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Cette fiche vous est proposée par : Aqualudo


Les ages mythologiques

Youbdino


Personne n'avait dormi. Autour du feu de camp, un large groupe s'était formé et chacun avait pu raconter quelques anecdotes du périple l'ayant conduit devant la cité de Cybèle ; peu étaient encore disposés à en dire davantage sur leur vie. Yshba n'avait pas participé à cette veillée, préférant se réfugier sous son manteau de fourrure. L'Etranger était lui aussi resté à l'écart ; il prit le temps d'écrire quelques mots sur chaque personne, écoutant les conversations du feu de camp sans pour autant y participer. Akurgal avait expliqué qu'il faudrait attendre que le cor d'Hattousa raisonne pour qu'ils puissent enfin y pénétrer. Une heure après le levé du soleil, un puissant bruit acheva de réveiller les derniers endormis. Le groupe ne tarda pas à rejoindre la porte de bronze distante de quelques centaines de pas. Celle-ci laissait maintenant entrevoir la totalité de ses gravures et, à l'arrivée des premiers élus, elle s'ouvrit. Personne ne s'attarda dès lors à rester sur son seuil pour en contempler ses ornements. La cité d'Hattousa était là, devant eux : un spectacle qu'ils n'oublieraient jamais. Deux imposantes tours circulaires aux toits rouges encadraient la majestueuse porte de bronze. Les aventuriers suivirent alors une allée bordée des deux côtés par des arbres et des fleurs aux riches parfums. Quelques papillons voletaient paisiblement d'une fleur à une autre, un vent léger et chaud bruissait entre les arbres : ils n'avaient jamais ressenti une telle quiétude. Après quelques pas, ce fut un petit bassin qui accueillit les visiteurs. Ce dernier n'était pas réellement profond : l'eau arrivait aux genoux, mais il était assez étendu. Il courait en effet le long des différents bâtiments, dessinant ainsi une sorte de rue aquatique en pleine cité. Le terme de cité était d'ailleurs assez inapproprié. Il y avait en tout et pour tout ... cinq bâtiments ! Sur la gauche, un immense bâtiment, rectangulaire, attirait tout de suite le regard : un étrange toit multicolore venait prolonger des murs totalement blancs et sans autre ouverture que celle d'une porte de bronze. Ce toit aux mille couleurs était plat sur au moins trois mètres de chaque côté des murs, se hissant vers le ciel une sorte de ziggourat (1) mésopotamienne. L'édifice qui le jouxtait reprenait le même plan, à quelques détails près. Les murs, doublés de piliers rouges, soutenaient un toit de la même couleur écarlate. La ziggourat montait encore plus haut dans le ciel. A droite de l'entrée, le premier bâtiment tranchait littéralement avec ses majestueux voisins : d'aspect troglodytique, seule l'impeccable blancheur sur laquelle le soleil reflétait une lumière éclatante lui donnait un certain cachet. A ses côtés, une tour, qu'on eût dite grecque, composée d'énormes blocs de pierre, tels ceux entrevus à Argos. Une petite porte de bois permettait d'y pénétrer. Enfin, au fond, adossé à la muraille, un bâtiment rectangulaire, au toit de tuile rouge complétait le tableau. Ce dernier édifice était le plus simple, du moins le moins étrange en apparence, ressemblant traits pour traits à celui qui jouxtait la porte principale d'Argos. Sa pierre ignée, embrasée par le soleil naissant qui profitait pour une fois de la brume  moins dense, flamboyait de coloris volcaniques. Non, décidément, même lui n'était pas ordinaire.  


Tandis que les élus découvraient enfin Hattousa, un garde vint à leur rencontre. De taille imposante, ce dernier provoqua d'abord un sentiment de retenue au sein des compagnons. « C'est un Sinanthrope ! », murmura Memnoch. Il portait une armure de cuir mêlée de fer lui couvrant l'ensemble du corps ; il était armé d'une double hache très impressionnante, mesurant près de deux mètres.
- Les armes sont proscrites dans le sanctuaire d'Hattousa, je vous demanderais donc de veiller à ne pas les sortir. Suivez-moi, le maître des cérémonies vous attend dans ce bâtiment, dit-il en indiquant d'un rapide signe de la tête l'édifice au toit multicolore.


