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Hades Glory

"Les choses que je peux faire, celles que je dois faire, celles que je veux faire… Laquelle de ces choses ai-je accompli aujourd’hui ?"
 
Lorsqu’il levait les yeux vers le ciel en quête d’une approbation de ses actes, le roi des dieux ne voyait qu’illusion et lorsqu’il regardait son royaume avec les mêmes yeux, ceux-ci lui renvoyaient le reflet de sa désolation. Tout était bien fini mais pourquoi ? Parce qu’il avait gagné ou parce que son vainqueur avait délibérément renoncé à la victoire ? Il était maintenant le dieu de l’univers mais il n’en restait pas moins un perdant.
 
Tandis qu’il s’avançait vers le corps sans vie de son aîné, il cherchait en vain l’explication de la douleur qu’il ressentait dans sa poitrine. Etait-ce le regret de n’avoir pas combattu loyalement dans ce qui devait être le combat de sa vie qui le consumait ? Ou était-ce la douleur de la perte d’un frère ? Aussi loin qu’il se souvînt, lui et ses frères n’avaient jamais connu cet état d’innocence où les enfants jouent ensemble… combattre… il lui semblait qu’il n’avait jamais su faire que cela, non qu’il n’avait jamais rien fait d’autre. Mais maintenant tout était terminé.
Alors qu’il écoutait sans chercher à les interrompre les pleurs de Pandora, le roi des dieux finit par remarquer la présence d’un cosmos brûlant à ses côtés. Bien qu’il ne le reconnût pas immédiatement, la potentialité d’une menace ne réveilla aucun réflexe d’autodéfense chez lui comme s’il avait perdu soudainement jusqu’à l’envie de vivre. Mais cet homme à ses côtés lui tendait un objet qu’il reconnaissait comme de valeur.
 
- Majesté, ce trophée vous revient. Articula le brûlant Uriel en tendant l’épée des illusions au nouveau dieu suprême.
 
Celui-ci approcha instinctivement la main pour s’en saisir mais ne put réprimer un mouvement de recul qui n’avait rien de naturel.
Le poing du dieu se referma alors et un rictus haineux déforma ses traits harmonieux.
 
- Les épées… les sabres ou les armes à feu. Tout cela a été crée par les hommes pour tuer et détruire. Mais le mal ne vient pas des armes mais du cœur des hommes… tout cela… c’est à cause d’eux !
 
Le poing du monarque alla se fracasser contre l’une des colonnes du palais qui tenait encore debout à quelques centimètres du visage d’Uriel.
Son énervement passé, Zeus se saisit toutefois de l’épée offerte et sa voix reprit les accents de celle d’un souverain.
 
- Uriel, Oblivion ! Les humains nous écoutent-ils ?
 
Les deux archanges se prosternèrent devant leur maître de toujours avant de formuler une réponse commune.
 
- Majesté, la barrière temporelle qui séparait la Terre de l’Olympe n’existe plus et il n’y a pas une oreille sur Terre qui ne puisse échapper à votre voix.
 
Zeus se retourna alors en saisissant l’épée de son aîné entre ses deux mains.
 
- Humains ! Misérables avatars de Prométhée ! Ce jour est le premier de mon règne ! En ce jour j’ai été obligé de tuer mon propre frère car son essence divine avait été pervertie par votre contact !
 
Le dieu suprême marqua une légère pause avant de continuer tant le flot de haine qui s’échappait de sa bouche lui était difficile à déverser.
 
- Haine ! Violence ! Guerre ! Jalousie ! Tout ceci est le rêve de l’humanité et son destin ! Dès lors que vous avez touché une arme, vous vous habituez à en faire usage, même la maîtrise de l’atome vous en avez fait une arme ! Mais ce temps est révolu. Aujourd’hui, moi Zeus, dieu suprême de la Terre décrète l’extermination immédiate de cinq milliards d’individus pris au hasard. Aucun homme n’aura plus le droit de porter des armes même pour chasser un animal ! Si vous résistez alors je briserai votre volonté comme je le fais pour cette épée !
 
Ayant parlé ainsi, le dieu suprême prit la lame à deux mains et fracassa l’épée des illusions contre le roc. La roche émit alors un craquement sinistre avant de céder. Zeus regarda les débris du minéral avec fascination.
 
- Ainsi le fait de détruire Hadès ne suffit pas à permettre la destruction de son arme… l’épée du maître de la mort, quelle merveille…
 
Uriel ne put retenir sa désapprobation.
 
- Votre majesté pense-t-elle à conserver ce témoignage de la puissance d’Hadès ? Garder un objet qui appartint à un ennemi vaincu est toujours dangereux ! Souvenez-vous de l’anneau des Nibelungen !
- Uriel a raison ! Majesté, si cette arme ne peut être brisée, laissez moi l’enfoncer si profondément dans le cœur de la Terre que personne ne pourra jamais la retrouver !
 
Le maître du Tenkai ne sembla entendre aucune de ces deux objections, ses yeux étaient rivés sur l’arme magnifique et lui soufflaient de douces paroles.
 
- Oui je la garderai en souvenir de mon frère adoré, elle sera l’instrument de ma vengeance contre cette humanité qui causa sa mort. Pour chaque goutte de sang de la famille de Cronos que j’ai dû répandre, je tuerai un million d’humains.
 
Les délires sanguinaires du maître du ciel furent interrompus par la perception d’un cosmos chaleureux à proximité du sien. En faisant un effort pour se concentrer par delà les brumes de la folie qui obscurcissaient son jugement, il parvint à en identifier la provenance. Cela ne venait d’aucun des rois présents, ni d’Odin et encore moins d’Athéna… alors qui était capable d’émettre un cosmos assez puissant pour le gêner ?
La réponse s’imposa à lui avec la force de l’évidence, ce cosmos qui égalait celui des Olympiens venait de l’amante de la Mort, celle qu’autrefois il avait appelé sa fille, Perséphonia. Pris d’une curiosité soudaine, Zeus l’appela de sa voix surnaturelle qui pouvait traverser les dimensions.
 
- Pourquoi enflammes-tu ta vie, ma fille ? Ne vois-tu pas que ton amant n’est plus ?
 
Pandora ne répondit pas mais son aura continua de s’accroître jusqu’à devenir presque tangible et provoquer l’énervement du dieu suprême.
 
- C’est stupide ! Tu es en train de consumer ta vie en pure perte !
 
Bien qu’elle ne parlât point, les sentiments de la déesse étaient tellement forts qu’ils formaient eux-mêmes des mots pour atteindre le cœur du roi des dieux.
 
« Le dernier geste que peut accomplir une femme qui n’a pas pu sauver celui qu’elle aime, c’est de mourir avec lui. En mourant ainsi j’imprègne le souvenir de ce miracle dans le cœur des hommes et des dieux : la Mort a aimé. »
 
Le poing de Zeus se referma sur le pommeau de l’épée maudite si fortement qu’il finit par en éprouver de la douleur. Dans son esprit froid et calculateur il n’y avait pas de place pour les sacrifices inutiles et les amours impossibles, pas de place pour la passion et la déraison ! Un homme mort n’était plus qu’un cadavre, un amas de chair qui n’était digne d’aucune vénération ! Le fait qu’une descendante de la race olympienne pût sacrifier sa vie pour une chose aussi ridicule l’ulcérait jusqu’à lui donner envie de vomir. 
 
Dans un geste rageur il décocha une magistrale gifle à Pandora qui s’écroula au sol à son côté.
 
- Tu ne comprends donc pas que c’est inutile ?! Que l’amour n’a de sens qu’au physique ?! Un corps sans vie ne mérite pas ce sentiment !
 
Sans un mot la jeune déesse se mit péniblement sur ses pieds et nonobstant l’humiliation que représentait l’écoulement de son sang depuis ses pommettes et ses lèvres, s’agenouilla puis enlaça tendrement son amant.
Une nouvelle gifle plus forte que la précédente vint frapper la joue de la déesse dont le nom signifiait « celle qui détruit » mais n’eut pas plus d’effet que la précédente : Pandora revint prendre sa place sans un mot et enflamma ce qui lui restait d’énergie vitale.
Zeus avait atteint le comble de l’écoeurement et le seul moyen pour lui de réprimer ce haut le cœur était de détruire son objet.
 
