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Cette fiche vous est proposée par : Le Passant


Chasse Eternelle

  Yaga fut brutalement réveillé par des coups dans la porte. Il se leva en maugréant, ouvrit, puis reprit ses esprits sur-le-champ. L'aube, déjà ! Son maître ne rentra même pas, se contentant de l'attendre dehors.

"Dépêche-toi, nous sommes pressés.

- Maître, vous ne m'avez toujours pas dit en quoi consiste l'épreuve...

- Toi et ton adversaire devrez trouver l'armure. C'est tout.

- Je m'attendais à quelque chose de plus difficile...

- Sers-toi de ta tête là-bas."

      Le chevalier du Cancer ne répondit pas plus, et Yaga n'insista pas. Ils se dirigèrent rapidement vers les montagnes, à l'écart du Sanctuaire. Chercher l'armure. En fait, il avait espéré mieux. Finalement, ils atteignirent une sorte de plateau, où les attendaient plusieurs personnes. Yaga ne les reconnut pas tous, mais parmi elles se trouvaient le Pope, le chevalier du Taureau, quelqu'un qu'il identifia à son armure comme étant le chevalier du Cerbère. Et quelqu'un d'autre encore.

"Callinès... grommela vaguement Yaga entre ses dents.

- Yaga... lui répondit l'apprenti avec un large sourire.

- Callinès, Yaga, la seule tâche que vous devrez accomplir est de trouver et vous emparer de l'armure sacrée d'Orion. Elle se trouve sur cette montagne, parmi les rochers. Allez. "

      Le Pope n'avait pas donné plus d'explications. Yaga voulait en savoir plus, mais son maître le mit en garde d'un simple regard. Hors de question de remettre en cause les paroles du Grand Pope, et hors de question de mendier quoique ce soit. Il se ravisa donc, et vit Callinès s'éloigner rapidement en direction des rochers.



      Callinès...Macédonien de naissance, il était arrivé au Sanctuaire avant lui. Mais lui n'avait pas connu les mêmes problèmes. Pas de brimades, ni d'intrus chez lui la nuit. Pas de mise à l'écart. Elève du chevalier d'argent du Cerbère, que Yaga ne connaissait que de vue, il avait rapidement été considéré comme le favori pour l'obtention de l'armure. Jusqu'à ce que Yaga se révèle assez fort pour prétendre à cette même armure. Si il pouvait inquiéter son adversaire, il ne pouvait toutefois pas rivaliser avec lui directement. Plus grand, plus musclé que lui, Callinès ne semblait pas devoir craindre grand chose...(Sers-toi de ta tête)...Yaga soupira. Oui, se servir de sa tête, c'est tout ce qui lui restait à faire...et il s'élança à la suite de Callinès. Les quelques personnes présentes les regardèrent s'éloigner, puis attendirent.

"Confiant, Agésilas ? Lâcha le chevalier du Cerbère.

- Très confiant."

      Agésilas était fier de son élève. Il était plus puissant que Callinès, même si il l'ignorait encore. Il fallait juste que cette tête de mule se serve de sa cervelle. Et ce n'était pas gagné. Il regarda tranquillement les quelques hommes en armures suivre les deux aspirants chevaliers. Ils n'étaient certes pas au niveau d'un chevalier d'argent, mais constituaient le gros du défi. Ils étaient nombreux, et connaissaient parfaitement le terrain. Anciens prétendants aux armures sacrées n'ayant pas atteint leur objectif, ils disposaient toutefois d'une bonne maîtrise de leur cosmos, et servaient maintenant le Sanctuaire en accomplissant des missions de faible importance, ou en constituant les gardes personnelles de quelques chevaliers privilégiés.

