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Hades Glory

« Si la vie n’est que chimère alors le destin de ceux qui n’y croient pas est de détruire cette illusion ou de se battre pour qu’elle devienne réalité. »

Terre du nulle part


Une terre de chaos continuellement battue par des vents violents. Une Terre où les faibles ne peuvent survivre. Un pays où seul un démon peut survivre.
A la lumière d’un soleil perpétuellement rouge deux êtres humains se battaient, la sueur ruisselait de leur peau, leur poitrine était soulevée par des secousses intermittentes, toute l’énergie des deux êtres était concentrée sur son vis-à-vis, le point qu’il fallait frapper, le moyen de prendre l’avantage sur son adversaire…
 
L’un des deux hommes était de haute stature, il avait des cheveux blancs comme la neige bien que ses traits ne trahissent aucune trace de vieillesse. Son corps musclé ne portait aucune trace de blessure sauf aux épaules. Curieusement il gardait les yeux fermés mais la fébrilité qui l’animait était palpable dans le moindre battement de son cœur.
 
Son adversaire était un homme très jeune, presque un adolescent. Il était de taille moyenne et d’une très grande minceur. Contrairement à son adversaire il était armé d’une épée courte et son corps portait la marque de nombreuses cicatrices témoignages de combats passés.
 
Le temps s’écoulait de façon insupportable, trop sans doute pour ces deux hommes… Au bout d’un moment le guerrier aux cheveux blancs se releva et sans ouvrir les yeux s’adressa à son adversaire.
 
-         Allons, tu es sorti vainqueur de 100 combats pour pouvoir vivre celui-ci, qu’attends-tu donc ?
 
Le jeune homme brun prit position et cabra ses jambes à droite et à gauche en faisant glisser le sable du sol sous ses pieds. Se fiant à son ouïe son adversaire fit le mouvement de se défendre sur sa droite.
Le jeune homme fit un pas de côté sur la gauche prenant bien soin d’émettre un bruit audible en faisant glisser son pied sur le sable.
L’homme aux cheveux couleur de neige se tourna vers la gauche.
Ce jeu dura un moment jusqu’à ce que l’écart entre les deux adversaires se fût réduit à moins de 3 mètres. L’homme aux cheveux blancs approuva :
 
-         Tu cherches à réduire l’écart ? Bravo très bonne tactique ! A cette distance ton cosmos et le mien sont au contact, je ne pourrai donc pas parer ton attaque facilement.
 
Sans doute galvanisé par ce compliment le jeune homme se lança à l’assaut mais d’une façon étrange si son but était bien de tuer : chaque fois qu’il attaquait son adversaire par la droite il lançait un coup d’épée sur le sable vers la gauche créant une vraie rafale sur le flanc de son adversaire puis repliait son épée vers l’intérieur avant de porter un coup à la hauteur de l’homme.
Ce dernier ne se défendait pas réellement : à chaque fois qu’un coup était décoché il l’arrêtait in extremis avec ses poignets couverts de cuir mais ne faisait rien pour riposter.
Il semblait plus réagir au style de son adversaire que l’anticiper, il laissait même parfois échapper des exclamations :
 
-         Très bien ! Bonne tactique ! Tu veux troubler mon ouïe en m’envoyant des rafales de sable dans des directions opposées à ton point d’attaque ! Tu as bien mérité tes victoires !
 
Mais toute danse a une fin et le plus jeune des deux guerriers le comprit vite quand au lieu de parer son coup l’homme aux cheveux blancs l’arrêta entre le pouce et l’index.
 
-         Fini de jouer maintenant ! Tu m’as montré plusieurs fois cette technique, attaque autrement ou je te tue sur-le-champ.
 
Il relâcha alors sa pression sur l’épée et le jeune homme recula de plusieurs mètres. Un coup partit qu’il évita assez facilement par un saut acrobatique qui l’amena dans le dos de son adversaire. Celui-ci étendit les bras sans se retourner.
 
-         Alors attaque, tu ne vois pas que mon dos t’est offert ?
 
Mais l’autre semblait hésiter. Le ton de l’homme le plus âgé n’avait plus rien de gentil ni de paternel en cet instant, il fit alors face à son adversaire et ouvrit les yeux qu’il avait transparents.
 
« Il ne te reste plus qu’une façon de gaspiller ta vie » semblait dire son regard.
 
Le jeune homme dans un élan désespéré se décida enfin à passer à l’attaque lame en avant.
 
-         Meurs !!!
 
Mais au même moment l’homme avait tendu son bras en direction de son adversaire et déplié son index juste à temps pour bloquer la lame !
Le jeune guerrier fut littéralement figé dans son élan par la résistance dérisoire que lui opposait cette phalange.
 
-         Que… Comment ?
-         Si tu avais voulu me tuer, tu aurais dû attendre de me voir commencer mon mouvement et ensuite attaquer !!
 
Le guerrier aux cheveux couleur de neige ne fit aucun geste mais soudainement l’atmosphère sembla se figer entre les deux combattants qui n’étaient plus séparés que par une lame d’acier. Tous les muscles de l’adolescent étaient contractés sur son arme essayant désespérément de la faire pivoter vers son adversaire. Mais celui-ci n’avait pas changé de position et par la seule force de son index semblait capable de faire tenir en équilibre son adversaire.
 
-         Pourquoi as-tu perdu ? Demanda-t-il finalement.
 
Des gouttes de sueur ruisselaient sur le front de l’adolescent.
 
-         Altesse… vous êtes trop fort.
-         C’est faux !!
 
L’homme qui venait d’être appelé ainsi fit pivoter son index en direction du ciel entraînant le jeune homme dans son élan, celui-ci se retrouva à la verticale au-dessus de son adversaire.
 
-         La force physique n’a rien à voir dans ta défaite ! Alors écoute-moi bien !! Le monde ne connaît qu’une loi : la survie du plus fort !! Les forts vivent et les faibles meurent ! Mais toi…
 
L’homme fit tourner son index aussi vite que possible faisant tourner l’adolescent comme une toupie au bout de son doigt.
 
-         C’est ta peur qui t’a vaincu !! Ta peur de risquer ta vie ! Ta peur de me porter un coup mortel !
 
L’adolescent s’envola littéralement tandis que le seigneur concentrait son cosmos mais dans la fraction de seconde qui s’écoula alors il eut le temps de penser.
 
« Oui j’ai peur de lui, j’ai peur de mourir… Mais est-ce mal d’avoir peur ? »
 
L’adolescent ferma les yeux mais tandis qu’il voletait dans les airs celui qu’il avait appelé « Altesse » pointa son doigt vers lui.
Une larme coula sur la joue du jeune homme.
 
« Est-ce mal d’être faible ? »
 
Il entendit comme un écho lointain le nom de l’attaque qui était lancée contre lui : « Vague ultime de vérité ». Mais une fraction de seconde avant que l’attaque n’arrive sur lui, avant que son corps ne soit disloqué par la vague de cosmos il se souvint de ce que son seigneur, celui-là même qui allait prendre sa vie, lui enseignait depuis l’enfance.
 
« Dans ce pays la faiblesse est le pire des péchés »
 
Les cendres de l’adolescent retombèrent sur son meurtrier.
Celui-ci se pencha pour ramasser sa cape et la jeta rapidement sur ses épaules nues en réprimant un frémissement lorsque le tissu frotta les cendres qui recouvraient maintenant sa peau.
 
L’homme fit alors quelque pas dans une étendue qui semblait tout à fait désertique, sa cape aussi blanche que ses cheveux soulevés par le vent puis, après un temps de marche incalculable il atteignit un édifice aux dimensions impressionnantes, aux murs recouverts de sable que l’on pouvait qualifier de château bien qu’aucune des tours qui le composait ne fût garnie de parapet ou d’un ouvrage de défense quelconque.
Les murs étaient rudimentaires et faisaient plus penser à la demeure d’un roi africain qu’à un château moyenâgeux.
 
Il s’arrêta au milieu de la cour ensablée du château comme s’il avait senti une présence étrange.
L’intrus ne tarda pas à dévoiler sa présence, le détail le plus notable de son apparence était la peau de loup qu’il portait en guise de manteau.
 
-         Ah c’est toi Loki ?
-         Oui altesse ce n’est que moi. Comment allez-vous monseigneur ou devrais-je vous appeler mon roi ? Puisque vous êtes le troisième.
 
