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Cette fiche vous est proposée par : Aqualudo


Les ages mythologiques

La crypte interdite

 

 

 

Le marteau s'abattit dans un ultime éclat sur le métal rougi par la fournaise.

« Voilà messires, il ne reste plus qu'à la tremper dans l'eau et la laisser refroidir ».

Yshba sortit de l'atelier suivi comme toujours de son fidèle canidé, tandis que Liu et Ryusei observaient la clé se tiédir lentement. Le forgeron posa ses outils et se rapprocha des deux guerriers qui regardaient avec attention la fin du processus.

- Drôle de métal hein ? Il est assez difficile de le travailler ici. Heureusement votre clé est de petite taille, je n'aurais pas pu forger une épée avec mon modeste outillage. Le métal reste chaud pendant de longues minutes, même lorsqu'il est plongé dans la glace. Une fois totalement refroidi c'est plus solide que le meilleur des fers. Le Mithrill est extraordinaire, conclut-il les yeux remplis d'admiration.

- C'est meilleur que nos alliages de fer et d’Argent ? demanda Liu pendant qu'il tendait le doigt pour vérifier la température de l'eau.

- Notre alliage est de grande qualité, et travaillé dans les forges de la Grande Forteresse il est aussi bon que le Mithrill. C'est inquiétant que nos ennemis disposent d'un tel atout, en si grande quantité.

- Ne t'en fais pas, Ilanoch, nos armes sont douées de pouvoirs sacrés capables de traverser les meilleures armures, même celle de Mithrill. Alors, je peux la prendre maintenant ?

- Oui messire Ryusei, elle est prête. A dire vrai, je n'avais jamais vu telle clé : je me demande comment elle rentrera dans une serrure ! dit-il en tendant la clé en forme de demi-lune au guerrier qui s'empressa de la prendre et de la mettre dans sa sacoche.

- Ne t'en fais pas, nous saurons nous en servir. Merci pour tout et à bientôt !

 

Gunther avait rassemblé l'ensemble des guerriers devant la grande porte d'entrée de Troudheim. Il ne neigeait pas, le ciel portait néanmoins de lourds nuages qui laissaient présager un nouvel assaut des éléments.

« Guerriers d'Odin ! Vous allez partir pour la plus importante des batailles depuis des siècles. Il est temps pour vous de rejoindre la Forêt Ancestrale et de la délivrer du mal qui y règne. Dans quelques jours le Roi de Nibelung et la Déesse-Araignée auront été détruits par vos assauts émérites. Loki lui même devra se soumettre à la volonté d'Odin. En route, compagnons d'arme ! Pour la gloire d'Asgard et de son peuple ! »

 

Les guerriers répétèrent à l'unisson ce dernier cri et quittèrent Troudheim sous les yeux inquiets de Gunther. Le solide maître de la cité du sud savait combien les combats à venir étaient dangereux. Le départ avait été précipité : la veille au soir des éclaireurs avaient croisé la progression d'une armée d’Odjurwigs et d'Elfes Noirs se dirigeant vers la cité. Thenséric, qui était de passage, avait vu là l'occasion de porter le coup fatal ; profitant que les forces du Roi Sombre et de la Reine-Araignée se dirigeaient loin de leur repaire, les guerriers d'Odin pourraient porter le coup fatal en détruisant la source du mal. Le plan était risqué pour deux bonnes raisons. La première était que Troudheim allait supporter le poids d'une attaque massive sans l'appui de ses guerriers d'élite. Seuls, Thenséric et Gunther devaient guider de courageux mais jeunes guerriers, quand ce n'était pas de simples pêcheurs ou bûcherons. Les forces sombres allaient certainement entamer un siège de plusieurs jours, il faudrait tenir sans espoir de renforts immédiats de la Forteresse Sacrée. La seconde raison incombait à la Crypte elle-même : les guerriers d'Odin allaient affronter un endroit mystérieux, certainement sous bonne garde malgré le départ du gros des forces de Nibelung. Pire, le Roi des Elfes Noirs passait pour un puissant sorcier tandis que la Déesse-Araignée n'était rien de moins qu'une déesse monstrueuse.

- Ils y arriveront, assura Thenséric l'air déterminé tandis que son regard suivait ses protégés disparaître dans la brume.

- J'en suis certain. Le Roi de Nibelung est mortel, la Déesse-Araignée devra compter sur la présence d'Odin auprès de nos jeunes compagnons. Je redoute cependant que le prix à payer soit bien cher. Combien reviendront ?

- Le plus possible, rétorqua le Seigneur de guerre en baissant la tête. Il faut qu'un maximum d'entre eux revienne, la guerre est loin d'être achevée : le Roi Sombre et la Déesse-Araignée sont loin d'être nos pires ennemis. Dans l'ombre de plus terrifiants préparent des projets mortels pour Asgard, pour la Terre entière.

 

 

***

 

 

Quatre Elfes Noirs se tenaient devant l'entrée de la Crypte. Les guerriers d'Odin avaient couru sans s'arrêter pendant deux jours pour rejoindre la Forêt Ancestrale. Les corps étaient épuisés, des hommes normaux n'auraient pas réussi à parcourir une telle distance dans de telles conditions. Ces hommes-là avaient atteint un stade de résistance supérieure. Sans le savoir, quelques uns s'étaient éveillés au Souffle Divin. Pour l'heure, leurs regards suivaient la course meurtrière de quatre projectiles de givre. Thenséric avait ramené de la Forteresse des munitions pour la défense de Troudheim. Des prêtres avaient ainsi découvert dans de vieux manuscrits les moyens d'enchanter des flèches : certaines s'enflammaient spontanément, d'autres étaient capable de geler leur cibles, d'autres encore délivraient un puissant corrosif qui s'attaquait à tous les matériaux connus. Les trois premiers projectiles atteignirent leur objectif en plein cœur. Les corps se figèrent, les victimes mourant sur le coup : en une fraction de seconde, le cœur ne pouvait se remettre d'une baisse de plusieurs dizaines de degrés. La dernière flèche termina sa course au milieu du cou : l'Elfe Noir eut la tête sectionnée. Le corps resta debout, immobile comme les autres, gelés, la tête rejoignant le sol et se brisant en plusieurs morceaux.

 

« Évidement, Yshba, tu ne pouvais pas faire comme les autres ».

L'Hindou ne regarda pas Dimitre, se contant de lâcher « Seul le résultat compte ».

Inyan, qui s'imposait comme un leader naturel au même titre que Rahotep et que Meijuk s'accroupit et se mit à dessiner un plan sommaire.

- Vous feriez mieux de vous concentrer vous deux, dit-il avec froideur. Voilà les lieux : une seule entrée visible, comme tu nous l'avais indiqué Meijuk.

- Oui, rétorqua-t-il en s'accroupissant à son tour.

- Il faudrait trois colonnes : une fonce à la porte, deux surveillent les ailes, au cas où ces oreilles pointues nous tendent une embuscade.

- Effectivement Rahotep, c'est le plus sûr. Qu'en pensez-vous ?

Inyan regarda tour à tour ses compagnons qui se contentèrent d'opiner de la tête. « Alors en avant ! » Chaque colonne courut vers son objectif sans rencontrer de résistance. Il semblait que la crypte était uniquement gardée par ces quatre malheureux gardes devenus des statues de glace grotesques. Akurgal s'attarda un  moment avec Rahotep auprès de la statue de pierre démantibulée. Tous deux convinrent qu'il s'agissait certainement d'une divinité asgardienne très ancienne, « Freyja, peut-être Idunn », proposa l'Egyptien qui s'intéressait particulièrement à l'histoire des dieux d'Asgard. L'étroit chemin bordé de pierres mégalithiques avait offert un couvert idéal à leur progression. Les deux piliers de pierre brune surmontés de sculptures représentant des araignées autour d'une lune furent rapidement reproduits par Nibel sur un parchemin spécialement prévu à cet effet. Nibel s'était proposé pour aider Akurgal et Rahotep à rassembler le maximum d'informations sur ces endroits obscurs. Il n'y avait personne, aucun Elfe Noir, aucun Odjurwig. Les autres guerriers étaient plus intéressés par les murs de pierres noires hérissés de pics de métal et de restes humains.

- Ces monstres sont réellement ignobles, comment peuvent-ils commettre de telles atrocités ?

