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L'émergence des géants

12 septembre 1973


Aioros prit le temps d'étudier la configuration du terrain avant de se rendre à l'évidence : pour rejoindre le chemin des Douze Maisons, afin de mettre la jeune Athéna qu'il tenait serrée contre lui en sécurité, il n'avait d'autre choix que d'affronter Saga. De même, l'accès à la statue d'Athéna et au Bouclier de la Justice était impossible sans combat. Son ancien meilleur ami semblait toujours possédé, ses cheveux et ses yeux ayant pris des teintes lui donnant l'apparence d'un albinos dément et maladif. En revanche, l'intensité du cosmos des Gémeaux était bien plus forte que ce qu'Aioros avait pu observer chez son ami par le passé. Surtout, ce cosmos semblait fluctuer étrangement dans sa structure même.
- Ce n'est pas obligé de finir ainsi, tu sais, dit Saga en enflammant son aura pour attaquer.
Il lâcha une série d'assauts à la vitesse de la lumière avec son poing droit.
Aioros avait déjà eu l'occasion d'observer cette attaque à base de rayons de lumière de nombreuses fois, aussi fut-il capable de l'esquiver tout d'abord aisément. Néanmoins, il se rendit rapidement compte que quelque chose avait changé : les coups ne suivaient aucun des schémas habituels de Saga, ils étaient plus variés, imprévisibles et chaotiques.
Le Sagittaire finit par encaisser certaines attaques et dut faire de son mieux pour faire bouclier de son corps afin de protéger la déesse réincarnée.
Finalement, l'assaut s'arrêta, Aioros étant parvenu à n'encaisser qu'une centaine de coups. Il souffrait de quelques légères blessures mais rien de grave. Pour le moment.
Il était parfaitement conscient que sa situation était intenable sur le long terme.
- Allons, tu sais très bien que tu ne pourras pas tenir contre moi encombré comme tu l'es par cette gamine. Sa mort est inéluctable de toute façon, alors pourquoi ne te joins-tu pas à moi ? Pense à l'intérêt général, le Sanctuaire serait plus fort s'il pouvait compter sur toi.
- Tu plaisantes, n'est-ce pas ?
- Bah, ça ne me coûte rien de le proposer, répliqua Saga en riant et en s'approchant pour attaquer de nouveau.
- Pourquoi, Saga ? Ne me dis pas que tu désirais obtenir le poste de Grand Pope au point de trahir la déesse que tu avais juré de protéger ! Je te connais, malgré nos différents passés tu es un homme d'honneur et un chevalier remarquable !
- Allons, mon cher Aioros, ne me dis pas que tu me confonds encore avec l'autre ?
Ce furent les deux visages opposés sur le casque des Gémeaux qui firent comprendre pleinement au Sagittaire le sens de ces paroles. Ce n'était pas le Saga qu'il connaissait et respectait qui lui faisait face. Cet autre Saga, cette autre personnalité corrompue et violente, avait dû rester cachée derrière celui qu'il connaissait pendant toutes ces années. Aioros réalisa qu'il ne savait rien de l'être qui lui faisait face et que toute tentative de le raisonner était probablement vaine.
- Si je veux prendre la place du Grand Pope, c'est parce que je suis le seul à pouvoir assumer ce poste, le seul à pouvoir faire face aux dieux hostiles à l'humanité. Je ne peux pas faire confiance à une nouvelle née et à un idéaliste tel que toi pour protéger le monde. Sous mon règne, les hommes n'auront d'autre choix que de devenir forts pour survivre, et nous écraserons toutes les menaces.
En cet instant critique où sa vie et celle de sa déesse étaient face à un danger apparemment insurmontable, Aioros réalisa que ce que qu'il croyait avoir vécu n'était probablement bel et bien qu'un rêve. En effet, dans son souvenir, Elle lui avait offert la capacité de voir les avenirs possibles et il était certain de n'avoir vu cette situation dans aucun des futurs alternatifs. Il avait certes le souvenir de guerres civiles intestines au Sanctuaire opposant un camp fidèle à la déesse et des rebelles, et dont les loyalistes finissaient presque invariablement vainqueurs, mais pas de ce scénario précis.
Saga attaqua encore, son cosmos explosant de nouveau de façon anarchique, contraignant Aioros à une nouvelle esquive difficile. Néanmoins, prévenu à présent du caractère imprévisible des coups de Saga, il parvint cette fois-ci à éviter la quasi-totalité des jets de lumière, parant les derniers avec son bras libre. C'est alors qu'il réalisa brutalement que ces événements n'étaient pas l'infirmation de la réalité de son combat dans le Temps du Rêve, mais au contraire sa confirmation.
- Déesse, je t'ai créé ! lâcha Aioros en fixant son ennemi.
- Quoi ?
Le chevalier des Gémeaux ne comprenait pas où voulait en venir le Sagittaire.
- Alors que le Saga que je connais exerce un contrôle parfait sur son cosmos ce qui lui permet de développer sa puissance phénoménale, la nature même de ton cosmos est chaotique. Lorsque j'ai tué l'incarnation de l'Ordre, j'ai de fait déséquilibré la balance entre l'Ordre et le Chaos en faveur du deuxième ! Je t'ai ainsi rendu plus puissant et capable de prendre largement le dessus sur ton autre personnalité. Si je n'avais pas vu ce futur, c'est parce qu'il était presque impossible tel quel avant mes actes, alors qu'après la défaite d'Ordre, il est devenu le seul possible !
- Tu perds la raison, ce que tu dis n'a aucun sens, ricana Saga. Je pensais que les propos de Deathmask sur ton compte étaient exagérés, mais ils étaient en fait en dessous de la réalité. Cela ne fait que conforter mon opinion : pour le bien général, il ne faut pas que tu deviennes Grand Pope.
- Si j'ai fait ce que j'ai fait, si je L'ai aidée à vaincre Ordre c'est parce que j'étais persuadé que j'offrais un avenir meilleur à l'humanité, mais à présent je ne suis plus sûr de rien ! Je ne peux pas prendre le risque de te laisser avoir le contrôle des quatre-vingt huit chevaliers, je dois t'éliminer maintenant !
Le cosmos du Sagittaire s'enflamma brusquement, imité instantanément par celui des Gémeaux.
- Pauvre imbécile, qu'espères-tu ?! hurla Saga en passant à l'attaque. Tu ne pourras utiliser aucune de tes techniques en tenant cette gamine !
La folle puissance de l'assassin à la volonté déicide se concentra entre ses mains pour exploser avec la violence de planètes s'entrechoquant.
- GALAXIAN EXPLOSION !
Dans un bruit assourdissant, les dalles de pierre du grand parvis volèrent en éclats, soufflées par la violence de l'assaut. Les débris et le nuage de fumée commencèrent à se dissiper, ne révélant aucune trace du Sagittaire et de la déesse.
- Ah, tu aurais mieux fait de m'écouter, Aioros ! hurla Saga, persuadé que ses ennemis avaient été réduits en poussière.
C'est alors que ses sens aiguisés détectèrent un mouvement au-dessus de lui. Il leva les yeux juste à temps pour voir Aioros, enveloppé par un cosmos flamboyant, fondre sur lui et armer un coup de pied. L'attaque frappa Saga sur le côté du visage, brisant le grand col de son armure et l'un des deux visages de son casque, pour l'expédier au sol. Si le chevalier des Gémeaux n'avait pas vu le coup arriver et n'avait pas pu l'accompagner, sa nuque aurait été brisée nette par la violence de l'impact.
Il cracha du sang, parvint toutefois à se relever et, de rage, se jeta sur Aioros pour engager le corps à corps. Néanmoins, les mouvements de Saga étaient encore engourdis par le choc qu'il venait de recevoir au crâne, et son adversaire n'eut aucun mal à éviter un direct du droit puissant, mais imprécis, en se baissant.
Le Sagittaire frappa de son poing libre le bas du ventre de son opposant, le métal doré se fendillant à l'impact, puis il remonta son poing le long du torse adverse jusqu'à lui asséner un terrible uppercut qui l'expédia dans les airs. Le casque de l'armure dorée se brisa en plusieurs morceaux tandis que le plastron se fendait là où le poing d'Aioros était remonté et explosait en fines échardes. Le propriétaire de la protection endommagée vola quant à lui sur plusieurs mètres, avant de s'écraser lourdement au sol.
Saga ne resta pas allongé plus d'une fraction de seconde avant de parvenir à se relever, néanmoins il avait été très gravement blessé. Une profonde plaie parcourait son torse dans la longueur, là où la protection avait été brisée, et son visage était en sang.
- Impossible... articula-t-il péniblement. Comment peux-tu me mettre dans un tel état en deux coups ?!
- C'est pourtant simple, tu as oublié un peu vite que ce n'était pas n'importe quel bébé que je transportais.
Saga réalisa alors que le formidable cosmos qui entourait le corps du Sagittaire n'était pas uniquement celui de ce dernier. Une aura d'une puissance formidable nimbait à présent le nourrisson et s'étendait en tourbillonnant autour d'Aioros, se mêlant à sa propre énergie vitale.
- Tu disais ne pas pouvoir confier l'avenir de la Terre à un enfant sans défense, mais Athéna reste une déesse, même sous cette forme. En outre, la justice est de mon côté ! ajouta Aioros en montrant à Saga le poing avec lequel il avait frappé.
L'assassin vit alors que son adversaire tenait dans sa main une petite statuette qu'il reconnut facilement.
- Niké !
- C'est fini, Saga. Prépare-toi à payer ton crime.
Aioros s'approcha de son ancien ami avec la ferme intention d'en finir, mais il fut interrompu avant d'avoir eu le temps de passer à l'assaut.
- Pas si vite ! hurla une voix.
Le Sagittaire dut bondir pour esquiver en catastrophe une série de projectiles qui visaient ses jambes.
Lorsqu'il se réceptionna, il découvrit qu'il s'agissait de roses noires, qui avaient dévoré les dalles de pierre là où il se tenait un instant plus tôt, et vit Aphrodite se placer entre Saga et lui.
- Saga, que se passe-t-il ? demanda le chevalier des Poissons en se mettant en position de combat.
- Aioros est devenu fou ! lança les Gémeaux. Il a tué le Grand Pope et veut éliminer Athéna !
- C'est faux ! répliqua Aioros. Regarde-le, ce n'est pas le Saga que nous connaissons ! Il veut tuer la déesse !
Aphrodite regarda celui qu'il considérait comme un modèle et un ami, et parut hésiter quelques secondes avant de rendre sa décision.
- Aioros, si tu veux me prouver ta bonne foi, donne-moi Athéna ! Nous tirerons ensuite tout cela au clair !
- Que fais-tu Aphrodite ?! Tue-le tout de suite ! enragea Saga.
Les chevaliers des Poissons et du Sagittaire se firent face pendant quelques secondes tendues.
- Non, je refuse, dit finalement Aioros. Toi et Saga êtes trop proches, je ne peux pas te faire confiance. Et ne vois-tu donc pas que Saga est comme possédé ? Il a péché par excès de confiance, mais son cosmos est terrifiant ! Je dois l'éliminer maintenant, pendant qu'il est vulnérable !
- Pour ça, il faudra me passer sur le corps !
Des roses rouges apparurent dans les mains du chevalier des Poissons, pendant qu'Aioros s'élançait dans sa direction.
- ROYAL DEMON ROSE ! hurla le Suédois en projetant ses fleurs mortelles.
- INFINITY BREAK ! répliqua son adversaire.
Aioros avait attaqué en utilisant un seul bras, aussi le coup fut-il très loin de sa puissance ordinaire. L'objectif n'était cependant pas tant d'atteindre Aphrodite que de détruire les roses. Aioros savait en effet que celles-ci étaient empoisonnées et qu'il lui fallait éviter de respirer leur parfum autant que possible. Le Sagittaire remarqua en outre que Niké avait à peine augmenté la puissance de son assaut, alors qu'elle avait démultiplié la force des coups qu'il avait infligés à Saga.
Etait-ce parce que, contrairement aux Gémeaux, le gardien du douzième temple était convaincu d'agir pour la justice et dans les intérêts d'Athéna ? Aioros se demanda une fraction de seconde si cela signifiait qu'il pouvait avoir confiance en la loyauté des Poissons, mais il décida d'écarter cette possibilité. Il n'en savait pas assez sur le fonctionnement et les propriétés de Niké pour prendre ce genre de décision en se basant sur ce seul élément. De même le cosmos de la déesse s’était totalement dissipé. Avait-elle déjà utilisé la totalité des forces que pouvait contenir ce frêle corps nouveau né ?