Personne n'osa prendre la parole et, sans se poser de question, tout le monde suivit le garde. L'atmosphère était étrange, les pendentifs ne cessaient de vibrer ... le guerrier ouvrit la porte de bronze du bâtiment, libérant le passage vers un escalier de marbre descendant sous le niveau du sol. La troupe s'engouffra lentement dans les entrailles d'Hattousa, l'excitation rattrapant ceux qui étaient les moins sur leurs gardes : enfin, ils allaient savoir ! Au bout de quelques secondes, les aventuriers arrivèrent dans un couloir éclairé par de nombreuses torches. La porte de bronze s'était lourdement refermée derrière eux, mais seuls les deux derniers du groupe, Macubex et Nekkar, l'avaient remarqué. Pour les autres élus, un homme richement vêtu et arborant un large sourire monopolisait maintenant leur attention.


- Mahhan mazakan namma Hattusi appa uwanun. Nu māt Ishupitta kuit ...
Chacun se regarda perplexe. Si la providence avait permis à certains de comprendre une stèle sans savoir lire, personne ne semblait maîtriser ce langage hormis Akurgal.
- Excusez moi, où avais-je l'esprit, vous comprendrez mieux en grec je suppose ! Je me présente, je suis "le maître des hôtes", responsable de votre séjour ici, dit-il d'une voix folâtre.
- Qui vous dit que je vais rester ici ? intervint Macubex qui s'était adossé à un mur.
- Cybèle me l'a dit, et notre déesse ne se trompe jamais ! Je n'en ai pas à connaître la raison et je vais simplement tout faire pour que votre séjour soit le plus agréable possible. Comme vous pourrez le remarquer, certains habitants de notre cité ne parlent que le Hittite (2) : "Mahhan mazakan namma Hattusi appa uwanun. Nu māt Ishupitta kuit ..." vient d'un vieux poème, je loue votre arrivée à Hattousa. Ayez confiance, vous comprendrez assez vite cette langue, cela fera partie de votre formation.
- Quel est cet endroit Messire ? demanda Mâa en s’attardant sur la grande ziggourat.
- Cet endroit est désormais votre lieu de résidence gratuit pour votre pèlerinage. Vous êtes les hôtes du sanctuaire d'Hattousa. Vous pourrez y dormir, manger à votre guise et, j'en suis certain, rencontrer de nouveaux amis venus du monde entier. Vous avez même la possibilité de prier dans un temple et d'apprendre un métier.
- Un métier ? Sommes-nous des esclaves ? Parce-que je te le dis tout net mon vieux, Séléné ...
- ... fils de Blémidiles du village de Kemrim ne sera jamais un esclave en ces lieux, coupa le maître des hôtes. Ne soyez pas surpris, je connais de nombreuses choses sur vous ; Cybèle sait tout sur vous, ce qui est bien la moindre des choses pour une divinité ... Nous avons préparé diverses formations pour vous. Des anciens pèlerins du monde entier se sont installés ici de manière définitive et donnent désormais des cours aux nouveaux pèlerins. Vous pourrez les rencontrer dans une salle prévue à cet effet. Toutefois vous ne pouvez choisir qu'une seule formation, et cela n'a rien d'obligatoire.  Les différentes formations sont : Herboriste, Médecin, Maître en Arts Martiaux, Chasseur, Érudit et enfin Conteur. Il est toujours bon de pouvoir apprendre, n'est-ce pas ?


Le visage réjouit, Asturias s'avança et interrogea à son tour leur hôte.
- Érudit... est-ce à dire que vous avez des recueils messire ?
- Plus que tu ne peux l'imaginer Asturias de Dagorlad. Messieurs, installez-vous dans vos chambres, déposez vos affaires, suivez ces femmes qui vous guideront, dit-il en indiquant quatre servantes qui attendaient patiemment. « Vous pourrez me rejoindre ce soir dans le grand salon, un repas de bienvenue vous attendra ; je vous expliquerai alors la suite des événements. Les portes du sanctuaire sont fermées, vous ne pourrez donc pas quitter Hattousa aujourd'hui. Pour le reste, vous pouvez découvrir à loisir notre sanctuaire en flânant dans les endroits qui vous sont accessibles. Bonne journée à tous !
- Dis-moi « maître des hôtes », tu as bien un nom ?
- Oui  Meijuk Leirus, répliqua-t-il en souriant, je me nomme Youbdino.


