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L'émergence des géants

Précédemment dans l’Emergence des Géants…


 


Malgré les efforts de Mardouk et Aioros pour l’éviter, la bataille entre le Sanctuaire et les alliés du Babylonien a commencé.
En effet, tandis que les deux héros tentent de négocier la paix et vont affronter des monstres issus d’un autre âge, pour se prouver leur bonne foi, un enchaînement d’incidents tragiques rend inéluctable la guerre.
Les chevaliers d’or se présentent d’abord devant les alliés de Mardouk qui s’apprêtent à éliminer la menace d’adorateurs de Némésis. Bien que les serviteurs d’Athéna ne soient venus que pour s’interposer, les manipulations insidieuses d’une troisième partie mettent le feu aux poudres et plusieurs hommes sont tués. La bataille fait rage quand Rudy intervient pour mettre ses alliés à l’abri, mais il est lui-même capturé.
Un groupe se rend par la suite au Sanctuaire pour libérer le vieil Allemand. Ils perdent toutefois le contrôle des événements et le garde du corps du jeune prophète Mani tue la femme de Praesepe, Sonya, et le père d’Aioros, Patrocle. Plusieurs autres chevaliers ayant perdu la vie à la suite de ces combats, le Grand Pope Sion déclare la guerre et ordonne à Saga de diriger une mission visant à disperser l’armée de Mardouk.
Pendant ce temps, l’ancien chevalier de bronze et chevalier noir Gienah choisit de rejoindre le camp de Mardouk et de suivre le Mésopotamien Shamash. L’élève du renégat, Camus, décide de partir à sa poursuite pour le remettre dans le droit chemin, et appelle Akiera à l’aide. Le jeune Français ignore qu’ils sont également épaulés dans l’ombre par Kanon.
Ils suivent Shamash et Gienah jusqu’en Allemagne, à proximité du manoir dont seuls les plus proches alliés de Mardouk connaissent l’existence, sans pouvoir suivre la piste plus loin à cause des protections de l’endroit.
Gienah rencontre là Sophia, qu’il avait libérée d’un cercueil de glace quelque temps plus tôt, et crée un coffret de glace pour mettre un mystérieux et puissant objet à l’abri.
Renseignés par Horus, Saga, Deathmask et Aphrodite se rendent au campement de l’armée du Babylonien. Saga affronte et terrasse Seth qui avait la garde des lieux à l’issue d’un combat acharné. Aphrodite vainc la Japonaise Tokoyo, la compagne de Mardouk, avant d’être lui-même vaincu par Râ. De son côté, Deathmask élimine Anhur, massacre soldats, femmes et enfants, puis achève en un coup un Râ diminué par son précédent combat.
Furieux devant le spectacle du massacre perpétré par l’Italien, Saga l’enferme au Cap Sounion.
Pendant ce temps, Kanon suit Shamash jusqu’au Kilimandjaro et le frappe avec le Genrô Maô-Ken, apprenant l’emplacement du sanctuaire du guide spirituel de Mardouk, information qu’il communique à Saga. Shamash se libère ensuite du Genrô Maô-Ken mal maîtrisé par Kanon, et l’entraîne avec lui dans une autre dimension.
Les deux adversaires luttent entre les mondes, chacun cherchant à tirer des propriétés exotiques de certaines dimensions. Finalement, Kanon porte sur lui-même le Genrô Maô-Ken, devenant ainsi un monstre sanguinaire.
Au Sanctuaire, sous les ordres de Sion, le chevalier des Gémeaux libère à contrecœur Deathmask, et l’emmène avec lui en mission.
Aioros et Shura reviennent alors de leur expédition et apprennent que tous leurs efforts ont été vains, puisque la guerre a déjà commencé. Sion les renvoie rapidement sur le terrain, l’objectif étant cette fois d’éliminer le Babylonien. Le Grand Pope se retrouve seul avec l’envoyé de l’Olympe, l’ange Akhilleús. Ce dernier, mécontent que Sion méprise les directives venant du domaine divin, décide de l’assassiner et révèle qu’il l’avait déjà fait une fois avec son prédécesseur.
De son côté, Mardouk apprend lui aussi les événements tragiques de la journée, et ne peut rien faire pour éviter que son groupe ne se délite.
Une faction menée par le Toltèque Quetzalcóatl et comptant le descendant de ce dernier, Calli, Bolthorn de Blue Graad, le Müvien Aac, l’héritière de Kali Khamakhya, le shaman amérindien Moki, l’héritier de Mithra Paul, le prophète Mani et le garde du corps de ce dernier décide de se rendre au Sanctuaire pour prendre la tête du Grand Pope.
Dans la première maison, gardée par le jeune Mû, Aac annonce à celui-ci qu’il est son frère. Aac reste en arrière affronter le chevalier du Bélier, à qui il révèle l’histoire de leur peuple, ainsi que le fait que les mystiques müviens ont prédit une prochaine guerre civile à l’intérieur du Sanctuaire, qui serait détruit dans presque tous les futurs possibles. Aac tente alors de convaincre Mû de le rejoindre, mais ce dernier préfère avoir foi en Sion, qui a vu un autre futur possible.
Pendant ce temps, dans la seconde maison du Zodiaque, un combat acharné met aux prises Sérapis du Taureau à Moki, Bolthorn et Paul, le premier nommé se révélant la plus sérieuse opposition. Le gardien des lieux parvient finalement à terrasser l’Amérindien, et à tuer Bolthorn. Paul laisse alors exploser sa colère, et terrasse Sérapis en un seul coup de ses lances solaires, sous les yeux d’Aldébaran qui prend la relève de son père adoptif.
Le restant du groupe d’envahisseurs progresse jusqu’à la maison du Cancer, où ils découvrent les visages des victimes de Deathmask fixés sur les murs. Lors de la traversée du temple, le garde du corps de Mani sent une présence qu’il décide de traquer.
Mardouk va en Allemagne, puis, accompagné d’Ogier et Sophia, vers la tour contenant les âmes des spectres depuis la dernière Guerre Sainte d’Athéna contre Hadès.
Hanpa, Gienah et l’homme de bronze Talos bloquent Akiera et Camus en Allemagne pour les empêcher de suivre Mardouk.
Camus parvient à terrasser Hanpa, et affronte ensuite son maître qui se révèle posséder le plein potentiel d’un chevalier d’or, en s’éveillant au septième sens et en terrassant son élève. Akiera se débarrasse de son côté de l’invulnérable Talos, en l’expédiant aux confins du système solaire. Il prend alors la suite de Camus en défiant Gienah.
Saga et Deathmask parviennent au Kilimandjaro en même temps qu’Inanna et Nabu, le frère de Mardouk atteint par la lèpre. Ce dernier leur barre la route et entame le combat contre Saga, qu’il parvient à vaincre. Une seconde personnalité maléfique du chevalier des Gémeaux prend le relais et renverse la situation, Nabu étant finalement tué par la dépense d’énergie qu’il est obligé de produire.
Deathmask affronte quant à lui l’homme à tête de lion et découvre qu’il semble entièrement constitué d’énergie spirituelle. Il parvient toutefois à le disloquer grâce aux Cercles de l’Esprit, puis parvient jusqu’à Elle. L’Italien est d’abord totalement décontenancé par l’extraordinaire présence de Celle-ci, mais arrive finalement à la tuer d’un seul coup de poing en plein cœur.
Pendant ce temps, les chevaliers Jason de la Carène, Diomède de Pégase et Stellio du Lézard remontent la piste de l’être qui avait libéré les chevaliers noirs de l’île de la Reine Morte, jusqu’à un temple du Caire. Ils se rendent bientôt compte qu’ils ont été précédés par des membres de la race des Premiers, les entités qui avaient possédé pendant un temps les chevaliers noirs, qui cherchent à présent à se venger de la trahison de leur ancien maître. Ces derniers révèlent aux chevaliers d’Athéna que leur ennemi commun est Janus le dieu romain des Portes. Sous l’impulsion de Stellio, et afin de pouvoir faire face au dieu, les Premiers fusionnent leur essence avec les deux chevaliers d’argent, qui excluent Diomède du marché. Ils font finalement face à la divinité dont le corps est couvert de veilles plaies, et dont l’un des deux visages est mort.
Aioros et Shura interceptent Mardouk à la tour des spectres et sont bientôt rejoints par le gardien des lieux : Dohko de la Balance. Ils apprennent que Sophia était l’hôte de l’âme d’Athéna deux cent cinquante ans plus tôt. Mardouk révèle alors ses intentions : utiliser l’énergie divine présente dans le sceau d’Athéna pour que Sophia soit capable d’ouvrir les portes menant à l’Olympe. Là-haut, il projette de déverser le contenu de la Boîte de Pandore, l’objet que Gienah avait protégé sous une couche de glace, déclenchant ainsi une guerre totale entre les dieux et les humains, qui seraient obligés de mettre un terme au conflit actuel pour fédérer toutes les forces possibles. Les chevaliers s’interposent pour stopper ce plan.
Dohko fait face à Sophia qui dispose d’une partie des capacités d’Athéna, grâce à l’Ichor divin qui coule dans ses veines. Elle déchaîne sur son adversaire la puissance de l’Egide, que Zeus avait confiée à Athéna dans les temps mythologiques.
Shura défie Ogier. Bien que parvenant à briser l’épée de ce dernier, Joyeuse, le Capricorne est défait par son opposant et ne doit la vie sauve qu’à Amalthée, qui revêt une nouvelle fois l’armure d’or.
Aioros affronte enfin Mardouk. Le Babylonien utilise son Chronal Schock, dont les coups dépassent la vitesse de la lumière, auquel le Sagittaire répond avec le Pas Agile d’Achille, qui lui permet également de s’affranchir de cette limite. Le Sagittaire passe près de la victoire, puis les deux adversaires décident de se battre sans le moindre calcul ou retenue.


Près de 250 ans plus tôt…


Convoqué de bonne heure par le Grand Pope Akbar, Sion tentait de ne pas montrer à quel point il était impressionné tandis qu'il patientait dans le hall intermédiaire. Il n'avait encore été que rarement amené à parler à son supérieur et surtout jamais seul à seul.
La principale raison expliquant le trac qui frappait celui qui était pourtant l'un des chevaliers d'or les plus prometteurs de sa génération était que le Grand Pope était un être de légende, un modèle et une source d'inspiration pour tout le Sanctuaire. Il était déjà en poste lors de la précédente guerre sainte et ses qualités de guerrier et de stratège avaient conduit l'armée d'Athéna à une série de victoires aisées contre ses adversaires. Quand précédemment les chevaliers sortaient fréquemment éreintés voire décimés d'un cycle de guerres saintes, Akbar avait pu mettre à profit l'aisance de ces victoires et l'abondance de chevaliers survivants pour construire le Sanctuaire le plus puissant de tous les temps. Ainsi, pour la première fois depuis les lointains temps mythologiques, les quatre-vingt huit armures avaient toutes trouvé un porteur.
Il avait en outre été le précepteur de la déesse réincarnée, et avait permis à cette dernière d'atteindre la plénitude sa puissance.
Lorsque l'on vint chercher Sion pour le mener devant son supérieur, le Bélier se demanda les raisons pour lesquelles sa présence était requise. Une fois seul face au Pope, Sion nota une nouvelle fois qu'Akbar ne semblait pas vraiment marqué par les quelques deux cent soixante-dix années qu'avait déjà duré son existence. Si quelques rides étaient apparues sur son visage, il ne paraissait pas avoir plus de soixante ans.
- Moi, Sion du Bélier, réponds à votre convocation, dit le gardien de la première maison en posant un genou à terre.
D'un geste, le Pope indiqua à son subalterne de mettre un terme au protocole et de se relever.
- Allons, Sion, ce cérémoniel est inutile.
Le chevalier se redressa, mais ne put s'empêcher de se tenir légèrement voûté face à Akbar.
- Tu te demandes certainement pourquoi je t'ai convoqué, jeune Bélier ?
- Oui, je ne peux pas le nier.
- Sais-tu ce qu'est le Mont Etoilé ?
- On dit que c'était la retraite des Grands Popes du passé.
- Pas exactement, l'endroit est toujours utilisé. Il ne doit sa réputation de retraite "du passé" que parce que je ne m'y suis rendu que très occasionnellement, et à chaque fois pour peu de temps au cours des deux derniers siècles.
- A quoi sert cet endroit ?
Sion se mordit les lèvres, craignant d'avoir fait un impair en posant une question aussi directe, mais cela ne sembla pas causer plus qu'un sourire chez son interlocuteur.
- C'est le lieu où le maître en exercice du Sanctuaire peut lire l'avenir dans les étoiles. Ou en tout cas essayer, la divination étant un art compliqué et capricieux. Par le passé, les précédents Grands Popes y avaient fréquemment recours, car l'avenir leur apparaissait incertain. Moi-même j'ai consacré de longues nuits après ma prise de position à interpréter des signes contradictoires... Mais par la suite, après les victoires dans les dernières guerres saintes, j'ai préféré préparer l'avenir plutôt qu'essayer de le deviner. Parce que j'avais l'opportunité de prendre le contrôle des événements plutôt que de les subir et d'être réduit à essayer de les anticiper. Alors, devines-tu pourquoi tu es ici ?
- Non, je l'avoue.
- Eh bien, vois-tu, je suis retourné au Mont Etoilé très récemment. Plus par acquis de conscience qu'autre chose. Tu sais que nous entrerons probablement très prochainement en guerre. Si Hadès ne craignait pas autant notre force, peut-être cela serait-il d'ailleurs déjà le cas. Athéna et moi sommes également en train de mettre au point les derniers détails des projets que nous avons pour l'humanité. Dès que le maître des Enfers sera vaincu, nous lancerons le mouvement qui changera à tout jamais le monde. Bref, à l'aube de ces grandes échéances, j'ai voulu aller essayer de voir si l'avenir était aussi rose que nous l'imaginons.
Le Pope marqua une longue pause que Sion n'osa pas interrompre.
- Les signes que j'ai vus dans le ciel ne sont pas très encourageants.
Le Bélier parut surpris, mais le Pope leva une main apaisante.
- Ne t'inquiète pas. Je te l'ai dit, il ne faut pas donner à ces signes plus d’importance qu'ils n'en ont. Le Sanctuaire trace sa route avec force depuis deux siècles, il ne faut pas douter de ce que nous avons accompli jusqu'ici, de notre préparation, des talents que nous avons regroupés autour de la déesse, de la justesse de nos plans. Néanmoins, il ne serait pas raisonnable de ma part d'ignorer ces mauvais présages, même si j'ai eu tendance à beaucoup moins m'y intéresser que mes prédécesseurs.
Le Pope marqua une nouvelle pause, fixant avec intensité le Bélier.
- Nous avons pris le contrôle de notre destin et ne sommes plus soumis à ses caprices. Toutefois...
- Qu'avez-vous vu ? osa Sion.
- J'ai vu la possibilité que la guerre soit beaucoup plus sanglante et meurtrière que tout ce à quoi nous pouvons logiquement nous attendre. J'ai vu des futurs où le Sanctuaire s'effondrait presque totalement et où tu aurais un rôle à jouer dans sa survie.
- Comment... Moi ?
- Encore une fois, ce ne sont que des futurs possibles et nous allons tout faire pour qu'ils ne se réalisent pas. Malgré tout... Tu vas, à compter d'aujourd'hui, passer plus de temps auprès d'Athéna et moi. Tu entres dans le cercle de nos conseillers les plus proches.
- Que devrais-je faire ?
- Ecouter, apprendre... Intervenir quand nécessaire. Sache que même sans ces prédictions, je t'aurais probablement proposé ce genre de chose. Ta fidélité, ta valeur et ta sagesse sont déjà reconnues par tous.
- Athéna est-elle au courant ?
- Inutile de l'inquiéter avec ce qui ne sont peut-être que des mauvaises interprétations.


Décembre 1971, en divers endroits de la planète…


 


Les prédictions d'Akbar s'étaient finalement révélées exactes. Comment en aurait-il pu être autrement, venant du plus fameux Grand Pope de l'histoire ?
A quel point son prédécesseur avait-il cru en la possibilité de changer les événements, Sion ne l'avait jamais su avec certitude. Akbar s'était-il fourvoyé dans un excès de suffisance, refusant de voir la réalité en face ? Avait-il refusé d'admettre que ses projets pour changer la face du monde ne verraient jamais le jour? Savait-il que le rôle du Bélier d'alors serait de lui succéder ?
Sur ce dernier point au moins, Sion avait ses certitudes. Avoir passé du temps dans les cercles du pouvoir avant la guerre sainte lui avait permis d'enfiler le costume de Grand Pope avec aisance.
L'autre certitude de Sion était que, si Akbar avait échafaudé un plan pour inverser le cours du destin, ce plan avait été emporté dans l'oubli. Le meurtre d'Akbar au sein même du Sanctuaire, et avant même le début de la bataille, avait mis la chevalerie dans une situation délicate voire impossible.
Le Sanctuaire s'était sans doute trop construit autour de son chef, et avec sa disparition prématurée il avait été trop difficile de faire face aux hordes du Tartare libérées par Hadès avec l'accord implicite de l'Olympe, aux soutiens plus ou moins directs des armées des autres dieux aux spectres, aux mercenaires des autres panthéons recrutés aussi bien dans le monde des vivants que dans celui des morts, à Perséphone et sa garde d'élite, ou encore aux terribles Erynnies envoyées prendre la tête d'Athéna.
Malgré la victoire finale à l'arrachée, les chevaliers étaient presque tous morts, suivant dans l'autre monde leur guide. Que se serait-il passé si Akbar avait été présent ? Sion ne le saurait jamais.
Mais en ce jour, il avait face à lui la cause de cette ignorance : l'ange Akhilleús, l'assassin de son prédécesseur.
Depuis le début de l'affrontement, le sang de l'ancien Bélier bouillait d'une colère irrépressible. Il la contenait néanmoins pour ne pas commettre d'imprudence, et s'était contenté de respecter une attitude défensive, utilisant son don de téléportation pour éviter les assauts de son adversaire, qui consistaient pour la plupart en de puissantes décharges d'énergie cosmique prenant la forme de lames. Cette phase d'observation touchait cependant à sa fin. Sion avait vu de quoi son adversaire était fait, et cette révélation ne faisait qu'augmenter encore sa colère.
- Tu n'es qu'un couard ! s'exclama l'ange en voyant une nouvelle fois le Pope esquiver une rafale d'énergie en se téléportant. Quand donc vas-tu te décider à m'affronter comme un guerrier d'honneur ? Mais peut-être est-ce trop attendre d'un misérable mortel ?
- Quand j'attaquerai, tu regretteras sans doute de l'avoir réclamé, répliqua Sion d'une voix mesurée.
- Pfff... Tu me rappelles ton prédécesseur, ce misérable Akbar. Lui aussi avait voulu fuir l'affrontement ! Il m'avait supplié de l'épargner et était mort à genoux, pleurant sur son sort !
De façon surprenante, l'ancien Bélier explosa de rire, et il lui fallut quelques secondes pour reprendre sa contenance.
- Tu n'es qu'un menteur, répliqua le Pope d'un ton définitif.
Il y avait toujours une note d'amusement dans la voix de Sion, comme si Akhilleús avait raconté une bonne plaisanterie.
- Tu oses me railler, mortel ? Que sais-tu des derniers moments de ton lâche de prédécesseur ?
- Pas grand chose de certain, je l'admets. Néanmoins je sais comment cela ne s'est pas passé, et je soupçonne comment cela s'est déroulé.
- Quoi ?
- Je t'ai bien observé pendant ce que tu prenais pour de la couardise de ma part. Tu possèdes un cosmos redoutable, et des techniques énergétiques qui feraient de toi une menace sérieuse pour la plupart des chevaliers d'or actuels... Mais je suis moi-même bien au-dessus de ce niveau. Or, ma puissance n'est quasiment rien face à celle dont disposait Akbar. La seule solution pour qu'un être tel que toi ait pu le vaincre est que tu l'as frappé par surprise. Probablement très lâchement, de dos par exemple. Il n'a donc pas eu la possibilité de fuir l'affrontement, ou même de supplier pour sa vie.
Furieux de ces accusations, l'ange se jeta à l'assaut, cherchant à frapper Sion de ses poings. Cette fois-ci, le Pope ne se téléporta pas, mais dévia aisément les assauts adverses. Akhilleús concentra son cosmos en de nouvelles vagues d'énergie, que Sion évita en se téléportant.
Il réapparut juste derrière l'envoyé de l'Olympe et déclencha une de ses propres arcanes.
- STARDUST REVOLUTION !
Une nuée d'étoiles destructrices frappèrent à bout portant l'ange, le balayant comme un fétu de paille.
Il alla percuter le trône du Pope qui se brisa sous l’impact.
- Maudit ! hurla Akhilleús en se relevant.
Il fit exploser son cosmos, projetant de nouvelles lames d'énergie.
- CRYSTAL WALL ! répliqua Sion, créant un mur défensif qui, non content de bloquer les assauts adverses, les renvoya.
Surpris, l'ange fut frappé par sa propre attaque, qu'il encaissa cependant de plein fouet sans chuter.
- Ne t'avais-je pas dit que tu regretterais le moment où je déciderai d'attaquer ? se moqua Sion. Tu n'es pas de taille. A présent, tu vas enfin payer ton crime.
- Ne me fais pas rire, répliqua l'ange.
Il cracha devant lui en signe de mépris, et se mit en position de combat.
- Ne t'es-tu pas demandé pourquoi je porte le nom du héros légendaire Achille ? Les dieux m'ont offert un don équivalent ! Après m'avoir choisi, ils ont recréé mon corps de toutes pièces. Ils ont d'abord plongé mon squelette encore nu dans l'eau du fleuve Léthé, puis ont replongé mon corps une fois que la chair eut été ajoutée. Cela me rend totalement invulnérable, et n'espère pas que j’aie le même point faible que mon équivalent légendaire.
Sion regardait son adversaire sans répondre. Il avait effectivement remarqué que, si la légère armure de l'ange avait été endommagée par les coups reçus, aucune blessure ne marquait son corps.
- Alors comprends-tu que quoi que tu fasses, et que quelle que soit ta force tu ne pourras jamais me vaincre ? Tu es insignifiant !
- J'avoue que je suis déçu, répondit Sion d'un ton songeur. Achille était le plus grand héros de son temps, avant tout parce que ses compétences guerrières surpassaient de loin celles des autres. Son invulnérabilité ne faisait que renforcer cet état de fait.
- Cela ne change rien ! Tu ne peux rien contre moi !
- Je vais très vite te détromper.


*             *             *             *             *             *             *             *


Acatl Quetzalcóatl et son descendant Calli, ainsi que Khamakhya et le jeune prophète Mani, étaient à mi-chemin entre la maison du Cancer et celle du Lion sur la longue montée menant au palais du Grand Pope.
- Vous l'avez senti aussi, n'est-ce pas ? dit le Toltèque âgé de plus d'un millénaire. Ils L'ont tuée.
- Oui, je l'ai perçu, confirma l'Indienne qui était l'incarnation de Kali. Son cosmos a disparu. Ils n'ont aucun respect, aucune décence ! Nous devrions tous les tuer, pas seulement le Grand Pope !
- Je suis d'accord, appuya Calli.
- Pas moi, répliqua Acatl d'un ton tranché. Les responsables de cette monstruosité seront punis, mais nous ne tuerons qu'en dernière extrémité pour les autres.
Il se tourna vers le jeune Mani qui n'avait pas semblé s'intéresser à la discussion. Depuis le début de la montée, il paraissait perdu dans ses pensées, n'en étant sorti que lors de la traversée de l'éprouvante maison du Cancer.
- Où en es-tu ? lui demanda le chef du groupe.
- C'est difficile... mais j'y arriverai.
- Très bien. Allons mes amis, en route. Il ne reste plus que deux chevaliers d'or sur notre route.


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Les yeux rougis par la faim de sang, et l'écume au bord des lèvres, Kanon chargeait Shamash comme un dément.
Dépassé par la rage bestiale de son adversaire, le Babylonien était obligé de reculer constamment, tel un animal fuyant devant son pire prédateur.
Lorsque le cadet de Saga n'attaquait pas au corps à corps, il projetait avec ses poings des rayons d'énergie qui étaient rendus encore plus dangereux à cause des ricochets qu'ils faisaient sur les arbres de cristal qui les entouraient.
Shamash tentait de temps à autre de contre-attaquer en projetant lui aussi des décharges d'énergie brute, tentant de jouer au mieux avec les rebonds.
Il imaginait ainsi de complexes configuration de trajectoires, jouant avec la géométrie de l'environnement pour faire s'abattre sur Kanon des coups de toutes les directions.
Néanmoins, ces tentatives rencontraient toutes l'échec. L'état de folie meurtrière dans lequel Kanon s'était lui-même plongé n'avait en rien diminué ses capacités d'analyse. Peut-être même les avait-elle encore augmentées et accélérées en les rendant totalement instinctives. Le Grec anticipait ainsi parfaitement chacun des assauts adverses, se moquant de leur faiblesse. Sa force et sa vitesse semblaient quant à elles totalement sublimées, comme si cette rage berserk avait fait sauter des verrous mentaux qui l'empêchaient d'atteindre son plein potentiel.
- Je vais dévorer ton cœur ! hurlait régulièrement Kanon d'un ton qui sonnait comme une promesse inéluctable.
Le Babylonien faisait de son mieux pour ne pas paniquer, conscient que le plus petit instant d'inattention serait sanctionné durement : le moindre coup de poing que portait Kanon aurait été capable de le transpercer de part en part.
Il ne pouvait d'ailleurs qu'esquiver les attaques adverses, puisque tenter de les bloquer ou même de les dévier aurait été purement suicidaire.
Le cosmos déjà surpuissant du Grec explosa alors.
- ANOTHER DIMENSION ! hurla-t-il en ouvrant un passage gigantesque dans le ciel du monde de cristal.
Shamash ne comprit pas pourquoi son adversaire avait décidé d'avoir recours à cette technique qui était depuis longtemps inutile. La folie induite par le GenrôMaôKen commençait-elle à lui faire commettre des erreurs ?
L'aura dorée du Grec se dilata encore plus, tandis qu'il déclenchait une seconde technique.
- GALAXIAN EXPLOSION !
Le Babylonien s'était préparé à esquiver, mais la terrible déferlante d'énergie cosmique ne le visait pas. Elle partit en effet dans le ciel et alla percuter le passage dimensionnel. Les deux grilles d'énergie parallèles constituant le tunnel vers l'autre dimension se mirent à osciller après que la Galaxian Explosion les eut frappées, puis elles volèrent finalement en éclats.
Cela eut des effets totalement catastrophiques : les structures et les atomes des deux dimensions entre lesquelles s'étendait le passage se superposèrent, violant quasiment toutes les lois de la physique.
- UNIVERSAL ANNIHILATION ! hurla Kanon comme un dément en regardant l'effet de sa manœuvre.
La violence avec laquelle l'univers rétablit les lois naturelles justifia pleinement le nom annoncé par le Grec, et laissa son adversaire interdit et pétrifié.
Une déflagration formidable se produisit, pulvérisant les arbres de cristal, qui n'avaient qu'à peine été ébréchés par les coups échangés jusque-là, et emportant les deux adversaires comme des pantins désarticulés.


*             *             *             *             *             *             *             *


La quatrième Maison, celle du Cancer, était devenue le terrain d'une partie de cache-cache mortelle. L'assassin, qui était d'ordinaire préposé à la protection du jeune Mani, avait abandonné cette tâche pour se lancer sur la piste d'une présence qu'il avait perçue en traversant le temple.
D'abord confiant en ses capacités de limier pour débusquer le probable chevalier d'or, l'assassin commençait à ressentir le début d'un doute.
Plusieurs fois, il avait été persuadé d'avoir coincé son évanescent adversaire dans un cul-de-sac, mais à chaque fois il s'était retrouvé face à des murs. Soit il s'était trompé, soit sa cible connaissait des passages secrets dans l'endroit.
L'ambiance surréaliste et oppressante du temple commençait aussi à l'atteindre, alors qu'il y avait été relativement indifférent tant que ses compagnons avaient été avec lui. Les visages macabres qui recouvraient presque chaque centimètre carré de pierre, l'expression de pure terreur et de souffrance qui déformait leurs traits... L'assassin n'était pas un enfant de cœur, loin s'en fallait, mais jamais il n'avait été confronté à une telle folie. Si bien qu'il se demandait à présent s'il avait été bien raisonnable de rester seul en un tel endroit.
Il perçut alors de nouveau la présence de sa cible. Bien décidé à ne pas la laisser s'échapper cette fois-ci, il abandonna sa prudence de traqueur et se mit à courir à sa poursuite. Il aperçut alors pour la première fois, presque distinctement, la grande silhouette élancée qu'il chassait depuis plusieurs minutes.
La forme s'engagea dans un corridor latéral du temple, puis prit un tournant qui allait forcément la mener face au mur extérieur de la demeure, et donc à une impasse.
Pourtant, lorsque l'assassin prit à son tour le tournant, il ne se retrouva pas face à une paroi recouverte de visages torturés. Non, il se retrouva face à une grande plaine rocailleuse baignée d'une lumière crépusculaire. Il apercevait, à environ un kilomètre, une longue file d'ombres qui se dirigeaient vers une colline qui irradiait d'une étrange lueur mauve.
Une seule chose était certaine : ce paysage n'était pas celui de la Grèce et du Sanctuaire.
Et surtout, pour la première fois, il le vit enfin nettement. Un véritable démon à la peau d'ébène, debout une vingtaine de mètres après la ligne de démarcation entre le temple et la plaine lugubre, qui le fixait droit dans les yeux.
L'homme pointa du doigt l'assassin, qui se mit en position de combat. Un cosmos doré se développa autour de l'index avant d’exploser. La frontière entre les deux mondes se mit alors à reculer rapidement et à se rapprocher. Le gardien de Mani voulut s'échapper, trouvant soudainement la pourtant cauchemardesque Maison du Cancer bien plus accueillante que ce monde si froid et désespéré.
Il tourna donc les talons et se mit à courir, mais ne fut pas assez rapide. La ligne le dépassa, puis rejoint l'horizon à une vitesse sidérante.
Il regarda l'ouverture disparaître avec ce qui commençait à ressembler à de la panique, et entendit des bruits de pas se rapprocher de lui dans son dos.
Il se retourna vivement, brandissant son sabre et son poignard devant lui, comme s'ils s'agissaient de symboles religieux capables de repousser un vampire.
- Je suis Praesepe, dit l'homme à la peau d'ébène. Tu as tué mon épouse.


