Bienvenue sur Saint Seiya Animecdz
  




Cette fiche vous est proposée par : black dragounet


L'émergence des géants

Sanctuaire, Palais du Grand Pope, 13 août 1966

Saga et Aioros, revêtus de leurs armures sacrées, s’avançaient dans le long couloir menant à la salle du trône. Ils arrivèrent devant les deux gardes qui se tenaient devant la grande porte à double battant. L’un des deux soldats était Yvan, le jeune russe qui avait été un partenaire d’entraînement de Saga quelques années plus tôt. Restant parfaitement protocolaire, les deux garçons ne se saluèrent pas, pas plus qu’ils ne se sourirent.

-Le Grand Pope a demandé à nous voir, dit Saga, parlant pour les deux chevaliers d’or.

-Il vous attend, répondit Yvan.

Les deux gardes ouvrirent alors la porte et s’inclinèrent tandis que les deux chevaliers passaient. Saga et Aioros marchèrent jusqu’à Sion qui était assis sur son trône et posèrent le genou au sol.

-Nous répondons à notre convocation et nous inclinons avec respect devant le représentant d’Athéna, dit Saga.

-Je vous salue en retour, jeunes chevaliers d’or.

La voix de Sion était douce et sage. Aioros se souvint de sa première rencontre avec le chef de la chevalerie, comment celui-ci lui avait expliqué quelle serait sa mission en tant que chevalier. Si Aioros avait été rempli de doutes avant cette discussion, il était reparti empli de la certitude qu’il voulait consacrer sa vie au service de la déesse Athéna.

-Il a l’air en bien meilleure santé, constata avec plaisir le jeune chevalier du Sagittaire après s’être imprégné du cosmos de son hôte.

-Vous avez vraiment fière allure tous les deux, continua Sion. Dès nos premières rencontres j’avais senti que vous deviendriez de grands chevaliers. Les éloges de vos maîtres respectifs au cours des deux dernières années n’ont fait que me conforter dans ma certitude. Mais je suppose que vous vous demandez quel est l’objet de votre présence ici ?

Les deux garçons acquiescèrent.

-Dans deux jours vous vous rendrez à Babylone, comme vous le savez. Vous y affronterez les membres du Conseil de Mésopotamie. Ce sont des adversaires redoutables dont la force ne s’est jamais atténuée au fil des siècles alors même qu’ils sont restés en dehors du cour de l’histoire. Qu’ils ressurgissent aussi forts aujourd’hui, après un si long isolement, suffit à prouver leur valeur.

Comme Sion ne poursuivait pas, Saga se crut en droit de répondre.

-Vous n’avez pas à vous en faire, maître, dit-il. Aioros et moi ferons honneur à la chevalerie d’Athéna. Nous terrasserons les ennemis du Sanctuaire.

-Je n’en doute pas et toute ma confiance vous ai accordée, reprit l’ancien chevalier du Bélier. Néanmoins, les qualifier d’ennemis est un terme peut-être trop fort. Je préfèrerais « adversaires » car ils sont et resteront des alliés du Sanctuaire. Mais parfois, lorsqu’un ami commet une erreur de jugement il est impératif de le rappeler à l’ordre en toute… amitié.

-Si je puis me permettre, quelle est cette erreur de jugement, exactement ? , demanda Aioros.

-Praesepe ne te l’a-t-il pas expliquée ? , répliqua Sion.

-Si, mais j’avoue ne pas avoir bien compris… où était le mal, dit le garçon d’une voix hésitante. J’ai l’impression qu’ils sont des guerriers sacrés, tout comme nous. Et qu’ils n’ont d’autre but que le bien-être de leur peuple.

-Peu importe les raisons, intervint Saga. Il vont à l’encontre de la volonté du Sanctuaire et cela seul est important. De plus mon maître Akiera m’a dit que ce conseil de Mésopotamie n’aurait pas la force de défendre son territoire si jamais l’un de nos ennemis traditionnels l’attaquait. Leur action est donc vaine.

-Il n’y a rien de vain à vouloir défendre les siens, corrigea le Grand Pope. Mais ils veulent le faire d’une façon… inconvenante par rapport aux préceptes de notre déesse. La déesse Athéna soutient en effet l’idée que l’humanité doit évoluer sans être influencée par les dieux ou les êtres de légendes comme nous-mêmes ou ces mésopotamiens. C’est entre autre pour cette raison que les chevaliers n’interviennent pas dans les guerres humaines.

-Pourtant je croyais que nous étions déjà intervenus dans certains conflits ? , s’interrogea Aioros.

-En effet cela est arrivé. J’ajouterais même que cela est arrivé plus souvent sous mon mandat de Grand Pope que sous aucun autre. Mais certaines fois, si les belligérants étaient humains, des forces occultes tiraient en réalité les ficelles, ce qui justifiait pleinement notre action. D’autre fois enfin, nous ne sommes intervenus qu’à des fins humanitaires lorsque le prix payé par les innocents était trop élevé. Il faut reconnaître que dans certains de ces cas, plusieurs interventions isolées ont finalement sans doute fait pencher la balance d’un côté, alors que telle n’était pas notre intention au départ.

Sion marqua une pause avant de reprendre.

-Dans le cas qui nous intéresse, le conseil mésopotamien veut reprendre en main la destinée des peuples qui vivent entre le Tigre et l’Euphrate et restaurer une forme de théocratie. Cela va donc à l’encontre de la volonté de la déesse et elle seule pourrait infléchir cette nécessité que nous avons d’intervenir. Comme Athéna ne se réincarnera pas avant encore de nombreuses années, il est de ma responsabilité d’imposer avec fermeté notre vision des choses. Qui plus est, plus grande sera la détermination avec laquelle nous agirons, plus grande sera la confiance que le roi Mardouk nous accordera pour défendre son peuple.

Le maître du Sanctuaire fit alors signe aux deux garçons de se relever de la main.

-Telle est votre mission mes jeunes chevaliers : restaurer la bonne entente entre notre Sanctuaire et Babylone.

-Il sera fait selon votre volonté, répondirent les deux chevaliers d’or.

-Nous démontrerons sans l’ombre d’un doute toute la force du Sanctuaire, ajouta Saga.

Babylone, 15 août 1966

-Il faut aller l’aider ! , dit Akiera en voyant Aioros chuter au sol.

-Si vous voulez, mais il sera alors considéré comme définitivement vaincu, intervint Mardouk.

-Peu importe, il faut le sauver ! , dit Akiera en commençant à se diriger vers les combattants.

-Attends Akiera, dit Praesepe d’une voix neutre. Nous ne devons pas intervenir.

-Mais pourquoi ? Je te signale que c’est ton élève dont la vie est en train de s’écouler par tous les pores de sa peau ! Te moques-tu de le voir mourir ?

