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Cette fiche vous est proposée par : Aqualudo


Les ages mythologiques

 

La course du temps


Cinq années. Ils avaient ainsi erré pendant cinq longues années dans le labyrinthe du seuil des Enfers. Ereshkigal l'avait pourtant prévenu en songe lorsqu'elle réveilla Akurgal pour qu'il guide ses compagnons vers la lumière du jour. Difficile de ne pas croire une déesse. Difficile aussi de voir la vérité en face. Cette longue marche avait été lugubre mais sans danger. Personne ne posa de question à Akurgal lorsqu'il expliqua qu'il savait comment sortir de ce monde de mort. Les guerriers d'Odin désiraient juste sortir, revoir le soleil, le temps des questions viendrait plus tard. Et puis, finalement, ils avaient eu raison, le Mésopotamien les avait conduits en plein jour, en plein désert certes, mais ils vivaient. La volonté divine fit que les élus trouvèrent leur chemin en rejoignant un immense fleuve, l'Euphrate selon Akurgal. En le remontant pendant plusieurs jours ils purent se joindre à une caravane qui reliait les terres septentrionales aux terres du croissant fertile. Cette longue traversée fut épique, le convoi subissant les attaques incessantes de hordes de brigands dans le meilleur des cas, d'êtres de cauchemars à demi-décharnés lors de certaines nuits ... « Voilà pourquoi ils nous ont accueillis en Asgard : nous les défendons, nous leurs sauvons la vie », pesta Dimitre à la fin d'une énième attaque. L'essentiel était de rejoindre Asgard, ce qu'ils finirent par faire. Plus personne ne les attendait. Depuis l'ouverture d'Astragoth, le royaume d'Odin était assiégé par des démons tels que les plus anciens regrettaient le temps de la guerre de Loki. C'est Gunther qui les accueillis enfin à une journée de marche de Troudheim. Le fier guerrier défendait avec quelques bras courageux la cité du sud. « Vous nous avez manqués ... j'espère que vous aurez une explication satisfaisante à fournir. Suivez-moi, nous rentrons à Troudheim tant qu'il fait jour. La nuit, les Odjurwigs sont de plus en plus entreprenants, et à voir vos mines je doute que vous puissiez vous battre convenablement. Ces êtres mi homme mi araignées sont bien trop dangereux ».

 

***

 

L’homme resserra sa cape autour de ses épaules pour tenter d’endiguer ce froid mordant qui lui faisait perdre peu à peu toutes ses sensations. Le vent puissant faisait voleter la neige en de puissants tourbillons blancs, milliers de paillettes blanches obstruant une vision déjà devenue bien précaire par la fatigue. Il y avait de cela quelques semaines ou bien était-ce des mois, il avait confié à ses amis la volonté de retourner en Asgard le plus vite possible. Cinq années loin du Sanctuaire au plus profond des Enfers. Des événements dépassant l’entendement s’étaient produits. Des entrailles de la terre avaient surgi des immondices venues des temps anciens. La fin des dieux leur avait été annoncée par de sombres présages, on murmurait que le puissant Enlil, souverain de Mésopotamie, préparait une guerre dévastatrice. Prélude avant la fin des hommes ? Il fallait en savoir plus, les hommes quelques soient leur origine devaient se liguer contre ce mal commun, il en était convaincu. Yolos avait accepté sa requête et il s'en était allé par un nuageux matin d'automne. Ses tristes pensées étaient un des rares éléments auquel il pouvait encore se raccrocher pour avancer et avancer toujours dans la tourmente. Malgré ses efforts, il finit par tomber à genoux de fatigue et parvint à distinguer dans la nébuleuse des hommes grands et robustes qui s’approchaient de lui. Soulevé sans ménagement, il ne dut certainement sa survie en ce jour qu’a son état déplorable, incapable de se relever seul, à la limite de l’évanouissement. Il apprendrait plus tard qu’un sursis de quelques jours lui avait été accordé, le temps de regagner des forces et de rejoindre seul ou avec une caravane marchande le port le plus proche. L’homme s’était réveillé dans une chambre d’auberge propre et bien entretenue. Ses vêtements correctement pliés sur une chaise faisaient ressortir un petit pli blanc.

 

« Étranger, de récents événements dans la Forêt Interdite m’empêche de te dire de vive voix les avertissements suivants. Les non Asgardiens ne sont pas les bienvenus en ces terres. Tu as quatre jours pour te remettre sur pied et quitter ces lieux. A ce délai, le responsable de l’établissement dans lequel tu séjournes, Phrogos, te remettra ton armure et ton matériel de survie. Libre à toi d’acheter des provisions ou fournitures si Phrogos concède à t’en vendre. Jusqu’à ce moment, tu devras séjourner dans son établissement et ne pas en sortir. Ne pas respecter ces règles serait autant un affront aux hommes qui t’ont sauvé la vie, qu’un acte lourd de conséquence pour toi. Il est, je pense, inutile que je développe. Adieu Étranger. Bjorn, le Cheval Blanc. »

 

Pliant avec précaution la missive, l’homme la rangea dans une poche intérieure de son veston de cuir et de laine. Après avoir procédé à une toilette rapide par l’intermédiaire d’une bassine d’eau froide, il descendit l’étage de l’établissement massif fait de bois et d’une étrange pierre plate mais granuleuse. Des hommes et des femmes de haute stature vaquaient à leur occupation. Aucun d’entre eux ne sembla prêter attention à son arrivée. Un homme en armes s’avança pourtant vers lui, sa démarche souple et rapide évoquait la grâce du loup. Il ne semblait nullement incommodé par la lourde cotte de maille anthracite qui lui protégeait l’essentiel du buste et du bassin.

- Bonjour étranger, je me nomme Barud, j’ai été chargé d’attendre ton réveil et voir si tu ne manquais de rien.

Étroite surveillance aurait paru plus appropriée pour décrire la situation, mais l’étranger fut heureux de l’effort de courtoisie du solide combattant qui se présentait en face de lui.

- Mes hôtes m’auront permis de survivre et de séjourner temporairement au chaud pour mon rétablissement. En cela je ne peux que les remercier et témoigner ma gratitude. Je m’appelle Asturias.

- J’ai une question qui pour plusieurs d’entre nous a attisé notre curiosité. Il y a quelques jour de cela, d’autres guerriers d’Odin t’ont croisé en Asgard, tu n’étais pas seul, pourtant on vous avait prévenu que nous n’étiez pas les bienvenus en ces terres. Alors pourquoi as-tu risqué ta vie en revenant seul ici, dans les conditions climatiques d’un pays dont tu ne connais rien ? Qu’est-ce qui t’a fait croire que tu survivrais, surtout en ces temps de malheur ?

- Je n’en savais rien, j’ai tenté ma chance, car il fallait impérativement que je retrouve trace d’anciens compagnons avec qui j’ai combattu côte à côte.

 

Le robuste guerrier sourit à cette réponse. Cet inconnu lui inspirait une certaine confiance et son courage qui ressemblait plus à de la folie acheva de le convaincre : cet homme ne représentait aucun danger.

- Et bien Asturias le fou, nul n’ignore que deux étrangers sont présents en nos terres. Si les personnes que tu dis connaître désirent venir te parler, tu seras le premier averti. Puis il tendit la main en signe de bienvenue. Nous avons trouvé des livres dans ton cas à dos. Ne me dis pas qu’ils te servaient à allumer des feux de survie ?

 

Asturias en resta bouche bée de stupéfaction, puis sourit à son tour. Le guerrier laissa son étrange invité se reposer.

