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Cette fiche vous est proposée par : Johnny


La Confession

Le soleil commençait à se lever sur la mer Egée. Depuis son temple, la déesse Athéna contemplait ce spectacle avec la plus grande attention :


"Un nouveau jour se lève sur le Sanctuaire et sur la Terre...Peut-être est-ce l'un des derniers jours de l'humanité, maintenant que l'Empereur des Ténèbres est revenu pour de bon...Mais tant que je vivrai et aurai les chevaliers de l'espoir à mes côtés, je n'accepterai pas l'éradication des hommes !"


La jeune fille, le visage apaisé, mais le regard ferme, descendit alors les marches de son temple et s'en alla retrouver son plus fidèle serviteur, le Grand Pope. Ce dernier était debout devant son trône quand elle arriva dans son palais. Athéna salua le chef des chevaliers sacrés avec un léger sourire :


"Bonjour, Grand Pope !"


Le vieil homme s'agenouilla devant la fille de Zeus :


"Je vous salue, ma déesse..."


Quelques secondes s'écoulèrent avant que le Grand Pope ne se relevât, puis Athéna lui demanda :


"Comment vous portez-vous ?"


Le chef des chevaliers sacrés répondit, l'air sombre :


"Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit..."


"Vraiment ?"


"Après avoir appris que le Dieu des Enfers était bel et bien réapparu, je n'ai pu m'empêcher de penser à cette terrible bataille, qui emportera peut-être tous les chevaliers sacrés..."


"C'est une issue possible, reconnut la jeune fille. Mais, tant qu'elle ne s'est pas produite, nous ne devons point désespérer ! Nous allons d'ailleurs commencer les préparatifs du terrible combat qui nous attend ! Grand Pope, envoyez un ou deux gardes dans les douze maisons du Zodiaque et faites savoir à leurs gardiens que je les convoque pour une réunion en session extraordinaire !"


Le Grand Pope inclina sa tête vers Athéna, puis répondit :


"Je vais immédiatement faire le nécessaire, ma déesse..."


La fille de Zeus sourit :


"Je n'en attendais pas moins de vous, Grand Pope...Je vous attends dans la salle du Conseil avec les douze chevaliers d'or..."


Sitôt qu'Athéna fut partie, le Grand Pope appela deux gardes en frappant des mains :


"Gardes !"


"Grand Pope ?"


"Rendez-vous dans les douze maisons du Zodiaque et faites savoir à leurs gardiens qu'ils doivent venir dans le palais ! La déesse Athéna les y a convoqués pour une réunion en session extraordinaire !"


"A vos ordres, Grand Pope !"


Les deux sentinelles partirent alors rapidement vers les demeures gardées par l'élite de la chevalerie d'Athéna.


 


En fait, il fallut attendre presqu'une heure avant que la quasi-totalité des chevaliers d'or ne fût présente dans la salle du Pope. Outre le fait que tous n'étaient pas arrivés en même temps selon leur éloignement par rapport au palais, l'élite de la chevalerie d'Athéna était arrivée en traînant parfois des pieds et en courant peu. Quand ils furent non loin de la salle du Conseil, ils se saluèrent à peine, et pour cause : presque tous avaient les traits tirés, les yeux cernés et les paupières lourdes, comme si leur sommeil avait été court, un fait que Philoctète du Sagittaire fut le premier à constater :


"Vous...Vous n'avez pas dormi ?"


"A...A peine, reconnut Vittorio. Après ce qui s'est passé la nuit dernière, nous avons passé plusieurs heures à tourner en rond, le sommeil ne nous a gagnés que fort tardivement..."


"Et cela n'a pas touché que les chevaliers d'or, précisa Bosching, qui s'efforçait de tenir debout...Tous mes disciples sont restés assis sur le sol de ma demeure et ont à peine dormi !"


Shad poursuivit :


"J'espère (le chevalier du Taureau retint un bâillement)...J'espère que les forces du Mal n'attaqueront pas le Sanctuaire aujourd'hui, je ne sais pas si l'issue nous serait favorable, vu notre état..."


Ce fut alors que Daniel lâcha :


"Mais...Gautama ? Tu ne portes pas de traces physiques de ton insomnie ?"


Le chevalier de la Vierge tourna le dos à ses camarades, puis répondit :


"La méditation est un excellent remède contre le manque de sommeil..."


Les autres chevaliers d'or ne surent quoi répondre à cet affirmation du plus discret, mais aussi du plus puissant gardien des maisons du Zodiaque. Ce fut alors que Shion, qui regardait tout autour de lui, se rendit compte d'une chose passée inaperçue jusque là :


"Attendez une seconde ! Nous ne sommes pas au complet !"


"Comment ça ?"fit Felipe.


"Eh bien, expliqua le chevalier du Bélier...je crois qu'il manque encore Eon !"


Les chevaliers d'or n'eurent pas le temps d'être surpris ; Christian confirma la découverte de Shion :


"Tu n'as pas tort...d'ailleurs, quand j'ai traversé sa maison, je crois qu'il dormait encore !"


A l'exception du discret Gautama, tous ouvrirent grand la bouche. Cette surprise se changea même en énervement dans le cas de Bosching :


"Quoi ?! Les forces du Mal se sont réveillées, menacent le Sanctuaire d'Athéna et le reste du genre humain, et...et pendant ce temps, monsieur dort !? Quelqu'un peut me dire ce que fait ce chevalier efféminé, pleurnichard et inconscient dans la chevalerie d'Athéna ?"


"Calme-toi, Bosching, intervint Dohko. T'énerver ne te mènera à rien..."


"Il y a quand même des raisons de se mettre en colère, surtout envers cet individu !"


Tout à coup, Gautama se décida à sortir de sa réserve :


"Si vous le désirez, je puis le contacter par télépathie..."


Les chevaliers d'or furent surpris de cette initiative, car le chevalier de la Vierge, depuis qu'il avait gagné son armure, ne leur avait guère adressé la parole, préférant méditer en solitaire ou avec son disciple Thérava. Une fois l'étonnement passé, Diomède répondit :


"Je...Je pense que ce sera utile...Merci à toi, Gautama..."


L'énigmatique chevalier d'or ne répondit pas au chevalier du Scorpion et s'éloigna un peu de ses frères d'armes. Il joignit alors ses deux mains et une aura dorée vint l'entourer, sous les yeux ébahis des autres chevaliers d'or. Il resta dans cette position durant dix secondes, jusqu'à ce qu'une voix endormie lui repondît :


"Mmm...Que...Qui est-ce ?"


"Eon ?"


"Est-ce...Est-ce toi, Gautama de la Vierge ?"


"Soi-même...Que fais-tu, Eon ?"


"Je (le chevalier des Poissons bâilla rapidement)...Je dormais, tout simplement..."


"Tu es bien le seul chevalier d'or à avoir pu trouver le sommeil, cette nuit..."


"Que veux-tu dire, Gautama ?"


"La déesse Athéna et le Grand Pope nous ont convoqués pour une réunion en session extraordinaire...Tous les chevaliers d'or, excepté toi, attendent derrière la porte de la salle du Conseil..."


"Ah...Je...Je vois...Je vais me dépêcher de me lever pour vous rejoindre..."


"Cela vaudrait mieux pour toi, après les réprimandes que le Grand Pope t'a adressées..."


Gautama fut brusquement interrompu par une voix familière :


"Chevaliers d'or ! La déesse Athéna nous attend !"


C'était la voix du Grand Pope. Gautama hocha la tête de loin, avant de conclure rapidement sa conversation télépathique avec le chevalier des Poissons :


"Le Grand Pope nous a convoqués, je dois y aller...Quant à toi, hâte-toi vite et ne tarde point..."


"Je vous rejoindrai rapidement...Merci, Gautama..."


Le chevalier de la Vierge ne répondit pas et, d'un pas lent, partit rejoindre ses frères d'armes dans la salle du Conseil. Toutefois, juste avant d'y entrer, il laissa un vague sourire apparaître sur son visage.


************


Eon


Je viens tout juste de me réveiller...Après cette nuit magnifique que j'ai passée, il n'est point surprenant que j'aie pu rapidement trouver le sommeil...Emma...Ce que nous avons fait était magnifique...Goûter à sa peau et son corps était d'une rare intensité...C'était bien plus fort que les nuits passées avec Delphine et Anissa...Il devait y avoir plus d'amour entre elle et moi...Sans doute...Je me retourne vers elle et je la regarde dormir...Quel dommage que son visage d'ange doive être souvent caché par ce masque imposé aux femmes chevaliers...D'un autre côté, cela ne m'empêche nullement de le contempler dans ma chambre...Emma...J'approche ma main de son visage et je le caresse...Elle ouvre les yeux et me regarde, puis me sourit...


"Bonjour, Eon..."me murmure-t-elle.


Je me penche vers elle et goûte à ses lèvres suaves...Elle passe ses bras autour de mon cou, puis je lui dis :


"Comment te portes-tu, ce matin ?"


"Je vais bien...Merci, Eon, pour ce plaisir que tu m'as donné..."


