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Cette fiche vous est proposée par : Johnny


La Confession

Harald était assis sur son lit, l'air soucieux. Il avait été confiné dans ses appartements selon la volonté royale et ne devait pas en sortir jusqu'à nouvel ordre. Le plus fidèle guerrier de Norst 1er se prenait la tête dans ses mains, songeant à sa patrie, qui avait déjà été frappée par l'ennemi :


"Pourquoi un tel désespoir de la part de son Altesse ? Pourquoi s'en tenir aussi fermement à cette prophétie néfaste pour le royaume de Skygard ? Hier, le roi a semblé troublé quand je lui ai demandé si plus rien ne le retenait sur cette Terre... Dire que je suis presque assigné à résidence dans mes appartements, et seule la volonté du roi peut m'en faire sortir..."


Tout à coup, plusieurs coups furent frappés à la porte d'Harald. Ce dernier, le coeur battant la chamade, se leva précipitamment de son lit et courut à la rencontre de ceux qui venaient le voir. Mais quand il vit la porte s'ouvrir devant lui, il fut surpris de voir quatre soldats de la milice royale. L'un d'eux lui dit :


"Harald ?"


"Que me voulez-vous ?"


"Tournez-vous, s'il vous plaît..."


"Que..."


"Les ordres viennent du roi Norst 1er lui-même !! insista le garde. Tournez-vous !"


Le coeur palpitant, Harald se décida néanmoins à obéir aux consignes et tourna le dos aux gardes. Tout à coup, l'un d'eux lui saisit les poignets et les lia avec de la corde solide. Le jeune guerrier n'en revenait pas :


"Que... Que faites-vous ?... Qu'ai-je... Qu'ai-je fait de mal ?"


"Rien... Simplement, le roi Norst nous a demandé de vous amener à lui poings liés, pour être sûr que vous resteriez docile... Nous avons ouï dire que vous aviez un caractère un peu impétueux ces derniers temps, Harald... Telles sont les raisons qui ont conduit son Altesse à prendre cette décision... Bon, nous n'avons plus le temps de parler, suivez-nous, à présent !"


N'ayant pas le choix, Harald fut forcé d'obéir et conduit dans les couloirs du palais royal. Au fur et à mesure qu'il avançait sur le chemin marbré de la résidence du souverain de Skygard, l'appréhension qui se trouvait dans son coeur se mit à croître, particulièrement lorsque lui et ses quasi-geôliers bifurquèrent vers l'aile ouest du palais, dont le couloir n'était jamais éclairé. Le jeune guerrier déglutit, puis se hasarda à demander :


"Savez-vous... Savez-vous quels sont les projets de son Altesse ?"


"Pas vraiment... Tout ce que nous savons, c'est que nous devons vous amener dans la Salle du Dévouement..."


************


Les catacombes du palais royal


Une torche à la main, Rasling descendait les escaliers menant aux catacombes, un endroit sombre et humide, où étaient enfermés ceux qui avaient été condamnés pour haute trahison. Le chancelier avait parfois entendu parler des tortures infligées aux coupables et tremblait parfois en y repensant. C'était l'une des parts d'ombre de la monarchie skygardienne, qui avait été présente essentiellement au XVème siècle, sous le règne d'Ivafrog VII, le règne le plus impitoyable du royaume enneigé. Dépeçages à vif, yeux arrachés, amputations avec des instruments chauffés à blanc... toutes ces histoires refroidissaient le coeur de Rasling :


"Je suis bien content de ne pas avoir eu à vivre sous cette sinistre époque ! Et dire que tous ces moments sombreront bientôt dans le néant..."


Une fois parvenu en bas, le chancelier de Skygard se se fraya un chemin entre les ossements des condamnés, des ossements qui dataient parfois de plusieurs siècles. Rasling tomba parfois sur quelques crânes de condamnés, une vision qui ne le rassura guère :


"Si... Si le roi Norst ne m'avait pas ordonné de descendre pour chercher la pierre sanguinaire, je ne crois pas que je serais venu ici un jour !"


Le chancelier marcha encore pendant deux minutes, le plus vite qu'il le pouvait, car l'ennemi était capable de le surprendre, puis finit par arriver en face d'un lourd coffre couvert de cuir. Rasling s'agenouilla, déposa sa torche au sol avec toutes les précautions possibles, tira une clé de sa ceinture, l'inséra dans la serrure, la tourna lentement, puis souleva lentement le couvercle, avant d'avoir un bref mouvement de recul. Il avait été en effet aveuglé par une lueur écarlate qui se trouvait au fond du coffre. Il sentit son coeur battre rapidement, puis se tâcha de se reprendre :


"Allons...Un peu de courage...C'est pour son Altesse que je fais tout ça, après tout !"


