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Hades Glory

Olympe

Le grand Zeus avait retrouvé cette sérénité qu’il ne perdait que sur les champs de bataille.
Il avait retiré sa kamui et était maintenant vêtu assez simplement d’une longue toge blanche fermée au niveau de la taille par une ceinture d’or.
Sa physionomie était celle d’un homme sans âge : ses longs cheveux blancs comme les nuages lui donnaient une impression erronée de vieillesse alors que son visage ne comportait que deux rides en dessous des yeux, lesquels pétillaient d’une lueur inquiétante mais le génie n’inspire-t-il pas souvent la peur ?
Il était actuellement penché sur un lit à baldaquin dans lequel reposait un jeune corps complètement dénudé dont se dégageait une grande impression de fragilité à la façon dont il tremblait au moindre souffle d’air.
Les cheveux noirs de jais de cette personne retombaient sur ses seins nus, les couvrant partiellement, elle paraissait très jeune en dépit de ses formes généreuses et même dans son sommeil elle paraissait recroquevillée sur elle-même.
Le maître des cieux observait la femme-enfant avec un intérêt non dissimulé, de sa main droite il rabattit une large mèche de cheveux qui couvrait les appâts de la jeune fille. Un sourire très masculin déforma à nouveau ses lèvres tandis qu’il approchait son visage de celui de la dormeuse.
-         C’est donc cette femme qu’aime mon cher frère aîné… quel beau tour ce serait lui jouer que de la prendre avant lui.
Un nouveau sourire malsain déforma les lèvres du roi des dieux : Hadès y avait-il seulement pensé ? Son cœur se complaisait depuis longtemps dans la mélancolie, l’amour lui était devenu un sentiment aussi étranger que celui de faute.
L’avait-il au moins désirée ? C’était possible mais le connaissant il avait sans doute rejeté ce sentiment pour ne pas violer l’interdit que lui faisait la nature de convoiter sa sœur.
Il se souvenait que dans les temps mythologiques, lui, le roi des dieux se plaisait à collectionner les maîtresses et à peupler le monde de sa progéniture.
Poséidon avait tenté de l’égaler mais il avait rencontré dans cette entreprise un succès aussi lamentable que dans ses tentatives de conquête de la Terre. Le monstrueux cyclope Polyphème n’était pas le pire de ses rejetons.
Hadès lui n’avait jamais eu de descendance et il n’avait probablement jamais cherché à en avoir, ces trois petits dieux avec des étoiles sur le front qui le suivaient étaient certes ses enfants adoptifs mais ce n’était pas lui qui était allé les chercher.
Lors de son mariage avec Perséphone la création avait un moment tremblé de le voir avoir un enfant aussi puissant que lui mais aucun enfant n’était venu, jamais… comme si le dieu qui domine la mort ne pouvait suffisamment dominer la vie pour la donner.
Zeus laissa échapper un soupir de dédain pour son frère aîné.
-         Ah mon cher frère… quel dieu pitoyable tu fais ! Pas capable de donner la vie tu voudrais qu’elle disparaisse complètement de la Terre pour donner une raison à la tienne. Toi le seul être aussi beau et aussi puissant que moi tu ne sais même pas profiter des bonnes choses quand elles se présentent. Si tu as le cœur teinté de larmes tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même.
Il se pencha pour embrasser Pandore dans le cou, ses lèvres s’approchèrent de la peau nue, il ferma les yeux pour savourer cet instant.
-         Hum hum !
Zeus rouvrit les yeux, il n’avait guère besoin d’aide pour deviner l’identité de l’importun qui venait lui gâcher ce moment de plaisir. Il garda cependant la même position et s’amusa à soulever les cheveux de Pandore.
-         Qu’y a t il Héra ?
La reine des dieux était sans doute d’une grande beauté mais il y avait chez elle un parfum de dédain qui déformait sa lèvre supérieure de façon horrible et qui gâchait complètement l’harmonie de son visage. Zeus se savait responsable de ce tic nerveux qui était devenu une difformité et il en tirait même une certaine jouissance.
-         Il me semble que tu fais preuve de légèreté en ces circonstances !
-         Et que voudrais-tu que je fasse ? Que je panique ? Que j’appelle à l’aide ? Il s’agit de mon frère aîné après tout, quel mal peut-il me vouloir ?
-         Tu sais très bien que les intentions d’Hadès sont insondables aux oracles les plus avisés, même à toi qui est son frère.
Le roi des dieux dut être affecté par une certaine contrariété car il se détourna de Pandore. Héra, au sang froid remarquable, sut qu’elle avait pris l’avantage.
-         Il est plus que temps que tu réintègres ton corps originel !
Si l’humeur de Zeus n’était pas encore tout à fait noire c’était maintenant le cas. Réintégrer son corps originel ne présentait pas que des perspectives attrayantes, loin de là… Cela voulait dire mettre sa vie en jeu dans la bataille car il n’y aurait plus de retraite possible !
Cela signifiait l’impossibilité absolue de quitter ce corps une fois réintégré et enfin l’obligation de prendre ses responsabilités : régner sur le monde !
En fait il n’avait quitté son corps originel qu’une seule fois depuis les temps mythologiques : lorsque s’enfermant sur son sublime Olympe il avait confié la Terre à Athéna. Depuis il avait multiplié les hôtes d’emprunt en y prenant un certain plaisir car ceux-ci lui permettaient de surveiller plus aisément la Terre.
Assez récemment à l’échelle temporelle olympienne il avait même utilisé ces pouvoirs pour prendre l’apparence d’un fantôme de Mitsumasa Kido et ainsi inciter sa fille à reprendre le contrôle du sanctuaire, condition impérative de l’équilibre qui lui permettait de rester dans son splendide isolement. Réintégrer son corps originel cela voulait dire perdre cette liberté qui était la sienne et cela ne lui procurait aucun plaisir.
-         Sans ton corps tu n’as pas une seule chance contre Hadès !
La voix de Zeus était sourde et reflétait le plus grand énervement.