Sans prêter attention à l’ironie de ces propos le troisième roi s’avança vers un édifice à base circulaire, des vitraux multicolores avaient été disposés au sommet de ce qui ressemblait à un observatoire de sorte que les rayons du soleil tombaient sur le centre de la pièce en un tourbillon de couleurs.
 
-         J’attends qu’il vienne.
 
Loki connaissait parfaitement la réponse mais en bon courtisan il posa quand même la question que son maître attendait.
 
-         Qui donc attendez-vous ?
 
Les yeux du souverain étaient fixés sur le plafond de la pièce, curieusement ils ne cillaient pas à la lumière du soleil amplifiée par les vitraux.
 
-         J’attends celui qui me délivrera de l’ennui. Aujourd’hui j’ai tué un adolescent que j’avais moi-même entraîné depuis l’enfance mais cela ne m’a pas soulagé. C’était encore un faible à qui la chance a permis de survivre !!
 
Loki attendit un moment que la colère apparente de son maître se fût calmée avant de reprendre.
 
-         Je pense que la nouvelle que je vais vous apprendre va vous guérir de votre ennui altesse.
-         Dis toujours…
 
Loki commença alors le récit de ses aventures et comment il avait réussi à se rendre auprès de son maître en omettant soigneusement de mentionner la façon dont il avait été vaincu.
Lorsqu’il eut fini le troisième roi qui  fixait toujours la lumière du soleil n’avait rien répondu.
 
-         Altesse ?
 
Aucune réponse ne lui parvint.
 
-         Ce sont toujours vos yeux ?
 
Le troisième roi consentit finalement à détourner ses yeux de la lumière.
 
-         Oui, ce qu’IL nous donne ne compense pas toujours ce que nous avons perdu… J’ai beau regarder le soleil – il s’interrompit – ainsi donc Hadès est vivant. Je n’avais jamais vraiment cru à sa mort de toute façon… Némésis est au courant ?
 
Loki s’inclina en une révérence des plus serviles.
 
-         J’ai estimé que votre altesse était la plus à même de recevoir la primeur d’un tel secret.
 
Le troisième roi passa une main dans ses cheveux couleur de neige.
 
-         Tu n’es qu’un imbécile.
-         Mais altesse…
-         Peu importe les ambitions que tu me prêtes ou mes rapports avec Némésis ! Si tu as été envoyé sur Terre c’est pour servir SON dessein et non le mien pas plus que celui de Némésis.
 
Loki inclina la tête et ploya le buste prêt à subir le courroux de son maître mais il ne vint pas.
 
-         Loki !
-         Oui maître ?
-         Tu vas te rendre dans le domaine du Premier, tu lui demanderas audience en mon nom et quelle que soit sa décision tu l’exécuteras.
 
Quelques gouttes de sueur tombèrent du front de Loki pour souiller le sable, visiblement cette perspective n’avait rien d’amusante… Il comprit cependant assez vite qu’il ne fallait pas abuser de la patience de son maître mais quand il tourna les talons vers le domaine du Premier il fut interpellé.
 
-         J’allais oublier, Loki. Rends-moi cette adamanthe, elle m’appartient.
 
 
*
*  *

Aréopage

La même question résonna dans la pièce circulaire de l’Erichtonion mais l’intéressée ne semblait pas en assimiler le sens. Elle gardait les yeux fixés sur le sol comme un accusé en attente de sa sentence qui réfléchit à la dernière phrase qu’il aura le droit de prononcer.
 
La question résonna à nouveau : « Acceptes-tu de reprendre la Terre ? » Et cette fois la réponse vint enfin.
 
-         J’ai peur de trop bien vous comprendre mon père.
-         Comment ?
-         L’histoire se répète. Il y a de cela très longtemps le dieu le plus puissant voyait ses enfants s’entredéchirer en guerres fratricides. Car des quatre domaines un seul ne connaissait aucun maître, c’était la Terre. Les guerres devenaient de plus en plus fréquentes et si le sang qui coulait était le plus souvent celui des hommes, les éclats de cosmos qui parvenaient jusqu’à l’Olympe étaient ceux des dieux. Plus le temps passait plus l’univers plongeait dans le chaos et le dieu le plus puissant lui-même sentait sa couronne vaciller sur sa tête lorsque les combats se déroulaient jusque devant ses yeux. Cela ne pouvait plus durer et lorsque l’empereur des Mers manifesta son ambition sur la Terre le dieu le plus puissant comprit que l’équilibre avait été rompu. Il convoqua alors une jeune déesse qui parmi tous ses semblables était la plus dépourvue d’ambition personnelle.
-         Je m’en souviens comme si c’était hier…
-         Elle accepta sa proposition bien sûr car nul ne peut désobéir à son père… Mais il fallait lui donner un atout maître, une arme qui rendrait sa défaite impossible et l’équilibre perpétuel. Pour que la victoire soit toujours de son côté il lui donna Niké et pour que jamais elle ne nourrisse d’ambitions personnelles il lui donna le bouclier de la Justice.
-         C’est exact.
-         Mais surtout il dota les adolescents qui formaient sa garde des plus belles créations du peuple de Mu. Capables de se régénérer et de s’accorder avec le cosmos de leurs détenteurs ces protections les rendaient quasiment invincibles.
 
Un silence passa pendant lequel toute l’assistance était littéralement suspendue aux lèvres d’une jeune fille.
 
-         Mais… mais aujourd’hui tout est différent ! Vous ne demandez plus à une jeune déesse sans expérience de prendre les armes pour protéger la Terre ! Vous demandez à une condamnée de reformer sa garde pour devenir le bouclier qui vous protégera vous et vos intérêts égoïstes de l’ambition des dieux !
-         Comment oses-tu ?! Je te donne une chance de retrouver ta puissance et ta gloire !
-         Mensonge ! Votre seul désir est de régner sur la Terre en contournant les lois que vous avez vous-mêmes édictées ! Et je suis sûre que vous n’hésiteriez pas une seconde à détruire l’humanité toute entière si cela pouvait vous donner un sursis de paix !
-         Insolente !
-         J’ai juré sur les armes que vous m’avez données de toujours défendre la Justice et de tout faire pour que la Terre appartienne à ceux qui la protègent et qui l’aiment ! Jamais je ne trahirai ce serment pour sauver ma vie !
 
Athéna s’était levée de son siège pour prononcer ses dernières paroles. Tout son écœurement et toute sa haine pour cet homme qui lui tendait le fruit de Tantale étaient passés dans son regard et pourtant c’était plus la jeune fille qui venait de refuser le pouvoir et la puissance que la déesse millénaire, c’était une enfant qui défiait le dieu le plus puissant. Mais la colère de celui-ci n’épargnerait aucune des deux : ni la déesse ni l’enfant.
Comme si son énergie lui faisait soudain défaut Saori vacilla puis s’écroula littéralement sur sa chaise. Hestia regarda en direction de Zeus, une lueur dorée entourait celui-ci, nul doute qu’il venait de céder à son instinct violent pour faire enfin taire sa fille.
 
Le calme revint peu à peu dans une assistance de dieux qui connaissaient trop bien l’usage du cosmos pour ne pas avoir compris ce qui s’était passé.
Plusieurs regards réprobateurs se posèrent sur Zeus mais le monarque y semblait indifférent. Héra ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais son mari la fit taire d’un geste de sa main qu’il laissa suspendue en l’air.
Celle-ci comprit le sens de ce geste prolongé et articula d’un ton posé.
 
-         Que tous les dieux fassent silence, le jugement va être rendu.
 
Athéna ne semblait pas avoir entendu, un rayon de soleil était tombé sur son visage et quelque mouvement qu’elle fasse il ne semblait pas vouloir l’abandonner. Mettant sa main devant son front elle ouvrit les yeux et put voir se composer une forme humaine au bras droit démesurément long et brillant.
En scrutant plus intensément encore elle comprit que c’était une épée, elle ne put apercevoir son détenteur mais ses yeux se figèrent dans les siens si bleus, si troublants, si tristes.
 
Ils s’étaient tellement combattus et ils étaient de nouveau face à face l’une sur le point de perdre la vie, l’autre qui venait de la reprendre.
 
L’épée des illusions tremblait au bras du seigneur des Enfers mais Athéna elle ne tremblait pas, elle plongeait dans les yeux de son ennemi pour y trouver ce que depuis toujours elle y cherchait.
Seulement quelques secondes passèrent mais elles passèrent si lentement.
 
