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Cette fiche vous est proposée par : Johnny


La Confession

Le palais du Grand Pope


Le Grand Pope était assis obstinément sur son trône depuis plus d'une heure et demie. Il n'avait toujours pas compris le sens du réveil de l'Horloge du Zodiaque, en dépit de sa grande expérience, et avait dû se résoudre à rentrer dans son palais et attendre le retour des chevaliers sacrés engagés sur trois fronts. Le représentant terrestre d'Athéna, de temps à autre, avait senti la disparition de plusieurs cosmo-énergies, et n'avait pu s'empêcher d'établir un parallèle avec la Guerre sainte de 1538 :


"Et voilà... Tout recommence comme il y a deux siècles... Des morts dans les deux camps, et ceux qui se trouvaient dans le nôtre sont particulièrement nombreux... Comme en 1538..."


Soudain, un éclair traversa son esprit, signe d'un mauvais pressentiment :


"Oh non, lâcha-t-il... Je... Je viens de sentir la disparition d'une puissante cosmo-énergie... C'est... C'était..."


Une boule se forma dans la gorge du Grand Pope, qui eut le plus grand mal à la déglutir avant de crier d'une voix désespérée :


"ATHENA !!!"


Le cri du vieil homme fut si fort que les deux gardes du palais accoururent vers leur supérieur, l'air inquiet :


"Grand Pope ? Qu'est-il arrivé ?"


Serrant les poings, le chef des chevaliers sacrés répondit :


"Athéna... Son... Son cosmos a disparu !"


"Quoi ?! Non... Grand Pope, Athéna n'est... n'est quand même pas..."


"J'en ai bien peur..."avoua le Grand Pope d'une voix à moitié étouffée par l'émotion.


Les deux sentinelles, sous le choc, laissèrent tomber leurs lances et regardèrent vaguement le plafond de la salle du trône, les yeux marqués par l'idée de la mort rapide d'Athéna. Un silence morbide envahit le palais et n'en sortit pas pendant deux minutes, jusqu'à ce qu'une voix résonnât dans la tête du chef des chevaliers sacrés :


"Grand Pope..."


"Athéna ?"dit le vieil homme en sursautant sur son trône.


"Moi-même... Grand Pope, je n'aurai pas beaucoup de temps pour vous parler, alors écoutez-moi attentivement ! J'ai été prise par traîtrise par un sbire d'Hadès qui m'a enfermée dans une dimension parallèle dont je ne puis me défaire, car j'ai cédé une partie de ma force aux chevaliers sacrés du front des Enfers, afin de les aider à arriver en vie dans le monde des ténèbres ! Cependant, sur les vingt-sept chevaliers engagés dans le Meikai, quinze ont perdu la vie, trois ont réussi à s'éveiller au huitième sens, mais neuf ont assimilé mon pouvoir sans pour autant s'éveiller à ce même huitième sens ! C'est là le sens du réveil de l'Horloge du Zodiaque : ils n'ont qu'un sursis de douze heures, au-delà duquel ils mourront ! C'est... C'est tout ce que j'avais à vous dire, Grand Pope... Restez... Restez au Sanctuaire et... et n'en bougez point... je vous l'ordonne ! Adieu..."


"Athéna !"


Mais la présence télépathique de la déesse de la Guerre venait de s'estomper. Bouleversé par tout ce qu'il venait d'apprendre, le Grand Pope prit sa tête entre ses mains, sous les yeux inquiets de ses gardes :


"Grand Pope... Que... Qu'il y a-t-il ?"


"La situation s'est aggravée... Athéna est prisonnière d'Hadès, neuf chevaliers sont menacés de mort et je dois rester au Sanctuaire..."


"Comment ?"


Le représentant terrestre d'Athéna soupira, puis donna de nouvelles consignes aux deux sentinelles :


"Ecoutez-moi... Vous allez retourner à vos postes et observer attentivement l'Horloge du Zodiaque. Chaque fois qu'une flamme s'éteindra, prévenez-moi ! Avez-vous compris ?"


"Oui, Grand Pope !!"


"Bien... Vous pouvez disposer..."


Bien que les deux gardes n'eurent pas été totalement informés de la nouvelle situation à laquelle le Sanctuaire était confronté, ils repartirent en arrière pour surveiller l'Horloge du Zodiaque, tandis que le Grand Pope s'efforçait de ne pas succomber au désespoir :


"D'abord ce drame qui m'a atteint durant la dernière Guerre sainte, ensuite Athéna et plusieurs chevaliers sacrés en danger... Mon Dieu, faites en sorte que ce monde que vous avez créé ne devienne pas la propriété de l'Empereur des Ténèbres..."


************


Le mont Oural


"Rhadamanthe..."


Boniface laissa échapper ce nom dix secondes après que le Juge des Enfers fût apparu sous ses yeux. Le spectre de la Vouivre fit un saut majestueux depuis le rocher où il se trouvait et retomba en face du chevalier du Lézard, non loin du cadavre de Shimkin, à qui il jeta un coup d'oeil dédaigneux :


"Hmm... Tu as vaincu Shimkin... Ce n'est pas mal, mais cela ne prouve rien... Qui es-tu, chevalier ?"


"Je suis Boniface, chevalier d'argent de la constellation du Lézard !"


A ces mots, Rhadamanthe esquissa un mouvement de la tête en arrière, secouant par la même occasion sa longue chevelure sombre, puis lâcha :


"C'est tout ?"


"Comment ça, tout ?"


"Je vois que tu n'as guère entendu parler des 108 spectres qui composent l'armée de sa majesté Hadès... Je ne vais pas entrer dans les détails, mais sache que les trois Juges des Enfers, dont je fais partie, sont en haut de la hiérarchie militaire de l'Empereur des Ténèbres ! La différence de puissance entre un chevalier d'or et un Juge des Enfers est équivalente à la distance entre la terre et les cieux ! Autrement dit, tu n'as aucune chance contre moi, toi qui n'es qu'un chevalier d'argent !"


"Je ne suis peut-être qu'un chevalier d'argent, rétorqua Boniface, mais j'ai été entraîné par Shad de la constellation du Taureau, l'un des douze chevaliers d'or ! Et cet entraînement va porter ses fruits contre toi, Rhadamanthe, comme il a été fructueux contre Shimkin !"


Le chevalier du Lézard serra son poing pour y concentrer une fraction de son cosmos et en fit une boule d'énergie qu'il projeta sur Rhadamanthe. Mais, à peine Boniface avait lancé son attaque que déjà le juge des Enfers avait disparu de son champ de vision :


"Quoi ?!..."


Tout à coup, le disciple de Shad reçut un violent coup de coude qui l'envoya à terre et fit sauter son casque de sa tête. Boniface se hâta alors de se relever, mais ce fut pour entendre les paroles railleuses de Rhadamanthe :


"Tu es lent, chevalier du Lézard ! Ne veux-tu donc pas comprendre que ce combat est déjà perdu pour toi ?"


"Jamais ! Je ne baisserai pas les bras, tant que j'entendrai mon coeur battre !"


Le chevalier d'argent serra les poings, les colla l'un contre l'autre et un halo rosé vint entourer ses deux mains. Alors que le spectre de la Vouivre se demandait à quoi pouvait bien rimer ce manège, Boniface avança ses poings et cria :


"Lizard Tail !!"


Une queue couverte d'écailles partit des mains du chevalier du Lézard et vint gifler brutalement Rhadamanthe. Surpris, le juge des Enfers ne put riposter et se retrouva soudainement étouffé : la queue créée par Boniface s'était déplacée autour du cou du spectre et se resserrait progressivement. Rhadamanthe, dont le visage commençait à virer au bleu, prit la queue entre ses mains, mais le chevalier du Lézard l'avertit :


"C'est inutile, Rhadamanthe ! La queue que j'ai créée est comme celle d'un lézard : elle repousse quand on la coupe, et bien plus vite qu'on ne le pense ! Tous tes gestes seront inutiles, c'en est fini de toi...!"


Tout à coup, la cosmo-énergie du juge des Enfers, qui défaillait jusque là, se mit à reprendre de l'intensité, sous les yeux inquiets de Boniface. Rhadamanthe, malgré son cou étouffé, parvint à dire à son adversaire :


"Ne... Ne crois pas que je vais te laisser me... me battre aussi aisément !...Je ne perdrai pas contre... contre un misérable chevalier comme toi !... Je... Je te vaincrai... Pour la gloire d'Hadès !!!"


La cosmo-énergie du spectre de la Vouivre augmenta subitement, brisa la queue qui entravait le juge des Enfers, et percuta violemment Boniface, qui fut expédié contre un rocher proche. Le choc ne fut pas mortel, mais l'armure du Lézard avait été brisée partiellement, conséquence de la collision avec le rocher et le cosmos de Rhadamanthe. Ce dernier regarda d'un air dédaigneux son adversaire au tapis, avant de lui dire :


"C'est bien ce que je pensais : tu n'es pas de taille contre moi ! Je crois que je ne vais pas m'amuser à prolonger ce combat dont l'issue est connue d'avance !"


Ces mots méprisants eurent pour effet de faire se relever le chevalier du Lézard qui, malgré sa douleur, répliqua :


"Non... Rhadamanthe... Le... Le combat n'est pas terminé ! Je... Je saurai faire face à n'importe laquelle de tes attaques !"


"Pff... Eh bien, je vais te faire ravaler tes propos présomptueux, chevalier du Lézard !"


