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Hades Glory

"Cours, vole et brûle tes ailes au soleil, dieu du ciel. Alors le souvenir de ta gloire sera éternel"
 
Le coup qui était destiné à abattre le maître de la mort avait été porté avec une violence inouïe et la déesse qui l’avait reçue, en dépit de la protection que lui offrait son armure divine, avait su à cette seconde même qu’elle n’allait pas en réchapper.
 
Lorsque l’éclair se dissipa, la déesse de la guerre était encore debout, pareille à elle-même, noble dans cette pose où la douleur l’avait surprise. A première vue on aurait pu penser qu’elle était indemne mais un détail n’avait pu échapper aux dieux qui l’entouraient : toute trace de son cosmos avait disparu.
 
Pendant quelques secondes, elle resta sublimement immobile puis le sceptre du grand Zeus se retira de son corps dans un horrible bruit de succion, ouvrant une plaie béante dans son ventre. Le sang commença à ruisseler et la déesse s’affaissa progressivement sur elle-même sans un cri. Elle tomba littéralement dans les bras d’Arès accouru pour la soutenir sous le regard navré de leur père.
A quelques mètres de là, le dieu de la mort tomba à genoux, ses yeux rivés vers le sol, refusant d’admettre une réalité qui l’épouvantait : Athéna allait mourir à cause de lui.
 
Le dieu de la guerre soutenait sa déesse, sa reine, son égérie, sa sœur. Il prit sa main dans la sienne et l’étreignit avec ferveur.
 
« Athéna ! Tiens bon ! »
 
Les yeux d’Athéna s’ouvrirent péniblement, ses paupières étaient très lourdes et semblaient écraser ses pupilles de tout leur poids.
Dans un geste d’une extrême faiblesse elle leva sa main vers le ciel, Arès la prit immédiatement dans la sienne mais il réalisa vite que telle n’était pas l’intention de sa sœur : celle-ci venait de déplier son index et fixait un point à l’horizon.
Le dieu guerrier se retourna dans la direction qui lui était désignée et ses yeux embués de larmes rencontrèrent la couleur d’or des pupilles du dieu de la mort. Un faible son traversa la frontière des lèvres peintes de mauve de la divinité. Répondant à son inaudible appel, son éternel ennemi se remit lentement sur ses pieds et s’obligea à la fixer dans les yeux tandis qu’il approchait lentement.
 
En voyant arriver ce monstre, Arès fut soulevé par une bouffée de rage et en dépit de ses blessures ouvertes il s’interposa devant Athéna.
 
« T… toi qui es le responsable de tout ! Ne… ne t’approche pas d’elle ou alors je te… !! »
 
Hadès aurait pu écarter cet importun d’un éclat de sa cosmo énergie, il aurait pu rétrécir l’espace pour se téléporter au chevet d’Athéna sans qu’Arès en eût conscience mais au lieu de ça, il continua à avancer.
 
« Tu l’auras voulu !! »
 
Arès avait mis toutes ses forces et sa haine dans ce coup de poing, il voulait enfin voir se décomposer ce visage impassible, y voir enfin de la douleur ! Mais ce fut comme s’il était passé au travers d’une ombre : son poing n’étreignit que l’air et quelques mèches de cheveux et pourtant il en était sûr : son adversaire n’avait pas bougé d’un cil.
Passant à sa hauteur, celui-ci se contenta d’articuler distinctement un seul mot.
 
« Place. »
 
Arrivé devant Athéna, il resta debout devant sa plus fidèle ennemie. Sa présence parut pourtant rassurer la déesse de la sagesse qui sembla y puiser la force de parler.
 
« Hadès… Toi, le maître de la mort, tu sais quel est mon dernier désir. Alors je t’en prie exauce-le. Fais-moi retourner au ciel. »
 
Hadès se pencha sur la déesse et apposa sa main sur son cœur.
 
« Il ne nous reste plus beaucoup de temps. Je vais devoir prendre ta vie, tu le sais. »
 
Ce n’était en aucun cas une excuse ou une question, juste une constatation.
 
« Oui… je le sais Hadès… pour que Saori vive, il faut qu’Athéna meure, cette fille… je lui ai volée sa vie… alors si ma vie à moi peut être le socle de sa nouvelle vie… j’en suis comblée. »
 
Hadès approuva silencieusement. Les hôtes des dieux ne pouvaient retrouver la vie que si les divinités qui les habitaient mourraient, il le savait et elle le savait. C’est pourquoi sa main ne trembla pas lorsqu’il l’éleva au dessus du cœur de la déesse.
 
« Qu’il en soit ainsi. »
 
« Arrête !!! »
 
Arès avait saisi le poignet de la Mort avec une force que l’on n’aurait pas soupçonnée chez lui au vu de ses blessures, l’empêchant totalement de s’abattre sur sa proie.
 
« Lâche-moi Arès. Tu l’as entendu comme moi : Athéna souhaite que je prenne sa vie pour conserver celle de Saori. Si tu l’aimes, alors laisse-moi accomplir mon office avant qu’il ne soit trop tard. 
- Mais… mais c’est impossible !! Pourquoi sauver cette mortelle alors que nous pouvons préserver Athéna ? »
 
Hadès ferma ses paupières et délivra sobrement la sentence qui résumait son existence.
 
« Je ne donne pas la vie mais la mort. »
 
Athéna dédia alors un regard suppliant à Arès qui sentant son cœur défaillir consentit finalement à lâcher prise. A ce moment, plus rien n’empêchait plus le dieu de frapper, pourtant plusieurs secondes s’écoulèrent dans l’attente sans que rien ne se passe.
 
« Qu’y a-t-il Hadès ? Cela ne te ressemble pas d’hésiter à prendre une vie.
- Athéna… quand je t’aurai tuée, ton corps redeviendra la propriété de Saori Kido et tu cesseras d’exister. Es-tu certaine de vouloir cela ? »
 
Athéna leva à nouveau sa main droite et l’amena doucement vers la joue du dieu de la Mort.
 
« Toi qui as rencontré Dieu, tu dois savoir que son cœur est bon… il lui arrive même parfois de donner une nouvelle vie à ses créatures, tu en es la preuve. »
 
Hadès saisit la main de la déesse, tentant de retenir sa douce chaleur contre sa joue puis, dans un élan surprenant, il déposa un baiser sur sa paume.
 
« Oui Athéna, c’est un dieu d’amour et peut-être un jour te rendra-t-il la vie ? Tellement d’années passées à nous combattre… et c’est seulement maintenant que nous commençons à nous comprendre.
- Oui, nous avons attendu si longtemps… nous nous reverrons un jour, il n’y a pas de hâte à avoir. »
 
Athéna souriait à présent, ses dents blanches soulignant le contraste de ses magnifiques yeux émeraude avec ses cheveux mauves. Elle souriait toujours quand son cœur fut transpercé par une lame implacable qui éclaboussa de sang son doux visage.
Au bout de son bras, l’héritier de Cronos sentait les battements du cœur de la déesse ralentir, devenir de plus en plus irréguliers. La main de celle-ci caressait toujours sa joue mais à ce moment un fait incroyable se produisit : un éclat de diamant coula depuis la commissure de l’œil du dieu et tomba sur les lèvres peintes de la déesse de la sagesse.
Pour sa meilleure ennemie, le dieu de la tristesse avait versé une seule larme : la première de sa nouvelle vie.
 
Les yeux d’Athéna pétillèrent pour la dernière fois en voyant ce spectacle.
 
« Hadès… si tu savais… combien je suis heureuse… de t’avoir fait… de… la… peine. »
 
Ses yeux se fermèrent une dernière fois sur l’éternité qui ne brillait que par leur éclat. Un éclair déchira alors le ciel et une pluie aussi froide que la glace se répandit sur l’Olympe tandis que sur Terre chaque être humain sentit son cœur crier de douleur d’avoir perdu un être cher. L’armure divine qu’elle portait se désolidarisa de son corps inerte et prit son envol pour redevenir la statue géante du sanctuaire de pierre.
 
« Non… c’est pas possible… Athéna… NON !!!!! »
 
Le cri de douleur d’Arès fut repris en écho sur toute la Terre, générant un bruit assourdissant.
 
Hadès, lui, ne paraissait pas troublé. Dans sa main pleine de sang brillait une petite sphère lumineuse qui semblait émaner du corps de la déesse morte.
Sans un mot, il saisit le globe dans le creux de sa main puis souffla doucement dessus pour en ranimer la flamme. C’était l’âme de Saori si longtemps retenue captive.
 
Toujours dans le même silence sentencieux, il replaça la petite lumière à l’endroit où se trouvait le cœur percé et attendit que la blessure fût refermée. Puis, lentement, doucement, il prit le corps inerte dans ses bras et le souleva, faisant face à Arès.
 
« Prends-la. Ramène-la sur Terre où est sa place.
- Mais… elle est comme morte.
- Elle vivra… oui, elle vivra… car une grande déesse a donné sa vie pour elle. »
 
Arès reçut cette nouvelle vie comme son bien le plus précieux, en contemplant ce visage si serein il ne parvenait pas à se faire à l’idée que celle qu’il aimait avait quitté ce monde. Avant qu’il ait pu commencer sa question, le dieu de la mort la prévint.
 
« N’y pense même pas Arès. Je ne peux venir honorer la mémoire d’Athéna sur Terre : cela ne se peut car il ne peut y avoir qu’un seul héritier de Cronos. Et pour cela il me faut terminer ce duel. Est-ce bien ainsi Zeus ? »
 
Le roi des dieux n’avait pas dit un seul mot depuis la mort de sa fille.
 
« Je n’ai pas voulu cela, Hadès, mais Athéna est morte pour nous permettre de nous battre, pour que cette guerre cesse. La meilleure façon de rendre hommage à sa mémoire est de te détruire pour qu’enfin l’univers ne connaisse qu’un seul maître. »
 
Et alors le silence se fit pour donner le temps au dieu de la guerre sans visage d’emmener une simple mortelle vers sa nouvelle vie. Même dans le chaos de cette bataille, il y avait un temps pour la douleur et les larmes mais il ne durerait pas longtemps, tous en étaient conscients. Plus loin, les rois réunis éclatèrent de rire : une partie de la prédiction de Baldur était accomplie, bientôt leur heure viendrait.
 
***
 
Quand le corps de Saori Kido disparut dans les cieux, l’expression d’Hadès changea. Son visage serein était littéralement déformé par la haine, il ponctuait chaque mot d’un tremblement perceptible de sa lèvre supérieure.
 