Il dirigea alors son regard vers l'intérieur du coffre et vit ce que Norst lui avait demandé et ce qu'Hadès convoitait. La pierre sanguinaire, un diamant lourd de quatre kilos, aussi rouge qu'un soleil levant et dont la valeur était, semblait-il, bien plus précieuse que tous les trésors de tous les royaumes du monde. Rasling avança ses mains moites vers la pierre, l'effleura du bout des doigts, mais fut comme aspiré dans un effroyable cauchemar. Pendant une demi-minute, il fut confronté à des images de tortures, celles qui avaient été notamment commanditées par le roi Ivafrog VII, des exécutions, des mutilations, des meurtres, des viols, des actes de fornication, des orgies...En une trentaine de secondes, le chancelier eut l'impression de voir devant lui tout le vice qui s'était accumulé dans Skygard depuis la nuit des temps et qui reposait désormais au fond d'un coffre. Le spectacle terminé, il retira précipitamment ses mains de la pierre sanguinaire et dut mettre quelques secondes avant de réaliser l'horreur de ses visions :


"Seigneur !... Quelle... Quelle horreur ! Tant... Tant de péchés semblent reposer dans cette...dans cette pierre ! Mais... Mais pourquoi Hadès la convoite-t-il ?... Moi-même, je... je ne sais pas grand-chose sur elle, malgré ma fonction de chancelier... Le roi Norst ne m'a que peu parlé de cette pierre depuis que j'ai été nommé à mon poste... Il m'a juste dit que cette pierre avait été mentionnée dans la prophétie du grand prêtre Pongussen, qu'elle reposait sous les fondements du palais royal et que ce serait une catastrophe si elle tombait entre de mauvaises mains ! Mais pourquoi ce dimant suscite-t-il une telle convoitise de la part du Dieu des Enfers ?"


Rasling médita sur ce sujet pendant un court moment, avant de revenir sur Terre :


"Mais qu'est-ce que je fais ? Il... Il ne faut pas que je tarde ici, c'est beaucoup trop dangereux ! Je... Il faut que je récupère cette pierre et que je l'apporte à son Altesse !!"


Le chancelier se débarrassa de sa cape avec précipitation, y enveloppa la pierre sanguinaire, à la fois pour la cacher aux yeux de l'ennemi et ne plus subir les visions de vice qu'il avait eues, puis se hâta de franchir le chemin des catacombes afin de remonter l'escalier et de rejoindre son souverain dans la Salle du Dévouement.


************


L'aile Ouest du palais royal


Harald, les mains liées, et ses surveillants avaient traversé la majeure partie de l'aile Ouest de la résidence de Norst 1er. Ils finirent par arriver en face d'une porte de taille moyenne, mais fort lourde. L'un des gardes se chargea de donner quelques informations au plus fidèle guerrier du roi :


"Nous sommes arrivés devant l'entrée de la Salle du Dévouement, Harald !"


Harald avait peu entendu parler de cette pièce depuis qu'il était entré au service du souverain de Skygard. Tout ce qu'il savait à son sujet était que n'entraient dans cette pièce que les personnages les plus importants du royaume et que le seuil de cette même pièce ne devait être franchi qu'en tant que solution extrême. L'un des gardes frappa rapidement à la porte :


"Altesse, nous vous amenons Harald, chef de nos armées !"


"Bien. Entrez." répondit une voix monocorde, qui était celle du roi Norst.


La porte s'ouvrit alors devant Harald et les gardes et le jeune guerrier sursauta sur place en voyant ce qui se passait sous ses yeux. Un bûcher de paille avait été dressé dans la salle et deux personnes y brûlaient, mais se retenaient de hurler de douleur. Harald, qui commençait à transpirer, tant la température de la pièce se faisait lourde, jeta un coup d'oeil à ses pieds et découvrit plusieurs cadavres, tous intégralement consumés. Plusieurs soldats vêtus de capes noires et portant des torches se tenaient autour du bûcher et murmuraient des paroles en latin, des paroles qui avaient un curieux parfum d'oraison funèbre. Le jeune guerrier vit également des nobles de Skygard, connus pour faire partie de la cour, ainsi qu'un jeune soldat qui n'était autre que celui qui était parti avertir le roi Norst 1er. Ce dernier se tenait près du lieu de sacrifice et venait de jeter un coup d'oeil à son plus fidèle serviteur :


"Tu es enfin arrivé, Harald..."