Le Juge des Enfers croisa alors les bras, alors qu'un cosmos mauve émergeait derrière lui, puis ce cosmos se retrouva près de ses poings et Rhadamanthe l'envoya contre Boniface. Le chevalier d'argent resta fixe et droit, le regard ferme, ne cherchant pas à se défendre, une tactique déjà employée contre Shimkin de Deep. Et cette tactique sembla de nouveau fonctionner : les coups du spectre de la Vouivre n'atteignirent pas son adversaire. Cependant, ne se décourageant pas, contrairement à son infortuné subalterne, Rhadamanthe redoubla d'efforts, ce qui commença à affoler le disciple de Shad. Boniface esquissa un léger déplacement vers la droite, tout en continuant de regarder fermement son adversaire, mais il sentit soudainement une violente douleur dans le ventre et sur le torse. Dans la foulée, il fut projeté en l'air, puis retomba près du rocher où il avait été expédié auparavant, mais il était encore plus sérieusement blessé et son armure se briserait certainement au prochain coup porté par le Juge des Enfers. Celui-ci jeta un nouveau coup d'oeil au chevalier d'argent, puis, d'un ton sarcastique :


"Bien essayé..."


************


La vallée du vent noir, dans le Meikai


Rune du Balrog venait de revêtir son casque cornu et contemplait avec toujours autant de délectation les visages catastrophés des chevaliers sacrés, qui avaient bien du mal à réaliser la brutale disparition d'Athéna. Le silence recouvrit la vallée durant un certain temps, jusqu'à ce que Damien le rompît :


"Non... Comment... Impossible... Hadès... Ce monstre payera son infamie !"


A ces mots, Rune fronça les sourcils :


"Quelle insolence... Vous osez traiter sa majesté d'infâme, alors que c'est à Athéna que l'on doit la première ruse honteuse de cette Guerre sainte ? Cette déesse fourbe n'a eu que le châtiment qu'elle méritait... Et moi, Rune, je vous ferai payer l'affront que vous avez commis à mon égard !"


Lévi répliqua :


"Tu peux parler ! Nous n'avons pas de leçons à recevoir d'un pervers semi-sodomite ! C'est moi, Lévi de la Licorne, descendant du troisième fils d'Israël, qui te ferai payer tes actes abominables !"


"Bien parlé, Lévi !approuva Pierre. Prends ça, Rune ! Holy Cross !!"


"Unicorn Gallop !!"


Mais, alors que les deux chevaliers de bronze s'étaient jetés sur le spectre du Balrog, ce dernier commença à avancer ses mains et Lévi et Pierre, sans avoir pu comprendre pourquoi, furent renvoyés en arrière et retombèrent durement près des autres chevaliers. Damien et Socrate accoururent près d'eux, mais Rune intervint:


"Ne vous en faites pas... Je n'allais quand même pas m'abaisser à exécuter de misérables chevaliers de bronze ! Non, celui qui devra tomber de ma main... c'est toi, chevalier de la Vierge ! Toi qui as osé lever la main sur moi !"acheva-t-il en montrant Gautama du doigt.


Le gardien de la sixième maison du Zodiaque ne répondit pas immédiatement à l'interpellation du procureur de Minos ; il resta silencieux pendant quelques secondes, mais quand il ouvrit la bouche, sa réponse étonna le spectre du Balrog :


"Non... Me battre contre toi n'aurait pas d'intérêt..."


Rune en fut choqué :


"Comment ? Tu refuses de te battre contre moi ? Tu ferais mieux de reconnaître que tu ne veux pas périr sous mes coups, espèce de lâche !"


"Les raisons qui me poussent à refuser ce combat ne regardent que moi." répliqua le chevalier de la Vierge.


Puis, alors que Rune et les autres chevaliers ne comprenaient toujours pas pourquoi Gautama refusait de se battre, celui-ci se tourna vers son disciple :


"Thérava ?"


"Maître Gautama ?"


"Viens et bats-toi contre Rune..."


Le chevalier du Paon n'en revenait pas :


"Comment ? Mais... Mais, maître, je ne suis qu'un chevalier d'argent..."


"Tu le sais depuis longtemps, mon disciple, c'est le cosmos, et non son armure, qui fait le potentiel d'un chevalier..."


Le spectre du Balrog se mit à sourire d'aise :


"Inconscient ! D'abord tu refuses de m'affronter en combat singulier et maintenant tu sacrifies ton élève à ta place ?"


"Je ne le sacrifie nullement, je sais qu'il te vaincra, Rune..."


"Mais, maître..."


Le chevalier de la Vierge rétorqua d'un ton calme et autoritaire à la fois :


"Thérava, ma décision est prise : tu te battras contre Rune du Balrog, car telle est ma volonté... N'oublie pas qu'en tant que disciple, tu me dois respect et obéissance..."


Presque immédiatement, une légère aura dorée prit forme autour de Gautama. Elle était de faible ampleur, mais suffit à impressionner Thérava, qui recula de deux pas, puis inclina la tête vers son mentor :


"Bien, maître... Si telle est votre volonté, je l'exécuterai..."


Le chevalier de la Vierge répondit par un sourire, puis le jeune chevalier d'argent avança d'un pas hésitant vers le pont de la vallée du vent noir, sous les regards pleins d'appréhension des autres chevaliers et sous les yeux moqueurs de Rune :


"Un chevalier d'argent contre un serviteur du seigneur Minos... Je ne veux pas que cet affrontement tourne à la farce, mais je crains qu'il n'en soit ainsi..."


Le spectre du Balrog déploya ses bras et son cosmos émergea tout autour de lui, tandis que se profilait la silhouette du Balrog, ce gigantesque monstre ailé, armé d'une langue de feu et d'un fouet, que J. R.R. Tolkien ferait figurer dans le premier tome de son Seigneur des Anneaux plus de deux siècles plus tard. Thérava répliqua en concentrant à son tour sa cosmo-énergie et fit apparaître le Paon, l'animal favori de la déesse Héra dans la mythologie grecque, derrière lui. Les deux adversaires s'observèrent silencieusement et attentivement, sous les regards soucieux des autres chevaliers sacrés... puis se jetèrent l'un sur l'autre.


Le combat de la vallée du vent noir venait de commencer.


Le chevalier du Paon avança un poing vers Rune, mais ce dernier l'esquiva au dernier moment, sentant juste siffler le déplacement du vent à ses oreilles. Il répliqua en envoyant un brusque coup de coude dans le dos de Thérava, qui s'écroula sur le pont.


"Quelle lenteur ! fit le spectre du Balrog. Quelle idée sotte a eue ton maître en t'envoyant me combattre !"


Bien qu'il eût son souffle coupé partiellement par le choc, le chevalier d'argent s'efforça de se relever pour de nouveau faire face à son adversaire, qui ne semblait pas inquiet quant à l'issue du combat :


"C'est bien, tu te relèves... Malheureusement en vain !"


Avant que Thérava n'ait pu réagir, Rune lui envoya un violent coup de poing dans la mâchoire, ce qui fit cracher du sang au chevalier du Paon. Profitant de son avantage, le spectre du Balrog asséna un coup de poing dans le ventre de son opposant, puis un autre coup de poing au visage, et enfin un coup de genou dans l'abdomen de Thérava, qui se retrouva de nouveau au tapis. Près de l'entrée du pont de la vallée noire, les autres chevaliers commençaient à s'alarmer sur la tournure que prenait le combat :


"Chevalier de la Vierge, dit Néhémie, on ne peut pas laisser Thérava se faire battre comme ça !"


"Néhémie a raison, approuva Shion, il faudrait porter secours à ton disciple, Gautama !"


Mais l'être le plus proche de Dieu rejeta catégoriquement cette suggestion :


"Il n'en est pas question. Ce combat est celui de mon disciple, c'est à lui de trouver en soi les forces nécessaires pour défaire Rune du Balrog..."


Mais à l'heure actuelle, le chevalier du Paon n'arrivait pas à résister à Rune, qui continuait de le malmener du mieux qu'il le pouvait. Après lui avoir porté un nouveau coup de poing au menton, le procureur de Minos regarda son adversaire d'un air méprisant et lui dit :


"Chevalier du Paon, je crains que ce combat ne tourne au pastiche ! Je vais donc t'envoyer dans l'enfer qui te convient le mieux !..."


Mais brusquement, Rune sentit une main posée contre son poing, une main qui l'empêchait d'agir. Il ne mit pas longtemps à comprendre que Thérava, dans un ultime sursaut, venait de l'empêcher de déclencher la "Réincarnation" contre lui. Dans le même temps, une aura verte entourait le chevalier d'argent, qui murmura :


"Mon... Mon cosmos... Réveille-toi et permets-moi de tenir contre Rune !"


"Tu prends tes désirs pour des réalités, chevalier, rétorqua froidement le spectre du Balrog. Le début de ce combat aurait pourtant dû t'indiquer le nom de celui qui l'emporterait !"


Thérava répliqua, tout en se remettant debout :


"Rune... Un combat n'est jamais gagné d'avance, tant... tant que l'autre n'est pas encore mort ! Et moi, je te jure d'en finir avec toi, même si je dois y laisser la vie !"


"Soit... Je crois qu'effectivement, tu vas trépasser, chevalier du Paon... Et, ce, dans la minute qui va suivre...!"


"Par l'Attaque du Million de Mains !!"


"Quoi ?!..."


