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La Nécropole du Nil

Trame par Ménélas et Matsya. & rédaction par black dragounet


 


- Heqa Nekhekh, dit la tête décapitée de Khnemu de Ptah alors qu’elle gisait dans le sable à plusieurs mètres de son corps.


Philista de Cassiopée se retourna suffisamment vite pour voir une dizaine de masses d’armes se matérialiser puis se projeter vers lui. Ses réflexes surentraînés lui permirent même d’annihiler l’effet de surprise et d’éviter les premiers projectiles, cependant sa vitesse de simple chevalier de Bronze ne lui permit pas de se dérober totalement à l’attaque. Il fut frappé au flanc et au plexus, les impacts le faisant décoller du sol.
Néanmoins, son armure, qui avait un jour reçue la bénédiction de la déesse Athéna sous la forme d’une goutte de son Ichor, remplit parfaitement son office en préservant son corps. Au prix d’une acrobatie dont il serait difficile de croire capable un guerrier aussi massif, le chevalier vétéran atterrit sur ses pieds, le souffle coupé, mais en garde et paré à toute éventualité.
Pourtant ce qu’il vit ne manqua pas de provoquer sa stupéfaction : le corps décapité de Khnemu était en train de se relever péniblement. Lorsque cela fut fait, il marcha avec maladresse jusqu’à sa tête et la ramassa comme s’il cueillait un melon.
Le chevalier de Bronze vit les os se ressouder et la peau desséchée se reformer lorsque Khnemu remit sa tête sur ses épaules. Très vite, il ne resta plus aucun signe visible de l’attaque du vieux guerrier.


- Etre mort confie certains avantages, dit Khnemu d’une voix nonchalante en se tournant face à son nouvel adversaire. Au fait, les serviteurs d’Athéna ne sont-ils pas censés observer un certain code d’honneur ? Le genre de chose qui interdit par exemple d’assassiner un adversaire dans le dos ?
- La nouvelle génération de chevalier croit bon d’en avoir un, toutefois j’appartiens à l’ancienne, celle qui se contentait de faire le travail, de gagner les guerres en y survivant autant que possible. Ainsi, mon unique code de conduite est la loi des champs de bataille. Seule la vie de mes amis est importante à mes yeux et je ferai tout mon possible pour les sauver. En outre, je ne pense pas que vous soyez la personne la mieux placée pour me donner des leçons d’éthique.
- Non, probablement pas en effet, dit la momie d’un ton badin. Tu as également raison sur le fait que la survie de tes compagnons passe par ma défaite. Regarde, fit-il en désignant les corps des vaincus.
Philista aperçut de petites tâches sombres sur le corps de Yaga, ainsi que sur les bras et les visages de ses deux autres compagnons.
- La nécrose, expliqua Khnemu. Leur chair commence à pourrir lentement. Si tu veux les sauver, il te faut me terrasser avant que je ne me sois nourri de leurs vies.


Les deux adversaires s’observèrent un instant en silence se jaugeant mutuellement.
- Contrairement à tes amis, tu me donnes l’impression d’être le genre d’homme à pouvoir faire des compromis afin d’atteindre tes objectifs, fit finalement le mort-vivant. Malheureusement pour toi, il me semble aussi que tes pouvoirs sont bien inférieurs aux leurs. C’est dommage, j’ai bien peur que tu n’aies pas la force nécessaire pour rendre ce combat plus indécis que les précédents.
- Méfiez-vous des mauvaises surprises, répliqua Philista. Les champs de bataille sont recouverts des corps pourrissants de ceux qui n’ont vu le danger que trop tard.
- Allons, même si je n’avais pas eu d’expérience directe des chevaliers d’Athéna avant aujourd’hui, d’après la force de ton cosmos, je suppose que tu appartiens à la caste des chevaliers de Bronze, la plus faible. Je viens de terrasser un chevalier d’Or, comment penses-tu réussir là où elle a échoué ?
- J’avoue me poser la même question. Mon imagination va être mise à rude épreuve, répondit le vétéran avec un sourire en coin.
- Ha ha ha ! Tu me plais bien chevalier, dommage que je doive t’éliminer si vite : j’ai d’autres choses de prévues pour cette fin de journée. Me diras-tu tout de même ton nom avant que nous ne procédions ?
- Je suis Philista, chevalier de Cassiopée.
- Et je suis Khnemu, chevalier du Nil de Ptah.


