Précédemment dans l’Emergence des Géants…
Malgré les efforts de Mardouk et Aioros pour l’éviter, la bataille entre le Sanctuaire et les alliés du Babylonien a commencé.
En effet, tandis que les deux héros tentent de négocier la paix et vont affronter des monstres issus d’un autre âge, pour se prouver leur bonne foi, un enchaînement d’incidents tragiques rend inéluctable la guerre.
Les chevaliers d’or se présentent d’abord devant les alliés de Mardouk qui s’apprêtent à éliminer la menace d’adorateurs de Némésis. Bien que les serviteurs d’Athéna ne sont venus que pour s’interposer, les manipulations insidieuses d’une troisième partie mettent le feu aux poudres et plusieurs hommes sont tués. La bataille fait rage quand Rudy intervient pour mettre ses alliés à l’abri, mais il est lui-même capturé.
Un groupe se rend par la suite au Sanctuaire pour libérer le vieil Allemand. Ils perdent toutefois le contrôle des événements et le garde du corps du jeune prophète Mani tue la femme de Praesepe, Sonya,et le père d’Aioros, Patrocle. Plusieurs autres chevaliers ayant perdu la vie à la suite de ces combats, le Grand Pope Sion déclare la guerre et ordonne à Saga de diriger une mission visant à disperser l’armée de Mardouk.
Pendant ce temps, l’ancien chevalier de bronze et chevalier noir Gienah choisit de rejoindre le camp de Mardouk et de suivre le Mésopotamien Shamash. L’élève du renégat, Camus, décide de partir à sa poursuite pour le remettre dans le droit chemin, et appelle Akiera à l’aide. Le jeune Français ignore qu’ils sont également épaulés dans l’ombre par Kanon.
Ils suivent Shamash et Gienah jusqu’en Allemagne, à proximité du manoir dont seuls les plus proches alliés de Mardouk connaissent l’existence, sans pouvoir suivre la piste plus loin à cause des protections de l’endroit.
Gienah rencontre là Sophia, qu’il avait libérée d’un cercueil de glace quelque temps plus tôt, et crée un coffret de glace pour mettre à l’abri un mystérieux et puissant objet.
Renseigné par Horus, Saga, Deathmask et Aphrodite se rendent au campement de l’armée du Babylonien. Saga affronte et terrasse Seth qui avait la garde des lieux à l’issue d’un combat acharné. Aphrodite vainc la Japonaise Tokoyo, la compagne de Mardouk, avant d’être lui-même vaincu par Râ. De son côté, Deathmask élimine Anhur, massacre soldats, femmes et enfants, puis achève en un coup un Râ diminué par son précédent combat.
Furieux devant le spectacle du massacre perpétré par l’Italien, Saga l’enferme au Cap Sounion.
Pendant ce temps, Kanon suit Shamash jusqu’au Kilimandjaro et le frappe avec le Genrô Maô-Ken, apprenant l’emplacement du sanctuaire du guide spirituel de Mardouk, information qu’il communique à Saga. Shamash se libère esnuite du Genrô Maô-Ken mal maîtrisé par Kanon et l’entraîne avec lui dans une autre dimension. Sous les ordres de Sion, le chevalier des Gémeaux libère à contre-cœur Deathmask, et l’emmène avec lui en mission.
Aioros et Shura reviennent alors de leur mission et apprennent que tous leurs efforts ont été vains, puisque la guerre a déjà commencé. Sion les renvoie rapidement en mission, l’objectif étant cette fois d’éliminer le Babylonien. Le Grand Pope se retrouvent seul avec l’envoyé de l’Olympe, l’ange Akhilleús. Ce dernier, mécontent de la façon dont Sion méprise les directives venant du domaine divin, décide d’assassiner le Grand Pope et révèle qu’il l’avait déjà fait une fois avec le prédécesseur de Sion.
De son côté, Mardouk apprend lui aussi les événements tragiques de la journée, et ne peut rien faire pour éviter que son groupe ne se délite.
Une faction menée par le Toltèque Quetzalcóatl et comptant le descendant de ce dernier, Calli, Bolthorn de Blue Grad, le Müvien Aac, l’héritière de Kali Khamakhya, le shaman amérindien Moki, l’héritier de Mithra Paul, le jeune prophète Mani et le garde du corps de ce dernier décide de se rendre au Sanctuaire pour prendre la tête du Grand Pope. Ils arrivent à la première maison, gardé par le jeune Mû, auquel Aac annonce qu’il est son frère.
Mardouk se dirige quant à lui en Allemagne puis, accompagné d’Ogier et Sophia, à la tour contenant les âmes des spectres depuis la dernière Guerre Sainte d’Athéna contre Hadès.
Hanpa, Gienah et l’homme de bronze Talos bloquent Akiera et Camus en Allemagne pour les empêcher de suivre Mardouk.
Saga et Deathmask parviennent au Kilimandjaro en même temps qu’Inanna et Nabu, le frère de Mardouk atteint par la lèpre. Ce dernier leur barre la route et entame le combat contre Saga.
Pendant ce temps, les chevaliers Jason de la Carène, Diomède de Pégase et Stellio du Lézard remonte la piste de l’être qui avait libéré les chevaliers noirs de l’île de la Reine Morte, jusqu’à un temple du Caire. Ils se rendent alors compte que quelqu’un les a précédés…
Aioros et Shura interceptent néanmoins finalement Mardouk à la tour des spectres et sont bientôt rejoints par le gardien des lieux : Dohko de la Balance. Ils apprennent alors que Sophia était l’hôte de l’âme d’Athéna deux cent cinquante ans plus tôt.
A divers endroits de la planète…
Saga s'avançait vers Nabu d'un air décidé, entouré de son aura dorée flamboyante. Lors des premiers échanges de l'affrontement, le cosmos de son adversaire lui avait donné l'impression d'être redoutable. Néanmoins, ce dernier était frappé par une maladie qui ne pouvait que diminuer de beaucoup sa dangerosité. En outre, il ne portait pas la moindre protection, seule sa robe de ladre et ses bandages couvraient son corps.
Le chevalier des Gémeaux était plutôt confiant bien que prudent. Plus tôt dans la journée, le fait qu'il ait sous-estimé dans un premier temps Seth avait failli lui coûter cher. Saga était donc décidé à faire vite, mais bien.
De son coté, le frère de Mardouk s'était mis en garde depuis le début et semblait pour le moment parfaitement disposé à laisser l'initiative au chevalier. Il avait ainsi contenu sans grand problème les premiers assauts au corps à corps de Saga qui ne s'était certes pas encore réellement livré. Pour le moment, les deux adversaires s'étaient surtout jaugés mutuellement.
Le chevalier décida de mettre un terme à ce long round d'observation en lançant une vraie offensive. Son cosmos explosa tandis qu'il chargeait à la vitesse de la lumière. Il commença par un enchaînement de coups de pied que Nabu esquiva avec élégance.
Saga devait reconnaître que la technique et les déplacements de son opposant frisaient la perfection. Ses pieds paraissaient glisser sur le sol, les mouvements étant à la fois économes et précis. Le détachement que Nabu affichait dans ses gestes aurait presque pu passer pour de la désinvolture s'ils n'étaient pas aussi efficaces.
Le chevalier poursuivit par des coups de poing rapides visant d'abord le visage puis, devant l'aisance des esquives de Nabu, le torse. Le lépreux cessa alors d'éviter les contacts en optant pour des blocages ou des déviations des assauts adverses avec ses paumes, tout en reculant progressivement devant l'avancée du Grec. Celui-ci tenta de varier ses assauts et ses enchaînements, sans succès.
Finalement, au moment même où Saga réalisait qu'il commençait à tourner en rond dans ses initiatives et que ce n'étaient plus ses attaques qui imprimaient le rythme au combat, mais les parades adverses, Nabu contre-attaqua. Il dévia tout d'abord le poing droit de Saga puis bloqua le gauche dans sa paume opposée tout en exerçant une forte poussée en avant. Le chevalier, qui avançait sans interruption jusque-là, dut reprendre un appui vers l'arrière et fut déséquilibré pendant un laps de temps infime et pourtant suffisant pour que le poing gauche du Babylonien vienne s'écraser en pleine face du serviteur d'Athéna, lui faisant sauter son casque.
Nabu voulut porter un autre assaut, toutefois Saga, de nouveau sur ses appuis, le para et contre-attaqua à son tour dans la foulée. Les deux adversaires échangèrent alors une série de coups à la vitesse de la foudre.
Constatant qu’il avait le dessous, le chevalier voulut reprendre ses distances et utiliser ses techniques cosmiques. Il rompit donc le corps à corps en bondissant en arrière tout en projetant des millions de rayons de lumière dorée avec son poing droit pour empêcher Nabu de le suivre.
Le Babylonien répondit instantanément avec une technique similaire, des rayons rouges surgissant du bout de son index pointé vers le Grec. Néanmoins, là où le serviteur d'Athéna avait envoyé des millions d'attaques, son adversaire n'en expédia que quelques centaines tout au plus.
Saga n'eut cependant pas le temps de sourire devant l'apparente faiblesse de la technique du lépreux. Sous ses yeux stupéfaits, les rayons du Babylonien interceptèrent en effet certains de ses propres coups en les déviant, rebondissant ensuite pour bloquer encore d'autres attaques. Les rayons du chevalier qui étaient redirigés partaient soit loin de Nabu soit interceptaient encore d'autres coups en les rendant à leur tour inoffensifs.
Lorsque Saga était encore l'apprenti d'Akiera, ce dernier l'avait une fois emmené dans un bar d'Athènes pour l'initier à un jeu qui selon l'androgyne pouvait être très instructif pour un chevalier : le billard. Le garçon avait mis un moment à comprendre l'intérêt de la chose. En fait, ce fut au bout d'une dizaine de sévères raclées infligées par son maître qu'il avait commencé à comprendre les subtilités du jeu et la façon dont l’androgyne jouait avec la géométrie de la table, les trajectoires, les rebonds et les chocs, pour créer des réactions en chaîne totalement préméditées et non dues à la seule chance.
Nabu venait de faire à la volée quelque chose de similaire, mais à une échelle incomparable, comme si d'un seul coup de canne il avait empoché des milliers de boules. Lorsque la totalité des rayons rouges fondirent sur lui avec une précision diabolique, tandis qu'aucun de ses propres coups n'avait atteint leur but, Saga dut admettre qu'après son combat contre Seth c'était la deuxième fois de la journée qu'il avait fait preuve d'un optimisme prématuré.
L'assaut de Nabu le projeta en arrière, sans toutefois le blesser gravement grâce à son armure. Le chevalier atterrit sur ses pieds en enflammant à nouveau son cosmos.
- ANOTHER DIMENSION !
L'énergie du chevalier d'or se concentra de façon habituelle sur un point situé au-dessus de son adversaire pour déchirer la réalité et ouvrir un passage entre les mondes, mais la suite fut très différente de ce qu’était ordinairement son attaque.
Saga sentit que le Babylonien faisait quelque chose avec son cosmos, puis vit la structure énergétique de sa technique se désagréger et le passage dimensionnel s'effondrer sur lui-même sans avoir jamais inquiété son adversaire.
- Qu’est-ce que... Comment as-tu fait ?
- Tu l'as pourtant vu, non ? J'ai simplement détruit à la base ta technique, touchant le point faible qui fait s'écrouler tout l'édifice.
- Mais comment pouvais-tu savoir quoi faire sans jamais avoir vu mon attaque avant ?
- C'est pourtant simple, et tu devrais le comprendre d'autant plus facilement que vous autres chevaliers d'Athéna vous vous enorgueillissez qu'une même attaque ne marche jamais deux fois contre vous.
- Tu veux dire...
- Oui, ma vitesse d'analyse est tout simplement plus rapide que la tienne. Je peux comprendre et contrer ton arcane dès que tu concentres ton énergie pour la mettre en oeuvre. "Une même attaque ne marche jamais une fois contre moi", s'il te faut une formule toute faite pour résumer la chose.
- Je ne te crois pas !
Le cosmos du chevalier augmenta à nouveau afin de lancer le coup le plus destructeur de son arsenal. La puissance cosmique pure s'amalgama en une sphère entre ses mains qu'il avait placées devant lui.
- GALAXIAN... commença-t-il tout en voyant que Nabu pointait son index droit dans sa direction.
Un mince faisceau de lumière rouge partit du doigt et vint frapper à la vitesse de la lumière l'énergie concentrée entre les mains de Saga.
- ...EXPLOSION ! finit-il en réalisant qu'il venait de perdre le contrôle de son coup. Au lieu d'exploser en déversant son potentiel destructeur vers son adversaire, la boule de puissance se mit à osciller dangereusement. Saga essaya de rétablir la situation, cependant la limite d'instabilité était déjà atteinte.
Il eut juste le temps de se cacher derrière ses bras lorsque son attaque lui explosa au visage, le soufflant comme un fétu de paille. Heureusement pour le chevalier, le choc fut bien moins violent que s'il avait été frappé par la véritable Galaxian Explosion et son armure parvint une nouvelle fois à contenir la majeure partie des dégâts.
Il se releva ainsi presque instantanément, mais avait toutefois les bras engourdis, son corps le faisant souffrir en de nombreux endroits.
- Je suis impressionné, dit-il, sincère. Jamais encore je n'avais affronté d'adversaire doté d'un tel sens du contre-pied.
Nabu inclina la tête devant le compliment.
- Néanmoins, si votre art défensif est presque parfait, je ne pense pas que vous puissiez me vaincre.
Les yeux du lépreux se fixèrent sur ceux de Saga qui lut de l'intérêt poli chez son adversaire.
- Je ne crois pas en effet que votre cosmos soit assez puissant pour que vous puissiez me porter un coup décisif à travers mon armure, expliqua le Grec. Jusqu'ici les blessures les plus graves que j'ai subies ont été faites par ma propre main. Pour remporter la victoire, il faudrait que vous passiez à l'offensive en vous découvrant. A ce moment-là, étant donné votre condition et le fait que vous n'avez pas la moindre protection, le premier coup que je réussirai m'assurera la victoire.