Soudain, Rune sentit que plusieurs centaines de coups de poings pleuvaient sur lui. Le spectre du Balrog tâcha de se déplacer pour éviter les coups du disciple de Gautama, mais ceux-ci étaient bien trop nombreux pour lui laisser une quelconque marge de manoeuvre, aussi en reçut-il de nouveaux, puis, au bout de cinq secondes, il fut envoyé contre l'un des piliers qui marquaient la sortie du pont de la vallée noire. Thérava laissa tomber un genou à terre, puis contempla son ennemi étendu :


"Bien, souffla-t-il... J'ai... J'ai réussi à lui porter plusieurs coups..."


Tout à coup, Rune se releva dans la seconde qui suivit, sous les yeux stupéfaits du disciple de Gautama et des autres chevaliers. Le procureur de Minos observa brièvement ses ennemis, avant de lâcher :


"Vous faites peine à voir, chevaliers d'Athéna... Croyiez-vous vraiment que ce misérable allait pouvoir m'abattre de la sorte ?"


Comme ni Thérava, ni ses compagnons ne pouvaient répondre, ce fut Rune qui s'en chargea :


"Je reconnais que ton attaque, chevalier du Paon, était pour le moins suprenante... Mais elle était encore bien insuffisante contre moi ! Certes, elle a pu me blesser à la bouche et fissurer partiellement mon surplis, mais cette technique a beaucoup de failles, même un spectre terrestre y aurait survécu !"


Le chevalier d'argent se mit à trembler tout le long de son corps, tant il avait du mal à encaisser son échec, une perte de confiance que le spectre du Balrog savoura avec délice :


"Bien, très bien... Je vois que tu commences à redevenir lucide, chevalier... Dans ce cas, je vais pouvoir achever ce que j'avais commencé !"


Rune concentra de nouveau sa cosmo-énergie, faisant trembler le pont au risque de le détruire, tandis que derrière lui se profilait la silhouette du Balrog...


************


La Thrace, dans l'Empire ottoman


Alors que Trassos s'apprêtait à quitter le champ de bataille, il avait entendu un râle douloureux derrière lui. Se retournant vivement, le spectre des Chevaux de Diomède aperçut Gregorios, qui se donnait du mal pour se remettre debout et poursuivre le combat, mais ce n'était pas une chose aisée : la morsure des cavales du roi de Thrace continuait à diffuser ses effets dans son corps et son sang s'écoulait peu à peu sur le sol. D'un air sceptique, Trassos s'adressa au chevalier de bronze :


"Chevalier du Petit Cheval, comme tu l'as constaté, la Bloody Horses Fang est une technique redoutable ! Bien que tu n'y aies pas succombé immédiatement, cela ne devrait plus tarder, car ton sang coule de tes plaies et tu finiras par trépasser d'une hémorragie !... En d'autres termes, chevalier, dépose les armes, et laisse-moi t'envoyer dans l'autre monde rapidement...!"


"Little Horse Riding !!"


"Que...?"


Sans avoir pu réagir, le spectre des Chevaux de Diomède reçut un coup violent dans l'estomac et fut envoyé au tapis, le souffle coupé. Toutefois, si Gregorios était parvenu à toucher son adversaire, cela lui avait demandé une certaine quantité d'énergie, aussi mit-il un genou à terre juste après avoir frappé Trassos. Celui-ci, cependant, ne resta qu'une dizaine de secondes à terre, et se releva, un regard courroucé vers son adversaire :


"Grrr... Tu portes l'armure du Petit Cheval, mais tu aurais dû être protégé par la constellation du Rat si elle avait existé ! Car tu as agi sournoisement, comme un vulgaire rat de caniveau !"


Le jeune chevalier de bronze rétorqua :


"Nous sommes en plein combat, Trassos ! Ce n'est pas moi qui ai agi en traître, c'est toi qui as été imprudent ! Et cette imprudence finira par te mener à ta perte !"


Serrant les poings, Gregorios laissa se dessiner un cheval, sa constellation protectrice, derrière lui, puis fonça sur un spectre d'Hadès surpris en criant :


"C'est fini pour toi, Trassos ! Little Horse Mad Kick !!"


Sans prévenir, le chevalier du Petit Cheval se retourna, dos face à son adversaire, et lui administra deux violents coups de pieds, semblables à une ruade. Du sang s'échappa de la bouche du spectre des Chevaux de Diomède, et il s'écroula dans son sang. Gregorios, quelque peu épuisé par son effort, haleta un bref instant, puis un sourire pâle apparut sur ses lèvres :


"Je... J'ai réussi ! J'ai vaincu Trassos !"


Il haleta une fois de plus, puis se retourna et aperçut Arkantos, qui était toujours inconscient. S'inquiétant de l'état de santé de son ami, il commença à accourir vers lui :


"Arkantos !! Est-ce que ça va...?"


Mais une violente poussée de cosmo-énergie émergea derrière Gregorios, l'obligeant à cesser subitement sa course, puis une voix familière se fit entendre :


"Tu as échoué, chevalier !!"


"Quoi ?"


Le chevalier du Petit Cheval fit demi-tour et aperçut Trassos, qui était pratiquement indemne. Certes, du sang coulait de sa bouche et son casque à l'effigie de deux des cavales de Diomède avait été à moitié brisé, mais le spectre ne paraissait guère affecté par le coup de son adversaire, comme il le confirma de vive voix :


"Ta technique est un peu plus puissante que je ne l'avais estimé, chevalier... Mais elle est encore bien trop faible contre moi ! Si c'est tout ce dont tu es capable, je vais t'achever immédiatement !"


Trassos leva ses poings et plia ses bras, tandis que les cavales du roi de Thrace vaincu par Héraclès se profilaient derrière lui, puis poussa son cri d'attaque :


"Bloody Horses Fang !!"


Gregorios sourit :


"Imbécile ! Cette fois-ci, ça ne marchera pas, j'ai déjà vu cette attaque...!"


Tout à coup, le spectre des chevaux de Diomède fonça sur le chevaliers de bronz, poings en avant; puis changea brutalement de technique :


"Carnivorous Magma !!"


"Quoi ?!"


Un violent magma de lave partit des poings de Trassos et enroba Gregorios, qui fut envoyé dans les cieux de Thrace en hurlant à la mort. Le magma généré par le spectre n'était pas ordinaire ; il était brûlant et acide, aussi acide que les sucs dégagés par les estomacs des cavales anthropophages de Diomède. Alors que l'infortuné chevalier allait s'écraser sur le sol tôt ou tard, Trassos, plus grisé que jamais, lança à son opposant :


"C'est fini pour toi, chevalier !... Bloody Horses Fang !!"


Totalement sous l'emprise du Carnivorous Magma, Gregorios ne put réagir et encaissa stoïquement les morsures de Brillante, Rapide, Blondine et Terrible avant de s'écraser violemment. Il lâcha avec peine deux ou trois râles de souffrance, puis cracha du sang et sa tête s'inclina sur le côté. Désormais victorieux, Trassos regardait le cadavre de son adversaire, dont s'échappait une fumée sombre, avec un sourire satisfait :


"C'est parfait ! Deux chevaliers vaincus en peu de temps ! Le seigneur Rhadamanthe sera content de moi !!"


Tournant le dos au corps du chevalier du Petit Cheval, le spectre se mit à courir vers un endroit dont lui seul connaissait l'emplacement, mais un cri de douleur le retint :


"NON !! GREGORIOS !!"


Le spectre des Chevaux de Diomède se retourna brusquement et vit Arkantos de Pégase, à genoux et en larmes devant le cadavre de son ami.


************


La Giudecca, quatrième sphère du Meikai


Hadès restait inlassablement sur son trône. Son regard vague indiquait qu'il était perdu dans ses pensées, mais il n'avait toujours pas oublié l'acte d'Athéna en faveur de ses chevaliers sacrés :


"Maudite déesse... Elle a osé s'opposer au destin qui avait été choisi pour ces chevaliers... J'espère qu'elle a payé son forfait..."


Le sombre monarque s'interrompit subitement dans ses pensées, car il venait d'entendre des pas répétitifs dans sa direction. Levant les yeux, il aperçut Moloch, son âme damnée, qui venait dans sa direction d'un pas lent, mais avec le sourire aux lèvres. Une fois aux pieds de l'escalier menant au trône de l'Empereur des Ténèbres, Moloch s'agenouilla devant ce dernier et lui apporta la bonne nouvelle tant attendue :


"Majesté Hadès, Athéna est prisonnière d'une dimension parallèle !!"


"Vraiment ?"fit le dieu d'un ton désinvolte.


"Tout à fait ! Le spectre de l'étoile céleste de la désorientation, Parker du Labyrinthe, a enfermé Athéna dans un espace-temps créé par ses propres soins, alors que votre ennemie jurée commençait à traverser la quatrième prison. Il est venu me le confirmer de vive voix, tandis que je me trouvais avec Minos dans la Toloméa ! A présent, Athéna est en notre pouvoir, nous pouvons en faire ce que nous voulons !"


Moins exalté que son âme damnée, Hadès lui répondit d'une voix placide :


"Athéna restera dans cet espace-temps parallèle jusqu'à ce que ses chevaliers sacrés soient éliminés d'une façon ou d'une autre. Après quoi, tu ordonneras à Parker de la libérer et de la laisser reprendre sa route vers la Giudecca... Je veux pouvoir l'y affronter en personne et lui faire payer ses actes."


"Vraiment ?"lâcha le vieil homme, surpris.