 

Un homme poursuivait sa route dans la neige, courbant l'échine face au vent glacial. Au loin un homme accompagné d'un animal le suivant sans le perdre de vue. Grâce à Ulv, Yshba avait suivi l’arrivée de l’Etranger sur les terres d’Asgard. Il l’avait suivi afin de savoir ce que faisait ce Grec sur les terres d’Asgard... C’est lui qui avait rapporté le corps inanimé et à moitié gelé d’Asturias à Troudheim. Il n’avait pas compris pourquoi sur le moment, mais sans doute le fait d’avoir combattu à ses côtés lors du passé avait joué dans sa décision de le sauver... Depuis l’ouverture du Passage, Yshba avait compris l’importance d’une vie humaine, et que celles-ci ne devaient pas être gâchées pour rien... Au lieu de le laisser mourir dans la neige et le froid, il serait reconduit aux portes du royaume,  inutile de laisser couler le sang pour si peu... Pourquoi ce nouvel étranger venait dans les terres d’Asgard, Yshba l’ignorait, et à vrai dire, il s’en moquait... il y avait des gens pour s’occuper de ça, ce n’était pas son rôle, murmurait-il en caressant son anneau ...

 

***

 

Cela faisait presque quatre mois qu’Asturias était parti et qu'il n'avait donné aucune nouvelle. Ses compagnons, au Sanctuaire, avaient commencé à s'inquiéter et l’Etranger avait décidé d’aller jusqu'au port d'Asgard afin de quérir quelques nouvelles. Quatre mois, c'était peu pour le commun des Mortels. Mais pour un être sur la voie de la semi-divinité c'était trop. Asturias avait filé grand train vers le nord de la Germaine, vers le dernier port connu menant en Asgard. Macubex avait accompli le même voyage et le rejoignit en quelques jours de marche forcée. De là, il prit un navire pour la terre gelée d'Odin. Un simple mois, il avait suffi d'un gros mois pour rejoindre Asgard. Quatre mois, c'était décidément trop pour être normal, il avait dû arriver quelque chose à son compagnon. Après une traversée tempétueuse, le port de Troudheim fut enfin en vue. Macubex demanda au capitaine s’il avait eu vent d’un autre voyageur qui serait arrivé il y a avait près de trois mois par navire. Le capitaine lui répondit qu’effectivement un pêcheur lui avait raconté une histoire à propos d'un voyageur grec qui se serait égaré. Macubex apprit du vieux loup de mer comment se rendre au village de ce pêcheur, où ce dernier lui raconta une histoire bien étrange.

 

- Oui messire, comme je vous le dit, j’ai vu un étranger tout comme vous en Asgard. J’en suis certain car, bien qu'on dise un peu partout le contraire, c'est moi qui l’ai ramené à Troudheim. Mais, le pêcheur commença à chuchoter, « ce que j’ai vu va vous surprendre Messire... un sauvageon l’a trouvé également. Vous savez, ce genre de personne qui vit dans la forêt sans problème, qui n’a pour toilette qu’une peau d'animal, et dont on se demande s'il est humain ou animal. Ce sauvageon-là était accompagné d'un loup, et il semblait communiquer avec lui. Et bien je l’ai vu fouiller votre ami Messire, et lui prendre l’or qu’il possédait avant de l’abandonner là. Oui Messire, comme je vous vois. »

A ces paroles, Macubex ressentit un profond dégoût. Quelle sorte d’homme pouvait détrousser un de ses semblables mourant, avant de l’abandonner au milieu de nulle part...

- Où est mon ami maintenant ?

- Dans la cité non loin Messire, à l’établissement de Phrogos, c'est là que je l'ai amené et que j'ai reçu ma récompense.

- Bien, conduis-moi s'il te plaît. Et à ces mots l’étranger sortit une bourse de quelques pièces d’or qu’il donna au pêcheur. « Pour le dérangement », et il sourit.

 

Le pêcheur avait amené l’Etranger au village, il lui avait dit de se rendre à l'auberge et était parti. Le dénommé Phrogos n’avait pas vraiment l’air heureux de sa venue, mais l’invita à séjourner le temps qu’Asturias reprenne des forces. Macubex le questionna sur le sauvetage de son ami, car l’histoire du pêcheur l’avait quelque peu rendu méfiant.

- Un pêcheur tu dis? Hum oui certainement. Ils étaient plusieurs qui portaient ton ami. Tu connais le nom de ce pêcheur

Macubex ne le savait pas, dans son empressement à retrouver son ami, il n'avait pas pensé à demander le nom du sauveteur. Mais cela importait peu que le pêcheur ait ramené seul ou non son ami Asturias. L’important était que Phrogos lui avait confirmé que plusieurs hommes étaient là, et que donc l’histoire de celui qui l’avait conduit à l’auberge semblait plus que plausible.

- Et tu as eu vent d’un sauvageon dans les environs?

 

Phrogos écarquilla les yeux et eut du mal à cacher sa gêne.

 

- Un sauvageon? Euh oui comment savez-vous cela? Enfin cela n’est rien, lâcha-t-il en cachant mal son trouble. « Oui, effectivement, il y en a un qui rôde dans les environs, de temps en temps il passe par ce village. On dit qu’il aurait amassé une petite fortune dans sa tanière en détroussant les voyageurs ... d'autres disent aussi que c'est un grand guerrier... »

- Bien, je te remercie de ta franchise. Puis-je voir mon ami maintenant ?

« Certainement. » Et Phrogos mena l’Etranger au chevet d’Asturias.

 

Thrall qui était dans un poste avancé en lisière de la sinistre Forêt des Elfes Noirs occupé à récurer ses armes, eut la visite d’une personne du village. Essoufflé, le villageois demanda haletant :

- Guerrier d’Odin, nous avons plusieurs visiteurs inconnus sur nos terres, au départ nous avions trouvé une seule personne mais une autre a suivi, nous supposons que plusieurs autres peuvent suivre, avec tout ce qui se passe, le malheur arrive souvent par deux.

Le villageois se tut en attendant la réponse de Thrall qui ne cacha pas sa colère.

« Pourquoi ne pas avoir prévenu la garde de leurs apparitions? N’avez vous pas entendu les ordres donnés par Gunther ? Et si Troudheim était menacé ? Bon », poursuivit-il en s'équipant, « je vais détacher une escouade de soldats qui t’accompagnera jusqu’à Troudheim, ils auront ordre de cloisonner en ces lieux. Je vais prévenir les autres élus, nous descendrons très vite, un jour tout au plus le temps de les prévenir, en attendant les soldats nous seconderont. »

 

Thrall prit une corne et souffla du haut du donjon du poste avancé. C’était le signal pour les autres élus : il fallait se réunir de toute urgence dans la grande cité du Sud.

 

***

 

Macubex était dans la salle commune de l'auberge. Le propriétaire lui avait demandé de ne pas sortir, pour éviter d'affoler les habitants et ne pas créer de problèmes. L'éphèbe avait bien compris les inquiétudes de Phrogos, et par respect pour son hospitalité, avait accédé à sa demande. Asturias était encore faible, et restait dans sa chambre pour se reposer. Cela faisait une journée qu'il avait retrouvé son compagnon et que tous deux séjournaient dans cette petite auberge, où chacun faisait de son mieux pour répondre aux attentes des deux voyageurs. Il restait trois jours à Asturias pour se remettre, passé ce délai ils devraient rentrer tout deux au Sanctuaire. Soudain la porte de l’auberge s’ouvrit. Des gardes, qui visiblement cherchaient quelqu’un, entrèrent. Ils virent l’Etranger assit à table, et l’un des gardes vint se placer derrière lui, une main sur son épaule pour maintenir le voyageur. Ils étaient six, l’un d'eux se mit à parler au propriétaire, puis se dressa devant l’étranger, le fixa d’un regard qui se voulait dur, et lui ordonna:

 

- Grec, tu es consigné ici sous bonne garde, tu n’as pas le droit de sortir de cette auberge sans mon autorisation, que tu n'auras pas d'ailleurs.