« Je ne te le pardonnerai jamais… Bien plus que moi, tu as tué Athéna, le seul espoir de notre race. Maintenant qu’elle est morte, la Terre est condamnée, rien de bon ne poussera désormais dans ce monde pourri. »
 
Malgré les nombreuses blessures qu’il avait subies, le maître des cieux ne semblait pas réellement affaibli. Comme les nuages qui se dissocient puis se retrouvent sous la pression du vent, les monceaux de son armure divine se cherchaient mutuellement et colmataient les brèches causées par les récents combats.
 
            « Au diable le monde. Athéna était Terre et sa mort prouve que la civilisation est mortelle. Mais insensible au mouvement du temps, le ciel continuera d’exister et tels les nuages je resterai le seul être totalement libre et insoumis. »
 
Sans un mot, le dieu de la Mort embrassa d’un regard la désolation qui s’étendait sur Terre comme au Ciel. Leur combat incessant avait amené la souffrance aux hommes mais également à la Nature.
 
« Alors c’est donc cela ta motivation ? Vivre éternellement. Tu me fais vraiment peine, tu sais. Tu es en train de détruire ton avenir et celui du monde par peur de la mort.
- Comment oses-tu ? »
 
Le dieu du ciel n’avait pas plutôt fini de prononcer ces paroles qu’il fut comme saisi d’un malaise. Le sol à ses pieds tournait en spirale et ses tympans lui renvoyaient un son strident insupportable.
 
Lorsqu’il parvint à rouvrir les yeux, il ne se trouvait plus dans le monde céleste mais dans une ville du monde inférieur dont il ignorait jusqu’au nom. Des immeubles lézardés montaient vers le ciel tandis que le souffle du vent dans les rues, amenait à ses narines l’odeur écœurante de cadavres en putréfaction. Le dieu de la mort ne semblait pas avoir été affecté par le phénomène.
 
            « Excuse-moi, j’aurais dû te prévenir. C’est vrai que cela peut être assez désagréable quand on n’est pas… moi.
- Tu prétends nous avoir téléportés depuis l’Olympe sur Terre de ta propre volonté ?!
- Pas seulement nous deux, toutes les personnes qui se trouvaient sur l'Olympe. En nous battant si haut dans le ciel, nous causons trop de dommages à la Terre, il était temps que cela cesse.
- C’est impossible !! »
 
Sans davantage de préliminaires le fils de Cronos laissa exploser sa rage en se ruant sur son frère aîné. Il le domina l’espace d’une seconde de toute sa taille, leurs auras respectives s’affrontèrent un instant, soulevant sable et sang. Puis finalement, cédant à sa nature violente, celui qui commandait les éclairs frappa son adversaire au visage de toutes ses forces.
Le sol se lézarda sous l’impact mais le souffle que Zeus sentit dans son cou n’était pas celui de la victoire.
 
« Et c’est tout ? »
 
Le maître de la foudre tressaillit brutalement. L’adrénaline qui avait afflué dans son sang en remontant son épine dorsale l’avait paralysé l’espace d’une seconde. Il sentait le souffle de son frère sur sa nuque, la caresse de ses cheveux sur son épaule et ce contact lui était plus douloureux que l’étreinte d’un serpent. Dans un instant de lucidité il saisit le murmure du vent.
 
            « In hoc signo vinces »
 
Mais en cet instant la croix qu’entrevoyait le grand Zeus dans les cieux n’était pas celle de la victoire sur Maxence mais l’annonciatrice de sa fin prochaine.
Se retournant vivement, il décocha un fulgurant coup de poing à son adversaire, lequel l’arrêta dans la paume de sa main droite avec une facilité déconcertante.
 
            « Comment est-ce possible ?! »
 
Pour toute réponse, Hadès essuya de sa main libre le sang qui maculait son front. Le pentacle sombre qui l’ornait au début de leur rencontre avait disparu comme absorbé par le néant.
 
            « L’étoile de la mort qui t’avait choisie…
- Annonce maintenant ta propre mort. »
 
Joignant le geste à la parole, la divinité leva son index vers le ciel. Une nouvelle étoile brillait à côté de l’astre polaire au point d’occulter partiellement le chariot de la Grande Ourse. Mais c’était d’un éclat sombre qu’elle baignait la Terre.
 
Le cosmos d’Hadès qui retenait Zeus prisonnier commença à s’accroître terriblement jusqu’à repousser celui du dieu aux cheveux couleur azur.
 
« Tu avais raison : le cosmos des ténèbres ne pouvait te vaincre. Mais lorsque j’ai rencontré Rhéa, notre mère, elle m’a donné sa bénédiction en m’embrassant sur le front à l’endroit même où l’étoile de la mort trônait. »
 
Incapable de soutenir plus longtemps l’affrontement, Zeus tentait désespérément d’arracher son poing du brasier qui le consumait mais ses efforts semblaient aussi vains que ceux d’un papillon pour échapper à l’attraction de la flamme.
 
« In hoc signo vinces. Par ce signe tu vaincras ! Aurais-tu l’audace de prétendre que tu peux me vaincre ?!
- L’étoile de la mort t’a déjà condamné, fou que tu es ! »
 
Et alors que le roi des dieux comprenait enfin la nature de son destin, une orbe dorée se forma dans la paume de son successeur. Projetant son poing contre l’abdomen de son adversaire, le dieu de la mort ne consentit à relâcher son étreinte sur celui-ci que pour faciliter l’effet de la déflagration.
Tel un pantin désarticulé, le roi des dieux alla se fracasser dans le sol avant d’être comme attiré vers le ciel par la formidable puissance déchaînée contre lui. Dans son ascension, son dos rencontra les débris d’un immeuble et après avoir hurlé de douleur, il alla s’encastrer dans le sol de la métropole. Quelques secondes plus tard, il se relevait enfin, ses yeux brûlant de haine.
 
« Je… Je vais te tuer ! »
 
Hadès ouvrit les bras en souriant avec ironie.
 
        « Tu veux me tuer ? Mais vas-y, je t’en prie, tente ta chance.
- Quoi ?
- Je n’ai plus peur de mourir. La première fois que cela m’est arrivé, j’ai ressenti une souffrance horrible et j’ai bien cru que j’allais disparaître mais je me suis rapproché un peu plus du cosmos suprême. Ensuite, lorsque j’ai cherché Gaïa par delà les limbes, j’ai sacrifié mon essence même et senti mon âme brûler au contact du soleil comme les ailes d’Icare. Mais au lieu de la mort, c’est une nouvelle vie que l’on m’a donnée. »
 
Zeus reculait de plus en plus comme s’il découvrait avec terreur la véritable nature de son frère aîné. Sa voix tremblait comme celle d’un enfant.
 
« M… Monstre ! » parvint-il à articuler en appelant un éclair ridiculement faible sur son frère.
 
Hadès neutralisa la foudre dans la paume de sa main droite.
 
« Un monstre ? Peut-être as-tu raison. Mais lorsque tu m’as apporté la mort, j’avais abandonné toute idée de revenir à la vie, c’est pour cette raison que Gaïa m’a enfin accueilli dans son paradis… 
Mais je n’y avais pas ma place… Pour avoir commis trop de crimes irréparables, pour avoir transcendé les limites de la vie, j’ai été maudit par le paradis des dieux ! 
- Comment as-tu fait pour revenir de cet au-delà ?! Tu étais mort !
- C’est là que tu atteins tes limites ! En acceptant de mourir pour renaître, j’ai approfondi mon lien avec le Big Will ! Il y a encore un an j’aurais été incapable de revenir de ce paradis par moi-même, mais j’ai changé ! Au prix d’immenses souffrances mon pouvoir sur la vie et la mort a augmenté par delà ce que je pensais possible ! 
- Tu mens !! »
 
Le grand Zeus leva alors ses mains vers le ciel en s’écriant.
 
« Donne moi la défense ultime, raigeki no yoroi ! l’armure d’éclair !! »
 
Sous les yeux incrédules des spectateurs, un éclair terrible s’abattit sur le dieu. Il sembla un moment que son corps avait disparu dans cette explosion formidable puis il redevint visible. La foudre s’enroulait autour de lui comme une seconde peau.
 
« Hadès ! Cette protection est impénétrable ! Touche les éclairs qui me parcourent et tu perdras un bras ! Essaie de la regarder trop longtemps et tu deviendras aveugle ! Tu as devant toi la défense absolue ! »
 
Un sourire cruel déforma les lèvres du dieu de la mort.
 
« Tu te limites toujours au concret alors que mon pouvoir s’exerce sur l’esprit. Peu importe les barrières que tu érigeras devant ton corps, c’est ta raison que j’attaquerai ! »
 
Un étrange cosmos phosphorescent commença à se former autour du dieu de la mort tandis que le gémissement des âmes cherchant l’entrée du Meikai retentissait aux oreilles de tous. 
 
« Remercie-moi car je vais te montrer ce qu’est la peur de la mort ! Par les vagues d’Hadès !! »
 
Mais Zeus avait été au moins aussi rapide que son rival et un gigantesque dragon d’éclairs ouvrit ses mâchoires pour broyer le dieu aux yeux d’or.
 
« Rairyuu no Tatsumaki ! Par le dragon foudroyant ! »
 
Surpris, le dieu de l’au-delà ne put éviter la gerbe d’éclairs qui déferla sur lui et le blessa à l’épaule. Mais quel ne fut pas l’étonnement de Zeus lorsqu’il constata que bien loin d’être arrêtés par l’armure d’éclairs, les cercles phosphorescents progressaient vers lui ! Il sentit alors son cerveau exploser dans son crâne, son dos se briser sous la pression de son âme qui tentait de s’extraire de son corps.
 
A quelques mètres de là, Hadès se relevait sans difficulté apparente.
 
« Mes shinigami, les démons qui entraînent les âmes vers l’autre monde, semblent te trouver à leur goût. Pourras-tu leur échapper ? »
 
Zeus sentit en effet la pression de milliers de mains froides sur son âme. Chacune d’elles tissait une maille d’un filet dans lequel il allait être capturé. Un moment, il fut tenté d’abandonner, d’accepter son sort en priant pour revenir un jour à la vie. Mais une autre voix dans sa tête refusait de renoncer aux plaisirs terrestres et elle fut finalement la plus forte lorsque brisant son emprisonnement, l’âme du dieu rejoignit son corps.
 
« Comme je l’attendais de la part de mon frère cadet… tu as peur de la mort ! »
 
Le dieu du ciel tendit son poignet vers son menton, il ruisselait de larmes et de sueur. Lui le roi des dieux tremblait de peur au point d’en pleurer.
 