"J'ai pris ma décision, Moloch, et je compte m'y tenir. A présent, laisse-moi seul et retourne à la Toloméa."ordonna le sombre monarque.


Moloch, encore surpris par la décision prise par son supérieur, mit quelques secondes avant de s'incliner :


"Entendu, votre majesté..."


L'âme damnée d'Hadès se leva donc et s'en retourna vers la Toloméa, laissant son maître à ses pensées.


************


Cette progression du récit venait de surprendre le révérend Trevor :


"John... Je ne comprends pas... Hadès... Hadès ne semblait nullement enthousiasmé quand Moloch est venu lui annoncer la nouvelle de la capture d'Athéna..."


"Il était bel et bien satisfait, révérend, mais il ne le montrait pas... Hadès n'était pas un dieu qui montrait aisément ses sentiments, comme d'autres le constateraient bientôt..."


Le jeune homme soupira brièvement, avant de reprendre :


"D'un autre côté, quand j'y repense, je me demande s'il n'était pas plutôt attristé de devoir en arriver là..."


Surpris, Trevor demanda à son ami, presque indigné :


"John, que... qu'avez-vous dit ?"


"Révérend, la possession de mon corps par Hadès m'a laissé des traces, comme vous vous en êtes peut-être rendu compte... Cela m'a notamment permis de mieux cerner l'état d'esprit du sombre monarque... En attendant, il venait de prendre une nouvelle décision..."


************


Le royaume de Skygard


Eaque marchait dans la neige, l'air préoccupé. Non seulement il avait dû abandonner temporairement sa mission d'éliminer les habitants de Skygard, mais en plus, cela faisait presque deux heures qu'il marchait et qu'il n'avait toujours pas rencontré de chevaliers sacrés :


"Je commence à me lasser ! Toujours aucun chevalier d'Athéna en vue, à croire qu'ils ont peur ! Si seulement je pouvais au moins me raccrocher à ma mission initiale, qui est de réaliser la malédiction jetée sur Skygard par sa majesté ! Mais cette dernière l'a ajournée, à cause de négociations avec Athéna, dont je doute fort qu'elles aboutissent..."


"Eaque..."


Le coeur du spectre de Garuda bondit dans sa poitrine :


"Majesté Hadès ?"


"Lui-même... Eaque, je te parle par télépathie, car je viens de procéder à un changement dans mes projets !"


"Quel changement, votre majesté ?"


"Athéna a aidé certains de ses chevaliers à venir en vie dans le Meikai ! Par conséquent, non seulement je l'ai punie en la faisant enfermer dans une dimension parallèle, mais j'ai également considéré que, par son forfait, elle avait renoncé à négocier avec moi le sort de Skygard ! Aussi, Eaque, le projet d'élimination totale des habitants de Skygard revient au premier plan ! Elimine tous les habitants de ce royaume impie que tu croiseras sur ta route !"


A ces mots, le sourire regagna le visage d'Eaque, qui répliqua :


"Majesté Hadès, j'exécuterai votre volonté sans états d'âme ! Skygard et ses habitants seront anéantis bien avant la naissance d'Utopia !"


"Je n'en attends pas moins de toi, Eaque ! Je te laisse, à présent..."


La présence mentale de l'Empereur des Ténèbres disparut aussitôt, mais le Juge des Enfers gardait le sourire :


"Très bien... J'ai donc une raison supplémentaire de poursuivre ce périple dans ce pays ingrat !"


Il reprit alors sa marche d'un pas plus vif qu'avant, bien décidé à agir proprement sur les deux tableaux...


************


La vallée du vent noir, dans le Meikai


Thérava, tétanisé, voyait le Balrog apparaître derrière Rune, qui semblait plus que jamais décidé à en terminer avec son adversaire :


"Chevalier du Paon, lança le procureur de Minos, tu vas connaître la puissance du Balrog, ce monstre légendaire ! Il ne fera qu'une bouchée de ta constellation protectrice, le Paon, qui perdra ses plumes et son orgueil, par la même occasion !"


Malgré le ton ironique de Rune, le chevalier d'argent n'avait pas le coeur à sourire : la puissance dégagée par le spectre était telle qu'elle doublait, voire triplait la puissance des vents qui soufflaient sur le pont, obligeant Thérava à se protéger le visage de ses mains. Rune, qui faisait peu de cas du désarroi du disciple du chevalier de la Vierge, lui dit :


"Chevalier, prépare-toi à combattre ou à mourir !"


Le spectre du Balrog se jeta aussitôt sur le chevalier du Paon qui, voyant l'allure que prenait le cours des événements, se décida à riposter :


"Par l'Attaque du Million de Mains !!"


Mais à sa grande surprise, et malgré tous les coups envoyés, Rune esquiva la quasi-totalité d'entre eux et semblait insensible à ceux qu'il encaissait. En revanche, Thérava sentit une violente douleur dans son corps, due à une vague d'énergie expédiée par le spectre du Balrog, qui sourit narquoisement à son adversaire :


"Eh bien, chevalier du Paon ? Aurais-tu perdu de ta superbe ? Je crois que je vais bientôt en finir avec toi et tes compagnons, et vous irez tous rejoindre Athéna dans les limbes !"


A ces mots, le sang de Thérava ne fit qu'un tour :


"A... Athéna... C'est vrai... J'avais oublié sa situation... Si... Si je n'agis pas rapidement, il lui arrivera malheur..."


Malgré sa souffrance, le chevalier d'argent se releva et regarda Rune en fronçant les sourcils. Un regard qui n'émut nullement le procureur de Minos :


"Pff... Crois-tu que c'est en affichant ce regard mécontent que tu vas m'intimider, chevalier ?... Je crois qu'il est de mon devoir de te détromper !..."


Tout à coup, il entendit Thérava parler une langue qui lui était inconnue, et pour cause ; c'était du sanskrit, l'un des nombreux dialectes du sous-continent indien. Le spectre de Minos ne fut pas le seul à devenir perplexe en écoutant les paroles obscures du chevalier du Paon : à l'exception de son mentor, tous les chevaliers sacrés ouvraient grand la bouche devant ce phénomène :


"Que... Qu'est-ce que Thérava peut bien faire ?"lâcha Damien.


"Il a l'air de parler une langue étrangère, mais je ne saurais dire laquelle..."ajouta Elvira.


Ce fut alors qu'un autre phénomène étrange survint : les plumes de paon qui étaient collées dans le dos de l'armure de Thérava se mouvèrent lentement dans les airs, puis se soulevèrent jusqu'à former une parfaite roue, comme pouvait le faire le Paon que la déesse Héra avait choisi comme emblème. La roue qui venait d'apparaître dans le dos du disciple de Gautama s'illumina en une seconde, ce qu'eut du mal à comprendre Rune :


"Que... Que va-t-il faire ?"


Le cri poussé par le chevalier du Paon lui donna la réponse à sa question :


"Flying Daggers !!"


En un éclair, des centaines de plumes lumineuses quittèrent le dos de l'armure de Thérava et fondirent sur le spectre du Balrog à une vitesse prodigieuse. S'inquiétant pour de bon, Rune sauta dans les airs et tâcha d'esquiver l'attaque du chevalier d'argent, mais en vain : plusieurs coups furent portés à ses quatre membres, ainsi qu'au plastron de son surplis. Le procureur de Minos se mit à hurler de douleur durant le temps que les Flying Daggers le frappèrent, puis il chuta au beau milieu du pont de la vallée.


Thérava, heureux mais essoufflé par son effort, posa un genou à terre et contempla le corps inerte de son adversaire. Retrouvant le sourire, il se tourna vers les autres chevaliers :


"Maître Gautama !! Mes amis !! J'ai réussi ! J'ai vaincu Rune du Balrog !"


"Ne sois pas si sûr de toi, chevalier..."


"Quoi ?!"


Le chevalier du Paon se retourna aussitôt et vit Rune, sérieusement blessé, mais vivant, se remettre debout. Il y eut alors le silence pendant un certain laps de temps, l'on n'entendait plus que les battements de coeur du spectre et des chevaliers sacrés, ainsi que le souffle du vent sur le pont de la vallée noire. Finalement, Rune reprit la parole le premier :


"Bien... Bien joué, chevalier du Paon... Ta technique n'était pas mauvaise, mais c'était encore insuffisant pour m'abattre ! De toute façon, quelques soient les coups que tu utiliseras contre moi, je me relèverai toujours, pour la gloire d'Hadès !!"


"Je n'en suis pas si sûr, Rune ! Tu ne m'as pratiquement rien montré jusque là ! Je ne vais pas m'amuser à éterniser ce combat ! Je vais en finir pour de bon, cette fois-ci !"


Croisant les mains, Thérava ferma les yeux et se remit à psalmodier en sanskrit. Malheureusement, le procureur de Minos saisit l'occasion pour attaquer :


"Je me suis déjà laissé prendre une fois, je ne me ferai pas avoir une seconde fois, chevalier !"


Il brandit son fouet accroché à sa taille et cria :


"FIRE WHIP !!"


Aussi, alors que les plumes de paon de l'armure de Thérava commençaient à se soulever dans les airs, le fouet du spectre du Balrog se déploya et se resserra autour du chevalier d'argent, qui fut interrompu dans sa manoeuvre et poussa un brusque cri de douleur. Son mentor fronça les sourcils, tandis que les autres chevaliers hurlèrent, horrifiés :


"THERAVA !!!"


