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L'émergence des géants

2ière Partie : Grain de Sable.



Chine, région de Rozan, décembre 1971, 1 heure du matin (heure du Sanctuaire)


Dohko de la Balance n’avait pas réussi à trouver le sommeil cette nuit-là et regardait la cascade de Rozan s’écouler d’un œil las. Le vieux chevalier était certes coutumier de ne dormir que deux ou trois heures, mais sa rencontre avec le jeune Aioros du Sagittaire et le Babylonien Mardouk le jour précédent l’avait suffisamment inquiété pour le tenir éveillé.

Les heures s’étaient écoulées lentement tandis qu’il avait repassé dans sa tête la conversation, tentant de deviner les intentions du seigneur de Babylone.

Aioros devait avoir fait son rapport à Sion depuis quelques heures déjà, et Dohko se demandait comment son vieil ami avait décidé de gérer la situation.

C’est sur cette pensée que le vieux guerrier sentit un cosmos se manifester à proximité. Quelqu’un venait d’arriver à Rozan, et il ne lui fallut que quelques dixièmes de seconde pour l’identifier. Dohko réalisa qu’il allait avoir la réponse à la question qu’il se posait bien plus rapidement qu’il ne l’aurait imaginé.

Il se tourna, laissant le spectacle de la cascade derrière lui, et fit face au Grand Pope du Sanctuaire qui avançait d’un pas qui trahissait son âge. Dohko se fit cependant la réflexion que son ami paraissait en meilleure forme que la dernière fois qu’ils s’étaient vus. Il nota également que l’ancien chevalier du Bélier était visiblement venu par ses propres moyens alors qu’il avait eu recours à des porteurs lors de sa précédente visite.

- J’avoue ma surprise, Sion. Non pas que je ne sois pas content de te voir. D’ailleurs, après aucune visite en deux cent cinquante ans, te voilà de retour seulement dix ans plus tard. Si nos rencontres continuent à se rapprocher à ce rythme, tu vas pouvoir prendre une pension ici. Quoi qu’il en soit, je t’imaginais trop occupé pour t’éloigner du domaine sacré en un moment pareil…

- Heureux de te voir aussi, mon vieil ami.

Il marcha jusqu’à ce qu’ils soient face à face, Sion dominant Dohko de sa grande taille, les deux uniques vétérans de la précédente guerre sainte se saluèrent.

- Il est vrai que je n’ai pas trop de temps devant moi, néanmoins j’ai besoin de ton avis. Tu as rencontré Mardouk hier, et si j’ai confiance en Aioros et la façon dont il m’a rapporté les faits, je suis également conscient qu’il a grande estime pour le Babylonien. Une estime qui pourrait altérer son jugement. Bref, qu’as-tu pensé de lui ?

- Mardouk croit en la justesse de sa cause. Il est à mon sens parfaitement sincère quand il dit agir pour le bien de l’humanité. Ce qui le rend dangereux d’un certain point de vue, car il n’hésitera pas à tout mettre en œuvre pour atteindre son objectif. D’autant plus dangereux qu’il dispose à mon avis d’une puissance peu commune. Même si je n’ai pas eu l’occasion de le voir combattre, je ne pense pas qu’il existe sur cette planète beaucoup d’êtres capables de lui tenir tête. Nous, peut-être, à une époque… Mais en cas de bataille, tes jeunes chevaliers d’or seront mis à rude épreuve.

- Merci.

Sion expliqua alors rapidement la teneur de l’offre qu’il voulait faire au Babylonien.

- Aioros la lui transmettra dans quelques heures.

Dohko prit le temps d’une courte réflexion afin de choisir ses mots.

- Il me paraît improbable qu’il s’en contente.

- Je sais. Si n’importe qui d’autre qu’Aioros lui apportait cette réponse, cela reviendrait même à considérer la bataille déjà commencée.

- Soit. Néanmoins, je pense que tu aurais aimé lui proposer autre chose. Je pense que ce qui te tracasse, la raison qui t’a poussé à faire tout ce chemin pour me voir, est que tu as envisagé de t’allier à lui, n’est-ce pas ?

Un long silence s’installa entre les deux amis.

- J’imagine que ses projets t’en ont rappelé d’autres… Que les rêves de Mardouk ont ramené les souvenirs de ceux que nous faisions à l’époque où nous étions de jeunes chevaliers et que nous buvions les paroles de ton prédécesseur, le Pope Akbar.

- Tout ce que Mardouk veut faire… Akbar voulait le faire également. Nous avions suivi notre entraînement en pensant être la dernière génération à livrer une guerre sainte. Quatre-vingt huit chevaliers formant la garde d'Athéna la plus forte et homogène de l'histoire, une déesse parfaitement préparée, un Grand Pope presque immortel s'apprêtant à mener sur le champ de bataille sa troisième guerre sainte de suite à ce poste. Nous voulions changer le monde et nous avions tout ce qu'il fallait pour le faire. Et pourtant...

- Nous avons échoué.

- Car on ne nous a pas laissé réussir. Nous avons défait les spectres, mais jamais nous n'aurions dû remporter une victoire aussi mince. Toute l'Olympe avait pris fait et cause pour Hadès, ils sapaient nos forces dans l'ombre. Ce sont eux plus que les spectres qui ont tué quatre-vingt six chevaliers. Et aujourd'hui, ils sont venus me le rappeler.

- Un ange?

- Oui. Ils nous surveillent. Or, cette fois-ci nous ne pourrons pas nous permettre qu'ils viennent brouiller les cartes. Nous n'avons plus la même marge. Il suffirait qu'ils nous soufflent dessus pour faire pencher la balance en faveur d'Hadès de façon irrémédiable.

- Tu sous-estimes ton travail.

- Je ne pense pas. Nous aurons bel et bien douze chevaliers d'or, mais les deux autres castes seront clairsemées. Or, elles sont indispensables, l'histoire l'a souvent rappelé.

- Ta décision t'a presque été imposée.

- Mon équilibre est très précaire, mon ami. D'autant que je suis totalement aveugle face aux événements.

- Que veux-tu dire, tu n'aurais rien découvert au Mont Etoilé?

- Rien. Les étoiles sont totalement muettes sur la crise actuelle, comme si ces événements sortaient du cours de l'histoire et n'étaient pas influencés par les lois habituelles. Je peux prédire presque au jour près le début de la guerre contre Hadès, mais je suis incapable de savoir ce que les prochaines heures me réservent.

- Dis-toi que cela signifie que nous sommes encore maîtres de notre destin.

- Certes, mais j'avoue que je me serais bien passé de toute cette incertitude. De plus, comme si je n'avais pas déjà de quoi m'occuper l'esprit, je viens de me rendre compte que quelqu'un a visité ma bibliothèque privée.

- L'ange?

- J'y ai pensé, mais cela m'étonnerait.

Le Grand Pope prit une longue inspiration, puis salua son ami d'un hochement de tête.

- Je vais devoir retourner occuper mon poste... J'ai tout de même de plus en plus l'impression que tu as tiré le bon numéro quand Athéna a fait la répartition des rôles voilà si longtemps.

Dohko salua à son tour son vieil ami.

- Tu me parais en meilleure forme.

- Ma lassitude est avant tout mentale, mais c'est vrai que je suis en bonne forme physique. Il ne m'a fallu qu'une douzaine de sauts pour venir ici. D'ailleurs, à ce propos, tu te souviens ce que je t'avais dit à propos du fait que je ne verrai pas la prochaine guerre sainte et que le choix de mon successeur serait primordial?

- Oui. Bien sûr.

- Eh bien, je ne suis plus tout à fait sûr de mourir de vieillesse. Et à la réflexion, mes soucis actuels ne sont peut-être rien par rapport à ceux qui t'attendent quand je ne serai plus là.


Sanctuaire, 8 heures du matin


Diomède de Pégase se réveilla en grommelant. Il était plongé dans un rêve très intéressant impliquant deux de ses anciennes conquêtes et aurait bien aimé savoir où cela allait le mener.

Néanmoins, un poing tambourinait avec insistance sur la porte de sa modeste demeure. Il se leva en lâchant un juron et enfila rapidement la tunique qu'il avait laissée roulée en boule au pied de son lit le soir précédent.

- J’arrive, cria-t-il d'un ton peu amène, ce qui eut pour effet de stopper les coups sur sa porte.

Il prit le temps de se coiffer sommairement, puis alla ouvrir. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser que ce n'était pas un cadavre qui se tenait sur le seuil de sa demeure. Il s'agissait de Stellio du Lézard, et si l'albinos avait toujours été d'une grande pâleur du fait de sa condition, les dernières années ne l'avaient visiblement pas arrangé.

- Désolé de vous tirer du lit, dit le maître-chevalier d'une voix sourde.

Il fut alors pris d'une violente quinte de toux qu'il lui fallut plusieurs secondes pour maîtriser.

- Ce n'est rien. Qu'est-ce qui vous amène?

La contrariété du chevalier de bronze s'était complètement dissipée. Voir un homme jadis aussi honorable dans un tel état lui faisait mal au cœur.

- J'ai besoin d'informations. Je sais que vous faisiez partie du groupe de chevaliers envoyés en mission à la poursuite des chevaliers noirs.

- Oui... Mais c'était déjà il y a longtemps. Que voulez-vous savoir?

- Comment aviez-vous su qu'ils allaient attaquer mon camp d'entraînement?

- Nous avions remonté la piste d'un dénommé Pélias, un ancien apprenti du Sanctuaire. C'est lui qui nous l'avait... avoué.

- Qu'est-il devenu?

- Je ne sais pas. Je sais que l'on avait à nouveau tenté de lui mettre la main dessus après l'attaque, mais l'aide de Mardouk et de ses alliés avait rendu inutiles les informations qu'il aurait pu dévoiler. Ensuite le problème était réglé...

Le chevalier de bronze regarda son interlocuteur avec un air incertain.

- Pourquoi voulez-vous savoir cela ? Les chevaliers noirs ont été neutralisés jusqu'au dernier.

- Ce ne sont pas eux qui m'intéressent. Je veux retrouver l'inconnu qui les commandait.

- Il est mort lui aussi. Saga des Gémeaux l'a tué.

- Je sais. Le chevalier d'or l'aurait pulvérisé. Pas de corps donc. Pour un être dont la seule chose ou presque que nous sachions était qu'il maîtrisait les passages dimensionnels, cela me semble un peu trop pratique. J'ai l'intuition qu'il a survécu. Non, je sais que l'individu le plus directement responsable de la mort de mes élèves court toujours.

- Pourquoi ne pas croire le chevalier Saga ? Je suis convaincu qu'il est certain de ce qu'il affirme. Et si même lui avait échoué... Qu'espérez-vous accomplir de plus?

Stellio hésita un long moment avant de répondre. Le doute semblait le ronger et il était visiblement fragile psychologiquement.

- Je veux savoir et surtout je veux comprendre. Peut-être est-il bel et bien mort, mais alors je veux savoir pourquoi il avait libéré les chevaliers noirs, tout comme je veux savoir s'il était seul ou s'il avait des alliés, s'il était le chef ou s'il y avait quelqu'un au-dessus qui n'a jamais été inquiété. Et s'il est encore en vie... Je veux le tuer ou alors m'assurer que quelqu'un de plus puissant que moi le fera. Ce Pélias est ma meilleure chance, dites-moi où je peux le trouver.

Diomède plongea son regard dans les yeux rouges de l'albinos. Oui, il y voyait quelque chose qui ressemblait au début de la folie. Néanmoins, la détermination de l'ancien chevalier d'argent était incontestable. Que ce dernier trouve ou non les réponses qu'il cherchait, cette quête lui permettrait sans doute de faire enfin son deuil. Et à bien y réfléchir, il n'était pas le seul à en avoir besoin.

- Très bien, laissez-moi le temps de mettre quelques affaires dans un sac et de finir ma toilette.

- Comment?

- C'est pourtant simple. Vous voulez retrouver l'ordure qui a causé la perte de quatre de mes meilleurs amis? Je viens avec vous. Et si vous avez cinq minutes, je pense que je peux convaincre quelqu'un d'autre de nous accompagner.


Sibérie, 8 heures trente


Lorsque Shamash vint se présenter devant la petite maison de trappeur isolée que Gienah, ancien chevalier de bronze puis noir du Cygne, et son élève Camus occupaient pour l'hiver, il n'eut à attendre que quelques secondes avant qu'on ne vienne lui ouvrir.

Ce fut Gienah qui se présenta face à lui et celui-ci ne paraissait guère surpris de le voir.

- Les événements sont en train de s'accélérer, dit Shamash sans préambule. Nous aurions besoin de votre aide et de vos compétences. Rapidement.

L'ancien chevalier noir répondit d'un simple sourire, attendant visiblement que son visiteur entre dans les détails.

Ce dernier allait s'exécuter quand une voix juvénile retentit dans le chalet.

- Maître, qui est cet homme? demanda Camus en approchant.

- Un allié du Babylonien Mardouk dont je pense que tu as déjà entendu parler. Il est venu me recruter dans son armée.

Le garçon regarda son professeur pendant quelques secondes, son expression passant petit à petit de la neutralité à une légère surprise.

- Vous plaisantez, non? fit-il d'un ton incrédule.

- Non. J'avais promis que je rejoindrais leurs rangs dès que j'aurais achevé ta formation. Il me force un peu la main en venant aujourd'hui, cependant je crois que je vais le suivre. Nos chemins se séparent mon garçon.

- Mais, vous ne pouvez pas ! cria le garçon d'une voix aiguë. D'ailleurs, je ne suis pas prêt.

- Probablement pas, en effet. Néanmoins je ne peux plus grand chose pour toi. Tu ne veux pas écouter mes conseils dès que ceux-ci concernent ta façon d'être. Or, je pense que tu es au point techniquement et physiquement. Ce qui te manque, tu n'as pas besoin de moi pour l'acquérir.

- Je ne maîtrise pas encore l'Aurora Execution, fit remarquer l'élève d'une voix plus contenue.

- Juste une question de temps. Tout ce qu'il te faut c'est retirer les chaînes mentales que tu t'imposes à toi-même.