Sous l'emprise de mes sentiments, je l'embrasse à plusieurs reprises...Je ne devrais pas, car d'après les dires de Gautama, il ne faut pas que je tarde trop, mais je n'y puis rien...Finalement, un peu à regret, je me lève, puis dis à celle que j'aime :


"Emma...Je dois y aller, le Grand Pope a convoqué les douze chevaliers d'or pour une réunion avec Athéna..."


"Très bien, Eon, me sourit-elle. Je t'attendrai ce soir dans tes draps..."


Elle se lève alors, vêtue comme Eve...Alors que je ne suis pas encore habillée, je rougis d'aise en voyant ce corps magnifique...Je la prends dans mes bras et l'embrasse furtivement, avant de me décider à me vêtir, à coiffer mes cheveux, puis à porter mon armure d'or. Je lève la main en l'air, et l'armure des Poissons vient recouvrir mon corps. Emma me demande :


"Eon...Comment fais-tu pour ne pas te faire remarquer sans ton casque ?"


"Bien que je coiffe toujours mes cheveux avec des épingles pour les rendre plus masculins, je préfère les couvrir de mon casque...Comme le Grand Pope ne s'en offusque pas, je ne quitte jamais cette armure au grand jour..."


Mon amante me sourit :


"Tu fais bien...Heureusement que tu l'ôtes quand tu es avec moi !"


Je l'embrasse de nouveau (Dieu, que ses lèvres sont douces...), puis je sors de ma chambre en courant et je me dépêche de rejoindre la salle du Conseil...


************


La Giudecca


Depuis l'escalier menant aux grandes tentures derrière lesquelles se cachait Hadès, Moloch voyait avancer une centaine de silhouettes recouvertes de capes noires. Les 108 Spectres avaient été convoqués auparavant pour montrer à leur Empereur que tous étaient déterminés à le servir jusqu'à leur dernier souffle, afin d'anéantir Athéna et ses chevaliers sacrés. De là où il se trouvait, l'âme damnée du Dieu des Enfers ne put s'empêcher de sourire :


"Quelle magnifique armée ! 108 combattants d'une puissance inégalable, tous prêts à mourir pour qu'Utopia naisse ! Sa majesté peut être ravie !"


Quelques secondes après, les guerriers d'Hadès se rapprochèrent du petit escalier de la Giudecca et s'agenouillèrent devant Moloch, qui leur dit d'un ton assuré :


"Soldats ! Vous avez tous juré fidélité à sa majesté Hadès ! Renouvelerez-vous votre serment ?"


Levant le poing en l'air, les 108 Spectres répondirent :


"Nous le ferons, monseigneur !!"


"Bien. Tôt ou tard, la lutte contre Athéna, cette déesse qui a trahi son rang en protégeant une humanité corrompue par le péché, commencera ! Athéna et ses chevaliers périront tous sous vos coups, et ceux d'entre vous qui mourront pour la cause recevront d'office la vie éternelle ! Pour la gloire d'Hadès !!!"acheva le serviteur du Dieu des Enfers en levant le poing en l'air.


"Pour la gloire d'Hadès !!!"répliquèrent en choeur les Spectres.


"Bien...A présent, retirez-vous tous et attendez les instructions suivantes...Seuls les trois Juges des Enfers resteront dans la Giudecca ! M'avez-vous compris ?"


"Oui, monseigneur !"


Une centaine de Spectres se retira peu à peu de la Giudecca, afin de retourner à leurs quartiers, laissant trois hommes recouverts par des capes noires prosternés devant les tentures. Une fois seul avec ces hommes, Moloch sourit brièvement, puis se retourna :


"Votre majesté, il ne reste plus que vos plus fidèles serviteurs...Je pense que vous pouvez vous montrer au grand jour..."


Une ombre s'avança derrière les tentures, puis les ouvrit par sa seule force mentale. L'âme damnée de l'Empereur des Ténèbres s'agenouilla immédiatement devant son supérieur. Hadès venait de réapparaître sous les traits de John Roligny, si ce n'était que ses cheveux étaient devenus rouges, ses yeux bleus et purgés de leurs pupilles et il portait un imposant et sombre habit de sacre. L'air rêveur, il vit les trois silhouettes en bas de l'escalier ôter rapidement leurs capes et se montrer à lui. Il y avait Rhadamanthe de la Vouivre, mais aussi un homme aux cheveux oranges et aux yeux rouges, vêtu d'un surplis figurant un étrange oiseau à plusieurs yeux, et près de lui, un autre spectre aux cheveux lavande et aux yeux verts qui portait un surplis représentant un curieux animal, hybride d'aigle et de lion. Les trois guerriers, qui n'étaient autres que les trois Juges des Enfers, saluèrent leur maître :


"Rhadamanthe de la Vouivre, spectre de l'étoile céleste de la destruction !"


"Eaque de Garuda, spectre de l'étoile céleste de la supériorité !"


"Minos du Griffon, spectre de l'étoile céleste de la valeur !"


Puis, en choeur :


"Nous vous jurons fidélité et lutterons pour vous jusqu'à la mort, majesté Hadès !"


L'Empereur des Ténèbres prit la parole :


"Je suis heureux de vous revoir...Rhadamanthe, j'avais déjà eu la preuve de ta détermination la veille, mais je sais que je peux aussi bien compter sur tes deux frères d'armes !"


"Majesté, les Spectres sont plus déterminés qu'en l'an de grâce 1538, affirma Minos. Grâce à notre puissance, nous annihilerons le Sanctuaire ! Aucun chevalier sacré ne réchappera de cette Guerre sainte et la tête d'Athéna sera entre vos mains !"


"Je l'espère...Cette stupide déesse se fourvoie depuis toujours en protégeant une humanité pourrie par le péché ! Elle n'a jamais renié sa foi en l'être humain, même quand ces stupides hommes ont accepté le feu divin que Prométhée avait dérobé à l'Olympe, même quand la boîte de Pandore fut ouverte et que les pires maux ont envahi la demeure des hommes pour les châtier ! C'est une situation qui est intolérable! J'ai échoué dans ma tentative de punir l'humanité deux cent cinq ans auparavant, mais cette fois-ci sera la bonne !"


"Votre majesté, nous sommes prêts à envoyer nos meilleurs guerriers pour raser le Sanctuaire ! Vous n'avez qu'à nous l'ordonner, et nous le ferons !"fit Rhadamanthe.


Hadès répondit :


"Ce n'est pas dans mes plans...J'ai prévu autre chose...Eaque ?"


Le spectre de Garuda leva la tête :


"Oui, votre majesté ?"


"Te souviens-tu de ce royaume des terres glaciales que l'on appelle Skygard ?"


"Comment aurais-je pu l'oublier, votre majesté ? Le prince héritier de ce royaume avait été choisi pour être ma réincarnation en 1538 ! Mais son père a refusé de se rallier à notre cause et je l'aurais puni si deux des chevaliers d'Athéna n'étaient pas venus nous nuire !"


"Tu as bonne mémoire, sourit Hadès. Après ta défaite, le roi Cyavizen III m'a maudit à six reprises, de vive voix ! Ne pouvant tolérer cet outrage fait à Dieu, je décidai de le punir en lui annonçant dans son sommeil la fin de son royaume à la prochaine Guerre Sainte ! Et l'heure de la fin de Skygard est arrivée ! Eaque, je t'ordonne de te rendre là-bas avec ta propre armée, que tu composeras avec trente-cinq Spectres de ton choix, en accord avec Minos et Rhadamanthe, et tu devras t'emparer d'une chose que Skygard conserve et qui nous servira à en finir avec Athéna et ses chevaliers !"


Dès que l'Empereur des Ténèbres eut parlé de cette mystérieuse chose à son serviteur, ce dernier lui répondit :


"Elle sera entre mes mains, puis dans les vôtres, votre majesté. Quand devrai-je partir pour Skygard ?"


"Dès que tu auras composé ton armée. Plusieurs dizaines de sentinelles t'accompagneront dans ton voyage, mais ce seront les autres Spectres qui te serviront d'atout majeur. Vous pouvez disposer."


Les trois Juges des Enfers s'éclipsèrent alors discrètement, laissant le Dieu des Enfers seul avec Moloch.


************


La salle du Conseil


Le Grand Pope et les onze chevaliers d'or venaient de s'installer à leurs places. Seule la déesse Athéna ne s'était pas assise. Elle ne tarda pas à prendre la parole :


"Je vous remercie de votre présence. Vous n'ignorez pas que la situation est devenue critique, hier soir. Je le vois à vos visages marqués par l'insomnie. Pourtant, il nous faudra donner le meilleur de nous-mêmes si nous voulons préserver le monde de ..."


"Excusez-moi !"


Eon des Poissons venait d'arriver en coup de vent dans la salle du Conseil. Le Grand Pope, mécontent du manque de ponctualité du gardien de la douzième maison du Zodiaque, lui dit d'un ton sévère :


"Tu es en retard, chevalier des Poissons..."


"Veuillez m'excuser, Grand Pope, fit Eon en baissant la tête. Je dormais..."


"La situation à laquelle nous faisons face nous interdit la moindre imprudence, Eon ! Veille à ce que cela ne se reproduise plus ! Ai-je été suffisamment clair ?"


"Oui, Grand Pope..."


Athéna intervint :


"L'incident est clos. Tu peux prendre place, Eon."