Macubex regarda le soldat, et voulut se lever pour lui répondre. Cependant celui derrière lui maintenait encore son épaule. L’étranger le regarda, posa sa main sur le poignet du garde, et sans effort apparent lui brisa l'articulation. Le voyageur libéré de l’étreinte se leva alors, regarda le garde dans les yeux.

- Et de quel droit sommes-nous prisonniers? Je ne suis venu ici que pour ramener mon compagnon convalescent, nous n'avons fait aucun acte qui justifie cela !

Les autres gardes le regardaient stupéfaits. Ils ne savaient pas comment réagir. Macubex parcourut la pièce du regard, il restait cinq gardes valides, le dernier se tordant de douleur derrière lui. Cela faisait beaucoup pour lui, mais Asturias n’était pas en état de se battre, et s’il devait y avoir une quelconque menace, c’était à lui de s’en occuper. Phrogos se dirigea alors vers lui, et lui demanda de ne pas faire d’esclandre.

- Les guerriers d'Odin vont venir, ils sont en route d’après le garde qui m’a parlé.

Macubex le regarda, et se rassit, un sourire aux lèvres. « Ainsi ils arrivent … Bien, attendons-les. » Et il continua de manger...

 

La porte de l'édifice claqua sous l'effet d'une bourrasque soudaine accompagnant l'arrivée des serviteurs d'Odin. Seul Yshba manquait à l'appel.

- Heureux de te savoir en vie et en bonne santé, fit Akurgal en reconnaissant Macubex. « Qui est le second qui t'accompagne ? »

- Et pourquoi as-tu attaqué ce garde, maugréa Dimitre en regardant le soldat se tordant de douleur.

- Mon frère vit-il lui aussi ? Comment avez-vous fait pour quitter le monde souterrain ? questionna Inyan en cherchant dans le regard de Macubex un indice prouvant que son frère Frank vivait encore.

- Il vit, répondit simplement l'éphèbe.

 

Pendant que son compagnon était sous le feu des questions, Asturias se levait. Le claquement de la porte puis des bruits de bottes profonds et nombreux l'avaient sorti du calepin qu’il était en train d’étudier. Il rassembla ses affaires d’un geste mécanique, habitué à l’opération sous les éclats de voix qui résonnaient à l’étage d’en-dessous. Ne sachant de quoi il en retournait, il sortit de la chambre qu’on lui avait attribuée et descendit les larges marches de bois pour atteindre le rez-de-chaussée. De nombreux hommes d’armes étaient présent dans la vaste salle, la plupart entourant son ami Macubex qui l’avait rejoint inquiet par sa longue absence. Dans cette masse imposante que constituait cette équipée, il reconnut les compagnons qu’il avait rencontrés à Hattousa. Liu, Ryusei, Dimitre l'impétueux, Nibel le sage, Akurgal l'érudit, le fier Thrall, Meijuk, Hanz, Rahotep et Inyan qui n’était autre que le frère de son ami Frank.

 

« Bonsoir messieurs. Je me nomme Asturias et voici mon compagnon et ami, nous avons défendu ensemble nos vies il y a si longtemps maintenant. J’ai cru comprendre au vu des éclats de voix que j’ai perçus que vous vous étonniez de la présence d’étrangers en ces lieux ? Je veux bien répondre à cette question ainsi qu’à toutes celles que vous aurez à poser. J’ai d’ailleurs une autorisation écrite de Bjorn qui m’autorise à séjourner pendant quelques jours dans le cadre de cette auberge. »

 

S’approchant sans menace aucune de Thrall et d'Inyan qui s’étaient avancés, il leur présenta le message.

« Il est plus agréable de vous rencontrer ici, que dans le terrible gouffre d’Astragoth », dit-il en souriant. « Pour répondre à votre question, ma réponse sera franche et directe. Des engeances d’âges immémoriaux sont sorties de la bouche des enfers. Des démons à l’âme si noire que même une nuit sans lune semble éclatante comme un soleil. De mon point de vue, nous sommes tous menacés. Asgardiens ? Caucasiens ? Grecs ou Égyptiens ? Ces limites géographiques ne sont que des lignes invisibles qu’ont tracées sur les cartes nos rois et nos dieux, et pour lesquelles nos ancêtres et les ancêtres de nos ancêtres se sont battus et ont versé leur sang. Aussi sacré et respectable que puissent être ces réalités, les démons n’en n’auront que faire ! La fin des dieux à été proclamée, la fin des dieux à été prophétisée, vous l'avez vécu comme moi ! Nul n’est à l’abri de l’influence des ordres et des puissances anciennes qui sont à l’œuvre aujourd’hui. »

 

Asturias se tenait devant la cheminée qui crépitait faiblement. L'assemblée l'écoutait sans broncher.

 

« Vous, guerriers d’Asgard, je pressens très bien que vous mourriez jusqu’au dernier avant qu’un ennemi ne foule le sol de votre domaine. Mais comment faire face au danger insidieux qui menace le climat de toutes les contrées, de nos contrées ? Peut-on l’arrêter à coup d’épée? Non, le combat s’effectuera à grande échelle partout dans les royaumes. L’équilibre du monde est bouleversé et la bataille pour la survie de nos proches, pour la défense de ceux qui nous sont chers sera la plus terrible de toutes ! J’ai risqué ma vie pour venir ici. Pourquoi ? Pour venir chercher alliance auprès des guerriers d’Asgard, pour venir leur demander assistance et pour de notre côté offrir la nôtre. Je ne suis pas un responsable dans mon ordre. Je ne me réclame d’aucune autorité et ma bouche n’est pas celle de ma hiérarchie. Je ne suis qu’Asturias me présentant humblement devant vous et je me porte garant de mon ami tant que l’on ne le brutalise pas. A partir de là, la décision vous appartient. Si vous souhaitez une collaboration constructive pour que tous ensemble nous combattions les Démons qui menacent nos terres respectives, alors je serais ravi d’y participer et de vous présenter des alliés. Mais si vous préférez ne compter que sur vos forces alors je jure que malgré mon état de santé fragile je partirais sur l’heure et ne troublerais plus par ma présence votre royaume. »

Balayant du regard les hommes présents dans la vaste salle, il conclut dans un silence glacial, « Le choix vous appartient messieurs. » L’homme se tut. Inyan fut le premier à répondre, devançant de peu Akurgal.

 

« Tes paroles sont sages et pleines de bon sens, cependant je ne sais de qui tu tiens cette autorisation ... Je ne connais pas de Bjorn, ... mais revenons à ton histoire ... Tu connais tout cela », il marqua un temps d’arrêt et fronça ses légers sourcil : « Comment? On peut voir que le monde change mais comment es-tu au courant d’autant de choses ? Je te sais érudit, tu sembles connaître plus de choses que ce que nous avons appris en Astragoth, ton histoire est effrayante mais mon devoir est de repousser tous les ennemis s’attaquant à cette contrée ... même les dieux ... même Bhaal ou Anat qui nous ont conduit aux Enfers ! »

 

Un homme sortit d’un recoin. De taille correcte, n’ayant rien d’un colosse, il avait le visage marqué par les multiples combats qu’il avait dû mener. Il n’était pas laid, mais son visage était ... Inoubliable, presque captivant ... Repoussant tout autant qu’il accrochait les regards.

« Je suis Bjorn. Bjorn est mon ancien nom en fait. Je suis au service d’Odin, comme vous. Comme vous peut-être un jour, j’ai dû changer de nom et entrer en noblesse : mon nouveau patronyme est Thenséric, Thenséric de la famille de Morgsen. Il y a sept grandes familles en Asgard, je fais maintenant partie de l’une d’entre elle. Serviteurs d’Asgard, respectez ces hommes, ils sont mes invités pour quelque jours ... »

 

Dimitre, Inyan, Thrall, tous les serviteurs d’Odin semblaient surpris de rencontrer un personnage qui se disait important, alors que même la prêtresse ne leur en avait pas parlé ...