Le mort-vivant eut à peine le temps de finir de se présenter que Philista était déjà passé à l’attaque.
Le chevalier de Bronze avait observé pendant l’affrontement entre son adversaire et Khemmis et Myrina que, contrairement aux serviteurs d’Athéna et aux autres chevaliers du Nil, Khnemu ne semblait pas utiliser sa puissance incommensurable pour atteindre des vitesses fabuleuses. Peut-être était-il potentiellement capable d’atteindre la vitesse de la lumière, tels les chevaliers d’Or, cependant il semblait considérer que cela était inutile et que les conséquences ses techniques suffisaient à lui assurer la victoire. Cela voulait donc dire que Philista serait probablement incapable de survivre à beaucoup d’attaques de Khnemu, mais qu’en revanche il était capable de le prendre de vitesse.
Le chevalier de Bronze se rua donc à l’assaut et Khnemu ne réagit que lorsque son adversaire ne fut qu’à quelques mètres de lui. Un mur métallique se forma alors devant la momie, protection qui se révéla inefficace. Philista avait en effet estimé probable après avoir subi le Heqa Nekhekh que son adversaire pouvait se défendre de la même façon qu’il attaquait. Il inclina sa course au dernier moment et sauta de côté pour passer l’obstacle et rebondit dans la foulée sur son adversaire. Son pied droit frappa le visage de Khnemu avec une violence qui aurait brisé la nuque de n’importe quel adversaire. Conscient néanmoins que cela serait inutile face au mort-vivant au-delà du fait de lui faire gagner un court avantage stratégique, le chevalier de Cassiopée enchaîna en saisissant son adversaire et en le projetant en l’air par dessus son épaule. Le corps du vétéran se nimba d’une aura bleutée tandis qu’il concentrait ses forces.
 - Les Chaînes du Cosmos ! cria-t-il en libérant son énergie.
Des chaînes dont les anneaux étaient constitués de son cosmos jaillirent alors de ses bras. Certaines se plantèrent dans le corps de Khnemu tandis que d’autres s’enroulèrent autour de son corps, l’enserrant dans un véritable étau et le maintenant plusieurs mètres au-dessus du sol. Le corps et les os de la momie commencèrent à craquer sous la pression, et Philista pouvait entrevoir une victoire. S’il brisait totalement le corps de son adversaire, puis le démembrait en éparpillant les morceaux, peut-être parviendrait-il à tuer une seconde fois le chevalier du Nil.
Toutefois ses espoirs s’écroulèrent aussi rapidement qu’ils étaient nés. Tout ce qu’eut à faire Khnemu pour se libérer des chaînes cosmiques fut de crier. Un cri bref et strident qui sembla dissiper instantanément l’attaque du chevalier d’Athéna. Sous le regard incrédule de Philista, la momie redescendit lentement au sol en flottant, les marques laissées par les chaînes d’énergies s’estompant à vue d’œil.
- Mon cri est capable de déchirer la volonté de mes ennemis, dit l’ancien pharaon une fois posé au sol. Tes chaînes sont une manifestation de ton cosmos et de ta volonté. Partant de là, elles sont donc vulnérables à mon pouvoir.
Philista n‘avait pas réellement écouté l’explication, son cerveau réfléchissant à toute vitesse à ce que devait être son prochain mouvement.
- Néanmoins, ce petit échantillon n’est rien face à la véritable puissance de mon cri, comme tu vas t’en rendre compte.
Anticipant avant que son adversaire ne l’attaque, Philista fit exploser son cosmos afin d’invoquer une nouvelle fois les Chaînes du Cosmos. Khnemu eut un sourire en coin et matérialisa autour de lui des boucliers destinés à intercepter les assauts adverses.
La momie eut néanmoins un moment de doute quand elle vit que le chevalier de Bronze lui rendait son sourire. La préparation de l’attaque se modifia juste avant de passer à l’exécution : tout en continuant à concentrer son cosmos, Philista ferma les yeux et tendit les bras sur les cotés. Puis, il les ramena très violemment devant lui, ce qui déclencha une déferlante d’énergie semblable à la vague géante d’un tsunami.
- La Vague des Néréides !
Les boucliers du chevalier du Nil tentèrent de s’interposer devant l’attaque, sans succès car cette défense était inadaptée pour stopper un déluge d’énergie aussi fuyante que du liquide.
Le mort-vivant voulut se protéger en bloquant l’assaut avec ses bras, tentative qui se révéla également inutile et ses membres furent arrachés par la violence de l’impact. Philista crut que son adversaire allait être emporté et anéanti par le flot d’énergie, néanmoins les boucliers se rejoignirent et se solidarisèrent avec de nouveaux qui surgissaient du néant, formant une sorte de digue qui brisa la Vague des Néréides en laissant Khnemu hors de portée.
Philista tenta de maintenir son effort afin de briser la défense, en vain car celle-ci semblait à présent infranchissable, peut-être aussi solide que les mythiques armures d’or.
Finalement, le chevalier de Bronze comprit que cela ne mènerait à rien et qu’il lui fallait mieux stopper l’attaque afin d’économiser les forces qui lui restaient pour jouer une autre carte. La déferlante d’énergie se tarit tandis que les boucliers du mort-vivant retournaient au néant. Les bras arrachés par la vague d’énergie revinrent alors se coller au corps de la momie qui fit quelques gestes d’assouplissement avec ses poignets.
- Bel effort, commenta Khnemu. Je ne pensais pas que tu disposais d’une attaque aussi puissante. Inutile certes, mais cet affrontement aura été plus intéressant que je ne le pensais. Tu ne m’en voudras pas d’y mettre un terme, j’espère, car je suis attendu par ma destinée. Voici le Hurlement de l’Oubli !
Le cri déchirant de la momie retentit pour la troisième fois de la journée et une nouvelle fois la victime ne put rien faire pour s’en prémunir. Après un cri d’agonie, le corps du chevalier de Bronze s’écroula au sol, inerte.
- Cette fois, c’est donc bien fini, dit l’ancien pharaon en s’approchant du corps de sa dernière victime.


