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Hades Glory

« Donner la victoire à Zeus ou à Hadès ? »
 
Tel était le dilemme auquel la déesse de la sagesse se trouvait confrontée depuis qu’elle se trouvait dans ce caveau. Le dieu du ciel lui avait donné une information clé : à la minute où elle ouvrirait ce caveau, son âme serait comme aimantée vers ce corps mythique fruit de l’union de Cronos et de Rhéa et sa puissance s’en trouverait décuplée.
Dans le cas contraire son âme ne trouverait jamais le chemin de ce corps et alors la victoire d’Hadès ne faisait plus aucun doute.
Elle avait beau retourner la question dans tous les sens, la difficulté restait la même : il lui appartenait  à elle, Athéna, qui venait de se défaire de la responsabilité de la Terre de désigner un nouveau dieu suprême, de décider lequel combattait pour la Justice et lequel ne le faisait pas. Seulement quelques jours auparavant, elle n’aurait guère hésité mais tellement de choses s’étaient passées en si peu de temps. Elle avait vu son plus grand ennemi lui sauver la vie puis risquer la sienne. Et puis il y avait ces initiales sur ce mouchoir que lui avait donné Hadès : S et K pour Seika Kido, c’était la preuve qu’il l’avait rencontrée et ne l’avait pas tuée. Il avait donc rencontré la sœur de son ennemi le plus haï et ne lui avait rien fait ! L’impact de cette révélation était énorme : cela signifiait peut-être qu’il était devenu… humain.
Les réflexions d’Athéna furent interrompues par l’émanation d’un nouveau cosmos suivi de la disparition de celui de Zeus qui avait à nouveau quitté la pièce en y laissant un visiteur.
Bien qu’elle ne l’eût jamais vue à cette époque, la déesse ne mit pas longtemps à reconnaître le visage de Pandora, ces yeux rouges écarlates qui luisaient dans l’obscurité étaient caractéristiques des spectres qui ne supportent pas la lumière du soleil.
 
- Athéna, que faites-vous ici ?
 
Le ton employé était froid, presque agressif. Bien que la guerre fût finie, elle restait à ses yeux celle qui avait tenté de poignarder sa majesté Hadès en faisant croire à sa mort, ce qui en faisait une ennemie. Athéna n’était cependant pas intéressée par les sentiments de Pandore, seule la raison de sa présence importait.
 
- Pandora, pourquoi le seigneur Zeus t’a-t-il menée ici ?
 
Bien qu’elle fût probablement surprise par la rudesse de cette question, l’égérie du dieu des ténèbres ne vacilla pas.
 
- Je suis ici pour détruire son corps. Et vous pour le préserver j’imagine ?
 
Une nouvelle fois, Athéna ne tint pas compte de l’agressivité de ces paroles.
 
- De quelle façon vous a-t-il dit de procéder ?
- Ne me prenez pas pour une idiote ! Il me faut ouvrir son caveau évidemment ! Ainsi son corps sera vulnérable !
 
Comme lorsqu’elle avait affronté Zeus dans leur joute verbale, quelque chose avait changé en Pandore. Son corps qui n’émettait d’ordinaire aucune vibration cosmique rayonnait maintenant d’une aura rouge et mauve qu’Athéna savait avoir rencontrée jadis. Mais il n’y avait pas que cela : sa physionomie de femme-adolescente était en train de changer, ses joues s’étaient creusées et sa poitrine arrondi, tandis que sur son visage on lisait les traces de beaucoup plus d’épreuves qu’une jeune fille de seize ans n’était susceptible d’avoir déjà endurées. Athéna hésita quelques secondes avant de mettre un nom sur ce visage qui évoquait des résonances familières puis celui de l’épouse d’Hadès se fixa dans son esprit avec la force de l’évidence.
 
- Perséphone… je crois que Zeus nous a menties.
 
Pandora fit un énorme effort pour cacher le trouble que suscitait en elle le fait d’être ainsi appelée.
 
- Qu’est-ce qui vous permet de dire cela ?
- A toi, Zeus a dit qu’ouvrir son caveau signifiait sa mort, à moi il a dit que cela entraînerait sa renaissance.
 
Sans un mot, Pandora concentra son cosmos vers sa main et dans la seconde qui suivit, une arme ressemblant à un trident vint s’y loger.
 
- Comment as-tu fait cela ?
- Le seigneur Hadès ne m’a dit que peu de choses sur le cosmos mais je me souviens de ceci : « le pouvoir est force et la volonté est loi », autrement dit il suffit de penser à une chose pour qu’elle soit.
- Je ne m’étais pas trompée, tu es bien Perséphone dont le nom signifie « celle qui détruit » mais il semblerait que dans cette situation la force est notre ennemie plus que notre alliée.
 
Pandora s’avança vers le caveau du grand Zeus et curieusement, Athéna ne lui fit pas obstacle. Sur la pierre granitique était gravée une inscription d’une ligne dans une langue qui lui était inconnue car ce n’était pas du Grec.
La main de Perséphone passa doucement sur la pierre du caveau.
 
- Si j’ai été Perséphone, alors cet homme est mon père et le corps qui se trouve dans cette tombe est celui de l’homme qui m’a donnée naissance… J’aurais aimé avoir plus de souvenirs de lui.
 
Athéna posa doucement sa fine main sur celle de la sœur de son meilleur ennemi.
 
- Le fait qu’il ait été ton père ne doit pas t’amener à penser qu’il ne t’a pas mentie. Il a tenu le rôle de mon grand père pendant des années et vois comme il s’est servi de moi.
 
Pandora retira sa main très brusquement comme si un serpent venait de la mordre. Dans ses yeux rouge sang on lisait des siècles de haine pour ce monde de lumière si convoité et détesté reflété dans les yeux de la déesse de la sagesse.
 
- Je sais que vous n’êtes pas capable de mentir même pour sauver votre vie, Athéna. Mais à supposer que vous m’ayez dit la vérité, quel moyen avons-nous de savoir à qui Zeus a dit vrai ?
 
Athéna sourit ironiquement.
 
- C’est un paradoxe que La Fontaine a cité dans une de ses fables. Si la chèvre se lève et dit que le l’âne a menti et que le lion prétend à son tour que la chèvre a menti en disant que l’âne avait menti, quel est le menteur ?
- Mais il n’y a aucune réponse à cette énigme !
- Exact : le menteur est celui qui sait qu’il a menti et cela personne d’autre ne peut le savoir.
 
Pandora sembla hésiter sur l’attitude à adopter pendant une longue minute mais soudain, le ciel se déchira sous l’effet d’un éclair qui fut immédiatement ponctué par un cri de douleur de la part de celui qu’elle aimait.
 
- Mais c’est à devenir folle !! Le combat mortel du seigneur Hadès a déjà commencé et vous me dites que la seule chose à faire c’est attendre ?
 
Le premier réflexe d’Athéna fut de tenter de la réconforter mais elle le réprima de peur qu’elle n’occasionnât ainsi une réaction violente. Elle se pencha alors sur le caveau, ses magnifiques cheveux mauves se répandant sur le relief du grand Zeus qui y était représenté.
 
- C’est en effet ce que je te demande car le fait d’agir sans connaître les conséquences probables de nos actes pourrait avoir des conséquences encore plus catastrophiques. Cela me coûte à moi aussi car je suis consciente qu’en agissant ainsi… je fais pencher la balance du destin du côté d’Hadès mais au moins, lui ne m’a jamais menti.
 
Pendant quelques secondes, Athéna put croire que Pandora s’était résignée, que le bon sens avait fini par l’emporter, que la Raison allait triompher. Mais c’était là compter sans l’impact des horribles cris de douleur que la foudre déchaînée arrachait aux lèvres du dieu de la mort et se répercutaient comme par magie dans cette salle, qui sait si Zeus n’en avait pas disposé ainsi ?
La voix étouffée de Pandore ramena la déesse de la sagesse à la réalité, une réalité infiniment plus cruelle que celle que son esprit logique reflétait.
 
- Ce… Cela je ne le peux pas. Je… je ne peux pas rester sans rien faire pendant que le seigneur Hadès risque sa vie.
 
Le cœur d’Athéna manqua un battement à l’évocation de ces sentiments qui évoquaient des résonances si profondes chez elle. Combien de fois s’était-elle détestée de ne pas avoir pris part aux combats de ses chevaliers ?
 
- Je ne le peux pas… Même quand j’étais Perséphone… j’ai toujours été frustrée de ne pouvoir l’aider au contraire de ses enfants adoptifs qui combattaient à ses côtés. Moi je ne pouvais qu’être son épouse… et même en tant qu’épouse j’ai été incapable de lui donner un enfant. Je me suis toujours sentie si inutile…
 
La main de Pandora se referma sur son arme tandis qu’elle se relevait face à une grande déesse.
 