 

« Personne dans cette pièce, personne en Asgard, sauf le Grand serviteur de la famille de Doll n’est en mesure de contester mon autorité que je détiens de la Grande Prêtresse. Je suis porteur du Courroux divin, peut-être que cela vous suffira. Écoutez donc ces étrangers. Quant à vous, hommes des contrées du sud, parlez sans détour, ne cachez rien. Un Asgardien est le meilleur des alliés que vous pourriez espérer, mais il pourrait aussi, en cas de traîtrise, devenir votre pire ennemi ... »

 

Bjorn, portait un pendentif .... On y voyait un homme terrassant quelque chose ... Un dieu ? Quoiqu’il en fût, tout le monde ressentait un étrange sentiment de peur diffuse face aux menaces de ce qui semblait être un guerrier ... Un guerrier qui dégageait quelque chose de réellement étrange. De son côté, Hanz se sentit perdu et trompé ... Il coupa la parole à Thenséric.

« Il y a donc sept familles de nobles en Asgard » ... Il reprit d’un ton rageur, le doigt accusateur face au nouvel intervenant : « Où étiez-vous quand le peuple avait besoin de vous? Est-ce là être un noble en Asgard? Vous venez ici et maintenant, au moment où les malheurs fondent sur nous, comment d’après vous les Asgardiens vont-ils le prendre, enfin que faites-vous ici ? »

 

Hanz ne se contrôlait plus, sa colère rendait ses phrases de moins en mois compréhensibles. La fin des temps, les Grecs et maintenant voilà que la prêtresse elle-même leur avait caché les plus grandes familles d’Asgard ..... Meijuk se rapprocha de son ami et lui murmura de se calmer.

 

Macubex s’arrêta de manger lorsque Thenséric finit de parler. Cet homme, ce pendentif ... oui c'était bien cela, ce qu'il avait appris dans la bibliothèque du Sanctuaire ... porteur du courroux divin, comment ? Il se leva, toisa l’homme du regard, sans un mot. Puis il regarda Akurgal et Inyan.

- Qui a donné l’ordre à ces gardes de nous retenir prisonniers? Qui a sacrifié le bras de ce garde ?

Il désigna le garde assis dans un coin de l'auberge, le poignet bandé, le bras en écharpe. Puis revenant à Thenséric, il demanda « L’homme qui porte le signe de la famille de Doll, où est-il ? » Le noble d’Asgard put lire dans ses yeux que Macubex voulait retrouver cet homme, à tout prix, quel qu’en soit le moyen.

- Hanz, je répondrais à tes questions. Thenséric posa alors sa main sur l’épaule du fougueux jeune guerrier et le regarda droit dans les yeux. « Asgard peut se réjouir de posséder de tels serviteurs. Je parle pour toi Hanz, mais aussi pour tes amis ici présents, et pour ceux qui n’ont pu venir. Je vous verrais tous bientôt, à la forteresse. En attendant, à vous de décider si oui ou non vous voulez joindre vos forces à ces Grecs. Vous savez que la prêtresse vous en a donné l’autorisation ... Quant à toi Étranger », poursuivit-il en se retournant, « le chef de la famille de Doll est en ce moment occupé à des choses d’une rare gravité. Je ne pense pas qu’il soit à même de te recevoir en sa demeure. Si tu as un message, transmets-le-moi, je lui ferai parvenir. Mais tu sembles comme ... énervé ... tu sembles aussi connaître mon meilleur ami ... Or ce dernier n’a que deux types de connaissances : ses amis, comme moi, et ceux qu’il a dû punir ... tu n’es pas un ami visiblement, serais-tu donc un homme qui a du être puni ? Et dans ce cas, devrais-je moi-même achever la sentence ? »

 

Macubex regarda cet homme qui dégageait une grande prestance. Mais ne voulant pas mêler Asturias ou qui que ce soit à cette histoire, il garda son calme et dit simplement à son interlocuteur « Dis à ton ami que je répondrais bientôt a son invitation. Il comprendra. » Sur ces paroles, il se rassit, jouant avec l’anneau qu’il portait autour du cou.

 

« Asturias, les informations que tu as obtenues, comment les as-tu récoltées ? Comment sais-tu autant de chose? Pour ma part, j’ai découvert de nombreux textes intéressants dans les parchemins de nos bibliothèques et si c’est également le cas pour toi, je t’avouerais que j’aimerais vraiment beaucoup pouvoir discourir sur nos découvertes et échanger des écrits. Ainsi j'aimerais en apprendre davantage sur Maiegeiam car j’ai pu entendre parler de lui de par le frère d'Inyan et l’Egyptien Mâa ... »

 

Asturias fit un signe de la tête affirmatif à Akurgal en guise de réponse avant que Macubex n'intervienne à son tour. « Tu n’as pas à répondre Asturias... » Il n’avait pas bougé de la chaise où il s’était assis depuis sa discussion avec Thenséric. « Ils n’ont pas confiance, et moi non plus. » L’Etranger regarda un à un tous les guerriers de la salle. Il s’arrêta sur Inyan qui avait posé les premières questions.

« Si tu veux savoir, voilà ce que je te propose, ce que je vous propose. Dans 200 jours à compter de celui-ci, nous irons mes compagnons et moi à l’auberge des hôtes d’Hattousa. C’est sur ce terrain neutre sous la protection de la déesse Cybèle que nous pourrons parler si vous le désirez. Nous répondrons à vos questions, et en retour nous attendrons des réponses de votre part. Inyan, je te propose de venir avec qui tu voudras. Bien entendu Thenséric vous êtes le bienvenu si vous le désirez. »

 

Il se tut quelques instants avant de rajouter. « Maintenant qu’on nous laisse. Nous partirons demain à l’aube et nous avons grand besoin d’une nuit de sommeil pour préparer ce voyage. » Sur ce, l’Etranger invita Asturias à se rendre dans sa chambre. Le marché était posé, la balle dans le camp de ces guerriers froids.

 

Écoutant attentivement les propos qu’échangeaient les personnes présentes, Asturias signifia d'un geste rapide de la tête qu'il allait le rejoindre mais qu'il désirait achever auparavant cet entretien.

« Et bien Bjorn, ou devrais-je dire messire Thenséric, merci de m’avoir sauvé la vie et de nous permettre, à mon ami et moi de séjourner en ces lieux. Dans le chaos ambiant qui semble autant perturber le climat qu'affecter le cœur des hommes, il est heureux de voir que le sang ne coule pas inutilement. Vous évoquiez la valeur des Asgardiens, mais si je suis ici c’est bien parce que j’en étais déjà convaincu. Si aujourd’hui je me revendique du sanctuaire sacré d’Athéna, le sang qui coule dans mes veines est celui de l’héritier de la famille Dagorlad, l’une des cinq protectrices de Dalmatie, haute Gardienne du Passage Sacré. Mes ancêtres nous ont contés les exploits de vos héros et les alliances jadis qu’ils passèrent avec eux pour lutter contre les hordes de Cimmériens, ennemis communs de l’époque. Par respect pour cette mémoire et dans l’espoir que ces temps anciens ne soient pas à jamais oubliés et révolus, j’ai décidé d’entreprendre ce périple car la menace qui pèse sur les hommes qu’ils soient du nord ou du sud est cette fois ci infiniment plus grande. Me voici donc à présent devant vous seigneur Thenséric, me voici devant vous compagnons d'Hattousa.

 

Asturias reprit son souffle, soupesant par avance les mots qu'il allait délivrer à ses compagnons.