Saga avait l'impression que son adversaire souriait sous ses bandages. Néanmoins, étant donné qu'il avait deviné qu'il avait affaire à un lépreux et qu'il connaissait les ravages de cette affliction sur les chairs, il était malgré tout bien content de ne pas voir le visage de ce dernier pour s'en assurer.
- Mon compagnon a peut-être déjà atteint votre déesse. Tout ce que j'ai à faire c'est de vous retenir ici en attendant qu'une ouverture se présente pour vous vaincre lorsque vous voudrez tenter de remporter la victoire. Le temps joue en ma faveur.
- Pas exactement. Si vous avez raison sur le fait que j'aimerais en finir vite avec vous, vous avez une interprétation erronée de certains points importants.
Nabu se mit en position de combat tout en concentrant son cosmos.
- Tout d'abord, même si je suis bloqué ici, votre compagnon sera loin de trouver une route libre devant lui. Ensuite, je ne pense pas que mon cosmos soit trop faible pour me permettre de vous vaincre. Comme vous l'avez remarqué, je suis atteint d'une "condition" très handicapante. Une maladie qui me ronge depuis des années... Et qui m'aurait déjà complètement dévoré depuis bien longtemps si je ne consacrais pas en permanence la plus grande part de ma force à la ralentir.
Le cosmos du Babylonien augmenta brutalement à un niveau inimaginable devant les yeux ébahis de Saga.
- Cependant, une fois de temps en temps, je peux utiliser cette puissance à autre chose.
Le chevalier eut à peine le temps de parer la première attaque, un violent coup de pied qui faillit lui briser le bras utilisé pour bloquer malgré l'armure d'or. Saga sentit ensuite plusieurs côtes se fendre lorsqu'un coup de genou le frappa cette fois au flanc droit. Il esquiva de justesse quelques assauts, mais reçut un uppercut au menton qui l'aurait assommé s'il n'avait pas accompagné le coup.
Il avait des étoiles devant les yeux et perdit de vue un instant son adversaire qui n'en profita cependant pas.
Il sentait pourtant que le cosmos du lépreux continuait à augmenter d'intensité.
- Je crains que, comparé à mon cosmos à son meilleur niveau, le tien ne soit guère plus qu'une bougie face à une éruption solaire. Une bougie que je vais à présent souffler !
Saga retrouva totalement ses esprits au moment où la puissance de son ennemi explosait. Le chevalier s'attendait à une attaque destructrice, mais réalisa que ce n'était pas un coup affectant le physique ou même la psyché. Non, la menace du lépreux était littérale : c'était le cosmos même de Saga qui était la cible de l'offensive.
Tel un incendie éteint par une explosion, l'énergie du chevalier fut emportée par celle de son adversaire. Saga était toujours debout, parfaitement indemne, toutefois c'était comme si ses sixième et septième sens avaient été supprimés.
Il fut ainsi bien incapable de voir Nabu lorsque celui-ci le frappa et l'assomma d'une pichenette portée à peine à la vitesse du son.
Tandis que le corps inconscient du chevalier d'or s'effondrait, Nabu tomba à genoux. Il fut pris d'une terrible quinte de toux qui lui fit cracher du sang et eut juste le temps d'arracher les bandages couvrant le bas de son visage pour éviter de les souiller en vomissant.
Son cosmos était à présent revenu à son niveau habituel, cependant il était conscient que le bref instant pendant lequel il avait eu recours à sa véritable puissance avait sans doute réduit son espérance de vie de plusieurs mois, sinon d'années. Il passa sa main sur son visage, sentant les nouveaux ravages qu'avait causés la maladie. Cela relevait cependant du détail, puisque cela faisait bien longtemps que ses traits défigurés n'avaient plus rien d'humains.
Il réalisa qu'il n'avait même pas pris le temps de dire son nom à l'adolescent qu'il venait de vaincre.
- Je suis Nabu, dit-il. Cela faisait longtemps que je n'avais pas été contraint de m'employer autant...
Son adversaire était trop dangereux et il allait devoir tuer le garçon avant qu'il ne reprenne conscience, puis partir à la poursuite de l'autre. Cependant, pour le moment, il n'était capable ni de l'un ni de l'autre, et se contenta de chercher à reprendre son souffle.
* * * * * * * * *
Tout en descendant l'escalier liant la maison du Cancer à celle du Taureau, Aldébaran se concentrait sur ses perceptions cosmiques pour suivre ce qui se passait. Il savait qu'il allait contre la volonté de son père adoptif, et était conscient que la dernière fois qu'il avait désobéi à un adulte cela avait eu des conséquences fâcheuses.
Lorsque les feux de l'horloge s'étaient allumés, renforçant les effets des restrictions imposées aux déplacements par le cosmos d'Athéna, Sérapis lui avait ordonné de monter au sommet des douze temples, la seule direction possible où il serait à l'abri.
Néanmoins, plus il s'était rapproché de la demeure du Cancer et plus il lui avait été difficile d'avancer. Une sensation de malaise le prit à la gorge et il fut tout bonnement incapable de franchir les derniers mètres le séparant du temple de pierre. Il avait alors quitté les escaliers et tenté d'escalader les reliefs environnants, mais les limitations de déplacement rendaient la chose impossible.
Il s'était donc résolu à se dissimuler du mieux possible derrière les colonnes longeant l'escalier et s'était concentré sur ses perceptions cosmiques pour suivre les événements plus bas.
Il avait senti le groupe de neuf envahisseurs entamer la longue montée. Celui-ci avait perdu un de ses membres au temple du Bélier, resté en arrière pour affronter Mû, probablement. Trois autres envahisseurs s'étaient arrêtés dans la maison suivante si bien que les cinq derniers étaient ensuite arrivés au niveau du garçon. Celui-ci avait craint d'être découvert malgré ses efforts pour dissimuler sa présence, toutefois la proximité de la demeure du chevalier du Cancer l'avait probablement sauvé.
Aldébaran avait été quelque part rassuré en entendant les voix des envahisseurs: il n'était pas le seul à percevoir une atmosphère dérangeante autour du temple.
Ils avaient néanmoins poursuivi leur route et le garçon avait pu sortir de sa cachette. Bien qu'étant probablement à l'abri pour quelques temps, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour son père adoptif, contraint d'affronter seul trois adversaires probablement redoutables.
C'est ainsi que bien que conscient de sa désobéissance et alors que les bruits de la bataille lui parvenaient depuis déjà plusieurs centaines de mètres, Aldébaran pénétra de nouveau dans la maison gardée par Sérapis. Il courut rapidement dans une des contre-allées du temple, se cachant autant que possible derrière les larges colonnes de pierre. Il vit alors son père adoptif en plein combat face à ses trois adversaires. Il reconnut instantanément deux des trois envahisseurs pour les avoir déjà rencontrés quelques heures plus tôt.
Il y avait d'abord le jeune homme vêtu d'une armure aux teintes orangées et manipulant des sortes de lances de lumière qu'Aldébaran avait été à deux doigts de vaincre. L'autre était le massif Amérindien dont le garçon gardait en revanche un souvenir cuisant.
Enfin, le dernier guerrier était totalement inconnu d'Aldébaran. Plus âgé que ses deux compagnons, il arborait une barbe blanche finement taillée et était protégé par une armure semblant constituée de glace bleue.
Ils encerclaient Sérapis et tentaient visiblement de le faire céder en le soumettant à une pluie incessante d'attaques. Ils coordonnaient leurs assauts et s'encourageaient fréquemment à haute voix, ce qui permit d'ailleurs au garçon d'apprendre assez rapidement leurs noms : Paul, Moki et Bolthorn.
Malgré son infériorité numérique, le chevalier d'or faisait honneur à la réputation de son ordre en faisant plus que leur tenir la dragée haute, au point qu'Aldébaran fut vite rassuré par ce qu'il arrivait à suivre des coups échangés à la vitesse de la lumière. Sérapis avait jusque-là réussi à conserver sa position de garde les bras croisés, ce qui voulait dire qu'il avait la main haute sur les échanges. Le garçon réalisait aussi que ce n'était pas seulement la chance et l'effet de surprise qui lui avaient permis d'avoir le dessus sur Paul : le niveau de ce dernier était relativement faible, bien en deçà de celui d'un chevalier d'or en tout cas.
- Bolthorn, Paul, avec moi ! hurla Moki en s'élançant de façon décidée.
- Sans lui, papa en aurait déjà fini, songea Aldébaran en voyant l'Amérindien s'entourer d'une espèce d'aura rougeoyante qui rappelait le cosmos des chevaliers tout en paraissant fondamentalement différente.
Les émanations énergétiques rouges semblèrent prendre la forme d'un massif bison et Moki fonça vers son adversaire comme s'il voulait le renverser.
Le cosmos doré de Sérapis explosa en prenant la forme d'un puissant taureau puis il chargea à son tour. Les deux adversaires se percutèrent dans un bruit de tonnerre, le choc faisant même trembler les épais murs de la deuxième maison du Zodiaque.
Ils étaient à présent engagés dans une épreuve de force, aucun des deux ne paraissant décidé à concéder un seul pouce de terrain, Sérapis ayant pour la première fois abandonné sa posture de garde à bras croisés afin de pouvoir saisir Moki. Le garçon n'aurait pas imaginé voir un jour quelqu'un capable de résister à son mentor sur le plan de la force brute, pourtant l’Amérindien y parvenait.
Les muscles des deux colosses se contractaient tandis qu'ils émettaient des rugissements presque animaux, les grandes dalles de pierre du temple se fissuraient autour des points d'appui de leurs pieds, l'air semblait se charger d'électricité...
Ce fut alors que les deux autres envahisseurs passèrent à l'assaut afin de profiter de la situation, Paul matérialisant une grande lance d'énergie, Bolthorn entourant ses poings de cristaux de glace bleue. Aldébaran voulut crier un avertissement à l'intention de Sérapis, mais ce dernier n'en avait pas réellement besoin. Sans interrompre son épreuve de force, Sérapis déploya son cosmos avec une violence inouïe. Le garçon arrivait presque à voir les lignes de force télékinésiques se déployer dans tout l'espace de combat.
Bolthorn et Paul furent stoppés en plein vol par un mur de force invisible, puis le cosmos du Taureau furieux explosa véritablement. Les dalles se soulevèrent du sol alors que les blocs constituant les murs et les colonnes se désolidarisèrent, obligeant Aldébaran à se chercher une nouvelle cachette.
Les centaines de projectiles de pierre filèrent alors sur Paul et Bolthorn pendant que Moki essayait de profiter de la dépense d'énergie de son adversaire pour prendre le dessus et le renverser. Sérapis ne l'entendait toutefois pas de cette oreille : la dalle sur laquelle s'appuyaient les pieds de l'Amérindien se souleva à son tour au moment où une onde de choc télékinésique le força à lâcher son adversaire.
Le bloc de pierre s'envola à la verticale en emportant Moki pour aller s'encastrer violemment dans le plafond.
Pendant ce temps, les deux autres adversaires du Taureau peinaient à éviter les projectiles qui menaçaient de les écraser à la moindre seconde d'inattention. Bolthorn créait des murs de glace pour intercepter les blocs, pendant que Paul les découpait avec sa lance solaire.
Ce dernier eut à peine le temps de réagir lorsqu'il vit Sérapis le charger. L'héritier de Mithra tenta d'empaler son adversaire avec son arme d'énergie, mais celle-ci rebondit sur l'armure d'or en n'y laissant qu'une mince rayure. Le chevalier propulsa Paul d'un puissant coup d'épaule sur un bloc de pierre qui venait de la direction opposée. La roche explosa sous l'impact, le corps continuant ensuite sa trajectoire pour aller percuter d'autres projectiles.
- Paul ! cria Bolthorn en se précipitant au secours de son compagnon.
Sérapis se tourna vers son nouvel adversaire qui avait gelé ce qui restait du sol pour se déplacer plus rapidement en glissant tel un patineur. Le chevalier redirigea la quasi-totalité des projectiles vers le guerrier des glaces, qui dévia les premiers avec des murs de glace mais dut bondir pour échapper à une dernière série de blocs. Le Taureau sauta à la rencontre de Bolthorn, l'attrapa en plein vol comme un enfant, puis le projeta avec violence après une rotation sur lui-même en direction d'un mur.
Aldébaran doutait que le guerrier des glaces ait pu survivre à l'impact qui suivit, malgré tout Sérapis s'élançait déjà vers le nouveau tas de gravats, sans doute pour en finir. Le chevalier s'arrêta cependant en cours de route et leva la tête vers l'endroit du plafond où était allé s'encastrer le bloc sur lequel se trouvait Moki.
La pierre explosa, le toit s'écroulant sur une dizaine de mètres, tandis que l'Amérindien fondait sur le chevalier à la limite des capacités de perception d'Aldébaran. L'aura du colosse avait pris la forme d'un aigle majestueux, si bien que ses poings frappèrent Sérapis telles des serres au niveau des bras, les doigts s’enfonçant dans le métal doré.
Le Taureau s'enfonça dans le sol à l'impact, tout en restant debout. L’aura de Moki sembla alors redevenir un bison, et d'une ruade terrible, l’Amérindien projeta son adversaire comme un missile à travers les murs du temple qui s'écroulèrent sur lui. La deuxième maison du Zodiaque avait été transformée en un véritable champ de ruines.
- Paul ? Bolthorn ? appela leur compagnon.
Aucune réponse ne venant le rassurer, il se dirigea vers l'endroit où Bolthorn avait été enseveli. Des bruits de pas le firent pourtant s'arrêter : Sérapis marchait dans sa direction. L'armure d'or portait les stigmates des terribles coups de Moki, le plastron étant à présent enfoncé, et du sang s'écoulait de plusieurs blessures. Toutefois, Aldébaran était confiant, son père adoptif semblant parfaitement capable de continuer l'affrontement.
- Je n'ai pas porté de coup fatal, ils sont encore en vie, dit le chevalier. Néanmoins, je ne pense pas que vous pourrez beaucoup compter sur eux...
- Soit. A nous deux alors, répondit l'Amérindien.
Sérapis sourit et reprit sa position de combat favorite les bras croisés sur son large torse.
* * * * * * * * *
Dès l'approche de la quatrième maison, celle du Cancer, les membres du groupe mené par Quetzalcóatl avaient senti les ondes négatives qui irradiaient du temple.