- Tu vas faire une grave erreur.
- Je sais qu’il y a une chance sur deux pour que Zeus m’ait mentie, mais au moins… oui au moins à l’une de nous deux il a dû dire la vérité ! Si j’ai raison, alors je serai le premier pas du seigneur Hadès vers la victoire !
 
Bien qu’elle vît que l’exaltation occultait son jugement, Athéna tenta une dernière fois de la raisonner.
 
- Mais si tu te trompes, cela signifie sa mort ! Es-tu prête à prendre ce risque ? Celui de tuer celui que tu aimes ?
- Ne me fais pas obstacle, Athéna !
 
Perséphone avait poussé son cosmos à son paroxysme, elle avait mis toute l’énergie qu’elle venait de retrouver dans cette attaque dont la cible était le caveau de Zeus. Elle avait souhaité le voir détruit, pulvérisé à jamais mais par-dessus tout, elle voulait qu’il lui soit donné de revoir enfin le visage souriant de son amant.
Mais les espoirs de la jeune déesse réincarnée furent cruellement trahis car une force infiniment supérieure à la sienne s’était opposée à ce qu’elle force ce passage vers l’inconnu.
 
Comme elle avait été capable d’arrêter à main nue cette arme lancée par le tout puissant Hadès, elle avait fait de même avec Perséphone. Ses lèvres peintes de mauve remuaient à peine lorsqu’elle lui parla comme si elle s’était exprimée par télépathie.
 
- Moi aussi, je connais ce sentiment, Pandora. Moi aussi j’ai perdu des êtres chers parce qu’ils ont voulu me protéger et que j’ai été incapable de faire de même pour eux. Aujourd’hui je tiens l’avenir de leur bourreau dans ma main. Mais le tuer ne ramènerait pas ceux que j’ai perdus.
 
La déesse de la guerre se saisit de l’extrémité de l’arme de Pandore de sa main droite puis posa l’autre extrémité dans les mains de la jeune fille.
 
- Mais puisque c’est au nom de l’amour que tu veux accorder cette chance à Hadès et prendre ce risque, je veux t’y aider. Ce risque nous le partagerons et le prendrons ensemble.
 
Les deux déesses échangèrent pour la première fois un regard où se lisait une reconnaissance mutuelle infinie. Pandore était reconnaissante de lui permettre d’agir et Athéna la remerciait de lui avoir redonné foi dans les êtres qui vivent dans les ténèbres. Au fond même eux connaissaient l’amour.
Ce fut d’un même élan qu’elles envoyèrent leur arme en direction de la stèle qui recouvrait le caveau et lorsque celle-ci se brisa, leurs cœurs s’arrêtèrent de battre à l’unisson car elles étaient toutes deux témoins du même phénomène : une sorte de spectre éthéré plana au dessus de la tombe et les transperça toutes deux au niveau du cœur tandis que le corps intact du dieu du ciel ouvrait à nouveau les yeux vers l’éternité.
 
Sur la stèle brisée était cette inscription en langue dorienne :
« Maudit soit celui qui réveillera le corps de Dieu »
 
***
 
Le rire du roi des cieux retentit encore clairement dans les arcades du palais céleste, glaçant d’effroi les cœurs de toutes les divinités qui pouvaient le percevoir. Pour finir ce rire s’éteignit dans sa gorge en un filet de sang qui s’écoula lentement de ses lèvres entrouvertes.
 
Ses yeux se posèrent alors sur l’être fantastique qui avait percé son cœur de sa lame. Sombre, noir, haletant, sanglant, telle était maintenant l’apparence du sauvage fils aîné de Cronos. Ses mâchoires ne semblaient plus pouvoir se refermer et sa bouche exhalait un souffle irrégulier tandis que le sang de son frère s’écoulait à chaque battement de cœur le long de son épée. D’une voix rauque étouffée par le sang qui lui montait aux lèvres le roi des dieux articula cependant en souriant à son intention :
 
« Je t’avais prévenu que je deviendrais plus puissant que jamais si tu me tuais mais tu n’as pas voulu m’écouter… »
 
Une quinte de toux l’empêcha de poursuivre quelques secondes durant. Hadès semblait lui totalement incapable d’articuler un mot, son corps exhalait une fumée sombre qui semblait le consumer alors qu’elle provenait du plus profond de sa haine.
 
« Par contre, toi… tu ne peux même plus parler… »
 
Le monarque saisit alors l’épée des illusions de sa main droite et dans un suprême effort l’arracha de son cœur, ce qui ne lui arracha pas même un cri de souffrance.
 
« Mais je dois me retirer… »
 
Les pupilles du dieu se dilatèrent alors que tout son corps semblant brusquement privé d’énergie s’écroulait dans les bras de son frère aîné. Sa tête resta quelques secondes sur l’épaule de celui-ci avant que ses poumons ne se vident de leur ultime réserve et que le dernier souffle soit rendu.
 
Tous les assistants retenaient leur souffle, le rire du roi des dieux n’avait rien de naturel : chacun le pressentait confusément et pourtant son corps avait toutes les apparences de la mort.
 
Au moment précis où le monarque rendait son dernier souffle ce fut comme si une partie de la cité céleste s’était déchirée : un éclair tonna si près d’Hadès qu’il dut en perdre temporairement le sens de l’ouïe mais au même moment un cosmos blanc immaculé comme le ciel s’élevait dans l’air, quittant le corps inanimé et se dirigeant vers l’origine de l’éclair.
 
Plus loin Uriel fut le premier à comprendre : il éclata d’un rire malsain qui attira l’attention de Némésis et d’Odin qui se trouvaient à proximité.
 
- Ah ah ah !!! Le seigneur Zeus est vraiment très subtil !
 
Némésis l’interpella assez rudement.
 
- Que veux-tu dire Uriel ?! Révèle-nous ce que tu sais !
 
Le second seigneur angélique jeta à sa consoeur un regard empli de dédain.
 
- Faut-il que tu sois devenue stupide, Némésis ? Ne vois-tu pas que le roi des dieux a repris son corps ?
 
L’esprit d’Odin comprit alors le sens des paroles que Zeus avait prononcées « Je retrouverai bientôt ma puissance… grâce au sacrifice de deux femmes ».
 
- Mais alors… Athéna, Pandora !!
 
Le seigneur d’Asgard se releva avec la vitesse de l’éclair mais il n’eut pas le temps de faire un pas avant de trouver Uriel devant lui.
 
- Cher Odin. Si vous faites un pas de plus dans cette direction, j’aurai le plaisir de vous passer mon épée au travers du corps.
-  De quoi te mêles-tu ? Tu n’es qu’un lâche tout juste bon à frapper les gens dans le dos !
 
Uriel ferma brièvement les yeux, de nouveau un sourire malsain déforma ses lèvres.
 
- Evidemment, vous me pensez faible car jusque là j’ai fait équipe avec Oblivion pour gagner du temps. Cependant… je crois que vous seriez très surpris par ma puissance.
 
Il ne se passa pas un dixième de seconde avant que le maître du Walhalla ressente dans sa chair l’horrible chaleur des flammes du seigneur du rayon du rubis.
Complètement paralysé il ne pouvait même plus distinguer le réel de la fiction tant sa vue était altérée par les flammes. Il ne sentit même pas la pression de la main de Némésis qui l’entraîna hors du brasier avant que l’épée d’Uriel ne détruise la protection de son épaule gauche d’un seul et unique coup.
Celui-ci n’en sembla cependant pas contrarié.
 
- Je suppose que tu veux disposer de sa vie, Némésis ? C’est bien, je n’ai rien à refuser à la fille d’Ilya, le second roi. Mais maintenant tenez-vous tranquille !
 
Hadès lui aussi semblait consumé par un feu intérieur, le cosmos des ténèbres s’échappait de son corps par chaque pore de sa peau et cette sensation lui devenait de plus en plus insupportable !
Il regarda une seconde le corps du mortel qui avait servi d’enveloppe charnelle à son frère cadet et qui gisait sur son épaule. Qu’avait-il ressenti à cet instant pour cet humain victime de la malice des dieux ?
Lorsqu’il étendit le bras au-dessus de ce corps, il put se rendre compte que la vie l’avait quitté. Son premier réflexe fut d’éloigner de lui cette carcasse inutile d’un coup de pied. La dépouille vola alors à l’autre bout de la pièce détruite avant de tomber à un niveau inférieur du palais mais avant qu’il ne touche le sol, le cadavre était déjà totalement consumé par les flammes de la haine du fils de Cronos qui se précipita vers le caveau où était enfermé le corps du grand Zeus.
 
***
 
Pandore et Athéna gisaient inanimées au pied de la sépulture dont la stèle avait été déplacée par des mains humaines. Leurs visages avaient la pâleur de la mort.
 
En voyant cela, Hadès voulut s’élancer mais au moment précis où il pénétrait dans le caveau, une main humaine émergeait de cette tombe, celle d’un autre fils de Cronos.
 