« Pas de tribunal, pas de jurés ni d’avocat. Je n’en ai pas besoin, Dieu me juge avec ses propres yeux c’est cela que tu veux me dire Hadès n’est-ce pas ? »
 
« Athéna… Pourquoi me regardes-tu ainsi ? N’as-tu donc aucune haine pour moi ? Moi qui suis ton ennemi ! »
 
La main d’Hadès se crispa sur la poignée de son épée et une cosmo énergie violette inquiétante la recouvrit.
 
« Allons frappe ! Si je dois mourir autant que ce soit de ta main que de celle d’un inconnu. »
 
Tout se passa alors très vite, si vite qu’aucun de deux protagonistes ne fût certain de l’enchaînement réel des évènements.
 
Athéna avait fermé les yeux pour ne pas gêner son bourreau en même temps que la bouche du roi des dieux s’était ouverte pour prononcer son jugement, Hadès avait rassemblé toute sa force dans son bras et les dieux étaient tous collés à la bouche de leur roi.
Un hurlement retentit alors.
 
« NON !!! »
 
Ce mot fut crié si fort que tous sursautèrent, Athéna elle-même crut qu’elle était morte en sentant son cœur sauter dans sa poitrine, Hadès stoppa net son élan en apercevant deux grands yeux bruns qui le regardaient.
 
Tous les visages se tournèrent vers l’homme qui avait détruit la machine infernale du destin.
C’était Arès.
 
Celui-ci regardait Hadès dans les yeux mais il se détourna si vite que personne ne le remarqua, il croisa alors le regard de son père avec une lueur de défi dans les yeux.
 
-         Non cela ne peut se passer ainsi.
 
Zeus resta un moment bouche bée devant tant d’insolence puis il referma la main qu’il tenait suspendue en l’air et en frappa violemment la table.
 
-         Comment oses-tu ?!
 
Mais Arès ne regardait pas son père. Il se leva de sa chaise puis se plaça entre Athéna et ses juges.
 
-         Non, Père je suis désolé mais j’ai encore un mot à dire avant que cette farce se termine.
 
Arès fixa Athéna puis sa cape parut s’effondrer entraînant avec elle son propriétaire, ce n’était pas un rêve : le dieu de la guerre qui tournait le dos au dieu le plus puissant venait de s’incliner à genoux devant une condamnée.
 
-         Athéna, qu’il me soit permis de te rendre hommage.
 
Sa voix était si forte et si empreinte de violence que ces mots résonnaient comme une déclaration de guerre dans la salle. L’intéressée elle-même tressaillit.
 
-         Tu as fait le bon choix Athéna. Tu avais le choix entre la puissance et l’honneur et tu as choisi le second, je rends hommage à ton intégrité et à ton courage, sœur. Dans l’Histoire que je vais écrire ton nom restera synonyme d’intégrité et de loyauté.
 
Et le dieu de la guerre prit la main de sa sœur et l’embrassa avec ferveur. Ce fut d’une voix visiblement émue qu’Athéna articula.
 
-         Merci Arès, quoiqu’il arrive maintenant merci.
 
Hadès, lui, ne semblait pas voir la scène, son regard était fixé sur son épée qui ne tremblait plus.
 
-         L’épée des illusions ne vibre plus… Mais alors…
 
Son regard se porta alternativement vers le couple au centre du tribunal et vers la mère de l’univers haut dans le ciel, Gaïa. Son sourire angélique demeurait mais l’expression de ses yeux avait changé.
 
-         Tout est clair à présent : ce que je prenais pour l’ordre de ma mère de tuer Athéna, c’était ses larmes !
 
Plus bas l’agacement du maître des cieux avait atteint son paroxysme. La dernière phrase d’Arès qui augurait d’une guerre à très court terme lui avait donné une furieuse envie de conclure fût-ce à l’encontre de son intérêt.
 
-         Très bien Athéna, mon jugement dépendait de ta réponse. Tu viens de refuser la dernière chance que je t’ai donnée de participer à l’édification du nouveau monde sur lequel l’Olympe va régner. Ce faisant tu as signé ton arrêt de mort, tu dois en être consciente. En tant que juge je te déclare donc coupable! Mais avant de prononcer ma sentence je voudrais que tu réalises la stupidité de ton refus ! Je t’avais offert la dernière chance de donner un sursis à l’humanité et tu l’as refusée pour rester loyale alors je veux que tu me répondes : Qui va maintenant protéger la Terre ?
 
Pour la première fois un sourire apparut sur les lèvres d’Athéna et une lueur presque enfantine passa dans ses yeux.
 
-         Ceux que le temps a oublié.
-         Tu parles de tes chevaliers ?
-         Non je parle de ces hommes que vous ne remarquez pas car ils n’appartiennent à aucun camp. Ils étaient autrefois des dieux puissants se battant pour une cause noble, ils ne sont plus aujourd’hui que des parias dont l’Histoire oubliera les noms. Laissés pour morts ils n’ont plus leur place ni sur cette Terre qu’ils ont voulu conquérir ni dans cet Olympe qui les a oubliés. Ne sachant quoi faire, sans personne pour les pleurer ils se battent sur tous les champs de bataille sans savoir pour quel idéal. Condamnés à fuir sans jamais trouver d’alliés ils continuent pourtant de se battre seuls contre tous ceux qui prétendent dominer le monde.
-         Tu vas donc refuser la Terre par loyauté pour quelques fous imprudents qui seront bientôt écrasés ?
-         Oh! Ils sont bien plus que cela et si votre égoïsme ne vous aveuglait pas vous sauriez que l’univers entier retentit de leurs exploits. Les océans devant eux s’ouvrent et les dieux ambitieux tremblent devant ces ennemis inconnus, partout où les guerres ont engendré le chaos ils se lèvent contre les tyrans qui prétendent en profiter. Laissés à eux-mêmes par la mort de leur dieu ils ont redécouvert la raison qui les avait poussés à combattre et à devenir fort : Protéger les faibles. Ce ne sont peut-être plus que des combattants anonymes revenus du passé mais ils continuent à se battre et quelle que soit la puissance qui prétendra dominer le monde ils l’auront comme ennemie car c’est la dernière chose qui leur reste : leur intégrité. Je n’aurais jamais pensé que c’était possible mais par leurs combats ces hommes vont changer la face du monde et pour cela moi, Athéna je ne cesserai jamais de les aimer.
 
Zeus lui coupa violemment la parole.
 
-         Eh bien ma sentence sera l’acte de naissance de la nouvelle Olympe et le dernier avertissement pour ces guerriers qui refusent de se rallier à nous et dont tu tais les noms. Car aucune puissance ne s’opposera désormais à notre volonté ! Car je te condamne à mort Athéna ! Tu seras exécutée sur l’Aréopage !
 
-         Vous êtes fous… Sans rien à gagner ni rien à perdre ces hommes continueront à se battre selon leur cœur et aucune force ne pourra les faire plier car ils possèdent ce qui est vraiment important…
 
Le grand Zeus secoua sa chevelure couleur de ciel, un sourire ironique passa sur ses lèvres.
 
-         Ce qui est vraiment important. Pfff tu me fais bien rire Athéna. Ces hommes dont tu parles vivent sans concession, faisant exactement ce qu’ils veulent. Mais combien de temps pourront-ils continuer à vivre ainsi en défiant l’univers dans la nouvelle ère olympienne ?
 
-         Jusqu’à ce qu’ils meurent bien sûr.
 
Athéna se leva alors et se dirigea vers sa chambre escortée par plusieurs séraphins sous les regards médusés d’un tribunal pris à témoin.
 
« Je suis maintenant désarmée face aux hommes mais armée face à ma conscience. En tant que déesse j’ai sans doute échoué mais sûrement pas en tant qu’être humain. Adieu guerriers solitaires, je ne cesserai jamais de vous aimer».
 
*
*  *

Hadès

« Athéna… Tes réactions sont si imprévisibles… Cette fois encore tu as choisi de tout abandonner pour préserver cette fierté et cette pureté qui faisaient de toi la déesse protectrice de l’humanité. Je ne te comprends pas et pourtant quand tu t’es levée devant le maître des cieux tu brillais tellement, on aurait dit… »
 
Hadès rejeta son opulente chevelure couleur de jais en arrière pour pouvoir regarder le ciel plus aisément. Lorsque le soleil toucha ses yeux une sueur froide coula le long de sa joue.
 