« Qui… qui pourrait m’en blâmer… lorsque l’on sait ce que tu fais aux âmes des morts ! 
- Imbécile, si tu avais accepté de mourir, tu aurais peut-être acquis une puissance supérieure à la mienne en renaissant ! Mais tu n’aimes le pouvoir que pour ses manifestations extérieures ! Un dieu digne de ce nom ne devrait pas avoir peur de mourir ! »
 
Et d’un moulinet de son épée, le dieu de la mort coupa les nerfs de ses jambes.
 
« Si tu as à ce point peur de moi, alors tu ne mérites que de vivre à genoux ! »
 
Hadès s’arrêta un instant en constatant un phénomène étrange : pareil à des serpents, les tendons qu’il venait de couper se cherchaient entre eux et au bout de quelques secondes se réunissaient. Il en était de même pour l’armure de son frère : chaque morceau arraché semblait produire lui-même le métal nécessaire à sa reconstitution.
 
Une fois que ses plaies aux jambes furent cicatrisées, le roi des dieux se releva pour faire face à son aîné.
 
« Tu comprends à présent pourquoi je n’ai pratiquement pas souffert des combats que j’ai livrés aujourd’hui ? Ce sang qui coule dans mes veines a une capacité de régénération quasi instantanée !
- Je comprends mieux maintenant comment tu as pu survivre à des blessures si terribles.
- Alors tu dois comprendre que tout ce que tu tenteras sera vain ! Même si tu es plus puissant que moi, tu es surclassé par le physique que Dieu m’a conféré à la naissance ! »
 
 N’écoutant que sa haine pour cet homme, Hadès se rua sur son adversaire et lui décocha un coup d’épée à l’épaule. A sa grande surprise, le roi du ciel ne fit aucun mouvement pour éviter et l’acier s’enfonça profondément dans sa chair.
 
« Tu ne comprends donc pas que ça ne peut avoir aucun effet ?! Je ne ressens déjà plus la douleur. »
 
Le dieu de la mort tenta de retirer son épée mais les tendons de l’épaule s’étaient déjà réunis, permettant à son opposant d’emprisonner son arme.
 
« Par l’orbe tourbillonnante ! »
 
Zeus avait plaqué sa main libre contre l’abdomen de son frère, lequel immobilisé ne pouvait éviter. L’épée des illusions resta figée dans la chair de sa victime tandis que son détenteur était emporté par la force de l’assaut.
 
« Ah ! Ah ! Tu as vu ça ? »
 
Mais le rire du souverain du royaume céleste fut de courte durée car sa Némésis reparaissait déjà sous un nuage de poussière. Il désigna alors le centre de son front de l’index.
 
« Tu as peut-être reçu un corps indestructible à la naissance, mais moi j’ai reçu un don bien plus précieux de la part de notre mère. Sa bénédiction.
- Ne me fais pas rire ! Ce n’est pas cela qui te donnera plus de puissance !
- Vraiment ? Alors regarde bien ! »
 
Prenant une position de combat, le dieu de la mort commença à faire brûler son cosmos autour de lui mais c’était une aura différente, moins sinistre que celle connue de Zeus. Six épées de lumière surgirent alors de son dos avant de se révéler sous leur véritable forme : des ailes d’ange. Mais ce déploiement de puissance n’était pas terminé car les ailes angéliques se replièrent progressivement sur le corps de leur maître jusqu’à le recouvrir entièrement. Les plumes commencèrent alors à se liquéfier pour épouser les courbes de leur hôte jusqu’à dessiner les formes harmonieuses d’une cloth.
 
Il sembla à Zeus que l’univers explosait d’allégresse à cet instant tant l’intensité de la lumière dégagée par cette armure était immense. Il pouvait littéralement entendre les cris de joie de la Terre et du ciel, honorées de recevoir un tel homme en leur sein.
 
Puis elle fut finalement visible : l’armure d’or aux six ailes d’archange, la nouvelle armure divine d’Hadès. Selon le vœu de Rhéa, la renaissance du dieu de la mort s’était faite dans la lumière tandis que sur son front se dessinait une nouvelle marque, celle d’une étoile d’or.
 
« Merci mère, par ce signe  je le vaincrai, ajouta simplement le maître de la mort. »
 
Zeus serrait les poings de rage alors que l’épée des illusions s’arrachait d’elle-même à sa chair pour reprendre sa place dans la main de son maître.
 
« Non ! Je ne peux croire que notre mère t’ait choisi pour porter une telle armure plutôt que moi ! Que voit-elle donc en toi qu’elle ne voie en moi ?!
- Moi, je ne refuse pas mon destin. »
 
Retrouvant une certaine lucidité, Zeus défia à nouveau son aîné.
 
« Mon destin est de régner sur le monde car ce corps parfait ne vieillira jamais, il ne sera jamais affecté par la maladie. Comme le ciel, je suis éternel !
- Alors regarde ce que je vais faire de ton rêve d’éternité ! »
 
Et joignant le geste à la parole, le dieu le plus terrible leva la main droite vers le ciel azuré. Dans la paume de sa main se forma une petite orbe sombre. Progressivement, une multitude de petits esprits vêtus de blanc se groupèrent autour de celle-ci.
 
« Regarde bien le visage de la mort ! Cette chose si terrifiante qu’on lui interdit la voie de la lumière ! Shinigami no mai ! La danse des faucheurs ! »
 
A ces mots une multitude de démons faucheurs venant de toutes les religions du monde se répandit dans les cieux, leur seul point commun étant les flammes phosphorescentes qui entouraient leurs corps décharnés.  Et chaque démon ainsi invoqué broyait impitoyablement entre ses mâchoires chacun des nuages qui peuplaient le ciel.
 
« Regarde bien ce pouvoir ! Enma, Osiris, Janaham, Gehenna, Naraka, Sheol, Diyu et Hel! Tous ces dieux de l’au-delà sont mes serviteurs, mes esclaves! La mort est la seule fatalité à laquelle tu ne peux échapper ! Quand ces démons auront dévoré le dernier nuage du ciel, tu ne seras plus rien ! »
 
A chaque morsure des esprits malins, le grand Zeus sentait son corps s’affaiblir. Hadès avait percé le secret de son corps : c’était un amas de chair sans consistance, à la manière des nuages, il se reconstituait sans cesse mais si le ciel lui-même venait à être sacrifié…
 
            « Je n’abdiquerai pas ! J’appelle à mon aide toutes les étoiles du cosmos ! Qu’elles détruisent la source de ton pouvoir maléfique ! »
 
Ce fut alors comme si toutes les étoiles qui étaient accrochées comme des lucioles à la voûte céleste avaient quitté leur emplacement et sous les yeux stupéfaits des derniers humains qui se trouvaient sur Terre, une avalanche d’étoiles filantes s’abattit sur la Terre !
 
Hadès contempla quelques secondes ce spectacle magnifique, un sourire enfantin sur ses lèvres écarlates.
 
            « Si tu n’as pas de scrupules à sacrifier la Terre, j’en aurai d’autant moins à sacrifier le ciel. J’appelle les 108 étoiles maléfiques ! »
 
Et dans un fracas formidable les astres venus du ciel rencontrèrent les étoiles maléfiques venues des profondeurs de la terre. Ce fut un choc formidable dont aucune des deux forces ne semblait devoir l’emporter.
Les deux monarques décrivaient des passes compliquées pour guider leurs partisanes vers la faille dans la défense de l’adversaire, contrôlant simultanément une centaine de combattants. Et chacune des étoiles se fracassait dans un choc titanesque contre sa jumelle, la déflagration laminant toujours un peu plus la planète bleue. Et à chaque étoile détruite s’ajoutait une blessure sanglante dans les corps immortels des deux adversaires. Il sembla aux humains épouvantés que cette bataille n’aurait jamais de fin, une explosion succédant toujours à une autre. Puis finalement le combat cessa faute de combattants et une pluie de sang se répandit sur Terre. Et les deux frères riaient à gorge déployée devant ce spectacle horrible qui les faisait revenir à leur nature primale, leurs beaux visages couverts d’un sang impur.
 Mais au moment où la dernière étoile explosa, le dieu de la mort souriait : il n’y avait plus qu’un seul nuage dans le ciel, il avait gagné.
 
La guerre des étoiles avait causé la souffrance du ciel et de tous les démons Shinigami qui avait pris part à cette bataille, un seul était encore vaillant. Enma, le juge de l’Enfer de Yomi tenait entre ses puissantes mains la dernière survivance du ciel. Les canines démesurément allongées qui laminaient ses propres lèvres faisaient couler sur sa langue un sang dont il se repaissait. Et ce petit dieu était à ce moment pour Zeus le plus sombre des augures. Hadès n’avait plus qu’à refermer son poing pour écraser cet être débile et alors le corps du divin Zeus serait détruit.
 
« J’ai toujours détesté ce monde et il me l’a bien rendu. Aujourd’hui j’ai enfin l’occasion de le rendre plus sombre. »
 
Le grand Zeus tremblait de tout son corps mais ce n’était pas seulement de peur, à ce sentiment se mêlait un soupçon d’excitation à l’idée d’avoir combattu un homme aussi puissant. Et même si sa pouvoir était en miettes, son orgueil, lui était intact.
 
« D’où te vient une telle puissance ? Serait-il le fils du dieu suprême annoncé par la prophétie ? »
 
Avec une lenteur calculée, Hadès avançait vers son frère dans son armure brillante comme de l’or, ses cheveux bougeant au rythme du vent.
 
« Tu n’as donc rien compris. C'est à mon règne et non au tien que l'enfant annoncé par la prophétie mettra un terme. Si tu n’as rien d’autre à ajouter…
- Attends !! Si tu détruis le ciel, tu condamnes tous les êtres humains sur Terre à une mort certaine !
- N’essaye pas de faire appel à ma conscience. En tuant Athéna, tu as détruit tout ce qu’il y avait de bon sur cette planète, rien de bon n’y poussera plus jamais. Adieu donc. »
 
Mais alors que sa main allait se refermer, intimant par là même l’ordre à Enma de détruire la dernière réminiscence des cieux, le regard du dieu de la mort se troubla. Ses yeux ne lui renvoyaient pas la réalité ni même le présent mais des scènes éparses se trouvant dans un avenir incertain.
 
« Papa, papa ! Réveille-toi ! »
 
Le dieu de la mort sentit ses paupières s’ouvrir pour lui offrir la vue d’une petite fille aux cheveux très bruns tirant sur le mauve. Ses joues étaient encore creusées de petites fossettes enfantines tandis que des cerises étaient pendues à ses oreilles. Il s’entendit répondre des mots qu’il n’avait pas voulus prononcer.
 