************


 


Le mont Oural


Boniface, quelque peu décontenancé par son échec face à Rhadamanthe, ne put s'empêcher de serrer les dents en écoutant les paroles sarcastiques du spectre de la Vouivre. Mal à l'aise, il lâcha :


"Comment... Comment as-tu pu ?"


"En tant que Juge des Enfers, je puis aisément approcher la vitesse de la lumière ! En revanche, toi, tu n'es pas capable de dépasser mach 5 ! Par conséquent, étant donné la différence de nos vitesses d'exécution, il a été facile pour moi de voir ta tactique défensive ! Tu crées plusieurs courants d'air à partir de tes mains, des cercles d'air qui agissent comme une barrière de protection pouvant repousser les attaques de tes ennemis... ce que j'ai pu constater quand tu as affronté Shimkin !"


"Comment ?"lâcha le chevalier du Lézard, surpris par la nouvelle.


Rhadamanthe sourit :


"Je te félicite pour ta concentration... Tu étais tellement occupé à te battre que tu ne m'as pas aperçu près de toi et Shimkin... J'ai pu aisément voir que tu repoussais toutes ses attaques grâce à ta barrière de protection... Shimkin n'étant qu'un spectre terrestre, il n'y voyait que du feu, mais pour moi, c'était autre chose... Ceci étant dit, même si je n'avais pas été présent sur votre lieu de combat, le résultat aurait été le même !"


"Non !!protesta Boniface en se relevant vivement. Même si je dois mourir, tu périras avec moi !... Et je vais te renvoyer dans le monde des ténèbres grâce à ça !!"


Le chevalier d'argent plaça ses mains devant lui tout en concentrant son cosmos, puis hurla à la face du Juge des Enfers :


"Adieu, Rhadamanthe !! Marvel Triper !!"


Le spectre de la Vouivre fut projeté dans les airs par le tourbillon que pouvait créer Boniface. Ce dernier observa attentivement la trajectoire de son adversaire pendant quelques secondes, mais finit par se rendre compte que Rhadamanthe avait disparu comme par magie :


"Quoi ? Mais... Mais où est-il ?..."


Comme un écho, un violent coup de pied atterrit dans la mâchoire du chevalier du Lézard, qui retomba face contre terre. A demi-inconscient, il entendit une voix sarcastique qu'il connaissait bien :


"Qu'en dis-tu, chevalier ?"


Rhadamanthe était parvenu à se dégager du Marvel Triper et avait presque immédiatement riposté. Bon prince, il recula de deux pas, laissant à son adversaire le temps de se relever, mais c'était pour mieux le railler :


"Pauvre imbécile... Je te l'ai pourtant déjà dit, j'ai assisté à la majeure partie de ton combat contre Shimkin ! J'ai donc été capable de voir non seulement ta défense, mais aussi ton attaque ! Sans parler de ta piètre vitesse d'exécution !"


"Non ! protesta Boniface d'un ton presque désespéré. Ma... Ma prochaine attaque te coûtera la vie !... Marvel Triper !!"


Le disciple de Shad déclencha de nouveau son attaque la plus puissante, mais cette fois-ci, Rhadamanthe resta debout. Pis encore : il bloqua le tourbillon d'une seule main et le renvoya vers son expéditeur sans effort. L'infortuné chevalier du Lézard voltigea en l'air pendant plus d'une dizaine de secondes, avant de s'écraser brutalement au sol. Les plaies que le spectre de la Vouivre lui avait infligé s'agrandirent et son armure vola en éclats, il n'en restait plus que des débris sur son corps. Le Juge des Enfers soupira de lassitude :


"Pff... Se faire avoir par sa propre attaque... Faut-il être stupide à ce point... Chevalier du Lézard, ce combat tourne à la farce, comme je te l'avais dit au début ! Par conséquent, il est grand temps de te porter le coup de grâce !"


Déployant ses bras, Rhadamanthe concentra son cosmos, tandis que Boniface, qui avait le plus grand mal à se relever, vit apparaître la figure d'un monstre relevant à la fois du dragon et du serpent. Commençant à s'alarmer, le chevalier d'argent fit de vagues gestes avec ses poings, mais son adversaire ne lui laissa nullement le temps d'agir :


"Chevalier, tu étais plus coriace que je ne le pensais, mais au final, la logique de ce combat aura été respectée ! Adieu ! GREATEST CAUTION !!!"


Une grosse boule d'énergie partit des poings de Rhadamanthe et percuta Boniface avec force. Le disciple de Shad perdit l'équilibre et fit une chute terrible depuis l'endroit où il se trouvait, avant de s'écraser contre un rocher, le corps couvert de plaies dues aussi bien au spectre de la Vouivre qu'à sa chute. Une fumée noire partit du corps mutilé et désarticulé de Boniface, mais cela ne surprit nullement Rhadamanthe, qui esquissa un sourire avant de lâcher :


"Bien... Je n'ai plus rien à faire ici ! J'espère que mon prochain adversaire sera plus digne de moi que ce misérable !"


Tournant le dos au cadavre du chevalier d'argent, le Juge des Enfers s'en alla vers un nouveau champ de bataille...


************


La vallée du vent noir, dans le Meikai


Les chevaliers sacrés, terrifiés, regardaient Thérava qui se débattait pour se libérer du fouet de Rune, mais ses efforts étaient vains : plus il bougeait, plus l'emprise du fouet se faisait forte. Le procureur de Minos, avec un certain air de satisfaction, observa le chevalier qu'il tenait en son pouvoir avant de lui dire :


"C'est inutile... Tous tes efforts seront vains, chevalier... Plus lourd est le poids de tes péchés, plus le fouet du Balrog se resserre autour de toi..."


Tout à coup, le chevalier du Paon cracha du sang, ce qui fit frissonner ses compagnons, mais fit sourire le spectre du Balrog :


'Bien, très bien... Je vois que le supplice du Fouet du Jugement se fait plus dur... Dans une minute, tout sera terminé pour toi... Peut-être même dans moins longtemps que prévu..."


Déjà du sang commençait à s'écouler des bras et des jambes de Thérava, qui serrait les dents pour ne pas hurler à la mort. En dépit de sa souffrance, le disciple de Gautama eut la force de penser :


"Quelle... Quelle puissance a ce fouet... Je... Je me sens presque étranglé... Vais-je être découpé en morceaux ?... Je... Je sens la fin se rapprocher... Peut-être... Peut-être est-ce mieux ainsi, je... je ne sentirai plus cette douleur..."


Le chevalier du Paon commença à perdre conscience, sentant que son trépas approchait, quand un mot auquel il venait de songer ressurgit dans son esprit :


"La... La douleur... La douleur... Je... Je me souviens d'une des paroles de maître Gautama, quand nous étions en Inde !"


 


************


La vallée du Gange, en Inde, six ans plus tôt


Sous l'ombre d'un saule pleureur, un jeune homme aux longs cheveux châtains et doté de deux points rouges au milieu du front méditait en compagnie de cinq à six jeunes garçons âgés de dix à treize ans. Le jeune homme en question se nommait Gautama et était chevalier d'or de la Vierge depuis quelques années. Depuis un an, il entraînait cinq à six disciples, dont le meilleur serait jugé le plus digne d'obtenir l'armure d'argent du Paon. D'un ton solennel, le dénommé Gautama s'adressa à ses élèves par télépathie :


"Ecoutez-moi, mes disciples. L'entraînement que je vous prodigue depuis plus d'un an reposera pour une infime partie sur des exercices physiques, mais pour la majeure partie, il vous faudra vous consacrer à la méditation et à l'accès à la plénitude de la sagesse ! Mais pour cela, il vous faudra vous détacher de toute souffrance en ce monde ! Ecoutez les paroles du Bouddha et tâchez de les mettre en pratique durant les cinq années qui vous restent !"


Le chevalier de la Vierge marqua une courte pause, puis communiqua mentalement les enseignements du Bouddha :


"Ce qu'est la douleur, voilà ce que je vous ai annoncé. Ce qu'est l'origine de la douleur, voilà ce que je vous ai annoncé. Ce qu'est l'abolition de la douleur, voilà ce que je vous ai annoncé. Ce qu'est la voie pour y parvenir, voilà, ô disciples, ce que je vous ai annoncé. Réfléchissez-y..."


************


Thérava se souvenait de tout ça. Il avait médité les paroles de son maître durant le temps que dura son entraînement et un jour, en faisant le vide dans son esprit et en faisant exploser sa cosmo-énergie, il avait atteint le nirvana, l'extinction de toute souffrance. Et il venait juste de comprendre comment rompre l'étreinte du fouet du Balrog :


"Oui... Je... Je dois faire abstraction de la douleur et m'en remettre à la puissance de mon esprit ! Je... Je dois encore atteindre le nirvana, faire brûler mon cosmos et... et alors seulement, je me libérerai du Fouet du Jugement !"


Le chevalier d'argent ferma alors les yeux et cessa de se débattre, bien que l'emprise du fouet se fît de plus en plus pesante. Rune fut ravi de voir son adversaire se calmer :


"C'est bien... Tu deviens raisonnnable... A présent, je vais pouvoir t'envoyer dans la prison qui convient le mieux à tes péchés...!"


Soudain, une aura dorée fit son apparition autour du corps de Thérava, dont la présence semblait pourtant s'être dissipée.


"Que... Que se passe-t-il ?"balbutia le spectre du Balrog.