L'odeur de la mort, abjecte et pesante, baignait les lieux.
La montée des dernières marches s'était faite dans un climat surréaliste, comme s'ils apprêtaient à entrer dans la gueule d'un dragon ou à franchir le seuil des Enfers. Malgré leur statut d'humains aux capacités extraordinaires qui en faisaient des demi-dieux, les cinq compagnons étaient saisis d'une crainte primale. Le temple était plongé dans les ténèbres, si bien que Quetzalcóatl et Mani firent apparaître des boules de lumière dans leurs paumes pour éclairer l'intérieur.
Ils s'attendaient à tout, malgré cela la découverte de la source de leur malaise fut un choc.
Bien qu'il fût un jeune prophète adoré comme un dieu depuis sa naissance, Mani restait avant tout un garçon de neuf ans. Il ne put contenir un hurlement d'effroi en découvrant les milliers de visages qui recouvraient les murs, le plafond et même le sol. Le plus insoutenable était qu'il connaissait chacun de ces visages. Il s'agissait des soldats de leur armée ainsi que de leurs familles, tous massacrés en Egypte par les chevaliers du Sanctuaire.
Quetzalcóatl et son descendant, Calli, blêmirent devant cette vision d'horreur, le second tentant de rassurer Mani. Khamakhya ne se laissa en revanche impressionner que quelques instants, reprenant en un battement de cils le contrôle de ses émotions. Elle se baissa afin de toucher du bout de ses doigts un des visages incrustés dans le sol.
- Je ne comprends pas comment cela est possible. Ce ne sont pas les véritables têtes, mais c'est bien plus qu'une simple illusion. Comme si ce que nous voyons était un fragment de leur âme...
Quetzalcóatl répondit à l'Indienne, mais le débat qui s'engageait sur la nature de ces visages n'intéressait pas le garde du corps de Mani. Des cinq, il avait été le seul à ne même pas cligner des yeux devant ce spectacle.
Le comment de cette mise en scène macabre était à ses yeux insignifiant devant le pourquoi qui lui semblait très clair : instiller une terreur irraisonnée en eux, les déstabiliser et profiter de cette déconcentration pour les frapper. La main sur la poignée de son sabre, il s'était rapproché de son jeune maître auprès duquel Calli se tenait toujours.
- Ce sont des monstres, murmurait Mani en se remettant du choc. Ils sont le Mal, nous devons tous les détruire.
- Oui, nous avons enfin vu ce qui se cachait derrière leur masque de vertu, répondit l'Olmèque. A présent il n'est plus question de reculer ! Leur folie meurtrière ne fera qu’accroître notre motivation !
Toujours sur ses gardes, l'assassin n'écoutait que d'une oreille lointaine l'échange entre le garçon et l'adulte. Il se tourna brusquement vers l'aile droite du temple. Il était certain d'avoir perçu un mouvement à la périphérie de son champ de vision. Une ombre passant entre les colonnes de pierre...
- Nous ne devons pas rester ici, dit-il à ses compagnons. Il faut avancer.
Ils le regardèrent un instant, certains s'apprêtant à protester.
- Nous chercherons un moyen de libérer leurs âmes après avoir pris la tête du Pope. Nous ne devons pas mélanger les priorités.
Ils semblèrent se ranger à son pragmatisme, si bien qu'ils reprirent la traversée du temple. Si ses compagnons ne pouvaient s'empêcher de dévisager les têtes, reconnaissant parfois un ami ou un compagnon, le garde du corps fermait la marche en scrutant l'obscurité qui régnait dans les ailes lugubres de la demeure du Cancer. Trois autres fois, il fut certain d'apercevoir une silhouette furtive les suivant, une ombre noire comme la nuit mais aux yeux brillants. Il n'en prévint cependant pas ses compagnons. Il acquit petit à petit la certitude que cette présence n'était pas le fruit de son imagination et qu'elle ne se laissait entrapercevoir que par lui à dessein. Il ne pourrait pas la surprendre ou la capturer avec ses compagnons dans les parages. Pour cela, il aurait besoin lui aussi de disparaître dans les ombres.
Il se laissa petit à petit distancer par ses compagnons, s'enfonçant dans les ténèbres tandis que ces derniers se rapprochaient de la sortie et de la lumière. Une fois ce lieu de cauchemar derrière eux, ils se rendraient probablement compte immédiatement de son absence, toutefois il ne doutait pas du fait qu'ils prendraient la décision logique et pragmatique en poursuivant leur route.
Son sabre à présent à la main, il se fondit dans les ténèbres et se mit en chasse.
Il se déplaçait de façon totalement silencieuse, sans laisser le moindre rayon de lumière l'atteindre. Son entraînement lui permettait de contrôler et de supprimer les émissions parasitaires de son cosmos et même de supprimer son odeur. Il était l'assassin parfait, issu d'une longue lignée vouée à protéger les incarnations de Mani.
Le premier de cette lignée, dont le nom s'était perdu si bien que ses successeurs décidèrent eux aussi de rester anonymes afin de ne pas se détourner de leur tâche, faisait partie de la secte des assassins. Formé pour éliminer les rivaux politiques de son maître, Hassan Ibn Sabbah, que l’histoire retiendrait sous le nom de Vieil Homme de la Montagne, il avait tué sur ordre sans hésitation, persuadé que le paradis l'attendait en récompense. Il pensait même avoir vu ce paradis.
Le maître avait en effet pour habitude de droguer ses hommes puis de les mener dans un lieu secret où femmes et délices leur étaient offerts. Les assassins croyaient alors avoir eu une vision de leur futur, un avant-goût de leur récompense dans l'après-vie. Si l'assassin n'avait pas un jour feint de consommer la drogue et n'avait pas découvert la supercherie, sans doute aurait-il comme les autres offert avec joie sa vie à son maître.
Au lieu de quoi, il avait fui dans le désert, où il serait mort de soif et de faim si les derniers disciples de Mani ne l'avaient pas découvert et sauvé. Ils vivaient là depuis l'assassinat du prophète originel et la déclaration comme hors-la-loi de leur culte par le roi. L'assassin resta auprès d'eux un temps, mais était sur le point de se lasser et de repartir quand les prêtres découvrirent que Mani s'était incarné à nouveau dans un jeune garçon aux pouvoirs extraordinaires. Homme à la foi trahie par le passé, il fut convaincu qu'il avait là l'opportunité de combattre pour un saint homme véritable et décida de protéger le prophète. Déserteur parmi les renégats, servir une religion clandestine lui paraissait en outre presque logique.
Ses descendants avaient suivi sa voie, les pères formant les fils qui ne pouvaient prouver leur valeur qu'en terrassant leur géniteur. De génération en génération, ils acquirent des pouvoirs sans cesse plus fabuleux au contact des incarnations successives de Mani.
L'assassin avait l'impression que ses ancêtres marchaient à ses cotés tandis qu'il traquait son ennemi. Celui-là n'avait aucune chance, ce jeu de cache-cache ne pouvait finir que d'une seule façon.
* * * * * * * * *
- Nous sommes à deux contre trois. Notre premier objectif est de compenser ce désavantage. Nous allons concentrer nos efforts sur le moins dangereux, expliqua Akiera à Camus grâce à une communication directe de cosmos à cosmos.
- D'accord, répondit le garçon par le même moyen.
- A priori, c'est ton maître, poursuivit l'ancien chevalier des Gémeaux. Ce n'était qu'un chevalier de bronze.
- On le neutralise sans le blesser gravement.
Les deux serviteurs d'Athéna étaient encerclés par leurs adversaires. Gienah leur faisait face, le Mésopotamien à l'allure de démon nommé Hanpa se trouvait sur la droite et l'étrange et massif homme de bronze, que Gienah avait appelé Talos, sur leur autre flanc.
Akiera transmit alors une série d'instructions par voie télépathique à son compagnon, le genre de manœuvre qu'il avait souvent répétée avec son élève, Saga.
- Attention, ils sont en train de préparer quelque chose ! cria soudain celui qui fut successivement chevalier de bronze et noir du Cygne.
- Il a détecté notre échange ? s'étonna l'androgyne.
Ils exécutèrent néanmoins la manœuvre convenue. Les deux cosmos dorés explosèrent simultanément avec violence, Akiera frappant le sol d'une rafale d'énergie juste devant eux. L'impact provoqua une explosion, projetant débris et poussière à la ronde. Une fois l'air obscurci, Camus dressa deux grands murs de glace de façon à séparer leurs adversaires. Une fois sa tâche accomplie, il partit à la suite d'Akiera qui s'était déjà lancé au corps à corps. Les murs et la poussière ne leur donneraient que quelques instants de marge de manœuvre pour neutraliser Gienah.
Celui-ci esquiva de justesse un premier coup d'Akiera qui ne lui laissa pas le temps de s'organiser en enchaînant. Le Verseau fut à peine étonné de constater que son professeur parvenait à éviter, même avec difficulté, les assauts de l'ancien chevalier des Gémeaux.
Cela ne changeait cependant rien à leur plan : profitant de ce que son maître était obligé de porter toute son attention sur Akiera, le garçon prit trois pas d'élan, puis se laissa glisser entre les jambes de l'androgyne pour se retrouver aux pieds de leur adversaire au moment précis où celui-ci reprenait ses appuis.
Il saisit à pleines mains les chevilles de son maître, les recouvrant instantanément d'une épaisse couche de givre.
- Petit futé, je... commença Gienah.
Il n'eut pas le temps de finir, incapable d'esquiver le poing d'Akiera avec ses jambes immobilisées.
Il commença à chuter, visiblement inconscient. Camus aurait bien aimé le rattraper avant qu'il ne touche le sol, mais il y avait plus pressant. Les ailes de son armure déployées, Hanpa fondait sur Akiera et lui comme un oiseau de proie sur des lapins. Ils esquivèrent en bondissant de coté alors que le colosse de bronze transperçait le mur de glace comme du papier.
Les serviteurs d'Athéna se répartirent les tâches naturellement, sans même se consulter. L'androgyne s'élança vers le colosse tandis que Camus faisait face à l'homme-démon.
Akiera avait une connaissance mythologique relativement étendue, entre autre grâce à la période qu'il avait passé aux Cinq Pics, auprès du vieux maître. Il savait que les légendes mentionnaient un homme de bronze nommé Talos, construit par Héphaïstos, le dieu forgeron. Celles-ci racontaient néanmoins qu'il avait été détruit par le héros antique Jason. Quoi qu'il en soit, il ne s'agissait pas d'un véritable être vivant à proprement parler et Akiera n'avait donc aucune raison de ne pas en finir le plus rapidement possible et sans prendre de gants.
Le colosse s'approcha d'un pas lourd et d'une démarche hachée. Il tenta de saisir l'ancien chevalier d'or qui se dégagea facilement d'un bond en arrière. Le cosmos des Gémeaux explosa avec violence au moment où il retoucha le sol.
- GALAXIAN EXPLOSION !
Le coup frappa sa cible de plein fouet pulvérisant le sol et les arbres alentour.
Akiera s'apprêtait à se détourner pour aller aider Camus quand il entendit les bruits caractéristiques de la démarche mécanique du colosse.
- J'ai été forgé par Héphaïstos lui-même dans les mines olympiennes, dit Talos de sa voix de rouages. Ma robustesse surpasse celles de vos armures sacrées.
Akiera laissa échapper un juron imagé.
* * * * * * * * *
Jamais encore Camus n'avait été confronté à un adversaire d'un niveau comparable à celui d'un chevalier d'or, si bien que découvrir qu'il soutenait le rythme du Babylonien fut, non pas une surprise, mais en tout cas une agréable confirmation.
Malgré leur rapidité, aucunes des attaques d'Hanpa ne parvenaient à franchir sa garde, le garçon compensant sa moindre allonge par une mobilité supérieure. Ayant pris la mesure au corps à corps de son opposant, le jeune chevalier décida de prendre l'initiative. Son cosmos doré se concentra, des cristaux de poussière de diamant se matérialisant sur ses mains, puis il libéra son pouvoir en frappant l'air de ses poings.
- DIAMOND DUST !
Une vague d'air froid et de cristaux glacés déferla sur le démon du désert qui esquiva en s'envolant. Ce dernier s'éleva jusqu'à une dizaine de mètres, et dirigea alors ses deux mains, doigts tendus, vers le Verseau. Les ongles d'Hanpa s'allongèrent soudainement, devenant semblables à des lames de métal et couvrant instantanément la distance entre les adversaires.
Camus esquiva les premières attaques, mais se rendit compte en même temps que les ongles étaient capables de se courber et de se déformer pour le poursuivre.
- La fuite est inutile, tu ne pourras pas te dérober à mon attaque ! lui cria Hanpa. Renonce pendant qu'il est encore temps.
Le chevalier évita encore les lames grâce à quelques acrobaties et sauts de main, réalisant cependant que cela ne pourrait effectivement pas durer indéfiniment. L'assaut cessa soudain, lui laissant le temps de se réceptionner sur ses pieds. Il fit face aux ongles démesurés qui menaçaient de s'abattre sur lui au moment où Hanpa le déciderait.
- Abandonnes-tu ?
- Je crains que non.
- Tu l'auras voulu. Par respect pour ton maître, je vais cependant essayer de ne pas toucher de points vitaux ! Prépare-toi !
Les lames reprirent leur course, filant sur le jeune chevalier qui ne fit pas un seul mouvement pour se mettre à l'abri, fermant même les yeux.
- Comment ? s'étonna Hanpa en voyant son attaque atteindre son adversaire aussi facilement.
Son étonnement se changea en stupeur lorsqu'il constata que, si ces ongles avaient bel et bien atteint le chevalier, sa technique était totalement inefficace. Les lames rebondissaient sur l'armure d'or et, fait totalement incompréhensible, sur la peau du garçon.
Le Babylonien renonça à son vœu de ne pas blesser gravement le Verseau en mettant toute sa puissance dans l'assaut, sans plus de résultats. Il sentit soudainement le bout de ses doigts s'engourdir. Réalisant qu'il avait sans doute commis une erreur tactique, il voulut ramener ses ongles à lui, mais il n'avait plus aucun contrôle sur eux.