Il s'éloigna tranquillement dans un couloir tandis que les quatre femmes s'avancèrent vers les élus.
- Nous allons vous conduire dans quatre chambres collectives, répartissez-vous comme bon vous semblera ; chaque chambre contient sept lits.
- Dis-moi charmante jeune femme, n'y a-t-il pas de chambre individuelle où je pourrais vous conduire découvrir les charmes de la vie ? demanda Inyan en s'approchant de la jeune femme, les yeux brillants d'envie.
- Non, rétorqua-t-elle d'une voix cinglante. Répartissez-vous, je prie.
- Hum, autoritaire et belle comme un cœur, j'aime cet endroit !
Yshba ne semblait pas partager l'enthousiasme d'Inyan et ne tarda pas à le faire savoir : « Pas moi. Nous voilà simplement prisonnier. Je dormirais dehors, j'ai tout ce qu'il me faut ». Yshba prit alors l'escalier et tomba nez à nez avec le garde qu'ils avaient croisé en entrant à Hattousa.
- C'est un sanctuaire sacré, tu es libre de circuler mais tu dormiras ici, comme les autres.
Bien qu'il en mourait d'envie, Yshba ne protesta pas et rejoignit le reste du groupe.


- Nous sommes sous le contrôle de quelqu'un depuis que nous sommes arrivés ici, murmura Seth à Mâa. Je ne sais pas de qui il s’agit, mais je n'aime pas ça.


 


Prisonniers


 


Après que chacun eût rejoint sa chambre et déposé ses affaires, c'est en petits groupes que les compagnons partirent à la découverte d'Hattousa. A leur grande surprise, la seule porte qui s'ouvrît à l'extérieur fut celle du bâtiment troglodytique. Ce dernier renfermait un vaste commerce où l'on trouvait de tout sauf des armes. Le plus étrange était que tout était gratuit ! Aucun troc n'était demandé, aucune pièce d'argent réclamé. Asturias, Shiro et Mâa se pressèrent vers des rayons de manuscrits et en prirent chacun quelques-uns traitant des us et coutumes anatoliennes, d'Hattousa et de Cybèle. Le soir même, tout le monde rejoignit comme convenu Youbdino. Désormais, seul Macubex faisait bande à part. Le maître des hôtes leur expliqua qu'ils pourraient bientôt accéder aux autres bâtiments mais, qu'en attendant, ils devraient rester dans le sanctuaire, sans chercher à en sortir. De toute façon, c'était chose impossible, les murs étaient trop imposants, les gardes partout présents, la grande porte de bronze toujours fermée.


- Demain matin, vous trouverez les responsables des métiers ou vos futurs maîtres à penser si vous préférez. Je vous encourage vivement à suivre leur enseignement, ainsi vos journées seront moins longues. Dans sept jours, notre grande prêtresse vous dira ce que vous faites ici, dit Youbdino en quittant ses invités.
- C'est parfait, nous voilà alors réellement prisonniers, pesta Harald. « Nous sommes tombés dans un piège. »
- Et pourtant cet endroit nous apaise et nul n'a réellement la volonté de se rebeller.
- La volonté ou la force, Rahotep, compléta Nekkar. « Depuis que je suis ici je suis reposé et bien que je déteste cette situation, je me sens bien. Je suis prisonnier et je l'accepte sans sourciller. C'est à n'y rien comprendre. »
- Je pense, insista Cléops en s'asseyant sur un tabouret, que nous n'avons qu'à attendre demain. Inutile de nous tracasser pour le moment, il n'y a pas de danger ici, c'est un sanctuaire, bien gardé, et sous la protection de la grande Cybèle : sa sagesse et son amour des Hommes sont légendaires.


Les élus ne trouvèrent pas tous le sommeil rapidement mais la nuit fut calme. Le lendemain matin, chacun se leva à son aise. Yshba était très matinal, tout comme Meijuk et Séléné. Le premier passait le plus clair de son temps assis dehors, au bord du bassin. Meijuk faisait, quant à lui, de longs exercices physiques, tandis que Séléné poursuivait sa nuit au dehors, son lit le faisant souffrir le martyre. Il faut dire que sa taille n'était pas en adéquation avec les mesures des lits ...