      Des rochers. Encore et toujours des rochers. Et pas d'armure. Yaga se demandait bien ce qu'il faisait là. Il ne s'était tout de même pas entraîné pendant toutes ces années pour remuer des cailloux ! En serrant les dents, il parcourait tant bien que mal ce désert rocailleux depuis bientôt une heure. Une seule chose lui mettait un peu de baume au coeur : Callinès lui aussi en était réduit à ça...

"Alors Yaga, ces recherches..."

...ou peut-être ne cherchait-il pas l'armure en priorité. Yaga se retourna, et adressa son plus grand sourire à son interlocuteur :

"Je fais ce que je pe..."

Sa phrase fut douloureusement interrompue par un coup de poing au visage. Il se releva avec peine.

"Je croyais qu'on devait chercher l'armure, pas se batt..."

Nouveau coup, qui le renvoya à terre. Callinès semblait en forme. Sûrement avait-il passer une bonne nuit, lui. Tout ceci commençait à passablement agacer Yaga. Il détestait Callinès...il le haïssait.

"Je n'aurais jamais cru que tu te servirais de minables comme Gryllus pour assurer tes chances... Yaga cracha un peu de sang sur la roche brûlante...maudit soleil. A peine le matin et déjà la température s'élevait.

- J'ai entendu une rumeur, mais je n'y suis pour rien du tout.

- Bien sûr...tu n'es pas responsable... et Yaga de partir d'un petit rire nerveux.

- Je t'assure, j'aurais préféré pouvoir t'écraser en pleine forme..."

      Un sourire en coin, presque compatissant, Callinès leva le pied pour l'abattre sur le crâne de sa victime...Yaga roula sur le côté pour esquiver, et se releva dans la foulée pour se jeter sur son adversaire. Et l'envoyer au sol d'une droite fulgurante. Il l'observait maintenant, debout sur un rocher, un filet de sang au coin de ses lèvres.

"Callinès...Callinès...je règlerais bien tout ça tout de suite, mais j'ai une armure d'Argent à trouver...entre nous, je pensais que ce serait un peu plus difficile que ç..."

      Un violent coup dans le dos l'envoya à terre près de Callinès. Nouvelle leçon à retenir : ne pas être trop bavard. Se demandant qui pouvait bien intervenir pendant une épreuve finale, aussi barbante soit-elle, il se redressa sur ses bras et vit immédiatement l'homme en armure, à quelques mètres derrière Callinès. Jetant un rapide coup d'oeil autour de lui, il en aperçut plusieurs qui les observaient silencieusement. Sûrement y en avait-il également dans son dos.

"Des amis à toi probablement...

- Pas vraiment Yaga...ce sont des...

- LA FERME ! "

      Cette fois Yaga était fou de rage. De quel droit osaient-ils tous s'élever contre lui ! De quel droit ! Il vit Callinès avoir un mouvement de recul face à sa colère. Mais ce dernier se rattrapa bien vite et se releva prestement en fixant un point derrière son adversaire. Avant que ce dernier ait pu se retourner, Callinès bloqua le coup de poing que venait de tenter un des hommes en armure. Yaga ne l'avait pas senti arriver, et n'avait pas pu réagir. Ils ne plaisantaient pas. L'apprenti d'Agésilas se releva le plus vite possible, à temps pour esquiver un coup de pied. Callinès faisait face à deux agresseurs à présent, et se défendait comme il pouvait. Yaga l'observait du coin de l'oeil. Ils n'étaient pas avec Callinès. Le déplacement d'air que provoqua le coup de pied de son adversaire le fit enfin réagir, et il para comme il put. Tout en résistant aux assauts qui se répétaient, il étudia son adversaire des pieds à la tête. Un visage en partie masqué par un casque à visière. Une armure partielle, à la manière des armures sacrées, mais sombre, et apparemment sans pouvoirs particuliers. Ce n'était pas un chevalier d'Athéna. Un coup au visage le sortit de ses réflexions. Si ils n'étaient pas chevaliers, ils savaient indéniablement se battre. Un bref regard autour de lui le situa : une dizaine d'hommes en armures, toutes les mêmes. Un en face de lui, deux contre Callinès, dont un qui se tenait le bras, l'épaulière brisée. Les autres, impassibles, se contentaient d'observer du haut des rochers surplombant l'endroit où ils se trouvaient. Magnifique leçon : savoir tirer parti du terrain. Yaga sourit pour lui-même en fixant son adversaire d'un oeil mauvais. Ils leurs avaient tendu un piège. Callinès et lui s'étaient confrontés dans une sorte de cratère, et maintenant ils étaient coincés. Il se jeta sur l'homme en armure et lui asséna de toutes ses forces un coup de poing, qui surmonta ses défenses et le fit reculer de quelques mètres.