- Qu… Que lui as-tu fait ?
 
L’apparence d’Hadès n’avait pas changé : c’était toujours l’image de la sauvagerie, l’énoncé de cette simple question lui avait pris trente secondes durant lesquelles le corps du roi des dieux s’était complètement extrait de sa demeure millénaire.
 
Une cascade de cheveux blancs ondulés encadrait un visage très mince et noble où brillaient deux pupilles bleues teintées de gris luisant de malice.
Mais ce n’était pas tout : chaque membre, chaque partie vitale du corps du monarque était recouverte par une protection métallique aux courbes harmonieuses couleur argent et or qui se terminaient par six ailes recourbées. Hadès, lui, ne portait aucune sorte de protection.
 
- Cela fait longtemps que tu ne m’as pas vu sous cette forme, non ?
 
La rage déformait à nouveau les traits du dieu des ténèbres.
 
- Je m’en fous !!! Pousse-toi de là si tu ne veux pas mourir !!
 
Zeus sourit intérieurement, son plan fonctionnait parfaitement : non seulement il avait amené Hadès exactement où il le voulait et l’affronterait avec un avantage évident mais en plus il avait réussi à le faire sortir de ses gonds, il ne lui avait pas été souvent donné d’assister à un tel spectacle.
 
Sortant son sceptre il se prépara à recevoir l’assaut.
 
- Je t’attends.
 
Le premier choc des deux enfants de Cronos fut extraordinairement violent, les parois du caveau explosèrent littéralement au contact de leurs cosmos.
Anticipant l’assaut, Zeus s’était mis sur la défensive, ce qui lui permit de recevoir l’épée des illusions entre son bras droit et son sceptre.
L’assaut d’Hadès avait été tellement emporté qu’il en perdit l’équilibre si bien que son frère eut tout loisir de lui assener un coup du genou dans le ventre faisant s’écouler un filet de sang de sa bouche. Hadès saisit alors son frère à bras le corps et de toutes ses forces l’écarta de sa route pour se précipiter vers Pandore.
 
Il l’avait presque atteinte lorsqu’il sentit une douleur foudroyante à la nuque : le sceptre de Zeus venait de le happer littéralement par derrière, il ne dut la vie qu’à un réflexe de dernière minute qui l’amena à plonger en avant. Son agresseur jubilait littéralement tandis qu’il saisissait Pandora par les cheveux.
 
- C’est cette fille que tu veux n’est-ce pas ?
 
Malgré ses blessures Hadès se relevait sans l’aide de son épée, son sang s’écoulait de son cou et de son ventre sans qu’il semblât en éprouver de la douleur.
 
- Lâ… lâche-là !
- Mais c’est bien mon intention ! Je vais même m’en servir pour intéresser les jeux !
 
Ayant dit Zeus envoya littéralement Pandore voler dans les airs au dessus de la statue d’un archange à l’épée levée. Hadès effectua un bond prodigieux dans sa direction pour la rattraper mais son frère avait été encore plus vif que lui : d’un coup de son sceptre dans la colonne vertébrale il le fit retomber au sol pendant que le frêle corps de la réincarnation de Perséphone volait toujours dans les airs. Il sembla même s’immobiliser puis finalement retomba vers la statue de l’archange, l’épée de marbre transperça sa robe de part en part de sorte qu’Hadès pût croire un moment qu’elle s’était empalée.
Mais il n’en était rien : Zeus avait calculé son coup pour que la jeune fille ne soit pas même touchée par l’épée mais que celle-ci en passant derrière ses vêtements lui offre un sursis avant de sombrer dans le vide.
 
Satisfait, le monarque relâcha sa pression sur son frère.
 
- Ecoute-moi bien Hadès ! Je ne veux pas vaincre un pauvre idiot qui aura voulu sauver sa bien aimée ! Je veux que tu te battes de toute ton âme ! Si tu veux la sauver, il te faut d’abord me tuer !!
 
Hadès se remit rapidement debout. Pour la première fois depuis le début de leur affrontement il semblait en passe de retrouver une relative contenance.
 
- Si tu tiens tant à mourir. Alors meurs donc !!
 
Cette phrase était encore dans l’air quand Hadès passa à l’assaut, frontalement.
Zeus se mit en position de défense mais alors qu’il se préparait à esquiver une attaque frontale, il sentit un cosmos s’épanouir à ses pieds… puis derrière lui !!
 
Se fiant à son instinct il projeta sa jambe droite dans la direction du second cosmos à être apparu et rencontra effectivement la joue d’Hadès qui se reçut sur ses pieds un mètre plus loin.
 
« Ce mouvement… je ne l’ai même pas vu venir… »
 
Le second assaut fut également foudroyant : les ombres d’Hadès étaient partout rendant l’origine de l’attaque indétectable, Zeus évita une nouvelle fois de justesse mais au moment de contre attaquer il sous-estima la distance qui existait entre lui et son frère : se jetant en avant tandis que son adversaire faisait de même il exposa son dos à ses attaques.
Hadès passa l’épée des illusions dans sa main gauche tandis que Zeus faisait de même avec son sceptre, chacun des deux adversaires toucha l’autre au même moment.
S’ils avaient dirigé leurs efforts l’un contre l’autre, ils se seraient mutuellement coupés en deux mais un ultime réflexe de survie les incita à projeter tout leur poids en avant échappant ainsi à la mort.
 
Zeus s’arrêta puis concentra son cosmos autour de lui pour prévenir toute attaque, gagnant ainsi quelques secondes de répit. Hadès lui aussi semblait épuisé par cet engagement.
 
- Je vois que tu as retrouvé ton âme ! Ce combat n’en sera que plus intéressant.
- Je te tuerai en moins d’une minute puis je la sauverai.
- Tu l’aimes donc à ce point ?
 
Le verbe « aimer » dut produire un certain effet dans l’esprit du dieu des ténèbres car il baissa insensiblement sa garde.
Ce détail n’échappa pas à Zeus qui prenant appui sur ses jambes se lança sur son frère avant que celui-ci ait pu anticiper l’assaut.
 
L’attaque de Zeus fut dans un premier temps vaine car Hadès eut le temps de s’envoler dans les airs pour la parer mais le roi du ciel déclencha immédiatement un enchaînement aérien qui força Hadès à bloquer le sceptre divin entre le bras droit et les côtes tandis que Zeus bloquait la riposte de l’épée des illusions avec son bras gauche.
 
Les deux adversaires n’avaient maintenant plus que l’usage d’un seul de leurs bras mais ils s’en servaient mutuellement pour tenter de déstabiliser l’autre. Les coups pleuvaient dans ce duel aérien où leurs poings frôlaient leurs tympans détruisant tout obstacle se trouvant dans leur trajectoire. Tandis qu’Hadès ne pensait qu’à conclure au plus vite, Zeus, lui n’avait jamais été si heureux.
 
- Allez bats-toi ! Bats-toi ! Je suis sûr que tu ne m’as pas encore montré ce que tu sais faire !!
- Pauvre malade !!
 
Ce qui devait arriver se produisit : en désespoir de cause les deux dieux abandonnèrent totalement leurs armes respectives de façon à jouir de l’usage de leurs deux bras. Leurs poings fermés et ouverts se rejoignirent tandis que leurs cosmos surpuissants explosaient dans cet intervalle ridicule.
Aucun ne parvenant à prendre le dessus, la déflagration les propulsa chacun d’un côté différent du palais céleste.
 
Lorsque Hadès parvint enfin à se remettre sur ses jambes, Zeus se tenait en face de lui, sans blessure apparente. Sans attendre il saisit son frère par le cou puis lui assena un très violent coup de poing dans le ventre qui l’envoya s’encastrer dans une colonne.
 
A travers le voile de sa haine, Hadès tentait de raisonner.
 
- Co… comment as-tu fait ?
 
Zeus le saisit par son opulente chevelure le forçant à le regarder dans les yeux.
 
- Mais ça me semble évident ! Ne vois-tu pas que je porte l’immortelle armure divine alors que tu n’es même pas protégé ? Quelle que soit la force de tes assauts, je serai toujours plus prompt que toi à revenir à l’attaque.
 
Dans les yeux de son frère il lut une haine insondable.
 
- C’est bien : à chacun de mes coups, le Hadès que j’ai connu revient un peu plus à la surface. Je pourrai bientôt montrer au monde la laideur de ton âme.
 
Utilisant ses deux bras libérés, Hadès saisit son frère par les poignets puis en s’appuyant sur ses jambes, effectua un retourné acrobatique qui lui permit de retourner entièrement les bras et les phalanges du dieu du ciel à l’horizontale.
 
- Si ton armure te protège, alors je détruirai chaque partie de ton corps qu’elle ne protège pas !
 