Le garçon se renfrogna, visiblement vexé.

- Vous devez allégeance au Sanctuaire, dit-il d'un ton à présent glacial. Vous ne pouvez pas rejoindre des ennemis potentiels.

- Faux, je ne dois plus allégeance au Sanctuaire depuis très longtemps. Le fait de t'avoir formé me libère de toute façon de tout lien qu'il pouvait encore subsister entre moi et cet endroit. Cela a toujours été un malentendu de toute manière... J'ai aujourd'hui la possibilité de mettre mes pouvoirs au service d'une cause en laquelle je crois réellement.

- C'est de la trahison ! hurla le garçon en se mettant en position de combat.

Shamash paraissait quelque peu mal à l'aise face à la tournure que prenait la conversation.

- Ca ne serait pas la première fois... J'ai déjà trahi mon statut de chevalier en utilisant mes pouvoirs à des fins personnelles il y a si longtemps. J'ai de nouveau trahi en accomplissant une tâche pour mes nouveaux compagnons quand j'étais encore prisonnier sur l'île de la Reine Morte. Un acte qui m'aurait valu, je pense, une exécution en bonne et due forme s'il était arrivé aux oreilles du Grand Pope. Peut-être ma prochaine trahison sera de combattre le Sanctuaire... Mais j'ai eu des assurances que tout était fait pour que cela n'arrive pas.

- Je ne vous laisserai pas partir ! fit Camus en faisant mine de passer à l'attaque.

L'apprenti fut cependant stoppé dans son élan avant d'avoir pu avancer de plus de quelques millimètres. Il remarqua alors que son corps était entouré par des cercles de glace qui le paralysaient. Son maître avait dû les créer pendant qu'ils parlaient sans que le garçon ne s'en rende compte. Il tenta de briser la technique en amplifiant son cosmos, cependant celle-ci tint bon.

- Une de mes dernières leçons, fit Gienah. Ceci est le Koliso. Quand tu te seras libéré, il te faudra récupérer ton armure. Je l'ai enfermée dans le glacier éternel où nous nous sommes entraînés hier.

- Je vous retrouverai et je vous ramènerai à la raison.

- Si les choses doivent en arriver là, sache que je ne me laisserai pas faire... Alors ne t'attends pas à ce que cela soit facile.

L'ancien chevalier noir se tourna alors vers Shamash qui tentait de se faire petit.

- Allons-y.

Les deux hommes s'éloignèrent, laissant le garçon aux prises avec sa froide prison.

- Où en étions-nous ? commença Gienah. Ah oui... Vous alliez m'expliquer ce que vous attendez de moi cette fois-ci. S'agit-il à nouveau de sortir quelqu'un d'un cercueil de glace ?

- Non, cela serait plutôt l'inverse.

L'allié de Mardouk jeta un regard en arrière vers le garçon qui luttait toujours pour se libérer.

- Il a l'air assez furieux.

- Vraiment ? Ca serait une première, répondit Gienah.


* * * * *


Il avait fallu finalement presque deux minutes à Camus pour se libérer des cercles de glace. Il se promit de retenir la technique, elle était réellement très pratique. Localiser son armure grâce à ses sens cosmiques ne lui demanda en revanche que quelques secondes.

Il fut néanmoins grandement impressionné par la solidité de la gangue de glace qui l'emprisonnait. Il dut à nouveau avoir recours à une grande partie de ses forces pour libérer la boite de Pandore de l'armure du Verseau.

Une fois que cela fut fait, Camus tira la chaînette située sur la face avant du cube doré. Il découvrit l'armure sous sa forme totémique, puis les pièces se séparèrent et vinrent se placer sur son corps.

Le garçon sentit tout de suite une différence. L'armure n'augmentait pas à proprement parler sa puissance, mais elle améliorait sensiblement le contrôle de son cosmos et affinait ses sens. C'était un peu comme s'il venait de retrouver la moitié de son âme qu'il avait égarée depuis longtemps. Comme s’il était enfin complet.

Il voulait partir à la poursuite de son maître, cependant il réalisait que celui-ci s'était révélé plus puissant que ce qu'il imaginait. Bien plus que ce que l'on pouvait attendre d'un chevalier de bronze. Comment son maître avait-il fait pour lui cacher cela jusqu'à aujourd’hui?

En outre, Gienah avait de nouveaux alliés qui empêcheraient probablement Camus d'essayer de lui faire entendre raison. Il avait besoin d'aide et n'hésita pas longtemps sur la personne à contacter. Il intensifia son cosmos, ravi de la facilité avec laquelle il le faisait et de sa maîtrise. Dorénavant, il serait toujours parfaitement en contrôle de sa puissance...

Il envoya ensuite sa conscience à travers le monde, vers la demeure de celui qu'il voulait consulter.

- Que me veux-tu, Camus? Demanda Akiera une fois que le lien cosmique fut établi.

- Je crois que mon maître est en train de faire une grosse bêtise, répondit le nouveau chevalier d'or.


Une dimension étrange, 9 heures


Kanon était plutôt content de son coup. Après de longs mois à rester dans l'ombre de Saga et à feindre de se contenter de cet état de fait, se faire passer pour son frère aîné afin d'avoir accès à la bibliothèque du Sanctuaire dans le Palais du Pope l'avait ravi.

D'autant plus qu'il avait découvert en fouinant un peu une aile secrète, visiblement réservée au seul usage du maître du Sanctuaire. L'endroit était coupé du monde extérieur par des illusions et un stratagème dimensionnel, mais rien d'insurmontable pour un expert dans les deux domaines tel que lui.

Il n'avait cependant osé sortir aucun parchemin, peu sûr de sa capacité à berner les dernières protections de l'endroit.

Cela ne changeait cependant pas grand chose pour lui : il avait feuilleté les écrits les plus intéressants, gravant au fur et à mesure les pages dans sa mémoire parfaite, qui d'habitude lui était si utile pour retenir et analyser les techniques de combat qu'il observait.

Il avait à présent tout loisir de générer une illusion fidèle des parchemins, y compris au niveau du sens du toucher, puis de les parcourir comme s'il s'agissait du véritable ouvrage.

Alors qu'il se trouvait en un lieu où il pensait avoir la tranquillité nécessaire à l'étude, une dimension occupée par une planète jumelle de la Terre à la différence qu'elle n'avait jamais accueilli la moindre vie animale, Kanon sentit des perturbations dimensionnelles caractéristiques de l'imminence de l'ouverture d'un passage.

Tandis qu'il dissipait l'illusion du parchemin qu'il étudiait, son inquiétude naissante d'avoir été retrouvé par Saga se dissipa.

Ce n'était pas son frère qui venait, mais le maître de celui-ci, Akiera.

Celui-ci apparut une poignée de secondes plus tard.

- Salut, Kanon, fit l'androgyne.

- Que me vaut le plaisir de votre visite ?

Akiera ne manqua pas noter la pointe d'ironie dans la voix du frère de son ancien élève. Il était conscient que Kanon n'avait pas encore digéré le fait que son aîné et non lui avait été choisi par le destin pour devenir chevalier d'or et qu'une partie de cette rancune se reportait sur lui, l'homme qui avait formé Saga. Evidemment, Kanon n'avait pas assez de recul sur son sort pour accepter que seul le hasard était à blâmer. Fut un temps il avait après tout même été jusqu'à soupçonner qu'une conspiration l'avait écarté de son héritage...

Akiera se demandait souvent s'il avait fait le bon choix en cautionnant la décision de Saga d'entraîner son cadet clandestinement. Il se demandait aussi à quel point ses mauvaises relations avec le Pope Sion avaient joué.

Malgré les qualités de contrôle de ses émotions dont faisait preuve le garçon, l'ancien chevalier d'or arrivait à voir que celui-ci était soulagé. Probablement du fait que ce ne soit pas Saga qui l'ait retrouvé.

Ce qui voulait dire que Kanon s'était vraisemblablement éclipsé sans prévenir son frère... Tant mieux, cela allait lui simplifier la vie.

- C'est le hasard qui m'amène ici, en tout cas principalement. J'étais en chemin pour un rendez-vous quand j'ai perçu ta présence et j'ai décidé de faire le détour.

L'androgyne jeta un œil aux alentours.

- Tu as bon goût, j'apprécie moi aussi beaucoup cette dimension et son calme. Je n'y ai d'ailleurs jamais envoyé quiconque, histoire de ne pas rompre le charme. Cela serait tout de même dommage de voir débarquer un vieil ennemi à l'improviste alors que je suis en pleine sieste.

Le garçon regarda l'adulte avec stupéfaction.

- C'est possible ? demanda-t-il de l'air incrédule de la personne qui n'avait visiblement jamais pensé au problème.

- Bien sûr. Le Another Dimension ne tue personne directement. Si j'ai le temps de bien contrôler le coup je peux m'assurer d'envoyer un adversaire à un endroit où il mourra normalement en quelques secondes. Mais un certain nombre doivent se retrouver dans des endroits viables. Certains se retrouvent même dans des endroits aux caractéristiques spatio-temporelles telles qu'ils vivront virtuellement éternellement, même si leur sort n'a vraiment rien d'enviable.

Le garçon semblait n'avoir réellement jamais envisagé les choses sous cet angle.

- Bref, reprit l'androgyne. Si j'ai fait un détour pour te voir, c'est parce que je pourrais bien avoir besoin de ton aide. Je vais rejoindre le jeune Camus, puis nous partirons à la recherche de son maître qui semble avoir pris une décision peu adéquate quant à son avenir en rejoignant Mardouk.

- Je ne peux pas, le gamin me verrait.

- Je pensais à un soutien "furtif" de ta part. Tu nous suis en te cachant dans des illusions et tu interviens en cas de besoin, si la voix de la raison ne suffit pas.

Kanon hésita une seconde avant d'enchaîner.

- Je suis en mission pour Saga. Je suis désolé mais tu devras faire sans moi.

- Hum... Je suis sûr que Saga ne fera pas d'histoire si nous prenons le temps de faire un détour pour lui demander de te libérer.

Akiera se retint de rire en voyant le cadet des Gémeaux changer de couleur.

- Pas la peine, dit finalement ce dernier après quelques secondes avec frustration. Tu as raison, il n'y verrait pas d'inconvénients.

-Bien sûr que j'ai raison, conclut Akiera en s'autorisant un très léger sourire.


Campement de Mardouk, Egypte, 9 heures 30


Franck s'était levé de bonne heure ce matin-là si bien qu'il avait eu à traverser un campement encore en grande partie assoupi en se rendant à la tente de Mardouk qui servait d'état-major. Seuls les hommes impliqués dans les opérations de la journée étaient déjà debout et occupés à se préparer.

Pour sa part, Franck n'avait que guère dormi. Les événements de la veille et la rencontre entre son leader et le chevalier du Sanctuaire avaient conduit à une large modification des plans pour la journée qui commençait.

Une intervention contre un campement d'adorateurs de la déesse de la vengeance grecque, Némésis, était en effet prévue de longue date. Ces derniers préparaient des exactions à court terme et il avait été rapidement décidé que l'opération serait maintenue en parallèle de la rencontre diplomatique entre Mardouk et le chevalier d'or qui allait apporter la réponse du Sanctuaire.

Bien que le chef de la coalition le jugeait superflu, nombreux avaient été ceux à insister pour que celui-ci aille au rendez-vous bien escorté pour éviter toute mauvaise surprise. Il avait donc fallu repenser en toute hâte la composition de l'équipe devant se charger de l'autre mission.

C'est ainsi que le soldat s'était finalement retrouvé mobilisé au pied levé, alors qu'il espérait une journée de repos après avoir déjà été impliqué dans l'opération contre Arès et ses berserkers de la veille et celle d'Eris quelques jours plus tôt.

Il avait ainsi dû sélectionner quelques hommes qui seraient placés sous son commandement direct et remettre à plus tard ses rêves de grasse matinée.

Après la fin des discussions tactiques à une heure déjà avancée de la nuit, il avait préparé ses armes et son équipement avant d'aller se coucher pour quelques heures. Il s'était également occupé de la potion qui portait ses capacités de mortel à la limite du sur-homme et l'avala le matin venu d'une traite au saut du lit, ce qui se révéla bien plus efficace pour se remettre d'aplomb que n'importe quel café serré. Il savait que cette concoction miraculeuse ne créait pas de dépendance à strictement parler, néanmoins il réalisait qu'il aurait du mal à se passer de l'impression d'invulnérabilité qui s'emparait de lui quand il l'absorbait.

Evidemment, cette impression était des plus trompeuses et voir débarquer à l’improviste ce chevalier d'or ailé le jour précédent le lui avait une fois de plus rappelé. Il était parfaitement conscient de ne rester qu'un homme au milieu des demi-dieux, et qu'en cas de conflit avec le Sanctuaire le seul avantage que lui conférerait la potion serait de pouvoir courir se cacher plus vite.

Mais le problème ne se poserait pas dans l'immédiat. Les missions d'observation avaient confirmé que les adorateurs de Némésis, qui n'avaient rien trouvé de mieux que de se faire appeler "les vengeurs", n'étaient pour la plupart que des humains tout ce qu'il y avait de plus ordinaire. Il restait une poignée de combattants éveillés au cosmos, lointains héritiers de ce qui avait été la garde de guerriers sacrés de Némésis, mais ils ne feraient pas le poids face à Moki, Mani et aux autres.

La déesse n'était quant à elle plus apparue sur Terre depuis des millénaires et les vengeurs projetaient d'ailleurs de massacrer un village en sacrifice pour l'invoquer. C'était l'imminence de cette menace qui coûtait à Franck son jour de repos et il était bien décidé à le faire chèrement payer à ces fous sanguinaires.

Il arriva donc au point de rendez-vous qu'il avait fixé à ses dix hommes. Il avait déjà eu l'occasion d'aller au feu avec chacun d'entre eux et savait qu'il avait leur confiance tout comme il savait qu'il pouvait compter sur eux pour le couvrir. Il était fermement décidé à tout mettre en œuvre pour qu'ils puissent tous discuter de leur journée autour d'un feu dans la soirée. Il n'aurait aucune perte.