Tandis que le chevalier des Poissons s'asseyait, Bosching souffla à Vittorio :


"Miracle ! Il ne s'est pas effondré en larmes ! Remarque, avec les problèmes qui s'annoncent, il était temps !"


Ce fut alors qu'Athéna reprit la parole :


"Bien. Comme je le disais, il nous faudra réaliser l'impossible si nous voulons éviter la destruction du monde, que projette l'Empereur des Ténèbres...ou plutôt devrais-je dire le Dieu des Enfers, celui qu'on appelle "l'Invisible", Hadès !!"


"Hadès ?!"firent en choeur presque tous les chevaliers d'or.


"Lui-même, approuva Athéna. J'avais tu son nom jusque là, car il n'était pas encore revenu à la vie, mais depuis hier soir, le doute n'est plus permis..."


Les chevaliers d'or, excepté Gautama, sentirent la crainte se dessiner sur leurs visages. Ils avaient parfois entendu parler d'Hadès comme un dieu ténébreux et impitoyable, l'un des plus puissants enfants de Cronos, le premier de tous, d'ailleurs. C'était donc cet ennemi qu'ils allaient devoir combattre, c'était Hadès qui avait justifié la renaissance d'Athéna quinze ans auparavant, pour un combat qui n'épargnerait personne dans les deux camps. Cette appréhension poussa Daniel à prendre la parole :


"Déesse Athéna ?"


"Qu'il y-a-t-il ?"


"Quand devrons-nous mener bataille contre ce terrible ennemi ?"


La jeune fille répondit d'une voix sombre :


"Même moi, je ne puis vous le dire..."


Bosching demanda à son tour :


"Pourquoi ne pas prendre l'initiative et attaquer tout de suite Hadès et ses sbires ?"


"Si nous agissions de la sorte, la grande majorité des chevaliers sacrés serait instantanément décimée..."


"Mais pourquoi donc ?"demanda Dohko.


La déesse répondit par un long silence, qui inquiéta les chevaliers d'or (sauf Gautama, qui semblait s'être détaché du reste de ses camarades). Mais au fond d'elle, Athéna songeait :


"Je ne peux rien leur dire, car nous ne pouvons pas en arriver là..."


************


"Alors qu'Hadès préparait l'assaut du royaume de Skygard et qu'Athéna et les chevaliers d'or s'attendaient au pire, dit John au révérend Trevor, mes parents étaient morts d'inquiétude..."


************


La demeure des Roligny


Assis sur son lit, Etienne Roligny contemplait les yeux rouges de son épouse. Ils avaient passé le plus clair de la nuit à prier Dieu, mais ni John, ni le révérend Valnoy n'étaient réapparus. Catherine dit à son époux d'une petite voix :


"Etienne...Je...Je m'inquiète tant pour John et le révérend...Nous avons prié pendant presque toute la nuit, mais ils ne sont pas revenus..."


Le négociant de New Rochelle était tout autant angoissé pour son seul fils, mais, étant un homme digne de ce nom, il ne pouvait se permettre de montrer ses sentiments, aussi répondit-il :


"Mon aimée...Nous ne pouvons pas faire grand-chose, car nous ne pouvons sortir du Sanctuaire, un lieu que nous devrons d'ailleurs quitter le soir même..."


"Il n'est pas question de partir sans John ! Il...Il faut que nous demandions à un habitant du Sanctuaire de nous aider !"


"Qu'il y a-t-il ?"


Un garde, attiré par les plaintes de la mère de John, s'était approché près de la fenêtre des époux Roligny. Il posa de nouveau sa question :


"Auriez-vous un problème ?"


"Oui, approuva Etienne Roligny. Notre...Notre fils unique a disparu hier soir, ainsi que son précepteur...Pourriez-vous nous aider ?"


"Je suis désolé, répondit la sentinelle, mais je ne peux pas agir sans l'aval du Grand Pope, représentant terrestre d'Athéna sur Terre !"


"Pourriez-vous le prévenir ?"demanda Etienne.


"Quoi ?! On voit bien que vous n'avez jamais dû traverser les douze maisons du Zodiaque ! ça va me prendre deux heures pour faire ça ! Non, je ne peux pas, j'ai des rondes à faire !"


Ce fut alors que Catherine s'avança vers le garde et lui dit, avec des larmes dans la voix :


"Ecoutez-moi...C'est...Ce n'est pas une femme, mais une mère qui vous parle en ce moment...John est mon seul fils, je l'ai porté et mis au monde. Pour mon mari et moi, il est ce que nous avons de plus cher sur Terre...Si nous n'avons plus de nouvelles de lui, cela reviendra à dire que nous avons perdu la vie...Ecoutez ces paroles d'une mère, comprenez-les et, par pitié, pour l'amour de Dieu, prévenez le Grand Pope et dites-lui que nous voulons retrouver notre fils !"


Les larmes coulaient abondamment sur le visage de la mère de John, si bien que le garde, qui était resté muet en écoutant les paroles de la New Rochelaise, répondit :


"Bon...Très bien...Je...Je vais me rendre au palais du Grand Pope, mais je ne vous promets rien..."


"Que Dieu vous protège."lâcha Etienne Roligny.


Tandis que le garde commençait à courir vers le long chemin menant au palais du chef des chevaliers sacrés, Catherine s'était remise à prier tout bas :


"Seigneur...Faites que notre fils et le révérend Valnoy nous reviennent..."


************


L'entrée des Enfers


Une silhouette nue commençait à se relever devant l'entrée du royaume d'Hadès. Ce n'était autre que la silhouette du révérend Valnoy, ou plutôt, de son âme. Ayant eu droit à une sépulture décente, il pouvait entrer dans le monde des morts, Hadès se refusant à accepter toute personne qui n'avait pas été ensevelie après son trépas. Quand le précepteur de John fut tout à fait debout, il grommela :


"Seigneur...Que...Que m'est-il arrivé ? J'avais de plus en plus de mal à respirer et...et après, j'ai cru que je sombrais dans le Néant...!"


Valnoy s'immobilisa net. Il venait d'apercevoir la sinistre inscription sur l'entrée des Enfers : Vous qui entrez ici, laissez toute espérance.


"Non, trembla-t-il...Où...Où suis-je ?"


Il regarda droit devant lui, mais ne vit pas grand-chose. Il soupira brièvement puis, se rendant compte qu'il ne serait pas plus avancé s'il restait en plan, il se décida à avancer. Il marcha pendant quelques minutes, jusqu'à se retrouver près des âmes des personnes qui avaient vécu de manière insignifiante. Valnoy observa tout ce petit monde, l'entendit gémir, puis lâcha :


"Ces...Ces gens...Que font-ils ici ? Pourquoi sont-ils nus ?...Et...Et pourquoi suis-je nu aussi ?"


Une voix stridente et désagréable lui répondit :


"Je suis le passeur des Enfers..."


Sans plus attendre, le pasteur se boucha les oreilles, tant cette ritournelle était insupportable pour ses tympans. Parallèlement, il voyait une silhouette bicornue et ailée se diriger vers lui dans une barque, une silhouette qui commença à lui parler :


"Ah ! Un nouveau mort !"


"Quoi ?! Je...Je suis mort !"


"Bien sûr ! Je ne me souviens pas avoir vu quelqu'un débarquer aux Enfers en étant en vie, à l'exception d'Orphée, le poète thrace qui voulut chercher sa compagne Eurydice aux Enfers, de Thésée, prince d'Athènes, qui avait eu le culot de vouloir enlever Perséphone, épouse de sa majesté, ainsi qu'Héraclès, qui accomplit de la sorte le dernier de ses douze travaux !"


Valnoy ne comprenait plus rien à rien :


"De...De quoi me parlez-vous ? Et...Et qui êtes-vous ?"


"Charon de l'Achéron, spectre de l'étoile céleste de la médiation et passeur des Enfers !"


Le précepteur de John commençait à réaliser peu à peu ce qui lui arrivait :


"Je suis aux Enfers ?...Je...Je ne suis donc pas au paradis ?"


Le passeur ne mit guère de temps pour s'esclaffer :


"HA ! HA ! HA ! HA ! C'est la deuxième fois en moins de deux jours que j'entends une ânerie pareille ! HA ! HA ! HA ! HA ! Ces monothéistes sont si crédules !"


"Comment osez-vous ?"fit Valnoy, furieux.


"J'ose parce que je sais de quoi je parle ! Je suis le passeur des Enfers ! Cela fait bien longtemps que plus personne n'est entré à Elysion ! Les temps des héros mythologiques comme Ulysse ou Achille sont bien loin de nous !"


Charon marqua une pause, puis reprit :


"A ce sujet...je me rappelle avoir fait traverser un auteur et poète toscan en 1321, année de sa mort...Il se nommait Dante Alghieri, si ma mémoire est bonne...Oui, c'est bien son nom...Il avait écrit une oeuvre sur le royaume de sa majesté, La Divine Comédie...Sur le plan de la description, hormis quelques erreurs, il s'en sortait plutôt bien, mais pour ce qui est du reste !...Un tissu de mensonges, qui ne lui a servi qu'à régler ses comptes avec ceux qu'il estimait avoir bafoué la religion chrétienne ! Son livre plaçait dans les prisons certains héros mythiques qui avaient été accueillis à Elysion ! D'ailleurs, quand il est arrivé devant la Demeure du Jugement, le seigneur Minos l'a condamné à la huitième prison, le Cocyte ! En général, seuls ceux qui ont comploté contre Dieu y sont enfermés, mais Dante a fait figure d'exception ! ça lui apprendra, à ce malappris, à se croire plus intelligent qu'il ne l'était et à se prendre pour l'historien de sa majesté ! Ha ! Ha ! Ha !"