-         Dehors !
-         Il a survécu à la mort elle-même ! Son corps a été détruit, tu l’as vu de tes yeux et maintenant il se dresse devant toi encore plus puissant qu’avant !
Zeus se retourna et se retint à grand peine de frapper son épouse.
-         Hors de ma vue !!
-         Je t’en prie écoute-moi sinon tu seras détruit !
La voix d’Héra exprimait maintenant une préoccupation réelle. Ses yeux se remplissaient de larmes. Cela sembla calmer Zeus.
-         Écoute-moi. Je régnais sur ce monde bien avant la naissance d’Athéna. J’ai vu les troubles qui l’agitaient et j’y ai mis un terme. J’ai crée une humanité qui me ressemble à tel point qu’elle a oublié mes bienfaits. J’ai mis au pas tous les dieux qui s’opposaient à moi. A l’origine, je n’étais pas plus puissant que mes frères et pourtant je suis toujours là alors qu’ils ont été vaincus. Jamais je n’ai été aussi près de régner sans partage sur l’univers car Hadès est mon dernier rival.
Héra regardait son mari avec une quasi-vénération.
-         Mais cela ne veut pas dire que je sois obligé de recourir à des méthodes extrêmes tout de suite. Il existe d’autres moyens d’affaiblir mes ennemis et de les vaincre.
Zeus saisit Héra par le menton et amena son visage contre le sien avec force, leurs lèvres se fondant dans un baiser passionné. Leur étreinte dura longtemps et quand Zeus la rompit Héra ne l’avait jamais autant aimé.
-         Je gagnerai cette bataille comme j’ai gagné les précédentes. Et quand tout cela sera fini, tu seras la reine de tous les dieux.
-         Oui tu régneras sur le monde et je serai ta reine.
Après un nouveau baiser plus court que le précédent, Zeus fit signe à Héra qu’il avait besoin d’être seul. Malgré toute la confiance qu’elle avait en son mari elle ne put se résoudre à le laisser volontairement seul avec cette jeune fille, surtout dénudée.
-         Et cette mortelle ?
Zeus souleva à nouveau le rideau transparent qui couvrait la nudité de Pandore. Il la regardait avec un intérêt renouvelé.
-         Cette fille est la seule chose à laquelle Hadès tienne dans ce monde. Grâce à elle je le manipulerai.
Héra ne parut pas entièrement convaincue par cette explication. Elle tourna cependant le dos à son mari pour se diriger vers la sortie. Cependant, arrivée sur le seuil.
-         Zeus… J’ai confiance en toi, je connais ta puissance. Mais connais-tu celle de ton frère ? Je sais que tu sais qu’il s’est rendu dans les limbes où il s’est battu avec un autre dieu jusqu’à ce que le ciel se déchire. Dans toutes les prophéties il était dit que si une telle chose se produisait ce serait la fin du monde et pourtant il est là. Il n’est pas un adversaire ordinaire, sois sur tes gardes.
Et sur ces derniers mots Héra quitta la chambre du roi des dieux pour entrer dans l’histoire du panthéon olympien.
Le roi des dieux méditait sur ces dernières paroles quand un gémissement lui apprit que  Pandore s’était réveillée. La jeune fille ouvrit lentement les yeux, ses cils se détachèrent au fur et à mesure pour lui révéler l’image de l’homme qui était en face d’elle.
Comme le roi des dieux s’y attendait sa réaction fut une réaction de peur.
-         Vo… vous ?!
Pandore avait sursauté pour se retrouver à l’autre extrémité du lit. Se rendant compte qu’elle était nue, elle saisit le drap et s’en servit pour protéger sa poitrine des regards peu innocents de son geôlier.
Celui-ci n’en sembla pas affecté.
-         Je t’ai retiré vos vêtements car le noir n’est pas exactement la couleur qui sied le mieux à l’Olympe.
Pandore s’empourpra légèrement à l’idée qu’un homme ait pu la voir nue.
-         Rendez-moi mes vêtements !
-         C’est dommage, le blanc t’allait tellement bien à cette époque où tu étais blonde, quand ta mère t’avait amenée en Olympe. Tu ne t’en souviens pas, c’était pour ton quinzième anniversaire ?
-         Je… je ne vois pas de quoi vous parlez.
-         Bien sûr que si. J’ai vu tes rêves quand tu dormais. Je n’ai pas eu le temps d’aller très loin mais ce que j’ai vu ne manquait pas d’intérêt. Quoiqu’il en soit – Zeus claqua des doigts et une brume entoura Pandore, quelques secondes plus tard sa robe noire habituelle était réapparue – et même si j’en suis chagriné, je n’ai pas le temps de te faire les honneurs de mon palais. Si je t’ai amenée ici c’est pour que tu me parles de lui.
-         Que je vous parle d’Hadès ?
-         Oui, j’ai toujours trouvé l’attente d’un combat affreusement longue, nous allons donc l’attendre ensemble.
-         Mais pourquoi viendrait-il ?
Le sourire de Zeus devint plus cruel.
-         Quelle question ? Il viendra pour toi. Tu es très importante à ses yeux.
Pandore baissa alors les yeux avec tristesse.
-         Je me demande si je suis quelqu’un d’important pour le seigneur Hadès.
***
 
L’ancien maître du monde sous terrain se trouvait devant les portes de la cité du ciel.
Entourée par les brumes qui la préservaient de l’usure du temps, gardée par des archanges de pierre gigantesques, à l’abri de ses immenses remparts elle s’était réveillée ce jour là guère plus inquiète qu’en s’endormant.
Qu’aurait-il pu faire ce dieu sans domaine contre cette formidable forteresse inviolée depuis les temps mythiques ?
Devant cette majesté imposante et inébranlable l’assaillant lui-même parut vaciller dans sa détermination. De fait Hadès semblait hésiter à franchir ce Rubicon, il porta instinctivement la main à sa poitrine pour toucher l’armure qui le protégerait contre tous les coups, ce contact parut le rassurer mais une goutte de sueur tomba de son menton, lui qui n’avait jamais supporté la lumière se trouvait dans la cité la plus proche du soleil qui fût jamais.