Le halo doré se fit de plus en plus grand et de plus en plus brillant autour du chevalier du Paon. Tandis que les chevaliers de bronze et d'argent, ainsi que Shion, Bosching et Eon s'interrogeaient sur ce phénomène, Gautama souriait :


"Très bien... Mon entraînement a bel et bien porté ses fruits..."


De son côté, Thérava ne se débattait plus du tout, il semblait même ne plus ressentir les plaies infligées par le fouet de Rune, ce que ne comprit pas ce dernier :


"Ce... C'est impossible !! Il ne crie plus, ne hurle plus ! Pourtant... Pourtant l'emprise du Fouet du Jugement continue de s'accroître !"


Mais plus le fouet se resserrait autour de Thérava, plus son cosmos augmentait. Tout à coup, alors que le procureur de Minos estimait que l'emprise de son fouet ne tarderait pas à atteindre son paroxysme, le chevalier d'argent ouvrit la bouche :


"OHM !!"


Et, en quelques secondes, le fouet se déroula peu à peu autour du corps du disciple de Gautama, jusqu'à le libérer totalement de son emprise. Devant ce coup de théâtre, Rune et les chevaliers sacrés laissèrent échapper un cri de surprise, d'autant que Thérava n'avait que quelques égratignures sur le corps et son armure était à peine endommagée.


"Co... Co... Comment as-tu pu échapper au châtiment que te réservait mon fouet ?"bégaya presque le spectre du Balrog.


"Rune, répliqua Thérava, la force de ton fouet est aussi sa faiblesse ! Il culpabilise ses victimes en leur infligeant une douleur plus ou moins aigüe selon la gravité de leurs péchés ! Mais cette force ne repose que sur la souffrance de ses victimes ! Or, moi, qui ai appris dans la vallée du Gange à faire abstraction de la douleur selon les enseignements de maître Gautama, j'ai pu m'élever au-delà de cette souffrance et me libérer de l'emprise de ton fouet, Rune !!"


Le spectre du Balrog écouta attentivement les paroles de son adversaire, mais lui répondit froidement :


"Ne me raconte pas d'histoires... La fonction première du fouet du Balrog est de faire souffrir les pécheurs... Par conséquent, même si la chance t'a permis d'en réchapper une fois, la deuxième fois sera fatale pour toi, chevalier !"


Un sourire sarcastique apparut sur le visage du disciple de Gautama, qui rétorqua :


"Vraiment ? Pourtant, j'ai eu l'occasion de constater que tu n'avais pas mené une vie d'ascète avant d'entrer au service d'Hadès, bien au contraire !"


"Tais-toi !! Depuis la nuit des temps, ma famille a toujours servi sa majesté Hadès en assistant le seigneur Minos ! Et je n'échappe pas à cette règle ! Je te châtierai pour tes péchés, chevalier !... Fire Whip !!"


Le fouet de Rune se déroula et fondit sur Thérava, mais ce dernier ferma les yeux, joignit ses mains et cria :


"OHM !"


Tout à coup, alors que le fouet du Balrog n'était plus qu'à cinq centimètres du chevalier d'argent, il s'arrêta subitement dans sa course, puis fit marche arrière et se dirigea vers Rune, qui semblait en avoir perdu le contrôle. Le procureur de Minos se mit à balbutier des paroles incompréhensibles, semblant supplier au fouet de s'arrêter, mais en vain : un violent claquement résonna aux oreilles des chevaliers, puis un autre, et un casque cornu fendu en deux vola dans les airs avant de tomber au fond de la vallée noire. Celui de Rune. Gautama excepté, les chevaliers sacrés ouvrirent grand la bouche en voyant le spectre du Balrog à terre, la main sur la moitié gauche de son visage qui semblait être ensanglantée. Le Fouet du Jugement s'était retourné contre son possesseur et l'avait frappé au visage à deux reprises. Serrant les dents pour ne pas gémir de douleur, Rune ôta sa main de son visage, laissant apparaître une balafre qui l'avait presque défiguré, puis regarda Thérava avec colère :


"Maudit sois-tu, chevalier... Je vais te faire payer ton offense à mon égard..."


"Ce n'est pas à moi qu'il faut t'en prendre, mais à toi... Je ne suis pas parfait, mais tu ne vaux pas mieux, Rune : tu as fait preuve d'hypocrisie en reprochant au chevalier des Poissons ses vices, avec raison je le reconnais, alors que tu n'avais pas mieux agi qu'elle, et malgré ça, tu t'arroges un pouvoir qui ne relève que de Dieu!"


"Tais-toi !! Je... J'en ai trop entendu ! Cette fois-ci, je vais te faire passer par-dessus ce pont, chevalier...!"


Mais, alors que le spectre du Balrog s'était à peine jeté sur le chevalier d'argent, ce dernier poussa son cri d'attaque :


"Par l'Attaque du Million de Mains !!!"


Surpris, Rune ne put anticiper les coups et en reçut plusieurs centaines avant d'être envoyé au tapis, non loin de l'autre extrémité du pont. Ses épaulettes étaient presque détruites, son plastron, en piteux état, et ses ailes, à moitié rognées. Tandis que Gautama et les autres chevaliers commençaient à se réjouir de la tournure que prenait les événements, Thérava s'adressa à son adversaire en ces termes :


"Rune, je crois que le combat va bientôt s'achever ! Ta protection est en mauvais état, ton fouet ne peut plus t'obéir et nous sommes supérieurs en nombre ! Notre objectif est de venir jusqu'à Hadès et de le pousser à libérer Athéna, alors écarte-toi et laisse-nous passer, cela vaudrait mieux pour toi !"


Mais, tandis que le mentor du chevalier du Paon fronçait les sourcils, comme s'il devenait soucieux, le spectre du Balrog répliqua véhémment :


"Que... A quoi t'attends-tu ?! Je suis un serviteur de l'Empereur des Ténèbres, jamais je ne le trahirai, même au-delà de la mort ! Je vais continuer à me battre et vous envoyer tous dans la mort ! Je le ferai, pour la gloire d'Hadès !!!"


Rune leva aussitôt son bras gauche en l'air, et Thérava constata rapidement que l'atmosphère autour de lui et ses compagnons changeait brutalement. Les vents qui soufflaient dans la vallée devinrent plus houleux, la température ambiante montait progressivement et il y avait même quelques changements concernant le procureur de Minos. Ses yeux lançaient du feu, son bras gauche semblait se recouvrir d'un rayon incandescent... et la silhouette du Balrog venait de réapparaître autour de lui.


************


La Thrace, dans l'Empire ottoman


La mort de son ami avait plongé Arkantos dans un grand désarroi, mais aussi dans une grande colère, comme en témoigna le regard presque haineux qu'il jeta à un Trassos dubitatif :


"Pff... Quelle misère... Tu t'encombres vainement de beaux sentiments, chevalier ! Les Spectres d'Hadès ont pour mérite de ne jamais se comporter de la sorte, car ils savent qu'après la mort, la vie éternelle que sa majesté leur a promis les attend !"


"Ne me berne pas !! répliqua Arkantos. Je sais ce qui attend la Terre ! Une ère de terreur et de noirceur sous la coupe du sombre monarque ! Et moi, Arkantos de Pégase, je ferai tout pour qu'Hadès ne mène pas à bien ses desseins destructeurs !"


"La mort de ton ami te fait perdre la raison, chevalier Pégase ! sourit narquoisement le spectre des Chevaux de Diomède. Je crois qu'il vaut mieux que j'en finisse tout de suite avec toi, comme ça, tu le rejoindras plus vite dans l'autre monde !... Bloody Horses Fang !!"


Mais, alors que Trassos venait de déclencher son attaque, Arkantos bondit dans les airs et lança à son ennemi :


"Tu perds ton temps, Trassos ! Tu as déjà utilisé cette attaque sur moi, elle ne peut plus fonctionner ! Prends ça !... Par les Météores de Pégase !!"


Poing tendu vers le spectre des chevaux de Diomède, le disciple de Felipe lui expédia une centaine de météores flamboyants. Ce coup n'inquiéta néanmoins pas Trassos, qui sourit, puis sauta dans les airs en esquivant les coups d'Arkantos, pour finir par lui donner un coup de poing dans l'abdomen, qui le fit chuter violemment. Alors qu'il n'avait pas encore touché terre, le chevalier de bronze entendit la voix sarcastique de son adversaire :


"Eh bien, chevalier Pégase, tu étais bien naïf ! Tes météores atteignent une vitesse égale à mach 1, soit la vitesse du son ! Mes attaques, elles, atteignent mach 4, soit la vitesse que peut atteindre un chevalier d'argent ! Tu n'as donc jamais affronté de chevalier d'argent ?"


Le nez dans la poussière, Arkantos répondit :


"Non... Non... J'ai... J'ai souvent vu à l'oeuvre Calchas de l'Autel, mon partenaire d'entraînement, mais je ne l'ai jamais affronté personnellement..."


"Je comprends mieux... Je crois que tout est fini pour toi, chevalier Pégase ! Tu t'es plutôt bien battu, mais ça n'a pas suffi !..."


Soudain, le chevalier de bronze, rassemblant ses dernières forces, bondit derrière Trassos et passa ses bras sous ses épaules, ce qui intrigua le spectre :


"Que... Que vas-tu faire, chevalier Pégase ?"


Un halo bleu apparut autour d'Arkantos, qui répliqua :


"Le... Le combat n'est pas fini, Trassos ! Je vais... Je vais utiliser mes dernières forces pour te vaincre, même si je dois y rester !"


"Comment ?!"