"Altesse, demanda Harald, mal à l'aise, que... quel est ce spectacle ?"


"Les forces armées d'Hadès sont entrées dans la cour du palais et ont commencé à y détruire tout ce qu'elles trouvent sur leur route... Et bientôt, ce sera mon tour et celui de mes plus fidèles serviteurs... J'accepte ma mort, mais je ne saurais souffrir de périr sous les coups des sbires du Dieu du Mal, d'autant qu'ils maltraiteront certainement nos cadavres après en avoir fini avec nous..."


Malgré la température de la pièce, Harald sentit son sang se glacer dans ses veines. Le roi de Skygard s'était en effet exprimé sur un ton sourd et grave, qui tendait probablement à laisser croire que quelque chose de terrible se passerait bientôt dans la Salle du Dévouement. Le jeune guerrier, tout en serrant les poings, tenta de rassurer son souverain :


"Altesse, je... Il n'est pas encore trop tard... Nous pouvons rejoindre l'un des villages isolés du royaume afin d'y organiser la résistance...!"


"Harald, rétorqua sèchement Norst, nous ne pouvons rien faire contre la volonté de Dieu... Tout au plus, nous pouvons empêcher que les dépouilles des instances supérieures de Skygard soient malmenées par l'ennemi... C'est le sort que viennent d'accepter ceux qui sont montés au bûcher..."


"Quoi ?!"


Incrédule, Harald vit deux hommes vêtus de pourpre et de soie monter sur les bottes de paille, puis se laisser asperger d'un mélange d'alcools fortement inflammables, puis se laisser mettre le feu et brûler en deux ou trois minutes sans pousser un seul cri. Le jeune guerrier pâlit :


"Mais... Mais votre Altesse... Auriez-vous perdu la raison ?"


"Cela suffit, Harald ! répliqua le roi en élevant la voix. Ma décision est prise ! Si nous devons mourir, nous mourrons hors d'atteinte de l'ennemi !"


"Même... Même ce jeune soldat ?"demanda Harald en désignant le garde du palais.


"Même lui. Il a beau être un peu plus jeune que toi, il a accepté son destin !... Trêve de paroles, passons aux actes !"


Le plus fidèle guerrier du roi vit ce dernier monter sur le bûcher, puis, alors qu'il sentait qu'on lui coupait les liens, il fut parallèlement forcé à monter sur le bûcher à son tour et à s'agenouiller devant son souverain. Ce dernier venait de s'asperger lui-même de liquide inflammable, puis en arrosa Harald, qui se mit à trembler, mal à l'aise, puis entendit Norst 1er prendre la parole :


"Mes amis, Dieu va bientôt nous rappeler à lui ! Quand moi et Harald vous aurons quittés, ne soyez pas tristes et suivez notre exemple, car nous nous retrouverons dans l'autre monde !"


Puis, à Harald :


"Harald, bien que tu aies fait preuve d'impudence envers ton roi, ton trépas te permettra d'absoudre ta faute ! Je suis heureux de t'avoir eu comme serviteur et souhaite te revoir à mes côtés dans l'autre monde! Veux-tu dire quelque chose à ton roi avant que nous ne soyons tous deux immolés par les flammes ?"


La main sur sa poitrine, le coeur battant et les yeux baissés, Harald soupira, puis murmura à son souverain :


"Votre Altesse..."


"Oui, Harald ?"


Le jeune guerrier prit sa respiration, puis poursuivit :


"Pardonnez-moi !!"


Norst allait lui répondre par l'affirmative, quand il sentit un violent coup de poing frapper son abdomen. Le souffle coupé, il s'écroula sur le bûcher, sous les regards stupéfaits de l'assistance. C'était en effet Harald lui-même qui avait frappé son propre souverain. Le jeune guerrier, le corps couvert d'alcool, se releva lentement; puis regarda les membres de la cour et les autres personnes présentes dans la salle. L'un des nobles de Skygard, le baron Neurgund, un homme d'une quarantaine d'années à la panse bien remplie, l'interpella, visiblement outragé :


"Harald ! Comment... Comment avez-vous osé ? Auriez-vous oublié que le roi de Skygard prévaut sur tout en ce royaume ? Ses paroles doivent être considérées comme venant de Dieu !"