-Ne dis pas n’importe quoi ! Je tiens bien plus à lui que tu ne peux l’imaginer ! Mais non seulement je ne sais pas si nous pourrons faire quoi que ce soit pour l’aider, mais de plus je pense qu’il doit s’en sortir tout seul. C’est son épreuve ! S’il est un vrai chevalier d’Athéna il se relèvera et reprendra le combat. S’il meurt aujourd’hui… c’est que tel était son destin.

Akiera regardait Praesepe comme s’il était un parfait étranger.

-Vous avez foi en votre élève à ce point-là ? , demanda Mardouk avec une note d’étonnement dans la voix.

-Oui, fut la seule réponse de Praesepe.

* * * * * * * * * * * * *

Saga avait porté Aioros à l’écart, pour qu’il ne soit pas blessé d’avantage par un coup perdu lors de la suite des événements.

-Tu vas payer pour ce que tu lui as fait, lança Saga, les dents serrées jusqu’à en faire grincer sa mâchoire.

-Nous sommes ici pour une épreuve sacrée. Si tu n’avais pas compris en venant que ton ami et toi risquiez vos vies, je ne peux rien pour toi. Au fait, tu as été stupide de voler à son secours.

-C’est mon ami ! Je ne pouvais pas l’abandonner !

-Il n’y a rien que tu puisses faire pour l’aider. Tu aurais été bien mieux inspirer d’en finir avec Inanna, ajouta Hanpa en regardant un point situé dans le dos de Saga.

Le chevalier des Gémeaux se retourna en un éclair et constata que la jeune fille s’était libérée de sa paralysie. Son cosmos venait d’exploser en une multitude de jets de lumière noire qui montaient vers le ciel.

-NAMTAR AWFUL FATE !

Saga se préparait à réitérer la parade qui avait déjà marché une fois mais il sentit Hanpa bouger derrière lui. Il voulut faire volte-face à nouveau mais Hanpa le saisit dans le dos, lui bloquant les bras. Saga tenta de se dégager mais le guerrier était bien plus fort que lui.

Dans le ciel les jets de lumière noire se changèrent en démons qui s’abattirent le cimeterre en avant sur Saga, totalement impuissant. Les premiers coups commencèrent à pleuvoir sur le jeune chevalier d’or. Hanpa lâcha alors sa prise et se mit à l‘abri, laissant Saga dans la tourmente.

Des milliers de démons de lumière noire frappèrent de leurs armes immatérielles, chaque coup laissant une marque sur l’armure des gémeaux. Chaque coup était accompagné par un hurlement à glacer le sang des plus braves. Saga eut l’impression que son calvaire dura des heures mais finalement le dernier démon porta le dernier coup et ce fut fini.

Le chevalier restait debout mais son état faisait peine à voir. Il avait les yeux fermés, si bien que l’on pouvait se demander s’il était encore conscient. Son visage était tuméfié, son armure parsemée de rayures et son sang coulait de nombreuses plaies sur ses bras et ses jambes.

-Comment les choses ont-elles pu si mal tourner… si vite ? , se demandait Akiera incrédule.

* * * * * * * * * * * * *

-J’ai peur, dit Aioros.

-Peur ? De quoi donc ? , s’interrogea Sonya.

Le jeune garçon et la femme de son maître se trouvaient dans la zone aménagée du temple du Cancer, plus précisément la chambre du jeune garçon. L’endroit était spartiate : un lit posé à même le sol, un petit meuble où étaient rangés les quelques effets du garçon, une table où s’empilaient divers cahiers et enfin les deux tabourets sur lesquels ils étaient assis. Seules quelques photos égayaient la pièce. Elles représentaient Aioros avec ses parents, rappelant constamment à ce dernier qu’il avait une famille qui l’aimait, même s’il ne la voyait que rarement. Sur la plus récente des photos, on distinguait clairement le ventre arrondi de Marie sur lequel Aioros posait une main timide. Un heureux événement était proche et cela se lisait sur les visages du cliché.

Sonya était en train de donner la leçon à Aioros quand ce dernier s’était soudain interrompu et avait fait cette déclaration inattendue.

-J’ai peur des combats que je vais avoir à mener dans quelques jours, dit-il finalement. Je redoute de ne pas être à la hauteur. De mourir.

L’adulte referma le cahier sur lequel ils étaient en train de travailler.

-C’est tout à fait normal d’avoir peur.

-Mais les chevaliers ne sont-ils pas censés ignorer la crainte ?

-Tout le monde a peur. Même le plus valeureux et le plus aguerri des combattants connaît le doute. Ou alors c’est qu’il est très proche d’une grosse déconvenue.

-Toi tu as déjà eu peur ?

-Oui. Très souvent même à l’époque où je m’entraînais pour gagner une armure sacrée. J’avais peur d’être blessé lors d’un combat, peur de décevoir, peur d’être chassé du sanctuaire si j’échouais.

Elle adressa un petit sourire à l’enfant.

-Mais je m’inquiétais pour rien, vu que finalement j’ai abandonné mon entraînement de mon propre chef.

-Pour te marier.

-Oui, et je ne l’ai jamais regretté. Je pense qu’avoir accompagné Praesepe toutes ces années a été une tâche aussi importante que d’avoir été chevalier. Je me suis assurée qu’il gardait toujours les pieds sur terre malgré ses pouvoirs. J’ai tout fait pour qu’il soit un chevalier accompli, tant dans les arts de la guerre que dans ses qualités humaines. Alors, depuis ce jour j’ai toujours eu peur, mais pour lui, chaque fois qu’il était envoyé en mission par le Grand Pope.

-Pourtant Praesepe est un chevalier d’or expérimenté. Il ne peut rien lui arriver.

-Ne crois pas ça. Nul n’est invincible. Praesepe le sais plus que tout autre. Toi-même tu en es conscient puisque malgré ta fabuleuse force, tu éprouves de l’appréhension à l’approche de la bataille.

Elle lui tapota la tête avec tendresse.

-Ce que tu ressens là-dedans est parfaitement normal. Cela prouve que tu es humain. C’est si tu n’étais pas anxieux que je serais inquiète. Car cela signifierait que ces deux dernières années t’auraient transformé en une machine de guerre froide et sans émotion.

-Mais si mes jambes tremblent quand le moment viendra ? Si ma peur me paralyse.

-Cela n’arrivera pas. Tu vivras avec tes peurs mais tu les surmonteras. Mieux, tes doutes te renforceront, c’est ça qui fera de toi un vrai protecteur de l’humanité.

Elle lui prit le visage entre ses deux mains.

-Tu es le petit bout d’homme le plus courageux que j’ai jamais rencontré. Si un jour, tout te semble perdu, si la mort te tend les bras, perdu, c’est dans ton humanité que tu trouveras la force de continuer, alors que ceux qui n’ont jamais connu la peur se laisseraient emporter par l’oubli. C’est dans le désespoir le plus profond que se cache l’ultime force de ton cosmos immortel. C’est pour ça que l’on dit que les plus grands chevaliers d’Athéna se relèvent toujours, de plus en plus forts, quelles que soient leurs blessures.