Comme convenu, sept personnes firent leur apparition au beau milieu de la matinée pour proposer leurs services. Le premier était Choun Lee Jacq, un homme de la province du Wullao Fang, petit, à la musculature sèche et affinée. Il avait développé une forme de combat à mains nues extrêmement efficace. Harald, Ryusei, Pallas, Séléné, Dimitre et Hanz le suivirent dans une petite salle du second sous-sol.  Très élégant dans une parure de soie aux motifs chatoyant, Hashart fut le maître à penser de tous ceux qui voulaient en apprendre davantage sur l'art millénaire des conteurs : Shiro, Nibel, Cléops et Artholos étaient de ceux-là. L'art de la médecine intéressa tout de suite Frank, suivis dans cette voie par Mâa.  Nefzena, une Indoue leur enseigna les premiers secrets des arts curatifs. Joriams venait d'Occident. Parlant, lisant et écrivant dix-huit langues, il prit sous son aile Asturias, Akurgal, Macubex et Rahotep. Inyan avait hésité un temps à devenir lui aussi un érudit, mais la belle Nefzena l'avait conquis et il avait finalement rejoint Frank et Mâa. C'est dans un petit laboratoire que Maïtos officiait, au milieu d'une multitude de plantes et de marmites en ébullition. Véritable puits de science en matière de plantes, il enseigna l'art délicat des herboristes à Liu et Darkhan. Celui qui remporta le plus de succès devait être  Snyderthur, le Caucasien. Sa vie durant, il avait parcouru le monde, seul, à la recherche d'aventures. Il avait su maîtriser la nature dans toute sa richesse et était devenu un chasseur extraordinaire, connaissant tous les secrets des espèces vivantes sur terre. Nekkar, Thrall, Seth, Meijuk, Nevali, Memnoch et Yshba furent ses élèves. Bien entendu, les élus ne purent guère en apprendre beaucoup en quelques jours, mais du moins furent-ils occupés avant le jour crucial que Youbdino avait indiqué. Les jeunes érudits furent les premiers avec les apprentis conteurs à pouvoir pénétrer dans l'un des grands bâtiments extérieurs. Il s'agissait de l'édifice rectangulaire à tuile rouge et aux murs volcaniques, la grande bibliothèque d'Hattousa.


Joriams conduisait son groupe d'un bon pas, dans les méandres des longs couloirs de l'imposante bibliothèque.
- Cet endroit est fantastique pour tout ami des lettres. Vous y passerez assurément de longues heures. Je vais vous enseigner les bases des principales langues utilisées dans les livres de notre collection. Vous avez remarqué que venant de contrées différentes, vous êtes tous capables de vous comprendre. Nous parlons tous à la base la même langue, la langue dite « Déesse-Mère » en l'honneur d'une très ancienne déesse. Cette langue a évolué en divers dialectes comme le Hittite, l'Egyptien ou encore le Grec par exemple. Mais chacun apprend à la naissance la base linguistique de « Déesse-Mère ». Petit à petit, vous avez certainement appris, au cours de votre jeune vie, les rudiments d'autres dialectes issus de vos cultures respectives. Ce sont ces dialectes que nous allons renforcer, dans un premier temps. J'enseignerais par la suite aux plus doués d'autres langues plus anciennes, plus mystérieuses.


Comme il terminait sa phrase, Joriams entendit des pas derrière lui en provenance du couloir faiblement éclairé. Il se retourna et arbora un large sourire. « Tiens, qui voilà !  Hashart le grand conteur ! Tu fais la présentation des lieux à tes élèves ? »
- Certes mon ami ; tout comme toi je suppose.
- Hashart est quelqu'un d'extraordinaire, il connaît tant d'histoires sur notre monde, sur notre passé, dit Joriams en ouvrant une petite porte. Entrez, entrez, et contemplez ! Bientôt vous pourrez les découvrir, mais avant je vais vous enseigner quelques rudiments de lecture !


Les apprentis conteurs et érudits avaient devant eux des milliers d'ouvrages, sous forme de parchemins. Des pupitres étaient installés, des coussins posés ici ou là pour lire à même le sol ... jamais personne n'avait vu autant d'écrits, même pas Asturias qui était subjugué par les lieux. « C’est fantastique », parvint-il à murmurer.