- Puisque tu refuses d’écouter les paroles de Dieu, tu vas subir le sort des infidèles qui refusent d’obéir à l’Eternel ! De cette épée je vais détruire l’objet de ton obsession !
 
Le dieu du tenkai leva l’épée des illusions au dessus de lui puis se saisit du pommeau à deux mains pour augmenter la puissance de sa frappe. Le ciel se couvrit instantanément de nuages tandis que la foudre, tombant sur l’acier lui donna une couleur bleue surnaturelle.
 
« Que disparaisse avec vous le souvenir de votre amour impossible ! »
 
Le choc fut terrible ! L’ensemble de la structure en fut pulvérisée tandis qu’un cratère de plusieurs dizaines de mètres s’était formé à l’endroit de l’impact. La foudre avait tout purifié et détruit à des kilomètres alentour mais le sang qui coulait à ce moment n’était pas celui de Pandora.
 
Zeus réprima une grimace de douleur en écrasant dans son poing un serpent de métal dont les crocs s’étaient enfoncés dans son épaule.
 
- Qui a osé ?!
 
Peu de secondes après avoir prononcé cette phrase, le regard du dieu suprême ne tarda pas à croiser les yeux haineux de trois enfants orphelins de leur père aux cosmos vibrants de tristesse. Leurs cheveux couleur argent, or et blond cendré formaient à ses yeux le pire des mélanges et la nausée qui  tourmentait son estomac ne fit qu’augmenter à la vue de ces rebelles.
 
- Evidemment, qui d’autres que les pitoyables enfants du dieu de la mort pourraient encore se lever contre moi ? Je ne sais par quel artifice vous avez pu entrer en Olympe sans mon autorisation mais vos vies s’achèveront ici même !
 
Le dieu qui commande au sommeil fut le premier à prendre la parole malgré l’émotion et les larmes qui brisaient sa voix à chaque syllabe.
 
- Le seul qui mourra ici ce sera Zeus ! Vous avez commis une erreur en négligeant de nous achever !
 
Le dieu qui commande à la mort prit la main de son frère dont la volonté semblait défaillante.
 
- Nous n’avons pas été là pour aider notre père mais nous ne vous permettrons pas de le blesser ne serait-ce qu’une fois de plus !
 
Zeus éclata de rire à cette remarque.
 
- Fous que vous êtes ! Ne voyez-vous pas que votre père est mort ? Votre résistance n’a pas plus de sens que celle d’un soldat qui refuserait de jeter les armes alors que son souverain aurait été tué !
 
Elysée, tremblante de haine, s’avança à son tour en écartant ses longs cheveux pour désigner ostensiblement l’étoile noire qui ornait son front.
 
- Si Hadès était mort, alors cette étoile qui signifie « à toi pour toujours » aurait également disparu ! Notre père est vivant, je veux le croire ! Et pour que survive cet espoir infime dont Pandora est porteuse, nous sommes prêts à donner notre vie !
 
Furieux, le dieu du ciel fit un pas en avant en concentrant son cosmos vers ses ultimes opposants. Pourtant un bruit étrange le retint d’aller plus loin. Un cliquetis métallique faisait vibrer son armure. Reprenant ses esprits il en comprit la provenance : malgré lui ses jambes refusaient de bouger, pire elles tremblaient !
 
« Qu’est-ce que cela signifie ? Pourquoi mon corps n’obéit-il plus à ma volonté ? Est-ce que j’aurais peur de ces misérables ?! »
 
N’y tenant plus, le dieu suprême lança une attaque précipitée qui semblait plus destinée à le préserver qu’à attaquer. La décharge cosmique atteignit son objectif mais eut autant d’effet qu’un courant d’air : l’union des cosmos fraternels l’avait complètement repoussée.
 
« Co… comment est-ce possible ? Leur cosmos comparé au mien est ridicule ! Comment peuvent-ils repousser le cosmos du dieu suprême aussi facilement ?! »
 
Hypnos fut le premier à reprendre la parole.
 
- C’est notre amour pour notre père qui soutient nos cosmos vacillants. C’est une chose qu’un homme tel que vous ne peut comprendre. Moi non plus, je ne le pouvais pas. Mais aujourd’hui… aujourd’hui j’ai envie de croire en cette immense force qui permet aux humains de réaliser des miracles ! Thanatos ! Elysée ! Maintenant !
 
Les divinités infernales s’élancèrent en même temps sur le dieu suprême, l’attaquant chacun d’un point différent de leurs cosmos brûlants.
 
- Il nous faut affaiblir ses défenses ! Que l’eternal drowsiness te plonge dans un sommeil sans fin !
 
Quelqu’effort qu’il fît pour neutraliser les effets de cette attaque, Zeus n’y parvint pas dans un délai aussi court et les divinités des songes obscurcirent bientôt son jugement jusqu’à le rendre aveugle à l’attaque qui survint alors.
 
- Pour toi mon père ! Que les crocs du Serpentaires te déchirent !
 
Les serpents métalliques forgés par Héphaïstos s’enroulèrent autour des bras du dieu céleste anesthésiant ses muscles par leur poison.
 
- Que l’Enfer t’emporte ! Par la Terrible Providence !
 
L’attaque dévastatrice de Thanatos frappa le fils de Cronos de plein fouet, enfonçant littéralement la protection au torse de son armure dans un fracas assourdissant.
Les rois d’Utopia restèrent stupéfaits par la violence de l’attaque qui avait été ainsi lancée, pourtant personne ne s’y trompa : le dieu suprême n’avait pas même vacillé sous le choc.
 
- Serait-il immortel ? S’écria le seigneur d’Asgard. Ils ont pourtant détruit sa capacité défensive avant de le frapper ! Que faut-il de plus pour le blesser ?!
 
Némésis semblait troublée par la soudaine apparition des enfants d’Hadès.
 
- Pourquoi ? Mais pourquoi es-tu venue pauvre folle ?! Dans cette position je ne pourrai rien faire pour te protéger ! Dit-elle en regardant fixement en direction de la demi-déesse adoptée par le dieu de la mort.
 
Une fois dissipées les brumes générées par l’impact de l’attaque de Thanatos, le dieu du ciel redevint visible. Il arborait un sourire sadique bien qu’ayant apparemment subi des blessures importantes. Dans un geste orgueilleux, il caressa doucement sa protection divine.
 
- Mes félicitations ! Cet assaut était techniquement parfait et remarquablement organisé ! Mais malheureusement pour vous, la kamui que je porte ne pourra jamais être détruite par les coups de demi-dieux aussi pitoyables !
 
Le dieu suprême fit un pas en avant. Il constata avec satisfaction que ses jambes ne tremblaient plus comme si la peur qu’il avait ressentie n’avait été que passagère.
 
- Dans mon immense bonté, je vais vous donner un conseil : concentrez toutes vos forces sur moi et vous aurez peut-être une chance de me blesser. Mais je vous donne cependant cet avertissement : je contre-attaquerai avec l’épée de votre père.
 
Surpris par l’échec de leur précédente attaque, les enfants de la Mort tentèrent de se concerter par télépathie.
 
« Il est inutile d’utiliser les mêmes techniques, il a sans doute dû les assimiler »
 
« Il nous faut donc mettre nos vies dans la balance pour le prochain assaut. »
 
« Il n’existe qu’une seule technique qui puisse le blesser… »
 
Cette fois Elysée s’exclama à voix haute.
 
- Hypnos tu ne penses quand même pas ?
- Si, il nous faut utiliser l’exécution de l’étoile de la Mort.
- Mais cette technique inventée par Hadès lui-même ne peut être utilisée que contre des rebelles !
 
Pour la première fois peut-être de sa vie, le dieu du sommeil perdit son calme.
 
- Naïfs que vous êtes ! Zeus est un imposteur qui s’est proclamé Dieu au terme d’un combat déloyal ! Je ne reconnais de Dieu que mon père et tous ceux qui prétendent lui usurper ce titre sont à mes yeux des rebelles qui méritent de pourrir dans le Cocytus !
 
Les paroles de leur aîné produisirent un grand effet sur les cadets.
 