Lorsque la momie ne fut plus qu’à deux mètres de Philista celui-ci se redressa d’un bond en faisant exploser son cosmos. Il plaqua alors les deux paumes de ses mains sur le sol en libérant son énergie.
- La Danse des Chaînes ! cria-t-il.
Des chaînes de cosmos rouge surgirent du sol sous les pieds du mort-vivant, le transperçant de part en part. Contrairement à la précédente attaque où les projections cosmiques avaient un effet physique, ces nouvelles chaînes étaient totalement immatérielles et nimbées d’éclairs d’électricité statique.
- Chacune de ces chaînes contient la puissance de la foudre, cria Philista à son adversaire. Tes muscles vont être tétanisés et paralysés jusqu’à ce que ton corps soit totalement consumé ! Adieu Khnemu de Ptah !
Philista vit les bandelettes de la momie commencer à se consumer. Bientôt son adversaire ne serait plus qu’un tas de cendres, il avait eu raison de simuler d’avoir été vaincu. La seule limite de la Danse des Chaînes était une portée limitée, cependant Khnemu avait commis l’erreur décisive de se mettre de lui-même à la distance adéquate. S’il ne faiblissait pas et maintenait Khnemu paralysé jusqu’à la fin, alors bientôt ses compagnons seraient sauvés.
- J’ai bien peur que tu ne m’enterres trop vite, dit le chevalier du Nil en décochant un coup de pied à son adversaire.
Surpris, celui-ci encaissa le coup sans réagir et roula dans la poussière avant de se remettre sur ses pieds, en garde.
- Comment ? fit-il, totalement incrédule. Une fois touché personne ne peut se libérer de la Danse des Chaînes !
- Tes tactiques sont excellentes, toutefois elles échouent car inadaptées face à moi, répondit Khnemu. Mon corps est mort, mes muscles sont des organes sans vie et inutiles et seule ma volonté me permet de me mouvoir. Si j’avais subi ton attaque plus longtemps mes chairs desséchées auraient effectivement fini par se consumer, cependant tu ne peux pas m’immobiliser puisque ton coup affecte le physique et non mon esprit.
Sous les yeux d’un Philista commençant pour la première fois à réellement désespérer de terrasser cet adversaire invincible, les bandelettes se reconstituèrent tandis que les chairs qui avaient brûlé revenaient à leur état normal.
- Pourtant si nous savons à présent comment j’ai échappé à ton attaque, poursuivit la momie, je serais très curieux de savoir comment tu as fait pour être encore debout après avoir subi mon Hurlement de l’Oubli. Personne n’y avait jamais résisté avant cela !