La réponse ne se fit guère attendre :


"Eh bien non, monseigneur."


"Comment ça ?"


"Quelques semaines après être entré au service du roi, j'ai eu la chance de consulter les lois fondamentales du royaume, sur lequelles nul ne peut revenir, pas même le roi ! Et la première de ces lois disait ceci : La volonté du roi est souveraine, mais la sauvegarde de Skygard est capitale ! Or, est-il possible de considérer que le roi, en se résolvant au pire et en étant prêt à faire immoler sa cour et lui-même par le feu, a respecté cette loi fondamentale ?"


La nouvelle rapportée par Harald fit taire quasiment toute l'élite de Skygard, qui ne s'attendait pas à ce que le jeune guerrier leur fasse part de ces lois fondamentales. Toutefois il y avait encore des incrédules, comme Neurgund :


"C'est... C'est impossible ! Nous... Nous n'avons d'autre maître que le roi ! Il est impossible de se dérober à ses volontés !... Vous l'avez trahi, Harald, et vous devrez payer pour ça !"


Harald ne se laissa pas impressionner, bien que son interlocuteur eût du sang noble dans ses veines :


"Monseigneur... Même si j'ai pu trahir mon roi, je ne pourrai jamais trahir ma patrie ! Il y va de mon honneur !"


"Il a raison ! approuva le jeune garde qui était parti prévenir Norst 1er. Harald, je me range à vos côtés pour sauver Skygard !"


"J'admire ta détermination, sourit le guerrier. Quel est ton nom ?"


"Davol, et aussi vrai que je m'appelle ainsi, je me battrai jusqu'à la mort pour que Skygard ne sombre pas dans le néant !"


Harald sourit une fois de plus, puis dit à l'assistance :


"J'espère que vous avez désormais compris l'importance de l'enjeu ! Ou vous luttez pour la patrie, même si nous n'avons que peu de chances de réussir, ou bien vous mourez comme des lâches ! C'est à vous de choisir !"


L'audace du jeune homme souleva bon nombre de murmures de réprobation dans l'assistance noble, mais les soldats qui entouraient le bûcher éteignirent promptement leurs torches et l'un d'entre eux s'adressa à Harald en ces termes :


"Harald, tu nous as convaincus ! Nous te suivrons pour sauver Skygard !"


"J'admire votre attachement au royaume, sourit le guerrier. Aidez-moi à porter le roi pour que nous le mettions hors de danger !"


"Non ! Nous ne vous laisserons pas toucher au roi !"intervint Neurgund.


Un noble, le vicomte Leyfamir, réputé pour son ouverture d'esprit plus grande que celle de ses semblables et son attachement à son pays, rétorqua aussitôt :


"Moi, je suivrai Harald ! Je me battrai jusqu'à la mort pour Skygard, comme mes aïeux l'ont fait à chaque siècle !"


Les autres nobles voulurent barrer la route à l'audacieux guerrier, mais Davol et les autres soldats les repoussèrent promptement. Harald, aidé de Leyfamir et de quelques gardes, porta le roi sur ses épaules, se fraya un chemin parmi l'assistance nobiliaire, mais tomba brusquement sur une personne familière quand il sortit de la salle du Dévouement :


"Harald ! Comment avez-vous osé ?"


C'était le chancelier Rasling, qui, après bien des péripéties, était parvenu à quitter les catacombes du palais et à rejoindre son aile ouest, qui menait à la Salle du Dévouement. La pierre sanguinaire soigneusement emmaillotée sous son bras, il venait d'assister à un curieux spectacle : le plus fidèle guerrier de Skygard portait son propre souverain sur ses épaules, des soldats repoussaient les nobles du royaume dans la Salle du Dévouement, et le vicomte Leyfamir semblait s'être retourné contre l'élite à laquelle il appartenait pourtant. La surprise gagna pendant un moment le visage du chancelier, avant de lui faire dire :


"Je vois... Je comprends mieux ton comportement, espèce de traître ! Tu complotais contre le roi pour le renverser !"


"Nullement, Excellence... J'ai agi au nom de ma patrie !"


Furieux, le chancelier serra les poings, semblant oublier momentanément la pierre sanguinaire :


"Comment oses-tu ? Tu insultes la royauté et le royaume ! Personne d'autre que le roi ne peut parler au nom de Skygard !"