« Oui… Tu brillais comme notre mère dans le ciel… comme le soleil ».
 
Un bruit métallique attira alors son attention et une seconde plus tard les lames de Balmung et de l’épée des illusions étaient entrecroisées.
Le seigneur d’Asgard souriait bizarrement.
 
-         Alors que vas-tu faire maintenant que la voilà condamnée ?
-         Laisse moi passer Odin !
-         Réponds-moi d’abord ! Tu l’as entendue comme moi : elle confie la défense de la Terre à ceux qui n’ont pas d’ambition, te sens-tu capable de relever un tel défi ?
 
Hadès saisit alors le poignet d’Odin de sa main libre puis plaqua son pied droit sur celui de son vis à vis avant de pivoter sur lui-même.
 
L’épée des illusions était maintenant sous le cou d’Odin tandis que Balmung pendait inutilement sur le côté droit.
 
-         Une seconde, rien qu’une seconde d’inattention peut être fatale, ne l’oublie jamais !
-         Tu n’as pas répondu à ma question !
 
L’épée des illusions se rapprocha encore du cou du dieu nordique.
 
-         Sache seulement ceci : Entre la lumière et les ténèbres il n’y a que nous qui puissions décider désormais, que nous pour faire la différence.
 
D’un mouvement le dieu ténébreux écarta Odin de son chemin.
Celui-ci tenta de le retenir.
 
-         Tu t’exprimes par énigme et comme d’habitude tu fuis les explications ! N’en as-tu pas assez de te faire passer pour mort et de vagabonder sur Terre à la recherche de ton royaume perdu ?
 
Le dieu qui domine la mort s’immobilisa sans pour autant montrer son visage à son interlocuteur.
 
-         Mon errance s’achèvera bientôt… mais il est des choses impossibles que seul un homme mort peut accomplir. Ensuite tout dépendra de toi et des guerriers solitaires que j’ai ramenés à la vie.
 
Odin sentit une sueur froide parcourir son échine jusqu’à atteindre son épine dorsale à mesure qu’il entrevoyait les pensées d’Hadès.
 
-         Tu… tu veux dire que tu ne comptes pas revenir à la vie ? Athéna vient de sacrifier la sienne pour te permettre de le faire ! Pourquoi y renoncer ainsi ?
 
Derrière sa chevelure de jais, Odin devina à peine les fines lèvres du dieu bouger pour lui répondre de sa voix étrangement douce.
 
-         Parce que je suis le dieu qui domine la mort, il ne peut pas y avoir de vie pour moi.
 
 
 
*
*  *

Près du Mont Olympe mais sur Terre

-         Tu as bien compris ? Remets cette lettre au chef du premier village que tu trouveras, il s’arrangera pour la faire parvenir à destination.
 
L’homme qui faisait face au troisième seigneur des archanges était de petite taille avec la peau noire de l’Afrique et des dents très blanches. Il portait un voile couvrant son visage jusqu’au menton témoignant de son appartenance au peuple touareg.
Son costume tranchait assez fortement avec le paysage local fait de verdure et d’oliviers…
 
-         Oui raïs (roi) j’ai bien compris et j’apporterai cette lettre au chef en mains propres.
 
Les yeux de Némésis se firent méfiants.
 
-         Tu n’essaieras pas de la lire ?
 
L’homme sourit de toutes ses dents.
 
-         Raïs, chez les Touaregs seules les femmes savent lire et ce sont les hommes qui portent le voile.
-         Ah oui c’est vrai. S’ils n’existaient pas il faudrait les inventer ceux-là pensa-t-il.
 
Le dévouement de cet homme avait quelque chose d’émouvant aussi fut-ce à regret que Némésis écourta l’entretien.
 
-          Je vais te téléporter jusqu’à un endroit proche ensuite tu devras te débrouiller pour trouver le village.
 
L’homme fit un pas en arrière.
 
-         Me… me téléporter ?
 
Némésis prit l’air las de quelqu’un qui a trop de fois répété la même chose sans arriver à se faire comprendre.
 
-         Mais oui tu sais bien. Tu penses à un endroit et la seconde d’après tu t’y trouves, ton arrière-grand-père a dû t’expliquer j’ai fait la même chose avec lui pour la dernière lettre.
 
L’homme s’en souvenait effectivement mais il ne parvint pas à réprimer un tremblement quand Némésis posa ses mains sur sa tête.
 
-         Excusez-moi Raïs mais pourquoi vous ne m’envoyez pas dans le lieu en question au lieu du village adjacent ?
-         Parce que c’est un lieu qui n’existe que pour ceux qui y croient.
 
L’homme hocha la tête d’un air ravi et une seconde plus tard il avait disparu. Le troisième seigneur des archanges regarda un moment vers l’horizon. Au fond il enviait cet homme, lui n’avait pas revu son pays depuis si longtemps.
 
« Oui c’est un lieu que l’on ne voit qu’une fois, comme ces guerriers qui n’ont plus de nom : on ne les voit qu’une fois avant de mourir. »
 
Son regard se tourna alors vers le Mont Olympe, il avait une expression contrastée de mépris et de convoitise. Lentement, doucement il tira son épée de son fourreau et ouvrit une brèche dans laquelle il s’engouffra pour aller vers la cité céleste.
 
« Comme pour Athéna : je serai probablement son bourreau sans qu’elle le sache mais à quoi lui servirait mon nom puisqu’elle va mourir ? »
 
*
*  *
 
Pourquoi toujours le même rêve ?
 
Pourquoi n’en vois-je jamais la fin ?
 
J’ai 8 ans aujourd’hui
 
Des fleurs de toutes les couleurs qui volent autour de moi. Ces fleurs sont rouges, rouges comme des coquelicots.
Je ne connais pas ce paysage et pourtant il m’est familier : sa terre ocre, ses oliviers et surtout cette immense plaine couverte de fleurs…
 
Un visage ami… Une femme blonde, elle est toujours belle malgré les rides qui se dessinent au coin de ses yeux.
Elle me sourit puis me prend dans ses bras et me serre très fort comme si je lui étais très précieuse. Elle se comporte comme une maman mais ce n’est pas maman, maman n’avait pas ces cheveux, ni ces  yeux dorés.
Qui est-ce alors ?
Elle me soulève de terre comme une plume puis me fait tourner autour d’elle. J’ai l’impression que je vais avoir le tournis, autour de moi le décor change, les feuilles tombent des arbres puis reverdissent.
Je ne reconnais toujours rien…
 
J’ai 10 ans aujourd’hui
 
Maman, mais est-ce vraiment maman ? , m’a emmené dans le Nord. Elle m’a dit que nous allions y passer l’hiver pour que je voie le cycle de la vie de la nature.
Pourquoi ai-je l’impression que ces plantes veulent dire quelque chose pour moi ?
Pourquoi quand elle me coiffe des mèches blondes tombent-elles sur mon visage ?
 
Aujourd’hui je suis sortie dehors pendant que maman ne me surveillait pas, l’hiver est en train de passer et la rosée s’installe.
Je m’amuse à aspirer les gouttes d’eau qui tombent des fleurs. L’eau est très froide, glacée même mais ma langue aime découvrir de nouvelles sensations.
 
De loin j’ai aperçu un monsieur qui jouait avec des enfants, il avait l’air de bien s’amuser. J’ai eu envie de les rejoindre mais ma fausse maman m’a défendu de jouer avec des étrangers.
 
Le monsieur s’est endormi quelques instants, quand il s’est réveillé les enfants avaient l’air très agités, le monsieur a pris une petite fille dans ses bras, elle dormait. Il avait l’air très triste.
Il s’est tourné vers moi mais il ne m’a pas vue, mais moi je l’ai vu : il a de longs cheveux bruns et un teint très pâle. Mais ses yeux… quels yeux il avait ! Quelle beauté ! Il ne me regardait pas et pourtant j’ai eu l’impression qu’il pénétrait jusqu’au fond de moi.
 
J’ai voulu le suivre mais il a disparu.
 
Beau… ce monsieur est beau… et quand je serai grande je l’épouserai.
En rentrant à la maison j’ai raconté cette histoire à maman, elle a paru horrifiée, elle a dû penser que j’avais rencontré un satyre ou quelque autre esprit sylvain. Nous ne retournerons plus jamais dans le Nord. Je ne verrai plus jamais l’hiver.
 