Khnemu observa alors avec davantage d’attention que précédemment son adversaire, s’attardant particulièrement sur son armure. Celle-ci était constituée en majeure partie de miroirs parfaitement polis qui auraient été moulés sur le corps du chevalier de Bronze. Le casque semblait quant à lui constitué d’un assemblage de trois miroirs, deux ovales qui protégeaient les joues et un incurvé qui recouvrait le crâne.
- C’est ton armure, n’est-ce pas ? dit finalement le mort-vivant après quelques instants de réflexion. Ce sont ces miroirs qui ont repoussé mon hurlement.
- Oui, en effet, répondit un Philista étonné et quelque part très inquiété par la perspicacité de son ennemi.
Le vétéran hésita un instant avant d’expliquer davantage les raisons de sa survie, toutefois puisque son adversaire en avait découvert la cause par lui-même, il pourrait au moins mettre à profit le temps de l’explication pour réfléchir à une nouvelle stratégie.
- J’ai compris lorsque tu as vaincu Myrina et Khemmis que ton attaque n’était pas seulement auditive mais aussi psychique, expliqua-t-il finalement. En effet, j’avais entendu moi aussi ton hurlement et pourtant n’avais pas été affecté. Or mon armure est celle de Cassiopée, la reine orgueilleuse, qui passait son temps à se regarder dans un miroir, se trouvant si belle qu’elle en offensa les Néréides. Celles-ci s’en plaignirent à Poséidon, qui exigea que la fille de Cassiopée, Andromède, soit sacrifiée au monstre marin qu’avait envoyé l’Ebranleur de Sol. Ce sont ces miroirs, qui composent une grande partie de mon armure de bronze et notamment mon casque, qui ont fait barrière à tes ondes mentales. Tant que je porterai cette armure ton hurlement de l’Oubli sera donc totalement inefficace contre moi.
- Ha ha ha ! Quelle étrange signe du destin que l’un des plus faibles adversaires que j’ai jamais affronté soit le seul à être immunisé contre mon pouvoir qui a terrassé tant de grands guerriers. Nos attaques respectives se révèlent donc inefficaces, serions-nous dans une impasse ?
Au ton de Khnemu, Philista comprit que son adversaire n’envisageait pas cette possibilité sérieusement car l’écart entre leurs forces restait abyssal. Le chevalier du Nil était en apparence invincible, pourtant le serviteur d’Athéna sentait qu’il pouvait encore lui voler la victoire. Son adversaire prenait réellement beaucoup de plaisir à cet affrontement. Beaucoup trop en fait, et ses choix avaient plus été faits jusqu’à présent de manière à le prolonger plutôt que de façon à en finir rapidement et efficacement. Ainsi, en toute logique, la première chose qu’aurait dû faire Khnemu aurait été de porter le Hurlement de l’Oubli, cependant il ne l’avait pas fait afin de faire durer les choses. De plus, même si son cosmos était colossal, il devait dépenser une quantité effroyable d’énergie pour faire surgir ses armes du néant et régénérer toutes ses blessures.
- Ce n’est pas un véritable guerrier, il n’a jamais connu réellement la loi des champs de bataille, pensa le Grec. Il s’autorise à gaspiller ses forces inconsidérément alors qu’il pourrait vraiment essayer d’en finir. Je dois pouvoir exploiter sa confiance de façon à le rendre encore plus imprudent qu’il ne l’est déjà.