Le chevalier Pégase serra les dents, puis songea :


"Il... Il faut que j'y arrive ! Je dois faire honneur à l'entraînement que m'a prodigué maître Felipe, le disciple du serviteur le plus fidèle d'Athéna !"


Puis, à voix haute :


"Par le Tourbillon Destructeur de Pégase !!!"


En un éclair, les deux combattants s'élevèrent dans les airs, tout en tournant sur eux-mêmes. Leur ascension dura une dizaine de secondes, puis ils chutèrent progressivement vers le sol. Arkantos esquissa un sourire :


"Je... Je vais y arriver ! Je vais vaincre Trassos !..."


"CARNIVOROUS MAGMA !!"


"QUOI ?!"


************


Le royaume de Skygard


Un jeune homme vêtu d'une armure bleue, qui courait jusqu'alors dans les plaines enneigées du royaume condamné par Hadès, s'adossa à un rocher qui n'avait pas été recouvert de neige. Calchas de l'Autel, chevalier d'argent entraîné par Felipe, se mit à respirer profondément, le temps de reprendre des forces. Parallèlement, il faisait le point sur la situation qui se présentait aux chevaliers sacrés engagés sur le front skygardien :


"Cela va faire deux heures que nous combattons et déjà les pertes s'accumulent ! Après l'avalanche, j'ai senti les disparitions de trois autres cosmo-énergies ! Autrement dit, nous avons déjà perdu huit chevaliers, et ne sommes plus que dix-huit, alors que les Spectres d'Hadès sont une vingtaine ! Nos effectifs réciproques sont à peu près égaux, mais la force de nos ennemis doit être considérable ! Par ailleurs, j'ai senti la cosmo-énergie de maître Felipe vaciller subitement ! J'espère qu'il ne lui est rien arrivé de fâcheux..."


Tout à coup, un éclair traversa l'esprit du chevalier de l'Autel, dont les pensées se firent plus sombres :


"Non... Je ressens un cosmos hostile tout près de moi... Serait-ce...?"


Faisant immédiatement volte-face, le chevalier d'argent leva la tête et vit une ombre au-dessus de lui. Une ombre qui semblait être celle d'un scarabée géant et bipède et qui donna des frissons à Calchas.


************


La vallée noire, dans le Meikai


Alors qu'il avait mis Rune au tapis quelques instants auparavant, Thérava devenait de plus en plus soucieux. Le procureur de Minos, en dépit des coups encaissés, ne semblait pas s'être découragé et faisait même en sorte d'augmenter sa cosmo-énergie, jusqu'à faire réapparaître derrière lui la silhouette du Balrog. Tandis que le disciple de Gautama observait attentivement son adversaire, ce dernier lui lança :


"Chevalier du Paon, je reconnais t'avoir sous-estimé ! Tu es très coriace !... Mais en fin de compte, la victoire m'appartiendra ! Et ce sera une victoire totale, car non seulement toi, mais aussi tes compagnons finiront dans le précipice de la vallée noire !"


"Que dis-tu ?"


Soudain, le bras gauche que Rune levait depuis peu prit une teinte plus incandescente, jusqu'à être pratiquement entouré par les flammes. Pourtant, le spectre du Balrog ne paraissait nullement souffrir. Thérava le regarda encore durant quelques secondes, jusqu'à ce qu'un sombre pressentiment gagnât ses pensées :


"Non !!"


Puis, à ses compagnons :


"Maître Gautama !... Tout le monde ! Dépêchez-vous de traverser le pont !"


"Comment ?"lâcha Bosching.


Gautama répliqua :


"Thérava a raison, Bosching... Je crains que Rune ne soit décidé à détruire le pont de la vallée noire !"


"Quoi ?!"


"Alors, dépêchons-nous !"ordonna Shion.


Les onze chevaliers se mirent à courir, mais le spectre du Balrog s'en mêla :


"Vous ne passerez pas !... FIRE TONGUE !!"


Le bras gauche de Rune sembla se muer en une langue incandescente qui s'abattit sur la première extremité du pont, puis juste derrière Thérava. Le chevalier du Paon, paralysé par la peur, ne put réagir pour aider ses amis. Quant à ceux-ci, ils parvinrent à éviter l'attaque du procureur de Minos, mais Rune était bien décidé à tous les éliminer :


"C'est inutile ! Fire Tongue !!"


Deux nouveaux coups de langue claquèrent sur le pont, le premier à quelques mètres du spectre du Balrog, l'autre près de l'autre extrémité du pont, détruisant au passage une colonne toute proche. Ce dernier coup de langue suscita des frayeurs dans le groupe : alors que dix chevaliers venaient de se mettre hors de danger, Emma sauta à son tour, mais la Fire Tongue s'abattit juste devant elle, détruisant la partie du pont où elle se trouvait. Horrifiée, le chevalier de la Colombe se sentit attirée vers le bas, voyant le sol se dérober sous ses pieds, quand tout à coup, une main agrippa son avant-bras avant qu'elle ne sombrât dans le précipice de la vallée noire, une main qui lui était familière :


"Eon !!"


Le chevalier des Poissons sourit à son amante, puis la tira lentement vers elle, jusqu'à la ramener sur la terre ferme. Emma ne mit guère de temps pour se jeter dans les bras de la jeune femme, mais au même moment, les autres chevaliers leur tournèrent le dos avec mépris. Eon n'eut guère de temps pour demander des explications, car elle et ses compagnons eurent de nouveau leur attention attirée par le combat entre Rune et Thérava :


"Nous sommes désormais seuls, dit le chevalier du Paon. Le dénouement de ce combat approche !"


En dépit de la petite surface sur laquelle les deux protagonistes se trouvaient, tous deux se jetèrent l'un sur l'autre, mais la vitesse de leur déplacement fut telle que seuls les chevaliers d'or furent capables de la percevoir, notamment Gautama :


"Hmm... Il s'en est fallu de peu pour que mon disciple envoie un coup de poing à Rune... Malheureusement, celui-ci l'a devancé..."


En effet, Thérava était désormais accroupi, le visage face à ses compagnons et les mains posées sur son abdomen, là où le spectre du Balrog l'avait frappé. Le chevalier d'argent se releva lentement et fit de nouveau face à son adversaire, mais la suite du combat s'annonçait difficile ; le disciple de Gautama devait à la fois lutter contre son adversaire, mais aussi contre la force du vent, ce qui n'était pas chose aisée en raison de l'infime parcelle du pont sur laquelle il se trouvait. Rune, un sourire narquois sur son visage, regarda les chevaliers qui avaient pu traverser le pont, puis le chevalier du Paon, et dit à ce dernier :


"Tu avais raison, chevalier : le dénouement de ce combat approche ! Tu mourras en premier, puis je neutraliserai pour de bon tes amis, pour la gloire d'Hadès !!... FIRE TONGUE !!"


En une fraction de seconde, le procureur de Minos leva, puis abattit son bras gauche sur Thérava. Celui-ci poussa un cri de douleur puis, dans le feu de l'action (sans faire de mauvais jeu de mots), recula de quelques pas, puis trébucha mais, in extremis, se raccrocha à un pan du pont détruit. Cependant, sa situation était plus précaire que jamais : ses deux bras étaient agrippés, tant bien que mal, à un pont pratiquement détruit, ses jambes se balançaient dans un vide obscur, le vent qui soufflait sur son visage le mettait en difficulté, et il ne s'était toujours pas débarrassé de Rune. Autant de problèmes qui firent songer au chevalier d'argent :


"Je... Je crois que c'est une situation bien pire que celles auxquelles j'ai dû faire face lors de mon entraînement dans... dans la vallée du Gange ! Que... Que puis-je faire ?"


Des bruits de pas résonnèrent alors aux oreilles de Thérava, qui leva la tête et vit juste au-dessus de lui un Rune satisfait de l'embarras de son adversaire, tellement satisfait qu'il en avait oublié la destruction partielle de son surplis et la balafre qui le défigurait à moitié. Le spectre du Balrog s'adressa au chevalier d'argent d'un ton narquois :


"C'est très bien... Ta vie ne tient plus qu'à deux mains, chevalier du Paon... Non, plutôt à une seule main !"


Rune leva son pied et l'abattit brutalement sur la main droite de Thérava. Hurlant de douleur, le disciple de Gautama fut contraint de lâcher prise. Désormais, seule sa main gauche le maintenait encore en vie, ce qui alarmait sérieusement les autres chevaliers :


"Gautama, il faut intervenir !insista Shion. On ne peut pas laisser Thérava se faire tuer comme ça !"


Mais la réponse du chevalier de la Vierge fut sans équivoque :


"C'est le combat de mon disciple. Nous ne pouvons intervenir..."


Tandis que le chevalier du Bélier soupira tristement, Thérava, presque terrorisé, voyait Rune se rapprocher de lui, le pied juste au-dessus de sa main gauche.


"Chevalier du Paon, dit le procureur de Minos, je serai généreux, je ne me complairai pas à te voir dans l'angoisse de la mort ! Aussi, je vais en finir avec toi ! Adieu, chevalier !..."


Mais tout à coup, Thérava, dans un ultime sursaut de désespoir, étendit sa main droite écrasée, et saisit la cheville du spectre du Balrog. Celui-ci, surpris, perdit l'équilibre et tomba tête la première... avant de de se raccrocher in extremis à la cheville droite du chevalier d'argent. Cette fois-ci, l'appréhension était à son paroxysme chez les chevaliers d'Athéna, car ils eurent rapidement vent de la stratégie que comptait employer Rune :


"Bien joué, chevalier... Mais je crains que ce geste ne t'ait pas servi à grand-chose ! Car j'ai bien l'intention, non seulement de donner ma vie pour sa majesté Hadès, mais aussi de t'emmener avec moi ! Tu périras avec moi, chevalier du Paon !"