***


Le corps s'effondra lourdement sur le dos, tandis qu'un pied se posait sur la gorge. Les yeux exorbités, Harald n'en revenaient. Il regardait à présent le plafond de pierre de cette salle obscure, à peine éclairée par quelques torches usées. Le sol de terre rouge portait les traces des précédents combats, le sang se mêlant à la sueur et à la poussière, ce qui dégageait une odeur âcre, nauséabonde.


- Et voilà ! Deux jours et personne n'a encore rien compris ! La force ne sert à rien, je vous demande juste de me mettre au sol. Pas un n'y est parvenu en deux jours ; j'ai pourtant les mains dans le dos et vous m'attaquez tous à la fois. Grands gaillards comme vous êtes, c'est surprenant, non ?
Se relevant péniblement, Harald regarda le maître qui arborait un rictus de satisfaction de circonstance. La leçon était totale, aucun n'était à la hauteur, pas même le puissant Séléné.


- Maître Choun Lee Jacq, enseignez-nous votre technique, nous avons compris : nous ne savons finalement pas nous battre. Vous semblez si chétif et pourtant nous ne faisons que mordre la poussière. Restez cette fois-ci, s'il vous plaît, supplia Ryusei.
- Enfin la raison vous gagne. Vous m'obéirez aveuglément, personne ne protestera. Alors, je vous instruirai dans l'art subtil du combat !
- En alliant tes techniques à ma force, personne ne pourra me résister, s'enthousiasma Séléné. Vas-y, on est prêt !


Les jours passèrent ainsi, chacun rejoignant son maître à penser, comme les avait désignés Youbdino. Vint enfin le moment tant attendu. Plusieurs petits groupes s'étaient formés depuis l'arrivée à Hattousa, suivant les chambrées, les enseignements et les affinités. Ce matin-là, ils se retrouvèrent tous ensemble dans une grande salle aménagée pour l'occasion. Le silence était total. La porte s'ouvrit enfin, elle était là.


 


La prêtresse de Cybèle


 


- Nous voici donc repartis pour de nouvelles aventures. Ces quelques jours nous auront apporté finalement peu de répit quand on y songe.
Assis à côté de Nibel, Rahotep acheva son verre avant de lui répondre. Il se tenait dans une petite pièce de travail où il avait pris l'habitude de s'exercer à l'écriture cunéiforme sur des tablettes d'argile. Il espérait ainsi maîtriser le Mésopotamien d'Akurgal mais aussi le Hittite anatolien. La flamme de la torche vacilla lorsqu'il se leva, générant un petit courant d'air en ajustant son manteau. Les sous-sols d'Hattousa étaient devenu froid depuis deux jours, le temps était à la pluie et la brume.


- Oui, tu as raison. Nous avons à peine eu le temps de nous poser. La prêtresse a cependant été assez claire et certains d'entre nous sont déjà partis. J'ai vu celui qui se fait appeler « l'Etranger » quitter Hattousa ce matin. Je sais aussi que Mâa, Seth, Frank, Inyan, Pallas et Shiro préparent une expédition en Grèce. Pallas a dit qu'il connaissait un célèbre oracle à Delphes qui pourrait leur donner de précieux renseignements.


Rahotep marqua un temps avant de reprendre ... Il se rassit et regarda son interlocuteur dans les yeux. Il était difficile de soutenir son regard borgne mais Nibel ne montra pas sa gêne. « Nibel, te joindras-tu à moi pour former un second groupe ? Le premier groupe s'est formé rapidement, trouvons à notre tour des compagnons et commençons nos recherches. »
- Je te suivrais Rahotep, répondit-il sans hésiter. Dimitre, Séléné, Memnoch .... Qui désires-tu convier ?
- Ceux qui seront volontaires pour nous suivre. Nous ne pouvons obliger personne, la prêtresse a été claire. Je désire découvrir ce qui se trame, savoir de quoi sera fait mon avenir. Nous trouverons des compagnons pour résoudre ce mystère ....