- Oui tu as raison… Pour que les humains n’oublient jamais qui est le véritable héritier de Cronos !
- Pour que la Vérité soit un jour connue et l’usurpateur confondu, nous allons l’utiliser…
- Le pouvoir de l’étoile de la Mort !
 
Campant sur leurs positions, les enfants d’Hadès enflammèrent leurs cosmos au même moment, faisant briller les étoiles sur leur front à en masquer la lueur du soleil. Vît-on jamais une plus noble union ? Y eut-il jamais de pouvoir plus redoutable ?
 
Le grand Zeus, confiant dans sa kamui ne fit pourtant que le mouvement de saisir l’épée des illusions à deux mains, persuadé de l’incroyable pouvoir de cette arme.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsque criée par des poumons à la limite de l’explosion, le nom de « l’exécution de l’étoile de la Mort » perça ses tympans.
 
Une forme gigantesque et sombre se forma sur le mont Olympus, menaçant de l’englober complètement et tarissant toute forme de vie sur Terre comme au ciel dans son périmètre d’action. La vague déferla sur le dieu suprême qui, ne perdant rien de sa superbe, voulut faire un pas en avant lorsque son corps refusa à nouveau de lui obéir.
 
« Saloperie ! C’est la même sensation que tout à l’heure ! Si je reste immobile comme un poteau je vais me faire tuer ! »
 
L’étoile de la mort était déjà sur lui et déversait sa brûlante chaleur sur ses cheveux déjà consumés quand le mental surpassant enfin le physique lui permit d’abattre l’épée des illusions à la verticale dans un cri guttural coupant littéralement l’étoile de la mort en deux. Du moins c’était l’effet qu’il escomptait car la lame fut bloquée par le torrent déchaîné et on assista un moment à la stabilisation de ces deux forces incroyables au sommet du mont Olympus.
 
« Je suis le dieu suprême !! Je ne peux être blessé par l’attaque de ces misérables !! »
 
Intensifiant son cosmos à son paroxysme, le fils de Cronos parvint enfin à surpasser le cosmos qui avait été lancé pour l’abattre et lorsque sa victoire fut certaine il s’écria.
 
« Héritiers d’Hadès ! Votre sens de l’honneur, du sacrifice !! Votre façon de vivre !! Tout cela me dégoûte !! »
 
La puissance de l’étoile de la mort fut littéralement écrasée par celle du dieu du ciel. Submergés, les enfants d’Hadès furent emportés par un tourbillon et les corps de Thanatos et Hypnos retombèrent pesamment au sol tandis que le dieu du ciel s’adressait d’un ton inquisiteur au troisième seigneur des archanges.
 
- Némésis, pourquoi être intervenue ?
 
La reine d’Utopia, plus rapide que l’éclair avait en effet jailli au moment même où l’attaque de Célesta avait échoué pour permettre à celle-ci d’échapper au courroux du dieu suprême.
 
- Je regrette, mais même venant de votre part, je ne pouvais laisser faire cela.
 
Zeus se retourna violemment en faisant glisser l’index et le majeur de sa main droite sur la plus grande offense qu’il ait subi ce jour : de son front s’écoulait un flux sanguin sacrilège.
 
- Et tu crois sans doute que je peux autoriser cela !!
 
Pour choquée qu’elle fût par cette vision incroyable, Némésis s’efforça de ne rien laisser transparaître. Tout en s’inclinant avec déférence, elle s’efforçait de cacher du mieux qu’elle le pouvait le corps de la demi-déesse qu’elle avait protégée.
 
- Majesté… la guerre est terminée, vous l’avez gagnée… et ces demi-dieux étaient les derniers rebelles à s’opposer à vous. Je vous en prie…
 
Le roi du ciel tendit la main pour empêcher l’archange de terminer sa phrase.
 
- Je sais déjà ce que tu vas me demander mais c’est hors de question. J’ai juré sur mon nom que pour chaque goutte du sang de Cronos versé je tuerai un million d’humains. Alors je commencerai par cette femme !
 
L’épée maudite s’abattit à une vitesse fulgurante qui n’avait d’égal que la toute aussi divine vélocité avec laquelle la plus jeune reine d’Utopia avait interposé sa propre lame brisée. Les deux forces surnaturelles semblèrent se stabiliser un moment.
 
- Je vous en prie, majesté ! Reprenez vos esprits ! Vous êtes le dieu des dieux ! Non un vulgaire assassin !
 
Zeus appuya encore la pression qu’il exerçait sur la lame de Némésis jusqu’à ce que le frottement de l’acier chauffe les deux armes au rouge et que la moins résistante fût sur le point de céder. La jeune reine tentait encore de convaincre son seigneur et maître tandis que des larmes de rage embuaient ses pupilles.
 
- Pour vous nous avons combattu et souffert, nous braves guerriers de l’empire d’Utopia ! Nous avons combattu pour qu’un jour l’âge d’or soit restauré et nous voyions tous en vous le messie qui sauverait le monde de la décadence !
 
A cet instant précis, la lame de Némésis céda et l’épée des illusions entailla profondément son épaule droite. Cependant, refusant d’admettre sa défaite morale, la jeune femme se saisit de l’arme à deux mains et la retira difficilement de sa chair.
 
- Seigneur Zeus, je vous en supplie ! Redevenez celui que nous avons connu autrefois !
 
Cette fois, l’empereur des cieux réagit. Sa mâchoire se contracta au point de briser ses molaires tandis que ses yeux étaient plus que jamais injectés de sang.
 
- Foutaises ! Je sais très bien que la seule raison qui te pousse à me citer de telles niaiseries est l’amour que tu portes à cette demi-déesse qui est ta sœur de sang ! Le Zeus dont tu parles n’existe pas, il n’a jamais existé ! La seule vérité c’est que la volonté est pouvoir et le pouvoir est volonté ! Le roi des dieux a le pouvoir de déterminer ce qui est bon ou mal, justice ou injustice ! Si je le souhaite alors l’extermination du genre humain deviendra un acte digne d’éloges et le meurtre un acte vertueux !
 
Némésis se releva très difficilement en essuyant les larmes qui maculaient ses joues.
 
- C’est donc cela la vérité… Je ne voulais pas l’admettre… mais maintenant que je l’entends de votre bouche, il m’est impossible de nier l’évidence plus longtemps. Je n’ai d’autre choix que d’honorer mon serment d’archange, celui que je vous ai prêté dans les temps mythiques : combattre le mal où qu’il se trouve !
 
Dans un éclat éblouissant diamant, le sol du palais se fissura puis explosa pour permettre l’ascension d’une armure brillante comme le diamant. Elle avait la forme d’une femme à la longue chevelure, arborant un sourire de malice et tenant de sa main droite une rapière dont la pointe était écarlate. L’adamanthe de Némésis, déesse de la vengeance, venait de se matérialiser.
 
Sans qu’un mot ne fût prononcé, l’armure d’archange qui avait jusque là protégé la jeune déesse se désolidarisa de son corps pour permettre à l’armure adamantine aux courbes harmonieuses de venir la recouvrir.
 
A la fin de ce rituel, Zeus ne pouvait plus contenir sa rage.
 
- Tu es comme Hadès et ses héritiers n’est-ce pas ? Même devant l’Apocalypse, tu ne feras pas de concessions. Ton stupide sens de l’honneur te pousse à choisir la voie de la douleur plutôt que celle du pouvoir. Vous êtes des héros, pour vous tout est blanc ou noir, Bien ou Mal, il n’y a pas de nuance. Je hais les héros.
 
Némésis leva alors sa rapière devant Zeus en signe de défi.
 
- Alors dans ce cas, même si je n’ai aucune chance de victoire, je me battrai pour ce sens de l’honneur que vous prétendez détruire. Mais aussi…
 
Némésis se déplaça lentement vers l’étrange couple formé par Hadès et Pandora. Le cosmos de celle-ci tentait toujours de rappeler son amant à la vie tandis que les frères jumeaux utilisaient ce qu’il leur restait de force pour ramper jusqu’à leur maître.
 
- Parce que j’ai une dette envers Hadès ! Il est celui qui m’a permis de revoir ma sœur jumelle, Elysée !
 