L'Infinity Break parvint malgré tout à détruire la majorité des roses sur le chemin du Sagittaire, lui ouvrant un passage dans l'assaut adverse et lui permettant de parvenir au corps à corps.
Il s'élança pour armer un coup de pied, cependant Aphrodite disparut brusquement juste avant d'être touché, celui-ci semblant se fondre dans ses roses.
Le Suédois réapparut du nuage de pétales sur le côté droit d'Aioros, qui encaissa un violent coup de pied dans les côtes.
Le Sagittaire serra les dents et se maudit de s'être précipité ainsi, Aphrodite l'avait patiemment laissé progresser pour mieux le contrer.
Ce dernier projeta de nouveau une salve de roses noires en direction de son adversaire. Comme la première fois, il avait visé les jambes, mais le Sagittaire parvint à esquiver. Aioros comprit qu’Aphrodite ne craignait visiblement pas d'exposer Athéna au poison de ses roses rouges. Soit il estimait que la déesse pouvait y résister naturellement, soit il pensait avoir le temps de le neutraliser après avoir vaincu son adversaire. En revanche, Aphrodite avait pris soin d'attaquer le Sagittaire sur son flanc droit, le côté opposé de celui où celui-ci tenait Athéna contre lui, et n'avait pas exploité son avantage à fond pour lancer son attaque au maximum, se contenant de viser les jambes avec sa technique destructrice pour limiter les risques de blesser la déesse.
Le chevalier des Poissons se retenait, ce qui compensait en partie le désavantage d'Aioros qui combattait avec un seul bras et en faisant en permanence attention à sa précieuse charge.
Ils se jaugèrent quelques instants, Aioros profitant de la trêve pour ranger Niké. Cette fois-ci ce fut Aphrodite qui chargea, en accompagnant son assaut au corps à corps d'une nouvelle projection massive de roses rouges.
Aioros utilisa son Infinity Break pour détruire les roses et attendit son adversaire en restant sur ses appuis. Ils échangèrent plusieurs coups, légèrement dominés en apparence par les Poissons.
- Il vient au corps à corps parce qu'il n'ose pas utiliser ses roses noires, mais cela est contre nature pour lui, pensa le Sagittaire. Sa technique est bonne, mais il manque d'expérience dans ce domaine.
Aioros se laissa encore dominer pendant quelques secondes, encaissant même quelques coups mineurs, puis contre-attaqua brusquement en exploitant le fait que son adversaire avait un peu trop ouvert sa défense sur une attaque manquant légèrement de conviction.
Son poing droit attrapa le menton du Suédois, sonnant ce dernier. Le Sagittaire enchaîna avec plusieurs coups de pied rapides et puissants qui expédièrent son adversaire au tapis.
Estimant qu'Aphrodite mettrait quelques secondes à se remettre de cet enchaînement et comptant profiter de ce laps de temps pour achever Saga, Aioros se détourna des Poissons pour chercher son ennemi qu'il avait perdu de vue lors des derniers échanges. Il découvrit trop tard que non seulement Saga avait eu le temps de récupérer et de se relever, mais qu'il avait également pu préparer à loisir son mouvement suivant.
- GENRO MAO KEN ! lâcha le chevalier des Gémeaux en projetant un rayon d'énergie avec son index.
La projection frappa le Sagittaire en plein front, le figeant sur place.
- Idiot, tu n'aurais pas dû m'oublier ! J'étais peut-être blessé, mais, grâce à mon armure et ma résistance physique naturelle, encore loin d'être à genoux ! Maintenant tu ne peux plus que constater à tes dépens que je suis bel et bien le plus digne du poste de Grand Pope, car je maîtrise déjà son arcane secret ! A présent que vais-je faire, t'éliminer ou alors effacer ta mémoire ? Après tout, ta force serait utile au Sanctuaire, mais le jeu en vaut-il la chandelle si jamais tu te retournais à nouveau contre moi ?
- Saga ? fit Aphrodite en se relevant. Que fais-tu ?
Le regard du chevalier des Poissons allait et venait entre le Sagittaire paralysé et celui qui semblait être son ami en dépit des éléments troublants de son apparence.
- Patience, mon ami, répondit Saga en continuant à projeter le rayon sur le crâne d'Aioros. Tout sera bientôt parfaitement clair, mas d'abord il nous faut gérer le cas de cet apprenti déicide. Peux-tu lui prendre la déesse, s'il te plait ?
Le chevalier des Poissons sembla hésiter avant de finalement décider que, quels que soient les tenants et les aboutissants de ces événements, cela était effectivement ce qu'il y avait de mieux à faire dans sa situation.
Il s'approcha d'Aioros pour saisir le bébé, mais, alors que ses mains allaient se poser sur Athéna, le Sagittaire sembla brusquement retrouver sa liberté de mouvement. Ce dernier asséna un violent coup de coude dans la gorge d'Aphrodite, lui coupant la respiration, puis enchaîna instantanément en faisant exploser son cosmos.
- INFINITY BREAK !
Abasourdi qu'Aioros puisse agir, et affaibli par ses blessures, Saga eut juste le temps de placer ses bras devant lui pour se protéger. Les flèches cosmiques tourbillonnantes le frappèrent de plein fouet, martelant sa protection déjà endommagée et le projetant plusieurs mètres en arrière, sans le faire toutefois chuter au sol.
- Je ne sais pas comment tu as acquis cette technique, mais il te reste beaucoup de choses à apprendre à son sujet ! lança Aioros. Il semblerait que la transmission de savoir légitime et en bonne et due forme de l'authentique Grand Pope soit une méthode d'apprentissage plus efficace en tout cas !
- Maudit ! lança Saga en enflammant une nouvelle fois son cosmos.
Malgré le fait que le cosmos de ce Saga maléfique était infiniment plus difficile à lire que celui de l'habituel, Aioros vit qu'il était en train de préparer une Another Dimension. Néanmoins, l'assassin ne semblait pas viser son adversaire mais lui-même. Le passage dimensionnel s'ouvrit en effet derrière Saga et commença à l'engloutir.
- Non ! hurla Aioros. LES LAMES D'ENEE !
L'attaque visait autant Saga que la structure énergétique en damier du passage dimensionnel. Bien que le chevalier des Gémeaux n'ait jamais vu cette technique, il parvint à la contenir et à parer les projections tranchantes qui le visaient. De nombreux coups frappèrent malgré tout le passage qui commença à trembler et à onduler dangereusement.
- Non ! lâcha Saga juste avant que le seuil dimensionnel ne s'écroule sur lui.
L'effet ne fut cependant pas celui espéré par Aioros : Saga fut bel et bien emporté dans le tunnel, mais il semblait avoir perdu tout contrôle sur le processus. La réalité parut se déchirer autour de lui avant de l'engloutir corps et bien.
- Saga ! hurla Aphrodite qui récupérait à peine du dernier coup d'Aioros. Maudit, tu l'as tué !
Aioros doutait malheureusement que cela soit vrai. Son ancien ami avait effectivement dû se retrouver dans une situation difficile, mais il avait largement les ressources pour s'en sortir car, malgré les coups qu'il avait encaissés, son cosmos avait à peine diminué d'intensité tout au long du combat. Il allait revenir, reprendre des forces et à nouveau tenter de tuer Athéna avec plus de prudence. Et Aioros ne savait toujours pas en qui avoir confiance.
Il se lança donc vers le palais du Grand Pope sans plus attendre. Il n'avait probablement guère de temps avant que Saga ne se sorte de son mauvais pas, et il devait donc absolument mettre autant de distance que possible entre lui et ce lieu. Le seul avantage à la situation était que le chevalier des Gémeaux hésiterait sans doute avant d'intervenir ailleurs, là où d'autres pourraient le voir, les autres chevaliers risquant de se montrer bien plus suspicieux envers son apparence qu'Aphrodite.
Le Suédois mit une seconde à réagir avant de se lancer à la poursuite du fuyard. Les deux filaient presque à leur vitesse maximum, celle de la lumière, célérité que même eux n'étaient pas capables de maintenir sur de grandes distances. Aphrodite avait l'avantage d'avoir son armure d'or pour le protéger des frottements, le Sagittaire étant obligé de compenser en créant une bulle de cosmos pour préserver son corps et celui de la déesse.
Conscient de son désavantage, Aioros utilisa brièvement le Pas Agile d'Achille afin de distancer légèrement son poursuivant. Il l'aurait bien utilisé plus longtemps, mais il devait économiser ses forces. Plusieurs chevaliers d'or pouvaient potentiellement se dresser sur sa route jusqu'à ce qu'il ait quitté l'enceinte du Domaine Sacré, et il allait lui falloir gérer ses efforts sur la longueur, d'autant que le cosmos d'Athéna, qui l'avait si fortement soutenu lorsqu'il avait blessé Saga, semblait à présent presque endormi. La déesse avait-elle utilisé l'ensemble des forces dont elle disposait sous cette forme immature ?
Ils croisèrent quelques gardes qui n'eurent pas le temps de les voir passer et encore moins celui d'intervenir.
Alors qu'ils traversaient la salle d'audience du Grand Pope, Aioros se risqua à un coup d'oeil en arrière et vit Aphrodite qui revenait sur lui. Il utilisa une nouvelle fois le Pas Agile d'Achille de façon à se redonner une dizaine de mètres d'avance.
Il devait à tout prix atteindre les escaliers des Douze Maisons, car à ce moment-là, si tout se passait comme Aioros l'espérait, cette poursuite serait terminée et il aurait un peu de temps pour récupérer de son effort.
De son côté, Aphrodite était persuadé que le temps jouait pour lui. Il n'avait encore jamais couru aussi longtemps en maintenant une telle vitesse, les chevaliers d'or n'utilisant d'ordinaire leur vitesse ultime que de façon explosive, au moment d'attaquer ou d'esquiver. Le monde semblait pétrifié autour d'eux, ce qui était une sensation étrange, mais il savait que cela tirait à sa fin. Ses muscles commençaient à tirer, son corps à trembler, pourtant il savait que cela ne pouvait qu'être pire pour Aioros. Il commençait d'ailleurs une nouvelle fois à revenir sur ce dernier qui ne pourrait pas utiliser éternellement cette étrange technique pour le distancer.
Ils transpercèrent la porte du Palais, celle-ci volant en éclats sous l'impact des corps lancés à la vitesse de la lumière sans même les ralentir. Le Suédois n'était plus qu'à quelques centimètres du fuyard, bientôt il allait pouvoir le saisir et l'arrêter.
C'est à ce moment-là qu'ils parvinrent au grand escalier. La vitesse d'Aphrodite passa en quelques mètres de quasi absolue à celle d'un homme ordinaire courant. Déséquilibré par la brusque décélération, le chevalier des Poissons chuta et dégringola les marches vers son temple.
Aioros baissa également sa vitesse, mais volontairement dans son cas, puis s'arrêta. Il se tourna pour regarder derrière lui et vit Aphrodite qui s'était finalement arrêté. Le jeune gardien du douzième temple était en train de se relever et de reprendre son esprit. Probablement avait-il déjà compris ce qui lui était arrivé. Dès qu'ils avaient atteint la montée des Douze Maisons, les restrictions d'Athéna sur les déplacements avaient repris leurs droits. Il était impossible d'avoir recours à son cosmos pour se déplacer plus rapidement qu'un homme ordinaire dans toute la vallée et la transition avait été brutale pour les Poissons. En revanche, Aioros, transportant Athéna avec lui, n'était pas affecté par ces limitations et pouvait se déplacer librement, comme il l'avait espéré. Tout ce qu'il avait à faire était d'éviter d'entrer dans les temples gardés par les autres chevaliers d'or et où les règles étaient différentes, pour conserver son avantage.
Aioros se remit à courir à vitesse modérée, pour récupérer de ses efforts tout en s'assurant de ne pas pouvoir être rattrapé par son poursuivant.