Le révérend Valnoy avait les yeux grand ouverts. Il se demandait bien ce qu'il était venu faire ici alors qu'il aurait normalement dû avoir la vie éternelle, en tant que fervent chrétien. La voix tremblante, il demanda :


"Et...Et que suis-je censé faire ici ?"


"Eh bien, tu es ici pour être jugé au sujet des péchés que tu as commis de ton vivant ! Cela dit, avant cela, il te faudra traverser le fleuve Achéron sur ma barque !"


Le précepteur de John soupira :


"Bon...Dans ce cas, conduisez-moi sur l'autre rive, s'il vous plaît..."


"Pas si vite ! Si tu veux traverser l'Achéron, il va falloir me payer avec une pièce en argent !"


Valnoy faillit s'étrangler :


"Quoi !?"


Dans sa stupeur, il recracha la pièce d'argent qu'Hadès avait déposée dans sa bouche. Elle roula brièvement sur le sol des Enfers avant de heurter le pied de Charon, qui se jeta sur elle d'un air avide :


"Magnifique !!"


Il prit la pièce entre ses mains et la contempla, grisé par cette offrande :


"C'est fabuleux !! De l'argent !! De l'argent !!"


Valnoy ne comprenait plus rien à rien :


"Comment...Comment est-ce possible ? Qui a déposé cette pièce dans ma bouche ?"


Se souciant peu des états d'âme du pasteur, Charon s'avança vers son futur passager :


"Aucune importance ! Tu m'as payé, tu peux donc traverser le fleuve Achéron !"


Dans la foulée, il administra un violent coup d'aviron au précepteur de John, qui voltigea dans la barque du passeur des Enfers. Ce dernier l'y rejoignit rapidement, puis se dirigea vers l'autre rive en chantant son exécrable ritournelle d'une voix de fausset, poussant Valnoy à se boucher les oreilles pendant toute la traversée, qui dura bien plus d'une heure. Quand Charon et son passager approchèrent de l'autre rive, le spectre de l'étoile céleste de la médiation donna quelques explications au pasteur :


"Nous arrivons dans le monde des Enfers...Près de l'autre rive, tu trouveras un escalier qui te mènera à la demeure du Jugement, où ton âme sera jugée pour tes fautes commises sur Terre ! Bon, je n'ai plus le temps de parler, je dois repartir sur l'autre rive !"


Le passeur tourna alors rapidement le dos au révérend qui, l'entendant chanter de nouveau, se dépêcha de trouver l'escalier menant au tribunal où étaient jugés les morts. Quand il l'eut aperçu, il se hâta de monter les marches, avant de parvenir tout en haut en cinq minutes et de se trouver face à une imposante demeure dont l'ambiance le fit frissonner :


"Quelle...Quelle atmosphère glaciale...J'ai l'impression de me trouver dans le monde du silence..."


Il commença à se retourner et sursauta en poussant un cri de terreur :


"QUOI ?!"


Il était en face de la sentinelle qui surveillait l'entrée de la Demeure du Jugement. Le garde était arrivé sur la pointe des pieds, de sorte que Valnoy n'avait pu l'entendre. Le précepteur de John lâcha aussitôt :


"Que...Qui êtes-vous ?"


La sentinelle répliqua d'une voix basse :


"Pas un bruit...Le seigneur Rune ne tolère que le silence en ce lieu sacré...Le dernier mort, je crois que c'était une femme, qui a voulu faire du bruit a été découpé en rondelles et est arrivé en morceaux dans la cinquième prison..."


"Quoi ?!"


"Silence ! Bon, assez perdu de temps, suis-moi et ne fais plus aucun bruit..."


De plus en plus déboussolé, Valnoy suivit le garde et pénétra dans les couloirs du tribunal des Enfers. Au fur et à mesure qu'il marchait, il fut intimidé par l'oppressant silence qui régnait en ces lieux. Il ne lui fallut que quelques minutes avant de se retrouver en face de Rune du Balorg, à qui la sentinelle s'adressa à voix basse :


"Seigneur Rune, un nouveau mort vient d'arriver."


"Bien. Retire-toi, et en silence, s'il te plaît."


Tandis que le garde quittait la demeure du Jugement sur la pointe des pieds, Valnoy contempla le procureur de Minos du Griffon et ne put s'empêcher de trembler face à l'air sévère que Rune affichait. Toutefois, il finit par se reprendre :


"Je ne vois pas pourquoi je devrais avoir peur ! De mon vivant, je n'ai rien fait de mal !"


Ce fut alors que la voix sombre du spectre du Balrog se fit entendre dans la pièce :


"Je suis Rune du Balrog, spectre de l'étoile céleste du talent et procureur du seigneur Minos, que je remplace à sa fonction de Juge des Enfers...Dis-moi ton nom."


"Je me nomme Jean Valnoy, pasteur de New Rochelle."répondit le précepteur de John.


Sans sourciller, Rune tourna machinalement les pages de son nécrologe pendant un moment, avant de s'adresser de nouveau à Valnoy :


"Ton nom figure bien dans mon registre. Maintenant, dis-moi quels sont les péchés que tu as commis de ton vivant. Et ne tente point de mentir : toutes tes fautes sont consignées dans mon nécrologe."


Valnoy répondit en haussant la voix :


"Toute ma vie, j'ai suivi à la lettre les dix commandements et les Evangiles. A ce titre, même si je n'ai sûrement pas été parfait, je n'ai rien à me reprocher et je n'ai aucune raison d'être jugé ici !"


A ces mots, le magistrat fronça les sourcils, puis quitta son bureau, descendant les marches de l'escalier du tribunal pendant quelques secondes avant de se retrouver en face du précepteur de John, qui ne put s'empêcher de trembler. Tout à coup, Rune leva la main vers le pasteur et cria :


"REINCARNATION !!!"


Dès que la technique du spectre du Balrog eut touché Valnoy, ce dernier recula brièvement, avant d'entendre Rune lui dire :


"Bien. Puisque tu ne veux pas reconnaître tes fautes, je vais te les faire contempler directement ! Car tous tes péchés vont sortir de ton corps !"


Figé sur place, le précepteur de John vit toutes les fautes qu'il avait commises depuis sa naissance, même les plus mineures, comme lorsqu'il avait piétiné des fleurs par inadvertance ou péché du poisson alors qu'il n'était encore qu'un enfant. L'air sévère, le spectre du Balrog dit à l'âme qu'il jugeait :


"Oui, tes fautes sont bien nombreuses, bien que tu t'obstines à les nier..."


"Mais..."balbutia le pasteur.


Tout à coup, une lueur illumina brièvement la pièce et Valnoy revit une scène qui lui était familière : celle où il avait frappé John, qui était sous l'emprise d'Hadès, à plusieurs reprises. En voyant ce spectacle, le visage de Rune commença à se contorsionner, il serra les poings, comme s'il voulait se retenir de hurler, puis jeta un regard noir au pasteur, tout en lui disant sur un ton mécontent :


"Tu...Tu as levé la main sur sa majesté Hadès ?!"


Le pasteur balbutia :


"Non...Je...Je voulais sauver John...chasser le...le démon qui s'était emparé de lui..."


"N'aggrave pas ton cas !! rétorqua Rune en haussant la voix. Lever la main sur Dieu est de loin le pire des péchés commis !"


Hors de lui, Valnoy répliqua :


"Comment oses-tu considérer ce démon comme un Dieu ? Toi aussi, tu es un homme indigne, qui ne connaît pas le vrai Dieu !"


"Cela suffit ! Si jamais tu élèves la voix la prochaine fois, tu en subiras les conséquences ! Tu ferais mieux d'accepter la sentence que je vais prononcer : pour avoir frappé sa majesté Hadès, je te condamne à la huitième prison, le Cocyte, un enfer de glace où sont enfermés les pires pécheurs, ceux qui ont comploté contre Dieu !"


Les menaces du spectre du Balrog n'avaient pas réussi à intimider le pasteur ; plus furieux que jamais, il répliqua en tendant son index vers le magistrat :


"Je ne considère pas ce jugement comme légitime ! Un jugement venant d'un serviteur d'un faux dieu n'a aucune valeur à mes yeux !"


Puis, à pleins poumons :


"IMPIE !!! PARJURE !!! HERETIQUE !!! PAÏEN !!! SUPPÔT DE SATAN !!! ADORATEUR DU DEMON !!! IDOLÂTRE !!! INFIDELE !!! BLASPHEMATEUR !!!..."


C'étaient là les mêmes insultes qui avaient été adressées au procureur de Minos par Margaret White. La mine tendue, Rune songea :


"Deux exaltés en moins de deux jours dans ce lieu sacré !...Cette fois-ci, ça commence à bien faire !"