A l'exception de Gautama, qui demeurait impassible, les autres chevaliers se mirent à trembler de tous leurs membres, car la situation n'allait pas en s'arrangeant pour Thérava : ce dernier, ballotté violemment par le vent de la vallée noire, devait en plus subir la traction qu'exerçait sur lui le procureur de Minos et qui pouvait bien le faire chuter dans le vide à tout moment. Et Rune semblait être pressé d'en finir :


"C'est fini pour toi, chevalier ! J'offre ma vie et la tienne à sa majesté Hadès !..."


Soudain, un nouveau coup de théâtre eut lieu au coeur de la vallée noire. Un halo doré vint subitement entourer le disciple de Gautama, contraignant les autres chevaliers à reculer pour ne pas être éblouis, alors que le spectre du Balrog commençait à s'inquiéter :


"Quoi ? Alors... Alors qu'il était presque à bout de forces, sa... sa cosmo-énergie semble être plus puissante que jamais ! Que... Qu'arrive-t-il à ce chevalier ?"


De son côté, Thérava avait clos ses yeux et songeait :


"C'est... C'est ma dernière chance ! Je ne crois pas que j'y survivrai, mais... mais si je peux au moins mourir après Rune, je rendrai l'âme en paix !"


La cosmo-énergie du chevalier d'argent se mit à croître de plus en plus, sous les regards abasourdis de la quasi-totalité des chevaliers, sous les yeux affolés de Rune et devant la mine réjouie de Gautama :


"Cela est fort bien... Les espoirs que je nourrissais en mon disciple commencent à se concrétiser..."


Dans un geste presque désespéré, Thérava se retourna, le spectre du Balrog toujours accroché à sa cheville et, bien que son bras gauche commençât à le faire terriblement souffrir, il s'adressa à son adversaire en ces termes :


"Rune du Balrog... En fin de compte, je crois que nous mourrons tous les deux au fond de la vallée noire !... Mais tu mourras avant moi !"


"Ne raconte pas de bêtises, chevalier ! rétorqua Rune. Tu as eu beau m'impressionner avec ton halo doré, je vais quand même t'entraîner au fond du précipice...!"


Mais à ce moment précis, le halo qui rayonnait autour de Thérava brilla plus intensément que jamais... puis disparut et se retrouva dans la paume droite du chevalier d'argent, qui ferma les yeux et pensa :


"Maître Gautama... Je vais voir si votre entraînement a porté ses fruits !"


Puis, tout haut :


"Adieu, Rune !! PAR LA CAPITULATION DU DEMON !!!"


La boule d'énergie dans la paume de Thérava grossit en une fraction de seconde... et percuta violemment un Rune dont le regard s'était empli de terreur. Le spectre du Balrog hurla à la mort et fut projeté en arrière, hors d'atteinte du disciple de Gautama, puis chuta dans les ténèbres en hurlant de terreur. Les chevaliers qui avaient pu franchir le pont regardèrent le fond du précipice pendant quelques secondes, puis réalisèrent l'évidence :


"Thérava... Thérava a gagné !"lâcha Shion.


"Il s'est remarquablement battu !"approuva Bosching.


Mais l'enthousiasme naissant fut rapidement brisé par Néhémie :


"Oh non ! Thérava !... Il... Il va tomber !"


En effet, la main gauche du chevalier du Paon glissait lentement du pan de pont à laquelle elle se raccrochait vainement jusque là. Le disciple de Gautama, un sourire pâle sur les lèvres, murmura :


"Maître Gautama... Mes amis... J'ai gagné, mais je ne survirvrai pas à ce combat...Veillez sur Athéna... et adieu !!"


Puis, la main de Thérava lâcha totalement prise. Les chevaliers étaient sur le point de hurler le nom du vainqueur de Rune, quand un nouveau coup de théâtre les en empêcha : le chevalier du Paon était suspendu dans les airs, son poignet retenu par une main familière... celle de Gautama de la Vierge.


"GAUTAMA !!"crièrent les dix chevaliers qui se trouvaient de l'autre côté du pont.


De son côté, Thérava sentait quelque chose le retenir pour l'arracher des griffes de la mort. Levant lentement les yeux, il aperçut son mentor qui lui souriait. Le chevalier du Paon adressa un sourire plein de gratitude à l'être le plus proche de Dieu, avant de se sentir attiré vers le haut et de revenir sur la terre ferme. D'une voix empreinte d'émotion, il demanda :


"Maître Gautama... Pourquoi..."


"En vainquant Rune du Balrog, tu nous as montré, à moi et aux autres chevaliers, que tu étais digne d'être mon disciple, Thérava... Il aurait été fâcheux que nous te perdions, aussi ai-je retraversé le pont pour te sauver et te permettre de continuer à te battre pour Athéna... A présent, viens, mon disciple, les autres chevaliers veulent partager leur joie avec toi..."


Obéissant à son maître, Thérava sauta par-dessus le pont détruit, suivi par son maître, et vit les autres chevaliers d'argent venir le congratuler :


"Félicitations à toi, Thérava !"lança Damien.


"Tu t'es battu comme un vrai chevalier !"ajouta Socrate.


"Thérava, tu as été remarquable ! Tu es sans doute le meilleur chevalier d'argent !!"lui dit Néhémie.


Le chevalier du Paon fut sensible à ces compliments, mais ne le montra pas, même quand Lévi et Pierre lui adressèrent des sourires bienveillants. Emma et Eon vinrent alors vers lui et commencèrent à lui parler :


"Thérava... Nous voudrions..."


Mais Thérava leur adressa subitement un regard noir qui commença à refroidir leurs ardeurs, ce dont Shion se rendit rapidement compte :


"Ecoutez, Rune du Balrog a été vaincu, mais la Guerre Sainte est loin d'être finie ! De plus, au Sanctuaire, la flamme du Taureau a dû s'éteindre, et il ne nous reste plus que dix heures avant qu'Eon et les chevaliers de bronze et d'argent ne périssent, alors hâtons-nous !"


"Bien parlé !"approuva Bosching.


Les douze chevaliers se retournèrent rapidement et, d'un bon pas, se mirent en route vers la deuxième prison.


Mais l'ambiance n'était plus du tout la même...


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Le Sanctuaire, près du palais du Grand Pope


Les deux gardes affectés à la protection de la demeure du chef des chevaliers sacrés étaient absorbés dans leur contemplation de l'Horloge du Zodiaque. La flamme du Taureau vacillait peu à peu depuis quelques minutes et n'allait pas tarder à disparaître. Les deux sentinelles l'observèrent encore cinq secondes, puis elle s'évanouit pour de bon, alors que la flamme des Gémeaux venait d'entamer le même processus, processus qui durerait une heure. Décidant d'exécuter les ordres donnés par le Grand Pope, les deux gardes partirent prévenir leur supérieur qu'il ne restait plus que dix heures de sursis pour plusieurs chevaliers...


************


Le pays picard, dans le royaume de France


Philoctète avançait le long de la Somme avec un regard sombre. Cela faisait deux heures qu'il se déplaçait discrètement dans le royaume gouverné par Louis XV, arrière-petit-fils du Roi Soleil, mais cette promenade n'avait guère été enthousiasmante pour lui : il avait senti que quatre cosmo-énergies avaient disparu dans ce pays, sans compter l'évanouissement de trois autres en Mongolie, au coeur du Mont Oural et en Thrace. La Guerre sainte avait fait des ravages sur le front terrestre, ce qui n'était pas pour plaire au chevalier du Sagittaire :


"Sept pertes en deux heures sur Terre ! Sans compter les bilans des fronts des Enfers et de Skygard... L'avenir s'annonce sombre... Sombre comme le ciel, d'ailleurs... J'ai l'impression que la lumière du soleil est moins intense depuis quelque temps..."


Tout à coup, un bruit strident siffla aux oreilles de Philoctète. Tournant la tête, le gardien de la neuvième maison du Zodiaque vit qu'une flèche venait de se planter dans un arbre. Une flèche noire avec une pointe de fer.


"Que... Qui a pu décrocher cette flèche...?"


Soudain, le chevalier d'or hurla de douleur, car un mal aigu venait d'atteindre sa cuisse gauche. Tombant à genoux, il vit qu'une autre flèche noire s'était plantée dans sa cuisse, juste au-dessus de sa protection en or. Il la retira rapidement, puis murmura :


"Que... Comment ces flèches peuvent être aussi acérées ?"


"Tu te poses les mêmes questions que les soldats de Philippe VI de France à la bataille de Crécy, chevalier d'or !"


"Quoi ?"


Philoctète leva les yeux et aperçut son agresseur sur une petite butte. Il s'agissait d'un jeune homme aux cheveux châtains clairs et aux yeux bleus, qui portait une protection noire et grise, caractérisée principalement par un heaume médiéval, ainsi qu'un carquois muni de flèches identiques à celle qui avait blessé le chevalier du Sagittaire, qui demanda à son futur adversaire :


"Tu es un Spectre d'Hadès, n'est-ce pas ?"


"En effet, chevalier d'or ! Je suis Edward de l'Archer, spectre de l'étoile céleste de la royauté !"


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