Après les avoir tous salués un par un et vérifié que chacun avait un équipement complet et en bon état, il se rendit à la tente d'état major. Ils n'étaient que deux chefs de peloton à être présents à la demande d'Anhur, signe que l'on respectait réellement ses compétences tactiques et son expérience du terrain. Etre autorisé à prendre la parole en présence d’authentiques demi-dieux et surtout être écouté était un véritable honneur pour lui.

L'autre chef de peloton présent se nommait Nikolai Romanenko et Franck le connaissait d'assez longue date. Lui et le colosse roumain au visage balafré avaient en effet été mercenaires plusieurs fois dans les mêmes conflits européens et africains au cours des vingt dernières années, se retrouvant à peu près aussi souvent dans le même camp que non. Franck était par exemple à peu près certain qu'il devait deux cicatrices de blessures par balle à Nikolai, tout comme il était certain d'être à l'origine de la cicatrice barrant le front du roumain.

Passé une certaine défiance au début, ils étaient après tout mieux placés que quiconque pour mettre en doute l'altruisme de l'autre, ils avaient pris le temps de véritablement sympathiser et d'échanger leurs anecdotes au coin du feu.

A part les deux vétérans, Anhur, Râ, Mardouk, Rudy et Tokoyo étaient présents. Une carte représentant le camp des adorateurs de la déesse vengeresse avait été étalée sur une table, les positions de déploiement de chacun y étant indiquées.

Anhur exposa rapidement son plan d'action qui était une classique manoeuvre d'encerclement. Huit pelotons de onze hommes participeraient à l'assaut, ainsi que six "gros-bras", le sobriquet utilisé pour désigner les détenteurs de pouvoirs réels. Le transport des troupes et la coordination du déploiement sur place seraient comme d'habitude assurés par les pouvoirs de Rudy. Comme à chaque fois ou presque, Franck se fit la réflexion que beaucoup de choses dépendaient du vieil Allemand. Il n'était pas très bon que la neutralisation d'un seul homme puisse bouleverser potentiellement à ce point leur plan d'action tout en détruisant leur voie de sortie.

Franck indiqua un point de la carte où pourrait se trouver une sentinelle embusquée.

- Il faudra vérifier la position avant de lancer l'assaut, conseilla-t-il.

Nikolai désigna pour sa part une voie de repli potentielle si les choses devaient mal tourner. Anhur prit note de leurs suggestions et ajusta le plan de l'assaut en conséquence.

On rediscuta ensuite de la composition des équipes.

Mardouk irait à la rencontre de l'envoyé du Sanctuaire avec Inanna, Acatl Quetzacotal et son descendant Calli, Bolthorn et Ogier. L'autre équipe serait dirigée par Tokoyo et comprendrait Rudy, Moki, Paul (qui serait placé à proximité de l'unité de Franck pendant l'attaque), Hanpa ainsi que Mani et son garde du corps. Cela suffirait a priori amplement, si bien que le reste des hommes demeureraient au campement.

Mardouk et Tokoyo se souhaitèrent bonne chance d'un baiser avant que chacun ne parte de son côté.

Une fois ressorti de la tente, Franck regarda le Babylonien rejoindre son groupe. Celui-ci leur parla brièvement puis ouvrit un passage dimensionnel avec son épée qu'ils empruntèrent.

Franck alla alors retrouver ses hommes, leur rapportant le plan d'action. Ils avaient une heure à patienter qu'il mit à profit en faisant répéter quelques manœuvres aux soldats.

Une heure plus tard, il était toujours occupé à prodiguer quelques conseils tout en se dirigeant vers le point de rendez-vous : le grand espace dégagé au centre du campement. Les escouades se rassemblèrent rapidement, se plaçant en cercle et en bon ordre autour de Rudy qui était assis en tailleur dans un pentagramme dessiné dans la poussière.

Le vétéran vérifia une dernière fois ses armes et ses munitions, tandis que le vieil Allemand commençait à psalmodier. Les incantations en langues mortes depuis des millénaires s'accélérèrent puis un premier groupe de soldats fut téléporté. Les unités disparurent ensuite les unes après les autres dans le sens des aiguilles d'une montre autour de l'ancien nazi.

Quand l'unité placée juste avant la sienne se volatilisa, Franck cria à l'intention de ses hommes :

- C'est parti, n'oubliez pas les instructions !

Ils furent alors noyés dans une grande lumière blanche et se retrouvèrent l'instant d'après sur une butte qui leur donnait une assez bonne vue sur une région aride du centre de la Libye.

Leur point d'arrivée surplombait un plateau à la végétation éparse sur lequel se dressaient les vestiges relativement bien conservés d'un théâtre romain ainsi que d'un temple et de quelques habitations dont certaines avaient été retapées. La distance les séparant de l'objectif était d'environ trois kilomètres.

Franck fit signe à ses hommes de se mettre à couvert tandis qu'il examinait les environs avec sa paire de jumelles. Il aperçut tout d'abord quelques adorateurs de Némésis aux abords du théâtre puis vérifia la position des sentinelles connues.

Il s’assura ensuite que les autres unités étaient également arrivées à bon port. Celle de Nikolai se trouvait bien à environ cinq cents mètres à l'Est. Paul, l'héritier de Mithra, étant quant à lui situé mi-distance.

Franck aurait préféré pouvoir compter sur un autre "gros-bras" que Paul, qu'il jugeait très inexpérimenté par rapport aux autres, mais il ferait avec. Le vétéran rangea ses jumelles et utilisa un miroir pour produire le signal lumineux signifiant que tout allait bien et le début de l'approche vers le théâtre.

Les soldats commencèrent à descendre et à se déployer avec discrétion sur le plateau, s'abritant autant que possible derrière la maigre végétation, chaque groupe suivant avec précision l'itinéraire prévu à l'avance. Environ à mi-chemin, Franck fit signe d'arrêter et attrapa le fusil de précision qu'il portait sur le dos.

Il s'allongea et épaula, visant la position qu'il suspectait d'abriter une sentinelle. Il s'agissait d'un bosquet un peu plus dense que les autres à partir duquel un homme embusqué avait une vue imprenable sur les environs du théâtre.

Une sentinelle s'y cachait bel et bien.

Franck ajusta sa position, visant entre les deux yeux. Il s'agissait d'un tir à près d'un kilomètre de distance, le genre de choses qu'il serait capable d'accomplir même sans avoir ses sens augmentés par la potion. Avec sa conscience ainsi portée à la lisière du sens cosmique, c'était tout simplement un jeu d'enfant. Il pressa donc la détente, réglant le problème.

Il rangea son arme et ressortit ses jumelles vérifiant que les autres unités avaient elles aussi neutralisé les sentinelles que l'on leur avait affectées.

Satisfait par ce qu'il voyait et du bon déroulement de l'opération jusqu'à présent, il envoya un nouveau signal lumineux à Paul et Nikolai pour reprendre l'approche.

Ils avancèrent discrètement jusqu'à être à environ deux cents mètres de l'objectif. A partir de cette limite il ne pourrait plus progresser très longtemps sans se faire rapidement repérer, la végétation ayant été défrichée autour des vestiges. Néanmoins, en théorie, il était déjà bien trop tard pour les adorateurs de Némésis qui seraient à un contre trois.

Le signal de l'assaut fut donc donné et il n'était plus question de faire preuve de furtivité mais plutôt d'arriver le plus rapidement possible au contact avant qu'une défense n'ait le temps de s'organiser.

Ils n'avaient eu le temps que de parcourir une vingtaine de mètres quand une détonation se fit entendre quelque part à l'ouest. L'alerte fut donnée dans la foulée, et les adorateurs de la déesse de la vengeance sortirent des habitations. Quelques combats éclatèrent ici et là, le groupe de Franck n'étant pas encore concerné.

Le vétéran dut reconnaître que leurs opposants étaient bien organisés et disciplinés. Malgré la soudaineté de leur attaque surprise, il ne leur fallut en effet que quelques secondes pour mettre en place une ligne de défense.

Les balles commencèrent à siffler, et Franck vit quatre vengeurs qui s'étaient rassemblés à environ cent mètres face à son unité. Il posa un genou au sol pour viser, instantanément imité par ses hommes, et ouvrit le feu. Un des vengeurs sortit du rang et courut vers les assaillants à une vitesse clairement sur-humaine. Paul alla instantanément l'intercepter si bien que Franck s'en désintéressa, faisant confiance à l'héritier de Mithra.

Un de ses tirs atteignit un vengeur au torse, mais l'homme qui devait porter une protection sous ses habits amples ne tomba cependant pas.

L'échange de coups de feu se prolongea quelques instants sans grand résultat, les deux camps ayant des capacités suffisantes pour esquiver des balles à une telle distance. Franck s'était par exemple déjà sorti de la trajectoire de deux balles en roulant sur le côté.

Franck allait ordonner de reprendre l'avancée afin de rechercher le corps à corps, cependant leurs adversaires bougèrent les premiers. Ils ne vinrent cependant pas à leur rencontre, se repliant au contraire vers l'arène.

Franck jeta un bref coup d'oeil à Paul qui venait de transpercer de part en part son adversaire avec sa lance solaire, puis ordonna la poursuite des fuyards. Son unité et celle de Nikolai se mirent donc à courir mais leur mouvement fut presque instantanément interrompu.

Une formidable explosion se produisit en effet à mi-chemin entre les poursuivants et leurs cibles.

Franck sauta au sol presque par réflexe, imité par son équipe comme un seul homme. Une nouvelle explosion eut lieu et en regardant aux alentours Franck se rendit compte que tous les groupes d'attaquants avaient été immobilisés de la même façon. Il pensa tout d'abord à des explosifs qui auraient été dissimulés tout autour de l'arène, cependant cela lui paraissait peu vraisemblable, non seulement parce qu'aucune de leurs missions de reconnaissance n'en avait fait état, mais surtout parce que cela serait supposer une certaine incompétence dans le camp d'en face.

D'après ce qu'il en jugeait, la série d'explosions n'avait fait aucune victime alors que cela aurait été un carnage si elle avait été déclenchée une poignée de secondes plus tard. Non, selon toute vraisemblance, on avait voulu les empêcher de suivre les adorateurs de Némésis et non les tuer.

Lorsque tous les assaillants furent immobilisés et ne montrèrent plus signe de vouloir continuer à s'approcher, le barrage d'explosions cessa.

Tout le monde resta immobile, dans l'expectative. La poussière soulevée par les détonations commença à se dissiper, permettant à Franck de distinguer des silhouettes. L'air s'éclaircit encore un peu plus et le vétéran devina des hommes revêtus de lourdes protections. Tous les assaillants mirent genou à terre et épaulèrent en mettant en joue les intrus, ceux disposant de cosmos comme Paul s'avançant légèrement.

Le soleil éclatant de Libye perça alors le nuage de poussière et les formes se mirent à briller... d'un éclat doré.

- Bon sang mais qu'est-ce qu'ils foutent là ! s'exclama Franck en comprenant à qui ils avaient à faire.

Des chevaliers d'or du Sanctuaire d'Athéna se dressaient entre eux et le théâtre. Franck en distinguait trois de sa position qui étaient disposés de façon à encercler les constructions. Il estimait qu'il devait en toute logique y en avoir deux de plus de l'autre côté du théâtre afin d'interdire totalement l'accès au refuge des vengeurs.

Franck n'avait jamais été qu'en présence d'un seul chevalier d'or dans sa vie : Aioros du Sagittaire, le jour précédent. Toutefois il avait lu les informations et les dossiers rassemblés sur les serviteurs d'Athéna et pouvait donc les identifier.

Tout droit face à lui se tenait Sérapis du Taureau, le plus âgé des chevaliers présents. Sur la gauche de celui-ci on trouvait le jeune Shaka de la Vierge et sur la droite Deathmask du Cancer qui faisait face au groupe de Nikolai.

Le vétéran n'avait pu s'empêcher de frémir en découvrant l'Italien en chair et en os. D’après leurs informations, celui-ci n'était peut-être pas en théorie le plus puissant de son ordre, mais il comptait sans aucun doute parmi les plus dangereux et instables.

C’était un cauchemar absolu, l'apparition des guerriers d'Athéna les prenait totalement de court. Ils n'étaient pas prêts pour une confrontation. Avec Mardouk, Râ et Acatl l'histoire serait différente, mais là...

Il y eut comme un moment de latence, les assaillants se remettant de la surprise causée par l'apparition des chevaliers, et ces derniers se contentant de rester là sans bouger ni parler comme s'ils voulaient bien laisser le temps au camp d'en face d'être démoralisé par leur seule présence.

Franck se rendit compte qu'il était blême. Même s’il en avait beaucoup vu dans sa carrière, ces types lui fichaient la frousse.

- Allons, ce serait mal venu d'être incontinent devant tes hommes... Mais bon sang, comment ont-ils su ?!

Il ne put s'empêcher de penser à Mardouk qui était parti à la rencontre d'Aioros du Sagittaire. Etait-il tombé dans le même genre de situation ? Pire, avait-il été vaincu et était-ce ainsi que les chevaliers avaient appris l'objectif de leur mission ?

Non, il ne pouvait pas le croire. Jamais le Babylonien n'aurait pu mordre la poussière et jamais lui ou un de ceux qui l'avaient accompagné n'aurait lâché cette information. Mais alors comment ?

Le silence pesant qui avait succédé aux explosions fut alors interrompu par Sérapis du Taureau.

- Alliés de Mardouk, vous êtes ici en violation des accords passés entre vos panthéons respectifs et le Sanctuaire. Dispersez-vous ou alors préparez-vous à découvrir la puissance des chevaliers d'Athéna.

La voix du colosse était pesée et sereine. Visiblement le serviteur de la déesse de la Guerre ne faisait pas beaucoup de cas de la dizaine d'armes pointées sur lui ou même de Paul qui était le plus proche de lui et qui avait déployé son cosmos, prêt au combat.

- Les hommes que vous protégez sont des suppôts de Némésis ! hurla presque l'héritier de Mithra. Ils s'apprêtent à commettre un massacre !

- C'est possible, néanmoins cela n'est pas votre affaire. Protéger l'humanité est la mission du Sanctuaire et nous pouvons parfaitement nous en acquitter.