Elle le lâcha puis passa encore une fois sa main dans la chevelure de l’enfant.

-Et puis tu auras le plus grande des motivations pour survivre à ton épreuve : rentrer à temps pour pouvoir assister à la naissance de ton petit frère ou de ta petite sœur.

* * * * * * * * * * * * *

-Je suis impressionné par ta popularité, commenta Akiera avec un ton sarcastique.

Saga lança un sourire gêné à son maître. Les deux derniers porteurs de l’armure des Gémeaux étaient venus faire des courses au village de Rodorio mais l’opération semblait interminable car ils étaient interrompus tous les deux mètres par les villageois qui venaient parler à Saga. Celui-ci prenait le temps de répondre à chaque personne avec attention, prenait des nouvelles des familles du village, racontait comment se passait son entraînement… Si au début Akiera avait été intrigué, il commençait à trouver le temps franchement long.

-Deux de mes anciens partenaires d’entraînement viennent de ce village, expliqua le garçon. Lorsque mon père le permettait nous venions souvent passer du temps dans ces rues. Je connais presque tout le monde.

-Merveilleux…

-Les chevaliers sont des héros ici. Ils sont enthousiastes de savoir que je vais porter une armure d’or. On ne peut pas leur en vouloir.

-Chacun son avis sur la question… Je serais d’avis de les envoyer balader avant que nous ne nous noyions sous leur flot ininterrompu.

Mais le sourire d’Akiera montrait qu’il n’en pensait rien.

-Je pense que les autres chevaliers devraient venir plus souvent ici, continua l’enfant.

-Pourquoi diable ?

Deux nouvelles personnes accostèrent Saga avant qu’il ne puisse répondre. Il s’agissait de cousins de Taliradis. La conversation dura longtemps, Saga prenant des nouvelles de son ami qui avait rejoint l’île de Milos pour entrer au service de Stellio du Lézard et aider le vieux chevalier à encadrer les nouveaux apprentis. Enfin ils prirent congé et poursuivirent leur route. Saga prit le temps de peser ses mots avant de répondre à la question qui avait été laissée en suspens.

-Je pense que nous sommes trop isolé au Sanctuaire. Nous sommes toujours entre chevaliers ou entre apprentis, nous n’avons presque aucun contact avec le monde du dehors, le réel. Le Sanctuaire et les chevaliers sont censés défendre une terre dont ils sont presque totalement coupés.

-Des fois en t’entendant parler, je me demande si tu n’as pas dix ans de plus que ton âge. Qu’est-ce que tu penses que cela t’apporte, alors, de venir discuter avec des gens normaux ?

-Je sais pour qui je me bats. Le monde que je protège n’est pas une foule anonyme mais a des visages, des histoires.

Une femme les accosta alors et demanda à Saga s’il pouvait mettre la main sur le front de la jeune enfant assoupie qu’elle portait dans ses bras. Le jeune chevalier s’exécuta de bonne grâce. Après que la jeune femme se soit éloignée, Saga reprit.

-Ne m’as-tu pas d’ailleurs dit que tu pensais être un meilleur défenseur d’Athéna depuis que Sion t’avait envoyé au loin ?

Akiera hocha la tête, pensif.

-Si jamais le désespoir me rattrape un jour, si je suis sur le point de mordre la poussière je pourrais me rappeler le visage innocent de ce bébé. Et je saurais que si je perds, que si les ténèbres s’imposent, de tels sourires n’existeront peut-être plus jamais.

* * * * * * * * * * * * *

Saga ouvrit ses yeux et fixa ses deux adversaires qui s’étaient rassemblés pour le dernier assaut.

-Guerriers de Babylone, je vais maintenant mettre un terme définitif à ce combat.

-Pff… Encore des vantardises, je pensais que tu aurais compris… , persifla Inanna.

-Non, ne voyez aucune vantardise dans mes paroles. Après votre dernière attaque à deux contre un, ce qui ne vous honore guère d’ailleurs, je n’ai plus que la force pour porter un ultime assaut. Soit vous serez vaincus, soit je le serais. Mais ce combat sera bel et bien arrivé à son terme.

-Très bien chevalier des Gémeaux, dit Hanpa. Mais je te préviens tout de suite que si tu comptes réutiliser la même attaque que celle que tu as utilisée contre Inanna tout à l’heure cela est parfaitement inutile.

-Croyez-vous donc que je n’ai qu’une corde à mon arc ? , répliqua Saga.

Le cosmos du jeune chevalier se déploya alors, pour une dernière fois. La luminosité prit des teintes étranges.

-Si tu n’arrives pas à te débarrasser d’un adversaire, envoie-le donc au diable ! , avait dit un jour Akiera.

-Voilà qui est adapté à la situation présente, pensa Saga.

* * * * * * * * * * * * *

-Je sais ce qu’il veut faire mais je ne sais pas s’il va y arriver, lança Akiera inquiet.

-Pourquoi ça ? , s’interrogea Praesepe.

-Cet endroit a des propriétés très particulières. J’ai l’impression qu’il existe des restrictions pour limiter l’ouverture de portails dimensionnels.

-En effet, intervint Shamash. C’était une mesure de protection pour empêcher les intrusions ennemies. C’est pour cette raison, entre autre, que les portails reliant ce lieu et la Terre se sont désagrégés.

-Espérons que la force de cette restriction se soit aussi affaiblie avec le temps alors...

* * * * * * * * * * * * *

Saga parcourait en esprit la cité mythique, essayant de trouver une brèche dans le maillage mystique qui isolait ce plan d’existence du reste du multivers. Il avait l’impression de parcourir un long couloir dont toutes les portes seraient hermétiquement closes. Il allait de verrou en verrou, de serrure en serrure, sans succès. Tout ce dont il aurait eu besoin, c’était un minuscule interstice. Un passage de la taille du chas d’une aiguille suffirait… Il alla encore jeter un œil vers le portail permanent qui donnait un accès vers son monde d’origine, mais le fonctionnement de cet artefact était au-delà de sa compréhension.

-C’est bien ce que je craignais, il va falloir passer en force. Cela va me vider…

Saga chercha donc non pas un passage ouvert mais la maille du filet la moins solide. Il trouva rapidement un endroit plus vulnérable et en éprouva mentalement la solidité.

-C’est bizarre, c’est comme si quelqu’un était déjà passé par là. Ce passage débouche sur Terre, il va falloir que je crée un deuxième passage juste derrière. Pas l’idéal mais faute de mieux… , pensa-t-il en se mettant à l’œuvre.

Il visualisa de nouveau la faiblesse de la barrière mystique sous la forme d’une porte, dont la serrure aurait été récemment crochetée, et conceptualisa son cosmos sous la forme d’un bélier de siège moyenâgeux. Il prit son élan et fit voler en éclat la barrière.

-Qu’est-ce que… , commença Hanpa en voyant le ciel se fendre en deux.