Sans plus attendre, le spectre du Balrog brandit son fouet, puis cria :


"Fire Whip !!"


Le révérend Valnoy fut entouré par les lanières acérées du fouet du Balrog et ne tarda pas à en sentir les douloureux effets. Toutefois, contrairement à Margaret White, il ne hurla pas à la mort, car selon lui, un homme digne de ce nom, même mort, devait rester de marbre face à la souffrance. Tout en tenant fermement son fouet dans sa main, Rune s'adressa au précepteur de John en ces termes :


"Tu as de la chance ; c'est mon jour de bonté...Je ne ferai donc pas durer ta souffrance longtemps, le froid du Cocyte s'en chargera à ma place..."


Le spectre du Balrog relâcha alors son emprise sur Valnoy, dont le corps était marqué par les traces du fouet du Jugement. Le pasteur, souffrant intérieurement, ne put que balbutier :


"Non...Je...Je ne...Ah...Argh !"


Il poussa aussitôt un violent cri de douleur, tandis que tout son corps était découpé en rondelles sanglantes, obligeant Rune à reculer pour ne pas être éclaboussé par l'hémoglobine. Le procureur de Minos leva alors sa main droite, faisant voler en l'air les morceaux du corps du révérend Valnoy, avant de les faire disparaître par une porte dimensionnelle qui devait conduire le pasteur au Cocyte. Une fois la sentence exécutée, Rune regagna son bureau et le frappa de son petit marteau :


"La séance est close."dit-il simplement.


L'implacable procureur resta alors de marbre pendant près d'une minute, songeant à l'étrange ressemblance entre le précepteur de John et la femme qu'il avait jugée moins de deux jours auparavant. Il finit par lâcher :


"D'abord cette folle qui prétendait parler au nom de Dieu, ensuite ce pasteur qui a osé s'en prendre notre Empereur...Je vais finir par croire que ces humains ont perdu la tête..."


Rune leva les yeux au ciel et murmura, l'air soucieux :


"Oui...Les hommes sont certainement devenus fous, à en juger par la gravité des péchés qu'ils commettent régulièrement, souillant la Terre de leurs répugnants vices...Pourvu que sa majesté Hadès mette de l'ordre dans ce désordre..."


************


L'Anténora, résidence du juge Eaque


Les discussions entre les trois juges des Enfers avaient été relativement longues ; il avait fallu répartir en trois groupes égaux les cent cinq Spectres restants, afin de constituer trois armées de même poids. Aussi, en comptant leurs chefs, chaque armée des Enfers avait fini par se composer de vingt-quatre Spectres terrestres et douze Spectres célestes. Dans la pièce où siégeait Eaque, lui et les deux autres juges commençaient à faire le bilan de leur réunion :


"Bon...Je crois que nous avons pu constituer des armées assez puissantes pour faire face aux chevaliers d'Athéna..."laissa échapper Minos.


"En tout cas, fit Eaque, je suis satisfait de la mienne ! Grâce à elle, nous mettrons à sac l'impie royaume de Skygard !"


Ce fut alors que Rhadamanthe prit la parole :


"Il y a quelque chose qui me dérange..."


"Quoi donc ? demanda Minos. Nous nous étions pourtant mis d'accord sur la composition de nos armées !"


"Je ne parle pas de ça, mais de la stratégie décrétée par sa majesté...Pourquoi ne pas attaquer directement le Sanctuaire d'Athéna ?"


"Les résultats de cette entreprise déjà menée en l'an de grâce 1538 n'ont guère été probants ! Et puis, il faut faire payer Skygard pour avoir insulté sa majesté !"


"Vous oubliez aussi autre chose, intervint Eaque. Ce royaume renferme quelque chose qui sera déterminant pour notre victoire sur le Sanctuaire ! Rhadamanthe, tu ne vas tout de même pas nous dire que tu doutes de notre Empereur ?"


"Non...Si je devais me méfier de quelqu'un, ce serait plutôt cet homme à qui sa majesté a accordé toute sa confiance !"


"Le seigneur Moloch ? Tu es trop méfiant, Rhadamanthe, rétorqua Minos. Il est aussi déterminé que nous à aider sa majesté Hadès à instaurer Utopia sur Terre et exécute scrupuleusement les ordres de notre Empereur !"


"Jusque là, répliqua le spectre de la Vouivre, nous étions les seuls maîtres à bord, seule sa majesté Hadès était au-dessus de nous ! Pourquoi a-t-il accordé sa confiance à ce vieil homme pour commander son armée ?"


"Il doit avoir ses raisons, suggéra le spectre du Griffon. Après l'humiliante défaite de 1538, il est bon de renouveler la stratégie de lutte contre Athéna et ses chevaliers sacrés !"


"De toute façon, lâcha le spectre de Garuda, nous réaliserons l'impossible pour purifier la Terre du péché ! Pour la gloire d'Hadès !!"acheva Eaque en levant le poing en l'air.


"Pour la gloire d'Hadès !!"répliquèrent Minos et Rhadamanthe.


Tout à coup, un spectre parut devant les trois Juges. Son surplis ressemblait à un oiseau monstrueux. Le guerrier s'agenouilla devant Eaque de Garuda et lui dit, avec un fort accent bavarois :


"Kurt du Basilic, spectre de l'étoile céleste de la victoire. Seigneur Eaque, nous sommes prêts à partir pour le royaume de Skygard !"


"Soit. Je ne vais pas tarder. Tu peux rejoindre tes compagnons."


"A vos ordres, monseigneur."


Kurt s'éclipsa rapidement, laissant de nouveau les trois Juges seuls. Eaque s'adressa alors à ses camarades en ces termes :


"Plus vite nous aurons anéanti Skygard, mieux cela vaudra pour notre cause. Je pars sur le champ."


"Soit, fit Minos. Que sa majesté soit avec toi, Eaque."


"Puisse-t-elle l'être aussi avec toi et Rhadamanthe."


Le spectre de Garuda quitta précipitamment l'Anténora, afin de rejoindre son armée et d'attaquer le royaume de Skygard.


************


La salle du Grand Pope


Le chef des chevaliers sacrés avait quitté la salle du Conseil cinq minutes auparavant. La réunion qui venait d'avoir lieu avec la déesse Athéna et les douze chevaliers d'or leur avait permis de mettre un nom sur l'ennemi que la déesse de la Guerre devrait affronter, mais non d'élaborer nettement une stratégie, tant tout pouvait arriver de la part du Dieu des Enfers et de ses sbires. Assis sur son trône, le Grand Pope songeait, visiblement soucieux :


"Ainsi Hadès ne va pas tarder à mener les assauts contre nos forces...Cette Guerre Sainte sera sans doute la pire de toutes les Guerres Saintes auxquelles le Sanctuaire d'Athéna a été mêlé et je crains que, dans les deux camps, il n'y ait aucun survivant..."


"Grand Pope !!"


Le représentant terrestre d'Athéna fut sorti de ses pensées par un cri qui venait d'un garde qui accourait dans sa direction :


"Grand Pope ! L'un des nôtres demande à vous parler ! Il prétend que c'est urgent !"


"Fais-le entrer..."


Un bref laps de temps plus tard, la sentinelle fut autorisée à entrer dans la salle du Grand Pope et s'agenouilla devant son supérieur, qui lui demanda :


"Que viens-tu faire ici ?"


"Grand Pope, je viens de la part de deux des naufragés qui ont été recueillis par le chevalier du Capricorne...Ils viennent réclamer votre aide..."


"Pour quelle raison ?"


"Leur fils, ainsi que son précepteur, ont mystérieusement disparu du Sanctuaire depuis hier soir et ne sont toujours pas revenus...Par ailleurs, je l'ai appris en me rendant vers l'entrée des douze maisons du Zodiaque, six gardes qui surveillaient l'entrée du Sanctuaire ont disparu, eux aussi...Selon la rumeur, ils auraient disparu en partant à la recherche d'un homme qui pourrait bien être le précepteur du jeune homme dont je vous ai parlé au préalable..."


Au fur et à mesure que le garde livrait ses explications, le Grand Pope se posait de plus en plus de questions. Etant sur Star Hill le soir où John et le révérend Valnoy avaient disparu, il n'avait pu être informé de cette rumeur. Mais maintenant qu'il était au courant, les interrogations qu'il avait sur le fils d'Etienne Roligny et qui l'avaient poussé à le faire surveiller par Omar et Thérava n'en étaient que plus grandes, et le garde s'en rendit presque compte :


"Qu'avez-vous, Grand Pope ? Vous semblez inquiet..."


Le chef des chevaliers sacrés répliqua :


"Non, ce n'est rien...Emmène avec toi deux autres gardes et va surveiller les alentours du Sanctuaire...Fais également savoir aux deux étrangers que je prolonge leur séjour ici de trois jours...Rends-toi aussi à Rodorio, mais prends garde aux soldats du sultan..."


"Très bien, Grand Pope...Je vais immédiatement faire le nécessaire..."


Alors que le garde partait trouver deux de ses compagnons pour commencer à rechercher John et le révérend Valnoy, le Grand Pope songeait :


"Est-il possible que, comme il y a plus de deux siècles, le Destin ait décidé de sortir l'une de ses plus sinistres cartes ?"