- Au moins nous savons à quoi nous en tenir Hanz, rétorqua Dimitre en semblant hésiter entre sa hache et son épée à deux mains pour les combats à venir. Nous devons tous les tuer, jusqu'au dernier.

- Nibel ! Akurgal ! Rahotep ! Venez donc ici, nous allons entrer avant qu'une nouvelle garde ne prenne son tour.

 

Suivant les injonctions d'Inyan, les trois compagnons rejoignirent le groupe, Akurgal ne pouvant dissimuler un visage d'effroi en voyant le mur hérissé de restes humains. Ryusei, qui gardait précieusement la clé depuis Troudheim, s'avança le premier vers l'unique porte apparente du temple circulaire. Il ajusta la clé dans l'orifice qui se trouvait au centre de l'entrée de pierre noire. Lorsque le métal entra en contact avec la pierre, la clé fut aspirée des mains du guerrier et disparut dans un éclat de lumière bleuté.

- Par quelle magie ! Je n'ai fait que poser la clé dans l'orifice, dit Ryusei en se retournant vers ses amis, le visage consterné. « Je ne comprends pas, c'est un piège ? Ce n'était pas la bonne clé ? »

- Cesse de geindre, c'est exactement ce que Gunther nous a expliqué. La clé sert à libérer un sort qui ouvre la porte. Pousse-toi, tu vas voir qu'elle est ouverte maintenant.

Joignant le geste à la parole, Bjarnulf bouscula Ryusei dans un élan d'exaspération et posa ses deux mains sur la porte qui, dans un crissement sourd, pivota sur elle même. « Et voilà, en avant pour l'aventure ! ». Bjarnulf s'engouffra dans la pénombre arme à la main, bientôt suivi de l'ensemble de ses compagnons. Le couloir ne resta pas longtemps sombre : à peine Bjarnulf avait-il fait quelques pas que les torches disposées  tout au long du mur opalin s'allumèrent, illuminant un couloir de vingt mètres de long qui débouchait sur une nouvelle porte.

 

- Encore de la foutue magie. Nous avons tout intérêt à rester sur nos gardes, vociféra Thrall en observant le phénomène avec inquiétude.

- Le plus étrange est qu'il n'y ait encore aucun garde. On dirait que les Odjurwigs et les Elfes Noirs sont tous partis contre Troudheim. Peut-être que même la Déesse-Araignée et le Roi de Nibelung ...

- Non, ils sont ici, coupa Nibel avec conviction. « Je ressens leur pouvoir ».

- Qu'est-ce que tu racontes? reprit Thrall visiblement agacé par l'assurance de son compagnon. « Comment lui, Thrall, grand chasseur et guerrier pouvait ne pas ressentir ce que ressentait un simple musicien à peine capable de se battre seul ».

- Je te dis ce que je ressens. Ces années et ces épreuves en Asgard ont affûté mes sens. Je ressens des choses que je ne peux expliquer. Mais croyez-moi, ces deux monstres sont ici, tapis quelque part dans les tréfonds de cette crypte.

« Tant mieux, nous allons pouvoir débarrasser Asgard de leurs carcasses puantes », aboya Bjarnulf en s'avançant, armes au poing avec l'assurance du grand guerrier qu'il était, vers la porte qui fermait le couloir. Ses compagnons le suivirent à l'exception des quatre derniers qui restèrent les yeux rivés sur l'un des murs.

 

***

 

- Ce ne sont pas des runes, on dirait plutôt ...

- Une écriture cunéiforme Rahotep, oui, plus ancienne que celle que je pratique mais il s'agit assurément d'une écriture de mon pays.

Inyan caressa le mur de ses doigts, comme un aveugle cherchant un indice que les yeux ne pouvaient voir.

- Akurgal, fit-il enfin, comment une écriture mésopotamienne aurait pu se retrouver ici ?

- Dans l'une des histoires que j'ai apprises à son sujet, les conteurs parlaient de celle qui quitta son désert de sable pour rejoindre les profondeurs de la Terre. On raconte que la Déesse-Araignée dut quitter sa terre natale suite à une sombre querelle avec d'autres divinités, et qu'elle fut condamnée à vivre là où le soleil ne brille jamais.

Pour la première fois, Nibel s'affirmait réellement au sein des guerriers d'Odin. Cet homme courageux mais chétif cachait souvent son visage derrière ses fins cheveux noirs. On ne croisait que rarement ses yeux gris qui portaient en eux une éternelle mélancolie. Ses principaux faits d'arme se résumaient en chansons qu'il délivrait volontiers au coin du feu pour le plus grand plaisir de ses camarades. Petit à petit, Nibel s'était intéressé aux principaux conteurs d'Asgard et avait accumulé une grande connaissance de mythes et d'histoires oubliées.

- Nibel, il faudra que tu m'en dises plus sur tes lectures, tu as un savoir qui dépasse largement ce que j'ai pu accumuler sur Asgard ! affirma Akurgal les yeux brillants d'admiration. Il se retourna vers le mur et se mit en tête de déchiffrer ce qu'il pouvait.

- Ce mur est blanc, ce n'est pas la même pierre qui se trouve dehors, constata Rahotep en se grattant le menton et en gardant les yeux fermés pour mieux réfléchir. Ce couloir appartient certainement à un ancien temple. Les serviteurs de la Déesse-Araignée ou du Roi Sombre auront refait l'extérieur avec leur pierre ébène.

- Un temple d'Idunn ! C'est un ancien temple d'Idunn ! Akurgal venait de reconnaître des runes au milieu du texte cunéiforme qui l'assuraient de sa découverte. « Il faut que je recopie ces lignes, il me faudra du calme pour les traduire, mais en attendant voici ce qu'on peut lire : Que ceux qui ignorent Idunn deviennent les prisonniers éternels de ce temple sacré, qu'ils soient immolés en son nom ».

 

Pendant que les quatre compagnons poursuivaient leurs découvertes, le gros des guerriers d'Odin cherchaient, sans trouver, une nouvelle issue ou une faille dans la porte.

- Foutre ! hurla de rage Dimitre. « On avait qu'une clé, il en faut une autre ! Et qui sait combien d'autres derrière ! »

- Calme-toi, tu vas nous faire repérer, dit Memnoch en l'attrapant par le bras.

- Et bien c'est ça, qu'ils viennent, rétorqua-t-il en se dégageant brutalement. « Au moins cette porte sera ouverte et nous pourrons dérouiller cette vermine ! »

Sans se retenir Dimitre brandit sa hache et l'abattit de toutes ses forces sur la porte de pierre. L'onde de choc propulsa l'ensemble des guerriers au sol tandis qu'un son strident, insupportable, résonna dans la cavité, sortant par la porte extérieure et se répandant dans toute la forêt.

- Mais qu'as-tu fait pauvre idiot ! Non seulement tu n'as pas détruit cette fichue porte mais en plus tu as provoqué un son diabolique qui va réveiller tous les morts d'Asgard.

- Oh Messire Meijuk cesse de prendre tes grands airs, si tu veux te battre je suis ton homme, grommela Dimitre en portant ses mains à ses oreilles pour ne plus entendre le bruit qui résonnait au plus profond de leur être, les amenant sur le chemin de la folie.

 

Au dehors, en écho à cet appel inhumain, un tumulte grandissait dans toute la Forêt Ancestrale. Des cris d’Odjurwigs enragés montaient tout autour de la crypte, cris qu'Yshba ne tarda pas à identifier ; déjà Ulv, son fidèle serviteur, courait vers la sortie, les yeux luisant de haine. Les guerriers d'Odin quittèrent le couloir dans la précipitation, autant pour fuir le sifflement infernal que pour faire face à ce nouveau danger. L'échec était total.

 

 

Le Souffle Mortel de l'Airain

 

 

Sous l'impact des attaquants, le tronc renversé par le guerrier sombre se brisa, des dizaines d’Odjurwigs avaient réussi à passer la barricade de fortune. L'Engeance de l'Indicible se mit à la poursuite des humanoïdes. Le guerrier à l'armure noire se tenait adossé à un arbre, les yeux fermés, ses deux boules de pics se balançant au bout des chaînes attachées à ses avant-bras.