-ANOTHER DIMENSION ! , cria Saga.

Inanna et Hanpa furent arrachés du sol et s’élevèrent irrésistiblement vers la brèche de réalité. Ils discernaient le vide cosmique et de fabuleux objets célestes le long du tunnel menant vers la dimension piège où Saga voulait les précipiter.

Les ailes de l’armure d’Hanpa se déployèrent, il saisit sa jeune coéquipière dans ses bras et tenta de les ramener vers le sol. Mais le souffle était trop puissant et ils étaient irrémédiablement entraînés vers la porte dimensionnelle, tous ses efforts ne faisant que retarder l’inéluctable.

-Je ne vais pas y arriver, c’est trop puissant, siffla Hanpa entrer ses dents. Il joue son va-tout et est bel et bien décidé à en finir.

Hanpa réfléchit un instant puis prit une décision.

-Si l’un de nous reste à la fin, nous aurons gagné.

-Que veux-tu dire ? , s’inquiéta Inanna.

-Ne t’inquiètes pas pour moi, je ne pense que je ne risque grand-chose. Il est à bout de force, il te suffira de lui souffler dessus pour en finir.

Hanpa lâcha alors la jeune fille qui commença à être aspiré mais il la ressaisit par les chevilles. Le guerrier démon commença à tourner sur lui-même, de plus en plus vite.

Le chevalier aperçut la manœuvre, comprit ce qu’il se passait et tenta d’intensifier encore la force du vortex cosmique. Mais c’était déjà trop tard : Hanpa lâcha sa prise, projetant la jeune fille comme une fusée les deux poing en avant. Le démon fut absorbé dans l’autre dimension juste avant que le passage ne se referme derrière lui.

Saga voulut esquiver mais ses jambes étaient trop lourdes. La jeune fille le percuta comme une balle en pleine poitrine. Saga cracha du sang sous la violence de l’impact qui s’accompagna d’un craquement sinistre car Inanna venait de se briser le poignet gauche.

Le garçon roula dans la poussière sur plusieurs mètres tandis qu’Inanna s’écrasait durement au sol. Au bout de quelques secondes la jeune fille se releva avec une expression de vive douleur sur le visage et se hâta d’aller se pencher sur le corps du chevalier des Gémeaux. Sa main valide s’abattit vers la gorge de Saga et stoppa un centimètre avant de la transpercer.

-Vaincu ? , demanda-t-elle.

-J’en ai bien peur, répondit Saga avant de perdre connaissance.

* * * * * * * * * * * * *

-Le chevalier de Gémeaux est hors du combat, constata Mardouk.

-Cela me paraît incontestable, convint Praesepe avec une mimique contrariée.

Akiera ne commenta pas. Il était déçu mais en même temps fier de la prestation de son élève. Il jeta un œil curieux à l’endroit où s’était tenu Shamash un instant auparavant. Une porte dimensionnelle s’ouvrit alors sous les yeux de l’ancien chevalier des Gémeaux et Shamash en sortit en soutenant Hanpa dont le corps était couvert de givre.

Shamash aida son compagnon à s’asseoir afin qu’il puisse reprendre son souffle. Il croisa alors le regard interrogateur d’Akiera.

-Les armures de chacun des membres du conseil ayant un temple dans la cité permettent d’ignorer les restrictions dimensionnelles, expliqua-t-il.

-Je vois… Puis-je aller récupérer mon élève ? , demanda-t-il en se tournant vers Mardouk.

-Bien sûr, répondit le roi de Babylone en hochant la tête.

-Je ne peux pas y croire, dit alors Hanpa avec une voix fatiguée. Tous le regardèrent avec surprise puis s’enquirent de ce qui l’avait fait réagir. Ils regardèrent le centre de l’arène et constatèrent qu’Aioros s’était relevé.

* * * * * * * * * * * * *

-Comment peux-tu te relever après avoir subi l’arcane suprême d’Hanpa ? , s’étonna Inanna.

-J’ai purifié mon cosmos et mon corps. Sa tempête empoisonnée avait perverti mon énergie vitale, comme un cancer, et s’était insinué pernicieusement au plus profond de mon être. Elle avait commencé à tuer une à une toute les cellules de mon corps.

Le chevalier du Sagittaire passa la main sur son visage pour essuyer le sang qui le maculait.

-La texture même de mon aura était altérée. C’était comme si les galaxies de mon micro-cosmos avaient été petit à petit dévorées par un gigantesque trou noir engloutisseur d’univers. J’ai cru que j’allais mourir… et puis je me suis souvenu que j’avais promis à ma mère d’être là pour la naissance de mon frère. Je me suis focalisé sur mon envie de vivre et j’ai fait s’écrouler sur lui-même le vortex noir qui vidait mon énergie vitale. Puis j’ai intensifié mon septième sens au maximum, ce qui a permis à toutes mes cellules corrompues de guérir. Et me revoilà…

-J’avoue que cela me satisfait presque, j’aurai regretté de ne pas t’avoir affronté, répliqua l’héritière d’Ereshkigal.

Akiera arriva alors sur les lieux du combat. Il prit Saga dans ses bras, jeta un bref regard à Aioros et s’éloigna rapidement pour laisser le duel se poursuivre. Pendant ce court intermède, Inanna avait jeté un bref regard vers Mardouk qui lui avait retourné un hochement de tête avec un air convenu. La sombre aura de la jeune fille se matérialisa autour de son corps.

-Tu es un guerrier exceptionnel, chevalier du Sagittaire, et je dois reconnaître que j’aurais bien du mal à t’abattre. Néanmoins je connais un moyen de te rendre aussi inoffensif qu’un vermisseau. Et alors cela sera un jeu d’enfant pour moi d’en finir avec toi. Tu vas subir l’épreuve d’Ishtar !

-Quel étrange cosmos, songea Aioros. C’est comme s’il suintait la mort…

-HELL SEVEN GATES, dit la jeune fille.

Le cosmos de la jeune fille se déploya, plongeant l’arène dans une obscurité surnaturelle, Aioros ne distinguant rien à plus d’un mètre. Cela dura quelques secondes, puis le sombre cosmos se dissipa.

-Qu’est-ce que…

Aioros se demandait s’il n’était pas victime d’une illusion. En effet, le décor qui l’entourait n’était plus celui de l’arène de Babylone. Il se trouvait sur une plaine desséchée et rocailleuse, un lieu qui semblait dépourvu de la moindre trace de vie. La roche était sombre comme du charbon, et un soleil noir diffusait une lumière crépusculaire dans le ciel grisâtre. Une gigantesque arche de métal noir se dressait au loin.

-Bienvenue sur la terre d’aucun retour, dit soudain la voix d’Inanna.

Mais la jeune fille n’était visible nulle part.

-Tu es sur le chemin qui mène au royaume d’Ereshkigal, continua la voix désincarnée. Si tu veux me retrouver et rentrer chez toi, tu vas devoir marcher dans les pas d’Ishtar lors du voyage qu’elle effectua aux enfers afin d’en ramener son amant Tammouz.