Tokoyo, assumant son rôle de chef de l'opération, vint alors à la rencontre du colosse à l'armure dorée. Elle le salua, puis parla d'une voix calme.

- Vous dites que vous protégez la Terre pourtant vous n'avez rien fait pour vous occuper de ces fous.

Sérapis sourit et répliqua calmement.

- Je ne pense pas que vous puissiez prétendre connaître toutes les missions menées par notre ordre. Ces hommes n'auraient pas pu parvenir à leurs fins et nous nous occuperons d'eux dès que vous serez partis.

La Japonaise eut du mal à masquer son air dubitatif.

- Voulez-vous me faire croire que vous êtes venus ici pour ça ?

- Non. Des chevaliers d'argent devaient s'occuper de leur cas. Nous sommes ici pour vous.

Franck put presque sentir des dizaines de doigts se crisper sur des gâchettes autour de lui.

- Comment se fait-il que vous étiez au courant de notre opération ?

Sérapis se contenta d'accentuer son sourire, visiblement peu enclin à satisfaire la curiosité de son interlocutrice.

- Nous ne vous laisserons pas poursuivre votre attaque et empiéter sur nos prérogatives, reprit-il finalement. Telle est la décision du Grand Pope. Partez.

Le ton était ferme, sans être toutefois réellement menaçant. Franck se fit la réflexion que ce Sérapis avait l’art de menacer quelqu’un de mort avec décontraction. Prononcées par une autre personne sur un autre ton, ses paroles auraient pu donner un tour irrémédiable à la situation.

- En ce moment même notre chef doit être en train de négocier avec l'un des vôtres. N'avez-vous pas peur d'envoyer le mauvais message en venant ici ?

- Effectivement, c'est pourquoi il est dans l'intérêt de tout le monde que les choses en restent là. Repartez chez vous, laissez-nous gérer ce problème et attendons de voir ce que la diplomatie a donné. Avec un peu de chance, la prochaine fois qu'une situation telle que celle-ci se présentera nous vous prêterons main forte plutôt que de vous arrêter. Néanmoins, en attendant, nous ne pouvons pas faire semblant de regarder ailleurs quand vous enfreignez les règles.

Franck commença à se décrisper légèrement. Le chevalier d'or lui inspirait confiance et il le croyait quand il disait que la seule chose qu'il voulait était de les voir repartir. Cela signifiait aussi que rien de fâcheux n'était arrivé à Mardouk, a priori.

Tokoyo sembla hésiter un instant mais sa décision ne faisait guère de doute pour Franck. Le vétéran estimait qu'ils n'avaient de toute façon pas les moyens de s'opposer à autant de chevaliers d'or sans subir de pertes extrêmement lourdes. De plus, comme l'avait dit Sérapis, commencer un combat alors que l'on négociait par ailleurs n'était pas la meilleure idée de l'année. La situation était tendue, sur le fil du rasoir, pourtant on allait sans doute pouvoir en sortir sans casse.

C'est au moment où Tokoyo ouvrit la bouche, probablement pour annoncer au chevalier du Taureau le retrait des attaquants, que la détonation retentit.

La balle qui avait été tirée depuis le groupe de Nikolai atteignit le chevalier du Cancer au torse, rebondissant cependant sur le métal de l'armure. Il n’en fallut pas plus pour faire dégénérer la situation presque instantanément. Tous les soldats sur les nerfs depuis l’apparition des guerriers du Sanctuaire ouvrirent le feu simultanément arrosant les chevaliers d’or de projectiles dérisoires pour leurs pouvoirs.

- Cessez le feu ! hurla Franck, mais sa voix se perdit dans le vacarme.

Malgré la distance, il eut presque le temps de voir la rage se dessiner sur le visage du chevalier du Cancer, puis celui-ci disparut tout simplement. Un bruit terrible se fit alors entendre et une onde de choc jeta presque tous les soldats au sol. Franck aperçut brièvement Deathmask aux prises avec Paul, les deux hommes échangeant des coups à une vitesse inimaginable. Puis ils disparurent sans doute parce que leur vitesse avait augmenté au-delà de ce que le soldat pouvait percevoir. Il vit Tokoyo faire un pas pour venir en aide à Paul mais le chevalier du Taureau s’interposa, l’air beaucoup moins enclin à la discussion.

Un peu plus loin, le vétéran découvrit Shaka de la Vierge aux prises avec Moki. Le massif Amérindien ne devait pas être loin de faire le triple de la taille de son très jeune adversaire.

Une nouvelle explosion retentit alors au niveau du groupe de Nikolai et Franck vit des corps voler en tout sens et distingua aussi quelques membres et têtes arrachés. Pourtant, aucun chevalier d’or ne les avait frappés, en tout cas pas directement.

Franck comprit que ce qui avait tué les hommes était l’impact du corps de Paul projeté à une vitesse sans doute proche de la lumière. L’héritier de Mithra gisait en effet allongé sur le dos au milieu des cadavres, le chevalier du Cancer au-dessus de lui s’apprêtant à porter un coup décisif. L’Italien avait concentré son cosmos en une boule d’énergie autour de sa main droite et frappa l’homme à terre en visant le visage. Paul eut un réflexe salvateur pour lui en plaçant ses deux bras eux aussi entourés de cosmos en croix devant son crâne pour intercepter l’attaque. Néanmoins, si le jeune homme avait sauvé sa vie en bloquant l’attaque, il n’en fut pas de même pour les hommes l’entourant. Le choc des deux cosmos concentrés envoya des éclairs d’énergie autour d’eux qui transpercèrent les corps qu’ils rencontrèrent comme des feuilles de papier.

- C’est de la folie, à ce rythme tous les hommes de troupe vont y passer simplement à cause des effets collatéraux des coups ! pensa Franck en voyant le désastre.

Plus que jamais, il prit conscience de sa fragilité d’être humain prit au milieu d’un combat impliquant des demi-dieux.

L’Italien voulut frapper de nouveau, un coup qui aurait cette fois été décisif, mais il dut esquiver en catastrophe une attaque du tranchant katana de Tokoyo. La Japonaise, qui s’était précipitée au secours de Paul et des soldats, avait toujours Sérapis sur les talons et dut faire face aux deux chevaliers d’or simultanément.

Encore hébété par la rapidité des événements, Franck regarda quelques secondes le dangereux ballet à deux contre un dans lequel la dernière des Kamis s’était lancée. Il s’aperçut alors que Shaka et Moki, pris dans leur affrontement, se rapprochaient dangereusement de lui et des ses hommes.

- Repli ! cria Franck en essayant de relever les soldats encore sonnés au sol. Repli général, maintenant !

- TENBU HORIN ! cria alors le jeune chevalier d’or.

Le vétéran crut sa dernière heure arrivée en voyant le cosmos du garçon exploser en faisant se dresser à la verticale sa longue chevelure blonde. L’instant d’après un flash lumineux aveuglant lui fit détourner le regard. La lumière décrut ensuite et Franck, surpris d’être encore en vie, découvrit Moki dressé devant lui et ses hommes. Plusieurs des soldats avaient été gravement secoués, le choc les faisant saigner du nez ou des oreilles, d’autres étaient partiellement brûlés, toutefois tous étaient en vie, sans aucun doute grâce à l’Amérindien qui avait dû détourner la plus grosse partie de l’attaque.

- Ne nous battons pas ici ! cria ce dernier au chevalier d’or. Nos coups tueraient tous ces hommes !

- Ces créatures fragiles n’auraient pas dû venir ici en premier lieu, répliqua le garçon d’une voix neutre, presque inhumaine. Malgré tout, si vous y tenez, moi, Shaka, vais faire preuve de mansuétude en m’assurant que leur trépas soit rapide et sans douleur. Si je vous avais sous-estimé la première fois, préparez-vous à présent au véritable Tenbu Hôrin !

- Maudit fou ! répliqua Moki en se préparant à bloquer une nouvelle fois l’attaque du garçon.

Néanmoins, le coup de Shaka n’atteint jamais sa cible, et Franck vit la déferlante d’énergie suspendue dans l’air à mi-distance entre les deux adversaires, stoppée net à quelques centimètres du bout d’un long bâton noueux dressé en l’air par un vieil homme.

- Rudy ! fit Franck en découvrant l’Allemand et se félicitant du fait que ce dernier sache faire des entrées remarquées.

La vision du vieillard faisant face à cette vague de destruction comme bloquée dans le temps était presque surréaliste.

- Mon garçon, je suppose que l’on vous a déjà informé des risques qu’implique l’utilisation répétée d’une même technique… Voyons voir à présent ce que je peux faire de toute cette énergie gaspillée avec si peu de discernement.

- Comment ? commença Shaka.

L’attaque du chevalier d’or se dissipa alors entièrement et celui-ci fut comme frappé par la foudre et projeté dans les airs sur une trentaine de mètres.

- Je crois que le moment est venu de partir, dit le vieil Allemand en se tournant vers Moki et Franck.

- Oui, et je peux t’y aider ! hurla alors une voix.

C’était celle de Deathmask du Cancer qui d’un bond surhumain s’apprêtait à s’abattre sur Rudy le poing en avant. Celui-ci se contenta de faire un geste avec son bâton, comme s’il voulait écarter un insecte, et le corps du chevalier fut projeté violemment au loin.

Franck regarda une seconde la trajectoire du corps en armure dorée faire une jolie parabole qui devrait l’amener au contact du sol un ou deux kilomètres plus loin.

Visiblement guère ému par l’intervention de l’Italien, Rudy psalmodia quelques instants ce qui eut pour effet de dresser des murs d’énergie entre les combattants. Une telle barrière apparut ainsi entre Tokoyo et Sérapis, interrompant brutalement leur affrontement entre deux assauts.

Rudy entama de nouvelles incantations et les soldats commencèrent à disparaître les uns après les autres dans des passages dimensionnels qui s’ouvraient et se refermaient en un clin d’œil. Le chevalier du Taureau testa la solidité du mur qui le séparait de la Japonaise d'un coup de poing, mais sans réelle conviction. Il semblait décidé à les laisser partir ce qui n'était apparemment pas le cas des autres guerriers d'Athéna.

Une gigantesque explosion retentit en effet de l'autre côté du théâtre, tandis que Shaka réapparaissait et attaquait de nouveau l'Allemand.

Franck vit le vieillard fléchir légèrement lorsque la vague de puissance du garçon atteint la protection, cependant il semblait toujours tenir bon. Les rangs se dégarnissaient au fur et à mesure que l’allemand emportait tout le monde à l’abri lorsque le chevalier du Cancer tenta de nouveau sa chance. Surgissant de nulle part, il frappa d'un coup de pied sauté la barrière qui protégeait Rudy. Le coup n'eut pas plus de succès que celui de Shaka, sa force semblant même redirigée vers l'assaillant qui fut de nouveau projeté au loin, peut-être même encore plus que la première fois.

Franck ne regarda pas longtemps le nouveau vol plané du chevalier d'or pour s'intéresser au nouvel arrivé : Saga des Gémeaux. Celui-ci avait rejoint le jeune Shaka et lui donnait des instructions.

- Je ne peux pas franchir cette barrière en passant par une autre dimension, il faut la briser ! dit le chevalier des Gémeaux. Maintenant !

Les deux guerriers dorés attaquèrent simultanément, concentrant leurs efforts en un même point.

- GALAXIAN EXPLOSION !

- TENBU HORIN !

Rudy mit un genou à terre à l'impact, Franck distingua même du sang s'écouler de son nez, de ses yeux et de ses oreilles.

- Heureusement que le chevalier du Taureau ne s'est pas joint à leur effort, remarqua le vétéran...

Le vieil homme ne lâcha toutefois pas alors que, d'après ce que pouvait en voir Franck, seuls ses hommes et lui ainsi que Paul et Tokoyo n'avaient pas encore été mis à l'abri.

Les derniers soldats commencèrent à disparaître à leur tour et Franck adressa un remerciement mental à leur sauveur qui pliait de plus en plus sous les assauts adverses.

C'est alors qu'une silhouette semblant entièrement de lumière dorée apparut dans le dos de L’Allemand. Franck cria un avertissement mais lorsque le son arriva aux oreilles de Rudy il était déjà bien trop tard pour qu’il puisse esquiver le coup de poing que lui porta Deathmask dans le bas du dos. Il cracha du sang en s’effondrant en avant, cependant l’Italien le rattrapa et le tourna face à lui.

- Alors enfoiré, on a oublié de fermer une porte ? Ou bien n’es-tu pas familier de la Fontaine Jaune ? dit le Cancer en lui assénant un coup de poing en plein visage.

Franck voulut se porter au secours de l’homme qui les avait sauvés, même si son aide était dérisoire, mais il n’en eut pas le temps. La dernière incantation sortit en effet de la bouche meurtrie de Rudy et un passage dimensionnel engloutit le vétéran ainsi que tous ceux qui restaient encore.

La dernière chose que Franck vit était Sérapis du Taureau bloquant le poing de Deathmask alors que celui-ci s’apprêtait à transpercer le cœur de son adversaire.


Sanctuaire, Montée des Douze Maisons, 11 heures


Aiolia avait les yeux qui brillaient, émerveillé qu'il était par les incroyables découvertes de cette journée. Après la courte visite de son frère aîné et de son ami, Shura, le matin même, son père avait commencé à lui révéler les secrets du Sanctuaire. Il lui avait tout d'abord expliqué le rôle d'Athéna dans le monde et la mission des chevaliers.

Le garçon n'était pas idiot et avait depuis longtemps compris que son frère n'était pas un simple "policier", tout comme il avait réalisé qu'il disposait de capacités sans commune mesure avec celles de ses compagnons de classe (compagnons qu'il ne reverrait probablement jamais réalisa-t-il soudain). Néanmoins, jamais dans ses rêves les plus fous il n'aurait imaginé cette histoire de déesse des temps anciens réincarnée pour protéger la Terre des méchants avec l'aide de héros de légende.