Ayant dit il projeta son frère par-dessus son épaule de toute la force de ses bras. Le roi des cieux s’encastra littéralement dans le sol mais ne lâcha pas la prise que lui offraient les doigts de son frère pour autant.
Se relevant, il parvint à lui faire face.
 
- Il me semble que tu as négligé un détail : si j’immobilise tes mains, il te sera impossible de la sauver, elle.
 
Hadès blêmit visiblement à cette affirmation.
 
- Hu hu A trop vouloir la victoire tu vas finir par tout perdre !
 
Zeus sentit que son aîné tentait de dégager ses phalanges des siennes mais il ne le lui permettrait pas.
 
- Sais-tu ce que j’ai fait à Pandore ? Je lui ai dit que si elle ouvrait ce caveau, elle pourrait me tuer ! Elle devait vraiment t’aimer pour prendre un tel risque tu ne crois pas ? Car tous ici savent que celui qui réveillera le corps du roi des dieux scellé depuis les temps mythiques…
- Sera maudit à jamais ! Espèce d’ordure ! Comment peux-tu être mon frère ?!
- J’ai été son père à elle aussi, ne l’oublie pas. D’ailleurs tu devrais te dépêcher car elle est en train de tomber.
 
En effet, l’épée de l’archange avait fini par déchirer presque totalement la robe de Pandora qui allait choir dans le vide d’une seconde à l’autre.
 
- Comment vas-tu faire pour m’attaquer avec tes bras prisonniers mon frère ?
- Je n’ai pas besoin de mes bras pour te vaincre !
 
A ce moment les auras des deux dieux commencèrent à croître à l’unisson. Celle d’Hadès était d’une noirceur ténébreuse et celle de Zeus aussi blanche et impénétrable que les nuages. Aucun des deux adversaires n’avait fait le moindre mouvement physique et pourtant, l’espace tout entier se fissurait autour d’eux comme déchiré par l’impact de leurs coups.
 
Némésis qui voyait pour la première fois un combat de cette envergure semblait impressionnée par ce déchaînement de violence invisible. Odin répondit à sa muette interrogation lorsqu’elle sentit clairement qu’un coup de poing avait frôlé sa joue en faisant couler le sang.
 
- Deux combattants aussi puissants qu’eux n’ont pas besoin de se mouvoir pour frapper : ils sont capables de donner une consistance physique à leur aura et projeter ainsi leurs cosmos l’un contre l’autre dans un espace réduit. Concentre-toi et tu verras clairement les fils de Cronos s’affronter.
 
Némésis se concentra à nouveau et distingua effectivement la confrontation de deux forces tangibles : au dessus d’Hadès et Zeus qui avaient mutuellement croisé leurs poings et semblaient aussi immobiles que des statues grecques, deux auras archangéliques se déployaient multipliant les assauts, parades et ripostes, chacun des coups qui n’atteignait pas son but détruisant un peu plus à chaque fois la cité céleste.
 
- C’est incroyable… Tellement de coups s’échangent en ce moment !
- Oui ce combat en deviendrait presque intéressant commenta Uriel.
 
Odin jeta un regard dédaigneux à l’archange.
 
- Pauvre fou. Tu es sans doute puissant mais tu ne vois pas que le véritable combat n’a pas commencé ? Hadès ne se donne pas à fond car il pense avant tout à la sécurité de Pandore. Dans ces conditions, il ne peut vaincre.
 
Soudainement, Zeus sembla prendre l’avantage : son frère ne parvint pas à éviter un coup de poing qui l’atteignit au ventre et lui fit perdre son équilibre. Le roi des dieux en profita pour enchaîner par une série de coups de poings et de pieds qui à la fin rompirent l’étreinte des deux dieux au profit du cadet.
Hadès se laissa à nouveau surprendre par un crochet du droit qui l’envoya quelques mètres plus loin sans qu’il manifeste l’envie de riposter.
 
- Tu crois que je ne comprends pas ce que tu essayes de faire ? – Zeus leva les yeux vers le ciel pour y apercevoir Pandore toujours suspendue à l’épée de l’archange – je vois clair dans ton jeu.
 
Hadès se releva en essuyant rapidement le sang qui s’écoulait de ses lèvres.
 
- Tu m’as laissé te repousser jusqu’ici dans l’espoir de te trouver au bon endroit au moment où Pandore tomberait de cette statue mais – Zeus saisit son sceptre et en orienta la partie pointue vers le plafond en alignement avec Pandore – les choses ne se passeront pas comme tu le souhaites : mon sceptre est peut-être moins tranchant qu’une épée mais elle s’y empalera également, sauf si tu parviens à me faire tomber bien sûr.
 
Hadès se releva d’un bond et se rua sur son frère, lui assenant un coup d’épée que celui-ci évita aisément avant de riposter par un coup de poing au menton.
 
- Si tu te bats ainsi, sans technique et sous le coup de l’émotion, il n’y a aucune chance pour que tu puisses me toucher. Peut-être que si je la tue je retrouverai le Hadès d’autrefois.
 
Le dieu infernal se releva à nouveau mais cette fois il semblait calmé. Il prit une grande inspiration puis rangea sa fidèle épée dans son fourreau.
 
- Tu as tout à fait raison : ainsi protégé par ton armure, je ne peux rien contre toi.
- Tu abandonnes déjà ?
 
Sans répondre à cette question, l’aîné de Cronos referma ses paupières sur ses yeux si troublants et commença à intensifier son cosmos. Mais il y avait quelque chose de différent, au lieu d’émaner de son corps, le cosmos des ténèbres semblait aimanté par celui-ci : par grosses volutes de fumée, un vent obscur pénétrait par sa peau, renforçant encore sa coloration sombre. Zeus comprit en un instant ce qui était en train de se passer.
 
- Je sais ce que tu prépares : tu tentes d’absorber à toi toute l’énergie mortuaire qui règne en ces lieux, celle de tous les êtres qui y ont perdu la vie et de tout le cosmos que tu as éparpillé. Mais tu perds ton temps ! Tu n’arriveras pas à canaliser cette énergie !!
 
Le roi des dieux avait tort et il ne tarda pas à s’en rendre compte. Sur le front d’Hadès apparut soudainement une étoile à cinq branches d’une noirceur sans pareille, elle irradiait littéralement d’un cosmos maléfique.
 
- Tu te trompes : ce cosmos que je rassemble en moi est celui de ma haine accumulée pour toi et ton monde de lumière ! Je pensais avoir réussi à m’en défaire au contact d’Athéna, Pandore et les autres mais maintenant cela n’a plus d’importance !
 
Comprenant enfin l’ampleur du danger, Zeus tenta de le dissuader tout en se précipitant sur lui.
 
- Arrête ! Tu ne sais pas ce que tu vas déclencher !!
- Pour Pandore je prends le risque de donner ma vie et mon âme aux ténèbres !! Que le pouvoir de l’étoile de la mort qui émane de ma haine t’emporte !! Death Star Execution !!
 
Ce fut alors comme si l’Olympe elle-même avait tremblé sur ses bases : une immense étoile noire engloba toute sa surface faisant mourir tout ce qui entrait à son contact et n’était pas de nature divine.
Puis l’énergie se contracta, se réduisit en un seul point : sur le front de la Mort. La bouche d’Hadès s’ouvrit pour libérer un cri de douleur tandis que le dieu du ciel se préparait au pire.
 
Ni Némésis ni Odin, pas même Uriel ou Oblivion n’auraient pu prévoir un tel déchaînement de violence après seulement quelques minutes de combat. L’Olympe allait exploser d’une seconde à l’autre, cela ne faisait aucun doute et personne ne survivrait à ce cataclysme.
 
Dans un réflexe désespéré, Zeus concentra à son tour son énergie. Sous le choc, le pouvoir de l’étoile de la Mort fut libéré en direction du roi du ciel qui projeta son propre cosmos pour lui faire barrage.
Ce fut peine perdue : le cosmos issu de la haine du premier des dieux fondit littéralement sur lui prenant la forme d’une étoile mortelle qui l’engloba tout à fait. Le roi des dieux tenta une seconde de résister puis il fut emporté par le souffle irrésistible de la mort toujours plus loin vers le ciel avant de disparaître tout à fait.
 
***
 
« Mon corps est froid comme de la glace.
J’ai souvent frôlé la mort mais cette sensation est différente, j’ai l’impression que toute force me quitte comme si l’épée brûlante de l’archange Uriel avait éteint la flamme du Big Will en moi.
Le Big Will, le neuvième sens qu’Hadès m’avait montré, je ne l’ai jamais vraiment maîtrisé. Peut-être parce que contrairement à lui je n’avais personne à protéger ?
C’est curieux, mais tandis que la mort s’approche de moi, Arès, je ne peux cesser de songer au passé »
 
Lorsque je revis Hadès pour la seconde fois j’avais 16 ans et lui sans doute bien plus…
 
« Tu sais tu m’ennuies »
 
Comment avait-il deviné ma présence ? Je le suivais depuis plusieurs jours à distance en prenant bien soin de rattraper mon retard sur lui au moment où il dormait, sans jamais prendre de l’avance. Mais ça n’avait servi à rien, encore une fois il m’avait repéré et il ne me servait plus à rien de me cacher.
 