Ses noms rappelaient quelque chose à Aioros. Une légende que Praesepe lui avait racontée… Se maudissant de ne pas avoir été plus attentif, Aioros regarda dans la direction de l’arche.

-Et si je préfère rester sagement ici plutôt que de me jeter dans la gueule du loup ? , demanda Aioros avec un sourire en coin.

-Tu resteras à jamais prisonnier de cette dimension morte. Tu n’as pas d’autre choix que de franchir une à une les sept portes de l’enfer.

-Soit elle m’a réellement transporté ailleurs, soit tout ceci n’est qu’une illusion particulièrement bien élaborée, pensa Aioros. Je n’ai de toute façon pas réellement le choix sur la marche à suivre.

D’un pas décidé, le chevalier se dirigea alors vers la gigantesque arche. En s’en rapprochant, il s’aperçut que des inscriptions étaient gravées dans le métal noir mais le garçon était bien incapable de les déchiffrer. Il hésita un moment, puis passa sous l’arche.

A peine eut-il franchi le seuil que le décor changea soudainement. Il était à présent au fond d’une crevasse vertigineuse et étroite. Le ciel, à peine visible, était d’un rouge malsain. Une nouvelle arche, faite de pierre et bien moins massive que la précédente se dressait devant lui. Aioros entendit un étrange bruit métallique. Il se retourna et vit que les ailes de son armure s’étaient détachées et avaient chuté au sol, quelques mètres derrière lui. Il constata également qu’il avait du mal à respirer, comme si son nez était bouché.

-Qu’est-ce qui se passe ?

-J’ai oublié de préciser que tu devras imiter en tout point le parcours d’Ishtar, dit la voix d’Inanna. Celle-ci s’est séparée d’une de ses parures à chaque porte franchie. Pour franchir ce premier seuil, tu as laissé derrière toi une partie de ton armure mais aussi ton sens de l’odorat. Il en sera de même pour chacune des six autres portes qui t’attendent.

Aioros se souvint alors parfaitement de la légende que lui avait raconté son maître. Et particulièrement la chute… Comment Ishtar, déesse de la vie et de la fertilité, s’était retrouvée nue et sans défense devant Ereshkigal qui l’avait alors impitoyablement mise à mort.

-Je crois que je vais trouver un autre chemin… , dit Aioros.

Il voulut alors aller ramasser ses ailes mais constata au bout de quelques secondes que, bien qu’il ne lui semblait n’avoir eu que quelques pas à effectuer, il n’était toujours pas arrivé à destination. Pire, il semblait même s’être… éloigné. Il regarda alors derrière lui ce qui lui confirma son pressentiment : l’arche s’était quant à elle rapprochée.

-Tu es sur la terre d’aucun retour. Tu n’as d’autre choix que d’avancer ou rester sur place pour l’éternité.

-En bref, rester sur place et dépérir ou avancer et mourir… En avançant, je deviendrai certes de plus en plus vulnérable mais il faudra bien qu’elle se montre pour m’achever.

N’ayant pas le choix, Aioros partit donc vers l’arche suivante. Il ne s’arrêta même pas lorsque son sens du toucher lui fut ôté et que la protection de son buste se détacha pour choir au sol. Il jeta à peine un regard à la sombre grotte dans laquelle il se trouvait à présent et se dirigea vers la nouvelle porte qui était cette fois symbolisée par deux colonnes de pierre. Une fois qu’elles furent derrière lui et qu’il eut perdu la protection de son bras droit et le sens du goût, le décor devint celui d’une cour de château en ruine. Il crut apercevoir du coin de l’œil des ombres se déplacer furtivement entre deux miradors mais ses pas le portèrent de façon inéluctable vers l’entrée du donjon.

Il ne sût jamais sur quoi débouchait ce nouveau seuil car c’était au tour de sa vue de disparaître. De même, il ne pouvait savoir qu’il venait de perdre la protection de son autre bras, privé qu’il était du toucher.

-Le seul bon point, c’est que je suis sûr d’avancer toujours dans la bonne direction même en étant aveugle.

Aioros avait beau tenté de se rassurer, il était loin d’être dupe de lui-même. Il était de plus en plus inquiet.

-Adieu maintenant, dit la voix de la jeune fille, une seconde avant qu’il ne perde l’usage de l’ouie.

Seul son septième sens assurait encore un lien entre sa conscience et le monde extérieur. Aioros ne savait pas ce qui allait se passer quand ses deux derniers sens lui seraient retirés. Inanna pouvait-elle vraiment supprimer son ultime cosmos ?

Depuis quand avait-il franchi le dernier seuil ? Une éternité ? Le temps semblait devenir progressivement une abstraction, comme les couleurs et les sons qui devenaient des souvenirs aussi flous que des rêves…

Aioros s’arrêta alors de marcher. Il avait senti une présence !

-Qui est là ? , demanda-t-il avec son septième sens.

Mais nulle réponse ne vint et l’impression fugace disparut. Se faisait-il des idées ? Allait-il sombrer dans la folie avant même d’avoir atteint les deux dernières portes ? Il reprit alors sa route, décidé à en finir.

* * * * * * * * * * * * *

Voyant le chevalier du Sagittaire s’éloigner, la présence sortit du repli dimensionnel où elle s’était dissimulée.

-Etonnant petit homme, dit une voix dans le néant.

-Il m’a perçu…

-Son visage me rappelle un souvenir lointain.

-Mais tellement nombreux sont les moments qui m’ont été arrachés…

L’entité poussa un râle douloureux.

-L’aurai-je vu avec mes yeux qui aujourd’hui sont morts ?

* * * * * * * * * * * * *

La conscience d’Aioros s’évanouit enfin et il ne subsista plus de lui que la volonté primordiale de son ultime cosmos. Sensations, sentiments, identité, tout cela n’avait plus de signification : Aioros était le cosmos et le cosmos était Aioros. Rien n’existait en dehors, ni le temps ni l’espace.

Néanmoins, de façon mécanique, le corps du chevalier continuait à exécuter sa dernière volonté consciente : avancer encore et toujours, se rapprochant ainsi inexorablement de l’anéantissement final…

Et soudain les étoiles de la constellation du Sagittaire pâlirent. Le micro-cosmos du chevalier se comprima, se ratatinant inexorablement en un Big Crunch final. Les galaxies se percutèrent, happées inexorablement par un ultime attracteur.

Puis ce fut le néant, glacial et éternel, qui engloutit tout ce qui définissait l’être Aioros. Seule resta une masse de chair et un cœur battant. Des démons aiguisèrent leurs griffes acérées et se préparèrent pour le festin.

* * * * * * * * * * * * *

Soixante démons s’étaient abattus tous crocs et griffes dehors sur Ishtar pour la déchiqueter.

Soixante fléaux, soixante maladies qui l’avait menée vers l’anéantissement total.