L’épée des illusions recommença alors à vibrer comme lorsque Athéna avait été condamnée par le tribunal des dieux. Hadès tourna sa lame vers son visage, elle lui renvoya l’éclat du soleil.
« Pleures-tu toujours mère ? »
Le reflet du soleil s’atténua sur le tranchant de la lame, laissant la place à l’ombre des nuages qui venait cacher le soleil, un de ceux là semblait particulièrement lumineux.
L’épée des illusions émit des vibrations plus douces, un visage souriant se refléta sur la lame d’acier.
« Tu me souris toujours hein… comme lorsque tu m’as rendu la vie dans les limbes. A ce moment là tu m’as refusé le droit de rencontrer Dieu… »
Hadès inclina son visage vers l’arrière pour mieux distinguer ce lumineux nuage qui ressemblait tant à la mère de la Création.
« Tu as fait de moi ton champion pour que je détrône le roi des cieux… mais quand j’y serai parvenu, quand je serai devenu le dieu suprême, quel Dieu pourrai-je souhaiter rencontrer ? »
Une voix féminine l’interrompit dan ses réflexions.
-         Tu n’as pas perdu ton habitude de parler tout seul !
Pour la première fois depuis longtemps, très longtemps même une expression de joie traversa son visage.
-         Hestia… cela fait si longtemps.
Sans plus de cérémonie la déesse du foyer se jeta dans les bras de son frère, elle l’étreignit de ses bras chaleureux et posa la tête sur son épaule.
Un peu surpris par ses effusions Hadès n’y opposa cependant aucune résistance.
-         Hestia, ma sœur aînée… tu n’as pas changé du tout.
-         Oh si j’ai changé…
La voix de la déesse du Foyer s’était transformée en un sanglot. Hadès sentit qu’elle resserrait sensiblement son étreinte.
-         Je t’en prie… Ne fais pas ça. Zeus est ton frère comme je suis ta sœur. Tu ne peux pas le tuer…
Hestia sentit tout le corps de son frère se raidir comme si on lui avait planté un poignard dans le dos. De peur qu’il ne la rejette, elle saisit sa chevelure opulente dans ses mains et commença à embrasser tendrement son cou.
-         Il te serait si facile de renoncer. Tu n’as pas encore franchi le pas ! Tu pourrais à nouveau régner sur les Enfers et peut-être même la Terre ! Il ne pourrait pas te le refuser !
Hestia sentit une pression douce mais ferme sur ses épaules l’obligeant à s’éloigner de son frère. Hadès la toisait maintenant avec sévérité.
-         C’est lui qui t’envoie ?
Hestia tressaillit, elle tenta de résister une fraction de seconde mais la pression sur ses épaules augmenta et elle sentit qu’elle ne pourrait rien lui cacher.
-         Non c’est Héra… Elle te propose la Terre si tu renonces à affronter son époux.
-         Elle n’en a pas le pouvoir.
-         Bien sûr que si ! Zeus ne veut pas l’affrontement ! Il se contente très bien de jouir de son séjour olympien comme nous tous ! Il se laissera facilement convaincre !
Hadès tourna le dos à sa sœur pour lui signifier que ce marché ne l’intéressait pas. Hestia laissa éclater sa colère.
-         Tu refuses ?! Mais pourquoi ? Tu as toujours voulu dominer la Terre et il te l’offre !
Le frère aîné des dieux ne réagit pas.
-         D’où te vient cette envie de tout détruire ? Réponds-moi !
Hadès regardait à nouveau le ciel.
-         Hestia. Ne t’es-tu jamais demandée pourquoi tu existes ? Pourquoi parmi toutes les créatures vivantes, seule notre famille a été choisie pour recevoir le Big Will ?
-         …
-         J’ai longtemps cru détenir les réponses à ces questions par le simple fait d’être un dieu. Mais ma défaite m’a montré mon erreur et a changé ma façon de voir les choses. Je sais maintenant ce que les humains ont de plus que nous et je sais ce qu’ils n’ont pas. Mais il y a encore tellement de questions sans réponse : pourquoi cette chose insensée qu’on appelle l’amour ? Pourquoi cette puissance incalculable que nous possédons ? Pourquoi des êtres qui nous ressemblent tellement ont choisi de nous oublier ? Seul Dieu pourrait répondre à ces questions. Si je deviens le dieu suprême, Dieu ne pourra plus refuser de me répondre car je serai devenu son égal !
Hestia pâlit visiblement.
-         Tu… tu veux dire que tu es prêt à détruire l’univers et la paix dont nous jouissons pour trouver une justification à ta vie ?
-         Oui.
Le plat de la main de la déesse du foyer rencontra la joue de son frère dans un claquement sonore.
-         Tu es tellement égoïste !
Hestia sentit alors les bras de celui qu’elle aimait l’entourer. Il l’attira vers lui avec une douceur dont il n’avait jamais fait preuve auparavant. A son contact elle sentit toute sa colère s’évanouir.
-         C’est vrai, tu as changé. Tu as gagné en force et en assurance. Mais aujourd’hui, ne pourrais-tu pas simplement redevenir gentille ?
Au prix d’un effort énorme la déesse aux cheveux rouges parvint à surmonter son envie de répondre à cet élan de tendresse inattendu, ses bras restèrent le long de son corps tandis que son regard se durcissait.
-         J’ai beau savoir lire dans les cœurs je ne sais pas qui me serre en ce moment dans ses bras… Est-ce mon frère que j’ai toujours aimé ou est-ce ce monstre d’orgueil qui est prêt à sacrifier l’univers pour se donner l’impression d’exister ?
-         Je vois que tu me connais encore mieux que je ne le pensais. Tu as raison, tu l’as toujours eu d’ailleurs : à la différence des humains je ne sais vivre que pour moi-même. C’est cela qu’ils ont de plus que nous : cet immense amour pour leurs semblables qui suffit à donner un sens à leur vie.