Zeus afficha un sourire ironique avant d’enflammer un cosmos d’une puissance extraordinaire.
 
- Très bien. Je te considère maintenant comme une rebelle à l’instar ta sœur. Vous aurez le plaisir de partager la même fin !
 
En prononçant ces derniers mots, le divin fils de Cronos avait décrit un moulinet de l’épée des illusions. Plus tranchante qu’Excalibur, l’acier de cette arme fendit l’air jusqu’à trouver sa proie. Némésis ne fit aucun mouvement pour l’éviter et son sang ruissela bientôt sur le sol.
 
- Votre attaque ne me visait pas personnellement. Elle visait Pandora, c’est pour cette raison que j’ai dû faire obstacle avec mon corps.
 
- Quel courage, c’est vraiment magnifique ! Mais combien de temps pourras-tu tenir ainsi ?
 
Pour la première fois, l’archange afficha un sourire ironique.
 
- Le temps de laisser la marque de ce combat dans votre corps.
 
Ayant prononcé ces mots, la déesse de la vengeance adopta sa position favorite : la rapière coincée entre l’index et le majeur  qui annonçait une charge angélique. Zeus ne réprima pas son mépris pour cette technique.
 
- Tu veux me frapper avec une technique que tu as déjà utilisée contre Odin ? Tu ne connaîtras pas plus de succès cette fois-ci, sois-en certaine. D’autant plus que je manie l’épée des illusions.
 
Pour toute réponse, Némésis articula mécaniquement.
 
- Première règle de l’archange : ne jamais reculer devant l’ennemi même si la défaite est certaine.
 
Avec un cri guttural, l’archange passa à l’assaut, le sol se fissurant sur la trajectoire de sa rapière. Lorsqu’elle ne fut qu’à quelques mètres de Zeus, Némésis inclina perceptiblement sa rapière à la verticale de manière à frapper le sol. Celui-ci éclata en une explosion rocheuse qui brouilla la vue du roi des dieux.
Prenant son envol, Némésis utilisa alors les ailes de son armure pour se stabiliser dans les airs puis, ayant trouvé la meilleure position décocha une rafale de comètes angéliques en direction du monarque auquel elle avait prêté allégeance.
Zeus resta tout à fait impassible tandis que le ciel se couvrait d’une nuée de points blancs dont la taille grossissait à vue d’œil. L’impact fut terrible et dans un fracas de lumière, un pan entier du Mont Olympe se détacha.
Lorsque la poussière se fut dissipée, le roi des dieux semblait entouré d’une brume bleue argentée irréelle qui serpentait autour de son corps sans le toucher. Redescendant lentement vers le sol, Némésis ne pouvait croire à l’insuccès de son attaque.
 
- Ta puissance a certes augmenté depuis que tu as revêtu cette armure mais ton cosmos n’est pas assez puissant pour traverser mon aura.
- Votre aura ?
- L’aura est la manifestation tangible du big will, la volonté divine des dieux supérieurs. Elle est cette force qui renverra toutes les attaques portées contre Dieu. Si ton cosmos n’est pas assez puissant, tous tes coups te seront renvoyés.
 
« C’est vrai. J’avais entendu parler d’une telle force qui rendrait les dieux invulnérables. Les récits disent que les chevaliers d’Athéna ont souvent réussi à supplanter l’aura des dieux en unissant leurs cosmos. »
 
Cette fois Némésis s’exprima à voix haute.
 
- Mais je ne suis pas un chevalier de cette déesse ! Je dois blesser mon maître moi-même, il en va de mon honneur de reine d’Utopia !
 
Zeus interpella alors son ancien commandant d’un ton sarcastique tandis que la force de son aura diminuait visiblement.
 
- C’est donc cela que l’on vous enseigne à Utopia ? Vaincre seul ? Lutter sans aucune chance de victoire ? Lorsque tu verras Hadès en Enfer, tu lui conteras ton combat avec le sourire, n’est-ce pas Némésis ?
- Je ne suis peut-être qu’une demi déesse mais en mettant ma vie en jeu, je suis sûre de parvenir à vous blesser.
 
Le roi du ciel intensifia alors son aura pour former un bouclier autour de lui.
 
- Très bien, j’accepte ton défi mais plus grande sera la puissance de ton attaque, plus grands seront les risques que tu y laisses ta vie quand elle te sera renvoyée.
 
Pour toute réponse, à la surprise générale de l’assistance, Némésis enfonça elle-même sa rapière dans son épaule déjà ensanglantée. La lame se mit alors à briller comme si elle était investie d’une énergie propre au contact du sang de son détenteur.
 
- « Sword of life » articula le faux archange. Lorsqu’un guerrier est acculé par des adversaires qui lui sont supérieurs, il scelle lui-même son destin en puisant dans son fluide vital l’énergie que son arme nécessite pour les vaincre. Vous avez dit vouloir tuer un million d’êtres humains pour chaque goutte de sang perdu, seigneur Zeus ? Alors soit, je serai votre premier sacrifice.
 
S’il fut impressionné par la détermination de son ancien subordonné, le maître du tenkai n’en laissa rien paraître, au contraire.
 
- Les sentiments pour Hadès troublent même les guerriers les plus loyaux on dirait. Très bien, je vais te démontrer l’ampleur de ta bêtise ! Attaque-moi et meurs en recevant ton propre assaut.
 
Le temps sembla s’immobiliser entre les deux protagonistes tandis que l’éternelle jeunesse gravée sur le visage de la demi déesse semblait se faner de seconde en seconde. Déjà ses cheveux blonds se constellaient de neige.
 
« Je n’ai pas le droit à l’échec ! La puissance des tyrans est fondée sur la peur qu’ils inspirent et le mythe de leur invulnérabilité. Si je parviens à le blesser, d’autres se lèveront à ma suite pour renouveler cet exploit et peut-être un jour… »
 
Némésis chassa de son esprit le nom qu’elle allait prononcer. Non, même s’il était à ses yeux le plus puissant des rois, elle ne pouvait supporter l’idée que son maître défie Zeus et y laisse la vie. Pour éviter cela, il lui fallait gagner.
 
Le faux archange détendit alors tout son corps à l’horizontale dans un assaut si fulgurant que les spectateurs eurent l’impression que la déesse de la vengeance s’était transformée en étoile filante. Malheureusement, le seul homme capable de résister à un tel assaut était son adversaire. L’élan de l’étoile fut entièrement brisé par la résistance que lui opposa l’aura du roi des dieux qui n’avait pas même décroisé les bras.
 
Mais alors que l’attaque aurait dû être renvoyée, un phénomène étrange se produisit. Plus la résistance de l’aura augmentait, plus l’arme divine de la reine d’Utopia semblait drainer l’énergie de sa détentrice pour détruire cet obstacle de sorte que bien loin d’être bloquée, la rapière s’enfonçait de plus en plus en direction du tyran. Mais dans le même temps le corps de Némésis s’affaiblissait rapidement : ses bras étaient de plus en plus maigres et ses joues en se creusant lui donnaient une apparence décharnée. Par contre la flamme qui brillait dans ses yeux était intacte.
 
La lame de la rapière n’était plus qu’à un centimètre du front de Zeus quand celui-ci se décida finalement à réagir pour ne pas être blessé. Dans ses yeux brilla une lueur meurtrière et un cosmos agressif remplaça son aura, repoussant peu à peu l’arme de Némésis. Dans un ultime effort, la demi déesse lança toutes ses forces en avant et sa rapière heurta le front du dieu. Dans le même intervalle, la puissance du cosmos divin décupla brusquement emportant littéralement l’archange vers les airs dans lesquels elle se volatilisa.
 
Zeus respira bruyamment pendant quelques secondes avant de reprendre son calme.
 
- Des traîtres, tous des traîtres à leur Dieu ! Suis-je enfin débarrassé de ces rebelles ?
 
La voix sans timbre et inexpressive d’Oblivion lui répondit.
 
- J’ai peur que non, monseigneur.
 
Le roi ferma les yeux et le corps de la demi déesse qui avait défié le souverain apparut dans les bras de son frère d’armes.
 