« Qu’y a t il Makaria ?
- C’est le soleil papa !
- Le soleil ?
- Oui un magnifique lever de soleil, répéta l’enfant en tapant des mains. Tu viens voir ? »
 
Se cramponnant à sa main, la petite fille le tira dans le couloir jusqu’à ce qu’ils atteignent le balcon de leur maison. C’était le premier jour de l’hiver, le spectacle du soleil se levant sur les cerisiers en fleurs couverts de neige était saisissant de beauté. Les rayons de l’astre solaire baignaient ses yeux de lumière tandis qu’à l’horizon, il admirait pour la première fois de sa vie la magnificence d’une aurore boréale multicolore.
 
« C’est pas mal, hein ? demanda Makaria.
- C’est toi qui as fait ça ? »
 
La petite fille souriait de toutes ses dents, laissant entrevoir sa langue par le trou qui s’était formé à la suite de la chute d’une dent de lait.
 
« Non, pas moi toute seule. J’ai demandé de l’aide à mes amis les nuages et aussi au soleil et à la Terre. On a fait tout ça ensemble, répondit-elle en écartant les bras pour désigner ses amis. On a fait tout ça pour toi.
- Mais pourquoi ?
- Parce que tu n’as jamais vu une aurore boréale, alors on voulait t’en montrer une, pour te faire plaisir. »
 
Pour toute réponse, Hadès enlaça tendrement l’enfant qui entreprit immédiatement de peupler sa joue de bisous.
 
« Comment ai-je pu vivre si longtemps sans toi ? »
 
Lorsque les brumes du futur se dissipèrent, le dieu de la mort sentait encore la chaleur de cette étreinte sur sa peau rougie. Derrière lui, il entendit une voix familière, celle de sa première fille qu’il avait rejetée par le passé. Mais c’était il y a si longtemps.
 
« Père, je vous en prie. Ne vous commencez pas votre règne en vous couvrant de sang. »
 
En reconnaissant la voix et les cheveux couleur de cendre de sa fille adoptive, le dieu de la mort ouvrit les bras pour la laisser s’y blottir. La jeune femme sauta littéralement au cou de son père.
 
« Oh ! Père, vous enfin !
- Elysée, tu t’es toujours occupée de moi… Tu es toujours là pour m’empêcher de faire une bêtise. »
 
Levant les yeux vers le ciel, le dieu de la mort semblait lui trouver à présent une beauté insoupçonnée. Dans les nuées sacrifiées, il se plaisait à imaginer le sourire de Makaria et il rougissait en pensant au goût de cerise de ses baisers d’enfant. Lentement, il desserra les phalanges de sa main droite. Enma, le juge de l’enfer de Yomi relâcha alors son étreinte sur le malheureux nuage captif puis repartit se cacher dans les profondeurs du monde souterrain.
 
« Elysée, tu ferais mieux de t’éloigner, je dois discuter avec mon frère. »
 
La jeune déesse obéit docilement, encore émue par l’étreinte de son père. Zeus, de son côté, balançait entre stupéfaction et rage. Son armure n’était plus que lambeaux et il n’arrivait plus à reconstituer son cosmos.
 
« Pourquoi ? Pourquoi m’as-tu épargné ?! »
 
Hadès posa la main sur la paume son épée se préparant à l’extraire du bois où le dernier assaut l’avait figée comme jadis Siegmund l’avait fait pour Garm.
 
« Jamais personne ne m’a humilié comme tu l’as fait !! »
 
Ce disant, Zeus avait concentré toute son énergie dans son poing. Une sphère tourbillonnante se forma devant lui et déferla sur le dieu de la mort.
 
Celui-ci retira la lame d’un coup sec, le crissement de l’acier faisant vibrer ses tympans. L’épée des illusions positionnée en parallèle au dos de son détenteur décrivit un demi-cercle parfait, coupant en deux la sphère qui contenait toute l’énergie du roi des dieux qui revint par vagues sur celui-ci.
Zeus tomba à genoux, terrassé par l’humiliation et la constatation de son infériorité.
 
« Alors qu’est-ce que cela fait d’être la pauvre créature prise au piège ? Pour ton information, la technique que j’ai utilisée se nomme « couper les vagues de l’océan ». Tu aurais pu l’apprendre en une heure si tu avais pris le risque d’être trempé par l’eau salée des vagues.
- Tu ne m’as pas répondu, Hadès, pourquoi as-tu empêché ton démon de me tuer ? »
 
Le dieu de la mort toisa un moment son frère avec mépris.
 
« Tu as peur de la mort. De ce fait, tu ne peux pas acquérir une puissance supérieure à la mienne. Te tuer n’a absolument aucun intérêt. Et puis… bientôt viendra au monde une enfant qui aime jouer avec les nuages. Si je détruisais le ciel, je la priverais de ce plaisir. Cette raison là me suffit pour te laisser la vie. Adieu. »
 
Ayant dit, le maître du Meikai tourna le dos à son frère signifiant ainsi la fin de leur duel. Et alors qu’un dieu allait vers son destin, un autre hurlait de rage.
 
« Hadès ! Ne me tourne pas le dos ! Ce duel n’est pas encore fini ! HADES !! »
 
***
 
« Cette issue ne saurait me convenir. J’entends d’ici les rois crier leur rage de voir leur emprisonnement inutilement prolongé ! Combien de temps passera-t-il encore avant qu’il ne reste finalement qu’un seul héritier de Cronos ? »
 
Celui que l’on nommait Métatron sentait un éon ténébreux se former autour de lui. Jusqu’à maintenant il avait eu pour coutume de ne jamais déroger à ses principes, fût-ce pour un empire. Sodome et Gomorrhe lui auraient-elles présenté dix justes, elles auraient été épargnées. Y avait-il seulement dix justes sur Terre à l’heure actuelle ? Les rois d’Utopia étaient tous à un degré plus ou moins élevé des assassins, ni Hadès ni Zeus et encore moins ceux qui les entouraient n’étaient innocents. Et puis Baldur ne venait-il pas d’achever la moisson des orphelins qui erraient sur Terre ?
 
Donner la puissance de Cronos à l’un de ses héritiers avait du reste toujours été son objectif prioritaire, savoir qui de Zeus ou d’Hadès en serait le dépositaire était la seule question qui lui restât à trancher. Mais le dieu de la mort venait de faire preuve d’une irresponsabilité coupable en refusant de se saisir de la couronne qui était à portée de sa main. Qui plus est, Rhéa avait commis un délit d’ingérence en faveur de ce dernier, un tel acte en appelait un autre de même nature.
 
Au terme d’un conflit intérieur qui lui sembla durer une éternité, le Régent finit par se saisir d’un long bâton terminé par une lame recourbée puis articula avec une émotion perceptible dans sa voix.
 
« Rhéa, tu dois te sentir bien seule dans ce paradis solitaire. Accepte ce témoignage d’affection de t’envoyer l’un de tes enfants pour te tenir compagnie. »
 
***
 
Depuis la destruction de la tête monstrueuse de Medusa, la cité géante d’Utopia n’était plus limitée dans son expansion sur la planète Terre et telle une pieuvre, elle étendait ses multiples ramifications sur l’ensemble de la planète.
 
En se téléportant dans une grande ville déserte, Hadès avait voulu limiter les effets de la bataille qu’il livrait pour la faune terrestre. Mais si clairvoyant qu’il fût, il ne pouvait soupçonner cet incroyable pouvoir qui jaillissait de la source même d’Utopia, la terre où les rêves devenaient réalité.
 
Il n’avait pas reconnu dans cette ville, le Mont Orthys, l’ancienne forteresse des indomptables Titans, pas plus qu’il n’avait remarqué l’émergence de cette arche monumentale marquée du sceau de l’utopie à mesure que son désir de puissance croissait.
 
Pour la première fois de sa vie, il était heureux, libre. Les cieux lui semblaient cléments et il envisageait avec bonheur de retrouver ses amis. N’était-ce pas Odin qui pleurait de son œil unique en l’apercevant ? Thanatos et Hypnos, bien que s’appuyant l’un sur l’autre rayonnaient de bonheur. Et surtout il y avait Pandora… il allait enfin pouvoir l’étreindre et l’entretenir de projets d’avenir. 
 
Mais à l’espoir qui fleurissait dans son cœur succéda une sournoise appréhension quand il entendit un son. Le murmure d’une créature désespérée, acculée à la dernière extrémité qui désire de toutes ses forces être dans la peau d’un autre.
Le grand Zeus était à genoux, des larmes salines se répandaient sur le sol sableux indigne de recevoir le présent d’un si grand monarque.
 
« Plus… plus… de… pouvoir. »
 
La marche du dieu de la mort s’arrêta net lorsqu’il comprit la terrible implication de ce souhait. Une goutte de sueur glacée s’écoula le long de son front.
 
« Père… donne moi plus de pouvoir ! Plus de pouvoir !!! »
 
Némésis, qui se trouvait à proximité des portes d’Utopia vit avec horreur que celles-ci commençaient à s’ouvrir sous l’effet de la prière du dieu du ciel.
 
« Non ! Ce n’est pas possible ! Seul le régent a le pouvoir d’ouvrir les portes d’Utopia ! Ou alors ! Non cela voudrait dire ! »
 
La reine d’Utopia n’eut pas le temps d’en dire plus car elle fut littéralement balayée par le souffle qui s’échappa des portes ouvertes de la terre de nulle part de même que tous les humains qui se trouvaient dans un rayon de cent kilomètres.
Elle fut cependant rattrapée par Odin qui la prenant dans ses bras la pressa de questions.
 
« Que se passe-t-il ? Tu disais qu’il y avait un moyen de faire cesser ce conflit ! »
 
Némésis déglutit péniblement avant de répondre.
 
« C’est trop tard maintenant… Ce que je craignais est arrivé… Le cœur rempli de haine et de jalousie de Zeus a appelé le pouvoir de Cronos qui réside dans Utopia et le régent n’a pas pu s’y opposer.
- Tu veux dire que cette énergie qui t’a balayée, c’est la volonté de Cronos ?!
- Oui et il va bientôt ressusciter à travers son fils. »
 
Les yeux de la reine se fermèrent alors sur l’infini tandis que le chef des Ases prenait sur lui de l’emporter le plus loin possible.
 
Mais Némésis se trompait en affirmant que le Régent d’Utopia n’avait pas eu le pouvoir de s’opposer à cette catastrophe. Car bien loin de là, dans le lieu où les dieux de l’Olympe dormiraient désormais à jamais, celui qui imitait les paroles de Dieu découvrait son visage et retirait son diadème.
 