« Ichiuton ... derrière-toi! »

Le guerrier se retourna et vit huit Odjurwigs fonçant sur lui, se préparant à l'embrocher sur leurs lances enduites de poison. Arrivés à quelques mètres de lui, l'un des Odjurwigs émit un son signifiant une douleur atroce puis s'affaissa, pris de convulsions. Ichiuton sourit, ouvrant enfin les yeux pour contempler sa victime. L'Engeance du Soleil Noir prit sa dague et la lança avec grande vitesse en direction d'un autre Odjurwig, l'objet transperça le crâne de la bête malgré son casque. Il tomba sans vie sur le sol. Le serviteur de l'Indicible se pencha pour éviter le tranchant de la hache d'un des deux Odjurwigs qui se dressaient devant lui ; le premier perdit l'équilibre,  mais il demeura sur ses pieds. Lorsqu’il voulut repartir à l'assaut, il était face au guerrier noir qui lui trancha la gorge d'un revers de la main avant qu'il ne puisse se protéger, le second subissant le même sort avant de pouvoir comprendre ce qui lui arrivait.

« Maintenant tu vas te contenter de regarder, je ne compte pas te sauver la mise une autre fois ».

L'Engeance resta bouche bée. « Comment ose-t-il me parler ainsi ce mercenaire de malheur. Ils sont des dizaines ces Odjurwigs ! Ô Maître, je te prends à témoin, c'est la folie de cet homme qui va nous conduire à notre perte ! »

 

Une pluie de pierres enflammées illumina la pénombre, les arbres millénaires s'embrasèrent en plusieurs endroits. La température était glaciale mais la magie des Sorciers Odjurwigs n'en semblait pas affectée. Un rire sardonique rugit à l'endroit de l'impact. Ichiuton sortit du brasier en marchant, passa négligemment sa main gauche sur son armure noire tandis que son autre main faisait tournoyer sa boule de pics acérés à une vitesse croissante. Sous son armure, Ichiuton portait un vêtement de cuir renforcé sur lequel des morceaux de fourrure avaient été rajoutés pour pallier au froid d'Asgard. Le tout ne semblait nullement gêner le combattant et le protégeait efficacement des intempéries. Son armure n'était pas commune, n'ayant rien à voir avec celles que l'on pouvait croiser sur les champs de bataille. Son torse était protégé par une pièce unique qui l'entourait complètement. Il était d'usage de faire apparaître une musculature artificielle sur de telles pièces : ici rien de semblable. Le torse de métal était finement gravé ; diverses scènes semblaient représenter un chien à trois têtes affrontant des monstres et héros aux armures grecques aisément identifiables. Les épaules étaient protégées par trois segments d'armure : l'un remontait jusqu'au cou, le second couvrait largement l'épaule elle-même tandis que le dernier descendait jusqu'aux biceps. Les trois morceaux se superposaient idéalement, semblant assemblés par de fines chaînes permettant les plus amples mouvements. Une jupe de métal, pareillement articulée, protégeait le bas ventre. Elle aussi représentait trois scènes : sur chaque hanches trois pièces de métal superposées représentaient au total six combats du chien infernal. La pièce centrale, qui avait une forme de losange et qui protégeait directement les abdominaux et le bas ventre, représentait ce qui semblait être une constellation dans la voûte céleste ; la même pièce lui faisait face dans le dos au niveau du fessier. Le tout était relié par une ceinture de métal dont la boucle portait une maxime ciselée que l'œil avisé lisant le grec pouvait aisément traduire : « Cerbère, gardien des Enfers ». Les cuisses et les tibias étaient ceints par des pièces plus classiques, de multiples dessins géométriques rappelant l'origine grecque de l'ensemble. Le haut de chaque cuissarde se terminait en une forme triangulaire qui remontait jusqu'au bas de la jupe, les deux genoux étant identifiables aux deux pics qui fournissait une arme d'appoint redoutable. Un heaume de métal coiffait enfin la tête du guerrier sombre ; il était constitué d'une simple couronne ne protégeant nullement le crâne. Le visage était parfaitement dégagé, les joues protégées par de larges pièces semblables à une barbe stylisée, pièces remontant vers le haut du crâne sous forme de deux pics saillants tels des cornes. Le front portait quant à lui une barre de métal, ornée en son centre d'un petit écusson et reliant les deux pièces latérales avec harmonie. C'est d'ailleurs ce qui se dégageait le plus de cette armure : l'harmonie des formes, la beauté des lignes, rehaussant le noir de l'armure parcouru de temps à autres d'éclats bleu nuit.

« Regarde bien ce qui va suivre, admire le courroux du Cerbère ! »

 

Soudainement,  Ichiuton  aperçut une forme derrière ce qui semblait être le chef des créatures immondes. En un battement de cil, il se retrouva devant l’Odjurwig sorcier qui se préparait à lancer une nouvelle attaque. Il le prit par le cou et le souleva dans les airs pour le rabattre par la suite sur le sol. L'Engeance de l'Indicible observait la scène tout en se rapprochant. Tout à coup, trois Odjurwigs lui bloquèrent momentanément la vue et le passage. Le premier explosa dans une bouillie de sang sous l'impact d'une boule acérée, le second recevait un mortel cou de genou en plein thorax. Les huit membres des Odjurwigs ne semblaient d'aucun secours face au guerrier noir, pas plus que leur taille imposante. Ichiuton repoussa de son pied le troisième, se servant de lui comme tremplin pour accentuer sa vitesse. Sa grâce et son agilité étaient pour le moins surprenantes ; son armure ne le gênait pas, l'articulation des petites chaînes semblant jouer leur rôle à merveille. A plusieurs reprises, des Odjurwigs tentèrent bien de frapper à ce niveau, espérant briser l'un de ces fils de métal ; à chaque fois ce fut un échec, aucune arme ne semblant devoir entamer la résistance de cette armure.

 

« Il est temps d'en finir ! » hurla Ichiuton le sourire en coin. « Que le souffle Mortel de l'Airain vous anéantisse ! » Ses avant-bras, chacun protégé par une pièce d'armure recouverte de multiples mots se mirent à briller. Une onde d'énergie les traversa, irradia rapidement les deux poings du guerrier.

En un instant, la Forêt Ancestrale se figea. Le silence se fit, total, terriblement angoissant. Les Odjurwigs se regardèrent. Eux, anciens humains, n'avaient pas oublié les sentiments qui furent autrefois les leurs. Malgré leurs forces et leurs pouvoirs magiques, la peur les rattrapait. Qui était donc ce guerrier, ce sorcier, qu'allait-il déclencher ? Ils ne tardèrent pas à le savoir. Le guerrier noir fit tournoyer ses deux boules acérées au-dessus de sa tête, faisant naître une colonne d'air qui souleva à des centaines de mètres tout ce qui n'était pas solidement enraciné dans le sol. Bientôt, certains arbres s'envolèrent à leur tour. Tous les Odjurwigs furent emportés, la plupart périrent dans les chocs, en s'écrasant contre les arbres volant autour d'eux, en s'embrochant sur les armes de leurs camarades, pantins désarticulés et ridicules dans cette tourmente. Les quelques survivants furent achevés un par un par Ichiuton qui dansait dans les airs, sautant de victime en victime, écrasant ici le crâne de l'un, enfonçant un genou dans le thorax d'un autre, décapitant d'un revers de la main, écrasant au moyen de ses boulets infernaux. Lorsque tout fut fini seul demeurait le Serviteur pourpre, emporté dans la tourmente et grièvement blessé.

 

« Je t'avais dit que je ne te sauverai pas une nouvelle fois ».

Le serviteur de l'Indicible tenta de se relever à grand peine mais il comprit que ses fractures étaient trop nombreuses pour espérer en réchapper.

- Qui es-tu donc démon ? bredouilla-t-il péniblement.

- Moi ? Je suis Ichiuton, Guerrier Sacré Noir du Cerbère, au service de ton Maître. Rassure-toi, je vais achever cette mission : le rite s'accomplira, personne ne viendra troubler la lutte de ces guerriers d'Odin. Je ramènerai l'élu. Toi, par contre, tu mérites une plus belle mort. Je ne vais pas te laisser dans les bras gelés d'Asgard. Tu ne mérites pas non plus de finir embroché sur une lance d’Odjurwig, s'il en reste encore ... Non, tu vas connaître la mort douce de la bave du Cerbère. Oh, je ne dis pas que tu ne souffriras pas un peu, tout dépendra du temps que ton cœur tiendra. Le poison pénétrera tes chair et décomposera ton corps en quelques minutes si tu es résistant, quelques instants vu ton état, conclut-il en se ravisant sous le regard épouvanté du serviteur de l'Indicible.