Nibel et Rahotep se regardèrent longuement sans dire un mot. Ils avaient appris à se connaître un peu mieux, dormant dans la même chambre et aimant tous deux la musique. D'ailleurs Nibel, grand joueur de flûte et de lyre, conservait en toute occasion ses instruments. Il avait déjà enchanté les soirées de ses compagnons les jours précédents. Nibel brisa enfin le silence.
- Par où commencerons-nous ?
Rahotep prit son petit carnet de cuir et ce faisant se remémora la scène intervenue le soir précédent «Voyons .... Voici ce que la prêtresse nous a dit ...»


***


La prêtresse de Cybèle avait fait son apparition en silence. Elle portait une parure mauve, un léger voile lui recouvrant la tête et le visage, à l'exception des yeux. Les élus étaient debout, attendant enfin la raison de leur présence en cet endroit si éloigné de leurs pays. Regardant les hommes les uns après les autres, la prêtresse avait enfin pris la parole. Sa voix était posée, son timbre et son élocution cristallins.


- Ainsi vous avez réussi à venir jusqu'ici. C'est moi qui vous ai guidé en songe. Soyez les bienvenus dans le sanctuaire d'Hattousa ! Je suis celle qui va changer votre condition de simple Mortel ! Celle que vous n'oublierez jamais .... Vous comprendrez bien assez tôt. Je vais vous préparer à rencontrer notre déesse, Cybèle. Tous ici vous connaîtrez bientôt votre destinée. C'est à Cybèle de vous montrer la voie.
- Excusez-moi, Ô prêtresse, est-ce à dire que nous n'allons pas trouver de raison à notre présence pour le moment ? La prêtresse d'Argos nous a assuré que nous rencontrerions Cybèle en Hattousa, et que cette déesse pleine de sagesse nous expliquerait la raison de notre périple, demanda Mâa d'un ton empli de respect, courbant l'échine pour ne pas offenser la représentante de Cybèle.
- C'est bien normal que tu ne comprennes, pas tu n'es encore qu'un simple mortel, répliqua-t-elle avec froideur. « Vous allez, dans un premier temps, partir en quête : quatre de nos prêtresses ont été enlevées. A vous de découvrir par qui. A vous de les retrouver et de les ramener. Lorsque Cybèle aura retrouvé ses quatre filles, elle pourra de nouveau sonder les âmes des mortels et, peut être, vous révéler les mystères enfouis au plus profond de vos âmes. Vous pouvez refuser ; vous pouvez échouer. Mais un jour, l'un d'entre vous retrouvera les quatre filles de Cybèle. Ce jour, le monde tel que vous le connaissez ne sera plus le même ... à chacun de choisir sa destinée, mortels ! En attendant, quelle que soit votre décision, voici une piste pour commencer vos recherches, si finalement vous vous décidez à partir en quête. »


Suivant les indications de la prêtresse, Youbdino avait distribué un parchemin à chacun des élus. Tout comme la stèle à l'entrée du sanctuaire, tout le monde pouvait lire ces quelques mots ....


« Cybèle avait quatre filles.


Depuis trois mois ses filles ont disparu. Sans ces prêtresses si particulières, Cybèle ne peut plus rendre son célèbre oracle.
Ce sont des monstres étranges qui les ont enlevées, mais notre déesse les voit dans ses rêves ....


L'une a très chaud.
L'une souffre de l'humidité obscure d'une grotte.
L'une contemple les étoiles en altitude.
L'une a très froid.


Mortels, ramenez-moi les filles de Cybèle et alors vous découvrirez ce que vous êtes »


Après le départ de la prêtresse, les compagnons s’étaient regardés, incrédules. Ils devaient à présent rechercher quatre jeunes femmes avant de connaître la vérité sur leurs destins. Macubex partit très vite dans la bibliothèque, suivi de près par Asturias. Ils avaient eu la même idée : consulter des ouvrages afin de commencer l'enquête. Joriams était installé sur un coussin de la salle de lecture principale. Le silence était parfait, uniquement troublé par le léger crépitement des torches installées le long des murs. Asturias fut le premier à s'adresser à l'érudit, Joriams se montrant soucieux de répondre au mieux à ses questions.