 

- Je suis à la recherche de tous les cœurs vaillants prêts à combattre contre les démons qui menacent les royaumes. Ainsi que de tous ceux qui veulent percer les secrets des menaces qui nous entourent. Le courroux d’Enlil sera terrible, si personne ne trouve de solution à temps, les seules traces de nos civilisations seront les vielles pierres de nos bastions baignant dans les abîmes insondables des océans. Mes lectures m'ont conduit à cette conclusion imparable, et à te voir hocher de la tête Akurgal, je ne dois pas être très éloigné de la vérité, toi qui connais mieux que nous tous le terrible maître de Mésopotamie.

- Assurément Asturias, Enlil est un protecteur des Hommes, mais il est capable de déclencher son courroux pour punir ceux qui ont failli à l'équilibre des choses. Et je crains qu'en Astragoth, nous ayions, déclenché le pire des fléaux, rétorqua Akurgal d'une voix grave.

- La faille d’Astragoth, porte des enfers.... mon sang se glace d’effroi... ce ne sont pas seulement les anciens dieux ivres de vengeance qui en sont sortis. Une menace absolue pèse désormais sur nous. Ce qu’elle a fait, elle ne put le faire seule.

- Tu penses à ce Maiegeiam, Asturias ? intervint Rahotep adossé à un mur de l'auberge aux côtés d'Inyan et de Nibel.

- C'est une possibilité, Maiegeiam est le mage des mages, qui sait ce qu'il est capable d'accomplir, d'autant qu'il déteste les dieux. Déclencher une immense guerre pourrait être une façon pour lui de s'imposer comme maître de la Terre.

 

Observant tour à tour ses interlocuteurs, Asturias poursuivit en serrant ses poings, montrant une détermination inflexible.

« Mes alliés et moi avons réponses à de nombreuses questions, mais nos interrogations et nos doutes sont tout aussi nombreux. Si vous, fidèles protecteur d’Asgard, éprouvez l’envie de joindre vos forces aux nôtres pour des actions concertées.... ou simplement souhaitez partager des informations dans un cadre de respect et de confiance, nous serons heureux de partager avec vous. Alors je vous propose de tous nous réunir dans un lieu neutre et sacré, loin de nos terres respectives. Le meilleur lieu à ma connaissance n’est qu’autre que la cité sainte d’Hattousa, comme l'Etranger vous l'a proposé. J’en parlerais à mes amis pour que ceux d’entre eux qui seront intéressés puissent venir. Ce sera un choix purement personnel, basé sur la volonté propre à chacun. »

 

Asturias porta alors son regard sur le seigneur Thenséric, fixant ses yeux azurs.

 

- Messire, que votre réponse soit positive ou négative, cela ne changera pas certaines réalités. Les moines sacrés de ma terre natale sont partis à la poursuite des serviteurs de Caturix. Voilà plus de deux mois que nous sommes sans nouvelles, mon père était du nombre. Le regard voilé par la tristesse, l’homme rajouta. « Pour lui il était également limpide que l’Indicible ne devait pas être étranger à ce qui s’est passé dans la faille des enfers et il avait tenu à avertir le Sanctuaire, espérant que je pourrais lire sa missive. Le récent retour de la secte du Soleil Noir fut un véritable choc. Je ne suis pas un puissant guerrier, messire, mais ma détermination le concernant est sans faille, je le traque où qu’il se trouve. A défaut de mes poings, certaines connaissances pourraient être déterminantes. C’est pourquoi si un jour vous souhaitiez de l’aide pour le combattre sur vos terres ou ailleurs sachez que vous pourrez compter sur moi. »

 

L’éphèbe, pris d’un léger vertige après être resté debout un peu trop longtemps, s’appuya de la main au dossier d’une robuste chaise de bois. Thrall décida de prendre la parole à la suite d’Asturias, ne cachant aucunement sa perplexité face aux propositions des Grecs.

« Je vois que les guerriers d’Athéna n’ont point perdu leur courage, vous posez des conditions sur une future alliance entre nos forces, le problème est que vous êtes venus les mains libres ! Qui nous dit que vous parlez au nom de votre déesse, voire même de vos amis ? Si cette réunion doit avoir lieu en Hattousa, alors je demanderais que vous ayiez une preuve que votre déesse vous soutienne dans cet acte. En ces temps de guerre, je pense que nous devons nous méfier de tout le monde. »

 

Dans un coin sombre de la salle, Dimitre regardait impassible la scène. Sans avoir retiré son heaume, il réfléchissait... Il ne savait pas ce que tout ceci voulait dire. Des anciens camarades, grecs, venaient sur les terres d’Odin, et ils semblaient même être invités. Il avait reconnu l’Etranger, tout comme Asturias, mais il préférait rester assis. Il n’avait rien à ajouter à la conversation, et rester dans un coin, tranquillement, à glaner des informations pouvait même être un bon moyen de survie. Il regarda Thenséric défendre les défenseurs d’Athéna et, pendant quelques secondes il ne sut pas quoi faire... Cela ne fut pas bien long. En entendant Asturias parler de possibles combats contre des serviteurs des dieux mésopotamiens, contre un mage célèbre, son sang chauffa d’un seul coup. Des combats, dans un univers qu’il ne connaissait pas? Une mer de sable? Cela n’allait pas forcément lui plaire, mais Dimitre était certain d’une chose : cela allait être une expérience ... intéressante. Après que Thrall eut donné des conditions pour un possible pacte, il se leva ... Ils ne l’avaient pas encore vu, et encore moins reconnu ... Il ôta son casque, les cheveux lui retombant devant le visage, la tête légèrement penchée en avant... :

« Je n’ai jamais refusé un combat... Si mes frères d’armes considèrent qu’il faut aller se battre en Mésopotamie contre cet Enlil ou je ne sais où contre ce Maiegeiam, alors j’irais avec eux, et avec vous si vous devenez nos alliés... Tout le reste, pour moi, n’est que perte de temps ».

 

Asturias regarda Macubex qui lui proposait de remonter dans la chambre pour qu'ils s'entretiennent. « Merci mon ami, juste encore un instant ». Il se retourna alors vers Dimitre.

 

- Je me souviens de toi Dimitre, un certain nombre de bandits sont passés sous le fil de notre épée. Mais hélas, je vois que toi en revanche tu ne te souviens pas de moi. Sinon tu te rappellerais que je ne suis pas un vecteur de carnage ou de conflit. Tu parles d’une guerre à mener en Mésopotamie ? La colère d’Enlil est terrible et son courroux divin à terme nous condamne tous. Mais il y a toujours d’autres possibilités que le choix des armes, d’autres chemins et d’autres voies. Si j’ai évoqué ce problème, c’est d’abord et avant tout pour chercher une solution et certainement pas pour solliciter un conseil de guerre auprès de vous ou des miens. Si guerre il doit y avoir, alors elle aura lieu, mais elle aura été décidée après mûre réflexion. Et si j’ai bien compris « tout le reste, pour toi, n’est que perte de temps ? » J’ose espérer pour le bien de ton peuple que tes paroles rapides et péremptoires ne concernent pas la rupture du sceau sacré ... S’adressant alors à Thrall, il prit un air moins sévère mais tout aussi déterminé.