 

Le coup fut bref. L'Engeance entendit Ichiuton prononcer « Rage du Cerbère ». Une nouvelle fois les poings du guerrier irradièrent et le malheureux sentit clairement deux crocs lui pénétrer l'abdomen bien qu'il ne les vit pas. La douleur fut terrible, le calvaire ne dura pas plus d'une minute. En quelques instants, le corps se décomposa, il n'en resta bientôt plus qu'une texture sanguinolente et fumante.

 

 

***

 

 

- C'est stupéfiant. Il semble clair que l'acuité des sens de ces monstres dépasse largement notre entendement.

- Tu as raison Gunther, tu as raison.

Thenséric se mit à faire les cent pas. Thrall, Yshba et Hanz étaient assis au coin du feu, trouvant quelques instants de repos bienvenus après leur course effrénée de trois jours à travers une tempête de glace continue. Le Seigneur de guerre sortit enfin de sa réflexion,  s'asseyant à son tour. Seul Gunther demeurait debout adossé au mur de bois de la pièce à peine éclairée par le feu et deux torches.

- Donc, les autres ont établi un campement à l'orée de la Forêt Ancestrale. Vous avez reçu pour mission de faire forger ici de nouvelles clés pour pouvoir poursuivre votre progression dans la crypte.

- Progression, compléta chef de Troudheim en plissant son large front, rendue très hasardeuse suite au retour précipité de l'armée de Nibelung. Le bruit que vous avez déclenché se serait propagé jusqu'ici et aurait convaincu cette horde de lever le siège pour protéger cet antre maudite.

- Dans un sens Troudheim est sauvé pour un certain temps. Maintenant vous n'aurez plus l'effet de surprise et vous aurez une armée entière d’Odjurwigs à affronter.

- Peut-être pas, nota Hanz. « En chemin, nous avons découvert les restes d'un champ de bataille très récent : une horde de dizaines d’Odjurwigs gisait par morceaux épars au cœur d'une parcelle de forêt totalement détruite ».

- Par endroit des arbres avaient été brûlés, les corps étaient dans un était lamentable. Ceux qui ont fait ça devaient être soutenus par de la magie, leur fureur valait bien celle de ces monstres à huit pattes.

- Cela n'a pas de sens Thrall, nos éclaireurs n'ont vu aucune armée étrangère dans nos terres, objecta Gunther.

- Les faits sont pourtant là seigneurs. Les Odjurwigs se battent contre un ennemi puissant. C'est peut-être ce fameux guerrier noir dont Lundrifr nous avait parlé lorsque nous l'avons découvert.

 

Cette dernière remarque d'Yshba plongea les cinq hommes dans un pesant silence, chacun tentant de démêler les fils de cette nouvelle intrigue. Finalement Gunther eut un éclair, ses yeux brillèrent de mille feux. Il venait découvrir la clé du mystère, il en était persuadé.

- Loki ! Loki a délégué ses meilleurs guerriers pour affronter la Déesse-Araignée et le Roi de Nibelung. Le Fourbe[i] désire prendre la place d'Odin et régner sur Asgard. La Déesse-Araignée et le Roi Sombre désirent détruire tout ce que nous connaissons et instaurer un règne de ténèbres.

- Loki nous viendrait donc en aide, fit Thenséric avec une moue dubitative. Nous devrons tirer cette histoire au clair. Pour le moment, profitons de cette diversion pour mener à bien notre propre mission : mettre un terme à la menace qui se cache dans cette crypte. De combien de clés avez-vous besoin ?

- Akurgal, qui a longuement étudié la Déesse-Araignée, pense qu'elle a transformé le sanctuaire d'Idunn en temple dédié à son propre culte. Aucun indice ne laissait envisager qu'il s'agisse d'un repaire du Roi de Nibelung, il a dû y rejoindre la Reine Araignée plus tard. En conséquence Akurgal pense qu'il y a une salle centrale et huit couloirs, soit le plan d'une araignée.

- Il faudrait donc huit clés ? questionna Gunther peu convaincu par la démonstration de Hanz.

- Une bonne dizaine au cas où, proposa Thrall. Au moins on sera certain de notre coup.

- Vous aurez vos clés. Repartez le plus vite possible. J'espère que vos compagnons ne se sont pas faits repérer et qu'ils seront capables de vous conduire à la victoire cette fois-ci.

Thenséric prit alors un air plus dur.

« Ne revenez que victorieux ou périssez pour Odin, vous n'avez plus le droit à l'erreur ».

 

 

 

 

Veillée d'arme

 

 

 

Le jour était levé depuis quelques heures à peine. Memnoch s'enfonça dans le campement. Après avoir enjambé les cordes qui maintenaient les tentes de peau et contourné les souches d'arbres séculaires, il parvint enfin à l'abri de la neige qui tombait drue et recouvrait sous son épais manteau les trois tentes asgardiennes. S'accroupissant sous le auvent de peau, il appela en murmurant dans l'obscurité :

« Vous dormez ? Eh, Dimitre, Bjarnulf, Meijuk ! Il serait temps de penser à nous entraîner, les autres ont déjà commencé ! »

Lui répondit un grognement qu'il reconnut aussitôt : Dimitre sortait péniblement de son lourd sommeil et le faisait savoir.

Memnoch repoussa la portière de la tente. L'intérieur n'était éclairé que par la faible lumière du jour qui filtrait par endroits entre les coutures des différentes peaux. Ces tentes étaient plus destinées à offrir un abri de fortune et les voyages les avaient déjà bien abîmées. Elles servaient toujours, offrant ici un bouclier contre la neige qui s'amoncelait sans bruit. Bjarnulf était assis sur une branche qu'il avait disposée en guise de siège, sa hache enchantée sur les genoux. Il tenait à la main une pierre à aiguiser dont il se servait pour affûter son arme. Ses cheveux tombaient sur sa poitrine, et il avait natté sa barbe. Le géant, qui dépassait Meijuk d'une demi-tête, adressa un large sourire à son visiteur tandis que les deux autres compagnons sortaient péniblement de leur sommeil.

- Comme tu le vois, je suis prêt. Ma hache tranchera de nombreuses têtes aujourd'hui, elle est affûtée comme jamais !

-  Je n'en doute pas, répondit Memnoch sourire en coin. J'ai hâte de te voir à l'œuvre. Bon, venez dehors : il neige, il fait froid, on n'y voit pas à un mètre, nous sommes hors de portée des Odjurwigs et des Elfes Noirs ; c'est le bon moment pour nous exercer un peu !

Meijuk s'étira longuement. « Les autres s'entraînent donc déjà. C'est bien, nous te suivons, les combats à venir risquent d'être les plus terribles que nous ayions livrés, il serait dommage de perdre la vie ici, dans cette forêt oubliée de tous ».

 

Une nouvelle fois la flèche manqua son but, frôlant de peu la cible offerte par la pomme de pin disposée sur une branche distante de plusieurs dizaines de mètres. Yshba décocha à son tour une flèche qui, elle, atteignit son but.

- Je ne comprends pas Thrall, comment fait-il ? Nous courons et d'un coup nous nous arrêtons pour tenter d'atteindre les cibles. Tu y parviens presque à chaque fois, je dirais que tu es un excellent archer. Mais lui y parvient à chaque reprise !

Thrall suivit Yshba du regard. Ulv le suivait comme son ombre tandis qu'il remettait en place une nouvelle série de cibles.

- Il est très doué, admit-il, il est vraiment très fort. C'est notre meilleur archer. Je me défends aussi, mais nous aurons besoin d'un autre. Hanz, concentre-toi, fais le vide. Coupe ta respiration et focalise-toi sur la cible. Tu échoues à chaque fois de très peu.

Alors même que l'Hindou les rejoignait pour une nouvelle course folle à travers les arbres, un blizzard balaya la clairière d'est en ouest avant de s'évanouir, abandonnant derrière lui un linceul de neige fraîche. « Thrym[ii] nous observe du haut de sa montagne », fit Hanz d'un ton méfiant emprunt de crainte. Et la course reprit. Pendant quelques minutes, les trois hommes accompagnés du loup apprivoisé slalomèrent à travers les arbres, ennemis factices recevant de temps à autres des coups d'épée comme s'ils menaçaient la vie des guerriers. Au signal d'Yshba, ses compagnons s'arrêtèrent, prenant le plus rapidement possible une flèche et bandant leurs arcs. Thrall décocha la première flèche, transperçant sa cible sans difficultés. « Ne pas respirer, faire le vide », pensa Hanz en bandant à son tour son arc. Cette fois-ci,  la cible n'échappa pas à son funeste sort.