Les lames mortelles restaient suspendues en l'air, inertes. Gelées.
Il vit alors la couche de givre qui les recouvrait et qui continuait à progresser vers lui, menaçant d'atteindre ses mains. Ne voyant pas d'autres solutions pour se libérer, l'homme à l'allure de démon abattit violemment ses mains vers le sol, la partie gelée des ongles explosant à son contact. Cela ne stoppa néanmoins pas le progression du givre, si bien que le Babylonien n'eut d'autre choix que de saisir à pleines mains ses lames pour les arracher de ses doigts.
Il s'envola pour se mettre à l'abri du froid surnaturel, le sang coulant abondamment de ses paumes lacérées et du bout de ses doigts. Tandis que son cosmos enveloppait ses mains afin de calmer la douleur, il ne perdit pas des yeux le Verseau. Ce dernier, qui n'avait pas bougé d'un pouce depuis le début de l'attaque du Babylonien, se mit à marcher dans sa direction.
L'héritier de Pazuzu se remit en garde quand le garçon ne fut plus qu'à quelques mètres de lui. A présent qu'il le voyait de plus près, Hanpa remarqua de fines lignes de sang sur le visage et les bras du chevalier d'or. Si ces ongles l'avaient donc bel et bien atteint, ils ne laisseraient que d'éphémères cicatrices comme souvenirs ainsi que quelques rayures sur la protection dorée.
- Je savais que mon assaut n'endommagerait guère ton armure, mais comment as-tu pu survivre à mes lames ? Elles ont frappé ta chair nue !
- J'avais gelé mon épiderme, presque à la température la plus basse que je suis capable de produire. Ma peau était ainsi quasiment aussi solide qu'un cercueil de glace ou que mon armure, si bien qu'elle a protégé mes organes internes, non seulement de vos assauts mais aussi du froid que j'ai créé autour de moi afin de détruire vos ongles.
Hanpa sourit, ce qui paraissait presque contre-nature avec son visage de démon.
- Tu es le troisième chevalier d'or que je suis amené à affronter, et le moins que je puisse dire est que tu es à la hauteur des deux premiers. C'est un honneur pour moi de me mesurer à de tels adversaires.
- Vous avez proposé de m'épargner si je me rendais, l'honneur me demande d'en faire de même.
- Tu me vois obligé de décliner. Sache que j'ai encore quelques cartes à ma disposition...
* * * * * * * * *
Tandis qu'il frappait sans succès son adversaire mécanique, Akiera tentait de se remémorer les détails exacts de la légende - légende bien vivace cela dit - associée à Talos. Il avait tenté une nouvelle Galaxian Explosion, encore pus violente que la précédente, qui n'avait cependant pas eu davantage de succès. De même, les millions de rayons de lumière qu'il avait projetés sur l'homme de bronze n'avaient pas eu l'air d'avoir plus d'effet que des piqûres de moustiques.
Talos continuait à avancer inexorablement vers lui, imperturbable. Si sa vitesse supérieure permettait à l'androgyne de rester hors de portée, le moment viendrait où la fatigue ou la distraction lui ferait commettre une erreur. En fin stratège, l'ancien chevalier des Gémeaux ne pouvait pas non plus exclure que Talos diminuait volontairement sa vitesse pour pouvoir le surprendre le moment venu.
Cette situation inconfortable lui faisait d'autant plus regretter de ne pas avoir été davantage attentif aux contes du vieux maître, car s'il se souvenait d'une partie de l'histoire de son ennemi et du fait qu'il avait été détruit par le héros Jason, il ne souvenait pas du comment qui aurait pourtant pu lui être utile.
- Bah... Quand tu ne peux pas casser, il existe d'autres solutions... pensa-t-il.
Son cosmos se déploya, ouvrant la porte entre les mondes.
- ANOTHER DIMENSION !
Le ciel s'ouvrit, révélant une vue cosmique surréaliste sur des planètes étranges. La marche de Talos ne fut pas le moins du monde ralentie, le colosse mécanique semblant ignorer superbement l'aspiration causée par la rupture dans le réel.
- C'est pas vrai ! s'emporta Akiera en constatant l'échec de sa technique.
Il intensifia son cosmos pour accroître la puissance du vortex. Non seulement Talos ne freina pas, mais au contraire il accéléra soudainement.
Trop concentré sur son attaque et ayant trop laissé son adversaire s'approcher de lui, l'androgyne n'eut pas le temps de se mettre parfaitement hors de portée. S'il parvint à empêcher Talos de l'attraper - il n'avait d'ailleurs guère envie d'imaginer ce qui lui arriverait si les mains métalliques se refermaient sur son corps non protégé -, il ne put éviter une charge de l'épaule qui le propulsa dans les airs. Il percuta plusieurs arbres, les transperçant ou les déracinant, puis roula encore sur le sol avant de s'arrêter finalement contre un tronc.
Il se releva en gémissant, certain d’avoir plusieurs côtes cassées. Une grande nostalgie de l'époque où son corps était protégé par l'armure d'or des Gémeaux le saisit un bref moment...
Encore sonné, il aperçut du coin de l'oeil un grand mouvement. Il reprit ses esprits juste à temps pour voir que Talos s'était saisi d'un des troncs d'arbres qu'il avait déracinés pendant son vol plané et était en train de l'abattre violemment sur lui.
Agissant par réflexe, il leva le bras en projetant des millions de jets de lumière avec son poing, pulvérisant le bois en d'innombrables échardes.
- C'est officiel : tu me tapes vraiment sur les nerfs ! dit-il à l'invincible homme métallique qui continuait à avancer sur lui.
L'androgyne sentit alors un cosmos exploser plus loin dans la forêt d'une façon inhabituelle, or il avait déjà ressenti quelque chose de similaire quelques années plus tôt...
* * * * * * * * *
Camus n'aurait pas pensé que son adversaire puisse déployer une telle puissance. L'homme à l'allure de démon s'était envolé, puis, enveloppé par son cosmos intensifié à son paroxysme, avait déclenché autour de lui des mouvements d'air de plus en plus rapides. Il flottait à présent au centre d'une véritable tornade.
- Prépare-toi à affronter les vents du nord ! hurla le Babylonien au sommet de son effort.
Le chevalier s'entoura à son tour de son aura dorée.
- Attention ! lui cria soudain Akiera par la voie cosmique. Je l'ai déjà vu utiliser cette technique contre Aioros qui a failli en mourir ! Son cosmos est toxique !
- Je sais, répondit Camus.
Le jeune chevalier d'or n'avait effectivement rien raté de l'agitation atomique inhabituelle entourant son adversaire, alors que celui-ci réarrangeait les liaisons moléculaires de l'air pour créer des gaz toxiques. Il avait également remarqué que Hanpa ne synthétisait des molécules de poison qu'à la périphérie du volume occupé par son cosmos, et non à proximité de son propre corps. Une conclusion logique s'imposait...
Hanpa se lança à l'assaut, prêt à mettre en oeuvre sa tactique habituelle : focaliser l'attention de son opposant au corps à corps pendant que le vent empoisonné par son cosmos ferait son effet.
Il sentit toutefois que quelque chose n'allait pas à mi-distance. Le chevalier d’or usait de son pouvoir pour modifier la température des vents et changer le mouvement de la tornade, refroidissant l’air périphérique jusqu’à ce que celui-ci soit plus froid que celui de l’intérieur du vortex. Les différences de pression créant la colonne d’air s’inversèrent finalement brusquement, le vortex s’écroulant sur son créateur.
Les gouttes de poison commencèrent à frapper le corps et l'armure d'Hanpa, provoquant de petits nuages de fumée à chaque impact, comme s'il s'agissait d'un acide particulièrement concentré.
Il ne put réprimer un cri de douleur avant de déployer ses ailes pour tenter d'échapper au vent qui s'était retourné contre lui. Il s'éleva comme une flèche à la verticale, mais Camus réagit en refroidissant la température de l'air en altitude afin de faire remonter les vents.
- Abandonne et j'épargnerai ta vie ! hurla le jeune chevalier dans la tourmente.
- Jamais ! répliqua le Mésopotamien.
Conscient qu'il ne pourrait pas échapper à son adversaire, Hanpa décida de jouer le tout pour le tout et tomba en piqué tel un aigle sur un lapin.
- Folie ! s'exclama Camus.
Il intensifia son cosmos, concentrant les vents sur son ennemi et gelant les gouttes de poison qui flottaient dans l'air à la température la plus basse dont il était capable, les transformant ainsi en projectiles acérés. Les éclats de glace pénétrèrent sans difficulté l'armure et la chair d'Hanpa, transperçant en outre de part en part ses ailes. Le poison gelé fondait instantanément au moment où il se trouvait dans le corps du Babylonien, se déversant ainsi directement dans le sang. Comme foudroyé en plein vol, l'homme au visage de démon chuta vers le sol tel un ange déchu tombant en enfer.
Camus sentit soudain la température ambiante se modifier, et les mouvements d'air fluctuer jusqu'à finalement cesser. Les derniers projectiles glacés explosèrent en vol avant d'atteindre leur cible à présent inerte, puis Hanpa fut saisi en plein vol par une forme indistincte juste avant qu'il ne s'écrase.
- Maître ? s'exclama le garçon en découvrant Gienah lorsqu'il se réceptionna au sol, le guerrier vaincu dans ses bras.
L'ancien chevalier noir prit le pouls d'Hanpa sur sa gorge, mais n'en trouva pas.
- Désolé, je n'ai pas été assez rapide, dit-il en fermant les yeux du mort.
Il posa délicatement le corps au sol avant de se tourner vers celui qu'il avait formé.
- Tu n'étais pas obligé de le tuer, dit-il avec colère et en pointant un doigt accusateur.
- Je lui ai proposé deux fois d'abandonner. Il a préféré mourir pour sa cause. Comment avez-vous fait pour être si vite sur pieds ?
- Il faudra plus qu'un coup de poing pour avoir raison de moi... Mais ne change pas de sujet. Ton avantage était suffisant pour te permettre de le vaincre sans prendre sa vie.
- Il a fait son choix. Je n'ai fait que mon devoir.
- Vas-tu m'offrir le même choix ? Et si je refuse d'obtempérer vas-tu également me tuer froidement ?
- Vous seriez ridicule de me combattre. Cette cause n'est pas la vôtre. Il est encore temps de redevenir raisonnable.
Gienah se mit en position de combat.
- J'ai bien peur de ne pas être quelqu'un de raisonnable.
- Là, vous frôlez l’absurde. Je sais à présent que vos pouvoirs ont largement dépassé ceux d'un chevalier de bronze, mais je suis un chevalier d'or.
- Depuis quelques heures à peine. Je t'avais en outre dit que, même si j'estimais ne plus rien pouvoir t'apporter, ta formation n'était pas encore achevée. Je vais te donner une idée du chemin qu'il te reste encore à parcourir...
* * * * * * * * *
Kanon tombait entre les mondes dans une chute qui paraissait sans fin. Le fait qu'il ait été victime de sa propre Another Dimension avait eu des répercussions imprévisibles sur la stabilité de la rupture dans la réalité dans laquelle l'avait projeté Shamash.
Les deux adversaires n'avaient pas débouché dans la dimension vers laquelle menait originellement le passage, mais dans une sorte de No Man's Land dimensionnel. Ils dérivaient depuis plusieurs minutes dans ce qui ressemblait à un tunnel d'énergie bleue entre les univers, large de plusieurs kilomètres, apercevant par moment des vues fantastiques de mondes inconnus lorsque la membrane énergétique du conduit devenait brièvement transparente.
Le cadet de Saga n'avait cependant guère de temps à accorder à la contemplation du paysage ou à chercher un moyen de rejoindre la Terre. Shamash lui menait la vie dure, se révélant un opposant à la technique peu raffinée, directe et brutale, et néanmoins dangereuse. Il semblait ainsi largement préférer les attaques à base de simples projections cosmiques brutes, peu coûteuses en énergie et rapides à déclencher, aux techniques plus élaborées. Face à une telle épure, les exceptionnelles capacités d'analyse du Grec se retrouvaient au chômage technique.
Surtout, le Babylonien semblait bien plus à son aise dans cet environnement inhabituel, utilisant de petites projections d'énergie pour orienter sa chute. Kanon, quant à lui, souffrait du fait de ne pas avoir d'appui et avait du mal à reproduire la méthode adverse.
Les émanations cosmiques de Shamash zébraient ainsi le conduit inter-dimensionnel, manquant souvent de peu leur cible. En réponse, Kanon projetait des rayons dorés avec ses poings, toutefois ses tentatives peu assurées demeuraient vaines. La situation était dangereuse pour le Grec qui, contrairement à son adversaire, n'avait pas la moindre protection. Le plus anodin mouvement d'esquive mal contrôlé pouvait avoir des conséquences fâcheuses.
Sa première priorité était de quitter cet environnement défavorable.
Il projeta autant de rayons de lumière qu'il en était capable dans sa position, créant un véritable barrage d'énergie entre lui et son adversaire. Pendant que Shamash déviait ou parait les attaques les plus dangereuses, autorisant les autres à venir s'écraser sans dommage sur sa protection, Kanon enflamma son cosmos.
- GALAXIAN EXPLOSION ! hurla-t-il en déclenchant son arcane la plus destructrice.
Le Babylonien ignora les derniers rayons de lumière et se concentra sur ce nouveau danger bien plus pressant. S'il ne disposait pas des mêmes capacités d'analyse des techniques adverses que les chevaliers d'or ou certains de ses alliés, il avait déjà eu l'occasion d'observer la Galaxian Explosion plusieurs fois dans le passé. Ainsi déclenchée par un adversaire en déséquilibre, elle ne constituait pas un danger pour lui.
Il l'esquiva en totalité sans la moindre difficulté et s'apprêtait à railler son adversaire pour son inefficacité quand il s'aperçut que celui-ci avait disparu. Il ne lui fallut pas longtemps néanmoins pour le localiser : Kanon était en train de filer comme une balle vers la paroi du tunnel, s'étant servi de la déflagration de son attaque pour se propulser.
- Petit malin, murmura le Mésopotamien en se propulsant à son tour vers le tunnel.