Voilà ce qui attendait à présent le chevalier du Sagittaire. L’esprit détruit et le corps en lambeaux, l’issue ne pouvait être que la mort et la chute dans les limbes.

Le cosmos du Sagittaire, déjà réduit à la taille d’une tête d’épingle, s’éteignit.

* * * * * * * * * * * * *

Des images flottaient dans le vide, tourbillonnant comme des photos emportées par une tornade. Ultimes fragments évanescents d’une vie anéantie.

… « tu crois qu’un jour je serais aussi fort que toi ? », demanda un jeune enfant blond dans une rue d’Athènes…

…Sion se penchant vers Aioros et lui disant à quel point il ressemble à son père…

…Praesepe, à genoux et le corps battu par une pluie violente, levant vers le ciel des yeux remplis de larmes et rage…

… « je suis désolé, cela va être désagréable », dit Inanna au milieu de ce qui ressemble à un cimetière…

… « regrets et remords… », paroles prononcées devant un paysage dévasté…

…la corde d’un arc se bandant, et la pointe d’une flèche visant un arrogant mur…

…des larmes qui tombent sur un oreiller lors d’une première nuit passée au Sanctuaire…

… « voici Saga, j’espère que vous serez ami» et un jeune garçon au jeune cheveux bleus qui sourit…

… « ce n’est que le début », dit Mardouk avec un sourire…

…un homme âgé le regardant avec inquiétude et tenant un couffin dans les bras…

…Inanna s’approchant et levant la main pour ôter la vie à une masse de chaire privée de conscience…

… « voici ton frère Aioria », lui dit sa mère en lui présentant une petite forme minuscule…

Et ce fut l’étincelle.

* * * * * * * * * * * * *

Aioros bloqua la main d’Inanna, qui allait lui ôter la vie, à un centimètre de sa gorge par pur instinct. Le cosmos du garçon s’enflamma spontanément et il tendit alors son autre poing.

-INFINITY BREAK, dit-il mécaniquement comme si nulle conscience ne présidait à ses actes.

Un vortex composé de flèches de feu blanc tourbillonnantes jaillit alors du bras tendu d’Aioros. Inanna, dans l’incapacité d’esquiver le coup à bout portant, sembla être transpercée de part en part. Mais quand le coup se dissipa, elle réapparut apparemment indemne. Aioros la lâcha alors, et la jeune fille se dégagea d’un bond en arrière.

Lorsque ses pieds touchèrent le sol, son armure explosa en des dizaines de morceaux. Aucune nouvelle blessure ne marquait le corps d’Inanna mais sa protection sacrée avait été totalement anéantie.

Aioros ouvrit les yeux et tomba à genoux, cherchant son souffle. Il était de retour dans l’arène de Babylone, tous ses sens étaient en éveil et l’armure du Sagittaire était de nouveau sur son dos. Quelques mètres plus loin, Inanna le dévisageait avec expression où se mêlait stupéfaction et respect.

-Une illusion ! , finit-il par dire. Une illusion qui atteint les sept sens simultanément…

-… et qui conduit l’esprit à se détruire lui-même, finit la guerrière alors qu’une goutte de sueur coulait sur son front. Un piège mortel caché derrière une allégorie.

-J’ai cru m’y perdre à jamais…

-Comment es-tu revenu chevalier ? Comment as-tu fait ?

-Je ne sais pas vraiment… Alors que mon septième lui-même était aveuglé par l’obscurité, j’ai vu… des images défiler devant mes yeux. Comme une ultime passerelle vers la vie que j’aurai saisi au dernier moment.

-Des images ? C’est impossible, mon attaque aurait du anéantir toute forme de perception et de conscience en toi.

-Je ne peux pas t’en dire plus. Alors que j’étais dans la nuit, j’ai vu la lumière du soleil.

Des applaudissements retentirent alors.

-J’ai assisté à suffisamment de miracles aujourd’hui pour toute une vie. Vous avez gagné, dit Mardouk.

-C’est fini ? , redemanda Aioros comme s’il n’arrivait pas à le croire. C’était si… soudain !

La déception se lisait sur le visage d’Inanna mais elle inclina la tête en signe d’obéissance.

-Ne devait-on pas subir une autre épreuve après ces combats ? , demanda alors Aioros se rappelant les paroles de Praesepe.

-Certes, mais c’est inutile. Vous avez suffisamment prouvé votre valeur.

-Nous ne sommes pas venu ici pour faire les choses à moitié, dit alors Saga en se relevant.

Mardouk regarda le jeune garçon avec une réelle surprise.

-Allons, vous êtes à bout de force tous les deux. De plus, quand j’avais fixé les conditions du défi je ne pensais pas que vous seriez si jeune.

-Peu importe. Nous irons jusqu’au bout, dit Saga en allant rejoindre Aioros.

-C’est vrai, faisons tout ce qui était prévu, appuya Aioros.

Saga remercia son ami d’un signe de la tête.

-Il s’en veut d’avoir été vaincu, pensa Aioros en regardant l’air décidé de son compagnon.

-Comme il vous plaira alors, dit Mardouk avec un sourire. En outre, j’avoue que cela me réjouit sincèrement.

Le seigneur de Babylone dégaina alors sa longue épée et fit quelques mouvements d’assouplissement tout en marchant vers le centre de l’arène.

Praesepe regarda Akiera avec un regard lourd de sous-entendus.

-J’avoue que j’ai peut-être un peu raté la partie « apprendre à être raisonnable » de sa formation, s’excusa l’ancien chevalier des Gémeaux. Mais bon tu me connais, tu n’en seras donc pas trop surpris. Et puis… avoue que tout de même cela ne manque pas de panache !

Le chevalier du Cancer leva les yeux au ciel.

-Des fous… Et que de fierté déplacée !

-Bah, ils sont jeunes…

* * * * * * * * * * * * *

-Ca va aller ? , demanda Aioros à son ami.

-Akiera m’a un peu soigné, et j’ai eu du temps pour récupérer. C’est limite, mais il va bien falloir que ça aille comme ça. Et toi ? , ajouta-t-il en regardant le bras blessé d’Aioros.

-Je suis très fatigué, mais mes blessures ne me gênent pas trop.

Ils regardèrent en silence Mardouk s’approcher.

-Lui il est en pleine forme, dit Aioros sur le ton de la constatation.

-On n’y arrivera qu’ensemble, comme quand on se battait à deux contre trois pendant l’entraînement… Finalement, on va pouvoir tester certaines de nos combinaisons, ajouta-t-il avec un sourire.

-Le duo magique, dirent-t-ils de concert.

* * * * * * * * * * * * *

-C’est cette lame que portait mon ancêtre lorsqu’il pourfendit Tiamat. La terreur des dragons !

Mardouk dessina des arabesques avec la lame noire. Chacun des mouvements du maître des lieux était précis et fluide. Il porta alors sa la main sur le diamant noir qui occupait le centre du plastron de son armure dont les écailles reptiliennes brillaient de plus en plus comme des rubis au fur et à mesure que le cosmos s’éveillait.