"Tu me crois maintenant ?"

Callinès s'était peu à peu rapproché de lui, et il ne l'avait remarqué qu'à l'instant. Cruel manque d'attention, qu'il faudrait corriger. Les hommes se tenaient en cercle une nouvelle fois, autour d'eux, au dessus d'eux.

"Le contraire me semblerait difficile...si tu finissais ta phrase ?

- Si tu me disais de quoi tu parles ?

- C'est qui, ceux-là ? Yaga désigna d'un coup de menton leurs adversaires communs.

- Tu aurais dû me laisser finir tout de suite...des assassins. Ils ont échoué aux épreuves, mais se sont montrés capables de maîtriser leur cosmos et d'aider le Sanctuaire, en accomplissant des missions de moindre importance ou en soutenant des chevaliers sacrés. Tu n'en avais jamais entendu parler ?

- Apparemment non...et qu'est ce qu'ils font là ?

- La surprise, je suppose...

- Il faudra que je pense à remercier Agésilas...

- Ton maître ne t'a pas prévenu ?

- Je suppose qu'il ne voulait pas que je me pose trop de questions...

- Justement, ce n'est pas le moment...on a des choses plus importantes à faire.

- Ne me donne pas d'ordre ! Cracha sèchement Yaga.

- Ne me parle pas sur ce ton, barbare..." répliqua Callinès de la même façon.

      Les hommes continuaient à les observer. Et soudain, Yaga crut déceler un vague sourire, dans l'ombre d'un casque. Et il comprit.

"Ils veulent nous diviser...

- Qu'est-ce que tu racontes ?

- Je propose une trêve temporaire, le temps de s'en débarrasser...

- Et que je te laisse filer...

- Imbécile, regarde-les, ils n'attendent que ça, qu'on s'entretue ! "

      Callinès jeta un coup d'oeil à la ronde, et finit par admettre l'évidence.

"D'accord avec toi... pour une fois...

- De simples rabatteurs... le visage de Yaga n'exprimait plus qu'une joie malsaine.

- Alliance temporaire...

- Tout ce qu'il y a de plus temporaire...

- Et pas de quartiers, Yaga...

- Recommandation inutile..."

      Et deux cosmos s'intensifièrent de concert. Les assassins, surpris, ne purent qu'esquiver la charge des deux apprentis. L'un deux fut projeté au sol par la masse imposante de Callinès, et son plastron vola bientôt en éclat d'un coup de pied d'une brutalité phénoménale. Yaga se précipitait déjà sur un des hommes, et profita de sa surprise pour contourner sa garde et lui asséner un violent coup de poing dans l'estomac. Tout allait très vite à présent, et quelque chose les poussait tout deux à agir ensemble. Combattre aux côtés de Callinès...il n'y aurait jamais cru. Tandis que les coups pleuvaient, que tous se démenaient, la douleur n'avait plus de raison d'être, ni pour lui, ni pour son allié provisoire, ni pour leurs adversaires. Il ne voyait pas leurs yeux, mais entre deux assauts, il pouvait voir leurs sourires fugaces. Sans doute souriait-il de même. Tandis qu'ils se jetaient l'un sur l'autre, il pouvait ressentir ce qui parcourait ce champ de pierre, ce qui les animait tous : l'ivresse du combat. C'était peut-être la première fois qu'il se battait réellement. Sans scrupule, sans peur de ne pas se maîtriser. Juste une bataille, où le plus fort survit. Il n'éprouvait en cet instant aucune haine pour ses adversaires, ni même pour Callinès. Le sentiment de puissance le submergeait, et supplantait tout le reste. Seul le combat comptait. Et s'était probablement la même chose pour eux tous.