Le cosmos du chevalier de Cassiopée s’enflamma, nimbant son corps d’une intense aura bleutée.
- C’est faux, nous ne sommes pas à égalité. Tout à l’heure tu n’as survécu à la Vague des Néréides que par chance. Jamais ta défense n’aurait dû être capable d’endiguer mon attaque.
- Vraiment ? Suggères-tu que tu si tu attaquais de nouveau, je serais incapable cette fois-ci de bloquer ?
- Tout à fait. Je peux mettre un terme à ce combat quand il me plaira.
- Insolent ! Je suis curieux de voir ça !
Contrairement à ce que le ton sec de la voix de Khnemu aurait pu laisser croire, Philista vit dans les yeux morts de son adversaire que ce n’était pas de l’exaspération, mais de l’amusement que ressentait l’ancien pharaon. Le vieux guerrier ferma les yeux et enflamma son cosmos, plaçant ses bras en croix et reprenant ainsi la pose utilisée au moment d’invoquer la Vague des Néréides.
- Je n’aurai qu’un seul essai, sur ce coup-là, songea le chevalier de Bronze en voyant des boucliers autour de la momie.
Dès qu’il lancerait son attaque, les boucliers formeraient de nouveau une digue afin de briser le flot de son coup.
- Vas-y, attaque-moi de nouveau ! le toisa Khnemu. Cependant sache qu’après t’avoir une nouvelle fois repoussé, je mettrai enfin un terme à ce combat !
Philista garda sa pose sans attaquer pendant encore de longues secondes. Il devait aller puiser au fond de lui ce cosmos qu’il ne maîtrisait pas et faire enfin usage du plus important savoir que sa déesse lui avait transmis.
- Eh bien, mes paroles t’auraient-elles fait réfléchir ? se moqua la momie après que quasiment une minute se soit écoulée. Comptes-tu rallonger ton existence en reculant le moment où tu attaqueras ?
- Allez vieux fou, prouve à tes amis qu’ils peuvent compter sur toi, pensa Philista quand il fut enfin prêt.
Il ouvrit les yeux et fixa ceux de son adversaire.
- Ta patience va être récompensée.
Il libéra alors toute la puissance accumulée en un seul raz de marée d’énergie cosmique.
Khnemu faillit exploser de rire en voyant l’attaque quitter les mains du chevalier de Bronze, elle semblait en effet aussi puissante que précédemment, mais bien plus lente. Même un homme ordinaire aurait eu le temps de se mettre hors de la trajectoire, simplement en courant.
Cependant jamais l’ancien pharaon n’avait eu pour habitude de se défiler devant les assauts ennemis. Il appela donc ses boucliers vers lui et ceux-ci formèrent de nouveau un mur infranchissable.
La digue, qui avait pourtant précédemment totalement stoppé la Vague des Néréides, explosa cette fois-ci comme du verre au premier contact.
- La Vague Sacrée d’Athéna, dit le chevalier de Cassiopée quand son coup franchit la protection de son ennemi sans être même freinée, voire en accélérant.


*          *
*


Quelques mois plus tôt, en Grèce.


C’était une arène naturelle située à quelques centaines de mètres de la vallée qui menait au temple d’Athéna. Deux jeunes garçons s’entraînaient durement au combat, ne retenant pas leurs coups et ne se faisant aucun cadeau. Les mains croisées sur son torse, Philista observait les défauts dans les postures et les attaques de ses jeunes apprentis. Il devait bien reconnaître qu’il en voyait de moins en moins depuis quelques semaines, et que seul son regard aiguisé de vétéran trouvait à redire sur quelques détails.
Soudain l’un des garçons, armé d’un fouet, lança une attaque extrêmement rapide vers son compagnon, néanmoins celui-ci avait déjà esquivé et parvint à se positionner derrière son adversaire à la vitesse de l’éclair. D’un coup précis dans le bas du dos, il envoya son compagnon à terre.
- Je l’ai à peine vu bouger, pensa Philista en regardant Yaga aider son partenaire d’entraînement à se relever. Il est vraiment prometteur, sa maîtrise de l’anticipation et sa vitesse d’exécution sont exceptionnelles pour son âge.
- C’est grâce à la qualité de l’enseignement de son maître, dit soudain une voix féminine.
Philista n’avait senti aucune présence à côté de lui mais ne sursauta qu’imperceptiblement
- Déesse Athéna, dit-il en se retournant et s’agenouillant.