[i]J’ai 16 ans

 
Je porte une robe de praline blanche et mes cheveux sont toujours blonds.
Maman m’a emmené dans un lieu étrange, c’est comme si une centaine de maisons avaient été bâtie les unes à côté des autres et qu’on avait oublié de mettre des murs pour les séparer.
 
Maman m’explique que c’est là la cité des dieux et qu’elle va me présenter à eux. Pourquoi fait-elle ça ? Pourquoi devrais-je rencontrer des dieux ? Je ne suis pas une déesse.
 
Ils se pressent tous autour de moi, me complimentent et m’embrassent. Ils m’entourent comme des chiens un renard, fondent sur moi avant de laisser leur place à d’autres prédateurs. Leurs sourires et leurs caresses me sont insupportables ! Je ne les connais pas, pourquoi se permettent-ils tant de familiarité ?
 J’étouffe, il faut que je respire !
Il y a un balcon, je m’y précipite ! Il paraît si loin ! En courant je me prends les pieds dans ma robe toute neuve, bascule en avant et me rattrape de justesse à la rampe du balcon.
Dans mon élan je manque de passer par-dessus et j’évite de si peu la chute en avant que mon diadème tombe de ma coiffe.
Je tente de le rattraper mais ne parviens qu’à le frôler et finalement il s’écrase en bas.
 
Je lâche un juron appris auprès des satyres, c’était mon premier bijou quand même ça compte !
Je mets précipitamment ma main devant ma bouche mais c’est trop tard, un homme est là, il m’a entendue.
Ma vulgarité ne paraît guère le choquer mais quand il pose ses yeux sur moi j’ignore pourquoi j’ai envie de rougir… comme une enfant prise en faute.
Il ne dit pas un mot, j’ai l’impression que j’ai autant d’importance pour lui que ce diadème tombé en bas de la cité céleste.
Ces yeux sont blancs  mais bleus, leur couleur est celle de l’acier.
 
Des bruits de pas se font entendre dans la salle adjacente ! Je suis restée trop longtemps absente, on me cherche.
M… à 16 ans je connais mon premier moment d’intimité et…
Je ne veux pas que ça se termine ainsi ! Je ne veux pas retourner dans les jupes de maman ! Je me tourne vers l’homme et le sonde d’un regard implorant.
 
« Sauvez-moi ! Par pitié ! »
 
Tu parles ! J’aurais eu davantage de succès si je lui avais demandé de me passer une épée au travers du corps !
Tant pis pas le choix ! Me souvenant d’une histoire contée par les centaures d’un satyre cherchant à échapper à un chevalier jaloux je saisis l’homme par l’épaule, le retourne vers moi et l’embrasse à pleine bouche.
 
C’est mon premier baiser. Ce n’est pas désagréable mais pourquoi ne me le rend-t-il pas ? Derrière nous les dieux passent sans nous voir.
J’hésite un peu à rompre notre étreinte mais m’y résout pourtant… Il me regarde étrangement.
 
« Euh… Merci »
 
Il ne répond rien, pourquoi ne répond t-il rien ? Je n’ai que 16 ans et c’est mon premier baiser il pourrait dire quelque chose !
 
« Ca, ça ne vous a pas plu c’est ça ? »
 
« Si mais la prochaine fois que vous essayez d’échapper à une bande de dieux jetez-vous par-dessus le bacon ce sera plus crédible ! »
 
Ca alors ! Si on m’avait dit que les hommes étaient comme ça ! Il ne ressemble pas à mon prince, celui aux yeux si bleus.
 
*
*  *

Aréopage

Une exécution était jusqu’à une époque récente un événement populaire, une sorte d’attraction. Les êtres humains ont sans doute un bon fond mais beaucoup ont un fond de sadisme. Zeus considérait sans doute que les dieux n’obéissaient pas à cette règle car il avait interdit leur présence à l’exécution, il est du reste assez rare que les jurés soient présents à cet événement.
 
Seuls étaient présents aux côtés du maître des cieux ceux dont la présence était souhaitée : leurs noms étaient Héra, Némésis et Arès…
La présence d’Arès pouvait paraître étonnante mais comme disait Machiavel : « Il faut garder ses amis près de soi et ses ennemis encore plus près ».
Déméter, Hestia et Poséidon avaient également été conviés à cet événement en qualité d’Olympiens de la première génération mais chacun pour des raisons différentes avait décliné l’invitation.
Zeus le regrettait secrètement : il avait été obligé de se compromettre lui-même dans le procès pour assurer le succès de ses plans alors qu’il aurait aimé rester neutre et maintenant ses frères et sœurs refusaient d’assister à son triomphe.
Sa légitimité comme souverain de la Terre allait être très discutée et il n’avait pas encore réussi à démasquer ce dieu plus puissant que lui dont lui avait parlé Ananke (v. chap. 17) ni celui qui devait mettre fin à son règne.
Il jetait des regards inquiets vers Arès, celui-là était très belliqueux mais son hostilité ne concernait qu’Athéna jusqu’à maintenant, aurait-il le cran de déclencher une guerre conte son père après la mort de son ennemie de toujours ?
Athéna, elle au moins, allait disparaître et cette pensée était réconfortante car la perte de cette reine allait considérablement simplifier l’échiquier universel sur lequel les yeux de Zeus étaient fixés.
La seule véritable question était : Connaissait-il la vraie puissance d’Arès ?
Certes il avait été souvent vaincu par Athéna mais cela ne signifiait pas grand chose car Niké, déesse de la victoire, était toujours du côté de la déesse de la guerre.
Il se souvenait que Arès avait plusieurs fois été défait dans les temps anciens de la mythologie mais personne n’en était jamais venu à bout.
D’autre part la prédiction d’Ananke était inquiétante à deux points de vue : d’une part elle signifiait que dans l’univers il existait une force plus grande que la sienne et d’autre part que cette force pouvait être vaincue par une autre force encore inconnue qui devait le dépasser également.
 
Dans l’univers il n’existait pas de force plus grande que celle de l’Olympe alors qui ? Qui d’autre que Arès ou Athéna pouvait se lever face à lui ?
 
Héra se pencha vers son époux pour lui signifier qu’il était temps de faire entrer Athéna. « Faire entrer » n’était peut-être pas l’expression appropriée étant donné que l’enceinte extérieure de l’Aréopage (par opposition au temple Erichtonion) ne comportait aucun mur, c’était une colline au sommet de laquelle la terre avait été retournée et ensablée sur une centaine de mètres de diamètre.
En son centre étaient disposés 3 chaises de marbre qui figuraient la Trinité du jugement.
 
Zeus approuva d’un geste et Némésis vint se placer au centre du cercle, il traça ensuite un cercle dans le sable avec son épée et un cosmos bleuté s’éleva dans l’air.
Une seconde plus tard Athéna apparut, les deux mains liées par-devant elle.
Elle portait la même robe déchirée par endroits qu’elle ne semblait pas avoir quittée depuis son supplice dans le pilier central de l’empire sous marin.
Héra ne put réprimer une moue de plaisir en la voyant si fragile.
Une seconde plus tard son sourire s’était éteint car une masse d’une luminosité insupportable venait de se matérialiser à côté d’Athéna.
 
Seuls les traits figés de son visage indiquaient qu’il s’agissait d’une armure et non d’un être humain car l’armure divine d’Athéna était maintenant aux côtés de sa détentrice.
 
Zeus rejeta ses cheveux blancs comme le ciel en arrière et demanda ironiquement à l’adresse de Némésis.
 
-         Encore une initiative personnelle ?
 
Le troisième seigneur des archanges n’y alla pas par quatre chemins.
 
-         Oui cela m’a paru plus convenable de faire venir ici l’armure d’Athéna au cas où l’on voudrait attenter à sa vie.
 
Zeus sourit mais Héra écumait de rage.
 
-         Tu trahis ton maître !!
-         Je ne trahi rien du tout, vous m’avez confié la garde de sa majesté Athéna tant qu’elle sera en Olympe, je ne fais que m’acquitter de cette tâche.
 
Ce fut Athéna qui lui répondit.
 
-         J’apprécie ton geste, archange, mais je n’ai pas l’intention de me défendre d’avantage. Je ne souhaite que savoir qui sera mon bourreau.
 
Un murmure de consternation parcourut l’assistance, était-ce de la résignation ou du courage ?
Zeus prit alors la parole.
 