      Encore un assaut. Yaga tomba à terre, pour se relever immédiatement et contre-attaquer. Il brisa l'avant-bras qu'un des hommes leva pour parer un coup, et profita de la brèche pour le frapper au plexus. Le plastron éclata, et l'homme s'écroula. Où en étaient-ils ? Il n'en savait rien. Il ne comptait plus les coups depuis longtemps. Un autre corps tomba, plus loin. Callinès n'était pas en reste. Nouvelle attaque, nouvelle réplique. Yaga projeta son pied vers le genou de l'homme qui lui faisait face. Il avait vite compris, au fur et à mesure des combats durant sa formation, que le genou est sensible, et qu'on y fait rarement attention. Certains lui avaient fait remarquer que c'était peu honorable...et s'étaient retrouvés la rotule brisée aux combats suivants. Peu honorable, certes...mais diablement efficace. L'homme s'écroula en étouffant un cri, sitôt remplacé par un de ses camarades. Combien de temps ce combat dura ? Il n'en savait rien. Son corps se couvrant peu à peu d'hématomes, il vit les hommes tomber, les uns après les autres. Qu’importent les coups et le temps qui passe, seul compte le combat.



      Puis tout s'arrêta, la frénésie retombant d'un seul coup. Yaga reprit peu à peu ses esprits, et plus son cosmos s'évanouissait, plus il se sentait las. Les muscles tremblant encore, il regarda autour de lui, et chercha les assaillants. Les dix hommes en armure gisaient sur le sol. Blessés, parfois gravement, mais en vie. Pour la plupart en tout cas. Le fracas de la bataille...à présent Yaga y réfléchissait. Il s'était laissé entraîner par ses instincts. Le soleil dardait la montagne de ses rayons et lui brûlait la peau. Yaga leva les yeux, et se rendit compte qu'il était au zénith. Avaient-ils vraiment combattu tout ce temps ? Qu'importe, c'était fait. Et pourquoi ? Pour une armure. Elle avait beau être sacrée, Yaga se demandait si tout ça en valait vraiment la peine. Il regarda un des hommes. Son plastron en miette baignait dans une mare de sang. Sa mort était-elle vraiment nécessaire ?

"Pas mal du tout, barbare..."

      Yaga se retourna subitement, pour recevoir un nouveau coup de son supposé allié.

Il tomba brutalement sur le bras droit, et tressaillit de douleur: il avait été blessé durant le combat, et ne s'en était même pas rendu compte. Levant les yeux sur Callinès, il vit que lui aussi était blessé. Il saignait abondamment, et une de ses jambes menaçait de lâcher.


"Je suppose que tu es fier de toi...allez, achève-moi, et que tout ça s'arrête...

- Ecoute-moi bien Yaga...

- Ecouter quoi ? Tes fanfaronnades ? Tes moqueries incessantes ?

- Non...

- ALORS QUOI ? Tu ne fais que ça depuis mon arrivée ! Toi, et les autres ! Tout ça parce que je suis pas Grec ! Même si ça ne servait plus à rien, Yaga écumait de rage.

- Je ne suis pas Grec...mais Macédonien...

- C'est exactement la même chose !

- Faux...les Grecs considèrent les Macédoniens comme des retardés incultes..."

      Yaga était bouche bée. Est-ce qu'il se moquait de lui ? Non, il n'en avait pas l'impression. Il n'avait jamais vu une telle expression sur le visage de Callinès. Solennel, presque désolé. Mais résolu. Non, il ne mentait pas.