« Soit Zeus, si tu as besoin du pouvoir de Cronos je te le donne. Utilise-le pour détruire cette terre pourrie par des rêves qui ne se réalisent jamais ».
 
Hadès quant à lui tentait désespérément d’enrayer le déploiement de l’énergie de son père, opposant à ce torrent la divine puissance de ses bras.
 
« La Big Will c’est la volonté créatrice de l’univers et le premier à l’avoir libéré fut Cronos. Mais mon père a lui-même détruit le monde dont il était issu avant de s’installer sur celui-ci. Si Zeus devient Cronos, cette tragédie se répètera encore ! Je ne le permettrai pas ! »
 
En disant cela, le dieu de la mort avait fait exploser son cosmos plus violemment que jamais à tel point qu’il sembla aux spectateurs avoir disparu dans le tourbillon de la volonté de Cronos.
Mais au moment où Zeus écartait les bras pour recevoir le pouvoir de son père, une étoile filante fonça vers son torse, elle n’était plus qu’à quelques mètres et allait le transpercer, ce n’était plus qu’une question de secondes et la tragédie prendrait fin avant même de commencer !
Mais alors qu’elle était presque arrivée au terme de sa course, l’étoile de la mort fut arrêtée par deux forces dont la vitesse de déplacement était pratiquement égale à la sienne.
 
Hadès ne put retenir sa surprise en croisant les regards rouge vif et mauves des rois Oblivion et Uriel qui tenaient l’épée enflammée à deux mains en porte-à-faux de la sienne.
 
« Qu’est-ce que vous foutez bande d’abrutis ?! »
 
Uriel et son comparse commençaient déjà à ployer sous l’incroyable puissance de leur opposant mais la lueur qui brillait au fonds de leurs yeux en disait long sur leur détermination.
 
« Notre… devoir de rois d’Utopia ! Faciliter le retour de Cronos ! »
 
Hadès fut obligé de rompre le contact avec la lame d’Uriel pour s’engager dans un duel pressé avec celui-ci.
 
« Si Cronos revient, ce sera la fin de ce monde !
- De ce monde oui ! Mais pas d’Utopia ! Et alors nous serons honorés au-delà de nos espérances pour avoir participé à son retour ! »
 
Touché par une attaque psychique d’Oblivion, Hadès fit aussi rapidement qu’il le put le vide dans son esprit tout en ordonnant oralement à Hypnos et Thanatos de venir s’occuper de ces gêneurs.
 
Mais au moment où les rois d’Utopia disparurent enfin de sa vue, ses yeux lui renvoyèrent une image effroyable. Le corps de Zeus était en train de changer comme avalé par une substance noirâtre qui menaçait de le submerger complètement le faisant de plus en plus ressembler à celui qui avait apporté à la fois la lumière et le chaos dans la création.
 
« Mère pardonnez-moi. Frère, je vais devoir prendre ta vie pour celle de cette planète ! »
 
Ne pouvant se permettre de faire dans la subtilité stratégique, le maître de la mort avait levé son épée au-dessus de lui dans l’intention de couper en deux le monstre qui lui faisait face. Il avait mis toute son énergie et sa puissance dans cette attaque pour un coup qui devait être mortel.
Lorsqu’il rencontra sa cible, l’ancienne capitale se disloqua entièrement faisant s’écrouler l’ensemble de la superstructure qui avait en son temps hébergé les titans.
 
Pourtant l’épée du dieu n’avait pas atteint sa cible car elle avait rencontré une lame toute aussi divine qui n’était tenue que d’une seule main par une personne dont le regard félin lui était par trop familier malgré le temps qui s’était écoulé depuis leur dernière rencontre.  
 
« Cela faisait longtemps, mon fils. »
 
Hadès constata avec horreur le changement physique qui s’était opéré chez son frère : les yeux bleus de celui-ci avaient pris une forme féline et rouge sang, ses cheveux couleur de ciel étaient devenus aussi blancs et longs que ceux du régent d’Utopia tandis que ses lèvres avaient viré du rouge au bleu pâle comme si la couleur de la vie les avait quittés. Ce n’était plus Zeus ni même Cronos mais un fantôme de ce semeur de chaos qui avait terrorisé la création lorsqu’il s’était enfoncé dans la folie.
 
« Tu n’es pas mon père ! »
 
Celui qui avait été ainsi renié ne laissa guère le temps à son fils de poursuivre les salutations car d’un moulinet de son épée démesurément allongée à tel point qu’elle rappelait la forme d’une faux, il lui fit perdre l’équilibre et d’un autre moulinet l’envoya dans les airs.
 
Hadès n’eut d’autre choix que de se laisser porter par les vents ascendants jusqu’à pouvoir poser les pieds sur le toit de l’une des halles de l’ancienne capitale.
Il fut bientôt rejoint par le fantôme de Cronos qui toucha le sol avec une telle lenteur qu’il semblait léviter dans les airs. Cronos regarda son fils avec une affection non dissimulée.
 
« Oui c’est vrai, je ne suis pas encore tout à fait Cronos. Il me faut pour cela m’unir avec celui qui possède sa volonté et son corps. »
 
Le dieu de la mort avait quant à lui du mal à maîtriser les bouffées de haine qui lui venaient à la bouche.
 
« C’est cette personne qui a permis aux portes d’Utopia de s’ouvrir n’est-ce pas ?! Quel qu’il soit je lui ferai payer de s’être servi du corps de mon frère ! »
 
Cronos descendit alors de son promontoire pour détailler le visage de son fils ce qui confirma Hadès dans ses doutes : cet homme avait bien la capacité de lévitation. Cela allait rendre le combat encore plus difficile.
En soulevant une mèche de cheveux du front de son fils, le semeur de chaos ne put réprimer sa surprise.
 
« Tu as perdu ton étoile de la mort ? Quel dommage. C’était la seule chose qui te rendait unique.
- C’est ma mère la grande Rhéa qui m’a permis de perdre ce signe de haine et de mort. »
 
Cronos sourit avec une ironie qui rappelait beaucoup celle de son fils aîné.
 
« Simple illusion. La mort fait partie de toi au même titre que la jalousie, la tristesse ou la haine et tu le sais. »
 
Hadès préféra couper court à ce genre de conversation qui le mettait toujours mal à l’aise en présence de Pandora pour en venir à ce qui l’intéressait vraiment.
 
« Qu’espères-tu accomplir en ressuscitant ici ? »
 
Cronos sourit à nouveau avec douceur tandis qu’il tendait lentement sa main droite ouverte vers le soleil, ridicule boule lumineuse prisonnière de son étreinte.
 
« Je ne suis qu’un esprit guidé par ses souvenirs. Haine, jalousie, désir de pouvoir sont les sentiments qui m’ont ramené dans ce monde pour accomplir ce que j’ai toujours voulu. »
 
En disant cela, Cronos avait refermé sa main sur l’astre solaire et pendant quelques secondes la Terre entière fut plongée dans l’obscurité la plus totale et même le puissant Hadès sentait son cœur trembler devant un pouvoir si terrifiant.
 
 « Ce que j’espère, Hadès, c’est utiliser ce monde comme un bateau pour naviguer dans l’obscurité de l’espace comme je l’ai fait avec celui des Titans. Un jour nous découvrirons un nouveau monde et nous créerons notre brillant futur sur cette planète comme jadis j’ai découvert la Terre. »
 
Tandis qu’il énonçait ce discours, Cronos avait levé la main au dessus de lui et des nuages d’une noirceur opaque avaient commencé à s’accumuler, rendant la terre imperméable à toute sorte de lumière. Les brumes commençaient déjà à se répandre dans les contrées terrestres jusqu’à la lointaine Asgard où reposaient les guerriers divins et dans la céleste Olympe où Métatron souriait d’aise.
 
« Tu dis « nous » mais en supposant que je te suive, qu’arrivera-t-il à cette planète ? »
 
Un sourire ironique déforma à nouveau les lèvres de Cronos car il savait pertinemment que le fait de cacher les rayons du soleil répondait aux aspirations secrètes de son fils.
 
« Cela dépend de toi. Je crois. »
 
La question n’attendait pas de réponse car en abaissant la main, Cronos donna lui-même le signal du début de l’affrontement.
 
Le père et le fils se jetèrent l’un contre l’autre, Hadès maniant la terrible épée des illusions et Cronos la faucille qui lui avait permis de tuer Ouranos et que la volonté de Zeus avait convertie en épée à lame recourbée.
Le choc fut d’une violence inouïe et pour la première fois la force du dieu des ténèbres fut surpassée par une puissance encore plus terrifiante.
 
Parmi les spectateurs Thanatos puis Hypnos furent obligés d’interrompre la joute qui les opposait à Uriel et Oblivion car ils venaient d’être terrassés par une douleur insupportable.
 
« Mais qu’est-ce qui m’arrive ? Gémit Thanatos. »
 
Après lui avoir sadiquement délivré un coup de pied dans le ventre, Uriel consentit à lui répondre.
 
« C’est ce qui devait arriver ! Maintenant que le grand Cronos est sur le point de ressusciter, tous les êtres qui ne sont pas de même nature que lui vont connaître une intense douleur qui sera le prélude à la mort. Un être aussi taré que toi, Thanatos, élevé au rang de dieu par Hadès n’est pas de la même nature que moi qui ai reçu l’essence d’Utopia. »
 
Comme il se trouvait à la même hauteur qu’Uriel, le demi-dieu qui commande à la mort cracha au visage du roi d’Utopia.
 
« Enfoiré, je préfère avoir saisi la main d’Hadès que celle de Cronos… »
 
Uriel saisit son épée et prit son élan pour décapiter le dieu aux cheveux couleur argent mais à ce moment Oblivion agrippa son bras droit de toutes ses forces.
 
« Es-tu fou ? Il s’agit d’un enfant d’Hadès !
- Et alors ? La guerre est finie, Cronos a ressuscité ! Le sang d’Hadès ne vaut plus rien ! »
 
Changeant de stratégie Oblivion adopta sa voix la plus douce.
 
« Au contraire mon ami. Ne vois-tu pas que le but de Cronos est d’anéantir toute forme de vie sur cette planète ?
- Mais Utopia est…
- Utopia est condamnée si un monstre pareil vient à régner ! Ne vois-tu pas que ce n’est ni Zeus ni Cronos ?! C’est un monstre qui est né d’un éon ténébreux, le produit de tous nos souhaits non exaucés. »
 
Pour la première fois, Uriel semblait affecté par l’issue de la bataille. Son poing se contracta sur l’épée brûlante tandis qu’il observait Cronos chasser le dieu de la mort dans les recoins de la cité.
 