- Je suis désolé majesté mais au moment où votre aura a disparu, j’ai crée une illusion pour me donner le temps de dérober Némésis à votre courroux.
 
La fureur du dieu suprême ne semblait pouvoir être contenue, surtout dans la mesure où cette trahison venait de la part d’un serviteur aussi discret et dévoué qu’Oblivion.
 
- Tu me trahis toi aussi ?!
 
Le roi ne se démonta pas pour autant.
 
- Non votre majesté. C’est vous qui avez trahi votre parole donnée. Ne pouvant repousser l’assaut de Némésis avec votre aura, vous êtes passé à l’offensive. En la sauvant, j’ai simplement voulu vous empêcher de commettre un nouvel acte déloyal.
 
Le roi des dieux semblait au bord de l’écoeurement, il scruta l’assistance autour de lui à la recherche d’un soutien éventuel mais il ne croisa que des regards hostiles ou fuyants. Uriel lui-même regardait du côté d’Oblivion pour ne pas avoir à montrer sa colère.
Son regard s’arrêta enfin sur la cause de son écoeurement, sur ce couple maudit dont l’amour miraculeux suscitait le revirement de ses propres partisans. Pandora et Hadès… ils symbolisaient tout ce qu’il détestait, tout ce qu’il avait banni de son cœur pour en doter Athéna, ses rêves de noblesse fracassés par la cruauté dont il avait dû faire preuve durant son règne, le songe d’un amour sincère et désintéressé qu’il n’avait jamais pu connaître, dominé qu’il était par ses désirs charnels…
Il fallait qu’il les détruise pour qu’enfin l’on cesse de décrire les hommes tels qu’ils devraient être, pour que l’humanité admette sa condition inférieure de même que les autres dieux, afin que plus personne n’ose cracher sur son nom en dépit des crimes et forfaitures qui lui étaient attachés.
Pour l’avenir de son monde, ils devaient mourir.
 
Tandis qu’il s’approchait d’un pas menaçant de la cause de sa colère, le roi des dieux pensait à son frère. Il l’avait toujours aimé et admiré depuis qu’il l’avait connu. Ensemble ils avaient mis fin à la tyrannie des Titans, ils avaient gouverné un monde chaotique et l’avaient façonné à leur image. Jamais durant leur long règne, ils n’avaient entrepris quoique ce soit d’important sans se consulter. Cette alliance avait été garante d’une paix qui avait duré des millénaires. Alors pourquoi avait-il un jour décidé de se rebeller contre un ordre si harmonieux ? Il n’avait jamais paru déçu de régner sur l’Enfer.
La seule explication plausible se tenait devant ses yeux. Celle que l’on disait la fille de Déméter mais qui était en fait née du fleuve infernal Styx et de la volonté divine avant d’être adoptée par la déesse des Moissons.
Celle dont le nom signifiait « qui détruit la lumière » avait été la cause de tous les maux et elle était revenue à la vie à cette époque pour rouvrir la boîte de la malédiction.
L’anéantir serait un acte digne d’éloges, une action vertueuse par laquelle cette interminable bataille prendrait fin, le seul et unique moyen de rallier Utopia à sa cause et finalement d’apporter la paix à ce monde qu’il aimait.
 
Il s’avança vers le couple enlacé et lorsqu’il le domina de toute sa taille, leva l’épée des ténèbres vers le ciel, appelant la foudre purificatrice qui ne tarda pas à répondre à l’ordre de son maître.
L’éclat aveuglant de l’éclair fit se tourner les yeux de Pandora vers le dieu. Zeus fut déçu de n’y lire aucune peur ni même la résignation de la créature qui accepte son destin. Dans les pupilles écarlates de l’amante de la Mort, il voyait autre chose. Un sentiment profondément gênant. Répondant à sa muette interrogation, Pandora articula alors.
 
- J’ai pitié de vous.
- Pitié de moi ?
- Oui. J’éprouve de la peine pour un être à l’intelligence si brillante qu’il ne peut plus voir le monde que comme une équation rationnelle qui a toujours pour résultat la victoire de Zeus. Vous voulez nous détruire car nous gênons votre logique calculatrice qui doit vous conduire à dominer l’univers mais l’amour ne peut se réduire à un simple calcul d’intérêts.
 
Les mains du dieu suprême se refermèrent fébrilement sur la poignée de l’instrument du meurtre qu’il allait commettre.
 
- Votre amour et vos existences sont contre nature ! Hadès, né de Cronos et de Rhéa, est l’incarnation de la Mort qui ne saurait être en soi une chose vivante. Quant à toi, tu as émergé de Styx, le fleuve infernal qui coule dans les Enfers et détruit tout ce qui n’est pas divin. Vous êtes les incarnations de deux concepts qui n’auraient jamais dû prendre vie. La « Mort amoureuse », ces deux mots sont en eux-mêmes une contradiction. Et c’est pour effacer cette erreur de la nature que je vais vous détruire !
 
Sous le regard compatissant de la fille du Styx, l’épée d’éclairs s’abattit une nouvelle fois sur le Mont Olympe, sonnant le glas d’une bataille déjà riche en deuil. Mais le bruit métallique qui fut audible par tous les assistants à la fin de cet assaut n’avait rien de commun avec les cris de terreur qu’ils attendaient.
Zeus ouvrit et referma sa main droite nerveusement. L’épée des illusions lui avait été arrachée d’un seul coup net et précis et l’auteur de ce forfait lui tournait le dos.
 
- Serais-tu toi aussi tenté par le sommeil éternel ?
 
L’homme qui se retourna avait une armure à la forme cristalline minérale dont la structure avait été très endommagée par les multiples affrontements qu’elle avait connus.
 
- Seigneur d’Asgard ? Termina Zeus.
 
Pour toute réponse, l’interpellé fit brûler un cosmos aussi glacial que la banquise sur laquelle il régnait et de ses deux yeux maintenant restaurés, fixa son suzerain avec défiance.
 
- Cette fois aucun archange ne se mettra entre vous et moi. Je n’ai pas pu sauver mon ami mais je jure que je ne laisserai personne toucher un cheveu de celle qu’il chérissait.
 
Zeus intensifia son cosmos à son tour, soufflant la flamme d’Odin comme le vent une chandelle qui serait déjà sur le point de s’éteindre.
 
- Très bien. Tu as de la chance que je sois dans mon jour de bonté. Aussi, si tu veux accompagner tes amis dans la mort, cela peut s’arranger très facilement. Dire que tu es sensé être le dieu le plus sage… par ce geste inconsidéré, tu viens de prouver ta stupidité.
 
Le sol trembla brusquement, faisant perdre son équilibre au seigneur du Nord qui ne put esquiver l’assaut fulgurant que le dieu céleste lança contre lui. Le dernier coup de poing de Zeus projeta Odin sur une dizaine de mètres mais en se servant de l’épée de Balmung pour freiner sa chute, le seigneur d’Asgard recula jusqu’à se retrouver en garde-fou devant Pandora. Reprenant son épée à deux mains, il signifia ainsi qu’il était prêt à continuer le combat.
 
- Tu es résistant c’est un fait. Mais tu n’en restes pas moins un perdant, seigneur d’Asgard. Lors du Ragnarok qui a détruit ta race et mis fin à ton règne, tu as été dévoré par le loup Fenrir n’est-ce pas ? Et depuis ta résurrection tu as été battu au moins deux fois par Hadès. Si tu admets cela pour vrai et s’il te reste encore un peu d’honneur alors écarte-toi car je suis le vainqueur de ton vainqueur.
 
Une autre voix se leva derrière Zeus, aisément reconnaissable à l’autorité naturelle qu’elle dégageait.
 
- Il est exact que vous avez vaincu, Père. Mais vous avez vaincu un homme qui était déjà blessé par de nombreux combats et ne pouvait se défendre efficacement. Votre force est extraordinaire mais pour avoir combattu Hadès à plusieurs reprises, je sais que vous ne lui êtes pas supérieur sur un champ de bataille.
 
Et la déesse de la sagesse et de la guerre aux yeux pers vint se placer aux côtés du seigneur d’Asgard, étendant les bras dans cette attitude christique qui lui était si familière.
 
Zeus contesta d’une voix qui trahissait un énervement croissant.
 