* * * * *

Shura devait prendre une décision. Depuis que l'alerte avait été donnée, il ne savait que penser, stupéfait par la possibilité de la trahison de son ami. Aioros en avait-il vraiment après la vie d'Athéna ?
Il avait suivi à distance l'affrontement entre Aioros et Saga, percevant les explosions de leurs cosmos respectifs tandis qu'ils échangeaient les coups. Il avait également senti l'arrivée d'Aphrodite lorsque celui-ci s'était joint au combat. La suite semblait confirmer la traîtrise du Sagittaire : pour autant que Shura pouvait en juger en se contentant d'écouter les variations cosmiques pour avoir une idée des événements, son ami avait tué ou au moins incapacité Saga, dont le cosmos avait brutalement disparu.
Et maintenant, il semblait que le Sagittaire soit capable d'avancer sans être affecté par les restrictions d'Athéna ! Shura hésita encore un instant, puis décida qu'il ne servirait probablement à rien de rester attendre dans son temple. Il s'élança sur l'escalier, espérant pouvoir rejoindre le temple du Sagittaire le premier.

* * * * *

Le franchissement du temple du Verseau s'était passé sans encombre. Camus avait pourtant anticipé l'arrivée du Sagittaire : il s'était placé à l'entrée de son temple et avait bâti un mur de glace à l'autre extrémité. Un obstacle qui aurait probablement fortement ralenti le fuyard si celui-ci avait prévu de passer par là. Cependant, sous les yeux d'un Verseau ahuri par cette possibilité qu'il n'avait pas envisagé, Aioros avait bondi sur le toit du onzième temple d'une détente rendue uniquement possible par son cosmos enflammé.
Un exploit que Camus était incapable d'imiter en passant par l'extérieur, là où son cosmos ne pouvait pas l'aider, mais qu'il pouvait facilement réaliser en partant de l'intérieur de son temple. Néanmoins, le temps qu'il rejoigne le toit de sa demeure, Aioros avait depuis longtemps eu le temps de filer vers le temple du Capricorne, hors de portée du Français.
A la grande surprise du fuyard, le temple du Capricorne était apparemment vide. Shura avait réagi plus vite qu'Aioros ne l'aurait pensé. Ce qui était encore plus inquiétant, c'est que cela signifiait que les autres chevaliers d'or allaient probablement rapidement prendre des dispositions pour annuler l'avantage qu'il avait pour le moment sur eux. L'astuce qu'il avait utilisée pour esquiver Camus ne marcherait certainement pas une seconde fois.
Il franchit donc le temple du Capricorne sans encombre et commença à descendre vers sa propre demeure. Il aperçut Shura, qui courait à perdre haleine et était presque déjà à mi-chemin. Aioros s'élança à son tour pour rattraper son ami qui s'arrêta, et se tourna face à lui pour essayer de l'intercepter. Cette fois-ci, il allait être impossible de couper à une confrontation, qui pouvait se révéler dangereuse.
Même si Shura ne pouvait pas utiliser son cosmos pour se déplacer sur une longue distance, cela ne signifiait pas pour autant qu'il ne pouvait pas utiliser son cosmos du tout. Il pouvait toujours utiliser son septième sens pour attaquer à la vitesse de la lumière et même pour esquiver éventuellement une attaque du Sagittaire. La restriction empêchait d'utiliser sciemment son cosmos pour se déplacer plus vite entre les temples, mais elle ne diminuait en aucun cas la capacité à combattre.
- Aioros, arrête-toi, je t'en prie ! lança l'Espagnol à son ami qui ne ralentit cependant pas mais accéléra au contraire encore.
- LE PAS AGILE D'ACHILLE ! hurla le Sagittaire avant d'arriver au contact.
- EXCALIBUR ! répliqua le Capricorne en coupant plusieurs fois l'air de ses deux bras.
Aioros vit immédiatement que, de façon similaire à Aphrodite, son ami n'avait pas visé son buste mais cherché le coup incapacitant. Néanmoins, l'amitié qui liait les deux chevaliers n'avait visiblement pas retenu le bras de Shura. Les assauts étaient puissants et précis et ne cherchaient pas à épargner leur cible, simplement à diminuer le risque que la déesse ne soit touchée.
En esquivant de justesse une attaque qui aurait pu lui prendre la tête, Aioros comprit que son compagnon ne lui ferait pas le moindre cadeau. Ou alors, Shura l'estimait suffisamment fort pour esquiver les coups mortels qui n'étaient là que pour permettre aux autres d’être gagnants. Le Capricorne ne le sous-estimerait pas, conscient que la moindre retenue rendrait ses attaques totalement inopérantes face à une telle opposition. Aioros se faufila avec agilité entre les vagues d'énergie tranchantes, exploitant au mieux sa vitesse supérieure à la lumière, même si l’encombrement causé par la présence de la déesse dans ses bras fit qu’il fut légèrement touché quelques fois.
- Rien de grave, je peux supporter quelques plaies !
- INFINITY BREAK ! lâcha-t-il lorsqu'il fut suffisamment près pour que son adversaire ne puisse a priori pas éviter.
Néanmoins, Shura connaissait cette attaque pour l'avoir observée à de nombreuses reprises et parvint à s'en défaire totalement. Bien que frappé presque à bout portant par un adversaire dépassant la vitesse de la lumière, il sembla se glisser entre les flèches cosmiques tourbillonnantes. Aioros réalisa alors qu'il avait sous-estimé les progrès de son ami.
- EXCALIBUR ! hurla le Capricorne en visant le flanc droit de son adversaire.
- JUMPING STONE ! cria le Sagittaire en réponse et en bondissant pour se sortir de la trajectoire du coup.
Il n’y parvint qu’imparfaitement, la vague tranchante le blessant méchamment au côté, mais le fait qu'Aioros hurle le nom d'une de ses propres attaques sembla décontenancer Shura une fraction de seconde, ce qui suffit à Aioros pour placer ses pieds sous les aisselles de son opposant, puis à la propulser dans les airs. Même s’il ne maîtrisait pas ce mouvement aussi bien que son adversaire, l’effet de surprise combiné à la vitesse permise par le Pas Agile d’Achille firent qu'il se révéla très efficace.
Shura fut projeté à une vingtaine de mètres de hauteur, passant même au-dessus des hautes parois rocheuses qui bordaient le grand escalier. Il disparut au-dessus des murs de pierre, avant de s'écraser probablement un peu plus loin.
Le fuyard s'accorda un instant pour reprendre son souffle. Utiliser le Infinity Break puis son pastiche du Jumping Stone, tout en ayant recours au Pas Agile d'Achille, l'avait vidé. Il ne pouvait cependant pas se permettre de laisser le temps à Shura de revenir, si bien qu'il se résolut à repartir en direction de sa demeure avant d'avoir eu le temps de calmer sa respiration.
Son coeur battait encore la chamade quand il entra dans son temple. Il prit le temps d'examiner le bébé qu'il transportait. Athéna lui rendit son regard, elle semblait le fixer avec intérêt et amusement. Malgré le fait qu'elle avait été secouée depuis plusieurs minutes au gré des courses et combats de son sauveur, elle restait parfaitement calme et ne pleurait pas.
Ils se sourirent l'un l'autre pendant quelques instants, puis Aioros se dirigea vers sa chambre. Il n'y avait qu'un seul objet s'y trouvant qu'il souhaitait emporter : la boîte de Pandore de l'armure du Sagittaire. Il hésita à revêtir sa protection, mais se contenta finalement de monter la boîte sur son dos. Lorsqu'il revint dans l'allée centrale de son temple, il fut soudain frappé par un violent mal de tête et tomba à genoux.

* * * * *

Deux camps de chevaliers attaquent un groupe d’une centaine d’enfants, commençant à les massacrer pour atteindre un nouveau-né.
Les gamins tombent les uns après les autres, bientôt ils ne sont plus que dix puis plus que cinq. Et l’incroyable se produit : ils résistent, repoussent leurs ennemis. Mais soudain, une ombre maléfique s’avance en avant des chevaliers. Elle attaque les derniers enfants, qui tombent à leur tour sous les coups. L’ombre s’approche du bébé.
Un dernier garçon se dresse devant elle et se bat avec l’énergie du désespoir pour l’arrêter. Malgré sa faiblesse apparente, le garçon ne recule pas et résiste héroïquement. Et finalement le miracle a lieu : l’ombre recule.

* * * * *

Le mal de crâne du Sagittaire se calma, et les visions s'estompèrent. Il ne faisait aucun doute qu'il s'agissait de la fin du rêve qu'il était en train de faire avant de se réveiller et de décider de monter voir Athéna. Aioros avait fini par s'habituer à ses songes agités, néanmoins il n'avait pas souvenir d'en avoir fait avant en étant parfaitement éveillé. Etait-ce un rêve prémonitoire ? Il était à présent persuadé que la bataille du Temps du Rêve avait réellement eu lieu, ce qui impliquait que ces visions pouvaient bel et bien être un écho de la capacité de voir les avenirs qu'Elle lui avait offerte.
En outre, Elle lui avait dit qu'il n'était que le premier héros amené à offrir le changement à l'humanité, que d'autres allaient suivre. S'agissait-il des jeunes garçons de son songe ?
Mû par son instinct, il se dirigea vers le mur arrière de son temple, qu'il frappa plusieurs fois de son poing. Aucun effet n'était a priori visible, mais il venait d'écrire un message dans la structure même du mur. Texte qui ne serait lisible que si quelqu'un retirait la première couche de pierre. Il disait : "A vous, jeunes garçons, je vous confie Athéna, Aioros".
Personne ne serait vraisemblablement capable de découvrir un tel message et il était encore moins probable qu'il s'agisse des destinataires prévus. Sans compter qu'il ne pouvait même pas être sûr que ces derniers existaient, ou existeraient dans un futur indéterminé. C'était un comportement purement irrationnel.
Un affreux doute frappa alors le chevalier : et si les autres avaient raison, et s'il était vraiment devenu fou et s'imaginait des choses ? Et si tout ce qui venait de se passer, à commencer par l'improbable trahison de Saga, n'était que le fruit de son imagination ? Pouvait-il en son âme et conscience totalement écarter cette possibilité ? Il baissa les yeux et vit de nouveau le bébé qui le fixait en souriant. Il sentit également la présence de Niké qui semblait toujours soutenir discrètement son cosmos, et décida qu'il n'avait pas besoin de davantage de preuves : il était dans le vrai.
Il se concentra, étendit sa perception cosmique et sentit que presque tous les chevaliers d'or avaient quitté leurs temples. La pause était terminée et la fuite ne faisait que commencer. Il décida qu'il n'avait aucun intérêt à continuer à suivre le grand escalier. Contrairement à ses poursuivants, il pouvait utiliser sa force pour escalader les barres rocheuses qui bordaient la montée des marches et pouvait donc totalement éviter de traverser le reste des autres maisons. Cela allait lui donner un avantage précieux. L'ennui, c'est que c'était quasiment le seul.
Un élément imprévu s'était en effet ajouté au problème lors de sa confrontation avec Saga : celui-ci maîtrisait le Genro Mao Ken, même imparfaitement. Ce qui impliquait qu'Aioros ne pouvait être sûr de personne, car tout le monde pouvait être sous l'influence du coup hypnotique et donc se révéler un traître involontaire.
Il hésita quelques secondes à utiliser les ailes de son armure d’or pour fuir en volant, cependant cela pouvait faire de lui une cible facile, car visible de loin. Les chevaliers d’or ne pouvaient certes pas bouger de leur temple plus vite que des hommes ordinaires, toutefois leurs attaques gardaient toute leur puissance. Même à grande distance, plusieurs d’entre eux pouvaient être très dangereux. Saga, par exemple, n’hésiterait pas une seconde avant de l’abattre en plein ciel, et Athéna pourrait être blessée dans une chute éventuelle. Si la seule alternative avait été de traverser les neuf temples restants, sa décision aurait été différente. Mais comme il avait la possibilité de fuir au sol en contournant ceux-ci, le mieux était de ne pas prendre le risque.