-Ceci est l’œil de Tiamat. On dit qu’il lui fut arraché après la victoire. Voilà les règles, jeunes chevaliers d’Athéna : si je vous touche sept fois avec mon épée, l’un ou l’autre et à n’importe quel endroit, je gagne. Si l’un de vous deux touche une fois l’œil, vous gagnez.

Les deux chevaliers se regardèrent avec surprise.

-Je vous invite à un ballet martial : juste une histoire d’agilité et d’adresse.

-Une seule fois ? , dit Aioros.

-Si vous en êtes capable…

Mardouk se mit alors en garde, en position d’attente. Il tenait son arme comme une rapière et patientait en garde de sixte. Ses yeux saphirs étaient impénétrables.

-Attention à son allonge, souffla Saga.

Aioros chargea alors frontalement. Mardouk leva un sourcil surpris devant le jeune garçon qui lui courrait dessus. Il se fendit, visant la poitrine d’Aioros avec la pointe de sa lame. Les ailes de L’armure du Sagittaire battirent alors l’air et Aioros s’envola au-dessus de son adversaire. Saga, qui avait suivi la course de son ami en se dissimulant dans son dos, se recroquevilla et, porté par son élan, se laissa glisser, passant ainsi sous la lame tendue. Il tendit le bras pour toucher le joyau mais Mardouk réagit rapidement. Il battit en retraite d’un pas agile et, d’un moulinet de son épée, toucha légèrement le bras tendu de Saga, laissant une petite entaille dans l‘armure.

Pendant ce temps Aioros s’était posé derrière son adversaire. Il voulut aller essayer de le saisir dans le dos pour l’immobiliser, mais, sans même avoir jeter un regard derrière lui Mardouk prit une impulsion et sauta en arrière. S’élevant de deux mètres dans les airs, il effectua une rotation tendue et passa, la tête en bas, au dessus du chevalier du sagittaire. Il tendit le bras, portant une petite pique qui toucha l’aile droite d’Aioros.

Mardouk se réceptionna dans le dos d’Aioros qui effectuait déjà une roulade en avant pour se dégager. Au moment précis où Aioros lança son mouvement, Saga lui sauta par-dessus dans la direction du maître de Babylone. Celui-ci fit un pas de côté pour éviter Saga et le toucha au corps d’un coup rapide et gracieux.

Saga se réceptionna comme un chat et reprit une marge de sécurité.

Les deux chevaliers se retrouvèrent donc à trois mètres de part et d’autre de leur adversaire.

-Déjà trois touches, mes jeunes amis, dit Mardouk qui semblait danser à chacun de ses mouvements. J’avoue que je suis néanmoins impressionné par la perfection de votre coordination.

Aioros se jeta de nouveau à l’assaut. Mardouk tendit son arme mais visa largement à côté d’Aioros. Le chevalier du Sagittaire traversa son adversaire comme s’il avait été un spectre tandis qu’une étincelle vola du bout de l’épée, comme si elle touché un objet métallique.

-Jolie illusion… mais inutile, commenta Mardouk. Vos chances s’épuisent…

Saga laissa échapper un juron tandis que le véritable Aioros réapparaissait, une nouvelle entaille sur son plastron. Le chevalier des Gémeaux adressa un clin d’œil à son ami et se lança à son tour à l’assaut. Mardouk fit volte-face et attendit patiemment.

Le chevalier du Sagittaire prit une inspiration, se concentra et frappa le sol du pied une fraction de seconde avant que Saga ne soit sur son adversaire. Le sol se fendit et la terre se changea en poussière précisément sous les pieds de Mardouk. Ce dernier fut déséquilibré comme ses pieds s’enfonçaient dans la petite crevasse mais il réagit instantanément. Il tourna sur lui-même d’un puissant coup de rein, présentant son dos à Saga et lança sa lame apparemment au hasard mais de façon victorieuse puisqu’il toucha le pied de son jeune adversaire. Celui-ci, surpris par la manoeuvre rebondit sur le dos de Mardouk et tomba au sol. Il se releva, esquivant de justesse un nouveau coup d’épée et reprit ses distances en rejoignant Aioros.

-Plus que deux, commenta Mardouk. Cette danse touche à sa fin.

-Il est fort, souffla Saga à Aioros.

-On a encore droit à une touche… Et si on tentait notre esquive magique ?

Saga prit le temps de réfléchir.

-Ca va être beaucoup plus dur que sur Terre, mais l’idée me semble bonne.

Les deux garçons déployèrent leurs cosmos, le Sagittaire se matérialisant derrière Aioros et les Gémeaux derrière Saga. Puis les deux auras commencèrent à vibrer à l’unisson. Aioros s’avança alors tandis que Saga restait en retrait, le visage concentré et des gouttes de sueurs perlant sur son front.

-Une nouvelle attaque frontale ? , demanda Mardouk.

-En quelque sorte, dit Aioros.

Les ailes du Sagittaire se déployèrent et le chevalier s’envola. Il décrivit une grande courbe, semblant prendre de l’élan. Sa vitesse augmenta jusqu’à atteindre celle de la lumière et il fondit tel un aigle sur sa proie.

-Inutile, pensa Mardouk en raffermissant sa prise sur la poignée de son arme.

Aioros volait la main droite en avant, fonçant directement sur l’œil de Tiamat. Mardouk arma son coup, qui cette fois-ci n’allait pas être un coup d’estoc mais un grand balayage afin d’écarter le chevalier de sa trajectoire. Lorsque Aioros ne fut plus qu’à quelques mètres, le seigneur de Babylone lança son attaque vers le chevalier qui ne modifia à aucun moment sa course.

Au moment précis où la lame allait atteindre le buste de l’armure du Sagittaire, le corps du chevalier devint totalement doré et éclatant, comme s’il avait été transformé en lumière. Le coup de taille le traversa de part en part comme s’il avait été immatériel.

-Comment ? , pensa Mardouk à la vitesse de la lumière.

Il voulut porter un autre coup au moment où précis Aioros reprenait son apparence ordinaire. Le chevalier percuta Mardouk et toucha l’œil de Tiamat une fraction de seconde avant que l’épée ne vienne le toucher au flanc.

Emporté par la vitesse d’Aioros les deux combattants furent arraché du sol et volèrent sur plusieurs dizaines de mètres. Ils eurent un atterrissage assez difficile dans la poussière, à quelques pas l’un de l’autre.

Après quelques secondes, Mardouk se redressa et marcha jusqu’à Aioros. Il lui tendit la main pour l’aider à se relever. Le jeune chevalier la saisit et se retrouva sur pied, un peu tremblant sur ses jambes. Les deux hommes se regardèrent un long moment les yeux dans les yeux, les mains toujours serrées.

-Comment diable avez-vous fait ?