"Et si le roi ne parle pas au nom du royaume comme il se doit ?"


Hors de lui, Rasling, de sa main libre, brandit son épée, et sembla en menacer Harald :


"Harald... Relâche le roi ou tu sentiras le froid de ma lame au travers de ton corps !"


Le jeune guerrier commença à être mal à l'aise. Il ne pouvait abandonner sa patrie, mais d'un autre côté, avec le roi sur le dos, il lui serait difficile de pouvoir éviter les coups du chancelier. Il demeura immobile pendant près d'une minute, sous les yeux exaspérés de Rasling, qui perdait patience peu à peu :


"Eh bien, Harald, que t'arrive-t-il ? Vas-tu m'obéir ?"


Harald ne répondit pas et resta impassible. Le chancelier, dont la main armée commençait à trembler, tâcha de garder son calme, mais finit par le perdre et lâcha :


"Tant pis pour toi, Harald ! Tu l'auras voulu !!"


Rasling se jeta sur l'infortuné guerrier, mais vit sa cible être déplacée au dernier moment. Surpris par ce retournement de situation, le chancelier fit un faux pas et tomba à terre, laissant échapper la pierre sanguinaire. Il regarda devant lui et s'aperçut que c'était le vicomte Leyfamir qui était intervenu pour sauver Harald. Furieux, Rasling allait se relever, quand il se souvint de sa mission :


"La pierre sanguinaire ! Je... Je ne dois pas la perdre !"


Oubliant Harald et ses partisans, qui s'étaient réfugiés dans un couloir de l'aile ouest, le chancelier fit demi-tour à plat ventre, puis prit la pierre sanguinaire entre ses deux mains, quand une voix ferme se fit entendre :


"Donne-moi ceci et sans rechigner, s'il te plaît."


Surpris, Rasling leva les yeux et eut la surprise de voir un homme aux cheveux oranges et aux yeux rouges, portant une curieuse protection sombre, qui représentait un oiseau à plusieurs yeux. Malgré son appréhension, le chancelier demanda d'une voix tremblante :


"Qui...Qui êtes-vous ?"


"Eaque de Garuda, spectre de l'étoile céleste de la supériorité et Juge des Enfers au service de sa majesté Hadès."


 


De là où Harald et ses partisans s'étaient cachés, ils purent voir que Rasling était en mauvaise posture. Le nom du visiteur imprévu n'échappa pas au plus fidèle serviteur de Skygard :


"Eaque..."


"Comment connaissez-vous ce nom, Harald ?"demanda Davol.


"Le roi m'en avait parlé... En 1538, Eaque avait investi le corps du prince héritier Conrad et s'était rendu à Skygard, au palais du roi Cyavizen III, pour y proposer une alliance avec Hadès, alliance que le souverain d'alors avait refusée... Je t'expliquerai le reste plus tard..."


"Harald, il... il faut intervenir !"suggéra le victomte Leyfamir.


Harald soupira :


"Si seulement Eaque était seul... Malheureusement, il est venu avec ses sbires..."


En effet, Rasling vit venir devant lui plusieurs dizaines d'hommes vêtus d'étranges armures sombres, qui se regroupèrent autour d'Eaque. Ce dernier dit de nouveau au chancelier :


"Donne-moi la pierre sanguinaire et ne discute pas !"


Rasling bondit sur ses deux pieds :


"Jamais ! Tant que je serai en vie, la pierre sanguinaire ne tombera jamais entre tes mains, démon !"


Le spectre de Garuda fronça les sourcils :


"Que tu es stupide... Qui es-tu pour être aussi inconscient ?"


"Je suis Rasling, chancelier de Skygard, serviteur dévoué du roi Norst 1er !"


A ces mots, Eaque sourit :


"Comme c'est amusant..."


"Quoi donc ?"


Alors que ses hommes reculaient de quelques pas, le Juge des Enfers s'expliqua :


"Il y a plus de deux cents ans, j'étais venu à Skygard, sous l'apparence du prince héritier de ce royaume (Rasling pâlit), pour proposer un marché au souverain Cyavizen III, marché que ce dernier refusa pour des raisons stupides... Son chancelier, Zadung, si ma mémoire est bonne, soutint même son maître en comparant sa majesté Hadès à Satan !... Un affront que cet imbécile paya de sa vie !"