-         Ce tribunal t’accorde une dernière faveur : tu pourras choisir toi-même celui qui mettra fin à tes jours. Dans cette assistance bien sûr.
 
Athéna eut un petit rire ironique.
 
-         Tu aimerais que je te choisisse Héra n’est-ce pas ? Mais ce n’est pas sur toi que se portera mon choix, ni sur Némésis qui a trop de respect pour la vie pour ne pas éprouver de remords. Père ?
 
Le grand Zeus ne put réprimer un tressaillement. Il était sans doute la personne la plus directement responsable du sort d’Athéna mais lui demander de la tuer de sa main…
Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais fut aussitôt interrompu.
 
-         La Nature n’autorise pas un père à tuer sa fille Athéna, puisqu’il faut un exécuteur je serai celui-là. Ainsi parla Arès.
-         Toi ?!
-         Oui Père mais je sollicite une faveur pour moi-même. Parce que cette colline porte mon nom je suis seul à avoir le droit d’y répandre le sang. Je vous demande donc de partir.
-         Comment saurais-je que tu as bien accompli ta mission ?
-         Vous n’aurez qu’à confier à Némésis la charge de vous conter l’affaire, n’est-il pas un de vos plus dévoués serviteurs ?
 
A ces mots Héra se mordit les lèvres et Zeus réprima un mouvement de défiance de tout son corps. Il était un serviteur zélé, un peu trop même… Mais tout dépendait de la mission qu’on lui assignait. Toujours était-il qu’il ne pouvait pas se permettre une querelle devant autant de témoins.
 
-         Soit j’accède à ta requête Arès. Némésis, tu seras l’œil et la bouche de Zeus.
 
Némésis hocha ironiquement la tête en une caricature de révérence.
 
-         Vous êtes trop modeste Monseigneur, vos pouvoirs vous permettront de nous surveiller à l’insu des autres dieux. Mais je n’en ferai pas moins fidèlement mon devoir.
 
Le maître des cieux et sa suite se volatilisèrent dans un bruit d’éclairs.
Le vent transmit ses paroles : « Oui va où tu veux Arès, tu es libre mais je te verrai toujours. »
 
Arès se tourna alors vers Némésis.
 
-         Laisse-nous.
-         Je-Ne-Peux-Pas-Faire-Cela.
-         C’est vrai… D’autre part Zeus nous entendra forcément…
 
*
*   *

Aujourd’hui j’ai 16 ans et je suis morte

Maman a été très occupée ces derniers temps, j’ai ainsi pu m’échapper vers le seul lieu que j’ai envie de revoir : les plaines du Nord.
 
Là-bas j’ai rencontré mon prince, là-bas je le retrouverai et lui il me donnera un vrai baiser !
 
Quelle idiote je fais ! Pourquoi me suis-je aventurée si loin en plein hiver ? Maintenant c’est certain me voilà perdue !
 
Le vent soulève un air glacial, la neige est si dense. Je ne peux plus avancer, il fait si froid… Je vais mourir comme ça dans la plaine où j’ai rencontré mon prince.
Mourir…
 
Une douce chaleur brûle mes paupières, j’ouvre les yeux mais je ne vois qu’un homme emmitouflé dans une cape.
C’est sans doute lui qui m’a sauvée.
 
« Merci »
 
« Ne me remerciez pas. Je vous ai sauvé la vie, ce n’est pas un service que je vous rends. »
 
Quel homme étrange ! Il s’approche de moi et me fait avaler une soupe qu’il a fait chauffer. Ca brûle mais c’est bon.
Il porte une sorte de collier de perles à son poignet, étrange pour un homme.
 
« Pourquoi m’avoir sauvé la vie ? »
 
Il me répond distraitement en attisant le feu.
 
« Aujourd’hui c’est le jour des morts, je viens fleurir une tombe alors je ne tenais pas à avoir à en creuser une autre en plus. »
 
A la suite de cette phrase je lui lance un regard mauvais auquel il ne prête pas attention, il se lève pourtant.
 
« D’ailleurs j’en ai assez de vous veiller. Vous êtes restés deux jours inconsciente c’est assez de temps de perdu. Il y a assez de bois pour alimenter le feu  et le vent s’est arrêté de souffler. En allant vers le Sud vous devriez facilement retrouver votre chemin. Adieu »
 
Il se dirige vers la porte de la cabane et fait négligemment tomber sa cape sur mon lit.
 
-         Attendez !
-         Vous voulez savoir mon nom c’est cela ?
-         Non, le bijou que vous portez au poignet il me semble le reconnaître, où l’avez-vous trouvé ?
 
Regardant négligemment le collier de perles il répondit.
 
-         Oui c’est un bijou qu’une petite déesse avait perdu un jour, je l’avais ramassé et transformé en collier pour l’offrir à quelqu’un, vous pouvez le garder si vous le désirez. 
-         Non, gardez-le. Il a de la valeur, cela vous dédommagera de m’avoir secourue.
-         Vous êtes une enfant étrange.
 
Il partit mais je l’avais reconnu : c’était lui qui m’avait sauvé une première fois la vie dans la cité céleste, depuis il avait disparu mais il était revenu pour me sauver la vie.
Etait-ce mon ange gardien ?
 
*
*  *

Asgard

-         Hilda ce n’est pas raisonnable ! Sa température ne cesse d’augmenter !
 
La princesse Hilda était agenouillée au chevet de Pandore mais sa main était posée sur le front de celle-ci. Un cosmos étrange émanait d’Hilda en cet instant.
 
-         Je sais Freya mais c’est la seule solution.
-         Comment peux-tu dire ça ? Elle est juste malade et toi tu… tu…
 
Hilda se retourna vers sa sœur et lui lança un regard implorant.
 
-         Freya, tu te souviens quand je suis redevenue Brunhilde grâce au pouvoir d’Odin ? Depuis que je suis réconciliée avec mon existence antérieure je vais mieux. Pour Pandore c’est la même chose : une partie d’elle-même la pousse vers la mort et vers ses parents et l’autre partie la pousse à accomplir son destin. Tant qu’elles ne seront pas réconciliées elle ne pourra guérir.
-          Mais enfin… ce n’est pas comparable ! Tu ne peux pas te livrer à ce genre d’expérience sur…
 
Dans l’entrebâillement de la porte une voix empreinte d’ironie s’éleva.
 
-         Vous ne devriez pas jouer dans la cour des grands, princesse.
 
L’homme qui venait de parler était de taille moyenne avec une chevelure rose très remarquable.
Un autre homme émergea, il était de taille moyenne mais d’une carrure impressionnante et avec des cheveux blonds descendant jusqu’aux épaules.
 
-         Albérich a raison princesse, votre sœur sait ce qu’elle fait. Ces forces de l’esprit vous dépassent, je vais vous raccompagner dans vos appartements.
 
Freya se raidit pour résister mais devant les trois regards fixés sur elle sa résistance fut brève. Un instant plus tard Hagen sortait de la pièce avec elle.
Albérich allait l’imiter quand Hilda le retint.
 
-         Albérich. Je vais utiliser mes pouvoirs pour pénétrer l’esprit de Pandore, si à un moment elle est vraiment trop faible et risque de mourir n’hésite pas ! Réveille-moi quelles qu’en soient les conséquences !
 
Albérich avait l’air un peu éberlué.
 
-         Prin… Princesse, vous me faites confiance ?
 
La réponse d’Hilda fut brusque.
 
-         Tu es un guerrier divin choisi par Odin non ? Et maintenant laisse-moi me concentrer !
 
*
*   *


Aréopage

Arès sortit un couteau d’un fourreau attaché à sa ceinture.
Némésis eut un mouvement de recul, Athéna tressaillit puis ferma les yeux.
 
Le couteau descendit de haut en bas et coupa net les liens qui retenaient les poignets de la déesse.
Le premier mouvement de surprise passé, Athéna toisa Arès.
 
-         Tu veux me demander quelque chose n’est-ce pas ? C’est la raison de ta requête à notre père.
-         Effectivement Athéna. Tout à l’heure je t’ai rendu hommage car j’admire tes qualités mais ton discours m’a intrigué : tu y as parlé de guerriers sans nom qui continuent à se battre.
-         Tu veux savoir qui ils sont ?
-         Je veux savoir s’ils seront mes ennemis ou mes alliés.
-         Je crois que tu ne t’adresses pas à la bonne personne, je ne sais rien de leurs motivations.
 