- Mes enfants, mon frère, mes propres soldats ! Vous êtes tous contre moi ! Des traîtres, des perdants qui n’acceptent pas leur défaite ! Voilà ce que vous êtes et sur quoi repose l’espoir du genre humain à présent ! Des éclopés qui ne tiendraient pas deux minutes contre moi si je ne me donnais la peine de leur répondre !
 
Une autre voix survenue des ténèbres s’éleva alors et pour la première fois, le maître du tenkai fut tétanisé à entendre son accent métallique. L’homme qui avait hélé le dieu des dieux avait la peau aussi noire que la suie et les yeux aussi rouges que le sang. Un casque de général corinthien couvrait entièrement son visage, ne laissant voir que la blancheur de ses dents et la rougeur de ses yeux. Tout le reste n’était que ténèbres.
 
« Il est exact que nous sommes tous des perdants. Mais le dieu de la Mort a accepté le défi de ces perdants et à chacun d’entre nous il a enseigné ce qui lui manquait. C’est grâce à lui que je me tiens à présent devant vous. Père ! »
 
Contre sa volonté, Zeus recula d’un pas en devinant plus qu’il ne reconnut le visage ravagé de son fils, Arès, le dieu de la guerre tué par Uriel dans les couloirs du palais.
 
- Mais… tu es mort !!
 
Le dieu de la guerre n’avait plus de visage humain et avait en effet toutes les apparences d’un revenant. Ses muscles saillants se contractèrent cependant lorsqu’il saisit une énorme lance placée dans son dos.
 
- C’est vrai : je suis mort. Tout comme Hadès, Poséidon et toi-même j’ai connu la sensation que l’on ressent avant de franchir le « seuil du péril », cette dimension si redoutable qui n’accepte pas la faiblesse. Mais au moment où je pensais que mon essence divine allait être éparpillée dans le cosmos, j’ai finalement compris les paroles d’Hadès.
- Les paroles de mon frère ?
 
Dans les yeux d’Arès, tous devinèrent la fascination qui les rendait plus écarlates encore en énonçant ses paroles.
 
- Hadès m’avait dit que ce qui me manquait pour devenir un véritable dieu c’était de comprendre l’intervalle qui sépare la vie de la mort. C’était d’une simplicité enfantine et pourtant il a fallu que je sois sur le point de mourir pour le comprendre. La clef de tout c’est la volonté ! « Une personne qui renonce mourra ! Quelqu’un qui refuse d’abandonner peut surpasser les limites humaines et acquérir un pouvoir incommensurable. » Ne jamais se rendre, même dans la mort, c’est cela la dignité et la fierté du maître des ténèbres. Et c’est ce qu’il m’a enseigné au péril de sa propre vie.
 
Comprenant ce qui avait dû se passer, Zeus laissa éclater sa rage.
 
- De quel droit t’a-t-il appris le secret de la Big Will ? Seul un père peut décider de ce qu’il est bon pour son fils de savoir !
 
Arès coupa violemment son créateur.
 
- Il ne me l’a pas appris par bonté d’âme !! Il m’a appris ce secret car il savait que je voulais me venger de toi ! Il me l’a appris pour qu’un jour je te renverse !
 
La révélation de la haine secrète que son fils lui portait depuis toujours frappa le dieu suprême comme un couteau en plein cœur. Il n’osa continuer de peur d’apprendre une autre vérité terrible mais aucun répit ne lui fut accordé.
 
- Je te hais depuis toujours, Père ! Je suis ton fils et celui d’Héra, la fille de Cronos et la légitime reine des dieux ! Tu t’es débarrassé de ton premier enfant, Héphaïstos, car il était difforme et indigne de te succéder. Mais moi, j’avais la force et la beauté. Mon héritage aurait dû être la Terre ! J’aurais épousé Athéna et nous aurions régné sur ce monde, c’était notre droit ! Mais tu as préféré créer notre malheur en faisant de nous des ennemis, deux dieux de la guerre s’entretuant gaiement pour ton seul plaisir ! Mais aujourd’hui les jeux sont inversés : mon visage est devenu si terrible que je ne peux plus le montrer et nous sommes tous réunis contre toi !
 
- Est-ce tout ce que tu avais à dire ? Eh bien soit ! Si tu penses être digne de me succéder, attaque-moi, viens me frapper jusqu’à réduire mon corps en pièces ! Nourris-toi de ma chair ! Et prends ma place en haut des cieux ! Mais avant cela il te faudra me tuer et ce ne sera pas facile. Regarde autour de toi : j’ai facilement battu le dieu qui commande à la mort, celui du sommeil, leur sœur et le commandant de mes archanges. Le seigneur d’Asgard mordra bientôt la poussière et ira rejoindre mon sinistre frère. Alors ne me sous-estime pas si tu veux tenir plus de deux minutes !
 
- Ils sont peut-être tous été vaincus mais chacun a gravé la marque de son poing dans ton corps. Les blessures dont tu es couvert et le sang qui s’en écoule sont la preuve de ta condition mortelle. Mais celui qui t’achèvera, ce sera moi !
 
Zeus serra les dents à tel point que l’on crût qu’elles allaient éclater puis finalement sa mâchoire se décontracta et un sourire se dessina enfin sur ses lèvres.
 
- C’est bien. Finalement, tout est pour le mieux. Depuis des millénaires je suis entouré de traîtres qui convoitent mon trône et des oracles m’annoncent qu’un de mes enfants me détrônera, moi, le dieu suprême. Puisque tel et mon destin je l’accepte. Mais je ne céderai pas ma couronne à un dieu moins puissant que moi. Alors viens, Arès, prouve-moi que tu maîtrises vraiment la volonté divine.
 
Et d’un geste impérieux, le monarque intima l’ordre aux rois d’Utopia de ne pas intervenir.
Arès fit alors brûler un cosmos immense et, se jetant sur le dieu suprême, lance en avant fit exploser sa colère. Tous les dieux présents furent soufflés par l’onde de choc et même la dépouille du divin Hadès eût été emportée si Odin n’avait fait obstacle de son corps pour lui éviter cette humiliation.
 
Pourtant sur le champ de bataille, pour impressionnant qu’il fût, l’assaut du dieu de la guerre revenu à la vie avait été totalement stoppé par la divine puissance du grand Zeus. La lance d’Arès n’était même pas parvenue à toucher la paume du dieu suprême qui repoussait d’une seule main le cosmos de son fils tandis que sa chevelure entourée d’une aura bleutée flottait autour de lui, accentuant encore son charisme.
 
- Est-ce là tout ce dont tu es capable ? Ce n’est pas avec un pouvoir de ce genre que tu pourras me faire grand mal.
- Je vais te montrer ! Le pouvoir d’un dieu de la guerre !!
 
La puissance d’Arès, augmentant de pair avec sa haine décupla à tel point que Zeus éprouva de plus en plus de difficultés à contenir ce cosmos brûlant et ses pieds s’enfoncèrent profondément dans le sol sans pour autant empêcher son recul.
En quelques secondes, le dieu du ciel se retrouva acculé à l’un des rares remparts de sa forteresse qui tenait encore debout et observant cet obstacle comme un point de non retour y puisa la force de contre-attaquer.
 
- Arès ! Ta volonté ! Je la briserai de mes mains !
 
Saisissant alors son bras droit avec sa main gauche pour l’empêcher de flancher, le dieu du ciel déploya un cosmos bleuté extraordinaire et en l’espace d’une seconde, l’aura du dieu de la guerre plia avant de s’effondrer complètement comme un arbre déraciné par la tempête.
 
Quand cet engagement fut terminé, le grand Zeus observait alternativement avec rage sa main droite brûlée et son fils qui commençait déjà à se relever.
 
« Cette attaque aurait pu m’être fatale. En voulant tester sa puissance j’ai volontairement retenu la mienne et ça a été un erreur. Mon fils n’est pas un adversaire à sous-estimer. »
 
Son visage s’éclaira alors d’un sourire étrange tandis que de sa voix devenue flatteuse il articulait.
 
- Je te dois des excuses, Arès. Tu es bien devenu un dieu majeur au même titre que Poséidon, Hadès et moi-même mais connais-tu les limites de ton pouvoir ? De notre pouvoir ? As-tu jamais ouvert le seuil du péril de tes mains ?
 