Le sang de Rasling commença à se figer dans ses veines, tandis que derrière Eaque, plusieurs planètes apparaissaient dans un décor obscur, un spectacle qui impressionna Harald et ses partisans. Le spectre de Garuda poursuivit, triomphant :


"Il s'est passé plus de deux siècles depuis que Zadung eut commis l'erreur qui lui coûta la vie !... Les hommes passent, mais les destinées ne changent pas !"


Eaque tendit ses mains vers un Rasling apeuré, puis poussa son cri d'attaque :


"GALACTIC ILLUSION !!"


Le chancelier vit apparaître autour de lui plusieurs paires d'yeux menaçants et, avant d'avoir pu ouvrir la bouche, sentit une violente déflagration d'énergie percuter son corps. L'infortuné Rasling fut envoyé vers le plafond de l'aile ouest, plafond qui fut détruit par la puissance de l'attaque d'Eaque, puis retomba au sol, son corps gisant dans son sang. Entre le cadavre du chancelier et les pieds du spectre de Garuda, il y avait la pierre sanguinaire. Eaque sourit :


"Je lui avais pourtant demandé poliment de me donner la pierre sanguinaire et il a fait le difficile... Je savais déjà que les habitants de Skygard étaient des pécheurs, mais je ne pensais pas qu'ils étaient aussi bêtes !"


Puis, sans plus attendre, le juge des Enfers saisit triomphalement le joyau conservé depuis longtemps dans les catacombes du palais royal, le contempla d'un air ravi, puis lâcha :


"La mission confiée par l'Empereur des Ténèbres est un succès ! Sa majesté Hadès sera ravie !"


 


De leur côté, Harald, Leyfamir et leurs alliés contemplaient avec inquiétude le triomphe d'Eaque et de ses sbires :


"Harald, murmura le vicomte, on... on ne peut pas laisser la pierre sanguinaire aux mains de ces démons ! Il faut faire quelque chose !"


Le guerrier répondit, l'air navré :


"Pour sauver Skygard, nous devrons être audacieux, mais en aucun cas téméraires... Ils sont plus nombreux que nous et plus puissants, comme en témoigne la manière dont Eaque a tué le chancelier... Même si les trois premiers vers de la prophétie se sont concrétisés, nous avons encore une petite chance d'agir pour que le dernier ne se réalise pas ! Mais nous ne pourrons pas attaquer aveuglément les sbires d'Hadès, il nous faut d'abord élaborer un plan de bataille avec les rescapés du massacre ! Pour l'instant, arrangeons-nous pour quitter le palais !"


Leyfamir soupira mais, étant sage, il se résolut à partir avec Harald et ses compagnons. Cependant, alors qu'ils commençaient à fuir par le couloir de l'aile ouest, une voix lâcha :


"Il restait encore des survivants !"


Polyphème du Cyclope s'était aperçu de la présence des membres de la résistance skygardienne, mais un peu tard.


"Il faut les rattraper immédiatement !"


"Laisse-les partir..."rétorqua Eaque.


"Comment ça ? Ils...Ils vont probablement rallier à eux les survivants de l'attaque de la cité !"


"Aussi nombreux qu'ils puissent être, ils ne pourront rien contre nous... Ce ne sont que de vulgaires hommes, qui n'ont rien à voir avec les Spectres que nous sommes ! Notre priorité était de nous emparer de la pierre sanguinaire, et nous l'avons fait ! Ne te fais point de souci, Polyphème, l'essentiel est accompli !"


Un peu dubitatif, le spectre du Cyclope n'osa toutefois pas contredire les décisions du Juge des Enfers et se tut. Ravi, Eaque se retourna vers ses hommes et leur dit :


"Bien... Je vais maintenant retourner dans le royaume des morts et porter la pierre sanguinaire au seigneur Moloch, qui la transmettra à sa majesté. Kurt, dit-il au spectre du Basilic, je te confie le commandement de mon armée. Si jamais un survivant venait dans les parages, fais en sorte qu'il soit mis à mort !"


"Bien, seigneur Eaque."répondit Kurt.


Le juge des Enfers salua ses hommes d'un signe de la tête, puis quitta le palais royal de Skygard, palais en grande partie dévasté par le saccage mené par les Spectres, et repartit vers le monde des morts.