"...comment crois-tu que j'ai réussi à me faire respecter ? En leur faisant peur...pourquoi est-ce que je me suis entraîné si dur, sinon pour ça ? Les Grecs sont égocentriques et orgueilleux, tout ce qui ne sort pas directement de leurs cités ne vaut guère mieux qu'un animal. Ton arrivée m'a soulagée, tout simplement parce que tu viens de beaucoup plus loin, et que dans leur hiérarchie de l'être humain, tu te situes plus bas...je ne me bats pas contre toi par plaisir, mais tout simplement pour survivre...tout comme toi.

- Je vais pleurer...

- Laisse-moi l'armure, et retourne d'où tu viens.

- Imbécile, je n'ai jamais demandé à venir ici...on m'y a amené de force...

- Alors dégage..."

      Partir...pourquoi pas, après tout. Il avait acquis suffisamment de puissance pour retourner chez lui en peu de temps. Et le soleil, la roche à perte de vue, commençaient à lui taper sur le système. Il tourna la tête, et aperçut au loin les formes vagues des douze maisons, surmontées de la gigantesque statue d'Athéna. Le marbre étincelait, et l'éblouissait. Athéna...une déesse qu'il ne connaissait que peu...une déesse qu'il ne vénérait même pas. Mais Agésilas lui en avait un peu parlé. Même si il avait du mal à croire aux mythes, même ceux de sa région d'origine, il ne pouvait que concéder aux chevaliers une cause juste. Protéger la planète...vague, mais juste...

"Non... et Yaga commença à se relever.

- Tant pis pour toi, soupira Callinès, visiblement résigné.

- Je n'ai pas passé huit ans sous cette chaleur pour partir maintenant...je dois au moins voir à quoi ressemble cette armure..."

      Yaga se redressa difficilement, et adopta sa posture de combat favorite. La même que celle de son maître. Il devait au moins ça à Agésilas, qui l'avait protégé jusque là. Il sourit, bientôt imité par Callinès. Plus de haine.

"Adieu Yaga.

- On se reverra bien un jour en...comment vous appelez ça, déjà ?

- L'Enfer...

- Ah oui, en Enfer.

- Ne vise pas le genou, j'ai t'ai déjà vu le faire trop de fois...ça en devient lassant...

- J'essayerai."

      Et Yaga chargea Callinès. Ce dernier évita le coup de poing au visage, et l'accueillit d'un coup de genou à l'estomac, ce qui envoya son adversaire au sol. Une roulade pour se redresser, et déjà Yaga lançait un nouvel assaut. Le même, enfin c'est ce que crut Callinès. Au dernier moment, l'apprenti d'Agésilas ralentit pour échapper à la prise que son adversaire lui réservait et, accompagnant son geste d'un sourire parfaitement cynique, projeta son pied vers le tibia blessé de son adversaire, de toutes les forces qui lui restaient. Callinès hurla de douleur, et sa jambe le lâcha. Il tomba à genoux. Avant que Yaga ait même l'envie de savourer une éventuelle victoire, le Macédonien saisit l'une des jambes de l'insolent et tira violemment. Surpris, Yaga ne put l’empêcher de se jeter sur lui et de le bloquer pour pouvoir l'étrangler. La force physique de son adversaire surclassait largement la sienne, et repousser les mains qui lui coupaient la respiration était illusoire. Puiser au fond de lui-même, voilà ce qu'il devait faire. Un faible halo l'entoura, tandis qu'il élevait difficilement son cosmos. Il frappa les côtes de son ennemi, suffisamment fort pour le distraire légèrement (Sers-toi de ta tête) et profita de sa relâche passagère pour mettre en pratique, de manière détournée, le conseil d'Agésilas. Le coup de tête que Callinès encaissa le fit reculer. Yaga essaya de s'extirper de la prise en s'aidant de ses jambes, mais le Macédonien se jeta à nouveau sur lui en rugissant et à nouveau ses mains serraient le coup de son adversaire. Yaga n'en pouvait plus. Les assassins l'avaient épuisé, et son affrontement avec Callinès n'était qu'une bravade. Jamais il n'aurait la force. Pendant que son opposant l'étranglait, il plongea ses yeux dans les siens. Yaga n'y lut aucune colère. Juste un ardent désir de faire ses preuves. L'envie de vivre. Yaga sombrait dans l'inconscience. Tout ça pour une armure. Tout ça parce que son village avait été détruit, loin, dans le nord. Un simple village de chasseurs. Ses pensées, ses souvenirs, commençaient à se mélanger. Il était un chasseur...non, juste une proie. Il n'avait jamais été qu'une proie. A quoi bon continuer de cette façon ? Ici, il n'était rien. Sans cette armure, il n'avait aucune chance de survivre au Sanctuaire. Il serait tué sans que quiconque s'en préoccupe. Il avait besoin de l'armure. Une armure pour enfin passer de proie à chasseur. Une armure pour vivre.