*             *             *             *             *             *             *             *


Aldébaran savait qu'il y avait un impératif absolu dans le combat qui commençait contre Paul : éviter de se faire toucher par les terribles lances de lumière.
Les images des armes énergétiques transperçant l'armure du Taureau pour prendre la vie de Sérapis étaient encore trop vives et douloureuses dans son esprit pour qu'il perde de vue cet impératif. Pourtant comment arriver à accomplir ce miracle ?
L'héritier de Mithra semblait bel et bien avoir changé, et pas seulement au niveau de la puissance brute qui faisait briller son cosmos. Il paraissait avoir pris de l'assurance, les traits de son visage étaient plus durs, définitivement débarrassés de tout caractère enfantin.
Quelques heures plus tôt, Aldébaran avait été à deux doigts de venir à bout de Paul. L'effet de surprise avait certes été du côté du garçon, mais cela ne lui aurait jamais permis d'approcher autant la victoire face à un guerrier expérimenté. De même, pendant la majeure partie du combat face à Sérapis, Paul avait plus été un boulet pour ses compagnons qu'autre chose. Il paraissait faible, dépassé par les événements, comme s'il n'était pas à sa place.
Cet homme mal assuré avait dorénavant laissé place à un guerrier sûr de sa force. Aldébaran ne parvenait pas à s'expliquer ce changement.
- Gamin, je te le dis une dernière fois : abandonne. J'ai vaincu ton maître, un chevalier d'or expérimenté. Qu'espères-tu accomplir à part te faire tuer ?
- J'espère faire la même chose que vous. Réaliser un miracle grâce à la force de ma colère. Voir tes compagnons vaincus t’a permis de devenir fort alors que tu étais faible. Ta haine pour mon père t’a permis de te sublimer. Pourquoi cela ne marcherait-il pas pour moi ?
Paul regarda son jeune adversaire avec intensité, surpris par ses paroles.
- Tu te trompes sur plusieurs choses. Tout d'abord, je n'ai jamais été faible, cette force a toujours été en moi. Nous autres, qui combattons au côté de Mardouk, sommes différents de vous autres chevaliers d'Athéna. Nous descendons d'ancêtres illustres divinisés dans les traditions de nos peuples. Je suis né avec ces pouvoirs, je n'ai pas eu à les développer comme vous. Néanmoins, pendant la majeure partie de mon existence je n'ai rien su de cet héritage. Ma lignée, celle de Mithra, s'était perdue en chemin. Même si pendant mon enfance je sentais que j'avais quelque chose de différent des autres garçons de mon âge, ma famille m'a toujours encouragé à ignorer cette sensation. On me demandait d'être normal, de m'intégrer. Sans doute étaient-ils conscients que sinon un destin peut-être funeste me rattraperait, si je découvrais ce qui se cachait en moi. Ce pouvoir, je ne l'ai découvert que lorsque Mardouk est venu me trouver. Du jour au lendemain, je n'étais plus un adolescent solitaire, mais un être doté des pouvoirs d'un demi-dieu. Il m'a fallut très longtemps pour m'adapter à cette nouvelle vie, j'avais l'impression de ne pas être à ma place et cela me rendait incompétent. Cette incompétence a été cachée pendant longtemps, car soit je faisais face à des adversaires largement inférieurs à mon niveau, soit je pouvais compter sur le soutien de mes compagnons pour compenser mes manques. Toutefois, aujourd'hui, cette incompétence a éclaté au grand jour, et a eu des conséquences désastreuses. Je n'ai pas été capable de faire face au chevalier du Cancer, des hommes en sont morts sur le moment, et encore beaucoup d'autres à cause de l'enchaînement d'événements que cela a engendré. Si j'avais été capable de t'assommer lors de notre première rencontre, comme j'aurais dû le faire, peut-être les choses n'auraient-elles pas autant dégénéré. Et si j'avais été à la hauteur dès le début face à ton père, sans doute mes compagnons seraient-ils encore en vie et peut-être même ton père. Ce n'est pas ma haine envers ton père qui a libéré mon potentiel, c'est la colère que j'éprouvais envers moi-même pour mon inconséquence.
Aldébaran avait écouté en silence le long monologue de Paul. Malgré son jeune âge, l'absurdité de la situation le frappa soudainement. Ce n'était qu'un enchaînement malheureux d'événements qui faisait qu'ils se retrouvaient à présent face à face. Il avait vu lors de leur affrontement le respect mutuel que se portait Moki et Sérapis. Un rien aurait pu faire qu'ils soient alliés et non ennemis.
De même, dans une autre vie, Paul et lui auraient pu être amis.
Mais toutes ces possibilités allaient rester du niveau du mirage et y penser ne servait à rien. Le sang écoulé dans chaque camp les avait dissipées à jamais. Le cosmos du garçon s'enflamma et il se mit en position de combat.
- J'aimerais pouvoir dire que je suis en colère contre moi-même de n'avoir pas pu sauver mon maître, mon père... Mais c'est ma haine qui me fait me dresser face à toi. Je ne te laisserai pas partir d'ici.
Paul hocha la tête et se remit en position de combat, sans toutefois matérialiser ses armes de lumière au bout de ses bras.
Il chargea alors, disparaissant instantanément aux yeux de son jeune adversaire. Aldébaran encaissa un coup qu'il ne put voir venir dans le bas du ventre, et fut projeté violemment dans les débris de la maison du Taureau.
Paul regarda un instant le nuage de poussière qui s'élevait de l'endroit où le garçon était allé s'écraser, puis se détourna pour se diriger vers la sortie.
- Attends !
L'héritier de Mithra s'arrêta et se retourna vers le garçon qui était en train de se relever.
- Je ne pensais pas que tu serais capable de te relever après un tel coup. Tu es plus robuste encore que je ne le pensais. Néanmoins, tu devrais avoir compris à présent que ce combat est inutile. Je maîtrise la vitesse de la lumière, et, toi, non.
Le regard intense du garçon fit comprendre à Paul qu'il ne pourrait faire l'économie de finir ce qu'il avait commencé.
- Très bien...
Il chargea de nouveau, décidé cette fois-ci à saisir son jeune adversaire, puis à lui faire perdre connaissance. Comme la première fois, il fila à une vitesse extraordinaire, mais inférieure à celle de la lumière, pour que le choc seul ne tue pas Aldébaran.
Néanmoins, une fraction de seconde avant qu'il ne se saisisse du garçon, celui-ci disparut soudainement, comme s'il s'était téléporté. Son instinct lui ordonna de regarder vers le haut et il vit Aldébaran, qui avait esquivé d'un bond prodigieux, s'abattre sur lui pied en avant à une vitesse quasi-luminique.
Paul intensifia son cosmos pour atteindre la vitesse de la lumière et s'écarter au dernier moment, tandis que le coup d'Aldébaran creusait un cratère de deux mètres de profondeur au point d'impact.
Paul s'élança à sa vitesse maximale pour frapper le garçon avant qu'il ne sorte du cratère, mais ce dernier se dégagea en ayant recours à une célérité équivalente.
- J'ai réussi !  pensa-t-il. J'ai atteint la vitesse de la lumière.
Il se remit en garde face à un adversaire surpris par la rapide tournure des événements.
- Incroyable, sa vitesse a décuplé en l'espace d'à peine quelques secondes.
- A mon tour, maintenant ! cria le jeune garçon en se lançant à l'assaut.
Il enchaîna plusieurs coups de poing et de pied, que Paul para tout en ressentant durement la force des impacts.
- Quelle puissance, chaque coup est digne de ceux de son père ! Est-ce que par hasard...
L'héritier de Mithra esquiva un coup de pied circulaire porté avec une surprenante agilité pour un garçon aussi costaud, en bondissant en arrière. Il repartit à l'assaut sitôt réceptionné en se projetant en avant, mais Aldébaran ne se laissa pas surprendre. Ils échangèrent une série de coups à la vitesse de l'éclair, aucun des deux ne parvenant à transpercer la défense de l'autre.
- Aldébaran, te serais-tu éveillé au septième sens ?
- Je ne sais pas ! Mais ce que je sais, c'est que j'arrive à suivre tes mouvements sans problème ! Je vais venger mon père !
Les coups d'Aldébaran étaient de plus en plus durs, si bien que même le fait de les parer devenait douloureux pour Paul.
Ce dernier savait que les chevaliers d'or avaient entre autres particularités des cosmos dorés. Même s'il semblait désormais disposer de pouvoirs équivalents, Aldébaran avait cependant toujours un cosmos de teinte bleutée, ce qui faisait douter Paul sur le fait que le garçon se soit pleinement éveillé au septième sens.
- A moins que...
Tout en contenant non sans mal les assauts de son jeune adversaire, l'héritier de Mithra prit le temps d'observer avec plus d'attention le cosmos de celui-ci. Ce qu'il vit confirma ses soupçons.
Si l'aura d'Aldébaran était toujours globalement bleue, elle avait également des reflets dorés en plusieurs endroits.
En observant la façon dont les deux textures énergétiques se mêlaient, Paul acquit la conviction qu'elles n'étaient pas toutes les deux générées par le garçon, dont le cosmos était soutenu et renforcé par un autre d'origine étrangère.
L'origine de ce cosmos ne faisait toutefois guère de doute.
- Sérapis a dû transmettre ce qui lui restait de cosmos à son élève, quand je l'ai transpercé de mes lances solaires !
A présent qu'il était parvenu à cette conclusion, Paul avait presque l'impression de pouvoir discerner l'image du père combattant à côté de son fils adoptif, les deux frappant de concert. Il était persuadé que le garçon lui-même n'en était pas conscient.
- Il devait déjà avoir en lui un potentiel de chevalier d'or sans être encore éveillé au septième sens. Ainsi aidé, il est presque aussi dangereux que ne l'était son père. Tant pis, je n'ai plus le choix !
Le cosmos de Paul augmenta soudainement d'intensité, et son cosmos se concentra au bout de ses bras. Aldébaran rompit le corps à corps et recula tandis que les redoutables lances de lumière se formaient au bout des bras de l'héritier de Mithra.
- Non ! Même si je peux à présent rivaliser avec sa vitesse, je ne peux rien faire à cette technique !  pensa le garçon.
Lorsque les lances furent prêtes, un autre événement se produisit.
L'armure d'or du Taureau se détacha du corps sans vie de Sérapis et ses pièces vinrent recouvrir le corps d'Aldébaran.
Tout en s'adaptant à la taille de son nouveau porteur, l'armure sembla régénérer les dégâts causés par les armes solaires de Paul. Aldébaran regarda ses bras et son corps, estomaqué par ce qui venait de se passer. Il entendit alors une voix qui parlait directement à son esprit. Une voix familière.
- Ne t'inquiète pas, mon fils. Ensemble nous arriverons à le vaincre.
- Papa ?!


*             *             *             *             *             *             *             *


Plus le combat avançait et plus Mû sentait qu'Aac et lui étaient dans une impasse. Leurs capacités étaient similaires, et leur maîtrise technique proche. Si Aac bénéficiait d'une maturité supérieure, le garçon pouvait en revanche compter sur son armure d'or pour équilibrer parfaitement les débats.
Si l'un comme l'autre faisaient néanmoins tout leur possible pour emporter la décision, le Bélier commençait à manquer d'idées.
- STARLIGHT EXTINCTION ! tenta Mû, libérant son énergie sous la forme d'une explosion lumineuse semblable à une nova.
Malgré le côté spectaculaire de l'offensive, Aac l'évita aisément en se téléportant sur le flanc du garçon, et attaqua au corps à corps. N'ayant pas encore totalement achevé son mouvement d'attaque, Mû ne put éviter le premier coup qui l'atteint à la tête. Sa protection amortit l'impact, cependant, à la grande surprise du garçon, le casque de l'armure d'or se fendit en deux, puis explosa en plusieurs morceaux, le laissant tête nue et le blessant aux joues. Il se téléporta trois fois de suite pour rompre l'affrontement et semer Aac.
- Malédiction, j'avais remarqué qu'il y avait un défaut de conception ou une faiblesse causée par un coup sur mon casque, mais je n'avais pas pris le temps d'y remédier. Il a frappé exactement sur le point névralgique. Je ne dois pas oublier que ses compétences en armurerie doivent être au moins équivalentes aux miennes. Si je le laisse me toucher, il risque de frapper d'autres points faibles, et de mettre ma  protection en pièces.
Avec cette nouvelle variable, la situation commençait à devenir préoccupante pour le gardien de la première maison. La Starlight Extinction comme la Stardust Revolution s'étaient tour à tour révélées improductives, celui qui se prétendait son frère aîné se contentant d'esquiver par téléportation. Quant au Crystal Wall, il n'était visiblement pas adapté à la situation. A moins que...
Tandis que le cosmos doré se déployait une nouvelle fois, Aac se téléporta à une distance de sécurité pour observer les intentions de son cadet.
- CRYSTAL WALL ! cria le garçon, matérialisant la barrière cristalline juste devant lui.
Aac fronça les sourcils, ne voyant pas à quoi son adversaire voulait en venir. Certes il sentait qu'il ne pouvait apparemment pas se téléporter derrière la barrière, mais Mû n'en serait pas plus avancé. Le mur de cristal commença alors à se déformer tandis que Mû s'élevait à environ quatre mètres dans les airs par télékinésie. Finalement, la barrière se transforma en une sphère de cristal d'environ deux mètres de diamètre qui engloba presque totalement son créateur, seule une ouverture vers le haut subsistant.
Le cosmos du garçon continua à augmenter.
- CRYSTAL WALL ! fit-il une seconde fois.
Le nouveau mur défensif se déforma à son tour, jusqu'à prendre la forme d'une sphère cette fois-ci complète qui engloba la première, son diamètre étant de près de quatre mètres. Aac se mit sur ses gardes, sentant le mauvais coup arriver, tandis que le cosmos de Mû atteignait son paroxysme.
- STARDUST REVOLUTION ! hurla-t-il en projetant une nuée d'étoiles filantes par l'ouverture de la première sphère, qui se referma instantanément une fois l'attaque passée.
Les coups commencèrent à rebondir dans l'espace entre les deux sphères de plus en plus rapidement, conservant la totalité de leur puissance à chaque ricochet, tandis que les structures des deux Crystal Walls commençaient à se fissurer de plus en plus.
Finalement, la sphère extérieure, plus fragile car d'une plus grande surface, explosa en des milliers d'éclats, libérant les étoiles filantes de la Stardust Revolution qui filèrent dans toutes les directions dans la plus grande anarchie.
Aac dut se téléporter pour éviter plusieurs projections cosmiques qui venaient vers lui, puis dut effectuer encore plusieurs autres sauts rapides pour se dégager des trajectoires anarchiques.
- Bonne idée, mais inefficace, dit-il après une dernière téléportation quand la Stardust Revolution fut entièrement passée. Ton attaque était certes plus ardue à esquiver, mais elle a aussi perdu de sa dangerosité dans sa dispersion.
- Je n'en suis pas si certain, répliqua Mû d'un ton sûr de lui.
- Vraiment ? Je...
Aac s'interrompit soudain : des pointes de douleur venait de naître partout sur son corps.
Il constata avec effarement que près d'une vingtaine d'éclats et d'échardes de cristal s'étaient plantés dans son corps ou dans sa protection. Concentré sur le fait d'éviter la Stardust Revolution, il avait négligé les débris du Cristal Wall. Bien que constitués du pur cosmos du Bélier, ils se révélaient posséder une réelle consistance physique. Il réalisa aussi que même s'il avait été conscient du danger, il aurait sans doute eu du mal à tous les éviter tellement ils avaient été nombreux, bien plus que les projections de la Stardust Revolution qui n'avaient en fait été que des leurres.
Les fragments disparurent alors, retournant au néant d'où le cosmos de Mû les avait extraits, provoquant une dizaine de petites hémorragies sur le corps du combattant müvien.
- Bien joué, en effet, commenta-t-il tandis que le Bélier créait une nouvelle sphère afin de visiblement renouveler la même tactique.
Aac déploya son cosmos en préparation de la suite.
- STARDUST REVOLUTION ! lâcha le Bélier en libérant son énergie.
Les projections d'énergie commencèrent à rebondir entre les deux sphères comme la première fois, jusqu'à ce que la sphère extérieure explosât à nouveau, libérant la Stardust Revolution et projetant des éclats dans toutes les directions.
- CRYSTAL NET ! hurla le guerrier müvien en ouvrant grand les bras.
Un gigantesque filet d'énergie se déploya autour de la sphère de Mû, l'englobant totalement et interceptant tous les projections. Les mailles en étaient si serrées que presque tous les éclats du Crystal Wall furent bloqués, à l'exception des plus petits qui ne représentaient plus de véritable danger. De même, plusieurs étoiles filantes d'énergie parvinrent à transpercer le filet, mais en nombre si réduit qu'Aac n'eut aucun mal à les esquiver en se téléportant.
- Vous autres chevaliers n'êtes pas les seuls à savoir vous adapter aux tactiques adverses, lâcha Aac.
Il ramena alors ses deux bras devant en joignant ses mains. Le filet se contracta et vint se plaquer sur la sphère de cristal restante. Déjà endommagée par les deux Stardust Revolutions qu'elle avait subies, la sphère commença à se fissurer rapidement sous la pression. Elle céda finalement d'un seul coup, le Crystal Net s'abattant sur le Bélier, qui se cacha le visage derrière les bras, l'immobilisant comme un papillon capturé par le filet d'un enfant. Mû lâcha un cri de douleur, plusieurs éclats de son Crystal Wall étant venus se planter dans son corps aux endroits non protégés. Sans son réflexe de se protéger la tête, sans doute aurait-il perdu un œil, ou une oreille, si ce n'est pire.
Il tenta de se téléporter pour échapper au filet, mais constata avec effarement que cela lui était impossible. Il était en outre incapable du moindre mouvement, et ne pouvait même plus dégager son champ de vision, et donc voir son adversaire.
- C'est terminé Mû. Tu n'échapperas pas à mon Crystal Net. Vas-tu enfin entendre raison et te ranger à mes côtés ?
- Cette technique est remarquable... Mais ce n'est pas encore terminé !
Bien que ne pouvant plus regarder autour de lui, Mû percevait encore parfaitement son environnement grâce à ses capacités extrasensorielles. En outre, incapable d'utiliser ses techniques cosmiques dans cette position, il lui fallait s'en remettre à sa télékinésie.
Il ne lui fallut que quelques secondes pour trouver la solution à la situation. Il repéra les éclats de son casque brisé plus tôt et les fit s'envoler par la force de son esprit.
Les débris étaient constitués du métal doré consacré par Athéna, même ainsi ils disposaient toujours d'un simili-cosmos propre et étaient extrêmement tranchants.
Il en envoya quatre sur Aac qui, surpris, n'eut d'autre choix que de se protéger avec ses bras. Les autres fragments métalliques commencèrent à voler en cercle autour de Mû de plus en plus rapidement, coupant au fur et à mesure les mailles du filet.
- Petit vaurien ! lâcha Aac en extrayant par télékinésie les éclats de ses bras.
Sitôt libéré, Mû se lança à l'assaut de son frère en se téléportant, et réapparut sous le nez d'Aac qui s'était remis en garde.
Le Bélier se téléporta à nouveau sans attaquer, mais en réalisant une manœuvre audacieuse et qui surprit Aac : si le garçon avait disparu, l'armure d'or n'avait pas bougé. Elle flotta en l'air un bref instant juste devant Aac, conservant sa forme comme si Mû la portait encore, puis les pièces bougèrent et allèrent revêtir le corps du guerrier müvien, qui fut trop déconcerté pour réagir, en s'adaptant instantanément à sa morphologie.
Tandis que le Bélier réapparaissait quelques mètres devant son adversaire, ce dernier se rendit compte que l'armure l'empêchait de bouger, le figeant comme une statue. Bien que simplement effleurer la protection dorée au bon endroit aurait suffit à Aac pour la détruire, il en était totalement incapable, ses poignets, ses doigts étant immobilisés.
De son côté, Mû était blanc comme un linge et sa tunique rouge de sang, son armure n'étant plus là pour le soutenir et cacher les effets des blessures qu'il avait subies.
- Comment... Comment as-tu fait ? demanda Aac. Je ne savais pas que cela était possible !
- Le lien qui m'unit à cette armure est total et absolu, je peux parfaitement la contrôler même à distance. Tu ne pourras plus m'échapper même en te téléportant car je pourrai suivre chacun de tes mouvements.
- Alors, que vas-tu faire ?
- Je vais achever ce combat. Comme je ne pense pas être encore capable de terrasser un chevalier d'or protégé par son armure, tu devrais normalement survivre.
- Comment ?
- Désolé ma belle, fit Mû mentalement à son armure.
Le cosmos du garçon s'enflamma à son paroxysme.
- STARDUST...
Aac se téléporta pour esquiver, cependant le Bélier le suivit et réapparut à nouveau juste devant lui.
- ...REVOLUTION !
L'attaque balaya l'adulte et le projeta sur une quarantaine de mètres. Il s'écrasa lourdement au sol, inconscient, l'armure entaillée en plusieurs endroits. Le garçon commença à marcher vers son frère pour s’assurer que celui-ci n’avait pas de blessures potentiellement fatales, mais il s’arrêta au bout de quelques pas.
- Je crois que j'ai perdu plus de sang que je ne le pensais, fit Mû en tournant de l'oeil.
Il vacilla puis s'écroula finalement à son tour.


*             *             *             *             *             *             *             *


Pour la première fois de son existence, Jason de la Carène avait une idée de ce que devait ressentir un chevalier d'or à chaque moment de sa vie. Ce sentiment de puissance, cette impression que rien n'était impossible ou inaccessible.
La symbiose avec la créature d'outre-monde appartenant à la race des Premiers avait décuplé ses forces, jusqu'à un point dont il n'aurait pu rêver, ce qui lui faisait presque oublier le fait qu'il y avait perdu une partie de son identité.
Les assauts qu'il lançait avec Stellio à ses côtés étaient d'une puissance et d'une vitesse incroyables qui semblaient hautement surprendre leur adversaire, le dieu Janus. La divinité défigurée avait en effet abandonné son attitude arrogante et hautaine du début, et était contrainte de combattre sérieusement.
Jason était cependant conscient que le combat était très loin d'être gagné, cependant le simple fait que la question de son issue puisse se poser était déjà une agréable surprise.
La Carène se souvenait que lorsque Akiera leur avait raconté sa première rencontre avec les créatures, il avait failli perdre par excès de confiance après avoir laissé ses adversaires joindre leurs forces. Janus, qui aurait sans doute pu éliminer les intrus à n'importe quel moment de leur progression avant la symbiose, avait-il commis le même péché d'orgueil ?
Pour le moment, seule sa maîtrise des dimensions permettait apparemment au dieu de tenir la distance.
Les deux chevaliers arrivaient en effet à coordonner leurs assauts à la perfection grâce à un lien télépathique propre aux Premiers et qui s'était établi dès le début du combat.
Grâce aux capacités offertes par la symbiose, les assauts des deux chevaliers d'argent atteignaient une vitesse fleuretant avec celle de la lumière, si bien qu'ils parvenaient à quadriller l'espace de la grande salle souterraine quasiment à la perfection. L'air était zébré par les projections énergétiques des deux combattants qui visaient à la fois l'endroit où Janus se trouvait et celui où il était susceptible de réapparaître après être passé par une ouverture dimensionnelle pour esquiver une attaque. Le dieu créait en fait des passages pour s'écarter des attaques adverses, mais aussi pour les engloutir.
Néanmoins, la divinité aux deux visages paraissait disposer de moins de marge à chaque seconde, d'autant que les Premiers, en tant que créatures d'outre-monde, semblaient dotés naturellement d'une certaine maîtrise des techniques dimensionnelles leur permettant d'anticiper les mouvements adverses.
- Maintenant, Jason ! hurla soudain l'albinos. MAVROU TRIPA !
Son cosmos explosa en un tourbillon d'énergie submergeant la salle.
- SHIP OF HEROES ! répondit la Carène en projetant une vague d’énergie multicolore.
Largement amplifiées par la puissance des Premiers, les deux techniques secrètes des chevaliers d'Athéna filèrent sur leur cible en pulvérisant la pierre sur leur passage.
Janus emprunta un passage dimensionnel pour s'écarter de leur trajectoire et se retrouver à l'autre bout de la salle, cependant les deux arcanes obliquèrent pour le suivre. Le dieu créa alors une nouvelle ouverture afin de les engloutir, toutefois la puissance dégagée par les techniques des chevaliers était telle que la structure même de la brèche dans la réalité s'effondra sur elle-même.
- Comment ? eut le temps de s'étonner Janus avant d'être frappé de plein fouet par les attaques qui le submergèrent et l'envoyèrent percuter violemment l'arrière de la salle, soulevant un nuage de poussière.
Le sol et les murs tremblèrent de façon menaçante, comme si le temple était sur le point de s'écrouler. Malgré le bruit qui les entourait, les deux chevaliers entendirent les pas de Janus qui venait dans leur direction.
Lorsque le dieu sortit de la poussière, ils constatèrent que leurs attaques ne semblaient pas avoir causé la moindre blessure et que l'armure de leur ennemi était intacte.
- Vous avez acquis plus de puissance que je ne l'aurais cru, dit la divinité défigurée de sa voix inhumaine et cristalline. Même les chevaliers d'or ne m'avaient pas frappé avec une telle violence. Mais je suis le premier être sorti du chaos originel, vous demeurez insignifiants face à moi. Tous vos efforts vont juste me contraindre à utiliser ma force comme je ne l'avais plus fait depuis très longtemps.
Le cosmos divin se mit soudainement à augmenter de façon exponentielle, comme s'il n'avait jusque-là eu recours qu'à une portion infime de son pouvoir.
- Avant de vous tuer, je vais vous offrir un spectacle dont vous vous souviendrez encore lors de votre prochaine existence...
Le dieu ouvrit alors un passage dimensionnel, juste devant lui, large d'environ un mètre et haut de soixante centimètres. La brèche entre les univers ondulait et paraissait instable, ses limites étant très floues. En outre, le paysage qu'elle révélait semblait plat comme sur une photographie, toute notion de profondeur étant inaccessible.
Ce que les adversaires du dieu virent à travers l'étroite ouverture était un objet lumineux ayant la forme d'un œuf qui flottait au milieu d'une obscurité absolue. A cause du manque de repères spatiaux et des ondulations du passage, ils auraient été incapables de dire s'il s'agissait d'un petit objet se trouvant juste derrière le passage, ou alors de quelque chose de gigantesque vu à plusieurs milliers d'années-lumière de distance.
- Vous avez accès aux souvenirs des Premiers, vous savez donc que votre univers n'est qu'un parmi une infinité d'autres, dit le dieu. Certains de ces univers sont gouvernés par des lois similaires au vôtre, d'autres ne connaissent que le chaos. Certains sont infiniment plus vastes, d'autres tiendraient tout entiers sur la tête d'une épingle. Certains sont plus âgés, d'autres plus jeunes. Et d'autres... ne sont même pas encore nés. Voici un petit proto-univers, un bébé qui n'attend qu'une étincelle pour commencer son cycle et devenir une réalité insignifiante parmi les autres...
Le cosmos du dieu sembla à ce moment-là atteindre un pic.
- Stellio... Que faisons-nous ? demanda Jason avec une inquiétude manifeste dans la voix.
L'ancien chevalier du Lézard ne répondit pas par des mots, mais par l'exemple, en intensifiant son cosmos pour former une barrière tout autour d'eux en bougeant rapidement ses mains. La Carène reconnut la technique qui consistait à créer un mur d’air protecteur et s'empressa de contribuer à l'élaboration de cette défense de son mieux. Il sentit en outre que la partie première de la symbiose était en train de transformer la texture de sa chair pour la rendre aussi solide que de la pierre.
- UNIVERSE BIRTH ! hurla Janus en envoyant une décharge d'énergie sur l'œuf-univers qui explosa en Big-Bang.
Le passage dimensionnel s'élargit alors pour libérer un flot dévastateur d'énergie et de matière. La barrière défensive plia sous la violence du premier impact, des fissures apparaissant dans la structure énergétique, mais ne rompit pas.
- Stupides créatures, je suis le maître des portes ! Aucun mur ne peut m'arrêter !
Deux nouvelles ouvertures dimensionnelles se créèrent avant et après la coquille protectrice, permettant à la vague destructrice de contourner la défense en transitant dans une autre réalité.
Les deux chevaliers furent frappés de plein fouet et écrasés contre la surface de leur propre bouclier, qui céda cependant très vite. L'attaque divine provoqua une explosion d'une violence telle qu'elle fut perçue par tous les habitants de la capitale égyptienne et de cités situées à plusieurs dizaines de kilomètres de là, qui crurent à un tremblement de terre.
Le flux d'énergie s'éleva alors à la verticale en emportant ses deux victimes, pulvérisant les fondations, puis chaque niveau souterrain du temple jusqu'à atteindre finalement la surface.
Ils furent encore projetés à plusieurs centaines de mètres de hauteur, jusqu’à ce que le flot d'énergie soit finalement tari et ils retombèrent pour s'écraser dans la cité. Un cratère profond de plusieurs centaines de mètres défigurait à présent le Caire à l'ancien emplacement du temple.
Jason fut très surpris de constater qu'il avait survécu à cela. Ses habits et son armure étaient de lointains souvenirs, toutefois son corps, qui semblait à présent avoir la dureté du diamant, n'avait relativement pas trop souffert, en considérant ce à quoi il avait été confronté. Certes, il perdait du sang - qui avait d'ailleurs une étrange couleur - de diverses blessures, et il avait certainement plusieurs petites fractures, néanmoins il était encore en état de combattre.
Il n'avait plus grand-chose d'humain et ressemblait de plus en plus à un Premier, mais au moins était-il encore en vie...
Il regarda autour de lui et s'aperçut qu'il s'était écrasé sur une petite maison qui avait volé en éclats. Les voix terrifiées des habitants se faisaient entendre tout autour de lui. Il n'avait pas le temps de penser aux victimes ensevelies sous les décombres par le coup de Janus, puis par l'impact de sa chute, cependant il devait au moins essayer d'amener le combat à un endroit moins habité.
Quelques habitants sortis précipitamment des bâtiments endommagés l'observaient en restant prudemment à distance.
Il se releva et vit Stellio qui marchait dans sa direction. Ce dernier semblait avoir été encore moins sévèrement atteint. La Carène sentit alors que la moitié première de sa symbiose était en train de communiquer avec celle qui habitait Stellio. Il tenta d'accéder à la communication, sans réussite, l'entité qui partageait son corps le tenant fermement à l'écart.
- Stellio ! appela-t-il d'une voix légèrement affolée en courant à la rencontre de son ami. Les Premiers sont en train de communiquer et me tiennent à l'écart ! Ils préparent un mauvais coup !
- Je sais, répondit froidement l'ancien Lézard.
Son poing transperça la poitrine de Jason de part en part au niveau du cœur. Sa chair, qui avait fait preuve d'une telle solidité quelques instants auparavant, était redevenue normale juste avant l'impact.
- Ils m'ont invité dans leur communication, poursuivit Stellio. Je suis désolé, tu aurais dû rester avec Diomède.
- Pour... Pourquoi ? parvint à articuler Jason.
- Parce que nous avons sous-estimé Janus. Pour le vaincre à son niveau réel, il faut procéder à la symbiose totale des Premiers.
- Mais... Ils nous avaient dit... qu'ils n'avaient pas fusionné car... la puissance concentrée provoquerait une dégénérescence... mortelle...
- En effet. Néanmoins, nous pensons que mon corps devrait résister suffisamment longtemps pour nous donner une chance de le vaincre. Quoi qu'il advienne à présent, ce combat est sans retour pour nous.
- Tu es fou...
Ce furent les dernières paroles de Jason qui s'affaissa.
- Non, je n'ai jamais été aussi lucide depuis des mois, répondit Stellio en allongeant son compagnon sans vie. C'était la seule solution pour que ta mort ne soit pas inutile.
Le Premier qui partageait son corps absorba alors l'essence vitale de celui qui résidait dans le cadavre de la Carène. La force dont disposait Stellio se sublima instantanément, et il sut qu'il avait fait le bon choix. Toute la puissance de ce qui restait de la race des Premiers était à présent concentrée en lui.
- Peut-être allez-vous cesser d'observer pour enfin venir poursuivre notre combat ? demanda-t-il à Janus qui patientait dans l'ombre depuis plusieurs secondes.
Le dieu s'avança au milieu des débris en souriant de son visage vivant. Les habitants le virent et s'enfuirent comme s'ils avaient le diable à leur trousse.
- Intéressant, je ne pensais pas que votre motivation était si grande. Peut-être allez-vous enfin m'offrir une adversité stimulante...
- Tu vas regretter de nous avoir laissés faire !