* * * * *

Shaka courrait sur les marches menant à la Maison du Lion aussi vite qu'il le pouvait, le temple n'étant plus qu'à une centaine de mètres en contrebas. Cela faisait déjà plusieurs minutes qu'il avait senti l'aura du Sagittaire s'éloigner dans les falaises. Chaque seconde comptait à présent pour intercepter le soi-disant traître.
Shaka était en effet loin d'être persuadé de la culpabilité du fuyard. Il avait certes entendu comme tout le monde l'alerte du Grand Pope, de même qu'il avait suivi l'affrontement entre Aioros d'un côté et Saga et Aphrodite de l'autre. Il avait senti le cosmos du chevalier des Gémeaux disparaître, ce qui laissait à penser qu'Aioros l'avait tué, ou au moins qu'il avait essayé de le tuer. Mais ce que le chevalier de la Vierge avait également cru percevoir, c'était quelque chose d'étrange dans le cosmos de Saga. Quelque chose de sombre et brutal qu'il n'avait jamais senti jusqu'à aujourd'hui. Au contraire, le cosmos du Sagittaire était identique à ce qu'il avait toujours été, noble et bon.
Or il se trouvait qu'une très grande part de la formation du chevalier de la Vierge consistait justement à savoir lire ce genre de choses dans le cosmos d'autrui, à savoir distinguer le Bien et le Mal. Il ne pouvait cependant pas tirer de conclusions définitives en se basant uniquement sur des perceptions à distance. Il lui fallait faire face à Saga et à Aioros pour pouvoir se prononcer, et malheureusement, cela n'allait pas être possible dans l'immédiat. Et Shaka ne perdait pas également de vue que son sens du jugement avait déjà été altéré et manipulé par le passé, lors de l'attaque des alliés de Mardouk. Il devait attendre d'avoir des éléments sûrs avant de se prononcer et ne pouvait pas se permettre d'erreur alors que la vie d'Athéna était en jeu.
Quel que soit le fin mot de cette histoire, il fallait donc avant tout rattraper le Sagittaire et aviser ensuite.
Il entendit alors des cris venant de derrière lui et se tourna vivement. Il lui semblait que les cris étaient en fait des paroles, mais il ne parvenait pas à comprendre le message. En tout cas, cela se rapprochait. Rapidement. Bien que ses yeux soient fermés, l'ordinaire pour lui, ses autres sens, naturels comme cosmiques, lui donnèrent une image précise de ce qui venait dans sa direction. Milo du Scorpion et Camus du Verseau étaient en train de dévaler l'escalier à une vitesse qui aurait dû leur être normalement totalement inaccessible du fait des restrictions d'Athéna. Il ne fallut cependant qu'un instant pour comprendre la façon dont ils s'y prenaient pour contourner la règle : Camus projetait devant eux un puissant courant d'air froid qui recouvrait les marches d'une épaisse couche de glace, ce qui leur permettait de dévaler la pente comme s'ils faisaient de la luge. L'astuce, plutôt ingénieuse aux yeux de la Vierge, permettait d'utiliser son cosmos suffisamment indirectement pour faire fi de la restriction, en outre elle ne pouvait marcher que pour descendre et non pas monter, ce qui limitait le risque de voir un envahisseur l'utiliser. C'est sur ces réflexions que la Vierge comprit les cris qui lui étaient adressés.
- Shaka, bon sang, tire-toi de là ! hurlait Milo qui semblait ne pas totalement contrôler sa descente.
Après cela les trois jeunes chevaliers d'or arrivèrent rapidement au cinquième temple du Zodiaque, mais la fin du trajet fut quelque peu désagréable, les multiples rebonds sur les marches de pierre engendrant en outre leur lot de contusions.
Ils se relevèrent finalement en maugréant et en échangeant quelques jurons étonnement fleuris.
- Nous devons nous hâter, dit finalement Camus. Le temps presse.
Ses compagnons ne purent qu'acquiescer à ses paroles pleines de sagesse, si bien qu'ils s'élancèrent d'un même pas dans la Maison du Lion. Le gardien des lieux les attendait au milieu du temple.
Le visage sombre et les yeux fermés, Aiolia se tenait là dans son armure, les bras le long du corps et les poings serrés. Il n'adressa pas la moindre parole à ses visiteurs qui s'arrêtèrent quelques mètres devant lui.
- Attention, c'est le frère d'Aioros ! dit Milo à voix basse à l'intention de ses deux compagnons. Qui nous dit qu'ils ne sont pas complices ?
- Dans ce cas, Aiolia aurait probablement accompagné son frère et il ne serait pas resté ici à attendre, objecta Camus.
Shaka s'avança à la rencontre de leur hôte qui n'avait absolument pas réagi à l'échange, s'il l'avait entendu.
- Aiolia, je sais que ces événements sont troublants et inattendus. Néanmoins, je t'assure que, jusqu'à ce que la preuve incontestable en soit faite, je ne considérerai pas la trahison de ton frère comme acquise, même si nous avons en tout cas tous senti qu’il a tenté de tuer Saga. Je pense que la vérité nous est cachée pour le moment, et je t'assure que j'enquêterai pour la découvrir en parfaite neutralité. Cependant, pour en avoir le cœur net, il nous faut traverser ton temple. Je t'encourage à nous suivre, tu as plus de chance que quiconque de parvenir à faire entendre raison à ton frère, et de nous aider tous à y voir plus clair.
Le Lion était resté immobile pendant toute la tirade, parfaitement stoïque. Il sembla soudain s'affaisser et des larmes commencèrent à couler de ses yeux clos.
- Nous laisses-tu donc franchir ta demeure ? demanda Shaka.
La réponse fut fulgurante. Le cosmos d'Aiolia explosa à une vitesse ahurissante, passant en un battement de cœur du sommeil apparent à la flamboyance. Son poing fila instantanément à la célérité de la lumière et alla s'écraser sur la face d'un Shaka qui ne put bouger avec la même rapidité.
- LIGHTNING BOLT ! hurla le Lion.
Le casque de Shaka vola en éclats pendant que son corps était propulsé dans les airs avant d'aller percuter violemment plusieurs colonnes qui s'écroulèrent. Shaka termina sa trajectoire dans un mur qui s'effondra sur lui.
Milo et Camus se mirent en position de combat en enflammant leurs cosmos.
Aiolia, qui avait à présent ouvert ses yeux qui débordaient de larmes, les pointait du doigt de façon menaçante.
- Je n'ai pas besoin d'enquêter pour savoir que mon frère est innocent de ce dont il est accusé. Si vous voulez franchir cette Maison pour partir à sa poursuite, il vous faudra d'abord terrasser Aiolia du Lion !

* * * * *

Aioros mit une dizaine de minutes à rejoindre le bas de la montée des Douze Maisons en passant par les barres rocheuses. C'est en atteignant le plateau où convergeaient toutes les vallées du Sanctuaire qu'il rencontra la première résistance. Un groupe de cinq chevaliers d'argent et de bronze venaient à sa rencontre. Il fut rassuré de ne pas voir Diomède parmi eux, étant donné qu'il espérait ne pas avoir à se confronter à des personnes proches lors de sa fuite.
En dépit du gouffre de puissance les séparant, ses adversaires étaient bien décidés à ne pas le laisser passer. Aioros ne pouvait qu'admirer leur courage et leur volonté de faire ce qu'il croyait être la chose juste, néanmoins il ne pouvait pas se permettre de perdre de temps. Il ne souhaitait pas les tuer, toutefois il ne pouvait pas trop se retenir non plus, même s'il devait éviter de trahir sa position.
Ce furent d'abord deux chevaliers de bronze qui le chargèrent en déclenchant leurs attaques secrètes. Celles-ci semblèrent filer au ralenti, dès que le Sagittaire utilisa ses perceptions offertes par le septième sens. Il se faufila entre les attaques, se glissa entre ses opposants et ne leur adressa qu'un coup chacun, porté à environ un millième de sa vitesse maximale, ce qui restait néanmoins près de mille fois plus rapide que les bronze. Les deux coups touchèrent les têtes, en des points et selon des angles qui les assommèrent instantanément.
Aioros se rendit cependant compte que l'assaut des deux bronze n'était qu'une diversion visant à offrir un créneau d'attaque aux autres. Il se retrouva en effet pris sous le feu croisé de deux attaques de chevaliers d'argent. Les attaques, qui atteignaient quatre à cinq fois la vitesse du son, signe qu'il s'agissait de chevaliers d'argent de haut niveau, frappèrent d'ailleurs en partie les deux bronzes qui étaient dans l'air d'effet. Probablement avaient-ils été conscients dès le début que cette tactique les exposerait à la puissance de leurs compagnons.
La manœuvre était admirable d'un point de vue tactique, et du sens du sacrifice, néanmoins le Sagittaire eut simplement à hausser la puissance de son cosmos pour dévier la course des deux projections énergétiques, sauvant probablement la vie des bronze au passage, afin de les retourner contre leurs expéditeurs. Pendant que les deux chevaliers d'argent encaissaient leur propres arcanes, il devint cependant clair que tout cela n'était qu'une feinte à trois phases : le dernier argent, qui était également le plus jeune du groupe, parvint en effet au corps à corps lancé à pleine vitesse et son aura flamboyant à son paroxysme.
Aioros n'avait que brièvement entendu parlé du chevalier de Céphée, qui avait obtenu son armure pendant son absence, mais il parvint toutefois à l'identifier. Rares étaient en effet les chevaliers d'argent à obtenir leur armure aussi jeune que les chevaliers d’or, si bien que celui-ci était considéré comme un prodige. La vitesse des coups qu'il porta à Aioros était effectivement absolument stupéfiante pour son grade, et le Sagittaire faillit être débordé sous l'effet de la surprise, encaissant même quelques coups. Les quatre autres chevaliers n'avaient bel et bien servi qu'à lui offrir ce petit laps de temps pendant lequel le chevalier d'or serait à sa portée. Cependant, même si Céphée avait presque porté son cosmos au maximum de ce qu'il était possible d'atteindre sans maîtriser le septième sens, un gouffre le séparait encore d'un guerrier possédant l'ultime cosmos.
- Tu es un brave, mais je ne peux pas t'autoriser à me faire perdre davantage de temps ! lança Aioros en saisissant le bras droit de son adversaire au poignet.
Il contre-attaqua alors par une série de coups de pied portés à sa vitesse maximale. L'armure d'argent vola en éclats sous les impacts et son propriétaire se retrouva au sol, à la limite de l'inconscience.
- Ne t'inquiètes pas, je n'ai touché aucun point vital, ni sur toi, ni sur tes compagnons. Vous ne faites que ce que vous pensez être votre devoir, je me refuse donc à prendre vos vies.
Le chevalier de Céphée voulut se redresser, mais le Sagittaire l'assomma d'un rapide coup de pied.
- Votre retenue est troublante, dit une voix. Je n'arrive pas à comprendre les raisons de vos agissements, néanmoins je ne peux pas tolérer que la vie d'Athéna soit mise en danger plus longtemps.
Aioros avait su dès le moment où il avait dû utiliser son cosmos à son niveau normal pour venir à bout de Céphée qu'il allait trahir instantanément sa position. Il se retrouvait maintenant à devoir essayer de semer le seul chevalier d'or contre qui le Pas Agile d'Achille ne lui apporterait aucun avantage en vitesse
- Mû, je t'en prie, tu dois m'écouter. Je ne suis pas un traître, tout ceci n'est qu'une horrible machination.
- Je suis tout disposé à écouter tout ce que vous aurez à me dire, répondit le Bélier en se mettant en position de combat. Néanmoins, je ne le ferais qu'une fois qu'Athéna se trouvera dans mes bras.
- Tu ne me laisses pas le choix !
Aioros avait déjà subi de nombreuses blessures et devait éviter autant que possible d’en recevoir de nouvelles. Il tira sur la chaîne de sa boîte de Pandore pour libérer son armure, mais constata avec surprise que rien ne se produisit.
- Qu’est-ce que… ?
- N’oubliez pas que je suis l’expert de la chevalerie en la matière. Je peux bloquer l’ouverture de votre boîte avec ma télékinésie aussi longtemps que durera ce combat.