- Une alliance sacrée entre nos deux peuples ? Tout ceci est bien au-delà de mon influence. Je ne suis qu’un simple apprenti dans mon ordre. Mais être infime ne veut pas dire n’être rien. Car même le plus petit grain de poussière peut aveugler un géant. Mon but premier qui explique ma venue en vos terres était de chercher des cœurs vaillants. Qui pour le bien de ce qu’il leur est cher, seraient prêt à prendre des initiatives, à échanger des informations et des conseils. Et pourquoi pas à combattre des ennemis communs. Si j’avais possédé une quelconque légitimité pour parler au nom du sanctuaire, c’est à la grande protectrice d’Asgard que je me serais adressé ou l’un de ses éminents défenseurs. Or c’est vous, compagnons de la libération de Cybèle, que je suis venu quérir et c’est à vous que je m’adresse en cet instant. Quelque soit sa condition, son origine, nul ne saurait retirer le droit des hommes à espérer. Nul ne saurait leur retirer le droit de se battre pour leur idéal. Le mien est de me battre jusqu’à mon dernier souffle pour endiguer le flot de malheur qui va s’abattre un peu partout dans les royaumes. Il prit alors appui sur l’épaule de son compagnon. « Je suis prêt mon ami ».

 

Les deux G   recs montèrent les marches et disparurent dans la chambre d'Asturias, laissant les Asgardiens seuls dans la grande pièce, face à leurs questions, face au silence que seul le crépitement du feu venait troubler.

 

« Une alliance avec les Grecs? Décidément, je ne suis pas au bout de mes surprises ! »

 

Dans l’encadrement de la porte, se dressait un homme aux épaules encore recouvertes de neige, un homme porteur de l’armure des serviteurs d’Odin. Lentement, il enleva son casque, révélant une peau au teint étrange et des yeux bridés, un visage que l’on pouvait difficilement oublier, celui de ... Liu !

- Voilà une entrée aussi tardive que remarquée, pesta Inyan. « Je n'avais même pas vu que tu n'étais pas à nos côtés ! »

- Milles excuses Inyan. J’ai répondu à l’appel de la corne, mais je suis arrivé un peu tard, ayant beaucoup de chemin à faire. Cependant, j’arrive juste à temps pour en apprendre de belles. Je vous le dis par avance, je ne fait aucunement confiance aux Grecs pour des raisons personnelles, mais je vois ici des guerriers que j’ai côtoyé à Hattousa et auxquels je suis prêt a faire confiance à titre personnel. Quant à cette histoire de grandes familles, je vous le dit tout de suite: être au service d’un dieu ne vous met pas à l’abri de ses petites cachotteries, j’ai payé pour le savoir. Et je suis prêt à parier qu’Odin comme Athéna n’ont pas fini de nous réserver des surprises en tout genre, conclut-il avant de partir dans un éclat de rire cynique.

 

Thenséric embrassa d'un regard cette assemblée. « Odin, voici donc tes fidèles serviteurs. J'espère qu'ils honoreront la confiance que tu as mise en eux ».

 

 

 

 

Le Seigneur de guerre

 

 

 

Yshba retrouva ses amis le lendemain. Asturias et Macubex avaient déjà pris un navire pour rejoindre le Sanctuaire tandis que les guerriers d'Odin suivaient Thenséric dans la neige dans la perspective de rejoindre la forteresse au plus vite.

- Et bien Yshba, où étiez-vous toi et ton loup ?

- Meijuk, pendant que vous discouriez avec les Grecs je me battais auprès de nos soldats contre deux Odjurwigs qui menaçaient le petit village de Filmonog.

- Des Odjurwigs, encore ! Ryusei fronça les sourcils. « Je déteste ces créatures, leurs cris stridents résonnent dans mon casque à chaque fois, c'est insupportable, ils savent profiter de cette gêne pour passer à l'attaque. L'autre jour sans Rahotep, je serais mort ! »

- Tu devrais apprendre à te concentrer lorsque tu te bats, insista Hanz. Ces Odjurwigs savent reconnaître les esprits les plus faibles, ceux qui transpirent la crainte.

- Hanz a raison. Moi je me bats sans casque et j'hurle ma colère, tu peux me croire, ça en impressionne plus d'un!

- Il faut dire que ta voix est sinistre dans ces cas-là, Memnoch, tu ferais pâlir un mort, dit Nibel dans un éclat de rire. Tu ne pourras jamais raconter nos histoires au coin du feu, les pauvres gens trembleraient de terreur en écoutant ton récit !

- Justement, ils pourraient apprécier, objecta le guerrier piqué au vif.

- Allons, en route. Nous avons un long chemin à parcourir. Je vais vous mener à la forteresse par le chemin secret : il est plus court mais plus périlleux. Nous serons hors de vue des Elfes Noirs, pas des Trolls voire des Géants des montagnes. Veillez les uns sur les autres. En avant, la tempête de neige qui se prépare sera notre meilleure alliée !

 

Thenséric se mit ainsi à courir le premier, suivi de près par l'ensemble des guerriers d'Odin. Ulv n'était pas en reste et gardait ses sens éveillés auprès de son maître. Personne ne vint barrer la route à la petite troupe, Thenséric faisant attention d'éviter toute rencontre fâcheuse. Il fallait rejoindre la prêtresse en bonne santé, la vie de ces hommes était précieuse, tant de combats restaient à mener. En chemin, Yshba tenta d'en savoir plus sur sa famille d'Asgard, Thenséric ne put épancher sa soif de savoir. Tout juste confirma-t-il que le sceau que son maître Soluna lui avait remis à Hattousa et représentant un loup correspondait à l'une des grandes familles d'Asgard. En quelques jours de course effrénée, la Forteresse se dressa devant les élus, fier édifice défiant les assauts des tempêtes glaciales depuis la nuit des temps.

- Elle n'est pas là, Seigneur, elle est dans la tour des oracles. Elle ne peut être dérangée.

- Très bien capitaine, je comprends. Guide les élus vers leurs quartiers, qu'ils se reposent et se restaurent. Ce soir tu les feras venir à moi dans la salle du conseil de guerre. Qu'ils soient tous présents.

 

Comme Thenséric l'avait demandé, le capitaine accomplit sa tâche aidé de quelques jeunes gardes. Tous les hommes les plus âgés et les plus expérimentés étaient au front, dans les montagnes et les forêts du royaume d'Odin, luttant vaillamment contre les hordes de monstres revenus d'entre les morts depuis que le sceau d'Astragoth avait été brisé. Aux Odjurwigs se joignaient des Elfes Noirs, des hommes sauvages, des squelettes revenus à la vie par la force de puissances occultes ... on parlait même d'une attaque d'un dragon rouge sur les frontières nord du royaume. En conséquence, la Forteresse avait recruté de jeunes hommes de moins de vingt ans, fiers guerriers à peine formés mais d'un courage indéniable. Encadrés par des hommes comme Thenséric ou Gunther, ils progressaient vite. La forteresse fourmillait de vie. Un flot continu de chariots remplis de denrées non périssables arrivait chaque jour, un siège devenait chose possible. De nombreux civils vivaient maintenant dans les entrailles de la montagne dominée par le siège du pouvoir asgardien, dans d'immenses cavernes creusées dans les âges les plus anciens par des nains aujourd'hui disparus.

 

Patiemment les guerriers d'Odin attendaient dans la grande salle. Nibel, Akurgal et Rahotep admiraient une fresque murale représentant un combat mythique d'Odin et des membres de sa famille contre des hordes de dragons gigantesques. Des runes semblaient commenter le récit aussi Rahotep et Nibel les recopiaient sur des parchemins tandis que Nibel s'essayait à une traduction littérale du texte. Liu et Ryusei discutaient en retrait, Hanz et Thrall en faisaient autant à l'autre bout d'une grande table de chêne. Devant la cheminée, le reste des guerriers profitait du feu. Il faut dire que la forteresse de pierre était particulièrement froide dès que la température extérieure chutait de manière trop importante, ce qui était généralement le cas.

 

- J'espère que Thenséric pourra nous apporter plus de renseignements que dans l'auberge. Il n'a rien dit pendant le voyage et je suppose qu'il ne pouvait parler devant les Grecs.