************


Les frontières du royaume de Skygard


Trois hommes vêtus d'armures de fer et couverts de peaux d'ours blancs surveillaient attentivement l'entrée du royaume de Skygard. C'était un exercice monotone, car cela faisait fort longtemps que des étrangers n'étaient pas venus dans ce royaume coupé du monde et enneigé quasiment en permanence. Même les maîtres des royaumes voisins du Nord, ceux d'Asgard et des terres de Blue Graad, ne s'étaient jamais aventurés sur le domaine du roi Norst 1er. Tout cela commençait à faire naître la lassitude chez les trois gardes-frontière :


"Je n'en peux plus ! Chaque jour, c'est la même chose ! On surveille cette frontière en permanence et il ne s'y passe jamais rien !"


"Prends garde à ce que tu dis ! Si jamais un soldat de son altesse nous surprend, nous passerons quelques jours dans les cachots royaux pour insolence !"


"Ce n'est pas de l'insolence que de dire que notre travail est une corvée ! J'en ai assez de surveiller les frontières d'un royaume où il ne se passe jamais rien !..."


"Attendez ! Il...Il me semble que quelqu'un arrive !...Non ! Ils...Ils sont plusieurs à venir dans notre direction !"


En quelques secondes, les trois sentinelles virent arriver devant eux une trentaine de personnes portant d'étranges armures sombres, qui représentaient diverses créatures légendaires. Ces guerriers étaient entourés de plusieurs dizaines de soldats portant des protections noires ressemblant à des squelettes, et ils ne semblaient guère amicaux. L'un des gardes se déplaça lentement sur le sol enneigé et menaça la troupe de sa lance, malgré la supériorité numérique évidente :


"Ceci est l'entrée du royaume de Skygard ! Nul ne peut entrer sur ces terres sans payer un droit de passage !"


Une voix se détacha du groupe :


"Nous n'avons pas d'argent à vous donner...Et d'ailleurs, nous ne devons rien aux habitants d'un royaume qui offensa Dieu il y a deux cent cinq ans !"


C'était Eaque de Garuda qui avait parlé en personne. Le Juge des Enfers avait conservé un mauvais souvenir de son passage sur les terres enneigées de Skygard et il tenait à faire savoir leur faute aux habitants de cette contrée. Toutefois, cela déplut fortement au garde-frontière :


"Comment oses-tu, misérable mécréant ? Tu vas payer pour ton impudence !"


Le garde se jeta sur Eaque, lance en avant, mais le spectre de Garuda ne fut guère impressionné par cette offensive et brisa en une fraction de seconde l'arme du soldat. Ce dernier regarda le juge des Enfers avec une mine effarée, tandis qu'Eaque demeurait impassible. Le garde mit quelques instants avant de recouvrir ses esprits et de dire au spectre de Garuda :


"Je...Je ne sais pas qui tu es, mais, aussi vrai que je suis en vie, l'empreinte de tes pas ne sera pas inscrite dans la neige de Skygard...!"


Tout à coup, le soldat fut saisi à la gorge par un autre personnage, qu'Eaque reconnut aisément :


"Kurt ?"


"Seigneur Eaque, répondit le spectre du Basilic, laissez-moi vous débarrasser de ce misérable !"


Le spectre de Garuda acquiesça d'un mouvement de la tête. Kurt dit aussitôt au garde-frontière :


"Misérable soldat, je sens que ton rythme cardiaque s'est accéléré depuis peu ! Mais bientôt, tu ne sentiras plus ton coeur battre !"


Le spectre du Basilic regarda alors fixement la sentinelle dans les yeux, tandis que son regard commençait à briller, et cria :


"Sight Of Stone !!!"


Il y eut un éclair, puis les deux autres soldats virent, horrifiés, ce qui était arrivé à leur compagnon. Il était devenu complètement raide, et ses yeux s'étaient vidés de leurs pupilles. Malgré une peur légitime, l'un des gardes-frontière demanda à Kurt :


"Misérable ! Que lui as-tu fait ?"


"Ton compagnon a contemplé le regard pétrificateur du Basilic, l'oiseau monstrueux ! Voilà pourquoi il a été pétrifié ! Veux-tu connaître son sort ?"


"Pas question ! Tu...Tu vas payer pour ton crime !"


Fou de rage, le soldat se jeta sur Kurt, qui conservait un sourire apaisé, quand il vit une aura dorée illuminer l'endroit où le soldat se trouvait, puis entendit une voix lui parler :


"Kurt, tu n'allais tout de même pas t'amuser seul avec ces imbéciles ? Nous sommes trente-cinq, sans compter le seigneur Eaque !"


Il ne restait désormais plus qu'une sentinelle qui, terrifiée, voyait à la place de son compagnon une statue d'or à son effigie. Le spectre responsable de cette métamorphose se présenta :


"Midas du Roi Cupide, spectre de l'étoile céleste du pactole ! Ton compagnon a subi le Touch Of Gold, qui change en or ceux qui ont le malheur de s'y frotter !"


Serrant les poings, le dernier survivant vociféra :


"Vous...Vous n'êtes que des monstres sans coeur !"


"Non, objecta une voix. Nous sommes les serviteurs de sa majesté Hadès, l'Empereur des Ténèbres, dont le but est de purifier la Terre du péché, pour que naisse Utopia, une terre paradisiaque dont les habitants auront la vie éternelle !"


Le garde-frontière vit un dernier spectre s'avancer vers lui. Il portait un surplis ressemblant à un Tyrannosaurus Rex, le plus terrible des dinosaures carnivores du Crétacé. Le guerrier d'Hadès se présenta :


"Julius du Tyrannosaure, spectre de l'étoile céleste de la tyrannie ! Tu emporteras mon nom avec toi dans l'autre monde !...Prehistoric Hunting !!"


Sans pouvoir lever le petit doigt, l'infortuné subalterne de Skygard vit fondre sur lui une dizaine de tyrannosaures, toutes dents dehors. Quand l'impact avec l'attaque de Julius eut lieu, le soldat hurla de douleur pendant plusieurs secondes, tant il avait l'impression d'être dévoré par des dinosaures voraces. Il retomba cruellement déchiqueté sur le sol, son sang rougissant les terres enneigées de Skygard. Désormais, plus personne ne pourrait empêcher Eaque et ses guerriers de pénétrer dans le royaume de Norst 1er :


"Je vois que vous venez de prouver votre valeur, sourit le spectre de Garuda. Bien...à présent, nous pouvons mener notre guerre juste contre ce royaume qui a osé insulter sa majesté ! Pour la gloire d'Hadès!!!"


"Pour la gloire d'Hadès !!!" répétèrent en choeur les trente-cinq spectres.


Eaque et ses sbires marchèrent alors pendant près d'une heure au coeur d'un paysage assez monotone : le royaume de Skygard était entièrement recouvert par la neige, seules subsistaient quelques forêts d'arbres à feuilles caduques, mais des feuilles qui ne tenaient tout au plus qu'un ou deux mois. A un moment, l'un des spectres qui se trouvaient aux côtés d'Eaque, Androgée du Minotaure, demanda au Juge des Enfers :


"Seigneur Eaque, vous qui avez déjà foulé le sol de Skygard, est-il vrai que les conditions climatiques de ce royaume sont fort rigoureuses ?"


"Exactement, approuva le spectre de Garuda. Lorsque j'avais traversé ce royaume sous l'enveloppe charnelle de son prince héritier, j'avais pu constater que ses habitants n'avaient jamais connu la lumière du jour, ou si peu...La seule lueur de cette contrée était celle du palais royal, où je m'étais rendu pour proposer un marché au souverain de l'époque...J'enrage encore, juste en pensant au refus de ce roi stupide..."


"Ne vous tracassez point pour ça, monseigneur, répondit Androgée. L'heure est venue pour Skygard de payer l'affront fait à sa majesté Hadès !"


"Oui...Et dire que ce royaume aurait pu connaître un tout autre sort...Mais la bêtise de son roi l'a condamné !"


Intrigué par les propos d'Eaque, le spectre du Minotaure lui demanda :


"Seigneur Eaque, je ne vous comprends pas...Regrettez-vous de devoir mettre à mort ce peuple ?"


"Non, répliqua le spectre de Garuda. Ce royaume est habité par des pécheurs, il n'y a donc aucune raison d'éprouver de la compassion à leur égard...C'est la stupidité du roi Cyavizen III que je regrette ! Mais tant pis pour lui ! Quiconque offense sa majesté Hadès doit en payer le prix !"


Eaque fut subitement interpellé par un autre spectre, Jetsam de la Murène :


"Seigneur Eaque, dans combien de temps rencontrerons-nous un village ?"


"Il n'y a pas de village en Skygard, répondit le Juge des Enfers. La superficie de ce royaume est relativement vaste, mais la densité de population y est minime...La quasi-totalité de ses habitants sont concentrés autour d'une même aire, non loin du palais royal...Quelque part, cela n'est pas un mal, car nous mettrons ainsi moins de temps à exterminer le peuple de Skygard...Nous n'allons d'ailleurs pas tarder à approcher de l'aire majeure de concentration de la population..."