« C’est vrai. Il n’y a aucune crainte de Dieu chez ce monstre ! Comment pourrais-je vouloir d’un souverain pareil ?! 
- Que vas-tu faire ?
- Ce que je fais depuis toujours : protéger Utopia ! »
 
Hadès et Cronos poursuivaient leur duel mais le dieu de la mort avait souvent le désavantage au niveau de la force physique de sorte que chaque engagement se terminait par un net avantage en faveur de Cronos.
 
« Quel pouvoir effrayant ! Dire qu’il n’est encore que la moitié de lui-même tant qu’il n’aura pas pu fusionner avec le véritable responsable de sa résurrection ! Cela ne doit pas arriver ! »
 
Profitant de l’interruption de leurs duels aériens, Hadès envisagea d’utiliser toutes ses techniques de combat à l’épée contre son adversaire.
 
« Son épée est recourbée et très lourde. Il ne peut sans doute la manier qu’à deux mains, c’est peut-être ma seule chance si j’utilise la même technique qu’avec Zeus. »
 
Le dieu de la mort prit une longue inspiration et se prépara à utiliser sa botte secrète la plus redoutable en commençant par ranger son épée au fourreau.
Cronos ne parut nullement inquiété par cette position.
 
Hadès amena sa jambe gauche en avant de quelques centimètres de sa jambe droite. C’était dans cet intervalle où aucune prise d’élan ne lui était permise qu’il devrait atteindre la vitesse divine et porter son attaque sans pour autant entailler son genou qui se trouverait dans la trajectoire de sa lame.
 
Regardant de loin l’engagement, Odin tentait de se rassurer sur les chances de son ami de remporter la victoire.
 
« Tout va bien ! Même si Cronos parvient à bloquer la technique d’Hadès, il n’échappera pas au second temps de cette attaque : il sera emporté vers l’espace de vide crée par l’épée des illusions et comme Zeus coupé en deux. »
 
Le dieu de la mort passa enfin à l’assaut malgré l’épuisement qui commençait à le gagner sournoisement au moment le moins approprié.
 
« Je ne dois pas défaillir ! Ma technique de « la lame du vide » ne doit pas échouer ! Si je perds, cette planète subira le même sort que le monde des Titans ! »
 
L’assaut d’Hadès fut fulgurant, la vitesse de la lumière dépassée en une seconde, le dieu échappa complètement à la vue de Cronos qui ne chercha même pas à deviner d’où pouvait venir l’assaut. L’épée des illusions fut alors extraite de son fourreau dans l’intervalle le plus court possible et rencontra l’épaule droite de Cronos qu’elle lamina entièrement. Tout en Hadès criait victoire : privé de son bras droit le dieu ne pourrait jamais riposter ! Il ne restait plus qu’à achever le deuxième temps de la technique de la lame du vide et c’en serait fini de ce cauchemar !
 
Hadès continua donc le cercle complet qu’il devait tracer avec sa lame créant ainsi un espace de vide dans l’air vers lequel Cronos fut aspiré.
 
« Ce n’est pas normal, il ne cherche pas à résister ! »
 
Le dieu de la mort comprit son échec en apercevant le sourire sadique du fantôme de son père qui avec une facilité incroyable venait de passer son épée dans sa main gauche.
 
« Tu m’as déjà montré cette technique » lui souffla-t-il.
 
Cronos bloqua alors l’épée des illusions qui se dirigeait vers son flanc au moyen de sa propre lame puis d’un simple mouvement du bras droit, il dissipa l’aire de vide crée par l’arme d’Hadès.
Celui-ci tomba à genoux devant son « père », mentalement anéanti.
 
« Cette technique est exceptionnelle mon fils. Mais tu as oublié que je suis à la fois Zeus et l’esprit de Cronos. Ses souvenirs récents m’ont permis de trouver une parade à ton attaque.
- J’ai détruit ton bras droit, comment as-tu pu contre-attaquer d’une seule main ?
- Tout simplement parce que cette épée a été faite pour moi dans les temps mythologiques où elle avait l’apparence d’une faucille. Je me suis entraîné à son maniement pendant des années avant de m’en servir contre Ouranos. Aujourd’hui je l’utilise aussi bien de la dextre que de la senestre et elle ne me semble pas plus lourde qu’une plume. De plus, tu es à bout de forces. »
 
Hadès se releva difficilement en s’appuyant sur son arme. C’était le quatrième duel qu’il enchaînait dans une seule journée et il commençait à ressentir le contrecoup de l’effort qu’il avait fourni jusqu’alors.
 
« Tu aurais pu me tuer. Si tu as les souvenirs de Zeus tu dois aussi savoir que la moindre blessure peut m’être fatale. »
 
Cronos eut alors un geste des plus inattendus : il planta lui-même son épée dans le sol puis approcha son poing de la blessure faite à son fils. Les gouttes de sang ruisselant de sa paume se déposèrent sur la plaie, la refermant partiellement.
 
« N’est-ce pas évident, mon fils ? Mon esprit a pris possession du corps de ton frère car il m’a appelé mais pour te dire la vérité, les portes d’Utopia auraient dû s’ouvrir pour toi.
- Comment ?! »
 
Cronos s’avança alors et prit son fils aîné dans ses bras, posant sa tête sur son épaule, leur chevelure se mélangeant.
 
« Je t’aime. »
 
Hadès eut le souffle coupé par cette déclaration venant du fantôme de son père. Comment aurait-il pu accepter l’amour d’un être aussi monstrueux qui après avoir crée l’univers l’avait détruit et venait de prendre le corps de son fils cadet ? Mais au fond, le Hadès qui avait tenté de conquérir le monde avait-il fait mieux ? S’était-il montré moins abominable en volant l’identité d’un adolescent au cœur pur et en tentant d’éteindre toute vie sur Terre ?
 
Cronos saisit le visage de son fils entre ses mains pour le placer face au sien. L’affection qui luisait dans ses yeux était indéniablement sincère.
 
« Tu es un être magnifique. Vivant toujours dans les ténèbres, tu as tenté de donner une chance aux hommes de racheter leurs pêchés. Océan de tristesse tu as toujours su donner de l’amour sans chercher à le recevoir. Tes capacités physiques enfin te classent très au-dessus de tes frères. Cette armure couleur d’or que tu portes te définit magnifiquement : tu es la fatalité qui permet le renouvellement de l’univers, celle qui touchera le prince comme le mendiant et pourtant tu portes en toi le rêve d’un monde utopique où les désirs se réalisent. »
 
Cronos marqua une légère pause avant de poursuivre.
 
« Cette terre est pourrie par des désirs qui ne se réalisent jamais et suscitent jalousie, haine, refus d’écouter et de comprendre mais Utopia est différente : c’est un monde où il suffit de souhaiter une chose pour qu’elle soit, où les désirs peuvent devenir réalité. Le souverain de ce pays ce devrait être toi. Pense à ce que nos deux volontés pourraient réaliser une fois que nous aurons trouvé une nouvelle planète. »
 
Hadès repoussa doucement les bras de son père.
 
« Je l’ai cru moi aussi qu’en épurant cette planète des humains nous pourrions bâtir Utopia. Mais un monde où les désirs se réalisent sans que l’on ait besoin de faire le moindre effort est une aberration. Le pouvoir n’est rien sans la volonté et la volonté n’est rien sans le pouvoir, c’est ce que j’ai appris en saisissant la Big Will. Les Utopiens doivent être une race bien ennuyeuse s’il leur suffit de prier leurs dieux pour obtenir ce qu’ils désirent. Les humains sont peut-être en grande partie mauvais mais ils font des rêves tous différents qu’ils s’efforcent de réaliser au travers de leur vie. Tout un peuple faisant le même rêve sans avoir la force ni l’envie de le réaliser par lui-même, si ce peuple existe alors il ne m’intéresse pas. »
 
Le sourire de Cronos s’élargit encore tandis que l’affection qui brûlait dans ses yeux ne se démentait pas une seule seconde.
 
« Magnifique, vraiment magnifique. Je croyais te combler en te proposant de régner sur un peuple sans vices mais je vois qu’il t’en faut plus. Alors soit je détruirai cette planète et tous ceux qui y vivent s’ils sont un obstacle au bonheur de mon fils adoré. Mais avant cela il y a une question qui mérite réponse ! »
 
Sans articuler le commencement d’une question, Cronos abattit son épée sur Hadès qui se jeta en arrière pour l’éviter immédiatement suivi par son père. Les lames s’entrechoquèrent à nouveau avant que les deux combattants ne s’engouffrent dans un bâtiment sombre où aucune lumière ne filtrait.
 
« Qu’est-ce qui te rend plus fort ? »
 
Se fiant à l’origine de la voix, Hadès para rapidement un assaut venant de la gauche et dut tendre tous ses muscles pour résister à la formidable pression exercée par son père qui n’utilisait pourtant qu’une seule main.
 
« Ne compte pas sur moi pour te le dire !! »
 
A ce stade les deux adversaires n’étaient visibles l’un pour l’autre que lorsque leurs épées s’entrechoquant l’énergie cosmique ainsi libérée leur procurait un peu de lumière.
 
« As-tu si peur que je te le prenne ? »
 
Utilisant toute la force de ses muscles, le dieu de la mort saisit le bras de Cronos et l’envoya dans le mur le plus proche qu’il fracassa jusqu’à se retrouver dans le ciel de l’ancienne capitale. Voyant son père léviter à deux cents mètres du sol, Hadès ne pouvait totalement cacher son admiration pour les pouvoirs de cet homme.
 
« Mes capacités sont aussi les tiennes ! Si tu voulais me suivre, je pourrais t’aider à développer tes pouvoirs au delà ton imagination. 
- Tu ne m’as pas encore vaincu pour parler comme un maître ! »
 
Une fois de plus Hadès se précipita sur son père qui manœuvrait son immense épée avec une facilité déconcertante tandis que les deux dieux s’élevaient de plus en plus dans les airs, niant tout à fait les lois de la gravité. Cronos ne semblait cependant pas faire de réel effort pour bloquer les attaques de son fils.
 
« Je réfléchis à quel genre de cadeau je pourrais t’offrir pour me faire pardonner une si longue absence. »
 
D’un coup de pied, il bloqua l’ascension du maître de la mort qui n’eut d’autre choix que de planter son épée dans l’édifice le plus proche pour ne pas tomber.
 