-Lorsque j’ai atteint la vitesse de la lumière mon corps est presque devenu une onde lumineuse. Saga a alors légèrement modifié ma longueur d’onde pour me déphaser avec cette dimension. Me rendant ainsi immatériel.

-Quasiment immatériel, corrigea Mardouk en désignant une nouvelle marque sur l’armure, à l’endroit précis ou la lame l’avait traversé. Ma lame magique t’a malgré tout atteint.

-C’était calculé, nous avions encore droit à une sixième touche. Je comptais sur mon armure pour me protéger…

-Il n’y a rien que vous puissiez faire de plus pour me prouver votre valeur. Vous avoir vu combattre tous les deux aujourd’hui est un honneur.

Le maître de Babylone lâcha alors la main du jeune chevalier et se tourna vers Praesepe.

-Dites à votre Grand Pope que j’ai toute confiance en votre Sanctuaire pour remporter ses futures batailles. La protection de la Terre est en de bonnes mains, et je ne vois donc plus de nécessité à ce que le conseil de Mésopotamie reprenne activement la protection de son peuple. Nous nous retirons donc de nouveau dans l’ombre. En revanche, notre aide vous est acquise si jamais vous en éprouvez le besoin.

-Je vous remercie au nom du Sanctuaire pour cette proposition, répondit le chevalier du Cancer.

-Voulez-vous être nos invités pour la nuit ? , demanda enfin Mardouk.

-Je vous remercie mais l’un de nos jeunes guerriers est particulièrement pressé de rentrer en Grèce.

-Comme il vous plaira… Shamash mène-les à la maison des soins, je te prie.

Puis le maître de Babylone, tourna les talons en faisant un signe de la main à Saga. Il adressa un bref salut à Akiera et s’éloigna.

Akiera alla voir Saga qui était assis par terre, totalement épuisé. Le maître prit son élève dans ses bras et le souleva. Ils ne se parlèrent pas, échangeant juste un regard, puis Saga s’assoupit. Praesepe vint vers Aioros, mais celui-ci fit signe de la tête qu’il pouvait marcher seul.

-Il faudra que l’on s’occupe tout de même rapidement de cette vilaine blessure au bras, dit le maître.

Puis le chevalier à la peau d’ébène donna une petite tape dans le dos de son élève.

-Beau travail.

Inanna s’approcha alors, la couronne de l’armure du Sagittaire dans sa main valide. Praesepe lui adressa un bref salut puis emboîta le pas à Akiera. La jeune fille rendit l’élément d’armure à son propriétaire qui le renfila.

-Montre-moi, ce poignet, dit alors le garçon en désignant la main blessée.

Après une légère hésitation, elle lui tendit le bras. Aioros saisit le poignet blessé le plus délicatement possible, ce qui arracha malgré tout une grimace à la jeune fille. Le cosmos doré du chevalier se déploya autour de la blessure. Cela dura quelques instant puis la lumière dorée s’évanouit.

-J’ai remis les os en place, mais il faudra faire attention le temps qu’ils se consolident. La douleur est partie ?

-Oui, je te remercie… Tu peux me rendre ma main.

-Excuse-moi ! , dit le jeune chevalier en s’exécutant.

-Tu es un véritable magicien du cosmos, dit-elle.

-Je suis d’accord avec ça, appuya Hanpa un peu plus loin. Ta maîtrise est exceptionnelle.

-Tu as tout fait pour ne pas nous blesser gravement alors que nous ne t’avons pas ménagé, continua Inanna.

-Vous ne vouliez que protéger votre peuple. Le Grand Pope estime que cela aurait amené beaucoup de problèmes, mais je n’avais aucune envie de vous faire du mal. Soyez rassurés, tant que les chevaliers d’Athéna seront là votre pays sera en sécurité.

-Nous ne pouvons que nous en remettre à vous désormais.

-J’espère que si nous nous revoyons un jour ce sera dans de meilleures conditions, répondit simplement Aioros.

-Tu ne peux pas savoir à quel point nous l’espérons aussi, chevalier, dit Hanpa.

-Bon voyage de retour, ajouta Inanna.

-Merci.

Puis Aioros se dirigea vers l’entrée de l’arène après un dernier regard sur le terrain de sa première bataille.

* * * * * * * * * * * * *

Mardouk, Hanpa et Inanna étaient allés s’asseoir dans les gradins de l’arène et semblaient pensifs. Un homme vêtu d’une tunique rouge brodée de fil d’or sortit alors de l’ombre et vint s’asseoir à leur côté. Il avait une peau café au lait et était d’une grande beauté. Chacun de ses mouvements transpirait la noblesse et était imprégné d’une grâce féline. La malice se lisait dans ses yeux turquoises.

-Il semblerait que tu aies appris à mentir, mon ami, dit-il à Mardouk en lui faisant un clin d’œil.

-Par obligation l’omission est en effet devenue une de mes armes, mon ami.

-« Trouvez celui qui meurt deux fois et survit pourtant », c’est bien ce qu’Elle avait dit, non ? Il me semble que nous avons un bon candidat, continua le nouveau venu.

-En effet… Mais Elle ne nous a toujours pas dit quel serait son rôle.

-Le sait-Elle ? Je ne pense pas que l’omniscience fasse partie de Ses attributions, même si Elle aime bien nous le laisser penser.

-Aie plus de respect, dit Mardouk avec un ton soudain plus dur. Tu aussi as effectué le pèlerinage, fils du soleil. Ne fais pas comme si tu ne savais pas.

Le jeune homme eut un petit geste de dédain de la main, comme s’il voulait écarter un moustique.

-Sinon suis-je le seul à avoir été impressionné par la puissance de ces deux gamins ?

Le silence d’Hanpa et Inanna fut éloquent.

-Donc j’imagine que je ne suis pas le seul à m’inquiéter de la perspective d’avoir à en affronter non pas deux mais douze…

-Nous n’en sommes pas encore là, dit Mardouk. Et si ce jour doit arriver, nous serons prêts.

-Je l’espère… Qui as-tu pu recruté dans votre conseil ?

-Rajoute Shamash et tu as devant toi l’intégralité de nos troupes, dit Mardouk avec un sourire piteux. Et de ton côté, qu’ont dit les autres familles sacrées du Nil ?

-Celles qui ne sont pas éteintes sont soit trop dégénérées pour nous venir en aide, soit totalement égarées sur des pentes savonneuses. En revanche, ma garde est reconstituée et pleinement opérationnelle. Si bien que nous avons commencé le recrutement. Sinon, du côté des autres ?

-Là le bilan est beaucoup plus réjouissant, répondit Mardouk avec un sourire beaucoup plus franc. Notre coalition prend forme. Bientôt notre vague déferlera sur le monde…

-…pour le changer à jamais.

Commencer







Recopier le nombre avant d'envoyer votre formulaire.




© 2002-2018 Animecdz. Tous droits réservés. Saint Seiya © Toei Animation, Bandai et Masami Kurumada