Sa mère avait beaucoup pleuré sans qu'il ne comprenne toutefois vraiment pourquoi, puis elle les avait accompagnés jusqu'à l'entrée du domaine sacré. Elle l'avait alors embrassé en lui disant qu'ils se reverraient bientôt avant qu’il ne poursuive sa route avec son père.

Au fur et à mesure de leur avancée dans le Sanctuaire, le garçon avait été surpris de découvrir que son père était aussi connu. Jusqu'à aujourd'hui il ne l'avait toujours vu que comme un peintre, certes talentueux, mais à la renommée très limitée.

Il comprit ainsi que, comme Aioros, ses parents avaient vécu une vie peu ordinaire dont il n'avait jamais eu idée.

Ils se trouvaient à présent à l'entrée d'une vallée où se dressaient les demeures des plus grands de tous les héros : les chevaliers d'or dont son frère et Shura faisaient partie.

A la grande surprise d'Aiolia, la première maison était habitée par un garçon qui devait à peu près avoir son âge. Un autre garçon de grande taille et au teint hâlé était également présent et se tenait assis sur le perron du temple, en retrait, tandis que le gardien des lieux s'exprimait.

- Désolé, mais je ne pense pas que Praesepe pourra vous voir dans l'immédiat, leur annonça Mû. La plupart de mes semblables sont absents du Sanctuaire si bien que le Grand Pope a décrété l'état de vigilance et a convoqué Praesepe à ses côtés. Vous aurez sans doute une chance en fin d'après-midi quand les choses reviendront à la normale.

Le chevalier du Bélier regarda alors Aiolia avec attention, ce dernier ayant pour sa part du mal à détacher son regard de l'armure doré du gardien des lieux.

- Tu es le jeune frère d'Aioros, n'est-ce pas ?

L'interpellé jeta un coup d'oeil à son père qui hocha la tête.

- Oui, je m'appelle Aiolia. Mais comment l'as-tu deviné ?

- Rien de magique, répondit Mû avec un sourire. Vous vous ressemblez tout simplement beaucoup, tant physiquement qu'au niveau de l'aura que vous dégagez. Viens-tu ici pour t'entraîner et suivre son exemple ?

- Oui, répondit Aiolia après un nouveau coup d'oeil à ton père.

- Bienvenu au Sanctuaire, alors.

Le jeune chevalier d'or se tourna alors légèrement pour désigner l'autre garçon qui se leva ce qui permit à Aiolia de voir qu'il était encore bien plus grand qu'il ne le pensait.

- Voici Aldébaran, dit Mû.

Celui-ci les salua sans la moindre trace de timidité et avec un sourire communicatif.

- Lui aussi est arrivé aujourd'hui, continua le Bélier. Du Brésil. J'étais en train de lui parler de la vie au Sanctuaire. Voulez-vous vous joindre à nous le temps que Praesepe soit disponible ?

- C'est très aimable à toi, cependant nous allons essayer de voir si nous pouvons trouver son épouse, Sonya, avant de faire un tour du domaine, répondit Patrocle. Néanmoins, il est probable que nous repassions un peu plus tard.

- Dans ce cas Aldébaran, peut-il venir avec vous ? Je lui aurais bien fait visiter les environs mais je ne peux pas quitter ma demeure, sur ordre du Grand Pope.

- Bien sûr, fit l'adulte en invitant du geste le jeune Brésilien à les suivre.

Aiolia, pour sa part, était totalement ravi. Certes il ne reverrait peut-être plus ses copains de l'école, cependant il ne doutait pas de s'en faire rapidement de nouveaux.


Campement de Mardouk, Egypte , 11 heures 30


Le retour au campement avait été difficile. Ils s'étaient tout d'abord retrouvés au milieu du désert à une bonne heure de marche du campement, Rudy n'ayant pu les transporter à travers les protections de leur base d'opération dans l'urgence de la situation. Nombreux avaient été alors ceux à vouloir retourner en arrière récupérer l'Allemand. Tokoyo avait toutefois été inflexible.

- Nous ne devons pas faire empirer les choses, avait-elle dit à Paul et Moki qui étaient les plus pressants.

L'héritier de Mithra était particulièrement motivé, réalisant que sa faillite sur le terrain face au chevalier du Cancer avait eu certaines conséquences.

- Pour ce que nous en savons, ils sont peut-être déjà retournés au Sanctuaire. Moi aussi je suis consciente de ce que nous devons à notre ami sur ce coup-là, mais nous n'avons de toute façon pas les moyens de les poursuivre pour le moment. Retrouvons les autres et essayons de savoir comment les choses se sont passées du côté de Mardouk.

Franck avait trouvé la Japonaise légèrement inquiète, néanmoins il ne se faisait pour sa part pas trop de soucis.

Après tout, ce n'était presque qu'une question d'arithmétique : cinq chevaliers d'or leur étaient tombés dessus, ce qui n'en laissait que quatre autres dont deux très jeunes. Pas de quoi inquiéter Mardouk, même si les serviteurs d'Athéna avaient trouvé un moyen de contourner la précaution du Babylonien et d'aller au rendez-vous à plus de deux.

Une fois que tout le monde fut tombé d'accord sur le fait qu'il fallait rejoindre Râ et les autres au campement, on prit le temps pour un recensement.

En tout, vingt-cinq personnes étaient manquantes. Plus de la moitié étaient probablement mortes, dont la quasi-totalité de l'unité de Nikolai. Seul ce dernier s'en était plus ou moins tiré sans blessures graves, les deux autres survivants étant dans le coma.

Il s'était révélé incapable de dire qui avait tiré le coup de feu qui avait tout déclenché.

- Tout est allé beaucoup trop vite. Tout le monde s'est mis à tirer dans tous les sens. Puis... Il est arrivé ce qui est arrivé.

Personne n'osa regarder dans la direction de Paul pour ne pas ajouter à son malaise.

Les autres absents avaient probablement été coincés sur place lorsque Rudy avait perdu connaissance avant de pouvoir les transporter.

Pour ce qui ne devait être à l'origine qu'une mission de routine, le bilan était catastrophique et ce même sans tenir compte des conséquences vis-à-vis du Sanctuaire.

- Le pire est que, dans les faits, c'est nous qui les avons attaqués... commença Tokoyo.

- Vous plaisantez j'espère !

C'était Mani qui venait de couper la Japonaise. Le jeune prophète avait beau faire figure de cadet de l'alliance de Mardouk, en cet instant on lui aurait donné au moins vingt ans de plus que son âge. Franck ne l'avait pas vu pendant l'affrontement puisqu'ils étaient situés à l'opposé du théâtre, mais il avait appris que le garçon avait fait face à Saga des Gémeaux jusqu'à ce qu'il soit téléporté par Rudy.

- Ils ont montré leurs véritables visages et ont saisi le premier prétexte pour nous attaquer, poursuivit Mani. Les lâches, nous attaquer dans une situation où nous devions les affronter tout en pensant à la sécurité de nos compagnons ! Ils avaient prévu de tous nous exterminer dès le début !

- Je ne pense pas.

Tous les regards se tournèrent vers Franck qui fut presque surpris de comprendre qu'il avait bel et bien parlé à voix haute. Le vétéran déglutit avant de poursuivre.

- Je crois que Sérapis était décidé à nous laisser partir.

- Je suis d'accord. Je l'ai vu dans les yeux du chevalier, le soutint Tokoyo.

- La situation était difficile mais nous en serions sortis indemnes sans ce coup de feu, poursuivit Franck. De plus, cette balle n'a pas atteint n'importe-qui...

- Que veux-tu dire ? demanda Moki.

Franck soutint pendant une seconde le regard de l'Amérindien, anticipant déjà les protestations qu'allait causer sa prochaine phrase.

- Je veux dire que, si j'avais voulu faire dégénérer les choses, tirer sur un type qui, d'après ce que nous en savons, a tout d'un futur sociopathe aurait été une bonne méthode.

Comme le soldat s'y était attendu, les réactions à ses propos furent des plus vives.

- Tu oses accuser de traîtrise des hommes qui ont laissé leurs vies sur le terrain ? s'emporta Nikolai.

Le brouhaha dura un moment, jusqu'à ce que Tokoyo fasse preuve d'autorité et impose le calme.

- Nous n'avons pas de temps pour ces chamailleries. Il faudra essayer de comprendre comment les choses ont pu en arriver là, mais pour le moment le plus important est de retrouver les autres.

- Le plus important n'est-il pas plutôt de s'assurer que Mardouk n'a pas eu droit au même genre de mauvaise surprise ? dit Mani qui avait rapidement repris son calme.

La Japonaise réfléchit un instant puis se tourna vers Hanpa.

- Rends-toi au rendez-vous avec le Sanctuaire, à Delphes. Assure-toi qu'il est en sécurité et préviens Mardouk de ce qui s'est passé.

L'homme à l'allure de démon hocha la tête puis s'envola sans perdre de temps.

- Ils ont environ une dizaine de prisonniers, fit remarquer Moki. Ne risquent-t-ils pas de découvrir la localisation du campement ?

- Tu oublies que j'ai protégé cette information dans le cerveau de tous les hommes de troupe, dit Mani. Même sous la torture ils ne pourraient rien révéler.

- Il n'empêche, d'après nos informations, le Sanctuaire dispose de quelques télépathes, reprit Moki. Ne risquent-t-ils pas de passer tes protections ?

- S'ils sont capables de faire ça... Eh bien ils méritent de nous trouver, répliqua le jeune prophète. Non, je ne pense pas qu'ils faillent trop s'inquiéter de ce côté là.

- En revanche pour Rudy...

La voix de Paul était basse, car il était presque honteux de dire tout haut ce qui était à l'esprit de chacun.

- En effet, je n'ai pas appliqué les protections sur lui, convint le garçon. Comme sur aucun des membres de notre alliance dont les pouvoirs sont à dominante spirituelle, puisque que mes verrous mentaux entraveraient en partie leurs capacités.

- Néanmoins si quelqu'un est capable de protéger ses pensées efficacement, c'est bien Rudy, intervint Tokoyo.

- Tout dépend de l'entrain que mettront les chevaliers à lui arracher des informations, intervint Franck.

Une nouvelle fois, le soldat eut envie de se faire tout petit devant les regards de ces demi-dieux qui se tournaient vers lui.

- Je ne veux pas paraître insensible, cependant il faut être conscient que tout le monde a un point de rupture. En outre, s'ils sont capables de connaître les détails de nos opérations, nous devons craindre qu'ils ne soient déjà en possession de ce type d'information, conclut-il.

Après ces paroles, le long retour vers le camp de base avait été silencieux.

Les plus rapides avaient pris les devants afin de transmettre les nouvelles dans le plus bref délai à Râ et aux autres. C'est ainsi que lorsque Franck arriva à destination en soutenant un de ses hommes qui avait été blessé à la jambe, les choses étaient déjà en mouvement.

Râ avait pris le contrôle des opérations et estimait qu'en attendant d'en savoir plus sur ce qu'il était advenu du côté du groupe de Mardouk, il convenait d'envisager le pire. Il avait donc envoyé Khamakhya au Kilimandjaro, au cas où le Sanctuaire chercherait à s'en prendre à Elle, puis avait décrété l'état d'alerte.

Lorsque Hanpa revint un peu plus tard la tension monta encore d'un cran. S'il avait trouvé des traces indiquant que Mardouk et son groupe avait bel et bien rencontré les émissaires du Sanctuaire à Delphes, tous avaient disparu sans laisser d'indices sur leur destination. Ils avaient bien tenté ensuite d'établir un lien cosmique direct, mais sans succès. Soit Mardouk refusait le lien, soit il n'était pas en condition de communiquer, pour une raison ou pour une autre.

L'heure était à imaginer le pire.


Sanctuaire, Palais du Grand Pope, 12 heures


La première balle claqua, atteignant Deathmask au corps, bientôt suivie par de nombreuses autres.

Sérapis hurla de garder les positions mais le Cancer partit à l'attaque instantanément. Alors qu'il était intercepté par un des guerriers sacrés du camp d'en face, Shaka et Saga passèrent eux aussi à l'attaque. Un instant hésitant, Aphrodite suivit l'exemple de Saga et engagea son adversaire le plus proche.


- Deathmask, te rappelles-tu que tu avais pour instruction de ne pas attaquer sans consigne directe de Sérapis ? dit Sion.

- J'ai fait que me défendre. Ces enfoirés m'ont tiré dessus.

- Tu étais protégé par une armure d'or et aurais pu bloquer ces balles sans difficulté. Il me semble douteux de dire que tu étais en danger.

- C'est pas ma faute si ces abrutis ont choisi ça pour m'attaquer. Même s'ils avaient essayé de me faire la peau en me crachant dessus, je leur aurais quand même rendu la monnaie de leur pièce.

- Si je peux me permettre, cet assaut initial ne pouvait certes pas nous mettre en danger directement, cependant ils avaient plusieurs combattants d'un niveau dangereux, intervint Saga.

- Certes, mais ils ne sont intervenus qu'après que vous avez tous ignoré l'ordre de Sérapis.


Saga était aux prises avec un duo d'adversaires constitué d'un jeune garçon et d'un adulte armé d'un long sabre. Le chevalier dut d'abord reculer devant les assauts combinés de ses adversaires avant de reprendre l'initiative. Il marqua alors une pause pour crier quelque chose à Aphrodite. Celui-ci s'entoura alors d'un mur de roses rouges.


- L'adversaire d'Aphrodite était Hanpa, n'est-ce pas ? intervint Praesepe. L'un des deux guerriers que vous avez affrontés, Aioros et toi, à Babylone.

- Oui. Il avait failli vaincre Aioros grâce à son cosmos empoisonné.

- Grâce à l'avertissement, j'ai pu neutraliser son poison avec le parfum de mes roses rouges, dit le chevalier des Poissons.

- Bon travail d'équipe.


Les ongles d'Hanpa s'agrandirent alors jusqu'à une taille délirante et visèrent Aphrodite, ne touchant néanmoins que le reflet du Suédois dans le nuage de roses rouges qu'il avait créé. Pendant ce temps, Deathmask prit l'avantage au corps à corps et expédia son adversaire dans un groupe de soldats, en tuant un grand nombre.