Hadès tourna alors le dos à sa sœur et arrivé devant la grande porte de la cité blanche, posa ses mains sur les battants. Il sentit à nouveau une douce pression contre son dos.
-         Attends je t’en conjure ! Si tu as compris cela alors tu peux renoncer à tes ambitions !
Hadès banda tous ses muscles pour déplacer les immenses portes de l’Olympe. Dans un geste désespéré pour l’arrêter Hestia arracha la cape qui le couvrait la faisant tomber jusqu’à sa taille. Ce qu’elle vit lui arracha une exclamation :
Le corps du dieu aspirant à la suprématie sur l’univers était nu ! Aucune protection ne le couvrait !
-         Mais tu n’as pas d’armure !
Hadès reprit sa cape et la fit tomber sur ses épaules.
-         Ma kamui a été détruite en même temps qu’Elysion. C’était un habit que je portais depuis les temps mythiques, éveillé par mon sang il était une partie de moi. Même Héphaïstos n’aurait pu la remplacer à l’identique.
-         Mais sans protection tu cours à une mort certaine !
-         C’est probable mais on n’échappe pas à son Destin.
Dans un suprême effort Hadès ouvrit en entier les portes de la cité blanche. Il se retourna une dernière fois vers sa sœur. Un sourire confiant était sur ses lèvres.
-         Hestia… Tu te souviens quand nous étions encore enfants ? Chaque fois que je me blessais c’était toi qui prenais soin de moi.
-         Oui je m’en souviens…
Le sourire d’Hadès s’élargit un peu plus tandis qu’il fermait les yeux.
-         Sur Terre il y a une fille qui est encore une enfant. Tu la reconnaîtras facilement elle est très belle et se nomme Pandore. Si je venais à être tué il faudra être très gentille avec elle, exactement comme tu l’as été avec moi.
-         Je te le promets. Mais de ton côté promets-moi de tout faire pour rester en vie.
-         Cela je l’ai déjà promis à Pandore.
Hadès disparut complètement dans l’ombre de la cité céleste, il se retourna pour fermer les portes derrière lui. Cela fait, il se laissa tomber en arrière comme pris d’une faiblesse soudaine.
«Revenir en vie… Dès le début, quand j’ai choisi de réapparaître, je me suis préparé à la perdre. Hestia, Pandore… je regrette de vous avoir mentis mais le jour du jugement un péché mortel de plus ou de moins fera peu de différence. Dieu comprendra : il joue dans mon camp. »
 
***
Odin, Némésis, Arès et Athéna étaient arrivés devant la grande porte sud de l’Olympe. Le seigneur d’Asgard regardait ce monument qui lui rappelait la grande porte du Walhalla.
Il se retourna vers ses compagnons.
-         Il est encore temps de réfléchir. Une fois cette porte franchie il n’y aura pas de retour possible.
Sans un mot Arès avança vers la porte et dans un silence de mort fit coulisser les énormes panneaux sur eux-mêmes. Le dieu de la guerre se retourna pour attendre Athéna.
Odin la retint en posant sa main sur son épaule.
-         As-tu bien réfléchi Athéna ? Je comprends que tu veuilles assister au combat d’Hadès qui tient entre ses mains le sort de l’humanité mais assister à un tel combat est toujours dangereux. Sur Terre il est des gens qui t’aiment et qui t’attendent.
-         Odin, ce n’est pas par orgueil que je veux assister au combat d’Hadès mais pour le soutenir comme je l’ai toujours fait pour mes chevaliers. Mais il n’y a pas que cela je l’avoue : j’ai vraiment envie de savoir qui il est vraiment, ce dieu à la tristesse si profonde.
Athéna pénétra à son tour dans le palais et son ombre se confondit avec celle d’Arès. Résigné, Odin se tourna vers Némésis.
-         Je suppose que tu vas faire cavalier seul…
-         Tu as vu juste : il ne serait pas convenable qu’un archange de Zeus pénètre dans son palais aux côtés des ennemis de son maître.
-         Adieu donc ?
-         Non Odin, nous nous reverrons : tu l’as dit toi-même : nous sommes des rivaux, tu n’as pas le droit de mourir avant que nous ayons achevé notre duel.
-         Quand ce jour sera venu j’espère que tu te montreras à moi sous ton vrai visage.
Odin disparut à son tour et Némésis resta seul devant l’entrée du palais. Son regard était sombre, il porta la main à la garde de sa rapière et la sortit légèrement de son fourreau. Il ferma alors les yeux pour ne pas se laisser tromper par ce qu’ils lui montraient.
Il resta ainsi plusieurs minutes immobile tentant de saisir la moindre vibration cosmique autour de lui. Puis ses lèvres se déformèrent en un sourire ironique et il s’engouffra dans le palais de Zeus.
Quelques secondes plus tard deux cosmos au moins aussi puissants que celui du troisième seigneur s’épanouirent.
A en juger par leurs protections et le nombre d’ailes qu’elles comptaient, il devait s’agir d’anges de haut rang, peut-être même des archanges.
Le plus grand des deux prit la parole,  il portait une aube qui brillait particulièrement fort au soleil comme si elle avait été constellée d’une multitude de rubis.
-         Tu crois qu’il a senti notre présence ?
Son compagnon était légèrement plus petit que lui mais il portait une aube nettement plus ample qui en retombant sur ses épaules lui donnait une apparence de robustesse, démentie par la douceur de son visage encadré par de longs cheveux violets qui retombaient dans son cou.
Il parlait en gardant les yeux clos à la façon de celui qui se protège du soleil.
-         Cela ne fait aucun doute mais peut-être a-t-il choisi de l’oublier ?
L’archange à l’armure brillante n’esquissa pas l’ombre d’un mouvement de recul.
-         Ou peut-être estime-t-il ne rien avoir à craindre de nous ? Nous sommes seigneurs des archanges au même titre que lui non ?