- C'est mieux, commenta Yshba. Mais il faudra aller plus vite. Rappelez-vous que les Odjurwigs sont vulnérables au niveau du cou et des yeux. Inutile de viser le corps, leur cuir est trop dur et leurs armures sont de toute façon trop efficaces. Nous garderons nos flèches enchantées pour la Déesse-Araignée et le Roi Sombre.

- Trois archers ... j'espère que ça suffira.

- Il faudra bien, répondit Hanz en regardant Thrall avec appréhension. Les autres auront fort à faire au corps à corps, nous devrons viser juste pour éclaircir les rangs des Odjurwigs et leur éviter un funeste sort.

 

A l'entrée du campement, deux duels se poursuivaient. Rahotep croisait le fer avec Akurgal, Inyan affrontant de son côté Nibel. Leurs armes avaient été remplacées par des bâtons mais personne ne retenait véritablement ses coups, les armures de guerriers d'Odin et les rondaches renforcées de métal offrant une protection suffisante.

« C'est mieux mon ami, bien mieux ! Tu parviens à éviter mes coups, tu bouges beaucoup mieux. Tu ne fermes plus les yeux. Maintenant essaie de porter quelques coups, lorsque je baisse ma garde par exemple ».

 

Akurgal n'aimait pas se battre, il préférait étudier, lire, écrire, découvrir. Le tragique voyage vers Hattousa et la rencontre avec les membres de la secte de l'Indicible l'avaient cependant convaincu qu'il devait apprendre à se battre plus efficacement. Contre ces adversaires, il avait succombé à la folie meurtrière et avait libéré des pulsions dont il ne soupçonnait même pas l'existence. Pire, il s'était senti libre, apaisé. Il venait de faire montre d'une violence extrême et il avait été apaisé. Akurgal s'était juré d'apprendre à maîtriser ses émotions au combat, Rahotep l'ayant convaincu que seule une parfaite connaissance du combat pouvait l'aider. S'il apprenait à se battre, il maîtriserait sa propre violence et aborderait ces moments redoutables avec sérénité. Pour l'heure il restait du chemin à parcourir, Rahotep étant l'un des meilleurs combattants parmi ses compagnons. Il ne frappait pas aussi fort que Dimitre ou Bjarnulf, n'avait pas l'adresse à l'arc d'Yshba ou de Thrall. Il se contentait d'attendre le bon moment pour frapper mortellement, ses yeux décomposant avec aisance les moindres mouvements de ses adversaires.

Nibel suivait les recommandations d'Inyan à la lettre. Ce dernier était surpris ; à chaque fois qu'il était acculé, il dégageait une énergie incroyable et repoussait dès lors Inyan dans ses derniers retranchements.

- Tu devrais faire ça tout le temps ! Tu es rapide et bien plus fort que ta carrure ne laisse à penser. Regarde, tu m'as encore brisé mon bâton, dit Inyan.

- Pardon, rétorqua Nibel, et, prenant conscience de l'absurdité de sa réponse, il se tut pour se contenter de regarder ses pieds.

Inyan se rapprocha et prit son compagnon par les épaules. «  Que me racontes-tu là ? Tu viens encore une fois de me désarmer et tu t'excuses ? Tout le monde te prend pour un simple chanteur capable d'égayer nos soirées, alors qu'en réalité dès que tu n'as plus le choix tu te transformes en un terrible combattant. Je ne vois même plus tes coups, je ne peux plus parer ! Contre nos adversaires fais ça tout de suite, ne leur laisse aucune chance, tu risques sinon de le payer de ta vie ! ». Nibel  se contenta de souffler un timide « oui » et leur duel reprit.

 

- Alors avec cette potion les Odjurwigs vont devenir fous ?

- Ce n'est pas une potion, c'est une recette ; Fleur de Lotus blanc pilée et Larmes de Shiva. J'en ai récupéré en Astragoth.

Liu réajusta son casque et son manteau pour se préparer à sortir au dehors. Ryusei restait quant à lui perplexe devant la mixture, jouant nerveusement avec sa barbichette noire. « Viens, l'appela son compagnon, il faut de la neige pour lier le tout : nous la ferons fondre pour avoir de l'eau et ainsi je pourrais préparer des doses de poison pour nos dards ». Ryusei s'exécuta, s'emparant de son manteau. Il ne portait pas de casque, préférant laisser son catogan noir à l'air libre, dernier vestige de sa tribu des confins du Huang hé[iii].

- Où as-tu appris toutes ces recettes Liu ? questionna-t-il en se baissant auprès de son ami pour ramasser un peu de neige fraîche.

- C'est ma mère, dans mon village. Avant que je parte pour la Grèce, elle m'a enseigné son art.

- Drôle d'enseignement, d'autant que d'après ce que tu nous as raconté tu as quitté ta terre dans ton plus jeune âge !

- Peu importe, le résultat est là : grâce à ma mère et son enseignement, à mes propres découvertes, nous allons disposer d'un poison capable de foudroyer ces monstres à huit pattes !

Liu se releva et rejoignit la tente avec sa neige fraîche entre ses mains, suivi de son compagnon. Un petit feu suffit à faire fondre la neige dans le récipient de fer qui ne quittait jamais le maître empoisonneur. Soigneusement, il emplit une vingtaine de dards de son poison, Ryusei les disposant soigneusement dans deux ceintures prévues à cet effet. Le reste de la toxine fut enduite sur sa dague, Liu appliquant une couche de résine afin d'éviter toute évaporation intempestive.

- Avec ta résine, le poison n'aura plus d'effet, commenta Ryusei, sceptique.

- Au contact de la chaleur cette résine fond. Le sang a le même effet, ne t'inquiète pas, ta dague restera empoisonnée tout au long du combat. Moi je me contenterai de lancer mes dards, crois-moi qu'ils feront un carnage dans les rangs des hommes-araignées.

- Si tu le dis. Je garderai ma dague en cas de coups durs. En attendant je préfère me battre avec mon glaive : il est maniable, efficace, s'allie parfaitement avec l'enseignement en arts martiaux que j'ai reçu.

Il jeta un coup d'œil au dehors, apercevant Nibel et Inyan qui s'affrontaient dans un duel de plus en plus acharné.

- Tu vois Liu, c'est la première fois depuis longtemps que nous sommes si concentrés avant un combat .

- C'est normal ! Tout combat demande concentration !

- Ce n'est pas ce que je voulais dire. Pour la première fois depuis notre première traversée de la Forêt des Elfes Noirs, depuis cette attaque de notre campement, je crois que chacun ici, sans forcément le montrer, éprouve une certaine crainte.

« Tu oublies Astragoth, objecta le jeune herboriste. Là-bas non plus nous n'étions pas très fiers ».

Ryusei se retourna vers son ami, lui jetant un regard intense, presque livide.

« Oui, finit-il par lâcher, mais à Astragoth nous ne savions pas ce que nous allions trouver. Ce jour, nous nous apprêtons à affronter le Roi de Nibelung et, pire encore, une déesse ! »

 

 

 

La colère d'Odin

 

 

 

« Vous êtes les porteurs de l'espoir de notre peuple, vous êtes la colère d'Odin ! ». Akurgal se tut, rangeant délicatement le morceau de parchemin donné par le Seigneur de guerre à ses compagnons lors de la recherche des dernières clés.

- Ses paroles sont réconfortantes. Tout Asgard prie pour nous.

- Il faudra avant tout compter sur nous, Nibel.

Meijuk avait l'air sévère, comme la majorité de ses compagnons d'arme. Ils avaient convenu d'attaquer en plein jour. Les Odjurwigs préféraient la nuit, il fallait en profiter. Le groupe passa donc une dernière nuit dans le campement. Ils furent peu nombreux à dormir et partirent au lever du soleil, dont on ne distinguait qu'un faible halo à travers le brouillard givrant qui ne se levait pas depuis des jours. Arrivés en vue de la crypte, Yshba, qui était en éclaireur comme à son habitude en compagnie de Ulv, fut le premier à voir les changements ; les Odjurwigs avaient monté un camp fortifié autour du sanctuaire maudit. Une palissade de bois l'étreignait, des Elfes Noirs montant la garde sur les remparts de fortune tandis que les Odjurwigs vaquaient à leurs occupations forts de cette protection.