Eaque et ses hommes avancèrent donc encore pendant cinq minutes, jusqu'à apercevoir à l'horizon une lumière relativement intense. Devant ce spectacle, le spectre de Garuda laissa échapper un sourire narquois :


"Je reconnais cette lueur...C'est celle du palais royal !"


"Alors, seigneur Eaque, cela veut dire que nous sommes bientôt arrivés ?"demanda Kurt.


"En effet...Regardez d'ailleurs devant vous !"


Les trente-cinq spectres et les soldats-squelettes virent alors sous leurs yeux plusieurs centaines de maisons construites en rondins de bois, ainsi que des mouvements de populations, indiquant que le peuple de Skygard était en pleine activité. Eaque sourit :


"C'est parfait...Ils sont fort occupés et ne pourront donc rien faire contre nous !"


Puis, se tournant vers ses hommes :


"Nous sommes enfin arrivés au coeur du royaume de Skygard ! Pour lui faire payer l'affront fait à l'encontre de l'Empereur des Ténèbres, nous vouerons ce peuple à l'anathème ! Tuez tous les êtres vivants que vous trouverez sur votre passage ! Même le sang des femmes et des enfants de ce royaume devra couler sur le sol enneigé de cette contrée pécheresse ! Agissez sans pitié, que nul être vivant ne survive à notre assaut ! Skygard devra être rayé de la surface de la Terre, car Utopia ne saurait tolérer la présence d'un royaume qui a insulté sa majesté ! Pour la gloire d'Hadès !!!"


"Pour la gloire d'Hadès !!!"


Aussi, marchant d'un bon pas, Eaque et ses sbires avancèrent vers l'entrée de la cité principale de Skygard, ce qui n'échappa pas aux soldats qui en surveillaient l'entrée :


"Capitaine Stren, regardez !"


"Qu'il y a-t-il ?"demanda un homme d'âge mûr et aux cheveux grisonnants.


Une masse d'homme en armures noires avance dans notre direction, et ils n'ont pas l'air amicaux !"


"Grands dieux !! Faites sonner le toscin, que les habitants de Skygard puissent fuir dans les bois environnants !"


"A vos ordres, mon capitaine !!"


Le soldat se hâta de grimper en haut d'une tour au sommet de laquelle se trouvait une corde reliée à une cloche. Mais, alors qu'il venait d'escalader le dernier barreau de l'échelle menant à la tour de surveillance, il se retrouva en face d'un homme étrange, portant une armure écarlate et dont le casque était décoré par un oeil unique.


"Qui...Qui êtes-vous ?"demanda le jeune soldat, malgré sa peur.


"Je suis Polyphème du Cyclope, spectre de l'étoile terrestre violente et humble serviteur de sa majesté Hadès, l'Empereur des Ténèbres !"


"Quoi ?! Vous...Vous êtes un serviteur du Diable ?"


"Mauvaise réponse...Je vois bien le désastre des rumeurs colportées par les dirigeants de ce royaume qui insulta sa majesté il y a deux siècles !"


"Mais de quoi parlez-vous ?..."


Tout à coup, le soldat entendit des craquements autour de lui. Il jeta un rapide coup d'oeil et s'aperçut que, pendant qu'il était pris à partie par Polyphème, Eaque et ses hommes avaient pris de l'avance et commençaient à détruire les fortifications rudimentaires de Skygard, composées principalement de bois et de pierre. La manière dont le Juge des Enfers et ses sbires s'y prenaient était radicale : d'une seule main, les défenses du royaume enneigé s'effrondraient comme un château de cartes. La jeune sentinelle n'en revenait pas :


"C'est...C'est insensé ! C'est de la sorcellerie !"


"Non...C'est juste le pouvoir des 108 étoiles maléfiques !"


"Non, je...je ne vous laisserai pas toucher un seul cheveu d'un Skygardien ! Je...Je vais déclencher l'alarme !"acheva-t-il, en se rappelant de la mission que le capitaine Stren lui avait confiée.


Mais, alors que le jeune soldat allait tirer sur la cloche, Polyphème le saisit des deux mains et commença à accroître son emprise autour de son cou :


"Jeune imbécile ! Tu ne nous empêcheras pas d'accomplir la mission que Dieu nous a confiée ! Mais réjouis-toi ; bientôt, tous tes compatriotes te rejoindront aux Enfers !"


Et, d'un seul coup, le spectre du Cyclope brisa la nuque de l'infortuné garde, puis jeta son cadavre du haut de la tour. Polyphème, tandis que le sang de sa victime se mélangeait à la neige, redescendit rapidement pour prêter main forte à ses compagnons. Une fois revenu sur le sol ferme, il remarqua que quelques soldats-squelettes avaient été transpercés par les lances des gardes, mais que ces derniers avaient ensuite été mis à mort par les spectres formant la garde personnelle d'Eaque. Il se dirigea vers le Juge des Enfers, tout en se débarrassant au passage de deux ou trois gardes qui voulaient lui barrer la route, et finit par retrouver le spectre de Garuda, qui empoignait fermement le capitaine Stren et lui disait :


"Tes hommes sont fort courageux, ils ont même réussi à me priver de quelques sentinelles ! Mais ce sacrifice est bien menu par rapport à la fin du royaume de Skygard, qui ne tardera pas !"


"Non ! protesta Stren. Tant...Tant que je serai en vie, Skygard survivra aussi !"


Eaque répliqua par un sourire narquois :


"Vraiment ?...Dans ce cas, ta patrie n'en a plus pour longtemps !"


Soudain, le Juge des Enfers concentra une parcelle de son cosmos dans sa main libre, puis cria :


"Garuda Flap !!"


D'un seul coup, le capitaine Stren fut projeté dans les airs, sous le regard impassible d'Eaque, qui dessina une croix du bout du pied, puis s'adressa à Polyphème de la sorte :


"Dans trois secondes, il reviendra ici...Sur sa tombe !"


Et effectivement, Stren retomba au tapis, tête la première, faisant couler de nouveau le sang sur le sol blanc de Skygard. Eaque lui tourna le dos avec mépris, puis regarda autour de lui. Les remparts de la cité avaient été ouverts et aucun garde n'avait survécu à l'assaut des Spectres. Le Juge des Enfers sourit, puis dit à ses hommes :


"La voie est libre ! Notre guerre juste va enfin pouvoir commencer ! Personne parmi les Skygardiens ne devra en réchapper !"


Les trente-cinq Spectres et les sentinelles se mirent à courir derrière Eaque et pénétrèrent enfin au coeur de la cité. Alertés par les bruits de bataille, certains habitants avaient commencé à fuir, mais ils furent aussitôt rattrapés par les sbires d'Eaque, qui ne tardèrent pas à les mettre à mort. Les Spectres saccagèrent les maisons, les boutiques, perforèrent les coeurs ou brisèrent les nuques de ceux qui tentaient de s'enfuir ou de se défendre. Parfois, quand un Spectre voyait un feu de cheminée, il s'emparait d'une bûche enflammée et la jetait dans la maison, afin de la réduire en cendres, ainsi que ceux qui s'y trouvaient.


Toutefois, bien qu'Eaque eût ordonné de s'en tenir au sacrifice pur et simple des habitants de Skygard, certains furent tentés d'aller plus loin. Ainsi, une maison où se trouvaient un homme, son épouse et leur enfant en bas âge fut envahie par Eaque et deux sentinelles. Alors que le Juge des Enfers venait de tordre froidement le cou du mari, il entendit les sentinelles contempler avidement la femme, qui tenait son bébé dans les bras :


"Regarde-moi ça !! Cette Skygardienne est bien jolie, et je ne livre qu'une partie de ma pensée !"


"Tu as raison ! J'ai bien envie de retrouver les sensations que j'avais lorsque je visitais les bordels de Paris ! Une petite orgie avec cette femelle, ça te dirait ?"


"Ouais !"


Les deux sentinelles s'approchèrent de la femme, dont les larmes coulaient nerveusement, et lui arrachèrent le bébé des mains, l'envoyant voltiger au sol. Horrifiée, la mère voulut crier, mais l'un des soldats-squelette la bâillonna de sa main et l'immobilisa de l'autre. Son compagnon, tout en se léchant les lèvres, arracha rapidement la robe de la malheureuse mais, alors qu'il avait l'intention d'accomplir ses sadiques ouvrages, il sentit un poing rentrer dans son corps. Le garde poussa un gémissement de douleur, puis commença à se retourner et découvrit avec stupeur que c'était Eaque lui-même qui avait porté ce coup mortel. D'une voix agonisante, la sentinelle murmura :


"Pourquoi, seigneur Eaque ?...Pourquoi ?..."


Le soldat s'écroula à terre, mort, et ne put entendre les explications que le spectre de Garuda lui livra :


"Nous sommes ici pour mener une guerre juste en exterminant ceux qui habitent un royaume pécheur, et non point pour assouvir nos pulsions primitives..."


Dans la foulée, il saisit l'autre garde à la gorge et lui dit :


"Au moins, toi, tu auras retenu la leçon avant de rejoindre les Enfers..."