-         Pas au même titre puisqu’il est le troisième, il doit nécessairement y avoir un premier.
L’archange aux cheveux couleur violet fit demi-tour, montrant le dos à la cité céleste qu’il était censé protéger. Son compagnon l’interpella.
-         Que fais-tu Oblivion ? Le grand Zeus nous a ordonné de bloquer ces intrus, l’aurais-tu oublié ?
-         Non, Uriel, je ne l’oublie nullement mais j’ai senti l’épanouissement de deux cosmos que nous connaissons et je vais aller à leur rencontre.
-         Des cosmos que nous connaissons dis-tu ?
-         Oui il me semble qu’ils viennent de « la terre de nulle part ».
Le dénommé Uriel se détourna, Oblivion quant à lui s’éloignait de la cité céleste mais à une telle lenteur que l’on devinait que quelque chose le retenait.
-         Tu sais ce que cela signifie Uriel n’est-ce pas ? Nous n’avons pas vu des hommes de ce pays depuis longtemps.
-         Oui cela ne peut signifier qu’une chose : Baldur a fait un nouveau rêve.
-         Ce n’est pas certain mais je dois m’en assurer.
-         Tu ne m’aideras donc pas ?
Oblivion rabattit son aube sur ses épaules, y faisant presque disparaître son cou comme s’il voulait éviter d’avoir froid.
-         Je te fais confiance pour cela, Uriel, seigneur du sixième rayon, celui de l’or et du rubis.
 
Oblivion fit quelques pas vers les sphères extérieures de l’Olympe mais il s’arrêta net en sentant l’épanouissement d’un cosmos extraordinairement puissant et brûlant derrière lui. Le bras d’Uriel semblait littéralement irradier de feu, un feu rouge couleur de rubis transformant son aube et sa chevelure en un buisson ardent.
-         Tu n’as quand même pas l’intention d’en faire usage contre moi ?
-         Si tu refuses d’obéir aux ordres de Zeus cela ne fait aucun doute.
De longues secondes passèrent dans un silence des plus oppressants tandis que le vent soufflant vers l’Est répandait les flammes d’Uriel dans les prairies de l’Olympe transformées en brasier.
-         De quoi as-tu peur « mon ami »?  Tu sais pourtant que seuls ceux qui n’aiment point Dieu doivent me craindre.
Oblivion rabattit la capuche de son aube sur ses cheveux violets.
-         Tu as raison, nous ne serons pas trop de deux pour défendre le dieu suprême.
-         Avec toi à mes côtés je me sentirai plus fort.
Uriel rengaina son arme enflammée dans son fourreau, les flammes qui avaient consumé son aube et ses cheveux s’éteignirent instantanément, il ne portait pas la trace d’une brûlure.
Oblivion ne lui accorda pas un regard en passant à sa hauteur.
-          Mais je te préviens Uriel : ne traîne pas dans mes jambes lorsque j’utiliserai mon pouvoir, tu pourrais oublier bien plus que ton nom cette fois.
-         Soit mais laisse-moi te prévenir à mon tour mon ami : n’interviens pas dans mes combats ou il t’en cuira.
-         Et Némésis, qu’en fais-tu ? Il est un des nôtres.
Un sourire des plus inquiétants passa sur les lèvres du seigneur du rayon or.
-         Cela dépendra de lui.
-         Comment cela ?
-         A ton avis, est-il plus beau vivant ou mort ?
Uriel partit d’un grand rire en dépit du regard furieux que lui lançait son compagnon d’armes.
 
***
 
Du sang. Une rivière écarlate couvrait le sol de la cité céleste. Le dieu des morts pataugeait dans cette étendue sanglante, sa cape était maculée de ce liquide qui montait jusqu’à ses genoux, son épée tenue par sa main droite traçait une sorte de sillon derrière lui mais pour autant d’efforts qu’il fît, il ne parvenait pas à s’en extraire.
Déjà ses yeux ne distinguaient plus les murs autour de lui, son champ visuel s’était réduit au point de  ne pas lui laisser entrevoir la moindre lumière au bout de cette rivière interminable.
Bien qu’il s’efforçât de marcher droit en posant ses pieds l’un devant l’autre le sillon que son épée laissait derrière lui devenait de plus en plus irrégulier.
Et puis il y avait cette voix qui l’appelait par intermittence et qui semblait de plus en plus proche :
« Hadès… Viens mon enfant… Je t’attends »
Cette voix, ce ton si suppliant et en même temps affectueux, il le connaissait mais d’où venait-il ? A quel souvenir était-il rattaché ?
L’odeur de tout ce sang répandu l’écœurait mais en même temps elle l’enivrait plus sûrement que ne l’auraient fait les vapeurs de l’alcool.
Ses yeux lui renvoyaient des images troubles comme issues d’un rêve.
Il posa un pied en avant plus rapidement qu’il ne l’avait fait jusque là et il ne sentit plus le sol sous ses pieds. Le dieu des morts ne réalisa ce qui lui arrivait qu’à la dernière seconde, le fleuve de sang parut s’engouffrer dans un canyon naturel l’emportant avec lui. Sa chute se prolongea sur plusieurs mètres avant que dans un réflexe désespéré il ne parvienne à enfoncer son épée dans le roc échappant ainsi à la mort. Il eut le loisir de rester dans cette position environ une demi-seconde.
La roche derrière lui parut prendre vie, un corps humain en émergea et un instant après le roc dans lequel était figé l’épée des illusions explosait dans un déluge de pierre incandescentes.
Hadès évita le coup de justesse, il eut tout juste le temps de sauter de côté pour se mettre à couvert.
« Ca a été juste… Je ne l’ai pas senti approcher, qu’est-ce que cela signifie ? »
Hadès n’eut pas le temps de pousser plus loin ses investigations car le roc auquel il s’était arc-bouté pour éviter la chute dans le vide explosa à son tour.