- Je suis monté en haut d'un arbre, raconta-t-il, j'ai tout vu. Ils attendent une attaque frontale, il sera difficile de passer inaperçus. Même en les arrosant de nos flèches, il en restera toujours pour donner l'alerte.

- Foutre ! Elles ont oublié d'être sottes ces bestioles. Comment allons-nous faire ?

Dimitre regarda Hanz qui semblait perdu dans ses pensées. Il se mit à rire. « Mais nous allons foncer dans le tas, tout droit, par la porte d'entrée, et nous allons tous les pulvériser ».

Les regards se tournèrent vers le Caucasien qui riait de plus belle. Bjarnulf arbora à son tour un sourire carnassier.

- C'est vrai, c'est un excellent plan : ils ne s'attendront pas à voir une si petite troupe foncer droit devant à travers leur porte d'entrée. Quelques coups de hache et elle volera en éclat. Les archers nous protégerons en arrosant cette vermine de leurs traits. Une fois dans le camp nous sèmerons le chaos.

- Ça me plait ! Les plans les plus simples sont les meilleurs !

- Memnoch tu déraisonnes ! Vous perdez la tête tous les trois, ils sont des dizaines, des centaines peut-être.

- Quelques dizaines pas plus, objecta Yshba l'air assuré. Je n'ai vu que des Elfes Noirs et des Odjurwigs sans armures.

- C'est un piège dans ce cas, leurs plus puissantes troupes sont cachées, certainement dans la crypte.

- Tu as raison Akurgal. Mais de toute façon nous devrons les affronter tôt ou tard. Dans la crypte, le nombre ne sert plus à rien, les couloirs les empêcheront de nous encercler. Et puis, qui sait, leurs meilleurs Odjurwigs sont peut-être tous morts sur le camp de bataille que Thrall, Yshba et Hanz ont découvert. Alors je pense que ce plan est le bon. Fonçons.

Rahotep, si posé et réfléchi, semblait convaincu par le plan de Dimitre. Il emporta la décision. Hanz, et ses deux compagnons archers se postèrent de manière à couvrir au mieux la progression des guerriers. Le premier devait s'occuper des gardes en faction devant la porte et dans les deux petites tours qui la surplombaient : six cibles. Yshba devait nettoyer la palissade est tandis que Thrall devait s'occuper de l'autre. Au total ils avaient chacun une dizaine de cibles. Il fut convenu que les plus forts fonceraient en premier : à eux la charge d'abattre la porte : Meijuk, Dimitre, fier de son dernier exploit, Bjarnulf seraient de ceux-là. Les autres se répandraient dans le campement le plus vite possible, tel un essaim fondant sur sa victime. Il fallait aller vite, crier, hurler, éructer, semer le trouble, tuer, détruire. Cette tornade porteuse de la colère d'Odin devait agir vite et frapper très fort. Nibel et Ryusei avaient la charge de foncer directement vers la porte de la crypte pour éviter qu'elle se referme et devaient en défendre l'entrée coûte que coûte. Au signal le tumulte se déclencha.

 

Les archers accomplirent leur tâche avec une aisance extraordinaire. Les flèches volaient à travers les arbres, touchant mortellement chaque garde qui était atteint. Avant qu'ils ne puissent voir d'où venaient les projectiles, tous furent morts. L'un d'eux tomba à la renverse aux pieds d'une Odjurwig qui déclencha l'alerte. Au même moment, les guerriers d'Odin jaillirent de la brume en poussant des cris de guerre qui tétanisèrent les humanoïdes : on eut dit qu'une armée entière venait prendre leurs vies. Ils entendirent bientôt les coups de hache portés sur la porte qui ne tarda pas à céder dans un éclat de givre. Il fallait réagir, vite, avant que ces hommes ne pénètrent dans la crypte. Trop tard : deux d'entre eux étaient déjà devant la porte et en interdisaient l'entrée. Un signe, un assaut. Deux Odjurwigs  subirent leur courroux, Liu et Ryusei montrant des trésors d'agilité pour éviter les assauts maladroits des humanoïdes. Plus loin Aligoth et Rachatk tombaient sous les coups de Memnoch et de Dimitre. Leurs membres gisaient à côté de leur corps percés en de multiples endroits. « Il n'y a plus rien à faire, pensa le Odjurwig. Nous sommes perdus, les autres ne viendront pas nous aider, Elle court un grand danger ». L’Odjurwig, devant l'urgence de la situation se précipita derrière la crypte. Loin des regards, il entrouvrit une porte. Non, il n'était pas loin des regards, la hache de Meijuk venait de se ficher dans son abdomen. Inutile de crier, il était trop tard. Il allait périr, mais il avait réussi : « il » était libéré, la Maîtresse avait maintenant tout son temps pour préparer la défense de la crypte. Peut-être même qu'elle n'aurait pas en s'en soucier.

« Oh déesse, je vous donne ma vie, pour votre gloire éternelle ! »

Comme tous ses frères, Huileigk périt sous les coups de la colère d'Odin.

 

Une paire d'yeux jaunes luminescents, le haut de la tête noire et l'articulation des ailes émergeaient seuls de l'eau putride tandis que le reptile se rapprochait de la source de lumière opaline. Il attendait patiemment depuis des années, depuis que le Roi de Nibelung l'avait trouvé en compagnie de nombre de ses pairs dans les entrailles de la terre. Il était jeune, c'était la première fois qu'il voyait réellement la lumière du jour et ses yeux devaient s'y habituer. Il commençait à être assez gros et fort pour s'attaquer à des proies de taille humaine, il avait déjà eu l'occasion d'en massacrer quelques unes ... des esclaves du Maître des Ombres.

 

Les intrus étaient nombreux et armés comme ses sens aiguisés le perçurent. Le combat qui faisait rage au dehors l'emplissait de colère, il avait envie d'en découdre, de combattre, de défier ces humains si fragiles, si faciles à terrasser. Après il serait libre. Dans l'eau trouble, les yeux jaunes et les écailles noires passaient aisément pour des reflets et des ombres projetés par la torche. Il attendait un moment propice pour happer Meijuk et le dévorer au calme. Il pourrait s'occuper des autres dans un second temps, lorsqu'ils viendraient à sa rescousse ; les humains aiment aider les faibles, il est si aisé de les attirer dans des pièges. Quoi qu'en pensaient certains hommes, les dragonnets et dragons étaient des animaux d'une intelligence parfois supérieure à celle des humains. Un de leur maître, le sage Suvidsastr, passait pour avoir l'intelligence d'un dieu.

 

Inyan arriva près de Meijuk. Il le regarda avec circonspection. Le montagnard semblait avoir entendu quelque chose dans la pièce ouverte, il n'osait s'avancer davantage.

- Tu as vu quelque chose ? C'est un nouveau couloir ? Inyan se pencha en avant pour sonder  la pénombre et eut un mouvement de recul en sentant l'odeur nauséabonde qui se dégageait du passage.

- C'est rempli d'eau, ça pue. Je crois bien avoir entendu quelque chose bouger là-dedans. Comment ça se passe là-bas ?

Inyan porta sa main au visage pour ne plus sentir les effluves pestilentielles.

- Dehors c'est fini, tout est nettoyé, nous allons pouvoir entrer dans la crypte, lâcha-t-il.

- Il faut entrer. Nous ne pouvons laisser un danger derrière nous, nous devons en avoir le cœur net. Va chercher Memnoch et Dimitre.

 

Inyan revint accompagné de Memnoch, Dimitre et Bjarnulf. Les autres gardaient la porte d'entrée. « Faites vite », avait averti Akurgal, « le temps joue contre nous ». Meijuk entra le premier, hache au point ; puis comme un frisson parcourait son échine, il se rappela l'endroit où il était. Il détestait les endroits clos. « Avançons... ». Il laissa finalement passer devant lui tous les autres compagnons, sentant instinctivement que quelque chose n'allait pas. Puis Bjarnulf passa. Un bref mouvement se fit derrière lui. Soudain une masse noire et huileuse sortit des eaux sur le retardataire. Un souffle acide et âcre emplit l'air de sa puanteur. Nul n'avait réussi à réagir... Nul sauf Meijuk. Il se jeta sur la créature, tranchant dans le cuir mou des ailes. Son hurlement se mélangea avec celui du dragonnet, un cri de rage teinté de terreur à la vision du saurien. Le couloir empêchait ceux de devant de faire quoique ce soit, Memnoch lui essayait de se concentrer pour lâcher une décharge d'énergie. La queue du dragonnet frappa le mur, ouvrant une brèche sur un autre égout. Un nuage verdâtre envahit la scène du combat, la rendant encore plus confuse. Puis le reptile remplit ses poumons, la hache de glace coincée dans l'épaule, Meijuk écumant sa soif de vaincre à l'autre bout. L’atmosphère fut saturée d’une nuée de petites gouttelettes mortelles. L'explosion faillit souffler les aventuriers. Il ne restait devant eux qu'un tas de gravats. Memnoch avait disparu.