*             *             *             *             *             *             *             *


- LA FOUDRE DE L'EGIDE !
La nuée d’éclairs invoquée par Sophia s'abattit sur la frêle silhouette de Dohko dans un bruit de tonnerre assourdissant.
Le sol explosa, des débris étant projetés à des kilomètres à la ronde, et des crevasses zébrèrent la roche en étoile autour du point d'impact.
Le déferlement d'énergie primaire, manifestation de la Foudre Divine dont Zeus avait accordée l’utilisation à sa fille dans les temps mythologiques, se poursuivit pendant des secondes qui parurent une éternité puis, finalement, le flux destructeur s'interrompit, laissant place à un nuage de poussière.
Une fois son attaque achevée, Sophia tomba à genoux, essoufflée.
- C'en est fini de toi, maudit ! cracha-t-elle.
Un étrange pressentiment la frappa pourtant soudainement. Tandis que la poussière commençait à retomber au sol, celle-ci semblait luire d'une étrange lueur verdâtre. Au fur et à mesure que le nuage se dissipa, il révéla que quelque chose semblait toujours se dresser au point d'impact de l'Egide.
- Qu'est-ce que... ? s'exclama Sophia en découvrant enfin clairement ce qui avait survécu à son attaque.
Il s'agissait de dragons, probablement plusieurs dizaines et visiblement constitués d'énergie cosmique verte, qui tournaient à toute vitesse, formant une espèce de coquille d'oeuf, haute d'environ un mètre cinquante.
Les dragons commencèrent alors à s'estomper, révélant un Dohko indemne à l'intérieur de l'oeuf de protection.
- C'est impossible ! Comment as-tu pu survivre à cette attaque ?
- J'ai utilisé le Rozan Ryu no Tate, le Bouclier du dragon. La variante défensive de ma plus puissante attaque.
Le cosmos du vieux chevalier s'enflamma à nouveau violemment.
- Ma plus puissante attaque que voici : ROZAN HYAKU RYU HA !
Une nuée de dragons d'énergie jaillit des mains de la Balance en direction de Sophia. Celle-ci déploya son aura pour se protéger et commença à esquiver les projections ou à les dévier avec ses mains.
Elle parut un moment capable de sortir indemne de l'assaut, mais plus celui-ci se prolongeait et plus celle qui fut le réceptacle de l'âme divine d'Athéna avait du mal à voir les attaques du chevalier.
Un dragon la percuta alors, avant un autre, puis toute une série.
Elle parvint malgré tout à rester debout, et à ne pas être balayée par la puissance de l'attaque.
- Malédiction ! Comment as-tu pu me toucher ? Je me suis entraînée avec Mardouk et son frère, j'ai été habituée à faire face à des attaques bien plus complexes que celle-ci !
- Je n'en doute pas, répondit Dohko d'un ton calme. Mas j'ai bien peur que tu n'aies plus le niveau que tu avais alors.
- Comment ?
Comme pour illustrer son propos, le vétéran se lança au corps à corps, enchaînant des coups précis et puissants, tout en dégageant une impression de fluidité extrême.
Sophia parvint tout d'abord à bloquer les assauts, et même à contre-attaquer, mais, là encore, plus l'échange se prolongeait et plus sa marge se réduisait, jusqu'à ce qu'elle soit finalement incapable de suivre le rythme. Dohko toucha deux fois : la première dans le bas du ventre, ce qui fit que son adversaire sentit ses jambes se dérober sous elle, et la seconde au plexus, ce qui lui coupa la respiration.
Sophia se retrouva sur les fesses, toussotant pour reprendre sa contenance.
- Si pendant un temps tu as été capable de rivaliser avec moi, cela est terminé à présent. Renonce.
- Quoi, tu penses que je vais abandonner ?
- C'est la seule issue raisonnable. Tu ne pourras plus élever ton cosmos assez haut pour me faire face.
- Que dis-tu ? demanda-t-elle en parvenant à se relever. Et pourquoi donc ?
- Tu as trop tiré sur la corde à utiliser les capacités d'une déesse qui ne devraient pas t'être accessibles. Et le résultat est que tu as probablement presque totalement épuisé l'Ichor qui coulait dans tes veines.


*             *             *             *             *             *             *             *


Lévitant dans l'air à un mètre de hauteur en position du lotus, Shaka avait suivi à distance la progression des envahisseurs sur les escaliers menant au palais du Grand Pope. Le groupe s'était rapetissé au fur et à mesure qu'il traversait les temples, certains de ses membres restant en arrière combattre les compagnons du jeune Indien.
La tête de l'offensive ne comptait ainsi plus que quatre membres alors qu'elle pénétrait dans le temple vide du Lion.
- Le chevalier des Poissons est revenu blessé de mission, et est hors de combat. Après moi, il ne restera donc que le chevalier du Scorpion, qui a échoué à me laisser une forte impression. Si je laisse la même proportion d'adversaires traverser mon temple que les gardiens des précédentes maisons, rien ne pourra plus les empêcher d'atteindre le palais du Grand Pope. C'est d'ailleurs une faute incroyable de la part de mes congénères d'avoir ainsi permis à autant d'ennemis de progresser aussi loin. Si je n'ai pas, encore, de raisons de mettre en doute leur loyauté, leur compétence et leur dévotion à la cause me semblent très critiquables. Il appartient à moi, Shaka, de rattraper l'inconséquence des autres et de stopper ces ennemis une bonne fois pour toute.
N'ayant logiquement rencontré aucune résistance, les assaillants s'approchaient déjà de la sortie de la cinquième maison. - Mêmes si les restrictions sur les déplacements imposées par le cosmos d'Athéna les empêchent d'utiliser leurs pouvoirs pour avancer plus vite, ils seront là d'ici quelques minutes...
Il entama un exercice de respiration afin de préparer son corps au combat à venir, et commença à réveiller petit à petit son cosmos. Il ne devait pas mésestimer ses futurs adversaires, dont certains lui avaient fait impression lors de la mêlée qui avait pris place en Libye.
Non seulement ils étaient puissants et efficaces, mais en plus Shaka ne parvenait pas à voir en eux la moindre trace de malice. Son enseignement lui avait donné la capacité de distinguer le bien et le mal, la justice et l'injustice. Il lui fallait reconnaître que les deux camps en présence représentaient deux formes de bien et deux variantes de justice.
Prendre part à ce conflit représentait ainsi une forme de dilemme pour celui que l'on considérait comme la réincarnation de Bouddha. Or le dilemme engendrait le doute, qui entraînait lui-même le danger sur un champ de bataille.
C'était pourquoi, en Libye, il avait rapidement choisi la solution d'utiliser le Tenpo Rinin, la technique de méditation lui permettant de mettre fin au doute.
Guidé par la voix de Dieu, Shaka avait épousé la cause du Sanctuaire. Il avait depuis constaté par lui-même que le Grand Pope et les deux meneurs de la nouvelle génération de chevaliers d'or, Aioros et Saga, étaient des êtres emprunts de justice, consacrant leurs vies au bien général. Même s'ils n'avaient pas reçu l'enseignement de Dieu, ils étaient bien plus expérimentés que lui, jeune chevalier n'assurant la garde de la sixième maison que depuis très peu de temps. Ils voyaient les causes et les conséquences mieux que lui. Pouvait-il remettre en cause le jugement de Sion qui avait déjà vécu une Guerre Sainte ?
Non, les questions inutiles n'étaient donc pas de mise, et il ne lui appartenait pas de remettre en cause la légitimité de ce combat.
- Qui crois-tu tromper, Shaka ? Toi-même ?
La voix profonde et sereine, qui parlait directement à son esprit, le prit par surprise. Cela faisait en effet très longtemps qu'elle ne s'était pas adressée à lui. La dernière fois, cela avait été peu de temps après sa rencontre initiale avec Praesepe et Mu en Inde, avant qu’il ne vienne au Sanctuaire pour embrasser son destin de chevalier. La discussion avait tourné autour du sens de la vie et de la mort, avait ébranlé le jeune chevalier, puis la voix était restée silencieuse.
- Crois-tu que, parce nous ne parlons plus, je ne suis plus non plus tes agissements ?
- Non, bien sûr...
- Tu m'as déçu Shaka. Tu parais avoir oublié certains de mes enseignements.
- Que... Je ne comprends pas...
- Tu n'as pas seulement la capacité de discerner le bien et le mal, tu en as la responsabilité morale. Tu ne peux pas fuir cette responsabilité, tu ne peux pas te cacher derrière des décisions prises par d'autres.
- Mais, sans Vous pour me guider... Je ne suis encore qu'un enfant...
- Faux. Ta formation t'interdit de te cacher derrière ton âge. Tu t'es trop appuyé sur le Tenpo Rinin, y ayant recours systématiquement comme une solution de facilité, presque une drogue, aux moments où tu aurais dû porter des jugements et prendre des décisions.
- Mais alors... Que dois-je faire ?
- Tu as vu que Mardouk et ses alliés incarnaient le Bien et la Justice. Tu connais aussi les conséquences des décisions du Grand Pope, qui a envoyé son assassin rétablir l'ordre dans le sang. Cela n'est-il pas suffisant  pour prendre une décision ? Ne vois-tu donc pas où se trouvent l'Injustice et le Mal ?
- Le Grand Pope... Le Grand Pope est le Mal.
- Oui, je suis fier de toi. Tu sais maintenant ce que tu dois faire.
- Oui.
Shaka mit fin à sa méditation en sortant de la position du Lotus. Lorsque ses pieds se posèrent sur le sol, il constata avec surprise que les quatre personnes qu'ils considéraient comme des envahisseurs quelques instants plus tôt lui faisaient à présent face.
Avait-il été trop absorbé par sa communication divine pour percevoir leur arrivée dans son temple ? Où avait-il la tête, à un moment pareil ? Il décida pourtant instantanément que cela n'avait aucune importance. Mieux : qu'ils n'aient pas profité de la situation prouvait leur honorabilité.
- Moi, Shaka, ai été illuminé. Je vois à présent la justice de votre cause. Pour expier mon aveuglement passé, je vais de ce pas prendre la tête du Grand Pope.
Sans plus attendre, il tourna les talons et partit en courant vers la sortie de sa demeure.
- Très bien, Mani, je suis officiellement impressionné, dit Acatl Quetzalcóatl. Ton choix était judicieux, tu as bien fait d'insister quand je te conseillais d'opter pour une cible plus aisée.
- Toute cible est aisée, une fois que j'ai trouvé l'angle d'attaque adéquat, répondit le jeune prophète. Cela m'aura tout de même pris toute la montée des marches jusqu'ici, j'ai même eu peur de ne pas avoir fini à temps... Tant qu’il restera sous l’influence de mon injonction, il combattra à nos côtés sans arrière-pensées.
- Il ne reste plus que le chevalier du Scorpion, et nous sommes cinq à présent, observa Calli.
- La tête du Pope roulera très bientôt, conclu Khamakhya.


*             *             *             *             *             *             *             *


Bien que hors de combat, Shura pouvait toujours suivre le duel opposant son maître, Amalthée revêtue une nouvelle fois de l’armure du Capricorne, à Ogier.
Ce dernier combattait à présent en utilisant une épée longue et une courte et le jeune chevalier d'or avait l’impression que ces deux armes étaient bien moins puissantes que celle qu'il avait brisée. Ogier était en effet en grande difficulté face à son adversaire, et Shura était convaincu que cela n'était pas dû qu'aux qualités martiales d'Amalthée.
Premièrement, l'attitude du guerrier en plates était déjà beaucoup moins offensive qu'auparavant. A cela, Shura trouvait une explication très simple : Joyeuse brisée, Ogier ne pouvait plus compter sur les facultés régénératrices de cette dernière et chaque coup reçu avait donc potentiellement des conséquences définitives.
Ensuite, Ogier reculait à chaque impact de ses armes contre les bras d'Amalthée, comme si ses lames ne pouvaient rien face à la puissance supérieure d'Excalibur.
Grâce à son habilité hors norme, il parvenait malgré tout à ne pas être totalement débordé et à placer des contre-attaques saignantes.
Bottes, changement de garde, fentes et feintes s'enchaînaient toujours avec une fluidité admirable, mais rien ne surprenait Amalthée qui combattait avec une rigueur absolue, si bien que, au rythme où allaient les choses, il était presque déjà écrit que la femme-chevalier finirait par remporter la victoire.
Ogier semblait d'ailleurs en être parfaitement conscient.
- Les années ne semblent pas t'avoir porté préjudice, Amalthée, lança le bretteur en tentant une nouvelle botte, son épée longue servant d'appât pour ouvrir une brèche à l’épée courte qui visait le bas-ventre.
Celle-ci répondit d'un sourire, tout en déviant la lame courte avec son genou.
Elle contre-attaqua violemment par une série de coups puissants, contraignant Ogier à plusieurs parades désespérées avant de finalement se dégager d'un bond.
Les impacts des bras de la femme-chevalier sur les lames adverses avaient été si violents que celles-ci tremblaient et vibraient encore dans les mains d'Ogier plusieurs secondes après.
- Tu prétendais vouloir me combattre sans retenue, pourtant je n'ai pas l'impression que ce soit le cas, dit alors Amalthée.
- Qu'est-ce qui te fait penser ça ?
- Ton choix d'arme pour me combattre. Tu ne peux pas faire face à Excalibur avec cela. Et tu le savais avant même de commencer, je t'ai vu hésiter à prendre ta dernière lame, ajouta-t-elle en désignant l'épée enveloppée dans du tissu qu'il portait sur son dos.
- Tu as probablement raison. J'avais espéré que l'âge t'aurait affaiblie. Sauvagine et Courtin sont deux armes fabuleuses, deux chefs d'œuvre qui ont demandé des années de travail en forgerie, mais elles ne pèsent presque rien face à Excalibur et sans doute ai-je été fou de penser arriver à te vaincre avec elles.
- Alors pourquoi ?
Ogier ne répondit pas et se lança de nouveau à l'assaut avec une attitude résolument offensive. Il multiplia les passes d'armes, cependant le maître de Shura ne recula pas, parant les coups avec grâce tout en enflammant son cosmos à son maximum.
Après avoir bloqué une attaque croisée d'Ogier, elle riposta en libérant la toute-puissance d'Excalibur avec son bras droit.
Une profonde crevasse se creusa dans le sol, tandis que le coup filait vers sa cible, qui para en plaçant ses deux armes en croix devant lui, bloquant ainsi le bras de la guerrière.
Les armes semblèrent d'abord résister, mais des fissures apparurent bien vite sur le métal et Ogier bondit de côté pour esquiver une fraction de seconde, avant que ses armes n'explosent en fines échardes.
Il se réceptionna tout en portant ses mains sur l'arme qu'il avait sur le dos, tandis qu'Amalthée libérait à présent sa puissance avec son bras gauche quasiment à bout portant.
Il eut à peine le temps de placer son arme encore enveloppée devant lui, la tenant par la poignée et par la pointe, avant d'être atteint par Excalibur. Le tissu fut instantanément déchiqueté par l'impact, révélant le fourreau d'une nouvelle épée longue, et des éclairs d'énergie furent projetés dans toutes les directions. Néanmoins, Ogier ne recula pas d'un centimètre et parvint même à repousser Amalthée. Le fourreau, qui était d'une couleur rouge vive et couvert de runes dorées, n'avait qu'une fine rayure là où le bras gauche de la combattante l'avait frappé.
- Tu te décides enfin à sortir le grand jeu, remarqua la femme-chevalier en se remettant en garde.
- Certes, mais à contre cœur... Tu n'aurais pas dû détruire mes autres armes. Car, vois-tu, elles constituaient mon seul espoir de ne pas avoir à prendre ta vie. Tu as été une de mes meilleurs élèves, je t'ai même considérée comme une amie, et je ne voulais pas en arriver là sauf contraint et forcé. Maintenant le choix sera simple : tuer ou être tué.
- Pourquoi cela ?
- Cette épée, qui s'appelle Dáinsleif et qui a été, dit-on, forgée par le peuple souterrain, est aussi puissante que malveillante. Une fois sortie de son fourreau, on ne peut l'y remettre avant d'avoir pris une vie humaine. De plus, les blessures qu'elle inflige ne cicatrisent jamais. Ainsi la plus petite estafilade peut vider un adversaire de son sang.
- Merci pour ta sollicitude, mais nous nous étions dit au début de notre combat que nous irions jusqu'au bout.
- Soit, alors...
Ogier dégaina son arme d'un mouvement fluide et gracieux, saisissant sa poignée à deux mains.
Dáinsleif était à première vue d'une apparence relativement commune, aucun signe extérieur ne laissant supposer son caractère implacable. Ogier semblait en outre la manier totalement librement et normalement, alors que, de sa position de spectateur forcé, Shura s'était presque attendu à ce que leur ennemi se transforme en fou sanguinaire, sitôt l'épée révélée au grand jour.
Les deux adversaires commencèrent à se tourner autour, cherchant une faille où s'engouffrer.


*             *             *             *             *             *             *             *


Akiera était circonspect au moment de débuter son affrontement face à Gienah. Jamais encore il n'avait affronté de chevalier d'or vraiment sérieusement, c'est à dire en dehors d'un entraînement. Pour une telle confrontation, il aurait largement préféré pouvoir compter sur son armure d'or.

- Bah, oublie ça. Saga en a sans doute tout autant besoin que toi à l'heure actuelle.

Le point positif était que son adversaire n'en portait pas non plus, même s'il venait de se constituer une protection de glace similaire à celle que Camus avait brisée à la fin de leur affrontement.

De vieilles histoires d'annihilation commune ou de combats de mille jours et mille nuits entre chevaliers d'or revinrent à l'esprit de l'androgyne, qui les chassa. Ce n'étaient que des métaphores, qui n'avaient que le sens que l'on voulait bien leur accorder.

Le point le plus important était que Gienah ne maîtrisait le septième sens que depuis environ une minute. Il ne pourrait autant exceller dans sa maîtrise qu'Akiera, qui en avait eu la connaissance presque toute sa vie.

Le maître de Saga fut rappelé à la réalité par le cosmos de son adversaire qui commençait à s'enflammer.

- Prépare-toi Akiera ! ICE SPEARS !

L'air se refroidit instantanément, se transformant en projectiles de glace filant sur l'androgyne à la vitesse de la lumière.

Akiera ne se laissa pas impressionner : il avait observé cette technique lorsqu'elle était venue à bout de Camus et savait comment la contrer. Il se faufila telle une anguille à la vitesse de la lumière entre les lances glacées, tout en faisant à son tour exploser son cosmos.

- GALAXIAN EXPLOSION !

L'onde de choc destructrice atteint l'ancien chevalier noir, le décollant du sol. Akiera faillit crier victoire, mais Gienah se rétablit en l'air et atterrit sur ses pieds au prix d'une pirouette.

- J'ai déjà eu l'occasion d'observer ta technique, dit Gienah en se remettant en position de combat. Je n'avais certes pas encore accès à l'ultime cosmos avec la même facilité que maintenant, si bien que je n'avais pu en saisir toutes les subtilités. Cependant j'en savais assez pour esquiver le plus gros de ton coup, d'autant plus que tes mouvements étaient freinés par le froid.

Akiera avait effectivement ressenti une certaine lourdeur dans ses gestes, mais ne s'en était pas plus inquiété que ça. Bien qu'il ait évité les lances, il avait donc tout de même été affecté par le cosmos adverse.

L'androgyne réalisa que si lui-même pouvait faire figure d'expert à la fois dans les techniques d'ordre physiques, psychiques et dimensionnelles, son manque d'expérience relatif aux pouvoirs des guerriers des glaces pouvait se révéler très dangereux. Cette caste de combattant comptait non seulement très peu de membres, à peine deux en plus de deux cents ans dans les rangs d'Athéna, mais était aussi très à part des autres, leur approche de ralentir les atomes au lieu de chercher à les détruire étant particulièrement spécifique.

- Heureusement pour moi, j'ai d'autres cordes à mon arc, dit finalement Akiera.

- Moi aussi, répliqua Gienah en joignant ses mains au-dessus de sa tête.

- C'est la pose qu'avait prise Camus tout à l'heure, observa l'ancien chevalier des Gémeaux.

L'aura dorée de l'ancien Cygne Noir se déploya avec une intensité renouvelée.

- J'aurais pu être un chevalier d'or, il est temps que j'utilise des techniques dignes de l'un d'entre eux. AURORA EXECUTION !

Gienah abattit ses bras et frappa l'air juste devant lui créant une onde de choc glacée qui fondit sur l'androgyne, gelant tout sur son passage.

Celui qui garda la troisième maison fut frappé de plein fouet, et instantanément recouvert d’une gangue de glace bleue.

Gienah commença à sourire de cette victoire apparente, mais son instinct le prévint que quelque chose n'allait pas.

Il se concentra sur son septième sens et perçut quelque chose juste sur sa droite.

Il vit Akiera s'élançant vers lui, parfaitement indemne et qui le frappa des deux poings en plein torse.

- GALAXIAN EXPLOSION !

Cette fois-ci, le coup déclenché à bout portant balaya sa cible, l'impact de plein fouet faisant aussi voler l'armure de glace en éclats.

Cette attaque anéantissait très souvent totalement ses victimes, pourtant Gienah fut simplement projeté une vingtaine de mètres plus loin, preuve de la solidité de la protection qu'il s'était créée.

Akiera voulut se lancer à sa suite pour porter le coup de grâce, mais ses jambes refusèrent de bouger ne serait-ce que d'un centimètre.

Il baissa les yeux vers celles-ci et constata qu’elles étaient prises dans de la glace.

- Comment, mais quand... ?

Ce n'était pas tout : ses avant-bras aussi étaient paralysés, gelés, comme si simplement toucher son adversaire l'avait mis à la merci du froid généré par celui-ci.

Gienah commença alors à se relever, d'abord difficilement, puis avec plus d'assurance au fur et à mesure qu'il se redressait.

Le plastron de l'armure de glace avait été largement entamé, cependant non seulement il semblait avoir parfaitement rempli son office de protection, mais il était aussi déjà en train de se reformer.

- C'était une illusion n'est-ce pas ? fit Gienah. C'est pour cela que j'ai cru t'avoir touché alors que tu me contournais pour me contrer.

Akiera ne prit pas la peine de répondre, et enflamma son cosmos pour se dégager de la glace. Si ses jambes retrouvèrent rapidement leur liberté, quand la gangue de glace fondit, il ne parvenait pas à réchauffer ses bras et à les dégeler.

- Je savais que tu avais vu l'attaque de Camus, poursuivit de son côté l'ancien chevalier noir. Néanmoins je pensais l'avoir suffisamment modifiée pour que tu ne puisses pas me contrer. Il semblerait que je me sois trompé, une erreur qui aurait pu se révéler fatale. Il y a encore vingt minutes, ton coup aurait certainement pulvérisé ma protection et m’aurait tué sur le coup, mais à présent la glace qui la constitue est au seuil du zéro absolu, une température bien plus basse que celle qu'a été capable de briser Camus tout à l'heure.

L'androgyne était plutôt ravi que son adversaire perde du temps dans un monologue, plutôt que de profiter de son avantage. Il ne parvenait toujours pas à récupérer la moindre sensation dans ses bras qui demeuraient presque totalement figés et inertes.

- Pourtant, je ne suis pas le seul à avoir commis une erreur, reprit Gienah. En touchant directement mon armure, tu as exposé tes bras à une température proche du zéro absolu. Si tu avais encore ton armure, tu aurais pu te tirer presque indemne de cette bévue, mais là... Tu ne seras pas capable de retrouver le plein usage de tes bras, quelle que soit l’intensité avec lequel tu feras brûler ton cosmos. Seules les fumées régénératrices du volcan de l'île de Canon pourraient faire quelque chose pour toi, et encore cela prendrait plusieurs semaines...

Akiera n'avait que rarement éprouvé la peur, ou ressenti le doute, au cours de tous les combats qu'il avait menés. La dernière fois cela avait été dans une autre dimension, face à une créature qui semblait se jouer de règles que celui qui était encore chevalier d'or à l'époque croyait immuables. Néanmoins, même à cette occasion et en dépit des blessures qu'il avait subies, Akiera avait toujours conservé la possibilité d'agir et de changer son destin. Mais à présent...

- J'ai bien peur qu'ainsi privé de l'usage de tes bras, l'issue de ce combat ne fasse plus de doutes.


*             *             *             *             *             *             *             *


Akhilleús était furieux de la tournure des événements. Jamais il n'aurait imaginé que ce Pope vieillissant et croulant se révélerait un adversaire aussi redoutable. De plus, il était aussi vexé d'avoir été ainsi percé à jour sur la façon dont il avait exécuté Akbar.

Néanmoins, il n'y avait pas lieu de s'inquiéter. Quelle que fut la force de Sion, il lui suffisait d'attendre que le vieillard perde petit à petit ses forces pour l'achever. Le cosmos du maître du Sanctuaire commença à augmenter soudainement d'intensité, si bien que l'ange se mit en position de défense.

- Crystal Wall, dit le Pope, créant une nouvelle barrière d'énergie.

Akhilleús fut néanmoins surpris de constater que le mur de cristal était apparu derrière lui et non entre les deux adversaires, ce qui le rendait totalement inutile. Il sourit, certain que cela signifiait que son adversaire commençait à perdre le contrôle de ses pouvoirs à cause de la fatigue.

- Eh bien, aurait-on du mal à régler la mire ? lâcha-t-il d'un ton moqueur.

Le Grand Pope ne répondit pas, mais concentra son cosmos avant de se téléporter pour réapparaître sous le nez de l'ange.

- STARDUST REVOLUTION ! hurla le premier serviteur d'Athéna en déclenchant son coup à bout portant sur le torse de l'ange.

Surpris, Akhilleús fut balayé et projeté comme un missile par la puissance de l'impact. Il alla percuter avec violence le mur de cristal, s'écrasant dessus sans le transpercer.

L'ange chuta au sol et prit quelques secondes avant se relever péniblement. Il chancela, faillit retomber et cracha du sang.

- Co... Comment ? Je suis blessé ? s'exclama l'envoyé de l'Olympe, visiblement abasourdi par cette constatation.

Il examina rapidement son corps, mais constata qu'il ne portait aucune plaie.

- Es-tu familier du concept de blessure propre ? demanda Sion sur un ton professoral.

L'ange chancela à nouveau et tomba finalement à genoux.

- Les hommes l'utilisent depuis peu, continua le Pope qui semblait ne pas beaucoup compatir au sort de son adversaire. Il vient du fait que mes congénères construisent des véhicules capables de se déplacer de plus en plus vite, et qu'ils ont constaté qu'en cas d'accident un homme peut mourir sans que la moindre blessure externe ne soit visible. On a parfois tendance à l'oublier, mais un corps humain n'est pas un tout unique et indivisible. Il est un assemblage d'organes qui ont chacun un volume bien défini et une masse. Et donc une inertie propre.

L'ange constata avec horreur que du sang coulait de son nez, de ses oreilles et même de ses yeux.

- Lorsque votre corps a percuté le Crystal Wall et a été stoppé net, passant d'une vitesse quasi luminique à nulle, vos organes internes ont continué à bouger, et sont allés s'écraser sur cette peau et ces os invulnérables dont vous étiez si fier.

L'ange voulut parler mais en fut incapable, et s'écroula de tout son long, une flaque de sang de plus en plus épaisse et étendue grossissant petit à petit autour de lui.

- Je vous l'ai dit, chez votre équivalent mythologique, la compétence martiale primait sur l'invulnérabilité. L'écart était tel entre nous que vous étiez un jouet entre mes mains. Votre invulnérabilité ne signifiait plus rien.

Le Grand Pope attendit patiemment que les hémorragies internes achèvent son adversaire, ce qui prit près d'une minute que Sion imagina fort pénible.

- Finalement, la question la plus difficile à résoudre à son sujet sera de savoir comment me débarrasser du corps, conclut -il.


*             *             *             *             *             *             *             *


- Où sommes-nous ? demanda l'assassin à Praesepe.

- Nous sommes dans la dimension de la Fontaine Jaune, le Yosmotsu-hirasaka. C'est là que les âmes des morts transitent avant de rejoindre le domaine d'Hadès.

- Pourquoi m'as-tu emmené ici ?

- Le pouvoir des chevaliers du Cancer consiste à envoyer l'âme de ses adversaires dans cette dimension intermédiaire.

- L'âme ?

- Pour toi, c'est différent. J'ai ouvert un passage bien plus puissant que d'habitude pour transporter ton âme et ton corps. Cela m'a pris du temps d'ouvrir un tel seuil, ce qui est l'une des raisons de notre petite partie de cache-cache.

- Pourquoi ?

- Pourquoi quoi ?

- Pourquoi avoir pris ce temps ? Pourquoi ne pas m'avoir frappé directement avec ton attaque ?

- Parce que, lorsque je n'envoie que l'âme de ma victime, celle-ci se comporte rapidement comme celles des morts. Ayant perdu toute attache au monde des vivants, elle subit l'influence du cosmos du maître des Enfers, et devient un zombi irrésistiblement attiré vers le Puits. Or, je voulais que tu puisses apprécier pleinement tes derniers instants.

- Tu as commis une erreur mortelle. Sans doute n’aurais-je aucun moyen de rentrer sur Terre... Mais j'ai encore la possibilité de t'envoyer en enfer le premier !

L'assassin chargea Praesepe, tentant de le décapiter d'un coup de sabre. Mais la lame n'attrapa que le vide, l'ancien Cancer s'étant volatilisé dans un flash de lumière dorée.

Le maître de Deathmask réapparut quelques mètres plus loin, toisant son adversaire avec dégoût.

- Tu as assassiné froidement une femme et des hommes qui n'avaient aucun moyen de se défendre face à toi. Tu es un meurtrier sanguinaire méprisable.

- Crois-tu que tu peux me faire des leçons de morale ? J'ai vu l'intérieur du temple du Cancer, je te le rappelle !

- Je ne suis pas responsable de ce qu'est devenue cette maison. Et tu as raison sur le fait que le nouveau maître des lieux est probablement encore bien pire que toi. Je l'ai formé et je porterai donc une partie du poids de ses crimes. Mais cela ne change rien à ton sort.

- Bah !

L'assassin chargea à nouveau, mais l'ancien chevalier d'or esquiva aussi facilement que la première fois.

- Je peux me déplacer dans cette dimension à ma guise, dit-il en réapparaissant derrière son adversaire qui se retourna vivement pour se remettre en garde. Tu es certes rapide dans l'absolu, mais pas face à un chevalier d'or si bien que je peux très facilement anticiper tes attaques.

- Alors si je suis tant que ça à ta merci, pourquoi n'en finis-tu pas ? Ou bien pourquoi ne me laisses-tu pas mourir ici ?

- Je ne t'abandonnerai pas ici, car je ne veux pas prendre le risque que l'un de tes alliés soit capable de te ramener. Ensuite, si je n'en ai pas encore fini avec toi, c'est parce que contrairement au nouveau chevalier du Cancer, j'ai encore une conscience.

Praesepe se détourna de son ennemi, et fit quelques pas en direction du puits, ne s'inquiétant apparemment pas de la possibilité que l'assassin puisse l'attaquer dans le dos.

- Pendant que tu me courrais après dans le temple, j'ai vécu mille fois en imagination la façon dont je veux te mettre à mort, me délectant par avance de te voir subir ce châtiment. Et maintenant, au moment de passer à l'acte, j'hésite, car je me demande si t'exécuter ainsi ne m'amènerait pas au même niveau d'immoralité que mon élève.