* * * * *

- Tu ne nous laisses pas le choix ! lança Milo au gardien de la Maison du Lion. Tu n'es qu'un traître, comme ton frère !
- Milo, attention ! cria Camus à l'intention de son ami.
Le cosmos du Lion venait en effet d'exploser avec une violence impressionnante.
- LIGHTNING BOLT ! hurla Aiolia en passant à l'attaque.
L'attaque déferla sur Milo et Camus à une vitesse incroyable, leur laissant juste le temps de se protéger derrière leurs bras. Ils reculèrent de plusieurs mètres, leurs pieds creusant des sillons dans les dalles de pierre, néanmoins aucun des deux ne chuta au sol. Des arcs électriques dus à l'électricité statique créée par l'attaque se formèrent entre les bras des deux chevaliers et le reste de leur armure, mais cela restait le seul effet visible de l'arcane.
- Déjà vu ! lança Milo d'un ton provocateur.
Nullement déconcerté par le manque d'effet de sa technique, Aiolia voulut se mettre en position pour armer un nouveau coup, cependant il se rendit compte qu'il n'était plus totalement maître de ses mouvements. Il baissa les yeux vers ses jambes et constata que celles-ci étaient prises dans une gangue de glace.
- Tu n'aurais pas dû utiliser deux fois la même attaque ! ajouta le Scorpion pendant que l'ongle de son index droit s'allongeait. SCARLET NEEDLE !
Trois rayons rouges partirent du doigt de Milo et vinrent frapper le Lion au torse. Aiolia constata avec effarement que, même si les dégâts étaient extrêmement concentrés, l'attaque avait bel et bien transpercé son armure d'or. Une forte douleur le frappa soudainement.
- Le poison de mon aiguille écarlate coule à présent dans ton sang et va te faire perdre tes cinq sens ! Tu as cependant encore douze coups pour revenir à la raison et nous laisser passer, sinon tu périras à la quinzième piqûre : Antarès !
- Pff... Tu aurais mieux fait de porter tes quinze coups tout de suite, car tu n'en auras plus l'occasion !
- Prétentieux !
La glace qui entourait les jambes du Lion se brisa, alors que son cosmos s'intensifiait à son paroxysme.
- LIGHTNING PLASMA !
Des millions de rayons de lumière partirent du poing d'Aiolia. Camus et Milo tentèrent d'esquiver, mais ils furent presque instantanément submergés par le nombre invraisemblable de coups qui martelèrent leurs corps et les envoyèrent s'écraser au fond du temple. Ils restèrent allongés plusieurs secondes avant de parvenir à bouger, leurs corps envoyant d'innombrables signaux de douleurs, après le traitement qui venait de leur être imposé. Ils saignaient de plusieurs blessures, principalement au visage et de la bouche.
- Impossible... murmura Camus en se relevant difficilement.
- Quelle vitesse, tous ses coups étaient portés à la vitesse de la lumière... ajouta Milo après avoir craché du sang.
- Et ils étaient tellement nombreux...
- Cent millions, dit Aiolia qui était en train de marcher vers eux.
- Comment ?!
- Mon Lightning Plasma projette cent millions de coups à la seconde, le maximum qu'il soit possible de faire à la vitesse de la lumière.
- C'est impossible... lança Camus.
- Votre état semble dire le contraire. Je ne vous veux aucun mal. Retourner dans vos demeures avant qu'il ne soit trop tard.
- Tu rêves ! hurla Milo en se relevant.
Malgré la douleur, le Scorpion parvint à enflammer son cosmos.
- SCARLET...
L'énergie commença à se concentrer autour de son ongle, mais Aiolia frappa plus rapidement avec son Lightning Plasma.
- Une attaque ne marche pas deux fois ! lança Camus qui s'était relevé aussi.
Le chevalier du Verseau réalisa cependant à ses dépens que cette assertion n'était pas forcément exacte. Lui et Milo avaient en effet parfaitement compris la première fois l'attaque de leur adversaire, pour la belle et simple raison qu'il n'y avait en fait presque rien à comprendre : cette arcane consistait simplement à projeter le plus de coups possible simultanément. Or, savoir cela ne signifiait pas être capable de les éviter. La maîtrise qu'avait Aiolia de la vitesse de la lumière était de très loin supérieure à la leur, or esquiver autant de jets de lumière imposait d'avoir une maîtrise du moindre de ses mouvements, et des réflexes aussi affûtés que ceux du Lion.
Pour la seconde fois, les deux chevaliers d'or subirent la violence du Lightning Plasma.

* * * * *

Aioros trouvait le fait d'affronter le Bélier particulièrement frustrant. Son jeune adversaire usait et abusait des téléportations dès qu'il commençait à être en difficulté, si bien que le Sagittaire ne parvenait jamais à exploiter les avantages qu'il parvenait à prendre. Mû semblait en tout cas ne vouloir utiliser aucune de ses techniques secrètes, sans doute par peur de blesser le bébé. Sa stratégie était apparemment de forcer le corps à corps pour parvenir à poser la main sur le couffin afin de se téléporter au loin avec lui. Le Bélier n'avait pas l'expérience du Grec, cependant ses capacités annexes lui permettaient de tenir la distance, et il lui suffisait de toucher une fois au bon endroit pour remporter la mise. Si bien que, tout en continuant à essayer de l'atteindre physiquement, Aioros tentait également de l'atteindre psychologiquement pour le faire douter.
- C'est Saga qui a essayé de tuer Athéna ! lança Aioros. Et avant cela, il a tué ton maître !
- Je ne vous écouterai que quand vous m'aurez confié Athéna !
- Réfléchis Mû, as-tu senti la présence du Grand Pope depuis l'alerte ? Non ! Car c'est Saga qui se faisait passer pour lui et ensuite il a tenté de m'arrêter directement ! S'il était encore en vie, crois-tu qu'il ne se serait pas manifesté depuis ?
Alors que jusque-là le Bélier avait ignoré ou presque les paroles d'Aioros, il sembla accuser légèrement le coup.
- Peut-être est-ce vous qui l'avez tué avant de vous enfuir ?
- Crois-tu que j'aurais pu le faire sans que personne ne ressente rien du combat alors qu'après l'alerte tous les chevaliers d'or avaient tourné leur septième sens vers le haut de la vallée ? Saga a tué Sion il y a plusieurs heures, en toute discrétion, puis il a pris sa place !
Aioros sentit qu'il avait marqué un point et que Mû commençait à être vraiment troublé. Le fuyard ne pouvait toutefois pas connaître la vraie raison de ce doute : le Bélier savait que son armure était allée auprès de son ancien propriétaire, Sion, quelques heures plus tôt.
- Comment aurais-tu pu être au courant ? Comment aurais-tu pu être là-haut pour arrêter Saga ?
- Comment Saga aurait pu être là-haut pour m'arrêter moi ?
En voyant la réaction de son jeune frère d'armes à cette dernière remarque, Aioros sut avec certitude que celui-ci n'était pas impliqué dans le complot de Saga. Ou en tout cas pas consciemment. Néanmoins le fait que le chevalier des Gémeaux maîtrisait l'illusion du Grand Pope faisait que Mû pouvait très bien être impliqué sans en avoir conscience. Avoir la déesse entre ses mains pouvait très bien se révéler être l'élément déclencheur du conditionnement qui transformait le tendre Bélier en un assassin implacable.
Si les doutes de Mû ne pouvaient donc pas permettre à Aioros d'en faire un allié, ils pouvaient en revanche lui permettre de l'écarter. Déconcentré, Mû ne réagit pas suffisamment rapidement lorsqu'Aioros utilisa le Pas Agile d'Achille pour l'attaquer brusquement. Un enchaînement rapide atteignit le Bélier au visage, le sonnant. Il se téléporta néanmoins mais de façon prévisible, dans le dos d'Aioros. Ce dernier réceptionna le Bélier d'un nouveau coup de poing dans le bas-ventre, et enchaîna avec un coup de pied rotatif en plein visage. Le Bélier s'écrasa lourdement au sol quelques mètres plus loin, à la limite de la conscience. Le Sagittaire s'élança vers lui pour en finir et l'assommer durablement, cependant deux ombres dorées s'interposèrent et lui bloquèrent le passage.
Plusieurs coups rapides furent échangés, sans que personne ne prenne l'avantage, puis les adversaires s'écartèrent. Aioros découvrit alors clairement l'identité de ses nouveaux opposants : Deathmask du Cancer et Aldébaran du Taureau.
Néanmoins, Mû étant neutralisé, sa boîte de Pandore s’ouvrit finalement et son armure vint recouvrir son corps.

* * * * *

- DIAMOND DUST !
Le souffle glacé produit par Camus recouvrit de givre le sol et les colonnes de la Maison du Lion et atteignit le gardien des lieux de plein fouet. Aiolia sembla se changer en statue de glace, mais celle-ci commença presque instantanément à se fissurer. La couche d'air solidifié s'épaissit, jusqu'à constituer un énorme bloc, cependant les crevasses continuèrent à progresser.
- Il est en train d'intensifier son cosmos pour briser la glace, cela ne le retiendra pas longtemps ! dit Camus à son compagnon. C'est incroyable, c'est comme s'il faisait vibrer ses atomes à une vitesse incroyable pour élever sa température !
- Pas de temps à perdre, alors ! SCARLET NEEDLE !
Sept piqûres eurent le temps de transpercer le bloc gelé et de toucher Aiolia avant que la glace n'explose, libérant le chevalier.
- LIGHTNING PLASMA !
Milo et Camus tentèrent d'esquiver, mais ils furent encore une fois incapables de hisser leur vitesse et leurs réflexes au niveau suffisant pour échapper au coup du chevalier du Lion, même s'ils furent frappés moins violemment que précédemment.
- Quelle humiliation ! Comment peut-il nous ballotter de cette façon alors que nous sommes à deux contre un ? lâcha Milo en se relevant péniblement.
- Sa colère décuple sa volonté, dit Camus. Regarde, il a déjà subi de plein fouet ma Diamond Dust, a été touché dix fois par ton aiguille écarlate, et pourtant il ne recule pas, il ne faiblit pas ! Je pense que nous n'arriverons pas à franchir cet endroit sans le tuer... En plus, il est tellement fulgurant que je ne maîtrise pas encore suffisamment bien mon Aurora Execution pour avoir le temps de l'utiliser contre lui !
- Bah, quelle importance ! C'est un traître qui protège la fuite d'un déicide ! Il ne me reste plus qu'à le toucher cinq fois, je vais en finir avec...
- LIGHTNING PLASMA !
Les chevaliers du Scorpion et du Verseau furent cette fois-ci projetés contre le mur arrière du temple qu'ils transpercèrent avant d'aller percuter le bas de l'escalier montant à la maison de le Vierge.
Alors qu'ils se relevaient une nouvelle fois, ils sentirent une présence derrière eux. Ils se tournèrent tout en essayant de garder un œil sur Aiolia, qui se tenait à présent sur le seuil de son temple, et découvrirent Aphrodite en train de descendre les escaliers en glissant de façon élégante sur le couloir de glace créé par Camus. Le chevalier des Poissons maîtrisa bien mieux son arrivée que ses comparses un peu plus tôt, et bondit de façon à se retrouver entre Aiolia et ses deux adversaires.
- Aiolia, dois-je te rappeler ton devoir de chevalier d'Athéna ? lança le Suédois. Le Grand Pope a ordonné de stopper Aioros du Sagittaire. Tes obligations de chevalier doivent passer avant toute chose, et donc avant tes sentiments fraternels.
Le Lion ne bougea pas d'un cil, son visage à moitié dissimulé dans l'ombre ne laissait transpirer aucune émotion ou réaction.
- Ne vas-tu donc rien dire ? insista Aphrodite.
- Les seules choses qu'il a dit depuis tout à l'heure, ce sont les noms de ses attaques, ou presque, observa Milo tout en malaxant sa mâchoire.
Aiolia leur tourna le dos et pénétra à nouveau dans sa demeure, son attitude les défiant de le suivre.
- Très bien, je n'ai donc pas le choix !
Le cosmos d'Aphrodite s'enflamma tandis qu'il suivait le gardien des lieux en son antre.