Le dieu des morts fit un nouveau bond vers la paroi parallèle du ravin et après une série de sauts parvint à regagner la surface. Il regarda alors sa main droite avec horreur : le choc de l’explosion avait arraché le mouchoir qui lui avait servi de pansement et son sang avait recommencé à couler abondamment de sa blessure.
« Je ne peux pas prendre le risque d’être blessé avant d’affronter Zeus. Sans armure l’issue du combat risque déjà d’être incertaine »
Hadès tendit sa main droite vers le ravin puis la referma sur un objet invisible, l’épée des illusions revient se placer elle-même dans la main de son maître. A ce moment il se rendit compte que la rivière de sang s’était reconstituée.
Elle avait toujours le même effet hypnotique sur lui et cette voix qui continuait de le harceler, faisant revivre des souvenirs enfouis au plus profond de son cœur.
« Hadès… Viens mon enfant… Je t’attends »
De longues minutes passèrent avant que l’aîné des olympiens ne parvienne à la source de ces appels. Il se figea devant le spectacle qui s’offrait à lui :
Une femme aux longs cheveux couleur de jais comme les siens était agenouillée à même la rivière de sang. Sa robe qui avait été blanche en était maculée au point d’avoir perdu sa couleur d’origine. Ses mains très fines et blanches trempaient également dans le sang.
Sa voix était d’une grande douceur, presque suppliante.
Quand il apparut derrière elle, elle lui offrit une vision de son visage de profil et Hadès comprit que le sang qui s’écoulait comme une rivière c’était en fait les larmes de cette femme.
Elle continua cependant sur la même voix suppliante et douce.
« Mon enfant, nous voilà enfin réunis… je ne voulais pas quitter ce monde avant d’avoir obtenu ton pardon… »
Le visage féminin revint à la mémoire d’Hadès : ces cheveux de jais, ces yeux et cette voix si triste. Il revoyait son sourire quand elle le tenait dans ses bras, cette joie qu’il exprimait alors. A cette époque elle était plus jeune et lui aussi. Et puis plus rien c’était le grand blanc, un immense désert blanc de souffrance et de tristesse avant qu’il ne la retrouve de nouveau. Il ne lâcha qu’un seul mot.
« Maman ? »
A ce moment deux grandes ombres ailées se fondirent dans le décor comme deux fantômes qui quittent le lieu de leurs méfaits.
***
 
Athéna et Arès avaient eux aussi pénétré le palais du grand Zeus, à leurs risques et périls. Arès ayant revêtu une armure divine était mieux protégé qu’Athéna qui avait laissé la sienne sur la plaine de son exécution pour témoigner au maître des cieux de ses intentions pacifiques.
Athéna fut la première à rompre le silence oppressant qui régnait en ces lieux.
-         Arès, comment se nomme ton hôte ?
Le dieu de la guerre s’arrêta, surpris de cette question.
-         Tu veux dire la personne qui a été choisie pour me servir de corps à cette époque ?
-         Oui c’est bien cela.
-         Je l’ignore complètement. Nous sommes tous revenus à la vie à cause d’une situation d’urgence : la destruction d’Elysion. J’ai donc choisi le premier être humain robuste que j’ai trouvé et j’ai demandé aux Moires de le mettre sur mon chemin.
Saori baissa les yeux avec pudeur.
-         Et tu ne le sens pas au fond de toi ? Tu ne sens pas son âme qui s’agite ou se révolte contre ton emprise ?
-         Non, je ne sens rien de lui, je n’ai gardé de sa mémoire que ce qui pouvait m’être utile. Pourquoi cette question ?
-         Dans mes réincarnations précédentes j’ai toujours eu le sentiment de ne faire qu’un avec mon hôte. Mais cette fois c’est différent, je la sens bouger en moi cette mortelle que je possède. Son âme s’agite, parfois elle se rebelle contre les souffrances que je la force à endurer, d’autres fois elle m’incite à me montrer plus faible que je ne le suis réellement. Je ne sais pas si c’est normal.
Arès regarda un moment sa sœur comme il l’aurait fait pour un animal étrange qu’il n’aurait jamais vu avant. Il répondit pourtant d’un ton qu’il aurait voulu rassurant.
-         Ne sois pas stupide voyons! Nous sommes des dieux, il est normal qu’il ne subsiste rien de nos hôtes. Si le tien est encore là c’est probablement parce que tu as appris que tu étais Athéna relativement récemment. Quand le Big Will s’éveillera vraiment en toi son âme à elle disparaîtra !
Arès reprit son chemin en pensant que la déesse, convaincue par ses arguments, le suivrait. Mais celle-ci ne bougea pas, elle paraissait comme prostrée.
-         Que t’arrive-t-il ?
-         Arès… Si je venais à être tuée dans cette bataille, que se passerait-il ?
-         Vu que tu n’es pas dans ton corps originel et que celui-ci n’existe plus, ton âme se séparerait de son corps et se fixerait sans doute ici en Olympe. Comme pour Hadès quand il a quitté le corps de ton chevalier.
-         Oui mais si mon âme refusait de se séparer de ce corps que se passerait-il ?
Arès parut dans un premier temps étonné par la question puis une expression de consternation apparut sur son visage.
-         Athéna… sœur ! Tu n’y penses pas sérieusement ?! Si ton âme restait dans un corps sans vie ce serait dramatique ! Tu pourrais même l’accompagner dans la mort ! Cela aurait pu se produire dans le pilier central de l’empire de Poséidon, tu ne peux pas l’avoir oublié.
-         Bien sûr… Mais je crois que je ne peux souhaiter la mort de cette fille même au prix de ma survie… Alors si je venais à être tuée j’aimerais que vous fassiez tout pour que elle survive même au prix de ma vie.
Arès se préparait à répondre quelque chose quand son sixième sens l’avertit de l’approche d’un danger, il s’immobilisa instantanément, tous ses sens guerriers en éveil.
-         Athéna, je sens un danger qui approche. Si tu le veux bien nous reprendrons cette discussion plus tard, pour l’instant il y a plus urgent.