- Vous m’avez encore découvert ?
 
Hadès fit signe aux deux enfants qui l’accompagnaient de s’éloigner pour aller chercher du bois. J’enviais ces mômes aux cheveux argent et or qu’il semblait considérer comme ses enfants, eux au moins ils avaient la chance de recevoir son enseignement.
 
- Oui tu m’ennuies vraiment à me suivre ainsi à la trace comme un chien depuis des mois. Ca ne m’amuse pas de jouer à cache cache avec toi alors dis-moi ce que tu veux de moi.
 
Le froid avait engourdi ma langue et ma gorge, pourquoi avait-il une telle affection pour les plaines désertiques du Nord ? Je pris cependant une grande inspiration puis tombai à genoux en signe de déférence, ce qui allait peut-être faciliter ma requête.
 
- Je vous en prie seigneur. Enseignez-moi tout ce que vous savez. Faites de moi votre héritier !
 
Il me jeta un regard dédaigneux et laissa s’écouler dix bonnes minutes avant de consentir à me répondre. Je devinais la raison de ce délai : il attendait le retour de ses deux enfants, voulant sans doute qu’ils entendent sa réponse. Une fois ceux-ci revenus il me répondit enfin en passant sa main dans les cheveux de celui qui se nommait Hypnos.
 
- Mon héritier dis-tu ? Il me semble que tu oublies une chose essentielle : si le savoir se transmet de génération en génération parmi les mortels c’est pour éviter qu’il ne disparaisse à la mort de son dépositaire. Mais il n’en va pas de même pour moi : quel besoin aurais-je d’un héritier alors que je suis éternel ? Ta demande était ridicule.
 
Je ne pouvais retenir plus longtemps la rage qui me rongeait depuis notre dernier affrontement. Il m’avait dit que je maîtrisais la vitesse de la lumière mais que celle-ci n’était pas une limite pour lui et depuis je ne pensais qu’à une seule chose : repousser mes limites pour atteindre son niveau et ainsi me venger de mon père ! Et cela il n’y avait que lui qui pouvait me le permettre.
 
- Vous n’avez pas le droit de me traiter ainsi ! Je suis un dieu moi aussi !
 
Il ne tourna même pas les yeux vers moi. L’autre garnement s’était approché de lui porteur de son fardeau de bois et une fois débarrassé de celui-ci, il se blottit dans les bras de son « père » qui avait entrepris de le réchauffer.
Pas besoin d’héritier ?! Mais qu’étaient-ils donc ces deux là ?!
Une rage aveugle s’empara de moi à la vue de ces deux avortons aux cheveux colorés, je bondis sur mes jambes et frappai de toutes mes forces ce gamin trop aimé de son père. Mon coup l’envoya voler dans les bras de son frère et tous les deux roulèrent dans la neige, éberlués par un tel déchaînement de violence.
 
- Ce n’est pas en t’en prenant à mes protégés que tu me convaincras de t’enseigner comment dépasser tes limites… Et puis ne te méprends pas : ces deux là ne sont pas non plus mes héritiers.
 
Thanatos s’était relevé, son expression enfantine avait disparu, il était maintenant livide de rage, sa joue droite affreusement boursouflée par le coup que je lui avais donné. Il voulut s’élancer vers moi mais son frère le retint fermement. Après quelques secondes de flottement il vint rejoindre son « père » et reprit sa place habituelle.
 
- Mais il existe une autre raison qui m’empêche de satisfaire à ta requête, Arès. Cette raison c’est que je ne suis pas ton père.
- Et alors ?
- Et alors seul ton père a le droit de décider ce qu’il est bon pour toi de connaître et de ne pas connaître. Le fait que Zeus ne t’ait pas enseigné à sublimer le big will qui est en toi prouve qu’il ne désire pas faire de toi son héritier et il ne m’appartient pas de le remplacer.
 
Voyant la haine monter en moi, il jugea sans doute habile d’ajouter.
 
- Si cela peut te consoler, je ne crois pas qu’il l’ait fait non plus pour aucun de ses enfants, ce qui veut dire qu’il n’en a désigné aucun comme son héritier. Dis toi que si tu ne peux jamais te venger de lui, tu pourras toujours passer tes nerfs sur tes frères et sœurs.
 
Quelques secondes de silence passèrent pendant lesquelles ses yeux étaient obstinément rivés sur les flammes puis sa voix résonna à nouveau.
 
- J’ai encore un long chemin à parcourir et je n’ai pas l’intention d’exposer mes enfants à tes sautes d’humeur. Si tu as du temps à perdre tu peux aller voir Poséidon mais il te fera la même réponse que moi. Et si tu n’as pas peur qu’il te tue, tu peux toujours allé défier ton père de cette manière tu seras fixé.
 
C’était donc cela. Le neuvième sens était l’héritage des fils de Cronos et même s’ils étaient rivaux pour la domination du monde, aucun d’entre eux n’entendait se dessaisir de ce don quitte à ce qu’il disparaisse avec eux.
 
***
 
 
Un corps frêle se détache d’une statue, comme porté par un vent bienveillant la jeune fille est doucement dirigée vers le bas. Elle est alors saisie par des bras chaleureux. Ses yeux remuent légèrement sous l’effet d’une légère brise. Un baiser est déposé sur son front. La lumière lui révèle finalement le visage d’un être aimé, beau malgré la souffrance, affectueux malgré la douleur, protecteur en raison du danger.
 
« Hadès… »
 
L’amant caresse les cheveux de l’être aimé.
 
« Je suis là. Tout sera bientôt fini »
 
Elle pose sa main sur son front pour toucher un signe étrange du bout de ses doigts.
 
« Mais qu’est-ce qu… »
 
La phrase reste figée dans l’air car une brusque douleur secoue le corps de la miraculée, elle semble la traverser avec violence, l’empêchant de parler tandis que son amant la serre contre elle, tentant désespérément de la retenir mais finalement la connaissance finit par la perdre.
 
« Zeus a parlé d’une malédiction… mais que t’a-t-il donc fait ? »
 
Pendant ce temps, les spectateurs de cet extraordinaire combat émergent péniblement des décombres du palais qui s’est maintenant entièrement effondré. Uriel regarde avec dépit les pierres qui jonchent le sol.
 
- Dire que nous défendions ce lieu depuis si longtemps.
- Toute chose est faite pour tomber dans l’oubli, même les plus grands empires. lui répondit Oblivion.
 
Némésis, quant à elle, ne pouvait détacher son regard de celui qui méritait maintenant le nom de dieu suprême.
 
- Non… je ne peux pas croire que le seigneur Zeus soit déjà vaincu.
 
Ses réflexions furent interrompues par la voix d’Hadès qui lui ordonnait d’approcher.
 
Némésis fit quelques pas dans sa direction, ses yeux distinguèrent une lumière par-dessus l’épaule du dieu suprême, elle aurait voulu l’avertir, lui crier de prendre garde mais ce mouvement dépassait largement la vitesse du son.
 
Ce fut aux yeux des spectateurs comme si une comète avait frappé le dieu des morts dans le dos, celui-ci en fut tellement surpris qu’il en lâcha le corps de Pandore posé dans ses bras bien qu’il ne tombât pas.
 
Le cosmos qui l’avait frappé avait une voix familière.
 
- Tu ne croyais quand même pas que tu pourrais me vaincre…
 
L’image du grand Zeus apparut clairement à toute l’assistance : il était toujours aussi brillant de lumière, resplendissant dans on armure intacte qui protégeait son corps d’où ne s’écoulait aucune goutte de sang.
 
- Ni même me blesser d’ailleurs.
 
Hadès fit un suprême effort pour ne pas tomber. Même gravement blessé il voulait garder sa dignité.
 
- Ma haine n’était donc pas assez forte pour t’emporter.
- Je te l’ai déjà dit : le seul être que tu ne pourras jamais vaincre même en y mettant toutes tes forces se trouve devant toi.
- C’est ce qu’on va voir !
 
Le dieu sombre avait projeté son poing en avant, tentant d’y rassembler toute la force qu’il contenait encore. Mais lorsqu’il toucha la protection du dieu des dieux ce fut comme si toute sa force s’était évaporée, non comme si elle avait été absorbée par cette armure immortelle.
Zeus saisit le poignet de son frère complètement décontenancé.
 
- Cet habit est le reflet de mon âme. Il a été fabriqué il y a de cela très longtemps grâce à mon sang et aux rayons du soleil alors que toi tu n’es que ténèbres. Tant que je le porterai, le cosmos des ténèbres ne pourra rien contre moi !
 