* * * * *

Même s'ils n'avaient probablement jamais combattu ensemble par le passé, Aioros devait admettre que Deathmask et Aldébaran formaient un duo extrêmement dangereux et presque parfaitement coordonné.
Le jeune chevalier du Taureau manquait quelque peu d'expérience au corps à corps, mais sa stature et sa puissance naturelle lui permettaient de compenser largement ce handicap. Quant au Cancer, Aioros savait déjà qu'il était un redoutable combattant à mains nues, à la fois vicieux et efficace. Ils l'acculaient en défense, ne lui laissant aucun répit, ni temps de récupération, et le touchaient régulièrement. Les coups d’Aldébaran étaient particulièrement brutaux, et le fuyard ne pouvait qu’être extrêmement satisfait par le fait que son armure le protégeait à présent.
Le Sagittaire avait déjà très largement puisé dans ses réserves en utilisant à plusieurs reprises Le Pas Agile d'Achille. Il ne pouvait plus se permettre de perdre du temps ou de gaspiller ses forces en ménageant ses adversaires. Il devait prendre l'avantage rapidement, avant que Mû ne récupère assez pour prendre part au combat, et surtout avant que d'autres chevaliers d'or n'arrivent jusqu'ici.
- Depuis le temps que je rêve de ça, tu ne peux pas savoir le plaisir que cela me fait ! cracha Deathmask. Je rêvais d'avoir l'opportunité de te faire ravaler tes airs supérieurs de noble chevalier vertueux et voilà que tu m'offres toi-même l'occasion de pouvoir t'exécuter sur la place publique et d'être ensuite considéré comme un héros pour cela !
Aioros ne répondit pas, il savait qu'il était inutile d'essayer de raisonner l'Italien, et il ne connaissait pas suffisamment le Taureau pour essayer de l'influencer comme le Bélier.
- Ton nom sera maudit et restera comme celui du plus grand traître de l'histoire ! poursuivit Deathmask. Les jeunes chevaliers viendront cracher sur ta tombe !
Aioros savait qu'il ne devait pas céder à la colère et ignorer ces paroles, le Cancer essayait simplement de lui faire commettre des erreurs. Aldébaran ne disait quant à lui pas un mot, laissant ce rôle à son funeste partenaire.
Le Sagittaire percevait des échanges cosmiques entre ses adversaires, des contacts télépathiques, sans pouvoir en interpréter le sens toutefois. Cela expliquait la coordination des deux chevaliers d'or et était plutôt inquiétant. A priori, ils étaient en train de manœuvrer pour amener le fuyard là où ils voulaient afin de porter l'estocade. Raison de plus pour Aioros de prendre les devants en théorie. Cependant, le Sagittaire pouvait également faire des hypothèses sur le plan d'action adverse. Il devinait que l'objectif de ses opposants n'était pas d'utiliser les arcanes du Taureau en position de force. De ce qu'il savait des techniques de Sérapis, et son successeur avait les mêmes a priori, aucune d'entre elles ne pourrait être utilisée sans mettre gravement en danger la vie de la déesse. Elles étaient bien trop destructrices, et Aldébaran refuserait forcément de les utiliser, même si Deathmask le lui demandait.
Le coup viendrait donc probablement de l'Italien, après une première attaque de diversion du Taureau. Or, les possibilités étaient alors extrêmement réduites, car Aioros savait que celui-ci avait négligé la plupart des techniques des chevaliers du Cancer pour améliorer sa maîtrise de la plus puissante. Arrogance doublée de bêtise de la part de Deathmask sur ce point, ou clairvoyance et logique volonté de renforcer son point fort jusqu'à la perfection, le débat était ouvert. Le choix du Cancer n'avait en tout cas de sens qu'en partant du postulat que ses adversaires étaient incapables d'anticiper ou de contrer son arcane.
Le Sagittaire décida donc finalement de prendre un risque calculé et de laisser venir ses adversaires, espérant paradoxalement pouvoir prendre plus rapidement l'avantage qu'en prenant l'initiative.
Il feinta donc d'être de plus en plus dépassé par ses adversaires, prenant garde cependant à ne pas les alerter en levant trop rapidement et ostensiblement le pied.
Le Taureau et le Cancer manœuvrèrent donc à leur guise se plaçant petit à petit de part et d'autre d'Aioros de façon à l'attaquer sur deux fronts et le rouer de coups. Et, finalement, ils mirent à exécution leur plan.
Deathmask enflamma son cosmos à son paroxysme, puis s'élança au corps à corps de façon rageuse, mobilisant toute l'attention d'Aioros le temps qu'Aldébaran déclenche un puissant assaut télékinétique. Si le Brésilien n'était pas un expert en télékinésie du niveau de Mû, Aioros fut bien obligé de reconnaître qu'il n'avait rien d'un amateur et que ses propres capacités en la matière étaient nettement inférieures.
L'onde mentale ne le blessa pas le moins du monde, mais le souleva de terre comme s'il ne pesait rien, le privant ainsi de tout point d'appui et donc de toute capacité d'esquive face à la dernière phase du mouvement. Le cosmos flamboyant de l'Italien se concentra sur son index avant d'exploser et de créer une série de cercles dorés d'énergie qui convergèrent sur leur cible.
L'intention de Deathmask était limpide : projeter les âmes du chevalier et de la déesse dans la dimension de la Fontaine Jaune, puis se contenter d'aller uniquement rechercher la seconde. Une manière simple et efficace de mettre fin à la lutte sans blesser le bébé.
Aldébaran et Deathmask devaient probablement être en train de s'autocongratuler télépathiquement quand quelque chose d'imprévu se passa : les cercles dorés du Seki Shiki Meikai Ha convergèrent sur l'index d'Aioros que celui-ci avait pointé devant lui.

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Septembre 1969, Cimetière du Sanctuaire

Aioros du Sagittaire et son maître, Praesepe, se tenaient côte à côte face à la tombe d'Arimathy de la Coupe. De nombreux chevaliers, gardes et apprentis étaient venus assister à l'enterrement du jeune chevalier d'argent, qui était aimé de tout ceux qu'il connaissait. Tous avaient donc été choqués d'apprendre qu'il avait été brutalement et gratuitement assassiné lors d'un simple entraînement par le dernier apprenti de Praesepe, le jeune Italien qui se faisait appeler The Thief avant de se rebaptiser Deathmask lorsqu'il avait été fait chevalier d'or du Cancer.
Sérapis du Taureau avait prononcé l'oraison funèbre, qui avait été écoutée dans un grand silence respectueux. Tous avaient ensuite commencé à repartir les uns après les autres, chacun étant rendu maussade par cette triste journée et par le fait que l'assassin n'avait presque pas été puni pour son acte, mais au contraire nommé à l'un des douze postes les plus prestigieux de l'ordre.
Seuls restaient donc le maître et l'élève.
- Je n'arrive toujours pas à croire qu'il va s'en tirer à si bon compte, dit Aioros.
- Le Grand Pope a rendu sa décision, dit Praesepe. Deathmask est clairement psychotique, cependant il a bel et bien le pouvoir et le potentiel d'un chevalier d'or, je suis le mieux placé pour le savoir. Je connais bien Sion, je sais donc qu'il estime que pour faire face à la prochaine Guerre Sainte, nous ne pouvons pas prendre le risque de répudier un garçon qui a été choisi par le destin, fut-ce un assassin amoral. D'un certain point de vue, comme je suis le maître de Deathmask et qu'il était destiné à devenir chevalier d'or, c'était à moi de m'assurer que ses valeurs morales seraient en rapport avec la force dont les dieux l'ont doté. Ses fautes m'incombent donc également.
- Non, répliqua le Sagittaire d'un ton ferme. Vous êtes un maître merveilleux, et cette fois c'est moi qui suis bien placé pour le savoir. Ce que vous n'avez pas réussi à inculquer à Deathmask, c'est uniquement ce qu'il a refusé d'entendre.
Praesepe resta silencieux plusieurs secondes avant de reprendre.
- Je comprends ce que tu dis, mais je ne peux m'empêcher de penser que je suis responsable de ce qui est arrivé, ainsi que du danger que représentera toujours mon successeur.
- Ne vous inquiétez pas. Il a peut-être tâché votre honneur, vous qui êtes son maître, mais je suis également votre élève. Il m'appartient donc de compenser ses actes par un comportement exemplaire, voire de l'arrêter si jamais il devait un jour à nouveau menacer la chevalerie d'Athéna. Je l'ai déjà corrigé une fois, je le referais sans hésiter.
- Ne le sous-estime jamais, dit Praesepe. Tu lui es supérieur sur bien des points, mais l'arcane suprême du Cancer peut inverser en un instant ce rapport de force.
- Je ferai attention...
- Cela pourrait ne pas être suffisant. Comme tu l'as dit, je suis votre maître à tous deux, et, en effet, ce que j'ai réussi avec le premier, je l'ai raté avec le deuxième. Si tu veux rattraper mes insuffisances, il est de mon devoir de m'assurer que tu aies toutes les cartes en main pour le faire.
- Que voulez-vous dire ?
- Je ne peux pas te l'enseigner, ton cosmos et sa façon de fonctionner sont tout simplement trop différents du mien et de celui de Deathmask pour le permettre. Mais je vais t'apprendre à contrer le Seki Shiki Meikai Ha. Ainsi, si un jour tu dois bel et bien compenser mes manques, tu seras en position de force.
- Est-ce autorisé par les codes de la chevalerie ?
- En théorie, non. Même si à la base les serviteurs d'Athéna ne sont de toute façon jamais supposés se combattre, un chevalier ne devrait jamais posséder la capacité de contrer totalement les capacités d'un ou plusieurs autres. Car que se passerait-il si ce chevalier trahissait, et non pas ceux dont il était censé contrôler la loyauté ? Néanmoins, je ne peux pas imaginer un monde où tu pourrais être le traître et Deathmask du côté de la justice du Sanctuaire. Tu ne devras cependant jamais révéler à qui que ce soit ce que je vais t'enseigner, car tu es le seul en qui j'ai suffisamment confiance pour savoir que tu n'en feras usage que dans une situation juste.
Aioros réfléchit quelques secondes avant de finalement hocher la tête.
- Très bien, c'est d'accord.

* * * * *

Tandis que la puissance du Seki Shiki Meika Ha se concentrait autour de son index, Aioros se disait que les conditions, dans lesquelles il allait finalement utiliser ce secret, étaient bien différentes de celles qu'il avait imaginées. Il pensait qu'il aurait un jour à stopper Deathmask dans un accès de folie meurtrière de celui-ci, pas qu'il devrait le combattre alors que tous considéreraient que c'était l'Italien qui utilisait pour une fois sa force au nom du Sanctuaire et de la justice.
Aioros remarqua en outre que l'attaque adverse était bien plus puissante que celle de Praesepe et que l'élève avait donc bel et bien dépassé la maîtrise du maître sur ce point précis. Néanmoins, cela n'empêchait en rien le Sagittaire de mettre en œuvre la tactique mise au point quelques années plus tôt.
La puissance de l'arcane finit de converger sur son index, comme si elle y était irrésistiblement attirée, puis explosa instantanément en repartant dans l'autre direction et en étant renforcée par le propre cosmos d'Aioros.
- Comment ? eut le temps de faire Deathmask, totalement incrédule devant le spectacle auquel il venait d'assister.
Comme il sortait à peine de son effort pour lancer son attaque, le Cancer se retrouva totalement sans ressource pour réagir et fut frappé de plein fouet. Surpris par la brusque tournure des événements, car comprenant trop tard que l'assaut de son allié avait échoué, Aldébaran fut également touché.
Aioros vit alors que Mû était en train de se relever et dirigea également une partie de la puissance de l'attaque dans sa direction.
Les âmes des trois chevaliers d'or furent arrachées de leurs corps par le Seki Shiki Meika Ha et projetées dans la dimension de la Fontaine Jaune. Les trois enveloppes charnelles vides s'écroulèrent ensuite en silence. Aioros avait toujours pensé qu'après avoir renvoyé son attaque il prendrait la vie de Deathmask avant que son âme ne revienne dans son corps, mais dans ces circonstances deux raisons l'en empêchaient. La première était que Deathmask pensait qu'Aioros était un traître et qu'il combattait donc pour la justice. Et la deuxième avait rapport au fait que l'Italien était le seul à présent à pouvoir sauver les âmes de Mû et Aldébaran.
Comme il n'avait probablement que quelques secondes devant lui avant que le Cancer ne reprenne le contrôle des opérations, il devait fuir sans plus attendre.
C'est à ce moment-là qu'il perçut un cosmos familier : celui de Shura.
Il bondit pour esquiver une lame tranchante qui visait ses jambes et découvrit son ami qui le chargeait. Après avoir été projeté par Aioros, le Capricorne avait dû descendre la montagne et non pas passer par l'escalier des Douze Maisons afin de sortir aussi vite que possible de la zone d'influence du cosmos d'Athéna. Alors qu'il se remettait à courir pour fuir, Aioros réalisa que contrer le Seki Shiki Meika Ha lui avait demandé beaucoup plus d'énergie que ce qu'il avait pensé. Il n'avait pas anticipé le fait que le coup de Deathmask serait à ce point tellement plus puissant que celui de Praesepe. Alors qu'il devait éviter les foudres d'Excalibur, ses temps de réaction commençaient à être dangereusement longs.
Décidément, rien n'allait être facile.