Il ne partit pourtant pas directement à la poursuite de son adversaire, jugeant qu'il deviendrait une cible trop vulnérable si Kanon parvenait à s'appuyer sur le conduit.
Lorsque ce dernier parvint au tunnel et constata que ce dernier était solide et semblait exercer une simili gravité dans sa proximité proche qui lui permettait de poser le pied dessus, ce fut donc avec déception qu'il constata que son ennemi n'avait pas commis l'erreur de le suivre et allait atteindre la paroi près de cinq cents mètres plus loin.
- Le tir au pigeon sera pour une autre fois...
Le cadet avait un répit pour faire le point sur ses options. Il savait que son adversaire maîtrisait également les dimensions et avait constaté l'inefficacité de la Galaxian Explosion, même si elle avait été déclenchée dans de mauvaises conditions. Le Genrô Maô-Ken ne lui serait également guère de secours. Ses options techniques se révélaient donc limitées. Mieux valait donc faire preuve de stratégie, s'en tenir à sa résolution de quitter ce lieu puis choisir un terrain plus propice. L'ennui était que cet endroit hors norme paraissait affecter ses capacités dimensionnelles.
Shamash avait à son tour posé le pied sur le tunnel et venait dans sa direction. Kanon allait devoir prendre une décision, sans savoir laquelle. Il se rendit alors compte que le tunnel était en train de devenir translucide sous ses pieds, dévoilant une dimension vaguement familière au Grec.
Enflammant son cosmos sans réfléchir ni prendre le temps de se demander si cela était bien raisonnable, il déclencha la Galaxian Explosion en visant le sol à mi-chemin entre Shamash et lui. La barrière entre les mondes explosa, aspirant violemment les deux ennemis comme dans un vortex.
* * * * * * * * *
Deathmask avait rapidement progressé dans les galeries situées dans les entrailles du Kilimandjaro. Il avait croisé plusieurs individus lors de son exploration, probablement des sortes de pèlerins venus de partout dans le monde pour voir ou adorer celle que lui était venu tuer.
Plusieurs d'entre eux avaient essayé de lui parler, souvent dans des langues qu'il ne maîtrisait pas, certains tenté de ralentir son avancée.
Aucun d'entre eux ne représentait de véritable menace pour un chevalier d'or, néanmoins il avait décidé de les abattre à vue. Cela était de son point de vue à la fois plus rapide que d'attendre de déterminer leurs intentions à son égard et plus efficace, réduisant à néant tout risque de nuisance. En outre, cela compléterait la décoration de sa demeure.
Il suivait à distance le combat de Saga, se rendant compte qu'il y avait peut-être une chance que l'arrogant donneur de leçon des Gémeaux y perde des plumes. Il cessa toutefois de se laisser distraire par cet affrontement, dont l'issue ne le concernait pour le moment pas, lorsque la galerie qu'il suivait déboucha dans une grande cavité. Plusieurs nouveaux tunnels s'enfonçaient dans la roche à l'autre extrémité de la salle, mais les atteindre devrait attendre de régler un problème plus urgent.
Un homme massif et musculeux et vêtu seulement d'un pagne semblait vouloir bloquer le passage.
Ce n'était cependant pas cette musculature impressionnante qui faisait que l'Italien accordait à ce nouveau contretemps plus d'attention qu'au précédent. Non, le fait vraiment singulier était que cette créature possédait une tête de lion. Le Cancer ne put s'empêcher de dévisager longuement l'apparition, et il conclut finalement que si la crinière, la gueule remplie de crocs et les yeux félins faisaient partie d'un masque, ce dernier était frappant de réalisme.
Le chevalier distinguait quelques silhouettes dans l'ombre de la cavité ou des galeries, mais il les ignora.
- Je suis Son gardien, dit le monstre d'une voix profonde. Je ne vous laisserai pas L'approcher.
Deathmask sourit en entendant ces paroles. Il n'était pas réellement le genre à se faire impressionner par ce genre de déclarations d'intention.
Il passa à l'attaque sans plus attendre, chargeant à la vitesse de la lumière. L'homme-lion para les premiers enchaînements de coups de poing, néanmoins lorsque le chevalier augmenta la cadence, il parvint à transpercer plusieurs fois la garde de son adversaire.
Ses coups n'avaient pourtant qu'un impact léger sur la créature. Les muscles puissants et bandés de cette dernière semblaient en effet absorber les chocs aussi efficacement qu'une armure.
Le gardien commença à essayer de frapper l'Italien à son tour. Se faisant, il permettait à son adversaire de le toucher encore plus fréquemment alors que ses propres assauts étaient facilement contenus. Les encouragements venant des grottes à l'intention de la créature ne changeaient rien à la donne.
L'Italien estimait que son mystérieux opposant, certes puissant et d'un niveau voisin de celui d'un chevalier d'or, lui était a priori assez nettement inférieur.
Il enflamma son cosmos, son corps et plus particulièrement ses poings se nimbant d'une aura dorée, et frappa avec une vigueur renouvelée. Le gardien sembla cette fois-ci sentir très nettement les coups. Deathmask parvint à placer une série de frappes rapides au bas-ventre qu'il termina par un uppercut qui envoya son adversaire s'encastrer dans la voûte de la salle souterraine.
Il bondit pour saisir les pieds de la créature, puis la projeter violemment sur le sol. L'homme-lion voulut se relever, mais l'Italien l'attaqua alors avec une rafale de rayons d'énergie dorés qui le projetèrent contre la paroi de la grotte où il s'enfonça de plusieurs dizaines de centimètres.
Les témoins du combat laissèrent échapper des exclamations de déception et de peur, Deathmask s'abstenant toutefois de les narguer.
Le gardien s'extrayait en effet facilement de la roche et marcha sans hésitation vers l'Italien.
- Tu sais encaisser, je t'accorde ça, dit ce dernier tout en enflammant son cosmos à son paroxysme.
L'énergie du gardien de la quatrième maison se concentra autour de son index droit.
- SEIKI SHI KI MEIKAI HA ! hurla-t-il en ouvrant un passage vers le monde de la Fontaine Jaune.
Le chevalier d'or se rendit rapidement compte que quelque chose n'allait pas. Sa technique n'avait pas la moindre prise sur son adversaire. Ce n'était même pas que l'attaque ne parvenait pas à briser le lien entre le corps et l'âme de son adversaire. Non, en tout état de cause, Deathmask n'arrivait même pas à visualiser ce lien.
Comme si la créature n'avait pas d'âme à proprement parler, ou alors comme si cette dernière et sa chair étaient totalement indissociables.
- Bon sang, qu'est-ce que tu es ?
Le chevalier d'or stoppa son assaut et se remit en garde. L'homme-lion attaqua de nouveau, mais cette fois-ci ses coups étaient plus rapides et puissants. Deathmask conservait malgré tout une marge de manœuvre confortable et parvint à contenir le monstre. Cette marge diminuait malgré tout à vue d'oeil. Sa supériorité depuis le début de l'affrontement ne lui avait pourtant pas permis de prendre d'avantage réel. Si son adversaire était encore capable d'augmenter son niveau, cela pourrait finir par devenir dangereux.
Comme pour illustrer cette crainte, la créature l'assaillit avec une force encore renouvelée. L'Italien, qui se consacrait pour le moment à la défense et l'esquive, essayait déjà de comprendre comment son adversaire pouvait augmenter ainsi à l'envie sa puissance. Il se concentra sur ses perceptions extrasensorielles, s'attardant sur tous les spectres de perception auxquels il avait accès.
Ce fut finalement sur le plan spirituel qu'il trouva ce qu'il cherchait, ce monde fréquenté par les occultistes. Il s'agissait du monde caché proche voisin du plan physique, où un être avec les compétences du chevalier du Cancer pouvait observer esprits désincarnés, âmes en peine ou égarées et autres fantômes.
Il vit des lignes spirituelles, tels de minces filaments de pensées laiteux, venir s'enrouler autour de l'homme-lion de toutes les directions. La créature semblait ainsi se mouvoir au milieu d'une sorte de toile d'araignée la reliant à un nombre indéterminé d'âmes. L'Italien se rendit compte que le nombre de ces liaisons spirituelles semblait augmenter régulièrement, formant un réseau de plus en plus dense.
La créature puisait donc sa puissance dans ces sources extérieures, selon un procédé que l'Italien avait du mal à conceptualiser.
Quelles âmes soutenaient son adversaire et pourquoi ? Le chevalier n'en avait aucune idée et n'avait pas l'intention de remonter un à un tous ces fils de pensée pour en avoir le cœur net. Tout au plus pouvait-il estimer que les filaments venaient à part à peu près égal de la Terre, du domaine d'Hadès et d'autres plans d’existence inconnus.
Il avait néanmoins l'intuition que ces filaments faisaient plus que soutenir son adversaire et qu'ils le constituaient. Que malgré sa consistance sur le plan physique, cette créature n'était qu'un conglomérat de pensées et de fragments d'âmes d'origines diverses et que ce qu'il pensait être un corps de chair et de sang n'était qu'une sorte d'écho de sa véritable nature. Une chose était en tout cas certaine.
Jamais le Cancer ne pourrait faire le moindre dommage à son mystérieux adversaire en l'affrontant sur le plan physique.
Les coups de l'homme-lion augmentèrent encore de vitesse, transperçant pour la première fois la garde du chevalier d'or sous les cris de joie des quelques spectateurs du combat. Les impacts au torse et au visage furent d'une violence phénoménale. Bondissant en arrière pour se mettre à l'abri, l'Italien était convaincu d'avoir plusieurs côtes cassées malgré son armure et il s'en était fallu de peu que sa mâchoire ne se brise comme du verre.
Deathmask sentit monter l'exaltation en lui. Il existait une réelle possibilité qu'il ne survive pas aux prochaines secondes, cependant il venait de mettre au point un plan d'action qui lui permettrait peut-être de l'emporter. L'incertitude, loin de le paralyser, le galvanisait si bien que son cosmos explosa avec une violence qu'il n'avait encore jamais connue et il sourit au gardien qui marchait vers lui.
Sans faire un seul mouvement, il brisa simultanément les nuques de tous les témoins de l'affrontement par télékinésie. L'homme-lion s’en rendit compte et ses traits animaux se déformèrent de colère.
- Espèce de monstre !
- C'est l'hôpital qui se moque de la charité, lâcha l'Italien d'un ton bravache.
Le chevalier d'or propulsa alors son âme à l'extérieur de son corps. Son essence spirituelle avait l'apparence d'une silhouette spectrale laiteuse. Laissant son enveloppe de chair chuter au sol derrière lui, il se lança à l'assaut.
Si le gardien était capable de voir l'âme du chevalier le charger, l'audace de la manœuvre sembla le faire hésiter un instant. Deathmask n'en demandait pas tant et plaça plusieurs assauts précis et puissants. Aucun d'entre eux n'atteignirent néanmoins la créature puisque l'Italien avait exclusivement visé les filaments spectraux.
Comprenant que son adversaire cherchait à le couper de la source de son pouvoir, le gardien contre-attaqua avec violence, touchant plusieurs fois le Cancer. Ce dernier encaissa sans flancher, cependant s'il avait encore été dans son corps sans doute aurait-il serré les dents. Il ne savait pas en mettant en place son plan quels effets auraient sur son corps spirituel les coups adverses. A présent, il était fixé sur le fait qu'il était tout autant en danger de mort que précédemment.
Constatant que les liens spirituels se reconstituaient assez rapidement, il négligea pourtant la défense pour se consacrer exclusivement à la destruction de ces derniers.
Tandis qu'il tranchait de plus en plus de filaments à un rythme supérieur à leur réparation et recevait des coups menaçant de faire exploser la structure de son âme, il remarqua que la vitesse et la puissance des attaques de l'homme-lion revenaient petit à petit à ce qu'elles étaient au début de leur affrontement.
La première étape de son plan, ramener la créature à un niveau de puissance facilement gérable, atteinte, l'Italien passa à la seconde.
Malgré la douleur qu'engendraient les blessures faites à son esprit, il concentra son cosmos autour de son doigt et attira à lui les âmes des hommes et femmes qu'il avait tués au début de son assaut, et qui n'avaient pas encore eu le temps de prendre le chemin de la dimension de la Fontaine Jaune.
Les saisissant à pleine main, il les plongea une par une et à la vitesse de la lumière dans le corps de l'homme-lion qui n'avait plus assez de vitesse pour esquiver.
Affolées et tentant de se raccrocher à ce qu'elles pouvaient pour échapper à l'appel de l'oubli, les âmes se fondirent avec le corps du gardien, ressemblant à de grotesques et hideuses excroissances. Lorsque les connexions spirituelles alimentant la créature en énergie commencèrent à se reformer, loin de repousser les corps étrangers, elles les lièrent de façon encore plus solide.
Le gardien attaqua avec rage, mais les âmes entravaient ses mouvements et l'empêchait d'exploiter sa puissance retrouvée. Satisfait, l'Italien repoussa sans difficulté son adversaire, puis réintégra son enveloppe de chair et de sang.
Il constata en se relevant que les excroissances étaient visibles même sur le plan physique. Comme il le pensait, son ennemi était donc bel et bien constitué d'énergie spirituelle.
- J'arriverai bientôt à libérer ses malheureux, dit le gardien d’une voix souffreteuse. Et vous n'avez toujours aucun moyen de me détruire.
- Nous allons voir, répondit le chevalier en passant à la dernière phase de son plan, celle qui allait lui réclamer le plus d'énergie.
Son cosmos explosa tandis qu'il déclenchait à nouveau sa technique suprême.
- SEIKI SHI KI MEIKAI HA !
Mais il ne s'arrêta pas là et déclencha à nouveau son attaque, puis une nouvelle fois, et encore, et encore...
Finalement, le Cancer ouvrit dix passages entre le monde réel et le monde du Puits des Morts, encerclant entièrement son adversaire.
- Non ! cria ce dernier en comprenant l'objectif de la manoeuvre.
- A la revoyure ! articula difficilement le chevalier d'or tellement l'effort était intense.
Si les ouvertures n'affectaient pas directement l'homme-lion, elles attirèrent chacune une âme différente, écartelant et étirant le corps de la créature.