Praesepe se retourna et fixa à nouveau son adversaire dans les yeux.

- Je me demande si je ne deviendrai pas toi. C'est un dilemme moral des plus ardus. Néanmoins, quand je repense au corps sans vie de la femme que j'aimais, à son spectre que j'ai vu arpenter cette plaine il y a quelques heures...

Le cosmos doré de l'homme à la peau d'ébène s'enflamma soudainement à son paroxysme, puis son aura se concentra autour de son index.

- SEKI SHI KI MEIKAI HA ! hurla-t-il.

Des cercles d'énergie dorés entourèrent l'assassin, le soulevant de terre.

- Mon attaque a pour objet d'envoyer mes adversaires en ce lieu, dit Praesepe d'une voix froide. En l'utilisant ici, à coté de la Fontaine Jaune, je crée une singularité et un véritable vortex dimensionnel autour de toi.

Les cercles se mirent à tourner de plus en plus vite autour de leur cible, leur mouvement semblant lui arracher armure et vêtements. Les cercles accélérèrent encore, et se furent des morceaux de chair qui furent arrachés, provoquant un hurlement de douleur de l'assassin.

- Ce vortex est si puissant qu'en menant l'attaque à son terme, non seulement ton corps, mais aussi ton âme, seront réduits en lambeaux et dispersés aux quatre coins des dimensions. Tu ne verras jamais le monde des morts et, si tu crois en cela, tu ne te réincarneras jamais.

- Je... Je ne te supplierai pas... parvint à articuler l'assassin.

La peau, les muscles, puis les os du gardien de Mani furent pulvérisés, ne laissant plus que son âme, qui avait l'apparence des spectres arpentant le chemin vers la colline de Yomotsu.

Tandis que les cercles tournaient toujours plus vite, se furent alors des fragments d'âme qui furent emportés par le vortex.

- Te tuer ainsi serait un crime atroce, qui m'amènerait à ton niveau. Mais je suis conscient de cette atrocité qui me hantera jusqu'à mon dernier jour. Je consacrerai chaque jour, chaque heure à compenser ce crime par mes actions. Je ferai tout pour racheter le salut de mon âme.

L’essence spirituelle de l'assassin explosa comme du verre dans un ultime hurlement, les fragments se dispersant dans toutes les directions avant de disparaître. Les échos du cri semblèrent résonner entre la dimension intermédiaire avant le domaine d'Hadès et les mondes adjacents.

- Je ne deviendrai jamais comme toi, car je connais le prix d'une vie, et celui à payer pour ce que j'ai fait.


*             *             *             *             *             *             *             *


- Papa ?! C'est toi ?! cria soudainement Aldébaran, alors que l'armure du Taureau venait de le recouvrir.

Paul ne fut pas réellement surpris par le fait qu'Aldébaran se mette soudainement à parler à son père disparu. Cela confirmait simplement que, même mort, Sérapis avait trouvé un moyen de venir en aide à son fils adoptif.

- Oui, Aldébaran c'est moi. J'ai réussi à projeter mon âme en dehors de mon corps juste avant le coup fatal et à la faire s'abriter dans l'armure d'or. Grâce au lien qui s'est établi entre ma protection et moi au cours de toutes ces années, elle peut me servir d'ancre et me permettre de résister ainsi à l'appel de la mort. Si je n'avais pas connu juste avant l'expérience de voir mon âme séparée de mon corps par Moki, sans doute n'aurais-je pas réussi ce miracle.

- Tu m'aidais n'est-ce pas ? C'est pour ça que j'ai été capable de m'éveiller au septième sens.

- Non, tu ne t'es pas éveillé à l'ultime cosmos. Je t'ai soutenu et fortifié pour parvenir à un niveau équivalent, mais cela ne suffira pas pour le vaincre. Tu dois réaliser ton potentiel et atteindre cette ultime limite par toi-même.

- Mais je ne suis pas parvenu à l'approcher jusqu'à présent ! Je ne suis pas comme Mu ou les autres !

- Tu te trompes, je sais que tu en es capable, tout comme j'ai toujours su qu'en t'entraînant je formais mon successeur. J'espérais que cela se passerait dans d'autres circonstances, et que je pourrais te regarder devenir un plus grand chevalier que je ne l'ai jamais été, mais malheureusement...

- Mais tu pourras le faire, tu seras toujours à mes côtés !

- Non, je sens l'appel irrésistible de l'autre monde. Mon temps est compté. Sans ma volonté de te venir en aide, sans doute n'aurais-je déjà pas pu tenir aussi longtemps...

- Non, je ne veux pas !

- C'est inévitable.

Paul savait qu'il serait tactiquement opportun de profiter de cette conversation entre Aldébaran et son père pour prendre l'avantage. Le garçon semblait parler tout seul, les yeux dans le vide, et avoir totalement oublié jusqu'à la présence de l'héritier de Mithra. Cependant, ce dernier n'avait pas le cœur de les interrompre, après avoir déjà tué Sérapis sous les yeux de son fils, et alors qu'il allait devoir probablement éliminer le garçon à présent.

- Qu'ils aient un dernier échange avant de se retrouver dans l'autre monde... pensa-t-il.

Il se contenta donc d'attendre patiemment que son adversaire s'intéresse de nouveau à lui. La conversation entre le garçon et l'âme de son père se prolongea pendant près de deux minutes, s'orientant vers des sujets plus intimes d'après les bribes qu'en percevait Paul. Il se mit en position d'attente, sans pour autant dissiper les armes d'énergies.

Finalement, le jeune Brésilien fixa de nouveau son regard sur son adversaire.

- En as-tu fini avec tes adieux ? demanda celui-ci.

- Oui...

La voix d'Aldébaran hésitait comme s'il lui coûtait de prononcer ses prochaines paroles.

- ...Merci... de nous avoir laissés...

- Inutile de nous y attarder, coupa Paul en se remettant en position d'attaque.

De son côté, Aldébaran prit la pose de combat que Paul avait vu son père adopter précédemment : les jambes droites et légèrement écartées et les bras croisés.

- Veux-tu donc affronter mes lances solaires les bras croisés ? C'est de la folie.

- Les chevaliers du Taureau combattent ainsi depuis des siècles. Cette technique s'est affinée sous l'influence du iaidô des samouraïs japonais. Lorsque deux d'entre eux s'affrontaient, le combat se terminait la plupart du temps dès le premier coup échangé, la lame ne sortant de son fourreau que pour porter le coup fatal.

- Tu penses pouvoir me terrasser d'un seul coup ? Ne surestimes-tu pas ta capacité à reproduire la technique de ton maître ? Si tu échoues, mes lances te transperceront de part en part. Et n'oublie pas que j'ai eu l'occasion d'observer cette attaque plusieurs fois !

- Je prends le risque.

- A ta guise.

Les deux adversaires se fixèrent, conscients qu'ils arrivaient à un moment décisif de l'affrontement.

Le cosmos de Paul s'intensifia, faisant briller de plus en plus fortement les lances d'énergie. De son côté, le cosmos bleuté à reflets dorés d'Aldébaran et Sérapis s'enflammait également.

Ils se fixèrent dans le blanc des yeux quelques secondes, puis l'héritier de Mithra se lança à l'assaut, fonçant à la vitesse de la lumière sur son adversaire pour l'empaler.

- Je crois en toi ! encouragea Sérapis.

Tout se passa en une infime fraction de seconde.

Le cosmos d'Aldébaran explosa, devenant instantanément entièrement doré. Bien que comprenant ce qui venait de se produire, Paul poursuivit son assaut.

- GREAT HORN ! hurla le garçon quand Paul fut presque sur lui. L'effet fut bien différent de ce à quoi l'héritier de Mithra s'attendait. Au lieu de se disperser dans toutes les directions, le flux destructeur du Great Horn fut concentré en un mince faisceau d'énergie. Un puissant champ de force télékinésique canalisa et modela l'énergie dorée de l'attaque de façon à ce qu'elle prenne la forme d'un long katana.

Paul eut alors la quasi-certitude qu'il fonçait vers sa perte, mais il ne recula pas. Ses lances n'étaient après tout plus qu'à quelques centimètres de transpercer leur cible.

Tel un samouraï dégainant son arme pour frapper, Aldébaran saisit l'arme dorée et effectua un seul et unique mouvement.

Le katana, qui concentrait tout le formidable potentiel destructeur de la Great Horn, trancha net les deux lances d'énergie et le corps de Paul au niveau du bassin.

Les deux moitiés du cadavre tombèrent de part et d'autre du nouveau chevalier du Taureau qui termina son mouvement en ramenant l'arme à sa position initiale. Le champ de force qui avait canalisé le Great Horn jusque-là disparut, si bien que son énergie se dispersa comme si l'attaque avait été portée normalement.

Aldébaran tenta de parler à l'âme de son père, mais celle-ci avait déjà quitté l'armure d'or du Taureau pour rejoindre le monde des morts. Canaliser l'énergie libérée par l'ultime cosmos d'Aldébaran avait épuisé les dernières réserves de Sérapis.

Cet exploit sans précédent, rendu possible par leur communion totale, devait donc rester leur dernier acte commun.

- Adieu, papa, dit Aldébaran.


*             *             *             *             *             *             *             *


Dáinsleif était bel et bien une arme extraordinaire, encore plus redoutable que ne l'avait été Joyeuse. Sa pointe, qui semblait autant guidée par l'habilité de son porteur que par une volonté propre, dessinait des arabesques complexes et mortelles, capable d'endommager l'armure du Capricorne à chaque impact.

Ogier semblait en outre investi d'une vitalité nouvelle et surhumaine, qui lui permettait d'enchaîner les assauts sans la moindre pause, ne laissant ainsi aucun répit à Amalthée.

Il n'avait fallu qu'une ou deux passes d'armes à la femme-chevalier pour prendre toute la mesure de la métamorphose de son opposant. Tant qu'Ogier avait combattu avec Sauvagine et Courtin, la défaite lui avait paru improbable, alors que maintenant c'était la victoire qui était très incertaine.

Elle savait avant même de commencer le combat que, sur le plan de la technique pure, Ogier, fort de plus d'un millénaire d'expérience, était inégalable. Maintenant que Dáinsleif augmentait encore son habilité, tout en lui conférant une puissance brute quasiment équivalente à celle d'Excalibur, il était presque invincible.

Néanmoins, celle qui avait de nouveau revêtu l'armure du Capricorne pour ce duel n'était pas sans ressource, loin de là. Son expérience, considérable, sa propre maîtrise, et sa protection constituaient des atouts objectifs. Sans oublier, surtout, le fait qu'Excalibur habitait ses bras. Elle était aussi certaine que la victoire pouvait très bien se jouer sur un détail.

Si Ogier avait l'initiative et imposait le rythme effréné du duel, Amalthée parvenait à exister grâce à l'avantage que constituaient ses deux bras face à la seule arme adverse. Bien que reculant quasiment continuellement, elle plaçait régulièrement des ripostes rapides et potentiellement mortelles qui forçaient son adversaire à ne pas abandonner totalement sa défense pour l'attaque.

Shura était extrêmement impressionné par l'aisance de son maître et sa gestion stratégique du duel. Amalthée n'était ni plus puissante, ni plus agile, et pas forcément beaucoup plus technique que lui, cependant elle maximisait ses capacités en gardant à tout instant la tête froide pour prendre les meilleures décisions.

C'est ainsi que, confrontée au même problème que lui quand il avait fait face à Ogier armé de Joyeuse, elle parvenait à bien mieux s'en tirer. Il apprenait énormément en voyant ces deux combattants d'exception s'affronter et espérait simplement avoir encore l'occasion de mettre en œuvre ces leçons.

De son côté, Amalthée, totalement plongée dans la bataille, avait totalement oublié la présence de son élève et ne pouvait donc deviner les enseignements qu'elle lui dispensait inconsciemment.

Elle remerciait pour sa part le ciel de ne pas s'être retrouvée directement face à Ogier équipé de Dáinsleif. Entre le combat contre Shura et la première partie de leur duel, son opposant semblait avoir utilisé la majeure partie de ses bottes, si bien qu'elle n'était jamais surprise et parvenait à tout bloquer plus ou moins facilement, alors que dans le cas contraire sa tête aurait probablement déjà roulé dans la poussière. Néanmoins, Ogier avait déjà joué tellement de cartes jusqu'à présent, qu'elle ne pouvait exclure qu'il en gardait encore quelques-unes en réserve pour reprendre l'effet de surprise au moment propice.

C'est pourquoi elle décida de reprendre l'initiative en essayant de sortir du cadre de la pure escrime. Après tout, rien ne prouvait que l'épée maudite soit capable de frapper à distance avec autant de force...

Elle attendit un coup propice pour bloquer Dáinsleif avec ses deux bras croisés. Simultanément et avant qu'Ogier ne réagisse, elle se lança en arrière afin de venir placer ses pieds sous les aisselles de son adversaire.

- JUMPING STONE ! hurla-t-elle le en projetant en hauteur.

Ogier s'éleva dans les airs, mais se rétablit quasiment instantanément, atterrissant après une acrobatie un vingtaine de mètres plus loin, un instant après qu'Amalthée se soit elle-même remise sur pied en ayant elle aussi reculé de quelques mètres.

Elle concentra alors son énergie dans ses mains, fendant l'air plusieurs fois à la vitesse de la lumière, jusqu'à lancer simultanément des centaines de vagues d'énergies tranchantes, avec Excalibur, qui creusèrent des sillons et des crevasses en filant vers leur cible.

Ogier répliqua d'un seul mouvement de son épée, dessinant une ligne dans le sol juste devant lui, avec la pointe de son arme.

La ligne se transforma en gouffre pendant qu'un véritable mur de lumière surgissait du sol devant le guerrier, mur sur lequel vinrent s'écraser les vagues successives d'Excalibur. Une fois toutes les attaques bloquées, Ogier contre-attaqua sans pour autant se rapprocher de son adversaire.

Il effectua de grands mouvements de bas en haut avec son épée dans la direction d'Amalthée, effleurant à chaque fois le sol avec la pointe. Cela créa une série de vagues tranchantes d'énergies similaires à Excalibur, qu'Amalthée esquiva grâce à une série d'acrobaties effectuées au maximum de sa vitesse. Certains des coups la touchèrent malgré tout, son armure parvint à la protéger au prix de nouvelles profondes entailles. Le moment où sa protection laisserait passer un coup se rapprochait inéluctablement.

L'ancien chevalier du Capricorne se lança pourtant à l'assaut, persuadée d'avoir compris quelque chose d'essentiel. Tout en fonçant vers Ogier, elle lança une nouvelle série d'assauts que son opposant parvint à éviter ou à bloquer en faisant de nouveau surgir des murs d'énergie du sol. Il contre-attaquait également, toujours en creusant avec Dáinsleif de petits sillons qui se transformaient en larges failles. Le sol, creusé de toute part, volait en éclats entre les deux adversaires au fur et à mesure qu'Amalthée se rapprochait de son ancien maître d'arme.

Ce ne fut que lorsque moins de deux mètres seulement les séparaient, qu'elle effectua sa manœuvre.

Elle lança deux vagues tranchantes d'Excalibur horizontales, visant les chevilles et les genoux. A cette distance, Ogier n'avait presque plus le temps de dresser un nouveau mur d'énergie, si bien qu'il préféra esquiver en sautant en l'air.

C'était exactement ce à quoi Amalthée s'attendait et même ce qu'elle espérait.

Elle lança une série de coups tranchants en direction d'Ogier quand celui-ci fut au sommet de son saut, semblant découper l'air à chaque geste.

La théorie de la guerrière se vérifia instantanément : certains des pouvoirs de Dáinsleif n'étaient opérants que lorsque son porteur avait les pieds sur terre et pouvait creuser le sol avec la pointe. Une fois en l'air, ces capacités devenaient inaccessibles et l'épée ne pouvait ni atteindre une cible à distance ni dresser ses murs défensifs. Cela venait certainement du fait qu'elle avait été, selon les légendes évoquées par Ogier, forgée par le peuple souterrain et était donc destinée à être brandie dans cet environnement.

Ogier parvenait malgré tout à intercepter certaines vagues d'énergie avec sa lame, mais il ne pouvait que légèrement les dévier et au prix d'un effort important. Il était donc contraint de tenter d'esquiver la plupart des assauts, ce qui, étant donné qu'il avait été attaqué au milieu d'un saut et ne pouvait donc pas prendre d'appui pour changer réellement sa trajectoire, était presque impossible.

S'il parvint malgré tout, en se contorsionnant parfois de façon spectaculaire, à se préserver de la plupart des coups, il fut atteint plusieurs fois, les foudres d'Excalibur couvrant son corps de nombreuses et profondes blessures, pendant le temps que dura son saut.

Amalthée ne relâchait pas son effort, profitant du fait qu'Ogier ne pouvait pas contre-attaquer pour porter autant d’offensives que possible afin d’accentuer son avantage.

Elle ne réalisa que trop tardivement que son adversaire n'était pas totalement dans l'impossibilité de riposter. Tout se passa en une infime fraction de seconde.

Alors que le guerrier millénaire allait bientôt retoucher le sol, Amalthée envoya coup sur coup, avec chacun de ses bras, deux vagues d'énergies tranchantes presque horizontales et quasiment parallèles.

Les attaques foncèrent sur leur cible, qui les esquiva au prix d'une acrobatie incroyable, faisant tourner son corps pour le faire passer entre les deux vagues.

Le maître de Shura crut voir un mouvement rapide pendant que son opposant effectuait sa rotation d'évitement, et l'instant d'après elle ressentit une vive douleur sur son flanc droit qui coupa net son effort offensif.

Elle baissa les yeux, et découvrit Dáinsleif plantée dans son bas-ventre, la pointe ayant transpercé l'armure d'or avant d'aller butter dans la protection dorsale.

Amalthée réalisa alors qu'elle avait complètement oublié de prendre en compte la façon la plus terre à terre qu'avait Ogier de l'attaquer à distance. Ce dernier avait exploité le mouvement giratoire de son esquive pour propulser la lame à une vitesse stupéfiante.

Elle hurla de nouveau de douleur en sentant l'arme bouger dans la plaie, comme si Dáinsleif cherchait à causer le maximum de dommage. Elle l'arracha et la jeta le plus loin possible, mais la lame vola en fait jusqu'à la main d'Ogier, qui s'était réceptionné entre-temps.

Celui-ci était recouvert de son propre sang qui coulait de plusieurs vilaines plaies.

Même si la blessure qu'elle venait de recevoir était grave, Amalthée savait néanmoins qu'en théorie elle n'aurait pas été en danger de mort et que l'avantage aurait du être de son côté. Elle avait senti l'armure du Capricorne se déformer pour se resserrer autour de son bas-ventre afin de diminuer l'hémorragie. Mais elle n'oubliait pas les paroles d'Ogier.

- Je suis désolé, dit celui-ci. Cette blessure ne guérira jamais. A présent, même si tu parvenais à me vaincre, tu te viderais totalement de ton sang en quelques heures et me suivrais dans la mort.


*             *             *             *             *             *             *             *


En voyant pénétrer les intrus dans son temple, Milo ne comprenait pas ce qui se passait. Apparemment, non seulement Shaka n'avait pas combattu les alliés de Mardouk, mais en plus il semblait avoir fait route avec ces derniers.

En proie au doute, le jeune chevalier se demanda un instant si la fin de la guerre avait été déclarée et qu'il n'en avait pas été tenu au courant.

Il chassa pourtant vite cette idée. Les émanations cosmiques causées par les combats dans les premières maisons étaient en effet toujours clairement perceptibles. Non, la paix n'était pas revenue et quelque chose de louche se tramait.

Il n'avait encore jamais eu l'occasion de rencontrer aucun des hommes du Babylonien, aussi son regard s'attarda-t-il un instant sur ces derniers.

Le plus jeune des quatre ne devait pas avoir dix ans et était vêtu d’une simple djellaba blanche. Son visage paisible et ses cheveux blonds bouclés ne lui donnaient vraiment pas l’air d’un combattant.

Les deux suivants, qui étaient sans doute tout deux dans une quarantaine avancée, avaient des allures similaires, au point qu’ils avaient probablement un lien familial. Ils avaient en tout cas clairement l’allure de guerriers, et portaient des armures faites de coton piqué ainsi que des heaumes de cuivre en forme de tête de serpent ornés de nombreux motifs colorés.

Enfin, la seule femme du groupe avait également l’allure la plus implacable. La peau matte et les cheveux de feu, elle portait à même la peau une armure aux reflets rouges extrêmement suggestive. Quatre fourreaux de sabres courbés étaient fixés à sa culotte de métal et trois longues lames inquiétantes étaient fixées sur la protection de son bras gauche.

Une fois ce rapide examen terminé, son attention se focalisa sur le jeune Indien. Ils n'avaient jusqu'à présent pour ainsi dire jamais eu l'occasion de se fréquenter. Les rares fois où ils s'étaient retrouvés en présence l'un de l'autre correspondaient à la traversée de la maison de la Vierge par Milo sur le chemin de sa propre demeure.

L'Indien avait presque systématiquement ignoré son congénère de passage, ne lui adressant tout au plus que quelques mots de salut froids. Finalement, la seule chose ou presque que connaissait Milo sur son frère d'armes était qu'il n'aurait jamais dû laisser passer ces envahisseurs.

- Qu'est-ce que cela signifie, Shaka ? Pourquoi les as-tu laissés franchir ton temple ?

- Parce que j'ai vu la vérité.

- La vérité ? Quelle vérité ?

- Celle que le Grand Pope est l'incarnation du Mal. Celle que la Sanctuaire n'est pas du côté de la justice dans cette guerre.

- Comment ? Comment peux-tu dire une chose pareille ? Aurais-tu perdu la raison ?

- Au contraire. De par mon enseignement, je sais distinguer le Bien du Mal. Mon jugement ne saurait être mis en doute.

Milo fixa le regard de confrère chevalier d’or, cherchant quelque chose sans savoir quoi. La trace d'une ruse de Shaka destinée à tromper les quatre envahisseurs, la preuve que celui-ci était hypnotisé ? Il ne trouva que la détermination de la Vierge. Quelles que soient les raisons de son basculement, celui-ci croyait en ce qu'il disait.

- Que comptes-tu faire, alors ? interrogea le Scorpion.

- C'est pourtant simple. Tuer le Mal.

Devant la certitude du ton de son interlocuteur, Milo comprit instantanément qu'il n'aurait aucun moyen de lui faire entendre raison par la parole. Conscient que pour avoir une chance face à cinq adversaires il ne devait pas perdre de temps, il passa à l'action.

Il se mit sur la pointe de son pied droit, baissant son buste au niveau de son bassin et faisant monter sa jambe gauche presque à la verticale derrière lui comme le dard dressé d'un scorpion.

Il fit exploser son cosmos pour créer un tourbillon d'énergie autour de lui.

- SCORPIO STANCE ! hurla-t-il en envoyant un souffle destructeur sur ses adversaires.

Ces derniers furent d'abord soulevés du sol et projetés contre les colonnes et murs de pierre du temple. Ils se reprirent toutefois très vite, aucun n'ayant été apparemment sérieusement blessé. Ils s'élancèrent simultanément à travers les tourbillons du Scorpio Stance, et se disposèrent de façon à encercler le gardien des lieux.

Milo s'attendait à ce que son coup ne soit pas capable de mettre en danger autant d’adversaires d’un tel niveau simultanément, néanmoins il était déçu de les voir se déplacer aussi aisément dans le tourbillon d'énergie. Il n'allait retirer aucun avantage de son initiative.

Cinq vagues d'énergie foncèrent vers lui, et il dut abandonner sa pose pour esquiver d'un bond. Rapide comme l'éclair, Shaka avait sauté à sa rencontre pour l'intercepter. La cuisse de l'Indien frappa Milo dans le bas-ventre, le projetant dans les airs en direction de Khamakhya. Celle-ci s'apprêtait à empaler le garçon sur ses deux épées, mais ce dernier se rétablit en l'air au dernier moment, esquiva les deux lames et porta un violent coup de pied au visage de la réincarnation de Kali.

Il voulut profiter de son avantage pour porter une nouvelle attaque, cependant quelqu'un le frappa alors violemment dans le dos.

Il fut projeté à une dizaine de mètres, rebondit durement une fois sur le sol, avant de parvenir à se rétablir sur ses deux pieds. Il avait encore le souffle coupé et la vue trouble lorsqu'il vit Quetzalcóatl juste devant lui. Le cosmos de ce dernier explosa, créant un serpent d'énergie cosmique qui balaya le Scorpion et le propulsa une nouvelle fois à travers la huitième maison.

Il s'écrasa avec violence, puis, remerciant son armure d'or de lui avoir probablement sauvé la vie, parvint à se relever. Ses adversaires semblaient lui avoir accordé un instant pour reprendre son souffle, et l'observaient sans attaquer.

- Il est encore temps de renoncer, mon garçon, dit Quetzalcóatl.

Le garçon sourit tout en se remettant en garde.

- Les chevaliers d'Athéna ne connaissent pas le sens du mot "renoncer".

- Tu dois pourtant bien être conscient que toute résistance est inutile... répliqua Calli. Nous sommes cinq et tu aurais déjà du mal à nous terrasser individuellement.

- Je suppose qu'il va me falloir être vraiment très bon, répondit Milo d'un ton bravache. Néanmoins, laissez-moi vous expliquer quelque chose... Je viens de l'île de Canon où viennent se reposer les chevaliers blessés. Chez moi, les chevaliers sont des héros, des demi-dieux même. Nous vivons à l'écart du monde moderne, dans un environnement très difficile, pour nous endurcir, parce que nous pensons que servir la déesse Athéna est la chose la plus importante au monde. Chaque famille a eu un de ses membres nommé chevalier à un moment ou à un autre à travers l'Histoire, et nous fournissons régulièrement des soldats dévoués à la cause et des gardes pour le domaine sacré. Un Grand Pope qui a vécu au cinquième siècle était même né dans la maison voisine de la mienne. Devenir chevalier est le rêve de chaque garçon et fille naissant là-bas, quand l'un d'entre nous réussit c'est à la fois un honneur pour sa famille, mais aussi pour toute l'île. Lorsque j'ai obtenu mon armure d'or, la distinction suprême, l'île a fait la fête pendant un mois, car cela représentait la récompense pour nos vies difficiles.

Plus le garçon parlait, plus les quatre envahisseurs comprenaient qu'ils ne pourraient faire l'économie du combat. Shaka, quant à lui, écoutait le monologue d'une oreille apparemment distraite.

- Devenir chevalier, servir Athéna et la Justice, accomplir ma tâche avec force et honneur, rendre fier les miens... Cela a toujours été mes seuls buts dans la vie. Vous ne le savez peut-être pas, mais jamais personne n'a traversé les douze maisons du Zodiaque, tous les envahisseurs ont invariablement échoué. Or, je suis le dernier à être encore capable de vous stopper. Croyez-vous vraiment que je veux rester dans l'histoire comme celui qui aura mis fin à l'impénétrabilité du Sanctuaire ? Croyez-vous que je veux plonger les miens dans le déshonneur en faillant de la sorte ?

- Vouloir et pouvoir sont des choses très différentes, observa Khamakhya.

- Inutile de tenter de raisonner avec lui, intervint Shaka. Dès notre première rencontre, j'ai vu qu'il comptait parmi les plus fanatiques des chevaliers. Il ne renoncerait pas à son système de valeurs déficient, même mis face à l'évidence.

- Eh, je suis là ! lâcha Milo en concentrant son cosmos. Voyons voir si, pour ma part, j'arrive à ramener un peu de raison en vous !

L'ongle de son index droit grandit soudain de manière anormale et prit une couleur écarlate.

- SCARLET NEEDLE !

Un fin rayon d'énergie rouge partit du doigt du Scorpion, puis se divisa en cinq qui filèrent chacun vers une cible.

Ils tentèrent d'esquiver l'attaque, mais celle-ci changea de trajectoire et les suivit comme si elle était capable d'anticiper chacun de leur mouvement d'évitement.

Ils furent finalement tous frappés exactement au même endroit, dans le haut du corps, habits, protections et peaux étant transpercés de part en part.

- Vouloir éviter la Scarlet Needle est totalement vain, déclara le garçon. Quoi qu'il arrive, une fois lancée elle frappera sa cible à l'endroit voulu, avec une précision chirurgicale.

- Quelle est cette douleur ? s'exclama Mani.

- Le venin du Scorpion est en vous, répondit le garçon. La Scarlet Needle est une attaque en quinze coups, un par étoile de la huitième constellation du zodiaque. Au fur et à mesure de ces coups, vous allez perdre l'usage de vos cinq sens et la douleur deviendra de plus en plus insupportable ! Le dernier coup, Antarès, est mortel ! Vous avez à présent le choix entre la soumission ou la mort !

Il pointa son index droit sur son congénère.

- Quel est ton choix, Shaka ? Vas-tu enfin entendre raison ?

- Quinze coups ? releva Quetzalcóatl.

Les cinq envahisseurs se lancèrent alors à l'assaut simultanément.

- SCARLET NEEDLE ! hurla-t-il en déclenchant à nouveau son attaque.

Cette fois-ci, aucun de ses assaillants ne tenta d'esquiver et, s'ils lâchèrent un râle ou grimacèrent au moment où ils étaient touchés à l'abdomen, ils filèrent vers leur cible implacablement.

Milo hésita à lancer une troisième piqûre, mais le temps de sa réflexion, ils furent sur lui. Acatl et Calli frappèrent simultanément deux coups sur chaque flanc du chevalier d'or, qui recula à l'impact en crachant du sang. Simultanément, Khamakhya attaqua avec ses deux sabres, tandis que Mani projetait une série de vagues d'énergie à partir de ses mains jointes comme s'il était en train de prier. Le Scorpion choisit d'encaisser les attaques du jeune prophète et de dévier les lames avec ses bras protégés par l'armure d'or.

Il eut à peine le temps de voir Shaka venir se placer devant lui pour terminer l'assaut adverse.

- TENMA KO FOKU ! hurla la Vierge en libérant son cosmos destructeur.

Le gardien des lieux fut propulsé à la verticale, et alla percuter le plafond de la huitième maison qu'il transperça.

Complètement sonné et les yeux clos, il sentit son corps s'élever dans les airs, puis s'immobiliser au sommet de sa trajectoire, juste au moment où il aurait dû commencer à redescendre.

Il rouvrit les yeux et vit Quetzalcóatl flottant au-dessus de lui, et qui lui avait saisi les mains. En reprenant un peu plus ses esprits, il réalisa cependant que ce n'était pas exactement par les mains que son adversaire le tenait mais par les index. Ce dernier exerça alors une torsion, brisant net les deux premières phalanges de chaque doigt.

Milo lâcha un cri de douleur tandis qu'Acatl le lâchait et s'écartait pour révéler Khamakhya qui s'abattait sur lui tel un oiseau de proie en faisant exploser son cosmos. Le chevalier d'or fut frappé par des centaines de milliers de sabres cosmiques et projeté violemment en direction du sol, cent mètres plus bas.

Juste avant qu'il ne s'écrase au sol, il eut le temps d'apercevoir Shaka qui déclencha une seconde fois son Tenma Ko Foku pour le frapper, déviant sa chute à angle droit pour l'envoyer s'encastrer dans les murs du temple qui s'écroulèrent sur lui.

Le jeune chevalier d'or avait été à la limite de l'inconscience et, tandis qu'il commençait à reprendre ses esprits, ce fût avec un peu de surprise qu'il constata qu'il n'avait ni fracture ni blessure véritablement grave.