Le dieu du ciel concentra son cosmos dans son poing droit et le libéra à la hauteur du ventre de son frère. C’était la première fois qu’il faisait vraiment usage de son cosmos plutôt que de ses poings depuis le début du combat. Le choc fut terrifiant : Hadès eut l’impression qu’une explosion se produisait à l’intérieur de lui puis sans qu’il pût s’y opposer, il fut emporté au loin comme par une tempête.
Le dieu des morts atterrit violemment sur le sol, incapable de se relever. Le sang qui s’écoulait de ses yeux et de ses lèvres prenait instantanément une couleur sombre au contact de sa peau. Il voulut pendre appui sur son bras droit pour se relever mais seuls ses doigts acceptèrent de bouger.
 
« M… Même s’il porte une armure… comment ai-je pu devenir aussi… faible !! »
 
Ce cri retentit aux oreilles de Zeus qui s’agenouilla jusqu’à hauteur de son oreille.
 
- Tu as raison : tu es faible. Le frère aîné que j’ai connu n’avait pas peur de défier notre père Cronos ou le gigantesque Atlas. Le Hadès que j’ai connu avait une puissance incommensurable : d’un geste il pouvait déplacer des planètes, mon corps garde encore le souvenir de nos bagarres d’adolescents où j’avais souvent le dessous. J’aimais ce frère aîné que j’admirais, je l’aimais autant que je te déteste à présent.
 
- Que… que veux-tu dire ?
 
Zeus saisit son frère par les cheveux, l’obligeant à le regarder dans les yeux.
 
- Tout simplement que mon frère aîné est mort !! Il n’y a plus aujourd’hui qu’un pauvre imbécile qui erre dans ce monde en cherchant qui il est, tentant de détruire le monde pour se donner l’impression d’exister !! A force de vivre avec les morts tu es devenu comme eux ! Et maintenant regarde-toi : tu as tellement passé de temps en compagnie de ces humains que tu ne sais plus qui tu es au fond !!
 
De dépit Zeus frappa de son poing la roche granitique sur laquelle était allongé son frère aîné.
 
- J’ai essayé de réveiller le fils de Cronos qui sommeillait ! Mais ça a été peine perdue !! Ton esprit est uniquement obnubilé par cette fille : Pandora ! Tu as perdu ta force à cause d’elle !
 
- Cette force est suffisante pour protéger ceux que j’aime.
 
- Alors tu as aussi échoué dans ce but : quand j’étais en Asgard, j’aurais pu la tuer elle et tous tes enfants en une seconde, et depuis qu’elle est en Olympe, j’aurais pu la tuer à n’importe quel moment sans que tu ne puisses rien faire ! Même sans armure j’aurais pu te battre facilement avec cette force pitoyable !
 
Zeus se releva, il fit quelques pas dans la direction opposée puis se baissa pour ramasser l’épée des illusions qu’il envoya dans la direction de son frère.
 
- Jusqu’à maintenant nous n’avons fait qu’utiliser notre septième sens à son paroxysme. Seul le neuvième sens est digne de nous. Relève-toi si tu le peux encore et montre-moi que tu le maîtrises toujours car sans cela je te tuerai !
 
En contrebas, le seigneur Odin observait son ami avec inquiétude. Il avait suivi le déroulement des derniers évènements, jamais il n’aurait cru que Zeus pourrait ressortir indemne d’un tel choc et pourtant…
Il regardait Hadès qui ne faisait pas même un mouvement pour se saisir de l’épée des illusions qui se trouvait à quelques centimètres de lui, une plaie béante laissée par le sceptre de Zeus ouvrait sa poitrine, jamais il ne pourrait riposter dans ces conditions. Malgré ses blessures il se rua dans la direction de la scène du combat.
Uriel voulut l’arrêter mais il en fut empêché par un autre émissaire de la puissante Utopia.
 
- Laisse-le moi Uriel, c’est à moi de l’arrêter.
 
Sans un mot Némésis plaça sa fidèle épée brisée entre son index et son majeur et l’orienta vers Odin. Prenant appui sur ses jambes, elle se préparait à délivrer son attaque favorite : la charge angélique.
L’attaque fut si rapide qu’Odin ne réalisa ce qui s’était passé que lorsqu’il vit Némésis de dos se tenant devant lui.
 
- Que ?
 
Némésis l’interrompit d’un geste, elle avait changé : ce n’était plus le nonchalant archange ironique qu’il avait connue ni la jeune fille émotive qu’il avait vue pleurer sur la tombe de ses parents. Non, ces yeux qui luisaient d’une froide détermination, cette allure si noble, ce ton impérieux… un des neuf souverains d’Utopia se tenait devant lui.
 
- Il suffit seigneur Odin. Vous n’avez pas le droit d’interférer.
- Je vois… Tu es avant tout une émissaire d’Utopia. Impatiente de quitter son exil comme tous ces reliquats de la puissance de Cronos ! Ecarte-toi de là !
 
Sans un mot Némésis leva sa main droite et fit claquer son pouce et son majeur dans un petit bruit sonore.
Cette vibration fit se briser la protection d’épaule de l’armure de Balmung qui avait été touchée par l’épée de la souveraine.
 
- Je parle sérieusement. Vous n’avez pas le droit d’interférer.
 
Quelques secondes de silence passèrent.
 
- Tu ne comprends pas… Hadès est… Au début je comptais juste l’utiliser pour revenir à la vie et restaurer la puissance d’Asgard. Mais à force de vivre à ses côtés, j’ai fini par comprendre sa tristesse, la violence intérieure qui le tourmentait, son combat désespéré pour trouver sa place dans ce monde qui rejette les dieux, son amour impossible pour sa sœur.
 
Némésis ferma les yeux à son tour pour signifier à Odin qu’elle le comprenait.
 
- Depuis le Ragnarok… la fin de mon monde… il est la seule personne que j’ai pu appeler « mon ami », je n’ai pas le droit de le laisser mourir !!
 
La plus jeune reine d’Utopia abaissa son épée, d’un geste ample du bras elle engloba tout l’espace se trouvant autour d’eux.
 
- Regarde autour de toi Odin. Tout n’est que ruines et désolation, un dieu suprême se prépare à en découdre avec un autre. Hadès, Zeus, ils ne se battent pas à notre époque, ils se battent à l’époque de la chute de Cronos, lorsqu’un dieu suprême aurait dû être nommé. Aucune force ne pourrait les empêcher de s’affronter et je ne veux pas te laisser perdre la vie en essayant de le faire, j’ai déjà perdu assez d’êtres chers.
- Alors c’est fini…
 
***
 
Utopia, palais du régent
 
Utopia était un empire composé de neuf royaumes indépendants qui ne reconnaissaient pour souverain que le grand Cronos depuis les temps les plus reculés de la mythologie.
Aux origines, les rois d’Utopia étaient des familiers de ce monarque mais leur race se tarit peu à peu car ils ne disposaient pas au contraire des Olympiens du don de l’immortalité qui n’aurait pu leur être conféré que par Cronos lui-même. Lors de la défaite de celui-ci, l’empire de l’Utopie était inconnu aux dieux. Trop impatients de se venger de leur père ils avaient négligé d’évaluer les dimensions de l’empire construit par celui-ci. Utopia n’évoquait pour eux que des résonances superstitieuses d’une « île des bienheureux » où la souffrance aurait disparu et dont plusieurs poètes comme Virgile puis Thomas More se firent les très tardifs relais.
 
Vivant à l’écart du monde, la civilisation utopienne avait été un moment menacée de disparition par le vide du pouvoir laissé par Cronos. Plusieurs guerres avaient suivi sa chute et plusieurs des neuf rois s’étaient entretués dans cette folie jusqu’à ce que la situation dégénère à un tel point que l’on crut que la civilisation elle-même allait disparaître.
 
Survint alors un homme venu de par delà les océans, il se disait originaire de ce pays mais personne ne le connaissait ou ne se souvenait de l’avoir vu naître. Selon la légende il était doué d’un immense pouvoir de sorte que lorsqu’il étendit sa main sur Utopia, la lumière perça les nuages et revint sur l’île. Tous ceux qui ne croyaient pas ou dont la foi vacillait auraient été instantanément volatilisés au contact de cette lumière.
 
Très peu de gens avaient eu l’occasion de l’approcher de près car la lumière qui émanait de lui était si forte que l’on disait qu’elle pouvait rendre aveugle quiconque le contemplait. Cet homme… c’était la lumière d’Utopia, celui avec lequel le soleil se levait et se couchait, celui dont le nom ne devait être prononcé en vain et qui ne pouvait être regardé que de dos.
 
Il aurait pu se proclamer empereur mais cette pensée ne sembla jamais le traverser et toujours on le vit le plus fervent défenseur de la légitimité de la lignée de Cronos. Conscient cependant de la nécessité de juguler le chaos il avait pris le titre de régent d’Utopia « jusqu’à l’arrivée de l’héritier de Cronos » et c’est à ce titre qu’il avait nommé tous les rois de l’île, lui « le roi des rois ».
 