Arès tarda à répondre, preuve évidente de son incrédulité.
 
- Le seuil du péril est l’intervalle entre la vie et la mort. Il ne peut être ouvert que lorsqu’un dieu est sur le point de mourir.
- Ne me mens pas. Je lis dans tes yeux que Hadès t’a déjà montré en quoi cet intervalle consistait. Il s’agit de l’espace dans lequel les dieux majeurs forment leurs mouvements et compressent les contraintes temporelles au point de dépasser la vitesse de la lumière. Hadès t’a fait traverser la distance qui sépare la Terre d’Alpha du Centaure, l’étoile la plus lointaine de la Voie Lactée en quelques secondes, n’est-ce pas ?
 
Cette fois le dieu de la guerre ne répondit absolument rien. Lorsqu’il avait voulu traverser cet intervalle lors de la très courte initiation dont l’avait gratifié le dieu de la mort, celui-ci l’en avait empêché par la force car il savait que cela signifierait sa mort. Mieux qu’avec des mots, le père d’Arès saisit le sens de ce mutisme.
 
- Non c’est bien ce que je pensais, il ne te l’a pas montré. Pourtant c’est la seule chose qui puisse prouver que tu es bien devenu un dieu majeur capable de modeler l’univers à son gré. N’as-tu pas envie de sentir l’univers en toi et autour de toi ? De décider de l’avenir des étoiles en tendant la main vers elle ? C’est une sensation grisante, je te le garantis…
 
Pour toute réponse, Arès saisit sa lance et l’enfonça aussi fort qu’il le put dans le sol.
 
- ASSEZ !! Je sais que tu cherches à me manipuler ! Je me suis éveillé au Big Will mais je ne suis pas assez naïf pour croire que tu m’offrirais aujourd’hui ce que tu m’as constamment refusé jusqu’à maintenant ! Vois-tu ce visage masqué mon père ? Pour m’éveiller au Big Will, j’ai dû rejeter ma propre essence et prendre le visage de la guerre elle-même, un visage si terrible que je ne peux plus le montrer même à celle que j’aime ! Alors ne me sous-estime pas !
 
Le sourire sur les lèvres de Zeus s’était évanoui et tandis que son aura s’épanouissait, sa chevelure se gonflait comme les nuages du ciel qu’il gouvernait.
 
- Le fait que tu aies dû renoncer à une partie de ton essence pour transcender la volonté divine est la preuve que tu n’étais pas prêt pour cela. Et même si c’était le cas, je ne m’estimerais pas pour autant en danger. Alors attaque-moi que je puisse te démontrer ta faiblesse.
 
Sans un mot, le dieu de la guerre enfonça sa lance dans le sol et curieusement on entendit alors comme le son d’une goutte de rosée qui trouble l’eau du fleuve.
 
« Force miroir »
 
Le corps du dieu de la guerre se troubla aux yeux du grand Zeus et finalement se décupla en une multitude d’images identiques qui formaient chacune un mouvement distinct.
Pour toute réponse, le dieu du ciel croisa les bras, serrant ainsi l’épée maudite contre son torse.
 
- Tu as tort de penser que cette technique est inconnue à Zeus car elle t’a été montrée par son frère. La Voie Lactée est comme un grand fleuve sournois: en fonction de l’étoile que tu regardes, elle te renverra son image telle qu’elle était au moment où la lumière du soleil l’a touchée.
 
Le mouvement d’Arès se poursuivait et tandis que certaines répliques de lui-même semblaient à des milliers de kilomètres, d’autres étaient toutes proches et tendaient leur arme menaçante en direction du dieu des cieux.
 
- Quel que soit le fleuve de la galaxie dans lequel tu choisiras de refléter ton image, tu ne pourras tromper mes yeux !
 
Alors qu’aucune des ombres ne paraissait décidée à attaquer, le souverain déplia son bras droit très lentement et comme détruisant un fil invisible fit se mouvoir horizontalement son épée jusqu’à toucher un point à quelques centimètres de lui. Le dieu de la guerre ne tarda pas à réapparaître, l’épée des illusions placée sous sa gorge.
A sa muette interrogation, Zeus répondit.
 
- Tes mouvements sont trop lents. Tu as beau t’être éveillé à la volonté divine, tu ne fais pas encore corps avec elle de façon permanente. A chaque fois que ta position a changé, j’ai clairement entendu le bruit d’un pas sur l’onde du grand fleuve. C’est la preuve que tu ne peux dépasser la vitesse de la lumière de façon permanente.
 
Le maître des cieux replia alors son bras droit, éloignant l’épée maudite du cou de son fils.
 
- Maintenant que je t’ai fait la démonstration de ta faiblesse, il ne te reste plus qu’à mourir !
 
Le coup porté à une vitesse fulgurante n’en fut pas moins arrêté par le fer de la lance du dieu de la guerre à la grande déception du dieu suprême.
 
- Serais-tu de ceux qui refusent de reconnaître leur défaite ? Quelle preuve supplémentaire te faut-il que tu n’es pas un rival à ma mesure ?
- Comment peux-tu en appeler à mon sens de l’honneur, toi qui n’as jamais respecté un serment de ta vie ? Depuis ma naissance tu m’as privé de mes droits ! Je n’ai vécu que pour me venger de Dieu ! Que pour me venger de toi !
 
Avec une force surprenante, le dieu de la guerre repoussa le dieu du ciel qui, déséquilibré, trébucha en reculant et ne put éviter le jet de lance qui suivit. Avec des yeux horrifiés le seigneur Zeus regarda le sang couler de la balafre qui venait d’être infligée à son divin visage par l’arme de son fils. Sa voix tremblait d’indignation tandis qu’il se relevait.
 
- Subir un tel affront ! De la part de son fils ! Tu vas me le payer !
 
Pressentant que dans cette situation, la meilleure défense serait l’attaque, le dieu de la guerre retira sa lance et se jeta sur son père. Celui-ci n’esquissa pas un seul mouvement et pourtant l’arme divine ne frappa que l’air. Arès n’eut pas le temps de réaliser son erreur car l’épée des illusions lui entailla profondément le flanc. Cette blessure fut suivie d’un commentaire de Zeus qui n’était qu’à un mètre de lui.
 
- La volonté divine permet de modeler l’univers à son gré. Le cosmos d’Hadès est aussi insaisissable que les ténèbres et génère des illusions. Le mien est aussi libre que les nuages poussés par le vent. Tant que tu ne dépasseras pas la vitesse de la lumière, la seule chose que tu pourras toucher sera l’air en mouvement autour de moi.
 
De rage, le fils d’Héra se rua à nouveau à l’assaut pour la seconde fois l’épée d’Hadès pénétra sa chair, y laissant la marque de sa terreur.
 
Athéna et Odin regardaient impuissants cette danse macabre dont le dieu de la guerre ressortait à chaque assaut plus profondément blessé que du précédent. Le dieu du ciel apparaissait et disparaissait à son gré comme le vent, frappant chaque fois une blessure ouverte pour augmenter la douleur de son adversaire qui fut bientôt à genoux.
Le seigneur d’Asgard lui-même ne pouvait intervenir car son corps, dominant son esprit, lui communiquait sa terreur de subir un tel traitement.
 
« Arès… Tout à l’heure quand Zeus a déjoué ton attaque miroir, j’ai senti le désespoir t’envahir. Tu as même dû pleurer d’humiliation en réalisant à quel point tu étais inférieur à ton père. Pourtant n’as pas abandonné. Tu mérites bien le titre de dieu de la guerre ! »
 
A ce moment, Zeus saisit son fils par le cou et le fixa avec mépris.
 
- Si tu avais accepté de m’obéir, je t’aurais associé à mon œuvre, nous aurions travaillé main dans la main à reconstruire un monde meilleur. Cela aurait été ma joie et la récompense de mes efforts.
- Quel formidable père tu fais, Zeus… obligeant tes enfants à aller contre leur désir, les spoliant de leur héritage à ton gré, les jetant les uns contre les autres pour éviter d’avoir à combattre. Comment peux-tu exiger notre loyauté ?
 