- Cette armure est fantastique, mais elle ne pourra pas faire de miracle éternellement. Je ne peux pas me permettre de continuer à encaisser autant de coups.

Il concentra son cosmos et dégagea les gravats et les blocs de pierre qui le recouvraient d'une décharge télékinésique.

Il se releva alors péniblement, puis se remit en garde face à ses adversaires qui semblaient impressionnés par sa résistance et sa volonté.

- Tu ne comptes toujours pas abandonner, n'est-ce pas ? demanda Quetzalcóatl pour la forme.

Il n'obtient qu'un sourire grimaçant en réponse.

- Un conseil avant de poursuivre, toutefois, reprit le Toltèque. Quinze coups, cela fait beaucoup. Je te conseille de songer à t'entraîner à en envoyer plusieurs à la fois.

- J'y travaille... Une partie de ma conscience cosmique doit diriger chaque coup indépendamment pour s'adapter aux mouvements adverses, et il y a une limite au nombre de tâches que je peux accomplir simultanément. Pour le moment je dois encore choisir entre viser plusieurs points vitaux ou plusieurs cibles. Je ne pense pas que vous voudrez reprendre ce combat quand je serai capable de gérer les deux ?

- Cela ne va pas être possible.

Milo regarda alors ses mains et ses index brisés.

- De toute façon, mes limites techniques n'ont plus guère d'importance à présent, n'est-ce pas ?

- Si je m'en étais chargé, tu serais en train de les chercher sous les décombres, dit Khamakhya en faisant tourner ses sabres dans ses mains.

- Renonce mon garçon, dit Calli. Il est encore temps et tu n'as pas à subir de souffrances inutiles.

Le Scorpion ne prit pas la peine de répondre mais enflamma son cosmos. Les ongles de ses index grandirent et reprirent leur teinte écarlate, ses adversaires se mettant instantanément en position de combat.

- Inutile de vous inquiéter, dans cet état je serais presque capable de rater un vieillard...

Son cosmos continua d'augmenter, jusqu'à atteindre son paroxysme.

- En revanche, sur une cible immobile cela devrait aller.

Sept rayons écarlates partirent du bout de chacun des index brisés du garçon, semblèrent d'abord filer droit sur ses adversaires avant de faire une grande courbe et de revenir le frapper en quatorze points en transperçant son armure.

- Antarès ! hurla le garçon en concentrant son cosmos autour de sa main droite, avant de placer celle-ci devant son bas-ventre et de libérer le quinzième coup à bout portant.

Il tomba à genoux devant les regards éberlués de ses adversaires.

- Qu'as-tu fait, Milo ? demanda Acatl. Tu préfères te donner toi-même la mort plutôt que de subir le déshonneur de nous laisser franchir ton temple ?

- Ne dites pas n'importe quoi, parvint à articuler le jeune chevalier en serrant les dents. Je génère moi-même le poison de la Scarlet Needle et lors de mon entraînement, c'est sur mon propre corps que je m'exerçais. Mon corps est déjà saturé par le poison et ma dernière épreuve pour prouver que j'étais digne de mon armure a été de survivre à Antarès.

Il se remit sur ses pieds, vacilla et retomba à genoux.

- Je suis immunisé à certains des effets les plus néfastes de la Scarlet Needle... Mais pas à la douleur, malheureusement. Quelle que soient les souffrances que vous pourrez m'infliger, cela ne sera rien par rapport à ça. Cela ne me fera même ni chaud ni froid de frapper avec deux doigts brisés...

Il inspira à fond, puis parvint à se redresser de nouveau. Il tituba, mais cette fois-ci ne chuta pas.

- En revanche, en raison des particularités de mon métabolisme causées par l'accoutumance au poison, ces quinze piqûres ont un effet très inhabituel sur moi.

- Qu'est-ce que... commença Calli. Regardez sa peau !

L'épiderme du chevalier d'or devint en effet écarlate et ses veines se mirent à gonfler, comme si le sang bouillait à l'intérieur de lui. Ses muscles se contractèrent avant de gonfler, le tour de ces biceps doublant presque. Il sembla aussi grandir de plusieurs centimètres, son armure étant obligée de s'adapter à ses changements morphologiques.

En quelques secondes, le jeune garçon longiligne s'était métamorphosé en une boule de muscles trapue, et la puissance de son cosmos semblait s'être décuplé.

- C'est une manœuvre désespérée, dit d'une voix calme Shaka qui semblait bien moins décontenancé que les autres. Il est en train de se détruire lui-même.

- Peut-être, mais c'est le prix à payer pour remplir mon devoir. Aucun de vous ne franchira cette maison.

Il se lança à l'assaut telle une furie.


*             *             *             *             *             *             *             *


Aioros et Mardouk combattaient désormais au maximum de leurs possibilités, échangeant des coups qui faisaient trembler le sol à chaque impact.

Le chevalier du Sagittaire avait déjà eu recours à de nombreuses techniques, copiant par exemple celles de son père ou de Diomède. Mardouk en avait totalement évité certaines, n'avait été que légèrement touché par d'autres et avait encaissé de plein fouet les dernières. Le Babylonien avait répliqué en recourant lui aussi à une large palette d'arcanes qui avaient également connu des fortunes diverses, si bien que les deux adversaires étaient quasiment à égalité au niveau des blessures et des dégâts infligés à leurs protections respectives, se rendant coup pour coup. Le Sagittaire avait aussi tenté quelque fois d’atteindre la boîte de Pandore attachée sur le dos de son adversaire, mais ses assauts n’avaient même pas entamé la couche de glace protectrice qui la recouvrait.

Malgré la variété des échanges, l'un et l'autre estimaient que celui d'en face n'avait pas encore eu recours à sa carte maîtresse et attendait le moment propice pour la jouer. Ils évitaient donc absolument d'utiliser deux fois la même technique, anxieux d'offrir à l'autre l'opportunité de porter un contre fatal.

Les deux adversaires étaient à présent au corps à corps, utilisant leurs meilleurs enchaînements, sans pour autant parvenir à transpercer suffisamment la garde opposée pour prendre un quelconque ascendant.

Cherchant à se donner la marge de quelques millièmes de secondes nécessaires à la préparation de ce qu'il espérait être son coup décisif, le Sagittaire décida d'improviser une technique.

Il avait passé une bonne partie de la journée avec Shura et opta pour s'inspirer d'Excalibur. Néanmoins, si créer une vague d'énergie tranchante faisait partie du bagage de base d'un chevalier d'or, en générer une ne serait-ce qu'au cinquième de la puissance de celles que lançait le Capricorne serait déjà difficile pour le Grec. Il lui fallait autre chose afin que son coup soit suffisamment dangereux pour ne pas le placer en position de faiblesse en ouvrant un boulevard pour le Babylonien.

Il décida donc de mixer cela avec le principe de son Infinity Break où, à partir d'une unique flèche d'énergie, il en créait des millions en faisant exploser le projectile énergétique initial en lui imposant un violent mouvement giratoire semblable à un tourbillon.

Il décida également de modifier légèrement la forme de son tourbillon pour que Mardouk ne le reconnaisse pas instantanément, en s'inspirant de la structure des flux d'énergie de la Galaxian Explosion de Saga. Tout cela devrait créer un coup certes moins abouti et maîtrisé que ses autres techniques, mais dont l'aspect composite devrait au moins occuper son adversaire le temps qu'il lui fallait. Surtout, la puissance qu'il allait devoir dégager lui servirait en quelque sorte de tremplin pour déclencher son arcane.

Son cosmos augmenta brutalement d'intensité, Mardouk intensifiant instantanément le sien en réponse, pour préparer sa défense. Aioros créa donc une vague d'énergie tranchante initiale qu'il fit exploser en lui imposant un mouvement d'abord tourbillonnant, puis totalement chaotique, semblable dans sa dispersion à une détonation.

- Les Lames d’Enée !

Cela résulta en des millions de projections tranchantes, sorte de lames de rasoir énergétique, aux trajectoires presque imprévisibles. Le Babylonien réagit en augmentant sa vitesse au maximum pour esquiver les coups, virevoltant avec grâce et élégance entre les attaques. S'il avait reculé tout d'abord de plusieurs mètres pour se donner du champ afin d'évaluer la technique du Grec, Mardouk commença à se rapprocher de son adversaire au fur et à mesure qu'il apprenait à lire le schéma des trajectoires des coups tranchants.

Pendant ce temps, le cosmos d'Aioros n'avait jamais cessé d'augmenter depuis qu'il avait commencé cette attaque. Néanmois il ne redéployait pas cette énergie dans la technique en cours, la gardant en réserve pour ce qui allait suivre.

- J'aurais bien aimé que Praesepe soit là pour voir ça...


*             *             *             *             *             *             *             *


Cinq ans plus tôt


Il ne restait plus que quelques semaines avant la date qui avait été fixée par Mardouk pour que le Sanctuaire envoyât les représentants de la nouvelle génération de chevalier d'or relever à Babylone le défi du maître des lieux.

Bien qu'Aioros allait seulement sur ses cinq ans, son maître, Praesepe, estimait qu'il était déjà capable de faire face à la plupart des situations et à presque n'importe quelle adversité. Néanmoins, ils continuaient à chercher dans les mémoires des précédents chevaliers d'or du Sagittaire de quoi donner un avantage décisif au jeune serviteur d'Athéna.

Ce fut dans les plus anciens grimoires collectant les vies et expériences des précédents gardiens de la neuvième maison du zodiaque, qu'Aioros trouva la description d'un arcane aux facultés apparemment hors du commun. Contrairement aux autres techniques du chevalier du Sagittaire, celle-ci n'était que très rarement évoquée au détour d'une phrase et jamais décrite ailleurs, si bien que le garçon avait fini par douter de jamais trouver sa description. Et une fois que cela fut fait, il eut beau lire et relire les mots écrits en grec ancien sur le papier rendu fragile par les siècles pour les traduire en langue moderne, rien ne semblait vouloir avoir de sens pour lui. De plus, certains mots avaient été effacés par les siècles.

Si bien que, même s'il savait que ses facultés de lecture étaient hors du commun pour quelqu'un de son âge, il conclut à son incapacité à traduire correctement le passage en question, et le présenta à son maître.

Celui-ci avait à son tour lu et traduit le passage, et il vint le moment où il présenta ses résultats à son élève.

- C'est un grec vraiment archaïque et de nombreuses tournures sont compliquées. Néanmoins, comme j'ai plus d'expérience que toi de ces vieux textes, ça n'a pas vraiment été un problème pour moi. D'ailleurs, dans l'ensemble ta traduction était presque correcte. Mais, à mon sens, tu as rejeté inconsciemment la traduction correcte, car cela te paraissait trop invraisemblable.

- Comment cela ?

- Cette attaque repose sur une base allant totalement à l'encontre des fondements de presque toutes les autres techniques des chevaliers d'Athéna. Comme je te l'ai appris, la base de notre pouvoir est notre faculté à détruire les objets en brisant ce qui les constitue : les atomes. Etymologiquement, "atome" signifie "qui ne peut être divisé". Néanmoins, cela se révèle inexact, les atomes sont constitués d'éléments encore plus élémentaires auxquels la science moderne des hommes a donné des noms : électron, proton et neutron. Ceux qui ont créé cette technique il y a des milliers d'années avaient déjà conscience de cette réalité.

- Mais alors en quoi ça consiste ?

- C'est simple, le but de cette attaque est de briser les liens entre les constituants élémentaires des atomes, puis de les réarranger. Le but n'est donc pas de détruire les atomes, comme pour les autres techniques communes de la chevalerie d’Athéna, mais de les transformer. Ce pouvoir te rendrait par exemple capable de réaliser le rêve des alchimistes et de changer le plomb en or.

- Néanmoins, cela ne constitue pas une attaque.

- Tu te trompes. Une puissance inimaginable réside dans les atomes. Les hommes s'en servent à présent pour construire leurs armes les plus terribles, des bombes qui leur donneraient la possibilité de détruire la planète. Cette attaque t’offrirait un pouvoir absolument terrifiant. Néanmoins, la maîtriser risque de se révéler ardu.

Aioros hocha la tête, conscient que cela serait effectivement un défi considérable.

- Je n'ai pas trouvé le nom de cette attaque, dit-il au bout d'un moment.

- Moi, non plus, il a sans doute été effacé. Si jamais tu parviens à la maîtriser, cela te donnera l'occasion de faire preuve d'un peu d'imagination, conclut le maître avec un clin d’œil.


*             *             *             *             *             *             *             *


Le cosmos du Sagittaire atteint finalement son paroxysme, Aioros déployant une énergie rien moins que phénoménale.

Mardouk, qui était presque arrivé sur son adversaire, en se faufilant entre les projections des Lames d’Enée, comprit que les choses allaient à présent réellement devenir sérieuses.

Aioros projeta du bout de ses doigts des rayons de lumière qui brisaient les atomes sur leur passage, réorganisaient les composants élémentaires pour former des atomes beaucoup plus lourds, uranium et plutonium, et emportaient ensuite les éléments nouvellement créés.

Les rayons de lumière commencèrent à se croiser, entraînant des collisions entre les atomes, puis leur fission. Des milliers de déflagrations eurent lieu simultanément, leurs souffles se focalisant dans une seule direction.

Mardouk vit déferler sur lui une vague de destruction apocalyptique et déploya en catastrophe son cosmos pour se défendre.

- ALCHEMY LIGHT ! lâcha Aioros pendant que son coup frappait de plein fouet son adversaire, déclenchant une terrible explosion.


*             *             *             *             *             *             *             *


Quetzalcóatl se lança en avant pour intercepter Milo. Le cosmos du Toltèque s'intensifia, puis il projeta un serpent d'énergie cosmique sur son adversaire.

- Déjà vu ! hurla le garçon en réponse.

Il joignit ses deux mains et frappa l'assaut adverse à la tête, comme s'il s'agissait d'un véritable reptile, ce qui le dévia.

Surpris par la manœuvre, Acatl eut un moment de latence quand le Scorpion parvint au corps à corps, ce qui permit à ce dernier de porter quelques coups faciles.

Le Toltèque recula à chacun des terribles impacts, crachant du sang sur un coup l'atteignant dans le bas du ventre. Il voulut contre-attaquer d'un coup de poing, mais Milo l'attrapa par un poignet, et le souleva du sol comme si Quetzalcóatl était l'enfant et le Scorpion l'adulte.

Le gardien des lieux fit tourner son adversaire au-dessus de sa tête, avant de le projeter sur Calli qui s'avançait pour aider son ancêtre. Les deux hommes s'écroulèrent pendant que Shaka et Mani envoyaient des projections destructrices sur leur adversaire. Celui-ci attrapa les assauts à pleines mains et parvint à les retourner aux envoyeurs qui esquivèrent de justesse.

Khamakhya s'élança à son tour en faisant exploser son cosmos.

- KALI DANCE OF DEATH ! hurla-t-elle.

Ses bras parurent alors se dédoubler, même si, en regardant de plus près, c'étaient deux bras constitués de cosmos pur qui venaient de surgir du néant. Ceux-ci saisirent les deux derniers sabres qui étaient encore dans leurs fourreaux. Ce furent ainsi quatre lames qui s'abattirent simultanément sur le chevalier d'or, lui interdisant presque toute possibilité de contre-attaque devant la difficulté de la défense face à autant de dangers.

Celui-ci se contenta donc dans un premier temps de dévier les coups avec ses bras, puis, constatant que les sabres étaient capables d'entamer le métal doré pour aller effleurer sa peau, dut se résoudre rapidement à une attitude moins défensive.

Ayant recourt à des esquives plutôt qu'à des parades aussi souvent que possible, il cessa de céder du terrain et commença à rendre les coups, exploitant la moindre ouverture, et même à toucher son adversaire.

- C'est impossible, comment peux-tu contre-attaquer face à la Dance of Death ? Tu fais face avec tes deux mains nues à quatre sabres !

- Pas vraiment.

- Comment ?

Les violents coups de poings du chevalier atteignaient de plus en plus souvent l'incarnation de Kali, la meurtrissant à chaque fois, tandis que les sabres n'attrapaient pendant le même temps bien souvent que le vide. Les assauts du Scorpion gagnèrent encore en force et en vitesse, jusqu'à ce qu'il fasse reculer Khamakhya d'un coup de genou. Il la frappât ensuite en plein visage de ses deux mains jointes pendant qu'elle avait encore le souffle coupé du premier choc.

Elle s'écroula au sol, ses bras cosmiques disparaissant, et lâchant donc deux des quatre sabres. Milo sauta au-dessus d'elle pour s'abattre sur son visage, genoux en avant, mais elle esquiva en roulant sur le côté et parvint à se remettre debout.

- C'est incroyable, comment as-tu fait ?

- C'est pourtant très simple, tu n'es pas capable de gérer quatre bras aussi bien que deux, il y a des limites à ce que le cerveau humain est capable de coordonner. J'imagine que cette technique est destinée à causer la panique et la terreur chez tes adversaires, toutefois en gardant la tête froide j'ai pu m'apercevoir que les passes d'arme de tes deux bras cosmiques étaient exactement les mêmes que celles de tes membres de chair, simplement légèrement décalées dans le temps. A partir de là, je n'avais plus à me soucier que de deux sabres affaiblis, du fait de l'énergie que tu consacrais à ton pouvoir.

- Impressionnant, concéda l'Indienne.

Milo allait repartir à l'assaut quand il sentit des déplacements derrière lui. Il bondit à la verticale, évitant de justesse Acatl qui avait tenté de le saisir, et effectua un saut périlleux vers l'arrière pour frapper finalement son assaillant dans le dos d'un violent coup de pied, qui l'expédia au tapis.

Il se réceptionna tandis que Calli se jetait sur lui. Le Scorpion bloqua net dans sa paume un coup de poing qui visait sa tête, puis frappa avec son autre main le bras adverse au niveau du coude. Un craquement se fit entendre et le descendant de Quetzalcóatl lâcha un cri de douleur, pendant que Milo s'écartait de lui pour esquiver les sabres de Khamakhya qui revenait à l'attaque. Rapide comme l'éclair, il fit voler une des épées de la main droite de sa propriétaire en plaçant un coup de pied sur le poignet de celle-ci. Alors que la première lame s'élevait en tournoyant à la verticale, le jeune chevalier esquiva un coup d'estoc de la seconde d'un pas sur le côté et la frappa de son poing sur le plat. Le métal se brisa net, le Scorpion faucha ensuite le pied d'appui de l'incarnation de Kali, l'envoyant au sol.

Il leva alors son bras au-dessus de sa tête, saisit à la volée la poignée du sabre qui était en train de retomber. Il fit ensuite volte-face et lança dans le même mouvement l'arme sur Quetzalcóatl.

Celui-ci s'écarta par réflexe, néanmoins la lame transperça tout de même sa cuisse gauche.

Milo n'eut toutefois pas l'occasion de tenter de pousser son avantage sur le Toltèque : Shaka et Mani étaient à nouveau sur lui. Une série de vagues d'énergie projetées par le jeune prophète furent aisément esquivées par le gardien des lieux, celui-ci comprenant un peu trop tard qu'il ne s'agissait que d'une manœuvre de diversion.

Le chevalier de la Vierge avait en effet profité du fait que l'attention de Milo était détournée pour se rapprocher presque à bout portant.

- TENMA KO FOKU !

Milo fut balayé par la puissance de l'attaque et rebondit plusieurs fois au sol à travers le temple, parvenant malgré tout à atterrir finalement sur ses pieds.

Il savait que le coup avait dû faire des dégâts, cependant il ne les sentait pas, tellement ils étaient anecdotiques vis-à-vis de la douleur causée par Antarès. Shaka paraissait d'ailleurs extrêmement étonné de le voir encore debout.

- C'est de la folie, regardez dans quel état il est ! s'exclama alors Mani.

Ces paroles, ajoutées au fait qu'aucun de ses adversaires ne l'avait suivi, firent se demander à Milo s'il avait bien interprété la raison de la surprise de la Vierge.

Il baissa les yeux sur son corps et comprit. Il était couvert de son propre sang qui s'écoulait à un rythme alarmant. Mais surtout, les blessures, par lesquelles son fluide vital se vidait, n’avaient pour la plupart pas été causées par ses adversaires. Non, c'était surtout des quinze piqûres de la Scarlet Needle que se déversait sa vie. De même, plusieurs de ses veines, gonflées à bloc par l'augmentation de son volume musculaire, avaient explosé.

- Je vous l'avais dit, il est en train de se détruire lui-même, déclara Shaka en s'avançant. Même si cela lui permet d'augmenter sa force au point de pouvoir tenir face à nous tous, sa technique le tue petit à petit et lui fait en réalité bien plus de dégâts que tout ce que nous pouvons lui envoyer.

Khamakhya, qui avait récupéré deux sabres, et Quetzalcóatl, dont la blessure à la cuisse ne semblait l'handicaper que légèrement, lui emboîtèrent le pas.

Mani était resté légèrement en retrait pour soigner le bras cassé de Calli, en enveloppant la blessure dans son cosmos.

- Je n'ai plus beaucoup de temps... pensa Milo.

Le cosmos du Scorpion s'intensifia, faisant encore plus gonfler ses muscles et accélérant les hémorragies.

- SCORPIO STANCE !! hurla-t-il brusquement en reprenant sa pose caractéristique, jambe dressée derrière lui comme un dard.

Contrairement à la première fois, il ne laissa pas la tornade cosmique se répandre dans toutes les directions, mais la concentra juste devant lui en visant le Toltèque et l'Indienne.

Ces derniers furent violemment repoussés, tandis que Shaka poursuivait sans être inquiété. Milo abandonna sa pose et se projeta à la rencontre de la Vierge.

Les deux chevaliers s'interceptèrent dans un bruit de tonnerre et, si pendant un instant il parut y avoir un équilibre, Shaka fut finalement repoussé comme les autres.

Profitant du déséquilibre de ses adversaires, rapide comme l'éclair et précis comme son animal totem, Milo enchaîna une série d'attaques sur ses adversaires, portant des coups de poing et de pied d'une brutalité impressionnante.

En l'espace de quelques secondes, les trois assaillants se retrouvèrent au sol, dépassés par la furie adverse.

Mani s'élança à son tour à l'assaut, cependant Milo frappa l'air devant lui avec sa paume, créant une onde de choc qui repoussa le jeune prophète à l'autre bout du temple.

Calli attaqua alors le chevalier d'or malgré son bras brisé, faisant exploser son cosmos qui prit la forme d'un serpent cosmique. Milo encaissa presque de plein fouet la technique adverse, le reptile d'énergie le percutant en plein torse, mais parvint à avancer malgré la puissance brute qui déferlait sur lui. Il frappa de son poing son ennemi sur son flanc droit, faisant exploser sa protection et pénétrant dans sa chair en brisant plusieurs côtes.

- Calli ! hurla Quetzalcóatl en voyant son descendant aussi gravement blessé.

Milo se tourna vers le Toltèque et Shaka qui fonçaient sur lui. Il voulut enflammer encore une fois son cosmos, sans succès, car celui-ci venait de s'éteindre.

Son corps parut peser soudainement plusieurs tonnes, et il ne put esquisser le moindre mouvement d'esquive face aux deux coups de poings que lui portèrent ses adversaires.

Il s'écroula et roula sur le sol sur plusieurs mètres avant de s'immobiliser. A la limite de l'inconscience, il parvint malgré tout à trouver la force d'enfoncer son majeur à la base de son cou, touchant un point vital.

Ses muscles reprirent instantanément leur taille normale et les hémorragies causées par la Scarlet Needle s'interrompirent dans la foulée, même s'il continua à perdre du sang des blessures causées par ses ennemis. Il s'allongea ensuite sur le dos, les bras en croix et respirant bruyamment.

- C'est fini, il est hors de combat ? demanda Mani, presque avec incrédulité.

- Oui, répondit simplement Shaka.

- Je vais m'en assurer, dit Khamakhya en s'avançant en faisant tourner ses sabres.

- Non ! intervint Quetzalcóatl qui était allé s'enquérir de l'état de Calli.

La blessure de celui-ci était profonde, mais pas mortelle. Pour le moment inconscient, il serait probablement incapable de combattre efficacement pour la suite de la bataille.

- Notre seul objectif est d'atteindre le palais du Grand Pope, poursuivit Acatl à l'intention de l'Indienne en se relevant. Pas de mort inutile.

- Et s'il avait tué Calli ?

- Alors je n'aurais laissé personne d'autre que moi l'achever.

- Vous n'avez toujours pas compris... commença Milo.

Ils furent tous surpris de l'entendre parler.

- ... vous ne franchirez jamais ce temple.

- Crois-tu encore être capable de nous arrêter ? demanda Mani.

- En tout cas, nous allons l'y aider, dit une voix.

Les envahisseurs se retournèrent vers l'entrée du temple et découvrir deux nouveaux adversaires qui venaient vers eux d'un air décidé : le tout nouveau chevalier du Taureau, Aldébaran, et celui qui avait été celui du Cancer pendant de longues années, Praesepe.

- Ne m'oubliez pas ! dit une voix venant de l'autre coté du temple.

Des roses rouges vinrent se planter aux pieds des intrus et du chevalier de la Vierge, alors qu'Aphrodite des Poissons faisait à son tour son apparition.

Ce dernier n'avait pas vraiment fière allure et les conséquences laissées par son combat contre Râ quelques heures plus tôt étaient très apparentes. Il avançait en claudiquant, s'appuyant sur une béquille, et ne portait pas son armure, son corps étant presque entièrement recouvert par des bandages, ce qui le faisait ressembler à une étrange momie.

- Si Milo a été capable de résister héroïquement à un contre cinq au péril de sa vie, moi, Aphrodite, ne peut me tenir plus longtemps à l'écart de la furie de la bataille.

Un sentiment de doute passa dans les rangs des assaillants, auquel Acatl mit cependant un terme avec fermeté.

- Il ne s'agit que d'un éclopé, d'un ex-chevalier d'or et d'un autre qui a obtenu son armure voici moins d'une heure, s'exclama-t-il. Cette maison ne sera pas notre terminus.


*             *             *             *             *             *             *             *


Lorsqu'il revint à lui, Shamash fut bien incapable d'estimer combien de temps il était resté inconscient. Il était également incapable de déterminer quelle partie de son corps lui faisait le plus mal.

Il s'était écrasé contre un arbre de cristal et, vu la façon dont il ne sentait plus ses jambes, craignait fortement de s'être brisé la colonne vertébrale. En outre, plusieurs éclats de cristaux avaient transpercé son armure pour se ficher dans son corps, l'un lui ayant même crevé l'oeil droit. Et pour finir, son bras droit avait été arraché au niveau du coude.

Qu'il soit encore vivant était un petit miracle, même s'il doutait que cela dure bien longtemps. Tout ce qu'il pouvait espérer était que son adversaire avait été tué par sa propre folie. Néanmoins, au bout de quelques minutes des plus pénibles, même ce faible espoir fut déçu.

Il entendit en effet des bruits de pas venant dans sa direction, l'identité de la personne en étant à l'origine ne faisant guère de doute. Quelques secondes plus tard, ce fut bel et bien Kanon qui se présenta face à lui.

Le Grec, toujours sous l'influence du GenrôMaôKen, tenait le bras tranché de Shamash et, contrairement au Babylonien, ne semblait pas avoir subi de graves blessures, à peine quelques estafilades.

- Tiens, cela t'appartient, je crois, lança le cadet de Saga à son ennemi en lui jetant son bras.

- Maudit... parvint difficilement à articuler l'allié de Mardouk.

- Surpris de me voir avec une si bonne mine ? lança Kanon d'un ton moqueur. Je m'étais laissé une porte de sortie en ouvrant un autre passage dimensionnel, mais sans doute que votre attention était trop attirée par le reste pour le remarquer, si bien que lorsque les choses ont commencé à chauffer, j'ai pu m'éclipser.

Shamash comprit alors que Kanon s'était joué de lui en exagérant la folie et la rage engendrées par l'illusion démoniaque. En voyant ce dément écumant de colère, Shamash avait ainsi sous-estimé les capacités adverses de planification tactique.

- Finis ce que tu as commencé... dit Shamash en espérant sans y croire que cela serait au moins rapide.

- Oh, mais j'y compte bien.

Le cosmos de Kanon s'activa, déclenchant quatre Another Dimensions de très faible intensité tout autour du corps de Shamash. Les passages dimensionnels créés faisaient en effet à peine une vingtaine de centimètres de large.

Trois d'entre eux se déplacèrent dans les airs de façon à engloutir les membres de Shamash : les deux jambes jusqu'aux genoux et le bras jusqu'au coude.

En temps normal, une telle manœuvre aurait été inutile contre le Babylonien, néanmoins il était à présent trop faible pour faire quoi que ce soit.

- Tu n'es qu'un fou, cracha-t-il.

- Pour ma défense, je ne suis pas dans mon état normal, répliqua Kanon en claquant des doigts, ce qui fit se refermer les trois passages qui emportèrent leurs prises avec eux.

Shamash ne put retenir un hurlement de douleur, et il maudit le sort de ne pas perdre connaissance.

- Tu n'aurais vraiment pas dû m'agacer, fit Kanon en positionnant le dernier seuil dimensionnel sur le visage de Shamash.

Celui-ci accueillit la mort avec gratitude.


*             *             *             *             *             *             *             *


Akiera ne voyait pas beaucoup d'issues à sa situation. Ses bras étaient tellement rigides qu'il ne pouvait même pas desserrer les poings.

Combattre au corps à corps dans un tel état relevait de la gageure. En outre, il ne pouvait espérer utiliser une technique à distance telle que la Galaxian Explosion avec efficacité.

Malgré tout, il se concentra et déploya son cosmos pour tenter l'une des seules cartes qu'il lui restait.

- ANOTHER DIMENSION !

Son handicap l'empêchait d'avoir sa gestuelle habituelle, mais ce n'était qu'un détail. Les barrières entre les mondes s'effacèrent comme à leur habitude, révélant un paysage intersidéral fantastique. Gienah fut brièvement aspiré par l'ouverture, avant de réagir prestement.

Une couche de glace se forma d'abord autour de ses jambes, le fixant solidement au sol, puis l'air se solidifia pour former un véritable mur obstruant complètement le passage dimensionnel.

- Enfoiré ! lâcha l'androgyne, dépité par l'inutilité de sa technique.

Il hésita un instant à reproduire la tactique qui avait bien marché contre Talos, mais face à un adversaire prévenu, et possédant la vitesse d'un chevalier d'or, elle était également vouée à l'échec.

- A mon tour ! lâcha alors Gienah. Tu connais ma technique habituelle, mais je suis persuadé que tu n'as pas eu l'occasion d'observer toutes celles que je peux emprunter à mon élève !

Des flocons se formèrent autour du maître du jeune Français, et se mirent à tourbillonner de plus en plus vite.

- DIAMOND DUST ! hurla-t-il en projetant un souffle d'air froid chargé de cristaux.

Akiera vit instantanément que ce coup était bien moins dangereux que les précédents, mais sa marge de manœuvre était également moindre. Il enflamma son cosmos, faisant tourbillonner son aura dorée autour de lui pour former une couche d'air protectrice, et tenta d'esquiver l'assaut.

Cette défense ne fut toutefois pas suffisante pour totalement neutraliser la poussière de diamant, et il ne parvint pas à éviter tous les flocons glacés. Ses habits furent déchirés, et il sentit la morsure du froid jusqu'au plus profond de son être.

- Tu ne pourras plus tenir très longtemps à ce rythme, dit Gienah en regardant son adversaire tituber.

- Il a raison, je dois tenter quelque chose...

- Je ne veux pas ta mort. Si tu abandonnes, je suis prêt à t'épargner.