Le gardien ne hurla cependant pas, même quand il se déchiqueta en plusieurs morceaux et fut emporté vers le monde des morts.
Deathmask tomba à genoux en posant ses mains au sol pour reprendre son souffle. Il ne savait toujours pas quelle était exactement la nature du monstre, mais peut-être aurait-il l'occasion d'en avoir le cœur net une autre fois. Il pensait en effet que son adversaire pourrait probablement survivre au sort qu'il venait de lui faire subir, si l'on considérait qu'il était bien "vivant" à la base.
Néanmoins, l'Italien était convaincu qu'il aurait la paix jusqu'à la fin de sa mission.
Il s'accorda une minute avant de se relever et de repartir en chasse.
* * * * * * * * *
Jason avançait en premier tandis que les trois compagnons s'enfonçaient dans le sous-sol du temple de la secte et son réseau de galeries faiblement éclairées. Diomède fermait quant à lui la marche, gardant un œil attentif sur Stellio, juste devant lui.
Le maître-chevalier semblait être en proie à une excitation grandissante au fur et à mesure de leur progression qui les rapprochait probablement de l'être responsable de la mort de ses élèves.
Le chevalier de bronze se demandait comment cela allait tourner au moment inévitable de la confrontation avec le maître des lieux. Ils étaient a priori totalement surclassés, lui particulièrement. Leur chance, s'ils en avaient une, résidait en une action parfaitement coordonnée et en la force de Stellio que beaucoup considérait comme le plus puissant des chevaliers d'argent.
Mais ce dernier serait-il d'une quelconque utilité dans son état psychologique présent ? Ne serait-il même pas dangereux pour ses compagnons ?
Il était néanmoins trop tard pour reculer et partir avertir le Sanctuaire pour qu'il envoie des personnes compétentes pour ce type de situation. Si Jason et lui décidaient de partir, ils devraient soumettre Stellio par la force, ce qu'ils n'étaient pas certains d'arriver à faire.
Le chevalier Pégase était convaincu que Jason devait se faire les mêmes réflexions. Cependant il n'en laissait rien paraître et Diomède n'avait plus qu'à espérer que son compagnon voyait un moyen d'éviter que tout cela ne tourne à la catastrophe.
L'identité des autres intrus se déplaçant dans le réseau de galeries demeurait un mystère. Les trois compagnons avaient croisé d'autres corps d'adeptes de la secte des Suivants du Fils du Chaos.
Qui qu'ils soient, les individus qui les précédaient faisaient preuve d'une violence impressionnante, presque bestiale, mais qui avait pourtant été parfaitement silencieuse jusqu'ici. Certains cadavres semblaient en effet avoir été déchiquetés quelques minutes plus tôt à peine, sans qu'ils n'aient jamais rien entendu. L'un des seuls éléments rassurant de la situation était le vieil adage voulant que les ennemis de son ennemi soient des amis.
L'autre élément était le fait que la piste sanglante qu'ils suivaient les menait a priori à leur objectif.
Diomède perdit toute notion du temps au fur et à mesure de leur parcours dans les couloirs et escaliers monotones du temple, les pièces dans lesquelles ils s'aventurèrent étant la plupart du temps à peine meublées, quand elles n'étaient pas tout simplement vides. Cette secte dont ils n'avaient toujours pas croisé le moindre adepte vivant semblait apparemment placer l'austérité très haut dans ses valeurs.
Le chevalier de bronze n'avait donc aucune notion de la durée de leurs pérégrinations lorsqu'ils débouchèrent dans une grande salle circulaire. Une dizaine de corps jonchaient le sol, comme si on avait rassemblé toutes les forces disponibles en un endroit pour stopper les intrus. Ce n'était pas le seul élément par lequel la salle se distinguait de toutes les autres qu'ils avaient traversées jusque-là.
Son centre était effectivement occupé par une grande statue dont le style paraissait grec ou romain. L'individu représenté était nu, l'élément le plus marquant étant la tête. Celle-ci possédait en effet deux visages, barbus, l'un regardant vers l'avant et l'autre l'arrière. Les trois chevaliers avaient déjà eu l'occasion de rencontrer un chevalier des Gémeaux, que cela soit Akiera ou Saga, et la tête de la statue leur rappelait immanquablement le casque de l'armure d'or.
- Il me semble que c'est... commença Diomède.
- Janus, le dieu romain des Portes, finit Jason.
- Tu penses que c'est lui que vénère cette secte ? Tu penses que c'est lui que nous cherchons ? Un dieu ?
Jason resta silencieux un moment.
- Si c'est le cas, c'est encore pire que ce que nous pensions, dit-il finalement. Nous sommes dépassés et devrions rentrer au Sanctuaire.
- Non.
Le ton de Stellio, définitif, n'appelait pas à la discussion.
- Si nous sommes amenés à combattre un dieu, notre mort inutile ne ramènera pas tes élèves, tenta Diomède.
- Qui a dit que ce combat était perdu d'avance ? répliqua Stellio. L'union fait la force.
L'ancien chevalier s'éloigna de ses compagnons et se dirigea vers l'autre extrémité de la pièce qui était faiblement éclairée.
- Montrez-vous, je sais que vous êtes là, dit-il en regardant le vide.
Deux silhouettes semblèrent alors s'extraire littéralement des ombres, comme si elles s'y étaient cachées jusque-là. Elles étaient d'apparence générale humanoïde, mais acéphales. Leur chair blanchâtre semblait en partie constituée de roche et de cristal.
- Qu'est-ce que... ? murmura Diomède.
- Les créatures qui habitaient les chevaliers noirs, répondit Jason en chuchotant. Ceci est leur vraie apparence. Akiera en avait combattu un et nous l'avait montré par le biais d'une illusion à l'issue de la bataille de l'île de Milos.
Les deux chevaliers restèrent figés en retrait, regardant, sans faire un mouvement, Stellio s'approcher des créatures.
- Vous êtes ici pour la même raison que nous n'est-ce pas ? demanda Stellio.
Sa voix et sa démarche étaient à nouveau habituelles, comme s'il avait soudainement retrouvé toute sa lucidité.
Les deux monstres semblèrent se consulter avant que l'un des deux ne réponde d'une voix chevrotante.
- Il nous a trahi. Nous voulons nous venger.
- Qu'est-ce qui vous fait croire que vous y arriverez à deux ?
- Nous concentrons toute la force de nos semblables.
- Akiera en avait parlé, intervint Stellio. La créature qu'il avait combattue absorbait ses congénères vaincus afin d'être capable de rivaliser avec lui.
- Dans ce cas, pourquoi êtes-vous deux et pas un seul ?
- Trop d'énergie. Dégénérescence.
Stellio hocha la tête.
- Nous devons nous allier, dit-il.
- Stellio... intervint Diomède. Je te rappelle que ce sont leurs semblables qui possédaient les chevaliers noirs et tes élèves.
- Je sais. Peu de choses me feraient plus plaisir que de les écraser ici et maintenant.
Les deux créatures se mirent en position de combat, grognant comme des animaux.
- Cependant, les créatures directement impliquées dans la mort de mes élèves ont déjà été éliminées. Je veux à présent que celui à l'origine de tout cela paye à son tour. Peu m'importe avec qui je dois m'allier.
- Vous êtes faibles, nous n'avons pas besoin de vous, dit la créature qui n'avait pas encore parlé.
- Je ne pense pas. Nous savons que vous êtes capables de fusionner votre essence avec celle d'un être humain et que plus ce dernier a d'affinité avec le cosmos, plus le résultat de la symbiose sera puissant. J'étais le plus fort de tous les chevaliers d'argent. Seuls les chevaliers d'or me surpassent. Imaginez le pouvoir qui serait le nôtre si je m'associais avec l'un de vous deux.
La mâchoire de Diomède manqua de se détacher.
- Tu as perdu l'esprit ! La symbiose est permanente, le Pope et les chevaliers d'or n'ont trouvé aucun moyen pour l'inverser !
- Nous savons que les chevaliers noirs les plus puissants avaient conservé leurs personnalités, contrairement à mes élèves, répliqua Stellio d'une voix calme en se tournant vers son compagnon. Je serais toujours au moins à moitié au contrôle.
- Et si tu te trompes ? demanda Jason d'une voix beaucoup moins affolée que Diomède.
- Alors les chevaliers d'or auront une occasion de se rendre utiles, pour une fois.
Le maître-chevalier fit face de nouveau aux deux créatures.
- Sommes-nous d'accord ?
- Nous le sommes, répondit la première en s'avançant.
- Je vous empêcherai de le faire ! hurla Diomède en s'élançant.
Il ne fit cependant pas plus de deux pas. C'est avec surprise qu'il regarda en chutant Jason qui venait de le frapper à la nuque.
- Pourquoi ? eut le temps d'articuler le chevalier de bronze avant de perdre connaissance.
Le chevalier de la Carène ne lui répondit pas, mais marcha jusqu'aux cotés de Stellio.
- Je pense que c'est très certainement une mauvaise idée, mais je ne peux me résoudre à te laisser agir seul, expliqua-t-il en regardant l'ancien Lézard les yeux dans les yeux.
Il se tourna alors vers les deux créatures.
- J'imagine que vous n'avez rien contre le fait de m'inclure dans votre accord ?
* * * * * * * * *
La réincarnation d'Athéna se tenait sur le parvis situé derrière le palais du Grand Pope, au sommet des douze maisons, le saint des saints du Sanctuaire.
Les pièces de l'armure divine qui la recouvraient se détachèrent de son corps et volèrent jusqu'à un socle de pierre. Là, elles se rassemblèrent pour former la forme totémique de la protection. Néanmoins, l'armure ne conserva cette apparence que le temps d'un battement de cil. Un bref éclair de lumière irradia du métal sacré, puis là où se tenait la protection de la déesse aux yeux pers se dressait à présent une statue de cette dernière sous son apparence mythologique. Le contraste avec le corps qu’elle habitait à cette époque était d’ailleurs saisissant.
Le sceptre de la déesse se transforma alors en une représentation de la déesse de la victoire, Niké, placée sur la paume droite de la statue tandis que le bouclier divin se plaçait sur le flanc gauche de cette dernière.
- Mon Ichor ranimera l'armure, dit la déesse réincarnée en se tournant vers Sion du Bélier. Ne l'oublie pas.
- Ma maîtresse... Vous allez nous quitter ?
Le regard du Pope fraîchement nommé était inquiet.
- Rejoignons Dohko, dit-elle en souriant.
En redescendant vers ce qui serait le palais de Sion pour les siècles à venir, ils ne purent que voir les nuages de fumée noire s'élever du Sanctuaire.
Les incendies s'étaient arrêtés au temple du Sagittaire, là où l'offensive des spectres avait finalement été contenue. Tout le reste du domaine sacré avait été la proie des flammes et n'était que destruction.
Dohko de la Balance attendait patiemment sa déesse et son compagnon à côté du trône du Pope.
- Mes chers compagnons, vous avez vos instructions. Vos missions seront ardues, particulièrement la tienne, Sion. Nos ennemis ont tué tous les chevaliers, vous deux exceptés, presque tous les gardes et apprentis. Même les chevaliers encore vivants des générations précédentes ont été traqués. Sion, mon Grand Pope, tu dois rebâtir le Sanctuaire sur des cendres en vue de nos futurs combats, afin que nous ayons la possibilité de réaliser un jour nos rêves pour l'humanité.
Le chevalier du Bélier s'inclina très bas devant sa déesse, comme si la lourdeur de sa tâche lui pesait déjà sur les épaules.
- Dohko, tu devras faire preuve d'une vigilance de tous les instants. Mon sceau doit être préservé à tout prix. Tant que Sion n'aura pas reconstitué la puissance du Sanctuaire, tu seras le seul rempart de l'humanité face à un retour d'Hadès, mais aussi face à toute autre menace. Pour l'instant mon sceau regorge d’énergie et est indestructible.
Elle posa sa main sur l'épaule du guerrier.
- Néanmoins, il ne lui faudra que quelques années pour devenir vulnérable. Dès ce moment-là, tu ne devras plus quitter ton poste et les nouveaux chevaliers de Sion devront prendre ta relève pour la défense du monde.
Le Chinois s'inclina à son tour.
- Je serais digne de votre confiance.
- Très bien. Pour ma part, je vais devoir quitter ce corps très rapidement.
- Mais, ma déesse... Nous avons besoin de vous... J'ai besoin de vous ! fit Sion.
- Nous savons qu'Hadès a bénéficié de soutiens, probablement de la part d'Olympiens. Les projets que nous avions échafaudés pour l'humanité avec ton prédécesseur, Akbar, nous ont attiré beaucoup d'inimités. Tant que je resterai sur Terre, ils ne seront pas tranquilles et continueront à nous mettre des bâtons dans les roues. Si je disparais, dans leur arrogance et voyant la portion congrue à laquelle a été réduit le Sanctuaire, ils croiront avoir réussi. Ils penseront la chevalerie détruite, et ne prendront même pas la peine de porter l'estocade. Mais le Sanctuaire renaîtra, et lorsque je me réincarnerai, plus forte que jamais après un aussi long sommeil, nous volerons vers la victoire.
Les deux chevaliers sentirent le formidable cosmos de leur déesse commencer à se déliter.
- A bientôt, mes amis.
La conscience divine s'échappa du corps sous la forme d'une boule blanche qui s'envola droit vers le plafond qu'elle traversa.
Sion resta immobile à fixer l'endroit où l'âme de sa déesse avait disparu, tandis que Dohko se levait en hâte pour attraper le corps avant qu'il ne s'effondre.
De longues secondes s'écoulèrent dans un silence absolu.
- Elle est partie, dit finalement le Chinois à son ami qui ne semblait pas se remettre des adieux si soudains de celle qu'il avait juré de servir toute sa vie.
Un service qui, réalisait-il maintenant, allait être beaucoup plus long et difficile que ce qu'il avait toujours imaginé.
- Qu'allons-nous faire d'elle ? continua Dohko.
- Elle ? répondit Sion sans comprendre en baissant le regard vers son compagnon.
- Elle, fit simplement le Chinois en désignant le corps qu'il tenait dans ses bras.