Il baissa la tête en signe de respect et de profond dévouement. Comme à son habitude quand elle se trouvait au Sanctuaire, la déesse ne portait qu’une partie de son armure : si toutes les pièces protégeant le corps étaient en place, le casque, les grandes épaulettes et le bouclier manquaient à l’appel. Ses longs cheveux blonds bouclés qu’elle n’avait pour une fois pas attachés en queue de cheval descendaient librement jusqu’au bas des omoplates.
- Allons Philista de Cassiopée, tu peux te relever. Je suis ravie de voir que mon vieux compagnon d’armes se porte à merveille, et que son disciple est de qualité. C’est une excellente nouvelle pour le Sanctuaire.
Le chevalier de Bronze se releva sous le regard de la déesse et remarqua au passage quelques rides au plissement des yeux de celle qu’il considérait comme sa maîtresse et amie. Il n’était pas le seul à être marqué par toutes ces années de combats.
- Oui ma déesse, mais son adversaire n’est pas mal non plus, répondit-il finalement. Achille du Taureau est son maître, et je dois reconnaître qu’il a fait de l’excellent travail avec cet élève.
Il se tourna légèrement, afin de suivre la suite de l’entraînement avec la déesse.
- Dans peu de temps cette nouvelle génération remplacera l’ancienne dont je fais partie, poursuivit-il. Il sera bientôt temps pour moi de rendre mon armure. Dans quelques semaines, ces deux apprentis seront plus forts que moi, et postuleront chacun pour des armures d’Argent.
- Allons Philista, toi qui es à mes cotés depuis plus de vingt-cinq ans, et dont l’expérience est irremplaçable, comment peux-tu penser à te retirer ?
- J’ai atteint mes limites, déesse Athéna. Cela signifie que je ne peux plus progresser, et donc que je vais décliner. Je crains surtout de ne plus pouvoir être à la hauteur d’une mission qui pourrait m’être confiée. L’apprentissage est la seule manière de se sentir toujours jeune et vivant et j’avoue que cette sensation me manque.
Athéna avança de quelque pas, tournant ainsi le dos à son ami tout en continuant à observer les apprentis, silencieuse.
Philista respecta le mutisme de sa déesse et se contenta de la saluer lorsqu’elle partit finalement.