« Peut-être devrais-je t’offrir le désespoir d’avoir un jour des amis si c’est la seule façon de te rapprocher de moi ? »
 
D’un coup d’épée, Cronos coupa en deux le sommet de la tour sur laquelle il se trouvait, en faisant tomber les énormes blocs sur Hadès. Celui-ci, arc-bouté à son épée pour ne pas tomber prit appui avec ses jambes sur la structure de l’édifice puis retira la lame de la pierre tout en effectuant un retourné acrobatique pour faire face à son adversaire masqué par les débris de l’immeuble.
 
Il ne fallut pas moins de cinquante moulinets de l’épée des illusions pour détruire tous les blocs de pierre qui menaçaient d’écraser le dieu de la mort. Derrière le dernier bloc se cachait Cronos. En trop mauvaise position pour tenter une esquive, Hadès reçut l’épée faucille du dieu dans le flanc. Les deux adversaires poursuivirent leur chute avant de heurter une immense plaque de béton qui empêchait encore les immeubles adjacents de s’effondrer. Hadès en profita pour arracher la faucille et mettre de la distance avec son père.
 
« Cette fois c’est sûr, je vais y passer… Rhéa m’avait bien averti contre les limites de ce corps humain. »
 
Le courage revint cependant au dieu des enfers en voyant sa Némésis fondre sur lui.
 
« Mais je ne peux pas encore abandonner ! Athéna a donné sa vie pour me communiquer sa foi ! »
 
Pour la première fois le dieu n’utilisa pas son épée mais sa cosmo énergie en déployant une vague de rayons de lumière dont aucun n’atteignit Cronos.
 
« Tu m’as raté mon fils.
- Tu n’étais pas la cible si ça peut te rassurer. »
 
D’un bond prodigieux, le dieu de la mort s’éleva au dessus de son adversaire tandis que l’ensemble du bâtiment sur lequel celui-ci se trouvait s’écroulait sur lui dans un fracas assourdissant.
 
Resté seul Hadès prit quelques secondes pour reprendre son souffle.
 
« Aucune attaque n’a fonctionné contre lui car la vitesse d’exécution de ses mouvements est supérieure à la mienne. Cela dit j’ai détruit son bras gauche. Il est impossible que je ne puisse pas l’atteindre. »
 
Le fils aîné de Cronos n’eut guère le temps de pousser davantage ses réflexions car son père arrivait déjà à sa hauteur et l’accula rapidement à une stratégie défensive par une série de passes redoutables.
 
« Tu es blessé. J’accepterai ta reddition si tu t’agenouilles en demandant pardon. »
 
Dans un ultime effort Hadès lança son épée dans les airs avant de la rejoindre d’un bond prodigieux.
 
« De toute façon c’est fini pour moi ! »
 
Le dieu se saisit de son épée de la main droite et fondit sur son adversaire qui, s’attendant à une attaque aérienne positionna son arme à l’horizontale au dessus de sa tête pour la parer.
Ce fut une erreur car, effectuant un retourné aérien Hadès prit appui avec ses pieds sur la lame de son père et effectuant un nouveau retourné se trouva en position de lui porter un coup de bas en haut que Cronos n’eut pas le temps d’esquiver.
 
Blessé au torse le dieu n’en abandonna pas moins sa stratégie offensive et d’un magistral coup de pied parvint à acculer son fils à un mur de béton. L’erreur d’Hadès fut de penser que l’engagement était terminé.
Vif comme l’éclair Cronos lui transperça l’épaule droite de sa lame.
 
Le père et le fils n’étaient plus séparés que par la longueur de l’épée faucille et tandis que le père souriait avec excitation, le fils tentait de se retenir de hurler.
Sentant la victoire à portée de main, Cronos demanda.
 
« Quelle est la chose la plus importante pour toi ? »
 
A travers les affres de la douleur le doux visage de Pandora s’imposa aux yeux d’Hadès suivi de celui de la déesse blonde qui avait été son épouse. Mais il y avait aussi Elysée à qui il avait donné un baiser, Hypnos et Thanatos.
Il avait tellement de souvenirs qu’il n’arrivait plus à se fixer sur une personne en particulier : Hilda ou Freya aussi avaient laissé leur marque dans son cœur. Et il y avait cette sœur du chevalier Pégase qui lui avait sauvé la vie.
 
« Dis-le moi que j’aie le plaisir de te la voler. »
 
Les brumes écarlates de la douleur devinrent soudain blanches et Hadès se surprit à se voir dans les yeux de la femme la plus magnifique qu’il ait jamais rencontrée. Ses yeux verts lui renvoyaient une image de lui telle qu’il ne l’avait jamais vue : un noble archange vêtu d’une armure d’or. Il n’avait plus le sentiment d’être le sombre empereur des ténèbres lorsqu’il se voyait dans ces yeux si troublants.
 
« Athéna, tu es venue me souhaiter la bienvenue ? »
 
La déesse de la Sagesse vint se placer derrière lui, les courbes de leurs dos s’épousant parfaitement tandis que le dieu de la mort sentait la douce pression des ongles de la divinité qui réclamaient ses propres mains.
 
« C’est parce que tu penses à moi que j’apparais.
- C’est vrai. Je ne sais pas pourquoi mais alors qu’il me demande ce qui est le plus important à mes yeux, je pense à toi et à beaucoup d’autres personnes. Pourtant il me semble que je voudrais que l’on m’oublie.
- Etre oublié ? Mais de qui ?
- De tous ceux que j’ai faits souffrir. »
 
La déesse de la sagesse eut alors un geste tout à fait inattendu. Se retournant vers le brillant archange elle l’enlaça tendrement, pressant sa tête contre son cœur.
 
« Ne peux-tu te pardonner tes péchés ? Nous l’avons tous fait, je l’ai fait.
- Athéna… je t’ai tuée.
- Non tu as exaucé mon souhait et je t’aime pour cela. Oui Hadès, je t’aime car tu es devenu une personne profondément bonne, alors cesse de vouloir être oublié de tous car personne ne veut t’oublier. »
 
Sentant le flot de son émotion le submerger, le dieu de lumière baissa les yeux vers ses poings serrés par l’impuissance qui était la sienne.
 
« Athéna… pourquoi fallait-il que ce soit toi qui meures ? »
 
Le fils de Rhéa vit alors une tornade mauve passer devant ses yeux puis aperçut la plus magnifique déesse qu’il lui fut jamais donné de contempler dans sa nudité. Athéna prit son visage entre ses mains chaleureuses. Epousant les courbes de son corps, la déesse aux yeux pers l’étreignit avec la tendresse amoureuse d’une amante.
 
« Ne sois pas triste Hadès car moi je ne le suis pas et désormais je serai à tes côtés. Mes sentiments pour toi te protégeront. »
 
Et avec une volupté indescriptible, les immortels rivaux partagèrent leur premier baiser, satisfaisant ainsi le désir secret qu’ils avaient toujours eu l’un de l’autre.
 
Et lorsque les brumes du paradis se dissipèrent finalement, le dieu archangélique faisait de nouveau face à un démon de son passé avec sur ses lèvres un soupçon d’Eden.
 
« Ce à quoi je tiens le plus, Cronos… »
 
D’un mouvement brutal, le dieu retira l’épée de son père de son épaule et la planta dans le mur auquel il était adossé. Sentant le danger Cronos évita quelques moulinets d’épée et se mit hors de portée. Hadès paraissait animé d’une énergie nouvelle comme si ses blessures s’étaient soudain refermées.
 
« Je regrette que tu ne comprennes rien. » 
 
Concentrant son énergie dans son bras, le maître de la mort commença à faire tournoyer son épée avec la force de son poignet jusqu’à ce que la lame se couvre d’un halo doré fantastique. Dans un rugissement il permit à son cosmos de se libérer en un tourbillon dévastateur.
 
« Il n’est rien qui ne soit important !»
 
Cronos tenta d’imiter son fils en se servant de son épée-faucille pour absorber le flux de l’attaque qui déferlait sur lui et pour la première fois, sa force ne fut pas suffisante. Traversé de part en pat, les reliquats de l’armure de Zeus explosèrent au contact du cosmos d’Hadès.
 
« Je vois. Alors il ne me reste plus d’autre choix que de détruire ce monde avec tous ceux auxquels tu tiens! »
 
Cronos s’éleva alors dans les airs tandis que le dieu de la mort faisait un bond prodigieux pour l’atteindre. Ce fut alors que se produisit une chose extraordinaire : tous les protagonistes de l’affrontement qui s’étaient depuis le début cantonnés à un rôle de spectateur y prirent part en même temps tandis que le semeur de chaos concentrait son cosmos pour en finir définitivement avec son fils aîné et le monde par la même occasion.
 
Le dieu de la mort concentrait alors tout son pouvoir dans son épée pour ce qui devait être sa dernière attaque.
 
« Même si je le frappe, un coup ne suffira pas ! Il me faudrait le blesser plusieurs fois !»
 
Devinant ses pensées, son père l’interpella depuis le ciel vers lequel il ne cessait de s’élever.
 
« Que comptes-tu faire avec ta seule force ? Tu vas recevoir la mort de la main de ton père ! »
 
Toute l’énergie de Cronos fut concentrée en cette seconde sous la forme d’une sphère incandescente gigantesque. Jamais autant d’énergie n’avait été libérée en un seul point depuis la création de la Terre.
Au moment où il entra en contact avec la sphère, Hadès sentit que son cosmos allait défaillir mais cette flamme vacillante fut immédiatement soutenue par d’autres forces, celles de tous ceux qui croyaient en lui, ceux qui croyaient en l’avenir de la Terre, en leur propre avenir. Leurs noms étaient Thanatos, Hypnos, Célesta, Odin, Némésis, Caliban, Jézabel, Uriel, Oblivion, Baldur, Ilya et Pandora.
L’union de tous ces cosmos forma un faisceau qui entoura l’archange et lui permit de survivre à l’intérieur de la sphère. Mais lorsqu’il arriva au bout de cet enfer ce fut une autre main qui lui fut tendue : celle de la déesse qui lui avait rappelé ce qui comptait pour lui au moment même où sa foi allait défaillir.
« Je suis avec toi » lui dit-elle simplement alors qu’elle lui transmettait l’énergie qui lui manquait.
 
Lévitant dans les airs le dieu suprême se prépara à parer un assaut frontal. Mais l’incroyable se produisit : au lieu de concentrer son énergie en un seul point, le dieu de la mort lança son épée en criant :
 
"Omnislash!"
 