- Cela fait trop longtemps que tu n'es plus chevalier, tu as dû oublier que le critère principal pour obtenir une armure est d'ignorer le sens du mot abandonner.

-Très bien, c'est ton choix.

Gienah se préparait à frapper à nouveau, quand l'air sembla se troubler autour de lui. La lumière décrut, la forêt sembla se densifier, les arbres se firent plus grands et menaçants. Et, surtout, Akiera avait totalement disparu.

- Une nouvelle illusion, n'est-ce pas ? fit l'ancien chevalier noir. Si tu n'as plus d'autre solution que de te cacher, es-tu sûr que l'abandon ne serait finalement pas tout autant honorable ?

Gienah savait que ses cinq sens ordinaires ne pourraient pas l'aider à retrouver la trace de son adversaire, aussi se concentra-t-il sur son ultime cosmos, et fut-il étonné de ne rien percevoir de plus.

Il marcha un moment dans la forêt, et se rendit rapidement compte qu'il n'avait plus aucun repère. S'il poursuivait, il pourrait très bien errer indifféremment dans les environs, comme à l'intérieur d'un labyrinthe.

- Impressionnant, j'imagine que générer une illusion aussi absolue et bernant tous les sens doit être très difficile, commenta Gienah. Néanmoins, nous autres chevaliers des glaces possédons ce que l'on pourrait aisément qualifier d'un sens additionnel...

Toujours dissimulé derrière son illusion, Akiera réalisa que son répit allait bientôt se terminer. Il aurait préféré avoir plus de temps, mais avait exploité au mieux ce qui lui avait été donné.

- Jamais je n'oserais tenter un truc pareil contre un chevalier d'or expérimenté, pensa-t-il.

L'ancien chevalier noir déploya son cosmos et se tourna vers son adversaire, comme s'il voyait à travers le mirage. Il joignit ses deux mains au-dessus de sa tête, dans une pose proche de l'Aurora Execution.

- Mon pouvoir consiste à contrôler et modifier l'agitation atomique, dit-il. Il m'est facile de repérer les sources de chaleur ! AURORA THUNDER ATTACK !

Gienah frappa plusieurs fois l'air devant lui de ses mains jointes, provoquant des ondes de choc glacées.

L'attaque n'atteignit cependant jamais la cible voulue. L'illusion créée par l'androgyne avait pour objectif principal de cacher le fait que ce dernier avait utilisé une variante de l'Another Dimension pour créer une singularité capable de plier l'espace-temps, et de transformer les lignes droites en courbes.

La trajectoire de l'Aurora Thunder Attack s'incurva ainsi en passant à proximité de la singularité sans pour autant s'écrouler sur celle-ci, mais au contraire en faisant le tour complet.

- Comment ? lâcha Gienah en réalisant que son attaque revenait sur lui.

Pris par surprise, il fut frappé de plein fouet par son propre coup qui l'arracha du sol et le projeta en arrière. L'illusion s'évanouit alors, révélant l'ouverture d'une Another Dimension quelques mètres derrière l'ancien chevalier noir. Emporté par son élan, Gienah ne put rien faire pour se soustraire à l'attraction de la brèche dans la réalité, et disparut dans l'autre monde, le passage se refermant derrière lui.

- Essaye de revenir de ça... fit Akiera.

Epuisé, il s'écroula alors face contre terre.


*             *             *             *             *             *             *             *


La maison du Scorpion était devenue le théâtre d'une mêlée acharnée. A priori en légère infériorité, les chevaliers d'Athéna fidèles à leur cause attaquaient en coordonnant autant que possible leurs actions grâce à un lien télépathique de cosmos à cosmos.

Presque inutile au corps à corps à cause de ses blessures, Aphrodite des Poissons offrait en revanche une couverture très efficace à ses compagnons grâce à ses roses, tout en restant lui-même à l'écart.

Un vent chargé de pétales tourbillonnants soufflait dans la maison du Scorpion, dissimulant les préparations d'attaque de Praesepe et d’Aldébaran aux regards de leurs adversaires jusqu'au dernier moment. Cette stratégie leur permettait ainsi de tenir la dragée haute aux intrus et de mener des assauts éclairs de quelques coups avant de disparaître à nouveau au milieu des pétales. En revanche, Aphrodite avait prévenu ses compagnons que ceux-ci ne pourraient pas utiliser leurs plus puissantes techniques sous peine de trahir leur position à cause de l’énergie cosmique dégagée.

Ils prolongèrent cette tactique pendant plusieurs dizaines de secondes, cependant leurs adversaires s'adaptèrent au fur et à mesure en formant un cercle afin de se couvrir mutuellement. Ils parvenaient ainsi à bloquer la plupart des assauts du Taureau et du maître de Deathmask, n'encaissant que peu de blessures du fait d'un effet de surprise qui commençait à s'estomper.

Les trois chevaliers étaient en train de se demander comment modifier leur tactique pour reprendre l'ascendant, qaund leurs adversaires les prirent de vitesse.

Au moment où Aldébaran et Praesepe surgirent du nuage de roses pour attaquer simultanément Quetzalcóatl qui résista vaillamment, Shaka et Mani brisèrent le cercle et s'élancèrent au milieu des roses.

Surpris, les deux serviteurs d'Athéna eurent un moment de flottement avant de réagir. Ils voulurent abandonner le corps à corps avec Acatl pour poursuivre les deux autres, mais Khamakhya leur coupa toute retraite.

Il perçurent une série d'explosions cosmiques dans le temple, puis la nuée de roses se dissipa, révélant un Aphrodite inconscient aux pieds de Shaka et Mani.

Aldébaran et Praesepe se mirent à leur tour dos à dos, tandis que leurs quatre adversaires les entouraient.

- Cette couverture était efficace, mais nous étions quatre à mettre en commun nos perceptions pour voir au travers, dit Quetzalcóatl. En restant ainsi immobile, votre compagnon était le plus vulnérable, et Shaka, aux sens autres que la vue très développés, nous aura bien aidés...

Praesepe plongea son regard dans celui du jeune Indien, espérant y trouver une raison d'espérer que ce dernier puisse revenir à la raison. Le guerrier à la peau d'ébène dut toutefois se rendre à l'évidence que celui qui aurait du être l'un de leurs meilleurs atouts allait peut-être se révéler la cause de leur chute.

La mêlée s'engagea alors, violente et acharnée. Praesepe et le Taureau combattirent avec courage, mais leur désavantage numérique, l'inexpérience du plus jeune, et le fait que le plus âgé était sans protection, se révélèrent rapidement des handicaps considérables.

Les assauts des envahisseurs étaient méthodiques et parfaitement coordonnés, visant à affaiblir progressivement leurs adversaires en limitant au maximum la prise de risque. Les blessures commençaient à s'accumuler, si bien qu'Aldébaran décida de tenter le tout pour le tout.

- GREAT HORN ! hurla-t-il en faisant exploser son cosmos pour libérer son énergie sur Shaka et Quetzalcóatl qui lui faisaient face à ce moment-là.

Le chevalier de la Vierge se plaça devant le Toltèque pour intercepter l'attaque, la bloquant entre ses mains.

- Comment est-ce possible ?! s'exclama le garçon.

- J'ai eu l'occasion d'observer la version de ton père... et elle m'a paru plus puissante ! répliqua le garçon le plus proche de Dieu en renvoyant la vague destructrice à son créateur, qui fut balayé. Il décolla sur une trentaine de mètres avant d'être intercepté par Acatl qui lâcha un serpent cosmique sur lui, l'écrasant au sol, puis l'enfonçant de plus de deux mètres.

- Aldébaran ! s'écria Praesepe en s'élançant au secours de son compagnon, néanmoins on ne le laissa pas aller jusqu'à lui.

Mani et Khamakhya l'interceptèrent, rapidement rejoints par leurs alliés. Les coups commencèrent à pleuvoir de plus en plus rapidement sur l'ancien Cancer, ses vêtements étant déchirés et son corps se couvrant de plaies.

Aldébaran tenta de se redresser pour aider son compagnon, mais en fut incapable et réalisa qu'il pouvait remercier sa protection d'être simplement en vie.

Dans un sursaut, Praesepe tenta d'enflammer son cosmos pour invoquer les Vagues d'Hadès sur son index, afin d'éliminer au moins un de ses adversaires. Néanmoins, Shaka ne le laissa pas terminer sa préparation, perturbant l'ouverture des Cercles de l'Esprit en créant des ondes cosmiques les parasitant et rendant la texture énergétique de la technique du Cancer instable.

Avec seulement le jeune Indien à gérer, Praesepe aurait pu compléter son attaque, toutefois, frappé de toutes les directions, il n'eut d'autre alternative que de se recroqueviller pour protéger de son mieux ses points vitaux.

Pendant ce temps, impuissant et toujours à bout de force, Milo regardait les événements sans pouvoir intervenir.

- Mon garçon, je vais avoir besoin de toi, dit alors une voix directement dans l'esprit du jeune chevalier.

- Qui ?

Au même moment, quatre vagues d'énergie filèrent vers l'ancien Cancer, ses opposants ayant décidé d'en finir. Les quatre assauts n'atteignirent cependant jamais leur cible : un mur de cristal se forma en effet au dernier moment autour de Praesepe, renvoyant les coups vers leurs expéditeurs.

Surpris, les envahisseurs n'esquivèrent ou ne dévièrent les attaques que de justesse.

- Je considère Praesepe comme l'un de mes plus proches amis, je ne vous laisserai donc pas prendre sa vie sans rien faire, dit le nouvel arrivant tout en s'approchant.

Même si aucun d'entre eux ne l'avait jamais rencontré, Mani, Quetzalcóatl et Khamakhya comprirent instantanément à qui ils avaient affaire. Le Grand Pope lui-même venait vers eux et semblait parfaitement serein. Praesepe regarda avec gratitude son ami avant de s'écrouler, inconscient à l'abri derrière le Crystal Wall.

- J'ai cru comprendre que c'est moi que vous voulez, je viens donc vous épargner la peine de franchir les derniers temples, dit le premier serviteur d’Athéna. Shaka, je suis extrêmement déçu de te voir aux côtés de nos ennemis.

- J'ai réalisé mes erreurs et je sais à présent que vous incarnez l'injustice ! répliqua le garçon avant de se ruer à l'assaut.

Il fut sur Sion en un éclair et tenta de le frapper au visage, mais l'adulte bloqua le poing dans sa paume. L'Indien tenta un autre coup qui fut intercepté de la même manière. Les deux mains bloquées, il ne renonça cependant pas et intensifia son cosmos afin de tenter de faire reculer le vieil homme.

Shaka sembla prendre l'avantage jusqu'à ce que le Grand Pope augmente à son tour la puissance de son aura dorée.

Ils firent alors jeu égal, aucun ne semblant vouloir céder, puis Sion puisa encore plus profondément dans ses réserves pour repousser son jeune adversaire sur plusieurs mètres, les pieds de celui-ci creusant deux sillons.

- Je reconnais bien là la force du maître du Sanctuaire ! s'exclama l'Indien en reprenant son équilibre.

Il paraissait étonné, voire choqué, d'avoir été ainsi surpassé en puissance pure.

- Et je reconnais que ta puissance est presque à la hauteur de ta prétention d'être l'homme le plus proche de Dieu. Sauf qu'il semblerait que, pour le moment, tu ne peux que revendiquer d'être le garçon le plus proche de Dieu.

- Votre arrogance ne change rien au fait que votre défaite est inéluctable ! répliqua celui-ci.

Comme pour appuyer ces paroles, Acatl, Khamakhya et Mani vinrent se placer à ses côtés.

- Vous êtes coupable de crimes de guerre, dit le Toltèque. Il est l'heure d'en affronter les conséquences.

- J'aurais aimé que les choses tournent différemment, mais en aucun cas je n'endosserai seul le poids des événements de cette journée. Nous avons tous notre part de responsabilité, et nous avons tous nos morts à pleurer. Vous êtes venus prendre ma vie, mais je ne peux pas vous la laisser. J'ai tout simplement trop de responsabilités à assumer et de choses à terminer avant de quitter ce monde.

Quetzalcóatl n'eut pas le temps de répondre quoi que ce soit, s'il en avait simplement eu l'intention.

Milo apparut en effet devant le Grand Pope tout en parvenant à enflammer un cosmos malgré le peu de forces qui lui restait.

- RESTRICTION ! hurla-t-il en produisant un ultime effort.

Des cercles lumineux partirent de son corps pour aller englober ses adversaires, les paralysant instantanément comme s'ils étaient pétrifiés face au dard d'un scorpion sur le point de frapper.

De façon parfaitement coordonnée, Sion pointa Shaka de l'index droit, du bout duquel partit un rayon d'énergie.

- GENRO MAO KEN !

Le chevalier de la Vierge fut frappé en plein front, le rayon doré semblant même le transpercer de part en part. Milo s'écroula, ses dernières ressources d'énergie totalement vidées, la Restriction se dissipant dans la foulée.

Quetzalcóatl et ses deux compagnons se tournèrent vers l'Indien avec inquiétude.

- Tenpo Rinin, prononça alors ce dernier, chassant instantanément toute forme de doute de son esprit.

- Il s'est libéré de mon influence, constata Mani.

Les mains du chevalier de la Vierge dessinèrent dans l’air plusieurs symboles bouddhiques pendant quelques secondes, puis il se tourna finalement vers le jeune prophète.

- Oui, moi, Shaka, ai à nouveau les idées claires.

Il enflamma son cosmos avec ce qui ressemblait presque à de la colère.

- Je crois que nous avons beaucoup de choses à nous dire, ajouta-t-il en se tournant vers le jeune prophète.

- Mani, occupe-toi de lui, fit Quetzalcóatl. Khamakhya et moi allons nous charger du Pope.

- Certainement pas ! hurla soudain une voix venant de l'entrée de la huitième maison. Le devoir des chevaliers d'or est de protéger la montée des douze maisons qui mène au palais du Grand Pope. Tant que l'un d'entre-nous sera en état de combattre, vous ne pourrez pas approcher de notre maître !

Le guerrier à l'armure doré, qui était enveloppé par un cosmos flamboyant, marcha jusqu'à venir se placer au coté de Shaka, s'interposant ainsi entre les intrus et le maître du Domaine Sacré.

- Pour approcher du Grand Pope, il vous faudra d'abord passer sur le corps de Saga des Gémeaux !


*             *             *             *             *             *             *             *


Le nuage de fumée en forme de champignon montait à près de cent mètres. Sophia et Dohko, ainsi qu'Amalthée et Ogier, avaient suspendu pendant quelques instants leurs combats respectifs. Au fur et à mesure de leurs duels, ils s'étaient éloignés les uns des autres jusqu'à ce que plusieurs kilomètres les séparent, et n'avaient ainsi qu'une vague idée de ce que faisaient les autres. Cependant une telle déflagration ne pouvait être ignorée.

Reconnaissant la forme caractéristique du nuage, des humains ordinaires se seraient inquiétés d'être ainsi exposés aux radiations potentiellement mortelles libérées par la puissance de l'atome. Néanmoins, tous savaient que leurs cosmos les protégerait de tout éventuel effet néfaste.

En outre, le coup du Sagittaire avait été si localisé et précis que peut-être seulement une dizaine de mètres carrés avaient été irradiés.

Chacun retourna ainsi bien vite à son combat respectif, pendant qu'Aioros scrutait le nuage de fumée, y cherchant un signe de vie.

- Ce n'est pas possible ! lâcha soudain le garçon en percevant un puissant cosmos, bien plus puissant que ce qu'il n'aurait dû être après un tel coup.

Les volutes de fumée commencèrent à se dissiper, révélant la silhouette de Mardouk ainsi qu'une gigantesque boule de feu juste devant lui.

Un coup d'oeil suffit au garçon pour voir que l'armure du Babylonien avait été grièvement endommagée, cependant lui-même semblait presque indemne. La boite de Pandore était également toujours solidement attachée sur son dos.

Mais ce qui retenait le plus l'attention du Sagittaire était la boule de plasma grande comme un homme. De teinte jaune, presque dorée, elle était très brillante, au point qu'il avait du mal à la regarder directement.

- C'est un petit soleil, dit Mardouk, répondant ainsi à la question non formulée d'Aioros.

- Une... Etoile ?

- Oui c'est elle qui m'a permis de me mettre à l'abri de ton attaque en absorbant la plus grande part de la déflagration. Le cœur des étoiles est le théâtre de réactions et d'explosions nucléaires face auxquelles ton Alchemy Light est bien peu de chose...

Le cosmos du Babylonien augmenta avant d'être redirigé vers l'étoile, dont le volume enfla brutalement, triplant au moins.

- Néanmoins, à l'origine, cette technique n'est pas une défense, mais une attaque.

Aioros voulut s'éloigner, et découvrit en être incapable : une force terrible l'attirait vers la sphère brûlante et il comprit qu'il s'agissait de la force gravitationnelle. Des blocs de roche étaient arrachés au sol et projetés dans le brasier.

Mardouk, quant à lui, s'éloigna de l'étoile. Il semblait se déplacer sans difficulté, comme si la gravité ne l'atteignait pas.

L'étoile grossit encore, devenant rouge. Le Sagittaire se demanda un instant comment Mardouk créait la matière pour alimenter son astre miniature, mais la réponse ne changerait probablement rien à la situation. Grâce à Praesepe, Aioros avait des connaissances relativement poussées en astronomie, si bien qu'il reconnaissait le phénomène cosmique que Mardouk était en train de reproduire à petite échelle.

Il enflamma son cosmos, espérant survivre à ce qui allait suivre. L'étoile parut alors se contracter légèrement, puis explosa en supernova, laissant simplement à Aioros la possibilité de se protéger derrière ses bras.

Le choc qu'il subit fut le plus violent de toute son existence. La protection de son bras droit vola en éclats, de même que les épaulières, les cuissardes et sa brassière gauche. En revanche, le torse et la couronne avaient résisté, comme si l'armure avait concentré son potentiel protecteur sur ses parties protégeant les points les plus vitaux.

Jamais encore son armure d'or n'avait subi de tels dommages et, pourtant, la technique de Mardouk ne faisait que commencer. La matière projetée dans toutes les directions par la petite supernova s'effondra de nouveau sur elle-même. Aioros dut déployer toutes ses ressources pour ne pas être aspiré, tandis que ce qui constituait l'étoile se concentrait en un point unique.

L'attraction que subissait le chevalier d'Athéna augmenta encore brusquement et il sut que Mardouk venait bel et bien de créer un trou noir miniature. L'objet disparut à ce moment-là aux yeux d'Aioros, qui comprit que celui-ci aspirait les rayons de lumière passant à sa proximité. Il voyait d'ailleurs les objets situés derrière le trou noir étrangement déformés par le fait que les rayons de lumière étaient courbés par la gravité.

Il déploya ses ailes pour essayer de s'extraire du puits gravitationnel mortel, toutefois celles-ci, qui lui permettaient d'ordinaire de traverser le monde, parvenaient à peine à le maintenir en place. Il tenta de se retenir avec ses mains, mais le sol s'effrita entre ses doigts pour être aspiré par le vortex.

- C'est inutile, dit Mardouk qui était quant à lui totalement non affecté. Tu ne pourras pas t'échapper à l'appétit dévoreur de mon trou noir. Si je ne limitais pas l'aire d'effet de son champ gravitationnel, il serait probablement capable de dévorer un pays entier. Sa masse continuera cependant d'augmenter et donc son attraction jusqu'à ce que tu cèdes, car je l'alimente avec de la matière venant d'autres dimensions. Toutefois, il est encore temps d'abandonner. Promets-moi de ne plus t'opposer à moi et je t'épargnerai.

Aioros ne prit même pas la peine de répondre, gardant toutes ses forces pour le combat qu'il menait contre la gravité, et qu'il commençait à perdre. A chaque seconde, il se rapprochait inexorablement de l'horizon des événements, la limite où le trou noir aspirait la lumière, la frontière qui le dissimulait totalement du reste de l'univers. Et surtout, du point de vue d'Aioros, la frontière entre la vie et la mort. Le chevalier réfléchit à la possibilité de rejoindre Mardouk dans la zone sauve qu'il s'était aménagée, néanmoins cela lui était tout aussi difficile que d'échapper simplement au trou noir. Il aurait pu tenter une attaque énergétique, mais celle-ci aurait elle aussi été inévitablement engloutie.

- C'est toi qui décides, reprit Mardouk devant le mutisme de son adversaire. Mais sache que quand tu auras été absorbé, ton corps sera écrasé et décomposé en un millième de seconde. Il ne restera rien de toi.

Le Babylonien attendit encore quelques secondes, comme s'il voulait laisser une dernière chance à Aioros, puis il augmenta l'intensité de son cosmos avec une expression sur le visage qui ressemblait à du regret.

L'horizon des événements commença à se rapprocher d'Aioros, signe que la taille du trou noir augmentait. Les ailes de l'armure d'or ne suffirent alors plus à compenser l'attraction et le chevalier fut inexorablement entraîné.

Tout en étant emporté, il enflammait son cosmos, lui faisant atteindre un niveau impressionnant. Lorsqu'il ne fut plus qu'à quelques centimètres de l'horizon des événements, son aura déployait une puissance encore bien supérieure à ce qu'elle avait été au moment de porter le Alchemy Light.

Du point de vue de Mardouk, Aioros apparaissait étrangement déformé à cause de la courbure imposée à la lumière par le trou noir. Le Babylonien fut impressionné par la puissance de son adversaire, probablement supérieure en cet instant à la sienne. Pourtant, cela ne suffirait pas à sauver le Sagittaire.

Ce dernier cessa alors son effort et se laissa aspirer tout entier par le trou noir, disparaissant brutalement à la vue de Mardouk.

Le Babylonien fut surpris par cet ultime renoncement de son adversaire, il aurait pensé que celui-ci aurait fait honneur jusqu'au bout à la réputation de combativité des chevaliers d'Athéna. A présent, il lui suffisait d'attendre quelques secondes pour être sûr, avant d'envoyer le petit trou noir se dissiper dans une autre dimension. Normalement, le corps du Sagittaire avait dû être pulvérisé instantanément.

Il se passa alors quelque chose d'inattendu. L'horizon des événements se mit à briller, ce qui était purement impossible.

- Qu'est-ce que... commença-t-il, mais il n'eut pas le temps de finir, avant qu'une formidable explosion ne retentisse.

Il fut soufflé comme un fétu de paille et décollé du sol. Il se rétablit difficilement en l'air pour atterrir sur ses pieds et sentit à ce moment-là quelque chose passer à coté de lui à une vitesse impossible, dépassant les limites de la science.

- Le Pas Agile d'Achille ! réalisa-t-il.

Il se rendit compte que quelque chose n'allait pas et mit une seconde à comprendre quoi : la Boîte de Pandore n'était plus sur son dos.

Il se retourna vivement et vit Aioros. L'armure de ce dernier était encore plus endommagée qu'auparavant et faisait peine à voir, son passage dans le trou noir l'ayant visiblement soumise à rude épreuve. Il s'en était probablement fallu de très peu pour que la protection ne remplisse plus son office et pour que le Sagittaire soit pulvérisé. Cependant, l'armure d'or avait tenu le temps nécessaire, et Aioros était bien là, presque indemne en dehors de ses anciennes blessures, nimbé d'un cosmos d'une puissance folle et tenant la boîte entre ses deux mains. Des cercles d'énergie dorée se formèrent autour du réceptacle et se mirent à tourner de plus en plus rapidement.

- Qu'est-ce que tu fais ?! hurla le Babylonien en chargeant son adversaire.

Mardouk vit la structure dimensionnelle se rompre autour de la boite qui disparut soudainement.

- Où l'as-tu envoyée ?! explosa-t-il en arrivant au corps à corps.

Aioros ne répondit pas, mais expédia son adversaire au sol d'un puissant coup de pied rotatif au visage.

Mardouk se releva d'un bond et se mit en garde.

- Quelle puissance ! Serait-ce cela sa véritable force ?

- Ce combat n'a plus lieu d'être. Je viens d'envoyer la Boîte de Pandore dans une autre dimension.

- Comment ? Mais je ne savais pas que tu avais de tels pouvoirs !

- Je n'en ai pas vraiment. Ce n'est qu'une imitation très grossière des capacités de Saga. L'effet en reste très limité, et je ne serais pas capable d'envoyer un guerrier digne de ce nom où que ce soit, ce qui n'est pas une limitation pour un objet inanimé. De même que je suis absolument incapable de choisir où débouchent les micros passages que je crée. Mais dans le cas présent, c'est justement un avantage.

- Quoi ?

- Chacun des cercles que tu as vu était capable de créer un passage. Il y en avait douze qui vont s'activer successivement, amenant à chaque fois la boîte à une destination totalement aléatoire. Au final, elle se retrouvera en une localisation indéterminée dans une dimension indéterminée. Quoi que tu aies mis dans cette boite, elle t'est à jamais inaccessible.

Mardouk regarda en silence son adversaire pendant plusieurs secondes cherchant visiblement à contenir sa colère.

- Comment as-tu pu échapper à mon trou noir ? demanda-t-il finalement.

Il ne s'attendait cependant visiblement pas à ce qu'Aioros réponde, puisqu'il poursuivit.

- Tu disposes forcément d'une technique encore beaucoup plus destructrice que ton Alchemy Light, une attaque si terrifiante qu'elle a détruit mon trou noir. Mais si tu disposes d'une telle puissance, cela veut dire que tu aurais pu me battre au moment de ton choix ou presque depuis le début de notre affrontement. Contrairement à ce que tu disais, tu ne t'es toujours pas résolu à me prendre la vie, n'est-ce pas ? Tu espères toujours pouvoir me neutraliser sans avoir à me tuer avec cette ultime attaque secrète ?

Aioros hocha la tête.

- En effet, j'espère ne pas avoir à vous tuer. La Boîte de Pandore vous est perdue, et si j'en crois mes perceptions cosmiques, Dohko est sur le point de terrasser Sophia. Vous n'avez plus de moyen de réaliser votre plan. Et, comme vous l'avez deviné, j'ai le moyen de vous terrasser, d'autant plus que comme j'ai utilisé mon attaque derrière l'horizon des événements, je pourrais l'utiliser une seconde fois sans que vous ne sachiez rien à son sujet. Alors, allez-vous enfin entendre raison ?

- Non.


*             *             *             *             *             *             *             *


Plus le combat avançait et plus son impuissance s’imposait aux yeux de Sophia. Les mensonges du vieux chevalier d’or étaient-ils parvenus à semer le doute dans son esprit, l’empêchant d’user pleinement de sa force ? Ou alors était-il envisageable que Dohko ait simplement dit la vérité ?

Après un nouvel enchaînement de coups facilement contenu par son adversaire, Sophia s’arrêta d’attaquer et regarda le vieux maître avec une expression de totale incompréhension.

- Tu… Tu prétends que j'aurais épuisé l'Ichor qui coule dans mes veines ?

- Oui, c'est ce que je pense. A la naissance, la principale différence entre un dieu et un mortel est la nature de leur sang. Entre autre vertu, l'Ichor divin garantit l'immortalité. C'est pourquoi, dans leur corps divin, les dieux sont éternels et quasiment invulnérables.

Le vétéran avait croisé ses bras derrière son dos, et parlait d'une voix calme et posée, comme s'il faisait la leçon à un élève.

- En revanche, lorsque les Olympiens se réincarnent dans des corps humains, leur cosmos transforme le fluide vital du corps d'accueil en un liquide possédant presque l'intégralité des caractéristiques de l'Ichor. S'il ne mourrait pas la plupart du temps à la guerre, un dieu pourrait ainsi probablement vivre plusieurs siècles dans un corps d'accueil qui serait virtuellement équivalent à sa véritable enveloppe et augmenterait donc encore ses capacités. Le cosmos divin entretient l'Ichor, qui lui-même renforce la vitalité de ce cosmos, c'est un système autorégulé et autoalimenté... pour un dieu.

- Vous voulez dire...

- Oui, tu possèdes le simili Ichor créé par Athéna lorsqu'elle s'était réincarnée dans ton corps, mais tu ne disposes pas naturellement le cosmos pour le renouveler et compléter le cycle. Tu as commencé à tirer sur tes réserves, dès le jour où Mardouk t'a libérée de ton cercueil de glace. Sans doute d'ailleurs m'aurais-tu vaincu avec la force dont tu disposais alors. En poussant ton cosmos au maximum, en invoquant la puissance de l'Egide, tu as dilapidé le fluide magique qui coulait dans tes veines. Tu es en train de redevenir une humaine ordinaire.

- Non, je le refuse !

- Tu as la chance de pouvoir réellement débuter une nouvelle vie, totalement libérée de l'influence qu'ont eu Athéna et le Sanctuaire, puis Mardouk, sur ton existence.

- Même si je dois redevenir humaine, j'utiliserai mon Ichor jusqu'à la dernière goutte pour te vaincre !

Elle se lança à nouveau à l'assaut, tentant de frapper le vieux guerrier de ses poings comme pour lui prouver qu’il avait tord. Celui-ci dévia néanmoins aisément les coups sans reculer d'un centimètre.

- Très bien, tu ne me laisses donc pas le choix.

Dohko contre-attaqua soudainement, franchissant à l'envie la garde de la jeune femme, et touchant plusieurs de ses centres nerveux, crispant ses muscles et la paralysant.

- Maudit ! parvint-elle à articuler.

La Balance frappa alors avec son index et majeur droits joints, transperçant la peau de Sophia en neuf points. Le sang commença à s'écouler des blessures, et l'ancien réceptacle divin sentit instantanément que quelque chose se passait.

- Que... Que m'avez-vous fait ?

- J'ai frappé tes points étoilés. Chez les chevaliers, ces points correspondent à leur constellation protectrice. Chez les personnes ordinaires, et comme chez les chevaliers d'or par voie de conséquence, ils représentent les étoiles de leur signe zodiacal. Comme tous les corps empruntés par Athéna, tu es vierge ascendant vierge, tes points étoilés dessinent donc sur ton corps la configuration de la sixième constellation du zodiaque. L'Ichor, qui est une substance étrangère, à l'origine, à ton organisme, va à présent s'échapper par ces blessures. Libérée de ce poids et de cet héritage qui n'est pas le tien, tu vas pouvoir enfin commencer une nouvelle vie. Tu n'auras plus à être impliquée dans cette guerre.

- Espèce d'hypocrite, vous vous moquez royalement de ce que sera ma vie à l'avenir, répliqua-t-elle d'une voix affaiblie par la perte de sang. J'avais choisi de suivre Mardouk, car je croyais en lui et après m'avoir volé ma jeunesse et enfermée pendant deux siècles, vous me retirez à présent la possibilité de combattre pour mes convictions !

- N’oublie pas que les idées du Babylonien sont les seules auxquelles tu as été exposée de toute ton existence propre, il est normal que tu y aies adhéré sans te poser de question. Même si ses intentions sont à l'origine louables, Mardouk doit être stoppé. Et tu te trompes sur le fait que je me désintéresse de ton futur.

- Menteur... souffla-t-elle avant de perdre connaissance.

Dohko la rattrapa, l'allongea sur le sol, avant de porter son attention sur le sang qui s'écoulait des blessures. En se concentrant, il pouvait discerner le cosmos dégagé par l'Ichor. Cela devint de moins en moins perceptible, jusqu'à ce que le sang sortant des plaies soit presque totalement ordinaire. Le vieux pressa alors un point vital, contrôlant la circulation sanguine, situé sur la poitrine de Sophia avec son index droit. Les hémorragies cessèrent presque instantanément, puis il prit son pouls.