 

Une fois de plus, les réflexes du guerrier lui sauvèrent la vie. Il se jeta de côté, évitant de peu la gueule qui s'abattait sur lui alors que le reptile émergeait de l'eau sale. La surprise ayant échoué, l'animal essaya d'étourdir Memnoch d'un coup d'aile ou de le projeter dans l'eau d'une patte griffue, soulevant des gerbes brunâtres et faisant un vacarme qui devait s'entendre à plusieurs intersections à la ronde.

En réponse à ce remue-ménage, ses compagnons chargèrent à leur tour. La hache de Bjarnulf à l'éclat cristallin se logea dans l'épaule du dragonnet alors qu'il réussissait à attraper Inyan par le bras et se préparait à s'enfuir avec sans demander son reste. Fou de douleur, l'animal se retourna, délogeant l'arme et se préparant à faire face au guerrier, heurtant de la queue un mur miné par les infiltrations d'eau qui céda comme une feuille de parchemin mouillé. L'armure de cuir qui protégeait le bras d'Inyan se déchira, le libérant et l'envoyant vers ses amis la tête la première dans le canal peu profond. L'animal, de rage, éructa et l'air s'emplit d'acide.

 

Dimitre se jeta de côté en entendant l'inhalation caractéristique. Mais le couloir était trop étroit pour bien esquiver, songea-t-il en poursuivant son plongeon à travers le mur rongé, les yeux, les narines et les bronches en feu sous l'effet des gouttelettes d'acide qu'il avait tout de même respirées. Le liquide corrosif provoqua l'effondrement d'une partie du plafond et des murs touchés, coupant le couloir en deux. Lorsque le guerrier put à nouveau ouvrir les yeux et respirer normalement, il constata que son glaive gisait hors de portée tandis que le reptile s'engouffrait dans l'ouverture avec une lueur vindicative dans le regard devenu d'un jaune vif sous l'effet de l'excitation. Un autre jet d'acide aurait réglé le compte du serviteur d'Odin mais l'aurait rendu immangeable aussi fut-ce une bataille au corps à corps qui s'engagea entre les deux adversaires. Le dragonnet n'était pas énorme, pas plus de deux mètres de long, mais la faim, la férocité de sa race et ses armes naturelles semblaient l'avantager par rapport à son adversaire.

 

Les compagnons regardèrent l'effondrement avec une stupeur consternée. Cette fois-ci, ce n'était pas qu'un simple tas de gravats : c'était un mur de pierre. Dimitre était seul face au monstre, il fallait  détruire au plus vite cet obstacle et le rejoindre. Marmonnant quelque chose entre ses dents, Meijuk poussa une première pierre de côté lorsque les vapeurs acides retombèrent un peu, découvrant avec soulagement que les blocs s'effritaient comme s'ils étaient de craie. Les aventuriers eurent vite dégagé un passage, se demandant à chacun des rugissements qui leur parvenaient de l'autre côté qui en était l'auteur. Ils se souviendraient sans doute longtemps de la scène qui se révéla à leurs yeux ébahis quand ils eurent ouvert un passage à travers les gravats tendres et franchi la brèche ouverte par le passage des combattants, couvrant d'un œil inquiet le plafond pour le cas où d'autres blocs s'en seraient détachés.

 

Perché on ne savait comment sur le dos du dragonnet après avoir subi plusieurs coups de griffes aiguisées comme des rasoirs, Dimitre faisait de son mieux pour ne pas se faire désarçonner par son étrange monture, gênant de ses jambes le déploiement des ailes tandis que l'animal essayait avec des sifflements rageurs de prendre assez d'élan pour heurter son échine au plafond. Sentant l'approche des alliés de son tourmenteur, il racla de son dos l'un des murs avec suffisamment de violence pour le faire trembler et déclencher une nouvelle chute de débris, laissant le guerrier sonné derrière lui et se retournant juste le temps pour bloquer le passage avec une nouvelle nuée d'acide avant de prendre la poudre d'escampette, le ventre encore plus creux que quelques minutes plus tôt et affligé d'une blessure qui augurait pour les jours à venir d'un régime à base de rats ... ou de restes d’Odjurwigs.

- On dégage, et vite ! Je ne tiens pas à le revoir accompagné de toute sa famille ! hurla Inyan.

- Quelle aventure ! Cette journée sera grandiose !

- Dimitre, il aurait pu te tuer ce lézard. Comment peux-tu ...

- Dragon, jeune dragon, objecta Dimitre. « Je n'en avais entendu parler que dans les légendes de mon village, et dans les chants de Nibel. Tu te rends compte de la chance que nous avons eût ! Il est rare de voir une telle bestiole ! »

- La prochaine fois, laisse-nous un morceau.

- Memnoch a raison, compléta Bjarnulf l'air agacé, « la prochaine fois attends-nous ... je n'avais jamais affronté de dragon moi ! »

 

Le groupe revint auprès de ses compagnons d'arme. Le temps n'était pas encore aux histoires. Rahotep s'avança le premier dans la crypte dont la porte principale était ouverte. « Il y a du bruit, on nous attend, nous avons entendu des sifflements d’Odjurwigs là-dedans ». Au discours emprunt d'inquiétude de Liu, Bjarnulf répondit avec un grand sourire : avec un peu de chance, un autre dragonnet les attendait !

 

 

 

 

Pris au piège

 

 

Le couloir n'était pas gardé. Les guerriers d'Odin avancèrent prudemment, se préparant à subir les assauts furieux de défenseurs acharnés. Rien ne vint. Aucun sort, aucun piège ne vint gêner la progression. Le couloir était tel qu'ils l'avaient laissé lors de leur première incursion ;  cette fois-ci Akurgal ne s'attarda pas auprès des écrits même s'il avait amené avec lui un recueil lui permettant de traduire d'éventuels textes. La tension était à son comble et, comme ses compagnons d'arme, il se concentra sur la porte qui leur barrait le passage.

 

« A toi de jouer Ryusei ».

Suivant les recommandations d'Inyan, Ryusei sortit une des clés de sa besace et l'introduisit dans l'orifice central de la porte ; comme attendu elle disparut dans un léger éclat de lumière. Ryusei fit un pas en arrière, Hanz, Thrall et Yshba bandèrent leurs arcs en direction de la porte. Ulv semblait calme, « il n'y a personne derrière » assura l'Hindou. Calmement, Inyan poussa la porte qui pivota sur elle-même, libérant un nouveau passage vers un couloir totalement plongé dans les ténèbres. Assez vite, les héros se rendirent compte qu'il n'y avait pas d'emplacement pour une quelconque torche ; Meijuk et Dimitre allumèrent chacun une torche qui illumina faiblement le couloir.

- Cette odeur .... ça pue la moisissure. Regardez ces toiles d'araignées, il y en a partout !

- Pas la peine de geindre Liu, on a vu pire tout à l'heure, pesta Dimitre. Allez, on avance ou on reste là à discuter ?

 

Toussant et se débarrassant au fur et à mesure des toiles d'araignées qui se collaient à leurs armures, le groupe poursuivit. De plafond voûté assez bas, elle ne semblait pas avoir d'autre issue que celle que venait d'ouvrir le mage de noir vêtu. A la lueur de la torche de Meijuk qui ouvrait maintenant la marche se devinaient des murs clairs de pierre brute, et un sol de même facture quoique plus lisse. « Des finitions trop poussées pour un espace destiné à être entièrement condamné et jamais visité », songea Rahotep, en explorant l'endroit avec prudence, se fiant plus à ses autres sens qu'à ses yeux. Akurgal lui pensait la même chose et lui murmura qu'il devait s'agir d'une partie de l'ancien temple ; l'antre de leurs adversaires devait se trouver plus loin dans la pénombre. Soudain, Meijuk sentit du vide sous la pointe d'un de ses pieds. Un souffle glacial éteignit sa torche, poursuivant sa course jusqu'à celle de Dimitre.