- Tu l'as envoyé sciemment sur ces hommes ! dit Sérapis avec colère.

- Ils n'avaient qu'à pas se trouver là, répondit le Cancer avec du dédain dans la voix.

- Ces hommes ne représentaient pas de réelle menace, tu n'aurais pas dû, dit Saga.

- Tu as également fait quelques victimes, fit remarquer Sion.


La Galaxian Explosion percuta une vague d'énergie envoyée par le garçon en défense, le choc faisant voler des corps de soldats partout alentour.


- Les victimes collatérales sont du fait de mon adversaire, pas de moi. Je ne l'avais jamais rencontré, mais il semblait connaître mon attaque. Je pense qu'il a été renseigné dessus, de la même façon que j'avais prévenu Aphrodite pour le poison d’Hanpa. Il a toutefois été surpris par ma puissance et n'a pas pu la contrôler complètement.

- Frimeur, fit Deathmask.


Aphrodite envoya une volée de roses en direction de son adversaire qui les évita en s'envolant.

Deathmask fut interrompu alors qu'il s'apprêtait à achever son adversaire au sol par la guerrière japonaise. Bien qu'à deux contre un, cette dernière parvint ensuite à le tenir en respect, ainsi que Sérapis.


- Tu me gênais, dit Sérapis. Tu voulais juste la tuer sans tenir compte du fait que nous étions à deux contre un. Tes attaques étaient totalement anarchiques et... Hé ! Tu m'écoutes au moins ?

- Quoi ?

- ...

- Peut-on savoir à quoi tu pensais de si intéressant ?

- Ho, j'essayais juste de trancher une bonne fois pour toute si je préfère la sauce bolognaise ou la carbonara.

-... Si cela t'ennuie, dis-le clairement !

- Ha... J'croyais que c'était clair pourtant.


Saga dut parer avec le bras un coup de sabre cherchant son cou, ce qui endommagea l'armure des Gémeaux, tandis que l'adversaire de type amérindien détournait l'attaque de Shaka.


- Shaka, tu as délibérément attaqué de façon à tous les éliminer, dit Sérapis.

- Il s'agissait d'adversaires. Le doute n'était plus en moi grâce au Tenpo Rinin, si bien que j'ai pris la décision la plus juste et objective.

- ...

- Je me demande si cette absence de doute ne te rend pas un peu inhumain ou en tout cas insensible, dit Sion.

- Non, ma technique est parfaite. Elle me rend plus efficace en me permettant d'ignorer les considérations secondaires.

- ...


Un nouvel adversaire apparut alors, stoppant en plein vol une attaque de Shaka puis téléportant les belligérants. Il fallut trois ordres directs de Sérapis pour que Deathmask laisse la Japonaise pour attaquer le nouveau venu.


- Encore de l'insubordination... maugréa Sérapis.


Les opposants de Saga furent soudainement interrompus au milieu d'un enchaînement d'attaques combinées qui avaient acculé le chevalier d'or en défense. Des barrières venaient en effet d'apparaître entre tous les combattants. Le duo disparut dans la foulée tandis que l'adversaire d'Aphrodite fut téléporté à son tour une poignée de secondes plus tard. Le gardien de la quatrième maison indiqua alors à celui de la douzième que les adorateurs de Némésis profitaient de la confusion pour s'échapper. Tandis que le Suédois coupait la route des fuyards en matérialisant un parterre de roses rouges sur leur chemin, le chevalier des Gémeaux rejoignit Shaka. Ils joignirent leurs efforts pour briser les défenses du vieil homme, sans réussite.


- Heureusement que vous avez vu les vengeurs s'enfuir, il n'aurait plus manqué qu'ils arrivent à s'en sortir... fit Sérapis.

- Pourquoi ne vous avez-nous pas aidé face au vieillard ? interrogea Shaka.

- Il ne cherchait qu'à protéger ses compagnons et ne méritait pas l'acharnement que vous avez mis à tenter de le neutraliser. J'ai l'impression que vous avez surtout mal pris le fait qu'il vous interrompe en plein combat puis se joue aussi facilement de vos attaques.

- Il ne s'est pas joué de la dernière... fit remarquer l'Italien.


Sérapis bloqua le poing de Deathmask puit pris le corps du vaincu sur son épaule. Pendant ce temps Aphrodite achevait les vengeurs qui n'avaient pas été affectés par ses roses rouges avec une nuée de noires.

Les soldats qui n'avaient pas pu être téléportés se rendirent sans plus de résistance en déposant leurs armes au sol.


L'illusion de Saga se dissipa tandis que le lien mental qu'avait créé Sion entre toutes les personnes présentes se brisait.

Le paysage désertique et le théâtre romain laissèrent ainsi la place à la salle d'audience du Grand Pope.

Le réalisme de la reconstitution générée par le chevalier des Gémeaux avait été parfait, car il avait utilisé les souvenirs de tous ses compagnons pour recréer les événements. Il fallut ainsi quelques secondes à chacun pour reprendre pied dans la réalité. L'illusionniste transpirait pour sa part à grosses gouttes, son artifice ayant affecté les sept sens de toutes les personnes présentes pendant plusieurs minutes. Il avait reconstitué chacun des protagonistes, chaque brin d'herbe et chaque explosion de cosmos.

- Je ne suis pas très satisfait de ce que je viens de voir, dit Sion lorsque tout le monde eut repris ses esprits. Ce n'est en tout cas pas ce que j'espérais lorsque j'ai autorisé cette intervention.

- Même s'ils ont attaqué les premiers, notre riposte a été au mieux disproportionnée, observa Praesepe. J'avoue que pour ma part je me fais du souci pour Aioros. D'une part, ce qui s'est passé ne pourra que rendre presque insolubles les négociations qu'il devait mener. D'autre part, nous ne pouvons exclure que dans le pire des cas il soit fait prisonnier avec Shura en représailles.

- Impossible de le contacter ? Interrogea Sérapis.

- J'ai essayé plusieurs fois, sans succès, répondit l'homme à la peau d'ébène.

- Dans ce cas nous n'avons d'autre choix que de nous préparer à tous les cas de figure... Y compris le pire, fit Saga.

- Comment va le prisonnier ? Demanda Sérapis.

- Bien, répondit Aphrodite. En tout cas, ses jours ne sont pas en danger. Nous l'avons enfermé dans la geôle d’Ouranos où des soins lui ont été prodigués. Les protections de l'endroit devraient déjà suffire à l'empêcher de se téléporter ailleurs, cependant pour plus de sécurité je l'ai entouré de roses rouges.

Sérapis jeta un regard torve au Suédois qui se sentit obligé de préciser.

- Cette variété n'est pas létale, rassurez-vous. Elles ne sont destinées qu'à affaiblir ses sens cosmiques.

- Nous allons le remettre sur pieds... Puis le laisser partir avec les autres, dit Sion.

Tous fixèrent le maître des lieux en silence pendant de longues secondes.

- Faire des prisonniers était une erreur. Je suis d'accord avec Sérapis : vous auriez dû les laisser partir.

- Mais, Grand Pope, si je puis me permettre... commença Saga. Ne devrions-nous pas saisir cette occasion pour en apprendre plus sur leur compte ?

- Non, car cela voudrait dire que nous serions d'ores et déjà dans une logique de guerre. Guerre que je veux encore croire possible d'éviter.

- Certes... Cependant n'est-il pas imprudent de ne pas se préparer à cette éventualité dorénavant probable ?

- Je ne dis pas le contraire, toutefois nous avons déjà une source d'information qui s'est révélée fiable à propos de leur opération. Tu vas retourner la voir et en apprendre autant que tu le pourras.

- N'aurions-nous pas dû essayer de contacter Aioros dès que nous avons été mis au courant de l'opération de l'alliance de Mardouk ? demanda Sérapis.

- L'heure n'est plus aux regrets, trancha Sion. Saga n'est revenu qu'après le départ d'Aioros et Shura. Et nous ne voulions que nous interposer pacifiquement.

- Pour ce qui est de s'interposer, je crois qu'on a réussi, ricana Deathmask. Il nous a juste manqué un peu d'efficacité pour "pacifier" complètement la situation...


Campement de Mardouk, Egypte, 13 heures


Franck se dirigeait d'un pas las vers sa tente. Le campement était presque désert, les soldats n'étant pas affectés aux tours de garde préférant ruminer les dernières nouvelles à l'abri du soleil.

Le seul endroit débordant d'activité était l'hôpital. Le vétéran s'était assuré que tous ses hommes étaient pris en charge et hors de danger avant de quitter l'endroit qui puait le sang.

Les chevaliers ne les avaient pourtant jamais attaqués directement, mais quand on voyait le résultat...

Ce fut en passant devant les quartiers de Mani que son œil exercé remarqua un détail qui serait passé inaperçu pour presque n'importe qui.

Il y avait beaucoup de traces de pas entrant dans la tente, des traces récentes qui plus est. Or il savait qu'elle n'était habitée que par le garçon et son stoïque garde du corps arabe et que ces derniers ne recevaient que rarement du monde.

Un autre jour probablement serait-il passé devant sans se poser de questions, la vie privée des autres ne l'intéressant que peu.

Néanmoins en cette journée si spéciale chaque détail inhabituel méritait d'être approfondi.

Il s'approcha en se concentrant sur le fait qu'il voulait être discret afin que l'élixir qui amenait sa conscience à la lisière du cosmos améliore ses compétences naturelles. Se promettant de partir sur le champ s'il surprenait une conversation banale, il posa son oreille sur le tissu de la tente.

Ce qu'il entendit ne fut pas banal.

- Il faut prendre les choses en main, dit une voix qu'il reconnut comme celle de Mani.

- Râ nous a dit d'attendre le retour de Mardouk pour agir, répondit une autre voix, celle de Moki.

- Nous ne savons même pas s'il est encore en vie... Je respecte Râ et j'ai suivi Mardouk jusqu'ici, mais il faut reconnaître que sa stratégie nous a menés dans une impasse. A force de donner l'image de quelqu'un voulant éviter le conflit avec le Sanctuaire, les serviteurs d'Athéna ont cru qu'ils pouvaient s'en prendre à nous sans représailles.

- Pouvons-nous prendre le risque de faire échouer les négociations ? demanda Moki. De plus, si nous agissons de notre côté, nous pouvons faire voler notre alliance en éclats.

- Allons, penses-tu vraiment que la paix soit encore possible ? Je pense au contraire qu'il nous faut agir maintenant pour sauver notre alliance. Mardouk a fait un travail remarquable pour nous rassembler, mais je crains qu'il ne soit plus le plus à même de nous mener à nos objectifs.

- Qui alors ? Toi ? demanda Paul.

- Je préférerais Acatl, cependant il est avec Mardouk... Quant à Râ il vient de démontrer à mon sens son inaptitude à prendre des décisions.

- Tokoyo ? proposa Moki.

- Elle est l'amante de Mardouk...

- Ce que tu proposes ressemble à une mutinerie... fit l'Amérindien.

- Je veux juste agir, pour le bien de tous.


Franck en avait entendu assez. S’il comprenait que la journée avait été rude pour tout le monde et que de drôles d'idées pouvaient traverser les esprits, il comprenait surtout qu'ils s'apprêtaient à faire une grosse bêtise. Il lui fallait prévenir Râ sans plus attendre.

Il partit d'un pas décidé vers la tente d'état major mais n'eut même pas le temps de parcourir deux mètres.

Il n'arrivait plus à respirer, comme si l'air entourant son visage avait été retiré. Il tomba à genoux et vit alors Nikolai qui lui faisait face à quelques mètres. L'homme souriait et il ne faisait aucun doute pour Franck qu'il était la cause de ce qui lui arrivait.

Il voulut hurler pour appeler de l'aide, cependant aucun son ne sortit de sa bouche. Un violent spasme le secoua soudain et il cracha du sang lorsque son cœur explosa dans sa poitrine.

Sa dernière pensée cohérente fut de regretter de ne pas avoir poussé plus loin ses raisonnements sur les événements de la matinée.


Une demeure luxueuse sur la rive du Nil, Egypte, 13 heures


L'homme qui portait le nom d'Horus était assis nonchalamment sur une longue chaise aux reflets dorés. S'il était tourné vers le fleuve, il ne pouvait cependant pas profiter de la vue imprenable qu'offrait son balcon sur le spectacle des navires remontant le courant.

Le haut de son visage était en effet caché par un masque doré ne laissant aucune ouverture pour les yeux. Ouvertures qui auraient de toute façon été inutiles depuis que Râ l'avait mutilé en lui calcinant les globes oculaires.

Evidemment, Horus était éveillé au cosmos depuis sa prime jeunesse du fait de son héritage et son infirmité n'était donc pas aussi handicapante qu'elle ne l'aurait été pour un mortel ordinaire.

Son septième sens avait même atteint une acuité qu'il n'aurait jamais cru possible. S'il avait affronté Râ avec un tel niveau, l'issue aurait peut-être été différente...

Evidemment, aujourd'hui, sans ses yeux pour déclencher le Oudjat Sight cette maîtrise accrue ne lui serait pas d'un grand secours... Avec le temps peut-être développerait-il toutefois de nouvelles techniques encore plus destructrices. Sa vision des événements serait alors éventuellement moins négative. Mais dans l'immédiat il n'avait qu'une envie, une seule chose qui pourrait atténuer sa rage : savoir que Râ avait rencontré un sort encore pire que le sien.

Avec sa nouvelle maîtrise cosmique, il sentit l'arrivée du chevalier des Gémeaux bien avant l'ouverture du passage dimensionnel de ce dernier.

- Déjà de retour ? Fit-il avec un sourire sans joie quand Saga eut franchi le seuil de la brèche dans le tissu du réel.

Le chevalier d'or se contenta d'abord d'un hochement de tête puis, se rappelant la cécité de son interlocuteur, prit la parole.

- Vos informations se sont révélées précises...

- Evidemment, coupa Horus. Et vous revenez me voir à peine quelques heures plus tard pour en avoir d'autres...

- En effet. Le Sanctuaire serait très intéressé par tout ce que vous pourrez nous apprendre sur Mardouk et son alliance.