Dans le palais du régent, le troisième roi, sa majesté Caliban se tenait debout en face du trône sur lequel siégeait le maître de la lumière. Reconnaissant les rois comme ses égaux, le régent n’exigeait d’eux aucune preuve d’allégeance ou de soumission, il n’intervenait même pas dans leurs querelles qui pouvaient dégénérer en conflits armés. La coutume voulait cependant qu’on l’appelât « Altesse » car les rois lui reconnaissaient un statut plus proche que le leur de la divinité suprême incarnée par Cronos. Quand ils parlaient du Régent, ils ne citaient jamais son nom et le nommaient simplement « IL » pour souligner son caractère unique.
 
- Altesse, il est temps de prendre une décision. Trois des nôtres ont bougé, alors nous devons bouger aussi.
 
Le Régent était assis dans son trône derrière un rideau assez fin mais suffisamment opaque pour limiter les effets du rayonnement de son aura sur ses visiteurs qui pouvaient ainsi le regarder de face.
 
- Je sais cela, Caliban, c’est pourquoi j’ai convié les autres rois à nous rejoindre.
- Quelle perte de temps !
 
Caliban, le roi de la victoire, était connu pour son mauvais caractère et son impétuosité mais plus que le temps qui s’écoulait c’était la perspective de se trouver en présence de ses co-souverains qui l’agaçait. Il n’avait jamais eu de bonnes relations avec eux, particulièrement avec Baldur qui prônait la non violence. Le Régent sembla percevoir sa nervosité aussi ajouta-t-il sur un ton plus ironique.
 
- La reine Jézabel sera là elle aussi.
 
Quelqu’effort qu’il fît pour le cacher, cette information ne laissa pas le souverain de glace. S’empourprant légèrement il tenta maladroitement de se rapprocher d’une colonne pour y voir le reflet de son profil et ne put s’empêcher de tenter de remettre un peu d’ordre dans ses cheveux blancs comme la neige.
Il n’eut cependant guère le temps de revoir sa tenue car il sentit presque instantanément une forte pression s’exercer sur son cou. C’était un contact métallique et froid, en baissant les yeux, il put s’apercevoir qu’il s’agissait de chaînes.
Un parfum enivrant de fleurs de cerisier parvint à ses narines, ce qui le fit se détendre quelque peu.
 
« Tu sais bien que je te préfère comme tu es, naturel. »
 
Caliban sentit que l’étau des chaînes se resserrait et l’entraînait vers l’arrière. Il se laissa faire sans résistance et bientôt les fines lèvres peintes de mauve de la reine d’Utopia se posèrent à la commissure des siennes puis les étreignirent fermement.
 
« Cela fait longtemps, tu n’as pas changé »
 
Celle qui venait d’être interpellée ainsi se nommait Jézabel. La reine d’Utopia était un personnage d’une beauté surprenante. Ses cheveux d’un blanc neigeux pouvaient lui donner une apparence de vieillesse tout à fait erronée au premier abord car c’était là le seul tribut que les rois devaient payer en échange de l’immortalité garantie par le Régent et aussi leur signe distinctif. Mais cette première impression était balayée l’immortelle jeunesse qui se reflétait sur tout son corps dont la peau hâlée respirait le soleil. D’une taille très fine elle se vêtissait habituellement de vêtements très suggestifs comme une tunique partiellement transparente qui plaquée sur ses seins pour les rehausser formait un décolleté provocant qui se prolongeait jusqu’à sa ceinture. Ses jambes fuselées étaient couvertes par des bottes très hautes tandis qu’à ses poignets on voyait aujourd’hui pendre des chaînes. Caliban se retint de lui demander à quoi lui servaient ce genre d’accessoires quand l’évidence lui creva les yeux. Jézabel avait suivi son regard et se préparait à lui décocher une réplique assassine quand elle se souvint en présence de qui elle se trouvait.
 
- Votre Altesse, je vous salue.
 
Le Régent lui adressa un petit signe de la tête qu’elle dut avoir peine à percevoir derrière le rideau opaque qui le cachait.
 
- Sommes-nous tous réunis ?
 
Jézabel s’inclina plus profondément qu’elle n’avait à le faire.
 
- Je suis désolée mais il se trouve que Baldur, le premier roi, ne se sent pas très bien. Votre altesse connaît sa santé fragile et la prédiction d’hier semble l’avoir épuisé.
 
Une nouvelle question fusa presque immédiatement bien qu’elle fût posée sans agressivité.
 
- J’en suis navré. Connaissez-vous la raison de l’absence d’Ilya, le second roi ?
 
Caliban et Jézabel échangèrent un rapide regard, non ils n’en avaient aucune idée. Le père adoptif et maître de Némésis avait la réputation d’un homme simple qui aimait aider son prochain. Peut-être était-il tout simplement allé prêter main forte aux paysans de ses terres ? Mais ce qui les surprenait c’était que le Régent leur posât une telle question alors qu’il savait qu’ils n’en avaient pas la réponse. Peut-être Ilya avait-il été envoyé en mission sur Terre par le Régent lui-même et celui-ci vérifiait-il de la sorte que personne n’était au courant ? La dissimulation était bien dans le caractère de cet homme.
 
- C’est bien ce que je pensais – le Régent laissa passer un court silence – Caliban, pourquoi avoir demandé audience ? Les évènements prennent-ils un cours imprévisible ?
 
- Oui votre altesse. La prédiction de Baldur nous a révélé que les neuf rois devraient être présents lors du duel qui opposerait leurs majestés Zeus et Hadès.
 
- Uriel, Oblivion et Némésis auraient-ils perdu le titre de roi selon toi ?
 
Caliban se mordit les lèvres pour éviter de dire une chose qu’il aurait pu regretter. Jézabel lui fit signe de la laisser faire.
 
- Votre Altesse connaît comme nous la prédiction de Baldur : « lorsque les neuf rois seront rassemblés et prêts à reprendre leur puissance, alors deux grandes étoiles s’affronteront ». Nous devons tous être présents, c’est impératif.
 
Jézabel hésita quelque peu avant d’ajouter.
 
- Le grand Cronos l’aurait voulu ainsi.
 
Le Régent ne parut pas désarçonné par cet assaut.
 
- Vous avez raison sur un point : nous pensions que Zeus était maintenant le seul maître du monde et Némésis nous avait conseillé d’intervenir le plus tard possible dans le procès d’Athéna lorsque les autres dieux se seraient rendormis. Mais depuis l’intervention d’Hadès, ce n’est plus possible. Vous connaissez notre loi : il nous est interdit de conquérir la Terre si ce n’est au nom de notre souverain légitime.
 
Ce fut au tour de Jézabel de se mordre les lèvres pour se retenir de lui dire que c’était lui, le souverain légitime d’Utopia !
 
- Votre altesse… nous ne pouvons rester inactifs pendant que Uriel, Oblivion et Némésis ont déjà bougé. Et peut-être même Ilya…
 
Pour la première fois depuis le début de l’audience, le Régent se leva de son trône et se dirigea vers ses invités. La lumière qui émanait de lui était tellement forte que Jézabel dut se protéger les yeux avec les voiles de sa robe pour ne pas être aveuglée tandis que Caliban dont les yeux ne ressentaient plus la morsure du soleil depuis longtemps ne cillait pas.
 
Le Régent avait de très longs cheveux blancs tirant sur le blond coiffé d’un diadème, symbole de son pouvoir. Il portait une aube très blanche qui semblait dessinée pour cacher les ailes d’un ange qui lui donnaient son ampleur démesurée.
Son visage était absolument couvert jusqu’aux yeux par un foulard qui laissait deviner la courbe de son nez et la forme de ses lèvres. Seuls ses yeux étaient visibles et encore ceux-ci étaient ornés de pupilles si petites qu’on les distinguait à peine dans le malëstrom multicolore de son aura. A ceux qui lui demandaient pourquoi il ne montrait jamais son visage, il répondait invariablement que la raison en était qu’il n’était pas beau. Mais tous les rois d’Utopia savaient que ce masque cachait autre chose qu’un visage disgracieux.
La voix du Régent était surhumaine, à certains moments elle tonnait comme l’éclair puis elle ressemblait à l’écho d’une caverne ou alors elle était aussi douce que celle d’un enfant.
 
- Les neuf rois n’interviendront pas ! Nous sommes Utopia comme Cronos était Utopia et nous devons nous conformer à ses lois ! Cependant ce serait une grande honte que l’on puisse dire que nous fûmes les seuls à ne pas avoir assisté au plus grand combat de cette époque. J’irai donc et je verrai de mes yeux l’héritier de Cronos.
 