- Ce n'est qu'une coquille vide, à présent, répliqua le Bélier.
- C'est un être humain. Elle s'appelle Sophia.
- Non. Sophia n'a jamais existé. Athéna s'est incarnée en elle dès sa naissance, contrairement à Hadès qui a choisi un hôte déjà adulte. L'âme de l'humaine qui aurait dû habiter ce corps ne s'est jamais développée ou épanouie.
- Mais maintenant que l'esprit de notre déesse s'est désincarné, peut-être que cette âme pourra grandir à son tour ?
- Il n'y a aucun précédent à cela. Et, franchement mon ami, nous avons tout simplement pas le temps de nous en préoccuper. Ce n'est qu'une humaine parmi les milliards qui sont à présent à notre charge. Consacrer du temps à une créature qui pourrait peut-être, et j'insiste sur le peut-être, devenir pleinement humaine serait du gaspillage de nos maigres ressources.
- Que veux-tu en faire alors ? La laisser dépérir et mourir ?
- Certainement pas ! Ceci était le corps d'Athéna, il aura une sépulture adaptée à la situation.
- Que veux-tu dire ?
- Tu vas aller en Antarctique trouver Albali, le maître de notre compagnon tombé au combat, Boréalis du Verseau. Tu ne l'as jamais rencontré, mais j'en ai eu l'occasion pendant ma formation. Je sais qu'il a survécu à la purge menée par les spectres sur les maîtres chevaliers. Ces idiots ont sous-estimé la force que conservait le vieux fou.
- Tu veux dire...
- Oui. Tu vas lui demander de créer un cercueil de glace pour ce corps qui préservera à jamais sa beauté. Et tu demanderas au passage à Albali de rejoindre le Sanctuaire. L'âge l'a rendu irascible, mais je n'ai pas les moyens de faire la fine bouche et ai besoin de tout le monde.
- Mais...
- C'est un ordre de ton Grand Pope, mon ami. Nous n'avons déjà consacré que trop de temps à cette histoire.
* * * * * * * * *
Les regards d’Aioros et Shura allaient du vieux maître à la jeune femme, choqués qu’ils avaient été par la révélation de l’identité de cette dernière. Mardouk, qui portait un objet enveloppé dans du tissu sous son bras, restait pour sa part stoïque tandis qu’Ogier demeurait quelque mètres en arrière.
- Mais… Comment ? demanda Dohko à Sophia.
- J’imagine que vous pensiez que personne ne s’intéresserait à vos petits secrets… répliqua-t-elle d’un ton mordant. Heureusement pour moi, Mardouk a découvert le sort que vous m’aviez réservé. Il m’a libérée de votre piège de glace et m’a donné une chance de mener la vie que vous m’aviez refusée.
Le vieux chevalier se tourna vers le Babylonien avec colère.
- Je ne pense pas que vous ayez agi par pure bienveillance. Quel intérêt y trouvez-vous ?
Mardouk allait répondre, mais Sophia le prit de court en attaquant le vieux chevalier à la vitesse de la lumière. Dohko esquiva de justesse et atterrit sur ses pieds quelques mètres plus loin en portant un regard incrédule sur la jeune femme.
- Quelle question ! fit celle-ci. Il voulait bien évidemment trouver un allié puissant dans l’opération ! Dès que j’ai été en état de comprendre, il m’a expliqué ses intentions et il ne m’a pas fallu longtemps pour me ranger à ses côtés. Après tout quelle alternative avais-je ? Le Sanctuaire ? Ne me faites pas rire !
Le vétéran semblait totalement stupéfait par la brève démonstration de force qu’elle venait de faire.
- Tu ne devrais être qu’une femme ordinaire, dit-il finalement. Comment ?
- Une femme ordinaire qui a été habitée par l’âme d’une déesse pendant une dizaine d’années. Même après qu’Athéna se soit retirée de mon corps, toutes les traces de son pouvoir ne se sont pas volatilisées pour autant. Mon sang n’est pas redevenu ordinaire, mais est resté de l’Ichor. Chacune de mes cellules a gardé le souvenir de son cosmos. Or, même le souvenir d’un pouvoir divin demeure considérable, comme vous allez pouvoir le constater.
- Je ne veux pas me battre contre toi ! implora presque Dohko.
- En l’occurrence, votre avis m’est totalement indifférent ! En garde !
- Attendez ! fit Aioros en s’interposant devant la jeune femme.
Elle faillit l’attaquer pour atteindre Dohko, toutefois Mardouk la retint en lui posant une main sur l’épaule. Shura et Ogier, qui avaient failli commencer à en découdre dans la foulée de Sophia, se remirent eux aussi à distance.
- Avant… murmura Aioros. Avant que nous n’en arrivions à l’issue inéluctable et que cela finisse dans un bain de sang… Pourquoi êtes-vous venu ici ? Que voulez-vous accomplir avec le sceau d’Athéna ?
Le Babylonien hésita un instant puis haussa les épaules.
- Bah, après tout je peux aussi bien vous le dire. Vous allez vous interposer de toute façon. Je veux simplement réaliser ce que je recherche depuis le début : une coalition de toutes les forces humaines afin d’améliorer le destin de l’humanité en bâtissant un monde meilleur.
- Vous voulez toujours vous allier au Sanctuaire ? Il est trop tard pour cela !
- Pas nécessairement. Nous sommes actuellement ennemis toutefois un bon moyen de rapprocher des adversaires est de les confronter à une menace si terrible que leurs différences deviennent négligeables.
- Libérer Hadès ne modifierait pas la position du Sanctuaire à votre égard, intervint Dohko. Nous avons déjà vaincu le seigneur des Enfers par le passé et cette menace ne suffirait pas pour contraindre le Grand Pope à s’allier à vous. D’ailleurs, même avec ses spectres libérés de leur prison, Hadès attendrait probablement de s’être incarné pour passer à l’offensive, bien trop tard pour que cela ait une influence sur notre conflit actuel. Il attendrait même probablement bien tranquillement que nous nous soyons affaiblis mutuellement !
- J’en suis conscient, dit Mardouk d’une voix calme. Néanmoins vous vous méprenez totalement sur les motifs qui me conduisent à m’emparer du sceau d’Athéna. La libération des spectres ne serait qu’un effet collatéral, ennuyeux mais pas réellement dramatique puisque, comme vous l’avez dit, Hadès ne serait pas là pour les mener à la guerre.
- Alors pourquoi ? demanda Shura.
Dohko paraissait partager la perplexité du Capricorne.
- C’est pour elle, n’est-ce pas ? dit alors Aioros en indiquant Sophia. Vous nous dites qu’elle a conservé une partie des pouvoirs d’Athéna. Néanmoins, ils doivent rester très limités. En récupérant le sceau, j’imagine que vous voulez que Sophia s’approprie ce qu’il reste de l’énergie divine rémanente dans le sceau.
- J’ai toujours pensé que tu étais quelqu’un de brillant, Aioros, répondit Mardouk. Tu as raison, nous avons besoin de ce reste d’énergie de ta déesse pour que le cosmos de Sophia puisse se rapprocher pendant une fraction de seconde ce qu’était celui d’Athéna. Afin qu’elle puisse ouvrir la route pour nous.
- Les portes de l’Olympe ! s’exclama soudain Dohko. Seul un Olympien ou un être marqué par l’empreinte de l’un d’entre eux peut atteindre le domaine céleste ! Vous voulez que Sophia vous ouvre le passage afin de déclarer la guerre entre les hommes et les dieux !
- Je vous l’ai dit hier : de notre point de vue, les dieux olympiens sont responsables de la stagnation de l’humanité. Ils doivent être éliminés, c’est notre objectif ultime. Il ne peut cependant être atteint que par l’union de toutes les forces de l’humanité. En déclarant le conflit, le Sanctuaire et mes alliés seront obligés de cesser leur bataille et de présenter un front uni.
- Vous êtes fou ! Vous allez causer la fin du monde ! Face à l’Olympe aucune victoire n’est envisageable, alliance de toutes les forces des mortels ou pas !
- Pas si notre premier coup est suffisamment fort, contra le Babylonien. J’ai les moyens de les blesser comme ils ne l’ont plus été depuis la venue de Typhon !
Mardouk prit à deux mains l’objet qu’il avait jusqu’alors tenu sous son bras et arracha le tissu qui le dissimulait. Les trois serviteurs d’Athéna découvrirent une petite urne aux lignes épurées prisonnière d’une gangue de glace.
- Qu’est-ce que c’est ? demanda Aioros.
- La boîte de Pandore, répondit Dohko dans un souffle.
- Impressionnant, fit le Babylonien en acquiesçant. Les rangements de vos armures portent le même nom, mais ceci est l’artefact authentique, à l’intérieur duquel étaient enfermés les maux de l’humanité. Zeus l’avait confiée à Pandore afin que celle-ci libère les fléaux sur le monde. Nous allons en quelque sorte leur retourner la faveur.
- Que… Qu’il y a-t-il dans la boite ? demanda Shura.
- Tu ne veux pas le savoir mon garçon, crois-moi.
Le Babylonien utilisa alors les restes de tissu pour attacher la boite dans son dos.
- Aioros, Shura, dit Dohko. Quelles que soient les raisons qui les poussent à vouloir commettre cette folie… Nous devons à tout prix les arrêter !
Les deux jeunes chevaliers d’or hochèrent la tête.
Sophia chargea le vieux maître tandis que Shura s’élançait vers Ogier.
- J’aurais voulu que cela finisse autrement… Mais je vais devoir vous tuer, dit Aioros en se lançant à son tour à l’assaut.
* * * * * * * * *
- Je ne te crois toujours pas, dit Mû.
Le jeune chevalier se téléporta derrière Aac qu'il tenta de frapper d'un coup de pied.
- Vraiment ? répliqua Aac d'un ton faussement déçu en bloquant facilement le coup et en repoussant le garçon grâce à son avantage de corpulence. Notre ressemblance physique n'est-elle pourtant pas frappante ?
Mû se dégagea du dangereux corps à corps en se téléportant. Il réapparut une dizaine de mètres plus loin, se mordant les lèvres, l'air incertain, avant de finalement répondre tout en envoyant une rafale d'énergie cosmique sur son adversaire.
- Cela peut très bien être une illusion destinée à me faire baisser ma garde !
- J'avais huit compagnons avec moi, répliqua l'adulte en déviant l'offensive par la force de son esprit. Si j'avais voulu simplement te vaincre, il aurait été plus simple de le faire avec leur aide plutôt que d'avoir recours à un tel stratagème.
Aac se téléporta alors juste devant le nez de Mû qui recula en sursautant. Aac tenta plusieurs coups de poing rapides que le chevalier parvint à bloquer avec ses avant-bras.
- Je suis capable de me déplacer de la même façon que toi et ton maître, continua l'adulte en tentant de percer la défense adverse. Notre ressemblance est frappante. La solution la plus logique n'est-elle pas que je te dis la vérité ? Que nous sommes frères ?
Mû chercha quelque chose à dire, mais se contenta de se téléporter à nouveau à distance.
- Tu as évoqué notre peuple tout à l'heure... fit-il lorsqu'il réapparut, l'air soudain moins combatif tout en restant en position de garde.
- Les Arois, répondit Aac sans poursuivre le garçon tout en restant lui aussi attentif aux mouvements de Mû. Nous descendons en droite lignée des habitants du continent de Mû dont tu portes le nom. Tu as toujours su que tu n'étais pas un humain ordinaire, n'est-ce pas ? Même parmi les autres chevaliers d'or tu as toujours été différent, doté de capacités innées non liées à la maîtrise du cosmos. Ta télékinésie et ta capacité de téléportation sont l'héritage de notre race, ton droit du sang.
Mû sembla hésiter un instant, cherchant ses mots. Il repoussa finalement mille questions qu'il aurait aimé poser pour formuler une simple interrogation.
- Pourquoi ne le savais-je pas ? Pourquoi Sion ne me l'aurait-il jamais dit ?
- Ton maître n'a appris l'existence d'autres descendants de Mû que le jour où je suis venu lui rapporter ta naissance et le fait que le Sanctuaire aurait donc bientôt un nouveau chevalier d'or du Bélier. Athéna a toujours tenu à ce que les chevaliers mûviens ignorent leurs origines pour s'assurer leur fidélité.
Le garçon sembla marquer le coup un instant.
- Quels que soient nos liens... Nous ne combattons pas aujourd'hui pour la même cause. Tu as laissé tes compagnons poursuivre pour que nous soyons seul à seul. Qu'attends-tu de moi ?
- N'est-ce pas évident ? Rejoins-moi !
- Je crois en ce Sanctuaire et en sa mission.
- Le Sanctuaire est près de sa chute, que celle-ci soit causée par mes compagnons aujourd'hui ou bien plus tard.
- Qu'en sais-tu ?
- Nous l'avons vu dans les étoiles. Mon peuple maîtrise les arcanes de l'astrologie et de la divination. De même que nos mystiques avaient pu prédire la destruction du continent de Mû il y a des millénaires, ils ont vu de terribles dangers menacer la Terre. Des dangers que le Sanctuaire sera probablement incapable de contrer car affaibli par des luttes intestines.
- Penses-tu que je te suivrai sur la foi de visions et d'interprétations peut-être fausses de l'avenir ?
Le jeune chevalier enflamma soudain son cosmos et se lança à l'attaque.
- Mon maître Sion m'a parlé de l'art permettant de lire le futur dans les étoiles, dit-il en déclenchant la Stardust Revolution. Il m'a dit que l'on ne pouvait jamais en retirer de certitudes, tout au plus des indications. Les événements ne sont en aucun cas inévitables, les humains peuvent toujours modifier leur avenir !
L'attaque pulvérisa le sol du temple à l'endroit où se tenait Aac, cependant, en dépit de la fulgurance de la technique, ce dernier avait simplement évité l'assaut en se téléportant.
- Tu soulèves un point intéressant, fit l'adulte en réapparaissant derrière Mû.
Ce dernier avait toutefois anticipé le déplacement probable de son adversaire et dirigea toute son énergie télékinésique vers celui qui se prétendait son frère dans le but de l'immobiliser.