* * * * *

Aphrodite et Aiolia se faisaient face à face au milieu du temple du second, chacun enflammant son aura.
Un nuage de pétales et de roses rouges se forma autour des Poissons juste avant qu'il ne passe à l'attaque.
- ROYAL DEMON ROSE !
- LIGHTNING PLASMA !
Les jets de lumière et la projection de roses rouges se percutèrent, et le plus âgé des deux comprit presque instantanément que la confrontation allait tourner à son désavantage. Les coups d'Aiolia surpassaient en effet largement en nombre les roses rouges, si bien qu'ils protégeaient à la fois parfaitement le garçon en interceptant toutes les fleurs tel un véritable mur, mais en plus un grand nombre allait parvenir à franchir la zone de confrontation pour atteindre son adversaire.
Néanmoins, les roses avaient bloqué suffisamment de rayons mortels pour permettre à Aphrodite d'esquiver ceux qui parvinrent jusqu'à lui. Son cosmos se modifia légèrement, et en conséquence le nuage de pétales et de fleurs l'entourant s'agrandit rapidement pour remplir toute la demeure.
Le chevalier des Poissons disparut alors avant que le Lightning Plasma ne déferlât complètement sur lui.
- Pas mal, il a réussi à s'en sortir ! commenta Milo.
- Aphrodite a beaucoup plus d'expérience que nous trois, il serait logique qu'il ait l'avantage, compléta Camus.
Les deux spectateurs du duel, qui observaient les événements depuis l'entrée du temple, virent des roses rouges tourbillonner autour du Lion avant de converger sur celui-ci. Il réagit en lâchant ses coups dans toutes les directions, pourtant un certain nombre de roses l'atteignirent et, même s'il détruisit la plupart des autres avant qu'elles ne le touchent, leur parfum parvint jusqu'à lui.
Renonçant à tenter de bloquer les attaques adverses, il décida d'attaquer dans la direction où il avait l'impression de sentir la présence d'Aphrodite, mais ses coups ne frappèrent que le vide.
- Il est très difficile de parvenir à éviter ton attaque, Aiolia, mais encore faut-il que tu saches où frapper ! lança le Suédois. Je pourrais patienter jusqu'à ce que mes roses rouges affaiblissent tes sens, mais je vois que tu as déjà subi plusieurs fois le Scarlet Needle de Milo sans que cela ne paraisse t'affecter, alors autant passer tout de suite au cran du dessus !
Les pétales des roses commencèrent à changer de couleur, devenant noirs.
- PIRANHAN ROSE !
L'attaque sembla converger de toutes les directions sur le garçon, qui se cacha simplement derrière ses bras. Les roses noires le blessèrent sur les membres aux endroits non protégés tout en recouvrant l'armure du Lion de rayures.
Le cosmos d'Aiolia explosa brusquement, son corps étant parcouru d'éclairs qui convergèrent sur son poing droit pour s'y concentrer. Tout en subissant la déferlante de roses voraces, il se baissa pour frapper le sol de son poing.
- LIGHTNING FANG !
Des éclairs surgirent du sol dans toute la Maison du Lion, foudroyant sur place Aphrodite. Si l'attaque, très dispersée, n'était pas assez puissante pour blesser gravement ses victimes, elle révéla néanmoins la position des Poissons.
- LIGHTNING BOLT ! enchaîna le Lion en s'élançant vers son adversaire dont les mouvements étaient contrariés par les arcs électriques qui parcouraient son corps.
La déferlante d'éclairs atteignit Aphrodite qui tenta de contenir l'attaque dans ses mains. Il eut l'impression que ses bras allaient céder devant la formidable puissance pure déployée par Aiolia, la force du coup semblant même grandir sans arrêt. C'est alors qu'il sentit Camus et Milo passer à côté de lui et s'élancer vers leur adversaire commun.
Voyant venir le danger, le Lion tenta de rediriger sa technique vers eux, mais, la connaissant, ils parvinrent à l'esquiver presque sans problème et ne lui laissèrent pas le temps de déclencher le Lightning Plasma à la place.
Le souffle glacé de la Diamond Dust de Camus frappa les jambes et les bras d'Aiolia, le clouant sur place et lui ôtant la possibilité de contre-attaquer, tandis que quatre rayons écarlates partirent de l'index de Milo et touchèrent leur cible sans coup férir.
Bien que ses bras soient encore endoloris, Aphrodite se joignit à l'effort de ses frères d'armes. Le Scorpion et le Verseau s'écartèrent donc pour laisser la place à une déferlante de roses noires et rouges qui ne laissèrent aucun répit au jeune frère d'Aioros.
La surpuissante attaque florale détruisit les gangues de glace créées par Camus et propulsa Aiolia à travers son temple.
- Cette fois, c'est terminé, dit Milo en regardant leur adversaire s'écraser au sol.
- Je n'en suis pas si sûr, corrigea Camus instantanément.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, le chevalier du Lion était effectivement déjà en train de se relever et de se remettre en position de combat.
- C'est invraisemblable ! lâcha Milo. Il a subi deux fois le froid mortel de Camus, quatorze piqûres de ma Scarlet Needle ainsi que les roses d'Aphrodite ! Comment peut-il simplement encore bouger ?
- Je te l'ai dit, il ne renoncera jamais, répondit le Français. Nous allons être obligés de le tuer.
- Camus a raison, dit Aiolia.
Ses trois adversaires ne purent contenir un hoquet de surprise. C'était la première fois depuis plusieurs minutes qu'il s'adressait à eux autrement qu'en leur hurlant les noms de ces arcanes. Le cosmos du garçon brûlait avec une intensité qui semblait croître continuellement.
- Vous désirez arrêter mon frère, mais je ne le permettrai jamais tant que je serai vivant ! Bien qu'il soit l'aîné et que je sois le cadet, j'ai juré que jamais je ne laisserai quiconque lui faire du mal ! Néanmoins, comme il est bien plus puissant que moi, être capable de tenir cette promesse exigeait de développer une technique spécialement à cet effet. Une technique qui me permettrait de donner ma vie pour le protéger !
- L'espace s'ouvre autour de lui ! lança Milo en voyant que la réalité semblait se fissurer autour du chevalier d'or.
- Il posséderait des capacités dimensionnelles ? interrogea Camus.
- Non, ce n'est pas ça, dit Aphrodite. Tenez-vous prêts !
Aiolia tendit son poing droit vers ses adversaires et saisit son poignet droit avec sa main gauche.
- PHOTON INVOKE! lâcha-t-il en faisant exploser son énergie.

* * * * *

Aioros s'éloignait de l'endroit où se trouvaient les corps de Mû, Aldébaran et Deathmask le plus rapidement possible, tout en esquivant les attaques de Shura. Plus tôt, Aioros avait pu esquiver le combat frontal contre son ami, car ils se trouvaient sur les escaliers du Zodiaque d'Or, mais à présent la confrontation serait inévitable.
Ils couraient tous les deux à une vitesse inhumaine, et s'ils croisèrent quelques gardes, aucun ne fut assez rapide pour les intercepter. Ils se rapprochaient à présent des limites des habitations du Sanctuaire.
Le Sagittaire devrait s'arrêter tôt ou tard, mais il devait mettre autant de distance que possible avec les trois autres chevaliers d'or, sinon il n'aurait aucune chance quand ceux-ci reviendraient de la dimension du Puits des Morts, et finirait inévitablement par plier sous le nombre.
Aioros aurait réellement aimé éviter une confrontation avec Shura, non pas tant à cause de leur relation amicale qu'à cause du fait qu'il était tout simplement redoutable. Le Capricorne n'était certes pas capable d'arracher l'âme de son adversaire, de détruire ses sens ou de l'expédier dans une autre dimension. Il n'avait aucune capacité mentale terrifiante et pas de techniques sophistiquées ou imprévisibles.
Mais il avait les mains les plus dangereuses de la création. Et Excalibur faisait partie de ses très rares techniques de combat qu'il était possible d'utiliser presque indéfiniment, sans risque de tomber sous le coup de la règle voulant qu'une attaque ne marchât qu'une seule fois sur un chevalier. Tout comme un bretteur pouvait renouveler ses bottes à l'infini, chaque coup d'Excalibur était à la fois identique et différent du précédent. Cette attaque n'avait aucune faille qui permettait de la contrer à coup sûr, tout comme aucune garde ou parade ne pouvait garantir de bloquer toutes les attaques possibles à l'arme blanche. Aioros avait tout de même l'avantage d'avoir déjà combattu plusieurs fois Shura à l'entraînement, et d'avoir été à ses côtés sur le champ de bataille. Il le connaissait mieux que quiconque, mais la réciproque était vraie.
Le seul moyen de vaincre avec certitude une lame était de la briser, ce qui était plus dur à faire qu'à dire, surtout dans l'état de fatigue avancée qui était le sien à présent.
Il prit finalement sa décision en un instant. Son armure d'or quitta son corps mais ne retourna pas dans la Boite de Pandore, revenant juste sous sa forme totémique de centaure ailé. Il plaça le couffin sur les bras de la protection, qui s'éleva dans les airs et se mit à voler dans la direction de la course d'Aioros. Normalement, tous les chevaliers étaient derrière eux, si bien qu'en théorie une personne capable de rattraper l'armure devrait d'abord passer à côté de lui.
Aioros stoppa donc sa course pour faire face à Shura.
- Qu'as-tu fait ? Où as-tu envoyé la déesse ?
- Je la récupérerai dès que nous en aurons fini. Mais si tu t'inquiètes pour elle, tu peux aussi abandonner tout de suite.
- Aioros ! Je t'en prie, il est encore temps de mettre fin à cette folie et de te rendre.
- Non, mon ami, il est déjà bien trop tard.
- Tu ne me laisses pas le choix !
Shura attaqua en frappant de toutes ses forces et en visant Aioros au corps.
Athéna étant à l'abri, il n'avait en effet plus aucune raison de retenir ses coups. Cependant, Aioros lui-même n'était plus encombré par le bébé et avait donc de nouveau l'usage de ses deux bras. Son seul handicap restait le fait qu'il était sans armure, la moindre erreur de sa part pourrait donc être fatale. En outre, il se fatiguait de plus en plus à chaque seconde. S'il devait en sortir vainqueur, cela serait forcément rapide. Très rapide.
Il esquiva la première attaque, puis encore une deuxième, les deux fois de justesse, tout en se rapprochant de son adversaire. Shura dressa alors un véritable mur de lames devant lui, coupant l'air à une vitesse incroyable.
Aioros continua à avancer, sans la moindre hésitation, parvenant à se faufiler entre les coups mortels avec une agilité impressionnante. Le voyant progresser si facilement, le Capricorne fut prit d'un doute. Même en utilisant le Pas Agile d'Achille pour augmenter sa vitesse, celui qu'il considérait encore comme son ami était invraisemblablement agile, mais il continua néanmoins à frapper en augmentant encore la cadence, portant son cosmos à son paroxysme. Il arriverait à toucher avant que son adversaire ne parvienne au corps à corps, il en était certain. Il le fallait.
Pourtant, à chaque millionième de seconde qui s'écoulait, le Sagittaire se rapprochait inéluctablement.
- Non ! lâcha Shura en concentrant sa puissance dans son bras droit.
Son bras commença à descendre afin de déclencher un coup qui aurait creusé le sol sur plusieurs centaines de mètres de profondeur, mais il ne finit jamais son mouvement.
Aioros bloqua en effet le coup de son opposant avec ses deux poings qui frappèrent de part et d'autre l'avant-bras droit de Shura.
- INFINITY BREAK !! LES LAMES D'ENEE !! hurla-t-il, déclenchant un coup différent avec chacun de ses poings.
Pris en étau entre les deux attaques, l'armure et les os de Shura se brisèrent. La main de l'Espagnol se balança mollement au bout de son bras, le radius et le cubitus ayant été cassés nets à mi-chemin entre le poignet et le coude.
Le Capricorne se mordit les lèvres jusqu'au sang pour ne pas hurler et ne pas tourner de l'oeil à cause de la douleur. Il venait de perdre l'usage de l'une de ses armes, mais il pouvait encore avoir recours à Excalibur. Il enchaîna donc en frappant du bras gauche, essayant de profiter de la proximité pour atteindre son adversaire.
Le coup toucha légèrement Aioros, qui avait bougé avec un temps de retard, au flanc. Celui-ci avait marqué un premier point, pourtant rien n'était encore joué. Seul le Pas Agile d'Achille lui avait permis de parvenir au contact, cependant après avoir utilisé simultanément deux autres arcanes, il ne lui restait presque plus d'énergie. Il ne pouvait plus utiliser sa technique qui lui permettait de dépasser la vitesse de la lumière, sinon même vainqueur il ne serait plus capable d'aller plus loin. Il allait donc devoir neutraliser le deuxième bras de Shura avec sa vitesse normale, voire amoindrie par la fatigue. Mais il pouvait le faire, il en était certain.
Excalibur tranchait l'air autour du Sagittaire qui se démenait pour esquiver.
- Pourquoi Aioros ? Pourquoi est-ce que tu nous trahis ? lançait Shura.
Le Sagittaire ne prit pas la peine de répondre. A ce stade, c'était devenu inutile et une perte de temps : il serait plus rapide et efficace de vaincre Shura que d'essayer de le convaincre. Devant le mutisme de son ami, le Capricorne sembla se résigner.
- Très bien, comme tu voudras ! hurla-t-il alors que les larmes lui venaient aux yeux. Je t'ai dit que j'ai appris plusieurs choses d'utiles au contact d'Ogier, tu vas maintenant pouvoir t'en rendre compte !
Aioros sentit que son ami allait se livrer totalement sur sa prochaine l'attaque. Cela l'arrangeait en un sens, puisque Shura allait donc négliger sa défense et lui offrir l'occasion de contre-attaquer et d'en finir. Le tout était bien sûr de survivre à l'assaut du Capricorne qui allait tout mettre dans la balance pour emporter la décision.
Quitte ou double.
L'attaque de Shura commença par une succession de fentes feintées destinées à déstabiliser la garde adverse en multipliant les fausses pistes. La main gauche de l'Espagnol bougeait avec grâce et souplesse, dessinant des arabesques complexes. Aioros évita ses premiers assauts sans se livrer de trop, afin de garder l'élasticité et la liberté de mouvement nécessaires à l'esquive quand le moment serait venu.
Alors que les deux combattants n'étaient séparés que par quelques centimètres, les assauts du Capricorne commencèrent à se faire progressivement moins feintés et à se rapprocher du Grec, qui continuait toutefois à conserver des appuis solides. Excalibur visa brusquement les pieds de ce dernier dans un mouvement de fauchage, le bras gauche de Shura effectuant ensuite une violente torsion pour se redresser quasiment instantanément et viser le cœur du Sagittaire.
L'attaque était fort bien réalisée, mais Aioros s'était presque attendu à mieux. Dans un mouvement digne d'un contorsionniste, il parvint à sauter en esquivant le coup qui voulait lui trancher les chevilles tout en s'enlevant de la trajectoire de la main tendue qui visait son torse et en conservant un angle d'attaque. Voyant qu'il était pris, Shura tenta un geste désespéré avec son bras blessé qu'Aioros négligea presque complètement.
- PEGASUS EXPLOSION !! lança-t-il en ayant recours à la technique de son parrain, Diomède de Pégase, projetant de son poing droit une intense décharge d'énergie sur le coude gauche de son adversaire.
Le bras gauche de Shura ne se brisa pas aussi nettement que son droit, néanmoins un craquement sinistre se fit entendre à l'impact. L'attaque adverse principale étant écartée, Aioros décida alors de bloquer l'autre assaut dérisoire que Shura avait tenté avec son membre déjà blessé.
C'est au moment précis où il plaça son bras gauche en opposition qu'il réalisa que Shura s'était parfaitement joué de lui. Ce dernier avait en effet fait en sorte que le bras d'Aioros touche le sien exactement à l'endroit où il avait été brisée, si bien que son avant bras cassé put se plier dans un angle impossible et passer outre la parade. La main tendue de l'Espagnol plongea droit dans le cœur de son ami, transperçant peau et os comme du papier.
- Voilà une des choses que j'ai apprise auprès d'Ogier, dit Shura en grimaçant de douleur et alors que ses larmes coulaient de plus en plus abondamment sur ses joues. Une arme brisée reste tranchante et dangereuse.
- Non... souffla Aioros.
Il réalisa qu'il avait dramatiquement sous-estimé son adversaire et les ressources de celui-ci qui n'avait pas hésité à sacrifier ses deux bras pour s'offrir la possibilité de porter un coup décisif. Dès le début de l'affrontement, le Sagittaire avait su qu'il ne pouvait se permettre d'encaisser la moindre attaque. Son échec était donc total.
- Non... Cela ne peut pas finir comme ça ! PAR LA CHARGE AILEE ! lâcha-t-il en livrant ses dernières forces.
Le coup de Patrocle percuta de plein fouet sa cible, la projetant plusieurs dizaines de mètres en arrière et endommageant gravement son armure d'or. Shura roula encore sur le sol comme un pantin désarticulé sur près de cent mètres.
Même si le Capricorne était probablement hors de combat pour un certain temps, il avait bel et bien gagné le combat. Aioros sentait qu'Excalibur avait transpercé son cœur. Même avec le peu de cosmos qu'il lui restait, il lui aurait peut-être été possible de stabiliser suffisamment sa blessure pour que quelqu'un puisse éventuellement venir la guérir. Mais il ne pouvait compter recevoir l'aide d'aucun guérisseur et, surtout, il allait devoir utiliser ce qui lui restait de forces pour poursuivre sa fuite. Il ne pourrait donc consacrer qu'une infime partie de ses réserves à prolonger quelque peu sa vie. Cette blessure allait lui être fatale, il n'y avait aucune solution. Néanmoins seule la vie d'Athéna comptait.
Le temps lui manquait, il lui fallait fuir.