Répondant à l’ordre du dieu, l’épée des Illusions se démultiplia alors en une dizaine de lames chargées chacune du cosmos de son maître. Décrivant un cercle, elles vinrent se placer autour de leur cible.
Désorienté, Cronos ne sut comment réagir et c’est ce qui lui fut fatal car Hadès se saisit d’une première épée dans laquelle il concentra son cosmos et de laquelle il transperça littéralement son père. Puis ce fut une réplique de la première qui servit au second assaut que Cronos ne put pas davantage éviter. Le même enchaînement se répéta six puis sept puis cent fois à une vitesse incroyable jusqu'à l'épuisement des ressources du dieu de la mort et cent fois le corps du roi des Titans fut laminé par l'acier qui lui trancha les bras, les épaules et les jambes, se colorant chaque fois un peu plus de son sang vermeil.
 
Mais alors qu’Hadès pensait avoir gagné, il trouva en face de lui le visage souriant du dieu qui avait crée l’univers en tuant le ciel.
 
« Comprends-tu enfin que ta force n’est pas suffisante ? Tu vas disparaître en même temps que ce monde ! »
 
Cronos se saisit de sa propre épée pour détruire celui qui avait attenté à sa vie mais au moment même où il allait s’en servir, cette arme si précieuse lui fut dérobée par celle qui était sensée le servir.
Aidée par les autres rois, Némésis avait en effet réussi à s’élever dans les airs et à subtiliser l’arme du dieu en un éclair. Hadès s’élança alors à sa rencontre et alors qu’il se saisissait de l’arme de sa victoire, il eut le temps d’entendre les mots de l’archange :
 « Ainsi s’accomplit la prophétie de Baldur. »
 
Rassemblant les dernières vibrations de son cosmos, le dieu de la mort saisit l'arme à deux mains pour lui donner un maximum de puissance. Dominant son adversaire de toute sa taille, il abattit l'épée lumineuse sur lui comme un couperet en hurlant le nom de sa dernière technique.
 
"Grand Strike !"
 
Pour la première fois, le fils vit de la peur dans les yeux de son père au moment même où renouvelant l’acte parricide de Cronos sur Ouranos, il détruisait la dernière chance de suprématie de sa lignée par la seule arme capable de tuer le dieu suprême. La lame s’enfonça dans l’épaule du dieu et continua sa course jusqu’au cœur.
 L’univers entier cria de douleur lorsque le corps mutilé du roi des Titans s’ouvrit pour laisser s’échapper son flux vital dans l’infinité du cosmos.
 
La brume noirâtre qui enveloppait la Terre se dissipa pour accueillir l’astre solaire porteur de vie et de lumière tandis que le dieu de la mort adressait au dieu suprême son père une dernière épitaphe.
 
« Reprends ta place, parmi les ombres du passé. »
 
Blessé à mort le dieu du chaos et père aimant y apporta pourtant une réponse énigmatique.
 
« Je…
 ne deviendrai pas un souvenir. »
 
Hadès se laissa alors tomber dans le vide, abandonnant jusqu’à la force de porter les épées qui lui avaient donné la victoire. A la sensation de l’air frottant sur sa peau succéda la douce chaleur d’une multiplicité de cosmos différents qui l’accompagnaient doucement vers le sol.
Avant de sombrer dans les limbes de l’inconscience, il eut cependant le temps d’apercevoir le corps de Cronos se couvrir d’un étrange nuage noir qui fut comme dissipé par le vent, rendant son intégrité au corps du roi des dieux usurpé par l’esprit du semeur de chaos.
 
***
 
Dans l’intimité du saint des saints où étaient endormis les corps des dieux, le régent d’Utopia, celui que certains osaient nommer Métatron, l’instigateur du dernier acte de cette tragédie et de la résurrection de Cronos, semblait en proie à une violente douleur.
 
Se tenant le cœur pour qu’il ne sorte pas de sa poitrine, ses yeux étaient injectés de sang et sa respiration haletante. Après quelques heures de crise il parvint enfin à reprendre le contrôle de son corps et replaça sur sa tête le diadème qu’il avait enlevé lorsqu’il avait permis l’ouverture des portes d’Utopia sur le souffle de Cronos.
 
« Soyez maudits… A cause de vous une partie de l’esprit de Cronos a été détruite aujourd’hui… »
 
Le Régent se leva enfin, les jambes tremblantes, bénissant tous les dieux du monde que personne ne le vît dans cet état pitoyable.
 
« Si Hadès avait perdu, j’aurais pu facilement m’emparer du corps de Zeus et de l’esprit de Cronos qu’il hébergeait… 
Je dois cependant reconnaître cet homme comme mon souverain désormais. Je ne pensais pas que ses sentiments lui donnaient une telle force. Mais maintenant je le sais. »
 
***
 
Le père des dieux n’avait retrouvé le sommeil que depuis quelques minutes et l’émoi qu’avait suscité sa disparition n’était pas encore dissipé.
Bien que mortellement blessé, le grand Zeus, une fois libéré de l’emprise de Cronos avait voulu se saisir de son épée et reprendre le combat. Cependant ses forces l’avaient abandonné en quelques secondes et tous l’avaient porté aux côtés de son frère aîné selon son souhait.
L’arrogance avait disparu en lui et bien qu’il voulût s’empêcher de verser des larmes, il n’y parvenait pas tout à fait. Lorsque la lucidité qui précède la mort lui fut totalement revenue il appela son vainqueur.
 
« Grand frère ? »
 
Hadès saisit la main tendue par celui qui avait toujours été dans la mémoire des hommes le roi des dieux.
 
« Je suis là.
- Tu as vaincu Cronos ?
- Je crois que oui. Son esprit ne viendra plus nous tourmenter.
- C’est bien. Aide-moi à me lever. »
 
Les deux dieux dans un effort inhumain parvinrent à se tenir sur leurs jambes puis s’avancèrent jusqu’à la hauteur d’où l’on dominait l’ancienne capitale des Titans. Zeus contempla avec émoi le lieu de leur naissance avant de demander.
 
« Grand frère, dis-moi. Comment était notre enfance ici ? »
 
D’abord surpris par cette question, le dieu de la mort déglutit pour réprimer un sanglot et commença son récit.
 
« Nous avons eu une enfance heureuse. Notre mère Rhéa nous aimait tous : Poséidon, Héra, Déméter, Hestia, toi et moi. Elle n’a jamais eu de préférence pour l’un d’entre nous. Nous jouions souvent ensemble et presque à chaque fois je me blessais et tu me portais sur ton dos pour rentrer à la maison. Poséidon faisait un peu la tête évidemment mais c’était dans son caractère…
- Et notre père, dis-moi comment il était.
- Cronos était toujours occupé à gouverner son royaume mais il trouvait toujours du temps à nous consacrer… il nous a appris à ne jamais nous fatiguer d’aimer ce qui est beau et à être toujours sensible à la détresse d’autrui… »
 
Zeus sourit gentiment en interrompant son frère.
 
« Menteur… ce n’est pas la réalité. Cet état d’innocence de l’enfance… nous ne l’avons jamais connu. Dès notre naissance… nous avons dû combattre.
- Nous sommes des dieux, nous faisons de la réalité ce que nous voulons qu’elle soit.
- Oui, mais le passé nous n’y pouvons rien malheureusement. »
 
Fatigués, les deux frères s’assirent sur un banc à regarder le coucher du soleil tandis que la vie coulait lentement du corps du roi des dieux.
 
« Tu sais, je suis content que Pandora ait survécu à cette tourmente. Je ne crois pas que j’aurais pu lui faire de mal de toute façon.
- …
- Lorsque vous aurez un enfant, il sera l’héritier de notre race. Toutefois tu ne devras pas faire son malheur en lui imposant ce poids. Donne-lui plutôt de l’amour.
- Je ferai de mon mieux. »
 
Bien qu’il fît semblant de ne pas le remarquer, Hadès constatait de seconde en seconde l’altération du physique de son frère. Déjà son bras droit avait commencé à se disperser en poussière d’étoiles et le même phénomène se produisait pour son opulente chevelure.
 
Le roi des dieux se leva alors sans effort apparent et alla se placer à l’endroit où un rayon de soleil perçant les nuages illuminerait sa fin.
 
« Même si je dois retourner au ciel, je ne souhaite pas que mon corps disparaisse de cette façon. »
 
Au dessus du roi des dieux, Hadès vit distinctement briller une étoile géante tandis qu’obéissant à un ordre muet de leur maître les nuages se rassemblaient pour accueillir la foudre.
 
« Cependant n’oublie jamais que nos esprits sont éternels car je serai toujours là pour veiller sur toi aux côtés d’Athéna. »
 
Le roi des dieux hésita une seconde avant d’ajouter.
 
« Grand frère…
Ecoutons ensemble le nom du dieu suprême. »
 
Au moment où Zeus avait prononcé ces dernières paroles, la foudre s’abattit à l’emplacement même où s’éteignait le roi des dieux dans un bruit assourdissant qui se répercuta sur l’ensemble de la planète de sorte que tous les êtres humains entendirent distinctement le nom crié par le ciel de façon à ce que personne ne puisse l’oublier.
 
ZEUS
 
Le corps de Zeus était là, il avait simplement blanchi, pris la couleur de l'albâtre, son bras encore levé en signe de défi vers le ciel. Mais lorsque Hadès l'effleura du doigt, ce corps magnifique s'effilocha en une multitude de grains de sable blanc et en quelques secondes, le souffle du vent dispersa les cendres du roi des dieux qui brillaient dans la nuit comme la poussière du diamant.
Le dernier des dieux scruta alors le ciel où les nuages tardaient à se reformer autour d’une grande étoile qui avait cessé de briller. L’étoile géante qui régnait sur le ciel était tombée et avec elle le roi des dieux.
L’illustre vainqueur sentit alors les doux bras de son amour l’enlacer.
 
« Il ne faut pas avoir honte de pleurer, c’est la preuve que tu es humain », lui susurra-t-elle à l’oreille en l’attirant vers la chaleur de son corps. 
 
Alors, chose incroyable, la Mort pleura, il pleura de tout son saoul, car il était le dernier de sa race, le seul qui pourrait se souvenir, lorsque tous les humains se seraient éteints, de cette époque héroïque dominée par des êtres dont les pouvoirs défiaient l’imagination. On les appelait les dieux.
 
Et alors que son visage disparaissait dans l’étreinte de son amante et que son dos se soulevait en proie à des tremblements irrépressibles, tous se détournèrent pour protéger d’un voile de pudeur les larmes d’Hadès, le maître absolu des destinées du monde pourtant si humain en cet instant.
   

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