Il la revit deux jours plus tard, dans la salle du trône située au bas de la statue gigantesque qui représentait la déesse de la Sagesse. Le chevalier de Bronze avait été convoqué par une missive au ton plutôt sec et protocolaire, sans que le motif ne soit précisé. Lorsque le vétéran fut amené devant Athéna, les gardes se retirèrent et seul le centaure Chiron, l’unique être à être au service de la déesse depuis plus longtemps que le chevalier de Bronze, demeura avec eux.
Philista s’inclina avec respect en posant un genou à terre devant ses deux illustres hôtes. Ils se regardèrent tous les trois en silence pendant quelques temps, le chevalier n’osant pas prendre la parole en ce lieu avant d’y avoir été invité malgré son amitié avec sa maîtresse.
- Philista, je ne peux me résoudre à te voir quitter le Sanctuaire, dit finalement Athéna. Cependant, je crois que tu as raison quand tu dis que l’atteinte de nos propres limites constitue un accomplissement dangereux pour un chevalier. Il est donc indispensable que tu continues à apprendre encore.
- Pardonnez-moi, ma déesse, mais où voulez-vous en venir ? Que pourrais-je encore apprendre à mon âge, moi qui maîtrise déjà parfaitement mon corps et mon cosmos ? J’ai guerroyé à vos côtés dans tellement de guerres que j’en ai perdu le compte depuis longtemps, tout comme je ne peux plus dire combien d’hommes j’ai occis.
- Chevalier de Cassiopée, nous avons effectivement vécu de nombreuses batailles ensemble, et tu es l’un de mes plus fidèles serviteurs. J’ai décidé de te récompenser et de t’enseigner moi-même une attaque spéciale. Cette technique surpasse de loin en puissance les attaques que peuvent réaliser habituellement un chevalier de Bronze, ou même un chevalier d’Argent. Seules les plus dévastatrices attaques des chevaliers d’Or ont un pouvoir destructeur équivalent. Elle mêle intimement le cosmos du chevalier, sa notion de la justice, et l’amour qu’il porte à la vie. Elle fait appel au plus profond de ce que vous avez en vous, votre volonté de vivre, pour protéger ceux que vous aimez. Cette énergie, lorsqu’elle est parfaitement contrôlée, est quasiment sans limites.
- Cela ressemble au…
- Oui, le septième sens, l’ultime cosmos, intervint Chiron de sa voix posée habituelle.
Le centaure parut amusée par la réaction surprise, presque choquée, de Philista.
- Mais cela est l’apanage des chevaliers d’Or !
- Il est leur apanage de le maîtriser et de l’utiliser à leur bon vouloir, répondit la déesse. Néanmoins le septième sens est en chaque être humain, et il est possible de puiser dans cette force brute pour la libérer ponctuellement.
- Pourquoi ne pas enseigner cette technique à tous, alors ?
- Car seul un guerrier expérimenté tel que toi pourra l’utiliser à bon escient, commenta le centaure. La puissance dégagée sera telle que même l’âme de la victime sera en péril. En outre, sache que même si tu parviens à la maîtriser, il te faudra de très longues secondes pour l’utiliser en y consacrant toutes tes forces ce qui te laissera totalement vulnérable pendant la préparation et après l’exécution, poursuivit Athéna. Enfin, la vitesse de cette attaque n’aura rien de comparable avec la fulgurance de tes autres techniques et même le plus faible des guerriers sacrés pourra l’esquiver s’il la voit venir.
- Un combattant plus jeune se laisserait piéger par le fait d’avoir une telle arme à disposition, il ne se rendrait pas compte que dans presque la totalité des situations de combats conventionnelles simplement songer à l’utiliser signerait sa défaite, termina Chiron.
- Mais tous les combats ne sont pas conventionnels ou ne sont pas des duels. Bien utilisée, une telle attaque m’offrirait d’autres solutions tactiques et stratégiques sur un champ de bataille.
- Précisément, c’est pourquoi je vais t’enseigner cette technique, Philista, conclut la déesse. Ton apprenti ne sera pas le seul à apprendre des choses au cours des prochains mois.
- Je ne sais comment vous remercier pour votre confiance, déesse Athéna. Je ferai tout mon possible pour m’en montrer digne et parvenir à réaliser cet arcane.
- Ne remercie pas trop vite, intervint Chiron. Cet entraînement sera très pénible et même dangereux.
- Je n’ai pas peur.


*          *
*


- Comment ? fit Khnemu en voyant la Vague Sacrée d’Athéna pulvériser ses boucliers qu’aucune force n’avait jamais transpercés.
Après un moment fatal de surprise il voulut s’écarter, mais bien trop tard, et il fut englouti par l’attaque du chevalier de Bronze.
Les bandelettes qui recouvraient son corps furent arrachées instantanément, l’armure explosa, puis sa peau desséchée fut également emportée presque sans résistance. Seul son squelette maintenu solidaire par sa volonté tenait encore debout. La puissance de la Vague augmenta alors encore réduisant chacun de ses ossements en poussière, chaque grain de poussière en atome, et chaque atome en particules élémentaires.
Lorsque la vague d’Athéna se tarit finalement, il ne restait plus rien du plus puissant chevalier du Nil.
- L’orgueil est le plus grand ennemi des guerriers, dit Philista avant de s’effondrer, tellement épuisé que chacun de ses muscles semblaient hurler d’une voix propre.


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