Arès saisit Athéna par le bras avec violence.
 
-         Tu as dit que toute puissance qui prétend régner sur la Terre les aura pour ennemis ! Tu as dit qu’ils avaient redécouvert leur vraie nature : protéger les faibles ! Alors dis-moi si je dois les considérer comme des amis ou des ennemis !
 
Athéna blanchit légèrement sous la douleur. Némésis dégaina sa rapière et la fit passer à hauteur de leurs bras, Arès lâcha prise.
 
-         Ah… Tu veux savoir s’ils sont tes ennemis mais tu devrais d’abord réfléchir sur les raisons qui te poussent à agir !
-         Je ne suis pas que violence Athéna ! C’est parce que les hommes sont faibles qu’ils souffrent ! Parce qu’ils sont faibles ils sont à la merci des forts et sont exterminés !
-         C’est vrai.
-         Chaque fois que j’ai levé l’épée ça a été pour protéger les faibles ! J’ai repoussé les limites de leur volonté ! Je les ai rendus forts ! Aujourd’hui ceux qui me suivent n’ont plus rien à redouter dans ce monde ! J’ai fait de ces agneaux des lions, mes berserkers !
-         Tu en as fait des monstres et tu ne t’en rends même pas compte ! Tu as étouffé toute l’innocence et la candeur qui étaient leur à l’époque de l’enfance ! Tu leur as volé les seuls moments de bonheur qu’ils pouvaient connaître !
-         J’en ai fait des hommes prêts à se battre pour défendre leur vie ! Je leur ai rendu leur dignité !
 
L’hostilité entre les deux dieux était à son paroxysme, si Némésis n’avait pas été là ils auraient revêtu leur armure pour s’affronter.
Athéna fut la première à retrouver son maintien.
 
-         Arès, réponds-moi. Dans l’Histoire que tu vas écrire, les hommes devront tous acquérir cette force dont tu vantes les mérites ?
-         Oui.
-         Et ainsi l’homme cessera d’être un loup pour l’homme puisqu’ils auront tous la même force ?
-         Oui.
-         Et les faibles qui n’auront pu acquérir cette force que leur arrivera-t-il ?
-         Ils seront tués par plus fort qu’eux.
 
Némésis pensa à voix haute : «Comme il est étrange que deux hommes puissent penser de la même façon sans suivre le même chemin ».
 
Athéna crispa ses mains sur les plis de sa robe à l’en déchirer.
 
-         Arès ! Les faibles sont ton bouclier ! Ils sont ton alibi pour justifier ton ambition ! Tu dis vouloir les protéger mais tu veux éradiquer la faiblesse ! Tu dis vouloir être leur bouclier contre les forts mais tu reproduis la violence, tu es un fléau !
-         Et en quoi toi et tes chevaliers êtes différents de moi Athéna ?
-         Nous n’avons jamais utilisé les hommes comme un bouclier pour cacher notre ambition ! Nous avons choisi d’être ce bouclier ! Un bouclier contre tous ceux qui prétendront détruire le monde pour en bâtir un nouveau !
-         Un monde meilleur ne peut se bâtir que sur les ruines de l’ancien. C’est sans doute un sale boulot mais il faut bien que quelqu’un le fasse.
 
Le regard d’Athéna changea soudainement. Comme si une évidence venait de lui sauter aux yeux.
 
-         Arès… J’ai de la compassion pour toi… Pour l’avenir de ce monde tu assumes la réputation de dieu sanguinaire et tu te transformes en assassin.
-         C’est exact Athéna. Le monde est injuste parce que les hommes ne sont pas habités d’une volonté suffisamment forte pour survivre alors… alors si un monde nouveau peut se trouver au bout de mon épée, je détruirai, je tuerai ! A la place de Dieu !
 
Athéna écarta sa longue robe puis plia ses jambes pour s’agenouiller. Elle tournait le dos à Arès.
 
-         Tu es un enfant qui a un jour saisi une épée en te disant que tu allais changer le monde mais seul tu n’as réussi qu’à devenir un assassin. Tu es plus à plaindre qu’à blâmer.
 
Arès était agité par des sentiments contradictoires. 
 
-         Pourquoi me tournes-tu le dos Athéna ?
-         Les assassins n’aiment pas connaître le nom de leur victime mais tu me connais depuis si longtemps… Il ne te serait pas facile de me tuer si je te regardais.
 
Némésis ne bougeait pas, il traçait un signe étrange sur le sol par lequel il devait prier son propre dieu.
Arès, lui, approcha une de ses mains calleuses de la chevelure d’Athéna.
 
-         Pourquoi Athéna ? Dis-moi pourquoi on doit en arriver là ?
 
La déesse  retourna vers son frère son visage inondé de lumière.
 
-         Il n’y a pas de regrets à avoir. Toi et moi avons vu ce monde avec des yeux d’enfant et nous avons juré de le changer. Nous n’avons pas suivi les mêmes chemins, notre affrontement était inéluctable.
-         Mais ces guerriers sans nom, quel chemin suivent-ils ?
-         Je ne le sais pas. Leur guide est un être étrange : il possède la puissance du dieu suprême et sa volonté mais dans son cœur il n’est que tristesse et peine. Cela dit j’ai confiance en lui car à l’inverse de toi et moi il a le pouvoir de changer la face du monde. Allons j’ai répondu à ta question, fais ton devoir.
 
Athéna avait penché sa tête en avant et rabattu ses cheveux du côté droit, ses mains étaient jointes en une muette prière aux morts.
 
-         Fais-moi retourner au ciel.
-         Athéna…
 
Les mains d’Arès tremblaient, son épée remuait dans son fourreau. Il lança un bref regard à Némésis mais celui-ci lui signifia qu’il n’était pas le bourreau.
L’épée sortit finalement de son foureau.
 
-         S’il te plaît… Avant que le courage ne me manque…
 
Un éclair d’acier vint labourer les yeux d’Athéna quand l’épée se refléta au soleil, elle ferma les yeux et un sourire apaisé apparut sur ses lèvres.
 
Sa dernière pensée fut pour ces guerriers sans nom qui tenaient entre leurs mains le destin de la Terre.
 
« Adieu guerriers solitaires, du ciel je verrai vos exploits. J’ai sans doute échoué dans ma mission mais je suis heureuse car je sais que votre guide possède ce qui est réellement important… Oui ce qui compte vraiment »
 
*
*   *

Esprit de Pandore
 
Hilda :
Qui est-elle ? Qui est cette jeune fille blonde qui semble docilement suivre sa mère qui ne remarque plus sa présence ?
Les souvenirs de Pandore semblent très embrouillés…
 
La voilà au milieu d’un champ de coquelicots puis dans une plaine nordique, qu’est-ce que cela veut dire ?
Et tout autour ces êtres aux barbes blanches, sont-ce des dieux ? Ils paraissent mal attentionnés, lui font-ils tellement horreur ?
Et ce diadème qui devient collier de perles qu’est-ce que cela veut dire ?
 
Il faut que je me concentre pour essayer de situer son esprit, comprendre ce qui la menace et ce qu’elle cherche.
 
Ca y est je crois que je l’ai trouvée ! J’ai trouvé l’âme de Pandore !
 
Hilda se trouvait dans une sorte de chalet construit en bois de bouleau, à l’intérieur une jeune fille blonde était emmitouflée dans une fourrure recouverte d’une cape de couleur noire.
Hilda s’assit à côté de la jeune fille et commença à lui parler doucement.
 
-         Qui es-tu ?
-         Dans un rêve les noms ne peuvent être prononcés.
-         … Alors que fais-tu ici ?
 
La jeune fille se leva et regarda par une ouverture.
 
-         J’étais venue revoir mon prince. Celui que j’ai vu quand j’avais 10 ans.
-         Et tu l’as retrouvé ?
-         Je ne sais pas, l’homme que j’ai rencontré m’a donné mon premier baiser et vient de me sauver la vie mais il n’a pas les mêmes yeux.
 
Hilda s’approcha du feu pour se réchauffer.
 
-         Je ne vois toujours pas le rapport avec Pandore.
-         Ton amie est à la recherche de son passé, moi je suis un fantôme de ce passé qui doit le lui faire revivre jusqu’à ce qu’elle le retrouve.
-         Son passé ? Mais elle le connaît déjà non ? Elle n’a que 16 ans !
 
Ce fut au tour de la jeune fille blonde de s’asseoir.
 