- Tu penses justement, rétorqua Meijuk. « J'ai confiance, il semble droit. »

- Nous verrons bien. Du moment qu'il nous propose de l'action, moi c'est tout ce que j'attends. Avec ce qui se prépare, nous allons devoir nous entraîner durement.

- Tu devrais être servi Dimitre. En tout cas nous n'allons pas tarder à être fixé, il arrive.

 

Yshba suivait le regard de Ulv qui avait entendu avant tout le monde les pas d'un homme en arme rejoignant la salle du conseil. La porte s'ouvrit lentement sur Thenséric, en habit d'apparat, portant une superbe armure finement ciselée noire et dorée, ornée de motifs de chevaux blanc. « Asseyez vous autour de la table, je vous prie », lança-t-il en prenant place en bout de table.

 

- Je vous ai réunis pour faire le point. Vous voici dans la salle du conseil de guerre, car c'est bien d'une guerre qu'il s'agit. Ce qui s'est passé en Astragoth a aggravé une situation déjà périlleuse. En plus de Loki et de ses sbires, nous voici confrontés à un mal transcendant tout ce qu'Asgard a pu connaître comme péril depuis que cette terre est sous la protection d'Odin. Comme vous venez de le découvrir récemment, Asgard est protégé par des gardiens plus puissants que vous, les chefs des sept grandes familles de la noblesse du royaume. Je suis l'un d'eux, chef de la famille de Morgsen. C'est tout ce que vous avez à savoir sur ce sujet pour le moment. Sachez simplement que Gunnar de Doll est notre chef à tous. Thenséric se retourna alors vers Hanz.

- Tu m'as demandé où j'étais lors de notre première rencontre, pourquoi je ne défendais pas le peuple souffrant de notre beau pays. Sache que je ne traite pas avec la prêtresse, comme toi, mais directement avec Odin lui-même. Considère donc que mes raisons sont valables.

Thenséric embrassa alors du regard l'ensemble des élus, les fixant tour à tour.

- Bien. Depuis l'ouverture de la porte des enfers, les maux accablent notre terre bien-aimée. Nous avons besoin de troupes pour contrer ces monstres venus des entrailles de la Terre la plus obscure. Vous êtes tout désignés pour accomplir cette tâche, d'autant que vous avez été aux premières loges de ces faits terrifiants. Voici mes ordres, ordres que je tiens d'Odin lui-même. Les plus valeureux d'entre vous auront le droit de porter le titre de courroux divin, qui donne le droit de tuer des dieux au nom d'Odin. Pour en être dignes voici votre mission : tuer le Roi des Elfes Noirs, libérer ainsi Asgard d'une menace grandissante. Nous espérons ainsi nous emparer de la Forêt fétide éponyme et refermer Astragoth. Voici ce que nous savons : tout d'abord, sachez que le chef de la Garde de la forteresse était sur sa trace avant d'être fait prisonnier dans cette maudite Forêt. Il a découvert que le Roi des Elfes Noirs aurait été rendu fou par une certaine Ereshkigal. Ce dernier se serait depuis réfugié dans un endroit secret, selon certains rapports sous la protection de la Déesse-Araignée elle-même. Retrouvez donc le chef de la Garde et libérez-le de sa prison, il peut savoir certaines choses.

 

Akurgal blêmît en entendant le nom d'Ereshkigal. Comment était-ce possible ? Comment celle qui l'avait sauvé lui et ses compagnons du seuil des Enfers pourrait être mêlée à cette histoire ? Tout à son explication Thenséric poursuivit.

- La prison du chef de la garde est retenue au cœur de la Forêt des Elfes Noirs .... Mais nous ne savons rien quant au Roi, un oracle pourrait vous aider .... Malheureusement il n'y en a pas en Asgard. S'il s'avère que la Déesse-Araignée et le Roi des Elfes Noirs sont bien alliés, il faudra trouver un moyen de les faire disparaître. De la réussite de cette mission dépendra pour ceux qui y auront participé le gain du titre de courroux divin. Ceux qui porteront ce titre se verront alors donner le droit de venger nos Ases morts au combat ....

        Les élus restaient interloqués ... Soudain, alors que certains allaient poser des questions, ce fut encore Thenséric qui prit la parole.

- Vous n'en saurez pas plus de ma bouche. Je dois rejoindre ma propre mission. Les Grecs, servez-vous en. S'ils menacent Asgard, détruisez-les. Mais uniquement s'ils représentent une menace directe, nous avons assez d'ennemis pour le moment, inutile de déclencher une nouvelle guerre.

- Mes amis, s'exclama Inyan en se levant, prenant un air solennel qu'il n'avait pas l'habitude d'arborer. « Ces faits sont d'une grande gravité mais nous savons par où commencer ! Nous devons retrouver les Grecs à Hattousa ... or Cybèle est un oracle célèbre qui nous a déjà guidé dans le passé ! »

- Quant à moi, j'ai lu de nombreuses histoires sur le Roi des Elfes Noirs : derrière les légendes se cache toujours une part de vérité. Peut être que Rahotep et Akurgal pourraient m'aider à recueillir plus d'informations en lisant les ouvrages de la bibliothèque de notre Forteresse Sacrée.

- C'est une très bonne idée, rétorqua Akurgal.

- Nous pouvons faire d’une pierre deux coups, en allant à Hattousa, consulter l'Oracle et en apprendre plus auprès des Grecs, ils doivent savoir des choses qui pourraient nous intéresser. Ce sera un bon test pour savoir si leur proposition était un acte de bonne volonté, proposa Thrall toujours peu convaincu du rapprochement proposé par Asturias.

- Par contre, il faudra un jour que tu nous expliques où se cachent ces sept familles, car je pense qu'elles pourraient amener beaucoup de choses au peuple d'Asgard, Thenséric, et à notre formation ...

 

Thenséric se retourna vers Hanz qui venait de l'apostropher : « Tu le sauras, quand tu seras prêt, jeune guerrier. Apprends la patience. Quant à vous, faites comme bon vous semble, mais menez vos missions à bien. Et vite, le plus vite possible. Asgard sera sous la protection des seigneurs de guerre en attendant. Je suis l'un d'eux, nous ne faillirons pas, faites-en autant, pour Odin ! »

 

 

 

 

Le temps des choix

 

 

 

Pendant de nombreux jours, les serviteurs d'Odin restèrent dans la Forteresse. Il s'agissait de se reposer, de recouvrer des forces, mais surtout de comprendre. Ils n'avaient presque pas parlé entre eux de ce qui s'étaient passé en Astragoth puis lors de leur traversée du seuil des Enfers. Ils avaient survécu, voilà l'essentiel. De retour en Asgard, ils avaient dû lutter aux côtés des autres guerriers d'Odin pour faire face aux menaces terrifiantes qui grandissaient chaque jour un peu plus. Loki, la Déesse-Araignée, maintenant des êtres sortis des Enfers les plus reculés. Puis vint Thenséric, et le fil des événements ne leur laissa encore une fois que peu de repos. Cette fois-ci ils étaient tous réunis, seuls face à leurs doutes. Qu'était devenu Siegard ? Il ne pouvait avoir survécu... et pourtant ... avec un frisson Nibel revivait la scène en composant une ode en mémoire de son compagnon. Le sang. Ces monstres. Anat. Ce souffle démoniaque. Cette odeur putride qui semblait devoir emporter l'esprit de tous les êtres vivants au plus profond des ténèbres.

 

- Peut-être n'est-ce que folie, murmura-t-il en regardant par la petite fenêtre de sa chambre. Ma conscience me rappelle que tuer est la plus vile des choses, et pourtant, aurons-nous seulement le choix ? Nous sommes coupables d'avoir ouvert cette antre maudite, notre culpabilité se dressera éternellement devant nous comme un fantôme accusateur au somment d'une hauteur ... nous avons tué Siegard et tant d'innocents par notre acte insensé !