- Les quatre filles de Cybèle ... oui, je puis vous apprendre quelque chose, assura l'érudit. Le grand prêtre d'Hattousa en avait la garde. Il se nomme Immungus, mais il a disparu depuis quelque temps ... Joriams plissa son front, semblant chercher au plus profond de ses pensées des indications pour ses jeunes apprentis. « En fait, peu de temps après la disparition des filles en question. Retrouver Immungus pourrait permettre de lever une partie du voile sur cette mystérieuse disparition. Par ailleurs, il existe un autre personnage qui pourrait vous aider : allez voir Thomas Bombadilos, dans le Caucase. C'est un vieux fou, mais il pourrait vous aider, on lui prête des qualités de devin ! Cependant il vaudrait mieux arriver avec de la viande de taureau sauvage et de la bière pour espérer attirer son attention ! La bière est excellente à Argos, il l'adore. La viande elle, je ne sais ... il faudrait contacter un chasseur ! »
- Merci maître Joriams, merci, répondit Asturias en prenant bien soin de tout noter.
- Je me charge du fou. Je partirai demain matin, seul.
Asturias montra sa désapprobation et tenta de la faire connaître mais Macubex fut plus prompt à réagir ; « Ne me regarde pas ainsi, Asturias, je partirai seul ».
- Comme tu voudras. Mais n'oublie pas que nous sommes liés par le même destin, l'Etranger.
- Seul mon destin m'importe, Asturias. Je ne suis lié à personne.


***


Macubex avait tourné les talons et rejoint sa chambre sans parler à personne. Asturias avait travaillé toute la nuit. C'est les yeux rougis par le manque de sommeil qu'il croisa Rahotep et Nibel en grande discussion avec Liu, le lendemain matin.


- Tiens, Asturias ! Viens te joindre à nous. Nous avons une proposition à te formuler.
Répondant à l'appel de Rahotep, Asturias se rapprocha du petit comité en souriant.
- Je vous écoute messires.
- Voilà, commença Nibel. Un premier groupe s'est formé autour de Pallas, l'homme d'Argos, afin de rallier Delphes, en Grèce. Là-bas, Pallas assure qu'un Oracle pourrait nous aider à résoudre cette énigme. L'Etranger est parti très tôt ce matin, mais nul ne sait où. Nous pensons, avec Rahotep, que nous devrions former un second groupe pour enquêter en Anatolie, en sondant les alentours d'Hattousa. Le groupe de Pallas nous a certifié qu'il serait revenu dans deux lunes, ce qui nous laisse du temps pour effectuer de bonnes recherches !
Rahotep intervint à son tour, appuyant ses paroles avec force et conviction.


- Nous sommes tous liés, nous devrions nous entraider. Si nous agissons chacun de notre côté, nous serons bien moins efficaces : enfin, c'est ce que je pense. Liu s'est déjà joint à nous, désires-tu en faire autant ?


- Avec joie messires ! J'ai passé toute la nuit dans la bibliothèque, auprès de maître Joriams. J'ai appris deux choses qui pourraient nous être utiles : un prêtre avait en charge de veiller sur les quatre filles de Cybèle : il a disparu peu après elles. Il ne nomme Immungus. J'ai aussi appris que ce prêtre aimait à se rendre dans une auberge célèbre, « L'auberge des voyageurs d'Anatolie », qui se trouve à une journée de marche, vers l'est : voici peut-être un bon point de départ ....
Consultant attentivement ses notes le Dalmate poursuivit. « Une troisième piste mène à un certain « Thomas Bombadilos ». L'Etranger est parti à sa rencontre ».
- Seul ? intervint Liu l'air stupéfait. « Il désire faire bande à part ? »
- Nous avons déjà la piste de cet Immungus. Si nous n'apprenons rien d'autre, nous pourrons toujours explorer la piste de ce Bombadilos. L'Etranger ne se soucie pas de nous, j'en ferais donc de même à son égard. Asturias, Nibel, Liu, tâchons de trouver d'autres compagnons ! Suivi par ses compagnons, Rahotep sortit au dehors à la recherche de bonnes volontés prêtes à les aider.


Le soleil s'était levé depuis quelques heures maintenant mais nul n'avait pu profiter de ses doux rayons. La brume s'était levée, comme tous les matins depuis que les élus étaient en Anatolie, brume qui semblait chaque jour plus dense, comme un écho au mystère entourant Cybèle et ses filles.


Notes :
(1) Temple d'origine mésopotamienne, représentant une pyramide à degré ou une construction à étage de forme circulaire.
(2) Langue et peuple indo-européen établi dans l'antiquité en Anatolie.

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