Ayant parlé ainsi, et profitant du désarroi de son père, Arès saisit sa lance à deux mains et s’en servit pour porter un violent cou à la base du menton de son adversaire, lui faisant lâcher prise. Celui-ci essuya rapidement les quelques gouttes de sang qui s’écoulaient de sa gorge.
 
- Alors même que tu es défait, tu continues de m’attaquer ? Serais-tu devenu comme ces chevaliers qui pareils à des chiens galleux mordent encore le mollet de leur adversaire quand leurs bras et jambes sont brisés ?
 
Le dieu de la guerre, loin d’abandonner commençait déjà à brûler ce qui lui restait de cosmos.
 
- Évidemment, un dieu tel que toi qui a vécu pendant des milliers d’années dans une tour d’ivoire à se nourrir de nectar et d’ambroisie pense sans doute qu’un combat est terminé à la première goutte de sang. Mais je ne partage pas ces valeurs d’un autre temps, mon combat ne se terminera que lorsque tu auras détruit mon corps et que mon essence divine sera répandue sur la Terre jusqu’à la dernière goutte.
 
A son tour Zeus commença à enflammer son cosmos.
 
- Ta résistance est aussi inutile qu’irraisonnée. Pourquoi te bats-tu ? Pour protéger quelqu’un ? Dès que j’en aurais fini avec toi, je réglerai leur compte aux survivants de cette tragédie. Pour ton honneur ? Tu as combattu le dieu suprême, ton nom est assuré de l’immortalité.
 
Arès planta alors sa lance dans le sol et y déchargea tout son cosmos. Ce fut alors comme si la montagne elle-même avait tremblé. Tous les spectateurs sentirent la chaleur augmenter de façon très dangereuse sous leurs pieds comme si un magma bouillant était en train de remonter à la surface. Zeus comprit assez vite ce qui allait se produire.
 
- Stupides sont ceux qui croient que la bataille n’a d’intérêt que si l’on peut remporter la victoire ! Depuis que j’ai rencontré le dieu de la Mort, je sais que mon rôle à cette époque est d’être un semeur de chaos. J’ai passé ma vie à me battre pour acquérir un cosmos plus puissant pour me venger de toi ! Mais aujourd’hui je vois bien que je n’aurai aucune des choses que j’ai désirées : ni la toute puissance, ni Athéna ni ma vengeance. Alors je vais faire en sorte de te retenir prisonnier de cette maudite montagne, ainsi notre combat sera éternel !
 
Bien qu’en proie au désarroi, Zeus ne tarda pas à recouvrer toute sa lucidité.
 
« Ce fou combat désormais par amour de la guerre elle-même. Mais même s’il s’agit de mon fils, je ne peux le laisser détruire ce que j’ai mis si longtemps à bâtir ! Le monde céleste a déjà été sérieusement ébranlé par les précédents affrontements, s’il est encore touché alors l’Olympe pourrait disparaître ! »
 
Sous les yeux de milliers d’humains qui priaient pour leur salut et de ceux qui appelaient de leurs vœux la destruction de ce monde pourri, le cosmos du dieu du ciel s’enflamma une fois de plus.
 
Lorsque le grand Zeus passa à l’attaque, Arès ne distingua que le mouvement des jambes qui en se séparant du sol annonçaient le passage à la vitesse divine. Puis plus rien, le néant…
Quelque effort qu’il fît pour lire le mouvement de son adversaire, le dieu de la guerre ne put voir le dieu suprême prendre son envol pour le frapper. Il ne vit pas non plus deux ailes d’ange sortir de son armure divine pour lui permettre de prendre son élan dans les airs. L’attaque de Zeus en redescendant vers lui le coupa littéralement de haut en bas.
Il fallut attendre une seconde pour observer le résultat de cette attaque : le casque du dieu guerrier fut le premier à se fissurer, suivi de la protection du torse. Les monceaux de l’armure tombèrent au sol dans un bruit métallique tandis que Zeus observait avec tristesse le visage de son fils.
 
ΠΟΛΕΜΟΣ
 
Polemos
 
« Polemos, père de toutes choses ». En reniant son essence, en choisissant de devenir la guerre elle-même, Arès avait reçu le nom de la guerre comme tatouage sur l’ensemble de son visage désormais méconnaissable.
Un liquide rouge s’écoula depuis le front de la guerre jusqu’à ses pieds, le jeune homme ne tarda pas à s’écrouler à genoux, tendant la main vers le pommeau de sa lance dans une ultime et vaine tentative pour faire de l’Olympe un volcan brûlant. Zeus ne tenta pas d’interférer car il connaissait l’issue de ce dernier sursaut. A peine eut-il touché la lance que sa lame vola en éclats, détruite par la seule arme divine qui lui était supérieure : l’épée des illusions.
 
Tandis que dans un geste paternel inattendu, comme si sa haine fût calmée par ce meurtre, le dieu des dieux prit son fils dans ses bras et lentement, tandis qu’une pluie d’or commençait à tomber sur l’Olympe, alla le placer à côté des corps des héros tombés ce jour pour s’être opposés à lui : Thanatos, Hypnos, Célesta et Némésis. Ce fut avec la même tendresse qu’il referma les mains de son fils sur l’arme qui lui avait servi à le défier.
Il ne prononça alors que quelques mots tandis que la pluie qui coulait sur son visage ne pouvait se distinguer de ses larmes.
 
« Pardonnez-moi, je n’ai pas voulu cela. Seuls les destins sont à blâmer pour cette tragédie ».
 
Il s’avança alors avec la même lenteur majestueuse sous la pluie d’or qui guérissait ses blessures, refermait ses plaies mais pas celles du cœur. Il continuait à marcher alors que ses cheveux collés à son front lui donnaient une apparence faussement négligée. Il s’approchait de son frère alors que dans son cœur coulaient les larmes qu’un souverain ne pouvait faire tomber de ses yeux.
 
« Cette pluie est vraiment miraculeuse. Cela me rappelle l’apparence que j’avais prise pour m’unir à Danaé, la mère de Perseus. »
 
Son esprit ne chercha pas plus avant d’explication à ce phénomène alors qu’il sentait un cosmos extraordinaire s’épanouir de plus en plus près de lui.
Lorsqu’il fut devant Odin et Athéna, ce fut avec tristesse qu’il vit le seigneur d’Asgard crisper ses mains sur la garde de son épée, prêt à combattre et Athéna le défier du regard.
 
« Il y a eu assez de morts aujourd’hui pour protéger un défunt. Écartez-vous ou je devrai vous tuer aussi. »
 
Devant leur refus apparent, ce fut avec une grande lassitude qu’il les balaya d’un revers de la main, déplaçant une véritable tempête qui emporta les deux divinités affaiblies.
Arrivé à la hauteur de Pandora, il ne lui accorda pas un regard, préférant contempler la dépouille de son frère sans se demander pourquoi les lèvres de celui-ci tremblaient au contact de l’eau dorée. Pour lui ce n’était qu’un cadavre insignifiant, une pâle relique du dieu magnifique qu’il avait été, une chose immonde qui devait disparaître par crémation. A peine prit-il le temps d’avertir Pandora de son intention.
 
- Je te préviens. Je vais réduire ce corps en cendres. Si tu restes là tu subiras le même sort.
 
Pour toute réponse, la jeune fille fit brûler la dernière once d’énergie qui lui restait. Zeus regarda alors le couple en soupirant tandis qu’il levait l’épée des illusions au-dessus de lui.
 
- Mon frère, vous pourrez vous vanter de m’avoir fait chier jusqu’au bout.
 
Et alors que l’épée des illusions s’abattait sur le dieu de la Mort, tandis que les rois présents s’agenouillaient pour reconnaître la suprématie de leur souverain, alors même que sur Terre les humains gémissaient devant le sort qui les attendait, la dernière goutte de pluie tomba.
Le bras de la Mort, au lieu de faucher son maître saisit alors l’arme maudite du dieu suprême pour l’empêcher de s’en prendre à elle.
 
Comme l’avait dit Rhéa, la mort ne saurait ne pas exister et le roi des dieux était témoin de ce miracle : le maître de la mort vivait à nouveau.

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