-         L’âme ne se résume pas à une seule existence. Les rêves nous rappellent ce que nous étions.
-         Tout cela n’a aucun sens, Pandore n’est qu’une humaine manipulée par deux entités démoniaques.
 
La jeune fille blonde fit tomber la fourrure qui la couvrait puis ouvrit la porte du chalet.
 
-         Il est l’heure.
-         L’heure de quoi ?
-         L’heure de rattraper mon prince, si je le perds encore cette fois-ci toi et moi devrons l’attendre 16 années. Peut-être qu’avec ton aide j’y arriverai.
 
Hilda suivit précipitamment la jeune fille, elle fut surprise de sentir la morsure du froid en sortant au dehors. Elle la rattrapa assez vite mais la force du vent était telle qu’elle devait hurler pour se faire entendre.
 
-         Mais où va-t-on ?
-         Il a dit qu’il allait fleurir une tombe et je me rappelle que lorsque je l’ai vu pour la première fois il portait dans ses bras une enfant inanimée.
 
Hilda et la jeune fille blonde avancèrent sous la neige et le froid, plusieurs fois le désespoir saisit le fantôme et Hilda dut la saisir à bras-le-corps pour l’aider à se relever.
Des fantômes du passé volaient autour d’elles en tentant de les décourager d’aller plus avant mais les deux jeunes filles se soutenaient mutuellement et elles parvinrent finalement à une clairière.
Instinctivement elles s’arrêtèrent : un homme était agenouillé devant une tombe rudimentaire.
Tandis qu’il récitait une sorte de prière de la buée sortait de sa bouche sous l’effet du froid.
Hilda et la jeune fille écoutèrent sa prière.
 
« Hum, je n’ai jamais cru qu’en moi-même alors prier n’a guère de sens. Je ne sais pas pourquoi je viens prier sur ta tombe, Elysée, alors que je peux te voir tous les jours en mon paradis… Peut-être parce que j’ai été heureux en ce lieu quand tu y vivais…
 
J’aurais voulu apporter des fleurs mais j’ai dû les sacrifier pour sauver une enfant qui allait mourir de froid, c’est une petite déesse étrange : à l’inverse de toi ce n’est pas moi qui lui ai donné un baiser mais elle qui m’en a donné un. Je n’ai pas voulu la garder près de moi : toute personne qui croise mon chemin connaît un destin funeste tu ne trouves pas ?
Pourtant si elle venait me voir peut-être changerais-je alors de regard pour retrouver les yeux de la tristesse que tu me connaissais. »
 
Hilda avait écouté ce discours avec attention sans parvenir à croire ce qu’elle entendait, ainsi c’était donc cela la raison de l’amour débordant de Hadès pour Pandore… Cet amour que nul ne pouvait lui disputer…
 
La jeune fille blonde, elle, n’écoutait plus Hilda ou plutôt elle écoutait son cœur… En quelques pas elle sortit de l’obscurité.
L’homme se retourna et son premier réflexe fut de se détourner pour ne pas croiser son regard.
 
De la buée s’échappait de sa bouche dénotant sa respiration haletante mais la jeune fille ne sembla pas y prendre garde.
 
« C’est toi n’est-ce pas ? »
 
Pour toute réponse l’individu dévoila son visage d’une extraordinaire beauté mais la dureté de ses yeux ôtait tout charme à ce visage.
Elle tressaillit mais pourtant elle avança sa main pour le toucher.
 
« Depuis mon enfance tu m’as toujours protégée… Contre l’autorité de ma mère, contre la convoitise des dieux… Enfin contre le froid. Mine de rien tu as toujours pris soin de moi, alors pourquoi, pourquoi me fuis-tu ? »
 
Ses yeux parurent changer, ils retrouvaient progressivement leur couleur bleue, océan de tristesse.
 
« Je suis le dieu qui domine la Mort. Quiconque se prend à m’aimer connaît un destin funeste. Mon destin est lié à la mort et celui de ceux qui m’aiment est scellé par une étoile sur le front. Si tu restes auprès de moi c’est comme si tu abandonnais la vie. »
 
Elle plongea ses yeux dans les siens tressaillant de tout son être.
 
« Mais alors pourquoi ? Pourquoi m’as-tu toujours protégée ? »
 
Il ferma ses yeux bleus.
 
« Oublie-moi… Je ne suis qu’un fantôme dans ta vie d’immortelle… Si tu retournes auprès des tiens tu ne courras plus jamais aucun danger… tu n’auras plus jamais besoin de quelqu’un pour te protéger. »
 
Mais elle ne voulait pas l’écouter.
 
« Tu n’as pas répondu. Pourquoi veilles-tu sur moi depuis l’enfance sans jamais te manifester ?  Pourquoi agis-tu ainsi ? Pourquoi avais-tu envie de protéger une femme comme moi ? »
 
Il rouvrit ses yeux mais cette fois c’était lui l’enfant pris en faute.
 
« Pardonne-moi. Depuis notre rencontre… à cause de moi  tu as perdu le bonheur auquel tu avais droit. Je… je n’avais…  pas le droit de te protéger. Mais pourtant je t’ai … je t’ai… »
 
Mais les mots restèrent suspendus à ses lèvres, refusant de les franchir.
A ce moment elle s’effondra littéralement en avant, le ruban qui nouait ses cheveux se défit et tomba près d’Hilda. Il se pencha immédiatement pour la rattraper.
 
Sa tête glissa lentement contre sa poitrine et ce fut d’une voix à peine audible qu’elle articula en caressant son visage du bout de ses doigts : « S’il te plaît ne m’abandonne pas, je t’ai tellement cherché ».
 
Il posa ses lèvres sur son front et mit sa main dans la sienne. Elle se lova tendrement contre lui tandis que son fin manteau glissait le long de ses épaules. Il saisit sa main et la regarda fixement en détachant chacun de ses mots.
 
« Tout ira bien…
Je…
Te…
Protégerai ».
 
*
*  *

Asgard

-         Princesse Hilda ! Princesse Hilda !
 
Albérich remuait sa souveraine en tout sens pour l’obliger à se réveiller. Finalement ses efforts furent récompensés car celle-ci ouvrit les yeux.
 
-         Al…Albéric ?
 
Celui-ci s’efforça de retrouver une certaine contenance.
 
-         Oui princesse, vous étiez de plus en plus pâle, j’ai jugé préférable de vous réveiller. Alors avez-vous appris quelque chose ?
 
Hilda avait du mal à trouver ses mots. Elle caressa le front de Pandore avec tendresse et mélancolie.
 
-         Oui mais c’est un secret bien lourd à porter…
-         Pourquoi cela ?
-         Hadès, Pandore… ils ne peuvent trouver le bonheur ensemble mais ne peuvent pas vivre séparés non plus. Même inconscients du lien qui les unit ils se protègent mutuellement depuis toujours mais ne peuvent espérer trouver le bonheur ensemble. Voilà un destin bien cruel.
 
Albéric regarda à son tour Pandore avec une expression nouvelle dans ses yeux couleur d’Améthyste.
 
-         Mais alors Pandore serait la réincarnation de…
-         Oui tu as bien deviné Albérich, le destin a choisi de les faire frère et sœur à cette époque, de cette façon ils veillent l’un sur l’autre mais peuvent-ils espérer trouver le bonheur ainsi ?
 
*
*   *
 
« Ce qui est vraiment important »
 
Athéna attendait la mort et elle vint la prendre, c’était certain. Elle sentit le sang couler le long de sa gorge, étrangement ce n’était pas douloureux.
Pour la première fois depuis longtemps elle était heureuse : elle allait retourner au ciel et retrouver tous ceux qu’elle aimait.
Il fallait juste qu’elle perde un peu plus de sang. Elle se laissa tomber en avant et une goutte de sang coula sur ses lèvres.
Ses yeux s’ouvrirent légèrement pour découvrir l’incroyable.
L’épée d’Arès était descendue vers sa nuque mais elle était couverte de sang, les gouttes ruisselaient jusqu’à son extrémité.
Elle reconnut immédiatement l’homme qui avait saisi l’épée dans sa course.
Il était beau, ses yeux bleus profonds comme l’océan la regardaient du fond de leur tristesse insondable.
 
« Oui Athéna, ce qui est vraiment important c’est d’avoir un être cher à protéger, c’est pour elle que je changerai la face du monde. » 
 

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