Le dieu de la guerre fit signe de ne pas bouger puis vola littéralement à la rencontre de l’ennemi qu’il avait senti approcher.
-         Oui nous en reparlerons sans doute mais je suis sûre d’une chose : je ne veux pas qu’elle meure, fût-ce au prix de ma vie.
 
***
Le troisième seigneur des archanges avait emprunté la voie du palais qui menait vers la chambre de Zeus qu’il pensait la plus sûre. Il avait bien sûr senti le cosmos d’Uriel et d’Oblivion mais il pensait ne rien avoir à redouter de leur part.
Après tout ils étaient dans le même camp.
Après une succession de couloirs qui lui sembla interminable Némésis parvint enfin à une porte à double battant qui lui sembla être celle de la chambre de Zeus. Malgré l’urgence de la situation il prit le temps de remettre un peu d’ordre dans sa vêture avant d’ouvrir la porte.
Celle-ci s’ouvrit aisément mais le décor qu’elle révéla n’aurait su être celui de la chambre du roi des dieux.
« De la neige ? »
L’archange se trouvait en effet dans une sorte de plaine recouverte sur toute sa surface d’une épaisse couche de neige. Il n’y avait aucun signe de la cité céleste à l’horizon et en se retournant il s’aperçut que la porte par laquelle il était entré avait disparu. Les fines lèvres rouge sang de sa bouche se déformèrent en un rictus de rage.
« Oblivion… »
Il se disposait à embraser son cosmos pour faire disparaître ce décor quand un son continu retint son attention.
Il y avait là-bas, pas très loin, une petite forme humaine recroquevillée sur elle-même. Son dos tremblait sous l’effet de convulsions, tout son corps paraissait agité de sanglots.
En s’approchant plus près Némésis vit qu’il y avait non pas une mais deux personnes, à en juger par leur taille c’étaient des enfants.
Ils étaient agenouillés devant un petit édifice de bois, formé de deux branches dont l’une était grossièrement attachée par des cordes et placée en perpendiculaire au tiers de la hauteur de l’autre, une croix chrétienne, une sépulture. Ces deux enfants pleuraient sans doute leurs parents. D’après leurs voix c’étaient toutes les deux des filles. L’une d’elles avait des cheveux très blonds et des yeux vert émeraude alors que sa sœur ressemblait à une albinos avec ses cheveux couleur de cendres à mi chemin entre le blond et le blanc mais elle avait les mêmes yeux.
Quelques instants plus tard Némésis remarqua la présence de deux silhouettes humaines à peine visibles à cause des rafales de neige.
La fille aux cheveux blonds cendrés dut le remarquer car elle réprima ses sanglots et saisit sa sœur par les épaules.
-         Regarde ! Il y a des gens là-bas ! On va être sauvées !
Sa sœur ne cessa pourtant pas de sangloter.
-         On ne peut pas ! On ne peut pas partir ! Sinon papa et maman vont rester tout seuls.
Némésis recula d’un pas, il commençait à comprendre la nature du piège qu’Oblivion lui avait tendu.
-         Mais si on reste là on va mourir de froid ! On a besoin d’aide !
La  fillette blonde avait cessé de sangloter, ayant passé ses bras autour de ses genoux elle les avait ramenés en dessous de son menton et se balançait ainsi d’arrière en avant.
« On a pas besoin d’eux… à nous deux on sera fortes… on aura besoin de personne, plus jamais »
Sa sœur lui dédia un regard empli d’inquiétude, elle tourna plusieurs fois son visage vers les silhouettes qui se déplaçaient dans la neige puis vers la tombe de ses parents puis vers sa sœur.
-         Ecoute, je vais aller les chercher. Toi ne bouge pas d’ici surtout, je suis sûre qu’ils nous aideront, s’ils acceptent je crierai très fort et tu me répondras pour qu’on puisse te retrouver. D’accord ?
La petite fille blonde ne répondit pas, elle continuait à répéter la même phrase comme un refrain.
« On a pas besoin d’eux, on a besoin de personne »
Sa sœur s’éloigna et malgré la tempête de neige qui la faisait s’enfoncer un peu plus dans le sol à chaque pas se lança à la poursuite de ces sauveurs providentiels.
Némésis s’approcha à pas de loup, il semblait trembler de tout son corps comme si découvrir la vérité avait fait naître en lui une peur insondable.
Arrivé à sa hauteur il avança une main tremblante d’émotion pour amener l’enfant à se retourner. Au moment où il allait la toucher l’enfant se retourna si brusquement que l’archange manqua de trébucher.
Le regard presque haineux de la fillette fit déferler en lui une tempête de souvenirs, elle s’adressa à lui d’une voix presque haineuse.
« Tu n’as pas compris ?! On a pas besoin de toi !! »
Le vent se leva alors, libérant des rafales de neige. Sous l’effet conjugué du vent et du froid le catogan qui nouait les longs cheveux du troisième seigneur se défit, libérant une opulente chevelure blonde qui retomba sur ses épaules, soulignant l’étroitesse de celles-ci et la rougeur de ses lèvres. Mettant alors sa main devant son cœur comme pour se protéger d’un coup violent, Némésis lâcha alors d’une expression interdite :
« Cette fille ! Mais c’est moi !! »
***
Arès n’était pas le dieu de la guerre et du combat pour rien, il savait que dans un couloir l’attaque ne peut surgir que frontalement.
Conscient de ce désavantage, sa technique consistait, quand il ne pouvait localiser l’ennemi, à l’embrouiller par des déplacements incessants.
Sautant de colonne en colonne en changeant constamment de position, sa maîtrise du 7ème sens lui permettait de n’être visible que lorsqu’il touchait terre, c’est à dire pendant moins d’un millième de seconde.
Il traversa ainsi plusieurs centaines de mètres sans que personne ne puisse le repérer. Jugeant finalement qu’il était assez proche de la source du cosmos qu’il avait senti, il mit pied à terre et sortit son épée de son fourreau.