      Callinès avait lâché Yaga depuis plusieurs secondes. Celui-ci avait commençait à dégager une énergie de plus en plus importante, alors même qu'il le croyait sur le point de mourir. Héberlué, il regardait Yaga, les yeux voilés, s'élever de plus en plus haut. Etait-il réellement en train de léviter ? L'instant d'avant, il était à moitié mort, et maintenant ça. Il semblait défier le soleil, ce soleil qu'il avait toujours détesté. Le cosmos de Yaga, d'un mauve incandescent, éclipsait la lumière du jour. Puis la terre trembla. La montagne était comme secouée de spasmes, tandis que s'ouvrait une faille, telle une plaie béante, dans la roche. Dans une colonne de lumière surgie des entrailles de la montagne, une forme cubique apparût. Elle aussi irradiait, et semblait faire écho à Yaga. Fasciné, Callinès baissa les bras, et observa l'urne qui contenait sa raison de vivre. Cette armure qu'il avait tant espérée, et avec laquelle il aurait voulu défendre sa déesse. Détaillant les motifs, il vit sur ses flancs une silhouette armée d'une massue démesurée. La silhouette d'Orion, le chasseur légendaire, le demi-dieu.

   Puis l'urne s'ouvrit avec fracas, et en sortit l'objet de ses rêves, depuis dix longues années. S'élevant, l'armure sacrée d'Orion fit face à un Yaga qu'on eut dit en transe. Jamais Callinès ne saurait si la forme humaine, bien que gigantesque, qu'il aperçut quand l'armure éclata était une hallucination. Mais ça n'avait plus aucune importance, tant le spectacle était magnifique. L'armure recouvrit Yaga, et le cosmos qu'ils dégagèrent ensemble était terrifiant. Callinès entendit presque avec sérénité ce que Yaga, d'une voix d'outretombe qu'il ne lui connaissait pas, rugit au monde entier :


"IL N'Y A QU'UN SEUL CHEVALIER D'ORION !"

      Puis Callinès, avec une crainte teintée d'admiration, vit Yaga, qu'il aurait pourtant juré inconscient, décrire de ses bras des arabesques dans l'air, projetant des volutes d'énergie pure autour de lui. Il était comme hypnotisé. Jamais il n'avait vu l’apprenti d’Agésilas utiliser la moindre technique particulière, mais il était heureux de pouvoir y assister à présent. Le temps semblait ralentir à mesure que Yaga esquissait la constellation d'Orion de ses mains. Il ne bougea pas quand celui-ci fit mine de se replier sur lui-même, comme pour se rouler en boule. Il ne cilla pas quand Yaga entama sa descente. Avec un demi-sourire, il fixait la comète qui le percuterait bientôt. Le temps lui semblait stoppé tandis que cette sidérante conflagration se rapprochait. Et c'est sans presque s'en rendre compte, sa douleur noyée dans l'énergie qui baignait la montagne, qu'il reçut le coup de pied qui lui déchira la poitrine. Il mourut sur le coup.