Elle était toujours vivante, Dohko lui ayant laissé juste assez d'Ichor pour survivre à la perte de sang. Les derniers vestiges du fluide divin encore présents dans le corps de la jeune femme devraient achever de s'épuiser pour régénérer les blessures.

- Tu ne me pardonneras sans doute jamais, mais j'ai fait pour le mieux. Ma seule alternative aurait été de te tuer...


*             *             *             *             *             *             *             *


Khamakhya et Quetzalcóatl savaient qu'ils faisaient à présent face à l'aîné de la nouvelle génération de chevaliers d'or, le plus expérimenté et le plus puissant avec Aioros du Sagittaire.

Même à deux contre un, la plus extrême des prudences était de mise, d'autant plus qu'ils devaient conserver suffisamment de force pour encore vaincre le Grand Pope derrière.

Le seul élément rassurant était que le grand Grec semblait lui aussi marqué par des combats précédents, et n'était donc certainement pas plus frais qu'eux.

Ils attaquèrent de concert, tentant de prendre leur opposant sur deux fronts.

Saga bloqua d'abord les coups du Toltèque avec aisance, tout en déviant les sabres de l'Indienne, puis contre-attaqua de façon fulgurante. D'un seul coup de poing dans le bas du ventre, il envoya Khamakhya au sol, pliée en deux.

Il se tourna ensuite vers Quetzalcóatl, et projeta des millions de jets de lumière dorée sur ce dernier.

Celui-ci esquiva ou para d'abord les coups avant d'être submergé et projeté en arrière sur plusieurs mètres.

Khamakhya se releva en faisant exploser son cosmos.

-PARVATI TERROR BLADE ! hurla-t-elle en tranchant l'air devant elle avec ses armes.

D’innombrables lames d'énergie filèrent vers le chevalier des Gémeaux qui sembla rester immobile face au danger. Il contra finalement au dernier moment avec ses rayons d'énergie qui détruisirent totalement l'assaut adverse.

Quetzalcóatl se replaçait aux cotés de son alliée au moment où le Grec fit exploser son cosmos, créant une onde de choc qui fit reculer ses deux adversaires.

- Quelle force ! s'exclama Acatl. Nous allons devoir utiliser nos meilleurs coups contre lui, nous ne pouvons pas nous permettre de garder des réserves pour le Grand Pope.

- Je vous l'ai dit, jamais vous n'approcherez du Grand Pope, constata Saga d'un ton posé. Renoncez à présent, sinon mon prochain coup risque bien de tuer l'un de vous deux.

- Tu crois pouvoir nous faire peur aussi facilement ! explosa l'incarnation de Kali. Je suis l'incarnation de la justice par la terreur !

- Khamakhya, attends... voulut intervenir Quetzalcóatl, mais elle n'écoutait plus.

Le cosmos de l'Indienne augmenta jusqu'à un niveau qu'elle n'avait pas encore montré précédemment.

- Kali est le visage martial de Brahman, la puissance suprême de l'univers ! Tu n'es rien face à cela !

Saga crut distinguer une silhouette massive dans les émanations énergétiques, sans doute l'ombre de Brahman. Le chevalier avait déjà vu des cosmos prendre des formes correspondant au signe des guerriers les déployant, mais jamais cela ne lui avait paru aussi réel. Il avait réellement l’impression d’être contemplé, tel un insecte, par une divinité gigantesque.

Les dalles de pierre du temple du Scorpion se fendirent, puis volèrent en éclats autour de la guerrière, forçant Quetzalcóatl à s'écarter.

Toute l'énergie concentrée par Khamakhya explosa avec une violence inégalée.

- MAHADEVI EVIL DEMON TERROR !

Une vague de destruction primale déferla sur le chevalier des Gémeaux, qui vit les atomes de l'air et du sol s'autodétruirent, avant même que le coup ne les atteigne, comme par anticipation d'une fin inéluctable.

Devant ce spectacle, lui-même sut que sa dernière heure était arrivée, et que rien ne saurait le soustraire à la terrible sanction de Kali. Alors à quoi bon résister et pourquoi ne pas se laisser frapper de plein fouet ?

Mais cela ne dura qu'une infime fraction de seconde, le temps que la force d'esprit du Grec ne balaye la suggestion mentale de son adversaire. Saga comprit que le déploiement de puissance spectaculaire de l'Indienne était destiné à faire passer inaperçu le fait que cette technique était également psychique, un guerrier plus facilement manipulable aurait totalement baissé sa garde.

Néanmoins, cela n'avait aucune chance de succès sur un chevalier d'or de son niveau. Le cosmos du Grec explosa à son tour un millionième de seconde avant qu'il ne soit touché, et il parut frapper à main nue la vague destructrice qui déferlait sur lui.

Sa contre-attaque foudroyante balaya l'assaut adverse, puis atteignit Khamakhya de plein fouet, faisant exploser sa maigre protection comme du verre.

Déterminée et au summum de sa puissance l'instant d'avant, l'incarnation de Kali gisait à présent au sol, baignant dans son sang.

- Galaxian Explosion, dit Saga en rabaissant son poing.

Quetzalcóatl regardait bouche bée l'endroit où son alliée s'était écrasée.

- C'est à peine croyable... Tu n'es pas censé être aussi fort !

- Cette journée m'a beaucoup appris, répondit Saga. Par deux fois, j'ai fait preuve de suffisance, et par deux fois seule une part de chance m'a permis de survivre. Il est temps pour moi d'assumer pleinement mon statut d'aîné de cette génération, et de guider par l'exemple mes jeunes frères d'armes.

Quetzalcóatl ne doutait effectivement pas que cette démonstration devait avoir impressionné au plus haut point Milo et Aldébaran, qui bien qu’incapables de continuer la bataille n'en avaient rien raté.

- Mon poing rendra dorénavant la justice sans la moindre hésitation !


*             *             *             *             *             *             *             *


- Vous vous faites appeler Mani, n'est-ce pas ? demanda Shaka à son adversaire. Vous vous prétendez donc le descendant du prophète venu de Ctésiphon, que l'on qualifiait de Bouddha de l'Ouest et de Jésus de l'Est ?

- Oui, je suis effectivement son incarnation.

- Je sais que le premier Mani s'était attiré de nombreuses inimitées lorsque la doctrine qu'il prêchait, un syncrétisme d'autres mouvements de pensée, avait commencé à concurrencer significativement les religions déjà établies. Il a été jugé comme hérétique et emprisonné.

- Mais son enseignement n'a pas disparu avec lui. Ses disciples se sont réfugiés dans le désert et ont protégé ses réincarnations successives, jusqu'à moi.

- Dommage que nous devions nous affronter alors, j'aurais préféré avoir une confrontation plus... philosophique. Néanmoins, vous être fait passer pour Lui afin de me tromper est un blasphème impardonnable.

- Nous n'avons pas besoin de nous combattre, répliqua Mani. Toutes les choses que je vous ai dites pour vous faire passer de notre côté étaient vraies. Si vous n'utilisiez pas votre Tenpo Rinin pour supprimer le doute de votre esprit vous le verriez sûrement.

- Non, vous ne m'avez présenté que votre point de vue biaisé sur la situation. Le Sanctuaire a lui aussi des torts, mais il a plus de chances de pouvoir protéger le monde sur le long terme que vous, même si votre combat a certains côtés nobles.

- Vous vous trompez, votre Sanctuaire s'est rendu coupable de crimes aujourd'hui alors que nous n'avons jamais recherché qu'à améliorer le monde ! Vous êtes le Mal alors que nous sommes le Bien !

- La situation n'est pas aussi tranchée que ça. Bien et Mal sont des notions abstraites et non définitives. Le Sanctuaire et votre groupe incarnent des visions de la Justice différentes, mais qui visent toutes les deux à faire le Bien.

- Mensonge ! Nous incarnons le Bien, si vous vous opposez à nous, vous ne pouvez donc être que le Mal !

Shaka regarda un moment en silence son adversaire avant de reprendre d'un ton agacé :

- Finalement, je ne vais pas regretter de ne pas avoir de débat philosophique avec vous. Votre vision est simpliste, et vous ne semblez avoir retenu de votre doctrine, le manichéisme, qu'une interprétation limitée et proche de la lecture caricaturale qu'en faisaient les détracteurs du prophète original. Peut-être êtes-vous encore trop jeune...

- Je suis plus âgé que vous !

- Certes, mais cela n'empêche pas que vous semblez avoir troqué la richesse des idées de votre ancêtre contre une vision binaire des choses, sans la moindre nuance. Cela n'est peut-être pas que votre faute, je suppose que l'isolement dans lequel votre ordre a été plongé pendant des siècles a dû participer à cet état de fait. Sans brassage des idées, votre héritage s'est petit à petit dilué, et sans remise en cause de mauvaises interprétations sont devenues des vérités.

- Comment osez-vous !

Le cosmos du prophète s'intensifia.

- RETURN OF THE LIGHT !

Le cosmos de Mani engloba celui de Shaka, et commença à le distordre, puis à l’étirer dans toutes les directions. L’Indien constata avec étonnement que, sous l’influence de Mani, ses sens devenaient encore de plus en plus aiguisés, lui donnant une perception presque parfaite de tout ce qui l’entourait.

- Ma doctrine repose sur la séparation du monde entre deux principes : le monde du Bien et de la lumière, et celui du Mal et des ténèbres. A l’origine, ils étaient séparés, mais les ténèbres parvinrent à pénétrer le monde de lumière, et l’homme fut créé en conséquence. Si notre corps appartient aux ténèbres, notre âme est de lumière. Je vais à présent remodeler ton cosmos, l’étendre au maximum, jusqu’à ce que tes perceptions englobent tout l’univers et que ton esprit entre en harmonie avec le carma collectif des âmes humaines qui se sont élevées au-dessus de la prison de la matière. Tu mourras alors, mais tu auras connu l’illumination.

Bien que son adversaire soit en train d’essayer de le tuer, le chevalier de la Vierge ne pouvait s’empêcher de trouver l’expérience intéressante. Sa conscience commençait bel et bien à se fondre avec l’univers, et sans doute un esprit non préparé se serait-il noyé dans cette immensité. Néanmoins, le gardien de la sixième maison n’appartenait pas à cette catégorie.

- Cela est une plaisanterie, bien sûr, fit alors Shaka d'un ton calme.

- Comment ?

- Autant vos dons de manipulation mentale sont exceptionnels et dignes d'éloge, autant cette technique est ridicule.

- Quoi ?

- Je vis selon les préceptes de Bouddha depuis ma conception, je maîtrisais déjà la plupart des techniques de méditation les plus élaborées à ma naissance. Les sensations que votre technique essaie d’induire en moi, je les expérimente depuis des années et je parviens à une symbiose bien plus profonde avec l’univers, sans pour autant m’y perdre. Je me sens même profondément insulté par le fait que vous ayez pu penser ne serait-ce qu'une seconde que cela pourrait marcher contre moi.

Le cosmos doré du chevalier se déploya alors, brisant nette la structure énergétique de l'attaque adverse, puis se rétracta à son état initial.

- Je ne peux pas le croire ! lâcha Mani, décontenancé.

- Il est temps à présent pour vous de découvrir le pouvoir de Shaka de la Vierge ! RIKUDO RINNE !

Le jeune prophète ne put rien faire pour échapper à l'attaque qui le frappa de plein fouet. Il ferma les yeux au moment de l’impact, et fut surpris de ne ressentir aucune douleur. Il rouvrit les yeux et découvrit qu'il ne se trouvait plus dans la maison du Scorpion, mais semblait dériver dans le néant, ne discernant que six sources de lumière à des distances indéterminées.

- Où... Où suis-je ?

- Mon coup a ouvert les portes des Six Mondes de la Métempsychose, dit la voix désincarnée de Shaka qui paraissait venir de toutes les directions.

- Les Six Mondes ?

Mani connaissait les croyances bouddhiques relatives aux six plans d'existence où l'âme d'un mort pouvait échouer selon la vie qu'il avait mené : l’enfer, le monde des bêtes, le monde des démons, le monde Asura, le monde des hommes, et le paradis.

- Vous avez projeté mon âme sur le seuil des Six Mondes ? Seriez-vous un dieu ?

- Non, mais je suis le mortel à en être le plus proche. D'ordinaire, la destination finale d'une âme reste indécise jusqu'au dernier moment, mais dans ton cas il n'y a pas de place au doute.

Une des six lumières commença alors à briller avec plus d'intensité, puis Mani se sentit tomber dans sa direction à une vitesse vertigineuse.

- Tu prétendais tout à heure que les frontières entre le Bien et Mal sont nettes et inaltérables, et tu vas avoir l'occasion de tester cette vision des choses. Là où tu vas, seul le Bien est toléré et la moindre pensée mauvaise te précipitera aux Enfers.

La lumière submergea l'âme de Mani qui disparut dans un hurlement.

- Bienvenu au Paradis, conclut Shaka en contemplant le corps inanimé de son adversaire qui gisait, à jamais privé d'esprit, sur les dalles de pierre de la maison du Scorpion.


*             *             *             *             *             *             *             *


Le combat opposant Janus et la symbiose entre Stellio et les Premiers était digne de l'affrontement mythologique entre les Titans et les Olympiens.

Chaque coup échangé faisait trembler le sol et pulvérisait des bâtiments entiers. Le centre-ville cairote état devenu le champ de bataille des deux ennemis qui semaient chaos et destruction sur leur passage.

Si ce qui restait d'humain en Stellio éprouvait encore une gêne devant les victimes collatérales malgré sa quasi-folie ; la haine irraisonnée de sa moitié Première emportait cette dernière réserve. Plus rien ne comptait d'autre que d'anéantir l'ennemi.

- MAVROU TRIPA ! hurla Stellio en déclenchant son arcane dont la puissance et la complexité étaient décuplées. Des maisons furent soufflées comme des châteaux de cartes et les corps des badauds suffisamment malheureux pour être dans la vaste aire d'effet démembrés.

Janus tenta d'esquiver en se réfugiant dans un passage dimensionnel, mais, alors que celui-ci allait se refermer derrière le dieu qui se trouvait dans un monde intermédiaire, ce dernier vit les mains de son adversaire saisir la structure même des réalités et forcer la réouverture.

Surpris, la divinité défigurée subit l'attaque adverse de plein fouet ce qui la fit durement chanceler.

Janus tenta alors de semer son ennemi en changeant plusieurs fois rapidement de monde, néanmoins Stellio le suivit à la trace en ouvrant à mains nues des brèches entre les univers pour ne pas lui laisser la moindre seconde de répit.

Conscient qu'il ne parviendrait pas à distancer son adversaire, Janus revint à leur point de départ et décida de prendre l'initiative. Il attaqua au corps à corps, d'abord de façon conventionnelle, puis au fur et à mesure que son cosmos augmentait, en utilisant ses capacités dimensionnelles.

Un halo de lumière noire nimba les avant-bras de la divinité. L'effet de la technique était de faire exister les poings de Janus sur plusieurs plans d'existence simultanément tout en pliant l'espace-temps, si bien que chaque fois qu'il frappait, son poing s'abattait de plusieurs directions à la fois sur sa cible.

Chaque coup porté engendrait ainsi un nombre sans cesse croissant d'impacts.

La vitesse à laquelle le dieu attaquait augmenta également sans cesse jusqu'à ce qu'il cessât de porter les coups pour projeter des vagues d'énergie destructrices.

Stellio faisait de son mieux pour résister à la furie de son adversaire, pourtant il commençait à plier inexorablement sous les coups. Ceux-ci passèrent de plusieurs millions par seconde à plusieurs centaines de millions, puis plusieurs dizaines de milliards jusqu'à devenir quasiment innombrables.

A ce moment-là, l'ancien chevalier d'argent avait déjà abandonné depuis longtemps toute idée de parade ou d'esquive, pour se blottir du mieux possible en protégeant ses points vitaux.

Il fit vibrer son corps à haute vitesse de façon à créer un champ protecteur juste à la surface de sa peau, la version ultime de son champ de protection. Simultanément, sa partie Première renforçait autant que possible la solidité de sa chair cristalline.

- Misérables, comment avez-vous pu croire une seule seconde que vous pourriez tenir face à moi ! hurlait Janus tout en multipliant les attaques. Je suis un dieu !

Stellio savait qu'il ne pouvait pas rester dans cette situation. Malgré sa double protection, il sentait de plus en plus la violence des coups, et que la divinité ne faiblirait pas jusqu'à les avoir réduits en morceaux.

Il fit exploser son cosmos pour intensifier les vibrations de son corps. Cela eut pour effet d'augmenter la surface de sa protection, l'effet étant similaire à une onde de choc partant dans toutes les directions. Janus fut frappé de plein fouet, si bien que, même s'il ne subit pas de dégât mais fut simplement repoussé et déséquilibré, ses assauts cessèrent brusquement.

Conscients que ce tour ne marcherait pas deux fois, et que s'ils laissaient Janus recommencer tout serait fini, l'ancien Lézard et la somme des Premiers mirent toutes les forces qui leur restaient dans leurs coups.

Les impacts que reçut le dieu, sans pouvoir réagir, firent trembler le sol tels des séismes le centre-ville cairote étant réduit en gravats. Stellio frappait chaque coup comme s'il s'agissait du dernier, parvenant enfin à endommager véritablement la protection adverse et à marquer la peau divine de nouvelles plaies. Pourtant, petit à petit, le dieu commençait à reprendre pied et à dévier ou éviter des coups. La vitesse des attaques de l'être symbiotique baissait en outre à vue d'oeil.

- Ton temps est presque écoulé, lâcha Janus.

Stellio vit que son corps commençait à se couvrir de tâches rouges suintantes. La dégénérescence, conséquence de l'énergie fabuleuse née de la convergence des Premiers, avait commencé.

- Non, ce n'est pas possible, nous ne pouvons pas disparaître comme ça ! Pas après tous ces sacrifices ! pensa Stellio.

- Nous ne pouvons rien de plus. Il est trop puissant, répondit la somme des Premiers.

Le dieu avait totalement repris le contrôle des opérations, esquivant à présent sans problème les assauts adverses et recommençant à frapper en pliant l'espace selon ses désirs.

- Fini de jouer, maintenant ! hurla Janus en intensifiant ses attaques ce qui fit comprendre à son ennemi que la divinité avait été très loin de se battre à son maximum jusque-là.

La chair cristalline de l'ancien Lézard, déjà affaiblie par la dégénérescence, se brisait de plus en plus à chaque impact, menaçant de ne plus remplir sa fonction de protection des centres vitaux à très court terme.

- Déesse Athéna, accordez-moi votre grâce ne serait-ce que pour une seconde ! cria Stellio dans la tourmente qui s'abattait sur lui.

Il perçut alors que plusieurs passages dimensionnels s'ouvraient tout autour de lui. Il n'avait pas besoin de regarder pour comprendre que Janus préparait un nouveau Universe Birth, mais cette fois-ci de plusieurs directions à la fois, pour en finir.

- Idiot, crois-tu vraiment que ta déesse t'aiderait ? Il faudrait déjà qu'elle soit incarnée à cette époque, et surtout qu'elle te considère encore comme un de ses serviteurs !

L'ancien chevalier d'argent savait que son adversaire parlait juste malgré la cruauté de cette vérité. Il s'était complètement perdu dans cette quête de vengeance, oubliant en route son code moral et allant jusqu'à assassiner Jason de ses mains. Que restait-il du maître-chevalier respecté de tous ? Une loque à l'intégrité physique et mentale corrompue.

Janus rompit alors le corps à corps, et prit ses distances pour lancer sa dernière attaque.

- Non ! J'ai peut-être commis toutes les erreurs possibles... Mais au moins je mourrai en chevalier !

Son cosmos explosa et un miracle s'accomplit. Stellio réalisa alors ce après quoi il avait couru toute sa vie, combla cette frustration qui l'avait toujours habité.

Sa consécration : pendant une fraction de seconde, il atteint le septième sens.

L'effet régénérateur de la découverte de l'ultime cosmos suspendit les effets de la dégénérescence, guérissant même presque intégralement les tâches rouges.

Et surtout, la puissance de l'être symbiotique fut sublimée.

- Voilà donc la puissance du septième sens des serviteurs d'Athéna ! s'exclama la somme des Premiers.

- Disparaît misérable ! UNIVERSE BIRTH !

Janus avait ouvert en tout six passages dimensionnels, donnant sur un unique proto-univers de taille supérieure au premier. Sans doute le dieu avait-il sélectionné un bébé univers de la taille maximale pouvant être activée par sa technique. La réalité en devenir explosa à son tour en Big Bang dans toutes les directions, le souffle d'énergie et de matière s'engouffrant dans les six ouvertures pour converger sur sa cible au moment précis où celle-ci s'élançait. A partir de là, tout se déroula en moins d'un millionième de seconde.

Au moment du déclenchement du coup averse, Stellio avait dix mètres à parcourir pour atteindre son ennemi. Le Universe Birth le frappa de plein fouet au bout de quatre.

La peau cristalline, bien que régénérée et renforcée par le septième sens, explosa en grande partie à l'impact. Pourtant, Stellio et le Premier n'avaient pas renoncé et continuaient à avancer. A chaque centimètre parcouru, la peau et la chair étaient de plus en plus arrachées par le souffle cosmique, pourtant ils approchaient inéluctablement de leur cible.

Lorsqu'ils émergèrent finalement du chaos qu'avait déchaîné le dieu sur eux, il ne restait du corps de Stellio qu'une carcasse presque totalement décharnée, un peu de chair brûlée tenant encore sur le squelette.

Animé par une volonté inébranlable, le cadavre ambulant fondit sur sa proie telle la Mort venant réclamer une victime. Pour sa part, Janus resta sans réaction, estomaqué par le fait que son adversaire ait pu survivre à sa technique.

Stellio frappa d'un simple coup de poing qui transperça l'armure divine en pleine poitrine. Puis, le cosmos magnifié par le septième sens et renforcé par les Premiers explosa une dernière fois.

- MAVROU TRIPA ! hurla le mort-vivant en déclenchant son attaque à bout portant.

Le plastron de la protection explosa presque entièrement, et Janus fut emporté par un tourbillon d'une violence inouïe qui voulait déchiqueter son corps et le souleva droit dans le ciel jusqu'à la limite de l'atmosphère terrestre.

Lorsque l'énergie de l'assaut se dissipa finalement, la divinité, à la limite de l'inconscience, chuta comme une masse de près de soixante mille mètres de hauteur.

Elle s'écrasa comme un météore à plusieurs pays de son point de départ, en plein Sahara, creusant un profond cratère.

A ce moment-là, cela faisait déjà plusieurs minutes que le corps de Stellio s'était écroulé, sans vie. L'ancien chevalier d'argent du Lézard avait commencé son voyage vers le domaine d'Hadès tandis que la race des Premiers s'était définitivement éteinte.

L'Allemand Rudy n'avait rien raté du dénouement de ce combat titanesque. Suivant Ses ordres, il était arrivé sur les lieux au moment où Janus avait utilisé pour la première fois son Universe Birth. Après avoir mis à l'abri le corps inconscient du troisième chevalier, il avait assisté au duel tout en évacuant autant d'habitants que ses pouvoirs le lui permettaient. Certains seraient certainement surpris de se retrouver en pleine campagne, mais c'était pour le mieux. L'Allemand ne préférait pas penser au casse-tête que constituerait le fait de donner au monde une explication crédible à ce désastre.

Il suivit ensuite la trajectoire de Janus jusqu'à sa chute grâce à ses pouvoirs, puis, caché derrière un sortilège d'invisibilité, observa sans surprise le dieu se relever péniblement au fond du cratère. Même Elle n'avait pas été capable de l'éliminer définitivement, le serviteur d'Athéna ne pouvait donc pas réussir, quelles que soient sa rage et sa volonté.

Le dieu des Portes était pourtant sans doute passé très près de la mort. L'Ichor s'écoulait abondamment de plusieurs nouvelles plaies qui concurrençaient en laideur les anciennes, son armure était une ruine et il semblait avoir un bras cassé.

- Maître... gémit la divinité blessée. J'ai... besoin...

Rudy vit Janus utiliser ce qu’il lui restait de cosmos pour ouvrir un passage dimensionnel.

- Elle avait raison ! Il va retourner lécher ses plaies auprès de son maître. Ces chevaliers ne sauront jamais ce qu'ils ont rendu possible !

Il suivit aussi discrètement que possible le dieu entre les mondes, même si dans son état ce dernier n'avait que peu de chances de le remarquer.


*             *             *             *             *             *             *             *


Il avait fallu de longues minutes à Akiera pour trouver la motivation de se relever. Toutefois il était conscient que rester immobile revenait à se laisser entraîner par la torpeur de la mort. Ses bras étaient encore gelés et inutiles, le reste de son corps subissait toujours les effets du froid auquel il avait été soumis, mais il survivrait.

Il lui tardait de connaître la chaleur réparatrice du volcan de l'île de Canon...

Il fit quelque pas en titubant, puis s'arrêta. Son intuition aiguisée de chevalier lui disait que quelque chose n'allait pas, sans qu'il soit capable de mettre le doigt sur quoi. Les secondes passèrent et le sol se mit soudainement à trembler et l'air à vibrer.

- Qu'est-ce que... ?

Et alors il entendit une voix, légèrement déformée, assourdie, et qui semblait résonner de plusieurs direction à la fois, mais parfaitement reconnaissable.

- AURORA... disait la voix de Gienah.

- C'est impossible ! cria l'androgyne.

Il regarda partout autour de lui, sans voir l'adversaire qu'il pensait avoir vaincu.

- ...THUNDER...

L'ancien chevalier d'or enflamma ce qui lui restait de cosmos, se préparant à encaisser.

- ... ATTACK ! finit Gienah en réapparaissant juste sous le nez d'Akiera.

Celui-ci avait eu l'occasion d'observer cette attaque, cependant ainsi frappé à bout portant il ne pouvait pas faire de miracle.

Il parvint malgré tout à esquiver le plus gros du choc, mais fut tout de même expédié sur des arbres qui, gelés par l'air froid, explosèrent à son contact.

Le froid avait encore progressé dans son corps, et la chaleur de son cosmos doré ne suffisait plus à l'empêcher de grelotter et de trembler, pourtant il parvint à se relever pour faire face à celui qui était revenu d'une autre dimension.

- Ma proposition d'épargner ta vie tient toujours, dit Gienah. Néanmoins, c'est probablement la dernière fois que je la formule. C'est à prendre ou à laisser.

- Comment t'es tu échappé de l'autre dimension ? demanda Akiera d'une voix faible. Tu ne possèdes pourtant pas le pouvoir de voyager entre les mondes.

- Je pensais moi aussi que non... Mais il se trouve en fait que si, même si cela me demande un effort extrême d'utiliser mes capacités dans ce but. Tu es probablement depuis très longtemps conscient d'un fait que je n'ai compris que lorsque tu m'as expédié dans cet autre monde. Toutes ces dimensions, auxquelles ta technique donne accès, sont en fait superposées les unes sur les autres, occupant le même espace.

La seule chose qui les distingue, et les permet de coexister ainsi sans se mélanger, est un mode de vibration caractéristique pour les atomes et les particules. La fréquence de vibration de ces composants suffit ainsi à définir la dimension où l'on se trouve. D'ordinaire, mon pouvoir de chevalier des glaces me permet de modifier la vitesse du mouvement des atomes dans mon environnement. Face à la nécessité, j'ai découvert que j'étais aussi capable de modifier la fréquence de vibration des atomes de mon propre corps. Cela m'a permis de littéralement me téléporter d'un monde à un autre.

- Il n'aurait pas pu faire ça sans le septième sens... Il s'adapte trop vite à ses nouvelles capacités, si seulement j'avais l'usage de mes bras !

Bien que ne voyant aucune solution pour obtenir la victoire, c'est en souriant qu'Akiera répondit à la proposition de son adversaire.

- Cette offre d'épargner ma vie... J'ai bien peur d'avoir la tête trop dure pour accepter.

- A ta guise, répondit Gienah. Le contraire m'aurait étonné de toute façon.

Le cosmos de l'ancien chevalier noir commença à augmenter d'intensité de plus en plus rapidement, atteignant un niveau qu'Akiera n'avait que rarement observé.

- Il est temps pour moi de cesser d'utiliser mes techniques de chevalier de bronze, ou d'emprunter celles de mon élève. Je vais te vaincre en déchaînant sur toi une nouvelle attaque qui aurait été digne de mon statut de chevalier d'or !

- Je ne veux pas mourir, pas comme ça !  Je ne veux pas quitter ce monde sans avoir accompli ces grandes choses dont je rêvais enfant ! Je veux encore revoir mon fils... Je veux encore revoir Lyn !

L'ancien chevalier d'or enflamma à son tour son cosmos à son paroxysme. Ne voyant pas de solutions en attaque, il commença par la défense, créant autour de lui un complexe réseau de douze singularités destinées à détourner les assauts adverses.

- Il est prévenu et cela sera moins efficace que la première fois, mais il va s'amuser avant de parvenir à contourner cette défense.

Gienah avait effectivement vu la manœuvre, mais ne semblait pas s'en inquiéter. L'air se refroidissait de plus en plus, tandis que son aura était de plus en plus brillante.

- Tu sais forcément que l'univers est né du Big Bang, voici quinze milliards d'années, dit-il. Depuis, l'univers est en expansion et sa température n'a cessé de descendre après l'instant zéro. Dans des milliards de milliards d'années, il aura épuisé toutes ses ressources et se sera tellement dilaté que sa température deviendra nulle. L'univers ne sera alors plus qu'un grand cimetière d'astres morts et glacés.

Akiera ne portait pas réellement attention au discours de son ennemi, continuant à réfléchir à une solution sans en trouver. Toutes ses attaques énergétiques telle la Galaxian Explosion étaient inutilisables, ses illusions ne lui offriraient qu'un sursis, et quelle que soit la dimension où il enverrait son opposant, ce ne serait qu'une question de temps avant que celui-ci n'en revienne.

- Une question de temps ? Mais oui, bien sûr !

Les deux cosmos augmentèrent encore brutalement, atteignant leur apogée.

- Adieu Akiera ! END OF ENTROPY !

- ANOTHER DIMENSION !

Deux ondes demi sphériques partirent du corps de Gienah, la seconde ayant quelques millièmes de seconde de retard sur la première.

La première onde gelait instantanément les atomes de l'air, du sol ou de la forêt, quand elle les rencontrait. Leur entropie était totalement annulée, ce qui correspondait au zéro absolu que Gienah parvenait à reproduire, grâce à ses pouvoirs de chevalier des glaces artificiellement amplifiés par le fait qu'il envoyait une partie de la chaleur à annuler dans une autre dimension.

Venait ensuite la deuxième onde de choc, qui exploitait le fait que les interactions atomiques étaient neutralisées par le froid pour faire exploser les atomes.

Un grand vide prenant la forme d'un demi hémisphère se créa ainsi devant le l'ancien chevalier noir, au fur et à mesure de la progression de l'End Of Entropy.

De son côté, Akiera avait tout d'abord localisé le corps inconscient de Camus pour qu'un passage dimensionnel l'emmène à l'abri dans une autre dimension, où il irait le récupérer plus tard, puis il avait déclenché la plus puissante Another Dimension de sa vie, encore plus impressionnante que la double qu'il avait invoquée contre Talos. Le passage était si large, qu'il prenait tout le ciel, et son souffle absorbant si fort, qu'il déracinait les arbres.

La End of Entropy n'ayant pulvérisé le sol que devant lui, Gienah put s'y solidariser comme précédemment en entourant ses pieds d'une couche de glace. Il créa en outre de nouveau un grand mur de glace entre lui et le passage dimensionnel, qu'il ne pouvait malgré tout pas totalement boucher du fait de son gigantisme.