- Quelle théorie funeste ! fit Rahotep assombri. « Nous ne sommes coupables de rien. Ce sont les Grecs qui nous ont menés en Astragoth. Et eux y ont été conduits du fait de leur quête, à cause de ce Maiegeiam. Je pense que nous avons été tous manipulés, nous n'avons été que des pions. Nous ne sommes responsables de rien d'autre que de la défense d'Asgard, la mort de ses ennemis est juste. Garde la tête froide Nibel, ne doute point. »

- C'est vrai ... C'est vrai ... La tête basse Nibel se mit à jouer quelques notes d'un air empli d'amertume.

- Allons vous deux, relevez donc la tête. Nous sommes en vie et nous avons encore toutes nos forces. Je suis certain que nous ne faillirons pas si nous restons soudés. Venez maintenant, la nuit tombe, nos amis doivent nous attendre dans la salle des convives. Il est temps pour nous de nous répartir les tâches, je crois que le repos touche à sa fin. Nous pleurerons nos morts après la guerre.

 

Les trois hommes se levèrent, Nibel semblant quelque peu réconforté par les paroles de Meijuk. En route, ils croisèrent Memnoch qui sortait de la salle d'arme accompagné de Dimitre. Ces deux-là aimaient beaucoup se battre en duel pour éprouver de nouvelles techniques de combat, le premier l'emportant souvent par son agilité, alors que Dimitre était capable d'un engagement physique total peu efficace contre les feintes de Memnoch.

- Dimitre, pense à éviter les coups plus que les encaisser, tu as une force de brute mais tu es trop prévisible.

- On verra, on verra, je finirai bien par percer ta défense, tu ne pourras pas sauter dans tous les sens éternellement !

Thrall était arrivé le premier dans la salle. Il regardait le ciel en attendant ses compagnons par la grande fenêtre qui accueillait les derniers rayons de soleil. La voûte commençait à s'assombrir, il avait remarqué que plus les jours passaient moins il y avait de lumière diurne, la nuit et le noir prenant pas sur la beauté et la vie. Son instinct de chasseur lui dictait ses pensées sinistres « La fin des temps est proche, le Ragnarok des prophéties ! » Hanz entra à son tour dans la salle où le feu crépitait. D'habitude il était heureux de ressentir cette chaleur, mais aujourd'hui c'était différent, cette bûche qui finissait de se consumer rappelait trop les villages en ruine d'Asgard.

 

Yshba poussa la lourde porte,  sans dire un mot. Il n'y avait plus retrouvé ses compagnons depuis la dernière rencontre avec Thenséric. Il passait son temps dehors, ne rentrant que pour dormir et manger, toujours seul. Depuis ce jour où il avait rompu le sceau des ténèbres par tromperie, il avait pris du recul dans les forêts d'Asgard, il s'était encore plus isolé, sans doute par crainte d'apporter le malheur sur les autres guerriers d'Odin ... Il avait, aidé par Ulv, farouchement combattu les forces du mal depuis ce jour maudit. Il était à présent vêtu d'une tunique de peau de bête, et semblait plus sauvage qu'auparavant, sans doute une marque du destin ... A son doigt brillait cet étrange anneau, dont Yshba n'avait pas de souvenir du jour où il l'avait trouvé et porté ... Il rejoignit Thrall devant la fenêtre, le salua, et alla s'asseoir dans un coin de la pièce, Ulv à ses côtés. Un à un, les guerriers d'Odin arrivèrent. Le silence céda la place aux murmures de petits groupes. Akurgal suggéra de commencer le repas et Inyan lança la conversation.

 

- Alors, je vois que nous sommes cette fois-ci tous présents, dit-il en fixant Yshba avec insistance. Je pense que tout le monde a profité de ces instants pour se reposer. Moi je suis en tout cas prêt. Je pense que nous pourrions nous répartir les tâches à venir, qu'en pensez-vous ?

- Tu as raison, acquiesça Hanz. Nous avons devant nous des missions très précises, nous sommes assez nombreux pour faire quelques groupes.

Reposant son verre, Rahotep se proposa d'énumérer les objectifs définis. Tout en poursuivant leur repas, ses amis l'écoutèrent attentivement.

- Il me semble que nous pouvons envisager la formation de trois groupes : un premier devra trouver le repaire de la Déesse-Araignée, quelque part dans la Forêt Ancestrale. Ses Odjurwigs sont bien trop dangereux pour le peuple d'Asgard et il apparaît comme de plus en plus certain, ainsi que Thenséric l'a évoqué, qu'elle soit de mèche avec le Roi des Elfes Noirs. Un second groupe devra s'occuper du chef de la garde. Parcourir la Forêt des Elfes Noirs ne sera pas chose aisée, il faudra un groupe conséquent. Le premier pourra être plus modeste, il s'agit avant tout d'une mission de reconnaissance. Enfin viendra un dernier groupe qui devra honorer notre engagement vis-à-vis d'Asturias et de l'Etranger. A Hattousa,  l'Oracle de Cybèle devra également être consulté. Rahotep se tut, attendant les réactions de ses compagnons.

- Je me propose pour aller à Hattousa. Il faudra y effectuer des recherches nombreuses. J'ai encore beaucoup de travail avec Rahotep autour des textes de notre bibliothèque. Je pense que nous pourrions en trouver davantage dans le Sanctuaire de Cybèle. Aussi je propose que Rahotep soit à mes côtés.

- J'irai avec vous. Mon frère sera sans doute présent, je pourrais peut-être en apprendre un peu plus avec lui. Et il vous faudra bien un garde du corps ! s'esclaffa Inyan en tapant sur l'épaule de Rahotep.

- Voilà un premier groupe, j'accepte d'aller à Hattousa. Qui se chargerait de l'enquête sur le repaire de la Déesse-Araignée ?

- Des chasseurs semblent tout indiqués. Discrétion, efficacité, groupe restreint. J'aimerai bien que Thrall et Yshba se joignent à moi. A trois nous serons efficaces et je suis certain que nous réussirons. Thrall et Yshba hochèrent la tête en guise de réponse.

- Nous allons donc nous occuper du chef de la garde. Ça me convient. Les Elfes Noirs vont avoir à qui parler.

- Ne les sous-estime pas Dimitre, ils sont redoutables, nos dernières rencontres ont été assez violentes je te rappelle.

- Liu, sois plus confiant, nous sommes assez forts, nous avons survécu à l'Enfer ! rétorqua rageusement le Caucasien.

- Je serais heureux de me joindre à vous. Ces combats à venir ne pourrons que nous faire progresser, et ce malheureux doit être sauvé.

- J'espère seulement qu'il n'est pas mort, Nibel.

 

Les mines se figèrent en entendant les mots prononcés avec gravité par Ryusei. Le temps n'était pas un allié, ils ne devaient pas l'oublier. Memnoch se leva, portant son verre vers le lustre où brillaient sept bougies qui avaient supplanté la faible lueur du soleil disparu.

- Pour Asgard ! Pour Odin ! Nous réussirons !

 

D'un seul homme, l'assemblée suivit le geste de Memnoch. Le repas se poursuivit durant deux heures encore, la bière aidant à détendre les esprits. Les groupes se formèrent, les différents membres discutant des options à prendre, des voies à suivre. Autour d'Inyan, Rahotep et Akurgal se mirent d'accord pour partir deux jours plus tard par le prochain navire en direction de la Germanie. De là, ils poursuivraient à pied. Il ne leur restait plus que soixante dix neuf jours avant le rendez-vous fixé par les Grecs. Thrall, Yshba et Meijuk convinrent de partir dès le lendemain au lever du soleil, les autres préférant rester une journée de plus dans la forteresse pour préparer la mission de sauvetage au cœur de la Forêt des Elfes Noirs.

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