      Yaga émergea peu à peu. Il ne sentait pas tant la douleur que lui causait ses blessures que le contact froid de l'armure sur sa peau. Comprenant peu à peu, il leva les mains, et les observa. Le métal d'un violet sombre captura le soleil et l'éblouit. Elle était magnifique. Magnifique de puissance. Il pouvait sentir ce pouvoir parcourir son corps, et s'échapper par ses doigts. Il tourna la tête, et vit deux des assassins aux côtés du corps sans vie de Callinès. L'un deux, visière relevée, croisa son regard, se tourna vers lui et s'agenouilla.

"Félicitations Yaga. te voilà chevalier d'Argent.

- ...quelle joie...

- Callinès est mort. Tu n'as plus de rival, et l'armure t'a choisi. Rends-toi au Sanctuaire, le Grand Pope t'attends.

- Et les morts ?

- Les morts l'ont été pour le Sanctuaire. N'aie aucun regret, ils savaient tous ce qu'ils risquaient. Callinès comme les autres. Mes camarades ne sont pas morts en vain.

- Je vous ai combattu, je vous ai blessé, tué. C'est tout ce que tu trouves à dire ?"

      L'homme se redressa, et ôta son casque. Yaga ne vit dans ses yeux aucune haine. Comment tout ces hommes faisaient-il pour rester de glace ?

"La loi du Sanctuaire est ainsi faite. Ils ont choisi leur destin. J'ai choisi de servir le Sanctuaire, et il m'en a donné la possibilité malgré mes échecs aux épreuves, celles des chevaliers de Bronze. Je le fais avec respect, et j'en suis honoré. Je n'ai pas à contester les décisions du Sanctuaire.

- Je te reconnais. C'est toi qui a blessé Callinès. Une armure de Bronze ? Tu vaux mieux que ça.

- Pas à l'époque. J'ai progressé depuis, mais je ne repasserais pas d'épreuve."

      L'homme se retourna et fit mine de rejoindre l'autre. Ils ramassèrent le corps de Callinès, et commencèrent à s'éloigner lentement.

"Ton nom ?

- Ménidis.", répondit l'homme sans même marquer une pause.

      Puis Yaga les laissa s'en aller, et resta un long moment seul, au milieu des rochers. Le nouveau chevalier d'Orion regarda à nouveau sur sa main, et serra le poing. Tant de pouvoir...il pouvait le sentir filtrer entre ses doigts. Il comprit à ce moment qu'une armure est une lourde responsabilité. Celle de protéger. Il balaya de nouveau le champ de pierre du regard. Il n'avait aucun souvenir de ce qui s'était passé. Aucune trace du combat. Rien, si ce n'est l'urne de l'armure, qui reposait sur un rocher plat, à quelques mètres. Il essaya de se rappeler. La dernière pensée qu'il ait eu, c'est sa volonté de cesser d'être la victime. Passer de l'état de gibier à celui de prédateur. Voilà quelle était l'épreuve. Devenir comme Orion, et ne craindre ni rien ni personne. Implacable. Méritait-il cette armure plus que Callinès ? Il n'en était pas certain. Puis il crut entendre un murmure, au fond de son esprit. A peine un souffle, qu'il ne comprit pas. Mais étrangement, il en fut apaisé, et se permit un sourire. Pour tout ceux qui, par leurs coups ou par leurs encouragements, l'avaient amené ici.



      Lentement, il se tourna vers le Sanctuaire, qui étincelait, encore et toujours, sous le soleil. Tout aussi lentement, pas après pas, il marcha vers la statue. Il rentrait chez lui.

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