Et, d'un seul coup, il brisa froidement la nuque du garde pervers. La femme qui avait failli être violentée par les subalternes du Juge des Enfers commença à regarder le Juge d'un air à la fois surpris et bienveillant, mais fut subitement prise à la gorge par le spectre de Garuda et tuée en une fraction de seconde. Eaque jeta à terre le cadavre de la femme sans ménagement, puis s'apprêta à partir, quand il entendit les pleurs du bébé qui avait été arraché à sa mère par les deux gardes pervers. Il le regarda d'un air distrait, puis songea :


"Ce nourrisson a perdu ses parents et il ne survivra pas longtemps...Soyons charitables..."


Le spectre de Garuda leva alors son pied au-dessus de la tête du bébé et l'écrasa rapidement. Quand Eaque se fut assuré que personne n'avait survécu, il quitta la maison sans états d'âme et partit rejoindre ses hommes, qui avaient déjà détruit près de la moitié de la cité.


************


Le révérend Trevor était horrifié par le récit du massacre que venait de lui livrer John :


"Quels...Quels monstres...John...Comment est-il possible que ces individus aient pu tomber aussi bas ?"


Le jeune homme répondit :


"Dans leur esprit, ils n'avaient pas cette impression...Je sais que cela peut vous paraître dur à entendre, révérend, mais pour les Spectres d'Hadès, tous ces massacres les faisaient paraître dans le camp du Bien, car ils estimaient qu'ils ne faisaient qu'éliminer des pécheurs...Cela peut vous paraître impossible à entendre, mais mes convictions sur bien des sujets ont été ébranlées à l'issue de cette Guerre Sainte..."


************


Parmi les rares survivants au massacre perpétré par Eaque et ses hommes, il y avait un vieil homme qui avait fui sa demeure avant que les Spectres n'arrivent et s'était précipité vers l'entrée du palais royal, où s'étaient retranchés le roi Norst 1er et sa cour. Il arriva devant une lourde porte en bois, gardée par deux soldats, qui l'interpellèrent :


"Halte ! Que viens-tu faire ici, vieillard ?"


Presque à bout de souffle, le vieil homme répondit :


"Je...J'ai fui ma maison...Skygard...Skygard est attaqué !"


"Quoi ?! Mais...Mais comment aurait-on pu arriver ici ? Seul un Dieu pourrait trouver le chemin de notre contrée isolée !"


"C'est...C'est pourtant ce qui s'est passé...Ils...Ils étaient des dizaines...Ils ont tout détruit sur leur passage, tuant les hommes, les femmes et les enfants, et même le bétail, quand ils le trouvaient !"


Un frisson gagna les soldats :


"C'est...C'est terrible...Qui...Qui peut donc agir de la sorte ?"


"Il...Il faut prévenir son Altesse ! Je m'en charge !"


"Merci...Merci..."murmura le vieil homme.

Ce furent ses dernières paroles ; deux secondes plus tard, son coeur lâcha et il s'écroula dans la neige, sous les yeux impuissants du garde resté sur place.


 


De son côté, Eaque venait de rassembler ses hommes :


"Alors ? Avez-vous procédé selon mes instructions ?"


"Oui, seigneur Eaque ! affirma Tao du Scarabée. Nous avons investi chaque maison, chaque boutique, puis nous avons massacré tous ceux qui s'y trouvaient, femmes et enfants compris et, comme vous le voyez, la plupart des habitations ont été rasées !"


"Il faut nuancer les propos de Tao, intervint Julius. Quelques habitants se sont enfuis en emportant ce qu'ils pouvaient, je crois qu'ils se sont dirigés vers les forêts avoisinantes !"


Le Juge des Enfers ne fut pas contrarié par cette nouvelle :


"Peu importe ! Nous avons tout le temps pour rayer les Skygardiens de la surface de la Terre ! Notre priorité...c'est de nous rendre au palais du roi, pour nous emparer de cette chose dont sa majesté m'a parlé ! Rendons-nous au palais, et anéantissons tous ceux qui oseront nous barrer la route ! Pour la gloire d'Hadès !!!"


"Pour la gloire d'Hadès !!!"


************


Les couloirs du palais du roi Norst


Le soldat courait à toute allure dans les corridors menant à la salle du trône. Maintenant qu'il savait que le palais royal lui-même était menacé, il lui fallait avertir le souverain de Skygard. Il courut dans les couloirs peints en bleu et blanc, sur le sol marbré du palais, autant qu'il le pouvait, jusqu'à ce qu'il se trouvât en face de l'entrée de la salle du trône :


"Laissez-moi passer, je dois voir le roi Norst, c'est urgent !"lança-t-il aux gardes de la salle.


Ces derniers ne mirent pas bien longtemps pour lui ouvrir la porte, aussi le soldat reprit de plus belle sa course, puis arriva presque en trombe devant le souverain, auquel il dit en s'agenouillant :


"Mes respects, votre altesse ! Je suis venu vous prévenir qu'un grand danger menace le palais royal !"


Assis sur son trône, tête baissée, le vieux roi Norst répondit sobrement :


"Je le sais déjà, jeune soldat..."


"Comment ça ?"


"Nous sommes condamnés...La prophétie va s'accomplir..."


Le soldat n'y comprenait plus rien :


"Quelle...Quelle prophétie ?"


Le souverain de Skygard leva lentement les yeux vers le garde et lui répéta solennellement les paroles livrées par le grand-prêtre Pongussen au roi Cyavizen III, plus de deux siècles auparavant. Le soldat n'en crut pas ses oreilles :


"Quoi ?! C'est...C'est impossible !"


"Oserais-tu douter de la parole du roi de Skygard, jeune insolent ?!"demanda le chancelier Rasling, qui était demeuré muet jusqu'alors.


Le roi se leva alors de son trône de bois, descendit quelques marches marbrées, puis dit à Rasling :


"Ne t'emporte point, Rasling, il est presque aussi jeune qu'Harald, je ne suis pas étonné par son comportement..."


Puis, au jeune soldat :


"Regarde par la fenêtre..."


A pas lents, le jeune soldat s'avança vers la fenêtre et fut cloué sur place par ce qu'il voyait. La lourde porte de bois derrière laquelle se trouvait la résidence du roi venait de céder en une fraction de seconde. Dans la foulée, il vit toute une armée vêtue de protections sombres pénétrer dans la cour du palais. Quelques gardes tentèrent de les arrêter, mais ils furent balayés par ceux qui n'étaient autres que les Spectres d'Hadès. Terrifié par ce carnage, le jeune garde balbutia :


"Mais...Et...Et Schatern ?"dit-il au sujet de son compagnon qui gardait la porte avec lui.


"Il est mort."annonça franchement Norst 1er.


Les larmes se mirent à couler sur les joues du jeune soldat, qui ne se retourna pas. Ses yeux embués ne lui permirent pas de voir ses autres compagnons se faire abattre sans merci par Eaque et ses guerriers.


"Skygard sombrera tôt ou tard, lâcha gravement Norst. Ils ont déjà mis à sac la cité, il n'y a guère eu de survivants, et ceux qui ont eu la chance de leur échapper aujourd'hui succomberont demain..."


Malgré sa tristesse, la jeune sentinelle se retourna vers son roi, qui lui avoua :


"Je compatis à ta douleur...Mais quand le destin d'une personne ou d'une patrie a été scellé par un dieu, même le dieu du Mal, l'on ne peut y échapper..."


"Mais...Mais alors...dans quelques instants, nous serons mis à mort ?"


Le roi Norst répondit après quelques secondes :


"Non..."


"Comment ça ?"demanda Rasling.


"Même si nous ne pouvons pas empêcher la fin de Skygard, nous pouvons faire en sorte d'éviter notre massacre et la mutilation de nos cadavres par les serviteurs du Mal !"


Le chancelier se figea. Bien qu'il fût au courant de la résolution de son souverain à accepter le sort funeste réservé à Skygard, il ne se doutait pas qu'il serait capable d'en arriver là pour éviter des outrages à sa dépouille. Toutefois, strictement ancré dans son sens du devoir, le chancelier s'agenouilla et dit au roi Norst :


"Altesse, je suis prêt à vous suivre dans l'autre monde. Quels sont les habitants du royaume qui suivront ce chemin ?"


"Toute la cour et la milice royale, du moins, ceux qui ont pu échapper à la fureur des sbires d'Hadès...Ce jeune soldat, ainsi qu'Harald emprunteront notre route..."


Tandis que le jeune soldat était complètement abasourdi par les paroles du roi, celui-ci dit à son chancelier :


"Toutefois, Rasling...j'aimerais te demander une faveur avant que tu ne me suives..."


"Quelle faveur ?"


Norst 1er répondit d'un ton grave :


"Tâche de ne pas te faire remarquer par les démons à la solde d'Hadès et...et ramène quelque chose que nous cachons dans les catacombes du palais..."


"Que...Quelle est cette chose ?"demanda Rasling, visiblement troublé.


"Tu le sais bien...Cette chose que la prophétie évoque au troisième vers...Nos vies sont bien légères par rapport à elle..."


La main sur son coeur battant la chamade, Rasling murmura :


"Alors, altesse, vous...vous parlez de..."


"Oui, Rasling. Il s'agit de la pierre sanguinaire."


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