Jézabel et Caliban ne purent retenir une exclamation, de surprise pour la première, de rage pour le second car il sentait qu’il allait rester là.
 
- Vous votre altesse ?!
 
Le Régent se dirigeait déjà vers la sortie de son palais.
 
- Je ne suis que le Régent. Vous êtes rois et votre volonté est loi. Faites ce que bon vous semble mais rappelez-vous que si vous prenez parti pour le vaincu, vous devrez vous en justifier devant le vainqueur, devant Dieu.
 
Restés seuls Caliban et Jézabel hésitaient encore sur l’attitude à adopter, le premier se montrant plus tempérant.
 
- Hum le Régent n’a pas changé : il se refuse toujours à assumer le rôle de Dieu pour ce monde et met en avant la légitimité de la lignée de Cronos. Mais son intention est claire : il ne fera rien contre nous si nous nous rendons sur Terre pour soutenir Hadès ou Zeus mais il ne nous protégera pas non plus contre le courroux du vainqueur si notre champion est vaincu.
 
Jézabel dégrafa l’un des voiles transparents de sa robe puis l’agita de façon provocatrice devant le troisième roi.
 
- Tu sais que tu es encore plus mignon quand tu as l’air aussi soucieux ?
- Ne pourrais-tu pas être sérieuse une seconde ?
 
La jolie reine prit un air faussement blessée.
 
- Tu ne t’en plaignais pas de ma frivolité quand nous deux…
 
Caliban rougit légèrement à l’évocation de ces souvenirs peu avouables.
 
- Bon je crois que je vais me rendre sur Terre finalement ! Et toi ?
- Je vais aller au château d’Hadès, je me suis laissée dire qu’il y avait sans doute des garçons plus gentils que toi là-bas.
- Bon alors j’irai à Asgard comme ça on ne risque pas de se croiser !
 
Le Régent s’éloignait tandis que deux rois allaient prendre leur envol pour la Terre. Baldur n’avait pas menti : bientôt les neufs seraient réunis pour arbitrer l’affrontement des deux étoiles géantes de cette époque. Les neuf rois avaient bougé, Utopia avait bougé.
 
***
 
Hadès était toujours allongé sur le sol, incapable de bouger, toute force semblait l’avoir abandonné. Son regard se posait machinalement sur l’épée des illusions qui gisait à son côté, sa dernière chance de sauver sa vie, d’emporter la victoire. Mais en cet instant, le maître de la mort avait abandonné jusqu’à l’idée de la victoire.
 
« Il a raison : j’ai échoué. J’ai été incapable de protéger mes enfants et Pandore.
Pourquoi devrais-je me relever ? Il me tuera et c’en sera enfin fini de moi. J’aurai accompli ma mission, je suis venu sur l’Olympe, j’ai affronté Zeus et j’ai perdu, ce n’est que justice.
Une fois que je serai mort, il n’aura plus de rival. Les humains ne sont pas une menace, aussi il ne les anéantira pas. Non il va se contenter d’aller régner à Utopia sur le royaume de Cronos.
Athéna sera probablement libérée de la malédiction qui la touche, elle reviendra sur Terre et y mènera sans doute une existence normale, oui elle sera heureuse.
Odin est encore en vie, il sera peut-être vexé de devoir accepter la domination d’Utopia mais il se fera une raison. Et puis Asgard revit depuis que ses enfants sont revenus à la vie, Hilda épousera Siegfried et Freya sera heureuse avec Hagen, cela sera un peu grâce à moi.
Elysée… ma fille… j’aurais aimé revoir ton visage mais ça ne fait rien. A ma mort, Hypnos, Thanatos et toi serez libérés de l’étoile de la mort, vous redeviendrez des humains et vous aurez enfin la vie à laquelle vous aviez droit.
Oui… tout sera pour le mieux… si je meurs… »
 
Un sourire passa sur les lèvres du dieu qui s’apprêtait à abandonner sa vie et son royaume à son frère cadet. Celui-ci paraissait déçu.
 
- Tu ne vas donc rien tenter ? Je pensais que tu tenterais au moins quelque chose pour ceux qui ont cru en toi jusque là.
 
« Ceux qui ont cru en moi ?
Oui c’est vrai que je vais les décevoir mais au moins ils ne perdront pas la vie. Ils survivront à cette époque violente et comme les dieux se sont rendormis, ils n’auront plus à souffrir.
J’ai protégé la Terre… j’ai protégé les gens que j’aime… je n’ai pas de regrets… »
 
- Très bien, puisque tu ne peux plus faire un geste et te vides lentement de ton sang, je suppose que je dois me montrer miséricordieux et prendre ta vie.
 
Le grand Zeus saisit son sceptre à deux mains et le souleva au dessus de lui, appelant la foudre purificatrice.
 
Hadès…
 
« Cette voix…
 
Combien de temps vas-tu continuer à errer sans but ?!
 
« Odin…
 
Tu es tellement égoïste !!
 
« Hestia…
 
Tu dois me promettre de revenir en vie…
 
« Pandora, pardon…
 
Vous êtes le dieu suprême...
 
« Gaia… pourquoi m’as-tu menti ?
 
Connais-tu l’amour ?
 
« Athéna ?
 
Je n’ai pas de parents, alors vous voulez bien être mon père ?
 
« Elysée… merci...
 
Pourquoi voulais-tu protéger une femme comme moi ?
 
« P… Perséphone…
 
Ne m’abandonne pas, je t’ai tellement cherché…
 
Une image s’imprégna alors dans son esprit, celle d’une jeune fille aux très longs cheveux bruns allongée sur un tapis de fleurs. Elle regardait vers le ciel comme si elle pensait en voir descendre une personne. Ses lèvres s’ouvrirent mais il n’entendit pas le son qui passa leur frontière. Il n’entendait rien mais voyait tout, il voyait les larmes perler aux yeux de cette personne sans que son sourire ne s’efface, il voyait ses lèvres remuer pour former un son qu’il ne pouvait entendre. Puis brusquement il la vit crier, bien qu’il n’en perçût pas le son, ce cri résonna dans sa tête comme un coup de tonnerre et brusquement tout s’éclaircit : il y avait une personne qui l’attendait, oui elle l’attendait en implorant son retour !
 
« Pan… Pandora !!! »
 
Ses yeux s’ouvrirent si brusquement qu’il crut devenir aveugle en sentant la morsure du soleil les frapper. La main du seigneur des ténèbres se referma à cette seconde précise sur la garde de l’épée des illusions. Le dieu du ciel avait déjà amorcé son mouvement.
 
- Je serai toujours le plus fort !!
 
Le sceptre de Zeus se dirigea vers le cou d’Hadès avec la vitesse de l’éclair. Hadès vit la mort arriver puis tout se brouilla : l’image du dieu du ciel devint flou, son sceptre n’était plus qu’un long serpent qui s’allongeait en spirale devant ses yeux.
Combien de temps se passa-t-il ? Moins d’un millième de seconde sans doute. Mais dans cet intervalle l’univers se réduisait à l’espace compressé entre les deux protagonistes de cette scène surréaliste.
Le maître de la mort tira son épée de son fourreau et alors ses yeux ne virent plus rien car sa vitesse avait dépassé leurs capacités. Il sembla alors que le temps s’était brusquement arrêté, donnant le temps à l’un des protagonistes de riposter et d’éviter la charge de son adversaire en même temps. L’épée des illusions rencontra le torse de Zeus et le fendit de bas en haut tandis que sceptre à la foudre purificatrice qui aurait dû décapiter le dieu des morts ne rencontrait que le néant. Oui, en cet instant précis, l’univers s’était réduit au mouvement de leurs deux lames mais l’une d’elles avait dépassé la vitesse de la lumière, elle avait détruit les lois du temps et frappé le dieu du ciel d’un coup terrible.
 
Lorsque la scène fut enfin visible pour tous les spectateurs, Zeus et Hadès se tournaient le dos. Chacun avait gardé la position dans laquelle il avait achevé son assaut. Le maître des cieux fut le premier à bouger.
 
- J’ai lancé mon attaque à la vitesse de la lumière. Tu aurais dû être décapité alors que c’est moi qui ai été touché. La seule explication possible est que tu as utilisé la vitesse divine qui est conférée par le neuvième sens.
 
Zeus ouvrit la bouche malgré lui et le battement de son cœur qui suivit lui arracha une intense douleur.
 
- M… même une armure divine ne pouvait me protéger contre une telle attaque.
- Oui, le neuvième sens est inégalable, nul ne peut en sortir indemne.
 
Le cadet d’Hadès fit de nouveau face à son aîné. La protection de son torse avait été coupée de haut en bas par l’épée des illusions et un mince filet de sang commençait à s’en échapper.
 
- Tu semblais prêt à abandonner la vie, pourquoi avoir choisi de reprendre le combat alors que la mort t’aurait délivré de cette souffrance ?
 
- Pandore serait triste.
 

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