Les deux ondes de choc parvinrent finalement jusqu'au réseau de singularités d'Akiera. Celles-ci déformèrent les deux ondes de façon à laisser l'androgyne à l'abri, les vagues de destruction contournant leur cible ou s'enroulant autour des singularités. Pendant quelques instants, les attaques et défenses de chacun parurent se neutraliser.

- Qu'espères-tu accomplir avec cette Another Dimension ? lâcha Gienah tandis que l'équilibre se maintenait. Tu sais que je suis capable d'en revenir à présent !

- Tu as été capable de revenir d'une dimension dont la fréquence vibratoire était supérieure à la nôtre. Je ne suis pas sûr que ton pouvoir de chevalier des glaces soit aussi facilement adaptable, si je t'envoie dans un monde à fréquence inférieure, puisque tout ton pouvoir est basé sur le principe de ralentir le mouvement.

- Bah, cela ne me demanderait que plus de temps !

- Peut-être bien, mais même si tu t'en révélais malgré tout capable, la dimension où je vais t'envoyer présente la particularité d'avoir un défilement du temps beaucoup plus lent que notre monde. Pour chaque seconde que tu passeras là-bas, des mois entiers s'écouleront ici.

- Comment ? Tu préfères donc te défiler ?

- Si tu parviens à en revenir, je serais ravi de t'accorder une revanche. Mais en tout état de cause, cette guerre sera finie depuis longtemps.

- A moins bien sûr que ma End of Entropy ne t'ait anéanti avant !

Comme pour souligner cette éventualité, quatre des singularités furent brusquement submergées et dévorées par l'attaque glacée.

- Ah, même des trous noirs ne sont rien face à la puissance du zéro absolu !

Akiera réorganisa rapidement les dernières de façon à former deux cercles protecteurs autour de lui. Les ondes destructrices s'enroulèrent autour du cercle extérieur, menaçant à tout moment d'engloutir la défense de l'androgyne. Ce dernier savait que si l'attaque dévoreuse d'entropie de son adversaire avait pu détruire si rapidement quatre des singularités alors que l'effort de résistance était réparti sur douze, les deux cercles qu'il venait de créer ne tiendraient pas longtemps.

Mû par l'énergie du désespoir, il intensifia son cosmos à un niveau encore supérieur, se découvrant de nouvelles limites.

- Alors c'est ça, la sublimation des chevaliers d'Athéna quand tout semble perdu ?

L'aspiration de l'Another Dimension redoubla, avalant d'un coup le mur de glace de Gienah. Celui-ci commença à être attiré violement, mais ses jambes étaient toujours solidement ancrées dans le sol et le retinrent.

Le chevalier des glaces parut lui aussi renforcer son effort et la puissance de sa End of Entropy. Le cercle extérieur d'Akiera lâcha à son tour d'un coup, et celui-ci ne fut plus séparé des ondes mortelles que par quatre singularités faiblissantes, et moins de trois mètres.

- C'est terminé ! lança Gienah. Jamais je n'aurais pensé affronter et vaincre un jour d'adversaire aussi puissant que toi !

- Ce n'est pas possible, je ne peux pas échouer si près du but ! Toute ma vie, j'ai regretté d'être né une génération trop tôt pour participer à la guerre sainte. Toute ma vie j'ai espéré pouvoir prendre part à un conflit de grande envergure et prouver ma valeur de chevalier. Vais-je m'incliner alors que cette occasion m'est enfin offerte ?

Akiera sentit le souffle mortel du zéro absolu lécher les singularités qui menaçaient de céder. Encore une fois sollicité par la tension du moment, le cosmos du maître de Saga se trouva de nouvelles ressources et magnifia l'Another Dimension.

- C'est incroyable ! Alors je suis aussi puissant que ça !

- Ca ne sert à rien, lança Gienah qui était toujours maintenu au sol par la glace.

Un grand craquement se fit alors entendre et un gigantesque bloc de terrain de plusieurs tonnes fut soudain arraché à la Terre par le passage dimensionnel, avec un Gienah impuissant dessus.

- Non ! hurla ce dernier en étant emporté vers l'autre monde.

Il eut le temps d'envoyer une décharge brute de son cosmos, avant que la brèche entre les dimensions ne se referme en l'emportant.

Akiera constata instantanément que l'ultime effort de son adversaire était destiné à permettre aux ondes de l'End of Entropy de subsister encore un temps, même en l'absence de leur créateur, et l'énergie qui les alimentait encore s'épuiserait moins rapidement que les dernières singularités ne céderaient.

Il lui fallait se mettre à l'abri immédiatement, sinon tous ses efforts n'auraient pas servi à grand-chose.

Il parvint à trouver les ressources pour ouvrir par réflexe un nouveau passage dimensionnel vers une dimension au hasard, au moment précis où son cercle de protection céda.

L'infime fraction de seconde que dura la course entre l'androgyne, qui allait vers le passage dimensionnel, et les ondes, qui devaient parcourir moins de trois mètres pour l'atteindre, sembla durer une éternité.

Akiera avait presque l'impression de voir son avance se faire grignoter centimètre par centimètre. Il passa le seuil et entra dans le conduit entre les mondes qui devait encore se refermer derrière lui pour le sauver.

Il lui manqua finalement moins d'un millionième de seconde pour se mettre à l'abri.

- Aphrodite ! hurla-t-il quand la première onde le frappa et le figea instantanément.

- Lyn ! pensa-t-il juste avant que la seconde onde ne le touche et fasse exploser son corps.

Les débris glacés des atomes de l'androgyne se dispersèrent dans l'étrange dimension où il avait tenté de trouver refuge, puis la brèche dans la réalité disparut avec lui.


*             *             *             *             *             *             *             *


- Tout est terminé, dit Ogier à Amalthée tout en portant une botte que celle-ci, handicapée par sa blessure au flanc, qui la ralentissait, esquiva difficilement.

- Que veux-tu dire ?

- Le chevalier de la Balance a vaincu Sophia et j'ai senti la Boite de Pandore disparaître, probablement à cause du Sagittaire. Mardouk n'a plus aucun moyen de mener à bien son plan.

- Veux-tu dire que tu abandonnes ?

- Non, je te l'ai dit, Dáinsleif ne peut pas être rengainée sans avoir pris une vie humaine. Je ne peux pas m'empêcher de t'attaquer, ce qui veut dire que je vais être obligé de te tuer pour une cause perdue !

Comme pour appuyer son propos, il porta une attaque qui transperça la garde d'Amalthée et la toucha au bras gauche, juste au-dessus de la protection. Amalthée se dégagea, mais elle venait d'hériter d'une nouvelle plaie profonde. Ogier enchaîna et toucha de nouveau, une zone protégée par l'armure du Capricorne toutefois.

- Amalthée, je ne veux pas prendre ta vie dans ces conditions ! Je peux essayer de freiner Dáinsleif, mais sans ton aide cela ne sera pas suffisant. Tu dois agir, je t'en prie !

Pourtant les actes du corps d'Ogier persistaient à contredire ses paroles. Amalthée lut dans les yeux de son adversaire que celui-ci faisait tout pour retenir son bras, cependant l'épée maudite semblait s'en être rendue compte, si bien que ses attaques étaient sans cesse plus dangereuses, tandis que la vitesse de déplacement d'Amalthée décroissait de façon alarmante. Témoin impuissant du combat, Shura sentait que le coup fatal pouvait survenir d'un moment à l'autre.

- Elle va mourir à cause de moi, je ne peux pas laisser faire ça sans rien faire ! pensa-t-il.

La situation était d'autant plus frustrante pour lui qu'il sentait que la puissance d'Excalibur résidait toujours dans ses bras. Il était juste incapable de l'utiliser du fait que les tendons de ses bras, ainsi que des ses jambes, étaient tranchés.

- Mais je ne suis pas complètement paralysé, je peux encore bouger...

S’il parvenait à frapper, il n’aurait aucun contrôle ou presque sur son coup, qui pouvait donc potentiellement être plus néfaste qu’utile. Néanmoins, la situation étant déjà désespérée, que risquait-il donc ?

Il tourna son corps de façon à ce que son torse soit parfaitement allongé sur le ventre, et orienté vers les deux combattants, ses membres restant en revanche ballants sur ses côtés. Il fit appel à ses dernières ressources cosmiques pour les concentrer dans ses bras, et utilisa le lien d'Excalibur pour entrer en contact psychique avec Amalthée et lui expliquer ce qu'il allait tenter de faire.

- Ogier, si tu veux vraiment m'aider, cela va être le moment, dit-elle à son adversaire possédé qui maintenait la pression.

Shura contracta alors au maximum ses abdominaux, monta son bassin autant que possible, puis le rabaissa brutalement, afin de donner un violent coup de rein vers l'arrière.

Cela décolla son corps du sol en amenant son torse presque à la verticale. Ses bras furent eux aussi entraînés vers le haut par le mouvement de balancier de son corps. Le chevalier du Capricorne relâcha toute la puissance qu'il avait réussi à rassembler au jugé, déclenchant deux fois la foudre d'Excalibur dans la direction grossière d'Amalthée et Ogier.

Shura vit tout de suite que le coup porté par son bras droit allait passer très loin de sa cible, en revanche le hasard avait voulu que son bras gauche fût presque parfaitement bien aligné avec celle-ci.

Tout se passa ensuite très vite. Dáinsleif se rendit compte de l'intervention de Shura et commanda à Ogier de se tourner pour parer le coup. Celui-ci fit de son mieux pour gainer ses muscles et ralentir autant que possible le mouvement de son corps. L'épée intercepta malgré tout la vague tranchante d'Excalibur, mais elle mit une fraction de seconde de trop, permettant à Amalthée d'agir.

Celle-ci porta un violent coup de pied dans le bas-ventre d'Ogier, ce qui le fit reculer et surtout brisa sa garde. Il tenta en effet par réflexe de rétablir son équilibre en écartant les bras, sa main gauche lâchant la poignée de Dáinsleif. Excalibur frappa alors, tranchant net le poignet droit, qui tenait l'épée.

Ogier laissa échapper un cri de douleur, qui fut étouffé quand Amalthée lui saisit la gorge à pleine main gauche. Elle pointa sa main libre de façon menaçante sur le cou de son adversaire.

- Es-tu de nouveau maître de toi-même ? Réponds-moi !

Ogier hocha la tête pour signifier qu'il était libéré de l'emprise de la lame malfaisante. Amalthée parut malgré tout hésiter un instant à frapper, cependant elle savait que sans son aide jamais elle n'aurait pu trancher sa main, si bien qu'elle le relâcha finalement. Elle s'écroula presque instantanément, inconsciente, Ogier la rattrapant de justesse avec son bras valide, afin de l'allonger.

Il déchira un morceau de sa tunique afin de faire un garrot rudimentaire, juste au-dessus de sa main amputée, puis se dirigea vers Shura.

- Tout n'est pas encore terminé, mon garçon, dit-il en saisissant le Capricorne pour le mettre sur son dos.

- Comment ?

- Amalthée a reçu plusieurs blessures de Dáinsleif, aucun soin ne pourra la sauver si nous ne faisons rien. Il n'y a qu'une seule et unique solution : briser Dáinsleif pour mettre fin au maléfice.

- Mais je n'ai plus de force...

- Tu en avais à l'instant. Tu es parvenu à briser Joyeuse tout à l'heure, tu es capable d'en faire autant avec cette épée-ci. Tant que je l’avais en main, elle me fortifiait, et je la renforçais également. A présent, elle n’est plus invulnérable. Je bougerai ton bras pour toi, mais toi seul as les ressources nécessaires.

Le temps de la discussion, Ogier les avait amenés devant l'épée qui gisait sur le sol, encore tenue par la main tranchée de celui-ci. Il saisit alors le bras gauche de Shura et le dressa droit dans le ciel.

- Je n'ai plus de forces...

- Alors, Amalthée va mourir. Crois-moi, j'ai pu observer beaucoup de chevaliers d'Athéna au cours de ma longue vie, et vous avez toujours cette étonnante capacité à vous trouver des ressources cachées, encore et encore. A moins que tu ne sois pas digne de tes glorieux devanciers, évidemment.

Cela sembla titiller l'orgueil de Shura, dont le cosmos explosa brutalement.

- Maintenant ! hurla-t-il.

Ogier rabaissa le bras du Capricorne sur Dáinsleif pendant que ce dernier libérait la puissance d'Excalibur.

Shura avait bel et bien trouvé des ressources cachées. Le coup frappa Dáinsleif de plein fouet, la brisant en deux.


*             *             *             *             *             *             *             *


Quetzalcóatl comprit que la fin était proche. Khamakhya était hors de combat, voire mourante, et Mani venait d'être terrassé à son tour par le chevalier de la Vierge.

Les chances qu'il batte successivement Saga, Shaka et le Grand Pope étaient quasiment nulles. Pourtant, il ne voulait pas se résoudre à abandonner sans tenter un dernier baroud d'honneur.

- Prépare-toi, Saga, je suis bien décidé à ne pas partir seul.

- Cela sous-entend que vous avez abandonné l'idée même d'une victoire finale. Alors à quoi bon continuer ?

- Parce que je veux honorer notre cause jusqu'au bout !

- Vraiment ? Mais pour quelle cause combattez-vous réellement à présent ? Je ne pense pas me tromper en disant que les combats que vous avez menés à travers les douze maisons étaient plus guidés par votre volonté de vous venger, que par l'envie de réaliser la vision de Mardouk. Etes-vous certain que c'était réellement le bien commun de l'humanité qui a été votre objectif en venant ici ?

- Je... commença Acatl, mais les mots lui manquèrent.

- Même si je n'étais pas d'accord avec la forme sous laquelle il voulait le faire, je reconnais que Mardouk avait en grande partie raison sur le fond, et que votre cause était juste, poursuivit le Grec. Mais je ne suis pas sûr que ce soit cette cause qui vous motive encore, alors que nous autres chevaliers d'or combattons pour que le Sanctuaire soit préservé et reste capable de protéger l'humanité. Si bien que, à présent, ma cause est indiscutablement plus juste que la vôtre, et que vous ne pourrez jamais faire brûler un cosmos avec suffisamment de force pour me terrasser.

Quetzalcóatl regarda longuement son adversaire avant de finalement répondre :

- Nous allons voir. Si tu es capable de survivre à mon prochain coup et de me vaincre, alors tu auras prouvé que tu avais raison.

- Soit.

Les deux adversaires se mirent en garde, enflammant leurs énergies vitales au maximum.

La puissance du Toltèque se déploya brusquement sous la forme d’une colonne d’énergie qui monta vers le plafond du temple du Scorpion, et le transperça de part en part. A peine une seconde plus tard, une autre colonne d’énergie, probablement la même, perfora de nouveau le plafond pour venir frapper le sol derrière Saga, qui se trouvait à présent à équidistance entre les deux.

Une forme se dessina dans la colonne de lumière. Constituée de pure énergie cosmique, et d’abord presque indistincte, elle prit rapidement l’apparence d’un humanoïde à visage de serpent, difforme et bossu, et portant une lourde hache. Le chevalier d’or sentait qu’il ne s’agissait pas d’une simple émanation du cosmos de son adversaire, comme si une partie de l’âme de ce dernier s’était détachée et était à présent dotée de son propre cosmos et libre d’agir à guise.

- Dans les légendes de mon peuple, je suis le maître de l’Etoile de l’Aube, dit Quetzalcóatl. Mon frère jumeau, Xolotl, était celui de l’Etoile du Soir.

Une boule d’énergie blanche se forma entre les deux mains du Toltèques, tandis qu’une autre d’énergie noire apparaissait devant son jumeau cosmique.

- Evidemment, ces deux étoiles étaient en réalité une seule : la planète Vénus. Xolotl et moi étions les deux faces d’une même pièce.

- Je peux facilement comprendre la notion, fit remarquer Saga avec un sourire.

Le chevalier Gémeaux tenta d’avancer vers Quetzalcóatl, cependant Xolotl réagit instantanément en projetant des serpents d’énergie dans son dos. Saga les évita et voulut se retourner vers l’être d’énergie, mais ce fut alors Quetzalcóatl qui l’attaqua. Le Grec comprit rapidement qu’il aurait du mal à attaquer sans s’exposer aux assauts de l’autre, les deux jumeaux faisant tout pour qu’il reste à tout moment à équidistance des deux.

Les cosmos du Toltèque et de son jumeau immatériel explosèrent simultanément, leurs boules respectives gonflant, puis fonçant l’une vers l’autre, et par conséquent vers Saga qui se trouvait à mi-chemin.

Sion, Shaka, Aldébaran et Milo qui suivaient le combat virent le coup d'Acatl se refermer sur le chevalier des Gémeaux, qui resta sans réaction. Ils pensèrent que celui-ci allait, comme face à Khamakhya, agir au dernier moment, néanmoins plus l'assaut se rapprochait de lui, et plus cela devenait improbable.

Finalement, Saga ne contre-attaqua pas, pas plus qu'il n'esquissa le moindre geste d'esquive, ou de parade. L'assaut le frappa donc de plein fouet.

- TWIN STARS CLASH ! hurla Quetzalcóatl.

Les deux étoiles se percutèrent et se fondirent en une seule, blanche et noire, qui engloutit Saga. L’étoile se mit à tourner sur elle-même de plus en plus vite avant d’exploser, piégeant le chevalier dans un maelstrom destructeur.

Quand tout fut fini, Saga, l'armure grièvement endommagée, gisait dans son sang au milieu d'un cratère. Xolotl disparut et Quetzalcóatl, visiblement épuisé, fixait le corps inanimé sans la moindre euphorie, malgré sa victoire apparente.

- Pourquoi ? demanda Shaka en se tournant vers Sion. Pourquoi n'a-t-il rien fait ?

- Regarde, répondit simplement le vétéran de la dernière Guerre Sainte.

Saga se mit alors à bouger, d'abord presque imperceptiblement, puis de façon plus franche. Il se releva finalement presque d'un coup, titubant à peine, devant le regard effaré de son adversaire.

- C'est impossible... bredouilla ce dernier.

- Je te l'ai pourtant dit, ta cause n'est pas assez juste pour te permettre de brûler un cosmos capable de me terrasser, répliqua le chevalier des Gémeaux. En revanche, dans mon cas...

Une aura dorée nimba son corps tandis qu'il pointait du doigt le Toltèque, qui se mit en garde.

Une onde de choc partit du bout de l'index de Saga et alla frapper à une vitesse stupéfiante Acatl à l'épaule droite, lui brisant net la clavicule.

Celui-ci lâcha un cri de douleur et tomba à genoux en tenant sa blessure.

- C'est à peine croyable ! Ce n'était pas une technique, mais un simple coup basique ! Comment peux-tu me frapper ainsi avec un seul doigt ?

- Pour la dernière fois, renonce ! Tu ne pourras jamais me vaincre et tu ne gagnerais rien à mourir ici, aujourd'hui.

- A quoi bon continuer de vivre, de toute façon !

- Pour faire ce que tu as toujours fait : protéger ton peuple, mais aussi protéger les peuples de tes compagnons qui sont tombés aujourd'hui. Reprenez le rôle qui a été le vôtre jusque-là. Même vaincus, vous avez prouvé votre valeur aujourd'hui. Si jamais le Sanctuaire venait à faillir un jour, ce serait à vous de prendre la relève. Mais pour cela, il ne faudrait pas que vous périssiez inutilement de ma main. Vous pouvez encore repartir à cinq du Sanctuaire.

Quetzalcóatl fixa un moment l'adolescent, semblant hésiter. A présent que la guerre était perdue, ne valait-il en effet pas mieux qu'il songe à protéger son peuple et ceux de ses alliés disparus ? Il réfléchit presque une minute, avant de tourner finalement son regard vers le Grand Pope.

- Parle-t-il pour lui, ou cela est-il une proposition du Sanctuaire ?

- Je suis d'accord avec ce que vient de dire Saga. L'accord séculaire entre le Sanctuaire et les panthéons secondaires m'a toujours semblé le meilleur compromis possible. En dépit de la guerre qui vient de nous opposer, je pense que cela est toujours le cas. Néanmoins...

Sion marqua une pause, laissant le Toltèque s'imaginer à quel point ce "néanmoins" allait déboucher sur quelque chose de fâcheux.

- Néanmoins... reprit finalement le Pope, je ne peux oublier ce qui s'est passé, le sang qui a coulé, et les chevaliers que j’ai perdus. Je dois préparer une Guerre Sainte et vous m'avez fait perdre des années. Je dois non seulement m'assurer que vous ne recommencerez pas, et trouver un moyen de refaire une partie de mon retard.

- Quelles sont vos conditions ?

- Je ne sais pas. Tout cela est l'idée de Saga, à lui d'établir les conditions qu'il estime justes. Vous avez de la chance, sans lui cette guerre serait allée à son terme. Votre mort, en l’occurrence.

S'il fut surpris par les paroles de Sion, le chevalier des Gémeaux ne le montra pas. Sion et lui se fixèrent quelques secondes, Quetzalcóatl étant persuadé qu'ils communiquaient par télépathie. Il ne pouvait qu'attendre, sa condition de vaincu l'excluant de la discussion qui décidait pourtant de son avenir. Finalement, le chevalier et le Pope semblèrent parvenir à un accord et hochèrent la tête, le plus âgé se tournant vers le Toltèque.

- Nous allons vous soigner, ainsi que vos deux compagnons, fit le Pope en désignant les corps inconscients de Khamakhya et Calli. Shaka ira également récupérer l'âme de votre plus jeune ami là où il l'a envoyée, et nous remettrons également sur pied celui qui a affronté mon élève dans la première maison. En échange chacun d'entre-vous devra accepter de subir mon Genro Mao Ken qui créera des blocages mentaux. Son emprise psychique ne vous empêchera pas de mener vos vies comme il vous plaira, à une exception près. Si jamais vous utilisez de nouveau vos pouvoirs contre mes chevaliers, ou contre les intérêts du Sanctuaire, l'illusion deviendra active et vous vous retournerez les uns contre les autres, prenant les vies de vos compagnons. En outre, je pourrai envoyer des chevaliers-recruteurs chercher de potentiels candidats à des armures dans les communautés isolées, que certains des membres de votre coalition dirigent ou dirigeaient.

Quetzalcóatl sembla d'abord vouloir protester, mais réalisa vite que cette proposition était à prendre ou à laisser.

- Cela veut dire que si un jour vous décidiez de nous attaquer, nous ne pourrions rien faire pour nous défendre, dit-il malgré tout.

- Sans vouloir être offensant, cette journée a montré que nous serions vainqueurs de toute façon.

Le vaincu tiqua avant de poursuivre malgré tout.

- Ces blocages mentaux, et ce prélèvement dans nos peuples... Ils ne concerneront que la génération actuelle.

Le Pope et les Gémeaux échangèrent un coup d'oeil rapide avant que le maître du Sanctuaire n'acquiesce.

- Très bien, alors nous nous rendons sous ces conditions. Evidemment, je ne peux inclure Mardouk et ses derniers fidèles dans cet accord. Je ne parle que pour nous cinq.

- Evidemment.


*             *             *             *             *             *             *             *


Aioros et Mardouk se faisaient face, se préparant à ce qui serait certainement le dernier acte de leur duel.

- Quelle que soit la puissance de cette technique que tu avais gardée en réserve, je suis sûr que tu n'aurais pas réussi à détruire mon trou noir, si je n'avais pas limité l'étendue de son champ gravitationnel. Je vais en créer un nouveau, gigantesque, qui engloutira la tour des spectres, et relâchera l'armée d'Hadès sur le monde. Même si mon plan initial de fédérer toutes les ressources humaines contre l'Olympe ne pourra être mené à bien, peut-être que la menace des spectres suffira.

- Je vous ai déjà assuré du contraire, dit une voix.

Les deux adversaires virent Dohko s'approcher d'eux, de sa lente démarche de vieillard.

- Aioros a raison, poursuivit le vieux maître. Il est temps pour vous d'abandonner.

- Non. J'ai juré de changer ce monde ou de mourir en essayant. Rien ne me fera revenir sur ce serment que j'ai fait à Celle que vos compagnons ont tuée.

- Vous ne pourrez pas nous vaincre tous les deux, dit Dohko.

- Ce combat est le nôtre, intervint Aioros. Vous n'êtes pas concerné.

Le vieux maître regarda le Sagittaire et lu la détermination dans le regard de celui-ci, tout comme il constata l'incroyable puissance de son cosmos qui n'avait pas diminué depuis qu'il s'était échappé du trou noir. Il hésita à dire quelque chose, mais sentit que cela serait inutile et recula de quelques pas.

Mardouk enflamma à son tour son cosmos, créant une nouvelle étoile entre ses mains. Celle-ci grandit rapidement, Aioros regardant sans rien faire.

Lorsque l'étoile changea de couleur pour devenir rouge, Dohko commença à s'inquiéter de l'inaction totale de son jeune frère d'armes.

Il regarda alors le visage du Sagittaire sur lequel on lisait non seulement de la détermination, ainsi que de la tristesse et de la déception. Ce ne fut finalement que quelque instants avant que l'étoile n'explosât en supernova qu'Aioros attaqua. Comme pour le Alchemy Light, il projeta des rayons de lumière du bout de ses doigts.

Mardouk s'était préparé à esquiver, ou alors à s'abriter derrière son étoile en fonction de la nature de la technique adverse, néanmoins, voyant les rayons partir loin de lui, il ne bougea pas. Il fallut peu de temps au Babylonien pour comprendre que les projections, qui se comptèrent rapidement par centaines de millions, et filaient dans toutes les directions autour de lui et de son étoile, ne le visaient pas directement, mais s'enroulaient en grands cercles d'énergie centrés sur lui et de rayons variables. Ce temps infime d’analyse fut néanmoins trop long, et il réalisa que le tournant du combat avait été le fait qu'Aioros avait pris le risque d'être happé derrière l'horizon des événements. Si Mardouk avait vu l'attaque la première fois, il aurait su qu'il lui fallait absolument s'écarter dès le début de l'assaut. Au lieu de quoi, il avait eu un moment de latence, et s'était laissé enfermer par les rayons qui le cernaient à présent de toute part, lui coupant toute possibilité de retraite.

Les rayons de lumière commencèrent alors à modifier les atomes sur leurs chemins, cependant contrairement à l'Alchemy Light qui réarrangeait les constituants des atomes, cette nouvelle inversait leur charge, changeant la matière en anti-matière.

Les atomes d'oxygène, de dioxyde de carbone, d'azote et d’argon présents dans l'air se transformèrent en leurs opposés puis rencontrèrent d'autres atomes non modifiés.

Matière et anti-matière s'annihilèrent mutuellement, créant une série de déflagrations qui se propagèrent vers le centre commun des cercles d'énergie. Ce faisant, le cataclysme se concentrait vers l'intérieur au lieu de se disperser dans toutes les directions.

- Bien joué, eut le temps de dire le Babylonien avant que l'attaque ne s'effondre sur elle-même et sur lui.

La lumière dégagée par les explosions atomiques fut si vive qu'Aioros et Dohko ne purent la regarder de face. Puis, lorsque la lumière baissa d'intensité, un fort vent se leva, l'air environnant convergeant pour remplir le vide laissé par les atomes de matière et d'anti-matière qui s'était mutuellement anéantis.

Il ne restait rien à l'endroit où se tenaient Mardouk et son étoile miniature quelques secondes auparavant.

- Le Piège de l’Anti-Monde, dit Aioros.

Quelques secondes s'écoulèrent avant que Dohko ne prenne la parole.

- Tu as fait ce qu'il fallait. Il ne t'a pas laissé le choix.

- Je sais. Il a toujours affirmé qu'il voulait réussir à changer le monde, ou mourir en essayant. Jamais il n'aurait renoncé. Pourtant, grande est mon amertume. Tout ceci est du gâchis.

- Probablement. Mais lui et ses alliés avaient fait leur choix.

- Exact, mais il est encore trop tôt pour parler de nous au passé, dit soudain une voix.

Les deux chevaliers se retournèrent vivement et découvrir Inanna, l'héritière d' Ereshkigal, qui les surplombait de quelques mètres, flottant dans les airs grâce à ses grandes ailes déployées. Les yeux de la Babylonienne étaient remplis de larmes, tandis qu'elle regardait l'endroit où Mardouk avait à jamais disparu.

- Inanna, je t'en prie, ne me dis pas que tu veux encore te battre ! cria Aioros.

- Cela serait inutile, mon enfant, appuya le vétéran.

- Tout peut encore être arrangé, répondit-elle simplement en déployant son cosmos.

Aioros vit immédiatement que celui-ci était beaucoup plus puissant que lors de leur précédent affrontement, et que sa nature même avait changé.

Dohko réagit plus promptement que le Sagittaire en bondissant sur la jeune femme, mais celle-ci l'écarta d'un revers de main qui déclencha une violente vague d'énergie. Pendant que le vieux maître était repoussé, Aioros se décida à son tour d'attaquer, bien décidé à neutraliser Inanna sans avoir à la tuer.

Il s'envola vers elle une fraction de seconde avant que le cosmos de cette dernière n'explosât véritablement.

Le corps d'Inanna sembla se changer entièrement en lumière blanche, laiteuse, et Aioros fut stoppé net en plein élan.

Alors qu'il cherchait vainement à se dégager de l'emprise du cosmos de la Babylonienne, Aioros vit Deathmask surgir du néant juste derrière celle-ci. Probablement l'Italien sortait-il d'un passage venant de la dimension du Puits des Morts.

D'une façon qui aurait pu paraître étonnante aux yeux de beaucoup vis-à-vis de la situation, le Sagittaire voulut crier un avertissement à l'intention d'Inanna. Il n'en eut cependant pas le temps, et sentit son âme se faire arracher à son corps, pour être inexorablement aspiré par le corps de lumière d'Inanna. La dernière chose qu'il vit fut les bras de la Babylonienne qui s'écartaient comme pour l'accueillir.

L'instant d'après, il s'écrasa durement au sol. Ses réflexes de combattant se mirent en route et il se retrouva presque instantanément sur pied, en position de garde. Il balaya les environs d'un regard et constata qu'il n'était plus du tout en face de la tour des spectres : il faisait nuit noire, et un grand ciel dégagé et rempli d'étoiles brillantes recouvrait une grande plaine désertique. De même, Inanna, Dohko et Deathmask n'étaient visibles nulle part.

L'endroit lui paraissait étrange, quelque chose dans la quiétude des lieux, ou dans l'éclat des étoiles, lui faisait penser qu'il n'était même plus sur Terre. Il avait en fait l’étrange sensation d’être en train de rêver.

Il se rendit brutalement compte qu'il n'était pas seul : une femme était assise en tailleur à peine cinq mètres devant lui. Etait-elle déjà là l'instant d'avant ?

Un regard lui suffit en tout cas pour voir qu'il ne s'agissait pas d'une guerrière.

Elle avait la peau noire comme le jais, et était presque nue, sa longue chevelure étant son principal vêtement. Il acquit la certitude qu'il s'agissait de la mystérieuse divinité à laquelle Mardouk avait juré fidélité.

Deux autres personnes étaient présentes et se tenaient debout quelques mètres en retrait de la femme. L’un était un colosse dont le visage semblait être celui d’un lion, et l’autre un homme élancé dont la peau, presque aussi sombre que celle de la femme, était couverte de fins tatouages dorés qui dessinaient d’étranges motifs.

- Bienvenue à toi, Aioros du Sagittaire, dit-Elle. Cela faisait longtemps que je voulais te rencontrer. Nous avons beaucoup à discuter.

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