************


Quelques heures plus tard, près de la demeure des Roligny


Accoudée à la fenêtre, tandis que son mari priait, Catherine Roligny regardait le ciel. Depuis qu'elle avait demandé au garde du Sanctuaire d'avoir des nouvelles de John, elle n'avait pas cessé de regarder le firmament, espérant que le Seigneur enverrait des signes favorables à son fils. Prenant sa croix huguenote entre ses mains, elle murmura :


"Seigneur... Je vous en prie... Faites en sorte que notre fils n'ait pas été immédiatement rappelé à vous, fût-ce en prenant nos vies... Si tel est le prix à payer pour que John reste en vie, nous sommes disposés à l'accepter..."


Soudain, la mère de John vit courir dans sa direction deux gardes, dont celui qu'elle avait vu le matin même. Elle leur demanda d'une voix inquiète :


"Alors... avez-vous eu des indices sur la disparition de John ?"


Le garde parut tout à coup gêné, ce qui n'échappa pas à Catherine, qui sentit une boule se former dans sa gorge. Malgré son embarras, la sentinelle tendit à la mère de John un pendentif qu'elle identifia aisément :


"Non !... C'est... C'est la croix huguenote de John !"


"Nous avons trouvé cet objet dans une ruelle du village de Rodorio, non loin du Sanctuaire, expliqua le garde. Je l'ai ramassé, en espérant que cela nous serait utile pour nos recherches..."


"Non... John... serait... serait..."balbutia Catherine, les larmes aux yeux.


Le garde répliqua en soupirant :


"C'est probable, malheureusement... Mais tant que nous n'aurons pas retrouvé son corps, nous ne pourrons en être certains..."


Il marqua une pause, puis reprit :


"Toutefois... d'autres indices dans ce villages laissent à penser qu'il y a eu du grabuge hier soir..."


"Comment ça ?"


"Nous avons retrouvé au même endroit les cadavres de six sentinelles... Trois ont été apparemment foudroyées et trois portaient des traces de griffes et de crocs, comme... comme si elles avaient été attaquées par un animal monstrueux... D'ailleurs, il nous faut y aller, nous devons faire part de ces informations au Grand Pope ! Désolé, madame, et bonne journée... Si j'ose m'exprimer ainsi..."conclut-il, sincèrement navré.


Dès que les deux gardes furent partis vers le palais du Grand Pope, Catherine cacha son visage dans ses mains et se mit à pleurer amèrement, tant elle avait peur pour son fils. De son côté, Etienne Roligny avait tout entendu de la conversation entre sa femme et la sentinelle et n'avait pu s'empêcher d'être pratiquement effondré par tout ce qu'il venait d'apprendre. Une boule se forma dans sa gorge et les larmes commencèrent à lui monter aux yeux, mais il s'efforça de les refouler, car en tant qu'homme, il ne pouvait se permettre de montrer ses faiblesses.


************


John confia au révérend Trevor, qui l'écoutait attentivement :


"Mes parents s'inquiétaient pour moi et souhaitaient ardemment me revoir sous leurs yeux... Peut-être auraient-ils regretté ce souhait s'ils avaient eu connaissance de leur destin..."


************


La Giudecca


Le sourire aux lèvres, son regard inquiétant masqué par sa cape noire, Moloch avançait vers le trône d'Hadès. Après qu'Eaque lui eût apporté la pierre sanguinaire, l'âme damnée de l'Empereur des Ténèbres avait félicité le Juge des Enfers, puis lui avait ordonné de rejoindre le royaume de Skygard en lui donnant quelques instructions. Ensuite, le joyau des catacombes du royaume de Norst 1er dans les mains, il avait quitté la Toloméa pour apporter la bonne nouvelle au fils aîné de Cronos. Lorsqu'il fut près des marches menant au trône du Dieu des Enfers, Moloch s'agenouilla, puis s'annonça :


"Majesté Hadès, moi, Moloch, je vous apporte la pierre sanguinaire."


Comme par magie, les tentures rouges s'ouvrirent instantanément et Hadès parut, un vague sourire aux lèvres. L'Empereur des Ténèbres s'avança vers son serviteur, qui lui tendit le joyau du royaume de Skygard. Il s'en empara aussitôt et la contempla attentivement, avant de lâcher :


"C'est parfait. Je suis heureux que la mission que j'avais confiée à Eaque ait été un succès total !"


"Pardonnez-moi de nuancer votre enthousiasme, majesté, précisa Moloch, mais il y a encore des survivants à cette guerre juste..."