« Qui que tu sois montre-toi ! Tu ne pourras pas m’échapper désormais ! »
Un homme de taille moyenne aux cheveux violets très foncés émergea d’une statue grecque située dan l’angle droit du couloir. Arès le reconnut immédiatement.
-         Archange Oblivion ? C’est donc toi que Zeus a envoyé pour prendre ma vie ?
-         Il n’a pas donné un tel ordre : je ne fais qu’assurer sa protection.
-         Cela a peu d’importance maintenant puisque tu vas succomber sous mes coups.
-         A votre place j’en serais moins sûr.
Oblivion étendit son bras droit, une main féminine se posa dans la sienne et une seconde après une magnifique jeune fille aux cheveux violets faisait face au dieu de la guerre.
Les yeux d’Arès s’ouvrirent démesurément sous l’effet de la surprise.
-         Athéna ?!!
Oblivion arborait quant à lui un air des plus détachés. Il passa un bras protecteur autour des épaules de la déesse.
-         Elle ne souhaite plus te suivre Arès. Je vais la ramener sur Terre, tu dois la laisser partir.
Une vague de désespoir déferla sur le cœur du dieu de la guerre, laisser partir Athéna c’était risquer de la perdre à tout jamais alors qu’ils s’étaient enfin rapprochés affectivement après tant d’années à se combattre. Ses yeux sondaient ceux d’Athéna en une requête implorante.
Celle-ci ne répondit rien et se contenta de détourner ses yeux de ceux de son frère, elle se rapprocha d’Oblivion signifiant ainsi qu’elle se mettait sous sa protection.
Arès abandonna alors complètement sa garde et s’avança vers Athéna.
Ce fut alors comme si un objet lancé à pleine vitesse l’avait violemment percuté, il sentit tout son torse se disloquer sous la force de l’impact. Les images que lui renvoyaient ses yeux se tintèrent de rouge. En baissant les yeux vers sa poitrine il comprit qu’elle avait été transpercée de part en part par un objet tranchant et incandescent. L’épée d’Uriel avait en effet transpercé la protection du dieu de la guerre et ressortait d’une vingtaine de centimètres en dehors de son corps. Arès posa sa main sur l’épée dans l’intention d’extraire cette excroissance stupide de son divin torse mais Uriel retira rapidement son épée.
Oblivion resta un moment figé devant l’horreur de la blessure que son compagnon d’armes avait infligé au dieu de la guerre.
Arès était cependant resté debout. Le sang s’écoulait par gros bouillons de la blessure de son dos et par sa bouche aussi.
Quelques secondes s’écoulèrent pendant lesquelles tous les spectateurs de cette agonie se demandaient quand il allait finalement s’écrouler.
Les lèvres du dieu remuèrent mais ce n’était pas un râle, c’était bien plutôt un hurlement.
« Je… ne peux pas… vous laisser …me l’enlever ! »
Sous les yeux hallucinés d’Uriel, le dieu de la guerre fit un pas vers l’archange qui lui faisait face. Oblivion ne recula cependant pas.
La main droite d’Arès se posa sur la garde nerveuse de son épée qu’il retira d’un coup de son foureau.
« Vous ne me l’enlèverez pas !!! »
Oblivion vit la mort arriver sous la forme d’un éclair d’acier. Par réflexe il ferma les yeux, quand il les rouvrit son sang tâchait le sol mais il ne s’écoulait pas de son cœur mais de sa joue.
Arès n’avait pas visé l’archange mais bien Athéna elle-même ! Celle-ci avait été transpercée au niveau de la tête ! Une seconde passa avant que la déesse créée par le pouvoir de l’archange ne se volatilise en une multitude d’atomes.
Le dieu de la guerre sourit pour la dernière fois.
« Je savais bien que ça ne pouvait pas être toi. Un homme sait toujours reconnaître celle qu’il ai… »
La bouche d’Arès s’ouvrit de toute sa taille et un flot de sang s’en échappa, il tituba encore une seconde, sa main levée vers le ciel tentant d’étreindre une image invisible à tout autre que lui puis s’écroula avec sur ses lèvres le nom de celle aimée.
Uriel s’approcha du corps de sa victime. Oblivion s’approcha également après avoir vainement tenté d’enrayer l’hémorragie de sa joue. Il déclara sur son ton sobre habituel.
-         Quel gâchis… J’aurais pu lui faire oublier la raison qui l’avait poussé à venir ici, il serait reparti et nous n’aurions pas eu à le tuer.
Uriel avait un visage véritablement transfiguré que personne ne lui avait vu jusqu’alors.
-         Tu sais bien que tu mens. Si puissantes que soient tes illusions et ton pouvoir sur le cœur tu ne peux faire oublier à un dieu sa raison de vivre. C’est pour cela qu’il ne devra en rester qu’un.
-         Tu as raison mais je regrette d’avoir dû trahir un cœur si noble. Et toi Uriel n’as-tu aucun remords ?
Uriel s’était agenouillé sur le corps du dieu de la guerre.
-         Non aucun : regarde le bien mon ami, n’est-il pas magnifique ainsi ? Mort au combat en tentant de protéger celle qu’il aime, nous défiant jusqu’au dernier instant. Quelle plus belle apothéose pouvais-je rêver pour le premier dieu que je tue ?
-         Uriel, faut-il que tu aies le cerveau malade pour tuer par amour de la beauté ?
Uriel se releva et tourna le dos à son compagnon pour lui signifier qu’ils n’avaient plus de temps à perdre.
-         Ne me fais pas la morale Oblivion. Si je dépossède parfois les humains de leur vie au nom de la beauté, toi tu leurs voles leur raison de vivre. Qui de nous deux est le pire à ton avis ?
-         Ce n’est pas le lieu pour en discuter Uriel. Nous devons à tout prix bloquer les autres intrus avant qu’ils n’atteignent Zeus.
-         A ce propos, où est la véritable Athéna ?
-         Zeus lui-même a décidé de s’occuper d’elle. A l’heure qu’il est, elle a entamé son chemin de croix.

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