- Je peux tout vous apprendre. Combien ils sont, qui ils sont...Et où ils sont.

- Puis-je savoir comment vous pouvez être si bien renseigné ?

- Disons que le domaine sur lequel ils résident est dans mon champ de vision... Façon de parler évidemment. Ils ont en outre recruté certains de mes anciens serviteurs dans leur armée... Des hommes qui se sont rappelés leur ancienne allégeance en voyant ce que l'un des plus proches alliés du Babylonien m'a fait.

- Je devine donc que la vengeance est ce qui vous a poussé à nous contacter. Soit.

Saga prit une longue inspiration.

- Que voulez-vous en échange de ces informations ?

- Ce que je veux ? Enfin, chevalier d'or, vous l'avez dit : la vengeance est mon moteur. Le principal, sinon le seul, paiement que je souhaite pour ce que je vais vous révéler... est l'assurance que vous vous en serviez. A la limite, je vous demanderais un seul autre petit service…


Sanctuaire, demeure de Praesepe, 14 heures


Aiolia ne tenait littéralement plus en place. Ils avaient à présent visité une bonne partie du domaine sacré et ce qu'il découvrait ne finissait pas de l'émerveiller.

Il avait croisé d'autres chevaliers en armure et, même si leurs cuirasses était moins belles que celle de Mû, il n'avait plus qu'une envie : en avoir une à lui.

Son père avait beau eu lui expliquer que cela demanderait un certain temps, le garçon ne pensait plus qu'à ça.

Ils avaient aussi aperçu des femmes chevaliers et le garçon avait été intimidé par les masques de métal qu'elles arboraient. Son père lui avait expliqué que c'était pour qu'on oublie qu'elles ne sont pas des hommes et qu'on les considère comme des guerriers à part entière. Il fallait bien reconnaître que l'effet était réussi...

Aldébaran s'était également révélé de très agréable compagnie et Aiolia s'imaginait déjà faire les quatre cents coups avec lui.

Enfin, il avait trouvé Sonya très gentille. Elle les avait accueillis dans sa demeure et leur avait préparé un repas improvisé que le garçon avait trouvé succulent. Il avait d'ailleurs été déçu de ne pas pouvoir s'en resservir, le jeune Brésilien ayant fait un sort au reste du plat.

Alors que Sonya marchait à leur côté tandis qu'ils retournaient vers le centre du Sanctuaire, elle lui avait alors dit qu'il lui rappelait beaucoup son frère.

- Tu ne le sais peut-être pas, mais j'ai un peu pris la place de votre mère auprès de lui quand il est arrivé au Sanctuaire. Je le connais donc presque comme si je l'avais fait. Sache que ce qui t'attend n'est pas facile, car tu seras toujours comparé à ton aîné. Or, il a mis la barre assez haut en ce qui concerne l'exemplarité.

Elle lui sourit en passant la main dans ses cheveux.

- Le Sanctuaire doit t'émerveiller parce que tu le découvres, cependant tu dois être conscient que c'est aussi un endroit très dur. Ton frère appartient à l'ordre des chevaliers d'or. L'élite de la chevalerie, qui est admirée mais aussi parfois enviée ou jalousée. Beaucoup n'hésiteront pas à te mener la vie dure si tu ne parviens à te placer à la hauteur de ton frère. L'ombre du chevalier parfait pourrait parfois te sembler bien lourde. Cependant je suis sûre que tu seras à la hauteur, n'est-ce pas ?

Le garçon hésita un instant, comme si on lui avait posé une question très importante.

- Oui, je crois, répondit-il finalement.

La maison de Praesepe et de sa compagne était située dans une petite vallée située quasiment à l'opposé de celle des douze maisons si bien que pour rejoindre la demeure de Mû ils devaient retraverser presque l'intégralité du Domaine Sacré, en revenant sur leurs pas.

- Si vous n'avez rien contre un détour, nous pouvons prendre une autre voie, proposa Sonya.

- Oh oui ! répondit Aiolia. Je veux tout voir !

Ils obliquèrent donc de façon à faire le tour de la grande zone dégagée où convergeaient les nombreuses vallées du Sanctuaire plutôt que de la traverser par le milieu.

- Les lieux d'entraînements et les aires de combat sont au centre du Domaine Sacré, les habitations se trouvant dans les vallées environnantes, expliqua Sonya aux deux garçons.

- A l'origine les vallées étaient peuplées strictement par classe, compléta Patrocle. Une pour les serviteurs, une autre pour les gardes, d'autres pour les chevaliers de bronze, d'argent ou les dévots... Avec le temps et la volonté d'Athéna il y a eu une mixité, la déesse trouvant que cela diluait l'unité du Sanctuaire. Si bien que ces règles ne s'appliquent plus vraiment.

-Sauf en ce qui concerne la vallée des chevaliers d'or et de la déesse, évidemment, précisa Sonya. Cependant la mémoire de cette époque est restée et, encore aujourd’hui, il est considéré comme plus prestigieux d'habiter la vallée qui était réservée jadis aux chevaliers d'argent.

- Où habitiez-vous, avec maman ? demanda Aiolia à son père.

- Cette vallée justement, dit-il en désignant la prochaine devant laquelle ils allaient passer. Celle des chevaliers d'argent.

- Ouah ! La classe ! dirent en chœur les deux enfants.

- Oui, à l'époque que l'on nous permette de nous installer ici m'avait consolé de mon échec à l'attribution de l'armure, dit l'adulte avec une ironie qu'aucun des deux garçons ne perçut.

- On peut aller voir votre maison ? demanda Aiolia.

- Je n'y tiens pas vr... commença le père, mais son fils était parti sans attendre la réponse, Aldébaran sur ses talons.

Patrocle sourit à Sonya en haussant les épaules puis les deux adultes emboîtèrent le pas des jeunes.

Ils marchèrent environ cinq cents mètres avant que l'ancien prétendant à l'armure de Pégase ne fasse entendre sa voix.

- Arrêtez de courir droit devant vous comme des abrutis, c'est là !

La demeure, fort simple, ramena instantanément une foule de souvenirs à l'esprit de Patrocle. Il y avait eu quelques changements depuis tout ce temps : les volets avaient été remplacés, les murs repeints et la lourde porte qui fermait si mal réparée.

- C'est ici que ton frère est né.

Aiolia regarda le bâtisse avec encore plus d'attention.

- C'est ici que le sens de mon existence s'est révélé, même si je ne l'ai pas compris tout de suite. Je croyais être destiné à servir Athéna en tant que chevalier mais le destin avait décidé d'attendre une génération...

Les deux garçons n'avaient apparemment pas saisi le fil de la pensée de l'adulte, au contraire de Sonya qui posa une main sur son épaule.

- Vous croyez que l'on peut rentrer ? demanda Aldébaran.

- Cette maison appartient à quelqu'un d'autre maintenant, dit Sonya. Je ne crois pas qu'ils aimeraient être dérangés. Et puis nous devons nous dépêcher si nous ne voulons pas arriver chez Mû trop tard.

Patrocle, qui avait la gorge serrée et tremblait légèrement, remercia Sonya d'un hochement de tête puis ils repartirent.

C'est alors qu'ils se rapprochaient du bout de la vallée qu'ils entendirent une violente explosion.

Ils levèrent les yeux vers l'origine du bruit qui venait des hauteurs du versant opposé à celui où se dressait l'ancienne demeure de Patrocle.

- La geôle d'Ouranos, dit l'ancien élève de Praesepe en voyant un nuage de poussière s'élever dans le ciel.

- La geôle de quoi ? fit Aiolia.

- D'Ouranos. C'est une prison où les ennemis d'Athéna sont placés sous la garde des chevaliers d'argent, expliqua Sonya.

- Eh ben, j'ai l'impression que quelqu'un est en train de s'échapper, dit Aldébaran.


* * * * * * * * * * *


L’attaque initiale de Mani avait terrassé les deux chevaliers d’argent chargés de la garde de la cellule avant même que ceux-ci ne puissent réagir.

- N’est-ce pas un peu expéditif ? Demanda Paul.

- Pas plus que le traitement qu’ils nous ont réservé tout à l’heure, répondit l’ange gardien du prophète à la place de son protégé.

- En outre l’un des deux est encore en vie, compléta Mani.

L’homme au turban, écarta les pans de sa longue cape noire, dévoilant son armure de cuir, et dégaina son cimeterre et son poignard.

- De plus, j’aimerais bien être reparti avant que les chevaliers d’or ne se rendent compte de ce qui se passe, acheva-t-il.

- Je suis d’accord avec ça, fit Paul d’un ton peu rassuré.

- Tu avais raison, Mani, il est bien là, dit Moki qui s’était approché de la geôle.

Celle-ci avait une apparence des plus sommaires : des barreaux d’acier fermant l’accès d’une cavité sans doute d’origine naturelle à flanc de falaise. Le vieil Allemand gisait au milieu de la petite grotte, allongé sur une paillasse. Si certaines de ses blessures avaient été pansées, il était inconscient.

- Nous pourrions avoir un problème…ajouta le dernier des Anasazi en remarquant ce qui entourait son ami.

- Des roses du chevalier des Poissons, dit Mani. C’est cela qui affaiblit l’aura de Rudy au point de la rendre presque imperceptible.

Moki posa les mains sur les barreaux et força de façon à les écarter. Au bout de quelques secondes d’effort, il dut se rendre à l’évidence.

- Second problème : ce n’est pas de l’acier ordinaire. Et apparemment, il n’y a pas de serrure, ni de porte d’ailleurs, ajouta-t-il.

Mani passa alors la main sur les barres de métal avant de la retirer en poussant un juron.

- Un alliage d’orichalque. Il semble annuler tout cosmos dirigé contre lui.

Le garçon sembla se concentrer pendant quelques secondes

- De plus, un enchantement empêche d’entrer ou de sortir par quelque moyen non naturel que ce soit, dit-il finalement. Du beau travail, vraiment…

- Qu’est-ce que l’on fait ? interrogea Paul. On détruit la montagne autour ?

- Je ne crois pas que cela marcherait. J’ai l’impression que l’espace-temps est bizarrement courbé aux alentours. En passant derrière ces barreaux par un moyen non prévu… eh bien nous risquons de ne pas nous retrouver vraiment derrière.

Le garçon se gratta le menton comme s’il était face à un casse-tête intéressant.

- Le temps presse, lui rappela Moki.

- Je sais. Je pense pouvoir forcer l’enchantement de fermeture. Par contre, je ne sais pas ce qui me restera comme forces après cela.

- Il nous faut un moyen de repli, et nous n’avons que toi ! dit le guerrier arabe à son jeune maître.

- Nous improviserons.

- Les amis… De la visite ! fit Paul.

Cinq chevaliers de bronze et d’argent ainsi qu’une dizaine de garde venaient en effet d’arriver.


* * * * * * * * *


- Il faut faire quelque chose ! Cria Aiolia en voyant le début des combats autour de la geôle.

- La seule chose que nous devons faire c’est d’aller chercher des secours, répondit Sonya.

- Non, je vais monter, fit Aldébaran.

- N’y pense même pas, fit Patrocle.

- Ne vous inquiétez pas, je sais me battre, répliqua le Brésilien avec un sourire. Des gens sont en danger, je ne peux rester là sans rien faire.

Il enflamma alors un cosmos digne d’un chevalier d’argent très expérimenté et, après avoir évité facilement Patrocle qui voulait l’attraper, se mit à courir droit dans la pente.

- Quel idiot ! fit l’adulte. Aiolia, je t’ordonne de rester ici avec Sonya !

Le garçon voulut dire quelque chose mais le regard impérieux et autoritaire de son père le fit changer d’avis.

- Tu m’as bien compris !

- Oui, papa, répondit Aiolia, résigné.

- Je devrais vous dire la même chose, dit Sonya. Que pensez-vous pouvoir faire ?

- Le ramener avant qu’il ne se fasse tuer. Et… avec les fils que j’ai eus, croyez-moi, j’ai de beaux restes !

Il partit à la poursuite du jeune Brésilien aussi vite que sa jambe de bois le permettait.


* * * * * * * * *


Le chevalier de bronze Nihal du Lièvre sentait que sa dernière heure était probablement arrivée. En arrivant avec autant de chevaliers et de gardes, il pensait qu’il n’aurait pas de problème à neutraliser les intrus, pourtant il fallait bien se rendre à l’évidence qu’ils étaient totalement surclassés.

Seuls deux des envahisseurs sur quatre se battaient d’ailleurs : un colosse ressemblant à un indien échappé d’un film et un jeune homme vêtu d’une armure dorée légère qui combattait en matérialisant des sortes d’armes de lumière au bout de ses bras.

C’était à ce dernier que le chevalier de Bronze était directement opposé, et une chose lui paraissait évidente : s’il s’agissait d’un duel en un contre un cela aurait déjà été fini…

Malheureusement, la situation semblait évoluer assez vite vers ce cas de figure. Un chevalier d’argent qui se tenait à sa gauche eut la cuisse transpercée par une lance de lumière, cinq gardes furent projetés au loin d’un revers de main et Nihal se retrouva en première ligne.

Il tenta une attaque frontale désespérée pour surprendre son adversaire, toutefois celui-ci l’évita facilement et lui fit un croche-pied.

Le Lièvre se retrouva au sol et vit une lance de lumière se rapprocher à grande vitesse de sa poitrine. Ce fut alors qu’un gamin percuta son adversaire.


* * * * * * * * * *


Aldébaran savait qu’il n’avait qu’une poignée de secondes pour conclure ce combat. Dès que l’autre reprendrait ses esprits, il ne pourrait probablement plus rien faire.

Après avoir percuté l’homme en plein torse, ce qui avait semble-t-il coupé la respiration de ce dernier et interrompu sa concentration (les inquiétantes armes de lumière ayant subitement disparu), le Brésilien enchaîna d’un coup de poing au visage.

Il sentit le nez de son adversaire se briser, puis visa la gorge sur le coup suivant ce qui fit cracher du sang à l’homme qui mit un genou à terre. Aldébaran joignit ses deux mains pour frapper de toutes ses forces sur le haut du crâne de son opposant qui n’avait toujours pas pu réagir. Le garçon fit brûler son cosmos à son paroxysme, comme le lui avait enseigné Sérapis, si bien que son attaque enfonça le corps de son adversaire dans le sol.

