent rapidement la maison des Poissons, n'y ayant pas aperçu son gardien. Ils continuèrent leur descente des douze maisons du Zodiaque, quand ils aperçurent, alors qu'ils avaient effectué la moitié du chemin menant à la maison du Verseau, un chevalier de bronze, qui n'était autre qu'Emma de la Colombe. La jeune fille salua Thérava et Omar :


"Bonjour, chevaliers !"


"Bonjour à toi, Emma, fit le disciple de Gautama. Que viens-tu faire par ici ?"


"Je viens voir Eon des Poissons..."


"A quel sujet ?" demanda le chevalier du Paon.

"Au sujet de ce jeune homme nommé John Roligny (Un frisson parcourut l'échine des chevaliers d'argent). J'ai remarqué qu'il semblait fort troublé en ma présence, et il paraît qu'il en était de même lorsqu'il était face à Eon...Peut-être qu'une conversation avec le chevalier des Poissons, un chevalier que j'ai parfois aperçu, me permettrait de mettre les choses au clair..."


"Peut-être, fit Thérava, quelque peu dubitatif. Nous avons, moi et Omar, traversé la maison des Poissons, mais nous n'avons pas vu son gardien. Peut-être auras-tu plus de chance que nous..."


"Peut-être...Je vais y aller, au revoir, et qu'Athéna vous garde !"


"Qu'Athéna te garde toi aussi, Emma !"répondit le chevalier du Paon.


Après quoi, Thérava et Omar poursuivirent leur route. Chemin faisant, le premier dit au second :


"Pourquoi ne lui as-tu pas adressé la parole ?"


Le chevalier de Persée répondit franchement :


"Je n'aime guère cette fille...Elle minaude trop souvent, elle a l'âme d'une fille recluse dans je ne sais quel bâtiment sacré pour qu'elle ne sache pas ce qu'est la vie ! En plus, ce n'est qu'un chevalier de bronze, alors, à quoi bon ?..."


Tout à coup, Omar s'arrêta de parler et se figea sur place. Il venait d'apercevoir John qui, après avoir marché d'un bon pas, s'était mis à courir vers la maison des Poissons, afin de retrouver Emma. Le fils d'Etienne Roligny passa rapidement devant les deux chevaliers d'argent sans les voir, puis disparut de leur champ de vision. Le chevalier de Persée souffla alors à son compagnon :


"Je ne sais si cela t'a fait cet effet, Thérava, mais depuis peu, ce jeune homme me donne la chair de poule !"


Le chevalier du Paon répondit :


"Je n'irai pas aussi loin que toi, Omar, mais depuis qu'il nous a regardés avec ces yeux étranges, je ne suis guère tranquille quand je le vois...Tout arrive ! Bon, ne tardons pas, il nous faut rejoindre nos maîtres respectifs !"


************


Après une course rapide, John parvint devant l'entrée de la maison des Poissons. Il s'appuya alors sur l'une des colonnes de la demeure du plus beau membre de la chevalerie d'Athéna, afin de reprendre son souffle. Quand ce fut fait, il songea :


"Je...Je ne sais si je suis conscient de ce que je fais ! Mais...Mais ce n'est pas de ma faute...C'est plus fort que moi ! Il me faut voir Emma, même de loin, que je contemple ses formes, sa silhouette, son corps que je souhaiterais tant posséder ! J'ai vu son corps, je le désire, j'ai eu des...des pensées impures à son égard...Mais il est trop tard pour reculer..."


Sans être tout à fait conscient de ce qu'il faisait, le fils d'Etienne Roligny s'avança dans la douzième maison du Zodiaque, où flottait un suave parfum de rose. Une odeur qui fit dire tout bas au jeune homme :


"Ce chevalier des Poissons a beaucoup de goût ! Je n'ai jamais senti une odeur florale aussi suave ! Elle me donnerait presque envie de m'endormir !..."


"EON !?"


Ce cri fit sursauter John sur place. Tendant l'oreille, il s'aperçut que le cri venait d'une pièce se situant sur les côtés de la maison des Poissons.


************


D'un ton sombre, John dit au révérend Trevor :


"J'ai rapidement reconnu cette voix, il s'agissait d'Emma. Apparemment, elle venait de voir le chevalier des Poissons et cette vision l'avait frappée de stupeur..."


Le jeune homme s'interrompit brièvement pour songer :


"Et il y avait de quoi..."


Puis, tout haut :


"Aussi, en dépit du dicton selon lequel trop de curiosité nuit, je me suis avancé à pas feutrés vers la pièce d'où venait le cri...J'aurais mieux fait de rester fidèle à ce vieil adage, qui m'aurait évité bien des ennuis..."avoua-t-il en face du pasteur, qui se demandait où le fils de son défunt ami voulait en venir.


************


John avança lentement et en silence, pour ne pas se faire remarquer, bien qu'il pensât qu'Emma et Eon étaient sûrement trop occupés pour déceler sa présence. Après une courte marche, il parvint non loin de la pièce d'où était parti le cri, et dont la porte était entrouverte.


************


"Je me suis donc approché de cete pièce à pas de loup et, dès que j'eus assez de visibilité pour découvrir ce qui avait surpris Emma, je devins raide sur place. Celle que je désirais n'avait pas pris garde à frapper à la porte de la chambre d'Eon, ce qui lui avait réservé une très grande surprise...Et elle n'était pas la seule à le voir..."


Fronçant les sourcils, le révérend Trevor demanda au jeune homme :


"John, de grâce, abrégez et cessez de parler par énigmes ! Qu'avez-vous donc vu qui vous a tant stupéfié ?"


John se tut durant une vingtaine de secondes, comme si ce souvenir l'avait mis mal à l'aise, ce qui n'échappa pas à Trevor, qui commençait à regretter son emportement. Toutefois, il n'eut pas à le faire longtemps, car le jeune calviniste lui demanda :


"Vous souvenez-vous de ce que je vous avais dit au sujet d'Eon des Poissons, révérend ?"


"Non..."


"Vous ne vous souvenez donc pas que je vous avais dit que j'avais trouvé ce chevalier si beau qu'il m'avait été difficile d'admettre qu'il s'agissait d'un homme ?"


Le pasteur réfléchit brièvement, avant de répondre :


"Oui...Je viens juste de m'en rappeler..."


Un sourire triste apparut sur le visage de John, qui confia au révérend :


"Eh bien...en fait, quelque part, j'avais raison : ce n'était pas un homme !"


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