Néanmoins, Aac avait opté pour le même type d'offensive si bien que les deux opposants se paralysèrent mutuellement. Un combat de volonté s'engagea, chacun tentant de maintenir l'autre prisonnier tout en parvenant à se libérer.
- Je pense que Sion a vu les mêmes choses que nos mystiques dans l'avenir, dit Aac qui transpirait sous l'effort. Toutefois, il refuse de voir la vérité en face, car il est trop vieux et a préparé trop longtemps votre prochaine Guerre Sainte pour accepter de reconsidérer la situation et chercher une alternative. Il préfère s'accrocher à une illusion.
- Illusion ? murmura difficilement Mû qui avait du mal à parler tout en maintenant sa concentration.
- Tu l'as dit : on ne peut en effet pas voir l'avenir avec certitude. On ne discerne que des futurs possibles. Or la guerre civile du Sanctuaire a lieu dans tous ces futurs. Elle est inévitable.
Sentant que le duel de volonté tournait lentement à l'avantage de son frère, Mû cessa son effort. S'il fut instantanément paralysé, il put en revanche déplacer par la pensée les débris du temple qu'avait créés son attaque, les projetant sur Aac. Les pouvoirs télékinésiques de ce dernier étant entièrement focalisés sur son cadet, il dut se téléporter pour éviter l'attaque, libérant ainsi Mû.
- De quelle illusion parlais-tu ? interrogea le garçon en se préparant à une nouvelle attaque.
- Nos mystiques n'ont entraperçu qu'un seul futur où le Sanctuaire prévalait sur ses adversaires malgré sa division. Un futur dont le chemin est néanmoins jonché de miracles et d'improbabilités, si fragile qu'un courant d'air pourrait l'emporter à jamais. Je pense que Sion a vu cet avenir et qu'il mise contre toute logique dessus, se raccrochant à un mirage là où Mardouk offrait un avenir fort. Ton maître n'est plus assez lucide pour que l'on se fie à lui ! Rejoins-moi !
Mû sentait instinctivement que Aac avait été sincère et lui avait exposé ses véritables convictions. Toutefois, il ne lui fallut guère de temps pour répondre à l'offre de son aîné.
- Je pense que tu me dis la vérité. Mais j'ai confiance en mon maître malgré tout. Même si tu es mon frère, il est ma seule véritable famille. Alors s'il croit en un avenir fait de miracles... J'y croirais aussi !
Le cosmos du garçon s'enflamma, redoublant d'intensité.
- J'espère que lorsque tout ceci sera fini, nous pourrons aller ensemble retrouver notre peuple. Cependant, en attendant... Je dois te neutraliser ! STARDUST REVOLUTION !
* * * * * * * * *
Aldébaran regardait le combat de titans se déroulant devant lui avec un mélange de crainte et d'exaltation.
Jamais encore il n'avait assisté à un duel entre un chevalier d'or en pleine possession de ses moyens et un adversaire du même calibre, si bien que la violence de l'affrontement et l'excellence des combattants ne manquaient pas de l'impressionner grandement. Il mesurait tout le chemin qui lui restait à parcourir avant d'atteindre la gloire d'un tel niveau.
Néanmoins, il ne perdait pas de vue que si ce combat était aussi passionnant à suivre, c'était parce qu'il était indécis, et qu'il était donc possible que l'Amérindien l'emporte sur son père adoptif.
Moki semblait en effet avoir largement pris la mesure des attaques télékinésiques de Sérapis et se portait à l'assaut sans relâche. Aldébaran contemplait avec une part d'émerveillement l'aura de l'ennemi qui était extrêmement fluctuante et changeante.
Lorsque l'Amérindien avait besoin de vitesse, son aura prenait la forme d'un cheval ou d'un aigle. Lorsqu'il chargeait au corps à corps, c'était un bison d'énergie qui semblait l'entourer. Et lors des épreuves de force, c'était tel un ours puissant qu'il défiait le Taureau.
C'est au milieu de l'une de ces confrontations brutales, le chevalier d'or ayant dû momentanément abandonner sa garde les bras croisés pour engager une épreuve de lutte corps contre corps où chacun des deux adversaires cherchait la meilleure prise pour soumettre l'adversaire, que Sérapis s'enquit de cet état de fait.
- Nous autres serviteurs d'Athéna sommes placés sous la protection d'une seule constellation pour toute notre existence, dit le Taureau tout en essayant de tordre le bras de Moki. Celle-ci pose sa marque sur notre être et notre cosmos à tout jamais. Comment le vôtre peut-il changer d'apparence de la sorte ?
- Mon cosmos n'est pas alimenté par la même source, répondit l'Amérindien en essayant pour sa part de faire plier le genou du chevalier en modifiant ses appuis. Je suis l'héritier de mille nations et tribus et reçois ma puissance des totems des ancêtres qui me viennent en aide en cas de besoin.
- Je vois néanmoins un gros désavantage à la nature de votre cosmos... commença Sérapis en bandant brusquement ses muscles jusqu'à la rupture pour soulever brièvement son opposant de terre.
Le cosmos de l'Amérindien changea presque instantanément de l'ours vers le bison, afin de regagner de la masse et de la puissance brute.
- ... vous ne pouvez pas être à la fois rapide et puissant ! cria Sérapis en lâchant son adversaire. GREAT HORN !
Aldébaran vit la puissante attaque du Taureau arracher le sol et une aile de la deuxième maison. Ainsi déclenchée à bout portant, elle aurait dû anéantir l'ennemi dont le garçon ne vit d'abord plus rien. Il aperçut cependant une ombre furtive sur le sol filer vers son maître.
- Papa, attention ! hurla-t-il en sortant de sa cachette.
S'il fut surpris par la présence de son élève, Sérapis n'en laissa rien paraître. Il avait réagi par réflexe à l'avertissement en se mettant en garde et en cherchant le danger. Il vit à son tour l'ombre sur le sol, et leva les yeux vers son origine : Moki dont le cosmos cumulait à la fois les apparences d'un bison et d'un aigle.
Il s'abattit sur son adversaire avec la fulgurance de l'oiseau de proie et la puissance du colosse des plaines, visant de son genou la nuque du chevalier d'or.
Sérapis eut le temps de se cacher derrière ses deux bras une fraction de seconde avant l'impact. S'il sembla d'abord pouvoir contenir le choc, ses bras engourdis commencèrent à se desserrer jusqu'à ce que le genou de Moki franchisse finalement sa parade et vienne le frapper en pleine tête. Ce qu'il restait de sol à la maison du Taureau vola en éclats, emporté par l'onde de choc, Aldébaran devant quant à lui faire appel à ses réflexes pour éviter de se faire écraser par les colonnes et les murs s'écroulant tout autour de lui.
Lorsque le garçon eut un peu de répit, c'était presque tout le temple qui avait été réduit à un tas de gravats.
Il aperçut alors son père adoptif qui était en train de se relever au milieu des décombres. Celui-ci avait été particulièrement marqué par le coup qui l'avait frappé. Son casque avait volé, son épaulière droite était défoncée, et le sang coulait abondamment de son crâne.
Aldébaran voulut aller auprès de lui pour l'aider, mais une silhouette apparut soudain devant lui. Il s'agissait de Bolthorn qui saisit les mains du garçon et les plaqua l'une contre l'autre. Tout occupé à suivre le combat, Aldébaran avait oublié jusqu'à l'existence des deux autres envahisseurs.
- Désolé mon garçon...
Une gangue de glace se forma autour des avant-bras du jeune Brésilien, lui paralysant les membres.
- ... mais tu ne vas nulle part, dit le Blue Warrior.
Aldébaran tenta de frapper d'un coup de pied, mais Bolthorn para facilement et l'envoya au tapis d'un fauchage.
- Méfies-toi de lui, il est redoutable, dit Paul en apparaissant au coté de son compagnon. J'ai encore mal au crâne des coups qu'il a été capable de me porter.
Pendant ce temps, Sérapis était parvenu à se remettre droit sur ses jambes, dans sa position de combat les bras croisés.
- Je crois avoir sous-estimé la force et les capacités de vos animaux totem, dit-il à l'Amérindien qui s'approchait de lui.
- Je le pense en effet. J'ai en outre été capable d'esquiver votre Great Horn. Si vous n'avez rien de mieux à proposer, ce combat a peut-être déjà révélé sa vérité.
- Ce n'est pas au véritable Great Horn que vous avez échappé. Avant de m'avouer vaincu, il me faudra vous voir survivre à mon coup déclenché à son paroxysme. Néanmoins, avant que nous ne poursuivions, promettez-moi que vous ne ferez rien à mon fils.
- Nous sommes des hommes d'honneur. Nous ne tuons pas les enfants, nous. De plus, je sais que vous aviez tenté d'éviter l'affrontement en Libye, contrairement à vos frères d'armes.
L'Amérindien se mit en position de combat tout en élevant la voix pour ses compagnons.
- Il est trop fort pour vous. Quoi qu'il advienne, n'intervenez pas.
Le cosmos de Moki prit la forme d'un ours et d'un cheval, tandis que celui du chevalier d'or redoublait d'intensité.
- Vous me dites que vous voulez me montrer votre vraie puissance... Et pourtant vous me faites face les bras croisés ?
- Nous autres chevaliers du Taureau n'avons jamais été renommés pour notre intelligence, répliqua Sérapis en souriant.
Bien que peu convaincu par la réponse de son adversaire, Moki lui rendit son sourire. Il chargea ensuite, escorté par les totems de ses ancêtres.
Sérapis attendit, faisant face au danger avec stoïcisme. Il attendit même que son adversaire soit sur lui, esquivant de justesse des coups capables de perforer une armure d'or, puis déclencha son coup avec la fulgurance du samouraï, passant en un éclair de la défense à l'attaque.
L'énergie du Great Horn sembla prendre un instant l'apparence d'un taureau furieux avant de déferler sur l'Amérindien.
Tout alla bien trop vite pour qu'Aldébaran, Paul et Bolthorn ne voient précisément l'enchaînement des événements, cependant tous trois virent Moki englouti par la lumière dorée.
C'est ainsi que grande fut leur surprise lorsque la lumière émise par l'assaut se dissipa. Ils virent que Sérapis gisait au sol, perdant du sang de multiples nouvelles blessures et le plastron de son armure gravement endommagé.
Moki, quant à lui, était debout et apparemment indemne.
- Vous avez commis une grave erreur en n'utilisant pas votre attaque ainsi la première fois. Je suis guidé par la sagesse de mes ancêtres. Avoir vu une fois votre technique, même non optimale, me suffisait pour l'esquiver et vous frapper au moment où vous avez totalement abandonné votre défense pour m'attaquer.
Le Taureau cracha du sang avant de commencer à se relever.
- Ce n'est pas encore terminé, dit le Taureau en reprenant sa pose de garde.
- Vraiment ? Pourtant, si vous disposiez d'une autre technique capable de m'inquiéter je pense que vous l'auriez déjà utilisée... Je doute donc que vous ayez les armes pour me terrasser. Je dois reconnaître néanmoins que la solidité de votre armure combinée à votre impressionnante résistance physique pourraient conduire ce combat à s'éterniser.
Le cosmos de l'Amérindien se mit à augmenter d'intensité, tous les totems semblant tourbillonner pour se fondre dans son aura.
- Je ne vais donc pas viser votre corps, mais votre âme en l'envoyant se perdre dans le monde des esprits. AYAHUASCA PATH !
L’Amérindien frappa alors Sérapis au visage d’un coup de poing d’une vitesse foudroyante. Néanmoins, le coup paraissait sans impact et le Taureau ne broncha même pas.
Pourtant, Aldébaran s’inquiéta de voir son père demeurer totalement immobile.
- Papa ! hurla le garçon, mais le chevalier d'or ne bougea pas d'un pouce.
Le cosmos doré entourait pourtant toujours son corps, si bien que le garçon appela encore une fois.
- C'est inutile, intervint Moki dont le cosmos n'avait toujours pas diminué. Sous l'influence de mon attaque, son âme est en train de plonger dans un état de transe chamanique qui sera permanent. Il ne perçoit déjà plus le monde qui l'entoure et bientôt il s'égarera dans le domaine des esprits.
- Papa ! hurla encore l'apprenti, persuadé que tant que le cosmos du Taureau ne serait pas éteint il restait de l'espoir.
Cependant pour concrétiser cet espoir, il lui fallait à tout prix empêcher Moki de guider l'âme de Sérapis. Il tenta de se relever pour attaquer l'Amérindien tant qu'il en était encore temps, toutefois Paul l'en empêcha fermement en le repoussant au sol avec violence.
Ecumant de colère et de frustration, le Brésilien voulut faire appel à son cosmos pour se libérer, mais il réalisa que celui de Sérapis était en train de s'éteindre.
- Non ! cria-t-il alors que les larmes lui venaient aux yeux.
- Je te promets qu'il n'a pas souffert, dit l'Amérindien en avançant vers le corps inerte du vaincu.
Il s'arrêta finalement à un mètre de sa victime qu'il regardait avec un respect apparent.
- Il aura été un adversaire honorable et valeureux mais tout est ter...
Soudain, à la vitesse de l'éclair, les deux bras du Taureau se décroisèrent et saisirent les poignets de l'Amérindien. Le cosmos doré qui était sur le point de disparaître explosa violemment, déchaînant la puissance de la Great Horn à bout portant sur Moki qui, les bras immobilisés, ne put esquisser le moindre geste de protection. L'attaque pulvérisa le corps de l'Amérindien, réduisant les atomes à l'état de particules élémentaires. Seuls les deux avant-bras, toujours captifs de la poigne de fer du chevalier, subsistèrent.
L'action dans sa totalité n'avait duré qu'un battement de cil, aussi fulgurante que la botte mortelle d'un samouraï.
- Moki ! hurla inutilement Paul.
- Enfoiré ! lança Bolthorn à l'intention de Sérapis.
Le Taureau ne réagit cependant pas. Il n'avait en fait pas bougé d'un pouce depuis que ses bras avaient saisi l'Amérindien. Il demeurait là, les yeux dans le vide et immobile telle une statue dorée.
- Attends... Il est toujours sous l'influence du coup de Moki ! s'exclama Bolthorn.
Aldébaran