Un voile blanc passa devant les yeux de ce dernier qui devait être aux portes de l’inconscience.

- Encore un coup ! pensa Aldébaran.

Néanmoins, il n’eut pas le temps de le porter : l’autre intrus venait de voler au secours de son compagnon, et il ne put esquiver que de justesse son attaque. L’apprenti du chevalier du Taureau eut le temps de remarquer que son nouvel adversaire était presque aussi massif que son maître avant de devoir éviter un coup de pied, de façon encore plus juste.

Il ne put rien faire sur l’attaque suivante qui l’atteint au bas ventre et le projeta contre un gros rocher plusieurs mètres plus loin.


* * * * * * * * *

Dès qu’il fut sur place, Patrocle comprit que les choses étaient mal engagées.

Les gardes avaient logiquement été neutralisés et les chevaliers n’étaient pas vraiment dans un meilleur état. Il assista au vol d’Aldébaran sur un rocher dans lequel il s’enfonça de quelques centimètres. Sonné, le garçon ne put rien faire pour éviter le coup suivant qui l’envoya s’étaler de tout son long.

- Hé, l’affreux ! cria-t-il à l’intention de l’énorme Amérindien qui s’apprêtait selon toute vraisemblance à aller achever sa besogne avec le jeune Brésilien.

Celui-ci s’arrêta dans son mouvement pour regarder qui l’avait interpellé. L’ancien prétendant à l’armure de Pégase vit l’autre le dévisager puis son regard se porter sur sa jambe de bois.

- N’aurais-tu pas envie de t’occuper de quelqu’un de ta taille, plutôt que d’un gosse sans défense ?

- Sans défense, tout est relatif, si l’on regarde dans quel état il a mis mon ami, lui répondit le colosse.

Le premier adversaire du garçon commençait en effet apparemment seulement à retrouver ses esprits. Patrocle enflamma son cosmos qui prit l’apparence d’un cheval ailé en se mettant en garde.

- Je t’attends, fit-il en invitant de la main son adversaire à attaquer.

Celui-ci regarda une nouvelle fois la jambe morte du nouvel arrivé puis se lança à l’attaque.

Tout se passa très vite. L’élève de Praesepe savait que la tactique de son adversaire allait être très simple : profiter de son avantage de mobilité. De plus, Patrocle avait pu estimer la vitesse à laquelle son opposant avait frappé Aldébaran. Il savait être largement surclassé et il s’était assuré que son adversaire le sache également en déployant son cosmos qui correspondait à celui d’un chevalier de bronze.

Néanmoins, Patrocle avait l’habitude d’affronter des adversaires le dominant largement : il s’était entraîné avec un chevalier d’or qui avait jugé bon de lui faire travailler à plusieurs reprises ce cas de figure.

Si bien qu’au moment où l’Amérindien s’élança vers lui, le père d’Aiolia laissa parler des vieux réflexes acquis à l’entraînement. L’intérêt de ces réflexes étant de court-circuiter le temps de réflexion et de faire fondre une partie de l’écart de célérité…

Le principe de la manœuvre était simple : se sachant largement supérieur, l’adversaire devait logiquement chercher le coup décisif immédiatement et viser la tête d’un coup de poing. Il fallait donc instantanément lancer l’esquive correspondante en aveugle et sans s’assurer que l’attaquant voulait bien frapper là.

C’était un pari, qui se révéla gagnant. Patrocle s’était instantanément lancé en arrière comme s’il voulait effectuer une roulade, si bien que le poing de l’Amérindien n’attrapa que le vide tandis qu’il fut frappé au menton par le genou valide de celui qui fut le plus puissant chef de la garde de l’histoire du Sanctuaire.

Il acheva sa roulade puis, une fois de nouveau sur ses pieds, libéra son cosmos avec son poing droit sur son opposant étourdi.

- PEGASUS EXPLOSION !

La force de l’impact fit décoller du sol l’Amérindien, l’envoyant vers le bas de la vallée. Sachant que sa victoire n’était que très temporaire, Patrocle se dirigea alors vers le corps apparemment inconscient d’Aldébaran.

- Repliez-vous, nous ne sommes pas de taille ! cria-t-il au passage à l’intention des gardes et chevaliers encore conscients.

Un jeune chevalier de bronze, celui du Lièvre s’il en jugeait par la forme de son armure, le regarda d’un air complètement hébété, sans bouger.

- Réagissez ! Repli, maintenant !

Les hommes encore conscients commencèrent à se relever, tandis que Patrocle se penchait sur Aldébaran.

- Petit, réveille-toi, fit-il en secouant vivement le Brésilien.

Il eut alors une sensation bizarre dans la poitrine et en baissant les yeux il vit la lame d’un cimeterre qui surgissait de ses chairs au niveau du cœur sur plus de trente centimètres. La lame se retira, il sentit quelqu’un tourner autour de lui et entraperçut l’éclair blanc d’un poignard. Il sentit à peine la douleur lorsque le métal lui trancha la gorge, tout comme il ne sentit pas la dureté du sol lorsqu’il s’effondra.


* * * * * * * * *


Mani laissa échapper un petit cri de victoire lorsqu’il arriva enfin à percer le mécanisme de fermeture de la geôle. Les six barreaux centraux rentrèrent dans le sol, libérant l’accès à l’intérieur. Il entendit vaguement un hurlement derrière lui, mais n’y prêta pas attention pour pénétrer dans la cellule.

Considérant un instant les roses rouges qui entouraient le corps de Rudy, il hésita, puis les traversa aussi rapidement que possible pour saisir le corps de son ami et le traîner dehors. Il sentit son cosmos s’affaiblir encore plus qu’il ne l’était déjà, néanmoins il parvint à atteindre la sortie de la geôle.

A présent, il lui fallait réfléchir à un moyen de ficher le camp…


* * * * * * * * *


L’assassin de Patrocle était en train d’essuyer ses lames sur sa longue cape lorsqu’il entendit un hurlement venant du bas de la vallée. Il se détourna de sa victime pour voir d’où cela venait et vit un garçon foncer sur lui en gravissant la pente.

Le garçon avait les larmes aux yeux et était entouré par un cosmos. Il paraissait totalement hors de lui, comme possédé par la colère.

- Tant mieux, cela ne sera que plus facile, pensa le guerrier.

Il attendit sans bouger que le garçon soit sur lui, s’écartant au dernier moment pour éviter la charge trop peu lucide pour être efficace. Il attaqua alors avec son cimeterre en visant la tête, cependant le garçon avait une bonne faculté de réaction et parvint presque à esquiver l’arme en se contorsionnant. L’assassin ajusta en conséquence son coup et toucha malgré tout avec le plat de la lame le crâne du gamin. Celui-ci, emporté par son élan, s’effondra au sol quelques mètres plus loin, inconscient.

L’homme s’approcha pour le coup de grâce, mais sentit une présence dont il ne reconnaissait pas le cosmos derrière lui. Il fit tourner le cimeterre dans sa main de façon à orienter la pointe vers l’arrière et frappa dans son dos sans se retourner.

Il sentit l’acier pénétrer un corps, enfonça la lame au maximum en se plaquant contre l’inconnu, puis dégagea son arme en poussant ce dernier vers l’arrière d’un mouvement de ses épaules. Une fois le cimeterre de nouveau libre, l’ange gardien de Mani se retourna en portant un coup de poignard dans le même mouvement. Il découvrit que sa nouvelle victime était une femme au moment où il lui ouvrit le ventre.

Il acheva sa rotation de façon à se retrouver de nouveau dos à la femme qui n’était plus un danger, et se remit à marcher vers le garçon inconscient. D’un mouvement fluide il rangea son poignard et saisit son cimeterre à deux mains de façon à porter le coup fatal.

Il abattit son arme sur sa cible inconsciente quand une main puissante bloqua son avant-bras.

- Qu’est-ce que tu fais bon sang ? demanda Moki.

- Je termine le travail.

- Ce n’est qu’un gamin ! Il ne représente pas de danger !

- Je ne suis pas d’accord. Ils ne doivent pas être beaucoup plus jeunes que certains de ceux qui nous attaqués tout à l’heure. En outre, tu n’as pas été très tendre non plus avec l’autre.

- Je voulais le mettre hors de combat pas le tuer ! Nous ne sommes pas venus ici pour assassiner des femmes et des enfants ! Tu ne vaux pas mieux que ce psychopathe qu’ils nous ont lâché dessus ce matin !

Le garde du corps allait répliquer quelque chose mais ils firent volte-face tous les deux pour faire face aux chevaliers et aux gardes qui revenaient à la charge. Ils les repoussèrent sans grande difficulté avant que Paul, qui avait récupéré de sa correction infligée par le jeune Brésilien ne vienne se placer à leurs côtés.

- Il est encore temps de suivre le conseil que vous a donné cet homme tout à l’heure, fit-il en désignant le cadavre de la première victime de l’assassin. Partez pendant qu’il en est encore temps.

- Jamais, répondit le jeune chevalier du Lièvre. Nous ne vous laisserons pas vous en tirer après ce que vous avez fait !

Il fut le premier à mourir.


* * * * * * * * *


Lorsque tout fut fini et que les serviteurs d’Athéna furent soit morts soit définitivement hors de combat, Moki entendit la voix de Mani qui l’appelait.

- J’ai besoin de toi. Je n’ai plus de forces et Rudy est toujours inconscient. Même avec plus d’énergie, je n’arriverais pas à nous mettre à l’abri assez vite. Il faut donc que tu le réveilles et restaures ses pouvoirs au moins temporairement.

- Hum… Je vais devoir faire un équivalent du filtre que je donne aux soldats… en plus fort.

Il posa la main sur le front endormi du vieillard et commença à se concentrer, appelant la force des esprits et de ses ancêtres. Il s’éloigna progressivement du monde réel, entendant de très loin la voix soudain pressante de Mani.

- Vite, les chevaliers d’or sont là ! A deux ils ne pourront pas les retenir longtemps ! L’Amérindien murmura quelque chose à l’oreille de l’Allemand, trop bas pour que le garçon n’entende quoi que ce soit.

- Ayahuasca Path, dit finalement Moki à haute voix.

Rudy se réveilla en sursaut et prononça dans la foulée une incantation. Le paysage du Sanctuaire et les chevaliers d’or disparurent aussitôt pour laisser la place à un nouvel environnement.

Ils n’étaient plus que tous les cinq dans une forêt inconnue.

- Où sommes-nous ? Demanda Paul.

- Je lui ai demandé de nous emmener à l’abri, dit Moki.

- Chez moi, fit l’Allemand.

Puis il sombra à nouveau dans l’inconscience.


* * * * * * * * * *


Les corps des tués avaient été couverts d’un linceul lorsque Sion arriva sur les lieux de l’évasion. Quatre chevaliers et huit gardes avaient été tués en essayant de stopper les alliés de Mardouk. Plus Patrocle et Sonya qui avaient eu le malheur d’être au mauvais endroit au mauvais moment. Le hurlement de douleur de Praesepe à la découverte du corps de son épouse avait été entendu dans tout le Domaine Sacré.

C’était entre autres en apprenant l’identité de ces deux dernières victimes que le Grand Pope avait décidé de venir sur les lieux. Il avait posé une main apaisante sur l’épaule de Praesepe qui serrait toujours le corps de Sonya contre lui en pleurant.

- Nous sommes arrivés trop tard, dit Sérapis. Ils ont disparu sous notre nez.

Sion hocha la tête, le regard toujours fixé sur son ami à la peau d’ébène. La scène qui s’offrait à lui rappelait trop de mauvais souvenirs vieux de plus de deux siècles.

- Aldébaran et Aiolia souffrent de blessures légères, continua Sérapis. Nous les avons confiés aux soigneurs, mais ils sont totalement hors de danger. Deathmask est parti tout à l’heure et j’espère qu’il n’aura croisé personne ensuite…

Une nouvelle fois, le maître du Sanctuaire se contenta d’un mouvement de tête.

- Il faut que quelqu’un prévienne Marie, l’épouse de Patrocle, poursuivit le chevalier du Taureau.

- Je m’en charge.

La voix brisée de Praesepe les prit par surprise et il leur fallut quelques secondes pour réagir.

- Mon ami, je ne crois pas que… Commença Sion.

- Je m’en charge, coupa l’ancien chevalier du Cancer d’un ton définitif.

Il retira la main de Sion de son épaule et allongea le corps de son épouse. Il la regarda encore un instant avant de la recouvrir d’un linceul, se leva et partit sans croiser le regard de quiconque.

Le Grand Pope resta silencieux un long moment puis se tourna vers le chevalier des Gémeaux.

- Saga, as-tu appris quelque chose qui nous permette d’exercer des représailles ?

- Oui.

- Très bien. Choisis deux chevaliers d’or pour t’accompagner. Tu as carte blanche.

Sion regarda une dernière fois les quatorze linceuls.

- Nous sommes en guerre, dit-il en quittant les lieux.


Une dimension étrange, 14 heures 30


L’entité qui avait pris la place de Nikolai Romanenko arracha le masque de chair qui cachait ses traits.

- Je n’en ai plus besoin. Merci pour le prêt, dit-elle en le lançant négligemment sur le corps mort depuis plusieurs jours du mercenaire.

- Je suis satisfait de ton travail, mon serviteur, dit une voix.

- Merci mon maître.

- Où en sont Mardouk et le chevalier du Sagittaire ?

- Ils ont engagé le combat avec les Kaos il y a une vingtaine de minutes. Je bloque toujours toute communication entre l’île et le reste du monde. Même s’ils en sortent vainqueurs, ils en ont pour le reste de la journée.

- Parfait. D’ici-là l’engrenage qu’a déclenché notre petite intervention sera sans retour.

- Envoyer les raisonnables perdre leur temps sur une distraction sans importance, et laisser les belliqueux gérer une situation de crise… Il n’aura fallu qu’un grain de sable pour bloquer les plans de votre ennemie. Votre plan était parfait, mon maître.

- Evidemment.


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