« On ne voit plus rien maintenant, rallumez vos torches bon sang ! »

La supplique de Liu ne fut pas appliquée : l'air était désormais trop instable, le souffle des entrailles de la Terre rendant vaine toute tentative de rallumer les torches. Tâtonnant, Meijuk trouva qu'il y avait là un trou circulaire. Un escalier ? Il ne trouvait pas les premières marches. Il appela les autres pour leur faire part de sa découverte, mais ils s'approchaient déjà, intrigués par le manège du montagnard tournant autour d'une partie de sol qui leur semblait tout à fait ordinaire. Une faible lueur verte éclairait maintenant le couloir, des mousses phosphorescentes ayant visiblement absorbé une partie de la lueur des torches. La vision n'était pas extraordinaire, mais du moins ils percevaient un peu mieux leur environnement : et ce qu'ils voyaient à présent était que leur compagnon avait disparu ! Apercevant enfin l'orifice juste avant de tomber dedans, ils ne purent que constater également l'absence de marches. Une faible odeur acre et des crépitements réguliers leur firent reprendre leurs esprits.

- Où sommes-nous donc ? s'inquiéta Ryusei. « Nous avons bien fait une chute de plusieurs mètres. Tout le monde va bien ? »

- Pas de casse merci, répondit Memnoch en tâtonnant le sol humide.

Nibel sentit le premier l'onde d'énergie les frapper. Plaqués au sol, ils ne purent réagir lorsque le sol s'inclina subitement, faisant glisser les serviteurs d'Odin dans un corridor puant, humide, empli de toiles d'araignées et de racines déchirant les parties non couvertes d'armure. C'est le visage pour la plupart en sang qu'ils atterrirent sur le sol pavé de pierre noire. Ils étaient enchevêtrés les uns sur les autres, certains plus sonnés. Le premier, Dimitre se releva et tenta de rallumer sa torche. Acte inutile ; en quelques secondes la salle où ils avaient atterri s'éclaira d'un halo bleu. « Cette fois-ci nous y sommes », commenta simplement Inyan.

 

La pièce faisait dix mètres sur dix avec, en guise de plafond, un trou béant inondé de noirceur. L'endroit s'ouvrait sur deux portes ; la première menait à une pièce aménagée pour des Odjurwigs ou des Elfes Noirs : il y avait de la nourriture, des armes, des espaces visiblement destinés au sommeil. Une bonne vingtaine de personnes pouvaient y être accueillies, il n'y avait pas de pièges visibles, la salle avait été occupée assez récemment d'après Thrall qui faisait parler ses instincts de chasseur. La seconde porte ouvrait sur un couloir de forme ovoïdale ; là encore les murs étaient en pierre noire, parcourus de textes en écriture cunéiforme, semblables à ceux découverts dans l'entrée de la crypte. A gauche et à droite, quatre portes de métal disposant d'orifices pour des clés telles que celles forgées à Troudheim. Au fond une porte de forme ronde sur laquelle une araignée était gravée. Chacune de ses pattes était percée à son extrémité par une concavité de forme octogonale.

 

« Voici le moment de l'Epreuve, commenta Akurgal en déchiffrant l'un des textes. Adorateur d'Allani-Ettitu, toi qui désire devenir l'un de mes prêtres, passe avec succès mes épreuves et rejoins-moi. Triomphe et tu connaîtras la gloire et l'immortalité. Échoue et tu deviendras l'un de mes humbles serviteurs. »

 

- C'est quoi cette histoire ? Nous ne sommes pas venus pour devenir des prêtres de cette Allani-Ettitu ! Et puis c'est cette mégère ? s'emporta Hanz qui semblait oppressé par l'atmosphère de l'endroit.

- Allani-Ettitu, la Dame Araignée, murmura Akurgal les yeux perdus dans le vide. « Voici le nom de la Déesse-Araignée ! »

Rahotep resta de marbre et analysa la situation avec calme : « Ce texte ne s'adresse pas à nous. Nous venons au moins de découvrir deux choses : premièrement cette crypte est dédiée uniquement à la Déesse-Araignée : le Roi de Nibelung, s'il est avéré qu'il s'y trouve, a rejoint cette déesse pour des raisons que nous devrons découvrir. Ce qui est certain, c'est que son antre ne se trouve pas ici. Seconde chose : la Déesse-Araignée recrute ses prêtres depuis des années, des siècles peut-être au cœur même d'Asgard. Elle a dû méditer ses méfaits contre Odin depuis très longtemps, nous devons être sur nos gardes.

- Autre chose, si tu permets Rahotep. Ce texte que je viens de lire est en écriture archaïque mésopotamienne : la Déesse-Araignée et mon pays de naissance sont liés, la preuve est cette fois-ci définitive, le texte du couloir n'était pas un accident. Allani-Ettitu est bien une entité de mes terres !

Nibel s'interrogea ouvertement : « Mais pourquoi le Roi de Nibelung aurait rejoint cette déesse étrangère à la terre d'Asgard ? »

- Une alliance de circonstance je suppose ; la Déesse-Araignée donne du pouvoir, des Odjurwigs, des connaissances magiques, le Roi livre ses troupes, des armes, et mieux encore, une cache dans un royaume oublié de tous.

- Tu penses donc Inyan qu'Allani-Ettitu serait avec le Roi Sombre depuis des siècles ?

- Et pourquoi pas ! Depuis le début nous sommes manipulés : on se retrouve à Hattousa, l'Indicible tente de se servir de nous pour récupérer ses Télépinous[iv], nous nous retrouvons ici, Odin se sert de nous dans sa guerre contre les ennemis d'Asgard, les Grecs sont manipulés à leur tour, nous nous retrouvons à ouvrir Astragoth par mégarde[v] ... Alors oui Akurgal, je pense tout à fait possible que la Déesse-Araignée prépare son coup depuis longtemps. Je crois même que les dieux jouent avec nous, nous ne sommes que des pions dans un affrontement qui nous dépasse. Mais nous sommes, pour une raison qui m'échappe, des pions essentiels !

Le silence se fit, chacun repensant les mots d'Inyan qui transpirait à grosses gouttes. Finalement Meijuk s'approcha de lui.

- Tu as peut-être raison. Mais cela importe peu. Nous sommes des amis, des frères. Je me bats pour Odin qui m'a accueilli, mais je me bats surtout pour vous, pour que nous puissions vivre dans un monde libéré de tous ces monstres. Alors peu m'importe de savoir ce que font ici la Déesse-Araignée et ce Roi de malheur. Ils menacent des innocents, ils sèment la mort, qu'ils disparaissent donc sous nos coups.

- Ouais ! Bien parlé Meijuk ! Ils vont tâter de ma hache ! Moi, Bjarnulf, je jure de tous les renvoyer en enfer s'ils s'y plaisent tant !

 

Regonflés par ces paroles et oubliant pour un temps le vague à l'âme d'Inyan, les serviteurs d'Odin se replièrent dans la salle de vie qu'ils avaient découverte. Ils n'avaient aucune échappatoire possible, il faudrait vaincre et espérer trouver une sortie à travers l'une des portes découvertes. Dans un premier temps, Akurgal se proposa de traduire tout ce qu'il pouvait à partir des murs ; les guerriers convinrent qu'il ne fallait pas se jeter tête baissée dans un éventuel piège. Il ne tarda pas à trouver la solution. Bientôt ils seraient devant la menace infernale qui planait sur Asgard depuis trop longtemps. Inyan avait quant à lui pu exprimer au grand jour une de ses phobies les plus terribles sans subir les quolibets de ses compagnons ... son amour propre était épargné ![vi]

[i] Surnom donné à Loki, divinité reconnue et redoutée pour sa ruse et ses traîtrises.

[ii] Divinité aussi connue sous le nom de Maître des Géants de froid, déjà croisée par nos héros dans le livre I, chapitre VI.

[iii] Fleuve Jaune, Chine actuelle.

[iv] Voir le premier livre,  Prélude.

[v] Voir le second ouvrage,  Une nouvelle vie.

[vi] Voir le premier livre,  Prélude, l'épisode de la grotte à araignée géante.

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