* * * * *

- Qu’est-ce que c’est ? demanda Milo en voyant de petits points lumineux surgirent des ouvertures dans l’espace créées par Aiolia.
- Si l’invocation d’Aiolia n’est pas une fausse piste, je pense que l’on peut tout simplement assumer qu’il s’agit de photons… remarqua Camus.
- Des photons venant d’une autre dimension où les lois de la physique sont différentes, alors ! compléta Aphrodite. Sinon, en toute logique, nous ne serions pas capables de les voir.
Les petites lumières se regroupèrent autour du Lion et se mirent à flotter autour de lui.
- Il les contrôle, observa le Suédois. Je n’aime pas ça, il déploie un pouvoir largement supérieur à tout ce que j’aurais pensé. Il ne devrait pas être capable de faire cela.
Aphrodite accompagna ses paroles d’actes, en projetant une nouvelle volée de roses noires et rouges sur le gardien des lieux.
Sous les regards étonnés des trois alliés, leur adversaire encaissa l’attaque du chevalier des Poissons sans broncher, ni tenter le moindre geste d’esquive.
Le cosmos de Camus s’intensifia et il attaqua également en joignant ses deux mains au-dessus de sa tête.
- AURORA THUNDER ATTACK !
Le coup frappa de nouveau Aiolia de plein fouet, mais celui-ci resta immobile, apparemment totalement insensible.
- Incroyable, son cosmos est tellement puissant que la chaleur qu’il dégage a totalement empêché à mon froid de déposer de la glace sur la surface de son corps.
- Il est en train de charger les photons d’énergie avec son cosmos, dit Milo qui s’était contenté d’observer attentivement la technique du Lion pendant que ses compagnons attaquaient. Qu’est-ce qu’il prépare ?
- Je ne sais pas, mais je ne suis pas assez curieux de nature pour le laisser faire ! Tant pis pour lui, frappez-le avec vos meilleurs coups ! lança Aphrodite.
- PHOTON DRIVE ! répliqua instantanément Aiolia.
Les photons filèrent à une vitesse impossible sur les trois chevaliers d’or.
- Ils dépassent la vitesse de la lumière ! hurla Milo en constatant qu’il était incapable d’aligner sa vitesse sur les projections qui l’atteignirent.
- Ils dépassent notre vitesse de la lumière, ils viennent d’une autre dimension ! répliqua Aphrodite.
Les photons pénétrèrent dans les corps des cibles, ignorant apparemment totalement la protection des armures d’or. Les trois chevaliers ne cédèrent cependant pas à la panique, leur formation de chevaliers d’or leur ayant appris à garder la tête froide en toute circonstance.
- C’est parti !!
- Frappez, maintenant ! ordonna les Poissons d’une voix autoritaire à ses deux jeunes alliés.
- Il est déjà trop tard, nous allons mourir tous les quatre ! répliqua Camus tout en obéissant à l’injonction.
L’ongle de l’index droit de Milo poussa tandis que son aura écarlate s’y concentrait.
Une rose blanche se matérialisa dans la main d’Aphrodite, alors que celui-ci poussait son cosmos à son paroxysme.
Camus joignit de nouveau ses mains au-dessus de sa tête comme lors de sa précédente attaque, mais la pose était légèrement différente et le niveau d’énergie déployé sans commune mesure.
L’air se chargea d’électricité statique et se mit à bouillonner sous l’impact des puissances dégagées, puis tous les combattants attaquèrent simultanément, hurlant le nom de leurs arcanes suprêmes.
- SCARLET NEEDLE ANTA…
- AURORA EXE…
- BLOODY RO…
- PHOTON BU…
Néanmoins, alors que quatre des techniques de combat les plus terrifiantes de la création étaient en train d’être exécutées, une cinquième voix couvrit soudain toutes les autres.
- TENBU HORIN !!
Les quatre cosmos, pourtant portés à leur paroxysme, des chevaliers du Lion, du Scorpion, du Verseau et des Poissons furent instantanément balayés comme des bougies et leurs attaques brutalement annihilées.
- Je suis très impressionné, Aiolia. Cette attaque que tu t’apprêtais à lancer est réellement prodigieuse. Tes photons chargés de cosmos allaient détruire tes adversaires de l’intérieur, n’est-ce pas ?
Le trio se tourna alors vers Shaka qui était en train de marcher vers le Lion tout en parlant. La Vierge s’était extrait des décombres où Aiolia l’avait propulsé, et s’il avait été probablement assommé sur le coup, il n’en portait plus que de légers stigmates. Néanmoins, ce qui les frappa instantanément tous était le fait que Shaka avait ouvert les yeux, ce qu’aucun d’entre eux ne l’avait jamais vu faire.
- Néanmoins, je ne pouvais pas te laisser faire, tout comme je ne pouvais pas les laisser te tuer.
- Qu’est-ce que… qu’est-ce que tu m’as fait ? parvint difficilement à articuler le jeune frère d’Aioros.
Milo, Camus et Aphrodite remarquèrent que, contrairement à eux, il semblait paralysé ou en tout cas il devait faire d’importants efforts pour bouger ne serait-ce que de quelques centimètres. En outre, son armure semblait avoir reçu de nouveaux dégâts importants, alors que pourtant aucun de leurs derniers assauts n’avaient semblé pouvoir l’atteindre.
- Vous êtes tous sous l’influence de mon Tenbu Horin, expliqua Shaka. Cette technique, la plus puissante dont je dispose, possède ce que l’on appelle l’Harmonie Parfaite : elle associe à la fois l’attaque et la défense en une seule combinaison imparable. Tant que vous serez sous son influence, vous ne pourrez ni attaquer ni vous défendre. A moins de parvenir à développer une énergie capable de dépasser l’intensité actuelle de mon cosmos… Mais cela est impossible.
- Vantard ! lança Milo.
- Chevalier du Scorpion, je viens de vous sauver la vie. Vous pourriez donc accorder un peu plus de crédit à mes paroles.
- Il ne se vante pas, confirma Aphrodite. Regardez-le, personne ne peut développer un tel cosmos naturellement. J’imagine que la plus grande part du secret de son arcane est justement d’arriver à élever artificiellement son cosmos à un niveau suffisant pour déclencher l’attaque proprement dite, puis à le maintenir à une telle hauteur pendant le temps nécessaire.
- Quoi qu’il en soit, et pour répondre à ta question, Aiolia, si vous êtes tous sous l’influence de mon coup, tu es le seul à en avoir subi les effets proprement dits, reprit Shaka. J’ai supprimé ton toucher. Les coups de Milo et d’Aphrodite avaient déjà probablement très fortement affaibli tes sens, mais ma technique peut les détruire totalement et instantanément.
Pour accompagner ses paroles, l’Indien effectua un geste de la main droite. Le corps d’Aiolia parut se déformer et de nouvelles fissures se creusèrent dans son armure. Il ferma les yeux et lâcha un cri à cause de la douleur. Quand ses paupières se rouvrirent, ses pupilles avaient totalement disparu.
- Te voilà à présent privé de la vue.
- Je… Je ne suis pas encore vaincu.
- Si, je t’assure.
Shaka fit encore deux mouvements de la main, le corps d’Aiolia étant cette fois-ci propulsé dans les airs avant d’aller s’écraser sur les dalles. Il saignait à présent abondamment de multiples blessures.
- Il ne te laisse plus que l’ouie, à présent. Alors écoute-moi. Je ne pense que tu sois complice de ton frère, je ne ressens aucun mal ni vice en toi. Tu penses réellement agir pour le mieux en t’opposant à nous. Néanmoins, je ne peux pas te permettre de nous ralentir plus longtemps et, quelles que soient tes raisons, tes actes relèvent de la haute trahison. Il ne nous appartient cependant pas de te juger. Cela sera la tâche du Grand Pope, quand tout cela sera fini et qu’Athéna sera en sûreté.
Shaka effectua un dernier geste, détruisant l’ultime sens du chevalier du Lion. Les trois précédents adversaires de celui-ci furent instantanément libérés de l’influence du Tenbu Horin.
- Camus, je pense savoir que tu disposes des pouvoirs nécessaires pour restreindre les mouvements d’Aiolia, enchaîna rapidement Shaka.
- Oui, répondit l’interpellé après une courte hésitation.
- Assure-toi juste de pouvoir le libérer ensuite…
- Il a subi nos attaques à tous les quatre. Vu l’état dans lequel il se trouve à présent, je ne serai pas obligé d’utiliser mes pouvoirs à leur maximum pour être sûr de l’emprisonner pour plusieurs jours.
Sitôt que le Verseau eut enfermé le frère d’Aioros dans un cercueil de glace, ils purent enfin franchir la Maison du Lion.

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