Le Dieu des Enfers ne fut guère contrarié par la nouvelle :


"Rien ne presse en ce qui concerne ces inconscients qui croient naïvement pouvoir contrecarrer la volonté de Dieu... Pour le moment, nous allons recentrer nos efforts vers le Sanctuaire !"


"De quelle manière, votre majesté ?"


Hadès laissa le silence s'installer entre lui et son âme damnée pendant une dizaine de secondes, avant de livrer sa réponse :


"Convoque Rhadamanthe et livre-lui ces deux instructions de ma part..."


Après avoir livré ses consignes à Moloch, le Dieu des Enfers poursuivit :


"Si tout se passe bien, Athéna et ses chevaliers seront aussi inoffensifs que des agneaux au milieu d'une meute de loups..."


************


Les Cévennes, dans le royaume de France


Au coeur de cette région de basses et de moyennes montagnes, caractérisées par de nombreuses vallées encaissées et un climat méditérranéen, une quinzaine d'hommes portant des bâtons à la main et vêtus de noir marchaient avec détermination vers le sommet du mont Aigoual, le deuxième sommet le plus élevé de ce lieu isolé qui, au début du siècle, avait été le théâtre de la révolte des Camisards, ces protestants français qui avaient refusé d'abjurer leur foi tout en tenant à demeurer dans leur pays natal. Le meneur du petit groupe, le pasteur Benoît Coumas, un homme d'une quarantaine d'années dont les ancêtres avaient combattu les troupes royales dans la région, montra à ses compagnons leur destination :


"Mes amis, en haut de ce mont, nous pourrons tenir l'un de nos synodes clandestins et prier Dieu pour qu'un jour, les chrétiens réformés du royaume de France ne soient plus persécutés dans leur propre pays!"


Les huguenots reprirent alors leur marche pendant plus de vingt minutes puis, exténués mais soulagés, ils parvinrent en haut du mont Aigoual.


"Mes amis, reprit le pasteur, à présent, nous pouvons tenir notre synode, loin des regards malveillants des agents du roi !... Mais que ?..."


En effet, le révérend Coumas venait d'apercevoir au sommet de la montagne plusieurs dizaines de guerriers vêtus d'armures sombres, à la tête desquels se trouvait un homme aux cheveux noirs et aux yeux mauves, qui portait un casque cornu et de grandes ailes. D'abord surpris, puis outré, le pasteur s'adressa à celui qui n'était autre que Rhadamanthe de la Vouivre :


"Que faites-vous ici ? C'est un lieu où les chrétiens réformés de ce royaume tiennent assemblée !"


"Désormais, répliqua le Juge des Enfers, ce mont est le lieu où je préparerai mes plans de bataille, au nom de sa majesté Hadès !"


L'évocation de ce nom indigna profondément Coumas :


"Comment osez-vous parler de... de cette vulgaire idole, misérable païen ? Descendez avec vos amis de ce mont et je prierai pour que l'Eternel soit clément à votre égard !"


Sans crier gare, Rhadamanthe se précipita vers l'infortuné pasteur et le saisit brutalement à la gorge. Tandis qu'il commençait à l'étouffer d'une seule main, le spectre de la Vouivre s'adressa au malheureux :


"Traiter sa majesté de vulgaire idole est un crime impardonnable aux yeux des Enfers... Tu ne mérites que la mort pour ton impudence !"


Et, joignant les gestes aux mots, Rhadamanthe brisa la nuque du pasteur d'un seul coup, puis laissa tomber son cadavre à terre. Voyant le sang de leur guide se répandre sur le sol, les huguenots s'agenouillèrent et commencèrent à prier pour le salut de leurs âmes. Toutefois, le Juge des Enfers ne leur prêta pas la moindre attention et se tourna vers l'un de ses hommes, Motta de la Harpie :


"Motta ?"


"Oui, seigneur Rhadamanthe ?"


"A présent que nous sommes installés au sommet de ce mont, rends-toi au Sanctuaire et fais-y ce que tu dois faire..."


"Je ne tarderai pas, seigneur, mais...j'aimerais vous poser une question..."


"A quel sujet, Motta ?"


"C'est au sujet de ces hommes et de ces femmes qui prient...Doit-on les éliminer, pour qu'ils ne nous importunent plus ?"


Rhadamanthe réfléchit un bref instant, regarda la quinzaine d'huguenots qui priaient, puis répondit au spectre de la Harpie, un sourire en coin :


"Non...J'ai une bien meilleure idée..."


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